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2016-2017

UE 211 – GESTION JURIDIQUE FISCALE ET SOCIALE


Examen d’essai : semaine du lundi 27 février au samedi 4 mars 2017

Durée de l’épreuve : 4 heures

Le corrigé comporte : 7 pages

CORRIGÉ
___________________________________________________________________________________

Nota : les numéros d’articles donnés à l’appui des réponses proposées ne sont nullement exigés des
candidats.
Les candidats qui n’ont pas mentionné à part les problématiques ne sont pas sanctionnés. Le rappel
des règles de droit applicables et l’application en l’espèce sont notés.
Seules les 6 premières pages sont corrigées.

DOSSIER 1 : DROIT DES CONTRATS (7 points)

1. L’annonce publiée sur le site de PAP par Monsieur MUDE constitue-t-elle une offre ?
(1 point)

Règles applicables (0,60 point)


Pour être qualifiée d’offre, la proposition doit exprimer une volonté de contracter « ferme » et
« précise », de telle sorte que l’acceptation du bénéficiaire suffira à former le contrat. En conséquence,
- d’une part, la proposition doit être ferme et manifester la volonté de son auteur de s’engager ;
- d’autre part, la proposition doit contenir les éléments essentiels du contrat.

Application (0,40 point)


L’annonce publiée par Monsieur MUDE sur le site de PAP remplit les deux conditions pour être
qualifiée offre :
- fermeté : il entend être lié par contrat dès lors que l’acceptation aura été formulée et il n’a pas
émis de réserves ;
- précision : l’annonce contient les éléments essentiels d’un contrat : le bien immobilier, le prix et
la date de disponibilité.

2. La réponse de Madame LIBRE constitue-t-elle une acceptation ? (1 point)

Règles applicables (0,60 point)


Pour être qualifiée d’acceptation, la réponse du destinataire de l’offre doit être « pure et simple », faite
sans réserves et porter sur tous les éléments du contrat.

1
Application (0,40 point)
La volonté de contacter exprimée dans son courrier par Mme LIBRE est assortie d’une condition : effectuer
des travaux de transformation. Cela prive de caractère « pur et simple » cette manifestation de volonté. Elle
ne peut pas être considérée comme acceptation de l’offre.

3. Sur quel fondement juridique Monsieur MUDE est-il en droit de refuser de remettre la clé de la
maison à Madame LIBRE à ce stade ? (1 point)

Règles applicables
Une condition suspensive est un événement futur, incertain, licite et possible, dont la réalisation ne dépend
pas de la seule volonté du débiteur et qui suspend une obligation ou un contrat. Avant la réalisation de cet
événement, le créancier ne peut demander l’exécution du contrat. Dans le cas d’un contrat de vente,
l’acheteur ne peut pas appréhender le bien concerné. (0,50 point)

Application
Il a été stipulé, dans le compris de vente, que la vente serait réalisée après que Madame LIBRE ait obtenu un
prêt bancaire à hauteur de 200 000 euros avant le 30 novembre. Il s’agit d’un contrat conclu avec une
condition suspensive. Tant que la condition relative au prêt ne s’est pas réalisée avant le délai
conventionnellement imparti, Madame LIBRE n’est pas en droit d’appréhender le bien. Monsieur MUDE est
tout à fait en droit de le lui refuser. (0,50 point)

4. [supprimé]

5. Sur quel fondement juridique Madame LIBRE pourra-t-elle demander l’annulation du contrat de
vente de la maison ? (1 point)

Règles applicables (0,50 point)


Pour qu’un contrat soit valable, le consentement des parties à celui-ci doit être libre et éclairé, exempt de
vices. Le dol est un des trois vices du consentement.
Les éléments constitutifs du dol pouvant entraîner la nullité du contrat sont les suivants :
- l’existence d’une ou de plusieurs manœuvres frauduleuses : ce sont notamment une mise en scène, un
mensonge, un silence (ou une dissimulation intentionnelle d’une information) ;
- l’intention d’induire l’autre partie en erreur ;
- le caractère déterminant de la manœuvre frauduleuse : s’il n’y avait pas eu manœuvre, la victime de la
manœuvre n’aurait pas conclu le contrat ou l’aurait conclu à des conditions plus favorables pour elle ;
- l’auteur de la manœuvre : l’auteur de la manœuvre est une partie au contrat (ou le représentant, gérant
d’affaires, préposé ou porte-fort du cocontractant, ou encore un tiers de connivence).
Les sanctions du dol sont la nullité relative du contrat.

Application (0,50 point)


En l’espèce, les éléments constitutifs du dol sont réunis. Monsieur Mude avait l’intention d’induire Madame
LIBRE en erreur. Faute de donner à Madame LIBRE l’information concernant les fissures que cette dernière
ne pouvait pas connaître elle-même, Monsieur MUDE a commis une dissimulation intentionnelle d’une
information déterminante pour Madame LIBRE. Si Madame LIBRE avait été informée de l’existence de
fissures et de travaux de réparation, elle n’aurait pas acheté la maison ou elle l’aurait achetée à un prix
moindre. L’auteur du dol est le cocontractant de Madame LIBRE. La réticence dolosive peut entraîner
l’annulation du contrat.

2
6. Outre son action en nullité du contrat de vente, Madame LIBRE pourra-t-elle demander des
dommages et intérêts ? Dans l’affirmative, indiquez quel serait le fondement juridique. Dans la
négative, justifiez votre réponse. (2 points)

Règles applicables
La victime d’un vice du consentement peut exercer cumulativement l’action en nullité du contrat (qui
tend à faire prononcer l’annulation du contrat) et l’action en responsabilité contre l’autre partie au contrat
(qui tend à obtenir réparation du dommage subi, sous forme dommages et intérêts). (0,50 point)
La responsabilité ne peut qu’être de nature extracontractuelle car le contrat est anéanti par l’annulation.
(0,50 point)

Application
Madame LIBRE pourra, outre son action en nullité du contrat de vente, demander des dommages et intérêts
à Monsieur MUDE sur le fondement juridique de la responsabilité extracontractuelle. (1 point)

DOSSIER 2 : DROIT DES SOCIÉTÉS ET DROIT PÉNAL (7 points)

1. Monsieur ROUGE peut-il continuer à exercer les fonctions de président du conseil


d’administration de la SA ROSE? (1 point)

Règles applicables (0,50 point)


Dans le silence des statuts, le président du conseil d’administration ne peut pas être âgé de 65 ans. Lorsqu’il
atteint cette limite d’âge, il est réputé démissionnaire.

Application (0,50 point)


Il faudrait vérifier les statuts de la SA Rose. Si ceux-ci ne prévoient rien, ayant atteint de l’âge de 65 ans,
Monsieur Rouge doit donner sa démission. En conséquence, il ne peut plus exercer les fonctions de président
du conseil d’administration de la SA ROSE.

2. Peut-il obtenir ce poste de salarié ? (2 points)

Première problématique : cumul de fonction d’administrateur et de statut de salarié (1 point)


Règles applicables
En principe, les administrateurs ne peuvent recevoir de la société aucune rémunération autre que les
rémunérations d’administrateur, les rémunérations exceptionnelles pour les missions ou mandats
confiés, les rémunérations pour l’exercice des fonctions de président du conseil ou de directeur
général. (0,30 point)
Cependant, dans une PME aux termes européens, un administrateur peut devenir salarié d’une SA au
conseil de laquelle il siège, si son contrat de travail correspond à un emploi effectif. Ces administrateurs sont
comptés pour la détermination du nombre des administrateurs liés à la société par un contrat de travail. Une
PME au sens européen est celle qui occupe moins de 250 personnes et dont le CA annuel n’excède pas
50 millions d’euros ou dont le total du bilan annuel n’excède pas 43 millions d’euros. (0,30 point)

Application
M. Mude, en raison de son statut d’administrateur, ne pourra pas obtenir ce poste de salarié, à moins qu’il ne
démissionne de ses fonctions d’administrateur ou que la SA ROSE ne soit une PME au sens européen. (0,40
point)

Deuxième problématique : procédure de convention réglementée (1 point)


Règles applicables
3
Toute convention intervenant directement ou par personne interposée entre la société et un de ses
administrateurs doit être soumise à l'autorisation préalable du conseil d'administration (convention
réglementée). (0,25 point)
Toutefois, certaines conventions entrant normalement dans le champ d'application des conventions
réglementées n’ont pas à faire l'objet d’un contrôle, par exemple, celles portant sur des opérations courantes
conclues à des conditions normales (convention libre). (0,25 point)
En outre, il est interdit aux administrateurs autres que les personnes morales de contracter des emprunts
auprès de la société, de se faire consentir par elle un découvert, en compte courant ou autrement, ainsi que de
faire cautionner ou avaliser par elle leurs engagements envers les tiers (convention interdite). (0,25 point)

Application
Si un administrateur conclut un contrat de travail avec la société alors qu’il est déjà en fonction, ce contrat de
travail n’est ni libre ni interdit et il s’agit d’une convention réglementée soumise à contrôle. (0,25 point)

3. Madame REMARQUE pourra-t-elle intenter une telle action ? quelle est la procédure à suivre ?
(2 points)

Règles applicables
a) Conditions acquises pour que les minoritaires puissent demander la nomination d’un expert
Dans le cas d’une SA, une association d’actionnaires ainsi qu’un ou plusieurs actionnaires représentant au
moins 5 % du capital social, soit individuellement, soit en se groupant, peuvent solliciter la désignation
d’un expert. (0,75 point)

b) Démarches à suivre
Les actionnaires minoritaires doivent poser par écrit au président du conseil d’administration des questions
sur une ou plusieurs opérations de gestion de la société. A défaut de réponse dans un délai d'un mois
ou à défaut de communication d'éléments de réponse satisfaisants, ils peuvent demander la désignation
d'un ou plusieurs experts chargés de présenter un rapport sur une ou plusieurs opérations de gestion. (0,75
point)

Application
a) Madame REMARQUE détient 6 % du capital social de la société. Elle est donc en droit de demander la
désignation d’un ou plusieurs experts. (0,50 point)

b) Pour cela, elle doit d’abord poser par écrit au président du conseil d’administration une question relative à
l’impact des activités de la société sur l’environnement. C’est seulement dans l’hypothèse où ce dernier ne
répond pas dans un délai d’un mois ou s’il a communiqué des réponses insatisfaisantes, que Mme
REMARQUE peut demander la désignation d’un ou plusieurs experts chargés de présenter un rapport sur la
question.

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4. La société SA ROSE serait-elle exonérée de sa responsabilité pénale ? (1 point)

Règles applicables (0,50 point)


Les personnes morales sont pénalement responsables des infractions commises, pour leur compte, par
leurs organes ou représentants. La personne ayant reçu délégation de pouvoirs d’un organe d’une
personne morale est considérée comme un représentant de celle-ci.
La responsabilité pénale des personnes morales n’exclut pas celle des personnes physiques auteurs ou
complices des mêmes faits. Il peut alors y avoir cumul de responsabilité !

Nota : La personne morale est pénalement responsable de toute faute non intentionnelle (d'imprudence, de
négligence ou de manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le
règlement) de leurs organes ou représentants, même en l’absence de preuve de faute délibérée ou
caractérisée de la part de ces derniers (dans ce cas-là, la responsabilité pénale des personnes physiques ne
sera pas retenue). (non exigé de la part des candidats)

Application (0,50 point)


Monsieur CHARLES, le délégataire, est considéré comme représentant de la société ROSE. Les faits ont été
commis par lui pour le compte de la société ROSE. La société est pénalement responsable des faits commis
par Monsieur CHARLES.
La responsabilité pénale du délégataire de pouvoirs, un salarié de la société, n’exclut pas la responsabilité
pénale de la société.

Nota : En l’absence de preuve de faute délibérée ou caractérisée commise par le délégataire, seule la
société sera pénalement responsable car le délégataire est considéré comme un représentant de la société
qui travaille pour le compte de la société. Les faits commis par le délégataire sont imputables à la société.
(non exigé de la part des candidats)

5.[supprimé]

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DOSSIER 3 : ENTREPRISE ET ADMINISTRATION FISCALE (6 points)

1. Quelle est la technique juridique utilisée par la SA PIERRE lorsqu’elle a adressé à l’administration
fiscale une question relative à sa situation au regard de l’IS ? (2 points)

Règle de droit
La procédure du rescrit fiscal permet au contribuable de demander à l’administration fiscale de lui expliquer
comment sa situation doit être traitée au regard des impôts. La réponse de l’administration, appelée rescrit,
donne au contribuable des garanties juridiques, sous certaines conditions. (1 point)

Application à l’espèce
En l’espèce, la SA PIERRE a posé, à l’administration fiscale, une question sur sa situation au regard de l’IS.
La SA PIERRE a utilisé la procédure du rescrit fiscal. (1 point)

2. Qualifiez les actes relevés par le vérificateur dans la société GRANIT. Sont-ils susceptibles d’avoir
des conséquences sur le résultat imposable de la société GRANIT ? Qualifiez les actes relevés par le
vérificateur dans la société GRANIT. Sont-ils susceptibles d’avoir des conséquences sur la société
GRANIT ? (2 points)

Règle de droit
Définition de l’acte anormal de gestion
Constitue un acte anormal de gestion l’opération qui se traduit par une perte de recette ou une dépense sans
contrepartie. Cette opération n’est pas justifiée par les intérêts propres de la société. (0,75 point)

Conséquences d’un acte anormal de gestion


L’administration fiscale tire les conséquences de la conclusion de l’acte sur l’impôt sur les bénéfices. En cas
de renonciation, par la société, à la perception d’une recette, l’administration fiscale la réintègre dans le
bénéfice imposable. En cas de prise en charge d’une dépense indue, l’administration fiscale n’admet pas la
déductibilité de la dépense. (0,75 point)

Application à l’espèce
Qualification des actes
En l’espèce, les actes relevés par le vérificateur s’analysent en des actes anormaux de gestion (cession d’une
immobilisation pour un prix inférieur à sa valeur, suppléments importants de prix payés à un fournisseur).
L’accomplissement de ces actes ne se justifie pas par l’intérêt de la société. (0,25 point)

Conséquences des actes sur la SA GRANIT


En l’espèce, le vérificateur va évaluer la valeur de l’immobilisation cédée. La partie impayée sera réintégrée
dans le bénéfice imposable de la SA GRANIT. Le vérificateur va déterminer le montant des suppléments de
prix payés au fournisseur, ce montant ne sera pas déductible du résultat fiscal de la SA GRANIT.
(0,25 point)

3. Quelle est la juridiction que doit saisir la SA EMERAUDE ? Devant quelle juridiction un appel
serait-il envisageable ? (2 points)

Règle de droit
La juridiction compétente pour connaître d’une contestation portant sur les droits d’enregistrement est le
tribunal judiciaire (au 1er janvier 2020, est créé le tribunal judiciaire qui fusionne le tribunal de grande
instance et le tribunal d’instance). (1 point)
6
En cas d’appel, c’est devant la cour d’appel. (1 point)

Application à l’espèce
En l’espèce, la contestation étant relative au montant de droits d’enregistrement, la SA EMERAUDE saisira
le TGI (devenu le tribunal judiciaire). Devant la cour d’appel, un appel serait envisageable.

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