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DROIT MORAL

 Droit de divulgation

L’auteur peut décider seul du moment de divulgation de son œuvre au public. (+ droit
d’opposition de communication de son œuvre sans son consentement) 

 Droit au respect de son nom et de sa qualité

L’auteur peut exiger ou non (anonymat) que son nom ou sa qualité figure sur son œuvre ou tout
documents qui en assure la publicité.

 Droit au respect de l’œuvre

Donne à l’auteur la possibilité de revendiquer l’intégrité de son œuvre.

 Droit de retrait et de repentir

L’auteur peut revenir sur son autorisation de divulgation de son œuvre. Il peut la retirer ou la
modifier (repentir). Particularité française

Caractéristiques :

- Droit perpétuel

Il survit à l’auteur – éternellement transmissible aux héritiers. Pas reconnu en Allemagne

- Droit inaliénable

Le droit ne peut être transmit à un autre et ne peut y renoncer. Pas reconnu par Anglo-saxons,
États-Unis et Japon

- Droit imprescriptible

- Droit insaisissable

- Droit d’ordre public

DROIT PATRIMONIAL
 Droit de reproduction

 Droit de représentation

 Droit d’adaptation
 Droit de suite

Caractéristiques :

- Droit universel

- Droit exclusif

- Droit cessible

- Droit temporaire

Droit moral - article L. 221-1 CPI :

« L 'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre.

Ce droit est attaché à sa personne.

Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.

Il est transmissible à cause de mort aux héritiers de l'auteur.

L'exercice peut être conféré à un tiers en vertu de dispositions testamentaires. » 

En 1993, la Cour de cassation vient dire que le droit moral est entièrement étranger à la défense des
autres droits de la personnalité protégés par la loi.

-> Dit que 1) c’est un droit de la personnalité mais 2) ce n’est pas le même que les autres.

Le Code parle des droits moraux, mais critiquable car comme il est attaché à la personne de l’auteur, un
seul droit moral attaché à une seule personne.

Droit attaché à la personne, ce qui signifie que seul l’auteur peut l’exercer, qqc d’éminemment personnel.
Cela explique qu’on lui donne un caractère d’Ordre Public, et qu’il soit inaliénable.

I le droit de divulgation

L. 121-2 CPI : « l’auteur a seul le droit de divulguer son oeuvre ».

1900, Whistler : le droit moral permet de remettre en cause la force obligatoire du contrat.
Le droit moral permet donc de remettre en cause un engagement contractuel.

Débat aujourd’hui : la divulgation est-elle un acte juridique ou un fait juridique ?

-> Si c’est un acte juridique, on peut divulguer par étapes. Si c’est un fait matériel (qui révèle
volonté de l’auteur de communiquer au public), il y a épuisement du droit de divulgation.
(1973, André Françon article intéressant sur l’épuisement).

Concrètement : si je signe un bon à tirer pour mon roman, j’émets volonté de le communiquer au
public. Si on considère que c’est un fait matériel, j’ai donné mon accord et cela s’épuise, et donc
plus besoin de demander mon autorisation. Si on considère que c’est un fait juridique, il faudra
renouveler volonté.

En JP comme en doctrine, vrai débat. L’affaire semble tranchée par la Cour de cassation depuis
décembre 2013 en faveur de l’épuisement du droit de divulgation.

En février 2014, QPC sur la législation // livres indisponibles. Le CC est venu dire que le droit
de divulgation s’épuise vu la décision de la Cour de cassation, or étonnant car cette décision
de la Cour de cassation en 2013 = revirement, et encore très récent.

Article L. 121-2 CPI : « L’auteur (…) détermine les procédés de divulgation et fixe les
conditions ». On ne voit pas comment cela pourrait s’épuiser. Que faut-il conseiller à l’auteur?
-> aller sur d’autres leviers :
- Sur le terrain des droits patrimoniaux : on peut retrouver un contrôle sur l’exploitation de
son œuvre. Mais on sait que souvent l’auteur ne sait pas comment négocier ses contrats -
l’exploitant va souvent imposer ses conditions.
- Sur le terrain contractuel
- Sur le droit au respect : si la divulgation envisagée porte atteinte à l’œuvre, il faut aller
chercher sur ce terrain.

=> s’inscrit dans un mouvement assez général d’affaiblissement du droit moral. 2 séries de
raisons qui peuvent l’expliquer :
1) Le numérique avec son hyper-productibilité
2) La pression de l’industrie américaine. Quand les USA se sont intéressés au droit de la PI
dans les années 1980, accords ADPIC => pas droit moral.

Civ. 1ère., 2010, Lévinas, oeuvre posthume. Le fils de l’auteur, le seul habilité à exercer le droit
moral, seul à décider du choix de l’auteur et des conditions de cette édition. Question de
succession : fils de Lévinas était seul titulaire du droit moral mais co-titulaire des droits
patrimoniaux.
=> on voit bien l’imbrication qu’il y a avec le droit patrimonial.

Limite à l’épuisement du droit à la divulgation :


-> droit à la divulgation est susceptible d’abus, car on peut remettre en cause l’effet obligatoire
du contrat. Même si ce droit est extrêmement personnel, pas de raison qu’on ne reconnaisse pas
ce principe général de la théorie d’abus de droit.
-> En pratique, cette décision est très intime : comment le juge va-t-il apprécier l’abus ?
Seulement dans des hypothèses exceptionnelles que le juge pourra caractériser un abus.
-> Marque d’un affaiblissement du droit moral :
- Loi DADVSI de 2006.125-7-1 : le droit d’auteurs des fonctionnaires (agents publics) et le
droit de divulgation => on en fait ce qu’on veut en gros. Notable exception, critiquable s’agissant
de ce premier attribut moral qui est le droit de divulgation.

• Le droit de repentir ou de retrait 121-4 CPI.


-> retrait = mettre fin à l’exploitation de l’œuvre / repentir = demander une modification de
l’exploitation de l’œuvre.
-> permet également de remettre en cause la force obligatoire du contrat.
-> Ce droit ne peut s’exercer que dans l’hypothèse d’une cession de l’auteur de ses droits
patrimoniaux. Cela veut dire qu’il n’y pas de droit de retrait ou de repentir pour un contrat de
commande, car pas de cession.

On retombe un peu sur le droit de divulgation, car c’est décider de la liberté de mouvement au
moment d’affronter le public.

L’auteur qui n’a fait que vendre le support matériel de son œuvre sans céder les droits d’auteur
n’a pas de droit de retrait ou de repentir => force obligatoire du contrat (de vente).

-> Aussi, une indemnisation préalable du cessionnaire : indemnisation des frais et du gain
manqué.
- > logique qu’il y ait une indemnisation. Mais le fait qu’elle soit préalable : très exigeant
pour l’auteur, dissuasif.

Pour éviter fraude : si l’auteur change d’avis à nouveau, il a l’obligation de choisir le


concessionnaire d’origine et aux mêmes conditions. Aussi, il peut toujours y avoir abus de droit.

• Le droit à la paternité «  l’auteur jouit du droit au respect de son nom et de sa qualité ».


Pas gênant pour les exploitants. L’auteur peut exiger que son œuvre soit publiée sous son nom.
Dimension positive : droit d’être cité, d’avoir son nom attaché à son œuvre, ou bien d’avoir sa
qualité attachée à son œuvre (exemple : Ministre, Professeur …).
Dimension négative : droit à l’anonymat, à la confidentialité.

Attention, ce droit moral existe à travers l’œuvre : c’est à travers l’œuvre de l’esprit que ce droit
doit s’exercer.

-> Exemple : marchand de tableaux vend les toiles d’un peintre de manière dépréciée = en soldes.
Le marchand dit que c’est une atteinte à son nom => non ce n’est pas une atteinte à la paternité.
Là, atteinte à l’honneur et à la réputation peut-être mais pas atteinte à la paternité.
Civ 1ère, 2013, le droit à la paternité est attaché à l’œuvre, il ne permet pas à un auteur de
s’opposer à l’usage de son nom en tant que tel.

La mise en œuvre du principe sera variable // œuvre exploitation :


- Œuvre ré-éditée : il faut le nom sur chaque exemplaire
- Documents publicitaires : même chose
- Signature, griffe : nom de l’auteur. Accepté à condition qu’il n’y ait pas de risque de
confusion.
Difficultés pour certaines œuvres : œuvres architecturales ; faut-il mettre son nom sur le bâtiment
? Difficulté aussi pour les œuvres photographiques.
Sur les œuvres d’arts appliquées : JP accepte souvent des cessions du droit au nom.

Encart journal -> mettre la liste des noms des personnes qui ont publié dans l’ « ours » (= encart
au début d’un journal) suffit-il ou pas ? JP dit que ce n’est pas suffisant car on ne rattache pas
chaque journaliste à son œuvre.

Le nom a aussi une face négative : l’auteur est libre de préférer l’anonymat, le pseudonyme. Etant
entendu que l’auteur peut tout à fait décider de ne plus être anonyme lorsqu’il le souhaite.

Inaliénabilité VS « convention de nègre » :


- « Ghost writer » = quelqu’un qui écrit un roman et c’est un autre qui signe.
- Re writer = quelqu’un qui écrit tout un roman pour une autre personne. (Ex : livres écrits
par un auteur au nom d’un homme politique).

Cette « convention de nègre » est illicite, MAIS en pratique, très répandue. Les tribunaux ne sont
pas très regardants concernant ces pratiques.
-> Exemple : utiliser une musique dans une publicité ; juges acceptent renonciation du droit au
nom car il n’y a pas de générique.
Juges écartent le droit d’auteur d’une personne qui avait utilisé le droit d’auteur de manière
négative et se réveille 5 ans plus tard (selon le prof, erreur de la part de la Cour de cass).

• Le droit au respect de l’œuvre


Droit d’exiger que l’œuvre soit respectée dans son intégrité physique, matérielle, mais aussi
dans son esprit.

Citation pour le comprendre : « Impossible Monsieur, mon sang se coagule, en pensant qu’on ne
peut y (= l’œuvre) changer une virgule », Cyrano de Bergerac.

-> Intégrité de l’œuvre : on ne change pas une virgule de l’œuvre. Donc tiers doivent s’interdire
de toute suppression, adjonction, modification. -> Pas besoin de montrer une atteinte à
l’honneur et à la réputation.

L’auteur n’a pas à expliquer les raisons, logique arbitraire. « Le titulaire du droit moral est
seul maitre de son exercice ; il n’appartient ni au tiers ni au juge de porter un jugement de
valeur », sur une affaire impliquant une pièce de S. Beckett.

L’œuvre n’est pas modifiée en elle-même, mais on change le contexte.

Quelques applications :
- Domaine des œuvres littéraires : cela fait très longtemps qu’on admet que l’éditeur ne
peut pas modifier le texte de l’auteur.
- Un éditeur qui avait relevé des passages qu’il jugeait racistes, les relègue à la fin de
l’ouvrage à son initiative ; rompt la continuité du texte => pas une justification, pas du respect de
l’œuvre.
- L’ajout d’une préface par l’éditeur, même si elle est élogieuse, ne peut être imposée à
l’auteur, à défaut violation du droit moral.

- Domaine des œuvres graphiques et plastiques :


- Buffet. Un réfrigérateur avec 6 panneaux - une personne avait acheté l’œuvre et l’avait
démantelé pour la vendre en morceaux ; pas possible, œuvre unique.
- On a admis un tirage d’une sculpture de Camille Claudel en onyx alors qu’elle était
uniquement en bronze -> critiquable

- Domaine de l’audiovisuel :
- Les coupures pub = atteinte.
- Le logo de la chaine de TV sur film = atteinte
- Série TV pas diffusée dans le bon ordre
- 1991, colorisation du film. Film en noir et blanc colorié.

Atteinte à l’esprit de l’œuvre : atteinte à l’idée générale de l’œuvre.


- Fresque « Tintin érotique et porno ».
- Lien hypertexte vers une œuvre qui se trouve placé au milieu de liens qui sont à
contrecourant de l’esprit de l’œuvre peuvent porter atteinte à l’œuvre.

Limites en fonction de la nature de l’œuvre :


- Pour un logiciel, le droit au respect n’a pas de sens.

- Œuvres architecturales : œuvre technique, utilitaire et qui n’est pas figée dans le marbre
pour l’éternité. En JP, ces éléments se traduisent par des compromis, équilibre.
- > Affaire Bulle, 1992 : architecte connaît finalité utilitaire de l’ouvrage et sait qu’il peut y
avoir des modifications. « Les juges doivent établir un équilibre entre droit à l’intégrité et
droit de propriété ». « La modification ne doit pas excéder ce qui est strictement nécessaire et
elle ne doit pas être disproportionnée au but poursuivi ».
- > CE a accepté des modifications en prenant en compte des impératifs esthétiques (pour le
prof, bizarre, relève du droit d’auteur si c’est problématique esthétique).

Droit à l’intimité et à la vie privée, droit à l’honneur, droit à l’image. Il faut tenir compte du droit
de propriété de l’objet matériel qui constitue le support de l’œuvre.

Propriété mobilière / Droit d’auteur : comment mette ça en balance ? Il faudra a priori trouver
un juste motif apprécié au cas par cas. Ce qui semble raisonnable : dire à un propriétaire qui veut
modifier la chose qu’il informe préventivement l’auteur.

Aussi, question de l’adaptation : arrangement musical, adaptation d’un film au cinéma -> forme
de distance par rapport à l’œuvre de départ.
-> un peu de souplesse. 1966 : « celui qui adapte doit jouir d’une certaine liberté ». Même
formule reprise en 2020, pour refuser l’action des héritiers de St-Exupéry qui contestaient une
adaptation du Petit Prince.

-> Des JP qui reconnaissent ou ne sont pas très fermes sur ces renonciations anticipées, qui ne
sont pas valides. 1991 : Cour de cassation disait qu’en principe ça ne marche pas, mais dit parfois
« sous réserves de conventions contractuelles ». En tout cas, validation à postériori fonctionne.

Affaire du Dialogue des carmélites :

La juridiction suprême vient clore la controverse en reconnaissant la liberté artistique de la mise en


scène en droit français.
Les thèmes essentiels de l’œuvre ont été respecté + aucune altération du sens de l’œuvre ne peut être
reprochée.

L’affaire des misérables


Art 10 CEDH : liberté d’expression qui se traduit en liberté de création
La liberté de création permet-elle d’apporter une limite au droit au respect de l’œuvre ?
Faire intervenir la CEDH, qui relève d’une logique différente, c’est dangereux selon Macrez
(même idée lorsque droit de la concurrence vient gérer les gestions collectives).
A-t-on besoin d’aller chercher les droits fondamentaux ?
Le droit d’adaptation –
« La suite d’une œuvre littéraire se rattache au droit d’adaptation »
Dans le Code le droit d’adaptation est inscrit au titre des droits patrimoniaux. Y’a du droit moral
aussi qui y est rattaché.
« Sous réserve du droit au nom et à l'intégrité de l'œuvre adaptée, la liberté de création
s'oppose à ce que l'auteur de l'œuvre ou ses héritiers interdisent qu'une suite lui soit donnée à
l'expiration du monopole dont ils ont bénéficié »
S’inscrire dans le sillage intellectuel d’autrui
Est-ce que V. Hugo se serait opposé à une telle suite ?
Il ne s’est pas prononcé. Dans le doute, on fait prévaloir la liberté de création.
LA LIMITE ce serait l’abus de droit moral ! L’héritier qui vient s’opposer à la suite du droit moral
chez un éditeur et qui va le faire éditer chez un autre.
En droit d’auteur le mérite est indifférent. Même si l’appréciation des juges va varier, une
atteinte au droit moral ne sera pas la même pour V. Hugo que pour un lambda. Ce n’est pas au
juge de se prononcer sur le mérite d’une œuvre.

Approche conséqunentialiste (ou utilitaire), la PI sert a favoriser la création

Droit naturel que les lois ne font que reconnaître - Approche déontologique, découle d'un droit moral
ou naturel du droit d'auteur – arguments Lockéens -de John Locke- Traité du gouvernement civil – ce qui
justifie le droit de propriété c'est le travail. Transposition à la Propriété intellectuelle de ce droit de
propriété naturel. Des arguments maximalistes de la propriété intellectuelle (pour la favoriser)

– l'inventeur est propriétaire de son travail

– l'argument de la juste récompense du travailleur pour son travail –

John Rowls « L'idée de récompenser le mérite est tout simplement impraticable comme critère de justice
distributive »

– Clause Lockéenne – l'appropriation de la propriété ne doit pas nuire à autrui

La fontaine d'eau de John Locke – le buveur d'eau – infini de l'invention

Les sources magiques - « si l'objet protégé est quelque chose dont al société n'aurait pas
pu bénéficier sans l'existence d'un système de droit des brevets, le monopole de l'inventeur ne fait de
mal à personne » Clark + « le brevet d'un inventeur ne prive pas les autres d'un objet qui n'aurait pas
existé si l'inventeur ne l'avait pas inventé » Anarchien Etat et Utopie (1988) p227 NOZICK

– COMPROMIS mettre une limite dans le temps pour éviter monopole – Domaine public

protection moindre pour les créateurs (brevets 20ans) que les droits d'auteurs (70 ans post mortem) – il
y a moins de coûts de la propriété intellectuelle en droit d'auteur.

Argument central – durée de protection perpétuelle / protection pour une durée limitée

Extension

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