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Situation de la filière riz en Côte d’Ivoire

Politique de développement rizicole

La politique rizicole en Côte d’Ivoire est marquée par plusieurs périodes dont les principales
sont celles allant de 1960 à 1977, de 1978 à 1996 et la période la plus récente.

Période 1960 – 1977 :

La période 1960-1977 a été caractérisée par une politique d’autosuffisance alimentaire mise
en œuvre d’abord par la Société d’Assistance Technique et de Modernisation de l’Agriculture
en Côte d’Ivoire (SATMACI) et poursuivie par la Société de Développement de la Riziculture
(SODERIZ). Au cours de cette période, ont été mis en œuvre des programmes de construction
des infrastructures de mobilisation de l’eau et l’aménagement de terres. La structure
d’encadrement assurait le préfinancement des intrants agricoles des producteurs qu’elle
récupérait au moment de la commercialisation. Les subventions directes à la filière étaient
canalisées par les usiniers pour permettre au riz d’être compétitif sur le marché. Cette
politique qui a permis de faire chuter les importations a été interrompue car jugée très
coûteuse pour les finances publiques.

Période 1978 - 1996 :

De 1978 à 1996, la politique interventionniste de l’Etat a été remplacée par des activités plus
classiques d’appui aux producteurs. Le Gouvernement ivoirien a redonné priorité, dans le
cadre du développement du secteur vivrier, à l’autosuffisance en riz. Dans cette optique,
d’importantes réformes ont été entreprises. Au niveau de la production de paddy, une société
d’économie mixte appelée SOPRORIZ (Société de Promotion de la Riziculture) a été créée en
1993. En collaboration avec les structures d’Etat et le secteur privé, elle devrait reprendre
toutes les activités d’encadrement de la riziculture. Pour pallier les contraintes de production,
l’Etat a encouragé le développement d’un système privé de préfinancement et d’encadrement
de la production de paddy par les industrielles qui souhaitent autant l’augmentation que la
régularité d’approvisionnement de leurs usines. Au terme des réformes institutionnelles qui
ont abouti à la création de l’ANADER en 1994, Les projets cofinancés par les bailleurs de
fonds ont été exécutés par des cellules autonomes. Mais le caractère autonome de ces cellules
et leur durée de vie limitée, rendaient difficile la capitalisation des résultats et l’appropriation
des activités par les riziculteurs. Les priorités accordées à la riziculture irriguée, dans le cadre
de l’encadrement, et les incitations financières qui y sont associées, ont écarté une large
majorité des paysans de toute aide financière. La riziculture pluviale qui représentait 90% en
termes de superficies cultivées est donc restée en marge de toute perspective d’amélioration
de ses performances techniques. La dissolution de l’Office de Production des Semences
(OPS) a posé également le de la disponibilité des semences sélectionnées et améliorés. Au
cours de cette période, le faible niveau d’encadrement et l’absence de coordination des
activités de la filière, après 1978, ont entraîné des niveaux irréguliers de production de paddy
et une production de riz blanchi en « dents de scie ». Ce qui a occasionné une augmentation
continue des importations. Cette situation a amené le Gouvernement à mettre en place le
Projet National Riz en 1996 qui deviendra par la suite Programme National Riz (PNR) en
2003.

Période 1996 à ce jour :

En 1996, un plan de relance de la production rizicole (1996-2005) est élaboré avec pour
objectifs d’accroître la production de paddy de 8% par an en vue d’atteindre 2 236 000 tonnes
en 2005 et de sécuriser les récoltes par l’augmentation de la part du riz irrigué dans la
production totale en passant de 8% à 20% à l’horizon 2005. Cependant, les difficultés
rencontrées à mobiliser les ressources nécessaires n’ont pas permis de réaliser totalement les
objectifs du plan. Les activités mises en œuvre par le PNR ont permis de relancer la
croissance de la production nationale de riz blanchi, la faisant passer de 514 000 tonnes en
1997 à 674 000 tonnes en 2000. A l’avènement des crises sociopolitique de 1999 et militaro-
politique de 2002, l’outil de production a connu une forte dégradation et la production
nationale de riz croît très lentement. A cela s’est ajoutée, la hausse des cours du riz sur le
marché mondial. Pour faire face aux besoins de consommation de plus en plus croissants, le
gouvernement ivoirien a adopté une nouvelle stratégie de développement de la riziculture.
Cette stratégie est cohérente avec les options politiques plus générales qui ressortent (i) de la
stratégie de réduction de la pauvreté, (ii) de la stratégie d’autosuffisance et de sécurité
alimentaire basée sur la couverture des besoins de consommation nationale en riz blanchi et
(iii) de la stratégie à faire du secteur privé, notamment les producteurs et leurs organisations,
le moteur de la croissance économique. L’objectif global de la stratégie de relance de la filière
riz est de contribuer à la sécurité alimentaire afin de couvrir, à l’horizon 2012, la totalité des
besoins nationaux. Elle met l’accent sur l’intensification de la production et la dynamique des
professionnels pour la gestion des périmètres, l’approvisionnement en intrants, l’utilisation de
matériel agricole en commun, la production de semences et la modernisation de la
commercialisation du riz usiné. L’Office National de Développement de la Riziculture
(ONDR) est créé par décret n° 2012-767 du 1er Août 2012 avec pour missions de concevoir et
de proposer des orientations en matière de politique rizicole en vue de la couverture des
besoins de consommation des populations en riz, par la production nationale et de contribuer
ainsi à la sécurité alimentaire.

Production nationale, besoin et importation

En Côte d’Ivoire, la culture du riz est pratiquée un peu partout, sur toute l’étendue du territoire du
pays. Elle est généralement rencontrée sur les plateaux et dans les bas-fonds. La zone forestière est
la principale zone de production de riz, avec 70% des superficies cultivées en riz. S’agissant de la
production, depuis 2008, elle est estimée à 600 000 tonnes de riz blanchi en moyenne par année.
Cette production couvrait à peine 50% des besoins de consommation nationale estimée à 1 500 000
tonnes de riz blanchi. Pour combler ce déficit, la Côte d’Ivoire a recours à des importations massives
qui se chiffraient en 2009 à 919 000 tonnes de riz blanchi (rapport diagnostic PND 2012 -2015). Il faut
dire que dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, le riz est devenu l’aliment principal de la
majorité des populations en Côte d’Ivoire, notamment en milieu urbain. Ainsi, la consommation du
riz augmente avec la population qui croit au fil des années. Alors que dans le même temps la
production nationale stagne de manière générale. Les déficits des productions nationales sont
comblés par des importations qui deviennent de plus importantes (environ 4 fois la production
nationale en 2013).

Prise en compte de la filière riz dans les politiques de développement

L’agriculture, pilier de l’économie ivoirienne occupe une place de choix dans les politiques de
développement en Côte d’ivoire. Le Plan National de Développement (PND) adopté par le
gouvernement pour la période 2012-2015 envisage une intensification de l’agriculture pour
performant le secteur agricole et contribuer à réduire l'extrême pauvreté et la faim. S’agissant de la
filière riz, le PND se réfère à la stratégie nationale de développement de la filière riz dont l’objectif
est de produire de manière compétitive, rentable et durable du riz pour satisfaire les besoins
nationaux et de constituer un stock de sécurité. Le Programme National d’Investissement Agricole
(PNIA 2010 – 2015) est un autre document de développement, spécifique au secteur agricole dont
fait partie la filière riz. Il est élaboré autour de six (06) programmes que sont :

- amélioration de la productivité et de la compétitivité des productions agricoles ; - développement


des filières ; - amélioration de la gouvernance du secteur agricole ; - renforcement des capacités des
parties prenantes au développement de l’agriculture ; - gestion durable des ressources halieutiques ;
- relance de la filière bois.
Le programme 1 « Amélioration de la productivité et de la compétitivité des productions agricoles »
met un accent sur l’amélioration de la maîtrise de l’eau (sous composante du programme). Ce sous-
programme dont l’objectif est d’améliorer la disponibilité alimentaire par la réduction des risques
climatiques sur les cultures vivrières et de garantir la régularité de la production comprend les
activités suivantes :

- mise en place d’un dispositif de gestion intégrée des ressources en eau ;

- aménagement de terres pour les cultures intensives ;

- facilitation de l’accès au petit matériel d’irrigation ;

- réalisation d’aménagements hydro-agricoles ;

- appui la maintenance des aménagements et des équipements d’irrigation.

Par ailleurs, au niveau des départements de Korhogo et de Boundiali qui abritent le présent projet,
les plans stratégiques de développement élaborés au niveau local qui constituent une véritable
boussole pour un développement planifié. Les programmes retenus mettent un accent sur
l’aménagement des bas-fonds, la construction des barrages de retenues d’eau et la réhabilitation des
anciens barrages en vue de développer la riziculture.

Stratégie nationale de développement de la filière riz en Côte d’Ivoire (SNDR) 2012 – 2020)

Malgré les atouts que dispose la Côte d’Ivoire en matière de production de riz et des différentes
politiques de développement de la filière riz, depuis plus de trois décennies, la production nationale
de riz est inférieure à la moitié de la demande. Le pays se trouve de ce fait dans une situation
d’importation massive pour répondre aux besoins de plus en plus croissants de la consommation
intérieure de riz. Pour faire face à cette situation qui a été accentuée par la crise alimentaire de 2008,
le Gouvernement ivoirien adapté en Juin 2008 la Stratégie Nationale de Développement du Riz
(SNDR) 2008 à 2018.

La vision de la Stratégie Nationale de Développement de la filière Riz 2012 – 2020 est de satisfaire
l’ensemble des besoins de consommation nationale en riz de bonne qualité et concurrentiel par
rapport au riz importé, avec l’opportunité de constituer un stock de sécurité et d’exporter le surplus
de production. Elle sera conduite en deux phases : une première phase de 2012 à 2016 qui permettra
de couvrir la totalité des besoins de consommation par la production locale et une deuxième phase
de 2017 à 2020 qui est une phase de croisière devant permettre de constituer un stock de sécurité
voire de régulation.

Les priorités de la stratégie sont les suivantes :


- développement d’un secteur semencier avec la création de six (6) autres centres de production de
semences sélectionnées pour compléter le seul centre existant actuellement ;

- réhabilitation de tous les sites aménagés pour la riziculture irriguée et la réalisation


d’aménagements pour les plaines inondées ;

- conseil agricole, mécanisation de la production et transfert de technologies ;

- appui à la transformation et à la mise à marché du riz local ;

- appui à l’amélioration du cadre institutionnel et à la redynamisation des organisations de la filière


pour qu’elles soient capables d’accompagner le processus de développement en cours ;

- mise en place d’un système d’information capable de mettre à la disposition des opérateurs les
données fiables et pertinente sur l’ensemble des opérations de la chaine des valeurs de la filière.

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