Vous êtes sur la page 1sur 2

Essai d’Anthropologie :

(Guillian Vallé)
« En quoi pouvez-vous dire que l’anthropologie est une démarche
scientifique ? Argumentez et illustrez votre position à partir du cours. »
A la voir de loin comme travail humain et subjectif, l’anthropologie ne semble pas
être une science, autrement dit un savoir rigoureux. Un savoir rigoureux attendu
généralement dès lors qu’il s’agit de science, est théoriquement et/ou
expérimentalement constitué comme une vérité jouissant d’une objectivité. Que celle-
ci soit formelle ou empirique. De fait, l’anthropologue qui observe seul son groupe
humain est lui-même un individu humain, qui a sa subjectivité, son vécu singulier, sa
manière partielle et imparfaite de voir et de penser les choses. Comment pourrait-il
donc constituer objectivement un savoir à lui-seul, une théorie générale ou universelle
acceptable par tous ? D’autre part vient un problème très ancien, au moins autant que
le problème socratique de la connaissance de soi : de même qu’un œil ne se voit
jamais lui-même, sauf à voir son reflet, comment l’homme peut-il s’observer lui-
même ? Par quelle logique l’homme peut-il observer l’homme et ne pas observer son
reflet, comment l’anthropologie est-elle donc même possible ? D’un autre côté, on
l’appelle bien « science » de l’homme, l’anthropo-logie a un « logos », a donc sa
logique scientifique, son objectivité, sans quoi elle n’aurait notamment pas une
communauté scientifique s’accordant sur sa valeur comme science, quand bien même
les méthodes peuvent varier.
Le cours permet justement de traiter ces problèmes. Dans « 1.3.2. L’anthropologie
ne serait pas une science ? » Olivier Servais indique que la science implique de
"produire des savoirs à partir de méthodes d'investigation rigoureuses.vérifiables et
reproductibles". Or, l’anthropologie a justement ces méthodes-là, à sa manière. Il
rappelle les deux grands types de science: science explicative et science
compréhensive. La science de type ou de « modèle explicatif », est « science
déductive ». La déduction part du général ou de l’universel pour aller vers le particulier
ou le singulier. J’ai par exemple un théorème sur tous les triangles (modèle théorique,
universel) et je vérifie si le cas particulier du triangle sur ma feuille y correspond. De
manière plus générale le modèle explicatif crée des « modèles théoriques », des
constructions logiques de l’esprit, des raisonnements généraux ou universels, qu’on
va ensuite vérifier par l’expérience (ce que fait notamment la physique : elle propose
des équations pour expliquer le fonctionnement de telle particule, puis use ensuite
d’accélérateurs de particules par exemple, et tente de vérifier expérimentalement). Si
l’on en reste à ce type de modèle scientifique, alors l’anthropologie n’est pas une
science, n’a pas cette rigueur-là.
Mais il y a un autre type de rigueur et donc de science : la science de type
compréhensif, qui suppose une méthode inductive. La biologie, la zoologie par
exemple, mais aussi l’anthropologie en font partie. Dans ce modèle-là, on fait l’inverse
du modèle précédent, on observe d’abord puis on produit des modèles théoriques
ensuite. A suivre le cours, l’anthropologie rentre dans la logique interne d’un groupe
humain, l’observe, puis tente de comprendre. La description précise du groupe
humain observé dans une « politique du « terrain », suppose une observation
rigoureuse, une méthodologie scientifique en plusieurs points :
-Hypothèque des hypothèses : on ne fait pas d’hypothèse a priori.
-Triangulation des données (croiser les données récoltées, leur cohérence etc.).
-Groupes stratégiques (déterminer les groupes et leurs liens, importances etc.).

1
- Itération (revenir, reproduire les éléments en être plus sur, etc.).
-Interprétation (de la manière la plus plausible possible).
-Descripteurs (ce qui fait la spécificité de la réalité humaine observée).
-Saturation des données (on n’arrive plus à avoir de la nouveauté ou la nouveauté est
minime face à la récurrence) ; c’est là où on rentre dans l’écriture, le compte rendu de
ses recherches.
Si l’on suit également « 1.3.5. L'anthropologie ne produirait que de l’anecdotique »
présentée par Olivier Servais : la représentativité scientifique peut être quantitative au
sens de statistique (échantillon, image réduite du réelle, lois statistiques, validité) mais
aussi comme en anthropologie, être plus qualitative (caractéristiques, symptomatique
d’un phénomène social répété, plausibilité plus forte). L’anthropologue a aussi sa
légitimité du fait d’une observation fine, dense et précise, observation d’une réalité
sociale, ses entretiens, observations, annotations, recension, analyse de sources
écrites, audio, etc. On s’en tient à l’observable et ses traces, fait attention aux biais,
aux modifications de comportement, à ce qui peut changer, biaiser le terrain observé,
etc. On ne cherche pas à observer que ce qui nous intéresse, mais observe
globalement pour trier et comparer ensuite.
Toute science est une construction humaine, l’anthropologie n’échappe donc ni à
l’anthropomorphisme ni à l’ethnocentrisme : observer d’autres groupes humains
suppose aussi de se questionner sur soi-même et sa propre conception. Même si
objectivité et neutralité pures sont impossibles, l’anthropologue ne va pas juste
imposer un arbitraire à partir de rien: sa monographie (production écrite) respecte le
dire des interlocuteurs sur le terrain mot pour mot. Il essaye d’être le plus précis et
factuel possible, de décrire les dires et pratiques mais aussi sa propre subjectivité, ses
difficultés rencontrées et tout ce qui dans son contexte d’étude a pu influencer sa
description. Son observation participante est donc réflexive, il part d’expériences
concrètes,de l’intérieur, sur le terrain, pour les comparer à la littérature mais aussi à
l’imaginaire et aux préjugés qu’on s’en fait et qu’il s’en fait. La science n’a pas tant pour
vocation à confirmer des hypothèses, mais bien plutôt, (et cela suit la logique
popérienne répandue en science) à faire notre propre auto-critique. En tant que
scientifique, la science suppose la critique de nos propres imaginaires, de nos propres
constructions théoriques en général, et de tout ce qui a pu nous influencer dans notre
pratique. Or, c’est justement ce que fait l’anthropologue: chercher tout ce qui peut
biaiser son jugement, sa description (subjectivement, contextuellement, etc.). Outre la
méthodologie scientifique énoncée plus tôt, c’est cette tendance à l’auto-critique et à
la réflexivité sur sa propre pratique qui font de l’anthropologie vue de plus près une
science.

Vous aimerez peut-être aussi