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Secteur Privé Développement La revue de Proparco

Numéro 1 Mai 2009


Edito
Par Luc Rigouzzo, le financement
directeur général de Proparco
des PME
Nous sommes heureux de partager avec
vous ce premier numéro de Secteur privé et en Afrique
développement, revue bimestrielle qui vise
à croiser les opinions de la communauté
d’investisseurs de Proparco avec celles
Subsaharienne
d’experts académiques et de membres de Pourquoi les PME d’Afrique subsaharienne (ASS)
la société civile sur le rôle du secteur privé accèdent difficilement aux financements ?
dans le développement des pays du Sud. Quelles sont les perspectives d’amélioration ?
Le secteur privé représente un outil Ce numéro propose de confronter
puissant de développement pour les pays les opinions d’experts sur ce sujet.
pauvres, à la fois principal moteur de
croissance et de création d’emplois et relais
des politiques publiques grâce notamment
aux partenariats public-privé. Dans de
Sommaire
nombreux pays, il contribue d’ailleurs à REpenser le financement Crédit et secteur privé Quelles perspectives
la fourniture de services essentiels. Enfin, des petites entreprises en Afrique : évolution de financement pour
même dans les pays les plus pauvres, les en Afrique et enjeux les PME en Afrique ?
Paul Collier, Emilio Sacerdoti, Admassu Tadesse,
flux privés externes (investissement direct Université d’Oxford Fonds Monétaire Banque de développement
étranger et flux de migrants) et internes Page 2 International de l’Afrique australe
(épargne et investissement local) sont sans Page 7 Page 15
commune mesure avec les montants de
l’aide publique au développement. Le financement bancaire
des PME : quelles données clés Les difficultés de
spécificités africaines ? Le crédit aux PME financement des PME
Pourtant, la littérature sur ce sujet est peu Maria Soledad africaines en chiffres en Afrique : à qui la faute ?
développée. Secteur privé et développement Martinez Peria, Page 10 Paul Derreumaux,
a pour objectif de contribuer à combler Banque Mondiale Bank of Africa
ce manque. La revue traitera de sujets Page 5 Page 18
Financer les PME dans
variés : les impacts de la téléphonie mobile un contexte de forte
sur le développement, le rôle du secteur asymétrie d’information L’investissement
privé dans l’accès à l’eau, les défis de la Julien Lefilleur, en capital dans les PME
microfinance… Proparco d’Afrique subsaharienne
Page 12 Patrice Hoppenot,
Investisseur et Partenaire
Ce premier numéro est consacré à l’accès pour le Développement
insuffisant des PME africaines au Page 21
financement, celui-ci étant l’un des goulots
d’étranglement majeur de la croissance du
continent.

Je voudrais remercier chaleureusement


toute l’équipe éditoriale et chacun des
contributeurs à ce numéro dont les articles
ne se contentent pas de rappeler les raisons
structurelles de cette situation, ...

Suite en dernière page (p.24)


Repenser le financement
le financement
des PME
en Afrique les montants à engager à chaque cycle pour finan- des grandes entreprises. Enfin, en temps normal,
Subsaharienne cer les intrants nécessaires à la production future les grandes entreprises accordent des crédits com-
sont importants en comparaison des revenus de merciaux aux PME. C’est là le reflet de leur situa-

des petites entreprises


Paul Collier est
l’auteur de The l’activité passée. Avant la crise actuelle, les écono- tion financière plus avantageuse : elles prêtent aux
Bottom Billion, mies africaines ont connu une courte période où la petites entreprises parce que leur coût de finan-
ouvrage salué par

en Afrique
croissance atteignait près de 6 %, période durant cement est moins élevé. Néanmoins, dès lors que
la presse comme
par ses pairs. laquelle les difficultés de financement ont donc pu leurs propres besoins augmentent, ces grandes en-
Universitaire constituer une réelle contrainte pour le dévelop- treprises ont la possibilité de limiter ces crédits
internationalement pement des PME. La récession mondiale a nette- commerciaux. Ceci leur permet de se prémunir
reconnu, il a
notamment rédigé Alors que les banques africaines commençaient à se tourner vers les PME, ment enrayé le dynamisme de ces économies, mais contre le risque d’une crise de liquidité mais pous-
de nombreux la crise mondiale est venue inverser cette tendance et les PME risquent de voir les prévisions indiquent un maintien de la crois- se en revanche les petites entreprises à la faillite.
articles traitant sance en Afrique : les projections du FMI, rendues La crise mondiale devrait ainsi entraîner une dé-
de l’accès au leur accès au crédit se détériorer brutalement. Or, ces entreprises ont aujourd’hui, publiques en mars 2009, envisagent une croissan- térioration de l’accès – déjà limité – des petites en-
financement dans
les pays d’Afrique. plus que jamais, besoin de financement à long terme ce que les systèmes ce régionale moyenne de 3,2 % pour l’année 2009, treprises au crédit, ce qui contribuerait à ralentir la Paul Collier
Après avoir dirigé
pendant plusieurs
financiers africains sont dans l’incapacité d’apporter. La situation ne pourra soit un taux nettement plus élevé que celui – néga- croissance. L’insuffisance de financement des PME Université d’Oxford

années le Groupe radicalement évoluer sans une amélioration de la circulation de l’information tif – prévu pour l’OCDE. est un phénomène préoccupant et il est important Paul Collier est professeur
de Recherche sur de trouver des moyens pour y remédier. d’économie et directeur du
le Développement à au sein des marchés d’ASS qui permettrait aux investisseurs d’identifier Les effets de la crise mondiale centre d’étude des économies
la Banque Mondiale,
Paul Collier a pris
plus facilement les PME de qualité. Une utilisation pertinente des nouvelles La récession a certes bridé la croissance de l’Afri- Un système inadapté africaines de l’université
d’Oxford. Il est également
la direction du technologies de l’information devrait permettre d’y parvenir. que, mais elle a sûrement contraint davantage en- Manifestement, une récession mondiale dont professeur invité au centre
centre d’étude core le financement des petites entreprises. Le l’ampleur est encore difficile à évaluer et durant d’études et de recherches
des économies Par Paul Collier, directeur du centre d’étude des économies africaines de l’université d’Oxford secteur financier africain a été largement épar- laquelle l’appétit pour le risque s’est très large- sur le développement
africaines de
l’Université d’Oxford gné par la première onde de choc de la crise finan- ment amoindri, constitue le plus mauvais moment international (CERDI) de
(Center for the l’université d’Auvergne ainsi
cière, mais la seconde commence désormais à se pour développer le crédit aux petites entreprises

J
Study of African qu’à l’université de Paris 1. Il
Economies). Son e commencerais par deux constats élémen- bilité par exemple, et est parvenue à la conclusion faire sentir. De nombreuses banques sont déte- africaines. En outre, le système financier actuel est l’auteur du livre The Bottom
article permet taires en matière de finance. Prêter au sec- que ce phénomène relevait probablement d’un nues par des capitaux étrangers et, à l’instar de ce de l’Afrique n’est pas à même de gérer de tels fi- Billion, qui a reçu en 2008 les
de replacer la teur privé en Afrique est souvent considéré préjugé des prêteurs envers les PME. Les banques qui se passe dans le reste du monde, celles-ci ont nancements : il est conçu pour allouer des prêts prix Lionel Gelber, Arthur
problématique du Ross et Corine. Son dernier
financement des comme plus risqué que dans le reste du monde. d’Afrique n’avaient en effet nul besoin de dévelop- désormais tendance à rapatrier leurs liquidités. À à court terme aux grandes entreprises. Cet envi-
ouvrage, intitulé Wars, Guns
PME africaines dans Financer de petites entreprises est généralement per leurs activités de crédit aux petites entreprises ce phénomène, s’ajoute la rapide détérioration des ronnement n’est pas propice au financement d’in- and Votes: Democracy
le contexte actuel plus risqué que financer de grandes entreprises. car elles dégageaient suffisamment de bénéfices en comptes extérieurs de nombreux gouvernements vestissements à haut risque. Du point de vue des
de crise financière in Dangerous Places, a paru
internationale. Le financement des petites entreprises africaines prêtant sans risques et à moindre frais aux gran- africains due à la chute des recettes d’exportation banques, si l’investissement échoue, elles sont ex- en mars 2009.
apparaît donc d’autant plus difficile qu’il combine des entreprises ou en investissant dans des titres de matières premières. posées au risque de défaillance tandis que s’il réus-
malheureusement les deux types de risques. de dette publique très rémunérateurs. Ces gouvernements vont devoir emprunter et, sit, elles ne sont que modestement intéressées aux
Lors de la récente période de prospérité qu’a Tant que les économies africaines stagnaient, l’in- compte tenu de l’aversion au risque des investis- bénéfices. Du point de vue des entreprises, finan-
connue l’économie mondiale, les investisseurs suffisance de financement des petites entreprises seurs internationaux, ils devront vraisemblable- cer un engagement à long terme avec des ressour-
confrontés au renchérissement des actifs ont été apparaissait comme un problème secondaire. La ment avoir recours à l’endettement intérieur. Les ces à court terme dans une période où les banques
amenés à accepter des risques plus importants croissance était surtout entravée par le manque emprunts publics contractés auprès des banques risquent fort de restreindre le crédit est le chemin
afin de pouvoir réaliser des profits suffisants. Les d’opportunités d’investissement, rendant ainsi le vont par conséquent évincer les emprunts privés. le plus sûr vers la faillite. Dans un environnement
petites entreprises africaines commençaient tout besoin de financement moins pressant. Cepen- Ces deux facteurs vont pousser les banques à ré- très risqué, ce sont les fonds propres qui sont in-
juste à bénéficier de ce phénomène lorsque la si- dant, les importantes réformes économiques me- duire leurs engagements sur les entreprises. Or, dispensables. Néanmoins, les investissements en
tuation s’est brutalement détériorée, provoquant nées dans les années 90 ont permis de faire rapi- ce resserrement du crédit intervient au moment fonds propres ne peuvent affluer que s’il existe
une rapide inversion de tendance : le goût du ris- dement croître le rendement des capitaux. Des où les entreprises en ont le plus besoin. Dans ce un cadre institutionnel permettant d’évaluer et de
que s’est évaporé et avec lui les opportunités de travaux récents comparent la rentabilité du capital contexte, les grandes entreprises parviendront maîtriser les risques. Je n’entrevois aucune autre
financement pour les PME africaines. Les réper- à travers le monde en s’appuyant sur trois sour- plus facilement que les petites à satisfaire leurs solution que d’établir un tel cadre institutionnel.
cussions en seront-elles importantes et, dans l’af- ces différentes : des enquêtes auprès d’entreprises, besoins financiers.
firmative, comment y remédier? des données publiées par les entreprises cotées en Certaines grandes entreprises disposent d’impor- Les technologies de l’information :
bourse et des données d’investissements directs tants dépôts dans le système bancaire qu’il leur une voie d’avenir
La réticence des banques à accorder des prêts américains (Collier et Warnholz, 2009). suffit de ponctionner. En outre, comme cela a été Ces fondements institutionnels doivent permettre
Pendant longtemps, les systèmes bancaires en Afri- Toutes ces sources indiquent que l’Afrique est expliqué précédemment, les grandes entreprises d’améliorer la qualité de l’information et de mieux
que ont dû faire face à des risques élevés et à des aujourd’hui la région du monde qui présente la sont mieux placées pour emprunter. Certains pays protéger juridiquement les investisseurs. Des sys-
coûts de transaction importants lorsqu’il s’agissait plus forte rémunération du capital privé. Dans ce commencent déjà à ressentir un phénomène d’as- tèmes de surveillance qui enregistrent les transac-
de financer des petites entreprises. Ces contrain- contexte, la disponibilité de financement risque de sèchement des liquidités bancaires dû aux besoins tions des petites entreprises doivent être mis ...
tes ont largement contribué à restreindre l’accès devenir un facteur plus déterminant pour la crois-
des PME aux circuits financiers formels. Par exem- sance. Paradoxalement, c’est lorsque les entrepri-
ple, une étude analysant l’endettement auprès des ses se développent qu’elles sont le moins à même
banques d’entreprises du secteur manufacturier de financer leurs investissements par les bénéfi- “Le secteur financier africain a été largement
dans six pays d’Afrique au cours des années 90 a
constaté que les très petites entreprises avaient
ces générés par l’activité puisque, si la croissance
ouvre des perspectives d’investissement, celle-ci
épargné par la première onde de choc de la crise
sensiblement moins de chances que les autres d’ac- pèse également sur la trésorerie. financière, mais la seconde
céder au crédit (Bigsten et alii, 2003). L’étude a pris
en compte de nombreux critères, tels que la renta-
En effet, la production de chaque période étant
plus importante que celle de la période précédente,
commence désormais à se faire sentir.”
2 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 3
Le financement bancaire
le financement
Repenser le financement des PME
en Afrique
En s’appuyant sur des données
des petites entreprises Subsaharienne issues d’enquêtes auprès de banques,
en Afrique cet article montre que les volumes de
des PME : quelles
économiste à la
Banque Mondiale financement offerts par les banques
et spécialiste du
Par Paul Collier, secteur bancaire aux PME sont plus limités dans

spécificités africaines ?
directeur du centre d’étude des économies dans les pays en
les pays africains que dans les autres
africaines de l’université d’Oxford développement,
Maria Soledad pays en développement
Martinez Peria
fait partager et que ces financements coûtent
... en place pour établir des historiques de données
dans cet article
son expérience
plus cher et ont de surcroît Par Maria Soledad Martinez Peria1, économiste à la Banque Mondiale
de performance. approfondie du des maturités plus courtes en Afrique.
financement
Ces informations peuvent par la suite être utile- des PME dans
ment exploitées en utilisant les techniques in- les différentes

L Analyse des spécificités


novantes et prometteuses d’organisations inter- régions du es responsables politiques du monde entier risque qu’implique le prêt aux PME en Afrique en
monde. L’approche
nationales de micro-finance telles que Kiva. Cet manifestent un vif intérêt pour la question comparant le taux de prêts non performants parmi
usage novateur des technologies de l’information
comparative adoptée
permet de situer du financement des PME. Cela peut s’expli- la clientèle des PME africaines avec celui observé
du financement des entreprises par
doit servir de base à l’élaboration d’un nouveau l’Afrique par rapport
au reste du monde
quer à la fois par la contribution de ces entreprises dans le reste du monde en développement. Le ta- les banques en Afrique par rapport
type de communication entre les banques et les en développement au secteur privé et par le sentiment, largement ré- bleau ci-contre présente le résultat de ces compa- au reste du monde en développement
entreprises. en termes d’accès pandu, qu’elles souffrent d’un accès difficile au cré- raisons et analyses.
Malgré la récession mondiale, il existe un potentiel aux crédits dit. Ces deux facteurs sont pertinents dans le cas

pour les pays en déve-

les écarts en moyenne

et pays en développe-
pour les PME.

loppement africains

entre pays africains


développement non
Des volumes de financement

Test de Student sur


considérable pour la finance dite “sociale”, comme des économies africaines. Les PME y représentent

ment non africains


pour les pays en
l’ont démontré à la fois la Grameen et BRAC. Par en effet près de 50 % des emplois2 et, selon les en- très restreints en Afrique

d’entreprise
contre, il est important que ces financements at- quêtes menées par la Banque Mondiale, 40 % des Les données montrent que les volumes de finan-

Moyenne

Moyenne
africains
teignent des cibles pertinentes, en évitant de suc- petites et 30 % des moyennes entreprises considè- cement offerts par les banques aux PME sont plus

Type
comber à des tentations de magnanimité. Si d’un rent l’accès au financement comme un frein ma- limités dans les pays africains que dans les autres
point de vue social, les besoins les plus évidents jeur au développement de leurs activités3. pays en développement et que ces financements Proportion de prêts destinés PE 13,05 5,44 -2,21**
émanent des micro-entreprises, ce sont davanta- ont, de surcroît, des maturités plus courtes en au segment considéré (par
rapport au total des prêts, %) ME 13,88 12,83 -0,17
ge les petites entreprises ayant un réel potentiel Les résultats d’une enquête Afrique. Ceci se vérifie tout particulièrement dans
de croissance qui, à mon sens, sont susceptibles auprès des banques africaines le cas des petites entreprises. Dans l’échantillon Taux d’acceptation PE 81,40 68,73 -1,77*
des dossiers de crédit (%)
d’avoir l’impact le plus significatif sur l’économie. En s’appuyant sur des données récentes issues de pays en développement non africains, les prêts ME 82,36 70,68 -1,28
Si la finance sociale se concentre sur les très peti- Maria Soledad d’une enquête menée auprès des banques en destinés au financement des petites entreprises re- Proportion de prêts PE 47,01 28,24 -2,36**
Martinez Peria destinés à financer
tes entreprises qui apparaissent les plus séduisan- 2007-2008, cet article évalue l’ampleur et analy- présentent en moyenne 13,1 % du total des prêts de l’investissement (%) ME 47,23 37,04 -1,27
Banque Mondiale
tes selon des critères sociaux, et, pire encore, si les se les caractéristiques des financements bancaires bancaires tandis qu’en Afrique, la proportion n’est
Maria Soledad Martinez
Proportion PE 81,71 74,40 -0,73
retours sur investissement s’avèrent faibles, cela accordés aux PME en Afrique. Il compare ensuite que de 5,4 %. De même, les banques acceptent en de prêts garantis (%)
Peria est économiste senior ME 83,29 79,33 -0,50
ne fera que conforter l’idée selon laquelle les pe- au sein du pôle Systèmes
les résultats à ceux obtenus pour les autres pays moyenne 81,4 % des demandes de prêts des pe-
tites entreprises africaines ne sont pas de bonnes en développement dans le reste du monde (voir tites entreprises dans les pays en développement Frais appliqués aux prêts PE 0,95 1,97 2,61**
Financiers et Développe- (en % du montant du prêt)
cibles pour les capitaux privés. ment du Secteur Privé du également Beck et alii, 2008). Nous analysons plus non africains contre seulement 68,7 % en Afrique. ME 0,81 1,79 2,51**
Le rôle de la finance sociale n’est pas d’appor- Groupe de Recherche sur le particulièrement les informations fournies par 16 En outre, tandis que 47 % en moyenne des prêts Taux d’intérêt pour PE 11,12 15,66 2,22**
ter des fonds subventionnés, mais de se poser Développement à la Banque banques dans 8 pays africains (Afrique du Sud, accordés aux petites entreprises servent à financer les meilleurs clients (%)
Mondiale. Ses publications ME 9,68 15,42 2,88**
en pionniers et de démontrer la viabilité de nou- portent sur les systèmes
Ethiopie, Kenya, Malawi, Sierra Leone, Swaziland, de l’investissement (par opposition au fond de rou-
Taux d’intérêt pour PE 15,43 21,45 2,63**
veaux marchés aux investisseurs privés. Les tech- bancaires et l’accès au Zambie et Zimbabwe) et par 64 banques actives lement) dans les pays en développement hors Afri- les plus mauvais clients (%)
nologies de l’information peuvent a priori permet- dans 30 pays en développement hors d’Afrique. que, ce chiffre n’atteint que 28 % dans les écono- ME 13,58 20,08 3,02***
financement dans les pays
tre d’améliorer considérablement la circulation de en développement. Elle Les banques interrogées dans le cadre de cette en- mies africaines. Il est important de noter que ces Taux de prêts PE 5,47 14,47 2,05*
poursuit actuellement des non performants
l’information relative aux performances des entre- quête comptent parmi les 5 plus importantes de différences sont statistiquement significatives. (% du total des prêts) ME 5,07 6,84 1,00
recherches sur le finance-
prises. C’est là, à mon sens, le chaînon manquant chaque pays. Les prêts bancaires octroyés aux PME sont égale-
essentiel. • ment bancaire des PME,
l’impact des transferts de
fonds des migrants, et les
Nous comparons, suivant différents critères, les
financements disponibles auprès des banques
ment plus coûteux en Afrique que dans les autres
pays en développement. Les frais appliqués à ces
PE : petites entreprises ; ME : moyennes entreprises ; *,**,*** : significatif à 10%, 5%, 1%.

conséquences de la récente pour les PME d’Afrique à ceux disponibles dans prêts – 1,97 % en moyenne du montant total du
crise financière. Avant de re- les autres pays en développement. Nous évaluons prêt pour les petites entreprises et 1,79 % pour
joindre la Banque Mondiale,
madame Martinez Peria a
dans un premier temps l’importance de ces finan- les entreprises de taille moyenne – y sont en effet 1
Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur
REFERENCES cements en examinant la part du crédit total desti- généralement deux fois plus élevés. De même, et ne sont en aucun cas imputables à la Banque Mondiale,
Bigsten, A., Collier, P., Dercon, S., Fafchamps, M., Gauthier, B., travaillé pour la Brookings
à son conseil d’administration ou à ses dirigeants.
Gunning, J.W., Oduro, A., Oostendorp, R., Patillo, Institution, la Banque née aux PME ainsi que le pourcentage de dossiers les taux d’intérêts appliqués aux PME y sont en 2
Micro, Small and Medium Enterprises Database, SFI: ,
C., Söderbom, M., Teal, F., Zeufack, A., 2003. Credit Constraints centrale d’Argentine, la de crédit soumis par des PME qui sont acceptés. moyenne de l’ordre de 5 à 6 points de pourcentage http://rru.worldbank.org/Documents/other/MSMEdatabase/
in Manufacturing Enterprises in Africa, Journal of African Réserve fédérale américaine Nous considérons ensuite la nature de ces finan- supérieurs. Les banques d’Afrique imposent, par msme_database.htm
Economies 12(1), mars, 104-25. et le FMI. Elle est titulaire
d’un doctorat en économie
cements en analysant, d’une part, le pourcenta- exemple, des taux proches en moyenne de 15,6 % 3
Les calculs effectués à partir des données issues d’enquêtes
Collier, P., Warnholz, J.L., 2009. Now’s is the Time to Invest ge de crédits destinés à financer l’investissement à leurs meilleurs clients parmi les petites entrepri- auprès des entreprises sont disponibles sur
in Africa, Harvard Business Review - Breakthrough Ideas for de l’Université de Berkeley http://www.enterprisesurveys.org.
2009, http://hbr.harvardbusiness.org/, février. et une licence de l’Université et, d’autre part, la proportion de prêts bénéficiant ses, alors que ces taux dépassent à peine les 11 %
de Stanford. d’une garantie. Puis nous nous penchons sur le dans les autres pays en développement.
coût du crédit pour les PME en étudiant les frais et Parallèlement, l’activité de crédit aux PME semble
taux d’intérêt appliqués. Nous analysons enfin le plus risquée en Afrique que dans le reste du ...

4 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 5
Crédit et secteur
le financement
Le financement bancaire des PME : Principaux motifs des PME
en Afrique
quelles spécificités africaines ? de l’engagement des banques Subsaharienne

sur les PME, par groupe de pays


privé en Afrique :
Ayant occupé
Par Maria Soledad Martinez Peria, plusieurs postes à
économiste à la Banque Mondiale responsabilité en
Percentage lien avec l’Afrique

évolution et enjeux
20% 40% 60% 80%
of banks au FMI, Emilio
Sacerdoti a une
... monde en développement. Cela pourrait expli- Perceived profitability longue expérience
quer les taux d’intérêt plus élevés observés sur le in the SME segment des différentes
problématiques
continent. En effet, la proportion de prêts non de financement L’ASS reste toujours très en retard par rapport aux autres régions
performants (PNP) sur le portefeuille de petites auxquelles en développement en termes de volume de crédit au secteur privé. Pour rattraper
entreprises atteint en moyenne 14,5%, en Afrique est confronté
Intense competition
contre 5,5% dans les autres économies en dévelop- large corporates le continent. ce retard, des progrès doivent être réalisés sur des domaines tels que la circulation
En proposant
pement. Le taux de PNP pour les moyennes entre- une approche de l’information, la pertinence de l’offre produit des banques ou la sécurisation
prises est également plus élevé en Afrique (6,8%)
Intense competition
macroéconomique,
son article permet
des crédits. Ce dernier aspect est essentiel pour l’activité de prêt aux PME,
que dans les autres pays (5,1%), mais cette diffé- for retail costumers de prendre du celles-ci n’ayant en général pas les moyens d’apporter des garanties de qualité.
rence en moyennes n’est pas statistiquement si- recul en abordant
gnificative. la question du L’application des principes de la microfinance pourrait alors permettre d’atténuer
Excessive exposure financement du
secteur privé
ce problème de sécurisation des crédits.
to large corporates
Pourquoi les banques africaines africain en général
Par Emilio Sacerdoti, conseiller au département Afrique du FMI 1
sont-elles réticentes à prêter aux PME ? et en observant
Excessive exposure les tendances sur
Comment expliquer les différences constatées en to retail costumers sector les dix dernières
matière de volume de prêts, de coûts et de risque années.

L
DevelopingNon-Africa
de crédit entre l’Afrique et le reste du monde en Possibility to seek out e retard de développement des systèmes fi- Cette situation contraste avec ce qui a été observé
développement ? Si une analyse approfondie est SMEs through nanciers d’ASS par rapport à ceux de la plu- ces dix dernières années dans le monde émergent
existing relations Developing-Africa
impossible ici, l’opinion des banques sur les fac- with large clients part des pays émergents est un phénomène où la plupart des pays qui souffraient d’une faible
teurs susceptibles de favoriser, ou de dissuader, le (e.g., reverse factoring) sur lequel la littérature économique s’accorde lar- intermédiation financière ont connu un rattrapa-
financement des PME dans différents pays appor- gement. Seuls quelques rares pays, comme l’Afri- ge très rapide. Dans les pays d’Amérique Latine et
te un éclairage intéressant (voir graphes ci-contre). que du Sud et l’île Maurice, font figure d’exception. d’Asie, tels que le Brésil, le Costa Rica, la Colom-
Dans les pays en développement hors Afrique, plus Des progrès importants ont pourtant été accom- bie, le Mexique, l’Inde et le Sri Lanka, les ratios ont
des trois-quarts des banques affirment que la ren- plis au cours des dix dernières années et ceci a progressé très rapidement pour atteindre le seuil
tabilité attendue sur le segment des PME consti- contribué à stimuler la croissance dans les pays des 40 % (en 2007) dans la majorité des cas. Les
tue un motif majeur de leur engagement auprès de Principaux obstacles perçus d’ASS. Depuis 2000, la majorité de ces pays a vu pays d’Europe centrale et orientale, où ce ratio
ces entreprises, tandis que seulement deux-tiers par les banques au financement les crédits accordés au secteur privé croître plus ra- était également faible au début de la décennie, ont
des banques en Afrique citent ce facteur parmi les pidement que le PIB. Cette tendance encouragean- connu une explosion des crédits qui ont ainsi géné-
critères décisifs. Dans le même temps, moins de
des PME, par groupe de pays te est soutenue par une inflation en baisse dans la ralement dépassé les 40 % du PIB. Ainsi, même si
40 % des banques dans les pays en développement plupart des pays africains, ainsi que par une dy- l’on observe une amélioration de l’intermédiation
Percentage 20% 40% 60% 80%
non africains considèrent l’environnement macro- of banks namique de libéralisation des taux d’intérêt et des financière en Afrique, force est de constater que
économique comme un obstacle important à leur marchés de devises qui a donné aux banques plus les avancées dans ce domaine ont été beaucoup
Macroeconomic
engagement sur les PME, alors que 60 % des ban- (economy-wide factors) de flexibilité pour mobiliser et allouer des finance- plus rapides dans le reste du monde. Ce constat est
ques d’Afrique mentionnent ce facteur parmi les ments aux emprunteurs solvables. préoccupant. Les analyses sur les moyens de déve-
freins au développement de leurs opérations sur lopper l’intermédiation financière en Afrique afin
ce segment. Ces réponses suggèrent que les res- Le retard de l’Afrique d’améliorer l’accès au crédit, notamment pour les
ponsables politiques africains ont, plus encore Regulation Malgré ces résultats pourtant encourageants, le PME, ne manquent pas. Plusieurs pistes peuvent
qu’ailleurs dans le monde en développement, un ratio crédit au secteur privé sur PIB demeure rela- être approfondies. Il peut par exemple être envi-
rôle à jouer dans la promotion du financement des Environnement tivement bas en ASS. Dans la majorité des pays, y sagé de mettre en place des systèmes plus fiables
PME. Il paraît en effet important d’adopter des juridique compris ceux ayant connu une forte croissance sur de titres fonciers et de garanties de crédit afin de
politiques macroéconomiques susceptibles de ré- et contractuel la dernière décennie (Bénin, Burkina Faso, Ethio- mieux sécuriser les créanciers, d’améliorer la cir-
duire les risques et d’accroître la rentabilité des Facteurs spécifiques pie, Ghana, Mali, Mozambique, Niger, Ougan- culation de l’information en créant des centrales
opérations du secteur privé et de l’activité de fi- aux banques da, Rwanda, Tanzanie, Zambie…), la part des cré- des risques suffisamment performantes ou de dé-
nancement des PME en Afrique. • dits octroyés par les banques au secteur privé n’a
pas dépassé 20 % du PIB en 2007 (voir le tableau
velopper le crédit bail en supprimant d’une part
les contraintes légales et judiciaires qui entravent
Nature des technologies
de financement des PME 1
Les opinions exprimées p.9). En outre, la plupart des pays qui n’appartien- la récupération des biens et d’autre part, la fisca-
dans cet article sont celles de
References l’auteur et ne sont en aucun
nent pas à cette catégorie (Botswana, Kenya, Ni- lité empêchant les bailleurs de déduire l’amortis-
Beck, T., Demirguc-Kunt, A., Martinez Peria, M.S., 2008. Bank geria, Sénégal, Swaziland et Togo) restent en géné- sement du capital ainsi que les taxes appliquées au
cas imputables au FMI, à son
Financing for SMEs around the World: Drivers, Obstacles, Concurrence sur conseil d’administration ral proches de ce ratio puisque cette part y atteint remboursement du principal par les locataires. De
Business Models and Lending Practices, Banque Mondiale, le segment des PME Developing Non-Africa ou à ses dirigeants.
Document de travail 4785.
au maximum 25 %. Seuls les Seychelles (35 %), le même, le développement de systèmes de caution-
Cap Vert et la Namibie (environ 50 %), ainsi que nement mutuel qui permettent aux PME de béné-
Developing-Africa l’île Maurice et l’Afrique du Sud (plus de 75 %) af- ficier du soutien de tiers et d’instruments suscep-
Insuffisance fichent des ratios comparables à ceux des autres tibles de stimuler l’épargne de long terme devrait
de demande adéquate
pays en développement. également être encouragé. Enfin, il est ...

6 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 7
le financement
des PME
en Afrique Crédit et secteur privé en Afrique : Crédits accordés par les banques au secteur privé par rapport au PIB (%)
Subsaharienne
évolution et enjeux
2000 2007 2000 2007 2000 2007
Par Emilio Sacerdoti, conseiller au département Afrique du FMI
Angola 1,2 7,9 Érythrée 26,5 24,6 Namibie 42,3 55,6
Bénin 10,6 17,6 Éthiopie 17,9 17,3 Niger 4,6 8,8
... également nécessaire d’accélérer les procédu- la région CEMAC, ainsi que certaines banques de Botswana 12,5 17,9 Gabon 8,3 10,2 Nigeria 109 18,3
res judiciaires de recouvrement de crédit et de tra- développement publiques locales, jouent un rôle Burkina Faso 10,9 16,8 Gambie 11,5 14,9 Rwanda 9,5 10,2
Burundi 17,2 20,1 Ghana 1,2 16,8 São Tomé & Príncipe 4,2 27,1
vailler sur les systèmes juridiques afin d’équilibrer majeur dans l’octroi de financements à long terme.
Cameroun 7,8 8,9 Guinée 3,5 6,2 Sénégal 16,5 21,8
les droits des créanciers et des débiteurs. Néanmoins, certains facteurs non économiques
Cap Vert 38,1 44,5 Guinée-Bissau 7,2 4,9 Seychelles 15,4 314
peuvent malheureusement parfois influencer l’al-
Centrafricaine, Rép. 4,3 6,4 Kenya 25,2 25,3 Sierra Leone 1,9 4,5
Des signes de progrès location de crédits par ces institutions, ce qui limi- Tchad 3,5 2,7 Lesotho 13,9 9,0 Afrique du Sud 64,5 75,3
Au cours des dix dernières années, les pays afri- te leur impact. En outre, ces grandes institutions Comores 8,4 5,7 Madagascar 8,1 9,0 Swaziland 12,0 23,1
cains ont mis en œuvre d’importantes réformes ne sont pas dimensionnées pour intervenir sur les Congo, Rép. Dém. du 0,7 2,8 Malawi 4,6 6,2 Tanzanie 3,9 12,4
visant à améliorer l’environnement juridique, ad- PME et ne peuvent, au mieux, avoir qu’un effet in- Congo, Rép. du 5,8 2,4 Mali 15,0 17,2 Togo 16,0 18,8
ministratif et judiciaire dans ces domaines. Mais direct sur leur financement par le biais des fonds Côte d’Ivoire 15,0 14,7 Maurice 56,7 76,7 Ouganda 5,5 9,6
les progrès ont été inégaux. Des centrales des ris- alloués aux grandes entreprises. Guinée Équatoriale 2,7 2,5 Mozambique 1,5 1,2 Zambie 6,7 10,0
ques ont été mises en place au Kenya, en Ouganda, Zimbabwe 14,31 157,2
au Mozambique, en Tanzanie et en Zambie, même La lenteur des réformes judiciaires Source : FMI, www.imfstatistics.org/imf/
si leur fonctionnement, tout comme l’environne- Il est sans doute juste de dire que ce sont les réfor-
ment juridique réglementant l’accès à ces infor- mes des systèmes judiciaires, telles que les réfor-
mations aux institutions non bancaires, restent mes des titres de propriété (et notamment des ti-
perfectibles. Les normes comptables se sont amé- tres fonciers) ou les réformes visant à accélérer les ment des tribunaux et de systèmes d’information. nie ou en Ouganda). Le niveau des taux d’intérêt,
liorées dans de nombreux pays, renforçant ainsi procédures de recouvrement des dettes et à faire Les pays confrontés à certaines urgences sociales ou l’importance des garanties exigées, la complexité
la transparence financière. L’exemple du système respecter les jugements prononcés, qui progres- à des besoins pressants en infrastructures de base des procédures ainsi que l’absence de besoin sont
comptable uniformisé SYSCOA, introduit en 2001 sent le plus lentement. Recouvrer des créances ou ont eu tendance à négliger cet aspect. autant de raisons expliquant la réticence des en-
dans les Etats membres de l’Union économique réaliser des garanties reste aujourd’hui encore un treprises à demander des prêts. A priori, le niveau
REFERENCES
et monétaire ouest-africaine (UEMOA), illustre processus long et ardu dans la plupart des pays, La réticence des entreprises de garanties exigé sera plus élevé dans les pays où Banque Mondiale,
bien les progrès qui ont pu être réalisés. La créa- ce qui explique pourquoi les banques demeurent à rechercher des crédits le respect des contrats n’est pas assuré ; des pro- 2004. Enhancing the
tion d’un marché obligataire régional dans les pays extrêmement sélectives dans le choix de leurs em- Les données relatives à l’accès des PME au crédit grès dans ce domaine contribueraient par consé- Competitiveness of Kenya’s
de l’UEMOA et la naissance d’un marché similaire prunteurs et exigeantes en termes de garanties. sont difficilement disponibles. Une série de rap- quent à développer le crédit. Manufacturing Sector: The
Role of the Investment
dans les pays de la Communauté économique et Ceci est encore plus vrai lorsque les clients sont ports d’évaluation du climat d’investissement (In-
Climate, Evaluation du
Emilio Sacerdoti monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont éga- des PME dans la mesure où il est sans doute plus vestment Climate Assessment, ICA) produits par Perspectives d’évolution Climat de l’Investissement,
FMI
lement aidé à mobiliser des financements à long difficile de réaliser des garanties avec ce type de la Banque Mondiale a permis de collecter ce type Dans ce contexte, les principes de la microfinance, Banque Mondiale.
Emilio Sacerdoti, diplômé terme ; les marchés obligataires se sont dévelop- contreparties qu’avec de grandes entreprises qui d’informations par le biais d’enquêtes auprès d’un selon lesquels des groupes d’emprunteurs sont co- Banque Mondiale, 2006.
de l’Université de Bocconi pés au Ghana, au Kenya, en Ouganda, en Tanza- offrent a priori des sûretés de meilleure qualité. certain nombre d’entreprises. Ces enquêtes four- responsables du remboursement des prêts de cha- Cameroon, An Assessment
en 1969, est titulaire d’un
nie et en Zambie, facilitant ainsi la levée de capi- Dans beaucoup de pays, les emprunteurs en situa- nissent des données sur la proportion d’entrepri- cun, peuvent favoriser l’accès au crédit au sein de of the Investment Climate,
doctorat de l’Université de Banque Mondiale.
Yale. Il a été successivement taux par les grandes entreprises et les institutions tion de défaut ont la possibilité d’adopter toutes ses à avoir demandé un prêt, sur le pourcentage systèmes où les contrats sont rarement respectés. Gulde, A.M., Pattillo, C.,
économiste à la Banque d’Ita- financières. Si les PME n’ont pas accès à ce type de sortes de tactiques pour entraver les procédures de de ces demandes ayant été rejetées et le motif des Le faible montant des crédits constitue la principa- Christensen, J., 2006. Sub-
lie, adjoint au représentant du marchés, elles peuvent néanmoins bénéficier de recouvrement des arriérés de paiement. De même, rejets, sur les raisons poussant certaines à ne pas le limite de la microfinance. Pourtant, dans un cer- Saharan Africa, Financial
FMI en Italie, économiste et leur développement par le biais des institutions fi- les frais de recouvrement y sont souvent élevés et solliciter de crédits, etc. Cependant, ces enquêtes tain nombre de pays comme le Sénégal et le Bénin, Sector Challenges, Fonds
économiste senior au FMI puis
nancières et des grandes entreprises qui peuvent les comptables et autres avocats spécialistes des sont trop irrégulières pour pouvoir en tirer des les principaux réseaux de microfinance sont par- Monétaire International.
chef de division et conseiller Sacerdoti, E., 2005, Access to
au sein de plusieurs départe- elles-mêmes augmenter leurs capacités de refi- questions d’insolvabilité sont rares. Compte tenu tendances générales sur les caractéristiques du venus à se refinancer auprès des banques et ont Bank Credit in Sub-Saharan
ments du Fonds. A partir de nancement. Enfin, les mécanismes de paiement se du manque de confiance vis-à-vis des mécanismes crédit en ASS. ainsi pu augmenter le montant de leurs prêts. Ces Africa. Issues and Reform
1988, Emilio Sacerdoti a dirigé sont également améliorés à travers le continent, ce de recouvrement des créances, il n’est pas surpre- Les enquêtes ICA effectuées dans des pays comme exemples suggèrent que le développement de mé- Challenges, Fonds Monétaire
plusieurs missions pour le qui a simplifié le règlement des transactions finan- nant que les banques restent très liquides et préfè- le Cameroun, le Kenya, le Mali, l’Ouganda, le canismes de cautionnement mutuel entre entre- International, Document de
FMI pour de nombreux pays
cières entre les agents économiques. rent investir dans les obligations d’Etat. L’accès du Rwanda, le Sénégal et la Tanzanie indiquent que prises constitue une alternative prometteuse pour travail WP/05/166.
d’Afrique et du Moyen-Orient,
et plus récemment pour Ma- Bien que ces progrès soient encourageants, il reste secteur privé aux crédits bancaires est, par consé- les garanties sont majoritairement constituées de développer le crédit aux PME.
dagascar, le Gabon, la Tunisie encore un long chemin à parcourir avant de voir quent, limité. Il n’existe aucune solution simple à biens immobiliers et dans une moindre mesure, En conclusion, l’amélioration de l’accès au crédit en
et le Niger. ces diverses adaptations institutionnelles se rap- ces difficultés, et les progrès resteront limités tant d’actifs personnels du propriétaire, de machines ASS demeure un processus long et difficile, mais
procher des meilleures pratiques. Les centrales des que l’amélioration des systèmes judiciaires et ad- et équipements et d’effets de commerce. Dans le les expériences traversées par d’autres régions du
risques doivent encore étendre leur couverture et ministratifs se heurtera aux intérêts particuliers cas du Kenya (ICA, 2004), les PME semblent peu monde montrent que les obstacles peuvent être
devenir plus accessibles. Les normes en matiè- de quelques uns. Le régime des titres de proprié- à même de fournir des garanties et se financent surmontés, à condition de mettre en œuvre les ré-
re d’audit ont besoin d’être renforcées et la petite té s’avère fort complexe sur la majeure partie du en conséquence plus difficilement que les grandes formes indispensables pour faire évoluer l’environ-
taille des marchés limite encore l’accès aux ressour- continent, car le principe de propriété est sou- entreprises. Les PME y sont plus nombreuses à ne nement de crédit. Il s’agit notamment d’améliorer
ces à long terme. Seuls des efforts soutenus visant vent envisagé dans sa dimension communautaire jamais avoir demandé de prêt. Il est également in- la circulation de l’information, de mettre en place
à établir des marchés régionaux, permettront d’ap- et l’émission de titres fonciers individuels peut se téressant de noter que ces enquêtes montrent que des normes comptables appropriées, de diversifier
profondir les marchés de capitaux locaux. Dans la heurter à d’anciennes traditions. la majorité des entreprises étudiées – notamment les produits de crédits, de perfectionner les méca-
mesure où les marchés obligataires sont limités, En outre, un système judiciaire efficace requiert l’al- celles de petite taille – n’a jamais demandé de prêt, nismes de recouvrement de créances et d’exercice
les banques de développement régionales telles location de ressources supplémentaires importan- même si la proportion varie d’un pays à l’autre (elle des sûretés et de renforcer les incitations au res-
que la BOAD au sein de l’UEMOA, la BDEAC dans tes en matière de formation du personnel, d’équipe- est par exemple plus faible au Kenya qu’en Tanza- pect des contrats. •
8 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 9
le financement
des PME
en Afrique
L’accès des PME au financement reste plus difficile en Afrique que dans les autres Principaux obstacles ressentis par Principaux obstacles ressentis
Subsaharienne régions du monde. S’il existe tout de même de fortes disparités entre les pays les PME africaines : variations selon par les entreprises africaines :
africains, ces contraintes de financement demeurent néanmoins le principal le niveau de revenu des pays variations selon
Données clés obstacle au développement de ces entreprises sur le continent. Ces données la taille des entreprises
chiffrées permettent de mieux cerner le contexte du financement privé en ASS.

que cet obstacle est “important” ou “très handicapant”


Pays à faible revenu
50 Pays à revenu intermédiaire ou élevé
Total

Pourcentage d’entreprises déclarant


40
Petites entreprises
30
24%
Niger 2,25 / 0,9%
L’accès au crédit dans les différents 20

Mali 2,25 / 4,1%


pays d’Afrique subsaharienne 10
22%
0 Accès au Fiscalité
financement
Électricité Incertitudes Corruption
politiques
Délits Qualifications Droit
de la du travail
51% 25%
main d'œuvre

Cap Vert 3 / 21,8%


39%
Source : Rapport sur la compétitivité en Afrique 2007 – Banque africaine de développement
Égypte 3,75 / 4,7%
Nigeria 5 / 0,1%
Burkina Faso 2,25 / 1,9%
Tchad 2,25 / 0,6%
Sénégal 2,25 / 4,4%
Position des entreprises
Guinée Bissau 2,25 / 4,4% Djibouti 1 / 0,2% Entreprises de taille moyenne
Guinée 1,875 / 0%
Centrafricaine, Rép. 2,625 / 1,2%
face au crédit en ASS
Sierra Leone 2,5 / 0%
Éthiopie 3,25 / 0,1%
Petites Entreprises de Grandes
Liberia 2,875 / 0,3%
Côte d'Ivoire 2,25 / 2,9%
Kenya 7,75 / 2,1%
Ouganda 4,375 / 0%
en %
Pas de besoin de crédit
entreprises
34,0
taille moyenne entreprises
39,8 32,5
32% 43% 22%
Ghana 4,375 / 0% Rwanda 2 / 0,3%
Togo 2,25 / 2,6% Burundi 1,625 / 0,3% Absence de financement 41,2 28,2 11,9
malgré un besoin*
Bénin 2,25 / 10,5% Tanzanie 5 / 0% Bénéficiaire 24,8 32,0 55,6
Cameroun 2,625 / 4,9% de financement 28%
Guinée Équatoriale 2,625 / 2,7%
Gabon 2,625 / 20,7%
Malawi 5 / 0%
Zambie 5,625 / 0,1%
Source : Making Finance Work for Africa, Banque Mondiale.
*comprend les entreprises qui ont sollicité un prêt et dont la demande a été rejetée
44%
et les entreprises qui n’ont pas sollicité de prêt car (i) elles ne pouvaient pas fournir
Congo, Rép. du 2,625 / 6,9% Mozambique 2,75 / 1,9% de garanties suffisantes, (ii) le processus de demande de crédit leur apparaissait
Congo, Rép. Dém. du 1,875 / 0% Zimbabwe 5 / 0% trop difficile, (iii) elles considéraient les taux d’intérêt comme trop élevés
ou (iv) elles anticipaient un refus.
Angola 4 / 2,7% Madasgascar 1,25 / 0,1%
Bostwana 5,875 / 52,9%
Namibie 6,875 / 59,6%
Swaziland 5,625 / 43,5% Grandes entreprises
Lesotho 5 / 0%
Afrique du Sud 7,875 / 64,8% 25%
Lien entre accès au financement 19%
Indice d’accès au crédit 6 > 8 et productivité pour les PME d’Afrique 33%
Indice d’accès au crédit 4 > 6
40
Pays Indice d’accès au crédit / Taux de couverture des centrales des risques (%) Indice d’accès au crédit 2 > 4

47%
Pourcentage d’entreprises productives (11-150 salariés)
Indice d’accès au crédit 0 > 2 Namibie
20
Tanzanie
Niger
Afrique du Sud
27%
L’indice d’accès au crédit (Getting Credit) Sénégal Algérie
développé par la Banque Mondiale Madagascar Zambie
permet d’évaluer dans quelle mesure Cap-Vert Malawi
Angola
l’environnement législatif Mauritanie Cameroun Swaziland Kenya
Rwanda
et réglementaire favorise l’activité
de crédit dans chaque pays.
Cet indice prend en compte l’environnement
L’accès au crédit dans les différentes régions du monde 0

Maroc Bénin Burundi Éthiopie


institutionnel relatif à la circulation Burkina Faso Ouganda Botswana
de l’information dans le secteur financier,
la législation sur les faillites
Indice d’accès Taux de couverture des –20 Guinée-Bissau
Guinée
Congo, Rép. dém.
Mauritanie

et sur l’exercice des sûretés. au crédit centrales des risques (en %) Accès au/coût du financement
Le taux de couverture des centrales Égypte Gambie Électricité
des risques (publiques et privées), OCDE 6,01 64 –40 Corruption
également élaboré par la Banque Mondiale,
mesure la proportion de la population adulte Europe de l’Est 5,74 22 –60 –50 –40 –30 –20 –10 0 10 20 30 40 50 60
Fiscalité
dont les informations sur le comportement
de crédit sont enregistrées par (au moins) Amerique Latine & Caraïbes 4,85 44 Qualification de la main-d'œuvre
une centrale des risques dans le pays. Accès au financement
Asie de l’Est & Pacifique 5,29 36
Asie Centrale et du Sud 4,03 8 Source : Making Finance Work for Africa, Banque Mondiale
Source : Rapport sur la compétitivité en Afrique 2007, Banque africaine de développement.
Afrique subsaharienne 3,46 13 Note : Les régressions prennent en compte le PIB par habitant, le nombre d’années
Source : Banque Mondiale Moyen-Orient & Afrique du Nord 3,18 9 d’existence, l’importance des exportations et l’origine du capital. Étant donné que
le graphique ne présente que des régressions partielles, il porte les valeurs attendues
compte tenu du PIB par habitant et des caractéristiques des entreprises. Celles-ci sont
considérées comme “productives” si leur valeur ajoutée par travailleur est supérieure
à la médiane régionale pour les entreprises employant entre 11 et 150 personnes.

10 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 11
Financer les PME dans
le financement
des PME
en Afrique
Le traitement des candidatures de prêt
Subsaharienne Nombre de jours
Proximité Montant minimal Frais bancaires pour traiter

un contexte de forte
Proparco est très géographique des pour un prêt à une pour un prêt à une une candidature
actif dans le soutien Région agences (note sur 5) PME (% du PIB/hab.) PME (% du PIB/hab.) de prêt d’une PME
au développement Afrique subsaharienne 2,51 760 15,77 12,04
des secteurs

asymétrie d’information
bancaires d’ASS. Amérique Latine et Caraïbes 3,82 141 1,15 10,68
Chargé d’affaires
Asie 2,45 790 2,93 23,93
au sein de la
division Banques et Europe de l'Est et Asie centrale 2,80 441 2,58 8,15
Marchés Financiers,
Julien Lefilleur La forte asymétrie d’information entre banquiers et entrepreneurs est Moyen Orient et Afrique du Nord 3,21 339 10,66 12,47
travaille depuis
plusieurs années
un obstacle important au financement des PME en ASS. Le développement OCDE 3,91 14 1,34 6,38

sur des projets de de systèmes financiers plus adaptés aux contextes locaux peut néanmoins Source : à partir des données de Banque Mondiale (2008); Calculs de l’auteur
refinancement de
banques africaines. permettre de réduire la distance entre banques et PME. En outre, la promotion
Il souligne dans cet
article l’importance
de fonds de garantie pérennes, s’appuyant par exemple sur les principes
de l’asymétrie de la microfinance, pourrait contribuer à résoudre le problème de sécurisation
d’information nanciers transmis à la banque. termédiaires financiers et PME. Une solution
comme contrainte des crédits. En réduisant les risques perçus par les banques, ces pistes peuvent Dans ce contexte de forte asymétrie d’information, consiste à encourager le développement de ban-
au financement
bancaire des
permettre d’améliorer l’accès aux financements pour les PME. la prise de garantie devrait permettre d’atténuer le ques commerciales de taille plus modeste ou de
PME et propose
Par Julien Lefilleur, chargé d’affaires à Proparco risque encouru par la banque. Néanmoins, les sû- banques rurales, idéalement à capitaux locaux,
plusieurs pistes retés réelles ont en général une très faible valeur afin de réduire la distance économique, géogra-
pour dépasser
de réalisation : les actifs corporels (hors terrains) phique et culturelle entre banques et PME (Kauf-

M
cet obstacle
et améliorer la algré leur poids dans les économies lo- métrie d’information et des difficultés de sécuri- ont une valeur marchande quasi nulle car l’étroi- fmann, 2005).
sécurisation cales et en dépit de leur rôle moteur en sation semblent pouvoir être minimisés par le dé- tesse des marchés fait qu’ils trouvent difficilement Pour les banques traditionnelles, souvent à capi-
des crédits.
termes de développement économique, veloppement de systèmes financiers plus adaptés des acheteurs tandis que les terrains (quand les ti- taux étrangers, qui souhaitent approcher les PME,
les PME ont un accès très limité au marché des fi- à l’environnement local. Cet article explore donc tres fonciers existent) ou baux (quand ils ont fait le développement d’unités de crédit aux PME ap-
nancements en ASS. D’une part, le taux de péné- plusieurs pistes pour atténuer ces risques. l’objet d’un contrat dûment enregistré) ne peuvent paraît être une solution de plus en plus répandue.
tration bancaire en ASS est très faible – le total des être généralement cédés sans l’obtention d’agré- Dans certains cas, comme au Nigéria, ces unités
prêts au secteur privé ne s’élève qu’à 18 % du PIB Asymétrie d’information ments de la part des autorités publiques, ce qui est peuvent même être communes à plusieurs ban-
en moyenne (Banque Mondiale, 2006) – ; d’autre et insuffisante sécurisation des crédits dans la plupart des cas long et difficile. ques. Pour accompagner le développement rapi-
part, ce sont principalement les grandes entre- Plusieurs éléments, spécifiques au contexte d’ASS, La présence d’un collatéral apparaît donc souvent de de ces structures en ASS, les bailleurs de fonds
prises qui bénéficient de la majorité des finan- sont à l’origine de l’asymétrie d’information entre comme une condition nécessaire à l’octroi d’un mettent en place des programmes d’assistance
cements. Selon plusieurs études (Africapractice, entrepreneurs et banquiers. Tout d’abord, la ma- prêt (Africapractice, 2005), ce qui exclut une majo- technique visant à renforcer les capacités des ban-
2005 ; FMI, 2004 ; Aryeetey, 1998 ; Banque Mon- jorité des PME évolue dans le secteur informel et rité d’entrepreneurs ne disposant pas de ressour- ques dans l’exercice du métier de crédit aux PME1.
diale, 2006), les difficultés d’accès aux finance- n’est donc pas en mesure de communiquer aux ces suffisantes. Dans tous les cas, la complexité et Spécialisées dans les PME, ces unités peuvent ré-
ments sont le premier obstacle au développement banques l’information minimum habituellement les délais des procédures d’enregistrement des sû- pondre à leurs besoins et même dans certains cas
des PME d’ASS, assez loin devant les problèmes de requise par ces dernières (coordonnées, docu- retés et des procédures de recouvrement, notam- dispenser une assistance technique aux entrepre- 1
Les banques ne sont pas le
Julien Lefilleur
Proparco corruption, de déficience des infrastructures ou de ments légaux, états financiers, …). ment par rapport aux montants mis en jeu, ainsi neurs. Une pratique également de plus en plus seul vecteur d’intervention des
fiscalité abusive. De plus, pour les PME qui évoluent dans le sec- que la faiblesse des systèmes judiciaires et l’incer- adoptée par les banques commerciales tradition- bailleurs de fonds sur les PME.
Julien Lefilleur est diplômé En effet, les institutions finan-
Ces études estiment que 80 à 90 % des PME teur formel, l’absence de normes comptables – ou titude sur l’issue des procédures de recouvrement nelles pour se rapprocher des PME, consiste à col-
de l’École centrale de Paris et cières de développement (DEG,
docteur en économie connaissent des contraintes de financement im- au contraire le niveau excessif de l’information font que la prise de garantie n’apparaît pas être un laborer avec certaines institutions ayant a priori FMO, Proparco, …) investissent
de l’Université de Paris 1 portantes. Cette situation se conçoit aisément si comptable exigée dans le cas de l’Afrique centra- bon moyen pour atténuer le risque de la banque une meilleure connaissance de ces contreparties de plus en plus dans les PME
(Panthéon-Sorbonne). l’on considère la forte réticence des banques d’ASS le et de l’Ouest par les normes OHADA – ainsi (FMI, 2006). comme les ONG, les prestataires de services non via des fonds d’investissement
Il est chargé d’affaires à Pro- spécialisés sur l’Afrique. Ils
vis-à-vis des PME qui transparaît clairement dans que l’insuffisance de cabinets comptables indé- financiers, les institutions de microfinance (IMF),
parco où il est spécialisé sur les apportent ainsi par ce biais un
marchés financiers d’Afrique
les critères d’éligibilité et d’accessibilité définis par pendants, compétents et crédibles ont un impact Réduire la distance entre banques et PME les sociétés de crédit-bail ou les fédérations de soutien, notamment au niveau
subsaharienne, et chercheur celles-là (voir tableau p.13). sur la qualité de l’information financière transmi- Cette forte asymétrie d’information, qui ne peut PME. La collaboration est bénéfique pour les deux de l’organisation et de la gou-
associé au laboratoire Déve- Plusieurs facteurs peuvent expliquer la frilosi- se aux banques (Kauffmann, 2005 ; FMI, 2006). pas être compensée par une sécurisation satisfai- parties : ces institutions ont de faibles capacités de vernance, permettant aux PME
de monter en gamme.
loppement et Mondialisation de té des banques à l’égard des PME : l’effet volume, Par ailleurs, les entrepreneurs peuvent trouver un sante des crédits, a deux implications importantes. financement faute de ressources mais une bonne
l’Université de Paris 1. qui induit des coûts unitaires élevés, le risque que intérêt à diffuser une information financière très Tout d’abord, elle augmente les coûts de transac- connaissance des petits entrepreneurs et une
représentent ces contreparties, l’insuffisance de restreinte, voire erronée, afin d’échapper à la fis- tion (évaluation et suivi du risque), ce qui entraîne grande expérience du travail de proximité, ce qui
ressources à long terme des banques, l’asymétrie calité. Enfin, il n’existe souvent aucun outil per- un problème de rendements d’échelle étant donné fait défaut aux banques qui disposent elles en re-
d’information entre entrepreneurs et banquiers mettant aux banques de connaître les comporte- les faibles montants engagés. Ensuite, elle conduit vanche de ressources.
ou encore la difficulté à sécuriser les crédits sur les ments de paiement de leurs nouveaux clients. Les à une évaluation incertaine des risques, qui se tra- Ces partenariats doivent être encouragés car ils
PME (Lefilleur, 2008). centrales des risques ou centrales des incidents de duit souvent par leur surévaluation par les ban- sont généralement fructueux. Dans la même logi-
Cet article se concentre sur ces deux dernières paiement sont soit inexistantes, soit inopérantes. ques. Cette surévaluation des risques, associée aux que, un autre moyen de réduire l’asymétrie d’in-
contraintes qui semblent avoir un effet particuliè- Dans ce contexte, la communication informelle surcoûts opérationnels qu’implique le crédit aux formation consiste à augmenter le nombre d’in-
rement dissuasif puisqu’elles conduisent les ban- entre la banque et l’entrepreneur doit permettre PME, conduit les banques à éviter ces contrepar- termédiaires entre le prêteur et l’emprunteur final.
ques à surévaluer les risques. Alors que la plupart de pallier la déficience des canaux classiques de ties ou bien à proposer des taux trop élevés. Les banques peuvent ainsi prêter à des agents re-
des autres obstacles apparaissent difficiles à mai- communication. La réputation de l’entrepreneur L’amélioration de l’accès des PME au marché des connus qui ont un meilleur accès aux PME (coopé-
triser, dans la mesure où ils sont structurels aux et sa proximité au banquier sont des éléments au financements passe ainsi inévitablement par une ratives, associations professionnelles…). Le parte-
marchés d’ASS, les risques qui découlent de l’asy- moins aussi importants que la qualité des états fi- réduction de l’asymétrie d’information entre in- nariat développé entre la Barclay’s Bank of ...

12 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 13
Quelles perspectives de
le financement
Financer les PME dans un contexte des PME
en Afrique
de forte asymétrie d’information Subsaharienne

financement pour les PME


La Banque de
Par Julien Lefilleur, chargé d’affaires à Proparco développement de
l’Afrique australe
(DBSA) est l’un des

... Ghana et les associations de “Susu collectors” commencent donc à appliquer les principes de la
plus importants
bailleurs de fonds
du secteur privé sur
le continent africain.
en Afrique ?
Bien que davantage
ghanéennes illustre par exemple ce modèle (Ban- microfinance au financement des PME en encou- spécialisée sur le Alors que les PME représentent la majorité des entreprises en ASS, elles ne
que Mondiale, 2006). rageant le développement de grappes d’entrepri- financement des contribuent que très peu au PIB. Les contraintes de financement auxquelles elles
ses liées les unes aux autres et qui alimentent un infrastructures, la
Développer des mécanismes fonds de garantie mutuelle permettant à la ban-
DBSA est également sont confrontées sont en partie responsables de cette situation. Or, les PME ont
impliquée dans le
de garantie plus performants que de couvrir ses prêts. La menace d’exclusion du soutien aux PME des impacts socio-économiques importants et il est donc nécessaire de soutenir
Une solution pour réduire l’aversion des banques réseau est alors suffisamment forte pour faciliter et a une grande
expérience des
leur développement. Pour ce faire, les banquiers et autres bailleurs de fonds
aux PME consiste également à développer des l’exécution des contrats par les emprunteurs. économies d’Afrique doivent s’appuyer sur des intermédiaires connaissant bien ce segment et accom-
mécanismes de garantie plus fiables et permet- Les interactions répétées avec l’établissement fi- australe. Son vice-
tant aux prêteurs de ne pas être dépendants des nancier, ainsi que les effets de réputation au sein président en charge pagner leurs financements d’assistance technique.
des opérations,
administrations judiciaires souvent défaillantes de la grappe, peuvent considérablement renforcer Admassu Tadesse, Par Admassu Tadesse, vice-président en charge des opérations
lorsqu’il s’agit d’actionner les sûretés classiques. la confiance entre les entreprises et les établisse- souligne dans cet à la Banque de développement de l’Afrique australe
Dans cette optique, de nombreux fonds de garan- ments financiers. Cela facilite l’accès au crédit à article l’importance

L
des PME dans le
tie “indépendants” dédiés aux PME se sont déve- des taux d’intérêt moins élevés. paysage socio- e développement des pays du Sud constitue courageant l’esprit d’entreprise et en permettant de
loppés au cours des années quatre-vingt-dix. Le fort développement de ces sociétés de garantie économique africain l’un des défis majeurs du 21ème siècle. Il ne
développer des secteurs compétitifs et intensifs en
Ces organismes ont permis de répondre à un réel mutuelle en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique et propose des
solutions pour s’agit pas seulement pour ces pays de réus-main d’œuvre qui contribuent à une croissance saine.
besoin des banques ce qui s’est traduit par un ac- du Nord et au Moyen-Orient (De Gobbi, 2003) té- améliorer leurs sir à traverser la profonde crise économique qui Elles favorisent ainsi un développement équilibré au
croissement de leurs engagements sur les PME. moigne de l’efficacité de ce type de fonds pour lut- conditions d’accès touche actuellement le monde ou de parvenir, no- sein des pays et sont efficaces pour lutter contre la
Les fonds de ce type qui ont vu le jour en ASS peu- ter contre le problème d’accès aux financements aux financements.
tamment pour l’Afrique et dans une large mesure pauvreté. Dans la plupart des cas, les PME ont un re-
vent se répartir en quatre catégories.
La première regroupe les fonds nationaux, régio-
des PME. • l’Amérique latine, à se relever des crises économi-
cours limité aux fonds propres, ce qui favorise une
ques qui se sont multipliées dans ces régions du- utilisation efficiente des capitaux – un facteur de pro-
naux ou panafricains issus de l’initiative des auto- rant les deux dernières décennies du 20ème siècle. Il
duction rare dans les pays en développement. En plus
rités publiques locales en coopération parfois avec faut également que ces pays parviennent à s’appro-de ces impacts sociaux et financiers très positifs pour
des bailleurs de fonds. Le Fonds de Garantie Mal- prier leur développement pour le rendre soutena- les économies locales, les PME s’approvisionnent gé-
gache et le Small Business Credit Guarantee en Na- ble, ce qui apparaît au moins aussi important que néralement localement, ce qui permet de minimiser
mibie (fonds nationaux) ainsi que le Fonds de Soli- de réussir à atteindre des taux de croissance éle-les transports et donc de préserver l’environnement.
darité Africain et le Fonds Africain de Garantie et vés. Dans la majeure partie du monde, le dévelop- La justification socio-économique de l’intérêt porté
de Coopération Economique (fonds panafricains) pement économique, qui s’est souvent d’ailleurs au financement, au développement et au soutien
appartiennent par exemple à cette catégorie. fait au détriment de l’environnement, n’a en effetdes PME est évidente. Tout d’abord, les profits des
La deuxième catégorie comprend les fonds créés à REFERENCES pas réussi à créer suffisamment d’emplois ou à ré-PME ne reposent pas sur l’exploitation d’économies
l’initiative des bailleurs de fonds comme le Fonds Africapractice, 2005. Access to Finance: Profiles of African SMEs, document duire les inégalités économiques, que ce soit à l’in-
d’échelle, si bien qu’elles peuvent produire en plus
de Garantie des Investissements Privés en Afri- de travail préparé pour Jetro London, disponible sur http://www. térieur des pays ou entre eux. faibles quantités afin d’alimenter les petits marchés
que de l’Ouest (Fonds GARI, géré par la BOAD), africapractice.com/uploads/JETRO.pdf. Dans un tel contexte, les PME jouent un rôle de locaux. Le secteur des PME sert ainsi d’ “incubateur”
Aryeetey, E., 1998. Informal Finance for Private Sector Development in Africa,
le fonds ARIZ (géré par l’AFD) ainsi que les fonds Banque Africaine de Développement, Economic Research Papers n° 41.

70
plus en plus important, à la fois en Afrique et dans
ou de terrain d’expérience permettant d’ouvrir la

%
de l’USAID et de la SFI par exemple. Le troisième Banque Mondiale, 2006. Making Finance Work for Africa, Banque Mondiale. le reste du monde. En ASS, le segment des PME voie vers de l’innovation et de l’entreprenariat à plus
groupe concerne les fonds mis en place par les ban- Banque Mondiale, 2008. Finance for All, Banque Mondiale. représente plus de 90 % de l’ensemble des entre- grande échelle. Leurs gammes de produits reflètent
ques commerciales des pays. Ces fonds sont plus De Gobbi, M.S., 2003. Mutual Guarantee Associations for Small prises, parmi lesquels 70 à 80 % sont des micro souvent la technologie locale et sont souvent consi-
and Micro-Entrepreneurs: Lessons Learned from Europe and Africa,
rares mais existent par exemple au Nigéria. et très petites entreprises. Elles sont la principale
dérées comme mieux adaptées aux besoins des popu-
African Development Review n° 15(1), p. 23-34.
Enfin, les fonds établis par des groupements pro- Fonds Monétaire International, 2004. Republic of Mozambique : Financial de la population rurale source d’emploi et de revenu des Africains, après lations pauvres que celles des grandes entreprises qui
fessionnels homogènes et inter-dépendants for- System Stability Assessment Including Report on the Observance of d’Afrique travaille dans l’agriculture de subsistance (voir tableau p.17). Il
utilisent des technologies étrangères.
mant des coopératives constituent une quatriè- Standards and Codes on the following topics: Banking Supervision, Payment le secteur des PME de
manière formelle ou est en outre intéressant de noter que plus de la En outre, si les PME répondent bien aux besoins lo-
me catégorie de fonds. Ce dernier type de fonds Systems, and Anti-Money Laundering and Combating the Financing of informelle moitié des PME africaines appartient à des fem- caux en proposant des produits différenciés, elles
de garantie – les sociétés de garantie mutuelle – Terrorism, IMF Country Report 04/52, FMI. mes et que près de 70 % de la nombreuse popula- offrent également des opportunités d’emploi à l’en-
Fonds Monétaire International, 2006. Central African Economic and Monetary
est encore très peu développé en ASS mais présen- Community: Financial System Stability Assessment, including Reports on tion rurale d’Afrique travaille dans le secteur des
semble de la population du fait qu’elles se répartis-
te un intérêt particulier du fait qu’il s’appuie sur the Observance of Standards and Codes on the following topics: Monetary PME de manière formelle ou informelle. Malgré sent équitablement sur la totalité du territoire na-
un principe qui a fait ses preuves : les promoteurs and Financial Policy Transparency, and Banking Supervision, IMF Country cela, la contribution des PME au PIB est estimée tional. Les PME sont aussi généralement détenues
sont également les clients (De Gobbi, 2003). Report 06/321, FMI.
à moins de 20% dans la plupart des pays africains,et contrôlées par des intérêts locaux et peuvent
De ce fait, ces sociétés de garantie mutuelle repo- Kauffmann, C., 2005. Le financement des PME en Afrique, OCDE, Repères n°7. alors qu’elle peut atteindre jusqu’à 60 % dans lesainsi renforcer les liens au sein de familles élargies
Lefilleur, J., 2008. Comment améliorer l’accès au financement pour les PME
sent sur l’inter-dépendance des différents mem- d’Afrique subsaharienne ?, Afrique contemporaine 227, 153-74. pays à haut revenu. ou d’autres systèmes sociaux, ainsi que les traditions
bres, ce qui induit la solidarité entre ces mem- culturelles.
bres, à l’instar des IMF, des tontines en Afrique Pourquoi soutenir les PME ? Pour ce qui est de leur impact sur l’ensemble de l’éco-
de l’Ouest ou des stokvels en Afrique australe. De- Il est aujourd’hui largement reconnu que les PME nomie, Brusco (1992) considère que : “A priori, les
vant le succès des IMF, certaines banques d’ASS jouent un rôle important dans une économie en en- petites entreprises résistent mieux aux récessions ...

14 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 15
le financement
Quelles perspectives de financement
des PME
en Afrique pour les PME en Afrique ?
Subsaharienne

Par Admassu Tadesse, vice-président en charge des opérations


Part des PME
à la Banque de développement de l’Afrique australe dans l’emploi en Afrique
Afrique du Sud 21 %
Burundi 20 %
Cameroun 19 %
Côte d'Ivoire 33 %
... et garantissent une meilleure stabilité des emplois grandes entreprises et sur les obligations d’Etat. Kenya 38 % nancement à long terme des PME. Cependant, la
que les grandes entreprises ; leurs implantations et Le financement des PME est freiné par le man- qualité d’un fonds dédié aux PME ne dépend pas
Malawi 39 %
leurs activités sont diversifiées, elles consomment que de connaissance du secteur, l’importance des uniquement de sa capacité à attirer des investis-
Tanzanie 32 % seurs mais dépend également de sa connaissance
une grande variété de ressources et de types de ma- coûts de transaction, l’insuffisance des capacités
Zambie 37 % du secteur, de la qualité du suivi de ses clients et de
tières premières et leurs propriétaires, ne serait-ce en ressources humaines des institutions finan-
que par absence d’alternative, auront tendance à cières, l’absence de culture du crédit chez certai- Zimbabwe 15 % son aptitude à proposer à la fois des financements
chercher à faire vivre l’entreprise en maintenant un nes PME, ainsi que par le sous-développement des Source: Ayyagari et alii, 2007 et du conseil. REmerciements
minimum d’activité et d’emploi dans des circonstan- outils de gestion du risque adaptés à l’activité de Un rapport publié en 2007 par le Consortium pour Les recherches nécessaires
ces où les investisseurs étrangers auraient cessé de crédit aux PME. Ceci conduit donc les banques à la Recherche Economique en Afrique a examiné la à la rédaction de
produire.” préférer prêter aux grandes entreprises ou investir question du rôle que pourrait jouer le secteur pu- cet article ont été effectuées
Le fait que la grande majorité des habitants d’ASS vit dans les obligations d’Etat. Les marchés des PME rence et de professionnalisme des PME comme un blic dans le financement du développement des par Samson Muradzikwa,
Économiste principal à la
dans des zones rurales et dépend de l’agriculture ou en ASS ne sont pas seulement petits et fragmen- frein à leurs engagements. PME. Ce rapport reflétait la complexité du pro- Division internationale de
d’activités économiques informelles explique l’im- tés, ils sont également pénalisés par un manque Du point de vue d’une institution financière de dé- blème en indiquant que les initiatives publiques la Banque de développement
portance du secteur des PME pour le continent. La d’information. veloppement, l’expérience acquise en matière de visant à soutenir le financement des petites en- de l’Afrique australe.
Admassu Tadesse treprises sont justifiées dès lors que les imperfec- Je lui suis extrêmement
Banque de développement plupart des agents économiques produisent en effet L’insuffisance de financement des PME peut en soutien au financement des PME a permis de tirer
de l’Afrique australe à petite échelle, même s’ils sont nombreux à vendre grande partie s’expliquer par trois facteurs. Le pre- quelques leçons utiles. En premier lieu, il est très tions du marché limitent l’accès aux financements reconnaissant de
sa précieuse contribution.
leur marchandise par le biais de coopératives ou d’as- mier est l’insuffisance de garanties ou d’autres mé- important d’identifier des intermédiaires appro- et sont un obstacle à la libre-concurrence. Le rap-
Admassu Tadesse est
sociations de distribution. canismes de prévention des risques chez les PME priés, c’est-à-dire des partenaires suffisamment port met cependant en garde sur le fait que dans
vice-président en charge des
opérations de la Banque de qui les empêche ainsi d’accéder aux crédits dispo- engagés et ayant accès aux PME. Ensuite, il est né- un marché qui ne comporte pas ce type de lacu-
développement de l’Afrique Financer les PME en ASS nibles à des prix compétitifs. Le deuxième concer- cessaire d’apporter un soutien aux PME au-delà nes, un engagement direct du secteur public pour-
australe (DBSA), dont le siège L’accessibilité et le coût du financement sont des ne les capacités de gestion et d’absorption des des financements. Ces appuis non financiers doi- rait créer certaines distorsions si des entreprises
est à Johannesburg. Il travaille non viables étaient subventionnées. Il souligne, à
depuis plus de 15 ans sur l’en-
préoccupations majeures pour le développement ressources des PME africaines qui s’avèrent insuf- vent être bien ciblés: conseils pertinents et adap-
en Afrique. Il ressort d’enquêtes récentes sur le cli- fisantes pour permettre une utilisation efficiente tés au secteur d’activité de l’entreprise, outils de juste titre, que le secteur public ne devrait octroyer
semble du continent africain
et en particulier en Afrique mat d’investissement menées auprès d’entrepre- des financements proposés. Le troisième facteur gestion financière et services commerciaux à des des financements subventionnés que si les besoins
australe. Admassu Tadesse est neurs que ces facteurs sont les principaux freins provient de certaines caractéristiques exogènes prix abordables, développement de réseaux de de financement sont avérés et, plus important en-
membre de plusieurs conseils à la croissance du secteur privé et qu’ils sont plus des PME qui peuvent se révéler discriminantes distribution (en particulier, mise en relation avec core, si les entreprises peuvent démontrer qu’elles
d’administration, notamment
celui de SADC DFRC, de
contraignants en Afrique que dans le reste du pour les prêteurs. Parmi celles-ci, le sexe de leurs des grandes entreprises ou des marchés à l’expor- sont éligibles et méritent ce type de fonds. •
Proparco, du fonds FISEA de monde en développement. propriétaires (les PME détenues par des femmes tation), formations sur le terrain, etc. Ce soutien
l’AFD, de l’initiative EPA du Les systèmes financiers de la plupart des écono- sont généralement désavantagées), l’âge de l’en- supplémentaire est indispensable pour renforcer
Forum économique mondial mies africaines se caractérisent par des niveaux treprise (les jeunes PME reçoivent peu ou pas de les capacités de gestion des entreprises ainsi que
et de GAIN Africa - une initia- d’intermédiation très bas et des marchés de capi- financements), son lieu d’implantation (les entre- leur accès aux marchés.
tive conjointe de la Fondation
taux peu développés et incapables d’apporter au prises rurales, par exemple, n’ont qu’un accès li- References
Bill-et-Melinda-Gates, de la Alabaladejo, M.J., 1998. Clustering and local institutions:
Banque Mondiale et de l’ONU. secteur privé les ressources financières et autres mité aux financements) et l’absence de liens poli- Perspectives d’évolution
Implications for the sustainable growth of SMEs. Non paru, mémoire de thèse,
Il est économiste, banquier services dont il a besoin. Les PME apparaissent tiques (parrainage) apparaissent comme les plus Malgré leur contribution essentielle au PIB et à Brighton, Institute of Development Studies, University of Sussex.
et expert dans le financement d’autant moins bien desservies par ces circuits de importantes. l’emploi, les PME d’ASS demeurent confrontées à African Economic Research Consortium, 2007. Private Sector Development in Africa,
du développement financement formels qu’elles sont petites, man- La situation est encore plus compliquée lorsqu’il d’innombrables difficultés qui limitent leur crois- Vol 4, AERC, Nairobi, Kenya.
à l’international. sance et leur développement au-delà de la simple Ayyagari, M., Beck, T., Demirguc-Kunt, A., 2007. Small and Medium Enterprises
quent de relations et sont dans l’impossibilité d’of- s’agit de se financer en fonds propres, ces derniers
subsistance. L’accès au financement et son coût Across the Globe, Small Business Economics 29(4), décembre, 415-34.
frir des garanties suffisantes. étant encore plus difficiles à attirer que les prêts. Banque Mondiale, 2007. Rapport sur le développement dans le monde, Banque Mondiale.
Ceci se reflète en partie dans le ratio masse moné- L’ASS est une des rares régions du monde délais- font partie des principales contraintes majeures. Banque Mondiale, 2006. Making Finance Work for Africa, Banque Mondiale.
taire (M3) sur PIB qui s’établit en moyenne à 32 % sée par les fonds de capital risque et autres fonds En dépit des progrès majeurs qui ont récemment Brusco, S., 1992. Small firms and the provision of real services, dans Pyke,
en Afrique, contre 49 % pour la région Asie de l’Est d’investissement dédiés aux PME. La plupart des été accomplis par le secteur financier africain, il F. et Sengenberger, W. (éd.) Industrial districts and local economic regeneration,
et Pacifique et 100 % pour les pays à haut revenu. fonds de capital risque présents sur le continent reste beaucoup à faire, en particulier sur le seg- International Institute for Labour Studies, BIT, Genève.
ment des PME qui joue un rôle moteur sur la qua- Consultative Group to Assist the Poor (cgap) : www.cgap.org
De même, le ratio crédit au secteur privé sur PIB semblent en réalité davantage s’apparenter à des Equinox Management Consultants, 2002. Gaps in SME Financing: An Analytical Framework,
n’atteint que 18 % en moyenne en Afrique – par fonds d’investissement classiques. Les faiblesses lité du développement socio-économique. Document de recherche préparé pour le Small Business Policy Branch of Industry (Canada)
rapport à 30 % en Asie du Sud et 107 % dans les et confusions institutionnelles constatées dans Les fonds de dette destinés aux PME, les fonds de dans le cadre de la Small and Medium-sized Enterprise Financing Data Initiative.
pays à haut revenu – et seulement 11 % dans les bon nombre des pays de la région n’aident en rien capital-risque et les fonds d’investissement spé- Meagher, K., 2008. A back door to globalization?
pays d’Afrique à bas revenu, ce qui est peu par rap- à stimuler le goût du risque indispensable pour in- cialisés, peuvent s’avérer de bons intermédiaires Structural Adjustment, Globalization & Transborder trade in West Africa,
pour les bailleurs de fonds et autres investisseurs Review of African Political Economy 30(95) Mars 2008.
port aux 21 % atteints par les pays non africains vestir dans les PME. Le caractère informel et fami- Tax, S., 1953. Penny Capitalism: A Guatemalan Indian Economy, Smithsonian Institution,
appartenant à la même tranche de revenu. lial de la plupart des PME africaines constitue un non spécialistes souhaitant intervenir sur le seg- Institute of Social Anthropology.
Les intermédiaires financiers en Afrique se autre obstacle. Nombreux sont les investisseurs ment des PME. Le développement de ces inter- Tonnies, F., 1988 (original 1887). Gemeinschaft Und Gesselschaft (Communauté et Société),
concentrent généralement sur une poignée de potentiels qui considèrent le manque de transpa- médiaires peut ainsi permettre d’améliorer le fi- Michigan State University Press

16 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 17
Les difficultés de
le financement
des PME
en Afrique té des processus de production et de commercialisa- cialisés sur les PME, d’un manque de procédures bien
Subsaharienne tion. Le contrôle, tant au niveau interne qu’au niveau adaptées à la modestie des informations financiè-
des auditeurs, est relégué au second plan. Cela em- res et des quelques indicateurs de suivi disponibles,

financement des PME en


Présent dans 12
pays, le groupe Bank pêche la détection rapide des faiblesses de la société, d’une faible capacité d’innovation en ce qui concerne
of Africa (BOA) est facilite les éventuelles velléités de non transparence les garanties acceptables et de l’inexistence de forma-
l’un des deux plus

Afrique : à qui la faute ?


de certains promoteurs et amenuise la sérénité des tions spécifiques au financement des PME pour les
importants groupes
bancaires à capitaux banquiers face aux PME. Enfin, le manque de vision analystes de crédit et les chargés de clientèle. Ces fac-
locaux d’ASS. Avec du futur de l’entreprise constitue le troisième princi- teurs sont autant de handicaps pour que les banques
une stratégie pal obstacle. Trop de sociétés naissantes sont issues accroissent leur intérêt pour les PME. Enfin, la troi-
orientée vers les
PME, il apparaît L’insuffisance de financement des PME en ASS relève autant de la responsabilité d’une initiative plutôt impulsive de l’entrepreneur, sième insuffisance des banques est liée à l’environne-
aujourd’hui comme des entreprises que de celle des banques. Si les premières présentent des lacunes sans analyse approfondie du marché et de la concur- ment institutionnel dont les déficiences pénalisent
un des acteurs les rence. Ceci entraîne fréquemment des désillusions l’action de ces dernières. En effet, malgré les réels
plus exposés sur importantes par rapport aux exigences du secteur bancaire, les secondes sur le chiffre d’affaires, et, en conséquence, sur les ca-progrès apportés par l’Organisation pour l’Harmo-
ce segment de
l’économie africaine. pourraient déployer plus de moyens pour pénétrer le segment des PME. pacités de remboursement des concours bancaires. nisation du Droit des Affaires en Afrique (OHADA),
Tirant profit de
l’expérience du
L’expérience du groupe BOA montre en effet que cette clientèle peut représenter Trop d’entreprises nouvelles surdimensionnent leurs certaines faiblesses persistantes du cadre juridique
groupe BOA, son un débouché rentable pour les banques. investissements au démarrage, au lieu de concevoir (par rapport à la réalisation des garanties par exem-
co-fondateur et PDG, leur projet par étapes, compromettant ainsi presque ple) et les carences graves et généralisées des appa-
Paul Derreumaux, Par Paul Derreumaux, Président Directeur Général du groupe Bank of Africa à coup sûr leur rentabilité. Trop de PME en dévelop- reils judiciaires rendent très difficile la récupération
analyse dans
pement analysent de façon très approximative leur des crédits défaillants. Ces difficultés, amenuisent

L
cet article les
relations entre ’histoire des rapports entre banques et PME tion concerne ainsi la plus grande partie de l’appareil potentiel et leur rythme de croissance et handica- encore l’attrait des concours aux PME et poussent en
banques et PME ressemble fort à celle des vieux couples qui économique des pays subsahariens - filiales de gran- pent donc leur futur, même si elles avaient été exem- même temps les banques à durcir leurs conditions.
sur le continent.
Conscient des freins se font des reproches incessants mais doi- des sociétés internationales et sociétés d’Etat mises plaires dans une première phase de leur existence. De même, la multiplicité, la complexité et le caractère
qui nuisent à leur vent pourtant vivre ensemble. Cette situation est à part - ce qui explique l’étendue des difficultés ren- parfois peu orthodoxe des pressions de l’administra-
collaboration, il sans doute encore plus vraie en ASS où les systè- contrées à la fois par les banques et les PME pour tra- Une insuffisance de moyens dédiés tion - police économique, fisc, sécurité sociale - fragi-
décrit les solutions
qui peuvent être mes financiers sont jusqu’ici totalement domi- vailler ensemble et leur insatisfaction mutuelle per- aux PME au sein des banques lisent encore davantage les PME prêtes à intégrer le
envisagées et mises nés par les banques, ce qui laisse aux PME peu de manente. Face à cette quadrature du cercle, quelles Du côté des banques, il faut reconnaître également secteur formel sous la pression des banques.
en œuvre. marge de manœuvre dans la recherche de finance- sont les principales responsabilités qui pourraient au moins trois insuffisances notables. La première
ments alternatifs aux concours bancaires. Comme être honnêtement imputées à chacun des deux “par- est la faiblesse du suivi des concours mis en place. La Des solutions chez Bank of Africa
souvent dans ces cas, les torts sont en réalité par- tenaires” obligés ? fragilité - normale - des PME en termes d’organisa- Sous l’effet conjugué de ces divers facteurs, les PME
tagés et chacun des deux acteurs présente de réel- tion et de projection dans le futur devrait contrain- ne trouvent donc effectivement pas auprès des ban-
les faiblesses par rapport aux exigences que l’autre Un manque de structuration des entreprises dre les banquiers à surveiller de près le fonctionne- ques l’appui qu’elles recherchent. Néanmoins, de leur
formule au regard de ses besoins et de ses habi- Du côté des entreprises, trois aspects constituent ment quotidien de l’entreprise, la pertinence de ses coté, les banques qui osent se tourner activement
tudes. De profonds changements sont cependant une préoccupation prédominante pour les banques. investissements et les difficultés qu’elle rencontre. vers les PME subissent des taux d’impayés élevés et
à l’œuvre de part et d’autre, ce qui augure d’une La faiblesse généralisée des fonds propres des PME Les PME étant naturellement peu enclines à donner des pertes d’exploitation significatives qui les rému-
amélioration de la situation à moyen terme. apparaît comme le premier d’entre eux. Cette fai- une vraie place de conseiller à leurs banquiers, ceux- nèrent mal de leurs efforts. Diverses solutions, sus- Paul Derreumaux
PDG de Bank of Africa
Sous l’influence de leur actionnariat, de leurs mé- blesse s’explique à la fois par les réticences des pro- ci devraient prendre systématiquement l’initiative. ceptibles d’améliorer en profondeur les relations ban-
thodes de travail et de leurs règles de gestion, autant moteurs à rechercher d’autres actionnaires, la rare- Or, ce rôle demeure mal assumé. La récente intensi- ques-PME, sont pourtant peu à peu mises en place. Diplômé de l’Institut d’études
politiques de Paris (Science
que sous l’effet de réglementations de plus en plus té des trésoreries disponibles, les sous-évaluations fication des exigences de suivi des principales clien- L’expérience du groupe Bank of Africa permet d’en
Po) ainsi qu’en sciences
contraignantes, les banques sont à l’aise avec des fréquentes des coûts de fonctionnement et d’inves- tèles traditionnelles (grandes entreprises et particu- citer quatre exemples. économiques, Paul Derreu-
états financiers fiables et validés par des commissai- tissement dans les budgets, ainsi que la sous-esti- liers) imposées par les réglementations, le manque de Le premier, et sans doute le plus décisif, est le par- maux commence sa carrière
res aux comptes. Elles souhaitent en outre trouver mation du capital nécessaire pour réaliser le chiffre temps face aux nombreux dossiers de PME souvent tage des risques avec d’autres institutions. Outre à l’Université de Lille, avant
chez leurs clients des structures bien organisées et d’affaires envisagé. En conséquence, le poids des em- tous différents les unes des autres ainsi que la faible son intérêt direct pour les banques, qui minimisent de rejoindre la Côte d’Ivoire
où il sera pendant trois ans
encadrées, requièrent en permanence des entrepri- prunts dans les plans de financement apparaît sou- rentabilité de telles actions d’encadrement par rap- ainsi les pertes potentielles, ce partage favorise aussi
conseiller au Ministère du
ses qu’elles exposent une vision claire et précise de vent trop important, ce qui d’une part conduit les port à d’autres activités sont autant de facteurs qui la prise de conscience par d’autres bailleurs de fonds Plan, puis conseiller au Cabi-
leur avenir et demandent que celles-ci disposent de banques à durcir une position déjà naturellement peuvent expliquer l’insuffisance de suivi de la part du caractère essentiel de ce public mais aussi des dif- net du Ministre de l’Économie,
fonds propres substantiels capables de faire face aux réservée ou à multiplier les demandes de garanties, des banques. Cela peut créer un cercle vicieux dans la ficultés inhérentes à la satisfaction de ses besoins. des Finances et du Plan. À
imprévus. Enfin, les banques espèrent toujours ap- et d’autre part, freine les entreprises dans l’atteinte mesure où cette insuffisance de suivi est précisément Deux principales approches sont envisageables et partir de 1982, il développe
progressivement le réseau de
puyer leurs concours sur des garanties solides leur de l’équilibre financier, les faisant ainsi redoubler de à l’origine de la dégradation de nombreux dossiers, ce sont testées par le réseau BOA. L’une, globale, consis-
la BOA, d’abord au Mali, puis
permettant de satisfaire les exigences de leurs auto- fragilité. Le deuxième obstacle important rencontré qui renforce alors l’aversion des banques aux PME. te à utiliser des lignes de garantie de portefeuille, ac- au Bénin. Il est aujourd’hui
rités de tutelle. par les banques est l’insuffisance d’organisation des La deuxième insuffisance des banques, partiellement cordées pour un montant donné et pouvant être af- le Président du groupe Bank
Ces nombreuses caractéristiques sont très difficiles PME, notamment en ce qui concerne les ressources responsable de la précédente, est la pénurie au sein fectées à un portefeuille de PME librement choisi par of Africa, qui compte environ
à réunir par la clientèle des PME en ASS, quels que humaines, la comptabilité, la gestion administrative des équipes bancaires de cadres de référence spécifi- la banque. La Société Financière Internationale (SFI) 170 sites d’exploitation sur
12 pays.
soient les secteurs d’activité et les pays que l’on consi- et les fonctions de contrôle. Le chef d’entreprise, y ques ayant une expérience approfondie de la gestion a ainsi accordé une telle ligne de garantie, couvrant
dère. L’expérience montre en effet que pratiquement compris pour des PME de grande taille, est souvent des dossiers de financement des PME. La diversité 50 % des risques pris par la banque, à la Boa mali
toutes les sociétés privées à capitaux locaux, y com- le seul décideur de la société. La formalisation mo- des PME, que ce soit en termes de taille, de secteurs, pour 1,5 milliard de FCFA. Elle devrait mettre en
pris celles de grande taille, existant déjà de longue deste, voire parfois balbutiante, favorise les erreurs, de caractéristiques ou d’appuis requis, est bien sûr à place sous peu un dispositif identique pour les quatre
date, affichant un chiffre d’affaires régulier et béné- les fraudes et nuit à la régularité des processus, ce qui l’origine de cette situation. Elle explique les difficul- BOA d’Afrique de l’Est pour un montant total de 10
ficiant d’une bonne rentabilité, sont dans l’incapaci- peut particulièrement pénaliser les entreprises du tés rencontrées pour mettre au point des solutions. millions de dollars US. L’autre approche s’appuie sur
té de présenter l’ensemble des attributs qui leur per- secteur manufacturier, notamment celles destinées Les efforts d’amélioration restent cependant insuf- des garanties individuelles. Les dossiers sont alors
mettraient de respecter les critères classiquement à l’exportation. L’action est trop rarement précédée fisants. Les banques continuent dans la plupart des soumis par les banques à des fonds de garantie ...
requis par les banques. L’insuffisance de structura- d’une réflexion qui permettrait de garantir la stabili- cas de souffrir d’une pénurie de départements spé- ... qui les étudient au cas par cas. Ces fonds se sont

18 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 19
L’investissement
le financement
Les difficultés de financement des PME
en Afrique
des PME en Afrique : à qui la faute ? Subsaharienne

en capital dans les PME


Investisseur et
Par Paul Derreumaux, Président Directeur Général du groupe Bank of Africa Partenaire pour le
Développement (I&P)
est une société de

multipliés au fil des ans : FAGACE, FSA, GARI en qu’ils sont souvent étrangers à la culture des PME et,
financement privée.
Sa vocation est
d’accompagner sur
le plan financier
d’Afrique subsaharienne
et managérial des
Afrique de l’Ouest ou ARIZ1 (créé par l’AFD) sur l’en- d’autre part, aux dispositions réglementaires généra- institutions de Augmenter les volumes de financement offerts ne suffit pas à améliorer
semble du continent en sont quelques exemples. L’ef- lement peu favorables à ces instruments spécialisés. microfinance et des le financement des PME. Ces dernières ont besoin de mise à niveau pour
ficacité de ces mécanismes est cependant très liée à la L’effort pour promouvoir leur généralisation doit ce- PME en Afrique. Les
qualité, encore souvent médiocre, de l’équilibre entre pendant être poursuivi. Les trois sociétés de crédit-
interventions d’I&P satisfaire les critères d’éligibilité des banquiers et autres investisseurs.
se font sous forme
rigueur de gestion de ces fonds et souplesse de mise bail du réseau BOA ont en effet montré leur viabilité de participation Étant donné les difficultés rencontrées par les promoteurs, il est nécessaire
en jeu des garanties. et leur utilité depuis plus de 10 ans. en capital et
éventuellement
de proposer, sous certaines conditions, non seulement des fonds propres
La création de départements spécialisés au sein des La quatrième voie est encore insuffisamment ex- de prêts. Son et des prêts, mais aussi une assistance technique.
banques constitue un deuxième exemple de solution ploitée et s’inscrit davantage dans le futur. Elle vise président Patrice
1
Fonds africain de garantie
envisageable pour rapprocher les banques des PME. à compléter et renouveler la panoplie des garanties et de coopération économique
Hoppenot présente Par Patrice Hoppenot, président co-fondateur d’I&P
dans cet article les
L’expérience tentée en la matière à la Boa Mali, lors capables de mieux sécuriser les dossiers des PME. A (FAGACE), Fonds de solidarité

L
principaux obstacles
de l’opération menée avec la SFI, montre l’apport réel côté des garanties immobilières, souvent peu appro- africain (FSA), Fonds de garan- auxquels peut être e thème du financement des PME en ASS gation comptable constitue toutefois un progrès
d’une telle spécialisation. Encadrée par un assistant priées, de nouvelles pistes sont à explorer. La cau- tie des investissements privés confronté un fonds fait l’objet de conférences récurrentes et de important mais bien souvent mal compris. Ces rai-
en Afrique de l’Ouest (GARI), d’investissement
technique étranger spécialiste de ce segment, une tion conjointe apportée par des personnes connues Assurance pour le risque des souhaitant investir recherches de solutions nouvelles, tant il sons poussent la majorité des PME à rester dans
équipe de deux personnes est entièrement dédiée de la banque, la création – évoquée depuis longtemps investissements (ARIZ). dans les PME en est jugé important par l’ensemble des acteurs du le secteur informel où elles ne peuvent avoir accès
aux PME. Des critères d’analyse des dossiers et de mais jamais mise en œuvre – de sociétés de caution ASS, et décrit les développement. En effet, les PME sont créatrices qu’à la finance informelle, ou aux financements li-
solutions apportées
suivi des financements, spécifiquement adaptés au mutuelle à base sectorielle ou géographique, ou en- par I&P. d’emplois formels, elles stimulent l’esprit d’entre- mités des institutions de micro-finance. Pourtant,
cas des PME, ont été définis. Ces critères prennent core le partenariat de PME avec des grandes entre- prise, et permettent de créer un tissu industriel en contrepartie d’un cadre comptable et juridique
davantage en compte l’activité des entreprises et les prises à travers des contrats de sous-traitance (don- capable de s’adapter aux besoins des grandes en- formel, la PME peut plus facilement emprunter
revenus attendus que les garanties offertes par les nant ainsi de fortes assurances de niveau d’activité) treprises africaines qui, faute de fournisseurs lo- aux banques et contracter avec des clients impor-
promoteurs. Les efforts ainsi entrepris témoignent apparaissent par exemple comme des solutions réali- caux sont condamnées à s’approvisionner hors tants ou de même nature. Elle peut alors financer
clairement de la volonté de la banque de servir les sables et prometteuses. d’Afrique pour de nombreux produits ou services. sa croissance. Malheureusement, l’accession au
PME et permettent à ces dernières de bénéficier d’in- Dans cette mutation en cours, le renforcement de la Les PME devraient être capables de stimuler le secteur formel ne concerne qu’une minorité d’en-
terlocuteurs bien identifiés et parlant mieux leur lan- concurrence entre banques d’ASS jouera un rôle mo- développement économique en ASS. Malheureu- trepreneurs.
gage. Les résultats obtenus sont à ce jour probants et teur. Elle permettra d’intensifier et d’accélérer les ac- sement, beaucoup de pays africains souffrent du
la même organisation est envisagée à terme rappro- tions de toutes les institutions bancaires pour pren- Patrice Hoppenot sous-développement de leur réseau de PME. Si les Un besoin de mise à niveau des PME
ché dans d’autres structures du groupe. dre une position forte dans ce secteur majeur des Investisseur et Partenaire difficultés de financement sont un obstacle certain L’accession à l’économie formelle ne résout évi-
La diversification des outils de financement propo- PME. Le rôle des Etats sera aussi essentiel. La créa- pour le Développement au développement d’un tissu de PME, celui-ci ne demment pas le problème de l’accès au finance-
sés aux PME apparaît comme une troisième voie à tion d’un cadre légal, juridique et fiscal plus précis, Patrice Hoppenot, diplômé peut malheureusement pas être surmonté par la ment des PME. La création, la gestion et la viabi-
explorer pour améliorer les relations banques-PME. plus contraignant et résolument tourné vers le dé- de l’Ecole des Mines de Paris seule augmentation des volumes de financement lisation d’une PME par un promoteur demandent
Le crédit bail, l’affacturage sont à inclure dans l’éven- veloppement, sera déterminant pour une meilleure et du MBA de l’Université de offerts. Il est nécessaire d’aborder le sujet du fi- de l’ambition, un projet solide, une stratégie claire,
tail des instruments utilisables. Le développement de
ces produits se heurte néanmoins d’une part au fait
coopération entre les deux “sœurs ennemies”. • Chicago, a d’abord mené une
carrière dans l’industrie. En
nancement des PME avec une approche globale,
en tenant notamment compte du besoin de sou-
des moyens financiers (dont une part substantiel-
le en fonds propres) suffisants pour faire face aux
1988, il crée le fonds Européen
BC Partners qui est devenu tien technique de ces entreprises. Il s’agit en effet besoins, ainsi qu’une réelle compétence en matiè-
l’un des premiers investisseurs de permettre aux PME de se mettre aux normes re de gestion. Ayant en général peu de moyens fi-
financiers indépendants en nécessaires pour pouvoir accéder aux crédits ban- nanciers à sa disposition, le promoteur a tendance
Europe spécialisés dans les
opérations de LBO. Il crée
caires et aux apports de capitaux d’investisseurs à sous-estimer ses besoins et nombreux sont les
ensuite, en 2001, Investis- professionnels. projets qui n’aboutissent pas. C’est donc un exerci-
L’accès au crédit par région du monde seur et Partenaire pour le ce risqué, que peu d’investisseurs ou de banquiers
Enregistrer une Protection de Respect
Développement (I&P), une L’accession à l’économie formelle acceptent de financer à moins que le promoteur
Région du monde Obtenir un crédit propriété investisseurs des contrats société d’investissement comme une étape nécessaire ne contrôle une fortune importante ou ne dispose
dédiée à la promotion des
Afrique subsaharienne 114 127 113 122 entrepreneurs en Afrique. I&P
Tout d’abord, l’accession de la PME au secteur for- de garanties suffisantes. Seules les PME installées
Amérique latine et Caraïbes 64 93 83 108 investit dans les PME et les mel apparaît comme une étape préalable à leur fi- sur leur marché et performantes, dirigées par des
institutions de microfinance et nancement. Or, les PME formelles en ASS relèvent équipes professionnelles, peuvent prétendre lever
Asie centrale 107 73 111 70
est aujourd’hui présente dans presque de l’exception, ce qui est compréhensible des fonds, qu’il s’agisse d’emprunts ou de fonds
Asie de l’Est et Pacifique 65 70 61 71 plus de dix pays d’Afrique. Pa- dans la mesure où elles sont soumises à une fisca- propres. Le problème du financement des PME ...
77 89 74 121 trice Hoppenot est également
Asie du Sud lité et à des charges lourdes : impôt sur les béné-
administrateur de plusieurs
Europe centrale et orientale 42 67 70 54 sociétés cotées à la Bourse fices, TVA, charges sociales, comptabilité formelle
Moyen-Orient et Afrique du Nord 113 77 93 113 de Paris. avec commissaires aux comptes, .... De plus, elles
37 53 61 36
sont la cible préférée des contrôleurs fiscaux dont
OCDE
les méthodes, bien souvent, ne relèvent pas de la
Classement moyen, pour chaque région, d’un pays représentatif de la région. Le classement moyen est obtenu en faisant
la moyenne des classements des pays sur l’ensemble de la région considérée (le pays le plus performant étant classé n°1). pure déontologie. L’ensemble de ces coûts obère
Source : Doing Business (www.doingbusiness.org), Banque Mondiale, 2009. considérablement le compte d’exploitation. L’obli-

20 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 21
le financement
L’investissement en capital
des PME
en Afrique dans les PME d’Afrique subsaharienne
Subsaharienne
Par Patrice Hoppenot, président co-fondateur d’I&P

Une expérience concrète


d’investissement
... relève donc avant tout d’un problème de mise conseil d’administration (le cas échéant), le par-
à niveau globale des PME. Il est en effet rare que tage des décisions importantes ou stratégiques et
nition de poste, parfois sur la gestion industrielle
et l’organisation d’une force de vente, et d’une dans une PME nigérienne
la qualité de la gestion d’une PME se situe à des la concertation avec I&P pour le recrutement de façon générale, sur la stratégie. Les missions d’as-
niveaux qui permettent aux banques de prêter les
montants nécessaires avec un niveau de risque ac-
ceptable, et ce, même si l’entreprise présente un
cadres. Les obligations d’I&P sont d’être disponi-
ble pour accompagner la PME dans son évolution,
dans la définition de sa stratégie et dans son or-
sistance technique sont décidées conjointement
par le chargé d’investissement et le promoteur.
Selon la nature des missions, elles sont confiées à
X Pharma (nom de l’entreprise
maquillé) est un répartiteur
pharmaceutique à capitaux nigé-
vrer. Les parties conviennent en
2006 de souscrire à une augmen-
tation de capital de 130  millions
potentiel intéressant. ganisation, et d’apporter, dans la mesure de ses des volontaires de l’association “Entrepreneurs & riens, créé en 2001 à Niamey par de FCFA répartie par moitié entre
REFERENCES La solution qu’I&P a mise en pratique à l’égard des moyens, l’assistance technique et les consultants Développement” (créée par I&P), à des experts re- deux promoteurs locaux. Deux les promoteurs et I&P qui détient
Geiss, R., Hajdenberg, J., promoteurs, qu’ils soient à la tête d’une PME ou dont la PME peut avoir besoin pour améliorer ses traités, ou encore à des consultants locaux, notam- autres importants répartiteurs alors 21% du capital. I&P consent
Renchon, M., 2008. qu’ils souhaitent en créer une, consiste à dévelop- performances et la maîtrise de son métier. L’ap- ment pour les questions comptables et les systè- pharmaceutiques, avec centrale également un prêt subordonné de
L’Afrique, terre per avec eux un partenariat. I&P apporte d’une proche d’I&P est une approche de terrain et les mes d’information. Il faut noter que l’éloignement d’achat en France, sont également 65 millions de FCFA sur trois ans,
d’investissement –
Le private equity
part des fonds propres et des prêts tout en restant chargés d’investissement font un minimum de géographique entre I&P et ses partenaires, s’il pré- présents sur le marché. I&P ren- convertible en actions à sa seule
en Afrique, réussites minoritaire au capital, et d’autre part une assistan- trois missions par an dans chacune des entrepri- sente des inconvénients évidents, permet aussi de tre en contact avec XPharma en demande. Enfin, sur cette base,
et nouveaux défis, ce technique dans le cadre d’un “pacte de partenai- ses partenaires. Par ailleurs, ils sont en contact ré- responsabiliser le promoteur et son équipe en leur 2005 alors que la société se trou- les promoteurs réussissent à mo-
Capafrique, res” qui précise les règles du partenariat. Une re- gulier avec les promoteurs via internet, ce qui leur interdisant de trop se reposer sur I&P, qui pourrait ve dans une situation critique de biliser des prêts auprès de ban-
www.capafrique.org lation de confiance doit pouvoir s’instaurer entre permet d’exercer une veille sur les entreprises, et de son coté être tenté d’ingérence. trésorerie après plusieurs exerci- ques locales en apportant leurs
les deux parties. En effet, l’augmentation de capi- de réagir rapidement si la situation le justifie. ces déficitaires. La comptabilité garanties personnelles. En accord
tal ou l’entrée d’un nouvel actionnaire est souvent Favoriser la prise d’autonomie des PME est mal tenue faute de personnel avec les promoteurs, une restruc-
perçue comme une perte de contrôle par le promo- Une assistance technique approfondie Dans la mesure du possible la PME, une fois mise à compétent et les comptes clients turation est progressivement
teur, ce qui peut le pousser à adopter une position L’assistance technique porte principalement sur la niveau, se refinance auprès de banques locales. Ce et fournisseurs sont peu fiables. mise en place : recrutement d’un
défensive. Les obligations du promoteur concer- mise en place d’une comptabilité de gestion et de sont les besoins de fonds de roulement qui sont le Les financements bancaires se ré- directeur financier expérimenté ;
nent principalement la transparence, la mise en tableaux de bord qui permettent de suivre les prin- plus souvent nécessaires, et ce sont eux aussi qui tractent et, faute de trésorerie, la mise en place de systèmes d’infor-
place d’une comptabilité rigoureuse, l’envoi régu- cipaux indicateurs de performance. Elle porte éga- sont les plus difficiles à financer. L’objectif d’I&P société a de plus en plus de diffi- mation et de gestion fiables ; ré-
lier d’un tableau de bord, la participation d’I&P au lement sur les recrutements de cadres et leur défi- est de permettre à la PME de devenir totalement cultés à s’approvisionner et donc vision de la stratégie commercia-
autonome, rentable, en croissance et éligible aux à réaliser un chiffre d’affaire suf- le qui se tournera davantage vers
financements bancaires. Lorsque ce stade est at- fisant. Toutefois, les promoteurs l’intérieur du pays très mal des-
teint, ce qui justifie normalement de trois ans mi- sont conscients de leurs erreurs, servi, tout en continuant à livrer
nimum à six ou sept ans, I&P cherche à céder ses prêts à réinjecter du capital et à les pharmacies de Niamey ; suivi
parts, en accord avec le promoteur. Cette cession revoir leur stratégie commercia- rigoureux des règlements clients
La rapide évolution du capital investissement peut s’avérer délicate étant donné la faible liqui-
dité de ces marchés. Toutefois, I&P peut s’appuyer
le. I&P, qui a déjà une expérien-
ce positive de partenariat avec
et des marges unitaires par pro-
duit. L’exercice 2006 est encore
sur des intermédiaires ayant une bonne connais- un répartiteur pharmaceutique difficile, en raison notamment
Le Capital investissement la distribution (27 %), sance du marché local (banquiers, hommes d’af- au Mali, estime que Xpharma dis- de quelques reliquats d’erreurs

1780
en Afrique est en croissance les services financiers (25 %) faires, …) et les affaires intéressantes trouvent pose de points forts : une excel- comptables et de démarrages
rapide : en 2007, l’afflux de et les télécoms (12 %). toujours des investisseurs. Des entreprises euro- lente installation à température plus lents que prévu. I&P décide
fonds privés en Afrique était Les principaux investisseurs péennes peuvent même être candidates. contrôlée, un potentiel commer- de convertir son prêt en 2007, ce
estimé à 3 Mds USD (+22 % tels qu’ECP, Zephyr Les résultats de l’approche adoptée par I&P sont cial inexploité, et surtout, des ma- qui lui permet de monter à 26 %
par rapport à 2006). Cependant, Management et Helios dans l’ensemble probants, dans la mesure où la nagers ouverts, désireux de béné- du capital. Les banques locales ac-
ce montant reste marginal Capital, ne se positionnent plupart des PME partenaires de plus de trois ans ficier d’une assistance technique ceptent de financer les besoins de
par rapport aux flux mondiaux que sur des entreprises ont atteint la rentabilité. En revanche, c’est un mé- et capables d’apporter de la tréso- fonds de roulement de XPharma.
(0,6 % du total mondial mûres délaissant les activités tier coûteux (transports, assistance technique, fai- rerie. Enfin, il paraît envisageable Le chiffre d’affaire augmente de
et 7 % des pays émergents)
et reste concentré sur certains
de capital risque et de
capital amorçage. Le capital 502 214 23 bles montants investis au regard du temps passé,
risque élevé, ...). Heureusement, des volontaires
de développer quelques synergies
entre les deux répartiteurs indé-
40 % en 2007 et de 30 % en 2008
pour atteindre 1,75  milliards de
pays d’Afrique. L’Afrique du développement représente ayant une grande expérience des PME accompa- pendants. Un audit complet réali- FCFA. Le résultat net de Xphar-
185
Sud accueille l’essentiel des ainsi 55 % des fonds levés gnent I&P dans la mise à niveau des entreprises, sé par un cabinet comptable nigé- ma en 2008 a dépassé les 40 mil-
investissements (52 %) suivie alors que l’activité de capital et l’Union Européenne couvre une partie des frais rien compétent permet de mieux lions de FCFA. L’entreprise, qui
du Nigeria (19 %) de la Zambie risque apparaît, elle, marginale Afrique australe Afrique du Nord d’assistance technique. Dans ces conditions, l’ap- évaluer la situation financière, les emploie une dizaine de person-
(12 %) et du Maroc (4 %). avec moins de 14 % des flux. Afrique de l'Ouest Afrique de l'Est proche d’I&P est une approche durable et fruc- besoins de trésorerie et les mon- nes, apparait aujourd’hui renta-
Les investissements sont Afrique centrale tueuse. Les actionnaires d’I&P devraient pouvoir tants de créances clients à recou- ble et durable.
concentrés dans trois secteurs : Source : Geiss et alii, 2008 toucher un rendement modeste sur leur investis-
sement tout en montrant que l’on peut financer et
Localisation des investissements
(en millions de USD)
promouvoir des PME en ASS. •
22 secteur privé & développement numéro 1 MAI 2009 le financement des PME en Afrique Subsaharienne 23
Edito, suite Secteur Privé Développement La revue de Proparco
... mais contribuent à battre en brèche
plusieurs idées reçues. Car si les crédits
au secteur privé africain plafonnent
aujourd’hui à moins de 18 % du PIB
Les enseignements de ce numéro
contre plus de 100 % dans les économies Par Julien Lefilleur
développées (A. Tadesse, E. Sacerdoti), ce
n’est pas tant en raison d’une rentabilité En comparaison des autres régions L’expérience montre que, sous ces
insuffisante de l’intermédiation financière en développement du monde, l’Afri- conditions, le segment des PME peut
sur le continent (M.S. Martinez Peria) mais que présente un tissu de PME peu présenter un débouché rentable.
surtout le fait d’une perception excessive développé. Les contraintes de fi- Néanmoins, la solution au problème
du risque par les systèmes financiers locaux nancement auxquelles ces entrepri- du financement des PME ne peut pas
et internationaux (P. Collier, J. Lefilleur). ses doivent faire face sont en partie dépendre de la seule bonne volonté
Or, l’expérience de praticiens ayant accepté responsables de cette situation. Les des acteurs des systèmes financiers
de consacrer des moyens humains à ce conditions d’accès au crédit des PME locaux. L’amélioration substantielle
segment de marché (P. Derreumaux, P. risquent en outre de se détériorer et durable des conditions d’accès aux
Hoppenot) démontre que l’activité de brutalement avec la crise internatio- ressources de ces entreprises passe
financement des PME peut être tout à fait nale dans la mesure où ces entrepri- par une évolution de l’environne-
rentable. Ce constat est d’ailleurs partagé ses devraient être les premières vic- ment de crédit des marchés africains
par tous les intermédiaires financiers que times de la raréfaction des liquidités. qui permette de réduire le risque
Proparco accompagne sur ce continent Cette pénurie de financements des perçu par les pourvoyeurs de fonds.
depuis trente ans. PME s’explique par la forte réticence Il s’agit notamment de parvenir à
des pourvoyeurs de fonds classiques développer des systèmes financiers
Comme le souligne l’article de Paul Collier, à s’engager sur ces contreparties. plus adaptés aux contextes locaux, en
la sortie de cette revue coïncide avec une Dans un contexte de forte asymé- tirant notamment profit des progrès
crise économique qui risque de réduire à trie d’information, les risques perçus en matière de technologies de l’infor-
nouveau les disponibilités de financement sont en effet rédhibitoires, d’autant mation, afin de réduire la distance
des PME africaines, ce qui serait paradoxal plus que ceux-ci ne peuvent être entre banques et PME. De même, il
dans la mesure où tout le monde s’accorde compensés par une sécurisation suf- est nécessaire d’agir sur la sécurisa-
sur le fait que la croissance du continent fisante des crédits. De plus, les PME, tion des crédits. La généralisation
restera largement supérieure à celle des souvent informelles et peu organi- des principes de la microfinance, qui
pays de l’OCDE en raison notamment sées, ne satisfont généralement pas permettent une mutualisation des
de l’évolution démographique et de aux critères d’éligibilité des prêteurs garanties au sein d’une communauté
l’urbanisation qui conduisent pour la et investisseurs “classiques”. Dans d’emprunteurs, semble être une voie
première fois à l’apparition d’un vaste ce contexte, ces derniers doivent dé- porteuse de potentiel. Ces différentes
marché intérieur. ployer des moyens importants pour pistes pourraient être explorées par
pénétrer ce segment, et surtout ac- les bailleurs de fonds afin de contri-
Cette crise met également en lumière compagner leur financement d’assis- buer à améliorer le financement des
l’importance des convergences entre tance technique afin d’aider les en- PME africaines.
le secteur privé et le secteur public et treprises à améliorer leurs standards. Vous pouvez réagir : revue_spd@afd.fr
pousse encore davantage à rechercher
des modèles économiques qui concilient
profitabilité et impacts développementaux,
environnementaux et sociaux. C’est tout
l’objet de cette revue que de contribuer au
Au sommaire
débat sur le rôle du secteur privé dans ce
processus; elle n’a pas vocation à être la
de notre prochain numéro
propriété de Proparco mais bien à être un
outil d’échange entre tous les membres
de cette communauté d’acteurs Nord-Sud
Quel rôle peut/ doit jouer le secteur privé
intéressés par ces sujets. dans l’accès à l’eau potable
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Adjoint Benoît Verdeaux Comité éditorial Virginie Bleitrach, Laurent Demey, Charlotte Durand, Adeline Lemaire, Pierre-

Luc RIGOUZZO ∙
Alain Pacaud, Elodie Parent, Véronique Pescatori, Hélène Templier, Aglaé Touchard Ont collaboré à ce numéro Paul Collier
(Université d’Oxford), Paul Derreumaux (Bank of Africa), Patrice Hoppenot (I&P), Julien Lefilleur (Proparco), Maria Soledad
Martinez Peria (Banque Mondiale), Emilio Sacerdoti (FMI), Admassu Tadesse (DBSA), Sébastien Delannoy (Proparco), Charlotte

Durand (Proparco), Juliette Ebélé, Warren O’Connell Conception & Réalisation 28 rue du Faubourg Poissonnière
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