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Dans une production en série, on constate généralement une amélioration du coût individuel de chaque article au

fur et à mesure de l'augmentation du cumul des séries produites.

Cet effet, qui se manifeste par une décroissance régulière des temps de fabrication ou du total des coûts
variables, a été modélisé par Wright en admettant que le temps ou coût unitaire de fabrication diminue d'un
pourcentage constant chaque fois que la série cumulée double. Autrement dit, si T(n) est le temps unitaire du
nième exemplaire, celui du (2n)ième est donné par la formule :

où p est un coefficient constant parfois appelé pente de la loi dite de Wright, dont la formulation est la suivante :

avec le nouveau paramètre α relié à p par la formule :

ou :

On appelle souvent élasticité l'exposant α , par analogie avec une notion bien connue des économistes. Cet
exposant est généralement compris entre 0 et 1 (bien que, théoriquement, il puisse prendre des valeurs
supérieures à 1). La valeur zéro correspond à une pente nulle (p = 1) et la valeur 1 à une pente maximale (p =
0,5) pratiquement jamais atteinte, puisqu'elle correspond à une diminution de moitié entre le premier exemplaire
et le suivant.

Les deux tables ci-dessous donnent respectivement la valeur de la pente en fonction de l'élasticité et celle de
l'élasticité en fonction de la pente.

0,00 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06 0,07 0,08 0,09
0,00 100,00 99,31 98,62 97,94 97,27 96,59 95,93 95,26 94,61 93,95
0,10 93,30 92,66 92,02 91,38 90,75 90,13 89,50 88,88 88,27 87,66
0,20 87,06 86,45 85,86 85,26 84,67 84,09 83,51 82,93 82,36 81,79
0,30 81,23 80,66 80,11 79,55 79,00 78,46 77,92 77,38 76,84 76,31
0,40 75,79 75,26 74,74 74,23 73,71 73,20 72,70 72,20 71,70 71,20
0,50 70,71 70,22 69,74 69,26 68,78 68,30 67,83 67,36 66,90 66,43
0,60 65,98 65,52 65,07 64,62 64,17 63,73 63,29 62,85 62,42 61,99
0,70 61,56 61,13 60,71 60,29 59,87 59,46 59,05 58,64 58,24 57,83
0,80 57,43 57,04 56,64 56,25 55,86 55,48 55,10 54,71 54,34 53,96
0,90 53,59 53,22 52,85 52,49 52,12 51,76 51,41 54,81 50,70 50,35
Table 1. Pente (%) en fonction de l'élasticité

% 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
50 1,000 0,971 0,943 0,916 0,889 0,862 0,837 0,811 0,786 0,761
60 0,737 0,713 0,690 0,667 0,644 0,621 0,599 0,578 0,556 0,535
70 0,515 0,494 0,474 0,454 0,434 0,415 0,396 0,377 0,358 0,340
80 0,322 0,304 0,286 0,269 0,252 0,234 0,218 0,201 0,184 0,168
90 0,152 0,136 0,120 0,105 0,089 0,074 0,059 0,044 0,029 0,014

Table 2. Élasticité en fonction de la pente.

Graphiquement, la courbe d'expérience se présente sous la forme d'une exponentielle


décroissante, telle que celle reproduite ci-dessous, qui correspond à une élasticité moyenne de
0,184 ou, comme l'indiquent les tables, à une pente d'environ 88%.
Dans les formules, il est souvent commode de raisonner en termes de coefficient de réduction
par rapport aux données du premier exemplaire, dont le coefficient est, par définition, égal à
l'unité.

Le calcul du coefficient de réduction T(n) qui affecte le ne exemplaire s'effectue donc à l'aide
de la relation donnée plus haut. La direction de production s'intéresse aussi au coefficient
moyen :

Tm(n) ={ (T(1) + T(2) + ... + T(n)}/n

Ce coefficient moyen est évidemment toujours quelque peu supérieur au coefficient individuel
correspondant. Au fur et à mesure que le rang augmente, le rapport entre les deux tend à se
stabiliser et à se rapprocher de celle donnée par la formule approximative :

La figure ci-dessous, qui donne les trois coefficients, montre que, souvent, la formule
approximative suffit. Mais le calcul exact s'effectue facilement à l'ordinateur, par exemple
avec un tableur.

Loi de Wright avec seuil.

L'idée d'une décroissance illimitée des coefficients T(n) lorsque n augmente peut choquer
certains qui pensent par ailleurs que l'effet de démarrage doit s'arrêter à partir d'un rang dit de
stabilisation, au-delà duquel il n'est plus possible d'améliorer les processus. On part alors d'un
coefficient initial supérieur à 1, le coefficient 1 correspondant au rang s de stabilisation :

Il est facile d'en déduire la valeur du coefficient initial en fonction de l'élasticité et du rang de
stabilisation :

ou celle, au contraire, de l'élasticité en fonction du coefficient initial et du rang de stabilisation


:

Cette loi décrit de combien décroît le coût unitaire de production lorsque double
l’échelle de la production. Concernant la Ford T, ce coefficient est de l’ordre de
0,1, c’est-à-dire que le coût baisse de 10 % pour chaque doublement de la
production. Les procédés ultérieurs montreront des coefficients encore supérieurs,
qu’il s’agisse des Liberty ships (Lucas R., 1993), de l’assemblage des avions ou
encore des produits de l’industrie électronique (AyresR.U., 1985).

Cette configuration n’est pas sans rappeler la révolution de la micro-électronique


qui voit le prix des matériels informatiques baisser à un rythme tel que se
développe une demande, y compris de renouvellement, qui conduit en quelques
années à forger une nouvelle industrie : les fabricants de micro-ordinateurs et
surtout Microsoft ont fini par faire plus de profits que le géant d’hier IBM.
Sauvageot P., 2002, Université d’été du CNRS, Cours de Gestion de projet et
Maitrise des couts

Liao, S. S. 1988. The learning curve: Wright's model vs. Crawford's model. Issues
In Accounting Education (Fall): 302-315.

Morse, W. J. 1972. Reporting production costs that follow the learning curve
phenomenon. The Accounting Review (October): 761-773.

Boyer R. , Freyssenet M. 2008 Recherches & Régulation Working Papers ,


Association Recherche & Régulation, c/o LEPII-CNRS, Université Pierre Mendès
France

Hayes R.U., Wheelwright S.C. (1984), Restoring our Competitive Edge, John Wiley
&Sons, New York.

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