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Cours de traitement des eaux Dr. BENYOUCEF N.

I. Eau potable-eau usée : origines et indices de la qualité

II. Procédés de traitement des eaux


II.1 Prétraitement
Une usine de dépollution est une association de plusieurs étapes pour satisfaire les exigences
des normes de rejet. Les prétraitements tels que dégrillage, tamisage, dessablage et
dégraissage éliminent les matières les plus grossières susceptibles d’endommager les organes
mécaniques ou de perturber l’efficacité des étapes ultérieures comme la décantation et
l’aération. Les traitements primaires basés essentiellement sur les opérations unitaires de
génie chimiques permettent donc l’élimination des matières décantables.

II.1.1 Dégrillage
Dès sa prise, l’eau passe à travers des grilles pour arrêter les éléments grossiers (corps
flottants et gros déchets tel que des branchages et des cailloux). L’installation de dégrillage se
compose : d’un canal, de la grille, du dégrilleur et d’une benne pour les déchets.
L’espacement entre les barreaux des grilles est soit plus de 30 mm (dégrillage grossier), entre
10-30 (dégrillage moyen) ou de moins de 10 mm (dégrillage fin).

Figure II.1 : Dégrilleur (source http://www.ergolev.fr)

II.1.2 Tamisage
Ce procédé consiste en un filtrage plus fin de l'eau à travers une toile de fils ou de fibres ou à
travers une membrane poreuse. Les particules organiques, minérales et le plancton sont
interceptés si leur taille est supérieure à celle des ouvertures du microtamis. Celui-ci
n'améliore, ni la turbidité causée par de fines particules, ni la couleur de l'eau ; les argiles, les
substances dissoutes, les éléments colloïdaux minéraux et organiques ne se trouvant pas
arrêter.

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Figure II.2 : Tamis rotatif (source http://www.serinol.com)

II.1.3 Dessablage
Cette étape a pour but d’enlever le sable et les graviers. On utilise le principe des solides
minéraux (d=2,65) en se gardant de décanter les matières organiques (d=1,2) avec une vitesse
de passage de 0,3 à 0,6 m/s. En retenant les sables qui sont associés aux polluants, le
dessableur participe à la protection du milieu récepteur ; il permet également :

 d’éviter la détérioration des ouvrages situés en aval (usure des pièces mécaniques)
 de limiter la réduction de la débitance des collecteurs.

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Ainsi, l’implantation d’un dessableur diminuera les difficultés d’exploitation des réseaux
et la quantité de sables rejetée dans le milieu. Le dessableur doit être conçu pour que la
vitesse de l’eau à l’intérieur de l’ouvrage soit comprise entre 0,2 et 0,4 m/s. La conception
du dessableur se fait en fonction du choix de la taille des particules à éliminer (0,2 mm) et
de leur pourcentage à éliminer (80 à 95 %).Il existe deux grands types de dessableurs

 Longitudinal

 Circulaire

Figure II.3 : Type de Dessableurs (source http://www.directindustry.fr)

II.1.4 Dégraissage et déshuilage


Les opérations de dégraissage et de déshuilage consistent à séparer des produits de densité
légèrement inférieure à l’eau, par effet de flottation, naturelle ou assistée dans une enceinte
liquide de volume suffisant. L’injection de microbulles d’air permet d’accélérer la flottation
des graisses. Généralement les opérations de dessablage et déshuilage sont réalisées
conjointement dans la même enceinte.

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II.2 Procédés physico-chimiques


chimiques

II.2.1 Coagulation-floculation
floculation
La couleur et la turbidité d’une eau sont dues à la présence de particules de très faible
diamètre : les colloïdes. Leur élimination ne peut se baser sur la simple décantation. En effet,
leur vitesse de sédimentation est extrêmement faible. Le temps nécessaire pour parcourir 1m
en chute libre peut être de plusieurs années.
années. La coagulation et la floculation sont les processus
qui permettent l’élimination des colloïdes (figure II.4).

Figure II.4 : Mécanisme de la coagulation-floculation

II.2.1.1 Les colloïdes


Les matières existantes dans l’eau peuvent se présenter sous trois états suivants :

 Etat de suspension qui regroupe les plus grosses


gr particules.
 Etat colloïdal.
 Etat dissous des sels minéraux et des molécules organiques.

Cette classification résulte de la taille des particules. Les colloïdes présentent un diamètre
compris entre 1µm et 1nm. Ils présentent deux autres caractéristiques très importantes. Leur
rapport surface/volume leur confère des propriétés d’adsorption des ions présents dans l’eau.
Ce phénomène explique en partie l’existence
l’ dee charges électriques à leur surface
surface. Ces
charges souvent négatives, engendrent des forces de répulsion intercolloïdales. Celles Celles-ci
permettent d’expliquer la grande stabilité de ces particules mises en solution
solution. Leur densité qui
peut atteindre 2,5, ne modifie
fie pas la valeur de leur vitesse de décantation.

L’origine des colloïdes est très diverse. On peut citer : l’érosion du sol, la dissolution des
substances minérales, la décomposition des matières organiques, le déversement des eaux
résiduaires urbaines et industrielles ainsi que les déchets agricoles.

Les particules colloïdales sont soit hydrophiles, soit hydrophobes. Les particules hydrophiles
déshydratées se dispersent spontanément dans l'eau et sont entourées
entourée de molécules d'eau qui
préviennent tout contact
act ultérieur entre ces particules. Les particules hydrophobes ne sont pas

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entourées de molécules d'eau ; leur dispersion dans l'eau n'étant pas spontanée, on doit la
faciliter à l'aide de moyens chimiques ou physiques.

Dans une eau de surface, les colloïdes portent des charges électriques négatives situées à leur
surface. L’ensemble constitue la charge primaire de la particule qui a pour origine l’ionisation
des groupements chimiques tels que OH, COOH et NH2 et l’adsorption des anions présents
dans l’eau. Ces charges négatives attirent les ions positifs en solution dans l’eau. Ceux-ci sont
étroitement collés au colloïde et forment la couche liée ou de STERN. La couche de STERN
attire à son tour des anions accompagnés d’une faible quantité de cations. Cette nouvelle
formation comporte une alternance d’anions et de cations : c’est la couche diffuse ou couche
de GOUY. Il y’a donc formation d’une double couche ionique, présente au niveau de tout
colloïde (figure II.5).

Figure II.5: Distribution ionique autour d’un colloïde

La couche liée est définie entre la surface de la particule et la distance d1. Le potentiel
électrostatique décroit linéairement, car les cations constitutifs sont empilés uniformément. La
couche diffuse se situe entre les points d1 et d2. Sa répartition ionique n’étant pas figée car
issue d’un mélange aléatoire de cations et d’anions, le potentiel électrostatique décroit d’une
manière non linéaire.

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La limite entre la couche de STERN et celle de GOUY constitue le plan de cisaillement, qui
est caractérisé par un potentiel électrostatique appelé potentiel zéta noté ζ. Etant négatif, ce
potentiel inhibe toute agglomération des colloïdes, il est de l’ordre de -30 à -35mV pour les
eaux naturelles.

II.2.1.2 Phénomène de la coagulation

II.2.1.2.1 Principe
Il est admis que la stratégie d’élimination des colloïdes passe par l’annulation du potentiel
Zéta. En effet, la neutralisation des charges permet d’annuler les forces de répulsion. Les
solutions théoriquement possibles pour annuler le potentiel Zéta, sont nombreuses :

 Ajustement du pH pour atteindre le point isoélectrique des groupements fonctionnels


portés par les colloïdes ;
 Augmentation de la salinité pour obtenir une compression de la couche diffuse ;
 Neutralisation chimique de la charge primaire par des cations polyvalents ou
polymères ;
 Piégeage dans les précipités de type Al(OH)3 ou Fe(OH)3 ;
 Adsorption et pontage par des polymères chargés à longue chaine.

Les deux premières possibilités ne sont pas applicables au niveau industriel. On n’ose
d’imaginer les quantités d’acides ou de bases, ainsi que les montagnes de sels nécessaires au
traitement de millions de mères cubes d’eau.

II.2.1.2.2 Réactifs utilisés


Les produits les plus utilisés pour la purification des eaux sont les sels d'aluminium et de fer.
On a longtemps pensé que ces sels libéraient des ions Al3+ et Fe3+ qui neutralisaient la force
de répulsion entre les particules colloïdales et favorisaient ainsi la coagulation. On sait
maintenant que les mécanismes qui entrent en jeu sont plus complexes et que les produits
d'hydrolyse des sels d'aluminium et de fer sont des coagulants plus efficaces que les ions eux-
mêmes.

L’efficacité des coagulants est directement liée à la valence des cations utilisés. Les ions
monovalents sont moins efficaces que les bi ou trivalents.

Il est évident que les doses du coagulant à mettre en œuvre (dose optimale) sont déterminées
par l’étude du potentiel Zéta en fonction du taux du coagulant : la dose optimale étant celle
pour laquelle le potentiel Zéta devient nul (figure II.6).

La mise en solution d’un coagulant se déroule en deux étapes. Le cas du sulfate d’alumine est
très significatif. Les réactions peuvent être représentées de la façon suivante :

Al2(SO4)3 Alx(OH)y (SO4)z Al(OH)3


Etape 1 Etape 2 Précipité
Intermédiaires
polychargés

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Figure II.6 : Evolution du potentiel Zéta des eaux traitées en fonction type et du taux de
coagulant.

L’étape 1 est une phase d’hydrolyse. Des intermédiaires polychargés positifs se forment et
permettent de neutraliser la charge primaire négative des colloïdes. Cette étape dépend de la
température et du pH qui doit être compatible avec la formation de ces composés. Le temps de
formation de ces composés est de l’ordre de 0,1s.

L’étape 2 permet la formation de précipité Al(OH)3. Cette réaction dépend de l’agitation du


milieu. Ce précipité est l’élément qui assure le pontage et la coalescence entre les colloïdes
déstabilisées : c’est la forme floculante. Tout coagulant présente successivement les deux
formes actives coagulantes et floculantes. Le maintien de cette dernière dépend du pH du
milieu.

II.2.1.3 Phénomène de la floculation


Après avoir été déstabilisées, les particules colloïdales ont tendance à s'agglomérer
lorsqu'elles entrent en contact les unes avec les autres, pour former des microflocs puis des
flocs plus volumineux et décantables. Le taux d'agglomération des particules dépend de la
probabilité des contacts et de l'efficacité de ces derniers. La floculation a justement pour but
d'augmenter la probabilité des contacts entre les particules, lesquels sont provoqués par la
différence de vitesse entre ces particules.

Les floculants sont des composés agissant par pontage. Il s’agit de polymères à haut poids
moléculaire présentant des groupes réactionnels de charges inverses de celle de la suspension
à traiter. On distingue les floculants naturels et les floculants synthétiques.

Les polymères synthétiques se répertorient en polyanions, polycations, non ioniques et


amphotères. Ce sont des polymères de type polyacrylamide ou polyacrylate.

On distingue comme floculants naturels, ceux de nature organique comme l’alginate ou


aqualgine extraits des algues et l’amidon G 60 issu de la pomme de terre ou du tapioca et ceux

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de nature minérale telle que la silice activée, l’alumine et la bentonite. Laminaria digitata est
l’algue la plus utilisée pour la production d’alginate.

II.2.1.4 Technologie de la coagulation-floculation

II.2.1.4.1 Stratégie
La stratégie de mise en œuvre de la coagulation-floculation est basée sur l’association dans un
temps assez court, deux phases distinctes et incompatibles. En effet, les conditions de mise en
œuvre de la coagulation sont différentes de celles de la floculation. On distingue les deux
phases suivantes :

-1ére phase : mélange rapide et vigoureux.

-2éme phase : mélange lent.

Dans un premier temps, un mélange rapide est nécessaire pour disperser les additifs dans la
totalité du volume d’eau à traiter. L’injection se fait dans une zone de turbulence créée par des
chicanes ou par mélange mécanique avec des pales ou hélices. La deuxième phase favorise les
contacts entre les particules de floc sans les léser. Le mélange doit être néanmoins assez
énergétique pour engendrer des différences de vitesse dans le bassin nécessaire à la rencontre
des particules.

II.2.1.4.2 Principe de dosage du coagulant


Les bases théoriques de la coagulation-floculation ne permettent pas à elles seules de préciser
les dosages optimaux de coagulation-floculation d’une eau donnée.

Afin de déterminer les doses nécessaires pour une bonne coagulation floculation, il faut
toujours avoir recours à l’expérience dite « Jar-test ».

En plus de la détermination la dose de la coagulation, les essais de jar-test permettent de


visualiser la floculation et de connaître ses effets aussi bien sur l’eau décantée que sur les
boues. Ils doivent être effectués à une température voisine de celle que possédera
effectivement l’eau au cours de son traitement in situ.

une série de béchers sont agités de façon identique. Un bêcher contient une suspension
témoin (sans addition de coagulant). Les autres contiennent la même suspension mais soumise
à des doses croissantes de coagulant. Les réactifs sont d’abord mélangés rapidement pendant
une courte durée. Puis l’agitation est réduite pour favoriser la floculation (5 min puis 1 min).
Enfin les flocons sont laissés au repos et les résultats sont appréciés visuellement ou par des
mesures de turbidité exprimée en NTU (Néphlometric Turbidity Unit).

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Figure II.7 : Jar test et turbidimètre

Le tracé turbidité versus concentration en coagulant permet donc de déterminer la


concentration optimale du coagulant à utiliser pour atteindre une meilleure efficacité du
procédé et une bonne élimination des colloïdes.

Figure II.8 : Turbidité=f (dose du coagulant)

II.2.2 Décantation-Flottation
Ces procédés sont des méthodes de séparation des matières en suspension et des colloïdes
rassemblés en floc, après l’étape de coagulation-floculation. Si la densité des flocs est
supérieure à celle de l’eau, il y’a décantation. L’eau clarifiée située prés de la surface est
dirigée vers les filtres à sable. Dans le cas des particules de densité inferieure à celle de l’eau,
le procédé de flottation est à appliquer.

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II.2.2.1 Décantation

II.2.2.1.1 Théorie du phénomène


Toute particule présente dans l’eau est soumise à deux forces. La force de pesanteur qui est
l’élément moteur permet la chute de cette particule. Les forces de frottement dues à la trainée
du fluide s’opposent à ce mouvement. La force résultante en est la différence.

Si on laisse reposer une suspension solide dans une phase liquide, on observe que les
particules sous l'action de la pesanteur et de la poussée d'Archimède, tendent à tomber vers le
fond ou à remonter à la surface selon leur densité et leur taille. Cette décantation peut
cependant être relativement lente pour les très fines particules (sensibles à l'agitation
thermique) et les liquides particulièrement visqueux. Toutefois, il est possible d'agir sur
plusieurs paramètres pour augmenter la vitesse de sédimentation :

 le diamètre des particules, en utilisant des floculants.

 la différence de densité.

 la viscosité du fluide, qui diminue avec l'élévation de la température.

 la surface de base du bac.

II.2.2.1.2 Procédés et technologie de la décantation


Il existe différents types de décantation

II.2.2.1.2.1 Décantation statique


L’étude porte sur un décanteur rectangulaire à flux horizontal. Les particules sont considérées
indépendantes et tombent à leur propre vitesse. L’écoulement doit être laminaire sans
turbulence ni courant. La floculation s’est déroulée en amont du décanteur et il n’y a pas de
remise en suspension de la boue. La condition est que les particules atteignent le fond de
l’ouvrage avant de sortir.

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La particule A est soumise à deux forces qui sont représentées par Ueau et Vs
perpendiculaires. La valeur de Vs est donnée par l’expression de STOKES. A une trajectoire

oblique on a ܸ‫ = ݏ‬௅ ܷ݁ܽ‫ݑ‬.

Il faut considérer tout le flux d’eau et pas seulement la tranche qui contient la particule A. en
conséquence, on multiplie par la largeur I.
ுூ
On a donc ܸ‫= ݏ‬ ܷ݁ܽ‫ݑ‬
௅ூ

Le produit HI représente la surface traversée par l’eau. La quantité HI a pour des m 3.h-1, c’est
donc un débit. La surface au sol du décanteur est donnée par le produit LI.

II.2.2.1.2.2 Décantation lamellaire


La nécessité de disposer de décanteurs de faible surface pouvant admettre de forts débits
exigea une modification de la technologie. Pour remplir cet objectif, on dispose des lamelles,
tubes ou modules hexagonaux selon un angle α par rapport à l’horizontale. Chaque élément
est un décanteur unitaire.

Les décanteurs lamellaires peuvent être considérés comme des décanteurs multi-étages dans
lesquels la surface S a été multipliée par les lamelles parallèles entre elles, en respectant un
angle permettant l’évacuation des boues. Trois possibilités de circulation de l’eau et des boues
existent. Si l’eau brute à traiter et les boues circulent dans le même sens, il s’agit d’une
décantation à co-courant. Une circulation en sens inverse donne un décanteur à contre
courant. Il existe aussi des ouvrages lamellaires à flux croisé. Lors du fonctionnement la boue
s’accumule sur les lamelles et est ainsi éliminée par raclage.

II.2.2.1.2.3 Décantation par contact de boue.


La floculation est améliorée si la concentration en particules augmente. L’idée est de mettre
en contact l’eau floculée avec des boues déjà formées. La décantation est ainsi améliorée. On
distingue les procédés à contact et les procédés à recirculation de boue.

Dans la première catégorie, un lit de boue est maintenu en suspension fluide par une
alternance de phases de compression et d’expansion. Lors de la première phase, une pompe à
vide crée une dépression qui aspire l’eau floculée dans la cloche. Sa durée est de l’ordre de 40
à 50 secondes. Un flotteur annexé au système monte avec l’eau et atteint un seuil
prédéterminé. La pompe s’arrête et une vanne casse vide rétablit la pression atmosphérique.
Cette chasse permet le passage de l’eau floculée dans le bas du décanteur. C’est la phase
d’expansion des boues. L’eau traverse cette masse en y abandonnant ces flocs.

Dans les décanteurs à recirculation, les boues sont séparées de l’eau clarifiée dans une zone de
décantation. Elles sont ensuite en partie recyclées vers une zone de mélange munie d’une
agitation mécanique ou hydraulique et mélangée à l’eau floculée.

II.2.2.1.2.4 Décantation à floc lesté


D’après la loi de STOKES, la vitesse de sédimentation des particules est d’autant plus rapide
que leur densité est élevée. Le lestage du floc par microsable permet d’augmenter la vitesse de

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décantation et par conséquent la vitesse de surverse de l’eau. Comparativement à un décanteur


horizontal et pour une même surface au sol, le débit admissible est beaucoup plus élevé. De
plus, l’utilisation d’un sable enrobé d’un adjuvant de floculation peut fixer à sa surface des
matières colloïdales. Le sable pollué est soutiré de l’ouvrage en même temps que la boue. Il
est ensuite nettoyé dans un hydrocyclone et réinjecté en tête de décanteur. Il est préconisé
d’employer une concentration en microsable comprise entre 1 et 2 g.L-1. Ces décanteurs
autorisent des vitesses de surverse comprises entre 5 et 40 m.h-1.

Il est à noter que certains décanteurs présentent un mélange de plusieurs technologies.

II.2.2.2 Flottation

II.2.2.2.1 Principe
La flottation est un procédé de séparation liquide-liquide basé sur la formation d’un ensemble
appelé attelage, formé des particules à éliminer, de bulles d’air et des réactifs, plus léger que
l’eau. Cette technique convient principalement pour éliminer les particules de diamètre
compris entre 1 et 400 µm.

Les particules de floc doivent entrer en contact avec les bulles d’air. L’adhésion ne peut se
faire que si les bulles ont plus d’affinité pour le solide que pour l’eau. Il faut augmenter le
caractère hydrophobe ou aérophile des particules de floc par l’addition d’un agent collecteur.
En général, les particules de floc de taille moyenne de 1mm sont parsemées de bulles d’air de
50µm.

II.2.2.2.2 Technologie de la flottation


L’eau brute, préalablement floculée, est mélangée à la partie basse de l’ouvrage dans une
chambre de contact avec l’eau pressurisée, qui est distribuée uniformément par des pots de
détente, pour éviter la destruction des flocs. La boue accumulée en surface forme le gâteau. Il
est évacué périodiquement par raclage. L’eau clarifiée est collectée à l’aval de l’ouvrage sous
une cloison siphoïde. Un système de pressurisation –détente permet d’obtenir des bulles de
même dimension. La chambre de mélange est conçue pour obtenir des microbulles
essentielles au processus. Les courants turbulents perturbateurs étant réduits, leur vitesse
ascensionnelle est très faible et leur forte concentration augmente la probabilité de leur
rencontre avec les particules de floc. L’injection de l’eau floculée est verticale et celle de
l’eau pressurisée tangentielle à la précédente. La chambre de mélange est le lieu de formation
des attelages.

L’ozoflottation est procédé breveté basé sur l’utilisation d’ozone en remplacement de l’air. Ce
procédé est très efficace en cas d’eau riche en algue ou en matières organiques colloïdales.

II.2.2.3 La filtration
La filtration est un procédé physique destiné à clarifier un liquide qui contient des MES en le
faisant passer à travers un milieu poreux. La filtration, habituellement précédée des
traitements de coagulation, de floculation et de décantation, permet d'obtenir une bonne
élimination des bactéries, de la couleur, de la turbidité et, indirectement, de certains goûts et
odeurs.

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La rétention des MES se déroule à la surface des grains grâce à des forces physiques. La plus
ou moins grande facilité de fixation dépend étroitement des conditions d’exploitation du filtre
et du type de matériau utilisé. L’espace intergranulaire définit la capacité de rétention du
filtre. Au fur et à mesure du passage de l’eau, cet espace se réduit, le filtre se colmate. Les
pertes de charge augmentent fortement. Il faut alors déclencher le rétrolavage.

II.2.2.3.1 Matériaux de filtration


Les matériaux utilisés sont des granules libres non adhérents les uns aux autres, insolubles,
inattaquables par le liquide filtré ni par les solides retenus. Dans le cas des premiers étages de
filtration, le choix se porte sur le sable quartz rond, la pierre ponce ou hydroanthracite pour
les filtres bicouches. La pouzzolane est réservée à la déferrisation sous pression. Le charbon
actif en grains est utilisé en deuxième étage afin d’améliorer les qualités organoleptiques ou
d’éliminer les micropolluants.

Sable quartz rond Pierre ponce

II.2.2.3.2 Caractéristiques des matériaux de filtration


Les principales caractéristiques d'un matériau filtrant sont :

• le diamètre effectif et le coefficient d'uniformité,

• la densité relative,

• la masse unitaire sèche (maximale et minimale)

• la porosité (maximale et minimale).

Il existe d'autres caractéristiques, beaucoup plus difficiles à mesurer, comme la forme des
grains et la surface spécifique.

La granulométrie est la mesure des dimensions des grains d’un mélange ainsi que la
détermination de leur forme et leur répartition statistique. Ce paramètre est déterminé à partir
de la norme NF. X.11.507.

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Cent grammes de matériau ( 50g dans le cas du charbon actif), sont séchés 4 heures à 120
°C.il sont passés sur tamis normalisés AFNOR X.11.501, dont la taille des mailles est
décroissante. On note la masse retenue sur chaque tamis et celle ayant réussi à passer. On
obtient respectivement le refus et le tamisat qui sont pesés et exprimés en pourcentage du
poids de l’échantillon. On trace sur papier semilogarithmique, les mailles des tamis en
abscisse et les pourcentages cumulés des poids des tamisats correspondant à l’ouverture des
mailles.

Figure II.9 : courbes granulométriques sable et charbon actif.

Il est important de connaitre la taille du plus petit et du plus gros grain afin de déterminer
l’homogénéité du matériau.

La taille effective notée TE est celle qui correspond à l’ouverture de la maille laissant passer
10% du matériau. La connaissance de ce paramètre permet de savoir que 90% de la masse des
grains ont un diamètre supérieur à TE . le coefficient d’uniformité noté CU est le rapport des
ouvertures de maille laissant passer respectivement 60 et 10% du sable.
்ா ଺଴
On a donc ‫் = ܷܥ‬ாଵ଴ si ce paramètre tend vers 1, les grains du matériau présentent la même
granulométrie.

L’homogénéité est respectée et satisfaisante pour les valeurs suivantes :

 TE de 3 à 5% supérieure à la taille du grain le plus fin


 CU compris entre 1,35 et 1,4.

II.2.2.3.3 Constitution d’un filtre


Tout filtre est composé de trois parties. On retrouve le fond, le gravier support et le matériau
filtrant. Le premier élément doit être solide pour supporter le poids de l’eau, du sable et du
gravier. Il doit permettre la collecte et l’évacuation de l’eau filtrée, le plus souvent par des
buselures incorporées, et la répartition uniforme de l’eau de lavage. Le gravier à pour rôle de
retenir le sable et d’améliorer la distribution de l’eau de lavage dans le filtre.

Il faut distinguer les filtres fermés sous pression et les filtres ouvert. Ces derniers sont en
générale en béton et à l’air libre. La vitesse de filtration qui donne le débit admissible est de

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l’ordre de 5 à 6 m.h-1 pour un matériau unique type sable et d’environ 10 m.h-1 pour les filtres
bicouches. Ces filtres alternent sable et anthracite.

Les filtres fermés sous pression acceptent des vitesses de filtration beaucoup plus élevées que
les filtres ouverts. Les valeurs sont comprises entre 5 et 20 m.h-1.

II.2.2.3.4 Mécanisme de filtration


La filtration se déroule dans le volume des vides du matériau quantifié par le paramètre ε.
Trois mécanismes sont possibles :

 La capture caractérisée par l’interception de la particule par frottement grâce à son


inertie et sa décantation.
 La fixation due aux forces d’adsorption de type VAN DER WALLS et facilitée par
une faible vitesse de l’eau
 Le détachement sous l’influence de la vitesse de l’eau lors du lavage.

L’espace intergranulaire diminue avec l’accumulation des MES. En conséquence, le passage


de l’eau se réduit : c’est le colmatage. Il s’agit de l’obstruction progressive des interstices du
matériau filtrant. Ce phénomène provoque une perte charge. En effet, on a une augmentation
de la vitesse de filtration car le débit admis reste constant et la surface filtrante disponible
diminue.

Le lavage des filtres est réalisé en inversant le sens d’écoulement de l’eau. Le sable est mis en
expansion et les impuretés, moins denses que les grains de sable, sont décollés par les
phénomènes de frottement intergranulaires. On injecte donc de l’air pour augmenter les
turbulences afin de décoller efficacement les particules de floc fixées sur les grains.

II.2.2.4 Désinfection
La désinfection est un traitement visant à éliminer les microorganismes pathogènes (bactéries,
virus et parasites ainsi que la majorité des germes banals moins résistant). C’est le moyen de
fournir une eau bactériologiquement propre, toute en y maintenant un pouvoir désinfectant
suffisamment élevé pour éviter les reviviscences bactériennes dans les réseaux de distribution.
La désinfection est une post-oxydation.en eau potable, elle est assurée par des oxydants
chimiques tels que le chlore Cl2 , dioxyde de chlore ClO2, l’ozone O3 et dans un certain
nombre de cas, un procédé physique comme le rayonnement UV.

II.2.2.4.1 Principe
Les agents pathogènes transmis par voie hydrique sont de trois types : les bactéries, les virus
et les parasites. On recherche les GTCF, c'est-à-dire les germes témoins de contamination
fécale non pathogènes, mais qui sont la preuve d’une contamination fécale. Les coliformes,
streptocoques et salmonelles constituent les GTCF.

La disparition de ces germes par désinfection n’est pas nécessairement synonyme du zéro
risque sanitaire le choix doit se porter sur un GID ou germes indicateurs de désinfection plus
résistant que les pathogènes. Les bactériophages et les spores bactériennes remplissent cette
condition.

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La loi de CHICK est une relation empirique qui quantifie le nombre de micro-organismes
survivants au temps t en présence d’une concentration C d’un désinfectant.
ௗே
L’équation s’établit comme suit : = −݇ܰ avec k constante de réaction égal à ݇ = ‫ܥܣ‬௡
ௗ௧

ಿ೟
ே௧ ି௅௡
௡ ௡
En intégrant on obtient ‫݊ܮ‬ = ‫ݐ ܥܣ‬avec ‫=ݐ ܥ‬ ಿబ
avec :
ே଴ ஺

 N0 : nombre de micro-organismes à t=0.


 A : coefficient spécifique de létalité.
 N : coefficient de dilution.

Le coefficient A caractérise la sensibilité d’un micro-organisme précis en présence du


désinfectant étudié. Le coefficient n est une constante qui caractérise un désinfectant donné.
Le produit Cnt caractérise l’efficacité du désinfectant en fonction d’un temps de contact.par
exemple, le résultat d’une désinfection est le meme pour les couples concentration-temps de
contact de l’ordre de (3mg.L-1 , 5min) et (5mg.L-1 , 3min) pour un CT égal à 15 mg.L-1.min-1 .

II.2.2.4.2 Mode d’action des désinfectants


L’action d’un désinfectant chimique ou physique varie suivant de nombreux paramètres. Le
spectre d’activité et la solubilité du produit sont essentiels. Le pH influence l’efficacité du
chlore.

Seul l’ozone possède une forte activité virulicide. Il oxyde directement ou par radicaux libres
les protéines de l’enveloppe et de la capside dont la perméabilité augmente brutalement.
L’oxydation de l’acide nucléique est alors possible. Les cibles de la structure bactériennes
sont la membrane cytoplasmique, les enzymes respiratoires associées à l’ADN.
L’augmentation de la perméabilité membranaire provoque une fuite d’ions responsable d’une
chute de la pression osmotique qui entraine la lyse bactérienne. Les oxydants chimiques
classiques sont efficaces.

Les mécanismes de l’inactivation des protozoaires sont mal connus. Néanmoins, la rupture
membranaire semble être en cause. Le Cl2 et le ClO2 sont inefficaces. Seul l’ozone a une
action certaine.

La persistance d’un oxydant dans l’eau traitée ou rémanence, est la garantie de la limitation de
la prolifération des micro-organismes dans le réseau de distribution. L’ozone ne possède pas
cette qualité.

II.2.2.4.3 Pouvoir désinfectant


L’efficacité d’un oxydant est déterminée par la relation temps-dose pour inactiver 99% d’une
souche référence. Les bactéries sont référenciées par rapport à Escherichia coli, les par le
poliovirus et les protozoaires parasites par les kystes de Giardia.

Le chlore et le dioxyde de chlore ont un spectre d’activité et une efficacité comparable.


L’ozone est le désinfectant le plus puissant. Sa mise en œuvre au sein d’une filière de

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Cours de traitement des eaux Dr. BENYOUCEF N.

traitement est une garantie sur la qualité bactériologique d’une eau, même en ce qui concerne
les formes les plus résistantes comme les virus et les parasites.

En ce qui concerne les eaux résiduaires urbaines, la concentration en GTCF pour 100 ml
d’effluent entrant s’établit entre 107-109 de coliformes totaux, 106-108 de coliformes fécaux et
104-107 de streptocoques. Les différents traitements d’une filière classique permettent un
abattement bactérien sans avoir recours à un désinfectant.

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