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Droit constitutionnel 

: théorie générale de l'état

Définitions :
Le droit constitutionnel fait partie du droit public, le droit public est le droit qui régit les personnes
publiques et les relations qu'elles entretiennent, non seulement entre elles mais aussi avec les
particuliers, cad les personnes privées. A l'intérieur on distingue plusieurs matières :
• Le droit international publique : droit qui régit les relations que les états entretiennent entre
eux.
• Le droit administratif : qui régit l'administration et les relations que cette administration
entretient avec les particuliers.

Le droit constitutionnel : le droit relatif à la constitution, on peut définir la constitution et donc le


droit constitutionnel de 2 manières :
-on peut définir le droit constitutionnel d'un point de vue matériel. (=contenu/matière du droit)
-on peut le définir d'un point de vue formel (= forme du droit)

L'approche matérielle renvoi à la matière :


Le droit constitutionnel est le droit de l'état, c'est l’ensemble des règles qui va régir non seulement
l'organisation de l'état, cad la désignation des personnes qui vont exercer le pouvoir d'état, appelé
les organes de l'état. Mais aussi le fonctionnement de l'état, cad les compétences de ces organes, et
les relations qu'ils vont entretenir.

La possibilité de développer une approche  formelle , cad le contenu du droit :


Le droit qui est situé au sommet de la hiérarchie des règles juridiques qu'on appelle également la
hiérarchie des normes, ces règles sont en générales inscrites dans un document particulier qu'on
appelle la constitution. Il faut visualiser les règles de droit dans un état sous la forme d'une
pyramide, au sommet les règles dont la valeur juridique est plus importante, plus on descend dans la
pyramide, plus les règles ont une valeur juridique inférieure, elles doivent donc respecter les règles
qui leur sont supérieures, au sommet on trouve la Constitution et donc le droit constitutionnel, cad
que le droit constitutionnel est le droit suprême et toutes les règles juridiques doivent respecter la
Constitution.

2ème signification à introduire : le droit constitutionnel n'est pas seulement des règles relatives à la
constitution, c'est également l'étude de ce droit, la science qui étudie les règles que l'on vient de
parler.

On va étudier ce texte en se reportant au texte et aux règles écrites qui intègrent également la
jurisprudence. On ne peut pas se reporter aux textes, il faut prendre ne compte la pratique : il faut
lire les textes et se demander comment cette règle est appliquée ? Est elle respectée ? Est elle
contournée ? Est elle violée ? On doit également s’intéresser aux textes applicables mais à la
manière concrète, il doit prendre en compte certains enseignements de la science politique.

Quelles sont les raisons de cette particularité du droit constitutionnel?


– La manière dont les règles écrites vint s'appliquer va dépendre de la vie politique, qui varie
selon les états, en particulier les règles s'appliqueront différemment selon le système partisan
(système d'un partis politique), cad la manière dont les règles vont être appliquées sont en
fonction du nombre et de la caractéristique des partis. On ne peut pas comprendre le régime
parlementaire britannique, sans prendre en compte la caractéristique essentiel du système
partisan, système du bi-partisme, il y a pour l'essentiel, 2 grands partis qui dominent cette
vie politique. D'autres États tels que la France possèdent un multipartisme cad qu'aucun parti
ne domine la politique.
– L'absence pour une bonne part de contrôle du respect du droit par le tribunal, absence d'un
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contrôle juridictionnel de ce droit. Le droit constitutionnel est en parti un droit sans contrôle
exercé par un juge, en cas de litiges entre les organes, il n'y a pas forcément de tribunal

Il n'y a pas d’oranges extérieur eu parti, impartial qui va imposer la règle de droit en cas de litiges.

Ce qui va décider de l'interprétation de la règle de droit est la pratique. Il y a un mouvement dans les
démocraties libérales actuelles qui va dans le sens de l'instauration de tribunaux pour contrôler ce
droit.

L’intérêt de l'étude du droit constitutionnel ?


1-C'est le droit qui encadre la vie politique d'un état, cad que les acteurs de la vie politique vont
s'emparer de ces règles, ils vont se servir de ces règles pour tenter de faire prévaloir leurs idées
politiques. On ne peut pas comprendre la vie politique d'un état sans comprendre le droit
constitutionnel.
2- Le droit constitutionnel est le droit suprême qu'il faut étudier puisqu'il s'impose à d'autres droits.

La théorie générale de l'état :


Imaginons un ancien état qui souhaiterait modifier ses institutions, il y aura un certain nb de
questions qu'il faudra se poser :
Quelle forme d'état mettre en place ?
Un état unique ou un état plus complexe avec d'autres état à l'intérieur
Quel régime politique choisir ?
Les lois adoptées seront elles soumises à un contrôle juridictionnel ?

Pour aider l'état à répondre à ces questions, il existe un certains nombre de techniques
constitutionnelles : fédéralisme..
Ces techniques reposent sur des principes dégagés au cours des siècles. C'est le cas de la
classification des régimes politiques. Cette classification se repose sur le principe de la séparation
des pouvoirs. La théorie générale de l'état se propose de faire l'inventaire de ces techniques et des
principes qui les fondent.

Titre 1 : La constitution


Titre 2 : l'état
Titre 3 : La participation du citoyen au pouvoir
Titre 4 : L'aménagement...

Titre 1 : La constitution


Les premières constitutions écrites modernes, sont récentes, elles datent de la fin du 18° siècle, elles
sont nées de la volonté des courants politiques libéraux, il s'agissait de limiter l'arbitraire du pouvoir
royale, en imposant aux gouvernants le respect d'une charte fondamentale qui fixerait les règles
essentielles relatives à la transmission et à l'exercice du pouvoir.

Cette idéologie, qui est favorable à la création de constitution, s'appelle le constitutionnalisme.

Pour les partisans de cette doctrine, la Constitution en tant que telle est un instrument de limitation
du pouvoir étatique et de garanti de droits fondamentaux des personnes. Cette doctrine conserve
toujours sa force mais doit être complétée. Pour que ce pouvoir soit effectivement limité, il ne suffit
pas ,d'une Constitution rédigée, il faut en plus qu'elle soit respectée par les gouvernants, c'est
pourquoi des techniques ont été imaginées pour contraindre ces gouvernants à respecter les
limitations prévues.

Chapitre 1 : la notion de constitution


Section 1 : la double définition de la constitution : constitution matérielle et la constitution formelle.

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§1 : la constitution matérielle :
La constitution d'un état c'est l 'ensemble des règles qui régissent l'organisation et le fonctionnement
de l'état, cad la désignation des personnes qui exercent le pouvoir d’état, leurs compétences, leurs
rapports mutuels et également les droits et libertés qui sont reconnus aux personnes.

Cette constitution au sens matérielle, va comprendre différents textes :


– la constitution au sens formel, en général c'est un texte mais ce texte ne peut pas tout régler
de l'organisation et du fonctionnement de l'état, il est préférable qu'il soit relativement court,
qui se limite à l'essentiel qui ne s'opère pas dans tous les détails. Avec trop de détails, la
constitution perdrait sa portée symbolique et sa probabilité de durée.

– Les lois dites « organiques » et la fonction des lois organiques, leur fonction est de préciser
les règles qui figurent dans la Constitution. Le plus souvent l'adoption de ces lois est
soumise à des règles de procédure, d'adoption qui sont plus contraignantes que celle des lois
ordinaires, en raison de l'importance de leur objet.

– Les règlements des assemblées, ces règlements complètent la Constitution pour tout ce qui
concerne l'organisation interne des assemblées et le travail parlementaire. Ces règlements
sont adoptées sous la forme de résolution par les assemblées elles mêmes. Ces règlements
doivent être distingués des actes administratif à portée générale aussi appelés règlements
adoptés par le pouvoir exécutif.

– Les lois ordinaires : en France c'est une loi qui fixe le mode de scrutin des assemblées (= le
mode de désignation des membres de chaque assemblées).

En réalité cette définition est une définition large car elle intègre toutes les règles qui concernent
l'organisation et le fonctionnement quelles que soient les sources de ces règles, quelque soit les
textes dans lequel on trouve ces textes, cette définition, ce n'est pas la plus courante.
La plus courante est la constitution formelle.

§2 : la constitution formelle


Les plus importantes règles sur le fonctionnement de l'état sont contenus dans un document écrit qui
porte le nom de constitution. Cette définition est plus étroite.
Lorsqu'on ne dit rien, la Constitution est un document écrit qui comprend l 'ensemble des règles qui
ne peuvent être modifiés que conformément à une procédure spéciale. Elles ont donc une valeur
juridique supérieure à toutes les autres règles de droit.
Ainsi la constitution est située au niveau le plus élevé de la hiérarchie des normes.

Section 2 : Le contenu des Constitutions

§1 : Les règles de fonctionnement et d'organisation de l'état.


Elles constituent le noyau dur de la Constitution. Elles sont primordiales à la Constitution.
Elles organisent la forme du gouvernement de l'état( fédéral ou unitaire). Elles organisent la
participation des citoyens à la vie de l'état et les règles qui répartissent les pouvoirs entre chaque
organes du pouvoir.

§2 : Les déclaration des droits.


En tête des constitutions, on retrouve le plus souvent un texte qui regroupe différentes dispositions.
Texte qui va être intitulé préambule, ou déclaration des droits.
Ce texte expose la philosophie politique du régime et va également énoncer les droits et les libertés
reconnus aux personnes.

En France, c'est la DDHC adopté par l'Assemblée Nationale le 26 août 1789, cette déclaration a

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ouvert la première constitution française, premier article. Cette déclaration reconnaît la liberté des
personnes et reconnaît certains droits synthétisés à l'article 2 « le but de toute association politique
est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme, ces droits sont la liberté, la
propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression »: La liberté, la propriété et la sûreté. (ne pas être
arrêtés ou détenu arbitrairement) et la résistance à l'oppression.

Cette déclaration dispose à l'article 3 le principe de la souveraineté nationale.


A côté de cette déclaration, il y a deux préambules qui jouent un rôle important encore ajd.
2 préambules de la constitution.

-le préambule de la constitution française du 4 octobre 1958. Ce préambule commence par « le
peuple français proclame solennellement son attachement aux droits de l'homme et aux principes de
la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la déclaration de 1789 confirmé et complété
par le préambule de la Constitution de 1956 ainsi qu'aux droits définis par la charte de
l'environnement de 2004. Pour ce qui concerne les droits de l'homme ce préambule est court car il
renvoie à deux textes antérieurs (la déclaration de 1789 et le préambule de la constitution de 1946).
Il renvoie également à un texte postérieur : la charte de l'environnement de 2004. Cela résulte d'une
révision constitutionnelle de 2005.

-La constitution de 1946, il commence par réaffirmer les droits contenus dans la déclaration de
1789. Il réaffirme également les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.
Sont concernés les grandes lois libérales de la III° République.

De plus, il proclame « comme particulièrement nécessaire à notre temps » un certain nombre de


principes politiques, économiques et sociaux qu'il va énumérer et détailler : en particulier l'égalité
des sexes, le droit de grève, le droit syndical, le droit à la protection de la santé, le droit à la sécurité
matérielle, le droit du loisir...

Il y a de façon générale deux types de déclaration des droits :


-elles peuvent précéder l'article 1er de la Constitution ( le corps de la constitution). Dans ce cas elle
figure dans une première subdivision, intitulée préambule et sont le plus souvent rédigés de façon
littéraire
-Elles peuvent figurer dans le corps même de la constitution et sont alors rédigées sous la forme
d'une énumération d'article. On parle en France de garanti des droits.

Jeudi 31 janvier :

A) Le contenu des déclarations des droits


Ces déclarations reflètent l’idéologie politique de leur époque. Cela apparait de façon très nette
lorsque l’on compare les déclarations :
- Depuis la fin du 18ème et au début du 19ème : pensée libérale qui cherche à protéger l’indivi-
du contre l’Etat. L’individu est protégé, le groupe n’est pas pris en compte. Il est protégé
de l’Etat. Ces libertés sont des facultés d’agir, conférées aux individus (liberté de penser,
d’expression, de communication, de réunion, de conscience, d’entreprendre, …). L’obliga-
tion à l’Etat est l’abstention, pour les interdire d’empêcher l’exercice de ces libertés, c’est
donc un rôle négatif (ne pas enfermer les individus arbitrairement, ne pas censurer les mé-
dias…). Cette pensée a inspiré la DDHC (articles 10 et 11 consacrent la liberté de penser et
d’expression). Ces droits opposables à l’Etat, sont appelés des droits de l’Homme « de la

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première génération ». Ces droits ne sont pas absolus, car ils doivent s’inscrire dans la so-
ciété et garantir l’ordre.
- Dans la seconde partie du 19ème s et 20ème s, les déclarations de droits vont vouloir instaurer
une démocratie économique et sociale. Elles veulent aller plus loin que le libéralisme écono-
mique initial, et veulent faire jouer un rôle positif à l’Etat. Dans le domaine économique et
social, l’Etat ne doit pas s’abstenir, mais doit au contraire intervenir, pour procurer à tous
l’éducation, la formation, la santé, la sécurité sociale, les loisirs, le travail et la culture. On
souhaite tout de même maintenir les droits de la 1ère génération. Ces droits sont dits de la
« deuxième génération ». Ces nouveaux droits ont de nouvelles caractéristiques :
o Droits-créances : les individus vont disposer d’une créance envers l’Etat (peuvent
exiger de l’Etat une prestation positive). Ils sont donc des droits exigibles de l’Etat.
Parmi ces droits, on a le droit à l’éducation, à la sécurité sociale, à l’obtention d’une
retraite, au travail, …
o Droits collectifs : droit à l’épanouissement de la famille, droits à exercice collectif
(droit de grève, …).
On a donc une nouvelle vision de la personne, désormais envisagée dans les rapports
sociaux qu’elle entretient. Elle est donc un membre de groupes sociaux particuliers,
come la famille ou l’entreprise. On est donc passés de la prise en compte d’un Homme
abstrait qui se contente de penser, de communiquer, de se déplacer librement, à la prise en
compte d’un Homme concret, qui ne se contente pas de ce genre d’activités. En effet la
personne concrète doit travailler pour vivre, donc elle nécessite une formation. Cette
personne peut également être malade, et vieillit toujours. L’Etat ne peut plus rester
indifférent à ces réalités, et doit donc fournir à l’individu des prestations positives (service
public). Ces droits apparaissent dans la Constitution éphémère de 1848. En France, c’est
surtout après le guerre que ces droits seront consacrés dans le préambule de la Constitution
de 1946, sous la forme de « principes politiques, économiques et sociaux particulièrement
nécessaires à notre temps ».

- A partir du 20ème s vont apparaitre des droits de la « troisième génération », qui ne sont pas
seulement opposables à l’Etat, ou exigibles, mais ils sont à la fois opposables à tous et exi-
gibles de tous. On peut citer en ce sens le droit à un environnement sain (article 1er Charte
de l’environnement).

L’État doit fournir à l’individu des prestations positives. Ces droits, en France, apparaissent déjà
dans la Constitution de 1848. Les lois constitutionnelles de 1875 (3ème Rep) ne comportent aucune
déclaration des droits mais en France c’est surtout en 1946 que ces droits vont être consacrés dans
le préambule de cette constitution. (27 octobre 46) Ils apparaissent sous la forme de
« principes politiques, économiques et sociaux » particulièrement nécessaires à notre temps.
Dernière phase de cette chronologie, à partir du 20è siècle, vont apparaitre des droits dits « de la 3è
génération ». Ils ne sont pas seulement opposables à l’État ou exigible de l’État, mais ils présentent
une particularité : ils sont à la fois opposables à tous et exigibles de tous et on peut citer en ce sens
le droit au respect de l’environnement, et ce droit a été inscrit à l’article 1er de la charte de
l’environnement. (Droit à un environnement équilibré et d’une bonne santé)

A) La question de la valeur juridique de la déclaration des droits


1) Les termes du débat
Cette question de la valeur des déclarations est une question difficile car on peut y répondre de 2
manières très différentes :
- On peut prétendre qu’elles se contente de formuler des principes philosophiques ou moraux

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qui doivent inspirer l’action des gouvernants
- Prétendre que les déclarations sont de vraies règles de droit, ont une valeur juridique
contraignante, c’est toute la constitution, toute la déclaration, qui aurait une valeur suprême
Comment choisir entre ces 2 propositions contradictoires ?
1ère hypothèse : celle où la constitution règle elle-même cette question. Dans ce cas-là, il existe dans
la constitution un article où elle a une porte obligatoire, ou u contraire que les tribunaux ne sont pas
compétents pour en assurer le respect.
EX : article 92 de la constitution du 27 octobre 46 qui met en place un organe pour contrôler la loi
qui dit qu’il n’est pas compétent pour respecter le préambule de la constitution.

2ème hypothèse : la constitution ne dit rien. « Le silence de la Constitution » : pas de disposition
explicite. Dans ce cas-là, il y a plusieurs façons de raisonner :

a) Première manière de raisonner : prendre en compte la place de la déclaration dans le texte


constitutionnel. On distinguait d’un côté les préambules et de l’autre les textes qui ne sont
pas incorporés à la constitution (avant l’article 1er).  Valeur politique pour ces textes
introductifs.
Ils sont rédigés sous la forme juridique (cad par article et ces déclarations auraient une
valeur juridique)

b) Depuis l’époque contemporaine, cette distinction est dépassée. Dans les régimes
démocratiques contemporains, les constitutions sont le plus souvent soumises à
l’approbation du peuple par le biais d’un référendum. Du fait de cette acceptation par le
peuple, il va accepter en bloc le texte et il ne fait pas de distinction entre le préambule et le
texte. Cette question de la valeur du préambule ne sera tranchée dans l’État que s’il existe
dans celui-ci une ou plusieurs juridictions qui vont être chargées de contrôler la légitimité
des actes des services publics. Ce sont ces tribunaux qui vont décider s’ils ont une valeur
juridique ou si c’est un simple texte politique. Ils vont également décider si le préambule fait
partie du « bloc de constitutionnalité ».

II- Le cas français et la réponse de la Constitution, la décision du 16 juillet 1971 relative


à la liberté d’association
a) Les arguments dans le sens de la valeur simplement politique de ce préambule 
D’abord, c’est un texte court, qui utilise un vocabulaire un peu étrange, pas toujours de type
juridique (« attachement ») où il renvoie à l’attachement au texte
Ce préambule n’énumère pas lui-même les droits et libertés des personnes, il se contente de
renvoyer à des textes antérieurs ou un texte adopté postérieurement : la charte de l’environnement.
Lors de la rédaction de 58, le gouvernement, qui s’était vu reconnaitre le pouvoir de rédiger la
constitution (dirigé par le GDG), lorsque la question lui a été posée de savoir la valeur du
préambule, il a répondu « non, certainement ».

b) Les arguments contraires 


Ce sont eux qui vont l’emporter. 1er argument : le texte de la Constitution n’exclut pas qu’on puisse
reconnaître une valeur juridique au préambule. Le silence peut être interprété comme le permettant
implicitement. Le silence est ambivalent, on peut l’interpréter de différentes manières.
Par un référendum de 1958, le peuple a donné son approbation au texte, dans son intégralité.
Cette question était controversée et a été tranchée par le conseil constitutionnelle le 16 JUILLET
1971 concernant la liberté d’association.
Le Parlement avait adopté une loi qui restreignait la liberté d’association et le président du Sénat, et
avait voté contre. Le président du sénat avait ainsi saisi le conseil constitutionnel.
Valeur juridique obligatoire à la fois au préambule de 1958, mais également au texte auquel il se
réfère, cad la déclaration de 1789.
Le préambule de 1946 qui contient les droits sociaux et également par la suite la charte de
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l’environnement. Cela signifie que vont être intégrés dans ce fameux bloc de constitutionnalité ce
court texte.
DDHC = valeur de droit positif, droit fondamental, valeur obligatoire pour le Parlement.
Plus précisément, le conseil a considéré que la loi qui restreignait la liberté d’association était
contraire au préambule de 46, dans la mesure où il « réaffirme les principes fondamentaux
reconnues par les lois de la République ».
Or, le conseil a considéré que le principe de la liberté d’association posé par la loi de 1901, faisait
partie de ces principes fondamentaux reconnues par les lois de la république. Il a déclaré cette loi
inconstitutionnelle.
Il est ainsi devenu protecteur de la loi.

Section III- La forme des constitutions : constitution écrite et constitution coutumière

1) Les constitutions coutumières


Règles non-écrites principalement.

a) La prépondérance des règles non-écrites


Une constitution est dite coutumière lorsque les dispositions qu’elle comporte ne sont pas posées
sous forme écrite.
Elles résultent de la coutume, répétition constante de pratiques qui ont acquis, dans l’opinion
générale, une force obligatoire  force attachée au droit. Au début pratiques non obligatoires, et par
la suite elles deviennent du droit, force de droit.
Au XVIIIème siècle, les constitutions des États sont quasiment toutes coutumières. Elles sont
formées sur les usages, qui vont se dégager au fur et à mesure des siècles.
A l’époque moderne, ces constitutions coutumières ont disparu. Elles possèdent un avantage : elles
sont enracinées et inscrites dans la mémoire des peuples concernés.
Elles possèdent également beaucoup d’inconvénients : la difficulté d’accéder à ces règles qui ne
sont pas inscrites dans un texte unique. Il y a aussi le manque de précision de ces règles et enfin le
manque de rigidité.
Cela veut dire que ces constitutions peuvent être modifiées facilement, trop facilement dans la
mesure où rien n’empêche qu’une loi ordinaire mette fin à une règle coutumière.
Le seul grand État qui possède encore une constitution coutumière est le Royaume-Uni.
Coutume  Règle qui impose au monarque de choisir pour ministre le vainqueur des élections
législatives.
Également règle qui prévoit la responsabilité du gouvernement devant la chambre élue par le
peuple.
On parle des conventions de la Constitution.

b) L’existence résiduelle de règles écrites


Très souvent, on trouve des textes qui vont réglementer le droit.
Par ex, au R-U il existe des textes qui posent des règles constitutionnelles relatives à l’organisation
des pouvoirs publics soit des règles qui concernent les libertés et qui sont notre équivalence de
1789. En ce sens, on peut citer la grande charte de 1215 (impôt sans le consentement du Parlement)
mais également un principe important du droit pénal, celui de proportionnalité des délits et des
peines.
On peut également parler de l’ Habeas corpus, qui signifie le droit de chacun à avoir un corps, qui
autorise toute personne détenue à saisir un juge pour que celui-ci statue sur la validité de sa
détention.
1) Les constitutions écrites 

a) La prépondérance des règles écrites


Au XVIIIème siècle est né un mouvement : le constitutionalisme, qui a cherché par le biais de
constitutions écrites, d’enfermer l’exercice du pouvoir dans certaines limites. L’objectif étant de
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limiter le pouvoir par des limites claires.
Autre avantage, plus solennel, processus qui se fait de manière inconsciente de la valeur attachée à
ce texte.
1ère constitution écrite de l’histoire : État américain de Virginie, en 1776, la constitution des États-
Unis date de 1787 et précède de peu la constitution française de 1791.

b) L’existence indiscutable de pratiques constitutionnelles


Le fait que dans des États de ce type la constitution soit basée sur des textes écrits, il n’est pas exclu
que des usages apparaissent. Ces pratiques, soit elles interprètent ce texte, mais parfois elles le
contredisent.
Pourquoi de telles pratiques apparaissent-elles ?
Les constitutions sont toujours des textes assez brefs, et elles ne peuvent pas tout prévoir, surtout
quand elles sont adoptées depuis très longtemps.
Il va apparaitre des lacunes, complétées par le juge constitutionnel.
S’il n’y a pas de juge compétent, c’est la pratique des pouvoirs publics qui va pourvoir à cette
interprétation.
Ces pratiques qui viennent s’inscrire dans le cadre de la constitution, on les appelle pratiques
« praeter legem ».

Il existe des lois « contra legem » cad qui violent la loi. Une telle pratique ne peut apparaître que
s’il n’y a pas de tribunal compétent pour imposer une pratique conforme à la constitution.
Ce sont les acteurs du jeu politique qui vont venir interpréter la constitution, et leur tendance
naturelle va être de l’interpréter en leur faveur, ce qui peut aller parfois jusqu’à la violation de la
règle opposée par le texte.
Il suffit parfois que les rapports de force politique soient favorables à cette institution ; Si ce rapport
de force se prolonge, on peut imaginer que la violation se prolonge.
Cela est choquant pour le juriste, mais dans la matière du droit constitutionnel, il n’y a pas que le
droit, il y a également les faits à prendre en compte.
Parfois, il y a un décalage entre les faits et la constitution réelle.
Un exemple, (qu’on verra en TD), dans l’histoire constitutionnelle de la Vème République, une
pratique inconstitutionnelle : 1962  le GDG qui est président de la République, est dans une
situation politique où il a une forte légitimité, dans la mesure où il vient de réussir le difficile
passage à l’indépendance de l’Algérie. Il va décider de soumettre directement au peuple un projet
de révision de la constitution visant à faire élire le président de la république au suffrage universel
direct alors qu’il ne l’était qu’au suffrage universel indirect.
Vote positif préalable des deux chambres du parlement normalement, là le GDG ne le fait pas.
La procédure choisie va être constitutive d’une violation de la Constitution, le GDG s’est fondé sur
l’article 11 de la Constitution, mais qui a priori n’était pas appliquable et donc il est passé par-
dessus la tête du Parlement.
Ces pratiques peuvent-elles acquérir une force obligatoire à coté ou à l’encontre de la Constitution
écrite ?
La réponse dominante est négative, en effet dans les états qui ont une constitution écrite, seules les
règles écrites ont une valeur obligatoire. Cad pour ajouter une règle à la Constitution ou pour la
modifier, il n’y a qu’une seule voix, c’est le respect de la procédure à la Constitution.
Attention, certains auteurs estiment qu’une coutume contra legem peuvent être admises à partir du
moment où le peuple qui es le pouvoir souverain d’une démocratie a donné son accord à cette
pratique des pouvoirs publics, même sas respecter la procédure de la constitution. Cet argument a
été retenu par certains pour estimer que la violation de la constitution commise par le GDG en 1969
a pu donner naissance à une coutume constitutionnelle.
Cet argument qui a été retenu par certains pour estimer que la violation de la Constitution commise
par le Général de Gaulle en 1962, et répétée en 1969, a pu donner naissance à une coutume
constitutionnelle permettant de soumettre directement au peuple, donc sans passer par le
Parlement et contrairement à l'article 89 de la Constitution de 1958, un projet de révision
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constitutionnelle. Il existerait donc, à côté de celle prévue par l'article 89 et moins contraignante,
une procédure coutumière de révision de la Constitution.

CHAPITRE 2 : LES MODALITES D’ETABLISSEMENT ET DE


REVISION DES CONSTITUTIONS
Section 1 : L'établissement des constitutions
I. Le pouvoir constituant originaire (P.C.O.)
Le pouvoir constituant originaire est le pouvoir d'établir les règles constitutionnelles. Il
appartient à son titulaire d'établir le statut de l'Etat en instituant des organes appelés "pouvoirs
constitués" et en répartissant les compétences étatiques entre ces organes.

Ce pouvoir a deux caractéristiques :


- Il est en premier lieu originaire, initial, ce qui signifie qu'il ne dérive d'aucun autre
pouvoir
- Le pouvoir est sans limite, inconditionné, il n'est tenu de respecter aucune règle de
droit positif.
Ce pouvoir ne trouve à s'exercer que dans certaines circonstances, qui sont toujours des situations
de vide juridique. En effet, seule l'existence d'un tel vide permet d'expliquer qu'un pouvoir sans
limites puisse s'exercer temporairement.

Quelles sont ces circonstances ?


- Apparition d'un nouvel Etat :
o Soit Etat qui s'est détaché d'un Etat antérieur
 Ex  : pays colonisés lors de leur accession à l'indépendance ou des nou-
velles Républiques issues de l’ex-URSS
o Soit Etat qui s'est constitué par agrégation d'Etats antérieurement indépen-
dants
 Ex : Etats-Unis d'Amérique en 1787
- Ordre juridique antérieur balayé par la violence : toutes les contraintes juridiques,
c'est-à-dire toutes les règles juridiques qui venaient encadrer et limiter l'exercice du pou-
voir, ont donc disparu.
 Ex : Révolution, coup d'Etat ou parfois guerre qui entraîne l'effondre-
ment du régime politique antérieur, et la mise entre parenthèses de la lé-
galité, au profit du pouvoir d'un gouvernement de fait.

Il faut bien comprendre que dans tous les cas où s'exerce le pouvoir constituant originaire, il y a
une situation de pur fait, une éclipse de la légalité puisque la légalité ancienne est morte, a
disparu et que la légalité nouvelle, future n'est pas encore née. En d'autres termes, le pouvoir
constituant originaire est un pouvoir de pur fait, un pouvoir qui échappe au droit.
Ex : dans les colonies ayant accédé à l’indépendance, le droit de l’ancien colonisateur
n’était plus applicable ; la légalité ancienne n’existait plus. Il appartenait alors aux leaders
de l’indépendance formant le nouveau pouvoir d’élaborer une Constitution qui devait
permettre de fonder une légalité nouvelle.
Le pouvoir d’élaborer une constitution nouvelle s’exerce non seulement en dehors de tout
fondement juridique mais même, le plus souvent, en totale rupture avec l’ordre juridique ancien.
Ceci apparaît nettement dans un autre exemple qui est celui de la Révolution française :
l’ordre juridique de l’Ancien Régime, qui était une monarchie absolue, a été balayé par la
Révolution. Ce sont les Etats généraux, qui se sont autoproclamés Assemblée nationale
(17 juin 1789), puis Assemblée constituante (9 juillet 1789), qui ont exercé le PCO en
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élaborant la première Constitution écrite française, celle de 1791, qui sera fondée sur la
séparation des pouvoirs.
Un tel pouvoir n'est pas fondé sur le droit, mais sur la force. Cette force, ce pouvoir la tire au
mieux de sa légitimité, donc du fait qu’il est accepté par la population, au pire de la violence dont
il use.
C'est un pouvoir dont le droit doit constater l'existence. En effet, il permet de
comprendre ce que l’on appelle la "dynamique constitutionnelle" (= fait que des
changements de régimes accompagnés de changements de Constitutions puissent
s’opérer dans la rupture et non pas dans la continuité, par la révision de la
Constitution en vigueur).
Toutefois, c'est un pouvoir que le droit ne peut pas expliquer.
Ex : un Etat dans lequel s’applique une Constitution. A lieu un coup d’Etat. Ses
auteurs décident d’élaborer une nouvelle Constitution sans respecter la procédure
prévue pour la modification de celle qui était en vigueur. Il y a donc bien rupture
constitutionnelle – on va passer d’une Constitution à l’autre. Et seule la violence et
non le droit peut l’expliquer.

I. Les techniques d'établissement des constitutions


• Qui détient le pouvoir constituant originaire, donc le pouvoir d’adopter une Constitution,
dans un Etat qui se trouve dans l'une des hypothèses que nous venons de décrire ?
Ce sont les détenteurs effectifs du pouvoir politique, c. à. d. ceux qui disposent à l'origine du
monopole de la force. Mais la façon dont ils décideront d'exercer ce pouvoir dépendra
essentiellement de l'idée qu'ils se font, du titulaire suprême du pouvoir, c. à. d. de celui que l'on
appelle le souverain dans l'Etat.
Soit ils estiment que le souverain, c’est eux. Dans ce cas, ils exerceront eux-mêmes ce
pouvoir, et la technique d'élaboration de la constitution sera dite autoritaire. La
Constitution sera octroyée au peuple qui ne participe pas à son élaboration. Ce mode
d’établissement est celui choisi par toutes les dictatures, passées ou actuelles.
Soit les détenteurs du pouvoir politique estiment que le souverain, c'est le peuple. Afin
de respecter les exigences démocratiques, ils confieront l'exercice de ce pouvoir au peuple et
la technique d'élaboration de la constitution sera en conséquence démocratique. Cette
participation peut se faire sous diverses formes :
- 1ère forme : l'Assemblée constituante souveraine. Le peuple est invité par le gouverne-
ment provisoire à élire une telle assemblée qui est chargée de rédiger et d'adopter dé-
finitivement la Constitution. Le procédé de l'Assemblée constituante souveraine est
très démocratique dans le sens où il permet une large discussion des dispositions
constitutionnelles au sein de l’assemblée.
o Pourtant, aujourd’hui, c'est un second système qui est préféré à celui-ci. Ce pro-
cédé a été choisi à plusieurs reprises en France, en particulier pour élaborer la
Constitution de la IIIème République : c’est en effet l'Assemblée nationale
élue en 1871 (donc après l’effondrement du second Empire) qui élabora les lois
constitutionnelles de 1875 qui composent cette Constitution.
ème
- 2 forme : l'Assemblée constituante non souveraine. Le peuple élit une assemblée
constituante chargée d'élaborer une Constitution mais cette Constitution, qui ne
sera définitivement adoptée que si le peuple l'approuve par le biais d'un référen-
dum. C'est là le procédé le plus démocratique d'élaboration des Constitutions. Dans ce
cas, l'assemblée n'est plus souveraine puisqu'elle partage le pouvoir constituant avec le
peuple. L’inconvénient de cette procédure d'élaboration de la Constitution est sans
conteste sa lourdeur mais le recours au référendum est une garantie très importante
car la discussion au sein de l'assemblée est ensuite prolongée par une discussion dans

10
tout le pays relayé par les partis politiques. Ce procédé, qui combine assemblée consti-
tuante et recours au référendum, est donc le plus conforme aux exigences de la démocra-
tie.
o Ce procédé a été utilisé en France pour l'élaboration de la Constitution de la
IVème République. Le peuple a d'ailleurs rejeté le premier projet datant du 19
avril 1946 élaboré par l'assemblée constituante élue en octobre 1945. Une
deuxième Assemblée a alors été élue et le projet élaboré par elle a été approuvé
par référendum et est devenu la Constitution du 27 octobre 1946.
- 3 forme, qui est à certains égards moins démocratique, donc plus autoritaire, ré-
ème

sulte de la collaboration d'une personnalité politique et du peuple. Dans un tel cas, le


texte constitutionnel est le plus souvent élaboré par la personnalité politique dominante
dans l’Etat (il s'agit le plus souvent du chef du gouvernement de fait), pour être soumis
ensuite au peuple par référendum. Ce procédé est moins démocratique que les précé-
dents, parce qu’aucune assemblée représentant le peuple ne dispose du pouvoir de discu-
ter, et éventuellement, de modifier le texte. L’unique pouvoir qui appartient au peuple
est de dire oui ou non à un texte sans possibilité intermédiaire. Le plus souvent, la
personnalité, déjà politiquement dominante, rédigera une constitution pour servir ses in-
térêts. On appelle ces référendums des plébiscites (distinction étudiée dans la suite du
cours). Ils permettent souvent l'instauration de régimes qui n’ont qu’une apparence
démocratique et sont en réalité autoritaires.
o Un tel procédé a également été utilisé par le général de Gaulle en 1958 pour
l'adoption de la Constitution de la Vème République, qui a été soumise au peuple
par référendum.

Section 2 : La révision des constitutions


• Une Constitution pourrait-elle rester en vigueur pour l'éternité ? La réponse à cette
question est négative.
Première raison : l'œuvre des hommes n'est jamais parfaite.
Deuxième raison : même si une Constitution devait être à l'origine proche de la perfection, les
sociétés qui sont régies par ces Constitutions évoluent et cette évolution risque fort de rendre
la Constitution imparfaite.
La conclusion qu'il faut tirer de ce double constat est la suivante : les constituants originaires
doivent se donner les moyens de remédier à ces imperfections en insérant dans le corps
même de la constitution une disposition qui prévoit une procédure de révision de la
Constitution.
I. Le pouvoir constituant dérivé ou institué (P.C.D. ou P.C.I.)
Le pouvoir mis en œuvre lors d'une révision de la constitution et l'autorité à laquelle appartient ce
pouvoir sont appelés "pouvoir constituant dérivé" ou "pouvoir constituant institué".
Le pouvoir constituant originaire détenait le pouvoir inconditionné et originaire d'édicter la
Constitution.
PCD : comme son nom l’indique, dérive de la Constitution, est institué par cette
Constitution. Il doit donc s'exercer dans le cadre posé par cette Constitution.
PCO : il est à la fois second et conditionné, ce qui signifie qu'il n'est pas libre, il
n'est pas souverain mais doit respecter les conditions posées par la Constitution. .

A- La distinction des constitutions souples et des constitutions rigides


La différence entre les constitutions souples et rigides est une différence qui concerne la
procédure de révision qu'elles prévoient, qui peut en effet être plus ou moins facile à mettre en
11
œuvre.
- Constitution rigide : la procédure qu'elle prévoit pour sa révision est une procédure
particulière qui est plus contraignante ou plus solennelle que la procédure prévue
pour l'adoption des lois ordinaires. Ces contraintes sont de diverses natures :
o Délai particulier de réflexion à observer avant l’adoption du texte, de la réunion
des chambres en une assemblée unique, d'une majorité renforcée à observer (2/3
ou 3/5 des voix par exemple et non la majorité simple - la moitié des voix plus
une - suffisante uniquement pour les lois ordinaires)
o Double intervention du Parlement et du peuple
o Double intervention du Parlement fédéral et des Etats fédérés lorsqu'on est en
présence d'un Etat fédéral
 Quel est l’intérêt de mettre en place une telle procédure spéciale ?
Il s’agit de garantir le caractère durable de la constitution en tenant
compte du caractère de gravité que comporte toujours la révision d'un tel
acte. Il faut donc éviter que les pouvoirs auxquels la Constitution a pour
fonction de s'imposer puissent la modifier facilement. C’est pourquoi les
constitutions des Etats fédéraux sont toujours des constitutions
rigides afin de préserver les droits des Etats fédérés. De plus, les
constituants qui souhaitent conférer des droits fondamentaux aux
personnes et qui se méfient (très peur attention) du législateur adoptent
également des constitutions rigides. Signalons que l’actuelle Constitution
française est une constitution rigide dont la procédure de révision est
organisée à l’article 89.
- Constitution souple : lorsque sa révision n'est soumise à aucune procédure contrai-
gnante. Soit la procédure de révision est identique à la procédure législative ordi-
naire, soit elle s'en distingue mais reste très facile à mettre en œuvre. Les constitutions
coutumières sont le plus souvent des constitutions souples. Tel est le cas, du moins en
théorie, de la Constitution du Royaume-Uni qui peut être modifiée par un acte législa-
tif du Parlement. Mais, en pratique, il faut voir que de telles révisions sont assez rares
car l'attachement du peuple à la tradition confère une certaine rigidité aux constitutions
coutumières. Il existe également des exemples de constitutions écrites souples,
comme la Constitution de l'Etat d'Israël ou celle de la Chine.

L’inconvénient principal des constitutions souples est que la supériorité théorique de la


constitution sur la loi ordinaire n'a aucune conséquence pratique. En effet, le Parlement peut
modifier à sa guise la constitution en adoptant une loi ordinaire. Ce système peut donc être
dangereux, en particulier si la constitution protège les libertés des personnes et si le législateur
entend les écarter. Sur le plan juridique, la protection accordée aux droits des personnes est donc
moindre dans un tel Etat que dans ceux qui ont une constitution rigide.

B- Les limites à l'exercice du pouvoir constituant dérivé


On vient de voir que la constitution peut imposer au pouvoir constituant dériver le respect d'une
procédure particulière. Mais la constitution peut également prévoir d'autres limitations, de temps
ou/et de fond, à l'exercice du pouvoir de révision.
- Les limitations de temps : ont pour objet d'interdire toute révision de la constitution
pendant certaines périodes. Ceci peut valoir en particulier lorsque certaines circons-
tances se produisent qui permettent a priori de douter de la légitimité d'une révision qui
serait opérée sous leur emprise.
o Ainsi l'article 89 de la Constitution française interdit d'engager ou de pour-
suivre une procédure de révision lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du ter-
12
ritoire (en cas d'invasion ou d'occupation du territoire par des troupes étran-
gères). La liberté de l'acte de révision est en effet ici douteuse.
- Les limitations de fond : ont pour objet d'interdire que certaines dispositions de la
constitution soient révisées.
o Ainsi, le même article 89 de la Constitution française actuelle interdit de modi-
fier la forme républicaine du gouvernement. Rappelons que la République est le
régime politique fondé sur l’élection. Elle s’oppose à la monarchie qui est fondée
sur la transmission héréditaire du pouvoir.

I. Les techniques de révision des constitutions rigides


La révision peut être soit partielle, soit totale.

A- La révision partielle des constitutions


La révision est dite partielle lorsqu'elle ne concerne que certaines dispositions - et non l'ensemble -
de la constitution. Lorsque la constitution est rigide, la procédure de révision comporte les plus
souvent trois phases distinctes qui font intervenir des organes différents :
- Première phase : l'initiative. Les organes qui disposent du pouvoir de proposer une
révision de la constitution varient selon les Etats. Dans la plupart des démocraties, ce
droit appartient à la fois au pouvoir exécutif (Président et/ou Gouvernement) et aux
membres du Parlement. Tel est le cas en France (al. 1 de l’art. 89). Il faut ajouter que
certaines constitutions, assez rares d'ailleurs, prévoient une initiative populaire
o Ex : Suisse et dans certains Etats fédérés américains, les citoyens peuvent alors
prendre eux-mêmes l'initiative de la révision). La procédure s'ouvre alors par une
pétition qui doit recueillir un nombre minimum de signatures prévu par la Consti-
tution. En Suisse, 100.000 signatures dans un délai maximum de 18 mois. Cette
pétition oblige les assemblées à examiner le projet de révision ou à le soumettre
au référendum.
- Deuxième phase : celle durant laquelle est adoptée la décision de prendre l'initiative
en considération et de lui donner suite. Cette décision appartient le plus souvent au
Parlement. Elle est fondamentale. En effet, c'est à ce niveau que se situe la discussion du
projet de révision et que celui-ci peut éventuellement être amendé, c'est-à-dire mo-
difié.
o Ex : En France, c’est l’alinéa 2 de l’article 89 qui prévoit que le projet de révi-
sion doit être adopté dans les mêmes termes par les deux chambres.
o C'est justement cette deuxième phase qui gêna le général de Gaulle en 1962 et
en 1969 puisqu'il décida de contourner l'obstacle constitué par l'article 89 de la
Constitution en soumettant directement son projet à référendum en application
de l'article 11. Il faut savoir qu’en 1962, la classe politique était dans son en-
semble opposée à l'élection du Président de la République au suffrage uni-
versel direct. Elle craignait en effet qu’une telle élection n’entraîne un déséqui-
libre des institutions au profit du chef de l'Etat, crainte qui s'est d'ailleurs réa-
lisée.
- Troisième phase : adoption définitive du projet, encore appelée phase de ratification
de la révision. Ce pouvoir est généralement attribué au peuple. Tel est le cas en
France (al. 3 de l’art. 89). La Constitution peut cependant prévoir une procédure alter-
native, qui pourra être utilisée en particulier pour les modifications constitutionnelles
d'importance mineure.

13
o Ex : Pour la France, l'article 89 prévoit que le Président de la République peut
décider, lorsqu'il s'agit d'un projet qui émane du pouvoir exécutif, de ne pas
recourir au référendum mais de convoquer le Parlement en Congrès (le
Congrès est la réunion des deux chambres qui siègent ensemble). Dans ce cas, la
révision n'entrera en vigueur que si elle est approuvée par le Congrès à la majo-
rité des 3/5 des suffrages exprimés, une majorité contraignante.

i. La révision totale (ou abrogation des constitutions)

La révision de la Constitution n’est pas pareille mais elle est totale et c’est l’ensemble de la
Constitution qui disparaît pour l’avenir du texte. Il y a une première technique :
- L’abrogation par la violence que nous avions vu à propos du PCO, il n’y a pas de PCD qui
s’exerce parce que la procédure de révision prévue anciennement n’est pas respectée pour la
Constitution nouvelle. C’est parce qu’il y a cette rupture brutale que va s’exercer le PCO.

- La révision- abrogation, qui a eu lieu 2 fois en France, la procédure de révision est bien
respectée mais elle est respectée pour réviser la procédure de révision = révision de la
procédure de révision de la Constitution en vigueur. Quel est son objet ? Il s’agit en général
à la suite d’une crise grave de Régime, de modifier le titulaire du pouvoir de révision.
On le confie à la nouvelle personnalité ou au nouvel organe politique dominant dans l’État.
En résumé, il y a deux étapes qui se succèdent : une première qui modifie le titulaire qui détient le
pouvoir de révision. Ensuite, il y a une seconde étape, le nouveau titulaire du pouvoir de révision va
abroger la Constitution et va la remplacer par une nouvelle qui convient davantage.

Ce qui est intéressant, c’est que le PCD est très proche du PCO parce que le PCD va en général
s’exercer dans une crise du régime et elle va aboutir le plus souvent à une transformation totale des
institutions de l’État. La différence avec le PCO, c’est qu’en apparence, le droit est respecté mais en
réalité l’étape première donc la révision initiale de la procédure de révision n’est pas capable de
sortir de l’État de cette crise grave donc en réalité ce sont des hypothèses où seules un groupe de
personne extérieure au système va pouvoir le faire évoluer, et en général radicalement.
Exemple :
- Le régime de Vichy qui est né d’une abrogation-révision de la Constitution de la 3ème
république. Elle a été permise par la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Le Parlement a utilisé son pouvoir de révision non pas pour réviser la constitution mais pour
se dessaisir de son pouvoir et le donner au gouvernement du maréchal Pétain.
On est donc passé d’une trilogie « liberté égalité fraternité » à « travail famille patrie » et à
un état dictatorial.
Parlement fragilisé par cette défaite face à l’Allemagne. On va basculer dans un régime
total.

- La 5ème république est également née d’une révision-abrogation de la constitution de la 4ème


république de 1946. Le parlement de la 4ème république va par une loi constitutionnelle du 3
juin 1958 confier au gouvernement du général de Gaulle le soin d’adopter une nouvelle
constitution. Le parlement se dessaisi à nouveau de son pouvoir et il le donne au
gouvernement du GDG.
Le gouvernement est affaibli par la guerre d’Algérie et il y a une menace extrêmement forte
qui plane. On a à nouveau recours à une personnalité providentielle (GDG) et encore un
transfert de la tête du parlement.
Le Parlement en 58 n’a pas commis la même erreur qu’en 40 car il impose dans cette loi un
certain nombre de conditions à respecter.

14
CHAPITRE 3 : LA SANCTION DES VIOLATIONS DE LA
CONSTITUTION, LE CONROLE DE CONSTITUTIONNALITÉ DES
LOIS

Constitution : norme suprême qui se trouve au sommet de la hiérarchie des normes, et à ce titre elle
va s’imposer à l’ensemble des autres normes et règles qui lui sont inférieures et qui doivent lui être
conformes. Cette supériorité de la Constitution ne sera effective que s’il y a à la disposition des
personnes ou de certaines autorités un ou des moyens pour sanctionner ou pour faire sanctionner les
éventuelles violations de la Constitution. Si ces sanctions n’existaient pas, la supériorité de la
Constitution ne serait que théorique. Rien n’empêcherait les pouvoirs mis en place de ne pas la
respecter.
Les sanctions envisageables sont les suivantes :

- Dans sanctions politiques : infligées soit par les citoyens soit par l’un des pouvoirs
constitués.
 Exercice par les citoyens de leur droit à la résistance et à l’oppression,
consacré par plusieurs constitutions révolutionnaires, qui fait partie du
droit positif français aujourd’hui. Il est proclamé par la DDHC. Il est
proclamé en tant que droit naturel et imprescriptible de l’Homme. Le
problème est que l’exercice de ce droit se heurte à plusieurs obstacles.
D’abord, cette sanction, lorsqu’elle va s’exercer de façon violente, ne
peut être envisagée qu’en cas extrême. Elle ne peut pas valoir pour les
violations mineures. De plus, dans tous les États, l’insurrection
violente contre les institutions est pénalement sanctionnée et cette
possibilité est prévue par la déclaration elle-même. Finalement,
l’insurrection, si elle échoue, va être sanctionnée donc il faut qu’elle
soit réussie.
 La mise en œuvre d’une procédure d’accusation devant une cour
particulière (soit du chef de l’État, soit de l’un des ministres...) en cas
de violation grave de la Constitution. Elle va permettre d’obtenir entre
autres la destitution des organes dont nous venons de parler, elle va
les obliger à quitter le pouvoir. Là aussi, une fois que l’o a décidé, il y
a de multiples possibilités. La première question est de savoir quelle
va être la composition de cette Cour en réalité, elle est variable. Très
souvent, il s’agit d’une émanation du Parlement cad de parlementaires
mais il peut aussi s’agir du Parlement lui-même. C’est le cas en
France avec la Haute-Cour qui regroupe les 2 chambres et qui est
compétente pour destituer le Président de la République en cas de
« manquement à ses devoirs manifestement incompatibles avec
l’exercice de son mandat ». Il y a une autre possibilité où le pouvoir
de sanctionner le chef de l’État est confié à la Cour Constitutionnelle.
Là encore, ce type de sanction politique ne peut jouer qu’en dernier
recours en raison de la gravité et des conséquences qu’elle entraine ;
En plus, elle ne vaut pas à l’égard du parlement.

- Les sanctions juridiques :


 Le contrôle de constitutionnalité  ce contrôle consiste à faire
constater par un tribunal qu’un acte juridique adopté par une autorité
15
publique a été pris en violation de la Constitution, que cet acte est
inconstitutionnel et par conséquent dépourvu de toute force juridique.

I- La légitimité du contrôle juridictionnel de constitutionnalité

En théorie, tous les actes de l’État doivent respecter la Constitution mais il y a un obstacle à la mise
en place d’un contrôle de certains types d’actes et plus particulièrement des lois. Cet obstacle a
aussi existé pour les actes administratifs mais il a été balayé.
Pour ces actes administratifs cad adoptés par le pouvoir exécutif, il y a bien longtemps que le
contrôle de leur légalité (= conformité aux lois) est établi. Pour contester les actes administratifs, il
y a un recours particulier : Le recours pour excès de pouvoir (REP), ouvert aux administrés.

En revanche, pour les lois la situation est différente car la question se pose de la légitimité de mettre
en place un contrôle de constitutionnalité des lois.
La légitimité est au regard des exigences démocratiques.
La question qui se pose est de savoir si le fait de mettre en place un tribunal est légitime/ acceptable
dans une démocratie.
Dans une démocratie justement, le souverain, c’est le peuple et donc les lois adoptés par le
Parlement expriment la volonté du peuple.
Or, quelle est la portée de la mise en place d’un CCL ?
Il s’agit de confier à un tribunal, qui en général n’est pas élu par le peuple, le pouvoir de contrôler la
loi. Si la loi est déclarée inconstitutionnelle, le pouvoir d’empêcher la loi d’entrer en vigueur est
confié à un tribunal non élu.
Il y a donc un problème qui se pose au regard des exigences démocratiques.
On constate que la plupart des États mettent en place un contrôle de ce type.

A- Les arguments défavorables à l’instauration d’un CCL

Ceux qui sont contre la mise en place d’un CCL estiment qu’il supprime le caractère démocratique
de l’État pour deux raisons :
- D’abord, ils disent que la loi ne serait plus souveraine et qu’elle devrait normalement la
rester.
- De plus, même si on admet que c’est la constitution qui doit être souveraine, les adversaires
du CCL mettent en avant « le risque d’un gouvernement des juges ».
Leur argument est que lorsque l’on met en place un tel contrôle, c’est la constitution que le
législateur doit respecter.
Mais, quelle constitution ? Ce sera la constitution interprétée par les juges constitutionnels.
Ce n’est donc pas la constitution qui est gagnante mais les juges.
Ce danger est réel car dans une démocratie, les textes constitutionnels sont souvent brefs et
peuvent être interprétés de manière différente. En cas d’hésitation sur le sens d’une
disposition, le risque est que le choix entre plusieurs interprétations se fasse en fonction des
opinions politiques de l’interprète.
Le danger est donc celui du « risque d’un gouvernement des juges ».
On met en avant le fait qu’en raison de ce CCL, ce n’est plus le peuple, par l’intermédiaire
du parlement, qui gouvernerait, mais ce serait les juges qui imposeraient leur propre opinion
politique.
Ce risque n’est pas purement théorique, il s’est réalisé aux États-Unis de1865, après la
guerre de cessetion, à 1930. En effet, la Cour suprême des États-Unis, sous prétexte
d’interpréter la constitution, a imposé une conception radicale de libéralisme économique
donc non-interventionniste radical de l’État dans le domaine économique et social.
Elle déclarait inconstitutionnelles toutes les lois sociales adoptées par les états fédérés
américains et les principales lois adoptées par le Congrès.
16
Par exemple, des lois qui prévoyaient une limitation du travail des enfants.
Ces arguments extrêmement forts ont été relativisés.

A- Les arguments favorables à l’instauration d’un CCL


Pour répondre à la première objection, on insiste aujourd’hui sur le fait que la constitution elle-
même a été adoptée par le peuple, c’est un acte démocratique.
On insiste aussi sur le fait que la constitution a pour fonction de protéger la minorité contre
l’oppression éventuelle de la majorité.
L’histoire a prouvé que les lois adoptées par la majorité peuvent être liberticides (= qui tue la
liberté).
C’est pourquoi aujourd’hui, la démocratie, dans sa version libérale, c’est bien sûr le pouvoir de la
majorité mais dans le respect du droit de la minorité cad dans le respect de la constitution.
C’est la démocratie libérale qui subsiste aujourd’hui.
C’est la Constitution qui doit l’emporter parce qu’elle protège les droits des personnes.

Pour répondre à la seconde objection, on peut dire que oui, il y a une marge de manœuvre des juges
indéniable lorsqu’ils interprètent la constitution mais elle est relativement étroite.
On accepte donc cette marge de manœuvre. On ajoute qu’en réalité, les pouvoirs publics peuvent
réagir en cas d’abus de pouvoir des juges.

Première réaction possible :


- Si la loi est déclarée inconstitutionnelle, les pouvoirs publics peuvent toujours réviser la
constitution dans le sens de la loi qui a été déclarée inconstitutionnelle.
C’est donc au peuple qu’appartient le pouvoir de dernier mot donc on reste bien dans un
cadre démocratique.
En cas d’abus de pouvoir des juges, les pouvoirs publics disposent de moyens de pression
sur ceux-ci. Les juges sont conscients de ces possibilités et n’utilisent leur pouvoir qu’avec
modération.

I- Les formes de CCL

Il y a plusieurs systèmes de CCL et le choix va s’exercer à différents niveaux.

1) L’organe compétent
Ce contrôle ne sera crédible que s’il est confié à un tribunal, non pas à un organe politique. En
général, les membres de ce tribunal sont désignés par les autorités politiques, soit élus par le
Parlement, soit désignés par le pouvoir exécutif. Les pouvoirs politiques interviennent pour leur
désignation mais une fois nommés, les juges vont jouir d’un statut qui va leur assurer une totale
indépendance à l’égard des autres pouvoirs soit parce qu’ils sont nommés à vie, soit parce u’iks sont
nommés pour une longue durée et lorsque c’est le cas, il n’y a jamais de caractère renouvelable de
la fonction.

En tant que tribunal, cet organe ne doit statuer qu’en droit cad qu’il n’utilise que des arguments
juridiques et non pas des arguments d’opportunité. Ce tribunal doit rendre des décisions (arrêts) qui
vont s’imposer de manière obligatoire pour tous. En réalité, lorsque l’on met en place un tribunal de
ce type, il y a deux types d’organes possible auxquels correspondent deux types de contrôles.

A) Le contrôle diffus
Dans un système de contrôle diffus, ce sont les juridictions ordinaires qui sont compétentes pour
exercer le CCL. L’exemple est celui des États-Unis où le CCL est considéré comme un
prolongement normal de la fonction du juge depuis l’arrêt Marbury v. Madison de 1803.
Cela veut dire qu’aux États-Unis chaque tribunal, lorsqu’il est saisi d’une demande en ce sens, doit
17
vérifier la conformité de la loi à la constitution et doit donc refuser d’appliquer une loi
constitutionnelle.

On parle d’un contrôle diffus parce qu’il n’est pas monopolisé entre les mains d’un organe
spécifique. Il s’effectue, comme toutes activité judiciaire, sous le contrôle de l’autorité située au
sommet de la hiérarchie des tribunaux.
La cour suprême des US est composée de 9 juges nommés à vie par le Président des US avec
l’accord du Sénat.

B) Le contrôle concentré
Dans un système de ce type, le contrôle est réservé à un tribunal spécialement créé à cet effet. Dans
ce cas-là, on parle du modèle européen de justice constitutionnelle.
Ce modèle s’oppose au modèle américain. On a confié ce contrôle à un tribunal spécialisé parce
qu’en Europe, les juges ordinaires n’ont pas pu prendre l’initiative de contrôler la loi.
La loi a été longtemps considérée comme un acte inattaquable, comme l’acte souverain.
Les tribunaux ordinaires n’ont pas pu exercer ce contrôle et lorsque l’on a décidé de mettre en place
ce contrôle, on a mis en place un tribunal particulier.
C’est une disposition spéciale qui prévoit cela dans la constitution.

En Allemagne, le tribunal constitutionnel est composé de 16 membres élus à la majorité des deux
tiers par le Parlement.
En France on a un conseil constitutionnel qui comprend 9 membres et qui sont désignés par le
Président de la République, le Président de l‘Assemblée nationale et le Président du Sénat avec un
droit de dire non à la désignation proposée confié aux assemblées depuis une révision de 2008.
On a aussi des membres de droit, des anciens Présidents de la république qui sont automatiquement
membres du conseil.

1) La procédure de contrôle peut être variable


A) Les autorités de saisine
Qui peut disposer du pouvoir de saisir l'organe ou les organes de contrôle de la constitutionnalité́
des lois, donc du pouvoir de déclencher ce contrôle ?
Plusieurs systèmes sont envisageables :
- On peut songer à donner ce droit à toute personne, à ouvrir ce que l'on appelle une actio popula-
ris. Elle est automatique lorsque le recours est diffus puisque ce sont les personnes qui saisissent les
juges ordinaires. En revanche, elle est impraticable lorsque le contrôle est concentré car les juges de
l'unique Cour constitutionnelle seraient rapidement dépassés par la tâche du fait du nombre de re-
cours. Lorsque le contrôle est concentré, la seule chose que l’on puisse admettre, c’est une saisine
directe par les personnes limitée à certains litiges particuliers. Ainsi en Allemagne, lorsqu'une per-
sonne s'estime lésée dans l'un de ses droits fondamentaux du fait d'une loi, mais uniquement dans ce
cas, elle peut saisir directement le Tribunal constitutionnel. En revanche, une telle possibilité
n’existe pas en France.
- Ce droit peut également être confié, en cas de contrôle concentré, à un nombre restreint de per-
sonnes qui sont alors certains acteurs de la vie institutionnelle et politique de l'Etat. Un équilibre
doit alors être trouvé afin que le système de contrôle de constitutionnalité soit efficace. En effet, si
l'on confie ce droit de saisine uniquement à des autorités politiques qui appartiennent au parti majo-
ritaire, on a beau multiplier le nombre de ces autorités (par ex. Président de la République, Premier
ministre, Président de l'Assemblée représentant le peuple etc.), le système de contrôle a toutes les
chances d'être inefficace. En effet les saisines sont le plus souvent facultatives et ces autorités, qui
appartiennent à la majorité qui a voté la loi, n'ont aucun intérêt politique à saisir la Cour constitu-
tionnelle. Elles s'abstiendront pour que l’oeuvre législative de la majorité ne soit pas remise en
cause. En revanche, les recours risquent d'être plus nombreux et le système plus efficace si la
18
Constitution confie également ce droit à l'opposition, par exemple parce qu’un certain nombre de
parlementaires peut également saisir la Cour. La minorité, frustrée de n'être que la minorité et mé-
contente de s'être vue imposer le vote d'une loi par la majorité, voit alors la Cour comme un dernier
rempart et invoquera souvent le non-respect de la Constitution afin de tenter par ce biais d’éviter
l’entrée en vigueur d’une loi et donc de faire triompher ses idées politiques. Tel est le cas en France,
où le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de la République, le Premier ministre,
les Présidents des assemblées, mais également par 60 députés ou sénateurs (nombre total de députés
577, nombre total de sénateurs 348).

- Une dernière possibilité, qui ne vaut qu'en cas de contrôle concentré : les tribunaux ordinaires,
qui sont par définition incompétents pour exercer eux-mêmes ce contrôle, peuvent également, dans
certains Etats, saisir la Cour constitutionnelle lorsque la question de la constitutionnalité d'une loi se
pose au cours d'un litige et que la réponse à cette question est nécessaire à sa solution. Une telle
possibilité existe dans de nombreux Etats européens, comme en Allemagne ou en Italie. Elle a été
introduite en France par la révision de la Constitution du 23 juillet 2008. Seuls la Cour de cassation
et le Conseil d'Etat peuvent saisir le Conseil, éventuellement sur saisine d'une juridiction du fond, et
seuls les droits et libertés garantis par le Constitution peuvent être invoqués. La révision est entrée
en vigueur sur ce point le 1er mars 2010 et la question de constitutionnalité transmise au Conseil
porte le nom de QPC : question prioritaire de constitutionnalité.
B. Le moment de la saisine

Quand pourra-t-on faire vérifier la constitutionnalité d'une loi ? Deux possibilités existent : avant ou
après l'entrée en vigueur de la loi.
1) Le contrôle a priori

Le contrôle a priori est celui exercé avant l'entrée en application de la loi. Tel est le cas en France.
Il présente l'avantage de la sécurité juridique car le problème sera réglé avant que la loi ne soit ap-
pliquée aux citoyens. Lorsque la loi entre en vigueur, ceux-ci savent donc de façon définitive quels
sont leurs droits et obligations. Il n’y a pas de risque d'annulation dans le futur. Mais le contrôle a
priori présente également des inconvénients. Il intervient alors que les passions politiques, qui se
sont parfois déchaînées au Parlement, ne se sont pas encore calmées. Le débat politique est à son
apogée, l’organe de contrôle risque alors - d'autant plus facilement et quel que soit le sens de ses dé-
cisions - d'être considéré comme un organe politique (partisan, favorable à la majorité ou à l’oppo-
sition selon le sens de la décision rendue, de conformité ou de rejet). De plus, la Cour intervient
dans ce cas avant que la loi n'ait été appliquée. Or certains problèmes de constitutionnalité n'appa-
raissent qu'avec l'application de celle-ci. Donc ce contrôle est trop précoce pour pouvoir prendre en
compte ces hypothèses.
2) Le contrôle a posteriori

Ce contrôle est exercé après que la loi est entrée en application. Puisqu'il intervient à l'occasion de
cette application, il permet au juge d'envisager des hypothèses qui n'avaient peut-être pas été envisa-
gées par le législateur. Il a également l’avantage d’être plus dépassionné que le contrôle a priori
puisque du temps se sera écoulé entre le moment de l’adoption de la loi et le moment où le juge sta-
tue. Il présente toutefois l'inconvénient de pouvoir être source d'insécurité juridique.
Ce contrôle est dominant en Europe. Il a été introduit en France par la révision de 2008 précitée.
C. L'objet de la saisine

1) le contrôle par voie d'action

Dans ce cas, l'auteur du recours attaque la loi - exerce donc une action - en demandant à la juridic-
tion constitutionnelle de la déclarer inconstitutionnelle. C'est un contrôle abstrait de la constitution-
nalité des lois car il ne s'exerce pas à l'occasion d'un procès entre deux personnes. Le procès est fait
directement à la loi. Le contrôle par voie d'action a le mérite d'aboutir à une situation claire car la
19
sanction de l'inconstitutionnalité est la disparition de la loi de l'ordre juridique, en général unique-
ment pour l'avenir - ou, si le contrôle est a posteriori, l'interdiction pour la loi d'entrer en vigueur.
2) Le contrôle par voie d'exception

A l'opposé, il s'agit là d'un contrôle concret de constitutionnalité. Le contrôle par voie d'exception
est en effet exercé à l'occasion d'un litige en cours d’examen devant un juridiction. Ce procès n'a
pas pour objet principal la question de savoir si la loi est ou non constitutionnelle. Simplement, au
cours d'un procès quelconque, l'une des parties à qui l'on tente d'appliquer la loi soulève ce qu'on
appelle une exception d'inconstitutionnalité, c'est-à-dire prétend que la loi que l'autre partie in-
voque à son encontre est inconstitutionnelle.
Deux hypothèses dans ce cas.
- Soit le contrôle de constitutionnalité est diffus, dans ce cas c'est le juge saisi de la question princi-
pale qui statuera sur l'exception. La question est dans ce cas dite préalable.
- Soit le contrôle est concentré, dans ce cas le juge ordinaire devra saisir la juridiction constitution-
nelle qui tranchera la question de constitutionnalité, et l'affaire reprendra ensuite son cours normal
devant la juridiction ordinaire. Dans ce cas, la question de constitutionnalité est dite préjudicielle.
C'est une telle question, intitulée QPC (question prioritaire de constitutionnalité) qui peut être posée
au Conseil constitutionnel depuis l'entrée en vigueur de la révision de 2008.

Lorsque le contrôle est diffus, comme aux USA, la sanction de l'inconstitutionnalité n'est pas l'an-
nulation de la loi mais la non-application de la loi au litige en cours. La loi subsiste dans l'ordre juri-
dique. Mais lorsque le contrôle est concentré, comme en France, la sanction est le plus souvent
l'abrogation de la loi, c'est-à-dire sa disparition pour l'avenir.
Voilà les diverses distinctions qu'il faut connaitre et qui permettent de caractériser chaque type de
contrôle de constitutionnalité́ . Il faut savoir croiser ces distinctions et l'on pourra ainsi dire du sys-
tème américain qu'il est diffus, a posteriori et par voie d'exception alors que le système français
est concentré, a priori et par voie d'action avant la révision de 2008. Depuis l'entrée en vigueur
de cette révision, il est également a posteriori et par voie d'exception.

Jeudi 14 février :
Titre II : L'Etat
Chapitre I : La notion d'Etat
Commençons par distinguer les diverses significations du mot "Etat" :

20
- Dans un sens restrictif, l'Etat est d'abord le pouvoir central. En cela, il s'oppose au pouvoir décen-
tralisé, aux collectivités locales décentralisées, que sont en France les communes, les départements,
les régions et les COM (collectivités d'outre-mer).
- Dans un sens plus large, l'Etat est également assimilé aux gouvernants, aux pouvoirs publics dans
leur ensemble. Dans ce sens, l'Etat s'oppose aux gouvernés, à ce que l'on appelle la société civile.
Ex : on peut dire que l'Etat doit prendre en charge telle activité - par exemple le maintien de l'ordre -
ce qui signifie que ce n'est pas aux particuliers de l'assurer.
- Dans un dernier sens qui est celui que nous retiendrons ici, l'Etat est une société politique organi-
sée, le cadre d'exercice d'un phénomène d'autorité particulier que l’on appelle le pouvoir politique.
C’est dans ce sens que l’on dit qu'il existe un Etat français, allemand, sud-africain etc.
Pour qu'une société humaine forme un Etat, la pratique montre que trois conditions doivent être réu-
nies. En général, les Etats considèrent en effet une collectivité comme constituant un Etat lorsque
trois conditions sont remplies.
Section I : Les conditions d’existence de l’Etat
Trois conditions : la population, le territoire et un gouvernement effectif que nous allons étudier
successivement.
§1 : La population
La population, c'est la substance humaine de l'Etat. En effet, l'Etat, c'est avant tout une communauté
humaine.
Plusieurs précisions doivent être apportées à ce sujet :
Le terme "population" n’est pas utilisé par hasard. Il est utilisé parce qu’il est un terme neutre : il
n’implique pas que les individus qui composent cette population présentent des caractéristiques
communes. Au contraire, des différences importantes peuvent exister entre ces individus autant du
point de vue de leur langue, de leur culture, de leur religion que de leurs activités économiques ou
de leur histoire.
Mais il faut aller plus loin et constater que pour que l’Etat ait un avenir, pour qu’il survive dans le
temps, il est nécessaire qu'un intérêt général puisse être dégagé au delà des intérêts particuliers de
chaque individu. C’est pourquoi les individus qui composent cette population doivent croire que ce
qui les unit, que ce qu’ils ont de commun (par ex. la langue) l'emportera sur ce qui les distingue (par
ex. les activités, les traditions). Pour bien comprendre ce point, il faut s’intéresser à deux notions
voisines de celles de population, celles de "nation" et de "peuple".

A. Etat et nation
On vient de voir qu'un Etat ne peut pas exister sans population. Faut-il aller plus loin, être plus exi-
geant, et prétendre que l'Etat ne peut pas exister si cette population ne forme pas une nation ? En
d’autres termes, est-ce que la nation est également une condition d’existence de l’Etat ? Com-
mençons par définir la nation dans un 1). Puis nous constaterons que l'Etat ne coïncide pas forcé-
ment avec la nation 2).
1) La nation, vouloir-vivre collectif
La nation, à la différence de la population, est une idée, une représentation que les individus se font
de l’ensemble auquel ils appartiennent.
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Quand on parle de population, les choses sont simples : la population regroupe des êtres physiques,
des êtres concrets comme vous et moi (des êtres qui existent dans la réalité). En revanche, la nation
est plus exigeante puisqu’elle suppose qu’existe un sentiment de solidarité entre les individus qui la
composent, sentiment qui leur inspire la volonté de vivre ensemble. C’est pourquoi elle a pu être dé-
finie comme un vouloir-vivre collectif, un rêve d’avenir partagé.
D’où provient un tel sentiment de solidarité lorsqu’il existe ? Il existe sur ce point deux conceptions
de la nation :
- Une conception dite objective, issue de la philosophie allemande du XIXè siècle, qui insiste
sur des éléments tels que la géographie ou la langue. Vous savez sans doute que certaines
idéologies politiques ont fait de la race le critère central de la nation mais cette référence est
évidemment dangereuse. D’abord parce que la distinction entre les races est scientifique-
ment infondée – elle n’a donc que les apparences de l’objectivité : la science moderne a
prouvé que le fonds génétique commun de l’humanité est pour l’essentiel identique quelles
que soient les différences biologiques observables entre les groupes humains. Ensuite parce
qu’elle a le plus souvent servi des objectifs politiques condamnables, à savoir l’oppression
d’un groupe humain par un autre au nom d’une prétendue inégalité entre les races. Cette
conception a ainsi été exploitée par Hitler au profit de la prétendue race aryenne qu’il vou-
lait faire coïncider exactement avec la nation allemande au détriment de la prétendue race
juive, ce qui a abouti à l’extermination de 6 millions de juifs dans l'Europe occupée durant la
seconde guerre mondiale.

- Une conception dite subjective, issue de la philosophie française des Lumières, qui insiste
davantage sur les éléments culturels, religieux, les souvenirs communs – en un mot sur la
communauté de civilisation qui qui s’est créée au cours d’une histoire commune.

Ce qu'il faut retenir est que la nation est une entité qui réunit non seulement les personnes en vie à
un moment donné mais également les morts et les générations futures. D’un côté, elle plonge ses ra-
cines dans le passé, mais de l’autre elle est porteuse d'une représentation de l'avenir, du futur. Elle
unit donc les générations passées et celles à venir.

1) L'Etat ne suppose pas forcément l'existence d'une nation


Dans la réalité, l’Etat peut ne pas coïncider avec la nation.
Bien sûr, ce constat n’empêche pas de penser que l'existence préalable d'une nation est une condi-
tion, non pas de l'Etat en général, mais d'un Etat durable et que l'idéal réside dans leur coïncidence.
Cet idéal (une nation, un Etat = à chaque nation correspondrait un Etat) était d’ailleurs poursuivi par
le mouvement des nationalités, mouvement de pensée qui a dominé l’Europe dans la seconde partie
du XIXème siècle.
Il est également à la base du principe juridique du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui est
reconnu par le droit international contemporain (même s’ils ne coïncident pas toujours : les intérêts
d’une nation peuvent l’emporter sur ceux d’un peuple – minoritaire).
Toute l'histoire de l'Europe et également des autres continents depuis la fin du XVIIIème siècle -
songez à l'Amérique du Nord et du Sud, à l'Afrique depuis la décolonisation ainsi qu'à l'Asie et à
l'Océanie - est marquée par l'émancipation des nations et l'apparition d'Etats nouveaux pour gérer

22
leur destin. Et, pour évoquer un débat actuel, l'on s'est demandé et l’on se demande toujours, si,
malgré les différences qui séparent les peuples européens - langue, culture -, il existe ou il pourrait
exister un jour une nation européenne sur laquelle un Etat fédéral européen pourrait prendre appui.
Lorsqu'il y a coïncidence entre la nation et l'Etat, l'on peut alors affirmer avec A. ESMEIN, un des
grands théoricien français du droit constitutionnel de la fin du XIXè siècle, que " l'Etat est la per-
sonnification juridique d'une nation". Dans cette hypothèse, la nation, qui est une réalité sociolo-
gique, trouve sa traduction juridique dans l'Etat.
Le problème est qu’il faut bien constater que les exemples de non-coïncidence sont nombreux :
- 1er cas de figure : les nations peuvent être divisées entre plusieurs Etats. Tel était le cas de-
puis 1949 et du fait de la guerre froide de la nation allemande avant la réunification des deux
Allemagne de l’Est et de l’Ouest en 1990 (la première faisant partie du bloc communiste, la
seconde du bloc occidental). Tel est en revanche toujours le cas de la nation coréenne qui a
été partagée en deux Etats après la seconde guerre mondiale (1948) et de la nation kurde di-
visée entre plusieurs Etats (l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie pour l’essentiel).

- 2ème cas de figure : les Etats peuvent englober plusieurs groupes nationaux : on parle alors
d’Etats pluri-nationaux. De tels Etats, comme la Russie (128 nationalités), sont évidemment
plus fragiles. Quel est leur devenir ? Deux possibilités schématiquement : soit la vie en com-
mun favorise la naissance progressive d'une nation malgré les frontières et les regroupe-
ments parfois arbitraires. C’est ce que l’on a pu espérer – mais cet espoir a été trop souvent
déçu - pour les Etats africains nés de la décolonisation. Ces Etats sont en effet composés de
sociétés plurales, c’est-à-dire composées d’éléments multiples, de sociétés distinctes - à la
fois du point de vue religieux, linguistique et culturel. Ils sont donc le plus souvent à la re-
cherche d’une identité, d’une unité nationale. Soit, et c’est la seconde possibilité, une telle
histoire commune peut s'achever dans la séparation, soit de façon douce (tel a été le cas au
début des années 1990 de la Tchécoslovaquie et de l’URSS), soit de façon violente donc
après une guerre civile : La Yougoslavie est là pour en témoigner .
Pour finir sur une note plus optimiste, il faut signaler qu’il existe une forme d'organisation étatique
qui permet aux différentes nations d'être représentées en tant que telles au sein de l'Etat : il s'agit
de l'Etat fédéral qui sera étudié dans le prochain chapitre.
B. Etat et peuple
1) Le peuple : définition générale
Le peuple est une entité qui est à la fois plus que la population et moins que la nation.
Plus que la population car le peuple possède les mêmes qualités que la nation. Les personnes qui
forment un peuple se sentent unies par un lien particulier, par un sentiment d'identité et de solidari-
té.
Moins que la nation car le peuple ne comprend que les personnes vivant à un moment donné alors
que la nation unit en un tout, passé, présent et futur. La nation française englobe tout autant les per-
sonnalités françaises du passé (Vercingétorix, Victor Hugo, le général de Gaulle etc...), les français
qui vivent actuellement que les générations à venir. En revanche, le peuple français comprend uni-
quement l'ensemble des citoyens français vivant actuellement en France ou à l'étranger, c'est l'uni-
versalité des citoyens français.
Comme je l’ai déjà indiqué, il existe un droit qui est reconnu par le droit international contemporain
: celui des peuples à disposer d'eux-mêmes. En vertu de ce droit, chaque peuple a droit – s’il le sou-
haite - à former un Etat indépendant. Le principe, qui est posé de façon générale à l’art. 1 §2 de la

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Charte des N.U (qui est le traité fondateur de l’ONU 1945) n’est clair qu’en apparence. En effet,
son application a posé et pose encore de redoutables difficultés qui sont de deux ordres :
- Première difficulté : la difficulté d'identifier concrètement un peuple, de qualifier une popu-
lation donnée de peuple. En d’autres termes, à partir de quel seuil, une population qui pré-
sente certaines caractéristiques communes et a des aspirations communes peut- elle être qua-
lifiée de peuple ? Si on prend le cas de la France, il existe assurément, à l’intérieur du peuple
français, un peuple kanak (en Nouvelle-Calédonie - la Constitution l'a reconnu dans son titre
XIII qui renvoie à l'Accord de Nouméa de 1998 dont je vous parlerai ultérieurement), mais
doit-on admettre – comme certains le prétendent - qu’il existe un peuple réunionnais, un
peuple corse et de façon plus provocante un peuple alsacien, basque ou breton ?
- Seconde difficulté : la tendance des Etats à vouloir éviter la perte d'une partie de leur terri-
toire bien qu'elle abrite un peuple spécifique. Voir les réticences de la France à l'origine de
la guerre d'Algérie (1954/1962) et, plus récemment, à propos de l'évolution de la Nouvelle-
Calédonie. Le processus d’accès à l’indépendance de ce dernier territoire a toutefois été re-
lancé par une révision de la Constitution (loi constitutionnelle du 20 juillet 1998 - référen-
dum sur l’accès à l’indépendance en novembre 2018, majorité de votes défavorable à l'indé-
pendance 56,6%).
Ces difficultés expliquent pourquoi les Etats se sont accordés dans les années 60 et dans le cadre de
l’Organisation des Nations-Unies à restreindre le champ d’application de ce principe aux seuls
peuples colonisés, donc aux peuples qui ont été soumis contre leur gré à une domination étrangère
(= placés dans une situation arbitraire d’inégalité et de subordination par rapport à une métropole).
En effet, il a paru très dangereux de reconnaître à tout groupe social qui fait partie de la population
d’un Etat constitué mais présente certaines caractéristiques propres un droit à l’autodétermination,
donc un droit à former, s’il le souhaite, un Etat indépendant. Car quel est le risque qu’il y aurait à
reconnaître un tel droit sans limites ? celui d’enclencher un processus indéfini de désintégration des
Etats qui forment aujourd’hui la société internationale : chaque groupe social est toujours constitué
de sous-groupes, qui pourraient eux-mêmes revendiquer demain un tel droit. Où s’arrêter ? En
d’autres termes, lorsqu’il est conçu sans limites, le droit des peuples ne peut qu’être un facteur per-
manent d’anarchie, de contestation des Etats en place – et donc de violence. Or, une telle instabilité
ne peut qu’être préjudiciable aux individus, elle a toutes les chances de se retourner contre les indi-
vidus qu’elle prétend pourtant émanciper.
Cette restriction, même si elle a connu quelques exceptions, explique par exemple pourquoi la Cata-
logne ne peut pas revendiquer l'exercice d'un tel droit contre l'Etat central espagnol.
2) La notion de "peuple français" dans la Constitution du 4 octobre 1958
Depuis la Révolution française, les constitutions républicaines mentionnent en général le seul
peuple français composé de l'ensemble des citoyens français. Tel est le cas de l’actuelle Constitu-
tion du 4 octobre 1958. Elle débute d’ailleurs – c’est l’alinéa 1er de son préambule - par l'affirma-
tion selon laquelle "le peuple français proclame solennellement son attachement aux droits de
l'homme et aux principes de la souveraineté nationale...".
Le pluriel - "les peuples" - est toutefois utilisé à l’alinéa 2 de ce même préambule à propos des terri-
toires d'outre-mer et du principe de libre-détermination qui leur est reconnu.
"En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux
territoires d'outre-mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur
l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocra-
tique."
Que faut-il entendre par "territoires d'outre-mer" au sens de cette disposition ?

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Ces territoires ne sont pas constitués par l'ensemble des territoires français ultra-marins - séparés de
l'hexagone par la mer - mais uniquement par certains d’entre eux. Pendant longtemps, on a pensé
qu'étaient seules concernées les anciennes colonies françaises qui se sont vu offrir la possibilité de
devenir indépendantes en 1958 mais ont choisi de rester au sein de la République française, à sa-
voir :
- La Nouvelle-Calédonie. Elle a désormais un statut spécifique – la révision de la Constitution
du 20 juillet 1998 relative à la NC a introduit un titre XIII qui constitutionnalise l’Accord de
Nouméa signé entre les différentes forces politiques du territoire et l'Etat, accord qui recon-
naît l’existence et l’identité du peuple kanak ;

- La Polynésie française et un autre archipel de Polynésie qui porte le nom de Wallis- et-Futu-
na.
Ce sont des COM (collectivités d’outre-mer) au sens de la Constitution actuelle (telle qu’elle a été
révisée en 2003). Cette qualification de peuple ne valait donc pas pour les populations des autres
COM (dont Saint-Pierre-et-Miquelon) et pour les populations des DROM (départements et régions
d'outre-mer), c’est-à-dire de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et, de-
puis 2011, de Mayotte.
Le problème est que l’une des révisions récentes de la Constitution, celle du 28 mars 2003 relative à
l’organisation décentralisée de la République, a certes maintenu l’alinéa 2 du préambule qui se ré-
fère au principe de libre-détermination des peuples des territoires d'outre-mer, mais ne semble plus
reconnaître aucun peuple outre-mer. En effet, le nouvel article 72- 3 ne mentionne plus que les po-
pulations d’outre-mer qui sont reconnues par la République « au sein du peuple français ». La for-
mule choisie, qui évite soigneusement le concept de peuple, n’est évidemment pas le fruit du ha-
sard.

ARTICLE 72-3.
La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer, dans un idéal
commun de liberté, d'égalité et de fraternité.
En résumé, en dehors de la Nouvelle-Calédonie, qui fait l’objet d’un traitement à part dans notre
Constitution et apparaît aujourd’hui comme le seul territoire auquel s’applique l’alinéa 2 du préam-
bule de la Constitution, il ne semble donc plus exister d’après la Constitution, qu’un peuple - « le
peuple français » - et non plusieurs peuples sur le sol français.
Cette question de l’éventuelle existence de peuples distincts au sein du peuple français s’était égale-
ment posée à propos de la Corse dans les années 90.
En effet, l’article 1er d’une loi relative au statut de la Corse adoptée en 1991 mentionnait « le
peuple corse, composante du peuple français ». En tant que peuple spécifique, la collectivité qui le
représentait se voyait reconnaître des droits spécifiques, qui ne sont donc pas accordés aux autres
régions et "liés à son insularité".
Vous devinez le problème : la Constitution française actuelle ne connaît qu'un seul peuple. La re-
connaissance par une loi de l'existence d'un peuple corse, même considéré comme une composante
du peuple français, était-elle conforme à la Constitution?

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En d’autres termes, car tel était bien l’enjeu, pouvait-on admettre que le peuple français est compo-
sé de plusieurs peuples coexistant sur le même territoire et qui forment ensemble le peuple
français ?
C'est le Conseil constitutionnel, qui est chargé en France de veiller à la conformité des lois à la
Constitution, qui a tranché cette question délicate.
Il a considéré que cette reconnaissance violait la Constitution et plus particulièrement deux prin-
cipes qui y figurent (art. 1) : le principe d'égalité des citoyens français devant la loi et celui de l'indi-
visibilité de la République. Plus précisément, il a affirmé dans sa décision n° 91-290 DC du 9 mai
1991 Loi portant statut de la collectivité territoriale de Corse que la Constitution "ne connaît que le
peuple français composé de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race, ou de religion".
Il a donc interprété de façon restrictive la référence au peuple français qui figure dans la Constitu-
tion comme excluant toute possibilité d’appartenance à un peuple concurrent, même partie du
peuple français.
Il a en revanche accepté le reste de la loi, c’est-à-dire la reconnaissance de droits spécifiques accor-
dés à la collectivité territoriale de Corse (en matière d’identité culturelle et de développement éco-
nomique).
§2 : Le territoire
Le territoire, délimité par des frontières, est la seconde condition d'existence de l'Etat. Attention !
Même si l'on dit souvent que l'Etat possède un territoire, le territoire national n'est pas la propriété
de l'Etat . En effet, comme le droit de propriété est un droit exclusif, cela signifierait que les particu-
liers ne pourraient en être propriétaires simultanément, ce qui n’est pas le cas. Pour utiliser une for-
mule rigoureuse, il faut dire que le territoire est le cadre d'exercice de la compétence de l'Etat :
le territoire est donc le cadre géographique dans lequel les gouvernants exercent leurs fonctions.
Toute personne se trouvant sur le territoire est en conséquence assujettie, soumise à la réglementa-
tion édictée par les autorités de l'Etat.
§3 : Le gouvernement effectif
Deux approches seront développées successivement :
A. L'approche juridique : le pouvoir de contrainte
La troisième condition de l'existence d'un Etat est la présence sur ce territoire d'un gouvernement
effectif, d'une organisation politique qui exerce sur cette population un pouvoir de contrainte dont il
a le monopole. Ainsi, l'Etat est investi d'une puissance, appelée puissance publique.
La caractéristique d’une telle puissance est de pouvoir s'imposer, au besoin par la force, à tous les
citoyens et de façon plus large, à toute personne, même étrangère se trouvant sur son territoire.
Puisque l'Etat est la seule collectivité à disposer de la force coercitive, l'on peut affirmer que l'Etat
dispose du monopole de la contrainte organisée sur son territoire.
B. L'approche sociologique : la nécessaire légitimité du pouvoir
Au début du XXème siècle, le sociologue allemand Max Weber a défini l'Etat dans son ouvrage Le
savant et le politique "comme une communauté humaine qui, dans les limites d'un territoire déter-
miné, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légi-
time".
Vous remarquerez que s'ajoute ainsi dans la définition de l'Etat, à côté de la contrainte, une notion
sociologique et non juridique : celle de légitimité.

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En effet, l’on peut penser que le simple recours à la force ne suffit pas pour que le rapport de domi-
nation de l'homme sur l'homme que met en place l'Etat puisse exister et surtout exister durablement.
Il serait nécessaire que ce rapport de domination soit ressenti comme légitime par les individus qu'il
vise, c'est à dire qu'il soit consenti par ceux-ci, qu'il soit perçu par ceux-ci comme conforme à leurs
exigences fondamentales.
En effet, la force, la contrainte physique, qui est le moyen d'expression spécifique de l'Etat, ne peut
être - ou en tout cas ne peut être durablement - le fondement de la puissance étatique. Si un tel
consentement n’existe pas, la moindre faiblesse des gouvernants sera en effet exploitée par les gou-
vernés pour détruire l'Etat .

 Dans son ouvrage, Max Weber a distingué trois fondements de la légitimité :


- la tradition qui joue au profit des gouvernements monarchiques
- la personnalité exceptionnelle du chef, son charisme qui bénéficie aux pouvoirs appelés
charismatiques.

La raison, la croyance raisonnable en la légalité qui prévaut dans les régimes fondés sur le droit et
en particulier les démocraties modernes.
Il faut noter que ces types de légitimité peuvent jouer concurremment .
En particulier, il y a toujours une part de charisme dans l'ascendant des gouvernants. Le général de
Gaulle, lorsqu'il était Président de la République, était à la fois régulièrement investi de ses fonc-
tions - c'est la légitimité fondée sur la raison - mais il n’en restait pas moins le l'homme de l’appel
du 18 juin 1940 et le libérateur de la France - c'est la légitimité charismatique - . Il bénéficiait donc
d'une double légitimité.

Section II : Les caractères de l’Etat


Après avoir étudié les conditions d'existence de l'Etat, reste à mettre en lumière ses caractères juri-
diques.
§1 : L'Etat est doté de la personnalité morale
L'Etat est un institution, une organisation qui se distingue à la fois des gouvernés et des gouver-
nants. On dit que l'Etat est une personne morale. Disons simplement que vous n'avez aucune chance
de rencontrer dans la rue, dans le monde physique, la personne "Etat".
En effet, l'Etat n'est pas une personne physique mais une personne morale. Il n'existe que dans
l'ordre des réalités juridiques, dans le monde juridique.
De façon générale, rappelons que l'idée de personnalité morale a été conçue afin de donner une
existence et une capacité juridique à des groupements d'individus poursuivant un intérêt légi-
time, donc dans le but de permettre à des groupements d'être titulaires de droits et d'obligations.
Songez aux sociétés commerciales, aux associations, aux communes, aux régions et vous aurez des
exemples de personnes morales.
L'Etat est une personne morale de droit public au même titre que les communes, les départements,
les régions et les établissements publics. Ces personnes doivent ainsi être distinguées des personnes
morales de droit privé que sont les associations et les sociétés commerciales.
L’attribution de la personnalité morale à l’Etat a deux conséquences :

- La personne de l'Etat ne se confond pas avec celle de ses dirigeants : le progrès qui a mar-
qué la société politique a consisté à institutionnaliser le pouvoir politique, c'est-à-dire à le
27
dissocier progressivement de la personne de ceux qui commandent pour le confier à l'Etat.
Désormais le pouvoir n'appartient plus aux gouvernants.
Les gouvernants sont des organes de l'Etat, titulaires d'une compétence accordée par le droit
de l'Etat, et exercent leur pouvoir au nom de celui-ci. Ainsi, les décisions qu'ils prennent
sont prises au nom de l'Etat - et non en leur nom personnel - et le patrimoine de l'Etat ne doit
pas être confondu avec leur patrimoine personnel.
Ceci explique également que l'Etat survive à la personne de ses dirigeants (le décès du chef
de l'Etat n'entraîne pas la disparition de l'Etat, mais le simple remplacement de la personne
du chef de l'Etat.

- L'octroi à l'Etat de la personnalité morale lui confère la capacité juridique. A l'image des
particuliers, il peut être propriétaire de biens, engager sa responsabilité, passer de contrats,
contracter des emprunts etc.
Comme nous venons de le voir, l'Etat n'est pas - et de loin - la seule collectivité qui dispose de la
personnalité morale mais il est la plus importante de toutes en raison de son second caractère, spéci-
fique cette fois : la souveraineté.

§2 : L'Etat est souverain


Ce second caractère est spécifique à l'Etat.
La souveraineté de l'Etat s'exerce dans deux ordres juridiques distincts : l'ordre juridique interne et
l'ordre juridique externe ou international et a dans ces deux ordres deux sens différents que nous
allons étudier successivement :
- Dans l'ordre juridique interne, c'est-à-dire dans ses relations avec les sujets de droit qui
forment sa population, l'Etat est souverain au sens où le pouvoir qu'il exerce est non-subor-
donné : il est à la fois originaire ou initial, ce qui signifie que l'Etat ne tient son pouvoir que
de lui-même et qu'il est à la source de l'ordre juridique.

- Inconditionné, ce qui signifie que l'Etat peut édicter des normes et agir librement, si néces-
saire au moyen de la contrainte. Il n’a pas à se conformer à des règles qui lui seraient exté-
rieures.

- En dernier lieu suprême, ce qui signifie qu'il n'existe aucun pouvoir supérieur à l'Etat. Une
collectivité décentralisée, une commune par exemple, ne dispose évidemment pas d'un tel
pouvoir puisque l'étendue de sa propre compétence est fixée de façon limitative par l'Etat.
La commune ne peut pas l’étendre à son gré.

- Qu’en est-il maintenant de la souveraineté dans l'ordre juridique international, c'est-à-


dire dans les relations que l’Etat entretient, non pas avec ses sujets, mais avec les
autres Etats qui forment la société internationale ?

28
Dans cet ordre, l'Etat est souverain au sens où il est indépendant. Son pouvoir vis-à-vis des autres
Etats n'est pas, comme vis-à-vis de ses sujets, illimité puisqu'il se heurte à la souveraineté des autres
Etats. Mais, de façon négative, la souveraineté dans l'ordre international signifie qu'un Etat ne peut
se voir imposer aucune obligation, qu'elle émane d'un autre Etat ou d'une organisation internatio-
nale, sans qu'il y ait consenti.
Un Etat peut cependant accepter de limiter sa souveraineté future, c'est-à-dire sa faculté de décider
librement à l'avenir, en concluant des traités ou en adhérant à des organisations internationales qui
lui imposent des obligations particulières.
En effet, le respect de la souveraineté exige seulement que l'Etat consente au préalable à ces limita-
tions futures. C'est ce qu'a fait la France en particulier lorsqu'elle a créé en 1957 avec 5 autres Etats
européens la CEE par le Traité de Rome, Communauté qui s'est élargie et approfondie par la suite
pour devenir l'Union européenne.

Jeudi 7 mars :

CHAPITRE 4 : LES FORMES D’ÉTAT

On va ici distinguer les États selon leur degré d’unification juridique. On va se poser la question
suivante : existe-t-il dans l’État une ou plusieurs sources de droit, et s’il en existe plusieurs,
comment sont-elles s’articuler ?
Pour cela, on va distinguer les États unitaires, dans lesquels ce degré d’unification juridique est
élevé, et on va les distinguer des États dits « composés » où se degré est moindre.

I- L’État unitaire

Dans les pays qui adoptent cette structure, il n’y a qu’un État, il est unique, et ses organes vont
disposer de la totalité de la compétence de l’État. Ces compétences vont principalement être
exercées au moyen de règles juridiques qui sont applicables sur l’ensemble du territoire, comme par
exemple les lois.
A l’intérieur de cette division, il faut encore distinguer l’État unitaire centralisé de l’état unitaire
décentralisé.

A- L’État unitaire centralisé

Lorsque l’État est centralisé, les organes dirigeants de l’État vont exercer sans partage toutes les
compétences de l’État, soit directement soit par le biais de représentants locaux.
Lorsque l’état est centralisé, aucune autre personne publique n’existe en dehors de l’état.
Il y a en réalité deux types d’états centralisés qui existent.
D’une part il y a l’état concentré et d’autre part l’état centralisé déconcentré.

Dans l’état concentré : la concentration du pouvoir est totale car toutes les décisions sont prises par
le pouvoir central.
Ce pouvoir central n’est pas représenté au niveau local par des agents qu’il aurait nommés et qui

29
seraient soumis à son autorité.
Deux observations : d’abord, ce choix en faveur de l’état concentré est plutôt le fait de régimes
autoritaires plutôt que de régimes libéraux ; parce que la méfiance à l’égard de tout partage de
pouvoir est justement l’une des caractéristiques de ce régime.
Ce type d’organisation étatique n’est pas adaptée à un grand état, dont la superficie dépasse une
certaine dimension.

Un état de ce type ne peut durer que dans un « micro-état » parce qu’il y a plusieurs risques si ce
choix est fait dans un grand état :
- Il y a évidemment le risque que l’administration qui va siéger dans la capitale soit
rapidement débordée, submergée par le nombre de décisions à prendre.
- Le risque de l’inadaptation des décisions prises aux situations particulières qu’elles viennent
réglementer.

Dans l’état unitaire déconcentré : dans un tel état, le degré d’unification juridique est déjà
moindre. On va vers une pluralité des sources juridiques.
L’exercice des compétences est partagé entre les organes administratifs centraux qui siègent dans la
capitale et les services extérieurs de l’état, dits « les organes déconcentrés ».
Ces derniers représentent le pouvoir central au niveau local et plus précisément, à l’intérieur d’une
circonscription territoriale (territoire délimité) donnée.
Pour que ces organes soient considérés comme organes déconcentrés, ils doivent présenter 3
caractéristiques :
- Ils ne sont composés que d’agents nommés par le pouvoir central (la décision vient d’en
haut).
- Ensuite, ils sont soumis à un devoir d’obéissance hiérarchique (ils doivent obéir aux ordres
du pouvoir central, celui qui les a désignés).
- Enfin, ils sont révocables par le pouvoir central à tout moment.

En France, c’est le préfet qui est l’autorité déconcentrée dans la mesure où il représente l’état dans
la circonscription administrative qu’est le département.

Quelles sont les avantages de la déconcentration par rapport à la concentration ?

- D’abord, une plus grande efficacité de l’état. Dans ce système, on va multiplier les centres
de décisions et on va ainsi éviter l’engorgement du pouvoir central, en particulier pour les
questions de moindre importance notamment au niveau local.

- Ce système permet un rapprochement de l’administration et des administrés.


Une partie des problèmes pourront être traités au niveau local, ce qui permettra une
meilleure sensibilité des dossiers et donc une meilleure adéquation avec les mesures prises
en conséquence.
Ce rapprochement a des limites : dans un état qui ne pratique que la déconcentration, les
autorités locales sont tenues d’appliquer les ordres du pouvoir central et sur certains points
ne disposent d’aucune autonomie.
Cette limite explique pourquoi la plupart des démocraties libérales modernes qui choisissent
l’état unitaire préfèrent mettre en place un système mixte qui combine à la fois la
déconcentration et la décentralisation.
Le choix de la déconcentration n’exclut donc pas celui de la décentralisation qui concernera
simplement d’autres domaines d’intervention de l’état.

A- L’état unitaire décentralisé

30
Dans l’état dit décentralisé, le degré d’unification juridique est encore moindre que les 2 autres.
Dans ce cas-là, l’exercice des compétences étatiques va être partagé entre l’état d’un côté et des
personnes morales de droit public distinctes de l’état qu’on appelle collectivité territoriales ou
collectivités locales (exercent leur pouvoir à l’intérieur d’une circonscription territoriale) de l’autre
côté.

Le système de pouvoir de l’état décentralisé : c’est un système intermédiaire entre l’état purement
déconcentré donc sans décentralisation et l’état fédéral.

Cet état présente plusieurs caractéristiques : (lorsque ces caractéristiques sont réunies, il existe des
degrés dans la décentralisation, donc il faut être subtil).
La décentralisation doit être plus ou moins poussée selon les états ou alors pour un même état selon
les époques.

Justement, tel a été le cas de la France puisque la décentralisation a été approfondie au fil du temps.
Quelques moments clefs à retenir : l’année 1982 (après l’arrivée de la gauche en 1981) + la loi de
1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions.
Ce mouvement a été prolongé en 2003 avec une révision de la constitution qui est relative à
l’organisation décentralisée de la république.

Revenons aux caractéristiques de la décentralisation :

- Elle concerne le titulaire de la compétence au niveau local : les organes des collectivités
locales doivent nécessairement être élues de l’élection par la population par le corps
électoral de la circonscription concernée.
Ex : prenons le cas des communes. Elles sont administrées par un conseil municipal qui est
lui-même élu par un suffrage universel du corps électoral de la commune et également par
un maire qui est élu par le conseil municipal.
Différence avec la déconcentration : l’autorité vient du pouvoir central, et demeure sous
cette dépendance et dans le cas de la décentralisation le pouvoir vient d’en bas l’autorité
locale est choisie par le corps électoral de la circonscription donnée.

- Le titre de la compétence : le fondement juridique, le texte qui établit la compétence des


collectivités locales  le titre de la compétence est la loi cad que les compétences d’un état
décentralisé vont être délégués aux collectivités locales par la loi cad par un acte voté par le
Parlement et non pas par la Constitution elle-même (pour l’état fédéral c’est différent).
Cela signifie que les attributions des pouvoirs les compétences confiées aux collectivités
locales sont modifiables par la loi, soit étendus par la loi : on accroit la décentralisation ou
être amoindris : la loi reprend alors des compétences qu’il avait attribué parce qu’il estime
qu’elles sont mal exercées ou alors possibilité de suppression : la loi supprime les
compétences des collectivités locales mais cette affirmation selon laquelle la loi est maitre
du jeu doit être nuancée parce qu’il y a beaucoup d’états dans lesquels le principe même de
l’existence d’une décentralisation est reconnu par la constitution et dans ce cas la loi va se
contenter de fixer l’étendu des compétences des domaines attribués aux collectivités et le
mode d’exercice par quel type d’acte de ces compétences dans le respect des conditions dans
la mesure où ces points ne sont pas précisés dans la constitution et dans cette hypothèse le
législateur ne peut pas supprimer la décentralisation ne peut pas diminuer la marge
d’autonomie des collectivités au point de la supprimer totalement.
Cette suppression constituerait une violation de la constitution et dans ce cas la
décentralisation est garantie par la constitution même s’il n’est pas organisé dans le détail
par cette dernière.
(Ex de la constitution de la France le principe de la décentralisation figure dans la
constitution, article premier prévoit à son alinéa 2 « république française à son propos de
31
l’organisation décentralisée », date de la révision de 2003 et l’article 72 alinéa premier de la
constitution précise que les «  collectivités territoriales de la république sont les communes,
les départements, les régions les collectivités à statut particulier et les collectivités d’outre-
mer ».
L’alinéa 3 de l’article 72 ajoute que dans les conditions prévues par la loi ces collectivités
s’administrent librement par des conseils élus...
En France un rôle essentiel de la loi et la constitution pose le principe de la décentralisation.

- La nature des compétences qui sont exercées par les collectivités : elles sont plutôt
restreintes.
Dans la mesure où ces collectivités n’ont pas de compétences législatives, ni judiciaires
(mettre en place des tribunaux susceptibles de trancher certains litiges) et pas non plus de
compétences gouvernementales cad de mise en œuvre de la loi au plus haut niveau car
toutes ces compétences sont exercées par l’état central.
Il reste aux collectivités des compétences d’administration des affaires locales cad de
gestion des espaces sur lesquels ces collectivités sont localisés les règles qui sont adoptées
localement par les organes élus sont « conditionnés », ne peuvent être créés que par
l’application de normes nationales préalables, cad posée, adoptées au préalable par le
pouvoir central.
Cela apparait clairement dans l’article 72 alinéa 3 de la constitution « dans les conditions
prévues par la loi les collectivités s’administrent et ne se gouvernent pas  ».
(Différent dans l’état fédéral).
Ces compétences mêmes restreintes peuvent être étendues par la loi ou diminuées ce qui
explique en partie que la décentralisation puisse être plus ou moins approfondie (ex de la
France en 1982).

- Les modalités d’exercice reconnues aux collectivités territoriales : Elles disposent d’une
certaine autonomie dans l’exercice de leurs fonctions.
Ces collectivités restent soumises à un contrôle de l’état et ce contrôle de l’état est présent à
l’article 72 alinéa 6 de la constitution «  dans les collectivités territoriales de la république
le représentant de l’état a la charge des intérêts nationaux du contrôle administratif et du
respect des lois. »
Ce contrôle peut être plus ou moins contraignant.
Au minimum, le contrôle de la légalité des mesures prises par les collectivités cad un
contrôle de la conformité de ces mesures au droit, à la loi aux règes émises par le pouvoir
central.
Il existe aussi un contrôle d’opportunité des décisions adoptées par la collectivité, ce
contrôle va plus moins car il s’agit de vérifier non seulement si les décisions sont conformes
aux lois mais également si elles sont adaptées aux circonstances et sont opportunes.
C’est ce qu’on appelle la « tutelle administrative ».
Ce contrôle peut être exercé soit par les autorités déconcentrées soit (mais uniquement s’il
s’agit d’un contrôle de légalité) par les tribunaux administratifs.
C’est justement le cas en France depuis la loi de 1982, contrôle est un pur contrôle de
légalité la décentralisation fait alors un bond en avant et est approfondie.

La décentralisation est liée à l’idée démocratique permet à des groupes politiques qui sont
minoritaires nationales mais majoritaires à l’échelon local d’influer sur les règles qui leur seront
appliqué.
La différence qui existe entre la déconcentration et la décentralisation est une différence de nature.
Il y a une différence de nature entre le mode de désignation d’une autorité déconcentrée et le mode
de désignation d’une autorité décentralisée.
En revanche, la différence entre l’état décentralisé et l’état fédéral n’est qu’une différence de degré.
On a vu qu’un état unitaire décentralisé peut ressembler fortement à un état fédéral très centralisé
32
dont les états membres ne disposent que de faibles pouvoirs.

I- L’état composé

Dans un état dit composé, le degré d’unification juridique est encore moindre.
On peut le définir ainsi « l’état composé est constitué de plusieurs entités qui se présentent comme
des états mais qui sont privées de certaines de leurs attributs et entre lesquels existent des liens
d’union ».
On rencontre actuellement deux types d’états composés qui se distinguent par le degré de rigidité du
lien qui unit les parties composantes.

A- La confédération d’État

C’est une association d’états qui sur le fondement d’un traité ont choisi d’exercer un certain nombre
de compétences par l’intermédiaire d’organes communs.

Quatre caractéristiques de la confédération d’états :


- Le lien juridique qui unit les états est un traité international, qu’on appelle confédéral et ce
pacte doit recueillir le consentement unanime de tous les états pour entrer en vigueur et être
modifié.
- Les organes mis en place sont les organes confédéraux qui sont mis en place par ce traité
sont assez rudimentaires et ils sont peu évolués.
En général il n’y a qu’un seul organe confédéral permanent c’est le conseil confédéral qui
est composé non pas de députés ou de représentants élus par la population mais des tétas
membres nommés par leur gouvernement respectif.
Cet organe statue pour l’essentiel à l’unanimité ou au moins à une majorité renforcée (moitié
plus une voie) le recours à l’unanimité qui est fréquent est essentiel chacun des états va
conserver un droit de véto.
Le caractère rudimentaire se concrétise d’une autre manière avec l’exécution des décisions
confédérales qui sont confiées aux états membres (il n’y a pas de police pour veiller au
respect de ces règles).
Il appartient à chacun des états membres d’assurer les exécutions prises au niveau de
l’administration.

- Quels sont les domaines où la confédération va pouvoir adopter des décisions ?


Sont généralement limitées aux relations internationales (diplomatie et guerre).
On constate que les confédérations d’états ont souvent été des unions défensives unitaires
(lutter contre des dangers extérieurs, ex : confédération des états unis d’Amérique qui a été
constituée en 1777 et qui a regroupé jusqu’en 1787 les 13 anciennes colonies anglaises
d’Amérique du nord qui sont devenues des états après la déclaration d’indépendance du 4
juillet 1776.
Cette confédération est née de la volonté de ces nouveaux états d’unir leurs forces pour
imposer l’indépendance à l’Angleterre, à la Grande Bretagne...
La guerre d’indépendance va s’achever par la signature du traité de paris par lequel la
Grande Bretagne va reconnaitre l’indépendance de ses anciennes colonies.
La confédération a réussi sa fonction de donner l’indépendance par la voie des armes aux
états qui la composait.
En général, dans une confédération, chaque état garde le droit de s’en retirer.
Ce droit est appelé « droit de sécession ».
L’intégration au sein des confédérations est faible.
En effet les états membres de cette union conservent leur souveraineté à la fois interne et
internationale même s’ils ont accepté certaines compétences.
La confédération d’états est une entité fragile qui connait le plus souvent une existence
33
temporaire.
Il y a une évolution possible, c’est que la confédération se transforme en un état fédéral, par
un approfondissement de l’union.

I- Le Citoyen

La démocratie est définie par l’article 2 : « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le
peuple. ». La source de tout pouvoir dans une démocratie est le peuple. Elle s’oppose à la
monarchie, et s’oppose à l’oligarchie (le pouvoir appartient à un petit nombre d’individu).
Le seul modèle de démocratie qui subsiste est la démocratie dite libérale/ pluraliste.
Les démocraties dites socialiste ou encore populaire se sont effondré fin 20ème.
La qualification de démocratie pour ce régime était usurpée, elles étaient fondées sur un système de
parti unique qui exerçaient une dictature.
Dans la forme actuelle, la démocratie implique une souveraineté du peuple mais également que soit
reconnu aux personne la liberté politique (choisir ses opinion), ainsi que la libre expression, mais
elle suppose également le pluralisme politique : la liberté de constituer des partis politiques avec à
la clé l’existence d’une offre politique diversifié. Cet ajout est fondamental puisque ce sont là des
conditions indispensables pour que la possibilité de choix des gouvernant, puisse s’exercer
effectivement.

A)  LES FONDEMENT DE LA PARTICIPATION AU POUVOIR DU CITOYEN

Dans un régime démocratique, le titulaire du pouvoir suprême de l’État, c’est le peuple.


Seuls sont légitimes les gouvernants qui ont reçu leur pouvoir du peuple.
Cette théorie a remplacé une autre théorie : la théorie de la souveraineté de droit divin.
C’est cette théorie qui fondait la puissance absolue des rois, qui était censée être exercé par la
puissance de Dieu.
C’est donc pour lutter contre cet absolutisme monarchique que certains philosophes du
17ème (Locke, Rousseau) ont cherché à justifier la participation du corps social à l’exercice du
pouvoir.
Pour cela ils ont imaginé que les personnes avaient conclu à l’origine un contrat : le contrat social,
et par ce contrat ils auraient renoncé à une partie de leur liberté en échange de sécurité, assurée
par l’état.
Ce pacte serait à l’origine de la société politique.
Comme les Hommes étaient égaux au moment de la passation de ce contrat, la souveraineté ne
peut appartenir qu’à l’ensemble du corps social, et pas à une seule personne.
Certains philosophes pensent que la souveraineté doit appartenir à la nation, tandis que d’autres
pensent qu’elle doit appartenir au peuple.
Il y a donc une opposition entre souveraineté nationale et populaire.

B) LES SYSTEMES DE PARTICIPATION DU CITOYEN AU POUVOIR

1) La démocratie directe

Dans les systèmes de démocratie directe, le peuple se gouverne lui-même par la participation de
tous les citoyens au fonctionnement de l’État. Il n’y a pas de représentants, donc ni assemblée,
ni gouvernement. Les gouvernés sont aussi les gouvernants.
Pour certains, cette forme de démocratie est la démocratie idéale, mais ce système est plus une
utopie qu’une réalité observable, puisqu’il faut comprendre que pendant longtemps, elle n’était
techniquement envisageable que dans un micro-Etat, où le nombre de citoyens est réduit.

34
Ajd les choses ont changé dans la mesure où par internet on a pu mettre en place des procédures de
vote à distance, mais en réalité les inconvénients de ce type de démocratie restent importants :
 Fiabilité : vote falsifié

 Désintérêt d’un grand nombre de citoyen pour les affaires publiques

 Manque de capacité de beaucoup de citoyens de statuer sur des sujets complexes

1) La démocratie représentative

L’exercice du pouvoir sera uniquement confié à des représentants élus au suffrage universel, qui
seront chargés de décider au nom du peuple.
Dans le passé, cette représentation était justifiée à la fois par l’impossibilité matérielle de mettre en
œuvre la démocratie directe dans les grand États, mais également, en raison de l’incapacité totale ou
partielle des citoyens à comprendre les problèmes politiques.
L’avantage du régime représentatif permet, une fois le vote achevé, d’écarter le peuple de l’exercice
du pouvoir.
Cette vision originelle est aujourd’hui en partie dépassée.
Le degré d’information et d’éducation des citoyens a augmenté, ce qui peut plaider en faveur d’une
certaine participation du peuple à la gestion des affaires publiques.
Cependant cet argument perd de sa pertinence dans les domaines techniques, où une spécialisation
peut s’avérer nécessaire.
En effet, la gestion de l’État, qui intervient dans tous les domaines, est devenue un véritable métier.
Ce qui est sûr c’est que le système purement représentatif du 18ème n’est plus le même que celui
d’aujourd’hui.
D’un côté, l’interdiction du mandat impératif est maintenue dans la plupart des démocraties.
Un mandat est dit représentatif, quand les électeurs ne peuvent pas imposer aux élus le respect de
certaines instructions, et les élus ne peuvent pas être révoqués pour motif de non-respect de ces
indications.
L’élu est censé représenter la nation tout entière.
D’un autre côté, cette interdiction du mandat impératif est remise en cause dans les faits et ce, en
raison de la particularité de la vie politique :

 Les candidats aux élections affirment vouloir prendre la défense des intérêts locaux, et une
fois élus, ils se comportent comme des représentants de leur circonscription, et pas comme
des représentants de la nation toute entière

 L’appartenance fréquente des élus à un parti politique va limiter leur liberté une fois élus :

o Elle va permettre à l’électeur grâce au programme des différents partis, de faire son
choix en connaissance de cause. Une fois élu, le représentant va voir sa liberté enca-
drée par son parti, qui va imposer le plus souvent à ses élus une discipline de vote,
dont le non-respect peut entrainer l’exclusion du parti

 Les élus sont donc moins libres qu’au 18ème et fin 18ème, non pas parce que
les règles juridiques ont changé mais parce que la vie politique a évolué. Les
partis modernes sont apparus, et ont contribué à démocratiser le régime, en
accentuant le lien élu-électeurs.

Le risque de tout régime représentatif pur représente un danger, celui de la confiscation de la


souveraineté du peuple. Le danger est toujours celui de la substitution d’une souveraineté
35
parlementaire à la souveraineté populaire. Cela peut se traduire par une modification des
alliances en cours de mandat, entre les partis politiques du gouvernement, sans que le peuple n’ai
été consulté.

A) La démocratie semi-directe

C’est un régime représentatif, dans lequel ont été introduits des éléments de démocratie directe.
Il y a une coexistence d’organes représentatifs (composés d’élus) et de procédures d’intervention
populaire directe. Dans certaines matières, le peuple va être érigé en autorité d’avis ou de décision,
et donc concurrente du parlement.
Certains États ont toujours pratiqué la démocratie directe, comme la Suisse, ou les Etats fédérés des
États Unis.
La démocratie semi-direct a connu un regard d’intérêt au milieu du 20ème siècle puisque certains
Etats ont intégré dans la constitution des procédures de démocratie directe.
Différentes techniques de démocraties directes :

1) Le veto populaire
Le peuple a le droit de s’opposer à l’entrée en vigueur d’une loi votée par le parlement.
Dans ce cas, la constitution prévoit que les lois ne pourront entrer en vigueur qu’après un certains
délais, durant lequel les citoyens pourront étudier cette loi.
Concrètement, lorsqu’une loi qui vient d’être votée suscite l’opposition, un nombre déterminé de
citoyens pourra déposer une pétition, qui, si elle obtient le nombre de signatures requises, donnera
lieu à un référendum. Le peuple dispose donc d’une faculté d’empêcher : droit de veto.
Lorsque cette possibilité de veto est étendue à l’ensemble des lois, cela permet de soumettre le
parlement au contrôle permanent du peuple. Il va donc limiter les effets du mandat représentatif,
cad la liberté des élus.
Ce système est pratiqué par la Suisse, à l’égard de l’ensemble des lois, et même de certains traités
internationaux, en vertu de l’art 41 de leur constitution.

2) L’initiative populaire
C’est le droit qui est donné à un certain nombre de citoyens de proposer l’adoption d’un texte, et en
général d’une loi. A partir de ce droit d’initiative, ce qui va être important c’est la suite. On a
plusieurs systèmes qui sont envisageables :
 Une fraction du peuple, déterminée par la constitution, va pouvoir signer une pétition. Cette
initiative n’a pas d’effet contraignant sur les pouvoirs publics
 Le Parlement peut être contraint en cas d’initiative populaire de légiférer dans le domaine
concerné. En effet, s’il n’examine pas la loi, ou s’il l’examine et la rejette, la proposition est
soumise au référendum. C’est donc le peuple qui va décider en dernier ressort
o Système appliqué en Suisse (et peut-être bientôt en Italie) pour les révisions par-
tielles de la constitution. Elle est appliquée lorsque l’initiative populaire est conçue
en termes généraux, et pas rédigée
  Adoption d’une loi suite à une initiative populaire, mais sans aucune intervention du Parle-
ment. C’est l’hypothèse du referendum d’initiative populaire. Un certain nombre de citoyens
peut demander l’organisation d’un referendum pour adopter ou abroger une loi.
o Système prévu en Suisse pour les initiatives rédigées et en Italie, où 500 000 élec-
teurs (1% de la pop) peuvent demander l’organisation d’un referendum d’abrogation
d’une loi en vigueur

36
En France, art 11 Constit a introduit le référendum en matière législative, mais le droit d’initiative
n’a pas été reconnu aux citoyens. En 2008, grande révision de la Constitution a introduit une
initiative partagée, càd une initiative à la fois parlementaire et populaire. En fait, la forme est assez
rudimentaire. En effet, 1/5 de membres du Parlement (185 députés ou sénateurs), soutenus par 1/10
de électeurs inscrits sur les listes électorales (4,5 M) peuvent proposer une loi, qui devra être
seulement examinée par les 2 assemblées dans un certain délai. Dans le cas d’une absence
d’examen, la soumission au référendum est obligatoire.
Le système est extrêmement lourd pour un résultat assez maigre finalement. Il n’a pour
l’instant jamais fonctionné.

1) Le referendum
Différentes sortes :

 Referendum constituant (en rapport avec la constitution) / referendum législatif (en rap-
port avec une loi ordinair)
o Constitution française prévoit ces 2 types de referendums. Par ex le Général de
Gaulle s’est servi du referendum constituant pour proposer des modifications consti-
tutionnelles directement au peuple
 Obligatoire (lorsque le peuple est seul compétent pour adopter proposition) ou facultatif
(peuple + parlement)
o En France, referendum législatif est facultatif, et referendum constituant est facultatif
uniquement si le projet émane de l’exécutif
 Referendum d’acceptation (adoption de la loi) / referendum d’abrogation
o 2011 : referendum d’abrogation en Italie pour renoncer au retour du nucléaire civil

 Referendum consultatif (peuple donne seulement son avis, qui n’est pas contraignant) / re-
ferendum décisionnel (peuple décide)
o Au RU, referendum simplement consultatif. Seul le parlement a un pouvoir décision-
nel / En France referendum décisionnel

Organes qui peuvent en prendre l’initiative :

 Initiative populaire : fraction du peuple


 Parlement
o A la majorité
o A la minorité (choix fait par la France en 2008)

 Exécutif (système qui peut être dangereux, car peut facilement entraîner un déséquilibre des
pouvoirs au profit de l’exécutif, et au détriment du Parlement / peuvent aussi facilement dé-
générer en plébiscite, quand la réponse populaire est donnée non pas en fonction de la ques-
tion, mais en fonction de la personne dont émane la question)
o Chef de l’état
o Gouvernement
37
 3ème cas de figure : l'initiative peut être confiée à l'Exécutif
[...]
En France, précisons que l’article 11 de la Constitution confie le droit d’initiative référen-
daire en matière législative au seul Président de la République mais sur proposition du Gou-
vernement ou des deux Chambres. De plus, le référendum ne peut être utilisé que dans cer-
taines matières limitativement énumérées par l’article 11, ce qui limite le risque de dérive
que je viens d’évoquer. Lorsque l'on étudie la pratique, on doit tout de même constater que
la pratique par le général de Gaulle du référendum entre 1958 et 1969 a été plébiscitaire.

 Conclusion sur le référendum


- C'est le procédé de décision démocratique par excellence mais sa physionomie réelle dé-
pend étroitement de ses modalités de mise en oeuvre. Il y a en particulier une différence très
nette de philosophie entre un référendum d’initiative populaire - le plus démocratique - ou
d’initiative minoritaire et un référendum d’initiative présidentielle tel qu’il en existe un en
France depuis 1958, référendum qui tend surtout à conforter la position du chef de l'Etat - en
tout cas si la réponse du peuple est positive.
- Mais, sauf exception, les Etats ne l’introduisent que de façon subsidiaire. Le régime est
pour l'essentiel représentatif et le référendum ne joue qu'un rôle secondaire. Il y a une cer-
taine méfiance à l'égard du peuple qui n'est d'ailleurs pas toujours plus progressiste que ses
représentants. Un exemple toujours cité : en Suisse, « royaume » de la démocratie populaire,
le droit de vote n'a été accordé aux femmes par une révision constitutionnelle qu'en 1971 !!!!
L’élargissement du droit de suffrage avait été repoussé auparavant par référendum (unique-
ment masculin). Et enfin, autre exemple à méditer qui concerne la France cette fois : l’aboli-
tion de la peine de mort, votée par le Parlement en 1981, aurait-il été voté, en tout cas à l'é-
poque, par le peuple ?

21/03

CHAPITRE I : Le principe de la séparation des pouvoirs

Principe de la séparation des pouvoirs : permet une classification des régimes politiques.
L’importance de ce principe est affirmée à l’article 16 de la DDHC « toute société dans laquelle la
garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n’a point de
constitution. »

Chapitre 1 : Le principe de la séparation des pouvoirs


Chapitre 2 : quelques généralités
Chapitre 3 : Typologie

Ce principe est apparu dans la philosophie politique du XVIIIème siècle et a fait l’objet ensuite
d’interprétations différentes.

I- Dans la pensée politique du XVIIIème siècle

Essai sur le gouvernement civil : ouvrage de John Locke qui parait en 1690 mais cette notion sera à

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la fois systématisée et popularisée par Montesquieu. « L’esprit des lois » paraît en 1748, livre 11,
intitulé des lois qui forment la liberté politique dans son rapport avec la Constitution.
Ce livre est publié d’abord à Genève puis dans une édition à Londres.
Montesquieu est un aristocrate, un baron, un juriste.
Montesquieu va procéder par étape dans ce livre 11.

 1ère étape : distinction des 3 fonctions qui sont assumées par l’État.
1ère fonction  fonction législative (adopter des lois, des règles générales)
2ème fonction  fonction d’exécution de ces règles générales, fonction exécutive
3ème fonction fonction de règlement des litiges (fonction juridictionnelle ou judiciaire)

Pour Montesquieu, l’objet de la Constitution doit être la préservation des libertés des
citoyens (droit de faire ce que les lois permettent)  la loi générale qui s’applique à tous et
pas des décisions arbitraires prises selon le bon vouloir du prince. Pour cela Montesquieu
insiste sur le fait que l’État ne doit pas pouvoir abuser de son pouvoir. Pour atteindre cet
objectif il y a des solutions :
 Exiger des gouvernants qu’ils soient vertueux, cad qu’ils respectent la liberté au nom de leur
morale/ surmoi personnel.
Pour Montesquieu on peut se contenter de ça mais il ne croit pas que le recours à la seule morale
des dirigeants suffise donc il insiste sur le fait que la vertu elle-même « est une expérience éternelle
que tout Homme qui a du pouvoir est porté à en abuser et il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites, la
vertu elle-même a besoin de limites » par « la disposition des choses il faut que le pouvoir arrête le
pouvoir » il faut que l’état soit organisé de telle manière qu’un tel abus ne soit pas possible, et pour
cela il faut que les différentes fonctions étatiques ne soient pas exercées par une même autorité, il
faut qu’elles soient réparties entre plusieurs organes distincts.

Comment répartir les différentes fonctions entre les différents organes ? Est-ce que chaque organe
doit être spécialisé dans l’exercice d’une fonction ? Quelles doivent être les relations entre ceux-ci ?
(Indépendance, dépendance, concentration) ?

Montesquieu ne répond pas clairement à ces questions. Sur ce point il se contente de décrire
concrètement la manière dont fonctionne le régime politique anglais à la fin du XVIIème siècle.
Il constate qu’il y a « une nation dans le monde qui a pour objet direct de sa Constitution la liberté
politique » et c’est l’Angleterre.
Les autres monarchies d’Europe de l’époque n’ont pas cet objet direct. Elles ne tendent « qu’à la
gloire des citoyens, de l’État et du prince ».
A la clef de cette concentration des pouvoirs il n’y a pas de préservation des citoyens contre
l’arbitraire.
Lorsqu’il décrit le régime politique anglais, il observe qu’il y a dès la fin du XVIIIème siècle une
séparation des pouvoirs : d’un côté le roi, de l’autre le Parlement puis les tribunaux. Il observe une
certaine collaboration des pouvoirs pour que le système fonctionne. Il constate que le roi dispose
d’un droit de véto (il peut empêcher qu’une loi votée par le Parlement entre en vigueur).
Ce Parlement note également Montesquieu qu’il est bicaméral, cad qu’il comprend deux chambres
(chambre héréditaire, composée de membres de la noblesse héréditaire = aristocratie, chambre des
Lords / et de l’autre côté chambre qui représente la nation).
Chacune des chambres peut voter pour qu’une loi n’entre pas en vigueur (pour qu’une loi soit votée,
les 2 chambres et le Roi doivent la valider).
Montesquieu constate finalement que les différents pouvoirs ont donc la faculté de « s’empêcher ».
Il ajoute que la séparation des pouvoirs n’exclut pas une certaine collaboration.

2§ L’interprétation moderne de la séparation des pouvoirs

Quelles devaient être les modalités de mise en œuvre de cette séparation avec deux conceptions
différentes qui ont vu le jour de la SP et qui consiste en la théorisation des expériences
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constitutionnelles du UK et USA :

 Conception rigide de la SP : sont respectées dans ce cadre 2 règles  la règle de la


spécialisation et la règle de l’indépendance.
- La règle de la spécialisation impose que chaque organe va se spécialiser dans l’exercice
d’une seule fonction. C’est une indépendance fonctionnelle
 Indépendance organique : impose que chaque organe soit indépendant des autres.
Cela recouvre 3 exigences :
- Les personnes qui composent ces organes ne doivent pas être nommées par les autres
organes, elles ne doivent appartenir qu’à un seul de ces organes et enfin ces personnes ne
doivent pas pouvoir être révoquées pour des raisons politiques par les autres organes, ce qui
interdit la responsabilité politique du gouvernement devant le parlement, et qui interdit
également la dissolution de l’assemblée par le pouvoir exécutif.

Cette conception rigide, stricte de la séparation des pouvoirs a institué le régime présidentiel.

2) La seconde conception est une conception souple de la séparation des pouvoirs. Non seulement
la règle de la spécialisation n'est appliquée que dans une moindre mesure - une même fonction
peut être répartie (donc partagée) entre plusieurs organes différents - mais c'est la dépendance or-
ganique des pouvoirs - ou du moins de certains d'entre eux - qui est recherchée. Des moyens d'ac-
tion sont en effet donnés à certains pouvoirs sur les autres pouvoirs : il s'agit de la possibilité pour
le Parlement d'engager la responsabilité du Gouvernement (et donc de l'obliger à démissionner)
et de la possibilité pour le pouvoir exécutif de dissoudre le Parlement (dissolution).
Dans cette conception, l'équilibre naîtra donc, non de l'indépendance des pouvoirs, mais de leur col-
laboration. Cette conception inspirera un autre type de régime politique, qui est le régime parle-
mentaire.
Les régimes politiques qui ont mis en oeuvre ces deux conceptions de la séparation des pouvoirs se-
ront étudiés dans le détail ultérieurement. En guise de réflexion finale, on peut cependant se de-
mander si la théorie de la séparation des pouvoirs n'a pas vieilli, si elle n'a pas perdu aujour-
d'hui de son autorité.
D'un côté, ce principe et la façon dont il a été interprété permettent encore aujourd'hui de classer les
régimes politiques, donc de faire une typologie des régimes politiques.
Mais d'un autre côté, cette théorie a vieilli et n'est plus suffisante pour comprendre le fonction-
nement des différents régimes politiques contemporains. Pourquoi ? Parce que, après l'élabora-
tion de cette théorie, on a vu naître les partis politiques et que ceux-ci ont faussé son jeu. Au
XVIIIè siècle ou même au début du XIXè siècle, on pouvait affirmer que, lorsqu'il y a des organes
séparés, ceux-ci se font équilibre, que chaque pouvoir arrête l'autre pouvoir dans ses éventuelles
tentatives d'abus. Aujourd'hui, les organes ont beau être séparés, les partis qui les animent peuvent
être identiques. La conséquence en est que les pouvoirs sont en fait concentrés entre les mains du
(ou des) parti(s) majoritaire(s). La séparation entre les organes n'est donc souvent plus qu'une
façade.
Ce constat fait, la question qui se pose est alors de savoir comment la liberté des citoyens - objec-
tif poursuivi par Montesquieu, rappelons-le - est aujourd'hui préservée puisque, malgré la sépara-
tion des organes, les pouvoirs sont en fait souvent concentrés. En réalité, elle l'est grâce à l'appari-
tion de nouveaux contre-pouvoirs.
- D'abord, l’opposition politique qui veille et dont le rôle est justement d'arrêter le pouvoir dans ses
tentatives despotiques : à notre époque, c'est l'opposition qui fait face à la majorité et non pas l'Exé-
cutif qui fait face au Parlement.
40
- Deuxièmement, les juridictions constitutionnelles, dont l’une des fonctions est justement de pro-
téger les droits et libertés des citoyens, en particulier contre la loi.
En résumé, il faut indiquer que cette théorie reste nécessaire, en particulier pour classer les régimes,
mais elle n'est pas suffisante pour décrire et comprendre le fonctionnement réel des régimes poli-
tiques. La vie politique de chaque Etat devra également être prise en compte, ainsi que l’exis-
tence d’un contrôle de constitutionnalité des lois.
Avant d'étudier les différents régimes politiques, nous allons commencer par examiner de façon
sommaire l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics en général, donc quel que soit le
régime politique choisi.

Chapitre II : Généralités sur la structure, l'organisation interne et les prérogatives des trois
pouvoirs
Etudions successivement les trois pouvoirs que sont le pouvoir législatif (le Parlement), le pouvoir
exécutif et le pouvoir judiciaire.
Section I : Le Parlement
Quelles sont l'organisation (étudiés dans le §1) et les fonctions exercées par le Parlement (étudiées
dans le §2) ?
§1. L'organisation du Parlement
Deux points - structure d'une part, fonctionnement d'autre part - seront étudiés successivement.
A. La structure du Parlement
Le Parlement est soit monocaméral (il ne comporte qu'une chambre), soit bicaméral (il en
comporte deux).

1) Les formes du bicaméralisme


a. La première modalité du bicaméralisme a déjà été étudiée (v. polycopié relatif à l'Etat fédéral). Il
s'agit du bicaméralisme fédéral. C'est là une application du principe de participation, qui permet
aux Etats fédérés d'être représentés en tant que tels au niveau fédéral afin de participer à la gestion
des affaires fédérales. La Chambre des Etats prend ainsi place, dans les différents Etats fédéraux, à
côté d'une chambre de la population, qui permet, quant à elle, la représentation des citoyens par ap-
plication du principe démocratique.
b. La deuxième modalité du bicaméralisme, qui est la plus ancienne, n'a plus pour l'essentiel qu'un
intérêt historique. Il s'agit du bicaméralisme aristocratique. Dans le passé, à côté de la chambre é-
lue appelée encore chambre basse, l'on trouvait une seconde chambre nommée, appelée chambre
haute, composée pour l'essentiel de représentants de l'aristocratie et de l'Eglise. L'exemple classique
de chambre haute, c'est la Chambre des Lords qui survit d'ailleurs encore aujourd'hui au Royaume-
Uni à côté de la Chambre des Communes. Cette forme de bicaméralisme, on s'en doute, n'a pas
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survécu à la démocratisation des sociétés politiques qui est caractéristique de l'évolution de
ces deux derniers siècles. Lorsque ces chambres ont survécu, ce qui est le cas en particulier au
Royaume-uni, leurs pouvoirs ont quasiment été réduits à néant et ne sont utilisés par elles qu'avec
une extrême modération (la Chambre des Lords peut retarder l'entrée en vigueur d'une loi mais non
l'empêcher d'entrée en vigueur).
c. Il existe une troisième forme de bicaméralisme, actuelle cette fois, il s'agit du bicaméralisme po-
litique, encore appelé bicaméralisme conservateur par certains auteurs. Ici, le bicaméralisme ne se
justifie ni par la forme de l'Etat, ni par l'histoire mais par la volonté de représenter de deux façons
différentes la Nation au sein du Parlement. Cette représentation différente sera alors obtenue par
un mode de désignation différent pour chaque chambre.
- Dans les démocraties actuelles, c’est la technique électorale qui est différente : on cherche sou-
vent à faire de la seconde chambre une chambre de réflexion et de modération. Ainsi, le suffrage,
tout en étant évidemment universel, peut être différent, par exemple être indirect alors que la pre-
mière chambre est élue au suffrage direct.
Précision étudiée ultérieurement :
Le suffrage est direct lorsque l'élu est désigné sans intermédiaires par les électeurs. Il est en re-
vanche indirect lorsqu'il est à deux ou à plusieurs degrés selon le cas. En effet, l'élu est désigné,
non par l'ensemble du corps électoral, mais par un collège électoral, c'est-à-dire un groupe res-
treint de personnes lui-même issu de l'élection. L'élection peut être à plus de deux degrés. Dans ce
cas, le peuple désigne un premier collège électoral, qui va désigner un second collège, qui à son tour
désigne les élus.
Ceci permet en particulier, grâce à la composition du collège électoral, de favoriser certaines parties
de la population, par exemple les habitants des zones rurales. Il suffit de prévoir que le collège élec-
toral sera composé de façon majoritaire d'élus de communes rurales. Tel a été et tel est encore le cas
en France actuellement pour le Sénat et cette surreprésentation de certaines parties de la population
plutôt conservatrices explique que l’on ait pu parler - dans ce cas - d’un bicaméralisme conserva-
teur. Par ailleurs, le mode de scrutin peut être différent. Les conditions d'éligibilité ( + pour pou-
voir être élu - v. cours à venir) peuvent également être plus strictes que pour la première chambre,
par exemple l'âge requis peut être plus élevé, ce qui, dit-on, irait dans le sens d'une plus grande sa-
gesse des élus. Enfin la durée du mandat peut être plus longue : la deuxième chambre représentera
dans ce cas un état de l'opinion antérieur à celui représenté par la première chambre.
- Soit c'est le corps électoral qui est différent : ce n'est pas le peuple, mais ce qu'on appelle les
forces vives de la nation qui sont représentées, c'est-à-dire les différents corps sociaux intermé-
diaires, tels les syndicats, les entreprises, les associations, les coopératives etc. L'idée de représen-
ter ces forces au Parlement, donc de créer des chambres corporatives, est née à la fin du XIXè
siècle. Elle a au départ été défendue par les partis de gauche mais elle a été discréditée du fait de
l'utilisation qu'en firent les régimes fascistes, en particulier celui de Mussolini en Italie (la Chambre
des faisceaux et corporations a remplacé la Chambre des députés en 1939).
Une telle chambre, composée d'experts, peut présenter un intérêt mais il est clair qu'elle ne repré-
sente pas le peuple. En effet, la représentation démocratique du peuple suppose que chaque citoyen
vote mais en tant que citoyen et en disposant d'une voix. Or ici, les citoyens n'y participent qu'en
tant qu'ils sont membres d'une catégorie professionnelle particulière et selon un poids qui sera défini
par la Constitution et qui comporte toujours une certaine dose d'arbitraire (certaines catégories
peuvent être favorisées par rapport à d'autres - par ex. les artisans par rapport aux salariés ou aux
agriculteurs). Une telle chambre n’est donc compatible avec la démocratie que si elle ne dispose
que de pouvoirs consultatifs. C’est pourquoi, dans les démocraties modernes, lorsque de telles as-
semblées existent, elles sont situées en dehors du Parlement et ne disposent pas d'un pouvoir de dé-
cision en matière législative ; elles sont simplement consultées lors de l'élaboration de la loi. Tel est
le cas en France où un Conseil économique et social dispose - depuis 1925 et selon des modalités

42
qui ont varié dans les différentes constitutions - du pouvoir de délivrer des avis sur les questions de
caractère économique ou social. Actuellement, le Conseil économique, social et environnemental
est régi par le titre XI de la Constitution de 1958. Il peut être consulté par le Parlement, le Gouver-
nement ou saisi par voie de pétition, et sa compétence a été étendue à la matière environnementale.
2) Justification et critique du bicaméralisme
Dans les Etats unitaires, le débat sur la légitimité d'instaurer ou de maintenir un bicaméralisme est
ouvert à chaque changement constitutionnel. La France a pratiqué la monocamérisme en 1791, en
1793 et en 1848 mais la plupart des régimes français, pour diverses raisons et à des degrés divers,
ont instauré un bicaméralisme. Pour quelles raisons un Etat choisit-il de mettre en place un Parle-
ment bicaméral ?
a. En faveur du bicaméralisme, on avance plusieurs arguments :
- un argument technique : le double examen de la loi permet d'améliorer la qualité des textes votés.
- On avance également un autre argument plus politique. La Nation aurait intérêt à mettre en place
d’une part une chambre basse, élue au suffrage direct et fréquemment renouvelée, donc une
chambre reflétant les dernières évolutions de l'état de l'opinion et d’autre part une chambre plus
stable, plus réfléchie qui représenterait les valeurs permanentes de la nation. En clair, la chambre
basse serait l'imagination de la République et la chambre haute la sagesse de la République. On peut
même aller plus loin et considérer que le bicaméralisme est une forme de séparation des pouvoirs, la
fonction législative étant partagée entre deux assemblées différentes, et donc, dans la droite ligne de
la pensée de Montesquieu, que le bicaméralisme est un rempart contre le despotisme. A l'intérieur
même de l'organe législatif, le pouvoir arrêterait donc le pouvoir, selon la formule de Montesquieu.
b. A l’encontre du bicaméralisme, on peut avancer les arguments suivants :
- un argument technique : l'existence d'une seconde chambre est un facteur de complexité et de
lenteur. La procédure législative est déjà lente. Si les assemblées ne sont pas d'accord, il faudra
qu'une navette s'instaure entre les deux chambres jusqu’à ce qu’elles parviennent à un accord, c'est-
à-dire que le texte, après avoir été examiné successivement par les deux chambres, repasse devant
elles jusqu'à ce qu'elles tombent d'accord.
- Mais la critique essentielle formulée à l'encontre du bicaméralisme n'est pas celle-là, c’est une cri-
tique politique : la seconde chambre est souvent accusée d'être anti-démocratique ou du moins
peu démocratique. La véritable chambre démocratique serait celle issue du suffrage universel di-
rect. En effet, les techniques électorales utilisées pour obtenir une représentation différente de la na-
tion au sein de la seconde chambre ont pour conséquence de déformer plus ou moins gravement
l'image de l'opinion du pays, souvent d’ailleurs - on l'a vu - dans un sens conservateur. L'histoire
nous le rappelle, les secondes chambres sont nées aristocratiques et elles ne se sont maintenues par
la suite, donc après l’avènement de la démocratie, qu’en raison de la méfiance des élites envers le
peuple et envers le suffrage universel direct. Un exemple d’un tel conservatisme : la France doit au
Sénat de la IIIème République d'être l'une des derniers démocraties occidentales à avoir introduit le
suffrage féminin. A plusieurs reprises, il refusera en effet d’adopter une telle réforme au point qu'il
faudra attendre la chute de la IIIè République et plus précisément 1944 pour qu’elle soit enfin adop-
tée. Ces considérations valent toujours pour le Sénat actuel même si le mode de désignation de ce-
lui-ci a évolué.
Il faut bien sentir combien la question de la légitimité du bicaméralisme est, dans les sociétés
contemporaines, difficile à résoudre. Le bicaméralisme ne se justifie que si chaque chambre repré-
sente la nation de façon différente. Mais on a tendance actuellement à considérer que, lorsque l'on
s'éloigne de la technique de désignation de la chambre basse, la seconde chambre ne répond plus
aux exigences démocratiques. La seule façon de tenter de concilier ces exigences contradictoires
consiste alors à consacrer un bicaméralisme inégalitaire. La plupart des Etats ne reconnaissent à la

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seconde chambre que des pouvoirs moindres par rapport à ceux reconnus à la première chambre,
justement parce que la chambre haute est moins démocratique, moins représentative de l'opinion du
pays. Tel a été le cas, vous l'étudierez l'an prochain, pour le Sénat de la Vème République.
B. Le fonctionnement du Parlement
A ce sujet, simplement quelques définitions :
Il faut distinguer la législature qui est la période durant laquelle les membres d'une assemblée
exercent leur mandat (5 ans en France pour l'Assemblée nationale) des sessions qui sont les pé-
riodes durant lesquelles l'assemblée peut se réunir. Enfin ces deux termes doivent être distingués
des séances, qui sont les périodes durant lesquelles l'assemblée siège effectivement.
S'agissant du travail parlementaire, il faut surtout retenir l'existence de commissions parlemen-
taires, qui sont composées de parlementaires et dont la fonction est pour l'essentiel de préparer les
débats et de contrôler l’Exécutif. Quant aux groupes parlementaires, ils regroupent, au sein d'une
même assemblée, les élus d'un même parti ou d'une même tendance politique.
§2. Les fonctions exercées par le Parlement
Dans les divers régimes politiques, les assemblées assument traditionnellement différentes fonctions
: les trois plus importantes sont la fonction de représentation, la fonction de législation, la fonction
de contrôle de l'activité gouvernementale. Au XXè siècle, les Parlements ont toutefois été concur-
rencés dans l'exercice de ces fonctions par d'autres autorités, en particulier par le pouvoir exécutif.
A. La fonction de représentation
Les assemblées exercent d'abord une fonction de représentation de la population en ce sens
qu'elles procèdent de l'élection et sont mandatées par la Nation elle-même. Aux XVIIIè et XIXè
siècles, elles détenaient le monopole de l'exercice de cette fonction. En effet les chefs d’Etat étaient
dans leur quasi totalité des monarques héréditaires (à l'exception du Président américain) et les
Gouvernements sont désignés par le chef de l'Etat. A cette époque, l’exécutif ne procédait donc pas
de l'élection.
Aujourd'hui, ce monopole doit être relativisé en raison de l'élection fréquente du chef de l'Etat par le
peuple. Dans ce cas, la fonction de représentation est exercée de façon concurrente par l'assemblée
et par le pouvoir exécutif.
B. La fonction de législation
Les assemblées exercent ensuite une fonction de législation. A ce titre, elles disposent du droit
de proposer l'adoption d'une loi. C'est ce qu'on appelle l'initiative de la loi. Il faut préciser que le
droit d'initiative est en général partagé entre l'exécutif - dans ce cas, on parle de projets de lois - et
les parlementaires - dans ce cas, on parle de propositions de lois.
La procédure législative, qui est la procédure d'adoption des lois, comporte plusieurs étapes. Après
le temps de l'initiative, viennent le temps de la discussion et du vote. A ce stade, le Parlement dis-
pose du droit d'amendement, c'est-à-dire du droit de modifier le texte proposé, qu'il soit d'origine
parlementaire ou d'origine gouvernementale.
La fonction de législation reste une fonction importante des Parlements au XXè siècle et au
XXIème siècle mais il faut constater le rôle croissant que joue le pouvoir exécutif en matière légis-
lative. En particulier, la quasi totalité des lois adoptées par les Parlements d'aujourd'hui sont des
textes d'origine gouvernementale. C'est pourquoi, les chambres ont été souvent accusées, de façon
un peu caricaturale, d'être des chambres d'enregistrement des volontés de l'exécutif.
C. La fonction de contrôle
En dernier lieu, les assemblées exercent une fonction de contrôle de l'activité
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gouvernementale. Les chambres ne se contentent pas d'exercer la fonction législative, elles
contrôlent également la façon dont le pouvoir exécutif s'acquitte de sa tâche. Les moyens à la dispo-
sition du Parlement pour exercer cette fonction sont variables selon les régimes : ils vont des
simples questions adressées au Gouvernement ou de la réunion d'une commission d'enquête, à la
mise en jeu de la responsabilité du Gouvernement en régime parlementaire, donc à la révocation du
Gouvernement.
Cette fonction parlementaire est capitale aujourd'hui. A partir du moment où l'Exécutif tend à acca-
parer l'essentiel de la fonction législative, il est important en contrepartie que le Parlement exerce
un contrôle étroit sur l'exécutif.
Section II : Le pouvoir exécutif
Seront étudiées successivement la structure et les fonctions assumées par le pouvoir exécutif.
§1. La structure de l'Exécutif
Le pouvoir exécutif peut revêtir différentes formes que l'on peut classer de deux manières. A. Exé-
cutif moniste et exécutif dualiste
Le pouvoir exécutif est dualiste ou bicéphale (à deux têtes) lorsqu'il comporte deux organes dis-
tincts dotés de pouvoirs propres. D'une part, un chef de l'Etat et d'autre part, un Gouvernement,
encore appelé Cabinet. Le Gouvernement est un organe collégial qui réunit les ministres et est placé
sous la direction de l'un d'entre eux, appelé chef du Gouvernement.
Dans les systèmes modernes, le dualisme joue le rôle suivant :
- il permet d’assurer la continuité du pouvoir car le chef de l'Etat, qui est politiquement irrespon-
sable, c'est-à-dire qui ne peut pas être renversé, représente la continuité de l'Etat à la différence des
Gouvernements qui peuvent varier très souvent.
- Il permet également un partage du pouvoir exécutif. Le plus souvent, la réalité du pouvoir exécutif
incombe au Gouvernement, qui est seul responsable devant le Parlement. Le chef de l'Etat se
contente alors d'exercer une fonction de représentation de l'Etat, en particulier sur la scène interna-
tionale, donc une fonction essentiellement symbolique.
Ce sont les régimes parlementaires qui mettent en place des Exécutifs dualistes mais l'essentiel
du pouvoir exécutif y est aujourd’hui exercé par le Gouvernement.
Le pouvoir exécutif est en revanche moniste ou monocéphale (à une tête) lorsque l'Exécutif ne
comporte qu'un seul organe - le chef de l'Etat, qui exerce l'ensemble du pouvoir exécutif. Attention,
il peut y avoir des ministres lorsque l'Exécutif est moniste mais ces ministres sont alors de simples
conseillers. Ils ne disposent d'aucune pouvoir de décision propre.
Ce système est pratiqué par les régimes présidentiels, en particulier aux Etats-Unis.
B. Individu ou collège
Le chef de l'Etat peut être soit un individu - c’est l'hypothèse la plus courante où il s'agit d'un
monarque ou d'un président -, ou un collège (donc un groupe d’individu). Tel était le cas du Direc-
toire mis en place par la Constitution de l'an III. Le pouvoir exécutif y était confié à un Directoire
de cinq membres. Quant au Gouvernement, il est bien entendu toujours collégial.
§2. Les fonctions exercées par l'Exécutif : de la fonction exécutive à la fonction gouvernemen-
tale
A priori, l'on pourrait croire que le pouvoir exécutif n’exerce aujourd’hui que la "fonction exécu-
tive", c'est-à-dire la fonction d'exécution des lois. Or, tel n’est pas le cas. Il est plus conforme à la
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réalité de dire que les Exécutifs exercent la "fonction gouvernementale". En effet, même si l'on
parle toujours de pouvoir exécutif aujourd'hui, les Exécutifs ne se bornent plus à exécuter docile-
ment les lois votées par le Parlement. Leur tâche est aujourd'hui beaucoup plus importante. Elle
consiste en vérité à déterminer et à conduire la politique nationale. Depuis le XXème siècle, l'Exé-
cutif exerce donc un rôle moteur dans l'Etat.
Ce renforcement de l'Exécutif a plusieurs causes :
- Première cause de cette promotion : sa démocratisation - l'Exécutif est désormais démocratique-
ment désigné par le corps électoral ou par le Parlement, les monarques n'étant plus qu'un souvenir
ou un symbole. Cette démocratisation contribue à réhabiliter l'Exécutif, la méfiance héritée de l'An-
cien régime ne se justifiant plus.
- Deuxième cause de cette promotion : l'interventionnisme étatique. L'Etat intervient de plus en
plus, en particulier dans la vie économique, et les tâches nouvelles de réglementation et de gestion
incombent le plus souvent à l'Exécutif.
- Troisième cause : ce qu'on pourrait appeler les impératifs de l'action qui placent nécessairement
l'Exécutif en première ligne. Le monde est de moins en moins stable. En conséquence, dans de
nombreuses circonstances (crises, guerres) mais également pour tout ce qui concerne les relations
internationales, la politique monétaire et financière etc., les décisions doivent être prises rapide-
ment, sans attendre les délibérations longues et solennelles du Parlement. De plus, seul l'Exécutif
dispose, grâce à l'administration qui est placée sous son autorité, de moyens d'information et d'ac-
tion importants, moyens dont ne dispose pas le Parlement.
- Quatrième cause : la personnalisation du pouvoir, liée au développement des médias, qui profite
essentiellement au pouvoir exécutif et à son chef.
Tous ces éléments jouent simultanément et tendent à renforcer le pouvoir exécutif.
Comment se manifeste ce renforcement de l'exécutif ? Essentiellement, par la suprématie qu'il
exerce dans certains domaines (politique étrangère, défense et politique économique), mais égale-
ment par sa participation de plus en plus importante à l'exercice de la fonction législative. On
l'a vu, la législation est dans sa majeure partie d'inspiration gouvernementale. De plus, dans la plu-
part des Etats existe un système de législation déléguée qui permet à l'Exécutif, sur autorisation du
Parlement, de modifier les lois adoptées par le Parlement.
SECTION III : Le pouvoir judiciaire
Le pouvoir judiciaire, dont la fonction consiste à appliquer le droit et à en imposer le respect, pré-
sente la particularité de devoir être indépendant, ce qui signifie à la fois que les juges doivent être
indépendants et que les tribunaux doivent l'être.
L'indépendance des magistrats est le plus souvent assurée grâce au mode de désignation des ma-
gistrats - en France, par concours - et aux garanties de carrière qui leur sont accordées - dont l'in-
amovibilité (pas de changement d'affectation sans accord de l'intéressé) et l'existence de garanties
disciplinaires (les sanctions disciplinaires ne peuvent être prononcées que par un tribunal et non par
un supérieur hiérarchique).
Quant à l'indépendance des tribunaux, elle est assurée par le fait que ni le Gouvernement, ni le Par-
lement ne peuvent censurer leurs décisions, ni leur adresser des injonctions ou se substituer à eux
dans le jugement des litiges qui relèvent de leur compétence.

28/03
Chapitre 3 : Typologie des régimes politiques
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Chef de l’État : irresponsable : irresponsabilité pénale : il ne peut pas être poursuivi et condamné à
une sanction pénale, irresponsabilité politique : il ne peut pas être renversé par le Parlement ou par
le peuple. Irresponsabilité : principe mais il y a une ou des exceptions pour des fautes politiques.
Second organe : gouvernement : nommé par le chef de l’État qui va assumer la responsabilité
politique des actes de l’exécutif devant le Parlement. Les pouvoirs qui relèvent de la fonction
exécutive vont être partagés selon ces organes. Tous les actes du chef de l’État doivent être
contresignés, par le chef du gouvernement (1° ministre), il s’agit de la règle du contreseing
obligatoire, des actes du chef de l’État= caractéristique fondamentale régime parlementaire.
Comment s’explique cette règle ?
 Elle s’explique par l’irresponsabilité du chef de l’État, celui qui est responsable
Ce dualisme ne signifie pas que les pouvoirs vont être répartis de façon équilibrée. Bien au
contraire, dans les régimes parlementaires contemporains, l’ensemble du pouvoir exécutif est entre
les membres du gouvernement.
2. Les rapports entre les pouvoirs : les moyens d’action réciproques de l’exécutif.

La deuxième caractéristique parlementaire est la dépendance organique des deux pouvoirs.


- Cette dépendance peut être à la fois parlementaire et membre du gouvernement, cad il n’y a pas
d’incompatibilité entre le mandat parlementaire et l’exercice d’une fonction ministérielle.
-chacun des deux pouvoir va disposer à l’encontre des titulaires de l’autre pouvoir, du moyen à
mettre fin à leur fonction, cela se décline en 2 sous affirmations : le Parlement peut contraindre le
gouvernement à la démission (la responsabilité politique). Le pouvoir exécutif peut dissoudre le
Parlement : la dissolution.
On parle d’un régime de collaboration des pouvoirs : les titulaires des deux pouvoirs ne peuvent se
maintenir au pouvoir que s’ils sont prêts à collaborer pour mettre en œuvre une politique commune.
En régime parlementaire, s’il y a un conflit entre le Parlement et le gvt : pas appeler à durer,
harmonie rétablie grâce à l’utilisation de l’un ou les deux de ces moyens.

3. La responsabilité politique devant le Parlement

C’est le pouvoir dont dispose le Parlement


Le Parlement doit être issu du parti ou de la coalition de partis majoritaires, le gouvernement ne
pourra continuer d’exercer le pouvoir exécutif que tant qu’il bénéficiera de la confiance de cette
majorité.
-En général, le gouvernement n’est responsable lorsque le gouvernement est bicaméral, il est
responsable que devant une des deux chambres, devant celle qui est élue au SUD.
-La responsabilité ministérielle est toujours une responsabilité collective, cad que tous les ministres
doivent démissionner lorsqu’elle est mise en jeu. Elle s’explique par le fait que les décisions qui
sont prises au sein du gouvernement sont adoptées de façon collégiale par les ministres, sous
l’autorité du chef du gouvernement (1° ministre), les ministres sont solidaires : cad chacun des
ministres doit assumer la responsabilité de l’ensemble de la politique du gouvernement, c’est la
règle de la solidarité ministérielle.

La responsabilité politique, il faut la distinguer à la fois de la responsabilité civile et de la


responsabilité pénale.
La mise en jeu de la responsabilité civile aboutit à une sanction civile, condamnation à payer une
indemnité (dommages et intérêts).
Responsabilité pénale amende.
Responsabilité politique obligation de démissionner, pour laisser la place à d’autres dont la pol
correspondrait mieux au gouvernement.
Cette distinction tranchée dans l’histoire n’a pas existé, elle est née dans la 2nd moitié du 18° siècle
en GB, elle est née de la transformation progressive de la responsabilité pénale, qui seule pesait sur
les ministres, c’est de cette transformation progressive, qui a entrainé l’apparition du régime
parlementaire en GB.
47
Quelles sont les modalités de mise en jeu de la responsabilité politique du gouvernement ?
2 qu’il faut absolument connaitre :
-Soit la responsabilité du gouvernement est mise en jeu à l’initiative d’un parlementaire : un ou
plusieurs parlementaires vont proposer à leur collègue de voter un texte : il s’agit de motion de
censure.
Si ce texte est adopté= il recueille la majorité prévue dans la C : le gvt à l’obligation de présenter sa
démission. Le gouvernement est renversé par le Parlement.
Le Parlement est tout simplement en désaccord avec la politique qui est menée par le gvt.
Le gvt souhaite le remplacement par un nouveau gouvernement, dont la pol lui conviendrait
d’avantages. Ce premier volet est un moyen d’action du gvt, c’est un moyen de censurer la politique
du gvt.
Le second volet, la responsabilité peut aussi être mise en jeu à l’initiative du gvt.
La question de confiance : un vote négatif du Parlement, va entraîner la chute du gouvernement.
2 hypothèses :
-Sa mise en œuvre est souvent imposée par la C lors de la mise en place du gvt, il s’agit pour le gvt
de faire confirmer par la majorité, à la fois sa composition et bien sur son programme.
-La question de confiance peut également être utilisée par le gvt par la suite et dans ce cas-là, elle
constitue un moyen de pression du gvt sur sa majorité.
Il pourra l’utiliser pour faire adopter un texte que la majorité n’adopterait pas spontanément, et dans
ce cas-là le gvt peut forcer la main à sa majorité en lui donnant le choix entre l’acceptation du gvt,
ou le refus de la confiance du gvt.

a. La dissolution

L’exécutif dispose d’un moyen d’action à l’encontre du Parlement, qui est considéré comme la
contrepartie du régime pol et qui permet de sauvegarder l’équilibre entre les pv.
La dissolution est le droit qui appartient aux membres de l’exécutif, avant un terme normal, au
mandat des membres de l’Assemblée et de provoquer ainsi l’élection anticipée devant l’Assemblée.

2 précisions :

-En général, seule la chambre basse peut être dissoute, uniquement la chambre élue au SUD.

-Il y a des régimes qui sont considérés comme parlementaire alors que le droit de dissolution n’est
pas reconnu à l’exécutif, cad que le critère essentiel du régime parlementaire c’est la responsabilité.

Hypothèse dans lesquels la dissolution peut être utilisée dans l’exécutif :

-Conflit ouvert entre l’exécutif et le Parlement : conflit tranché par les électeurs.

-Un conflit qui n’est pas encore ouvert, mais un conflit qui est potentiel, le gvt peut menacer de
recourir à la dissolution, qui peut menacer la dissolution peut servir à freiner les velléités, car tout
parlementaire tient à son siège et il n’est pas assurer de la retrouver lors de nouvelles élections.

- La dissolution peut être utilisée dans une conjoncture totalement pacifique, avec l’objectif
politique de la consolidation de la majorité au Parlement.
L’exécutif veut simplement profiter de circonstances politiques, en réalité le gvt souhaite profiter
de cette situation favorable pour dissoudre et procéder à une élection anticipée, pour espérer obtenir
le mandat.
Dans ce cas-là, la dissolution n’est pas une sanction, ce n’est pas une arme contre le Parlement, il
s’agit du moyen de procéder à des élections. La GB a pratiqué pdt très longtemps a ce type de
dissolution, revu en 2011, et ce type de dissolution ne peut plus intervenir.
3ème hypothèse :
48
La dissolution peut également remplir une autre fonction, et utilisée comme un moyen de consulter
directement le peuple, et peut être utilisée comme une arme pour mettre fin à une crise extra
parlementaire.
Tout va bien entre les pv publics, mais tout ne va pas bien dans le pays où règne une agitation
politique ou sociales (ex grève générale) dans ce cas-là l’exécutif peut être tenter de reprendre le
pouvoir par la dissolution.
C’est le moyen pour le pdt de renforcer sa légitimité. Utilisée par le GDG, pour renforcer sa
légitimité et celle de son gvt, utilisé par la crise de mai 68.

Les distinctions du régime parlementaire :


-le régime parlementaire dualiste, et le régime parlementaire moniste.
Dualiste : c’est le régime dans lequel le gv est responsable pol à la fois devant le Parlement et
devant le chef de l’État = le Parlement n’est pas la seule autorité, qui peut révoquer le gvt.
Le Parlement peut également les révoquer, dans ce cas-là le gvt doit bénéficier de la double
confiance du chef de l’État du gvt, il doit proposer la mise en œuvre de la politique qui mette en
accord le chef de l’État et le Parlement.
Il faut bien comprendre que dans ce type de régime, le chef de l’État exerce encore un pouvoir
important.
La deuxième caractéristique du régime dualiste concerne le titulaire du droit de dissolution. En
effet, la dissolution dit « royale » pour la double responsabilité devant le parlement et le chef de
l’État.
Les premiers régimes parlementaires ont été des régimes dualistes.
Le régime britannique durant cette période et la monarchie de juillet, ce sont des régimes
parlementaires dualistes en pratique.
Le monarque dispose à cette époque d’une légitimité forte, même s’il est sur la pente du déclin :
cad il va encore à cette époque exercer une partie du pv exécutif. Face à ce pôle de pouvoir, on a la
chambre qui bénéficie d’une légitimité nationale.
Le gvt à cette époque qui est doublement responsable est chargé d’assurer la liaison entre les 2
pouvoirs, c’est le gvt qui est chargé de trouver une pol d’autonomie, ce régime a été présenté par la
doctrine comme un véritable régime d’équilibre entre les pouvoirs.
La plupart des régimes dualistes ont disparu à la fin du 19° siècle, du fait de la remise en cause de la
légitimité monarchique.
Le roi va donc perdre l’autorité dont il disposait antérieurement, et ne va plus pouvoir s’opposer à la
volonté populaire, exprimée par le Parlement.
Les régimes parlementaires sont donc devenus monistes.
On a toujours 2 organes au sein de l’exécutif, mais le gouvernement ne sera plus responsable que
devant le Parlement.
Le chef de l’État va au fil du temps se contenter d’exercer une « magistrature morale », cad que les
pouvoirs vont devenir essentiellement symboliques, mais pas des pouvoirs réels, car la réalité du pv
va être exercée par le 1° ministre, via la fameuse règle du contreseing. Dans le régime moniste, le
droit de dissolution va donc appartenir au chef du gvt.
Ces régimes ont tendance à être déséquilibrés, soit au profit du Parlement, soit au profit de
l’exécutif, en fonction des caractéristiques du système politique.
La doctrine a pensé que les régimes dualistes étaient dépassés, car ils étaient incompatibles avec les
exigences de la démocratie.
Ces régimes auraient eu de sens qu’au 18 et 19° siècle, cad à une époque de transition, avec la
monarchie de droit divin et la démocratie.
Ce qui est intéressant et que cette analyse a été en partie démentie par les faits. La Fr pratique à
certains égards un régime parlementaire dualiste.
Sous la 5° république de puis 1958, le régime a conquis une nouvelle légitimité qui est une
légitimité démocratique et par ailleurs, le Président, du fait même de la C dispose du droit de
dissolution, il dispose du pv réel et en pratique, il y a une double responsabilité du gvt devant le
chef de l’État et devant l’AN, c’est le cas lorsqu’il y a une coïncidence.
Le régime parlementaire bipartisans et multi partisans, le régime parlementaire va fonctionner de
49
manière selon les caractéristiques de la vie politique et selon le système de parti politique qui
prévaut.

A. Régime parlementaire bi partisan/ multi partisans

Régime bi paritisan :
-2 grands partis dans l’État, le régime parlementaire est efficace car il permet au gvt d’avoir une
grande stabilité, comme au royaume Unis (conservateurs et travaillistes) ou un des partis obtient
forcément (sauf exception) la majorité à la chambre des communes, et a donc le gvt aura la
confiance du Parlement.
Dans ce cas, la responsabilité du gvt est rarement remise en cause, et la dissolution n’est pas utilisée
comme une sanction contre le Parlement, mais plutôt pour des élections anticipées.
Il faut donc comprendre que le régime parlementaire, dans ce contexte, est un régime de
déséquilibre des pouvoirs au profit de l’exécutif.
En effet, la hiérarchie qui existe au sein du parti se retrouve au sein du gvt et dans la chambre basse,
dans la mesure ou les dirigeants du parti vont occuper les diff postes ministériels et dominer le parti.
Système multi partisan : Coalitions formées pour gouverner = plus instables car regroupent plus de
partis, et dans ce cas le régime va entrainer une certaine instabilité gouvernementale, car le sort du
gvt va dépendre directement de la durée de la coalition.
La responsabilité du gvt est souvent mise en jeu, et la dissolution ne joue pas forcément son rôle de
rééquilibrage.
Les régimes est donc déséquilibré, mais cette fois au profit du Parlement, car c’est au Parlement que
les coalitions vont se faire et se défaire.

3) Le régime parlementaire inorganisé et le régime parlementaire rationalisé


Les premiers régimes parlementaires, et ce jusqu'au début du XXème siècle, ont le plus souvent été
des régimes parlementaires inorganisés, c'est-à-dire dont la Constitution n'organisait pas la res-
ponsabilité politique du Gouvernement devant le Parlement. Seule la règle de la responsabilité
était posée par la Constitution et c'était tout. En d'autres termes, il n'y avait pas limitation
constitutionnelle à son utilisation. Conséquence : dans les Etats multipartisans, la pratique était
dans l'ensemble très favorable au Parlement, qui pouvait très (pour ne pas dire trop) facilement ren-
verser le Gouvernement. Bref, le régime parlementaire fonctionnait mal. Les Exécutifs étaient
instables et faibles.
En réaction, après la première guerre mondiale et surtout après la seconde guerre mondiale, les ré-
gimes parlementaires qui ont vu le jour ont été en général rationalisés : les rédacteurs des nouvelles
constitutions ont introduit des règles particulièrement contraignantes pour lutter contre l'instabili-
té et la faiblesse des Exécutifs. Est en particulier concernée la mise en jeu de la responsabilité po-
litique du gouvernement par le Parlement qui a été rendue plus difficile : elle a été soumise à
des conditions contraignantes, en particulier de délai et de majorité. On parle de rationalisation
du régime parlementaire (ou du parlementarisme) car il s’est agi de mettre fin par une dé-
marche rationnelle, donc par des règles juridiques, aux inconvénients nés des caractéristiques de la
vie politique.
Le parlementarisme rationalisé a été le plus souvent un succès. Les causes de l'instabilité gouverne-
mentale sont toutefois essentiellement politiques en régime parlementaire et les modifications insti-
tutionnelles ne suffisent pas toujours pour y mettre fin. La rationalisation opérée est d'ailleurs par-
fois insuffisante (exemple de la Constitution de 1946 en France et de son échec) ou, au contraire, ra-
pidement estimée trop poussée (exemple de la Constitution de 1958 en France, de sa réussite mais
d'un certain retour en arrière pour revaloriser le Parlement lors de la révision de 2008).
§2 : Le régime présidentiel

50
Le régime présidentiel, qui est un régime de séparation stricte des pouvoirs, est apparu à la fin du
XVIIIème siècle aux Etats-Unis avec la constitution de 1787. Les constituants américains avaient lu
Locke et Montesquieu. Ils furent donc les premiers à mettre en oeuvre consciemment la théorie de
la séparation des pouvoirs.
Mais les rédacteurs de la constitution américaine ne cherchaient pas seulement à diviser le pouvoir
pour éviter le despotisme. Ils gardaient également le souvenir de la monarchie limitée que pratiquait
la Grande-Bretagne au début du XVIIIème siècle, donc avant l’apparition du régime parlementaire.
En réalité, c'est ce régime de monarchie limitée que les rédacteurs de la Constitution américaine
chercheront en partie à transposer dans un régime républicain. Pourquoi républicain ? Parce que les
constituants américains n'ont pas de Roi sous la main (à mettre sur un trône) et comme ils sont
d'ailleurs plutôt hostiles à l'institution monarchique, ils substituent au Roi un président élu.
Aux Etats-Unis, le régime présidentiel a été un succès puisque ce régime est toujours pratiqué au-
jourd’hui, donc plus de deux siècles après sa naissance. En France, tel n'a pas été le cas. Trois
constitutions françaises ont institué un régime de type présidentiel - celles de 1791, de l'an III (Di-
rectoire) et celle 1848 (Deuxième République) - mais ces régimes ont tous été des échecs - leur du-
rée de vie a été très brève. De façon générale, la France a préféré, comme la plupart des Etats libé-
raux, en particulier européens, se tourner vers le régime parlementaire.

A. Les caractéristiques théoriques du régime présidentiel


Le régime présidentiel présente deux caractéristiques.
1) La structure moniste de l'Exécutif
Le Président en régime présidentiel dispose à lui tout seul de l'ensemble du pouvoir exécutif. Il
existe certes des secrétaires mais le "cabinet" qu’ils forment ne présente aucune des caractéristiques
qui sont celles des cabinets en régime parlementaire :
- En premier lieu, il ne dispose d'aucun pouvoir de décision propre. Les "secrétaires" se contentent
de conseiller le Président qui prend seul les décisions en suivant ou non les conseils donnés.
D'ailleurs, le Président peut très bien se passer de réunir le cabinet s'il estime inutile de recevoir des
conseils.
- En second lieu, ses membres sont le plus souvent des experts et non des hommes ou des femmes
politiques. Ils sont nommés et révoqués par le Président en fonction de leur compétence personnelle
: il n'existe aucune solidarité entre les ministres mais seulement une responsabilité strictement indi-
viduelle devant le Président. De plus, il n’y a pas de Premier ministre. C'est le Président qui est à la
fois chef de l'Etat et chef du "cabinet".
En régime présidentiel, le Président dispose ainsi d'un pouvoir considérable. Il est donc nécessaire
que sa légitimité soit suffisante, c'est pourquoi, on va le voir, le Président en régime présidentiel est
élu au suffrage universel direct.
2) Les rapports entre les pouvoirs : l'indépendance réciproque du Président et des assemblées
Le régime présidentiel est un régime de séparation stricte des pouvoirs. Ceci signifie deux choses :
a) La séparation stricte des fonctions
Chacun des organes est en principe spécialisé dans l'exercice d'une et d'une seule fonction et ne peut
pas prétendre empiéter sur les fonctions attribuées aux autres organes. En théorie, cette spécialisa-
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tion fonctionnelle, qui existe aussi en régime parlementaire, est encore plus poussée en régime pré-
sidentiel, c'est-à-dire qu'elle admet moins d'exceptions. Il y a donc moins d'hypothèses de partage
dans l'exercice des fonctions en régime présidentiel qu'en régime parlementaire. A titre d'exemple,
le Président américain ne dispose pas d'après la Constitution américaine d'un véritable droit d'initia-
tive en matière législative. Il y a là une différence avec les régimes parlementaires où le droit d'ini-
tiative en matière législative est toujours partagé entre le Gouvernement et le Parlement.
b) L'indépendance organique des pouvoirs
En premier lieu, l'organe exécutif est indépendant de l'organe législatif, ce qui se manifeste de deux
façons :
- Cette indépendance se manifeste d'abord dans le mode de désignation de l'exécutif : le Président
n'est pas élu par le Parlement comme dans les régimes parlementaires républicains. Il est élu par le
peuple au suffrage universel direct ou quasi-direct, ce qui est le cas aux U.S.A. Ce mode de dési-
gnation confère au chef de l'Etat une grande indépendance et une grande autorité. En effet, grâce à
cette investiture populaire, il est placé sur un pied d'égalité par rapport au Parlement.
- Cette indépendance de l’Exécutif se manifeste ensuite par l'absence de responsabilité politique de
l'Exécutif devant le Parlement. Ni le Président, ni les "secrétaires" ne sont responsables politique-
ment devant le Parlement. Seule une responsabilité pénale du Président et des ministres devant le
Parlement peut exister. Sauf exception, le Président est donc assuré de pouvoir exercer son mandat
jusqu'au bout même si son parti n'est pas majoritaire au Parlement.
En second lieu, l'organe législatif est indépendant de l'organe exécutif. Ni le Président, ni les "secré-
taires" ne disposent à l'encontre du Parlement d'un pouvoir de dissolution du Parlement ou de l'une
de ses chambres. Les parlementaires sont donc assurés de pouvoir terminer leur mandat.
Voilà pour la présentation théorique du régime présidentiel. La doctrine a ainsi systématisé les
règles constitutionnelles applicables dans les divers régimes présidentiels. Il reste maintenant à se
demander comment ce régime fonctionne dans les Etats qui le pratiquent.
B. Le fonctionnement pratique du régime présidentiel
Le problème dans ce type de régime, c’est qu’aucun moyen constitutionnel n’est prévu pour ré-
soudre un éventuel conflit qui surgirait entre les deux organes législatif et exécutif. En régime
parlementaire, les éventuels conflits peuvent être résolus de façon pacifique par la modification des
titulaires du pouvoir (mise en jeu de la responsabilité, dissolution). Tel n’est pas le cas en régime
présidentiel : le risque existe d’une paralysie du pouvoir et donc d’une impossibilité de fonc-
tionnement de l’Etat.
Il y a là une difficulté réelle et il faut d'ailleurs constater que dans l'histoire constitutionnelle
française, les régimes présidentiels non seulement n'ont pas duré - 5 ans au maximum s'agissant du
Directoire - mais en plus il se sont souvent achevés par un coup d'Etat. L'un des organes - le plus
souvent l'organe exécutif - décidait en effet de sortir de la crise par une voie non-pacifique. Tel a été
le cas du Directoire qui s'est achevé par le coup d'Etat de l’un des Directeurs, Napoléon Bonaparte,
le 18 brumaire an VIII et de la seconde République qui s'est achevée le 2 décembre 1851 par le
coup d'Etat du Président de la République, à savoir Louis-Napoléon Bonaparte (neveu du premier).
On constate que les régimes présidentiels qui ont pu fonctionner sans conflits majeurs, en particulier
le régime américain, présentent le plus souvent deux caractéristiques :
- Ils ne sont pas forcément conformes en tous points au modèle théorique présenté par la doctrine.
Ainsi, aux Etats-Unis, il existe dans la Constitution et dans la pratique, d'importantes exceptions à la
règle de la spécialisation fonctionnelle. C'est ce qu'on appelle le système des checks and balances
- des freins et contrepoids en français - en vertu duquel chacun des pouvoirs participe dans une
certaine mesure à la fonction exercée par l'autre pouvoir. Ainsi, le Président dispose en vertu de
52
l'article 1er section 7 al. 3 de la Constitution d'un droit de veto à l'égard des lois votées par le
Congrès. Il peut donc refuser de signer une loi votée par le Congrès et ce refus ne pourra être sur-
monté qu'à la majorité des 2/3 de chaque assemblée. De plus, même si le Président ne dispose pas
du droit d'initiative en vertu de la Constitution, il exerce en pratique un tel pouvoir par l'intermé-
diaire du message sur l'état de l'Union adressé périodiquement au Congrès. Le régime présidentiel
américain pratique donc une forme assez poussée de collaboration fonctionnelle.
De façon assez paradoxale, cette caractéristique ne facilite toutefois pas le bon fonctionnement du
régime. C’est même plutôt le contraire. En effet, si les pouvoirs sont opposés politiquement, cette
collaboration sera difficile à obtenir. Seule la seconde caractéristique est véritablement détermi-
nante dans la mesure où elle va permettre en pratique à cette collaboration d’exister.
- Les régimes présidentiels qui ont fonctionné ou fonctionnent encore avec succès connaissent le
plus souvent des clivages partisans assez souples : les différences idéologiques entre les partis sont
peu marquées. Ainsi, aux Etats-Unis, il arrive fréquemment que le Président et la majorité au
Congrès ne soient pas du même bord politique, que le Président soit par exemple républicain et la
majorité au Congrès (ou dans l'une de ses chambres) soit démocrate. C'est la situation dans laquelle
se trouve actuellement le Président Trump, la Chambre des représentants étant depuis 2018 à majo-
rité démocrate. Pourtant, le système fonctionne sans blocage majeur - le président arrive à faire vo-
ter au moins certaines des lois qu'il a proposées - car le bipartisme américain est souple, ce qui si-
gnifie que les partis n'imposent aucune discipline de vote à leurs parlementaires. Il existe donc ce
qu'on appelle des majorités d'idées qui changent en fonction des textes proposés. On imagine mal en
revanche comment un tel système pourrait être introduit en Europe, par exemple en France ou au
Royaume-Uni, où les clivages partisans sont au contraire rigides : il n’y aurait pas ou trop peu d’en-
tente entre les pouvoirs s’ils sont politiquement opposés.
Après avoir étudié les régimes qui assurent (en théorie) l'équilibre des pouvoirs, nous allons mainte-
nant nous intéresser aux régimes qui, tout en pratiquant la séparation des pouvoirs, assurent une
prééminence à l'un des deux organes, législatif ou exécutif, au détriment de l'autre.
Section II: Les régimes qui assurent la prééminence d'un pouvoir
§. 1 : Le régime d'assemblée
Le régime d'assemblée est le régime qui assure la prééminence de l'assemblée sur le pouvoir exécu-
tif, pouvoir exécutif qui apparaît ainsi comme une autorité subordonnée.
Le régime d'assemblée est parfois qualifié de "gouvernement conventionnel". Il emprunte alors son
nom à l'histoire constitutionnelle française. Un tel régime est en effet censé avoir été exercé en
France durant la Convention, période qui s'étend de septembre 1792 à août 1795. Il faut cependant
savoir que cette qualification est contestable même si elle est entrée dans le vocabulaire courant des
juristes. En effet, la Convention a rapidement exercé un pouvoir dictatorial, et plus précisément l'un
des Comités de cette assemblée appelé Comité de Salut public et dominé par la personnalité de
Maximilien Robespierre jusqu'à ce que celui-ci finisse par jouer en 1794 le rôle de guillotineur
guillotiné. Durant cette période, c'est donc à une véritable confusion des pouvoirs au profit d'une as-
semblée, puis d'un seul homme que l'on assiste.
En revanche, la Constitution de 1793 élaborée par la Convention mais dont le seul défaut est de
n'être jamais entrée en vigueur en raison de la chute de Robespierre ainsi que les Constitutions
suisses depuis 1848 peuvent être considérées comme ayant mis en place un régime d'assemblée.

53
Il y a deux conceptions du régime d’assemblée, l’une stricte, l’autre souple.
A. La conception stricte du régime d'assemblée
Ce régime s'inspire davantage de la pensée de Rousseau et de la théorie de la souveraineté populaire
(étudiée dans le prochain cours) que de la pensée de Montesquieu.
Il s'agit de donner le pouvoir au peuple en attribuant l'essentiel des fonctions étatiques au Parlement
et en soumettant les élus au contrôle populaire. Un tel régime est pratiqué par la Suisse depuis 1848.
Dans un régime d'assemblé au sens strict, l'infériorité constitutionnelle de l'exécutif est particulière-
ment marquée au point que l'exécutif, qui existe en tant qu'organe distinct, est considéré comme un
organe commis, comme le simple commis de l'assemblée, le simple serviteur des volontés de l'as-
semblée.
S'agissant de la structure de l'Exécutif, il faut retenir qu'en régime d'assemblée, l'exécutif est mono-
céphale, c'est-à-dire qu'il n'est composé que d'un seul organe qui exerce à lui tout seul le pouvoir
exécutif. Il est toutefois collégial, ce qui empêche une personnalisation trop marquée du pouvoir.
L'infériorité de l'Exécutif résulte d'abord de sa dépendance à l'égard de l'assemblée (il est élu par
l’assemblée et ne dispose pas de moyens de pression sur elle - ni dissolution, ni question de
confiance). Elle résulte également de la faiblesse de ses pouvoirs : certaines compétences qui sont
traditionnellement réservées à l'exécutif en régime parlementaire sont ici attribuées au Parlement.
En résumé, l'exécutif est placé, pour toutes ces raisons, dans une situation de dépendance vis- à-vis
de l'assemblée qui est donc, en apparence du moins, l'organe éminent dans un tel régime. Mais, la
philosophie qui sous-tend ce régime est de conférer le pouvoir, non à l'assemblée, mais au peuple.
C'est pourquoi, le régime d'assemblée a souvent été combiné dans l'histoire avec la mise en place
d'une démocratie semi-directe. Tel est le cas en Suisse depuis 1848.
B. La conception large du régime d’assemblée
Certains régimes parlementaires fonctionnent comme des régimes d’assemblée car les institutions
sont particulièrement déséquilibrées en faveur du Parlement : les exécutifs sont faibles et instables
en raison des innombrables crises ministérielles ( = renversements du gpuvernement) dont le Parle-
ment est à l'orgine.
En l'absence de procédés de démocratie directe, ce n'est pas ici le peuple qui est le véritable titulaire
du pouvoir, mais l'assemblée. On a pu parler à propos de ces régimes d'un "parlementarisme abso-
lu". Les IIIème et IVème République en France illustrent bien ce schéma.
§2 : Les régimes à prépondérance de l'Exécutif
L’un des régimes de ce type est le régime dit présidentialiste : le Chef de l'Etat concentre l'essentiel
des pouvoirs en face d'un Parlement subordonné et souvent réduit à n'être qu'une chambre d'enregis-
trement des volontés du premier. En France, le régime mis en place sous la Vème République a sou-
vent été qualifié de régime présidentialiste car le Président de la République dispose de pouvoirs
importants (sauf en période de cohabitation, c'est-à-dire sauf lorsque le Président est d'une couleur
politique différente de celle de la majorité à l'Assemblée nationale).
Conclusion critique sur la typologie des régimes politiques
Pour achever ce chapitre relatif à la typologie des régimes politiques, il faut faire quelques re-
marques fondamentales :
- D'abord, il faut remarquer que certains régimes présentent des caractéristiques qui relèvent de plu-
sieurs types de régimes. On parle alors de régimes hybrides ou mixtes. Ainsi, et vous l'étudierez
l'année procgaine, le régime mis en place par la Constitution de 1958 présente à la fois des aspects
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parlementaires et des aspects présidentiels. Le Président y est élu au suffrage universel direct et dé-
tient des pouvoirs importants - dont (dans certains cas et en pratique) celui de démettre le Gouver-
nement, qui est donc responsable devant lui -, ce qui fait penser au régime présidentiel, mais par
ailleurs le Gouvernement est responsable devant le Parlement et le Président dispose du droit de dis-
solution, ce qui fait penser au régime parlementaire. C’est pourquoi on qualifie souvent ce régime
de régime semi-présidentiel, étant précisé que les qualifications de régime présidentialiste et de ré-
gime parlementaire dualiste valent surtout hors période de cohabitation ; elles sont beaucoup moins
pertinentes lorsque le Gouvernement n’est pas de la même couleur politique que le Président.
- Seconde remarque : s’agissant des régimes politiques, la lecture des textes constitutionnels est im-
portante mais insuffisante. Il faut toujours se reporter ensuite à la pratique constitutionnelle. Ainsi,
lorsqu’un droit est reconnu par la Constitution, il faut se demander comment ce droit est utilisé en
pratique, et cette pratique dépend en partie des caractéristiques propres à chaque Etat, liées en parti-
culier à sa vie politique. La transposition pure et simple d'un régime étranger, qui fonctionne bien
dans un Etat, est donc difficile pour la simple et bonne raison que la vie politique ne se transpose
pas. Elle a ses caractéristiques propres, qui dépendent de l'histoire nationale, de la culture politique
d'un peuple etc.

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