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MP∗ 22-23

Réduction des endomorphismes

I. Préliminaires
Soit K un corps. Soit E un K-espace vectoriel non nul (n ∈ N∗ ).

1. Idéaux de la K-algèbre K[X]


Théorème (structure des idéaux de la K-algèbre K[X]) soit I une partie de K[X],
alors I est un idéal de la K-algèbre K[X] si et seulement s’il existe A ∈ K[X] tel que I = AK[X].
Preuve
• Soit A ∈ K[X]. On vérifie que AK[X] est un idéal de la K-algèbre K[X].
• Inversement, soit I un idéal de K[X]. Si I = {0}, alors I = 0 K[X]. On suppose à présent: I ̸= {0}.
Soit A ∈ I \{0} de degré minimal (licite). Montrons: I = AK[X].
A ∈ I et I est stable par multiplication par les éléments de K[X], donc AK[X] ⊂ I.
Soit P ∈ I. On effectue la division euclidienne de P par A: P = QA + R où (Q, R) ∈ K[X]2 et deg R < deg A.
Ainsi: R = P − QA ∈ I (car P ∈ I, QA ∈ AK[X] ⊂ I et I est stable par différence). Or deg R < deg A. Donc, par
définition de A: R = 0, puis: P = QA ∈ AK[X]. Donc I ⊂ AK[X].
D’où I = AK[X].
Proposition-définition soit I un idéal non nul de la K-algèbre K[X], alors il existe un unique polynôme
unitaire A ∈ K[X] tel que I = AK[X]: A est appelé le générateur unitaire de l’idéal non nul I.

2. Polynômes d’endomorphismes et de matrices carrées


Définition soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), pour tout P ∈ K[X], on note P (u) ∈ L(E) (P (M ) ∈ Mn (K)) l’endo-
morphisme de E (la matrice carrée) obtenu(e) en remplaçant formellement chaque occurrence de X par u (M )
dans l’expression de P (le coefficient constant a0 étant remplacé par a0 IdE (a0 In )).
Proposition-définition soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), alors:
ˆ l’application Φu (ΦM ): P 7→ P (u) (P (M )) est un morphisme de K-algèbres de K[X] dans L(E) (Mn (K)).
ˆ K[u] = Im Φu (K[M ] = Im ΦM ) est une sous-algèbre commutative de la K-algèbre L(E) (Mn (K)), appelée
la sous-algèbre des polynômes en l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) (les polynômes en u (M ) sont
exactement les combinaisons linéaires des puissances de u (M ): K[u] = vect (uk )k∈N (K[M ] = vect (M k )k∈N )).
ˆ Iu = ker Φu = { P ∈ K[X] / P (u) = 0L(E) } (IM = ker ΦM = { P ∈ K[X] / P (M ) = 0nn }) est un idéal de
la K-algèbre K[X], appelé l’idéal des polynômes annulateurs de l’endomorphisme u (la matrice carrée M ).
Preuve
Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . Soit (α, β) ∈ K 2 . On vérifie les identités: 1(u) = IdE , (αP + β Q)(u) = αP (u) + β Q(u) et
(P Q)(u) = P (u) ◦ Q(u) (1(M ) = In , (αP + β Q)(M ) = αP (M ) + β Q(M ) et (P Q)(M ) = P (M )Q(M )).
Théorème de décomposition des noyaux soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), soient P1 , . . . , Pr des polynômes
r
Q  r
L
non nuls de K[X], premiers entre eux deux à deux (r ∈ N), alors ker Pi ( u ) = ker Pi ( u ).
i=1 M i=1 M
Preuve
• Soient P et Q des polynômes non nuls de K[X], premiers entre eux. Montrons: ker (P Q)(u) = ker P (u)⊕ ker Q(u).
Soit x ∈ ker Q(u): x ∈ E et (Q(u))(x) = 0. Alors ((P Q)(u) )(x) = (P (u)) (Q(u))(x) = 0. Donc x ∈ ker (P Q)(u).
| {z } | {z }
= QP
Donc ker Q(u) ⊂ ker (P Q)(u). z}|{ =0
= P (u) ◦ Q(u)
Par symétrie, ker P (u) ⊂ ker ( P Q)(u). Donc ker P (u) et ker Q(u) sont des sous-espaces vectoriels de ker (P Q)(u).
P ∧ Q = 1, donc, d’après le théorème de Bézout, il existe (U, V ) ∈ K[X]2 tel que UP + V Q = 1. (⋆)
. Soit x ∈ ker P (u) ∩ ker Q(u). Alors, d’après (⋆), U (u) ◦ P (u) + V (u) ◦ Q(u) = IdE , puis, en évaluant en x, il
vient (expliquer): x = 0. Donc ker P (u) ∩ ker Q(u) = {0}.
. Soit x ∈ ker (P Q)(u). Alors, d’après (⋆), x = y + z où y = ((V Q)(u))(x) ∈ ker P (u) et z = ((U P )(u))(x) ∈ ker Q(u)
(justifier). Donc x ∈ ker P (u)+ ker Q(u). Donc, compte-tenu du premier tiret, ker (P Q)(u) = ker P (u)+ ker Q(u).
D’où ker (P Q)(u) = ker P (u) ⊕ ker Q(u). r−1
Q
• Lorsque r ≥ 3, on applique de façon itérée le premier point sachant que Pr est premier avec Pi .
i=1
3. Valeurs propres, vecteurs propres, sous-espaces propres
Définitions soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), on appelle valeur propre de l’endomorphisme u (la matrice carrée M )
tout scalaire λ ∈ K tel que ker(u − λIdE ) ̸= {0} (ker(M − λIn ) ̸= {0nn }) et, dans ce cas, le sous-espace vectoriel
non nul Eλ (u) = ker(u − λIdE ) = { x ∈ E / u(x) = λx } (Eλ (M ) = ker(M − λIn ) = { X ∈ K n / M X = λX }) est
appelé le sous-espace propre de l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) associé à la valeur propre λ et tout
vecteur non nul de Eλ (u) (Eλ (M )) est appelé vecteur propre de u (M ) associé à la valeur propre λ,
le spectre de l’endomorphisme u (la matrice carrée M ), noté Sp u (SpK M ), est par définition l’ensemble de ses
valeurs propres (ce sont les définitions géométriques appliquées à l’endomorphisme uM canoniquement associé).

1
Théorème soit u ∈ L(E), soient λ1 , λ2 , . . . , λp des valeurs propres distinctes de l’endomorphisme u (p ∈ N),
alors les sous-espaces propres Eλ1(u), Eλ2 (u), . . . , Eλp(u) sont en somme directe (énoncé matriciel analogue),
ainsi, toute famille de vecteurs propres de u associés à des valeurs propres distinctes est libre.
Preuve
On applique le théorème de décomposition des noyaux aux polynômes X − λ1 , X − λ2 , . . . , X − λp (expliquer).

II. Réduction des endomorphismes et des matrices carrées


Soit K un corps. Soit E un K-espace vectoriel non nul de dimension finie n.

1. Propriétés fondamentales en dimension finie


Proposition (caractérisation des valeurs propres en dimension finie) soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), soit λ ∈ K,
alors λ est valeur propre de u (M ) si et seulement si u − λIdE ̸∈ GL(E) (M − λIn ̸∈ GLn (K)).
Proposition soit u ∈ L(E), soit e une base de E, on note A = Mat u ∈ Mn (K), alors Sp u = SpK A.
e
Conséquence soit (M, M ′ ) ∈ Mn (K)2 , si les matrices carrées M et M ′ sont semblables, alors SpK M = SpK M ′
(le spectre d’une matrice carrée est un invariant de similitude matricielle).
Théorème soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), alors l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) admet au plus n valeurs
propres distinctes et ses sous-espaces propres sont en somme directe.
Proposition les valeurs propres d’une matrice carrée triangulaire sont exactement ses coefficients diagonaux.

2. Polynôme minimal d’un endomorphisme, d’une matrice carrée


Proposition-définition soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), alors:
ˆ l’idéal Iu (IM ) est non nul et le polynôme minimal de l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est par
définition le générateur unitaire Πu (ΠM ) de l’idéal non nul Iu (IM ): Iu = Πu K[X] (IM = ΠM K[X])
(ainsi, pour tout P ∈ K[X], P (u) = 0L(E) (P (M ) = 0nn ) si et seulement si Πu (ΠM ) divise P ).
ˆ on note d = deg Πu ∈ N∗, alors la famille (IdE , u , u22 , . . . , ud−1 ) est une base de K[u ] (ainsi, dim K[u ] = d).
M
In M M M d−1 M M
Preuve
• Φu n’est pas injectif (car K[X] est de dimension infinie et L(E) est de dimension finie), donc Iu = ker Φu ̸= {0}.
• 1 ̸∈ Iu (car 1(u) = IdE ), donc d ∈ N∗ . La famille β = (IdE , u, u2 , . . . , ud−1 ) est une famille de vecteurs de K[u].
d−1 d−1
Soit (λi )0≤i≤d−1 ∈ K d telle que λi ui = 0L(E) . On pose: P = λi X i . Ainsi, P ∈ Iu = Πu K[X].
P P
i=0 i=0
Or deg P < d = deg Πu . Donc P = 0. Ainsi, pour tout i ∈ [[0; d − 1]], λi = 0K . Donc la famille β est libre.
Soit v ∈ K[u]: il existe P ∈ K[X] tel que v = P (u). On effectue la division euclidienne de P par Πu : P = Q Πu +R
où (Q, R) ∈ K[X]2 et deg R < deg Πu = d. Alors v = P (u) = Q(u) ◦ Πu (u) + R(u) = R(u) ∈ vect β.
Donc β est une famille génératrice de vecteurs de K[u].
| {z }
= 0L(E)
D’où la famille β est une base de K[u].
Remarque en dimension infinie, l’idéal Iu peut être nul (envisager l’endomorphisme u : P 7→ XP de K[X]).
Proposition soit u ∈ L(E), soit e une base de E, on note A = Mat u ∈ Mn (K),
e
alors pour tout P ∈ K[X], Mat P (u) = P (A), ainsi, Iu = IA et Πu = ΠA .
e
Conséquences
ˆ soit M ∈ Mn (K), alors pour tout P ∈ K[X], uP (M ) = P (uM ), ainsi, IM = IuM et ΠM = ΠuM .
ˆ des matrices carrées semblables ont les mêmes polynômes annulateurs et le même polynôme minimal.
(invariants de similitude matricielle)
Proposition soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), alors:
ˆ pour tout P ∈ Iu , Sp u (SpK M ) est contenu dans l’ensemble des racines du polynôme P dans K (valable en
M
ˆ Sp u (SpK M ) est égal à l’ensemble des racines du polynôme minimal Πu dans K. dimension infinie).
M
Preuve
• Soit P ∈ Iu . Soit λ ∈ Sp u. Soit x ∈ Eλ (u) \ {0}. Alors P (λ) x = (P (u))(x) = 0. Or x ̸= 0. Donc P (λ) = 0K .
| {z }
• L’inclusion directe découle du premier point (car Πu ∈ Iu ). = 0L(E)
Inversement, soit λ une racine de Πu dans K. Alors X− λ divise Πu : il existe Q ∈ K[X] tel que Πu = (X− λ)Q.
(u − λIdE ) ◦ Q(u) = Πu (u) = 0L(E) et Q(u) ̸= 0L(E) (car Πu ne divise pas Q), donc u − λIdE ̸∈ GL(E): λ ∈ Sp u.

3. Endomorphismes diagonalisables, matrices carrées diagonalisables


Définitions
ˆ soit u ∈ L(E), on dit que l’endomorphisme u est diagonalisable s’il existe une base e de E dans laquelle la
matrice ∆ de u est diagonale (i.e. il existe une base e de E constituée de vecteurs propres de u).
ˆ soit M ∈ Mn (K), on dit que la matrice carrée M est K-diagonalisable si elle est K-semblable à une matrice
carrée diagonale ∆ (i.e. il existe ∆ ∈ Dn (K) et P ∈ GLn (K) telles que M = P ∆P −1 ).

2
Proposition soit u ∈ L(E), soit e une base de E, on note A = Mat u ∈ Mn (K),
e
alors l’endomorphisme u est diagonalisable si et seulement si la matrice carrée A est K-diagonalisable.
Preuve
Cela découle du théorème de caractérisation géométrique des matrices carrées semblables.
Corollaire soit M ∈ Mn (K), alors la matrice carrée M est K-diagonalisable si et seulement si l’endomorphisme
uM ∈ L(K n ) canoniquement associé est diagonalisable.
Théorème (conditions nécessaires et suffisantes de diagonalisabilité) soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)),
on note λ1 , . . . , λp les valeurs propres distinctes de u (M ) (p ∈ [[0; n]]) et, pour tout i ∈ [[1; p]], ni = dim Eλi (u ),
M
alors les assertions suivantes sont équivalentes:
(1) l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est (K-) diagonalisable.
(2) il existe P ∈ K[X] \{0}, scindé dans K[X] à racines simples, tel que P (u) = 0L(E) (P (M ) = 0nn ).
p
Q
(3) le polynôme minimal Πu est scindé dans K[X] à racines simples (i.e. Πu = (X − λi )).
Lp p M
P M
i=1
(4) E = Eλi (u ) (i.e. ni = n).
Kn i=1 M i=1
Preuve
• On suppose que l’endomorphisme u est diagonalisable. Soit e une base de E diagonalisant u. Alors le polynôme
Qp
P = (X − λi ) ∈ K[X] \{0} est scindé dans K[X] à racines simples et annule u (car Mat P (u) est diagonale et
i=1 e
ses coefficients diagonaux sont de la forme P (λ) où λ ∈ Sp u, donc nuls). D’où (1) implique (2).
• On suppose qu’il existe P ∈ K[X] \{0}, scindé dans K[X] à racines simples, tel que P (u) = 0L(E) .
Alors le polynôme minimal Πu , qui divise P , est aussi scindé dans K[X] à racines simples. D’où (2) implique (3).
• On suppose Πu scindé dans K[X] à racines simples. Comme Πu est unitaire et ses racines dans K sont exacte-
Qp
ment les valeurs propres de u, Πu = (X − λi ). Les polynômes X − λ1 , . . . , X − λp sont premiers entre eux deux
i=1 Lp Lp
à deux, donc, d’après le théorème de décomposition des noyaux, E = ker Πu (u) = ker(X − λi )(u) = Eλ (u).
| {z } i=1 | {z } i=1 i
D’où (3) implique (4). p = 0L(E) = u − λi IdE
L
• On suppose enfin: E = Eλi (u). Soit β une base de E adaptée à cette décomposition. Alors β diagonalise u.
D’où (4) implique (1). i=1
Corollaire (condition suffisante de diagonalisabilité) soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), si u (M ) admet exactement
n valeurs propres distinctes, alors u (M ) est diagonalisable et ses sous-espaces propres sont de dimension 1.

4. Polynôme caractéristique d’un endomorphisme, d’une matrice carrée


Proposition-définition soit M ∈ Mn (K), alors χM = det(X In − M ) est un polynôme unitaire de degré n,
appelé le polynôme caractéristique de la matrice carrée M : χM = X n − (Tr M )X n−1 + . . . + (−1)n det M ∈ K[X].
Preuve
On utilise l’expression du déterminant en fonction des coefficients, ainsi que: χM (0K ) = det(−M ) = (−1)n det M .
Proposition soit (M, M ′ ) ∈ Mn (K)2 , si les matrices carrées M et M ′ sont semblables, alors χM = χM ′
(le polynôme caractéristique d’une matrice carrée est un invariant de similitude matricielle).
Preuve
Si M et M ′ sont semblables, il existe P ∈ GLn (K) telle que M ′ = P −1 M P , donc X In − M ′ = P −1 (X In − M )P ,
donc X In − M et X In − M ′ sont semblables (dans Mn (K(X))), donc ont le même déterminant: χM = χM ′ .
Proposition-définition soit u ∈ L(E), soit e une base de E, on note A = Mat u ∈ Mn (K),
e
on définit le polynôme caractéristique de l’endomorphisme u: χu = χA (indépendant de la base e de E choisie),
il s’agit d’un polynôme unitaire de degré n vérifiant la propriété: ∀λ ∈ K, χu (λ) = det(λIdE − u).
Proposition soit M ∈ Mn (K), alors χM = χuM .
Proposition soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), alors Sp u (SpK M ) est égal à l’ensemble des racines du polynôme
caractéristique χu dans K.
M

Théorème soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), on note λ1 , . . . , λp les valeurs propres distinctes de u (M ) (p ∈ [[0; n]]),
pour tout i ∈ [[1; p]], on note ni = dim Eλi (u ) et on note αi l’ordre de multiplicité de la racine λi du polynôme
M
caractéristique χu (αi est appelé l’ordre de multiplicité de la valeur propre λi ), alors:
M
ˆ pour tout i ∈ [[1; p]], ni ≤ αi (un sous-espace propre associé à une valeur propre simple est de dimension 1).
ˆ l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est (K-) diagonalisable si et seulement si son polynôme carac-
téristique χu est scindé dans K[X] et pour tout i ∈ [[1; p]], ni = αi .
M
Preuve
n
• Soit i ∈ [[1; p]]. En raisonnant dans une base de E adaptée au sous-espace propre Eλi (u), (X − λi ) i divise χu .

3
p
L
• Si u est diagonalisable, on calcule χu dans une base de E adaptée à la décomposition E = Eλi (u).
i=1
On suppose χu scindé dans K[X] et pour tout i ∈ [[1; p]], ni = αi . Comme χu est unitaire et ses racines dans K
p p
Q n P
sont exactement les valeurs propres de u, χu = (X − λi ) i , puis ni = deg χu = n. Donc u est diagonalisable.
i=1 i=1

5. Endomorphismes trigonalisables, matrices carrées trigonalisables


Définitions
ˆ soit u ∈ L(E), on dit que l’endomorphisme u est trigonalisable s’il existe une base e de E dans laquelle la
matrice T de u est triangulaire supérieure.
ˆ soit M ∈ Mn (K), on dit que la matrice carrée M est K-trigonalisable si elle est K-semblable à une matrice
carrée triangulaire supérieure T (i.e. il existe T ∈ Tn (K) et P ∈ GLn (K) telles que M = P T P −1 ).
Proposition avec les notations précédentes, les coefficients diagonaux µ1 , . . . , µn de T sont alors les n valeurs
propres comptées avec multiplicité de l’endomorphisme u (la matrice carrée M ):
Qn n
P Qn
χu = (X − µi ), Tr u = µi et det u = µi .
M
i=1 M i=1 M i=1
Proposition soit u ∈ L(E), soit e une base de E, on note A = Mat u ∈ Mn (K),
e
alors l’endomorphisme u est trigonalisable si et seulement si la matrice carrée A est K-trigonalisable.
Preuve
Cela découle du théorème de caractérisation géométrique des matrices carrées semblables.
Corollaire soit M ∈ Mn (K), alors la matrice carrée M est K-trigonalisable si et seulement si l’endomorphisme
uM ∈ L(K n ) canoniquement associé est trigonalisable.
Théorème (caractérisations des endomorphismes nilpotents) soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)),
alors les assertions suivantes sont équivalentes:
(1) l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est nilpotent(-e).
(2) il existe une base de E dans laquelle la matrice de l’endomorphisme u est (la matrice carrée M
est K-semblable à une matrice carrée) triangulaire supérieure de coefficients diagonaux nuls
(i.e. l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est (K-) trigonalisable et SpK u = {0K }).
M
(3) un = 0L(E) (M n = 0nn ).
(ainsi, la trace d’un endomorphisme nilpotent de E (d’une matrice carrée M ∈ Mn (K) nilpotente) est nulle et
son indice de nilpotence (i.e. le plus petit p ∈ N∗ tel que up = 0L(E) (M p = 0nn )) est inférieur ou égal à n).
Preuve
• On suppose u nilpotent. On note p son indice de nilpotence. Soit β une base de E adaptée à la suite d’inclusions
ker u ⊂ ker u2 ⊂ . . . ⊂ ker up = E. Alors Mat u est triangulaire supérieure de coefficients diagonaux nuls.
β
D’où (1) implique (2).
• (2) implique (3) (par calcul matriciel) et (3) implique (1) (par définition d’un endomorphisme nilpotent).
Théorème (trigonalisation par blocs) soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), on suppose que le polynôme minimal Πu
M
est scindé dans K[X], on note λ1 , . . . , λp les valeurs propres distinctes de u (M ) (p ∈ [[1; n]]), alors:
p
γ p
ˆ le polynôme minimal Πu se factorise sous la forme: Πu = (X − λi ) i où (γi )1≤i≤p ∈ (N∗ ) .
Q
M M
i=1
γ
ˆ pour tout i ∈ [[1; p]], le sous-espace vectoriel Fλi (u ) = ker (u − λi IdE ) i est stable par l’endomorphisme u
M M I uM
 n
et l’endomorphisme ui ∈ L Fλi (u ) induit par la restriction de l’endomorphisme au sous-espace vectoriel
u
M uM
stable Fλi (u ) s’écrit comme la somme d’une homothétie de rapport λi et d’un endomorphisme nilpotent.
p M
ˆ E=
L
Fλi (u ) (⋆) (ainsi, le K-espace vectoriel E se décompose en somme directe de sous-espaces vectoriels
Kn i=1 M Kn
stables par u sur chacun desquels u induit la somme d’une homothétie et d’un endomorphisme nilpotent).
uM uM
ˆ il existe une base β = β1∧. . .∧ βp de E, adaptée à la décomposition (⋆), dans laquelle la matrice T de u est
diagonale par blocs de la forme T1 , . . . , Tp où, pour tout i ∈ [[1; p]], Ti = Mat ui est triangulaire supérieure
βi
de coefficients diagonaux égaux à λi (la matrice carrée M est K-semblable à la matrice carrée T )
(l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est dit(-e) (K-)trigonalisable par blocs (toujours vrai si K = C)).
Preuve
• Justification: Πu est unitaire, scindé dans K[X] et ses racines dans K sont exactement les valeurs propres de u.
γ
• Soit i ∈ [[1; p]]. Les endomorphismes u et (u − λi IdE ) i commutent, donc le sous-espace vectoriel Fλi (u) est stable
par u. On pose: vi = ui − λi IdFλi (u) ∈ L(Fλi (u)). Alors (justifier) viγi = 0L(Fλi (u)) et ui = λi IdFλi (u) + vi . (⋆)
γ γ
• Les polynômes (X − λ1 ) 1 , . . . , (X − λp ) p sont premiers entre eux deux à deux, donc, d’après le théorème de
p p
L γ L
décomposition des noyaux, E = ker Πu (u) = ker(X − λi ) i (u) = Fλ (u). (⋆)
| {z } i=1 | {z } i=1 i
• On utilise (2), (⋆) et (⋆). = 0L(E) = (u − λi IdE )γi

4
Proposition on conserve les notations précédentes et, pour tout i ∈ [[1; p]], on note αi′ = dim Fλi (u ) ∈ N∗ , alors
p M
α′
χu = (X − λi ) i, d’où, pour tout i ∈ [[1; p]], dim Fλi (u ) = αi′ = αi (ordre de multiplicité de la valeur propre λi ).
Q
i=1 M

Théorème de Cayley-Hamilton soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)), alors χu u = 0L(E) (i.e. Πu divise χu ).
M M M M
nn 0
Preuve (lorsque K est le corps C ou R) p
Q
• On suppose: K = C. On adopte les notations du théorème précédent. Alors (justifier) χu = χui .
α′ α′ i=1
Soit i ∈ [[1; p]]. On note αi′ = dim Fλi (u) ∈ N∗ . Alors χui = (X − λi ) i . Ainsi, χui (ui ) = vi i = 0L(Fλi (u)) (car vi est
un endomorphisme nilpotent de Fλi (u)). Donc (justifier) χu (ui ) = 0L(Fλi (u)) . D’où (expliquer) χu (u) = 0L(E) .
• On en déduit l’énoncé matriciel complexe, puis réel (car Mn (R) ⊂ Mn (C)), puis l’énoncé géométrique réel.
Proposition avec les hypothèses et notations du théorème de trigonalisation par blocs, pour tout i ∈ [[1; p]],
α
Fλi (u ) = ker (u − λi IdE ) i (appelé le sous-espace caractéristique de l’endomorphisme u (la matrice carrée M )
M M In
associé à la valeur propre λi ).
Théorème (conditions nécessaires et suffisantes de trigonalisabilité) soit u ∈ L(E) (M ∈ Mn (K)),
alors les assertions suivantes sont équivalentes:
(1) l’endomorphisme u (la matrice carrée M ) est (K-) trigonalisable (par blocs).
(2) le polynôme caractéristique χu est scindé dans K[X].
M
(3) il existe P ∈ K[X] \{0}, scindé dans K[X], tel que P (u) = 0L(E) (P (M ) = 0nn ).
(4) le polynôme minimal Πu est scindé dans K[X].
M
Preuve
• (1) implique (2), d’après la première proposition du paragraphe II.5..
• (2) implique (3), d’après le théorème de Cayley-Hamilton.
• On suppose qu’il existe P ∈ K[X] \{0}, scindé dans K[X], tel que P (u) = 0L(E) .
Alors le polynôme minimal Πu , qui divise P , est aussi scindé dans K[X]. D’où (3) implique (4).
• (4) implique (1), d’après le théorème de trigonalisation par blocs.

6. Endomorphisme induit par la restriction d’un endomorphisme à un sous-espace vectoriel stable


Théorème soit u ∈ L(E), soit F un sous-espace vectoriel de E stable par l’endomorphisme u, on note v ∈ L(F )
l’endomorphisme de F induit par la restriction de l’endomorphisme u au sous-espace vectoriel stable F , alors:
ˆ χv divise χu et Πv divise Πu .
ˆ on suppose que l’endomorphisme u est diagonalisable (trigonalisable), alors l’endomorphisme v est diago-
nalisable (trigonalisable).
Preuve
• En raisonnant matriciellement dans une base de E adaptée au sous-espace vectoriel F , χv divise χu .
Le sous-espace vectoriel F est stable par l’endomorphisme u. (⋆)
Pour tout x ∈ F , (Πu (v))(x) = (Πu (u))(x) = 0. Donc Πu (v) = 0L(F ) . D’où Πv divise Πu .
cf (⋆) | {z }
= 0L(E)
• L’endomorphisme u est diagonalisable (trigonalisable), donc son polynôme minimal Πu est scindé dans K[X] à
racines simples (scindé dans K[X]), donc le polynôme minimal Πv , qui divise Πu , est aussi scindé dans K[X] à
racines simples (scindé dans K[X]), donc l’endomorphisme v est diagonalisable (trigonalisable).
Proposition soit (u, v) ∈ L(E)2 ((A, B) ∈ Mn (K)2 ), on suppose que les endomorphismes u et v (les matrices
carrées A et B) commutent, alors les sous-espaces propres de l’endomorphisme u (la matrice carrée A) sont stables
par l’endomorphisme v (l’endomorphisme uB ∈ L(K n ) canoniquement associé à la matrice carrée B).

5
III. Exercices d’acquisition du cours
Paragraphe I.1.
1. Soit K un corps. Soit (A, B) ∈ (K[X] \ {0})2 .
a. Montrer que AK[X] + BK[X] est un idéal non nul de K[X]. On note ∆ son générateur unitaire.
Montrer que les diviseurs de ∆ sont exactement les diviseurs communs de A et B. Que peut-on dire de ∆ ?
b. Montrer que AK[X] ∩ BK[X] est un idéal non nul de K[X]. Que peut-on dire de son générateur unitaire M ?

Paragraphe I.2.
2. Soit K un corps. Soit E un K-espace vectoriel non nul. Soit u ∈ L(E). Soit P ∈ Iu .
a. On suppose: P (0K ) ̸= 0K . Montrer: u ∈ GL(E).
b. On suppose: P ′ (0K ) ̸= 0K . Montrer: ker u = ker u2 et Im u = Im u2 . En déduire: E = Im u ⊕ ker u.

Paragraphe I.3.
3. On note E = C ∞ (R, C) le C-espace vectoriel des fonctions de classe C ∞ de R dans C.
a. Justifier que u : f 7→ f ′ estRun endomorphisme de E. Déterminer ses éléments propres. Qu’en déduit-on ?
x 
b. Justifier que v : f 7→ x 7→ 0 f est un endomorphisme de E. Déterminer ses éléments propres.

Paragraphe II.2.
4. Soit E un R-espace vectoriel non nul de dimension finie.
a. Soit λ ∈ R. Déterminer les endomorphismes de E dont le polynôme minimal est X − λ.
b. Déterminer les endomorphismes de E dont le polynôme minimal est X 2 − X (X 2 − 1).
5. Soit K un corps. Soit E un K-espace vectoriel non nul de dimension finie. Soit u ∈ L(E). Soit P ∈ K[X].
Montrer que l’endomorphisme P (u) est inversible si et seulement si P est premier avec Πu .

Paragraphe II.3.      
1 1 −1 2 1 −1 2 1 0
6. On considère les matrices carrées réelles: A =  0 −1 0 , B =  0 −1 0  et C =  0 −1 0 .
Etudier la R-diagonalisabilité de A, B et C. 0 0 2 0 0 2 0 0 2

7. Soit n ∈ N∗ . On considère la matrice carrée A ∈ Mn (R) dont tous les coefficients valent 1.
a. Montrer, sans calcul, que la matrice carrée A est R-diagonalisable et la diagonaliser.
 
b. Diagonaliser A de façon effective. 0 1 (0)
 .. 

 0 . 
8. Soit n ∈ N . On considère la matrice carrée: J = 
  ∈ Mn (C).
. .

 (0) . 1 
1 0
a. Montrer que la matrice carrée J est C-diagonalisable et la diagonaliser de façon effective.
b. Soit (ai )0≤i≤n−1 ∈ Cn . On considère la matrice carrée circulante: A = (a(j−i) mod n )1≤i,j≤n ∈ Mn (C).
Montrer: A ∈ C[J]. En déduire que A est C-diagonalisable et la diagonaliser de façon effective. Calculer det A.
9. Déterminer les matrices M ∈ Mn (R) telles que M 3 = 3M 2 − 2M et Tr M = 2n.
10. Soit n ∈ N∗ . Soit M ∈ Mn (R). On suppose: M 2 = −In .
a. Montrer que n est pair et la trace de la matrice carrée M est nulle.  
0pp −Ip
b. Montrer que la matrice carrée M est R-semblable à la matrice carrée A = ∈ Mn (R) où p = n
2 ∈ N∗ .
Ip 0pp
11. Soit n ∈ N∗ . Soit M ∈ Mn (R). On suppose: M 3 = M + In . Montrer: det M > 0.
12. Soit E un R-espace vectoriel non nul de dimension finie. Soit u ∈ L(E). On suppose que pour tout P ∈ R[X]
irréductible de degré 2, l’endomorphisme P (u) est inversible et que pour tout λ ∈ Sp u, Eλ (u) = ker(u − λIdE )2 .
Montrer que l’endomorphisme u est diagonalisable.

Paragraphe II.4.  
3 3 −2
13. On considère la matrice carrée: A =  −2 −4 4  ∈ M3 (R).
−1 −3 4
a. Montrer que la matrice carrée A est R-diagonalisable et la diagonaliser de façon effective.
b. Calculer Ak pour tout k ∈ N∗ . On donnera deux méthodes.
 
∗ a −b
14. Pour tout (a, b) ∈ R × R , on considère la matrice carrée: M (a, b) = ∈ M2 (R).
b a
a. Soit (a, b) ∈ R × R∗ . Montrer que M (a, b) est C-diagonalisable et la diagonaliser. Est-elle R-diagonalisable ?
b. Soit M ∈ M2 (R). On suppose: SpR M = ∅. Montrer que la matrice carrée M est R-semblable à une matrice
carrée de la forme M (a, b) où (a, b) ∈ R × R∗ .

6
Paragraphe II.5.  
3 4 0
15. On considère la matrice carrée: A =  0 3 0  ∈ M3 (R).
3 −5 2
a. Montrer que A est R-trigonalisable et la trigonaliser par blocs de façon effective. Est-elle R-diagonalisable ?
b. Calculer Ak pour tout k ∈ N∗ . On donnera deux méthodes.
16. Soit n ∈ N∗ .
a. Déterminer les matrices M ∈ Mn (R) telles que M 4 = 2M 3 et Tr M = 2n.
b. Déterminer les matrices M ∈ Mn (R) telles que M 4 = 2M 3 et Tr M = 2n − 2.
c. Déterminer les matrices M ∈ Mn (R) telles que M 4 = 2M 3 et Tr M = 0.

Paragraphe II.6.
17. Soit K un corps. Soit E un K-espace vectoriel non nul de dimension finie. Soit (u, v) ∈ L(E)2 .
a. On dit que u et v sont codiagonalisables s’il existe une base de E diagonalisant u et v. Montrer que u et v sont
codiagonalisables si et seulement s’ils sont diagonalisables et commutent. Enoncé matriciel associé.
b. On suppose dans cette question: K = C.
i. Justifier: Sp u ̸= ∅. Cette propriété est-elle encore valable en dimension infinie ?
ii. On suppose que u et v commutent. Montrer que u et v admettent un vecteur propre commun.
18. Soit K un corps. Soit n ∈ N∗ . Soit A ∈ Mn (K). Le commutant de la matrice carrée A, noté Com(A), est
par définition l’ensemble des matrices M ∈ Mn (K) qui commutent avec A.
a. Montrer que Com(A) est une sous-algèbre de la K-algèbre Mn (K).
b. On suppose que la matrice carrée A est K-diagonalisable. Décrire Com(A), puis calculer sa dimension.
 
2 2
19. On considère la matrice: A = ∈ M2 (R). Résoudre l’équation M 2 = A d’inconnue M ∈ M2 (R).
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