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ELISÉ RANARIVELO, LE DESSINATEUR ET SON ŒUVRE

Toavina Ralambomahay

Africultures | « Africultures »

2009/4 n° 79 | pages 148 à 150


ISSN 1276-2458
ISBN 9782296103283
DOI 10.3917/afcul.079.0148
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-africultures-2009-4-page-148.htm
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Elisé Ranarivelo, le dessinateur
et son œuvre
par Toavina Ralambomahay

E lisé R anarivelo est une raison en soi pour lire L’E xpress de M adagascar dont il est le
caricaturiste attitré . La passion qui l ’ anime est d ’ emblée perceptible . L e coup de plume est un
don chez lui ce qui ne l ’ a pas empêché d ’ apprendre la technique du dessin .

Si l‘artiste est incapable de refaire son chef-d’œuvre une deuxième fois, le


professionnel, lui, calcule son coup. Elisé refait son chef-d’œuvre tous les
jours. Et beaucoup le prennent pour un naïf !
Personnages publics, événements tournés à la sauce Elisé, ses dessins tour-
nent la tête de ses «victimes». « Mais où est-il allé pêcher ça ? ». Réponse
au bas de chaque croquis : « Toute ressemblance avec des personnalités ou
événements réels est fortuite ». Vaste blague !
Depuis une dizaine d’années, l’homme vit de sa passion.
Comme beaucoup de ses congénères, il a été bercé par Astérix et Lucky Luke.
A 17 ans, il écrit des scénarios. En 1982, comme tous les artistes en herbe
d’Antananarivo qui ont commencé dans l’obscurité, il a travaillé et a été
publié par l’éditeur Tsileondriaka. Il est le père du personnage le Professeur
Mahiratra (Professeur Lucide !), héros d’une série ou le dessin n’était pas
convainquant. Mais le scénario étant bon, cette BD a un grand succès. Son
héros protégeait les faibles contre les forces du mal…
En pleine crise politique de 1991 et ses répercussions économiques, le milieu
de l’édition de BD s’effondre. Il doit passer à la presse écrite. Il commence
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d’abord dans un journal quotidien édité par Tsileondriaka qu’il illustre de ses
dessins. En 1994, c’est la révélation. Embauché à L’Express de Madagascar,
le duo Herizo Razafimahaleo (son PDG, par ailleurs homme politique) et
Christian Chadefaux, son rédacteur en chef, laissent son talent exploser. La
notoriété grandissante du dessinateur profitera à celle du journal.
Ses dessins paraissent tous les jours. Les festivals internationaux s’enchaînent.
(France, la Côte d’Ivoire, Suisse) et les prix s’accumulent dont le Crayon d’or
La course au PMU, Elisé Ranarivelo, Les présidentielles, Ed. Elisé Production et L’Express de Madagascar, 1997© Elisé production et L’Express de Madagascar
de l’UIJPLF (Union internationale des journalistes de la presse de langue
française) en 1995.
Il côtoie les plus grands comme Plantu et fait des illustrations pour la
presse internationale, les éditions L’Harmattan, et au niveau local pour
Tsipika éditions, etc. Reconnu, il a une carte de consultant international et Et lui, au moins ne pense pas qu’à lui, qu’à sa carrière. Il prépare la relève.
croque pour l’OMS (Organisation mondiale de la santé) ou encore l’OMC Membre fondateur d’une association dénommée « Gasy bulles », il forme
(Organisation mondiale du commerce). les jeunes avec ses copains dans une ambiance bon enfant.
Le régime de Marc Ravalomanana fait appel à lui pour illustrer les cam-
pagnes contre la corruption et le blanchiment d’argent, sans que Elisé ne Son rêve (il en aura toujours) : éditer, pas forcément ses œuvres, mais plu-
donne un blanc-seing au régime de l’époque. Son indépendance d’esprit a tôt de jeunes talents qu’il pourrait diriger et encadrer dans une collection
fait ses preuves. La passion ne peut être corrompue. spécifique.

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Elisé Ranarivelo, le dessinateur
et son œuvre
par Toavina Ralambomahay

E lisé R anarivelo est une raison en soi pour lire L’E xpress de M adagascar dont il est le
caricaturiste attitré . La passion qui l ’ anime est d ’ emblée perceptible . L e coup de plume est un
don chez lui ce qui ne l ’ a pas empêché d ’ apprendre la technique du dessin .

Si l‘artiste est incapable de refaire son chef-d’œuvre une deuxième fois, le


professionnel, lui, calcule son coup. Elisé refait son chef-d’œuvre tous les
jours. Et beaucoup le prennent pour un naïf !
Personnages publics, événements tournés à la sauce Elisé, ses dessins tour-
nent la tête de ses «victimes». « Mais où est-il allé pêcher ça ? ». Réponse
au bas de chaque croquis : « Toute ressemblance avec des personnalités ou
événements réels est fortuite ». Vaste blague !
Depuis une dizaine d’années, l’homme vit de sa passion.
Comme beaucoup de ses congénères, il a été bercé par Astérix et Lucky Luke.
A 17 ans, il écrit des scénarios. En 1982, comme tous les artistes en herbe
d’Antananarivo qui ont commencé dans l’obscurité, il a travaillé et a été
publié par l’éditeur Tsileondriaka. Il est le père du personnage le Professeur
Mahiratra (Professeur Lucide !), héros d’une série ou le dessin n’était pas
convainquant. Mais le scénario étant bon, cette BD a un grand succès. Son
héros protégeait les faibles contre les forces du mal…
En pleine crise politique de 1991 et ses répercussions économiques, le milieu
de l’édition de BD s’effondre. Il doit passer à la presse écrite. Il commence

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d’abord dans un journal quotidien édité par Tsileondriaka qu’il illustre de ses
dessins. En 1994, c’est la révélation. Embauché à L’Express de Madagascar,
le duo Herizo Razafimahaleo (son PDG, par ailleurs homme politique) et
Christian Chadefaux, son rédacteur en chef, laissent son talent exploser. La
notoriété grandissante du dessinateur profitera à celle du journal.
Ses dessins paraissent tous les jours. Les festivals internationaux s’enchaînent.
(France, la Côte d’Ivoire, Suisse) et les prix s’accumulent dont le Crayon d’or
La course au PMU, Elisé Ranarivelo, Les présidentielles, Ed. Elisé Production et L’Express de Madagascar, 1997© Elisé production et L’Express de Madagascar
de l’UIJPLF (Union internationale des journalistes de la presse de langue
française) en 1995.
Il côtoie les plus grands comme Plantu et fait des illustrations pour la
presse internationale, les éditions L’Harmattan, et au niveau local pour
Tsipika éditions, etc. Reconnu, il a une carte de consultant international et Et lui, au moins ne pense pas qu’à lui, qu’à sa carrière. Il prépare la relève.
croque pour l’OMS (Organisation mondiale de la santé) ou encore l’OMC Membre fondateur d’une association dénommée « Gasy bulles », il forme
(Organisation mondiale du commerce). les jeunes avec ses copains dans une ambiance bon enfant.
Le régime de Marc Ravalomanana fait appel à lui pour illustrer les cam-
pagnes contre la corruption et le blanchiment d’argent, sans que Elisé ne Son rêve (il en aura toujours) : éditer, pas forcément ses œuvres, mais plu-
donne un blanc-seing au régime de l’époque. Son indépendance d’esprit a tôt de jeunes talents qu’il pourrait diriger et encadrer dans une collection
fait ses preuves. La passion ne peut être corrompue. spécifique.

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La caricature à Maurice,
Elisé Ranarivelo, Les présidentielles, Ed. Elisé Production et L’Express
de Madagascar, 1997
© Elisé production et L’Express de Madagascar
Île Maurice

170 ans d’histoire


par Christophe Cassiau-Haurie

P anorama de la caricature mauricienne dont la longue histoire , née d ’ une époque très
importante de l ’ histoire nationale , remonte au début du XIX e siècle

Les caricaturistes mauriciens ont une réputation bien établie dans le monde fran-
cophone. Deven T. voit souvent ses dessins repris dans Le Courrier international,
Pov et Abdool Kalla remportent régulièrement des concours internationaux….
La course au PMU, Elisé Ranarivelo, Les présidentielles, Ed. Elisé
Production et L’Express de Madagascar, 1997© Elisé production et
Leurs talents s’appuient sur la très solide presse mauricienne, spécifiquement les
L’Express de Madagascar trois quotidiens qui tirent à une moyenne de 25 000 exemplaires en semaine,
et jusqu’à 65 000 durant le week-end. Le dessin de presse mauricien ne fait
que suivre l’ensemble du continent africain qui, depuis la libéralisation de la
presse au début des années 90, sort des dessinateurs et caricaturistes de talent
(Thembo Kash en RDC, Hector Sonon au Bénin, Adji Moussa au Tchad…)
et où certains titres de la presse satirique s’en sortent plutôt bien : Gbich en Côte
d’Ivoire, Ngah à Madagascar, Le Journal du jeudi au Burkina Faso…

La naissance de la caricature mauricienne est liée à …


l’abolition de l’esclavage !
En 1834, face aux menaces du pouvoir central britannique, les colons (d’ori-
gine française) envoient Adrien d’Epinay, un des leurs, à Londres afin de
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Bibliographie succincte :
Bande dessinée : La Petite Peta, Tsioury éditions, 2008.
Recueils de caricatures :
plaider leurs causes et sensibiliser la couronne britannique au risque de ruiner
Les Planches Flottantes, Alizé éditions. la situation économique de l’île avec des «mesures aussi inconséquentes» (1).
La Faim justifie les moyens, Alizé éditions.
Les Fonds Baillés, Elisé Production-L’express de Madagascar, 1997. Adrien D’Epinay n’aura pas gain de cause et l’esclavage sera bel et bien aboli
Sur Elisé Ranarivelo : Identités et transition démocratique : l’exception malgache ?, Roubaud François, essai, Tsipika-L’Harmattan, 2000.
cette année-là. Afin de calmer les revendications des colons, le gouvernement
britannique accorde à l’île une série de libertés revendiquées par les colons.
Parmi celles-ci, figure la liberté de la presse.
De retour à Maurice, Adrien D’Epinay fonde Le Cernéen (2), qui représen-
tera pour longtemps les intérêts de l’oligarchie sucrière. D’autres journaux
suivront, pour la plupart d’une durée éphémère, dont Le Mauricien qui va
T oavina R alambomahay est journaliste à L’E xpress de M adagascar où il a rencontré E lisé R anarivelo .
I ls se sont liés d ’ amitié et ont produit un livre  : ‘L a P etite P eta aux éditions T sioury en 2008. H ommes de
fêter cette année son 150e anniversaire.
projet , leur prochain défi est de réaliser une bande dessinée sur les aventures de Z oto , un M algache qui De cette époque datent les premiers dessins de presse et les premières caricatu-
a fait trois fois le tour de M adagascar à pied . T oavina est actuellement en formation en administration res. Celles-ci n’apparaissent pas dans les journaux dits sérieux ou d’information
dans le plus grand groupe de presse privée de M aurice , L a S entinelle .
générale mais dans des revues littéraires qui fourmillaient à cette époque.
La toute première caricature référencée remonte à l’année 1841, dans le journal Le
Bengali (3). Ces dessins étaient signés du britannique Georges Nasn (l’orthographie
est incertaine), probablement un citoyen anglais décédé le 19 juillet 1852, à l’âge
de 48 ans. En parallèle, d’autres journaux pratiquant le dessin de presse comme
Le Créole (4) ou L’Arlequin (5) seront lancés par le même éditeur, J. Dureau qui
peut être considéré comme le véritable père fondateur de ce mouvement.

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