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Guy Di Méo La genèse du territoire local : complexité dialectique et espace- temps In:

La genèse du territoire local : complexité dialectique et espace- temps

In: Annales de Géographie. 1991, t. 100, n°559. pp. 273-294.

Abstract The genesis and evolution of "local territories " (community, village, " country ", area, town, micro-region) are analyzed here in a long-term perspective through the complex interplay of the several authorities (economic, geographic, political, and ideological) which rule the social and geographic structures. The local community (in the almost modern sense of the word) has always had in France an astonishing vitality, ever since the Middle Ages. Often based upon the stimulus of economic urge, it survives nowadays, although in a different form and shape, kept together essentially by a political and ideological cement. The local frame, however much its role and structures should be reconsidered, in regard mainly to the geographic scattering of living places and to the deep changes of economy, still remains all-important. It still is the best observation-deck of the essential relationship which socially-organized people have with space.

Résumé La genèse et l'évolution des territoires locaux (commune et village, « pays », quartier, ville, micro-région) sont analysées ici, dans la perspective de la longue durée, au travers du jeu complexe des instances (économique, géographique, politique et idéologique) qui gouvernent les formations socio-spatiales. La localité, au sens quasi moderne du terme, a connu en France un étonnant dynamisme à partir du Moyen Age. Souvent fondée sous l'aiguillon de la nécessité économique, elle survit de nos jours, bien qu'altérée et déformée, maintenue par un ciment de nature surtout politique et idéologique. Le local, même s'il convient aujourd'hui d'en reconsidérer le rôle et les structures, en regard notamment de l'éclatement géographique des lieux de vie et des mutations profondes de l'économie, demeure toujours vivace. Il constitue la meilleure échelle d'observation du rapport essentiel que les individus organisés en société nouent avec l'espace.

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Di Méo Guy. La genèse du territoire local : complexité dialectique et espace-temps . In: Annales de Géographie. 1991, t. 100, n°559. pp. 273-294.

: 10.3406/geo.1991.21041 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1991_num_100_559_21041

Ann

Gèo. no 559

1991

La genèse du territoire local

complexité dialectique

et espace-temps

U.R.A 911/C.N.R.S

UniversitéGuy DI deMEOPau

La localité son territoire qui définit un rapport étroit

la fois social

et symbolique entre individu et les lieux suscite depuis deux décennies

un regain intérêt lus aménageurs chercheurs ou technocrates tous

lui accordent une attention accrue idéologie territoriale remise au goût du jour depuis deux décennies

reflète outre esprit localiste illustré par le slogan

au pays et alternative de autogestion.

accomplissant au contact de la nature enfin respectée Depuis quelques

années elle estompe un peu mais la mobilisation autour du dévelop

pement local demeure

aussi vif Comment peut-on expliquer

nouveau des représentations de la localité En quoi histoire nous aide- t-elle les comprendre Terre des aïeux des origines obscures sim plement du souvenir. Mais aussi terre de espoir pour de jeunes

vivre et travailler

attrait des communautés conviviales de économie sociale

Elle exalte une démocratie du quotidien

esprit de clocher reste par ailleurs toujours

partir des années

1970

un

tel

re

générations que la crise économique La thèse que nous défendons

La

localité lieu de résidence de travail de loisir et de consommation de vie familiale et sociale élémentaire est espace où se concrétisent

pour chaque individu les rapports sociaux de production La localité recèle et exprime les réalités économiques et matérielles les plus im médiates Mais économie est pas tout espace local est aussi le domaine où se forge ce que Maffesoli appelle la socialite ces petits riens qui de enfance la mort tissent la trame de existence tous ces rapports fugitifs avec les êtres avec espace et les objets. échelle locale expriment de fa on tangible perceptible par chacun les formes politiques et idéologiques des rapports sociaux

pas épargnées ici repose sur deux postulats

274

ANNALES DE

OGRAPHIE

Bien sûr nos présupposés théoriques ne sont pas neutres Nous

pensons que chaque territoire lieu ou ensemble de lieux continus ou dispersés offrant aux acteurs sociaux un jeu de références communes

épouse les structures une

formation socio-spatiale

Puissamment

ancré dans le paysage historique des dispositifs spatiaux

expression

eux-mêmes une nécessité économique initiale prise en charge par les modes de production successifs le territoire constitue le champ

Ces dernières émanent de la vie sociale

et psychologique des individus de ses mythes parfois transformés en

Productrices espace au rythme du temps

long les représentations sociales se nourrissent aussi de la substance

des territoires sous forme de déterminations subtiles et impalpables qui résultent de notre rapport phénoménologique aux lieux et aux objets spatialisés

ne

peut se concevoir selon nous sans un décryptage soigneux des rela

tions croisées complexes et parfois contradictoires dialectiques qui se nouent entre la sphère ideelle propre tout groupe humain spatialisé et les bases matérielles de son existence

Dans ce cadre théorique les pages qui suivent efforceront de vérifier la validité une hypothèse centrale échelle du territoire local écheveau complexe des rapports géographiques économiques

privilégié des représentations

symboles géographiques

La nature du rapport social

espace

local en occurrence

infrastructure

politiques et idéologiques

superstructure

qui

le fondent subit la domination initiale

quoique non exclusive

de

instance économique comprise comme le ciment premier du regrou

pement social puis socio-spatial des hommes

Aux origines du territoire local

Au début était le pagus

établissement primitif des tribus et des familles parvenues au

stade de la vie pastorale et agricole comporte occupation un territoire nécessaire leur subsistance autour un lieu de refuge ils ont

choisi

économique trouve sa concrétisation selon cet auteur dans les pre miers pagi apparus en Poitou bien avant occupation romaine tablis

mais aussi pour se

et

estime

M.Garaud2

Cette

nécessité

la

fois

sociale

des fins économiques

activité agricole

Voir sur ce point Di Mèo G.)

564-594

Les formations socio-spatiales ou la dimension infra-

Objectivation et

régionale en géographie

représentation des formations socio-spatiales de acteur au territoire

Annales de Géographie

526 1985

661-689

Annales de Géographie

Revue

537 1987

pagi

historique de droit fran ais et étranger 1949

Garaud M.)

Les origines des

poitevins du Moyen Age -xi1 siècles

542-561

LA GEN

SE DU TERRITOIRE LOCAL

275

préserver un péril extérieur

voire peut-être afin de

satisfaire

des rites religieux limités par un enclos palissade et une boucle fluviale

ils forment ce que Jullian résultat du défrichement et de

appelle

occupation du sol par la tribu

Autre preuve de cette primauté de la fonction économique sur laquelle nous reviendrons le pagus primitif abord uniquement associé

désigne rapidement le groupe hommes la

communauté installée sur le territoire et qui tend

comme

Parthenay ou

Thouars

unité territoriale primitive

la notion de

image

identifier

lui

En fait si le rassemblement local des agriculteurs et des éleveurs pris le nom de pagus au cours des siècles de Antiquité le phénomène de regroupement dans le cadre un territoire plus ou moins fixe et plus

ou moins vaste est quant

dixième et le septième millénaire avant notre ère révolution néoli

thique

cueillette se sédentarisa formant alors les premiers territoires

près stables aube de notre ère le pagus change progressivement de signifi cation devient au sens propre un pays un canton dirait-on aujour hui subdivision de la Civitas dotée de sa propre administration

Survivance une organisation sans doute préromaine le Pagus corres

pond souvent durant le premier millénaire de notre ère

ment de villages confère une vallée

peu

que humanité cessant de vivre uniquement de chasse et de

est en effet entre le

lui bien antérieur

un groupe

ou vici

reposant par exemple sur unité que

Le démantèlement de Empire romain crée de multiples confusions

dans le maillage de espace

Les circonscriptions administratives il

laissées résistent aux

barbares

avec

un inégal succès selon les

régions

revêt au moins deux sens différents

Toujours est-il

époque mérovingienne le mot pagus

tantôt district territorial

ex tantôt image un village ou vici

Civitas

administré par un comte

Les temps carolingiens retiendront essentiellement la première formule

ne J.F iier

mais elle

survivra pas

la lente décomposition

de Empire

voire aux

fait en effet remonter

la fin du xe siècle

premières décennies du XIe siècle la dislocation du pagus au sens

carolingien du terme Les seigneuries banales

châtellenie et ce qui est très significatif de territorium

alors le pagus démembré elles remplacent

se partagent

de

on parle aussi

xi0 sièclesLcmarignierMélangesJ.F.) histoireLa dislocationdu Moyendu pagusAge dédiéset le laproblèmemémoiredesde consuetudinesLouis Halphen

P.U.F. Paris 1951

401-410

276

ANNALES DE

OGRAPHIE

encellulement des hommes

ombre des châteaux forts opère autour de an mil un gigan

tesque

formation des casteinaus en Gascogne des alaeas espagnoles ce ras semblement des groupes hommes vivant alors en ordre lâche Fossier fonde une localité une collectivité territoriale qui obtien

dra son véritable acte de naissance en France que sept ou huit siècles

plus tard

En fait trois forces plus ou moins concurrentes trois pouvoirs territorialisés ancrés dans espace local orchestrent partir des xe et

xie siècles encellulement des hommes La paroisse fut de avis de

certains historiens la première institution qui structura les villages fran ais Fournier1 pense une transformation fondamentale des structures spatiales se traduisit avant la fin de époque carolingienne

rurales qui ont donné

par

encellulement des hommes

Encellulement incastellamento

par la loi du 14 décembre

1789

la mise

en place

des petites paroisses

naissance

la plupart des communes

actuelles

Mais

ne nous

trompons pas la spiritualité et organisation ecclésiastique expri ment les paroisses ont nullement créé la localité territoriale Ces

paroisses de seconde génération

découpent le plus souvent les

grandes paroisses primitives des époques paléochrétienne et mérovin

gienne afin de adapter la nouvelle répartition de habitat Comme

en fonction de la nature des

terroirs et des formes

avant an 1000 cette géographie des paroisses est antérieure la construction de la plupart des châteaux qui symbolisent la seigneurie territoriale autre puissance génératrice du rassemblement des hommes

peu près achevée

écrit

Fournier leurs limites se fixent

de

leur mise en valeur

Ce retard relatif de la formation des seigneuries tout au moins dans la

France du Sud prouve bien elles se sont superposées

villageoises déjà constituées plutôt elles ont véritablement suscité

les regroupements

des cellules

Reste le troisième acteur de encellulement

la communauté ha

bitants elle-même

nais en Beaujolais2 des chartes de franchise sont ainsi concédées

de très modestes villages

de paysans dont avis préalable

Souvent elle se dresse contre le seigneur

En Lyon

Des échevinages ruraux véritables tribunaux

toute décision seigneuriale est requis

voient le jour

pouvoir monarchique ces communautés habitants seront reléguées

la fonction de

commodes coïncidant fréquemment avec la paroisse pour la perception des impositions de la taille en particulier Il faudra attendre

Très vite cependant au xive siècle avec les progrès du

parcelles fiscales ou collectes

est-à-dire de cadres

Fournier G.) Le Château dans la France médiévale Aubier collection historique Paris
1978

Gutton J.P.) Villages du Lyonnais sous la monarchie xvr-xvui0 siècles universitaires de Lyon 1978

Presses

LA GEN SE DU TERRITOIRE LOCAL

277

extrême fin de Ancien Régime et édit de juin 1787 pour que les parcelles re oivent le statut de municipalité

plus

se serait

donc initialement constitué sur la base une logique économique est partir de cette infrastructure fortement marquée par la configuration de espace géographique que se forgèrent civilisation idéologie et pouvoir. Bref tout un système toute une superposition instances

Braudel traduit

fort bien

collectives les communaux jalousement surveillés et défendus Il

Une unité le village dispose un territoire de propriétés

avec interférences dialectiques que cette citation de

Le

village

forme

du

rapport socio-spatial

glise comme

sans

doute des

anciennes

antérieure

la féodalité1

ses habitudes propres ses

fêtes ses chansons son parler qui est pas forcément celui du village voisin Il son assemblée ses élus aux noms variables maires syndics

aussi plaquée sur lui

autorité un seigneur et très présente autorité un curé 2 est dans cet ordre que nous nous efforcerons étudier et de dévoiler la genèse des territoires de la localité

consuls) sa personnalité juridique.

possède une quasi-autarcie économique Il

Le village

II Fondements économiques et géographiques du territoire

La plupart des auteurs accordent

reconnaître que émergence

du territoire social apparition de la localité exprime une motivation humaine majeure se regrouper organiser pour survivre Ce qui

pour se nourrir se

revient produire travailler et utiliser espace vêtir se loger

Le village

espace économique

Albert Babeau3 souligne que le village est la forme première de

la société que les hommes se sont groupés sur certains points pour

cultiver la terre

leur réunion

des besoins communs les avaient réunis

créé pour eux des intérêts communs.

Pour

Bordes4 la commu

nauté villageoise Ancien Régime celle du xviif siècle en particulier constitue abord une communauté exploitants une communauté de laboureurs aux horizons géographiques nettement délimités.

Charbonnier P.) Une autre France la seigneurie rurale en Basse Auvergne du XIVe au

xvr siècle Publications de Institut

Braudel F.) Identité de la France T.I Espace et Histoire Arthaud Plammarion Paris

1986 Babeau A.) Le Village sous Ancien Régime Paris 2e éd. 1984 2vol Bordes M.) Administration provinciale et municipale en France au xviir siècle Regards sur Histoire SEDES Paris 1972

tudes du Massif Central fascicule XX

1-2 1980

278

ANNALES DE

OGRAPHIE

Dans un ouvrage collectif intitulé La Face cachée de la France Crépon1 définit comme essence même de la communauté villa

geoise

cette focalisation des intérêts sur la terre.

Partout

ajoute-

t-il

la communauté villageoise est forgée en liaison avec les pra

tiques agraires

de distinguer les communautés entre elles Les villages diffèrent selon

Des pratiques agraires susceptibles selon

Braudel2

leurs activités majeures

ou élevage

ou le

blé

ou

la vigne

ou

les

oliviers ou les mûriers

ou les châtaigniers

ou les pommiers

ou

la

petite industrie.

cher

de production sol

de tout produire Cet idéal autarcie bien marqué dans le domaine

économique se retrouvant tout aussi fort dans le domaine social Braudel) J.F Soulet3 le rencontre encore bien vivant dans les

recherches il

De

Univers quasi totalitaire le village initial ambitionne

est une cellule biologique qui permet la colonisation du facteur

Toujours selon

Braudel la communauté de clo

effectuées sur le village pyrénéen du xixe siècle

fait note-t-il il soit propriétaire micro-propriétaire ou non-pro priétaire le Pyrénéen ne survit le plus souvent que grâce la commu

ses

services et son aide.

que tout en maintenant par nécessité les regroupements intercom munaux communautés de vallées et communautés intervalléennes) les Pyrénées privilégient manifestement identité villageoise.

partir du Moyen Age exploitation paysanne enracine dans

un image ce territoire nourricier une collectivité4 Bourin

et

exploitation commune ou conjointe des finages suppose la mise en

nauté villageoise ou inter-villageoise qui lui offre

où intense patriotisme de clocher et le fait

la fois ses biens

Ainsi

Durand étroitement lié

son habitat

Très

vite

cependant

place un minimum organisation

lins parfois attelages et systèmes irrigation

des équipements

fours mou des possessions

communes ou communaux faisant objet usages collectifs pour les

de la construction ou du

chauffage bois et forêts Marc Bloch ne définissait-il pas ces commu nautés par les limites un terrain sujet diverses règles exploitation commune règlement de culture temporaire de pâture sur le commu nal date des moissons etc. et surtout des servitudes collectives au profit du groupe des habitants Ainsi la nécessité économique engendre le droit sans aucun automatisme bien sûr en respectant des particu larismes aux origines mal élucidées dans la nuit des civilisations Dans la Bourgogne de la fin de Ancien Régime de Saint-Jacob:

per oit la communauté tout la fois comme un territoire social comme

besoins de élevage

prairies et landes

Crépon P.) in La Face cachée de la France Seghers Paris 1978

Braudel P.) op

Soulet J.F.) Les Pyrénées au XJXL siècle Eché Toulouse 1987

cit

vol

xr au xiiie Bourin siècle M.) Messidor Durand Paris R.) Vivre 1988 au village au Moyen Age les solidarités paysannes du

Saint-Jacob de Documents relatifs la communauté villageoise en Bourgogne Du

milieu du xvir siècle

la Révolution Société les Belles Lettres Paris 1962

LA GEN SE DU TERRITOIRE LOCAL

279

Dire que ces habitants

ont les mêmes usages signifie ses yeux que la communauté

dispose de biens communaux de droits collectifs mais aussi de règle

Issu

de la contrainte économique le droit fa onne

sociaux au sein des collectivités organisées en territoires

rappelle ce propos que dans le Lyonnais partir du xvie siècle la

communauté se manifestait sur le plan économique par la propriété et exploitation collectives des biens communaux par les contraintes

et les droits usage

qui assuraient la

cohérence de la communauté face au seigneur

un image et comme un groupe de résidents

ments collectifs dans le domaine agraire tout particulièrement

son tour les rapports

Gutton1

et que

ce sont

ces pratiques

église

la monar

chie. En fait la nécessité économique

aiguillonnée par la croissance

démographique ou par insécurité ne est pas toujours contentée de

provoquer en un lieu espace local) le regroupement communautaire individus ou de familles jadis dispersés Parfois dans ces univ er sitates

vallis des régions de montagne dont parle

nautés se sont rapprochées soit pour exploiter forêts et pâturages

altitude

communication Europe alpine

Pyrénées ou des Alpes les organisations et les stratégies échafaudées

pour satisfaire ces objectifs économiques ont abouti

ou moins solides et durables autonomie politique J.F Soulet3 après

bien autres auteurs indique que les communautés de vallée étaient

autre de la chaîne

on rencontrait plus ou moins denses ces regroupements de villages dont objet était exploiter des droits usage ou des biens indivis Il pouvait agir eaux thermales comme dans les vallées de Saint- Savin ou de Cauterets de mines comme en Vicdessos surtout de forêts

partout présentes dans les Pyrénées

des

entretenir et protéger des voies de

Génicot2 des commu

soit pour aménager

Dans le cas de certaines vallées

des formes plus

un bout

de fougeraies et de pâturages Dans ce dernier cas union des villages une même vallée permettait établir une complémentarité entre les

riches en estives pauvres en

besoins des communautés amont

pâturages intermédiaires

et ceux des communautés

aval

pauvres en estives riches en pâturages intermédiaires. Ainsi ins tance économique joue un rôle décisif dans la formation de ces unités micro-régionales de vallée qui éprouvent le besoin de se doter une dimension politique plus ou moins solide et exclusive pour assumer sur une échelle élargie agro-pastoralisme et exploitation sylvicole Règles juridiques et pouvoir politique bourgeonnent toujours sur le tronc vigoureux de instance économique ce propos on peut émettre hypothèse que le degré autonomie

Gutton JP.) Villages du Lyonnais sous la monarchie xvr-xviue siècles Presses universitaires de Lyon 1978 Génicot L.) Le xiià siècle européen Nouvelle Clio P.U.F. Paris 1968 Soulet J.F.) op cit

280

ANNALES DE

OGRAPHIE

des communautés

furent autant plus grands elles disposaient de biens communs plus vastes. Un peu comme si étendue la puissance territoriale ou la richesse du patrimoine collectif et impératif de sa gestion avaient développé au sein des groupes sociaux localisés une capacité politique propre Ainsi dès le xne siècle la Provence où chaque communauté dispose un vaste sattus jouit de grandes libertés locales Un historien proven al du xvine siècle abbé de Coriolis note que dans cette région les communautés ne connaissent autres administrateurs que leurs consuls En revanche en Flandre Artois et Hainaut le pouvoir seigneurial conserve encore la fin de Ancien Régime une étonnante vitalité et exerce sans partage sur des communautés démunies de

biens propres Georges Lefèbre1 historien des paysans du Nord nous

leur chance échapper

une tutelle seigneuriale

apprend

ce propos que

les administrateurs de village ne représen

taient pas les habitants Ceux-ci voyant quel point ils étaient inféodés au seigneur considéraient leurs chefs comme des adversaires par qui ils étaient privés du pouvoir

Les territoires urbains

produits et enjeux socio-économiques

Plus récente dans sa genèse que la localité rurale la territorialité

urbaine de quartier apparaît en France

vant la ville de taille banale formait un tout un territoire total peine remis en cause par le découpage des structures paroissiales J.C Perrot2

montre bien de quelle fa on Caen dès les

ducal nanti de son propre terroir agrandit progressivement par ajout de terres soit distraites de la première fondation soit successivement acquises par les ducs de Normandie qui en font de nouveaux bourgs ou de nouvelles seigneuries urbaines Il constate que le principe de division du sol est ici en quelque sorte économique et démographique puisque par la création des bourgs on attribue des privilèges fonciers et on cherche le peuplement. Ajoutons que la localité territoriale rurale ou urbaine constitue aussi un fantastique enjeu économique par le biais des taxes impôts corvées et droits divers

partir du xne siècle

et

Aupara

siècles le bourg

Lyon ceux de J.P Bardet4

sur Rouen éclairent de fa on remarquable la nature très souvent

économique des premières distinctions voire ségrégations entre quar

tiers urbains

ville implantation des habitants répond avant tout des critères

dans la section Nord-Est de la

Les travaux de

Ainsi

Garden3 consacrés

Lyon en 1791

Lefèbre G.)

Les Paysans du Nord pendant la Révolution fran aise

013p

lie

éd

1924

2e éd

1975

Paris

Paris 1983

1972

Colin Paris

Perrot J.C.) Genèse une ville moderne Caen au xvnr siècle Mouton Paris La Hâve

Garden M.) Lyon et les Lyonnais au xvnr siècle Société dition Les Belles lettres
1970

Bardet J.P.) Rouen aux xvir et xvnr siècles Les mutations un espace social Sédès

vol

LA GEN

SE DU TERRITOIRE LOCAL

281

économiques. Pour Garden les lois économiques en particulier

le souci de rentabilité de entreprise qui construit le quartier Saint- Clair ont joué un rôle essentiel les architectes et les financiers qui ont avancé les fonds ne louent aux personnes aisées capables de

supporter de lourdes charges locatives J.P Bardet impute la ségrégation sociale

chasse la

pauvreté les loyers se répartissent selon un rigoureux modèle qui obéit

Rouen au xvne siècle

argent qui

attrait pour le centre et pour les rues principales. Saint-Flour

énorme

majorité des consulaires familles les plus riches habite la ville haute

autour de la Grande Place

tous les gros patrimoines de la cité.

en Auvergne entre 1380 et 1451

Rigaudière

note que

Là se

réfugient toutes les forces vives et

pas son

Cet auteur ne cache

étonnement devant une telle volonté de paraître et de se situer

] sur un territoire aussi petit que divisaient

seulement une dizaine de rues. Ainsi quelle que soit la phase du cycle de désadaptation/réadapta-

tion de espace urbain instance économique et ses manifestations

le structurer

en quartiers

toute leur vigueur au milieu du xxc siècle connurent alors un début éclipsé mais ont peut-être pas encore dit leur dernier mot

ces micro-territoires locaux de la ville qui conservèrent

socialement par habitat

i.e représentations sociales le qualifient et contribuent

Mode de production paysage et organisation socio-politique du territoire

Quelle que soit la prégnance de effet structurant des faits écono miques sur la localité territoriale nous savons tous que des contraintes similaires engendrent pas toujours loin de là des systèmes socio- spatiaux comparables Sans épuiser immense sujet une détermination économique ou géographique absolue laquelle ailleurs nous ne croyons pas il est bon de remarquer combien les modalités historiques de organisation géo-économique et les rapports sociaux qui accom pagnent ce que les marxistes surtout appellent le mode de production contribuent modeler les formes de la territorialité. Rapports sociaux de production et de propriété force moyens de travail et organisation des tâches origine et stratégie du capital. Toutes ces composantes des modes de production concourent créer en fonction de leur nature et de leurs agencements différents des paysages géographiques des structures sociales des systèmes de croyances et de pouvoirs diffé rents. Génicot2 décrit de quelle fa on au xme siècle assolement

triennal étend un bout

de rigoureuses règles organisation des images de habitat mais aussi

autre de Europe septentrionale imposant

Rigaudière A.)

Saint Flour ville Auvergne au Bas

Moyen Age

administrative et financière Presses universitaires de France Paris 1982 2vol

Génicot L.) op cit

tude histoire

282

ANNALES DE

OGRAPHIE

de la société.

nautés intérêts

Europe

terrains de parcours par de gros propriétaires qui détermine les paysans unir et arracher un statut juridique garantissant leurs droits

de

production sur la configuration géographique et sur organisation so

ciale du territoire local influence des rapports sociaux de production sur les communautés

locales se vérifie aussi au niveau de la structure de leur sphère politique

Ainsi

scrupuleusement recensé en compulsant le registre du centième de

le bailli lieutenant gens de loi et quatre plus haut

usage Ces exemples montrent

de

ou des

la confiscation des forêts et des

Au point que les paysans fondent alors des

des

paix

communes

Dans

commu

le Sud

la même époque est

évidence

le poids

du mode

partir un échantillon de 149 villages artésiens J.P Jessenne

1779 paraphé par

cotisés

la profession des officiers seigneuriaux nommés par le principal

seigneur

Ils forment

le club des décideurs des justiciers des orga

nisateurs de la vie des collectivités locales

lerions hui

officiers

Bref ce que nous appel

le pouvoir local

En ce qui concerne les principaux

la tête des échevins.

sur

baillis lieutenants majeurs

119 titulaires de charges dont la qualité professionnelle été établie

113 sont

fermiers du principal seigneur du village

Quant aux officiers

sont encore

subalternes sur 326 dont la profession est mentionnée 60

des fermiers Ainsi le pouvoir local en Artois

la veille

de

la Révo

lution fran aise appartient au

cercle des grands fermiers

Il agit

là un reflet parfait du mode de production Les fermiers tiennent leur

la terre

ils utilisent du seigneur Ce dernier conserve un pouvoir eminent

sur les hommes et sur les biens fonciers propriété) mais les fermiers contrôlent de manière concrète le territoire et les hommes espace économique et social Une véritable fermocratie est établie et ne cessera de affirmer au cours des deux siècles suivants Preuve supplé mentaire de la stabilité de ce système fondé dans ces régions du Nord

de la France

de faire-valoir indirect et sur la grande

exploitation agricole associée la possession un puissant train de culture la Révolution ne changera pratiquement rien cette situation

pouvoir politique comme ailleurs appareil de production

sur

le

mode

leurs représentants

près des deux tiers des sièges

pratiquement immuable aux élections de 1948 est-à-dire jus au moment où un mode de production plus nettement capitaliste se

En fait équilibre socio-politique reste

Les élections de 1800 accordent aux fermiers ou

met en place dans les campagnes un Bassin parisien de plus en plus urbanisé

la domination des fermiers est abord une domination

économique écrit J.P Jessenne. Cette domination peut servir direc-

Ainsi

Jessenne J.P.) Pouvoir au village et révolution Artois 1760-1848 Presses universitaires de Uile 1987

LA GEN

SE DU TERRITOIRE LOCAL

283

temeni exercice du pouvoir politique grâce hégémonie elle

confère Le processus

les éléments principaux qui concourent

fermiers

seulement le contrôle une partie importante des terres assure aux

fermiers une suprématie économique indiscutable

aussi nombre de ruraux en situation de dépendance égard des coqs de village Cette dépendance les fermiers hésitent pas utiliser

quand se pose la question de leur maintien au pouvoir.

mais elle place

la structure des exploitations joue un rôle déterminant non

forger la domination des

très simple il

décèle est le suivant

Parmi

Belle illus

tration de la globalité économique politique idéologique des rapports

sociaux de production En milieu urbain impact des rapports sociaux de production sur

la sphère politique est pas moindre

xvine siècle

avec le combat de la bourgeoisie Classe socio-économique montante représentative un capitalisme marchand dominant elle efforce non sans succès arracher le pouvoir municipal la noblesse Premier

conflit en 1732 la communauté des marchands emploie faire annuler élection de deux nouveaux échevins et obtenir une décision

échevin sur quatre soit toujours choisi

dans ses rangs En 1737 les marchands entament une seconde action

Ils

attribuées

places de conseillers perpétuels leur soient

du pouvoir royal pour un

Ainsi

Angers durant tout le Maillard1 se confond

histoire

de

la

ville

relatée par

exigent

que quatre Ainsi exerce

la pression une

classe économiquement

dominante en pleine ascension politique

Espace économique et représentations sociales

Les représentations individuelles et sociales de la localité contribuent

Elles sélectionnent dans le paysage les signes émis

forger le territoire

par un espace social qui résulte de activité économique des hommes

Cardot2 qui

étudié les textes austrasiens de époque mérovin

gienne remarque combien le territoire non maîtrisé non fa onné

par les hommes est comme

alors que

elle

le

dit

rejeté vers Dieu

la nature totalement domptée où régnent les fruits et les moissons

nature du jardin ou du champ située dans orbite de la cellule bâtie

fait objet éloges

louer les chroniqueurs

mérovingiens est bel et bien le territoire espace local par excellence

limité par la silve état brut Cette remarquable analyse nous montre aussi comment imaginaire de homme mérovingien se construit

tiques

appréciations positives et de connotations poé

Cet espace économique que se plaisent

partir de la perception un

espace local domestiqué mais fragile

Maillard J.) Le Pouvoir municipal Angers 1984 2vol Cardot F.) Espace et le pouvoir de la Sorbonne 1987

1789 Presses universitaires

tude sur Austrasie mérovingienne Publications

Angers

de

1657

284

ANNALES DE

OGRAPHIE

économique au sens aménagé par le groupe social pour sa survie

bâti sur opposition forêt-campagne nature sauvage-champs danger- sécurité inconnu-familier qui se retrouve dans la structure élémentaire

précise Cardot

sous les formes simples et familières qui attendriront plus tard le

promeneur et le rêveur

la marque de la technique et du labeur humains.

mique et nourricière est tellement pregnante dans les représentations sociales elle forgé idéologie un point tel que le paysage per par les chroniqueurs se borne au cadre de vie aux éléments résultant du travail humain Finalement le village le quartier urbain émergence des localités

territoriales reflètent ce que

Durand1 nomment fort

des mentalités

La nature est

donc

pas per ue

elle ne frappe que si elle est prospère et porte

La localité écono

Bourin et

justement attachement dans la durée un lieu précis En somme

en aval des contingences économiques plus ou moins résolues espace géographique acquiert une profondeur une densité propre qui fa onne avec le temps les représentations mentales des individus du groupe

aussi un certain nombre de

contraintes offre de multiples opportunités activité économique des hommes La recherche de Cardot nous renseigne quelque peu sur la nature du premier mécanisme il nous reste définir en quoi la

social localisé

En amont il oppose

matérialité géographique pu et là territoires

influencer la formation des

Espace géographique et configuration territoriale de la localité

Nous insisterons pas sur les fonctions du site initial des villages

des bourgs ou des villes en matière de défense de protection vis-à-vis

des eaux et de leurs inondations ou de tout autre risque naturel

Cités

éventuels assaillants villages

réfugiés sur des bordures de terrasses sur des buttes ou des versants

collinaires abri du débordement des rivières dont ils dominent les

lits majeurs. Les exemples de telles fondations pullulent en Europe occidentale

ont

perchées sur des pitons inaccessibles

autres éléments du site ou de la situation géographique

également présidé au choix des localisations humaines

se sont imposées

dans les âges les plus reculés la proximité de la mer un fleuve ou

un vallon le voisinage de routes naturelles ou artificielles ont déter miné la formation des pagi poitevins qui paraissent les plus anciens.

la topographie des lieux

dans le but aussi en tirer le meilleur parti économique est un

phénomène fort connu Dans les Pyrénées ou dans les Alpes les

ailleurs adaptation des finages ruraux

tances géographiques écrit Garaud2

Les circons

qui

Bourin M.) Durand R.) op cil Garaud M.) op cit

LA GEN

SE DU TERRITOIRE LOCAL

285

communautés de montagne se sont toujours efforcées de délimiter des terroirs associant les divers éléments du relief villages et cultures

permanentes dans les fonds des vallées granges bordes et prairies fréquentées aux intersaisons sur les épaulements glaciaires forêts de

uvre et de chauffage alpages et

pour le logement

des bergers. Dans le Grand Ried alsacien découpé longitudinalement

les finages obéissant

aux caprices de la nature épousent la topographie laniérée des inter- fluves Braudel1 va imputer la géographie physique la

responsabilité de la diversité du paysage fran ais ses yeux en effet la mosaïque des sols des sous-sols des micro-climats se traduit dans émiettement du paysage Aucun doute précise-t-il homme été ouvrier le responsable de ces jardins de ces champs de ces vergers

de ces villages jamais tout

par

le milieu

la géographie revêt une importance de premier ordre pour comprendre

Dans la pensée braudélienne cette marqueterie imposée par

été provoqué facilité ou même en partie contraint de extérieur

pentes pour se procurer le bois

estives parsemés de chalets ou de simples

par le

Rhin et

par ses

cayolars

affluents de rive gauche

fait les mêmes

Cependant

son jeu

identité de la France

En effet

toute division territoriale était hier une division sociale

villages bourgs villes provinces

dans la mesure

mais étroite qui trouvait la fois ses limites et sa raison être vivant par priorité de ses propres liaisons internes Ajoutons que dès le Moyen Age et sans doute bien avant les sites

villageois ou urbains ont rempli une autre fonction sociale image

de

Saint-Flour qui abrite au xive siècle les élites

consulaires espace topographique de la cité médiévale enregistre et encourage expression géographique de la distinction sociale

Dans un tout autre domaine celui des frontières du territoire local ces lieux de passage du connu inconnu du domestique au sauvage

ou au diable espace

mais dans Antiquité et au

Moyen Age plus que jamais et avec plus effet structurant pour les

de homme géographique

logeait une société aux dimensions variables

la ville

haute de

Dieu

comme écrit

Cardot

toujours joué un rôle clé

représentations sociales

Dans Alsace de après-guerre

Schwab2

remarque aucune migration de mariage ne franchit encore les

Il

vérifie une véritable endogamie du vignoble de la basse-terrasse ou du

Grand Ried

territoriales Cependant quels que soient les rôles respectifs de la nécessité économique et des contraintes géographiques dans la genèse des terri-

principales limites géographiques séparant les groupes de villages

dont les racines se perdent dans la nuit des origines

Braudel F.) op cit

De

Schwab R.) Strasbourg 1980

la Cellule rurale

la région

Alsace 1825-1960) Edit Ophrys

286

ANNALES DE

OGRAPHIE

toires locaux on ne saurait ignorer la part que les facteurs ordre politique ont toujours pris dans leur formation

III Territoire idéologique territoire politique

En quoi les phénomènes politiques

au sens de la domination de

certains acteurs ou groupes sur les hommes et sur espace

idéologie comprise comme ensemble des croyances des idées et des

représentations propres

des territoires qui constituent autant enracinements géographiques

pour individu

nous attacherons

un de ses principaux corollaires la fonction défensive le fait religieux tant spirituel institutionnel le particularisme culturel

et

en quoi

forger

une formation sociale contribuent-ils

Pour tenter de répondre

cette double question nous

le lien politique

trois registres fondamentaux

Lien politique fonction défensive et exercice de la justice

Au Moyen Age dans le cadre de la seigneurie la protection du

château pousse au regroupement communautaire des familles

Le

plait

certaines corvées

ost

resserrent les rapports sociaux

Ces

la référence obsédante de

son

espace il faut entretenir et cultiver parfois en commun sous la férule du maître ses limites il convient de défendre contre les agressions extérieures. Ainsi une bonne part des relations interindividuelles

une localité érigée de la

sorte en territoire

hommes Sans que le châtelain ait besoin de leur accorder les privilèges

Devailly1 nuance très

du xnc

siècle il création de nouveaux villages que dans les secteurs où les paysans trouvent sur les lieux en plus du travail une possibilité écouler leurs maigres excédents et un refuge en cas de danger Donc la fonction défensive qui legitimise le pouvoir local ne se dissocie pas un minimum de capacité économique Fournier va encore plus loin il prétend la fin du Bas-Empire insécurité contraignant les autorités fortifier les lieux habitation agglomérée dans les campagnes organisation de la défense dut être adaptée aux formes prises par occupation du sol. Ainsi les localisations ouvrages militaires subissent bel et bien des déterminations ordre économique autant que même beaucoup plus tard aux xie et siècles les

ils viennent se fixer vite cette observation

château attire les

Dans le Berry du Moyen Age le

imperatives obligations ramènent le paysan

la châtellenie

ses routes ses équipements

le four le moulin

passent par ces lieux que le pouvoir balise

ses pieds.

Cependant

car dans les campagnes berrichonnes

Devailly G.) Le Berry du xe siècle au milieu du xnr Mouton Paris 1973

LA GEN

SE DU TERRITOIRE LOCAL

287

châteaux ne sont pas des établissements exclusivement militaires ils

sont également des résidences seigneurales des centres de patrimoines fonciers et exploitations agricoles. leur présence favorise les échanges foire ou marché souvent installés auprès un château et justine les prélèvements fiscaux opérés par le seigneur

avant

même ils ne deviennent des territoires hypothèse ne manque pas

de séduction et plus un fait tend

autres ces créations quasi spontanées de localités évoque

dans les campagnes berrichonnes entre le Xe et le xne siècle Finalement

dans son monumental ouvrage sur la Picardie Fossier1 résume bien

Détermination

économique de toute distinction des lieux

prouver sa validité Citons entre

Devailly

le propos

il

écrit

la pratique des usages

de

la terre

en

commun

été le plus fort agent de regroupement paysan.

Ainsi

la

mentalité de groupe

monte beaucoup plus de la

terre

et

du

vil

lage

de Saint-Jacob que du château symbole de pouvoir politique

Même

si

la

seigneurie au centre de laquelle

il

se

dresse

resserre

ne serait-ce

que par la fonction juridique autre forme du pouvoir sur les hommes

qui avec le Moyen Age

expressive des stratégies du

pouvoir politique

échelle locale fréquemment donné naissance des quartiers urbains

juste titre ne

Ainsi dans le Bourg-

en-Bresse de la fin du xvie siècle étudie

municipale depuis fort longtemps divisé la ville en six quartiers qui

Soixantaines 60

électeurs

des deux syndics et des officiers municipaux qui ont en charge ad

ministration

privilégie espace quartier quels que soient sa composition socio- économique ou son poids démographique ne peut étayer sinon fonder une puissante territorialité locale au sein de la ville

électif qui

constamment les liens de la communauté territorialisée

élit domicile sous autorité du seigneur

en circonscriptions

contestée

milieu de ce siècle

Plus probante en ville la répartition

de espace

administratives

dont la personnalité territoriale hui

fit guère de doute au

Turrei2 administration

Douze

élisent chacun tous les trois ans dix conseillers ou

au total

Ces derniers choisissent en leur sein les

de

la

ville durant année

Un tel système

En définitive même si instance économique propre

toute for

mation sociale fournit impulsion première des fondations territoriales

elle requiert quasi simultanément pour assurer son organisation et autoriser sa régulation intervention un pouvoir politique émanation

des rapports sociaux de production dominants qui assume la protection du groupe garantit et prend en charge en son sein exercice de la

justice décide des options retenir quant

ses destinées

Participant simultanément des instances politique et idéologique de

Fossier R.) La Terre et les hommes en Picardie Publications de la Faculté des Lettres

Recherches

tomes 48-49 1968

et Sciences Humaines de Paris-Sorbonne Série

Turrei D.) Bourg-en-Bresse au xvr siècle les hommes et la ville Société de Démogra

phie historique Paris 1986

288

ANNALES DE

OGRAPHIE

la société

glise du Moyen Age pouvoir la fois temporel territorial

et spirituel fut au même titre que les communautés et les puissants de cette époque une infatigable fondatrice de localités territoriales

Place de

des territoires

glise et de ordre spirituel dans la formation

Circonscription territoriale élémentaire du pouvoir et de adminis

tration ecclésiastiques

Dans les

villages lyonnais du début de la période moderne

marque que le vrai cadre de la vie est la paroisse que la paroisse

est autour

et au sein de la vie religieuse que organise la vie de la communauté

Ainsi la paroisse constitue le creuset de la solidarité des hommes et de la cohésion des groupes localisés le facteur principal des formations

découvert avant 1850

se confond en quelque sorte avec le groupe territorial car

xe siècle

le cadre privilégié du regroupement des paysans

la paroisse aurait formé en Picardie

dès

le

Gutton2 re

territoriales Concernant Alsace le tracé des espaces de cohésion

le Kochersberg appuie abord sur le fait religieux. même si le

ou cellules de vie qui structurent

Schwab

relief et économie introduisent

bent

et

là des nuances

qui

le pertur

Or la pérennité une telle division territoriale est frappante

Schwab3 affirme même que toutes les évolutions qui se sont pro duites au cours du xixe et du xxe siècle tant économiques que géogra

phiques ou sociales ont eu pour but que le maintien de cellules de vie ailleurs partiellement conservées de nos jours

En fait

Fournier4

montré de fa on convaincante que la créa

tion des paroisses même elle

des communautés obéit des objectifs ordre économique ou épouse des configurations territoriales nées de exploitation agricole de es pace Les paroisses constituent bien de petites unités religieuses

échelle de la vie paysanne

des régions une spécificité médiévale et préseigneuriale. préalable aux circonscriptions administration ailleurs en Auvergne en Poitou en Picardie les documents de la première moitié du xie siècle substituent le terme de parrochia celui de villa ce qui prouve bien la filiation existant entre certains grands domaines hérités de la période gallo-romaine territoires fonction socio-économique dominante et certaines paroisses du Moyen Age Dans un ordre idée voisin de Saint-Jacob affirme en Bourgogne sans être antérieure la communauté agraire la communauté paroissiale ou corps de

précède celle des seigneuries ou

Fossier5 voit dans la paroisse en bien

Fossier R.) La Terre et les hommes en Picardie op cit

Gutton

Schwab R.) op cit Fournier G.) op cit. Fossier R.) Enfance de Europe

Saint-Jacob

P.) op cil

de) op

Paris 1982

cit

LA GEN

SE DU TERRITOIRE LOCAL

289

paroisse aidé sa consolidation Cette communauté spirituelle

fut un ferment particulièrement fécond de solidarité sociale au sein de la localité donc en fait de solidarité territoriale La plupart des auteurs accordent sur ce point et soulignent le rôle essentiel joué en tant que symbole de la territorialité par certains lieux et édifices du village ou du quartier de la paroisse en fait église et le cimetière notamment En Picardie au xe siècle église est un lieu de réunion de discussion et de décision espace sacré atrium ou aître qui entoure et englobe le cimetière cristallise les premières ébauches de la solidarité

villageoise on

tiennent. Des privilèges immunité sont attachés Fossier souligne combien la certitude appartenir un ensemble moral dont église

forme le centre visible et respectable

scelle les actes

on

crie les bans les marchés

été un puissant moteur de

cohésion. Même chose en Lyonnais où selon J.P Gutton

est

la paroisse qui assure la cohésion de la communauté dans la mesure où le curé contrôle toutes les manifestations collectives

la dimension spirituelle

de la communauté villageoise pyrénéenne sur attachement des Py

rénéens disposer un lieu de culte au

les pratiques et les cérémonies liées au culte fournissaient la grande majorité des habitants de la communauté des occasions privilégiées de

se retrouver assemblés et unis.

constituait un des grands terrains de la sociabilité villageoise pyré néenne. Et ajouter II est sûr au xixe siècle encore un double

lien

villageoise pyrénéenne

appartenance un même groupe conscience fondée la fois sur des réalités historiques économiques et spirituelles. Dans ces lignes se

dévoile parfaitement la relation dialectique essentielle que toute commu nauté territorialisée entretient entre son infrastructure matérielle géo graphique et économique et sa superstructure ideelle univers de ses représentations

matériel et spirituel relie les membres de la communauté

J.F Soulet2 insiste également beaucoup sur

ur de leur village

de vue

Ainsi

De ce point

la vie religieuse

Il existe

en

son sein

une forte conscience

Au

ur de ce rapport essentiel

les

confréries

ont parfois es

quissé la forme socio-spatiale concrète des solidarités paroissiales Créées pour célébrer la communauté de groupe et de lieu dans un cadre paroissial où elles organisent messes processions et banquets elles se chargent fréquemment de assistance aux indigents et de animation des fêtes religieuses Certaines débouchent sur une activité économique qui ne se confond pas forcément avec la fabrique est-à-dire avec

la

Saint-Omer3 au XIe siècle la confrérie qui réunit clercs et laïques dans le culte du saint patron la prière et les beuveries prend le nom

gestion des biens de

la paroisse par les

élus de

la

communauté

op Soulet J.F.) op cit Derville A.) Histoire de Saint-Omer Presses universitaires de Lille Lille 1981

Gutton J.P

cit

290

ANNALES DE

OGRAPHIE

de ghilde marchande Elle aide les négociants qui font de mauvaises

affaires et pourvoit

rues des portes et des murs Elle assiste aussi les pauvres et les lépreux

certains égards elle assume une sorte de gestion municipale faute de la présence une véritable administration locale est surtout en définitive au nord de la France que les découpages

fonction

Lorsque les paroisses ont

constitué le premier quadrillage institutionnel de espace elles ont toujours accompagné une colonisation agricole finalité économique

elles se sont surimposées un système communautaire ou seigneurial déjà en place elles ont toujours épousé les territoires de la

nécessité géo-économique

est que beaucoup plus en fait que les vieilles circonscriptions sei

gneuriales les paroisses ont résisté

leurs anciennes frontières se confond fréquemment avec les limites

actuelles des communes Constructions abord économiques puis idéo

logiques

esprit de

clocher ont transféré leur sens initial autres registres des repré sentations sociales de la localité De profonds sentiments appartenance tel village telle vallée que exode vers la ville est pas toujours parvenu effacer plongent peut-être leurs racines dans le sentiment

par

exemple

inconscient de ces vieilles solidarités perdues

religieux de espace les paroisses ont fondé des localités

tant économique que politique et spirituelle

utilité commune

est-à-dire

entretien des

Ce il

de passionnant

nos yeux

tracé de

usure du temps

Le

même si les deux fonctions semblent parfois inextricables

une territorialité tenace les paroisses symboles de

Ce

qui

fait dire

de Smedt1 que

même

notre époque où la majorité

de la population ne participe plus

religieuse et où les églises sont désertées il semble que le fait avoir

la pratique

la

vie rurale

et

été

comme chargées par la vibration de cette histoire millénaire

au

ur

de

la

vie

de

tant de générations les laisse hui

Culture langage particularisme local et territoire

Braudel

remarqué que

de bourg

bourg de village

village

voisin chaque patois se déforme plus ou moins selon les lieux.

De

fait la localité produit souvent son propre langage entre le Moyen Age

et

cultures dans la France méridionale autrefois du Bourbonnais au Roussillon et de Aunis aux Bauges Cependant enfermement des communautés favorise la multiplication des particularismes locaux la fois ordre linguistique et plus largement ordre culturel Les régions de montagnes en raison de leur relief accidenté et de la difficulté des communications entre vallées se prêtent bien cette différenciation du langage des usages et des croyances

le xvine

siècle

Certes

Sigaut ne repère une

centaine

de

De Smedt M.) in La Face cachée de la France Seghers Paris 1978

LA GEN SE DU TERRITOIRE LOCAL

291

De ce morcellement initial encouragé en France en Italie ou un moindre degré en Espagne par le relief très compartimenté ont émergé

de micro-autonomies culturelles Elles se distinguent un territoire ou une localité autre par quelques traits originaux infimes disparités

été

indispensables dans le passé

de

pour affirmer la cohésion de chaque

communauté urbaine ou rurale pour donner chacun une explication

cohérente du monde pour cuirasser les hommes contre les difficultés

langue

ou

de

culture

Muchembled1

pense elles

ont

de

la vie.

de Planhol2 partage ce point de vue il

prétend

que

les éléments du modèle culturel national sont adoptés assimilés

par les provinces mais leur pénétration progressive dans le fonds

traditionnel aboutit toute une prolifération de diversités locales qui permettent des groupes de plus en plus restreints affirmer leur

identité et de individualiser par rapport leurs voisins

Ainsi diffè

rent quasiment infini formes des coiffes et détails du costume

paysan ou adaptations locales des styles du mobilier

autre la poésie chantée

pyrénéenne reflète des situations originales campées dans un cadre local bien précis En général les auteurs appartiennent la commu

nauté où se déroule épisode qui sert de thème leur poème et les

héros dont ils narrent les aventures sont en général connus de tous

les

populaire et locale appréciée au point que plus un siècle plus tard ces poésies chantées ont toujours pas disparu de la mémoire collective

du clan et du village.

le cadre physique du territoire intervient jusque dans la formation des

mythes et des superstitions Sur les hautes montagnes où rappelle-

t-il réside pendant plusieurs mois une partie de la population les yeux ne sont frappés que de scènes étranges des masses mena antes

ruines qui

Aussi il est point

des torrents dévastateurs

J.F Soulet3 note que une communauté

gens du village

Il agit donc une

Selon

expression authentiquement

de Chausenque cité par J.F Soulet)

des

déserts de

neiges

et

de

semblent soumis influence de mauvais génies.

de cabane ou de lieu solitaire qui abrite ses légendes ou ses esprits

Dans les Pyrénées largement au

xixe siècle espace est profon

dément sacralisé Il avère en retour un formidable facteur de terri- torialisation En fait ce est pas espace qui donne naissance aux

Ces dernières

Il permet seulement et

est déjà beaucoup de les concrétiser de leur conférer substance et

inscription topographique.

dont la signification se perpétue et se transmet de génération en génération

mythes aux représentations symboliques ou fantastiques

émanent de la psyché individuelle socialisée

fonder ces

lieux de mémoire

xviir Muchembledsiècles) Paris R.)1978Culture populaire et culture des élites dans la France moderne XVe Planhol de Géographie historique de la France Fayard Paris 1988 Soulet J.F.) op cit

292

ANNALES DE

OGRAPHIE

Parce que plus riche en contacts humains la ville beaucoup plus

que la communauté rurale favorise une production culturelle et esthé tique qui tend ensuite la symboliser Paris et Vienne au début de ce siècle New York hui constituent autant de creusets artistiques

et idéologiques

Génicot1 explique

intérieur et autour de leurs

murs la vie religieuse intellectuelle et artistique. Finalement ajoute-

t-il

les

Derrière ces phares toutes les villes furent de tout

temps centres puis moteurs de la civilisation

au xme siècle elles ramassèrent

les villes marquèrent même

les créateurs

et

les

uvres.

uvres des artisans et des artistes sont un reflet du milieu et un facteur

de évolution de celui-ci.

dans cette ville de langue fran aise où il

repère la vitalité culturelle de la Flandre Trenard2 estime que est surtout dans architecture privée que se révèle un véritable type lillois mélange inspirations fran aise flamande purement lilloise et de goût

italien. Architecture ici art pictural là les deux parfois ailleurs. Bref la culture contribue plus ou moins construire compris échelle locale la différence Aux dires de Goursaud3 qui travaillé sur la

les spécificités culturelles

qui caractérisaient les territoires du passé estompent plus ou moins

rapidement Il est certain que espace local au sens du hameau

ou du village mais aussi du quartier urbain perd sa personnalité.

Plus de contes et de légendes peu de sobriquets.

Lille

au xvie siècle

société rurale traditionnelle en Limousin

En conséquence

au niveau de la commune une

Cependant

elles ne sont pas dissoutes mais transformées et elles trouvent leur

cristallisation dans idéologie que traduisent en particulier les compor tements électoraux Ainsi expliquerait une permanence des résis tances politiques droite dans certaines communes au nord de la Haute-Vienne par exemple Pour Goursaud cette tradition se

perpétue comme une fidélité

celle de orientation gauche pour autres communes. histoire consacré homogénéité de groupes territoriaux perpétuer

certains stéréotypes culturels et

chologique. Transformée sublimée par les nouvelles conditions géo-économiques de la vie sociale idéologie locale qui était patiemment édifiée au creux des territoires avant en constituer le ciment surgit sous de nouvelles formes il conviendrait sans doute de déchiffrer. Affaiblie par une incontestable dilution de la localité elle en continue pas

on

ne peut pas toujours déceler

permanence des conduites collectives traditionnelles.

identité communale aussi bien que

faire apparaître une spécificité psy

Génicot L.) op cit

Trenard L.)

une culture régionale

une culture fran aise

Lille de

1667

1715

in Pouvoir ville et société en Europe 650-1750

Ophrys Paris 1983

Goursaud A.) La Société rurale traditionnelle en Limousin G.P Maisonneuvc et Larosc

éditeurs Paris 1978

LA GEN SE DU TERRITOIRE LOCAL

293

moins la nourrir selon des modalités renouvelées aux effets plus discrets plus secrets que jadis

Conclusion

La formation du territoire local

donc connu un étonnant dyna

aiguillon de nouvelles perspectives

économiques pour une société en croissance démographique aspirant

au bien-être et

Bien que

misme

partir du Moyen Age

la sécurité

été le facteur premier un tel regrou

pement des hommes

la fin de la période carolingienne

primordiale dans ce dessein action de forces politiques de plus en

plus localisées et morcelées celle une idéologie envahie

par les

représentations de la religion et du sacré

fait

le

plus

souvent

épouser les configurations spatiales esquissait une intense occu pation ou reconquête agricole du sol menée par les nouvelles commu

nautés de paysans

Ainsi se sont forgées au fil des siècles au prix intenses rapports dialectiques entre infrastructure géo-économique des territoires et leur superstructure politicio-idéologique des cellules de vie particulièrement solides dont la stabilité souvent duré tout en baissant évidemment

la

Première Guerre mondiale ces territoires ont dans ensemble éclaté

les formes idéologiques ils avaient engendrées ont pas disparu corps et biens Outre que certaines localités territoriales demeurent et résistent la commune le village parfois les idéologies identitaires elles avaient forgées dans la longue durée perdurent quitte évoluer et migrer vers autres registres des représentations ideelles de la culture vers la sphère politique par exemple Toujours animé une ardeur néguentropique ce patrimoine idéo

quelques retouches

près

de formations socio-spatiales évolutives recomposées sur des

logique milite en faveur de la conservation

au début du xxe

Goubert)1

Si

depuis la

fin

de

bases nouvelles mais qui ne gomment jamais totalement les héritages du passé Est-il besoin de préciser que le Moyen Age occidental nullement inventé le principe du regroupement des hommes sur un territoire Un simple bond dans espace sinon dans le temps la visite quelques sociétés vernaculaires telles elles subsistaient encore la

surface de notre planète au début de ce siècle nous confirme que dans sa relation la plus primitive avec espace terrestre homme socialisé

Ainsi chez les Abori

gènes Australie il est

possible sans appropriation un territoire espace sacré que les an cêtres et les héros mythiques du groupe ont jadis parcouru en accomplissant leurs exploits et leurs rites. est la résidence esprit

jamais fait impasse de sa territorialisation

pas

de

vie

sociale

et

de

vie tout

court

Goubert P.) Roche D.) Les Fran ais et Ancien Régime

Colin Paris 1984

294

ANNALES DE

OGRAPHIE

la vraie patrie où les membres du groupe ne peuvent raisonna blement trop longtemps absenter

forma

Notre hypothèse de départ était donc fondée Au sein des

tions socio-spatiales ou territoires collectifs de la localité interaction initiale des instances infrastructure géographique économique et de superstructure politique idéologique organise autour une fonction économique dominante même si les autres instances lui contes tent en permanence ce leader ship

son

prétentions

histoire et que

nomothétiques aboutit un échec si elle intègre pas épaisseur normative du temps

Il apparaît aussi que

le territoire ne se désolidarise

toute géographie

pas

de

dans ces conditions

Résumé La- genèse et évolution des territoires locaux commune et village

pays

quartier ville micro-région sont analysées ici dans la perspective

de la longue durée au travers du jeu complexe des instances économique géographique politique et idéologique qui gouvernent les formations socio- spatiales La localité au sens quasi moderne du terme connu en France un étonnant dynamisme partir du Moyen Age Souvent fondée sous ai guillon de la nécessité économique elle survit de nos jours bien altérée et déformée maintenue par un ciment de nature surtout politique et idéologique Le local même il convient hui en reconsidérer le rôle et les structures en regard notamment de éclatement géographique des lieux de vie et des mutations profondes de économie demeure toujours vivace Il constitue la meilleure échelle observation du rapport essentiel que les indi vidus organisés en société nouent avec espace

Mots clés

territoire localité commune quartier micro-région espace-temps

lien social rapport spatial formation socio-spatiale

Abstract The genesis and evolution of local territories community

village country area

term perspective through the complex interplay of the several authorities economic geographic political and ideological which rule the social and geographic structures The local community in the almost modern sense of

town micro-region are analyzed here in long-

the word has always had in France an astonishing vitality ever since the

Middle Ages

Often based upon the stimulus of economic urge it survives

nowadays although in different form and shape kept together essentially by political and ideological cement The local frame however much its role and structures should be reconsidered in regard mainly to the geographic scattering of living places and to the deep changes of economy still remains all-important It still is the best observation-deck of the essential relationship which socially-organized people have with space

Key words

territory local community area micro-region time-space social

connection spatial relationship socio-spatial structure

Elkin A.P.) Les Aborigènes australiens N.R.F Gallimard Paris 1967