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INITIATION AU GENRE DRAMATIQUE

Objectifs du Module :

- Le théâtre des origines à nos jours (littérature française et occidentale) ;


- Les composantes et les caractéristiques du théâtre ;
- Les genres majeurs du théâtre (la comédie, la tragédie, le drame bourgeois, le théâtre
de l’absurde, le théâtre de nos jours,...) ;
- Interroger le texte théâtral dans sa représentation. (analyser la mise en scène d’une
œuvre lue,...)

Le théâtre de ses origines à nos jours :

A. Le théâtre, l’histoire d’un genre :

Le théâtre est né pendant l’Antiquité et est fortement lié aux croyances religieuses (période
romaine, grecque) .

Le théâtre occidental n’a jamais perdu son caractère de cérémonie jusqu’à nos jours.

● Ressemblance de spectateurs, “devant un public” ;


● Présentation dans une salle ;
● Les trois coups ;
● Les lumières qui se baissent et s’éteignent.

Exemples de cérémonies avec un aspect rituel : Le baptême, le mariage.

I. Le Théâtre Antique :

On associe le théâtre au culte de Dionysos, dieu de l'ivresse, du divertissement, du vin et des


voyageurs. Les pièces sont représentées pendant les fêtes qui célèbrent ce dieu et elles vont
suivre un aspect rituel. À cette époque de l’antiquité, on trouve deux grands genres qui se
côtoient. Ces deux genres ont été modifiés et réglementés par Aristote.

● Le premier est la tragédie, développée des thèmes qui s’inspirent des légendes
gréco-romaines (les mythes) où l’Homme est en prise de forces qui le dépassent
(forces divines).

Exemple de dramaturge : Sophocle (Antigone, Ajax, Électre,...) et Euripide (Médée,


Andromaque,...)

● Le deuxième est la comédie développant des thèmes triviaux (banals, ordinaires). La


comédie a une fonction éducative.

Exemple de comédien : Plaute (Amphitryon, Le Soldat fanfaron,...) et Aristophane (Les


Acharniens, La Paix, Les Oiseaux,...)

→ Dans les deux cas, le théâtre a une fonction religieuse et il a pour objectif de traiter les
problèmes de la cité ainsi que celui d’être un lieu de réflexion, d’éducation et de
divertissement.

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II. De l’antiquité à l’époque classique :

Au Moyen-Âge : Le théâtre se produit sous deux formes (genres) :

1. La farce qui caricature (grossit un caractère particulier pour faire rire, dénoncer) les
comportements et où domine essentiellement le comique de geste. (La farce est
d’ailleurs comme “la halqa”)
2. Les mystères qui mettent en scène les épisodes de la vie du Christ. Ces mystères
avaient une fonction éducative et avaient pour but de faire connaître la bible à la
population qui était analphabète à l’époque. Cela se faisait tous les dimanches après la
messe et il était obligatoire d’y assister.

→ Dans les deux cas, que ce soit la farce ou le mystère, la visée du théâtre est éducative,
soit par le rire quand on est dans la farce, soit par l’exemple quand on est dans le mystère.

En 1548, l’Église va interdire les représentations théâtrales et va, en même temps, s'opposer
totalement au théâtre en tant que genre. D’ailleurs, tous ceux qui font du théâtre deviennent
des mécréants aux yeux de l'Église et, par conséquent, celle-ci décide de les excommunier.
(bannir)

[ La guerre des Catholiques contre les Protestants ; L’Église décide de suivre la source et va
par suite interdire tout ce qui est condamné dans la religion comme “la représentation des
prophètes” ]

Fin du 16ᵉ siècle, début du 17ᵉ siècle :

● Les pièces se font dans la place publique.


● {Mouvement de l’Humanisme} Le genre théâtral n’est pas très productif et ce n’est que
vers sa fin qu'apparaît le théâtre baroque et qu’il commence à se développer (c’est un
théâtre qui mélange les genres), il présente les guerres de religion.

[ La notion du baroque vient du mot barraco qui signifie, en portugais, une perle de forme
irrégulière. Il succède en Renaissance et sa naissance est liée aux guerres de religion entre
catholiques et protestants. En France, le mouvement baroque va durer jusqu’au milieu du 17ᵉ
siècle, voir jusqu’à la mort de Louis XIV (14). Il se traduit par le mélange des genres et, par
conséquent, la mise en abyme (le théâtre dans le théâtre). L’un des plus grands dramaturges
baroques est Corneille (Médée, Le Cid,...) ]

Il faut attendre jusqu’au 17ᵉ siècle pour que le théâtre devienne un genre à part entière. Et,
avec l’arrivée et le développement du mouvement classique, le théâtre va se codifier (mettre
des règles) et va mettre en place deux genres bien distincts : la tragédie et la comédie.

Au milieu du 17ᵉ siècle : Le classicisme deviendra le seul mouvement accepté et reconnu


par l’académie française. Il se fige dès que Louis XIV (14) prend le pouvoir.

[ La Fronde : Les nobles se sont révoltés contre Louis XIV (14) quand il n’avait que 13/14 ans
et il s’est retrouvé prisonnier à l’intérieur de Paris. La fronde est l'équivalent du Baroque en ce
qui concerne l’art, la culture et la littérature. Lors de la révolution, ils veulent prendre le
pouvoir. Le jeune prince s’est retrouvé coincé à Paris lors de cette Fronde et c’est pour cela
dès qu’il a eu le règne, il va abandonner le palais de Paris et va construire Versailles pour
pouvoir fuir en cas d’une deuxième révolution. La fronde politique est en rapport avec le
baroque c’est-à-dire la liberté de dire les choses, ce qu’on a envie de dire. Louis XIV (14) a
imposé des codes au niveau des arts et les rendit à sa disposition. ]

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Le classicisme est caractérisé par des codes qui vont être écrits par Nicolas Boileau dans
L’Art Poétique (écrit poétique), s’inspirant des règles antiques d’Aristote afin de mettre en
place les codes de l’esthétique classique. Il codifie le théâtre dans le Champ III et met en
place les règles suivantes :

“ La visée de plaire pour instruire. ” (Plaire, émouvoir et instruire.)

1/ La règle des 3 unités (elle s’oppose au baroque)


- En ce qui concerne le temps, la pièce ne doit pas dépasser une journée.
- En ce qui concerne le lieu, on est sur un seul lieu. [Un lieu où tous les personnages
peuvent logiquement se croiser.]
- Et une seule intrigue, action = un seul conflit.

2/ La règle de vraisemblance (ce qui pourrait être crédible, logique, vraisemblable)


La pièce de théâtre doit donc être claire.

3/ La règle de bienséance [éviter de représenter tout geste choquant (séduction, violence,


mort,...) {sinon raconté et non pas joué}, utilisation d’un langage bien soigné.]

Exemple de dramaturge : Racine (Phèdre, Bérénice, Andromaque,...)


Exemple de comédien : Molière (Le Tartuffe, L’Avare, Amphitryon,...)

Fin du 17ᵉ siècle : Création d’un espace théâtral, traduction de toute la réflexion (remise en
cause de l’ordre établi ainsi que l'esthétique codifiée du classicisme) faite par les philosophes
et penseurs des Lumières.

→ Le théâtre devient le genre artistique privilégié.

NB :
● 4ᵉ mur : Le public ;
● Le contexte historique est important.

18ᵉ siècle : Les deux genres codifiés par le théâtre classique (la tragédie et la comédie)
restent représentés. On cite Voltaire pour la tragédie (Œdipe, Socrate,...) et Marivaux pour la
comédie (Limoges, La Méprise,...)

Ils mettent aussi en place ce qu’on appelle le drame bourgeois qui répond à un besoin de
spectateur d’un théâtre plus proche de la société. Il s’agit de montrer l’homme dans sa société
avec ses conflits, ses oppositions et ses contestations (répond à la Philosophie des
Lumières)

[ La philosophie des Lumières avait pour but de remettre en cause :


1. L'ordre établi, plus précisément par l’Église {et non pas la croyance} car elle a
imposé des règles qui n’avaient ni de logique ni de raison (dogmes). Selon ces
philosophes, et par rapport à la religion, ils proposent la liberté de culte (liberté de
croyance). Le seul auteur athée est Diderot.
2. La monarchie absolue du droit divin, une monarchie absolue. Le roi est en
possession des trois pouvoirs :
- Législatif (celui de créer des lois) ;
- Exécutif (celui d’appliquer une loi) ;
- Judiciaire (le droit de rendre la justice, c’est-à-dire de juger et de rendre un
verdict)

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Le seul philosophe qui était contre le roi est Rousseau. Les autres philosophes veulent
plutôt une monarchie constitutionnelle, c’est-à-dire un partage de pouvoir. C’est
Montesquieu qui en a parlé dans L'Esprit des Lois.

3. L’organisation sociale. Ils étaient contre les privilèges de naissance c'est-à-dire le


fait que les Nobles aient tous les privilèges. Les philosophes des Lumières proposaient plutôt
les privilèges de mérite. ]

En plus d'avoir une visée de divertissement, ce théâtre a une visée de critique et de


dénonciation. Tout comme Victor Hugo qui a dénoncé le fanatisme religieux, l’esclavage
et l’inégalité des genres, les dramaturges français font la même chose dans le théâtre. On
cite :
● Le Théâtre de Beaumarchais ;
● Le Mariage de Figaro. (qui remet en cause l’ordre social établi)

Le drame bourgeois, mis en place par Diderot, traite tout ce qui est en rapport avec les
problèmes de la cité et met en scène des personnages de la bourgeoisie. Il ne va pas
répondre directement à la tragédie ou à la comédie mais reste un intermédiaire se situant
entre ces deux genres.

Début 19ᵉ siècle : Ce siècle est caractérisé par la Révolution Romantique.


Le Romantisme est mouvement culturel s’opposant à la tradition classique et sera
essentiellement une réaction contre l’esthétique classique. Il prône et invite le mélange des
genres d'expressions libres, des émotions et de la sensibilité de l’artiste. C’est pour cela que le
lyrisme (l’expression des sentiments) est retrouvé dans l'esthétique romantique. On y
retrouve aussi le registre épique. Ceci explique aussi l’éclatement des genres qui va se
traduire dans le théâtre (ce qui signifie que tout ce qui est interdit par le théâtre classique se
trouve admis. Les livres se multiplient, la durée de l’action augmente (peut être plus que 24 h),
plusieurs intrigues secondaires, des personnages de tous les milieux (dans une seule pièce,
on va trouver des nobles, des bourgeois, des employés, des voleurs,...) et tout cela au nom
de la liberté de la création. On considère que c’est une véritable révolution dans le théâtre
par rapport au Classicisme.
Cette révolution est marquée par un événement très marquant : La bataille d'Hernani de
Victor Hugo. Hernani est jouée pour la première fois au Théâtre-Français à Paris. Le
spectacle se joua au milieu d’un vacarme phénoménal suivi d’une empoignade entre les
partisans (romantiques) et adversaires (classiques) d’Hugo. Finalement, c’est le camp des
partisans qui l’emporta et la pièce fut plutôt un succès. Hernani est un drame romantique
mélangeant les gens et qui rejette toutes les règles du Classicisme. Cette bataille, révélant
une soif de changements et de liberté, était annonciatrice du mouvement révolutionnaire qui
suivit.
Les jeunes romantiques (comme Musset, Vigny et Lamartine) participaient à la vie politique
de leurs pays.

Vers la fin du 19ᵉ siècle : On observe la disparition des limites entre le comique et le
dramatique ainsi 2 grandes pièces qui vont marquer le théâtre de la fin du 19ᵉ siècle et seront
considérés comme inclassables :
- Ubu Roi écrite par Alfred Jarry et Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand.
On constate aussi à cette époque-là que la comédie se transforme en Vaudeville (une
comédie qui va toujours se jouer autour du conflit du triangle amoureux : l’époux, la
femme et la maîtresse ou bien l’époux, la femme et l’amant) avec des auteurs comme
Labiche (La Cagnotte, La Poudre aux yeux,...) et Feydeau (Le Mouchoir, Le Dindon,...)

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Le 20ᵉ siècle : L’atténuation des frontières entre les genres se confirme et ce qui devient le
plus important est le travail sur la mise en scène. Le contexte de l'entre-guerres (1918-1945)
favorise un théâtre humaniste et critique, poussant alors au développement des réécritures
des mythes gréco-romains comme le font Anouilh (Antigone, L’Alouette, Eurydice...),
Giraudoux (Ondine, La Folle de Chaillot,...), Sartre (La Nausée, Les Mots, Les Mouches…) et
Cocteau (Les Enfants terribles, La Belle et la Bête,...). Ces réécritures permettent de traiter
tous les traits de la vie sociale. Pour ces auteurs, c’est là un théâtre universel qui peut
s’adapter à toutes les situations du moment.
Il se distingue aussi par un théâtre très spécifique à l’après-guerre de 1945 : Le Théâtre de
l’Absurde. Il exprime une philosophie absurde (Beckett et Ionesco) ; Dans ce théâtre, il y a
une remise en question de comment l’être humain peut faire autant d'atrocités. (la guerre, le
meurtre de millions de personnes,...)
[Le non-sens de ce qui était fait pendant la deuxième guerre mondiale].
C’est un théâtre qui va pousser à la déconstruction de l’art dramatique (disparition de
l’action, de la psychologie des personnages et même du dialogue entre les personnages qui
se déconstruit [absurde] et qui n’a pas de sens). Après cette déconstruction, on retrouve
l’exposition d’un nouveau théâtre : c’est une remise en cause radicale de l’art
dramatique.
On va essentiellement traiter la thématique de l’angoisse métaphysique (c’est le sacré,
l’abstrait, tout ce qui n’est pas concret. C’est aussi l’intellect, la réflexion, la philosophie,...). Ce
théâtre intellectuel se libère de toutes les règles. Ainsi, il va y avoir un retour vers le texte
du théâtre dont parle Yasmina Reza (1994).

Fin 20ᵉ siècle / Début du 21ᵉ siècle : c’est l’époque du triomphe du metteur en scène.
L’espace scénique devient primordial, le théâtre introduit des éléments spectaculaires tels que
la musique, les projections, la danse, etc. Aujourd’hui, on va plus voir un metteur en scène
plutôt qu’un dramaturge. (On se focalise plus sur la mise en scène que sur l’écriture)
On cite : Vilar, Vitez, Mnouchkine et Mesguich.

[On retrouve des traces du théâtre qui vont beaucoup plus loin que la mythologie grecque dans d’autres cultures]

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B.Les fonctions du théâtre :
Le théâtre fait pour être lu et représenté appartient donc à la littérature et au monde du spectacle
et en ce sens, il est le genre littéraire le plus ouvert à toutes les classes sociales. Ainsi, si sa
première vocation a été religieuse, il s’est très vite mis au service de la réflexion [réflexion spirituelle
, relative à l’esprit , un théâtre philosophique par exemple (réfléchir sur soi) et de l’engagement
(critiquer, dénoncer, proposer)]

- La fonction religieuse :
Dans l’Antiquité grecque, cette cérémonie est inséparable du culte de Dionysos. Et les
représentations de Sophocle, Euripide et Eschyle sont de véritables cérémonies où le théâtre est un
lieu sacré avec ses codes, son langage et son rituel. Inspirées de la mythologie [explication de la
naissance du monde et de l’homme par les Grecs] les tragédies montrent l’Homme confronté à sa
condition d’être humain et à son destin prédéfini. Elles ouvrent ainsi une réflexion sur le sens de la vie.
De même, le théâtre médiéval [théâtre du Moyen Âge] a conservé cette même fonction avec les
mystères [il représente tout ce qui est raconté dans la bible pour faire connaître plus cette dernière à
une population analphabète ] avaient pour objectif de retracer la vie des saints, des prophètes et de
tous les personnages dont parle la bible. Les mystères ont été interdits au XVIe siècle (1548) par
l’Église qui ne voulait plus qu’on représente les prophètes et Jésus-Christ.

- La fonction morale ou didactique :


Le côté spectaculaire du théâtre en fait aussi un divertissement où le public cherche à passer
un moment plaisant. S’appuyant sur ces observations, les théoriciens antiques du théâtre lui
ont attribué une fonction morale. Le poète Horace dira “Le théâtre corrige les mœurs par le
rire.” = Castigat ridento mores (corriger les mœurs par le rire en latin). Formule sur laquelle
insistera Molière au 17ᵉ siècle pour confirmer l’importance de la comédie. Ainsi, ce genre met
en scène les défauts humains afin de les corriger.
De même, la tragédie, par sa visée de catharsis [libération des émotions ]amène le spectateur
à réfléchir sur le danger des excès (passion, orgueil, pouvoir, etc.)[<--grands thèmes de la
tragédie]

- La fonction idéologique :
Pouvant toucher toutes les catégories sociales, le théâtre est alors un moyen privilégié pour
faire passer une idéologie, pour critiquer, pour dénoncer. Il se prête donc à l’engagement sous
toutes ses formes [tous les domaines : politique, social, religieux, humaniste, etc.] Dans
l’antiquité grecque, Aristophane critiquait sévèrement les Athéniens. Au 18ᵉ siècle,le siècle
des Lumières, utilisera le théâtre dans une perspective de dénonciation politique et sociale.
Par exemple :
- Beaumarchais : Le mariage de Figaro,
- Lesage : Gil Blas, Le Diable boiteux.
Le 20ᵉ et le 21ᵉ siècle sont aussi représentatifs de cette orientation engagée du théâtre.
Il développera essentiellement une problématique axée sur la politique contextualisée.
(Anouilh, Sartre, Demarcy-Mota, Laurent Gaudet,…)

Conclusion :
Ainsi, à travers ses différentes fonctions et sa permanence au cours des siècles, on peut dire que le
théâtre devient un miroir social [reflet de la société qui l’a produit (effet miroir), ce qu’elle est dans son
organisation (état , peuple , hiérarchie), ce qu’elle vit et comment elle le vit (ses problèmes, etc.)]. Il
donne à voir sur scène une image de la société qui l’a produit et qui s’y retrouve. Doublement ancré
dans la réalité par son texte et par la mise en scène, il est témoin de son temps, alliant le rire et
l’émotion, ce qui est le propre de l’Homme. Il est le lieu de transfert et de partage [intellectuel ,
émotionnel,…] comme il est aussi le lieu où le spectateur affronte ses peurs et ses vices [les lois
religieuses nous permettent de ne pas basculer dans le côté sombre].
Le théâtre, quelle que soit sa fonction, garde toujours sa fonction divertissante (aspect divertissant).
Le théâtre s’ouvre à tous de par sa diversité et sa proximité.

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C. La structure et l’organisation de l’action dramatique :

Pour la structure, une pièce de théâtre est découpée en actes et en scènes. Cette division
visible dans le texte par les didascalies (qui aident le lecteur) est matérialisée sur scène.
Pour les actes : Les actes correspondaient initialement à la durée des bougies éclairant la scène
et qu’il fallait changer. Plus tard, les actes seront signalés par la descente et le lever du rideau.
Pour le théâtre moderne, les moyens techniques permettent aussi un changement radical de
décor qui signale les différents actes.
En ce qui concerne les scènes, elles se justifient pour le spectateur par l’entrée ou la sortie d’un
personnage. Avec le temps et la liberté de création théâtrale, ce découpage traditionnel (avant le
19ᵉ siècle) s’estompe et on parle plus souvent de tableaux plutôt que d’actes et de scènes.
(Découpage, structure)
L’action dramatique correspond à l’organisation générale de l’intrigue (l'histoire) principale. La
pièce est toujours déclenchée par un conflit. Elle s’organise généralement en trois grands
moments spécifiques au théâtre :
- L’exposition : a pour fonction de présenter le contexte, le cadre (généralement par le décor
et les costumes), les personnages et leurs rôles, la situation au lever du rideau et le conflit
qui va déclencher l’intrigue. Ainsi, les premiers échanges ont pour objectif de donner toutes
les informations nécessaires pour que le spectateur puisse suivre la pièce. L’exposition joue
donc sur l’attente et l’information.
Dans la tradition antique, l’exposition était faite par le prologue et le chœur.
On peut distinguer plusieurs types d’exposition. Elle peut être faite par un monologue dit par
un personnage secondaire ou bien un dialogue entre deux personnages, ou bien entre
plusieurs personnages. (l’élément perturbateur y est généralement annoncé)
L’exposition peut se développer sur plusieurs scènes. Ex : Première scène de Tartuffe,
Molière. Où on ne va voir le personnage que très tard dans la pièce.
- Le nœud dramatique : l’ensemble des scènes, actes et tableaux qui font progresser
l’intrigue et le conflit annoncé dans l’exposition. Le déroulement de l’intrigue se fait ainsi par
le suivi d’événements logiques ou par des coups de théâtre (événement inattendu ou
nouvel obstacle = semblable aux péripéties)
- Le dénouement : Il consiste généralement en la résolution du conflit développé dans le
nœud dramatique. Il sera heureux pour les comédies et tragique pour les tragédies. Il est
aussi l’occasion dans les pièces antiques de faire intervenir un dieu pour résoudre les
problèmes humains (Deus ex machina). Dans certaines pièces, cela peut être équivalent à
une intervention extérieure.
Dans tous les cas, pour le théâtre classique, le dénouement doit être attendu,
vraisemblable et rapide.
Dans le théâtre de l’absurde, aucune solution n’est apportée au conflit parce que l’absurdité
du monde ne peut être résolue
Le théâtre contemporain peut aussi n’apporter aucune résolution. Il est alors primordial
d’analyser et d’interpréter ce type de dénouement qui sort de ses fonctions classiques.
Analyse : Il faut répondre à la question “Pourquoi n’y a-t-il pas de résolution ?”

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D.Le temps et l’espace au théâtre :
Le temps :
On distingue deux temps :
- Le temps réel de la représentation qui dure généralement entre deux et trois heures et
qui peut être ponctué par des entractes.
- Le temps de l’action dramatique qui est la durée nécessaire pour résoudre le conflit.
Pour le théâtre classique, le temps de l’action n’excédera pas 24 heures.
Pour l’espace scénique, le théâtre a d’abord été joué en plein air, dans des amphithéâtres
dans l’antiquité. Plus tard, il sera joué pendant les foires, les marchés et sur les parvis des
églises. Pendant le Moyen Âge, on a commencé à jouer les scénettes dans les granges et
dans les châteaux et les acteurs jouaient sur des tréteaux qu’ils démontaient ensuite d’où
l’expression “monter sur les planches”. En France, il faudra attendre le 17ᵉ siècle pour que soit
construit un véritable espace dédié aux représentations théâtrales appelé le théâtre à
l’italienne. La scène équivaut alors à une pièce dont on a ôté le quatrième mur et puisque ce
sont les spectateurs qui l’ont remplacé. Dans cet espace clos, l’éclairage aux chandelles va
influer sur la structure des pièces.
L’espace de l’action dramatique est conditionné par l’unité de lieu et la vraisemblance
durant le classicisme (sentiment de logique, là où tous les personnages peuvent
vraisemblablement se rencontrer dans ce lieu-là, on peut le concevoir).

E.L’énonciation théâtrale :
La double composante du théâtre : Toute pièce de théâtre est composée de deux textes :
Le dialogue qui sera dit par les acteurs pendant le jeu et les didascalies, les indications
scéniques écrites par le dramaturge, destinées au metteur en scène et aux acteurs. Les
didascalies sont inscrites en italique. Elles précisent le découpage en actes et en scènes, les
lieux, les décors, les costumes, l’identité des personnages, leurs déplacements, leurs gestes,
leur intonation.
La double énonciation : Au théâtre, les personnages échangent des paroles qui visent deux
destinataires à la fois : le ou les interlocuteurs (personnages) présents sur scène et les
spectateurs dans la salle. À travers les paroles des personnages, l’auteur s’adresse ainsi
indirectement à son public et ce, même quand c’est un monologue. C’est ce qu’on appelle la
double énonciation qui rend possible des effets tels que le quiproquo ou malentendu. Cela
permet aux spectateurs de comprendre ce que le personnage de l’intrigue ignore.

Remarque :
Analyse littéraire :
API : Argument, Preuve (Illustration avec le texte, justification), Interprétation.

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F.Les modalités de la parole théâtrale :
Le théâtre est le lieu par excellence de la parole. Elle se caractérise par différentes formes dont la
fonction aide à l’analyse et l’interprétation.
1. Le dialogue : (1ᵉ prise de parole)
Le dialogue est la forme courante caractérisée par des répliques dans un échange de propos entre
différents personnages. Le dialogue est clair sur les liens qui existent entre eux. (égalité, soumission,
supériorité, complicité, désaccord, conflit, passion, etc.) Il doit s’enchaîner de manière logique. Si ce
n’est pas le cas, cela doit être interprété (quiproquo qui a pour but de faire rire, malentendu,
l’absurde,...).
2. La tirade : (2ᵉ prise de parole)
La tirade est une longue réplique qui interrompt le dialogue. Elle suspend momentanément l’échange
verbal. Elle a deux fonctions :
- Celle d’informer sur des personnages comme dans une exposition ou sur des évènements qui ne
peuvent pas être joués sur scène soit pour des raisons techniques (la bataille, un voyage, etc.), soit
pour répondre à la règle de bienséance (séduction, mort, etc.). Elle doit être analysée à ce
moment-là comme un récit puisqu’elle rapporte des évènements ; (Le personnage devient narrateur.)
- La deuxième fonction de la tirade est argumentative : Le personnage essaye de justifier ses
actes, de persuader, de convaincre ou d’imposer son point de vue aux autres. Et dans ces cas-là,
cela veut dire un changement dans l’action ou un éclairage du portrait d’un personnage. Elle sera
alors analysée comme une argumentation.
On considère la tirade comme un moteur de l’action dramatique.
3. Le monologue :
Le monologue est aussi une longue réplique mais le personnage est seul sur scène ou se croit seul. Le
monologue constitue donc à lui seul une scène (entrée ou sortie d’un personnage). Il traduit en paroles ce
que pense le personnage pour que le spectateur soit informé. Il est considéré comme une des prises
de paroles la moins vraisemblable qui soit et lui aussi a deux fonctions importantes :
- Fonction introspective : Il expose les états d’âme du personnage qui va analyser ses sentiments,
ses émotions, son ressenti, etc. Il a alors une fonction introspective.
- Fonction délibérative : C’est-à-dire que le personnage est face à un dilemme et il doit prendre
une décision, faire son choix et ceci va déterminer la suite de l’action dramatique. L’importance du
monologue délibératif réside dans le fait qu’il détermine la suite de l’action dramatique.
- Le monologue peut aussi avoir la fonction de rapporter un événement important mais c’est rare.
Dans tous les cas, le monologue ne s’adresse pas directement au spectateur même s’ils sont les
destinataires. Nous sommes donc toujours dans la double énonciation. Il est considéré comme un
morceau de bravoure, de courage à la gloire de l’auteur (défi en mémorisation et en jeu) et de l’auteur
(esthétique : il doit mener quelque chose qui doit avoir du sens) puisque c’est une prise de parole.
Exemple : Monologues d’Amphitryon et de Figaro.
4. Les stichomythies :
Ce sont de courtes répliques d’égales longueurs faites dans un échange rapide. (Un mot, une
expression, une phrase courte, un hémistiche, un vers,...). Elles traduisent soit un duel soit un duo
verbal.
5. L’aparté : (à part)
L’aparté est une réplique qui se fait en dehors du cercle de la communication. Le personnage émet à
haute voix ce qu’il pense d’un événement, d’un personnage, etc. Dans tous les cas, le spectateur est le
destinataire indirect de cette prise de parole.
6. Le prologue :
Le prologue est une longue réplique qui a pour fonction de présenter la pièce et aussi dans l’antiquité
d’apaiser les spectateurs (ivres ou bruyants) pour que les acteurs puissent commencer à jouer. (Dans
les cérémonies religieuses, etc.)
Cette prise de parole est faite soit par le dramaturge lui-même, soit par un personnage appelé Prologus,
soit par un des personnages de la pièce.
C’est la seule prise de parole qui s’adresse directement au public. Il n’y a donc pas de double
énonciation. (Interpellations, “vous”, etc.)

Cours de Mme Lahrache


Écrit par : Fatima Zohra Abkari et Rania Mgadmi

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