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Claude Moniquet

GAZA, LE GRAND MENSONGE

Quand la démocratie européenne capitule face à l'islamisme

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DU MÊME AUTEUR

Djihad et Islamisme en Belgique, Bruxelles, Éditions Jourdan le Clercq, 2006. Le djihad, histoire secrète des homes et des réseaux en Europe, Paris, Ramsay, 2004. La guerre sans visage : de Waddi Haddad à Oussama Ben Laden, les réseaux de la peur, Paris, Michel Lafon, 2002. Les Dossiers noirs de la Belgique, Paris, Michel Lafon, 1999. Les affaires Dutroux et Derochette, Paris et Bruxelles, Éditions du Félin et Luc Pire, 1997. Touvier, un milicien à l'ombre de l'Église, Paris, Olivier Orban, 1989. Histoire des Juifs soviétiques, Paris, Olivier Orban, 1989.

AVEC GENOVEFA ETIENNE

Histoire de l'espionnage mondial, édition entièrement revue et augmentée, en deux volumes, Paris et Bruxelles, Éditions du Félin et Luc Pire, 2000 et 2002 :

Tome I : Les services secrets de l'Antiquité à la Seconde Guerre mondiale. Tome II : De la guerre froide à la guerre antiterroriste. Le journal de Lumi, la guerre à sept ans, traduction, adaptation en Français et présentation. Paris, Éditions de l'Archipel, 2000. Histoire de l'espionnage mondial, (première édition) Paris et Bruxelles, Éditions du Félin et Luc Pire, 1997.

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À ma mère qui m'a appris l'amour de la République

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PRÉFACE PAR MOHAMED SIFAOUI 1

Je pense qu'il est des moments où il ne faut pas tourner autour du pot ou chercher des déclarations alambiquées pour affirmer une position par rapport à un conflit qui suscite toutes les passions. Je tiens à le dire ex abrupto, clairement et sans ambages : dans la guerre qui oppose Israël au Hamas, je soutiens littéralement l'armée israélienne dans sa lutte légitime contre cette organisation terroriste portée par cette idéologie fasciste qu'est la doctrine des Frères musulmans. Et je vais exprimer les raisons d'une telle position de la manière la plus claire possible. Je suis musulman, démocrate et laïque, homme de gauche, et je suis très sensible à la cause palestinienne et, par ailleurs, très attaché au droit de cette population à disposer d'un État souverain, libre, moderne, démocratique et prospère, vivant en sécurité dans un cadre d'une paix juste et durable, aux côtés d'Israël.

D'aucuns pourraient dire : mais quelle contradiction ! Comment peut-on être "pour les Palestiniens" et soutenir l'action militaire israélienne contre le Hamas ? Je vais en donner les explications dans cette préface que j'ai

1 Mohamed Sifaoui est journaliste, écrivain et réalisateur. Très engagé dans la lutte contre l'islamisme et tous les extrémismes, il tient un blog remarquable : www.mohamed-sifaoui.com.

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l'honneur de faire pour introduire l'ouvrage de mon ami Claude Moniquet qui, livre, chapitre après chapitre, tous les arguments qui montrent que lorsqu'on se reconnaît réellement dans les valeurs universelles et, quand on est attentif au sort de la population palestinienne, on ne doit pas, on ne peut pas, on n'a pas le droit de manifester le moindre soutien pour une organisation comme le Hamas.

Le mérite de ce livre c'est qu'il saura faire sortir le lecteur du manichéisme ambiant. Le "mal" n'est pas là où beaucoup pensent le trouver. Claude Moniquet, expert international en matière de terrorisme et d'islamisme, a cerné les spécificités d'une milice et d'un parti "religieux" comme le Hamas. Il connaît surtout son côté obscur, ses manœuvres, sa propagande effrénée et sa nature idéologique. Parce qu'il est erroné de croire qu'il s'agit d'un "mouvement de résistance", comme il est très naïvement présenté dans certains médias, qui lutte contre "l'oppresseur israélien". Dans ce genre de formulations, on ne retrouve pas la vérité mais les résultats d'une publicité mensongère qui dure depuis vingt ans. Le Hamas ne "résiste" pas, il utilise un objectif et une revendication fort louables, la construction d'un État palestinien, pour légitimer une idéologie qui s'inscrit dans une vaste mouvance internationale et dont la finalité ne cherche autre chose qu'à provoquer la transformation de tous les pays islamiques en des théocraties totalitaires, à constituer une force importante afin de combattre les démocraties et enfin à supprimer Israël de la carte du monde. Trois buts contenus de manière explicite dans la doctrine salafiste qui est celle des Frères musulmans et également du Hamas. Pour avoir un premier aperçu, il suffit de lire les textes fondateurs de la milice palestinienne.

En méditant sur le contenu de la charte de cette organisation terroriste, d'ailleurs brillamment décortiquée dans ce livre, l'on s'aperçoit qu'il faut avoir de la sympathie

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pour les mouvements fascistes européens des années 1930 et 1940 pour considérer que le Hamas est un parti "respectable". Ou alors il faut faire preuve d'une condescendance et d'un racisme déguisé, enfoui et non assumé qui tendraient à dire, en définitive, que le fascisme est mauvais lorsqu'il s'exprime en Europe, mais tout à fait "sympathique" quand ce sont des Arabes, des Palestiniens qui l'embrassent. Rassurez-vous ! Ce que j'affirme là n'est point exagéré. J'observe, en effet, depuis plusieurs années, cette tendance qu'ont certains partis et milieux, en Europe, auto-déclarés "antifascistes" et de gauche, qui s'accommodent étrangement de l'islamo-fascisme incarné par des organisations comme les Frères musulmans dont le Hamas n'est que l'un des avatars.

Que des islamistes ayant pris pour base arrière certaines capitales européennes sortent dans les rues, tous crocs dehors, prêts à en découdre avec le premier uniforme, criant des Alla hou Akbar et des "Mort à Israël" ne permet d'abord qu'à me conforter dans mes convictions sur le fait que ces milieux islamistes, leurs leaders, leurs idéologues et leurs gourous sont des semeurs de haine et de discorde, des ennemis de la paix et de la tolérance et, ensuite, qu'à confirmer qu'ils sont malheureusement bien implantés dans les pays des droits de l'Homme. Mais que ces mêmes islamistes brandissant des drapeaux d'organisations, tels le Hezbollah, le Hamas ou le Djihad islamique, soient accompagnés, soutenus et portés, dans leurs virées extrémistes, par des figures politiques, médiatiques ou associatives se réclamant de la gauche, j'avoue qu'il y a là quelque chose qui me dépasse. Cela n'a plus aucun sens à mes yeux parce que ces prétendus gauchistes acceptent de marcher derrière, devant ou à côté des emblèmes de l'extrême droite musulmane. Et pour l'homme de gauche que je suis, ce spectacle est tout simplement insupportable.

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Si certains de ces militants gauchistes, dont peut-être quelques-uns sont sincères dans leur démarche, ont été abusés, il est temps, pour eux, de se réveiller. On ne peut pas raisonnablement se reconnaître dans des valeurs humanistes, démocratiques, laïques, progressistes, féministes et universalistes et soutenir des mouvements nihilistes, négationnistes, intégristes, sexistes, antisémites et communautaristes dont l'idéologie est, quand même, une sorte de "copier/coller" légèrement revu et corrigé du nazisme. Raison pour laquelle, lorsque je vois l'armée d'un État démocratique, quelles que soient les failles et les faiblesses de la politique de cet État, défendre une population soumise, depuis huit ans, à des tirs réguliers de roquettes et réagir, en fait, afin de faire cesser ces tirs qui, faut-il le rappeler, n'ont été d'aucune utilité pour la cause du peuple palestinien, je n'ai aucun complexe à comprendre et même à justifier cette lutte légitime contre une organisation terroriste dont le programme repose sur une idéologie fasciste.

Alors pourrait-on me rétorquer : mais que fait-on des victimes civiles ? Des femmes et des enfants, tués lors des bombardements israéliens ? Je répondrai la chose suivante :

d'abord, l'humanisme n'est pas du côté de ceux qui soutiennent le Hamas, ni la barbarie intrinsèquement liée à ceux qui approuvent ou comprennent l'offensive israélienne. Les images de certaines chaînes arabes - et principalement Al-Jazira - exhibant, de manière indécente, des cadavres de civils ont bouleversé tout 1e monde, y compris la société israélienne. Il n'est pas à mes yeux un être normalement constitué, doté d'une once d'humanité, qui n'a pas été ébranlé à la vue de ces images horribles.

Des bombardements contre des cibles militaires provoquent malheureusement ce type d'images. Depuis que les guerres existent, les populations civiles payent

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le prix fort. Cela ne fait pas forcément, n'en déplaise, de celui qui bombarde un "criminel de guerre". La question à poser est la suivante : l'armée israélienne visait-elle des civils ? La réponse est non ! Parce que si tel était le cas, le bilan aurait été cinq, dix, cent fois plus lourd. Dans la guerre qu'elles mènent aux Talibans en Afghanistan, les forces de l'OTAN ont tué, lors de leurs bombardements, un millier de civils afghan durant l'année 2008. Les forces de l'OTAN sont-elles pour autant passibles de "crime de guerre" ? La réponse est évidemment non !

Ce qui provoque tant de pertes civiles est, me semble- t- il, dû à la nature de la guerre qui a radicalement changé. Un conflit qui oppose une armée classique à une milice armée, elle-même mélangée à la population, ne saurait qu'engendrer des images terribles. Il est donc important de revenir sur le rôle et sur le vrai visage du Hamas et surtout sur la responsabilité de ce groupe terroriste dans la mort de femmes et d'enfants. Ceux qui instrumentalisent l'émotion de l'opinion publique n'ont aucun intérêt à s'attarder sur cette question. D'ailleurs, bien que se disant émus par le sort des civils, peu de manifestants ont appelé le Hamas à cesser ses tirs. Je ne pense pas avoir aperçu, lors des manifestations dites "pro palestiniennes", des pancartes exigeant l'arrêt des hostilités des deux côtés ni d'emblèmes montrant un attachement à la paix, encore moins un seul slogan dénonçant les crimes du Hamas, ceux commis d'abord contre leurs propres "frères du Fatah", ensuite, ceux contre les civils du sud d'Israël qu'ils continuent de viser. Ce que j'ai vu, c'est ce que d'aucuns ont vu, des accusations de "génocide", alors que le terme a une définition bien précise ; des amalgames antisémites comparant les Israéliens aux nazis ; des appels au djihad ; des banderoles sur lesquelles on pouvait lire "Israël assassin" ; d'autres sur lesquelles était faite l'apologie de l'image d'Hitler et j'en passe.

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Cet ouvrage revient, cela dit, en détail sur ce qui a fait de ces manifestations des marches honteuses porteuses de messages inacceptables. Ce que j'ai vu, et ce que d'aucuns

ont vu, ce sont des cris de haine et des slogans antisémites. Ce que j'ai vu, et ce d'aucuns ont vu, c'est une majorité de manifestants - et je sais que ce n'était pas le cas de tout le monde - qui marchait davantage pour marquer leur rejet d'Israël que leur attachement aux Palestiniens. C'est dire qu'en tant que citoyen très attentif au sort des Palestiniens, je ne peux pas accepter que l'avenir de ces derniers se construise sur la destruction d'Israël, sur les cendres des

sur les cendres des Juifs. Ce serait une honte

pour les Palestiniens, ce serait une honte pour les Arabes, ce

serait une honte pour les musulmans et c'est inacceptable pour l'humanité. L'inverse est naturellement valable, mais force est de reconnaître qu'hormis quelques groupuscules d'excités, personne en Israël ne parle de destruction de la Palestine.

Oui, mais encore pourra-t-on dire : le Hamas a gagné les élections législatives ! Certes, l'organisation islamiste a remporté une consultation populaire élisant des parlementaires, mais elle a aussi fait un coup de force, s'emparant de manière illégitime de Gaza, voulant provoquer un coup d'État pour déposer Mahmoud Abbas, massacrant au passage plusieurs militants du Fatah. Mais parce ce que justement elle n'avait gagné que des élections législatives, l'organisation d'Ismail Haniyeh n'avait nullement le droit de mettre les Palestiniens devant le fait accompli de la guerre avec Israël. Selon la Constitution palestinienne, les pouvoirs régaliens, en d'autres termes, la Défense, la Diplomatie et la Justice sont entre les mains du président de l'Autorité palestinienne. Cela veut dire que, constitutionnellement, il est le seul à pouvoir déclarer un État de guerre. Si on est légaliste, respectueux des textes

Israéliens

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régissant l'Autorité palestinienne et démocrate, il serait inacceptable de se substituer à la seule et unique autorité légitime et reconnue sur le plan international et engager ipso facto la population dans un conflit. C'est dire qu'en tant que démocrate, je ne peux soutenir, d'aucune façon, le Hamas qui a agi de manière antidémocratique. Mais au-delà, les dirigeants de l'organisation terroriste savaient pertinemment qu'ils mettraient les Gazaouis en danger en allant défier la quatrième puissance militaire mondiale. Et, inutile de revenir ici sur la propagande du Hamas et sa tendance à utiliser la population civile comme bouclier afin de ternir l'image de l'ennemi désigné. C'est la raison pour laquelle, à chaque fois que je voyais le cadavre inerte d'un non- combattant, je maudissais les Khaled Mechaal et ses complices, tous tapis dans l'ombre ou abrités dans des grottes. Ils sont pour moi les seuls assassins du peuple palestinien.

Ce livre est donc essentiel pour la compréhension de la véritable nature du conflit qui oppose Israël à un groupe terroriste et, par ailleurs, tout aussi nécessaire pour clarifier ce que cache le drapeau du Hamas comme idéologie et, davantage, ce que signifie marcher derrière cet emblème.

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Mohamed

Sifaoui,

Mars 2009

AVANT-PROPOS

Le 27 décembre 2008, en début de matinée, une vingtaine de missiles israéliens s'abattent sur des cibles stratégiques de la bande de Gaza, essentiellement des postes de police et des casernements du Hamas. Au cours des heures qui suivent, les bombardements s'intensifient au rythme des sorties des hélicoptères de combat et des chasseurs-bombardiers. Dans la journée, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, déclare, lors d'une brève allocution télévisée : "Il y a un temps pour le calme et un temps pour se battre, et maintenant, le temps est venu de se battre." L'opération "Plomb durci" vient de commencer. Elle durera vingt-deux jours, pour s'achever par un cessez- le-feu unilatéral proposé par Israël (et accepté par le Hamas après quelques tergiversations) le 17 janvier à minuit.

Au Proche-Orient, ce seront vingt-deux jours de feu, de combats, de sang et de larmes. Le spectacle, hélas, habituel mais toujours horrible de la guerre et de ses victimes civiles. Dans les chancelleries, vingt-deux jours de négociations et d'atermoiements en vue de trouver une issue rapide au conflit. En Europe, vingt-deux jours de tensions entretenues par les manifestations quasi quotidiennes. Vingt-deux jours durant lesquels, progressivement, la contestation de la guerre va passer sous le contrôle des groupes et des milices islamistes.

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Encouragée, peut-être, par la mise en cause quasi exclusive et massive d'Israël et par la dénonciation de ses crimes de guerre dont les colonnes de la presse et les journaux télévisés déborderont bientôt, soutenue par nombre de partis politiques traditionnels, des organisations de

Défense des droits de l'Homme et les habituels gauchistes

toujours prompts à condamner Israël ou "l'Occident", confortée par l'indifférence apparente de la majorité de la population, la mobilisation est énorme. De Paris à Bruxelles, de Londres à Madrid, de Berne à Rome, et dans des dizaines d'autres villes et capitales, ce sont des centaines de milliers de personnes qui descendent dans la rue pour crier leur colère.

Mais s'il est légitime, en démocratie, de manifester son opinion, si l'on peut comprendre l'émotion qui étreint à la vue des cadavres d'enfants et d'autres civils, il ne s'agit plus ici, souvent, d'une saine indignation mais bien d'une charge unilatérale et haineuse, largement teintée d'antisémitisme et dans laquelle les extrémistes islamistes tiennent le haut du pavé. Presque immédiatement, la raison cède le pas à l'émotion. Une émotion compréhensible, certes, mais largement suscitée et manipulée par ceux qui ont tout intérêt à diaboliser Israël. Très vite, dès lors, la protestation quittera le domaine de l'acceptable pour se muer -au mieux - en un déni absolu du droit d'Israël à se défendre - quoi que l'on puisse penser par ailleurs de la "proportionnalité" de la riposte de l'État hébreu - au pire (et, hélas, le plus souvent), en véritables démonstrations de soutien au Hamas, en attaques contre les valeurs démocratiques, en négation du droit à l'existence même d'Israël et en appels au meurtre.

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Il ne s'agit malheureusement pas d'un "accident" 2 , ni même d'une "dérive " 3 . Car si cette évolution est effectivement dangereuse, elle est loin d'être incontrôlée même si l'on peut admettre que certains comportements aient relevé de la spontanéité de jeunes gens peu éduqués politiquement et ignorant, volontairement ou non, les réalités les plus élémentaires, nous avons bel et bien assisté, durant ces trois semaines de conflit, à la matérialisation d'un cauchemar : la prise de contrôle par l'islamisme de la partie jeune, active, visible, militante des communautés musulmanes d'Europe. Cette évolution, en effet, a été voulue, planifiée, pensée depuis des années par la frange la plus extrémiste de la communauté musulmane, ceux que l'on appelle "les islamistes".

Je le démontrerai dans les pages qui suivent.

Partout en Europe, les mêmes scènes : de jeunes musulmans faisant leur prière en pleine rue avant de se joindre aux cortèges, des drapeaux israéliens brûlés puis piétinés au cri de Allahou Akhbar ! D'autres drapeaux, les étendards du Hamas, bien entendu, mais aussi du Hezbollah ou du Djihad islamique brandis avec fierté, comme une provocation, des appels à la haine, des incitations au meurtre des Juifs. Et l'on ne citera que pour mémoire ces petits groupes de manifestants, structurés, parfois très jeunes, mêlant fanatiques et suivistes imbéciles allant "à la casse" en fin de cortèges. Répugnant mélange de militantisme et de voyoucratie. Le spectacle désolant de ces

2 "Événement imprévu, malheureux ou dommageable [

fortuit qui modifie ou interrompt le cours de quelque chose

apprend le dictionnaire Larousse. 3 "Fait de s'écarter de la norme, d'un cadre fixé, évolution incontrôlée et

dangereuse", selon la même source.

]. Événement

", nous

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hordes sauvages pour lesquelles la violence gratuite semble être la seule manière d'exprimer leur rejet viscéral de notre société et de nos valeurs est, hélas, devenu trop habituel pour qu'on s'en étonne encore.

J'ai cinquante ans et, sur ces cinq décennies, j'ai passé quelques années, dans ma jeunesse, à militer (à l'extrême gauche) puis une trentaine d'autres à observer le monde et à tenter de décrypter les "signaux faibles" qu'il nous envoie sans cesse. Comme journaliste, d'abord, au profit d'un service de renseignement français durant vingt ans, ensuite, en tant que directeur d'un centre de recherche stratégique, enfin. Eh bien, en trente ans, je n'avais jamais assisté à un tel déchaînement - aussi massif, unilatéral et international - de haine, de propagande et d'antisémitisme. Jamais !

Comment peut-on sincèrement penser que ceux qui, à Paris, défilent derrière des banderoles Israël Assassin (ce qui signifie, donc, que l'ensemble de la population israélienne et chacun de ses membres, individuellement, sont "coupables"), ceux qui brûlent des drapeaux, ceux qui, à Londres, brandissent une pancarte God Bless Hitler, défendent vraiment une "paix juste et durable" comme le prétendent les organisateurs de ces défilés ?

Comment peut-on croire que ceux qui ne sont jamais descendus dans la rue pour condamner le massacre de 200.000 Algériens par les islamistes, ceux qui n'ont jamais signé aucune pétition pour exprimer leur colère après les attentats de New York, Washington, Djerba, Madrid ou Londres, ceux qui n'ont jamais pris la parole pour dénoncer la guerre atroce menée depuis des années par les milices Jenjawid soudanaises contre les populations noires après que les islamistes de Khartoum aient décimé, durant bien d'autres années, les chrétiens et animistes du Sud-Soudan,

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oui, comment peut-on croire que ceux-là se soucient réellement des victimes ?

Une femme, une Arabe, une musulmane, le docteur Wafa Sultan, a courageusement accusé ceux qui "dénoncent

les massacres de Gaza, non pas par amour de la vie, mais à cause de 'l'identité des tueurs' : si le tueur était musulman, appartenant au Hamas ou au Fatah, aucune manifestation n'aurait eu lieu

4

"

Paroles courageuses. Paroles de vérité, si ce n'est que le conditionnel est de trop. Nous le verrons dans les pages suivantes : effectivement, lorsque les tueurs étaient membres du Hamas, personne n'est descendu dans les rues

Le journaliste et auteur franco-algérien et musulman Mohamed Sifaoui, qui m'a fait l'honneur et l'amitié de préfacer cet essai, écrit quant à lui : "Je pense que plusieurs

marcheurs du samedi défilent davantage contre Israël que pour la Palestine. Beaucoup d'entre eux ne marchent pas parce qu'ils adoreraient les Palestiniens mais parce qu'ils ont une détestation idéologique pour tout qui est juif et pour tout ce qui a trait à Israël. Et je pense même - passez-moi l'expression - que la plupart n'en ont rien à foutre des Palestiniens. [Sinon] ils se seraient peut-être élevée contre la violence exercée par le Hamas non pas contre les Israéliens mais contre leurs propres frères du Fatah. " 5

Triomphe des extrémistes, cette évolution est aussi, surtout, une double défaite : défaite des "musulmans modérés", d'abord, qui n'ont pas été capables d'imposer leur vision paisible de l'islam et de son rapport au monde

4 Wafa Sultan, http://www.aafaq.org/masahas.aspx'?id_mas=2939. Le texte original est en arabe et a été traduit par les soins de l'ESISC. 5 Mohamed Sifaoui : "Aux promeneurs du samedi et à leurs copains d'une certaine gauche". Le texte peut être consulté sur son blog :

http://www.mohamed-sifaoui.com

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au sein de leur propre communauté et à une partie de leur jeunesse et qui ont laissé les "fascistes" verts occuper le terrain. Défaite de nos sociétés, ensuite : qui osera encore dire, au vu de ces atteintes répétées à l'ordre public et à la norme, que l'intégration est un succès ? On sait ce qui se passe dans certaines mosquées, dans des associations, dans des salles de prières et dans des quartiers entiers pour arriver à une telle catastrophe. Mais que s'est-il passé dans nos écoles ? Ou plutôt que ne s'est-il pas passé dans nos écoles ? Comment expliquer que des jeunes gens encore scolarisés ou de jeunes adultes ayant depuis peu quitté les bancs de l'école ou de l'université puissent se laisser aller à un tel déferlement de bassesse, tellement contraire à tout ce que ceux que l'on n'appelle plus leurs "maîtres" auraient dû leur apprendre ? Est-ce la faillite de l'enseignement qui empêche ces jeunes de saisir les événements dans leur enchaînement et dans leur complexité et les pousse vers ceux qui crient le plus fort et leur promettent une revanche sanglante et définitive sur les humiliations réelles ou supposées qu'ils auraient vécues ou dont souffriraient leurs "frères" ?

Qu'on me comprenne bien : il n'est pas question ici de s'en prendre à des opinions ni de condamner des idées respectables ou de nier le droit aux uns et aux autres d'être solidaires de populations souffrantes. La beauté de la démocratie est là : elle permet à chacun de s'exprimer même si ses opinions sont minoritaires, même si elles sont discutables. Mais elle ne permet pas - elle ne peut pas permettre, sous peine de se nier elle-même et de se mettre en danger - d'insulter, d'avilir, de rabaisser, de menacer. Or, c'est bien cela que nous avons vu durant ces trois semaines de combats : la haine à l'état chimiquement pur, haine sans limites, la haine absolue, assumée, clamée, revendiquée.

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Les questions posées par ces comportements sont multiples. Comment en est-on arrivé là ? Est-il encore possible d'inverser la tendance ? Quelles menaces cette évolution fait-elle peser sur nos sociétés et sur les rapports entre "communautés" ? Pourquoi notre personnel politique a-t-il laissé faire ? Quelle est la responsabilité des médias ? C'est à ces questions que je tenterai de répondre dans les pages qui suivent.

Au printemps 2005, j'ai été invité à témoigner sur la radicalisation de la jeunesse musulmane en Europe 6 devant une sous-commission du Congrès des États-Unis. J'y déclarai, entre autres :

"Au plan politique, les islamistes essaient de subvertir les

sociétés occidentales par la contestation des valeurs humanistes telles que l'égalité sexuelle, la liberté de religion, la liberté de parole. Ils se font les avocats de la création de partis politiques basés sur la religion, ils défendent la création de tribunaux de la

charia pour juger les matières civiles et personnelles

bien entendu, qu'ils ne gagneront pas toutes ces batailles, mais leur espoir est de créer ou d'approfondir un fossé entre

musulmans et non-musulmans. Leur but en agissant de la sorte est de radicaliser les communautés musulmanes."

Je soulignai les problèmes identitaires et les frustrations sociales qui nourrissent une partie de la "troisième génération" de l'immigration et les échecs de l'intégration qui la jettent dans les bras des extrémistes. Je rappelai l'importance des erreurs commises par nos gouvernements.

Ils savent,

6 Le 27 avril 2005, devant le Subcommittee on Europe and Emerging Threats, de la Commission des Relations internationales. United States House of Representatives. Le texte de mon témoignage est disponible sur le site de l'ESISC : http://www.esisc.org sous le titre "The radicalisation of Muslim Youth in Europe: the Reality and the Scale of the Threat"

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et déplorai - évidemment ! - le racisme et l'exclusion qui, eux aussi, bien entendu, participent à la marginalisation à la radicalisation de trop de jeunes. Et je concluais par :"La

question, à mes yeux, n'est plus tellement de savoir "si" une tragédie se produira mais bien "quand" elle se produira. "

Eh bien, nous y sommes. La tragédie s'est produite. Ou, du moins, elle a commencé. Certes, le sang n'a pas coulé (mais on verra plus loin qu'il s'en est Peut-être fallu de peu ; de plus, que savons-nous de ce que préparent, dans le secret de certains cercles, les esprits les plus échauffés ? Mais la démonstration a été faite : désormais, quand la "rue musulmane" parle, en Europe, c'est par la bouche des extrémistes.

Avec la complicité de nos clercs, sensés défendre les valeurs qui nous lient - et, au premier chef, la laïcité - et qui les ont honteusement trahies.

Si nous ne corrigeons pas le tir rapidement, demain, cette lâcheté et ce renoncement se paieront au prix fort.

Un dernier mot : ce livre sera attaqué, vilipendé. Je le sais. On me traitera de raciste : je défie quiconque de trouver, dans la douzaine de livres, les milliers d'articles et les milliers d'autres pages d'analyses que j'ai publiés depuis trente ans une seule phrase qui étaye cette accusation. On m'accusera d'être un "propagandiste israélien" ou (injure suprême) un "sioniste" : je ne suis pas israélien et si j'étais "sioniste", je vivrais, bien évidemment, en Israël. On me taxera "d'islamophobie", nouvelle accusation a la mode, sensée interdire tout débat : je n'ai rien contre l'islam, si ce n'est que je pense qu'il doit se réformer et se moderniser comme l'ont fait, avant lui, les autres grandes religions du Livre. Je ne suis donc pas plus "islamophobe " que "catholicophobe" ou "protestantophobe". Peut-être

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certains me prendront-ils pour un "intégriste laïque" (autre accusation à la mode depuis quelque temps). Eh bien oui, cette accusation-là, je l'accepte, je suis bien un "intégriste laïque" : libre-penseur, j'estime que la religion appartient totalement et exclusivement à la sphère privée et qu'elle n'a pas à envahir la place publique, à s'imposer aux autres et à dicter la politique. La laïcité est un trésor commun qui nous permet, en Occident, de vivre ensemble, malgré nos différences, dans le respect mutuel. Ceux qui pensent autrement se fourvoient et, plus grave, sont les fossoyeurs de nos libertés.

Le fait que certains aient instrumentalisé la religion musulmane pour en faire l'outil politique de revendications communautaires inacceptables, et que ceux-là aient trouvé des appuis au sein du monde politique et de l'intelligentsia européens ne rend que plus pressant le nécessaire réveil des démocrates, car si l'Europe ne défend pas ses valeurs, elle mourra.

Or, durant ce mois de janvier 2009, un nouveau seuil a été franchi dans la course aux extrêmes avec l'importation systématique du conflit israélo-palestinien en Europe.

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I

DEUX OU TROIS CHOSES À SAVOIR SUR LE HAMAS

On me pardonnera de commencer par rappeler quelques vérités premières sur le Hamas, mais les (vrais ou faux) naïfs qui se sont laissé embarquer par les fanatiques dans des manifestations de soutien à ce parti de "résistance" sauront ainsi à quoi s'en tenir et auront une chance de mourir moins idiots qu'ils n'ont vécu, ce qui ne leur fera certainement pas de tort.

Je sais, je sais : de fins intellectuels souriront avec condescendance et me trouveront bien léger de passer mon temps à rappeler des évidences pour tous. Le problème, justement, est que ces évidences, "tous" ne les connaissent pas, sinon ils auraient été moins nombreux à défiler derrière les bannières de ce groupe terroriste et fasciste. A moins, bien entendu, que de s'afficher aux côtés d'un tel mouvement ait été moins important pour les suivistes que de condamner Israël

Livrons-nous à un exercice simple et salutaire, à la portée du premier venu. Au siècle de la communication, nul besoin de s'enfermer dans des bibliothèques encombrées et d'y mener de fastidieuses recherches pour en exhumer LE document qui résume la philosophie politique du Hamas. En quelques "clics" de souris, la charte de ce mouvement est accessible et il serait dommage que ce morceau d'anthologie totalitaire ne nous divertisse pas quelques instants.

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Créé en 1987, au début de la première Intifada, c'est le

18 août 1988 que le barakal al-muqâwama al-'islâmiya (Mouvement de la Résistance islamique), qui sera rapidement

mieux connu sous son acronyme de Hamas 1 , se dote d'une charte qui, vingt-et-un ans plus tard, demeure le texte fondateur sur lequel se base la légitimité du parti milice. Ce texte - vingt-cinq pages en français 2 - compte trente-six articles, mais que le lecteur se rassure, il nous suffira de nous pencher sur quelques-uns d'entre eux pour nous faire une idée exacte de la nature du mouvement.

Islamiste, antisémite, violent, sexiste : le Hamas par lui-même

D'abord, triste constat pour les tenants de la séparation de l'Église et de l'État, qui est la règle dans la plupart des démocraties occidentales 3 , le Hamas est bel et bien un mouvement religieux puisque :

"L'Islam est sa règle de vie, il en tire ses idées, ses concepts de même que ses points de vue sur l'univers, sur la vie et sur l'homme ; c'est à lui qu'il se remet pour juger de l'ensemble de ses pratiques et c'est de lui qu'il tire les indications de la Voie droite sur laquelle mettre ses pas." (Article 1).

Après avoir confirmé ce que personne n'ignore (nous reviendrons malgré tout sur ce point un peu plus loin), à

savoir qu'il est "l'une des ailes des Frères musulmans en

Palestine" (article 2), le Hamas nous assène qu'il "œuvre

1 Qui signifie également "courage" ou "vigueur".

2 Nous utilisons la traduction de Jean-François Legrain, chercheur au CNRS.

3 A l'exception notable de la Grande-Bretagne, qui n'en est pas moins démocratique, mais ceci est une autre histoire

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à planter l'étendard de Dieu sur toute la Palestine" (article 6).

Et quand le Hamas dit "toute la Palestine", il faut prendre l'expression au pied de la lettre : il s'agit bel et bien de nier le droit à l'existence de l'État d'Israël, que ce soit dans ses frontières actuelles, dans celles de 1967 ou même dans celles de 1948. Du reste, l'article 11 précise bien que toute la

Palestine "est une terre islamique" et qu'il est "illicite d'y renoncer en tout ou en partie".

Pour le Hamas, libérer la Palestine ne peut se faire que par la voie du djihad, de la violence. Outre le rappel rituel (article 8) de la devise de l'organisation, copie servile de l'article premier de la constitution des Frères musulmans -

"Dieu est son but, l'Apôtre son modèle, le Coran sa constitution, le Djihad son chemin et la mort sur le chemin de Dieu la plus

éminente de ses espérance 4 " - l'article 13 est formel :

"Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les

conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l'encontre de la profession de foi du

Il n'y aura de solution

à la cause palestinienne que par le Djihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que

perte de temps et activités futiles. Le peuple palestinien a trop d'honneur pour dilapider son droit et son destin en activités futiles."

Mouvement de la Résistance islamique (

)

Autant pour ceux qui pensent, dans certaines chancelleries européennes, que le Hamas pourrait, sans une remise en cause fondamentale de ce qu'il est, de sa nature profonde, être un partenaire crédible dans une quelconque négociation de paix.

4 À rapprocher du mot d'ordre des "Frères" : "Allah est notre objectif. Le prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad est notre voie. Mourir dans les voies d'Allah est notre plus grand espoir. "

27

Pour ceux qui nourriraient encore des doutes, l'article 7 remet les choses en place en faisant explicitement référence

au "Djihad des Frères musulmans de 1936" et à la guerre de

1948. Pour le Hamas, l'État hébreu est illégitime, nul et non avenu, et n'est appelé qu'à disparaître. Rien n'est négociable. Pour les amateurs de cette rébarbative et méprisable discipline qu'est l'histoire (n'est-elle pas là, bien souvent, pour secouer nos idées reçues ?), soulignons que le "Djihad

des Frères musulmans de 1936" fait référence à la "grande

révolte arabe" qui ensanglanta la Palestine sous mandat britannique, de 1935 à 1939. Sous l'impulsion du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, soutenu par Hitler 5 , les Frères musulmans se lancèrent dans une série de pogroms et d'attentats qui tuèrent 500 Juifs et 200 Anglais. Belle filiation.

Faut-il s'en étonner ? Le Hamas

n'est pas tellement avec les Israéliens qu'il a un problème, non, mais avec les Juifs, cette détestable race. L'article 7,

que nous avons déjà cité, est sans ambiguïté aucune :

n'aime pas les Juifs. Ce

] a dit: "l'heure ne viendra pas avant

que les musulmans n'aient combattu les Juifs(c'est-à-dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : musulman serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi. Viens et tue-le."

"L'Apôtre de Dieu [

5 Al-Husseini devait d'ailleurs s'illustrer, quelques années plus tard, en permettant aux nazis de créer une division SS musulmane, recrutée essentiellement en Bosnie et dans le Maghreb. Il ne faisait en cela que suivre l'exemple De Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, qui, grand admirateur de Hitler et du nazisme, lui avait offert ses services dès 1935.

28

Il faut dire qu'on ne se méfie jamais assez des Juifs puisqu'ils dissimulent leurs louches activités derrière "des

organisations sionistes aux noms et formes multiples comme la "

(Article 17). Grâce à l'argent :

franc-maçonnerie, les clubs Rotary, les sections d'espionnage

"Ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d'information, la presse, les maisons d'édition, les radios, etc. Grâce à l'argent, ils font éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la Révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là. Grâce à l'argent, ils ont créé des organisations secrètes qui étendent leur présence dans toutes les parties du monde pour détruire les sociétés et réaliser les intérêts du sionisme, comme la franc-

maçonnerie [c'est décidément une obsession], les clubs Rotary

Ce sont eux "qui étaient derrière la Première

Guerre mondiale [et] la Seconde Guerre mondiale qui leur a permis amasser d'énormes profits grâce au commerce du matériel

Qu'une guerre éclate, de-ci de-là, et c'est leur main

et Lyons [

de guerre [

]

]

qui se trouve derrière

"(Article 22).

Après ce superbe morceau de littérature antisémite qui n'aurait pas dépareillé les colonnes du Stürmer nazi des années trente, penchons-nous encore sur une dernière question, celle de la femme :

"Dans la bataille de la Libération, la femme musulmane a un rôle qui n'est pas inférieur à celui de l'homme : être l'usine à hommes [sic !]. Elle joue un grand rôle dans l'orientation et l'éducation des jeunes générations. Les ennemis l'ont bien compris et considèrent que s'ils parviennent à la conseiller et il lui faire prendre le chemin de leurs désirs loin de l'Islam, alors ils remporteront le combat." (Article 17).

À part une "usine à hommes" et une éducatrice préparant

ses fils "au rôle de combattant du Djihad qui les attend", la

bonne ménagère. (Article

femme doit également être une

18)

29

Raciste, fanatique, sexiste, prônant l'anéantissement total d'Israël et l'extermination des Juifs : tel est le Hamas, dans ses propres mots. Une organisation fasciste, rien de plus, rien de moins. Comme il est agréable de voir son drapeau flotter dans les rues de nos villes, ces mêmes villes où, voici soixante ans, flottaient d'autres drapeaux, ceux d'une autre idéologie qui, déjà, dénonçait la mainmise des Juifs sur le monde et organisait leur extermination.

Une usine de mort

"Des mots" nous dira-t-on, ce ne sont que des mots auxquels il ne faudrait pas accorder trop d'importance : il est logique qu'une organisation "de résistance" adopte une telle rhétorique, mais elle n'est destinée qu'à la propagande. Elle n'augure en rien de ce que fera, en fait, le Hamas. Ah bon ? Pourtant, la pratique développée par le Hamas depuis sa naissance et, singulièrement, à Gaza depuis qu'il y a pris le pouvoir, épouse parfaitement son discours.

Lorsqu'ils créent le Hamas et sa branche armée - les

-, en 1987, les Frères

musulmans de Palestine, regroupés autour de Cheikh Ahmed Yassine, d'Abed al-Aziz Rantissi et du Docteur Mahmoud Zahar, ont un objectif clair : en faire le principal concurrent du Fatah et, si possible, profiter de l'Intifada pour supplanter ce mouvement auquel ils reprochent d'être laïque et de

vouloir négocier avec Israël. Comme tout mouvement islamiste qui se respecte, le Hamas maintient en permanence deux fers au feu, celui de la violence, qui lui permet de séduire la jeunesse, et celui de l'action sociale et culturelle, qui va lui rallier de larges pans des populations déshéritées mais aussi des classes moyennes.

Brigades

Ezzedine

al-Qassam

30

À partir de 1994, les actions armées du Hamas - qui avait revendiqué de nombreuses agressions individuelles à l'arme blanche ou à l'arme à feu au cours des années précédentes - se font de plus en plus violentes et sanglantes :

le 6 avril 1994, l'attaque d'un bus à Afula (en Galilée, dans le nord d'Israël) fait huit morts. Cinq jours plus tard, même type d'attaque à Hadera (dans le nord d'Israël, toujours, non loin de Haïfa) : 5 morts, à nouveau. Le 19 octobre de la même année, un attentat suicide fait 22 morts à bord de l'autobus n°5, rue Dizengoff, à Tel-Aviv. En tout, entre 1995 et 2004, une trentaine d'attentats massifs revendiqués par le Hamas - pour ne citer que leurs actions les plus spectaculaires - font plusieurs centaines de morts et plus de 2.000 blessés 6 dans la population israélienne, et je ne tiens compte ici que des victimes civiles.

On m'objectera : "Oui, mais c'est la guerre, il s'agit d'actes de résistance face à l'occupation de la Palestine par les Israéliens." Le parallèle est connu : "En Europe aussi, vous avez résisté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a aussi eu des morts

Outre le fait qu'elle met sur le même pied l'occupation nazie de l'Europe et l'occupation israélienne de territoires palestiniens, ce qui est insupportable, la comparaison est irrecevable. On peut discuter à l'infini du bien fondé éthique (je ne parle pas ici de l'aspect stratégique ou "militaire") de l'assassinat individuel d'un soldat allemand par la Résistance, dans un pays d'Europe occupé, durant la Seconde Guerre mondiale. Mais la Résistance, au moins, ciblait des militaires,

6 On notera que, toutes organisations terroristes confondues, l'activisme palestinien fera, entre le 29 septembre 2000 et le 1er décembre 2005, un total de 7.590 morts ou blessés (976 tués, 621 grièvement blessés, 907 "modérément" blessés et 5.086 légèrement blessés). Ces chiffres ne comprennent pas les militaires.

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des fonctionnaires de l'autorité d'occupation ou (mais plus rarement) des collaborateurs. Elle ne s'en est jamais prise aux civils. De très nombreux rassemblements de partis ou organisations collaborationnistes ont eu lieu dans plusieurs pays occupés, dont la France et la Belgique, et aucune de ces foules dans lesquelles les civils étaient nombreux (et, de plus, tout acquis aux idées de l'ennemi) n'a jamais fait l'objet d'une attaque.

Le Hamas, lui, n'a quasiment jamais frappé des militaires ou des policiers, pourtant faciles à trouver en Israël : il cible exclusivement les civils, se spécialisant dans les attentats suicides contre des autobus et n'hésitant pas à s'attaquer à un marché, à des restaurants, à des cafés, à une boîte de nuit, à une école ou encore à la cafétéria de l'université de Jérusalem.

Quelle est la valeur militaire d'un banquet de mariage

? Aucune, tout le monde sera d'accord sur ce point. Pourtant,

le 9 septembre 2003, le Hamas tue 7 personnes (dont la future mariée âgée de 20 ans, Nava Appelbaum, et son père, le docteur David Appelbaum, chef des urgences d'un grand hôpital de Jérusalem) et en blesse 57 autres dans un attentat suicide au Café Hillel, à Jérusalem.

Quelle est la valeur militaire d'un dîner de Pâques organisé pour des personnes âgées ? Aucune à l'évidence. Cela n'empêchera pas le Hamas de "cibler" une telle fête, au Park Hôtel de Netanya, le 27 mars 2002. Bilan : 29 morts et 155 blessés.

bassin de natation

? Plutôt limitée, vous répondront les meilleurs experts. Cela ne gênera pas outre mesure le Hamas lorsqu'il s'attaquera à une piscine de Tel-Aviv, le 7 mai 2002. Bilan : 15 morts.

Quelle est la valeur militaire d'un

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J'arrête là cette litanie de l'horreur. Rien ne sert d'aligner les dossiers, les chiffres parlent d'eux-mêmes, mais je me permets quand même de les rappeler : plusieurs centaines de morts et plus de 2.000 blessés. TOUS civils. Human Rights Watch, l'une des rares organisations de défense des droits de l'Homme à tenter de faire honnêtement son travail - et qui, par ailleurs, a plusieurs fois condamné Israël et ne peut donc être considérée comme un instrument de propagande de Jérusalem - l'a écrit on ne peut plus clairement : "Un groupe

qui exécute des attaques multiples et intentionnelles contre des civils comme part d'une stratégie consciente est responsable de crimes contre l'humanité. Les chef politiques et militaires du Hamas peuvent également, à titre individuel, être tenus pour responsables de ces actes du fait de leur complicité directe. 7 "Un

texte qui, manifestement, n'a pas été lu par tout le monde.

Des tueurs d'enfants, de femmes, de vieillards. Des tueurs d'écoliers et d'étudiants. Des tueurs qui tuent parce que la mort les séduit et parce qu'ils veulent semer la terreur. Des tueurs froids, méthodiques, qui font tout pour maximaliser le nombre de victimes innocentes. Comme on doit se sentir bien quand on manifeste aux côtés de ces gens- là !

L'horreur de "l'attentat suicide"

S'agit-il "d'erreurs de ciblages" ? De "dégâts collatéraux" ? De regrettables excès de zèle dus à quelques esprits surchauffés et malades ? Non, bien au contraire : le recours par le Hamas à l'attentat dirigé exclusivement contre des cibles civiles est trop systématique (il représente

7 Human Rights Watch, "Erased in a moment : Suicide bombings attacks against Israeli civilians", page 67.

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plus de 95% des centaines "d'opérations" revendiquées par cette organisation depuis sa création), pour qu'il ne s'agisse pas, à l'évidence, d'une stratégie politique, une stratégie de la terreur conçue au sommet du mouvement et fidèlement appliquée à sa base.

Qu'on me permette encore de m'attarder au concept "d'attentat suicide", car il s'agit là du mode opérationnel préféré du Hamas. Et non sans raison. Le kamikaze (le chabid ou "martyr", comme préfèrent dire les islamistes) offre un "rapport qualité-prix" sans pareil : une seule vie humaine sacrifiée, quelques kilos d'explosifs et un à deux kilos de ferraille (essentiellement des clous, vis et boulons) suffisent à semer mort et dévastation. De plus, le chabid est une arme "intelligente", capable de changer de trajectoire et de se choisir une nouvelle cible si celle qui lui a été indiquée est inaccessible, et capable aussi d'attendre le meilleur moment pour se faire sauter. Enfin, à l'évidence, l'attentat suicide est celui qui provoque le plus d'horreur dans la société qui en est victime, et qui témoigne au plus haut point de la motivation sans faille des terroristes.

L'expression "attentat suicide" est hélas tellement banalisée dans nos journaux télévisés que le spectateur occidental n'y prête plus attention et ne comprend pas exactement toute l'horreur qui sous-tend ces mots.

L'horreur commence dès le recrutement du kamikaze. Le Hamas repère en son sein ou dans la population qui l'environne des esprits faibles, fragiles ou des individus ayant une tache à effacer 8 . Coupé de son milieu - et, dans

8 Les services de sécurité israéliens ont, par exemple, remarqué que les homosexuels (particulièrement mal vus dans l'islam) ou les parents de "collaborateurs" avec les Israéliens sont surreprésentés dans les rangs des "martyrs".

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le pire des cas, nous le verrons plus loin, encouragé par son environnement et sa famille - le futur "martyr" subit un véritable lavage de cerveau destiné à lui faire "prendre conscience" de trois "réalités". Il n'a pas d'avenir sur cette

terre, son sacrifice sera décisif pour la cause et, enfin, il en sera amplement récompensé. Non seulement il sera glorifié par ses "frères" après sa mort mais, surtout, il jouira dans la vie qui l'attend dans l'au-delà des récompenses dues à un héros : des dizaines de vierges soumises à son plaisir. La femme martyre, elle, se voit promettre une beauté sans

bien entendu ! Même dans la

mort, aux yeux des islamistes, il n'y a pas d'égalité entre l'homme et la femme !

Vient ensuite l'attentat lui-même. Sans entrer ici dans trop de détails sinistres - je reviendrai plus loin sur la surexploitation morbide que les islamistes et leurs alliés et trop de médias "respectables" ont faite de certaines images durant l'opération de Gaza -, je rappellerai néanmoins le b.a- ba du parfait terroriste. L'atteinte physique d'une explosion se manifeste par quatre effets dévastateurs sur le corps humain. D'abord, il y a le souffle (ou "blast"), soit la création instantanée d'une onde de choc qui entraîne une surpression de l'air et provoque des lésions internes gravissimes (déchirure des organes tels que poumons, cœur, foie, etc.) Ensuite, la projection de débris et d'éclats (aggravée ici par le fait que la charge sera entourée de ferraille, ce shrapnel qui sera violemment projeté autour du kamikaze) engendre des perforations, des lacérations, des arrachages de membres. Bien entendu, l'explosion va également détruire partiellement ou déformer la structure physique dans laquelle se trouvent les victimes (bus, wagon, pièce), d'où de nouvelles projections et des effondrements qui produiront d'autres blessures et qui nécessiteront de longues opérations de dégagement et de désincarcération. À cela s'ajoutent les éventuelles brûlures.

pareille, mais pas d'amants

35

On ne s'étonnera pas, dès lors, du fait que la "scène de crime" résultant d'un attentat suicide soit une horreur absolue : corps déchiquetés, membres épars, morceaux de chair, lambeaux de peau, le tout baignant dans des dizaines

de litres de sang. Une simple question permettra de se faire une idée plus précise de ce cauchemar : comment dénombre-t-on exactement et rapidement les victimes d'un

comptant les têtes. Même arrachée et

mutilée, une tête demeure toujours "reconnaissable" alors que ce qui reste du corps est parfois dans un tel état qu'il serait vain d'essayer de s'en servir pour arriver au même

résultat.

Voilà l'œuvre du Hamas, ce à quoi il excelle : répandre la mort parmi les civils, de la plus horrible façon. L'ignorent-ils vraiment, ceux qui défilent- sous ses bannières, en Europe ?

Seule la construction de la barrière de sécurité séparant la Cisjordanie d'Israël fera peu à peu baisser le nombre des attaques, à partir de 2003. La menace, toutefois, ne disparaîtra pas totalement : le 6 mars 2008, un Arabe israélien recruté par le Hamas, Alaa Hicham Abou Dheim, s'est introduit dans une Yeshiva (école talmudique) de Jérusalem et y a tué huit adolescents âgés de 15 à 16 ans avant d'être abattu. Tout au long de l'année 2008, plusieurs attentats suicides préparés par l'organisation seront déjoués.

attentat suicide ? En

La prise de pouvoir à Gaza

Le 22 mars 2004, les forces israéliennes abattent Cheikh Ahmed Yassine, puis, le 17 avril suivant, elles en finissent avec Abdel Aziz Rantissi, qui lui avait succédé.

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En septembre 2005, Israël se retire unilatéralement et totalement de la bande de Gaza, qui passe sous le contrôle exclusif de l'Autorité palestinienne.

Tirant habilement parti de l'effrayante corruption de l'Autorité palestinienne à l'époque de Yasser Arafat et jouant à merveille du maillage étroit de ses organisations sociales, le Hamas remporte les élections législatives de janvier 2006 et obtient la majorité absolue (74 sièges sur 132), ce qui oblige le président Mahmoud Abbas à désigner Ismaïl Haniyeh, ancien homme de confiance de Cheikh Yassine, comme premier ministre. À la même époque, le mouvement commence à se rapprocher de Téhéran - qui y voit une occasion d'exercer enfin une influence réelle sur le terrain mythique de la Palestine - mais refuse obstinément de respecter les trois critères imposés par l'Union européenne pour reprendre ses relations directes avec l'Autorité palestinienne, à savoir : reconnaître l'existence d'Israël, renoncer à la violence et s'engager à respecter tous les accords antérieurs conclus par l'Autorité palestinienne.

Les rapports du Hamas avec le Fatah, composante

historique de l'Organisation de libération de la Palestine, et

avec le président Mahmoud Abbas sont, cependant, de plus en plus tendus. Au printemps 2007, les affrontements se multiplient, dans plusieurs villes de Cisjordanie et à Gaza, entre les services de sécurité palestiniens (restés largement sous le contrôle de Mahmoud Abbas) et les groupes armés du Hamas qui tentent de créer une police "parallèle". Le 15 juin 2007, enfin, c'est le coup de force : le Hamas s'empare du pouvoir dans la bande de Gaza.

Dans les jours qui suivent, les crimes se multiplient. Encouragés par des fatwas émises par leurs chefs religieux,

les partisans du Mouvement de la Résistance islamique traquent

la

les

militants

du

Fatah

et

les

membres

de

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police et des services de sécurité ou, parfois, simplement, les fonctionnaires civils de l'Autorité palestinienne. Meurtres et exécutions sommaires se comptent par centaines. Alignés dans des terrains vagues, les opposants à l'organisation islamiste sont fauchés par des rafales de pistolets- mitrailleurs. Certains sont torturés ou mutilés. Plusieurs dizaines de membres de la police se verront ainsi tirer dans les genoux avec des munitions de gros calibre, ce qui entraînera des amputations (la plupart d'entre eux sont

aujourd'hui soignés dans des hôpitaux

Tortionnaires et tueurs de leurs propres "frères" : voilà ce que sont les membres du Hamas. Vous avez vraiment dit Résistance" ?

israéliens).

Rupture progressive avec les régimes arabes modérés et rapprochement stratégique avec Téhéran

La montée en puissance politique du Hamas au sein des territoires palestiniens va s'accompagner d'un éloignement des régimes arabes modérés qui se méfient de plus en plus des visées radicales du mouvement.

L'Arabie saoudite, qui a longtemps été le principal bailleur de fonds du Hamas, réduit son aide financière avant de la supprimer totalement. En Jordanie, le Roi Abdallah Il qui, dès son accession au trône, en 1999, avait rompu avec la prudence de son père et fermé les bureaux du Hamas, finira par expulser vers Damas l'un de ses principaux dirigeants politiques, Khaled Mechaal. Par la suite, les services de sécurité jordaniens dévoileront plusieurs complots du Hamas dirigés contre de hauts responsables de Amman. C'est ainsi qu'en juin 2008, trois membres de l'organisation seront condamnés à de lourdes

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peines pour avoir constitué des stocks d'armes et préparé un complot visant à assassiner des agents de renseignement jordaniens.

Mais c'est sans doute en Égypte que le Hamas est perçu comme la menace la plus importante, puisqu'il est l'héritier spirituel des Frères musulmans, la principale force d'opposition du pays. Le Caire voit d'un mauvais œil la situation se détériorer à Gaza et ne souhaite pas que le Hamas y règne de manière durable, au risque d'entretenir à sa frontière nord une déstabilisation permanente. Et une base éventuelle pour des actions terroristes menées en Égypte

Pour autant que leurs moyens le permettent, les services de sécurité égyptiens vont donc traquer les réseaux de contrebande d'armes du Hamas et démanteler les cellules opérationnelles sur son sol. Ils s'attaqueront également aux filières de collecte du Hamas et aux organes de liaison entre ce groupe et les Frères musulmans. Les violations répétées de la frontière par des civils palestiniens affamés par la gestion du Hamas, au début de 2008, ne feront rien pour arranger les choses.

Mais à ce moment, le Hamas s'est déjà fortement rapproché de l'Iran qui tend à se substituer aux pays arabes dans le financement et le soutien du mouvement. Téhéran a en effet un intérêt stratégique des plus clairs à entretenir de (très) bonnes relations avec le Hamas, même si ce dernier est sunnite. Disposant déjà du Hezbollah chiite à la frontière Nord d'Israël, le régime des mollahs, en se servant du Hamas pour accentuer la pression au sud, peut passer pour le seul appui réel de la "résistance" palestinienne, une étape importante sur l'hégémonie que le régime chiite a toujours voulu exercer sur la partie la plus radicale du monde musulman. Les Iraniens ne vont donc pas lésiner.

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En 2007 et 2008, des milliers de roquettes et de missiles Grad (une portée de 20 à 45 kilomètres) seront livrés à Gaza, de même que des armes légères et des systèmes anti-tanks Raa'd et Konkurs. Des transferts de technologies auront lieu, qui permettront au Hamas de fabriquer des IED (Improvised Explosive Devices, bombes artisanales de forte puissance régulièrement utilisées en Irak, au Liban et en Afghanistan)

et

artisanaux perforants), menaçant les transports de troupes israéliens, tandis que des centaines d'opérateurs de l'organisation seront entraînés en Iran. Et des centaines de millions de dollars iraniens seront versés sur les comptes du Hamas pour financer ses ailes politique et militaire.

C'est l'ensemble de cette assistance "technique" et financière qui permettra au Hamas de réaliser un saut qualitatif dans ses capacités tactiques à frapper Israël à compter du début de 2008, en touchant des localités de plus en plus éloignées de la bande de Gaza.

Contrôle social absolu et renforcement des capacités "militaires"

des

EFP

(Explosively

Formed

Penetrators,

projectiles

Certains experts nous diront que le Hamas n'est pas seulement une organisation terroriste, mais qu'il est aussi une association jouant un rôle social dans les territoires palestiniens. Et c'est partiellement vrai. Comme les autres organisations islamistes, le Hamas s'est infiltré là où "l'État" (en l'occurrence, l'Autorité palestinienne) était absent et il a pallié son incurie en rendant les "services sociaux" qu'il ne rendait pas.

Mais il ne faudrait pas s'y tromper. Ce n'est ni par grandeur d'âme ni par pure générosité que le mouvement

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a agi de la sorte. D'une part, le maillage d'organisations

sociales et culturelles qu'il chapeaute lui permet de fournir des emplois, des financements et des couvertures à ses

opérateurs terroristes. D'autre part, les mêmes organisations lui offrent d'intéressantes opportunités de propagande et de recrutement, surtout parmi la jeunesse. On remarquera par exemple, en 2003, que plusieurs "martyrs" provenaient de clubs de football financés et gérés par des mosquées proches

Enfin, ces organisations lui permettent d'étendre

sa domination et de mettre en œuvre son idéologie totalitaire.

Les règlements de comptes politiques entre le Hamas et

le Fatah qui ensanglantent la bande de Gaza à partir de l'été

2007 s'accompagnent de l'application immédiate du programme religieux radical du Hamas. Obligation est faite à chacun de respecter scrupuleusement la chariah. Le commerce et la consommation d'alcool sont interdits, des magasins de location de vidéos et des cafés Internet (qui aident à propager le "vice" occidental) sont fermés ou détruits, les chansons lors des banquets de noce sont prohibées. Plus anecdotique : si les femmes sont, évidemment, vivement encouragées à respecter le code vestimentaire islamique et les "bonnes mœurs", et les

du Hamas

hommes incités à se laisser pousser la barbe, les peines des détenus de droit commun de la prison Al-Saraya sont réduites s'ils apprennent par cœur cinq sections du Coran. Les jeunes couples qui se promènent dans la rue sont arrêtés

et

doivent prouver, sous peine d'arrestation, qu'ils sont mari

et

femme, frère et sœur ou fiancés.

Les femmes souffriront particulièrement de la prise de pouvoir des islamistes du Hamas. Une "police des femmes" est créée en août 2007. Elle va s'illustrer, comme la "justice" du Hamas, de la façon la plus sinistre qui soit : des femmes violées se voient contraintes d'épouser

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leur agresseur tandis que les hommes ayant assassiné une épouse soupçonnée d'adultère ou une sœur accusée d'avoir attenté à "l'honneur de la famille" se voient condamnés à des peines symboliques. Souvent, des médecins sont requis afin de "justifier" ces crimes, a posteriori ou parfois même avant qu'ils ne soient commis, pour qu'ils constatent qu'une jeune fille non mariée n'est plus vierge

Les enfants ne sont pas oubliés par le Mouvement de la Résistance islamique. Dès leur plus jeune âge, ils sont "ciblés" par des programmes d'al-Aqsa TV, la chaîne du Hamas, qui vise à les habituer à l'idée du martyr. Ainsi, des dessins animés tels que Farfour (le "Mickey" islamiste) ou Foufou et Koukou les incitent à la haine contre les Juifs et les chrétiens et glorifient ceux qui se sacrifient pour la Palestine et dans "le chemin d'Allah". Au printemps 2008, al-Aqsa a retransmis un spectacle de marionnettes dans lequel un jeune enfant poignarde le président George Bush avant d'annoncer la transformation de la Maison-Blanche en mosquée. Un peu plus âgés, vers dix ans, nombre d'enfants subissent un entraînement "militaire" pouvant aller jusqu'à leur apprendre à fabriquer et actionner des ceintures d'explosifs. Enfin, on ne peut passer sous silence le sort peu enviable des chrétiens. Sur une population d'un peu plus d'un million et demi de Palestiniens vivant dans la bande de Gaza, quelques milliers seulement sont chrétiens. L'article 31 de la

charte du Hamas stipule que "A l'ombre de l'Islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance. Ce n'est qu'à l'ombre de l'islam que la sécurité et la confiance peuvent se trouver." Faut-

il s'étonner que la réalité soit très différente ? Soupçonnés d'être des suppôts de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ou, pire encore, des traîtres potentiels au service d'Israël, les chrétiens de Gaza sont impitoyablement persécutés. Des églises sont fermées, profanées ou détruites,

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des croyants assassinés, emprisonnés, torturés, poussés à la conversion forcée ou à l'exil, et il y a longtemps que la seule librairie chrétienne de Gaza n'est plus qu'un tas de ruines fumantes

Voilà l'organisation qui a reçu le soutien franc et massif de militants de gauche ou d'extrême gauche qu'on voudrait croire sincères et égarés mais dont on s'étonne, dans ce cas, qu'ils ne se soient jamais manifestés à l'époque où s'accumulaient les crimes et violations des droits de l'Homme perpétrés par le Hamas et qu'ils aient réservé leur vertueuse et saine indignation aux seules bombes israéliennes.

Où étaient-ils, ces zélotes de la liberté et de la justice, lorsque le Hamas torturait des Palestiniens ou justifiait les crimes d'honneur ? Que disaient-ils lorsque cette noble organisation chassait les chrétiens ? Ont-ils manifesté, pétitionné ou simplement protesté du bout des lèvres ? Je ne m'en souviens pas. Et nos journalistes, toujours rapides à noircir du papier chaque fois que les Israéliens commettent une bavure, combien de colonnes ont-ils remplies avec ces crimes ? Pas beaucoup ! Combien de minutes de télévision pour ces exactions ? Fort peu. Soyons clairs : la mort d'un Palestinien n'est émouvante, intéressante, "vendable" que lorsqu'il est tué par un Israélien, par un Juif. Il s'agit alors d'un acte abominable. Mais si le même Palestinien est victime de ses propres frères, alors sa vie ne vaut rien et il n'intéresse plus personne. Le Hamas a un permis de chasse en bonne et due forme qui lui permet de tuer des Arabes sans que cela n'émeuve particulièrement l'opinion mondiale. Que voulez-vous, on ne peut pas non plus s'occuper de toutes les misères du monde

Parallèlement à cette mise au pas de la société gazaouite, telle que brièvement décrite, le Hamas augmentait très

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sensiblement, entre juin 2007 et décembre 2008, son armement et sa capacité de nuisance. L'argent obtenu de Téhéran ne servira jamais à améliorer le quotidien d'une population qui souffre mais à acheter des armes acheminées dans la bande de Gaza par les centaines de tunnels de contrebande qui la relient à l'Égypte. D'autres sont fabriquées sur place, tandis que les tirs contre le territoire israélien se multiplient : depuis 2001, mais, a fortiori, depuis le retrait israélien de Gaza, en 2005, ce sont des milliers de roquettes et de missiles qui se sont abattus sur le sud d'Israël, un nombre croissant d'entre eux touchant des localités parfois éloignées de plus de 40 kilomètres, comme Sderot ou Bersheeva. En tout, un million de citoyens israéliens se trouveront ainsi sous la menace des projectiles du Hamas.

Et ce qui devait arriver arriva

44

II

QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES CAUSES ET LES RÉALITÉS DE LA GUERRE

"La première victime d'une guerre, c'est la vérité", déclarait

en 1917 le sénateur américain Hiram Warren Johnson. Rarement, sans doute, cet aphorisme n'aura été aussi applicable au monde réel qu'il ne le fut durant ce mois de janvier 2009.

Une des raisons du déchaînement passionnel suscité, en Europe, par l'opération "Plomb durci" réside certainement dans le fait que trop de médias et bien des politiques ont

insisté, dès le début des bombardements, sur l'aspect disproportionné de l'offensive israélienne. Désir de simplifier

à outrance une situation complexe pour mieux l'expliquer ?

Volonté de manipuler l'opinion pour la rendre plus réceptive aux arguments d'un camp qu'à ceux de l'autre ? Empathie "naturelle" avec les victimes, entraînant le désir de

stigmatiser leur agresseur ? Un peu de tout cela, sans doute,

à des doses différentes suivant les acteurs en présence.

À cette simplification à outrance - allant souvent jusqu'au déni pur et simple des arguments israéliens - est venue s'ajouter, au fil des jours, une série d'accusations, plus ou moins étayées, portant aussi bien sur le "ciblage" des civils par Tsahal que sur de supposés "crimes de guerre",

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tels que l'utilisation "d'armes au phosphore blanc" ou des tirs "délibérés" sur des installations de l'ONU. Des assertions qui tenaient autant à la volonté, pour certains, de diaboliser Israël qu'à la profonde méconnaissance des autres pour la chose militaire. Autant d'étapes, en tout cas, qui ont été du pain béni pour les islamistes et leurs alliés de circonstance dans leur volonté de mobiliser la rue.

Enfin, les chiffres des victimes de l'opération ont, très probablement, été gonflés et repris sans aucun recul par la plupart des médias internationaux qui, le plus souvent, "oubliaient" simplement de préciser que leur source

exclusive n'était autre que

Il me faut donc, avant d'aller plus loin, répondre à quelques-unes de ces questions qui se sont posées au long de ces trois semaines de guerre.

Qui est responsable de la guerre ?

le Hamas.

Lorsque l'émotion parle, trop souvent la raison s'efface. Les images d'une ville sous les bombes et celles de cadavres, a fortiori d'enfants, ont rapidement annihilé chez beaucoup (chez ceux qui étaient sincères, au moins, les autres s'en moquant, bien évidemment) toute capacité à entendre - et je ne parle même pas "d'écouter" - les arguments israéliens, qui étaient pourtant solides. Attardons- nous donc à d'autres voix que personne, je pense, n'accusera d'être vendues à Israël.

À tout seigneur, tout honneur : qui mieux qu'un chef du Hamas peut nous dire qui a déclenché les hostilités ? Le 14 décembre 2008, Khaled Mechaal, l'un des principaux dirigeants politiques du Hamas, déclarait sur les ondes de

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la télévision al-Aqsa : "Cette Tahdiah a été limitée à une période de six mois. Notons que l'ennemi ne s'est pas plié aux conditions de la Tahdia et que le siège continue de réprimer notre peuple. C'est pourquoi nous le Hamas, ainsi que la plupart des autres forces, déclarons haut et clair qu'après le 19 décembre 2009, la Tahdiah prendra fin définitivement."

Il faut noter que le mot "tahdiah" ne signifie pas "trêve", comme il a été trop souvent traduit en français, mais "calme" ou "accalmie". Et, en effet, il n'y a pas eu de "trêve" puisque les actions offensives du Hamas ne se sont jamais arrêtées après le 19 juin 2008 (date d'entrée en vigueur de l'accalmie), entraînant des réactions sporadiques de la part d'Israël : en tout, plus de 200 missiles et 100 obus de mortiers seront tirés sur le sud d'Israël entre le 19 juin et la fin de la "trêve". Dès la fin du mois de décembre, le président Mahmoud Abbas, tout en exprimant sa solidarité avec les victimes des bombardements en cours, déclarait qu'il avait, à plusieurs

reprises, "appelé les leaders du Hamas pour leur parler, de façon directe et indirecte, via des intermédiaires arabes et non arabes. Nous leur avons parlé au téléphone. Nous leur avons dit :

s'il vous plaît, ne mettez pas fin à la Tahdiah". En vain, on le

sait.

Comme en écho, l'un des conseillers du président palestinien, Nimr Hammad, affirmait, le 28 décembre : "Le

responsable de ces massacres est le Hamas et non l'entité sioniste qui, de son point de vue, a réagi aux tirs de missiles palestiniens. Le Hamas doit cesser de laisser verser à la légère le sang des Palestiniens. Il ne devrait pas donner aux israéliens un prétexte pour attaquer."

Le directeur de l'Autorité de diffusion audiovisuelle palestinienne, Bassem Abou Sumayyah, estimera pour sa part, le 29 décembre, que le Hamas "est pris de mégalomanie

depuis sa prise de contrôle de Gaza qui l'a aveuglé au point qu'il

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ne prête plus attention aux conseils de qui que ce soit. Le Hamas s'est comporté comme une superpuissance " De nombreux

chroniqueurs palestiniens suivront la même ligne éditoriale ainsi que quelques voix (assez rares) dans la presse arabe. Ainsi, le 9 janvier, dans al-Arab, au Qatar, un chroniqueur

écrivait : "Négocier avec lsraël est une nécessité, lui déclarer la guerre est une grave erreur."

En Turquie - pays musulman qui, historiquement, a pourtant toujours entretenu d'excellentes relations avec Israël - le premier ministre islamiste "modéré" Recep Erdogan qualifiait l'opération israélienne, dès le début de celle-ci, de "crime contre l'humanité" et réclamait l'exclusion d'Israël des Nations unies, insistant sur le fait qu'"Allah punirait" l'État juif, ni plus ni moins. Ce pays a, par ailleurs, été le théâtre de manifestations de masse de haine islamiste appelant à la "mort d'Israël". On se rappellera encore que, en 2008, Ankara avait accueilli avec une sympathie non dissimulée le chef d'État soudanais Omar al- Bashir, qui se vantait d'avoir "restauré la paix au Darfour", ou le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Mais cela n'empêchera pas le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, de déclarer, le 27 janvier 2009, qu'Ankara "n'approuve pas le Hamas" et d'appeler le mouvement islamiste à adopter des moyens pacifiques pour atteindre ses

objectifs : "Le Hamas doit se décider. Veut-il être une organisation armée ou un mouvement politique ? Nous souhaitons qu'il œuvre dans le cadre d'un mécanisme politique."

Étant donné les orientations et les choix de l'AKP 1 , le parti de Monsieur Erdogan, il est permis de penser que cette déclaration est purement tactique, mais elle n'en constitue pas moins une condamnation claire du Hamas.

1 AKP (Adalet ve Kalkinma Partisi), Parti pour la justice et le développement

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Le 3 janvier, c'est la présidence tchèque de l'Union

européenne qui estimera que l'opération israélienne est "défensive" et non pas "offensive". D'autres voix européennes s'élèveront également, comme celle de Nicolas Sarkozy qui, le 5 janvier, jugera que le Hamas "a agi de façon

chancelière Angela

impardonnable

et

irresponsable".

La

Merkel, pour sa part, chargera lourdement l'organisation terroriste, et ce, dès le 29 décembre, dans une conversation

téléphonique avec le premier ministre israélien Ehud Olmert

: "La responsabilité de l'évolution de la situation dans la région incombe clairement et exclusivement au Hamas qui a rompu unilatéralement le cessez-le-feu."

L'une des prises de position les plus courageuses enregistrées lors de ce conflit sera certainement celle d'Armand De Decker, président du Sénat belge, qui a beaucoup œuvré aux côtés de l'Autorité palestinienne à l'époque où il était Secrétaire d'État à la Coopération. On me pardonnera de le citer longuement, mais cela en vaut la peine car, le 15 janvier 2009, sur les ondes de RTL, il mettait les points sur les "i" en rappelant un certain nombre de vérités trop souvent occultées : "Ce que je vois aujourd'hui,

c'est en fait, un grand bras de fer entre le monde entier et l'Iran. Parce que l'affaire de Gaza n'est pas tellement l'affaire des Palestiniens qui vivent à Gaza. Le Hamas est le bras armé de l'Iran dans cette affaire, comme le Hezbollah l'est au Liban "

Et de continuer : "Je ne sais pas si les citoyens s'en rendent suffisamment compte mais je pense qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans les discours qui sont tenus et les attitudes qui sont prises aujourd'hui par rapport à l'offensive israélienne dans la bande de Gaza. Les Israéliens ont essayé de convaincre le Hamas d'arrêter de bombarder le sud d'Israël. Il y a eu une trêve et, à un certain moment, ils [le Hamas] ont rompu la trêve et ils se dont remis à bombarder, comme ils le faisaient depuis sept ou huit and, le sud d'Israël. Et Israël a répété, répété, répété qu'il fallait qu'ils s'arrêtent.

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Et aujourd'hui, Israël a décidé d'en finir non pas avec Gaza, non pas avec les Palestiniens, mais avec le Hamas. Et c'est la raison pour laquelle on constate un silence énorme du monde arabe. Aucun pays arabe n'est solidaire du Hamas. Le seul qui l'est c'est la Syrie. Tous les autres se taisent dans toutes les langues et, au contraire, cherchent à être le plus discrets possible et à calmer le jeu car aucun pays arabe ne veut que l'Iran chiite ne gagne ce bras de fer avec le reste du monde et déstabilise entièrement la région et puisse amener toute la région dans un nouveau conflit."

Armand De Decker rappelle ensuite que la position

dit

aussi

israélienne

est

loin

d'être

agressive

qu'on

le

généralement : "J'ai une grande pitié pour le peuple palestinien

qui subit cela

se disent pas beaucoup, mais le gouvernement israélien a demandé à certains moments au gouvernement belge de faire des choses [dans l'aide humanitaire] sur le territoire de Gaza. Je

sais donc fort bien qu'Israël n'attend qu'une chose, c'est de vivre en paix et de ne plus être agressé par personne. Israël ne s'opposerait pas, je pense, à ce que nous voulons tous avec énergie en Europe : la création d'un État palestinien reconnu qui, lui aussi, vive dans des frontières sûres. Ceux qui empêchent cela c'est le Hamas, le Hezbollah et l'Iran, et ce qui se passe pour le

Toute guerre est violente, mais

c'est une guerre très particulière parce qu'une guerre qui s'arrête trois heures par jour, c'est une guerre très particulière. Une

guerre où l'on prévient les gens qu'on va bombarder, soit par tracts soit par téléphone, et les médias ne Le disent pas assez,

Il est évident que les

résolutions de l'ONU ne sont pas respectées par Israël, enfin certaines, ou elles ne le sont pas complètement. Il ne faut pas oublier que des résolutions avaient demandé à Israël de sortir du Liban. Ils l'ont fait et ils ont été attaqués par le Hezbollah. On leur demandait de sortir de Gaza, ils sont sortis de Gaza et ils ont été bombardés par le Hamas. Ils font un certain nombre de choses. Ils devraient encore sortir d'autre territoires mais ils ne le "

c'est une guerre très particulière

moment, c'est ça et rien d'autre

[mais] il faut le savoir, ce sont des choses qui ne

font pas car ils sont obsédés par leur survie et leur sécurité

50

Enfin, l'une des condamnations les plus fortes du Hamas viendra d'un homme qui est connu pour n'avoir jamais

mâché ses mots face à

Louis Michel, chargé de la coopération au développement. Le 26 janvier 2009, en visite à Gaza, après avoir déclaré que

ce qu'il a vu "est abominable, injustifiable et inacceptable", ce

qui constitue une nouvelle mise en cause de l'État hébreu, il

enchaîne : "Il faut aussi rappeler quand même la responsabilité écrasante du Hamas. Je le dis ici à dessein, le Hamas est un mouvement terroriste et il faut le dénoncer comme tel." Il

martèlera encore : "Le Hamas a raté une opportunité d'être un interlocuteur de la communauté internationale [après sa victoire en 2006] en ne répondant pas à la proposition européenne de dialogue, à condition qu'il reconnaisse le droit à l'existence

On ne peut pas discuter

avec un mouvement terroriste qui utilise le terrorisme comme moyen. Nous ne pouvons pas accepter que la manière dont le Hamas se comporte soit confondue avec de la résistance. Quand on tue des civils innocents, ce n'est pas de la résistance, c'est du terrorisme "

d'Israël et abandonne la lutte année [

Israël : le Commissaire européen

]

Face à ces propos d'une grande clarté, le Hamas réagira immédiatement, par la voix de Taher al-Nounou, l'un de ses porte-paroles en stigmatisant des "déclarations odieuses qui

traduisent une partialité totale en faveur de l'ennemi qu'il cherche à exonérer des massacres atroces commis contre le peuple

palestinien". Pour le Hamas, toujours dans la nuance lorsqu'on s'oppose à lui, Louis Michel veut "faire plaisir à

l'administration américaine et au lobby sioniste pour faire avancer sa carrière".

J'ajouterai pour clore ce débat que le droit international, malgré ce qui a pu se dire, est extrêmement clair. La charte des Nations unies rappelle, en son article 51 "le droit

individuel de légitime défense individuelle ou collective, dans le cas ou un membre des Nations unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires

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pour maintenir la paix et la sécurité internationales". Du reste,

le 15 janvier, en rencontrant le premier ministre Ehud Omert, et tout en déplorant les "nombreuses pertes humaines et la souffrance de la population civile à Gaza", le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, condamnait les tirs de

roquettes par le Hamas : "Il s'agit d'actes de terrorisme qui ne peuvent aucunement être justifiés et qui doivent s'interrompre. Israël a le droit de vivre en paix et de défendre ses citoyens."

Le Hamas, donc, apparaît aux yeux de ceux qui tentent d'écouter la voix de la raison - même si, par ailleurs, ils peuvent regretter la force de la réaction israélienne - comme le grand responsable voire le seul coupable de la tragédie.

Reste à savoir, évidemment, si Israël aurait pu choisir une autre voie.

Israël avait-il le choix ?

Fallait-il déclencher une guerre pour "quelques roquettes", comme le souligneront certains ? Était-il nécessaire de bombarder une zone aussi densément peuplée que la bande de Gaza pour mettre fin à ces tirs ? Fallait-il tuer 1.500 personnes (je reviendrai plus loin sur ce chiffre fantaisiste) pour en terminer avec une agression - répétée des centaines de fois au cours de plusieurs années, certes, mais qui, en définitive, n'a fait "que" quelques dizaines de morts ? La réponse politiquement correcte est évidemment : Non, il ne le fallait pas." Alors que je l'interrogeais sur ce qu'aurait dû faire Israël, le Commissaire européen Louis Michel m'a rétorqué, au cours d'un débat télévisé à la mi-janvier 2009,

que "à la place des dirigeants israéliens, jamais il n'aurait choisi l'option militaire, jamais !" (Ce qui, soit dit en passant,

prouve qu'il n'est pas le meilleur ami de

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l'État hébreu et donne, par contrecoup, un poids certain au jugement qu'il porte sur le Hamas comme cité ci-dessus.)

On me permettra d'abord de remarquer que cette question - Israël devait-il déclencher cette opération ? - est simplement grotesque. Posée - de préférence sur un ton grave et pénétré - dans un restaurant accueillant de la Rive gauche, dans une cafétéria universitaire de Bruxelles ou de Berlin, autour de la machine à café d'une salle de rédaction de Londres ou de Zurich ou dans un salon feutré du Parlement européen, elle est même carrément indécente. À vrai dire, elle ne peut se poser qu'à un gentil bourgeois bohème qui n'a jamais pris de roquette, grenade ou autre missile sur la gueule. On me pardonnera - ou, d'ailleurs, on ne me pardonnera pas, je m'en moque- la violence de l'expression, mais elle est justifiée par la totale déconnection avec la réalité de ceux qui osent se lancer dans ce genre de débat. Serait-il possible qu'une seule minute, tous ces braves contempteurs d'Israël laissent tomber leurs œillères et essaient de se mettre à la place de ceux qui ne parlent pas des roquettes mais en sont victimes ? Un minimum d'empathie, est-ce vraiment trop demander ?

Depuis 2003, plus de 9.000 roquettes ont été tirées par le Hamas sur Israël. Sur ce nombre, plus de 6.000 l'ont été après le retrait israélien de Gaza durant l'été 2005, et plus de 3.000 durant la seule année 2008. Certes, ces tirs n'ont fait "que" trente-quatre morts et un millier de blessés. J'aurais la faiblesse d'ajouter qu'ils ont également traumatisé plusieurs dizaines de milliers d'enfants et autres civils. Quelle était, avant l'opération, la vie des centaines de milliers d'Israéliens - plus d'un million, en fait - résidant à portée de ces roquettes ? Ils vivaient traqués comme des bêtes, tentant d'oublier la menace omniprésente pour vaquer, aussi normalement que possible, à leurs occupations. Mais dès qu'un départ de projectile était signalé, ils n'avaient que quinze secondes pour gagner un abri, s'aplatir sous

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une table pour éviter les éclats ou s'allonger au sol pour se protéger. Quinze secondes ! Et ce, parfois, jusqu'à dix fois par jour, sinon plus. Est-ce cela vivre ? Comment expliquer à un enfant qu'il doit dormir dans un abri pour échapper à la mort ? Comment élever sa famille, travailler, aimer, penser, manger, avoir une vie sociale dans ces conditions ? Comment vivre, tout simplement, sous cette menace constante, répétée jour après jour, semaine après semaine, mois après mois et année après année ? Car cela a duré cinq ans !

Se sont-ils posé ces questions, ceux qui nous expliquent qu'Israël avait le choix ? Non, pas une seconde ! Ont-ils tenté de se mettre à la place de ceux qui vivaient cette vie qui n'en n'était plus une ? Non, jamais ! Combien aurait-il fallu de morts israéliens pour qu'ils y réfléchissent, puisque trente-quatre, ce n'est manifestement pas suffisant ? Cinquante ? Cent ? Deux cents ? Est-ce une question de simple arithmétique ? Dans le confort de leur bonne conscience et de leur vie bien douillette, ils se contentent de nous expliquer, ces moralistes à courte vue, qu'Israël avait d'autres choix. Ah oui ? Mais lesquels alors ?

Car tout a été tenté. Des ripostes "tactiques" - des bombardements ciblés pour éliminer les terroristes responsables des tirs - les pressions internationales, entre autres celles de l'Égypte, le recours à la diplomatie et, bien entendu, les admonestations de l'Autorité palestinienne. Averti à de multiples reprises par Israël, menacé d'une catastrophe qui finirait par s'abattre sur le peuple palestinien, sommé par le Caire de renoncer à la violence, supplié par le président Mahmoud Abbas de renoncer à la violence, comment a réagi le Hamas ?

En continuant ses tirs. Tout simplement en continuant ses tirs.

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Je pose dès lors une question simple : comment aurait réagi n'importe quelle démocratie européenne si elle s'était trouvée à la place d'Israël ? Imaginons une seconde, juste pour rire, qu'un groupe terroriste alsacien se réfugie derrière la frontière allemande et, de là, bombarde, jour après jour, mois après mois, des villes et des villages d'Alsace. Imaginons que l'Allemagne refuse de faire ce qu'il faut pour mettre fin à ces tirs. Pire : qu'elle les encourage. Une fois tous les autres recours épuisés, la France attendrait-elle deux mois, six mois, un an avant de réagir ? Je ne le pense pas. Mais Israël a attendu cinq ans. Il a fallu trente-quatre morts, mille blessés, cinq ans de bombardements et plus de 9.000 roquettes pour que la foudre, longtemps annoncée, s'abatte sur Gaza. C'est long cinq ans : 1.825 jours ! Aurait-il fallu attendre six ans ? Dix ans ? Vingt ans ?

J'ajouterai un dernier point : outre ses attentats multiples

et répétés, outre les milliers de missiles et de roquettes tirés depuis Gaza, le Hamas est coupable de l'enlèvement, le 25 juin 2006, du caporal Gilad Shalit, gardé en otage quelque part à Gaza depuis cette date, soit depuis plus de trente et un mois au moment où j'écris ces lignes. Les pressions et médiations internationales et les offres de négociation d'Israël sont restées lettre morte. En quoi l'enlèvement et la séquestration d'un jeune soldat de 18 ans peuvent-ils réellement être considérés comme une opération militaire acceptable ? Cela aussi, il aurait fallu que Jérusalem accepte

?

On me rétorquera, bien entendu, que je noie le poisson, que c'est pour de pures et simples raisons de politique intérieure que la guerre a été déclenchée. Pour satisfaire une opinion publique avide de revanche à quelques mois d'élections qui s'annonçaient difficiles.

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Désolé, je n'achète pas ! Je dis, moi, que le premier devoir d'un État qui se respecte est de protéger ses citoyens et que, quand tout a été tenté, en vain, pour assurer leur sécurité, oui, la guerre, aussi horrible qu'elle soit, est la dernière solution.

Un mot encore sur le fameux "blocus" qui aurait étranglé et affamé Gaza. Entre le 19 juin et le 18 juillet 2008, soit pendant toute la durée de la trêve, 9.562 camions d'aide humanitaire ont pénétré dans la bande de Gaza depuis Israël, livrant 209.896 tonnes de biens divers. Durant la même période, 52 millions de litres de fuel et 10.670 tonnes de gaz ont été livrés à Gaza tandis que 3.466 personnes (des malades et leurs accompagnants) étaient accueillies dans des hôpitaux israéliens. Contrairement à ce que prétendent les propagandistes du Hamas et leurs dociles alliés en Europe, la fourniture d'électricité à Gaza (depuis la centrale d'Ashkelon, régulièrement ciblée par les roquettes des terroristes), n'a jamais été interrompue, la réduction maximale étant de 30%. Vous avez dit "blocus" ?

Non, Israël n'avait pas - n'avait plus - le choix.

L'offensive a-t-elle fait de trop nombreuses victimes civiles ?

Deuxième accusation souvent entendue : les bombardements indiscriminés de l'aviation israélienne ont tué énormément de civils. La plupart des détracteurs d'Israël n'hésiteront même pas à affirmer qu'Israël a volontairement et délibérément frappé les populations civiles. C'est tout à fait faux, mais qu'importe ! Goebbels le disait déjà : plus le mensonge est gros, mieux il passe. Les propagandistes

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du fascisme vert et leurs amis gauchistes ont bien retenu la leçon et l'appliquent à la perfection.

Bien sûr qu'il y a eu trop de morts civiles. Il y en a toujours trop et personne ne se réjouit de la mort d'un civil, d'une femme, d'un enfant - enfin, personne de "normal", parce qu'au Hamas, ça aurait plutôt tendance à les amuser. Mais revenons à quelques faits : la bande de Gaza est l'une des zones urbaines les plus densément peuplées du monde, avec un peu plus d'un million cinq cent mille personnes habitant sur une étroite langue de terre de 360 km². Les spécialistes estiment qu'une opération militaire combinée du type de celle qui a été menée par Israël - mêlant bombardements aériens, tirs d'artillerie, intervention de blindés et progression de troupes à pied en zone urbaine - peut causer jusqu'à 30 % de pertes dans la population civile. Or, les chiffres du Hamas font état de 1.300 morts dont 40 % à 50 % de civils. On est donc très loin, mais vraiment très loin de ce qu'aurait pu être la tragédie.

Force est donc de constater, quitte à ne pas être politiquement correct, que ces chiffres relativement bas sont dus, en grande partie, à la restriction dans l'usage de la force que s'est imposée l'armée israélienne. Écoutons l'expert

Joseph Henrotin 2 : "Le conflit israélo-palestinien est

extrêmement émotionnel et donc, quand bien même il n'y aurait

que deux morts, Israël serait malgré tout pointé du doigt

la problématique de la guerre urbaine. Vous aurez des morts, même si vous parvenez à les réduire à des niveaux historiquement très bas

C'est

2 Chercheur, rédacteur en chef adjoint de "Défense et Sécurité Internationale", co-auteur de l'ouvrage collectif "Les opérations militaires en zones urbaines : paradigmes, stratégies et enjeu.'", Edition Bruylant, Bruxelles, 2008.

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Il y a assez peu de morts pour l'instant Je sais que ce que je vais vous dire provoque une certaine dissonance par rapport à ce que l'on peut entendre dans les journaux télévisés. Mais en fait, les Israéliens progressent assez lentement. Non pas parce qu'ils font face à une grosse résistance, quoiqu'elle existe, mais parce qu'ils progressent prudemment. Dans la mesure où ils savent que s'ils avancent trop rapidement, le nombre de pertes civiles va augmenter."

Un ciblage extrêmement précis des frappes aériennes, préparées et appuyées par un usage intelligent et extensif du renseignement sous toutes ses formes - imagerie aérienne, interceptions techniques, sources humaines - l'utilisation de munitions spéciales destinées à limiter les destructions à la structure attaquée 3 , une progression lente et mesurée des troupes au sol : Israël a tout fait pour réduire, autant que

faire se peut, les "dégâts collatéraux" et autres pertes civiles. Mais ce n'est pas tout : les bombardements ont été précédés de largages massifs de tracts sur les zones visées, pour donner aux civils une chance d'évacuer les lieux. Mieux encore, dans une opération d'une grande originalité baptisée "Dafak Ba Gaq" ("Toquer au toit"), le service de

renseignement militaire israélien Aman a

téléphoné aux

habitants des immeubles qui allaient être bombardés pour les prévenir de l'action imminente. Certains chefs terroristes eux-mêmes ont reçu ce type d'appel afin qu'ils aient le temps de mettre leur famille à l'abri. Beaucoup d'armées ont-elles agi de la sorte au cours de l'histoire ?

Certains ont qualifié ces pratiques de "cyniques", se demandant "où ces civils pouvaient-ils fuir dans un territoire entièrement bouclé". Colossale hypocrisie :

3 Il ne s'agissait d'ailleurs pas d'une "première", loin de la. J'ai personnellement vu Tsahal utiliser ce type de munitions - en l'occurrence des bombes "à implosion" capables de raser un immeuble sans endommager ceux qui l'entourent - lors de la "première guerre du Liban", durant l'été 1982.

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Israël n'a pas pratiqué le "bombardement stratégique", mais le "bombardement tactique". La différence est de taille : le premier vise à écraser un pays ou une ville sous les bombes (comme ce fut le cas durant la Seconde Guerre mondiale ou au Vietnam) afin de détruire son potentiel économique et de briser le moral de sa population. Le second s'en prend à des cibles d'intérêt militaire. En clair, cela signifie qu'à condition de quitter les lieux (et ils étaient priés de le faire), les habitants pouvaient effectivement, en se réfugiant parfois à quelques dizaines de mètres seulement de leur demeure, échapper aux bombes.

Une question encore : dans une guerre asymétrique, une guerre de guérilla dans laquelle le combattant tente de se fondre dans la population, qu'est-ce qu'une "victime civile" ? Cet adolescent de 15 ou 16 ans que l'on amène, sirènes hurlantes, dans un hôpital et sur lequel les caméras s'attarderont avec complaisance pour bien nous montrer son extrême jeunesse, est-il un "vrai" civil ou un milicien auquel on a retiré sa kalachnikov avant de le charger dans l'ambulance ? Était-il chez lui, dans sa famille ou en train de servir un mortier ou un RPG, ce lance-missiles portable qui est la hantise des véhicules se déplaçant sur le champ de bataille ?

Une fois de plus, cette question va choquer les âmes sensibles. Mais le Hamas s'est illustré, ces dernières années, dans l'utilisation "d'enfants soldats", que ses cadres entraînaient au combat et au terrorisme. Les témoignages existent en nombre, non pas dans la "propagande" israélienne, mais sur des sites islamistes proches du mouvement ou sur des images d'actualités diffusées par la télévision du Hamas. Des images qui nous montrent des enfants d'une douzaine d'années à l'exercice de tir, d'autres ceints de ceintures d'explosifs, d'autres encore apprenant à confectionner des bombes.

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Le 29 février 2008, Fathi Hammad, haut dirigeant et député du Hamas, félicitait sur les ondes de la chaîne de son

organisation "les acteurs au sein du Hamas et de la population

palestinienne qui ont réussi à transformer la mort en véritable

Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien

a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu'affectionnent toutes nos femmes, tous

enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants".

En septembre 2005, le Hamas a créé des unités de femmes au

sein de sa branche armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam. Dans une interview accordée à l'hebdomadaire al-Rissala, la responsable d'une de ces unités déclarait que les femmes aspirent

au martyre et que le rôle des Palestiniennes est "(

enfants au djihad". L'exemple d'Um Nidal, choisie comme candidate sur les listes électorales du Hamas, est frappant. Cette mère palestinienne a envoyé trois de ses fils dans des opérations suicides en Israël. Dans la vidéo de la cérémonie d'adieu à l'un d'eux (vidéo rendue publique par le Hamas à des fins de propagande), elle lui ordonnait "de ne pas revenir sauf en chahid". Après avoir appris la mort de son enfant, elle affirmait "Mon fils n'est pas plus sacré que l'islam. Je l'ai offert comme un cadeau et comme un sacrifice à Allah, puisse-t-il être glorifié. ( )" Le mouvement qui s'illustre par les déclarations d'un Fathi Hammad, le mouvement qui élève une Um Nidal au rang d'héroïne nationale, ce mouvement peut-il légitimement hurler à la mort en condamnant le "meurtre" de femmes et d'enfants par "les sionistes" ? Ceux qui ont défilé pour marquer leur solidarité avec les victimes - c'est du moins ce qu'ils ont voulu nous faire croire - ont-ils réfléchi à cela ? Connaissent-ils ces faits ? Ils ne sont pourtant pas cachés puisque largement mis en valeur et

exploités par la propagande du mouvement. Moins d'une minute

de recherche simple sur Internet suffit à trouver ces films et

d'éduquer les

industrie

)

60

ces déclarations. Mais tout cela n'intéresse guère les amis du Hamas, il est tellement plus noble de s'en prendre à la barbarie israélienne

L'affaire du "bombardement" de l'école de l'ONU de Jabalya, dans laquelle des dizaines de civils auraient été tués, illustre, elle aussi, les ravages de la propagande du Hamas sur les consciences occidentales.

Le 6 janvier, donc, trois obus israéliens tombaient sur l'école de Jabalya, tuant 43 personnes. C'est du moins ce que racontèrent la plupart des médias du monde, reprenant

complaisamment les "informations" fournies parle Hamas, en dehors de toute vérification indépendante. Le 29 janvier, le journaliste Patrick Martin publiait dans Globe and Mail, le plus grand quotidien canadien, les résultats d'une enquête qu'il avait effectuée sur le terrain. Il en ressort clairement qu'aucun obus n'est jamais tombé sur ladite école et que les 43 victimes ont été tuées dans une rue voisine de celle-ci. Comme l'écrit Martin : "Même si la mort de 43 civils dans la rue pourrait faire l'objet d'une enquête, on est loin d'un tir "

délibéré sur une cour d'école remplie de réfugiés

mais la presse européenne ne s'est pas empressée de relayer l'information de Globe and Mail. Serait-ce parce qu'elle n'allait pas dans le sens désiré ?

Le Hamas a-t-il gonflé le nombre des victimes ?

Certes,

Reste à examiner de plus près le bilan généralement admis par la communauté internationale : soit 1.315 morts (dont 410 enfants et 100 femmes) et plus de 5.285 blessés.

61

D'où proviennent ces chiffres ? Exclusivement du Hamas ou de sources palestiniennes sous son contrôle direct, entre autres, du docteur Mouawiya Hassanein chef des services d'urgences à Gaza. Le fait qu'ils n'aient été corroborés par aucune source indépendante sur le terrain n'a pas empêché les agences de l'ONU, comme de l'UNRWA 4 , de les reprendre à son compte. Et, bien entendu, la presse les a répétés à satiété.

Il est pourtant permis de s'interroger sur leur pertinence. Depuis quand faut-il prendre pour argent comptant les déclarations unilatérales d'une partie à un conflit, sans les soumettre, ne fut-ce qu'un instant, à une analyse critique ? Surtout, on me pardonnera de le rappeler, quand cette partie est une organisation terroriste tellement fière d'avoir érigé son "usine de mort". Pourquoi diable devrions-nous, soudain, faire confiance à une organisation qui domine de main de maître les rouages de la propagande ? C'est vrai, j'oubliais, il est interdit de mettre en cause l'honnêteté de la Muhamaiva ("résistance").

Le journaliste italien Lorenzo Cremonesi, envoyé spécial du Corriere della Sera, s'est livré à cet exercice critique. Il est l'un des seuls journalistes occidentaux à avoir été présent sur le terrain, à Gaza, dès le 13 janvier, en pleine phase finale (la plus violente) de l'offensive. Il écrivait, le 22

janvier : "Un fait devient de plus en plus évident quand on visite les cliniques, les hôpitaux et les familles des victimes des tirs israéliens. À vrai dire, leur nombre s'avère bien inférieur aux près de 1.300 morts, outre les quelque 5.000 blessés dont font état les hommes du Hamas, chiffres repris par les officiels de I'ONU et de la Croix - Rouge locale".

4 United Nation Relief and Works Agency for Palestine Refugees.

62

Il cite un médecin de l'hôpital Shiufah : "Il se peut que le

nombre des morts ne soit pas supérieur à cinq ou six cents. Pour la plupart, des jeunes de 17 à 23 ans recrutés dans les rangs du Hamas qui les a littéralement envoyés au massacre." Et il ajoute : "De nombreux lits sont vides à l'hôpital européen de Gaza, l'un de ceux qui, pourtant, auraient dû avoir un taux plus élevé de victimes de la guerre des tunnels israélienne. Même chose pour l'hôpital Nasser de Khan Yunis." Ces chiffres et les

observations de Lorenzo Cremonesi ne seront pratiquement pas repris par ses collègues.

J'attends donc qu'on m'explique pourquoi les sources du Hamas, qui a un intérêt évident à gonfler le nombre des victimes civiles (et à minimiser ses propres pertes), seraient- elles devenues plus crédibles, plus dignes de foi que celles d'un grand reporter qui, en trente ans d'expérience, a risqué sa vie dans de nombreux conflits. J'attends, avec patience, mais sans illusion.

Des massacres de civils inventés de toutes pièces, des bilans humanitaires outrageusement exagérés, cela ne vous rappelle vraiment rien, mesdames et messieurs des médias ? Vous avez déjà oublié la sinistre farce de Timisoara 5 , qui donna le coup d'envoi de la soi-disant "révolution roumaine" en 1989 ? Il y aurait, il est vrai, quelques excuses à cette amnésie, votre profession s'étant particulièrement illustrée en accréditant cette comédie.

5 En décembre 1989, des émeutes se produisirent à Timisoara, dans l'ouest de la Roumanie. Rapidement, des images de charniers commencèrent à circuler et le chiffre de plusieurs centaines de victimes fut avancé. On sut par la suite qu'il s'agissait de la fosse commune d'un hôpital dans laquelle étaient enterrés les indigents

63

Alors, faisons un autre effort de mémoire. Rappelez- vous Jénine ! Oui, Jénine, cette ville de Cisjordanie "rasée" par les troupes israéliennes en avril 2002 (là, vous devriez

vous en souvenir, ce n'est pas si lointain

attentat - d'ailleurs perpétré par le Hamas - qui avait fait 29 morts, Tsahal y affronta, durant une semaine, le Hamas mais

aussi le Djihad islamique et les Brigades des martyrs d'al-Aqsa.

Les sources palestiniennes, reprises dans la presse mondiale, évoquaient 400 à 500 morts. On parla de massacre, de génocide (quand même ! Cinq cent morts, un "génocide" ? Vraiment ?) et certains comparèrent le camp de réfugiés de

Jénine au

Ghetto de Varsovie. Le rapport établi par

Human Rights Watch, et qui est unanimement accepté

un

)

Suite

à

aujourd'hui, dénombra par la suite palestiniennes dont "seulement" 22 civils

52 victimes

Pour en finir avec l'UNRWA, je signalerai que cette respectable agence spécialisée de l'ONU, a été accusée d'employer - en toute connaissance de cause - des terroristes du Hamas ou du Djihad islamique de Palestine dans son personnel. En 2004, Peter Hansen, ancien commissaire général de l'UNRWA déclarait à la radio canadienne CBC

"Je suis certain qu'il y a des membres du Hamas qui sont rétribués par l'UNRWA, et je ne considère pas cela comme un crime. Nous ne pratiquons pas de contrôle politique envers nos employés, ni de discrimination des gens selon leur camp

politique." Noble attitude, à laquelle on objectera cependant que le Hamas n'est pas un camp politique mais une organisation terroriste reconnue comme telle par la communauté internationale. C'est sans doute ce qui explique que les manuels scolaires employés par l'organisation fassent l'apologie des attentats suicides et glorifient les "martyrs". Comment s'étonner, dès lors si 60 % des auteurs d'attentats suicides commis en Israël sont d'anciens élèves de l'UNRWA qui ne scolarise pourtant que 25 à 30 % des jeunes Palestiniens ? À l'automne 2008,

64

un membre du Congrès américain, le démocrate Steve Rothman, déposait une résolution demandant une plus grande transparence de l'agence. On le comprend.

Les boucliers humains du Hamas

Le Hamas semble oublier (et avec lui tous ceux qui reprennent en chœur ses élucubrations) qu'il a lui-même revendiqué l'utilisation de "boucliers humains". Dans sa déclaration, déjà citée, du 29 février 2008, le député Fathi

Hammad s'en vantait : "Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l'ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu'il tient à la vie."

L'utilisation de "boucliers humains" par le Hamas, au cours de ces dernières années, est largement documentée, comme l'est son emploi "d'enfants soldats". L'organisation n'a évidemment pas dérogé à cette bonne habitude lors de l'offensive "Plomb durci". Lorenzo Cremonesi raconte, après avoir interrogé des dizaines de témoins, comment la population palestinienne a tenté de se prémunir de cette

pratique honteuse : "Les plus courageux s'étaient organisés et avaient barré l'accès à la cour, cloué des planches sur les portes de leurs habitations, bloqué en hâte et avec colère les échelles permettant l'accès aux toitures les plus hautes et suppliaient les membres du Hamas et du Djihad islamique de quitter leurs maisons."

Et comment réagissaient ces courageux combattants de la liberté ? Par l'insulte, la menace, la violence : "Traîtres !

Collaborateurs d'Israël ! Espions du Fatah, lâches ! Les soldats du djihad vous puniront et en tout cas vous mourrez tous, comme nous ! En combattant les Juifs sionistes, nous obtiendrons tous le paradis, n'êtes-vous pas heureux de mourir ensemble ?" Et

alors, furieux, ils défonçaient portes et fenêtres, se cachaient dans les étages supérieurs

65

et les jardins. Ils utilisaient des ambulances et se retranchaient tout près des hôpitaux, des écoles et des bâtiments de l'ONU. Dans des cas extrêmes, ils tiraient sur ceux qui cherchaient à leur barrer la route, pour sauver leur famille, ou ils les battaient sauvagement.

Écoutons le témoignage d'Abu Issa, 42 ans, habitant du quartier de Tel Awa, à Gaza-City : "Ils voulaient que les

Israélien tirent sur nos maisons pour les accuser ensuite de

crimes de guerre."

Écoutons sa cousine, Um Abdallah : "Ils

avaient des rampes de lancement de missiles sur les toits des principaux immeubles bombardés et près du grand entrepôt de

l'ONU qui a brûlé ensuite." Écoutons Magah al-Rachmah, 25 ans, qui habite non loin d'un hôpital : "Les hommes du Hamas

s'étaient réfugiés surtout dans le bâtiment qui abrite les bureaux

Ils utilisaient les ambulances et obligeaient les

ambulanciers et les infirmières à enlever leurs uniformes arborant les insignes paramédicaux, ce qui leur permettait de donner le change et de mieux échapper aux recherche, israéliennes."

Une guerre de lâches. La seule dans laquelle le Hamas excelle.

D'autres preuves ? Les services de renseignement israéliens ont publié des photographies aériennes qui prouvent, par exemple, qu'à Tel al-Zaatar (nord de la bande de Gaza), trois positions de tirs de roquettes étaient situées autour de l'école, deux près d'un bâtiment de l'ONU, dont une littéralement collée à sa façade, et trois autres autour du centre médical al-Fakhtura. Mêmes photographies pour Jabalya (toujours dans le nord de la zone) : 106.846 habitants sur 1,4 km² et, au milieu de la population, une quinzaine de rampes de lancement et une cinquantaine de postes militaires, dont huit autour du seul hôpital. À Sha'ati (au nord de Gaza-City), 80.567 habitants, une quarantaine de postes militaires et une quinzaine de sites de lancements, judicieusement positionnés entre deux écoles.

administratif

66

Évidemment, on me dira qu'il s'agit de photographies de Tsahal, donc, de propagande sioniste. C'est évident :

pourquoi accorder le moindre crédit à ce que dit l'armée d'un pays démocratique - une armée soumise au contrôle et objet d'enquêtes quand elle commet une bavure - alors qu'il est tellement plus simple de croire ces braves gens du Hamas ? Circulez, il n'y a rien à voir !

Une dernière précision, n'en déplaise à ceux qui ont comparé Gaza sous les bombes à un "camp de concentration" : durant l'offensive, plus de 1.700 camions sont entrés à Gaza par les postes de contrôle israéliens, transportant plus de 42.000 tonnes de vivres et de matériel humanitaire, envoyés par la communauté internationale. Dans le même temps, deux millions deux cent mille litres de fuel ont été acheminés vers Gaza par les mêmes checkpoints et plusieurs dizaines de victimes civiles palestiniennes ont été évacuées vers Israël pour y être hospitalisées.

Pour conclure, je maintiens qu'en dépit de l'utilisation massive de la population civile par le Hamas pour se protéger, les pertes ont été réduites. Je vais déplaire, une fois de plus - au point où j'en suis, je ne suis plus à ça près ! - mais je suis certain que, dans un avenir proche, la manière dont l'armée israélienne a conduit cette offensive afin de limiter au maximum les pertes civiles sera citée en exemple et enseignée dans bien des écoles militaires du monde démocratique.

Un autre "crime de guerre" israélien ? La terrifiante légende du "phosphore blanc"

Au nombre des multiples crimes de guerre dont Israël se serait rendu coupable durant cette guerre, que n'a-t-on dit

67

sur les bombardements à l'aide de munitions au phosphore blanc, produit extrêmement dangereux et qui, selon des organisations telles qu'Amnesty International, aurait été

utilisé par Tsahal de "manière claire et indéniable" ?

Le

19

janvier,

Christopher

Cobb-Smith,

"expert

en

armement"

auprès

d

Amnesty

International,

déclarait

à

l'Agence France Presse : "Hier, nous avons vu des rues jonchées de débris, qui prouvent l'utilisation de phosphore blanc, y compris des particules incandescentes et des restes d'obus tirés

par l'armée israélienne."

surenchérit : "Une telle utilisation, intensive, de cette arme dans les quartiers très peuplés de Gaza est faite par définition de

est un crime de

Sa

collègue

Donatella

Rovera

manière indiscriminée. Son utilisation répétée (

)

guerre." Une fois de plus, les médias reprendront en boucle cette information, sans la mettre en perspective comme cela aurait dû être le cas.

Mais qu'est-ce que le phosphore blanc ? Un dérivé du phosphore, produit hautement inflammable (et qui, une fois allumé, au contact de l'air, ne peut être éteint), utilisé à des fins militaires depuis le XIXe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, du phosphore blanc fut utilisé (comme, par ailleurs, du magnésium) dans la fabrication de bombes incendiaires larguées lors des bombardements stratégiques, notamment sur Hambourg (juillet 1943, 40.000 morts, 80.000 blessés, 350.000 maisons détruites) ou Dresde (février 1945, plusieurs dizaines de milliers de morts) ainsi que sur Tokyo et d'autres villes japonaises en 1945.

Le protocole n°3 de la Convention de 1983 sur

"l'interdiction ou la limitation de l'emploi de certaines armes classiques qui peuvent être considérées comme produisant des effets traumatique excessifs ou comme frappant sans

discrimination" interdit l'emploi de ces armes contre les civils.

68

Israël a-t-il utilisé des armes au phosphore blanc à Gaza ? Oui, mais, comme le fait remarquer le journaliste Jean- Dominique Merchet, de Libération 6 , l'un des meilleurs spécialistes des questions militaires dans la presse française, il l'a été uniquement comme moyen "d'éclairage du champ de bataille", de "marquage" de cible ou de dégagements de fumigènes destinés à masquer les mouvements de troupes. Jamais comme arme incendiaire. Du reste, affirme Jean- Dominique Merchet (sur Radio France Internationale, dès le

11 janvier) : "Si l'armée israélienne avait aujourd'hui l'intention utiliser ces armes incendiaires comme les Britanniques et les Américains l'ont fait sur l'Allemagne et le Japon, Gaza ne serait aujourd'hui qu'un vaste brasier. Tout flamberait. Ce sont des armes qui sont faites pour allumer des incendies si vous les tirez au sol. Si vous les tirez en l'air, elles brûlent en retombant. Et

donc, on est dans un contexte totalement différent

organisations humanitaires sont dans leur rôle en dénonçant les

armes qui tuent

combien de civils ont été brûlé par le phosphore. Pour l'instant,

on n'a pas réellement de chiffres là-dessus. Et il ne s'agit évidemment pas d'une intention délibérée d'incendier Gaza parce que si c'était le cas, je le répète, on le verrait parce que Gaza serait un vaste brasier "

encore que l'on attend de savoir réellement

Les

Ce qui n'empêchera pas l'hebdomadaire Marocain Tel Quel - pourtant un média de qualité - d'écrire, le 25 janvier

2009 : "Les terribles bombardements au phosphore ont donc

cessé sur la population de Gaza "

Ils ont d'autant mieux cessé

qu'ils n'ont jamais existé !

Des "crimes" ou des "bavures" ont-ils eu lieu lors de l'offensive israélienne ? C'est malheureusement très

6 Jean-Dominique Merchet anime par ailleurs un blog remarquable sur les questions militaires et de stratégie : http://secretdefense.blogs. liberation.fr

69

possible. J'ai traversé, comme observateur à des titres divers, bien des conflits, de la Guerre (du Liban en 1982 à l'ensemble des guerres balkaniques des années 1990. Je suis donc bien placé pour savoir qu'une bataille est confuse et que le pire peut s'y produire à tout moment. Un tir mal ajusté, une piètre évaluation de la situation tactique, une mauvaise décision prise en quelques secondes et c'est le drame. Pire encore : paroxysme évident de la violence, le combat réveille la bestialité de l'homme et le soumet à un stress tel, que le crime est toujours possible. La seule certitude que j'ai c'est que si bavures ou crimes il y a eu, ils feront l'objet d'enquêtes et seront sanctionnés. L'armée israélienne a montré par le passé qu'elle ne plaisantait pas avec ce genre "d'incidents" et, si elle tente de minimiser ou de cacher quelque dérive que ce soit, la presse israélienne est assez libre et assez mûre pour déterrer ces secrets.

Du reste, le 4 février, Israël reconnaissait sa responsabilité dans l'une des "bavures" les plus médiatisées de la guerre : la mort de trois filles du Docteur Izz el Dine Abou Aïch. Le docteur Abou Aïch, gynécologue, travaille dans un hôpital israélien et parle parfaitement l'hébreu. Il a participé, par ailleurs, à de nombreux programmes de rapprochement entre Palestiniens et Israéliens. Le 16 janvier, peu après le tir qui fut fatal à trois de ses enfants, il avait appelé un ami journaliste israélien. Diffusé en direct par la station Channel 10, son coup de téléphone avait profondément bouleversé de nombreux Israéliens, et le gouvernement avait ordonné que les enfants survivants du médecin et d'autres proches soient amenés en Israël pour y être soignés.

Toutefois, les circonstances exactes de la tragédie restaient controversées, les militaires prétendant que des membres du Hamas étaient présents dans la maison et avaient ouvert le feu, déclenchant la riposte fatale. Une thèse

70

niée par le docteur Abou Aïch. Début février, donc, les résultats de l'enquête de commandement de Tsahal ont été rendus publics. Il en ressort clairement que le tir de deux obus sur la maison du médecin palestinien n'était pas justifié et résultait d'une erreur d'appréciation. Bien entendu, rien ne rendra la vie aux trois petites filles, mais cette réaction prouve, si besoin était, que l'armée israélienne est capable de se remettre en question.

Mais y aura-t-il une enquête sur les crimes du Hamas ? Poser la question, c'est déjà y répondre. Par la négative.

La fin des hostilités ou le retour au Business as usual

Avec le cessez-le-feu du 18 janvier, les armes se sont tues à Gaza, au moins provisoirement. Les armes israéliennes, en tout cas, si l'on excepte quelques opérations ponctuelles telles que des bombardements, qui n'ont pas fait de victimes, sur les tunnels de contrebande remis en service par le Hamas.

Car le Hamas, lui, a recommencé à parader. Des affiches

vantant les Invincibles Brigades Ezzedine al-Qassam ont fleuri

sur les murs. Ses chefs sont sortis des trous où la plupart d'entre eux s'étaient courageusement terrés trois semaines durant et ont multiplié les rodomontades, affirmant à qui voulait les entendre qu'ils avaient remporté une victoire éclatante. Il est vrai que, dans la guerre asymétrique, il suffit à la partie "faible" de ne pas être totalement éliminée pour s'estimer gagnante. Mais quand même, quand on voit le premier ministre du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, parler d'une "victoire divine", on ose à peine imaginer ce que serait une défaite pour le Hamas. Ou, plutôt, pour la population

71

qu'il contrôle puisque c'est elle qui en paiera - et en paie déjà - le prix. Les habitants de Gaza ne sont pas dupes, mais, vivant sous la terreur, ils sont condamnés à subir et à se taire.

l'autorité

du

palestinienne.

Ce

n'est

pas

le

cas

des

dirigeants

de

Ahmad

Abdel

Rahman,

porte-parole

Fatah, juge que "Khaled Mechaal s'exprime comme si les tanks du Hamas encerclaient Tel-Aviv. On a l'impression qu'il ne connaît pas Gaza et n'y a jamais mis les pieds. Il affirme qu'Israël a subi une défaite écrasante, sans apparemment se rendre compte qu'Israël a tout détruit "

Plus dangereux, le Hamas provoque à nouveau Israël en invitant les journalistes étrangers à venir constater par eux- mêmes à la frontière égyptienne que les tunnels de contrebande d'armes sont toujours en usage. Pour amener Jérusalem à frapper à nouveau ?

Mais l'organisation ne s'en tient pas à la guerre psychologique et à la propagande. Elle a immédiatement repris ses vieilles habitudes en s'attaquant, par exemple, à plusieurs convois humanitaires, qui ont été détournés et pillés par des groupes armés dont il est difficile d'imaginer qu'ils aient agi à son insu. Le 3 février, 3.500 couvertures et plus de 400 colis alimentaires ont été volés. Deux jours plus tard, dans la nuit du 5 février, 10 camions, transportant 400 tonnes de farine et de riz étaient saisis par le Hamas. Le lendemain, jugeant la situation impossible à gérer, l'UNRWA décidait de suspendre tous ses envois d'aide humanitaire vers Gaza.

Et, bien entendu, le Hamas a repris sa sinistre guerre contre l'Autorité palestinienne et le Fatah. À vrai dire, même au pire moment des hostilités, cette guerre fratricide n'avait cessé. Selon des sources indépendantes, au moins

72

cinquante membres du Fatah auraient été "exécutés" - assassinés serait plus juste - par les fascistes verts qui les accusaient d'être des agents d'Israël."

Ehab al-Ghsain, porte-parole du ministère de l'Intérieur du Hamas, a beau vociférer qu'il s'agit de "mensonges et de

fausses

allégations

d'une

tentative

d'éclipser

l'éclat

de

la

victoire

", les témoignages sont là. Amira Hass, journaliste

israélienne du quotidien Haaretz, connue pour son attitude extrêmement critique vis-à-vis de la politique de son pays et vivant depuis près de vingt ans dans les territoires palestiniens, confirme qu'il y a eu "entre 50 à 80 exécutions de "traîtres" et autres "démoralisateurs". Des proches de Jamal Nadjar, un chanteur très populaire en Cisjordanie, ont accusé le Hamas d'avoir abattu plusieurs de ses cousins vivant à Gaza. Selon leurs familles, Abel al-Gharabli, officier de sécurité du Fatah a été torturé avant qu'on lui tire dans les jambes, et Ziad Abou Hayeh, commandant des

Brigades des martyrs d'al-Aqsa, au camp de Khan Younes, a

eu les yeux arrachés par ses bourreaux. Achmad Shakhura, 47 ans, frère du bras droit de Mohammad Dahlan, ancien chef de la sécurité de Yasser Arafat, a été enlevé et horriblement torturé avant d'être tué, le 15 janvier.

Depuis la fin des combats, les exactions se sont multipliées et les arrestations arbitraires se comptent par dizaines. Souvent suivies de tortures et d'exécutions sommaires.

Mais voilà qui est très curieux : j'énumère ces crimes et je me rends compte qu'il manque quelque chose. Oui, c'est cela, il manque le bruit de fond des manifestations ! Où sont-ils, ces braves "défenseurs du peuple palestinien", maintenant que leurs idoles du Hamas sont à nouveau libres de violer et de tuer ? Sont-ils trop fatigués par leurs exploits récents ? Ou estiment-ils, ces vrais démocrates, qu'il n'y a décidément pas de fumée sans feu et que, si le

73

Hamas accuse ses victimes palestiniennes d'être des traîtres, hé bien, le Hamas doit avoir raison ?

Le Hamas est revenu au pouvoir : silence, on égorge ! Avec la complicité tacite de ceux qui, hier, hurlaient si fort leur colère devant les "crimes" d'Israël.

74

III

LA PRESSE ARABE, VECTEUR DE HAINE ?

Avant d'aller plus loin, il m'a semblé intéressant de m'arrêter 1 , quelques pages durant, à la manière dont les médias arabes ont couvert la crise à Gaza. Ceci n'est pas neutre, en effet : l'islamisme nous vient du monde arabo- musulman et, plus particulièrement, de sa composante arabe. La presse pourrait, dans ce contexte, jouer un rôle éducatif salutaire. Il n'en est rien. On découvrira dans les pages qui suivent à quel point cette presse manque, le plus souvent, du plus simple recul et d'une approche analytique objective, confondant de plus l'exposé des faits et leur commentaire. Et à quel point elle s'est fait, plusieurs

1 Ce chapitre doit beaucoup à une note d'analyse que j'ai rédigée pour l'ESISC, avec mon collaborateur Lhoussain Azergui, le 15 janvier 2009 :

"Les médias et la rue arabe face à la crise de Gaza." http://www.esisc.org. Tous les extraits cités ont été traduits par Lhoussain Azergui. Du point de vue méthodologique, nous avons travaillé de manière empirique, en sélectionnant plusieurs dizaines d'articles parus dans des médias d'opinions différentes dans plusieurs pays arabes, alors que la crise de Gaza était en pleine escalade. Notre objectif était de souligner différentes thématiques qui apparaissaient comme des constantes transversales dans l'ensemble des pays étudiés. Nous n'avons traité aucun média syrien ou libyen car ceux-ci nous ont semblé absolument inintéressants, ne faisant que relayer de manière servile les directives des pouvoirs en place

75

semaines durant, le vecteur d'un discours de haine, non seulement contre Israël mais aussi contre ses propres dirigeants, contre "l'Occident" - surtout les États-Unis et la France - et même contre certaines minorités du monde arabe comme les Amazighs et les Kabyles ou encore les chrétiens, suspectés de ne pas être assez "solidaires" de la population de Gaza.

Il n'est pas anecdotique de s'arrêter à cet aspect des choses car la presse arabe, en dépit de son taux de pénétration extrêmement bas (une constante due à l'analphabétisme des foules dans de nombreux pays concernés par notre étude 2 ), a néanmoins une influence sur la jeunesse éduquée et les intellectuels. Des points de vue politique et sécuritaire, la crise de Gaza et, surtout, son traitement pas les médias arabes pourraient donc avoir des conséquences graves à moyen terme.

On découvrira aussi que cette crise a surtout été un révélateur. Révélateur des frustrations du peuple et de la rancœur qu'il nourrit parfois pour ses dirigeants, révélateur des tensions entre sunnites et chiites, révélateur de ce sentiment complexe mêlé d'amour et de haine que la rue arabe voue au monde occidental. Mais on verra également que quelques voix libres et indépendantes ont tenté, en dépit de tout et malgré les risques encourus, d'aller à contre- courant, d'expliquer voire de heurter le sentiment dominant.

On trouvera peu de citations extraites de la presse marocaine car celle-ci, à la notable exception du quotidien

2 À titre d'exemple, cet analphabétisme est de 20,9 % pour les hommes en Algérie et de 39,9 % pour les femmes, de 32,8 % et 56.4 % en Égypte, de 12,9 % et 30,7 % en Arabie saoudite, de 24,3 % et 19,3 % aux Émirats arabes unis, de 30,5 % et 71,5 % au Yémen

76

islamiste Attajdid, est restée relativement factuelle et n'a pas cédé à la surenchère qui caractérise, par exemple, la presse algérienne. La même réflexion vaut pour la presse tunisienne, elle aussi très factuelle. La Tunisie et le Maroc ont des liens anciens et complexes avec leurs communautés juives et avec Israël, et il est manifeste qu'en se bornant le plus souvent à reprendre des dépêches d'agences internationales et en les commentant fort peu, les médias de ces deux pays ont souhaité ne pas rajouter de tensions inutiles à celles qui se manifestaient déjà.

Les attaques contre des chefs d'État arabes modérés et les menaces de troubles internes

Vue à travers le prisme des médias arabes, la crise de Gaza a souvent semblé cristalliser les rancœurs et frustrations que la rue arabe nourrit trop souvent à l'égard de ses dirigeants. Elle a aussi été, pour certains gouvernements qui tirent leur légitimité de la guerre d'indépendance ou de la révolution (comme c'est le cas à Alger), l'occasion de susciter la mise en cause de grands rivaux modérés, comme l'Égypte, chef de file du monde arabe. De nombreux médias et tous les sites islamistes ont régulièrement attaqué les chefs d'État des régimes arabes modérés.

Ainsi, le 5 janvier, le quotidien algérien Ennahar ("très proche" des services de sécurité) cite longuement Cheikh Abderrahman Chiban, président de l'Association des oulémas musulmans algériens, qui qualifie les chefs des

États arabes de "traîtres et d'alliés des Etats-Unis et du régime raciste et barbare d'Israël".

algérien,

Le

5

janvier

toujours,

un

autre

quotidien

Echorouk, met en garde les régimes arabes contre des révoltes et

des actes de violences, du fait de leur "passivité devant

77

la machine de guerre israélienne" : "La rue arabe est en colère contre les dirigeants qui baissent l'échine devant Israël et les

États-Unis." Le même jour, en Égypte, le quotidien d'opposition Dostor s'interroge : "Où sont les armées arabes ?" et critique le silence des dirigeants arabes face "au

génocide perpétré à Gaza par Israël". Pour Dostor, le régime

égyptien veut "en finir avec le Hamas" en fermant les yeux.

Du fait de son statut de chef de file historique du monde arabe, mais aussi parce qu'elle a été le premier pays arabe à faire la paix avec Israël, l'Égypte est certainement le moins épargné des régimes arabes. Les autorités égyptiennes ont interdit de nombreuses manifestations de solidarité avec Gaza, organisées entre autres par les Frères musulmans. Dès le début de la crise, des centaines de Frères qui tentaient de manifester ont été arrêtés et traduits en justice pour

"terrorisme, organisation de manifestation sans autorisation et

possession d'armes". Pire, aux yeux des opposants (entre autres islamistes) : les autorités n'ont toléré l'ouverture des mosquées que 10 minutes avant la prière et 15 minutes après la fin de celle-ci, pour empêcher toute utilisation de ces lieux pour organiser des manifestations interdites de solidarité avec Gaza. Et les prêcheurs ont été appelés par le ministère des Affaires religieuses à ne pas commenter la position officielle du gouvernement sur la guerre ni cette guerre elle-même.

Pourtant, souligne le quotidien Almasry-Alyoum : "100 %

des 80 millions d'Égyptiens sont hostiles à la guerre menée par Israël contre le Hamas." Et de conclure que les Frères

musulmans exploitent l'actualité pour recruter des adeptes et

accroître "la colère populaire contre le régime égyptien:".

Pour Dostor, l'offensive israélienne a élargi un peu plus le fossé déjà existant entre les chefs des pays arabes et leurs citoyens puisque la plupart des dirigeants de ces États

78

veulent en finir avec le Hamas, alors que leurs peuples leur reprochent cette attitude.

le

gouvernement en appelant, début janvier, "les musulmans"