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Journaliste politique (1869-1871)

Portrait d'Émile Zola à trente ans en 1870.

C'est au travers de ses interventions dans la presse politique que l'engagement de Zola est le
plus marquant. La libéralisation de la presse en 1868 lui permet de participer activement à son
expansion. Par des amis de Manet, Zola entre au nouvel hebdomadaire républicain La Tribune,
où il met en pratique ses talents de polémiste par l'écriture de fines satires anti-impériales. Mais
c'est dans La Cloche que ses attaques les plus acides contre le Second Empire sont
publiées. Thérèse Raquin n'a pas enthousiasmé Louis Ulbach, le directeur du journal, mais il
admire l'insolence du chroniqueur.
Sur le plan personnel, son mariage avec Alexandrine est finalement célébré le 31 mai 1870 à la
mairie du XVIIe arrondissementN 11,17, à la veille du conflit franco-prussien. Alexandrine est un
soutien indispensable dans les nombreux moments de doute de l'écrivain. Il lui en sera toujours
reconnaissant.
L'écrivain n'est pas mobilisé pour la guerre. Il pourrait être intégré à la Garde nationale, mais sa
myopie et son statut de soutien de famille (pour sa mère) l'en écartent 18. Il suit la chute du Second
Empire avec ironie.
Alexandrine convainc son mari de fuir Paris avant le siège. Le couple
gagne Marseille en septembre 1870. Puis, en décembre, Émile part à Bordeaux, où siège la
délégation gouvernementale. Il essaie auprès d'amis républicains de se faire nommer sous-préfet
d'Aix-en-Provence19 ou de Castelsarrasin. Il n'est finalement engagé que comme secrétaire du
ministre Alexandre Glais-Bizoin. Zola n'est ni un homme d'intrigues ni de réseaux 20.
Les Zola retournent à Paris en mars 1871. Émile reprend son travail à La Cloche, qui est hostile
à l'insurrection de la Commune. Celle-ci contrôle Paris à partir du 18 mars. Zola est arrêté le 20
et relâché le 21. En avril, il est scandalisé par l'interdiction de certains journaux par la Commune
et, le 10, il est menacé d'être pris comme otage. Les Zola prennent alors la fuite en passant
par Saint-Denis, qui est sous le contrôle des Prussiens, et se réfugient à Bennecourt. Ils
reviennent à Paris fin mai, après la Semaine sanglante et l'écrasement de la Commune21.
Le 3 juin 1871, dans Le Sémaphore de Marseille, Zola écrit à propos du peuple de Paris : « Le
bain de sang qu'il vient de prendre était peut-être d'une horrible nécessité pour calmer certaines
de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur 22. »
Courageux, voire téméraire, Zola s'attaque avec dureté aux ténors de l'Assemblée comme Albert
de Broglie ou Gabriel de Belcastel. Il vilipende une Chambre peureuse,
réactionnaire, « admirablement manipulée par Thiers23 ». De février 1871 à août 1872, il produit
des chroniques parlementaires sous le titre de La République en marche, publiées dans La
Cloche et le Sémaphore de Marseille24. Elles lui permettent à la fois de se faire connaître du
monde politique et d'y fonder de solides amitiés (et inimitiés). Il collecte aussi une foule de détails
qu'il utilisera par la suite dans ses romans 25. Ces engagements sont quelque peu risqués pour
l'écrivain. Il tombe deux fois sous le coup de la loi 23. Mais ces ennuis judiciaires n'ont pas de
conséquences et il est chaque fois libéré le jour même.
Zola reste soigneusement à l'écart du monde politique, auprès duquel il sait s'engager, mais avec
retenue, recul et froideur. L'action politique ne l'intéresse pas et il n'a jamais été candidat à
aucune élection. Il se sait avant tout écrivain, tout en exprimant une attitude de réfractaire 26. Il agit
donc en libre-penseur et en moraliste indépendant, ce qui lui apporte une stature de libéral
modéré. Il s'oppose radicalement à l'Ordre moral, notamment dans La Conquête de Plassans,
interdit de vente dans les gares par la commission de colportage N 12,27, et par la publication de La
Faute de l'abbé Mouret, une vive critique de la règle de la chasteté pour le clergé, renforcée alors
par la mise en œuvre du culte du mariage par l'Église[pas clair]28. Il défend aussi activement les
communards amnistiés par les lois de 1879 et 1880, en évoquant les parias de la Révolution de
1848 dans Le Ventre de Paris et en soutenant notamment Jules Vallès afin que celui-ci puisse
publier ses textes[réf. souhaitée]. Ce seront les derniers articles politiques de Zola, puisqu'il a entrepris
le cycle des Rougon-Macquart qui va l'occuper pendant vingt-deux années.

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