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Tunisie

Tunisie

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الجمهورية التونسية(ar)

 

République tunisienne (fr)

 
   
   
 
 
 
 

Arabe [1] (de jure) Français (de facto)

 

36°49N 10°11E

 

Forme de lÉtat

 

- Président (intérim)

-

- Totale

163610 km 2

- Eau (%)

5 %

- Totale (2011)

10629186

[2] hab.

65

hab./km 2

-

Indépendance

20

Tunisien, Tunisienne

100,3 milliards USD [2] (70)

IDH ( 2007 ) 0,769 (moyen) ( 98 )

0,769 (moyen) (98)

UTC +1

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La Tunisie (arabe : تونس ou Tūnis), en forme longue la République tunisienne (الجمهورية التونسية ou al-Jumhūriyya at-Tūnisiyya), est un pays dAfrique du Nord appartenant au Maghreb.

Elle est bordée au nord et à lest par la mer Méditerranée, à louest par lAlgérie avec 965 kilomètres de frontière commune et au sud-est par la Libye avec 459 kilomètres de frontière. Sa capitale Tunis est située dans le nord-est du pays, au fond du golfe de Tunis. Plus de 30 % de la superficie du territoire est occupée par le désert du Sahara, le reste étant constitué de régions montagneuses et de plaines fertiles, berceau de la civilisation carthaginoise qui atteignit son apogée au III e siècle av. J.C., avant de devenir le « grenier à blé » de lEmpire romain.

Longtemps appelée gence de Tunis, notamment sous la domination ottomane, la Tunisie passe sous protectorat français le 12 mai 1881 avec la signature du traité du Bardo. Avec lavènement de lindépendance, le 20 mars 1956, le pays sachemine, au début, vers le statut dune monarchie constitutionnelle ayant pour souverain Lamine Bey [5] ,[6] , dix-neuvième et dernier bey régnant de la dynastie des Husseinites [7] . Avec la proclamation de la publique, le 25 juillet 1957, cest le leader nationaliste Habib Bourguiba qui devient le premier président de la République tunisienne et modernise le pays. Toutefois, en 1987, au terme de trente ans à la tête du pays dont la fin est marquée par le clientélisme et la montée de lislamisme, le Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali finit par le déposer, mais poursuit dès lors les principaux objectifs du « bourguibisme » tout en libéralisant léconomie. Ben Ali, après vingt-trois ans dune présidence autoritaire et policière, caractérisée par limportance de la corruption, cède à la pression de la rue le 14 janvier 2011, fuyant le pays et trouvant refuge en Arabie saoudite [8] . Avec son épouse, il fait lobjet dun mandat d'arrêt international.

Intégrée aux principales instances de la communauté internationale, la Tunisie fait également partie de la Ligue arabe, de lUnion africaine et de la Communauté des États sahélo-sahariens.

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Géographie

La Tunisie, le plus petit État du Maghreb, se situe au nord du continent africain. Il est séparé de lEurope par une distance de 140 kilomètres au niveau du canal de Sicile. Disposant dune superficie de 163610 km 2[9] , le pays est limité à louest par lAlgérie avec 965 km de frontière commune, au sud-est par la Libye avec 459 km de frontière et au nord et à lest par la mer Méditerranée avec 1298 km de côtes. Les terres cultivées représentent 4,9 millions dhectares dont 1,6 consacré à la culture des céréales, 1,6 consacré à la culture de lolivier et 400000 hectares consacrés aux cultures irriguées. Le désert du Sahara occupe une superficie comprise entre 33 % et 40 % du territoire selon quon le définisse daprès son aridité ou selon des caractéristiques paysagères.

son aridité ou selon des caractéristiques paysagères. Topographie de la Tunisie La Tunisie possède un relief

Topographie de la Tunisie

La Tunisie possède un relief contrasté avec une partie septentrionale et occidentale montagneuse, la dorsale tunisienne, située dans lextension du massif montagneux de lAtlas ; elle est coupée par la plaine de la Medjerda, le seul cours deau du pays qui soit alimenté de façon continue. Le point culminant du territoire est le Djebel Chambi culminant à 1544 mètres [10] .

À lest, une plaine sétend entre Hammamet et Ben Gardane, via le

Sahel tunisien et la Djeffara. La partie méridionale du pays, principalement désertique, est divisée entre une succession de chotts (Chott el-Gharsa, Chott el-Jérid et Chott el-Fejaj), des plateaux rocheux et les dunes du Grand Erg Oriental. Le littoral parsemé de tombolos et de lagunes sétend sur 1298 kilomètres dont 575 de plages sablonneuses. Quelques îles dont les Kerkennah et Djerba parsèment le littoral.

Climat

Le climat de la Tunisie se divise en sept zones bioclimatiques, la grande différence entre le nord et le reste du pays étant due à la chaîne de la dorsale tunisienne qui sépare les zones soumises au climat méditerranéen de celles soumises au climat aride engendré par le Sahara. En raison de sa situation géographique, le climat tunisien est influencé par divers types de vents : la côte nord est exposée aux vents marins soufflant depuis le sud de la France, ce qui provoque une baisse significative des températures et une hausse des précipitations, et le sud du pays aux vents chauds et secs tels le sirocco soufflant sur les grandes étendues désertiques et les plaines. Le pays bénéficie également dun taux densoleillement important (dépassant 3000 heures par an).

ensoleillement important (dépassant 3000 heures par an). Paysage du Sud tunisien Les tem p érature s

Paysage du Sud tunisien

Les températures varient en raison de la latitude, de laltitude et de la proximité ou de léloignement de la mer Méditerranée. Sil peut faire quelques degrés au-dessous de 0 °C en hiver dans les montagnes de Kroumirie, la température grimpe parfois en été aux environs de 50 °C dans les régions désertiques. La pluviométrie annuelle varie également selon les régions : denviron 1000 millimètres au nord à environ 380 mm au centre et moins de 300 mm au sud.

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Environnement

Tunisie 4 Environnement Caméléon commun Figuier de Barbarie La flore varie beaucoup en fonction des régions
Tunisie 4 Environnement Caméléon commun Figuier de Barbarie La flore varie beaucoup en fonction des régions

La flore varie beaucoup en fonction des régions : celle des régions côtières est semblable à celle de lEurope méridionale et comprend prairies, garrigue, maquis et forêts de chênes-liège. Plus au sud, la végétation est de type steppique avec une dominance de lalfa. Dans les régions arides de lextrême sud, les oasis sont plantées de palmiers-dattiers.

Huit aires naturelles ont été érigées en parcs nationaux. Le parc national de l'Ichkeul, qui sétend sur 12600 hectares, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de lUnesco [11] . Il existe également seize réserves naturelles qui ont pour but dêtre un habitat pour des espèces ayant une valeur écologique et économique et en tant quécosystèmes vulnérables.

Selon une étude du programme méditerranéen du WWF, la région côtière du nord-ouest figure parmi les treize sites de la Méditerranée qui se distinguent par leur richesse naturelle, leur biodiversité et leurs espèces végétales et animales uniques.

Géographie humaine

Lespace tunisien apparaît inégalement peuplé et développé sur le plan

socioéconomique selon un gradient intérieur - littoral (ouest - est) : les treize gouvernorats côtiers totalisent ainsi 65,3 % de la population totale avec une forte densité de population (140 habitants par km² contre 65,6 pour lensemble du pays [12] ). Léconomie y est diversifiée, lactivité industrielle se démarquant le plus avec la concentration de 85

% des établissements industriels du pays et même de 87,5 % de

lemploi dans ce secteur économique.

La Tunisie est urbanisée à 65,6 % en 2007 [12] et connaît un taux durbanisation annuelle de 3,6 %. Le réseau urbain se situe sur la bande

littorale orientale, entre les régions de Bizerte et Gabès en passant par Tunis, le Cap Bon, le Sahel et Sfax (centre-est du pays), qui dispose des plus grandes infrastructures économiques et concentre plus de 80

% de la population urbaine. Au terme du recensement de 2004, les

principales municipalités sont :

Géographie administrative

La Tunisie est divisée en 24 gouvernorats qui portent le nom de leurs chefs-lieux :

en 24 gouvernorats qui portent le nom de leurs chefs-lieux : Banlieue nord de Tunis Village

Banlieue nord de Tunis

en 24 gouvernorats qui portent le nom de leurs chefs-lieux : Banlieue nord de Tunis Village

Village près de Sejenane

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Tunis (تونس), Ariana (أريانة), Ben Arous (بن عروس), La Manouba (منوبة), Béja (باجة)

Jendouba (جندوبة), Le Kef (الكاف), Siliana (سليانة), Bizerte (بنزرت), Nabeul (نابل)

Zaghouan (زغوان), Gafsa (قفصة), Kairouan (القيروان), Kasserine (القصرين)

Mahdia (المهدية), Monastir (المنستير), Sfax (صفاقس), Sidi Bouzid (سيدي بوزيد)

Sousse (سوسة), Gabès (قابس), Kébili (قبلي), Médenine (مدنين), Tataouine (تطاوين), Tozeur (توزر)

À leur tête se trouvent des gouverneurs, nommés par le président de la République, qui sont les « dépositaires » de lautorité de lÉtat. Trois institutions les aident à accomplir leurs missions :

• le conseil local de développement ;

• le conseil rural ;

• le comité de quartier.

Aux côtés des gouverneurs se trouvent les Conseils régionaux qui sont chargés dexaminer « toutes les questions intéressant le gouvernorat dans les domaines économiques, sociaux et culturels ». Ils donnent ainsi leur avis sur les programmes et projets que lÉtat envisage de réaliser dans leur gouvernorat respectif, arrêtent le budget des gouvernorats et les impôts perçus au profit de la collectivité publique et établissent des relations de coopération avec des instances étrangères de niveau régional (après approbation du ministre de lIntérieur).

Histoire

Préhistoire

Les premières traces de présence humaine en Tunisie datent du Paléolithique. Cest à vingt kilomètres à lest de Gafsa, dans loasis dEl Guettar, que se rassemble une petite population nomade de chasseurs-cueilleurs moustériens [17] . Michel Gruet, larchéologue qui découvre le site, relève quils consomment des dattes dont il retrouve le pollen aux alentours de la source [18] aujourdhui asséchée [19] .

À une culture ibéromaurusienne, répartie sur le littoral [20] et relativement minime en Tunisie [21] , succède la période du Capsien, nom créé par Jacques de Morgan et issu du latin Capsa, qui a lui-même donné le nom de lactuelle Gafsa [22] . Morgan définit le Capsien comme étant une culture allant du Paléolithique supérieur au Néolithique, couvrant ainsi une période qui sétend du VIII e au V e millénaires av. J.-C. [23] .

e au V e millénaires av. J.-C. [ 2 3 ] . Mégalithes près de Makthar

Mégalithes près de Makthar

Dun point de vue ethnologique et archéologique, le Capsien prend une

importance plus grande puisque des ossements et des traces dactivité humaine remontant à plus de 15000 ans sont découverts dans la région. Outre la fabrication doutils en pierre et en silex, les Capsiens produisaient, à partir dossements, divers outils dont des aiguilles pour coudre des vêtements à partir de peaux danimaux.

Au Néolithique (4500 à 2500 av. J.-C. environ), arrivé tardivement dans cette région, la présence humaine est conditionnée par la formation du désert saharien, qui acquiert son climat actuel. De même, cest à cette époque que le peuplement de la Tunisie senrichit par lapport des Berbères [24] , issus semble-t-il de la migration vers le nord

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de populations libyques [25] (ancien terme grec désignant les populations africaines en général [26] ). Le Néolithique voit également le contact sétablir entre les Phéniciens de Tyr, les futurs Carthaginois qui fondent la civilisation punique, et les peuples autochtones de lactuelle Tunisie, dont les Berbères sont désormais devenus la composante essentielle. On observe le passage de la Préhistoire à lHistoire principalement dans lapport des populations phéniciennes, même si le mode de vie néolithique continue un temps à exister aux côtés de celui des nouveaux arrivants. Cet apport est nuancé, notamment à Carthage (centre de la civilisation punique en Occident), par la coexistence de différentes populations minoritaires mais dynamiques comme les Berbères, les Grecs, les Italiens ou les Ibères dEspagne. Les nombreux mariages mixtes contribuent à létablissement de la civilisation punique [27] .

établissement de la civilisation punique [ 2 7 ] . Squelette capsien en position repliée De

Squelette capsien en position repliée

De la Carthage punique à la Carthage romaine

Lentrée de la Tunisie dans lhistoire se fait par lexpansion dune cité issue dune colonisation proche-orientale [28] . La Tunisie accueille progressivement une série de comptoirs phéniciens comme bien dautres régions méditerranéennes. Le premier comptoir selon la tradition est celui dUtique [29] , qui date de 1101 av. J.-C [30] . En 814 av. J.-C., des colons phéniciens venus de Tyr [31] fondent la ville de Carthage [32] . Daprès la légende, cest la reine Élyssa (Didon pour les Romains), sœur du roi de Tyr Pygmalion, qui est à lorigine de la cité [33] .

, qui est à l ’ origine de la cité [ 3 3 ] . Buste

Buste du général carthaginois Hannibal Barca

Ouverte sur la mer, Carthage est également ouverte structurellement sur lextérieur. Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois ou Puniques étendent leur emprise sur le bassin occidental de la mer Méditerranée. Cette présence prend diverses formes, y compris celle de la colonisation [32] , mais reste dabord commerciale [34] (comptoirs de commerce,

signature de traités, etc.) La mutation vers un empire plus terrestre se heurte aux Grecs de Sicile puis à la puissance montante de Rome [32] et de ses alliés massaliotes, campaniens ou italiotes. Le cœur carthaginois quest la Tunisie, à la veille des guerres puniques, possède une capacité de production agricole supérieure à celle de Rome et de ses alliés réunis, et son exploitation fait ladmiration des Romains.

La lutte entre Rome et Carthage prend de lampleur avec lessor des deux cités : ce sont les trois guerres puniques, qui faillirent voir la prise de Rome mais se conclurent par la destruction de Carthage, en 146 av. J.-C., après un siège de trois ans [34] . À lissue de la Troisième Guerre punique, Rome sinstalle sur les décombres de la ville [32] . La fin des guerres puniques marque létablissement de la province romaine dAfrique dont Utique devient la première capitale, même si le site de Carthage simpose à nouveau par ses avantages et redevient capitale en 14 [32] ,[35] . En 44 av. J.-C., Jules César décide dy fonder une colonie romaine, la Colonia Julia Carthago [36] , mais il faudra attendre quelques décennies pour quAuguste lance les travaux de la cité [37] .

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Tunisie 7 Capitole de Dougga La région connaît alors une période de prospérité où l ’

Capitole de Dougga

La région connaît alors une période de prospérité où lAfrique devient pour Rome un fournisseur essentiel de productions agricoles [25] , comme le blé et lhuile dolive [37] , grâce aux plantations doliviers chères aux Carthaginois [32] . La province se couvre dun dense réseau de cités romanisées dont les vestiges encore visibles à lheure actuelle demeurent impressionnants : il suffit de mentionner les sites de Dougga (antique Thugga), Sbeïtla (Sufetula), Bulla Regia, El Jem (Thysdrus) ou Thuburbo Majus.

Partie intégrante de la République puis de lempire avec la Numidie [32] , la Tunisie devient pendant six siècles le siège dune civilisation romano-africaine dune exceptionnelle richesse, fidèle à sa vocation de « carrefour du monde antique ». La Tunisie est alors le creuset de lart de la mosaïque, qui sy distingue par son originalité et ses innovations [37] . Concurrents des dieux romains, des dieux indigènes apparaissent sur des frises dépoque impériale, et le culte de certaines divinités, Saturne et Caelestis, sinscrit dans la continuité du culte voué par les Puniques à Ba'al Hammon et à sa parèdre Tanit [38] . Le « carrefour du monde antique » voit aussi linstallation précoce de communautés juives [36] et, dans le sillage de celles-ci, des premières communautés chrétiennes.

de celles-ci, des premières communautés chrétiennes. Mosaïque représentant Virgile entouré de deux muses

Mosaïque représentant Virgile entouré de deux muses

Lapogée du II e et du début du III e siècles ne va toutefois pas sans heurts [32] , la province connaissant quelques crises au III e siècle av. J.C. : la répression de la révolte de Gordien en 238 la frappe [39] ; elle subit de même les affrontements entre usurpateurs au début du IV e siècle. La province est lune des moins touchées par les difficultés que connaît lEmpire romain entre 235 et le début du IV e siècle. Avec la Tétrarchie, la province recouvre une prospérité que révèlent les vestiges archéologiques, provenant tant de constructions publiques que dhabitations privées. Cette époque est aussi le premier siècle du christianisme officiel, devenu religion licite en 313 et religion personnelle de lempereur Constantin [32] .

Christianisation

Dans un espace ouvert sur lextérieur comme lest alors la province dAfrique, le christianisme se développe de façon précoce [40] grâce aux colons, commerçants et soldats [41] , et la région devient lun des foyers essentiels de la diffusion de la nouvelle foi, même si les affrontements religieux y sont violents avec les païens. Dès le II e siècle, la province applique aussi les sanctions impériales, les premiers martyrs étant attestés dès le 17 juillet 180 [41] : ceux qui refusent de se rallier au culte officiel peuvent être torturés, relégués sur des îles, décapités, livrés aux bêtes féroces, brûlés voire crucifiés.

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À la fin du II e siècle, la nouvelle religion progresse dans la province car, malgré une situation difficile, la nouvelle foi simplante plus vite quen Europe, notamment en raison du rôle social joué par lÉglise dAfrique, qui apparaît dans la seconde moitié du III e siècle, et du fait de la très forte densité urbaine. Cest à partir denviron 400 que, sous laction dynamique dAugustin d'Hippone et limpulsion de quelques évêques, les grands propriétaires terriens et laristocratie citadine se rallient au christianisme, où ils voient leur intérêt, lÉglise intégrant alors les diverses couches sociales. Rapidement, la province dAfrique est considérée comme un phare du christianisme latin occidental [41] .

un phare du christianisme latin occidental [ 4 1 ] . Ruines de la basilique de

Ruines de la basilique de Damous El Karita à Carthage

. Ruines de la basilique de Damous El Karita à Carthage Cyprien de Carthage , évêque

Cyprien de Carthage, évêque de Carthage

Cette expansion rencontre toutefois des obstacles, en particulier lors du schisme donatiste [32] qui est condamné de façon définitive au concile de Carthage. Ce dernier accuse les schismatiques davoir coupé les liens entre lÉglise catholique africaine et les Églises orientales originelles [41] . En dépit de cette lutte religieuse, la conjoncture économique, sociale et culturelle est relativement favorable au moment du triomphe du christianisme [42] , comme en témoignent les nombreux vestiges, notamment de basiliques à Carthage et de nombreuses églises aménagées dans danciens temples païens (comme à Sbeïtla) ou même certaines églises rurales découvertes récemment.

Le 19 octobre 439, après sêtre rendus maîtres dHippone [43] , les Vandales et les Alains entrent dans Carthage, où ils installent leur royaume pour près dun siècle [44] . Les Vandales sont adeptes de larianisme [45] , déclarée hérésie chrétienne au concile de Nicée, ce qui ne facilite pas les relations entre eux et les notables locaux

majoritairement catholiques. Or les Vandales exigent de la population une totale allégeance à leur pouvoir et à leur foi [46] . En conséquence, dès lors quils tentent de sopposer aux Vandales, les chrétiens sont persécutés : de nombreux hommes dÉglise sont martyrisés, emprisonnés ou exilés [47] dans des camps au sud de Gafsa. Dans le domaine économique, les Vandales appliquent à lÉglise la politique de confiscation dont doivent pâtir les grands propriétaires [46] . Cependant, la culture latine reste largement préservée [48] et le christianisme prospère tant quil ne soppose pas au souverain en place. Dans ce contexte, le territoire, enserré par des principautés berbères, est attaqué par les tribus de nomades chameliers : la défaite, en décembre 533 à la bataille de Tricaméron [49] , confirme lanéantissement de la puissance militaire vandale. Carthage est prise facilement par les Byzantins dirigés par le général Bélisaire [25] , envoyé par Justinien [50] , le roi vandale Gélimer se rendant en 534 [50] .

Malgré la résistance des Berbères, les Byzantins rétablissent lesclavage et instituent de lourds impôts [51] . Par ailleurs, ladministration romaine est restaurée. LÉglise dAfrique est mise au pas [46] et Justinien fait alors de Carthage le siège de son diocèse dAfrique. À la fin du VI e siècle, la région est placée sous lautorité dun exarque cumulant les pouvoirs civil et militaire, et disposant dune large autonomie vis-à-vis de lempereur. Prétendant imposer le christianisme dÉtat, les Byzantins pourchassent le paganisme, le judaïsme et les hérésies chrétiennes [51] . Pourtant, à la suite de la crise monothéliste, les empereurs byzantins, opposés à lÉglise locale, se détournent de la cité. Or, avec une Afrique byzantine entraînée dans le marasme, un état desprit insurrectionnel secoue des confédérations de tribus sédentarisées et constituées en principautés [46] . Ces tribus berbères sont dautant plus hostiles à lEmpire byzantin quelles ont conscience de leur propre force [46] . Avant même sa prise par les Arabes en

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698 [52] , la capitale et dans une certaine mesure la province dAfrique se sont vidées de leurs habitants byzantins. Dès

le début du VII e siècle, larchéologie témoigne en effet dun repli [53] .

Arabisation et islamisation de la Tunisie

La première expédition arabe sur la Tunisie est lancée en 647 [52] . En 661, une deuxième offensive se termine par la prise de Bizerte. La troisième, menée en 670 par Oqba Ibn Nafi Al Fihri, est décisive : ce dernier fonde la ville de Kairouan au cours de la même année [51] et cette ville devient la base des expéditions contre le nord et louest du Maghreb [25] . Linvasion complète manque déchouer avec la mort dIbn Nafi en 683 [54] . Envoyé en 693 avec une puissante armée arabe, le général ghassanide Hassan Ibn Numan réussit à vaincre lexarque et à prendre Carthage [55] en 695. Seuls

résistent certains Berbères dirigés par la Kahena [55] . Les Byzantins, profitant de leur supériorité navale, débarquent une armée qui sempare de Carthage en 696 pendant que la Kahena remporte une bataille contre les Arabes en 697 [55] . Ces derniers, au prix dun nouvel effort, finissent cependant par reprendre définitivement Carthage en 698 et par vaincre et tuer la Kahena [54] . Contrairement aux précédents envahisseurs, les Arabes ne se contentent pas doccuper la côte et entreprennent de conquérir lintérieur du pays. Après avoir résisté, les Berbères se convertissent à la religion de leurs vainqueurs [54] , principalement à travers leur recrutement dans les rangs de larmée victorieuse. Des centres de formation religieuse sorganisent alors, comme à Kairouan, au sein des nouveaux ribats.

alors, comme à Kairouan, au sein des nouveaux ribat s. Ribat de Monastir On ne saurait

On ne saurait toutefois estimer lampleur de ce mouvement dadhésion à lislam. Dailleurs, refusant lassimilation, nombreux sont ceux qui rejettent la religion dominante et adhèrent au kharidjisme, hérésie née en Orient et proclamant légalité de tous les musulmans sans distinction de race ni de classe [56] . La région reste une province omeyyade jusquen 750, quand la lutte entre Omeyyades et Abbassides voit ces derniers lemporter [56] . De 767 à 776, les kharidjites berbères sous le commandement dAbou Qurra semparent de tout le territoire, mais ils se retirent finalement dans leur royaume de Tlemcen, après avoir tué Omar ibn Hafs, surnommé Hezarmerd, dirigeant de la Tunisie à cette époque [57] .

En 800, le calife abbasside Haroun ar-Rachid délègue son pouvoir en Ifriqiya à lémir Ibrahim ibn al-Aghlab [58] et lui donne le droit de transmettre ses fonctions par voie héréditaire [59] . Al-Aghlab établit la dynastie des Aghlabides, qui règne durant un siècle sur le Maghreb central et oriental. Le territoire bénéficie dune indépendance formelle tout en reconnaissant la souveraineté abbasside [59] . La Tunisie devient un foyer culturel important avec le rayonnement de Kairouan et de sa Grande mosquée, un centre intellectuel de haute renommée [60] . À la fin du règne de Ziadet Allah I er (817-838), Tunis devient la capitale de lémirat jusquen 909 [61] . Appuyée par les tribus Kutama qui forment une armée fanatisée, laction

du prosélyte ismaélien Abu Abd Allah ach-Chi'i entraîne la disparition de lémirat en une quinzaine dannées (893-909) [62] . En décembre 909, Ubayd Allah al-Mahdi se proclame calife et fonde la dynastie des Fatimides, qui déclare usurpateurs les califes omeyyades et abbassides ralliés au sunnisme. LÉtat fatimide simpose progressivement sur toute lAfrique du Nord en contrôlant les routes caravanières et le commerce avec lAfrique subsaharienne. En 945, Abu Yazid, de la grande tribu des Banou Ifren,

945 , Abu Yazid , de la grande tribu des Banou Ifren , La Grande Mosquée

La Grande Mosquée de Kairouan est le principal monument religieux de la Tunisie. Chef-dœuvre darchitecture, elle fut un pôle culturel important durant le Moyen Âge.

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organise sans succès une grande révolte berbère pour chasser les Fatimides. Le troisième calife, Ismâ`îl al-Mansûr, transfère alors la capitale à Kairouan et sempare de la Sicile [52] en 948. Lorsque la dynastie fatimide déplace sa base vers lest en 972, trois ans après la conquête finale de la région, et sans abandonner pour autant sa suzeraineté sur lIfriqiya, le calife Al-Muizz li-Dîn Allah confie à Bologhine ibn Ziri fondateur de la dynastie des Zirides le soin de gouverner la province en son nom. Les Zirides prennent peu à peu leur indépendance vis-à-vis du calife fatimide [52] , ce qui culmine avec la rupture avec ce suzerain devenu lointain et inaugure lère de lémancipation berbère [62] . Lenvoi depuis lÉgypte de tribus arabes nomades sur lIfriqiya marque la réplique des Fatimides à cette trahison [62] .

Les Hilaliens suivis des Banu Sulaym dont le nombre total est estimé à 50000 guerriers et 200000 Bédouins [62] se mettent en route après que de véritables titres de propriété leur ont été distribués au nom du calife fatimide. Kairouan résiste pendant cinq ans avant dêtre occupée et pillée. Le souverain se réfugie alors à Mahdia en 1057 tandis que les nomades continuent de se répandre en direction de lAlgérie, la vallée de la Medjerda restant la seule route fréquentée par les marchands [62] . Ayant échoué dans sa tentative pour sétablir dans la Sicile reprise par les Normands, la dynastie ziride sefforce sans succès pendant 90 ans de récupérer une partie de son territoire pour organiser des expéditions de piraterie et senrichir grâce au commerce maritime. Les historiens arabes sont unanimes à considérer cette migration comme lévénement le plus décisif du Moyen Âge maghrébin, caractérisé par une progression diffuse de familles entières qui a rompu léquilibre traditionnel entre nomades et sédentaires berbères [62] . Les conséquences sociales et ethniques marquent ainsi définitivement lhistoire du Maghreb avec un métissage de la population. Depuis la seconde moitié du VII e siècle, la langue arabe

demeurait lapanage des élites citadines et des gens de cour. Avec linvasion hilalienne, les dialectes berbères sont plus ou moins influencés par larabisation, à commencer par ceux de lIfriqiya orientale [62] .

par ceux de l ’ Ifriqiya orientale [ 6 2 ] . Minaret de la mosquée

Minaret de la mosquée Zitouna de style almohade

À partir du premier tiers du XII e siècle, la Tunisie est régulièrement attaquée par les Normands de Sicile et du sud de lItalie, basés dans le royaume normano-sicilien. Cependant, lensemble du territoire dIfriqiya finit par être occupé par larmée du sultan almohade Abd al-Mumin lors de son expédition depuis le nord du Maroc en 1159 [63] . Léconomie devient florissante [64] et des relations commerciales sétablissent avec les principales villes du pourtour méditerranéen (Pise, Gênes, Marseille, Venise et certaines villes dEspagne). Lessor touche également le domaine culturel [64] avec les œuvres du grand historien et père de la sociologie Ibn Khaldoun ; le siècle almohade est considéré comme l« âge dor » du Maghreb [64] . De grandes villes se développent et les plus belles mosquées sont érigées à cette époque [65] .

Les Almohades confient la Tunisie à Abû Muhammad `Abd al-Wâhid ben Abî Hafs mais son fils Abû Zakariyâ Yahyâ se sépare deux en 1228 et fonde la nouvelle dynastie berbère [35] des Hafsides [66] . Elle acquiert son indépendance dès 1236 [67] et dirige la Tunisie jusquen 1574 [58] , ce qui en fait la première dynastie tunisienne par sa durée [68] . Elle établit la capitale du pays à Tunis [58] , et la ville se développe grâce au commerce avec les Vénitiens, les Génois, les Aragonais et les Siciliens [52] .

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À la croisée des convoitises

Les Hafsides de Tunis sessoufflent et perdent peu à peu, après la bataille de Kairouan en 1348, le contrôle de leurs territoires au profit des Mérinides dAbu Inan Faris [67] , alors que, frappée de plein fouet par la peste [69] de 1384, lIfriqiya continue de subir une désertification démographique amorcée par les invasions hilaliennes [70] . Cest alors que commencent à arriver les Maures musulmans et juifs andalous [52] fuyant la déchéance du royaume de Grenade en 1492 et occasionnant des problèmes dassimilation [70] . En une dizaine dannées, les souverains espagnols Ferdinand dAragon et Isabelle de Castille prennent les cités de Mers el-Kébir, Oran, Bougie, Tripoli et lîlot situé en face dAlger. Pour sen libérer, les autorités de la cité sollicitent laide de deux corsaires renommés, dorigine grecque : les frères Arudj et Khayr ad-Din [71] Barbaros ou Barberousse.

La Tunisie offrant un environnement favorable, les frères Barberousse sy illustrent : Arudj reçoit en effet du souverain hafside aux abois lautorisation dutiliser le port de La Goulette puis lîle de Djerba comme base [70] . Après la mort dArudj, son frère Khayr ad-Din se place dans la vassalité du sultan dIstanbul. Nommé grand amiral de lEmpire ottoman, il sempare de Tunis en 1534 mais doit se retirer après la prise de la ville par larmada que Charles Quint mène en 1535 [52] ,[70] . En 1560, Dragut parvient à Djerba et, en 1574, Tunis est reprise par les Ottomans [58] , qui font de la Tunisie une province de lempire [45] en 1575. Pourtant, malgré leurs victoires, les Ottomans ne simplantent guère en Tunisie.

les Ottomans ne s ’ implantent guère en Tunisie. Carte maritime ottomane du XVI e siècle

Carte maritime ottomane du XVI e siècle représentant la côte sud-est de la Tunisie

Au cours du XVII e siècle, leur rôle ne cesse de décroître au profit des dirigeants locaux qui sémancipent progressivement de la tutelle du sultan

dIstanbul [72] alors que seuls 4000 janissaires sont en poste à Tunis [70] . Au bout de quelques années dadministration turque, plus précisément en

1590 [35] , ces janissaires sinsurgent, plaçant à la tête de lÉtat un dey et,

insurgent, plaçant à la tête de l ’ État un dey et, Nouvelle armée beylicale vers

Nouvelle armée beylicale vers 1840

sous ses ordres, un bey [73] chargé du contrôle du territoire et de la collecte des impôts. Ce dernier ne tarde pas à devenir le personnage essentiel de la régence [58] aux côtés du pacha, qui reste confiné dans le rôle honorifique

de représentant du sultan ottoman, au point quune dynastie beylicale finit par être fondée par Mourad Bey en 1613 [74] . Le 15 juillet 1705, Hussein I er Bey fonde la dynastie des Husseinites [68] . Quoique toujours officiellement province de lEmpire ottoman, la Tunisie acquiert une grande autonomie au XIX e siècle [58] , notamment avec Ahmed I er Bey, régnant de 1837 à 1855, qui enclenche un processus de modernisation [75] .

À cette époque, le pays vit de profondes réformes, comme labolition de lesclavage et ladoption en 1861 dune constitution [75] ,[76] , et manque même de devenir une république indépendante.

Il est difficile de mesurer limportance des influences turques qui demeurent en Tunisie. Quelques monuments affichent leur filiation ottomane. Dans un autre domaine, lart des tapis, qui existait pour certains avant larrivée des Ottomans, voit les productions de Kairouan présenter au XVIII e siècle des motifs purement anatoliens [70] .

Tunisie

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Malgré ces influences perceptibles dans laspect des objets manufacturés, lempreinte de lItalie voisine se fait de plus

en plus manifeste au cours du XVIII e siècle, tant dans larchitecture que dans la décoration, marquant ainsi une ouverture du pays à lEurope [70] .

Protectorat et lutte nationaliste

Toutefois, en raison de la politique ruineuse des beys, de la hausse des impôts [68] et dinterférences étrangères dans léconomie, le pays connaît peu à peu de graves difficultés financières [75] . Tous ces facteurs contraignent le gouvernement à déclarer la banqueroute en 1869 et à créer une commission financière internationale anglo-franco-italienne [77] . La régence apparaît vite comme un enjeu stratégique de première importance de par la situation géographique du pays, à la charnière des bassins occidental et oriental de la Méditerranée [78] . La Tunisie

fait donc lobjet des convoitises rivales de la France et de lItalie. Les consuls français et italien tentent de profiter des

difficultés financières du bey, la France comptant sur la neutralité de lAngleterre (peu désireuse de voir lItalie prendre le contrôle de la route du canal de Suez) et bénéficiant des calculs de Bismarck, qui souhaite la détourner de la question de lAlsace-Lorraine [78] .

Les incursions de « pillards » khroumirs en territoire algérien fournissent un prétexte à Jules Ferry pour souligner la nécessité de semparer de la Tunisie [78] . En avril 1881, les troupes françaises y pénètrent sans résistance majeure et parviennent à occuper Tunis [75] en trois semaines, sans combattre [79] . Le 12 mai 1881, le protectorat est officialisé lorsque Sadok Bey signe forcé, sous peine de mort [80] , le traité du Bardo [81] au palais de Ksar Saïd [82] . Ce qui nempêche pas, quelques mois plus tard, les troupes françaises de faire face à des révoltes rapidement étouffées dans les régions de Kairouan et Sfax [78] .

dans les régions de Kairouan et Sfax [ 7 8 ] . Signature du traité du

Signature du traité du Bardo au palais de Ksar Saïd le 12 mai 1881

Le régime du protectorat est renforcé par les conventions de la Marsa du

8 juin 1883 qui accordent à la France le droit dintervenir dans la politique étrangère, la défense et les affaires internes de la Tunisie [83] ,[84] . La France représente dès lors la Tunisie sur la scène internationale, et ne tarde pas à abuser de ses droits et prérogatives de protecteur pour exploiter le pays comme une colonie, en contraignant le bey à abandonner la quasi-totalité de ses pouvoirs au résident général [85] . Néanmoins, des progrès économiques ont lieu, notamment via les banques et les compagnies [83] . La colonisation permet lexpansion des cultures de céréales et de la production dhuile dolive ainsi que lexploitation des mines de phosphates [77] et de fer. Un important port militaire est aménagé à Bizerte [78] . De plus, dans le domaine de léducation, les Français établissent un système bilingue arabe et français qui donne lopportunité à lélite tunisienne de se former dans les deux langues [86] .

La

lutte contre loccupation française commence dès le début du

XX

e siècle avec le mouvement réformiste et intellectuel des Jeunes

Abdeljelil Zaouche. Ce courant nationaliste se manifeste par laffaire

1914 à 1921, le pays vit en état durgence et la presse anticolonialiste

vit en état d ’ urgence et la presse anticolonialiste Procès de l ’ affaire du

Procès de laffaire du Djellaz en 1911

est interdite [25] . Malgré tout, le mouvement national ne cesse pas

dexister [85] . Dès la fin de la Première Guerre mondiale, une nouvelle génération organisée autour dAbdelaziz Thâalbi prépare la naissance

du parti du Destour [85] . Entré en conflit avec le régime du protectorat [88] , le parti expose, dès la proclamation officielle de sa création le 4 juin 1920 [84] , un programme en huit

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points. Après avoir fustigé le régime du protectorat dans des journaux comme La Voix du Tunisien et LÉtendard tunisien [89] , lavocat Habib Bourguiba fonde en 1932, avec Tahar Sfar, Mahmoud El Materi et Bahri Guiga, le journal L'Action Tunisienne [90] , qui, outre lindépendance, prône la laïcité [91] . Cette position originale conduit le 2 mars 1934 [84] , lors du congrès de Ksar Hellal [88] , à la scission du parti en deux branches, lune islamisante qui conserve le nom Destour, et lautre moderniste et laïque, le Néo-Destour [77] , une formation politique moderne, structurée sur les modèles des partis socialistes et communistes européens, et déterminée à conquérir le pouvoir pour transformer la société [90] . Après léchec des négociations engagées par le gouvernement Blum, des incidents sanglants éclatent en 1937 [77] et les émeutes davril 1938 sont sévèrement réprimées [91] .

Cette répression conduit à la clandestinité du Néo-Destour, qui incite les nouveaux dirigeants à ne pas exclure léventualité dune lutte plus active [92] ,[93] . En 1942, le gime de Vichy livre Bourguiba à lItalie, à la demande de Benito Mussolini, qui espère lutiliser pour affaiblir la Résistance française en Afrique du Nord [91] . Cependant Bourguiba ne désire pas cautionner les régimes fascistes et lance le 8 août 1942 un appel pour le soutien aux troupes alliées [91] . Pendant ce temps, la Tunisie est le théâtre dimportantes opérations militaires [87] connues sous le nom de campagne de Tunisie [77] Après plusieurs mois de combats et une contre-offensive blindée allemande dans la région de Kasserine et Sbeïtla au début de lannée 1943, les troupes du Troisième Reich sont contraintes de capituler le 11 mai dans le cap Bon, quatre jours après larrivée des forces alliées à Tunis [94] . Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants nationalistes inscrivent la résistance armée dans la stratégie de libération nationale [93] . Des pourparlers sont menés après la guerre avec le gouvernement français [92] , si bien que Robert Schuman évoque en 1950 lindépendance de la Tunisie en plusieurs étapes [84] . Mais des troubles nationalistes en 1951 précipitent leur échec [84] .

Avec larrivée du nouveau résident général, Jean de Hauteclocque, le 13 janvier 1952, et larrestation, le 18 janvier, de 150 destouriens dont Bourguiba, débutent la révolte armée [77] , la répression militaire française [84] et un durcissement des positions de chaque camp [95] . De plus, avec lassassinat du syndicaliste Farhat Hached par lorganisation colonialiste extrémiste [96] de la Main rouge [97] , le 5 décembre, se déclenchent manifestations, émeutes, grèves, tentatives de sabotage et jets de bombes artisanales [93] . Le développement de la répression, accompagnée de lapparition du contre-terrorisme, incite les nationalistes à prendre plus spécifiquement pour cibles les colons, les

fermes, les entreprises françaises et les structures gouvernementales [93]

françaises et les structures gouvernementales [ 9 3 ] Habib Bourguiba à Bizerte en 1952 Ruines

Habib Bourguiba à Bizerte en 1952

[ 9 3 ] Habib Bourguiba à Bizerte en 1952 Ruines suite à une attaque sur

Ruines suite à une attaque sur Tazerka

.

Cest pourquoi les années 1953 et 1954 sont marquées par la multiplication des attaques contre le système colonial. En réponse, près de 70000 soldats français sont mobilisés pour arrêter les guérillas des groupes tunisiens dans les campagnes [98] . Cette situation difficile est apaisée par la reconnaissance de lautonomie interne de la Tunisie, concédée par Pierre Mendès France le 31 juillet 1954 [84] ,[99] .

Cest finalement le 3 juin 1955 [98] que les conventions franco-tunisiennes sont signées entre le Premier ministre tunisien Tahar Ben Ammar et son homologue français Edgar Faure [96] . En dépit de lopposition de Salah Ben Youssef, qui sera exclu du parti [45] , les conventions sont approuvées par le congrès du Néo-Destour tenu à Sfax le 15 novembre de la même année [95] . Après de nouvelles

gociations, la France finit par reconnaître « solennellement lindépendance de la Tunisie » [95] le 20 mars 1956 [100] , tout en conservant la base militaire de Bizerte.

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Tunisie indépendante

Le 25 mars [68] , lassemblée constituante est élue : le Néo-Destour en remporte tous les sièges et Bourguiba est porté à sa tête le 8 avril [25] ,[87] . Le 11 avril, il devient le Premier ministre de Lamine Bey [96] . Le Code du statut personnel, à tendance progressiste, est proclamé le 13 août [101] et, le 25 juillet 1957, la monarchie est abolie, la Tunisie devenant une publique [102] dont Bourguiba est élu président [103] le 8 novembre 1959 [104] .

Le 8 février 1958, en pleine guerre d'Algérie, des avions de larmée française franchissent la frontière algéro-tunisienne et bombardent le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef [25] . En 1961, dans un contexte dachèvement prévisible de la guerre, la Tunisie revendique la rétrocession de la base de Bizerte [84] : la crise qui suit fait près dun millier de morts, essentiellement tunisiens [84] , et la France finit, le 15 octobre 1963, par rétrocéder la base à lÉtat tunisien [103] .

la base à l ’ État tunisien [ 1 0 3 ] . Photo officielle d

Photo officielle dHabib Bourguiba

Avec lassassinat de Salah Ben Youssef, principal opposant de Bourguiba depuis 1955 [103] , à Francfort et linterdiction du Parti communiste (PCT) le 8 janvier 1963, la République tunisienne devient

un régime de parti unique dirigé par le Néo-Destour [103] . En mars 1963, Ahmed Ben Salah entame une politique « socialiste » détatisation pratiquement totale de léconomie. Des émeutes contre la collectivisation des terres dans le Sahel tunisien le 26 janvier 1969 poussent au limogeage de Ben Salah le 8 septembre avec la fin de lexpérience socialiste [103] . Avec une économie affaiblie par la fin du socialisme et un panarabisme défendu par Mouammar Kadhafi, un projet politique qui unifierait la Tunisie et la Libye sous le nom de République arabe islamique est lancé en 1974 mais échoue très rapidement en raison des tensions tant nationales quinternationales.

Après la condamnation à une lourde peine de prison de Ben Salah, rendu responsable de léchec de la politique des coopératives, viennent lépuration de laile libérale du PSD animée par Ahmed Mestiri puis la proclamation de Bourguiba comme président à vie en 1975 [25] . Cest dans ces conditions, marquées par un léger desserrement de létau du PSD sous le gouvernement dHédi Nouira, que lUGTT gagne en autonomie tandis que naît en 1977 la Ligue tunisienne des droits de l'homme. Le coup de force du « Jeudi noir » contre lUGTT en janvier 1978 puis lattaque contre la ville minière de Gafsa, en janvier 1980, ne suffisent pas à museler la société civile émergente.

Dès le début des années 1980, le pays traverse une crise politique et sociale [105] où se conjuguent le développement

du clientélisme et de la corruption, la paralysie de lÉtat devant la dégradation de la santé de Bourguiba, les luttes de succession et le durcissement du régime. En 1981, la restauration partielle du pluralisme politique, avec la levée de linterdiction frappant le Parti communiste, suscite des espoirs qui seront déçus par la falsification des résultats aux élections législatives de novembre. Par la suite, la répression sanglante des « émeutes du pain » de décembre

1983 [105] , la nouvelle déstabilisation de lUGTT et larrestation de son dirigeant Habib Achour contribuent à

accélérer la chute du président vieillissant [90] . La situation favorise la montée de lislamisme [96] et le long règne de Bourguiba sachève dans une lutte contre lislamisme menée par Zine el-Abidine Ben Ali, nommé ministre de lIntérieur puis Premier ministre en octobre 1987 [103] .

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Le 7 novembre 1987, Ben Ali dépose le président pour sénilité, action accueillie favorablement par une large fraction du monde politique [105] . Élu le 2 avril 1989 avec 99,27 % des voix [106] , le nouveau président réussit à relancer léconomie alors que, sur le plan de la sécurité, le régime senorgueillit davoir épargné au pays les convulsions islamistes qui ensanglantent lAlgérie voisine, grâce à la neutralisation du parti Ennahda au prix de larrestation de dizaines de milliers de militants et de multiples procès au début des années 1990 [90] . Les opposants laïques signent quant à eux le Pacte national en 1988, plate-forme destinée à la démocratisation du régime. Pourtant, lopposition et de nombreuses ONG de défense des droits de l'homme accusent peu à peu le régime dattenter aux libertés publiques [77] en étendant la répression au-delà du mouvement islamiste. En 1994, le président Ben Ali est réélu avec 99,91 % des voix [107] ,[108] et signe lannée suivante un accord de libre-échange avec lUnion européenne [84] . Les élections du 24 novembre 1999, bien quelles

soient les premières présidentielles à être pluralistes avec trois candidats, voient le président Ben Ali réélu avec un score comparable aux scrutins précédents [106] ,[108] . La réforme de la constitution approuvée par le référendum du 26 mai 2002 accroît encore les pouvoirs du président, repousse lâge limite des candidats, supprime la limite des trois mandats réintroduite en 1988 et permet au président de briguer de nouveaux mandats au-delà de léchéance de 2004 tout en bénéficiant dune immunité judiciaire à vie [90] . Le 11 avril 2002, un attentat au camion piégé vise la synagogue de la Ghriba et provoque la mort de 19 personnes dont quatorze touristes allemands. Durant le premier semestre 2008, de graves troubles secouent la région minière de Gafsa durement frappée par le chômage et la pauvreté [109] .

par le chômage et la pauvreté [ 1 0 9 ] . Portrait du président déchu

Portrait du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali

Le 25 octobre 2009, le président Ben Ali est réélu pour un cinquième mandat consécutif avec 89,62 % des voix, passant pour la première fois sous la barre des 90 %. La campagne est marquée par une visibilité accrue de son épouse Leïla [110] . Lun des gendres du couple, Mohamed Sakhr El Materi, est élu député à cette occasion [111] .

Révolution tunisienne de 2010-2011

Cependant, un climat insurrectionnel éclate suite à limmolation dun jeune vendeur de fruits et légumes ambulant, Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010 dans la région de Sidi Bouzid; celle-ci devient le théâtre démeutes meurtrières entre des habitants et les forces de lordre [112] . Ces événements, qui sétendent ensuite à dautres régions du pays, sinscrivent dans un contexte où le taux de chômage des jeunes diplômés est particulièrement élevé. Les causes sont également politiques : le président Ben Ali et sa famille, notamment celle de sa seconde épouse Leïla, les Trabelsi, qualifiée selon les observateurs de « clan quasi-mafieux », sont directement mis en cause dans des affaires de corruption, de détournement ou de vol, fléaux qui ont particulièrement pris de lampleur sous sa présidence [113] . Le 13 janvier 2011, Ben Ali annonce la prise de mesures extraordinaires lors dune intervention télévisée : la promesse dune pleine liberté de la presse et dexpression politique ainsi que son refus de se représenter aux élections prévues en 2014 [114] . Cependant, cette allocution ne contribue pas à calmer la colère de la population, contraignant le président à céder finalement le pouvoir à son Premier ministre Mohamed Ghannouchi le lendemain et à quitter le pays le soir même [115] . Conformément à la constitution, le président de la Chambre des députés, Fouad Mebazaa, est finalement proclamé président par intérim par le Conseil constitutionnel le 15 janvier. Celui-ci est chargé dorganiser des élections présidentielles dans les soixante jours [116] .

Le 17 janvier, un « gouvernement dunion nationale » de 24 membres incluant des opposants au régime déchu (dont trois chefs de lopposition légale) est constitué [117] . Le jour même, la libération de tous les prisonniers dopinion, la levée de linterdiction dactivité de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, « la liberté totale de linformation » ainsi que la légalisation de tous les partis politiques et associations qui le demanderaient, est annoncée [118] .

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Cependant, la présence de membres du RCD à des postes clés provoque de nouveau, en moins de 24 heures, la colère de la population et la démission de plusieurs ministres dopposition, fragilisant dautant plus ce gouvernement [119] . Le départ ou la radiation du RCD de plusieurs personnalités éminentes [120] nont aucun effet sur la suspicion que lopinion publique entretient à légard de lancien parti présidentiel, dont plusieurs manifestants réclament la dissolution [121] . Cependant, le 20 janvier, les ministres encore affiliés à cette formation annoncent lavoir quitté eux aussi [122] . Face à la pression de la rue exigeant leur départ, un remaniement ministériel a lieu le 27 janvier, écartant définitivement (hormis Mohamed Ghannouchi) les anciens membres du RCD de toutes responsabilités gouvernementales. Le 6 février, le ministre de lIntérieur Farhat Rajhi gèle les activités du RCD en attendant sa dissolution juridique, tandis que le parlement confère au président par intérim des pouvoirs supplémentaires, comme celui de dissoudre le parlement. Ghannouchi est cependant contraint de démissionner à son tour le 27 février à la suite de plusieurs jours de manifestations marquées par des violences ; il est remplacé le jour même à son poste par lavocat Béji Caïd Essebsi.

Politique

Politique intérieure

Béji Caïd Essebsi . Politique Politique intérieure Palais présidentiel de Carthage La constitution actuelle

La constitution actuelle est celle qui a été proclamée le 1 er juin 1959, trois ans après lindépendance. Elle a subi plusieurs amendements dont celui du