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La morale conjugale dans l'islam

Marie-thérèse Urvoy
Dans Revue d'éthique et de théologie morale 2006/3 (n°240), pages 9 à 34

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Mais à l’origine de la création Dieu les fit homme et femme. Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère, et les deux ne feront qu’une
seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer.

— Marc 10, 6-9 ; Matthieu 19, 1-9.

I l n’y a pas de « nature du musulman ». Dans le domaine conjugal, on peut trouver chez les musulmans toutes les attitudes possibles
chez l’homme, de l’altruisme à l’égoïsme, de l’a�fection à l’insensibilité, de la confiance à la stricte hiérarchisation, etc. Mais ce qui est
caractéristique de l’islam, c’est la tendance à placer toute chose ou tout acte, si banal, voire si trivial soit-il, sous l’autorité de Dieu.
1

C’est à la fréquence de l’invocation divine (manifestée en particulier par la formule « au nom de Dieu », « bismi-Ilâh », répétée en toutes
occasions) que se juge la piété.

Ce qui est proprement « musulman », c’est donc la référence éventuelle qui peut être invoquée soit pour justifier l’attitude adoptée en cas 2
de récriminations du ou de la partenaire, soit au contraire pour exhorter, soi-même ou autrui, à lutter contre ses penchants, dans la
seule mesure où ceux-ci sont susceptibles d’apporter un trouble à la communauté. Cette référence peut être : 1) le Coran lui-même,
théoriquement source indiscutable en tant que parole même de Dieu ; 2) l’exemple du Prophète transmis par les traditions (hadîths, dont
l’ensemble forme la Sunna) et par sa biographie (Sîra), qui s’est imposé dans de larges couches de la population musulmane comme un
modèle incontournable ; 3) les règles juridiques (Fiqh).

C’est en principe l’ordre hiérarchique qui doit être suivi, mais en fait, chez le croyant ordinaire, c’est le plus souvent la réglementation 3
traditionnelle qui fait autorité ; les deux autres interviennent alors en tant que fondement de la règle juridique ou sont invoqués comme
justification a posteriori. Toutefois, les textes peuvent être perçus di�féremment ; ils peuvent aussi être d’orientations diverses, parfois
même contradictoires, soit entre eux (Sunna contre Coran), soit même à l’intérieur du corpus de traditions. Les règles courantes
apparaissent ainsi comme une sélection, à laquelle le croyant peut se soumettre ou contre laquelle, au contraire, il peut réagir au nom du
retour aux sources.

Nous allons donc passer en revue ces diverses références, tout en ayant bien conscience de ce qu’elles ne constituent pas un modèle 4
unique et monolithique, mais qu’elles donnent plutôt des orientations parmi lesquelles chaque croyant a théoriquement une certaine
latitude de choix, latitude en fait largement conditionnée par les cadres culturels.

Le Coran

Le mariage est certainement une notion importante dans le Coran, à la fois du point de vue quantitatif et du point de vue qualitatif. Des 5
composés de la racine z-w-j, qui l’exprime, figurent plus de quatre-vingts fois dans le texte [1]. D’autre part, le mariage est un des dons
[2]
privilégiés de Dieu, tant dans ce monde-ci (XVI, 72 ; XLII, 11  ) que dans l’autre (une des récompenses du croyant au paradis sera d’être
[3]
marié à des « hourris aux grands yeux » (LII, 20 ; XLIV, 54  ). De façon significative, dans l’énumération des « signes » de la puissance et
de la miséricorde de Dieu envers les hommes, figure (juste après la capacité de faire vivre et mourir et celle de créer, et avant même le
détail des merveilles du monde) :

d’avoir créé pour vous des épouses issues de vous, afin que vous vous reposiez auprès d’elles, et d’avoir mis entre vous a�fection (mawadda) 6
etmiséricorde (rahma). (XXX, 21.)

Ces deux mots appellent cependant un commentaire. L’idée d’a�fection n’est pas toujours favorablement connotée dans le Coran, où il 7
est en particulier déconseillé d’avoir de l’a�fection pour les infidèles, les devoirs religieux primant même les liens amoureux :
[4]
Et n’épousez pas les femmes associatrices  tant qu’elles n’auront pas la foi, et certes, une esclave croyante vaut mieux qu’une 8
associatrice, même si elle vous enchante. Et ne donnez pas d’épouses aux associateurs tant qu’ils n’auront pas la foi, et certes, un esclave
croyant vaut mieux qu’un associateur, même s’il vous enchante.(II, 221.)
En contrepartie, le Coran met en garde contre les illusions subjectives : 9

Si vous avez de l’aversion envers (vos femmes) durant la vie commune, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose où Dieu a 10
déposé un grand bien (IV, 35).

En e�fet, le Coran s’adresse avant tout aux hommes. Les rares fois où le texte mentionne « les musulmans et les musulmanes, les 11
croyants et les croyantes, etc. » (par exemple : XXXIII, 35), les commentateurs expliquent naïvement que, d’après une interprétation
prophétique, « les femmes dirent au Prophète : ”pourquoi cite-t-il les croyants et ne cite-t-il pas les croyantes ?“ C’est pourquoi Dieu fit
descendre (ce verset) [5] ». D’une façon générale, les commentateurs partent du principe que « Dieu a créé de la race humaine des femmes
pour qu’elles soient des épouses, ce qui en somme veut dire que Dieu a créé Ève à partir d’Adam [6] ».

En revanche, le Coran contient des notations très explicites en faveur de la supériorité masculine : 12

Les hommes ont autorité sur les femmes du fait que Dieu a préféré certains d’entre vous à certains autres, et du fait que [les hommes] 13
font dépense sur leurs biens (IV, 34).
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Si la traduction o�ficielle de Médine dit bien « ont autorité », un autre traducteur musulman, qui a vécu en Occident, éprouve le besoin 14
d’atténuer la formule en « les hommes sont des directeurs pour les femmes [7] », et renvoie aussitôt à l’exemple de saint Paul [8]. Mais dans
le Coran c’est Dieu qui parle et qui présente cela comme une faveur (fadl) de sa part.

(Les femmes) ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une 15
prédominance sur elles. (II, 228.)

Ce passage figure dans le contexte de la répudiation où l’époux est maître de la décision, qu’il s’agisse du rejet ou de la réconciliation. 16
Dans le cadre du monde moderne, certains sont tentés de se référer seulement à la première partie de cette dernière citation, et de
passer sous silence la seconde partie.

Il est en e�fet fréquent qu’on procède par citations tronquées. C’est, par exemple, le cas de la formule : 17

Vos femmes… sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles (II, 187). 18

Elle se trouve dans un verset autorisant les relations sexuelles durant la nuit du jeûne de Ramadan. Aussi la sélection peut-elle aboutir à 19
deux significations très di�férentes suivant qu’on prend le fragment seul ou en situation. Ce que la traduction de Médine entérine en
proposant deux interprétations du mot « vêtement ». D’une part, « il faut entendre par là une source de tranquillité, de quiétude et de
complémentarité réciproque entre les deux époux ». Mais elle ajoute : « autre interprétation : une couverture. L’existence des liens
permanents entre les deux époux rend di�ficile le fait de s’abstenir de rapports conjugaux. C’est pour cette raison que ces rapports leur
ont été permis la nuit d’as-Siyâm [9] ».

Dans la même sourate IV, Les femmes, apparaît clairement la di�férence entre ce qui est reconnu comme droit respectivement à l’homme 20
et à la femme. Pour l’homme, il y a le droit de contrainte :

Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la 21
protection de Dieu. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-
[10]
les  . Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles (v. 34).

Pour les femmes, on ne saurait aller au-delà du compromis : 22

Et si une femme craint de son mari abandon ou indi�férence, alors ce n’est pas un péché pour les deux s’ils se réconcilient par un 23
compromis quelconque, et la réconciliation est meilleure puis que les âmes sont portées à la ladrerie (v. 128).

Le Coran et la Tradition ont fait du Prophète « le modèle à imiter » en toutes circonstances. Ainsi distinguons-nous, dans l’imitation de 24
sa vie conjugale, deux périodes correspondant aux deux phases de la Révélation. Celle avant l’hégire, à La Mecque, où il est strictement
monogame, époux de Khadija, de quinze ans son aînée ; et celle après l’hégire (622), à Médine, où il est amplement polygame, après la
mort de Kadhija. Un ensemble de versets de la Révélation sont consacrés à traiter du harem du Prophète et serviront de référence pour le
code du mariage en islam [11].

L’homme a donc droit à la polygamie, à quoi s’ajoute l’autorisation d’avoir des concubines prises parmi les esclaves (LXX, 30 ; XXIII, 6 ; 25
IV, 25). Les commentateurs soulignent que ce statut est nécessaire car conforme à la nature biologique et physique de l’homme et de la
femme. Le verset autorisant la polygamie est interprété de deux façons di�férentes : la grande majorité perçoit la formule « Épousez
donc celles des femmes qui vous seront plaisantes, par deux, par trois, par quatre… »

(IV, 3), comme une tolérance dont le maximum est quatre, en s’appuyant sur diverses traditions selon lesquelles le Prophète aurait 26
enjoint à ses disciples de ne pas dépasser ce chi�fre ou de ne garder que quatre épouses s’ils en avaient déjà davantage. Mais une école (le
zâhirisme), qui n’a jamais eu de statut o�ficiel, considère qu’il faut tenir compte des trois chi�fres et procéder à leur addition, ce qui
aboutit à une tolérance maximale de neuf, conformément à l’exemple du Prophète lui-même. Bien que suivant le rite mâlikite pour le
reste, l’islam du Sahel se réfère volontiers à cette école sur ce point.

Dans le même verset est introduite une restriction : 27

28
[12]
… Mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez  . Cela, afin de ne pas faire
d’injustice (ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille) (IV, 3).

Un peu plus loin, cette restriction est précisée : 29


[13]
Vous ne pourrez jamais être équitables entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux  . Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une 30
d’elles, au point de laisser l’autre comme en suspens (IV, 129).

Dans un but apologétique, certains commentateurs lient la restriction du verset 3 au membre de phrase inachevé qui la précède : 31

Et si vous craignez de n’être pas exacts envers les orphelins… 32

et prétendent que l’autorisation de prendre plusieurs épouses ne vaut que si on augmente sa charge familiale par l’adoption d’orphelins. 33
D’autres récusent cette lecture et reconnaissent qu’il y a bien rupture de sens et que les deux membres de phrase sont indépendants.
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La question des enfants est en e�fet essentielle. Le mariage sans enfants n’a aucun sens dans la société islamique. Dans la pratique, il 34
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donne le droit à prendre des co-épouses pour remplir le devoir d’avoir une descendance « croyante » ici-bas, des mâles surtout. Dès les
premières révélations coraniques, Dieu console le Prophète de n’avoir pas eu d’enfants mâles :

Celui qui te hait sera, certes, sans prospérité (CVIII, 3). 35

En contrepartie, les épouses du Prophète jouiront d’un statut particulier et seront appelées « mères des croyants ». 36

Certes, les enfants seront inutiles au Jour Dernier (XXVI, 88 ; LXX, 11 ; LXXX, 34-36), mais, dans ce monde, ils sont comptés juste après la 37
richesse, tous deux étant indissociés :
[14]
Les biens, les fils sont la parure de la vie immédiate  … (XVIII, 46.) 38

En avoir est un signe de la « satisfaction » de Dieu envers le croyant. C’est une marque de puissance même chez l’ennemi du croyant à 39
qui le Coran ordonne :

Ne lui obéis pas parce qu’il est riche et a des fils. (LXVIII, 14 ; voir aussi XVIII, 7.) 40

Toutefois, les enfants demeurent parmi les jeux, amusements et vaines parures dans l’acquisition des richesses du monde ici-bas (LVII, 41
9), ces attributions de bonnes choses que Dieu consent au croyant (XVI, 74), afin qu’il ne croie plus au faux et ne nie point le bienfait de
Dieu (XVI, 71), mais qui ne doivent pas distraire de l’Édification (LXIII, 9).

Les enfants sont une source de puissance. Le croyant se prévaut par le nombre de fils et ensuite de filles que Dieu lui a accordés. Le père 42
comme la mère sont qualifiés par « le père – ou la mère – de untel », à savoir le fils aîné. En pays islamiques, cela s’étend aux chrétiens et
aux juifs, dans la tradition sémitique. Richesses et enfants sont considérés parmi les Signes de Dieu, ils sont intimement liés à la
connaissance métaphysique de l’Inconnaissable et au pacte auprès du Bien faiteur (XIX, 77). Richesses et enfants sont même comptés
par Dieu comme une avance sur les biens de la vie future, une monnaie d’échange, une incitation possible aux bonnes œuvres… (XXIII,
55.)

Les devoirs que le Coran prescrit à l’homme envers son épouse relèvent essentiellement de la sphère juridique : respect de ce qui lui 43
revient de droit, avec la possibilité qu’elle en abandonne une partie de plein gré (IV, 4), assurance de la subsistance et de la vêture de la
mère et de son enfant (IV, 233), attitude à adopter envers des femmes venant de chez les infidèles ou passant chez eux (LX, 10-11), délais à
respecter en cas de répudiation (II, 226-232, 236 ; LXV, 1-4 ; XXXIII, 49), don de la moitié du douaire promis en cas de répudiation avant
consommation du mariage (II, 237) et testament en faveur de la veuve (II, 240).

Toutefois, le Coran a des formules vagues tant sur la charge des enfants : 44

Chaque personne n’est imposée qu’à sa capacité. Nulle mère ne subira contrainte en son enfant, et nul père, en l’enfant qui lui est né. (II, 45
233.)

que sur les aspects matériels de la séparation : 46

Si les deux se séparent, Dieu de par sa largesse, accordera à chacun d’eux un autre destin. Et Dieu est plein de largesses et parfaitement 47
sage. (IV, 130.)

Vague auquel le fiqh aura à suppléer [15]. En e�fet, le Coran présente sur un même plan les règles d’aspect juridique, qu’il qualifie lui- 48
même de prescriptions (hadd), et les règles de bienséance (ma‘rûf) [16].

L’insistance sur le thème du mariage est visiblement due à l’idée d’encadrement de la sexualité. Assez vite dans l’histoire de la révélation, 49
par opposition aux réprouvés, « ceux qui n’ont de rapport qu’avec leurs épouses et leurs concubines » (LXX, 30 ; XXIII, 5) sont mis sur le
même plan que ceux qui font la prière et donnent l’aumône – ce dernier trait devenant, par ailleurs, la définition même du musulman.
Dieu sait que le mariage correspond à un besoin humain :

Et on ne reprochera pas de faire, aux femmes, allusion à une proposition de mariage, ou d’en garder secrète l’intention. Dieu sait que 50
vous allez songer à ces femmes. Mais ne leur promettez rien secrètement sauf à leur dire des paroles convenables. (II, 235.)
Aussi le mariage est-il plus qu’un droit, il est une obligation : 51

Mariez les célibataires d’entre vous et les gens de bien parmi vos esclaves, hommes et femmes. S’ils sont besogneux, Dieu les rendra 52
riches par sa grâce. (XXIV, 32.)

Les commentateurs sont formels : « Ces versets contiennent des dispositions péremptoires… Selon des savants, le mariage est 53
obligatoire pour qui peut se marier [17].»

En contrepartie, le Coran détaille longuement les catégories de femmes avec lesquelles on ne saurait contracter mariage (IV, 22-23), 54
catégories qui vont bien au-delà de la stricte prohibition de l’inceste car elles incluent non seulement les liens de sang directs, mais
encore les liens par alliance ainsi que la parenté de lait. Il définit la catégorie de muhsana, c’est-à-dire de femme mariable (musulmane ou
non [18], femme libre ou esclave), à qui l’on doit verser un douaire afin qu’elle n’apparaisse pas comme une fornicatrice.

Quiconque, parmi vous, ne peut, par ses moyens, épouser des muhsana croyantes, [qu’il prenne femme] parmi celles de vos esclaves 55
croyantes que vous détenez… Vous participez d’une même communauté. Épousez-les donc avec la permission de leurs détenteurs.
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Donnez-leur leurs douaires selon la manière reconnue [convenable], comme à des muhsana et non comme à des fornicatrices, ni à des
[femmes] prenant des amants. Quand elles sont devenues muhsana, si elles commettent une turpitude, que [s’abatte] sur elles la moitié du Help

tourment encouru par les muhsana. Ce mariage avec des esclaves est en faveur de ceux qui, parmi vous, redoutent la débauche. [Toutefois]
être constant est meilleur pour vous. (IV, 25-26.)
Que recherchent la continence ceux qui ne trouvent point [possibilité de] mariage, jusqu’à ce que Dieu les fasse se su�fire, par sa faveur.
Avec ceux de vos esclaves qui recherchent leur a�franchissement, par convention écrite, concluez cette convention si vous reconnaissez
du bien en eux. Donnez-leur de ce bien de Dieu qui vous a été donné par lui. Par recherche de ce qu’o�fre la vie immédiate, ne forcez pas
vos esclaves femmes à la prostitution, alors qu’elles veulent vivre en muhsana. Quiconque les force [sera seul coupable], car Dieu, [envers
ses femmes], eu égard à ce qu’elles ont été forcées, sera clément et miséricordieux. (XXIV, 33.)

La fornication fait l’objet d’une peine légale (hadd) : 56

La fornicatrice et le fornicateur, �lagellez chacun d’eux de cent coups de fouet. Que par égard pour la religion de Dieu, nulle indulgence ne 57
vous prenne en leur faveur… (XXIV, 2.)

et d’une stigmatisation sociale : 58

Le fornicateur n’épousera qu’une fornicatrice ou une associatrice. La fornicatrice ne sera épousée que par un fornicateur ou un 59
associateur. Cela est déclaré illicite aux croyants. (XXIV, 3.)

En contrepartie, l’accusation calomnieuse est sévèrement réprimée, à la suite d’une péripétie dans la vie du Prophète lui-même, dont 60
[19]
une épouse préférée avait eu une conduite qui avait fait jaser  (voir XXIV, 23):

Ceux qui visent les muhsana [dans leur honneur], sans ensuite produire quatre témoins, �lagellez-les de quatre-vingts coups de fouet et 61
n’acceptez plus jamais leur témoignage. (XXIV, 4.)

L’homme dispose totalement de sa femme sur le plan sexuel : 62


[20]
Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme [et quand  ] vous le voulez et œuvrez pour vous-même à 63
l’avance. (II, 223.)

Pour les commentateurs classiques, cette phrase « accorde la permission de faire le coït vaginal par devant ou par derrière, puisque cela 64
est attesté par des hadîths. Jâbir : les juifs disaient qu’au cas où l’époux s’accouplait avec sa femme par derrière, l’enfant naîtrait
strabique. C’est pourquoi il y eut la descente de [ce verset]. Ibn ‘Abbâs : cette parole était descendue à la suite de la question soulevée par
des Ançârites. Alors le Prophète

dit : ”Va à elle dans toute situation, à condition que cela se fasse dans la vulve.“ [21] » Les seules restrictions sont pendant la période des 65
règles, où la femme est impure (II, 222), et après la répudiation, tant que la femme n’a pas été à nouveau remariée à un autre homme
(II,230).

En IV, 24, il est parlé d’une redevance après la consommation du mariage et non avant, comme dans le mariage légal. Les 66
commentateurs classiques reconnaissent que « la globalité de cette parole divine est prise comme preuve en faveur du mariage
temporaire [22]. Il est vrai que ce type de mariage était licite au début de l’islam, mais il avait été abrogé par la suite [23] ».

La tradition prophétique

Nous avons déjà eu a�faire aux traditions prophétiques qui sont largement utilisées par les commentateurs coraniques. De nombreux 67
hadîths servent en e�fet à prolonger les formules du Livre saint. Dans de très rares cas, c’est dans un but spirituel. Tel hadîth, par
exemple, établit une analogie entre le monothéisme strict de l’islam et la morale :
[24]
Le Prophète dit : « Personne n’est plus jaloux que Dieu, et c’est à cause de cela qu’il a prohibé la luxure »  . 68
Mais la plupart du temps, le but est essentiellement pratique : 69

Le Prophète reprocha à ‘Uthmân b. Maz‘ûm son célibat : « Ô jeunes gens, lui dit-il, que ceux d’entre vous qui peuvent avoir un logis 70
prennent femme. Le mariage est la meilleure condition de la chasteté du regard et de la discipline des sens. Si l’on ne peut se marier, on
[25]
devra pratiquer le jeûne ; on y trouvera une aide »  .

Le chapitre expressément consacré au mariage dans le plus célèbre recueil, celui de Bukhâri, rappelle l’exemple du Prophète et 71
commence notamment par son opposition à des formes d’ascétisme qu’il jugeait excessives :

Moi qui plus que vous crains et révère Dieu, je jeûne et j’interromps le jeûne, je prie et je dors, et j’ai épousé des femmes. Quiconque se 72
[26]
détourne de la voie que j’ai tracée n’est pas des miens  .
L’Envoyé de Dieu repoussa le désir exprimé par ‘Uthmân ben Maz‘ûm de faire vœu de chasteté. S’il l’y avait autorisé, nous aurions été (en
[27]
quelque sorte) châtrés  .

Il est également un exemple pour la polygamie : PDF73

D’après Anas, le Prophète, dans une même nuit, visitait ses femmes, et il en avait neuf (à ce moment-là). Anas rapportait cela d’après le Help
74
Prophète.
Sa‘id ben Jubayr, à qui Ibn ‘Abbâs demandait s’il était marié, répondit : Non. – Marie-toi, reprit Ibn ‘Abbâs, car le meilleur de notre nation
[28]
est celui qui a eu le plus de femmes  .

Curieusement, bien que Bukhâri ait espéré pouvoir illustrer par un exemple du Prophète la formule coranique : « Vous ne pourrez 75
jamais être équitables envers vos femmes », et lui ait consacré un paragraphe spécial sous le titre : « De l’égalité à observer entre les
femmes », il n’a pas trouvé de hadîth authentique sur ce sujet [29]. En contrepartie, plusieurs récits montrent la façon dont il répartissait
ses rapports avec elles (tirage au sort pour accompagner en voyage, cession volontaire d’un tour par une épouse à sa co-épouse,
traitement spécial pour la vierge qu’on vient d’épouser, etc.).

Il faut néanmoins remarquer que la littérature de traditions n’est pas seulement apologétique. C’est le caractère que l’on en a retenu, 76
mais on peut noter çà et là des formules critiques qui ont été transmises par les traditionnistes au même titre que les formules
laudatives, sur la seule autorité de leur auteur, et sans que l’on s’interroge sur leur portée. C’est ainsi que Aïcha, l’épouse préférée du
Prophète, femme au caractère passablement vif, lui aurait lancé :
[30]
Ton Seigneur est bien prompt à satisfaire tes passions (inna rabbakalayusâri‘ufihawâka)  . 77

Ou encore ce témoignage d’un compagnon du Prophète, teinté d’une certaine ironie : 78

Ibn’Umar a dit : « Du vivant du Prophète, nous évitions de causer et de plaisanter avec nos femmes, de peur que cela nous attirât quelque 79
[31]
révélation (haybata an yanzila fînâ shay’). Mais, quand le Prophète fut mort, nous causâmes et plaisantâmes avec elles »  .

La plupart des hadîths n’ont de valeur qu’anecdotique, ou servent tout au plus à expliquer les conditions de révélation de tel ou tel verset 80
coranique ; aussi ne sont-ils guère utilisés, surtout de nos jours. Mais le hadîth va plus loin que la simple glose du Coran. Il sert aussi à
remplir les vides laissés par celui-ci, et ce de trois façons. La première est de préciser des règles juridiques :

Le Prophète a dit : « La femme ayant déjà été mariée ne peut être donnée en mariage sur son ordre ; la vierge ne peut être donnée en 81
mariage qu’après qu’on lui a demandé son consentement. – Et comment donnera-t-elle son consentement, Ô Envoyé de Dieu ?,
[32]
demandèrent alors les fidèles. – En gardant le silence », répondit le Prophète  .
Le Prophète a interdit… de demander la main d’une femme demandée déjà par un fidèle, tant que la première demande n’aura pas été
[33]
abandonnée ou que le premier demandeur n’aura pas autorisé le second  .
[34]
Le Prophète a dit : « Les stipulations que vous devez le mieux observer sont celles qui touchent au droit à la cohabitation légitime »  .

Le hadîth donne également des conseils de conduite : –?en général : 82

Le Prophète a dit : « Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable… L’homme est un berger pour sa famille et il est 83
[35]
responsable ; la femme est une bergère pour la maison de son mari et elle est responsable »  .
Abû Mas‘ûd… tenait du Prophète lui-même les paroles suivantes : « Toute dépense que fait le musulman pour sa famille en vue de l’autre
[36]
monde lui est comptée comme une aumône »  .

–?sur l’attitude de l’époux : 84

Le Prophète a dit : « Que celui qui croit en Dieu et au jour suprême ne nuise pas à son voisin ; recommandez-lui de bien traiter les 85
femmes. Elles ont été créées d’une côte, et dans une côte c’est la partie supérieure qui est la plus recourbée. Si vous essayez de la
[37]
redresser, vous la brisez, et si vous la laissez, elle continue à rester recourbée. Recommandez donc d’être bon envers les femmes »  .
J’interrogeai Aïcha sur ce que le Prophète faisait dans sa maison. « Il aidait sa femme, me répondit-elle, et quand il entendait l’appel à la
[38]
prière, il sortait »  .

–?sur l’attitude de l’épouse : 86

87
L’Envoyé de Dieu a dit : « Il n’est pas permis à une femme dont le mari est présent de jeûner, à moins qu’il ne l’y autorise. Il ne lui est pas
permis d’autoriser quelqu’un à entrer dans la maison du mari, à moins que celui-ci ne donne son autorisation. Les dépenses du ménage
[39]
faites par la femme sans autorisation spéciale du mari procureront à celui-ci la moitié de la récompense »  .

–?sur leurs relations réciproques : 88


[40]
Le Prophète a dit : « Lorsque la femme de l’un d’entre vous demande l’autorisation de se rendre à la mosquée, qu’il ne la lui refuse pas »  . 89
[41]
L’Envoyé de Dieu a dit : « Quand l’un de vous a été longtemps absent, qu’il ne frappe pas à la porte de sa femme durant la nuit » 

[pour essayer de la prendre en faute]. 90

–?sur leurs rapports sexuels : 91

Le Prophète a dit : « Lorsqu’une femme refuse de passer la nuit dans le lit de son mari, les anges la maudissent jusqu’au moment où elle 92
[42]
s’y rend »  .
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Le Prophète a dit : « Eh bien ! si l’un de vous, voulant avoir commerce avec sa femme, disait : ”Au nom de Dieu. Ô mon Dieu, écarte de moi
le démon ; écarte le démon du fruit de notre union“, et qu’ensuite le destin ou la prédestination fît naître un enfant de ces relations, le Help
[43]
démon ne pourrait jamais nuire à cet enfant »  .
Le Prophète a dit : « Qu’aucun de vous ne frappe sa femme comme on frappe un esclave, alors qu’à la fin du jour il coïtera (peut-être) ave
[44]
celle »  .

Sous l’intitulé « Des bonnes relations qu’on doit avoir avec sa femme », une longue anecdote stigmatise la dureté, l’indi�férence, 93
l’égoïsme, etc., du mari et dresse par opposition le portrait d’un homme idéal, riche, généreux et ayant de beaux enfants et des serviteurs
modèles. L’épouse de cet homme modèle proclame :
[45]
Quand je parle auprès de lui, il ne blâme pas ce que je dis. Je me couche et dors jusqu’au matin. Je bois à ma soif  … 94

Et cependant ce mari parfait, auquel se compare volontiers le Prophète, n’en répudie pas moins cette épouse – qui n’y trouve rien à 95
redire – au profit d’une femme plus désirable.

Enfin, le hadîth intègre, sous l’autorité du prophète, un certain nombre de lieux communs. Ils relèvent généralement de la franche 96
misogynie :
[46]
L’Envoyé de Dieu a dit : « La malchance se rencontre chez la femme, dans la maison et chez le cheval »  . 97
[47]
Le Prophète a dit : « Je me tins debout à la porte de l’enfer. La masse de ceux qui y entraient étaient des femmes »  .
J’ai entendu l’Envoyé de Dieu dire : « Parmi les signes avant coureurs de l’Heure suprême, on verra la science disparaître, et l’ignorance
s’accroître ; l’adultère sera très fréquent ; on boira beaucoup de vin ; les hommes diminueront de nombre tandis que les femmes
[48]
deviendront si nombreuses qu’il n’y aura plus qu’un seul homme pour soutenir cinquante femmes »  .

On peut relever aussi le thème de « l’ingratitude envers l’époux » que, de façon significative, on trouve dès le second chapitre du recueil 98
canonique de Bukhâri, traitant « de la foi » :

Le Prophète dit un jour : « L’enfer m’est apparu en songe et j’ai constaté qu’il était surtout peuplé de femmes qui s’étaient montrées 99
ingrates. – Est-ce envers Dieu qu’elles avaient été ingrates ? lui demanda-t-on. – C’est envers leurs maris qu’elles avaient fait preuve
d’ingratitude, répondit-il ; elles avaient méconnu les bienfaits qu’elles en avaient reçus. Quand toute votre vie vous auriez comblé une
femme de vos bontés et qu’à un moment elle trouve la moindre des choses à reprendre en vous, elle vous dira : Jamais tu ne m’as fait
[49]
aucun bien »  .

Une grande partie des traditions prophétiques concernent la sexualité – ses modalités, notamment, le coït anal est prohibé : « Il est… 100
rapporté que le Prophète a dit : ”Fais-le par devant, par derrière, mais prémunis-toi de l’anus et de la menstruation“ ; ”Dieu ne regardera
pas à l’homme qui va à l’homme ou à la femme par l’anus“ » [50] – et sa temporalité : un hadîth de Aïcha permet à un homme qui ne peut
avoir d’enfant avec une femme mais qui se plaît en sa compagnie de ne pas la répudier et de la garder contre renoncement de sa part à
tout commerce charnel au profit de l’autre épouse qui la remplacera, ce qui lui permet de garder son droit à l’héritage [51]. Un autre hadîth
sert à autoriser les relations de jour [52].

Cette insistance sur la sexualité, qui peut surprendre des esprits occidentaux modelés par le christianisme, est significative d’une 101
spiritualité spécifique. Non seulement le musulman pieux trouve normal que Dieu intervienne jusque dans les détails les plus triviaux,
mais il peut trouver un mérite dans l’accomplissement de ceux-ci, à condition que cela soit fait en conformité avec la Loi :

Abû Dharr demanda au Prophète, à propos des rapports d’un homme avec sa femme : « Il prend plaisir, ô Prophète, et il sera 102
récompensé ? » Le Prophète répondit : « À ton avis, si tu accomplis cet acte dans des conditions illicites, n’es-tu point coupable ? –
[53]
Si ! répondit-il. – Eh bien, si tu l’accomplis dans des conditions licites, tu seras récompensé »  .

Rares cependant sont les traditions qui concernent les conséquences des relations sexuelles. Ce n’est qu’au détour d’une anecdote que la 103
procréation est recommandée, avec toutefois une certaine insistance :
[54]
L’Envoyé de Dieu me dit : « Cherche à avoir des enfants, cherche à avoir des enfants »  . 104

Un hadîth condamne le retrait comme moyen de contraception, au motif que : 105


[55]
Toute âme devant exister au jour de la Résurrection ne saurait manquer d’exister  .
106

Le point sur lequel le hadîth se distingue le plus du Coran, jusqu’à s’opposer à lui, est la question de la lapidation de la femme adultère. 107
Généralement, pour justifier cette pratique, la tradition invoque un verset coranique, dit « verset de la lapidation », que le Prophète
[56] [57]
aurait bien transmis mais non écrit  , et qui aurait abrogé le verset XXIV, 2, rappelé plus haut  . Quant à l’homme, s’il s’agit de
quelqu’un qui n’est pas marié, on privilégie le verset coranique (cent coups, à quoi beaucoup ajoutent un bannissement d’une année) ; s’il
s’agit de quelqu’un de marié, il subit le même châtiment que la femme, certains auteurs allant jusqu’à combiner les deux : �lagellation à
cause du verset, plus lapidation à cause de la Sunna.

Le droit musulman

Le juge musulman (le cadi) n’est pas seulement quelqu’un qui tranche les litiges et sanctionne les fautes. Il peut aussi jouer le rôle de 108
conciliateur, et certains le font avec beaucoup de dévouement. Quelques recueils juridiques contiennent également des conseils sur ce PDF
qu’il est recommandé de faire comme invocations, telle celle indiquée plus haut avant l’union charnelle en vue de la procréation, ou une
Help
prière démarquée de la sourate Fâtiha avant la conclusion du contrat de mariage. Il n’en reste pas moins que l’importance des règles
dans la vie courante a conduit, de fait, à sélectionner parmi les possibilités ouvertes par le hadîth. La marque la plus nette de cette
sélection est donnée par le fait que les chapitres concernant le mariage dans les traités de Droit musulman s’intitulent toujours Kitâb al-
nikâb, c’est-à-dire littéralement « livre de la copulation ». C’est-à-dire que le mariage y est envisagé avant tout sous l’angle du pur et de
l’impur, du licite et de l’illicite.

Voici, sur l’exemple d’un jurisconsulte de l’école hanbalite (qui, par le canal du wahhabisme et des Frères musulmans, a une in�luence 109
décisive sur les mouvements fondamentalistes actuels), les points principaux où, en matière de morale, le Droit complète le Coran et le
hadîth :

–?Sur les modalités du mariage : le Fiqh consacre la supériorité masculine et le maintien de la femme en état de minorité. 110

Pour être conclu, tout mariage suppose : 1) l’o�fre (îjâb) du tuteur matrimonial, ou de son représentant, qui dit : « Je te donne en mariage » 111
ou « Je te donne pour épouse » ; 2) l’acceptation (qabûl) du mari, ou de son représentant, qui dit : « J’accepte » ou « Me voici marié »…
Le père peut marier, sans leur consentement, tous ses enfants impubères, que ce soient des garçons ou des filles, et ses filles encore
[58]
vierges. Il lui est recommandé de demander le consentement de ses filles pubères  . Il lui est interdit de marier, sans leur consentement,
ses fils une fois pubères et ses filles une fois dé�lorées.
Le père est le seul tuteur matrimonial qui puisse marier, sans leur consentement, un jeune enfant, de sexe masculin ou féminin, ou une
fille âgée. Le consentement de la femme dé�lorée consiste dans une déclaration explicite, celui de la fille vierge dans un silence, en vertu
de cette parole du Prophète : « La femme veuve ou répudiée a plus de droit sur elle-même que son tuteur. Quant à la femme vierge, on
demandera son consentement, et ce consentement consiste dans son silence ».
Aucun tuteur n’est autorisé à marier une femme sans équivalence de condition. Les Arabes sont tous d’une condition équivalente… Un
homme dépravé (ne saurait être considéré comme étant d’une condition équivalente à celle) d’une femme chaste.
Un homme qui veut épouser une femme dont il est le tuteur matrimonial a le droit de procéder à la conclusion de son propre mariage
[59]
avec l’autorisation de la femme  .

–?Sur les devoirs mutuels des époux : le Fiqh reconnaît une certaine autonomie à la femme, ainsi que le droit à des conditions d’existence 112
décentes, mais ne donne d’issue, en cas d’injustice, que dans la séparation :

Une femme est autorisée à exiger, comme condition de son mariage, qu’elle habitera dans sa propre maison, ou dans son propre pays, et 113
que son mari ne prendra pas d’autres épouses ni de concubines. Si le mari ne respecte pas ces conditions, la femme a le droit de dissoudre
[60]
le mariage  .
Chacun des deux conjoints est tenu de traiter l’autre conformément au bon usage (ma ‘rûf) et de s’acquitter de ses devoirs sans
tergiversation ni mauvaise volonté.
Le mari a le droit d’exiger de sa femme qu’elle lui soit soumise et qu’elle se donne à lui quand il le désire, à moins qu’elle ne puisse se
prévaloir d’une excuse.
Une épouse qui s’acquitte de ses devoirs a le droit d’exiger de son mari la pension alimentaire (nafaqa), le vêtement et le logis dignes d’une
femme de sa condition.
Quand le mari refuse d’assurer, en totalité ou en partie, les dépenses auxquelles une femme a droit, cette dernière peut, si elle a pouvoir
sur des biens appartenant à son mari, prélever ce qui est nécessaire à son entretien et à celui de son enfant conformément au bon usage…
Si la femme est dans l’impossibilité de prendre ce qui est nécessaire à son entretien et à celui de son enfant, soit parce que le mari est
dans la gêne, soit parce qu’il l’en empêche, le juge est tenu de lui accorder, sur demande, le divorce, quel que soit l’âge du mari.
Le mari n’est pas tenu d’assurer les dépenses d’entretien de sa femme : 1) quand celle-ci est encore trop jeune pour qu’il puisse en jouir ; 2)
quand elle refuse de se donner à lui ou de lui obéir comme elle le doit ; 3) quand elle entreprend un voyage sans son autorisation ou
[61]
quand, voyageant avec son autorisation, elle le fait pour des motifs purement personnels  .

–?sur leurs relations intimes : elles ne sont envisagées que comme obligations, et en tant que telles minutieusement codifiées [62] : 114

115
(Le mari) doit s’acquitter de son devoir conjugal au moins une fois tous les quatre mois, à moins de pouvoir se prévaloir d’une excuse.
Quand un mari fait un serment de continence pour plus de quatre mois, la femme peut, au terme de ce délai, l’assigner en justice. Si le
mari nie avoir juré, conteste que le délai soit écoulé ou prétend avoir eu des relations avec sa femme, sa déclaration, accompagnée du
serment, fait foi si la femme n’est plus vierge.
Le mari qui reconnaît le bien-fondé de la plainte est tenu d’avoir, avec sa femme et à la demande de cette dernière, des relations sexuelles.
S’il s’acquitte de ses devoirs, Dieu certes est clément et miséricordieux. [Dans le cas contraire], il reçoit l’ordre de répudier sa femme et,
s’il ne le fait pas, la répudiation est prononcée par l’autorité judiciaire…
Un mari incapable d’avoir des relations sexuelles avec sa femme à la demande de cette dernière, a le droit de déclarer : « Je m’acquitterai
de mon devoir conjugal dès que je le pourrai. » Un délai doit lui être accordé jusqu’à ce qu’il soit en mesure de s’acquitter de ses
[63]
devoirs  .

–?sur le contexte psychologique de la répudiation : 116

Pour être valable la répudiation doit émaner d’un homme pleinement responsable et libre de ses actes. La répudiation prononcée sous 117
[64]
l’e�fet de la violence ou de la folie n’est pas valable ; elle l’est quand elle émane d’un homme en état d’ivresse  .
PDF
Help

Ce qui précède se retrouve, à quelques nuances près, dans tous les rites juridiques musulmans. La question du « mariage temporaire » 118
(muwaqqat) ou « de plaisir » (mut ‘a), fortement récusé par les auteurs sunnites et par les auteurs chiites zaydites et ismaéliens qui
l’assimilent à de la prostitution, mais accepté par les auteurs chiites duodécimains (rite majoritaire en Iran), est le point de divergence le
plus remarquable. L’argument des duodécimains est que, puisque cette notion est indiquée par le Coran, seul le Coran aurait pu
l’abroger.

Même ceux qui l’admettent le considèrent cependant comme une forme inférieure ; aussi n’entraîne-t-il pas d’obligations (entretien 119
alimentaire et héritage), sauf indication contraire, dans le contrat. Il peut s’ajouter au nombre des mariages légaux.

Nous n’avons pas à nous arrêter ici aux aspects proprement juridiques, puisque notre sujet est seulement la morale conjugale. Il n’en 120
reste pas moins que ces aspects juridiques génèrent un état d’esprit qui rejaillit sur les rapports de couples. L’apologétique moderne
souligne certains points pour lesquels le statut de l’épouse est positif : indépendance économique minimale par le « salaire d’honneur » ;
droit de refuser d’allaiter l’enfant et d’exiger du mari qu’il paye une nourrice ; droits de saisie sur le bien du mari de ce qui est nécessaire
à sa survie et à celle de ses enfants, etc. Elle prétend que, si ces règles ne sont pas respectées – et elle reconnaît que c’est souvent le cas –,
cela n’entache pas pour autant la religion car c’est le rôle de la structure politico-juridique d’y remédier. Toutefois, cette même
apologétique moderne considère généralement que la meilleure structure politico-juridique est précisément l’islam, c’est-à-dire un
univers régi par le Coran. Or le Coran reste muet sur les cadres juridiques qui pourraient soutenir d’éventuelles réclamations : donc, si le
mari ne respecte pas les droits, c’est au cadi de décider ; mais la législation musulmane précise que seul un homme peut être cadi !

Facteurs culturels complémentaires

En se répandant sur un immense territoire, l’islam a été confronté à des traditions culturelles di�férentes. Parfois c’est lui qui a 121
triomphé, mais parfois il a dû composer.

C’est notamment le cas pour l’Afrique sub-saharienne, dont on a pu dire que ce n’est pas l’islam qui a conquis l’Afrique, mais l’Afrique 122
qui a conquis l’islam. Les traditions culturelles spécifiques ont fait privilégier le hadîth : « Le meilleur d’entre nous est celui qui a le plus
de femmes », en en renforçant le caractère exemplaire. Aussi la polygamie, en régression dans le reste du monde musulman, est-elle au
contraire en extension en Afrique noire. Une augmentation de revenus doit se traduire par une augmentation du harem, et tel ouvrier
justifiera sa demande d’augmentation par la nécessité d’épouser une seconde femme. Nous avons vu plus haut que le verset sur la
polygamie (IV, 3) était volontiers interprété dans un sens maximaliste. La restriction qui l’accompagne (IV, 3, 29), n’est pas reçue comme
une limitation, mais seulement comme l’obligation qu’il y ait une maison ou une case particulière pour chaque épouse. En revanche, la
femme ne subit généralement pas en Afrique noire de marques discriminatoires (elle n’est le plus souvent ni voilée ni cloîtrée [65]), ce qui
est vraisemblablement dû au véritable culte de la mère qui caractérise cette aire géographique.

L’histoire a également joué un rôle important. Non pas tant à l’époque classique, qui a plutôt connu une tendance restrictive vis-à-vis de 123
la femme. Par exemple, la recherche orientaliste a montré comment, sur le problème des successions (farâ’id), une grande autorité du
commentaire coranique comme Tabarî (Xe siècle) avait délibérément orienté l’analyse de façon à exclure une lecture selon laquelle la
femme pourrait jouer un rôle décisif, en « oubliant » stratégiquement des traditions qu’il savait très bien utiliser par ailleurs [66]. D’autre
part, on aurait pu croire que la mystique, en spiritualisant la pratique religieuse, aurait revalorisé le mariage. Or il n’en est rien. Le grand
classique de Ghazâlî (XIe siècle), La Revivification des sciences de la religion, qui passe pour avoir concilié le mystique et le juridique,
n’envisage le mariage que sur le plan de l’utilité pour l’homme : la volupté que procure l’acte charnel pousse l’homme à atteindre la
volupté éternelle qui est bien supérieure (et Ghazâlî de citer nombre de saints personnages qui auraient multiplié leurs mariages « en
vue de dompter la chair ») ; les soins du ménage étant assurés par la femme, cela permet au mari de s’adonner à la science religieuse et
aux œuvres pies ; supporter patiemment le mauvais caractère de son épouse est une œuvre méritoire, etc. Mais ces avantages du
mariage, qui permettent de « dompter son âme », ne concernent que celui qui est au début de la voie mystique [67]. Aussi y a-t-il de
nombreuses histoires de soufis qui ont non seulement fait preuve de négligence vis-à-vis de leur famille [68] (famille qu’ils se devaient
d’avoir puisque l’islam déconseille le célibat), mais qui, parfois, ont pu l’abandonner sans aucun souci de leur subsistance. D’une façon
générale, la prolifération des confréries mystiques à partir du XIIe siècle et leur extension à la quasi-totalité du monde musulman n’ont
absolument rien changé à la vision juridique du mariage.

En contrepartie, l’époque moderne a connu de nombreuses vicissitudes, par suite de la mise en contact du monde musulman avec 124
l’Occident. Si la Turquie d’Ataturk a procédé de façon tranchée, en Tunisie, sous Bourguiba, en Iran, sous les Pahlavi, en Égypte, sous
Sadate, et tout récemment au Maroc, sous Mohammed VI, des juristes et des théologiens ont longuement travaillé pour déplacer
l’attention des versets coraniques et des traditions prophétiques rigoureuses vers les textes qui présentaient un caractère plus
compréhensif, voire laxiste. Ils ont également joué sur la perméabilité entre les divers rites juridiques, choisissant autant que possible les
solutions les plus favorables aux femmes. Néanmoins, les modifications d’ordre juridique ont pu se heurter aux résistances
psychologiques. Ainsi, l’amélioration du statut de la femme réalisée en Algérie jusqu’en 1962, a connu par la suite une régression au nom
de l’« authenticité », ce qui témoigne de la fixité des rapports humains de base. La contraception, qui a été encouragée par des
gouvernements et des associations familiales pour le contrôle des naissances (surtout en Tunisie, mais aussi en Algérie dans les années
1970), se heurte à l’opposition des milieux rigoristes. Si, en 1979, la juridiction égyptienne a reconnu à la femme le droit d’être informée
de son sort en cas de menace de répudiation ou d’existence d’une co-épouse, le problème reste entier pour la plus grande partie des
musulmanes.

La diversité entre les univers mentaux a été particulièrement mise en évidence par les mariages mixtes, où des Européennes avaient 125
naïvement cru qu’en épousant un musulman, celui-ci se rattacherait à leurs propres critères. Les mères qui ont perdu leur enfant par
suite d’un retour du mari dans son pays d’origine se sont heurtées au fait qu’en droit musulman le père est propriétaire des enfants. PDF
Help
Un point que l’on néglige, et qui est pourtant capital, est la capacité de récupération dans l’islam. Je prendrai seulement pour exemple la 126
façon dont certains auteurs prétendument modernistes récupèrent, au nom même de ce modernisme, les déviations de l’Occident pour
montrer que l’islam n’avait rien à lui envier. C’est ainsi que l’historien tunisien Mohammed Talbi reprend le verset II, 228 : « vos femmes
sont pour vous un champ de labour. Allez à votre champ comme vous voudrez », pour a�firmer que cela signifie : « pas de tabous sexuels,
tous les orifices sont bons [69] ». Cela permet à cet auteur, qui se qualifie lui-même de « penseur libre », de s’opposer à toute tradition
classique, comme nous l’avons vu plus haut, et ce, au nom d’un islam idéal.

Conclusion

Aussi me paraît-il préférable de laisser parler, en conclusion, deux musulmans. Voici d’abord ce que l’essayiste algérien S. Zeghidour 127
disait il y a un peu plus de quinze ans, à propos du retour proclamé à l’exigence d’authenticité [70] :

–?Il est illusoire de prétendre, dans un but apologétique, ne se référer qu’au Coran et montrer les progrès qu’il a apportés par rapport à 128
l’anté-islam. Ce qui compte, c’est la situation actuelle ; or celle-ci doit être d’une part comparée au reste du monde présent, d’autre part
remise dans la perspective de la Sunna, explicitation nécessaire du livre sacré : « La Sunna, dans les cas litigieux, l’emporte sur le Coran.
C’est un fait indiscutable. »

–?L’égalité entre homme et femme, telle qu’elle est comprise en Occident, n’existe pas en Islam. La femme n’y a pas un statut « inférieur » 129
(comme c’est le cas pour les juifs et les chrétiens en pays musulman), mais elle y reste « mineure », « c’est-à-dire justiciable d’une
surveillance de la part du mari ». Il y a des conseils adressés à celui-ci pour bien la traiter, mais peu de possibilités de sanction pour les
excès.

–?La répudiation a des conséquences psychologiques « dramatiques ». « La femme musulmane vit dans la hantise permanente d’être 130
répudiée et c’est ce qui la pousse à faire des enfants en permanence, surtout des garçons si possible, et à recourir à toutes sortes de
stratagèmes, de la magie à la ruse, pour garder sa place. Dans cette angoisse perpétuelle où vit la femme musulmane, je perçois l’origine
– peut-être – du sous-développement dans les sociétés musulmanes, parce que cela doit se répercuter sur les enfants, sur les hommes
qu’elles éduquent. »

–?Le code de la famille algérien qui prévoit de priver l’épouse répudiée de son logement est conforme à l’islam. À la limite, l’homme n’est 131
pas tenu de soigner sa femme malade, et le code civil syrien qui s’y opposait a été condamné par des oulémas. Mais inversement la
femme n’est pas obligée de faire le ménage de son mari et peut même demander un salaire pour l’allaitement de son enfant. « Ce qui
veut dire que le lien matrimonial en islam est un lien où l’amour n’existe pas.»

–?Bien plus, la polygamie empêche la constitution d’un couple comme tel. En outre, il n’y a pas de patrimoine commun aux conjoints. Le 132
mariage musulman n’est qu’un contrat, et même un contrat de jouissance ; Zéghidour cite un traité mâlikite : « C’est le contrat par lequel
on acquiert l’organe générateur d’une femme dans le but d’en jouir. » Rien ne dit en quoi consiste le contrat pour la femme.

–?Si le problème sexuel, et notamment le problème de la femme, est si virulent actuellement (actions contre ou pour le voile, etc.), c’est 133
parce que, beaucoup plus que l’au-delà ou l’exégèse, ou même que le droit ou l’économie, le statut de la femme est le point où s’articule
maintenant la survie de la vision islamique classique : « C’est parce que la femme musulmane, vivant tout à fait à l’écart de la société
musulmane qui est une société de mâles, a très peu intériorisé la religion musulmane qui reste une religion mâle. L’enfant et la femme y
ont peu de place. À mon sens, c’est parce qu’elle a été écartée de l’islam qu’aujourd’hui, avec l’instruction et l’émergence de la femme
dans le champ social, beaucoup de musulmans sont susceptibles de basculer dans une autre échelle de valeurs. D’abord parce qu’elles ont
peu subi le véritable conditionnement de l’islam. Elles ont subi les contraintes des hommes musulmans, mais pas le conditionnement
inconscient, profond, émotionnel. Donc elles peuvent d’autant plus basculer dans un système de valeurs occidental, car celui-ci leur
garantit au moins formellement l’égalité de droit avec les hommes et la protection sociale. Pour moi, la femme – c’est une métaphore,
mais elle me semble juste – c’est le ventre mou de l’Umma. »

Voici maintenant ce que m’a raconté tout dernièrement Amel Grami, professeur d’histoire des religions à l’université de Tunis. Son fils, 134
âgé de neuf ans, avait à faire une rédaction décrivant l’activité de ses parents. L’enfant raconta donc que sa mère était, au moment où il
écrivait, en train de lire la Bible, et que son père était à la cuisine. Scandale de la maîtresse ! La Bible se disant en arabe « le Livre saint »
(al-Kitâb al-Muqaddas), c’était inadmissible car seul le Coran est saint ; par ailleurs, il est inconcevable que ce soit le père qui fasse la
cuisine. L’enfant a donc dû refaire sa rédaction en écrivant que maman était en train de faire la cuisine et que le père lisait le Coran. Sur
quoi cette musulmane convaincue – et professeur – a conclu : « Voici un enfant de neuf ans qui est institutionnellement contraint à la
dissimulation. [71] »

Notes

[1] Une autre racine, n-k-h, exprime l’union physique. Elle apparaît vingt-trois fois dans le Coran, et uniquement dans un cadre prescriptif
(interdiction ou autorisation).

[2] Dans les références coraniques, le chi�fre romain indique le numéro de la sourate, le chi�fre arabe celui du verset.

[3] C’est la lecture traditionnelle, admise par tous jusqu’à nos jours. Il se pourrait cependant qu’il s’agisse là d’une interprétation datant de la
mise en forme o�ficielle du Coran, la formulation primitive reprenant, pour sa part, des images paradisiaques de la littérature religieuse
syriaque.

[4] Associateur-associatrice : toute personne qui ne professe pas la stricte unicité mathématique de Dieu. PDF
[5] Ismaïl IBN KATHÎR, L’Exégèse du Coran, trad. Harkat Abdou, Beyrouth, 2e éd. 1427/2003, p. 1108. Ibn Kathîr (v. 1300-1373) est surtout Help
historien et traditionniste ; nous l’utiliserons donc comme représentant de cette tradition.

[6] Ibid., p. 1069.

[7] Muhammad HAMIDULLAH, trad. du Coran, Paris, 1966.

[8] « Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de faire la loi à l’homme. Qu’elle se tienne tranquille. » (1 Timothée II,12.)

[9] Le saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets, révisé et édité par la Présidence générale des Directions scientifiques
islamiques, de l’I�ta, de la Prédication et de l’Orientation religieuse, s. d., p. 29, no 1.

[10] Les commentateurs classiques, s’appuyant sur ce qu’aurait dit le Prophète lors du Pèlerinage d’adieu (c’est-à-dire le dernier pèlerinage à la
Mecque auquel il aurait participé et auquel la tradition attribue diverses allocutions, allant de la formule brève au discours en forme),
précisent : « mais sans redoubler le coup et sans que ce soit violent » (voir IBN KATHÎR, op. cit., p. 270-271).

[11] Cela a mis certains musulmans en di�ficulté lorsqu’ils en sont arrivés à la question de la compatibilité entre la « conduite morale » et la «
prophétie » du Prophète de l’islam. Dans sa thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1913, Mansour Fahmi traitait en un chapitre des
deux périodes de la vie conjugale de Mahomet. Son analyse valut à l’auteur une sanction pour sacrilège : il fut expulsé de l’Université
égyptienne et vécut en paria dans la misère, privé d’accès à toute fonction publique.

[12] « Car, avec ces dernières, la répartition équitable n’est pas obligatoire, mais recommandable » : ibid., p. 253.

[13] Les plus anciens commentateurs, Ibn’Abbâs, Mujâhid et al-Zahhâk, expliquent cette phrase en disant que « même s’il y a une répartition
formelle, il y a nécessairement disparité dans l’amour, le désir et le coït » : ibid., p. 307.

[14] Bien que ce verset oppose en fait cette satisfaction périssable aux biens impérissables que sont les œuvres pies, il est devenu, sous sa
forme tronquée, une expression très utilisée en pays musulman pour se congratuler entre croyants lorsqu’ils constatent la conformité de
leur état à la parole coranique après une naissance, un bénéfice réalisé, un marché bien conclu, etc.

[15] Les commentateurs classiques, pour leur part, s’en tiennent à une explication spécifique de la première phrase (cas de la séparation des
époux, pour éviter que chacun ne cherche à nuire à l’autre) et ne se risquent pas à lui donner une portée générale comme l’apologétique
moderne est tentée de le faire.

[16] « Il y a, en islam, un tout indi�férencié, là où les Européens modernes distinguent nettement le rituel du droit, de la morale, des bons
usages en société (adab), etc. » : G.-H. BOUSQUET, La Morale de l’islam et son éthique sexuelle, 1re éd., Paris, 1953, p. 12.

[17] IBN KATHÎR, op. cit., p. 952.


[18] Le verset V, 5 restreint cette possibilité aux adeptes des religions scripturaires (judaïsme et christianisme).

[19] « C’est là une menace de la part de Dieu à l’intention de qui accuserait des préservées insouciantes et croyantes. Donc, les Mères des
croyants [les épouses du Prophètes] sont les premières protégées par cette parole divine, et en l’occurrence Aïcha qui a été la cause de cette
révélation. Selon tous les savants, celui qui accuse Aïcha après la descente de ce verset explicite est un dénégateur, parce qu’il tient tête au
Coran » : IBN KATHÎR, op. cit., p. 947.

[20] Incise ajoutée dans la traduction de Médine.

[21] IBN KATHÎR, op. cit., p. 136.


[22] C’est-à-dire d’un mariage contracté pour une durée limitée, qui peut aller de quelques heures à quelques années.

[23] IBN KATHÎR, op. cit., p. 264.


[24] EL-BUKHÂRI, Les Traditions islamiques, trad. O. Houdas, t. III, Paris, 1908, p. 597.

[25] Cité par IBN QUDÂMA (XIIe-XIIIe s.) ; voir Le Précis de droit d’Ibn Qudâma, trad. H. Laoust, Damas, 1950, p. 169.

[26] Ibid., p. 544. Le recueil de Bukhâri fait partie des six recueils canoniques, et il est, avec celui de Muslim, le plus utilisé.

[27] Ibid., p. 547.

[28] Ibid., p. 546.

[29] Ibid., p. 595. L’« Authentique » (Sahîh) est le titre-programme du recueil de Bukhâri.

[30] IBN MÂJA, Sunan, no 2000 (éd. Kh. M. Shîhâ, Beyrouth, 1419/1998, t. I-II, p. 637), à propos de Cor. XXXIII, 51 (« Tu remets à plus tard celle
d’entre elles que tu veux ; tu donnes accès auprès de toi à celle que tu veux, ainsi qu’à celles que tu recherches parmi celles écartées de toi.
Nul grief à toi. »). Forme plus atténuée dans Bukhâri, op. cit., t. III, p. 561. Bien que moins utilisé que celui de Bukhâri, le recueil d’Ibn Mâja
figure également parmi les six recueils canoniques.

[31] BUKHÂRI, ibid., p. 583. Texte arabe, éd. Q. al-Shamâ‘î al-Rifâ‘î, Beyrouth, 1407/1987, t. VII-IX, no 117.
[32] BUKHÂRI, trad. Houdas, op. cit., p. 569.
[33] Ibid., p. 571.

[34] Ibid., p. 574.

[35] Ibid., p. 583.

[36] Ibid., p. 644.

[37] Ibid., p. 583.

[38] Ibid., p. 649. PDF

[39] Ibid., p. 590. Help

[40] Ibid., p. 602.

[41] Ibid., p. 603.

[42] Ibid., p. 590.

[43] Ibid., p. 578.

[44] Ibid., p. 593.

[45] Ibid., p. 585.

[46] Ibid., p. 554.

[47] Ibid., p. 590.

[48] Ibid., p. 600. Au Moyen-Orient, au milieu du XXe siècle, les fondamentalistes ont utilisé ce hadîth pour expliquer le nombre de femmes
laissées en Europe après les hécatombes des deux guerres mondiales. Par suite, épouser une Européenne était considéré comme œuvre
pie.

[49] Ibid., trad. O. Houdas et W. Marçais, t. I, Paris, 1903, p. 19. Ce hadîth est repris dans le chapitre sur le mariage.

[50] IBN KATHÎR, op. cit., p. 136.


[51] Voir ibid., p. 307.

[52] BUKHÂRI, op. cit., t. III, p. 596.


[53] Cité dans Le Traité des divergences du hadîth d’Ibn Qutayba, trad. G. Lecomte, Damas, 1962, p. 282. Dans le recueil de Muslim, le plus
important avec celui de Bukhâri, figure une version plus complète de ce hadîth qui commence par une récrimination de gens pauvres
auprès du Prophète, se plaignant de ne pouvoir donner l’aumône comme les riches. Le Prophète énumère alors plusieurs actions qui
équivalent à l’aumône, dont l’acte sexuel : « Chaque fois que vous faites œuvre de chair, vous faites une aumône. » Cette version plus
complète est reprise dans le recueil des Quarante hadîths d’al-Nawawî qui sont censés donner la quintessence de la tradition prophétique.

[54] BUKHÂRI, op. cit., p. 604.


[55] Ibid., p. 594.

[56] La légende selon laquelle le Prophète aurait été illettré est contredite par plusieurs hadîths qui le présentent soit comme demandant à
écrire (voir BUKHÂRI, op. cit., t. III, p. 239 ; texte arabe, op. cit., t. V-VI, no 872), soit comme sollicité d’écrire et ne le faisant pas seulement
par manque de temps (voir IBN KATHÎR, op. cit., p. 938).

[57] A.-L. DE PRÉMARE a montré le processus selon lequel l’islam a volontairement pris le parti opposé au christianisme sur ce sujet ; voir «
Prophétisme et adultère. D’un texte à l’autre » dans Revue du monde musulman et de la Méditerranée, no 58, 1991, p. 101-135.

[58] Pour le Droit mâlikite, « le père a le droit de marier sa fille vierge sans demander son consentement même si elle est pubère. Toutefois, il
peut lui demander son consentement, s’il le veut ». Voir La Risala d’Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, texte édité et traduit par K. ‘A.-S. El-Béheiry,
Le Caire-Beyrouth, s.d., p. 90.

[59] H. LAOUST, Le Précis de droit d’Ibn Qudama,Damas, 1950, p. 170 ; p. 172-173.

[60] Ibid., p. 183-184.

[61] Ibid., p. 190-192.

[62] Le nikâh, amour physique permis, s’oppose au zinâ, amour physique illicite et comme tel réprimé.

[63] Ibid., p. 192-193.

[64] Ibid., p. 199.

[65] Au Sénégal, cependant, il existe un petit État dans l’État, à Madîna Gounas, où la charia est appliquée dans son intégralité. Il y aurait au
Mali un cas similaire dont j’ignore le nom.

[66] Voir M. ARKOUN, Lectures du Coran, Paris, 1982, p. XXIV-XXV.


[67] Voir GHAZÂLÎ, Ihya ‘ulûm al-dîn, éd. Dâr al-ma‘rifa, Beyrouth, s. d., t. II, p. 21-60.

[68] La seule exception que l’on connaisse est celle de Hakîm Tirmidhî (IXe-Xe s.), qui a manifesté de l’attention pour son épouse au point de
lui attribuer un rôle dans son expérience mystique.

[69] M. TALBI, « Le Coran déprécie-t-il la femme ? », Jeune Afrique/L’intelligent, no 2082, 5-11 décembre 2000, p. 16. Talbi se rattache lui-même,
sur ce point, à Malek Chebel, souvent présenté en France comme un des espoirs d’un islam rénové !

[70] Interview à Algérie Actualité, no 1302, du 27 septembre-3 octobre 1990, p. 25.

[71] L’islam admet la « dissimulation légale » (taqiyya), c’est-à-dire qu’il reconnaît le droit de cacher ses convictions dans une situation de
pression extérieure intolérable.

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Le Coran

La tradition prophétique

Le droit musulman

Facteurs culturels complémentaires

Conclusion

Auteur
Marie-Thérèse Urvoy

Théologie – Science et théologie des religions


Institut catholique de Toulouse

Mis en ligne sur Cairn.info le 01/02/2011


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https://doi.org/10.3917/retm.240.0009

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