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DOSSIER : LA REFORME TERRITORIALE

Paris, le 10 octobre 2010. Madame le Sénateur, Monsieur le Sénateur, Nous nous permettons d’attirer votre attention sur l’un des aspects du projet de réforme territoriale dont les conséquences ne nous semblent pas avoir été suffisamment pesées. Au-delà de la création des conseillers territoriaux, l’élément principal de cette réforme consiste en la création de « métropoles » qui, telles qu’elles sont conçues, représentent un grave danger pour l’équilibre et la cohérence de notre territoire : • Alors que l’objectif affiché de la loi est une simplification de notre organisation territoriale, elles ajoutent au contraire une couche supplémentaire au millefeuilles de la décentralisation. • Alors que la création des conseillers territoriaux donnera une représentativité et une légitimité accrues aux conseils généraux et aux conseils régionaux, ceux-ci sont amputés à leur profit de pans entiers de leurs attributions. • Rompant avec notre politique traditionnelle d’aménagement du territoire, elle se soumet aux objectifs européens de Lisbonne en raisonnant en termes de compétition entre métropoles à l’échelle nationale et internationale, au lieu de se placer dans la nécessaire perspective de coopération et de complémentarité entre grands centres urbains, villes moyennes et monde rural. • Elle condamne ainsi les mégapoles à se transformer en mégalopoles inhumaines et ingérables en même temps qu’à se désintéresser des plus larges espaces dans lesquels elles s’insèrent et qui seront les grands perdants de la réforme. • La loi, dans le même esprit, voue par ailleurs à extinction progressive les « pays » qui maillent nos départements. Ces dispositions introduisent en outre une inégalité de traitement entre territoires, que le Conseil constitutionnel pourrait être amené à censurer :

• Les conseillers territoriaux élus dans le cadre des métropoles prendront part aux votes sur les délibérations touchant, pour le reste du département, aux compétences départementales transférées aux métropoles. Ce faisant, ils trancheront, et parfois feront basculer la majorité, dans des questions où les cantons qui les ont élus ne sont pas concernés alors que la réciproque est impossible. Nous comptons lancer sur ces thèmes une vaste campagne dans le pays, notamment auprès de tous les élus locaux, par les moyens électroniques dont nous disposons, afin d’épauler ceux de nos parlementaires qui voudront bien corriger ou supprimer par des amendements les dispositions dont nous venons brièvement de vous signaler le caractère néfaste. Aussi serions-nous heureux de connaître votre sentiment sur cette question et de savoir, dans le cas où nos analyses convergeraient, dans quelle mesure nous pourrions en faire état dans le cadre de cette campagne. A cette fin, nous vous prions de trouver ci-joint trois textes qui vous permettront, nous l’espérons, d’approfondir votre réflexion sur le sujet : • Une note administrative : « Les mégapoles, une fausse bonne idée de la loi sur la réforme territoriale ». • Une réflexion de fond, plus politique : « Va-t-on vers le tout-mégalo ? » • Un texte de praticien, plus polémique : « Prélude à une administration territoriale européenne ou quand les Jacobins organisent la suppression des départements et des communes ». En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien apporter à ces documents, et en l’attente de votre aimable réponse, Nous vous prions de recevoir, Madame le Sénateur, Monsieur le Sénateur, l’assurance de notre respectueuse considération. Francis CHOISEL Président de l’Alliance pour la Souveraineté de la France Conseiller général des Hauts-de-Seine (1994-2008) Adjoint au maire de Boulogne-Billancourt (1989-1995) Nicolas STOQUER Président du Rassemblement pour la France

Les « mégapoles » une fausse bonne idée de la loi sur la réforme territoriale
La présente note a pour objet de présenter et d’analyser un aspect peu connu et pourtant essentiel du projet de réforme en cours de discussion au Parlement : la création d’entités nouvelles baptisées « métropoles ». Au-delà de la fusion entre conseillers généraux et régionaux pour donner naissance aux conseillers territoriaux, et de la polémique sur leur mode d’élection, qui ont à juste titre focalisé les commentaires de la presse et les débats législatifs, la création de métropoles représente une véritable révolution – pour ne pas dire une rupture – dans la conception même de l’aménagement du territoire et de l’organisation administrative dans notre pays. Une nouvelle structure métropolitaine déshabillant les communes, les départements, les régions La métropole, quoique prenant la forme juridique d’un EPCI (Etablissement public de coopération intercommunale), sera de fait un nouvelle collectivité locale se superposant et se substituant aux autres dans le cadre des limites géographiques qui seront les siennes, à savoir le territoire « d’un seul tenant et sans enclave » habité par un minimum de 450.000 habitants. Sa gouvernance n’appelle pas de remarque particulière. Elle est calquée sur celle des actuelles communautés urbaines : présidents et conseil élus, administration propre. La novation est ailleurs. Elle réside en premier lieu dans les compétences qui lui sont conférées : - les compétences actuelles des communautés urbaines, c’est-à-dire celles des communes concernées dans un certain nombre de domaines clefs ; - de nouvelles compétences communales transférées, qui peuvent en outre être complétées « à tout moment » par d’autres ; - de compétences départementales obligatoires qui, pour ce qui concerne le territoire des métropoles, sont soustraites à celles des conseils généraux, et auxquelles peuvent s’en ajouter d’autres, d’un commun accord ; - des compétences régionales, de manière contractuelle ; - la propriété et la gestion éventuelle de grands équipements ou infrastructures que l’Etat pourra lui transférer. De ce fait, la métropole exercera un bloc très important de compétences obligatoires . Elle pourra en outre exercer pratiquement toutes les attributions du département et de la région si ceux-ci acceptent d’être ainsi dépouillés.

La seconde novation réside dans la nature des ressources des métropoles : - elles perçoivent l’intégralité de la part communale des quatre principales taxes locales (TH, TF, FNB, TP) et de leurs dotations globales de fonctionnement ; - elles lèvent les autres taxes annexes telles que celle d’enlèvement des ordures ménagères ; - les départements et les régions doivent obligatoirement leur transférer la part de leur budget correspondant aux transferts de compétence ; - elles perçoivent les dotations de compensation de l’Etat ; - elles reverseront une partie de leurs recettes aux communes pour que celles-ci puissent exercer leurs compétences résiduelles. La dernière novation, et non la moindre, est que les métropoles sont créées d’un commun accord entre le préfet et les communes, le département n’étant consulté que pour simple « avis ». De la sorte celui-ci pourra être victime d’un véritable rapt de leurs compétences et d’une partie de leur budget sans qu’il leur soit donné le moyen d’y échapper. Autrement dit, ces métropoles seront des « super communes » – les communes d’origine ayant de fait quasiment fusionné – en même temps que des départements dans le département, des régions dans la région et, par conséquent, des Etats dans l’Etat. Un tuyau de plus dans l’usine à gaz de la décentralisation Selon l’exposé des motifs la loi ambitionne une « simplification », une « clarification de notre paysage institutionnel » et une « meilleure lisibilité pour le citoyen ». Or en créant les métropoles, elle fait tout le contraire : - Celles-ci s’ajoutent à toutes les structures existantes. Aucune autre n’est supprimée en contrepartie. Les unes et les autres se juxtaposeront sur le territoire. - Dans leur propre ressort, tous les autres échelons subsistent (communes, département, région) pour leurs compétences résiduelles. - Les citoyens qui déménageront d’une métropole à un territoire nonmétropolitain, ou l’inverse, se trouveront dans un environnement administratif complètement différent, auquel il leur faudra se réadapter. La loi introduit même une inadmissible inégalité entre élus et entre territoires : - Les territoires métropolitains continueront à élire des conseillers territoriaux alors même que les conseils régionaux et généraux n’y exerceront plus que des compétences résiduelles. - Ces conseillers participeront au vote de toutes les délibérations du conseil régional et du conseil général même celles qui, transfert de compétences oblige, ne concerneront que les territoires non-métropolitains. - A l’inverse, les conseillers territoriaux issus du reste du départements et de la région, n’auront aucun droit de regard, transfert de compétence oblige encore, sur les délibérations des métropoles dans ces mêmes domaines transférés. Autrement dit, les métropoles seront des « usines à gaz » et ne

feront qu’ajouter au fameux « mille-feuilles » administratif français. Et là où elles existeront, elles exerceront une sorte de « suzeraineté » sur les territoires environnants. Un objectif de compétition entre grandes métropoles planétaires dans la perspective de la mondialisation à deux vitesses Le projet constate que « la compétition entre les grandes agglomérations, européennes ou internationales, n'a cessé de s'accentuer ». Il en prend acte et s’inscrit dans cette perspective, sans chercher à savoir si cette évolution est bonne ou mauvaise. L’objectif implicitement fixé à nos capitales régionales et nationale est de nous aligner sur les modes de vie et de fonctionnement de Hong-Kong, Singapour, Changhaï, Londres, New York ou Tokyo. La solution administrative et politique proposée s’apparente au statut des villes libres de l’Allemagne du XIXème siècle, aux villes hanséatiques du Moyen-Age, aux villes-région de l’Allemagne d’aujourd’hui. Ces références appartiennent manifestement à une culture qui n’est pas la nôtre, à un projet de société qui n’est pas celui de nos concitoyens. Elles sont tout sauf rassurantes. Cette conception conduit en effet à une agressive rivalité à l’échelle planétaire entre « espaces » concurrents, acteurs principaux de la guerre économique mondiale, avec toutes ses conséquences bien connues : - urbanisation systématique, densification à outrance, multiplication des nuisances atmosphériques et sonores, engorgement accru des transports, renchérissement des coûts d’aménagement et de gestion, - bulles spéculatives en tous genres, notamment en matière immobilière, instabilité de l’emploi, mobilité obligée des travailleurs, importation de main d’œuvre à bas prix, accroissement des écarts de richesse, multiplication des laissés pour compte, - massification humaine, anonymat, déstructuration des relations sociales, déshumanisation générale. Autrement dit, le projet s’inscrit dans le cadre d’une mondialisation subie et non d’une mondialisation maîtrisée. Surenchérissant sur ses effets pervers, il opte pour un monde tristement mégalo-urbain, pour une politique anti- écologique, anti-économique et anti-sociale de « mégapolisation » – on pourrait même dire de « mégalopolisation » – de nos grandes villes. Oligopoles et désert français : une juxtaposition de territoires étrangers les uns aux autres A l’échelle nationale, cette politique s’inscrit en contradiction avec toute la tradition française d’aménagement du territoire, avant ou après la lettre, que l’on peut ainsi caractériser : - La ville, historiquement est un cœur, elle s’enracine dans un territoire dont elle est le carrefour économique, politique et culturel, dont elle est le fruit ; c’est ainsi qu’elle est féconde. C’est ainsi que s’est construit notre paysage rural et urbain à travers les siècles. - La politique d’aménagement vise à maintenir ou à rétablir un équilibre entre villes grandes et moyennes, entre espaces urbains, péri-urbains et ruraux, à renforcer les complémentarités entre territoires. - Primitivement définis pour éviter « Paris et le désert français », donc en

vue de l’affirmation de métropoles régionales d’équilibre, les objectifs de cette politique s’étaient transformés ces dernières années, avec notamment la création des « pays » par la loi Pasqua, en volonté d’éviter l’existence de déserts régionaux entourant des mégapoles régionales. Le projet, en optant pour le tout-mégapoles, - accentue les déséquilibres au lieu de les corriger, en envisageant le paysage régional comme constitué d’une ou deux grandes villes concentrant l’immense majorité des ressources et des activités, et de territoires péri-urbains et ruraux réduits aux fonctions de villes dortoir, de lieux de villégiature ; - condamne les territoires non-denses – villes moyennes aussi bien qu’espaces ruraux– dont elle se désintéresse et qu’elle vassalise, à devenir des « entre-deux » improductifs et inutiles, tout juste bons à constituer des espaces de détente pour urbains désœuvrés en mal de nature. Autrement dit, la vocation des métropoles est de devenir des entités « hors sol », connectées seulement entre elles, tournant au mieux le dos aux territoires qui les entourent, au pire les vassalisant et les vidant de leur substance, donc égoïstes, stériles et stérilisantes, ayant abandonné toute idée de solidarité départementale, régionale ou nationale. Une volonté d’interconnexion par-dessus les frontières régionales et nationales à l’échelle européenne Le développement de grands centres urbains moteurs du développement et reliés entre eux est inscrit dans les exigences et les objectifs de compétitivité de Lisbonne. - Ces objectifs visent à substituer aux notions de territoire, d’Etat, de région, fondées sur l’idée de frontières, celle de l’interconnexion, pardessus les frontières géographiques, administratives et politiques, via le TGV, l’avion, l’autoroute, de mégapoles affranchies de toutes préoccupations locales, régionales ou nationales. - Transposition administrative des pôles de compétitivité, les mégapoles sont conçues comme de simples plates-formes économiques, des zones de production, de consommation et de vie sans âme ni identité. - Elles ont vocation à devenir des villes réellement internationales, c’est-àdire désespérément semblables les unes aux autres, habitées par une population transitoire formatée d’urbains déracinés, mus par un commun mimétisme symbolisé par le slogan dernier cri des milieux du luxe et de la haute couture « Paris, Tokyo, New York » ; - Elles seront, sociologiquement et culturellement aussi éloignées des territoires qui les entourent que Mars peut l’être de la Terre. Autrement dit, à rebours de l’Europe des régions et de celles des Etats aussi bien que du monde multipolaire, les mégapoles sont une autre manière de faire triompher la conception d’une Europe jacobine, de faire émerger une classe urbaine mondiale apatride, sans attache locale ni solidarités spatiales, de détruire en un mot les peuples et les

nations, avec pour seul résultat d’exacerber une lutte entre îlots mondialistes dominateurs et espaces relégués. En conclusion,

des

classes

Il apparaît regrettable que le débat sur la réforme territoriale se soit limité jusqu’ici à des discussions entre techniciens et praticiens de la décentralisation sur le seul thème de l’organisation des collectivités territoriales. Cette approche est certes essentielle mais ne suffit pas. Ne pas aller au-delà conduit à un jugement erroné sur cette réforme. C’est en considérant les choses du point de vue de l’aménagement du territoire, de la vision que chacun a du monde, de l’Europe, de la France et de la société qu’il souhaite pour demain, bref, c’est en y réfléchissant en « politique » au sens élevé du terme et non en « technocrate », que l’on peut apprécier avec justesse toutes les conséquences de la réforme proposée. En se plaçant à ce niveau de réflexion, on se convainc que la création des « métropoles » est une fausse bonne idée, alors même que du point de vue purement technique, cette structure nouvelle n’est pas même exempte de graves défauts. Il appartient donc à ceux des parlementaires, des élus locaux et des citoyens qui en auront pris conscience de lutter pour que cette malencontreuse novation disparaisse de la loi avant son adoption définitive. Francis CHOISEL

Annexe Exposé des motifs du projet de loi
(extrait)
« Rompant avec sa tradition centralisatrice, la France a engagé, voilà près de trente ans, une mutation profonde de son mode d'organisation institutionnelle et administrative. Établie par le général de Gaulle dès les années 1960, la nécessité d'entreprendre la décentralisation s'est concrétisée en 1982 avec l'impulsion décisive des lois Defferre. Le bilan de cette évolution, qui était absolument nécessaire, est indiscutable. Elle a contribué à la vitalité de notre pays, renforcé les libertés locales, libéré l'énergie des territoires et consacré une nouvelle forme de gestion publique, plus proche des citoyens. Pour autant, il n'est pas possible d'ignorer plus longtemps les défauts de notre organisation territoriale. La décentralisation s'est essentiellement focalisée sur les transferts de compétences mais n'a pas modifié les structures, sauf pour les ajouter les unes aux autres sans jamais retrancher, clarifier ou réorganiser.

Le résultat est un paysage institutionnel fragmenté qui a vu s'empiler au fil du temps un très grand nombre de structures administratives intervenant dans la gestion des territoires : communes, intercommunalités à fiscalité propre, syndicats intercommunaux à vocation unique ou multiple, syndicats mixtes (ouverts ou fermés), pays, départements, régions, État et Europe. Au morcellement des structures s'ajoute l'enchevêtrement des compétences. L'ambition initiale d'une répartition par« blocs de compétences » a progressivement cédé le pas à une situation où, du fait de la multiplication des acteurset des législations spéciales, la plupart des compétences sont partagées entre plusieurs collectivités territoriales ou encore entre elles et l'État. Les excès de la pratique des financements croisés, qui en est largement le corollaire, ajoutent encore un peu plus à la complexité. Il en résulte une perte d'efficacité pour l'action publique et pour les usagers des services publics, un coût élevé pour le contribuable, un manque de lisibilité pour le citoyen et une lassitude des élus locaux de terrain. Conscient de l'urgence qui s'attache à engager une réforme profonde de l'organisation territoriale de la France, le Président de la République a donc confié à l'ancien Premier ministre, M. Edouard BALLADUR, le soin de présider un comité pour la réforme des collectivités locales. Ce dernier, regroupant des personnalités faisant d'horizons politique et professionnel les plus divers, rapport en mars 2009. autorité, venues lui a remis son

Les conclusions de ce rapport forment le point de départ du présent projet de loi, pour lequel le Gouvernement s'est également appuyé sur les travaux et les réflexions menés par la mission temporaire du Sénat sur l'organisation et l'évolution des collectivités territoriales, présidée par le sénateur Claude Belot. L'ambition de ce projet de loi est triple. Il s'agit tout d'abord d'engager avec résolution un exercice de simplification et de clarification de notre paysage institutionnel pour ancrer durablement la décentralisation. Davantage que de poursuivre des transferts de l'État vers les collectivités territoriales, il convient de supprimer les structures devenues obsolètes ou redondantes, d'achever les regroupements nécessaires trop longtemps différés, d'articuler de manière plus étroite l'intervention des collectivités territoriales, de clarifier l'exercice des compétences entre les différents niveaux d'administration locale. Il convient ensuite d'adapter l'organisation territoriale aux défis de notre temps. Près de 80 % des 64 millions de Français vivaient en ville en 2008 contre un sur deux en 1936. Le développement des grands ensembles urbains, du fait de la concentration des populations et des habitats, réclame des politiques globales de plus en plus intégrées. Il faut donc réduire le décalage qui s'est installé en zone urbaine entre les besoins de la population et le mode d'administration du territoire qui n'est plus suffisamment adapté. C'est l'objet de la création des métropoles, qui consacre la spécificité

institutionnelle de nos grandes agglomérations en compétition leurs homologues européennes et internationales.

avec

Mais le projet de loi cherche aussi à répondre aux besoins spécifiques du monde rural. C'est notamment l'objet de l'achèvement et du renforcement de l'intercommunalité, qui constituent une réponse aux enjeux de la gestion locale dans les territoires ruraux. (…) TITRE II. - ADAPTATION DES STRUCTURES À LA DIVERSITE DES TERRITOIRES CHAPITRE IER. -MÉTROPOLES Un double constat s'est imposé ces dernières années, au fil des différents rapports consacrés à l'organisation territoriale de la France. D'une part, cette dernière n'a pas suffisamment pris en compte la montée en puissance du fait urbain qui réclame la mise en oeuvre de politiques publiques très intégrées. D'autre part, la compétition entre les grandes agglomérations, européennes ou internationales, n'a cessé de s'accentuer. Il faut donc proposer un nouveau cadre de gouvernance, plus adapté que celui des actuelles communautés urbaines. La création du statut de métropole par l'article 5 répond à cet objectif. La métropole est un nouvel EPCI, regroupant, sur la base du volontariat, plusieurs communes qui forment un ensemble de plus de 450 000 habitants d'un seul tenant et sans enclave. Elle est constituée pour conduire un projet d'aménagement et de développement économique, écologique, éducatif et culturel de son territoire. Elle disposera à cet effet de compétences élargies en matière de développement économique, d'urbanisme, d'habitat, de transport et d'infrastructures, d'éducation, dont certaines par transferts des départements et des régions. Au-delà d'un socle obligatoire, elle pourra passer des conventions avec les autres collectivités territoriales et l'État pour exercerdes compétences supplémentaires,nécessaires pour son développement et sa compétitivité. Le nouvel article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales fixe les modalités de création des métropoles. Deux hypothèses sont envisagées. Tout d'abord, la création de la métropole peut intervenir par regroupement de communes, à l'initiative d'une ou plusieurs d'entre elles. La création nécessite alors un accord des conseils municipaux des communes concernées à la majorité qualifiée (deux tiers des conseils municipaux représentant plus de la moitié de la population totale ou l'inverse). La création peut également intervenir du fait de la transformation (à périmètre constant ou avec intégration de nouvelles communes) d'un EPCI à fiscalité propre,après délibérations concordantes du conseil communautaire et des communes, lesquelles se prononcent selon les mêmes conditions de majorité qualifiée que celles indiquées plus haut. En outre, la création de la métropole nécessite l'avis du ou des conseils généraux et régionaux concernés, dans la mesure où la métropole est appelée à exercer sur son territoire certaines compétences des départements et des régions. Si les conditions sont réunies, la création pourra être décidée décret. Les métropoles auront une durée illimitée (article L. 5217-3). L'article L. 5217-4 fixe les compétences de la métropole. Par par

rapport

aux communautés urbaines, le champ d'intervention de la métropole est élargi et la notion d'intérêt communautaire est supprimée. Ainsi, la métropole est compétente sur l'intégralité de la voirie communale. Elle est compétente également pour les autorisations et actes relatifs à l'occupation ou à l'utilisation du sol. La compétence actuelle des communautés urbaines relative à l'équilibre social de l'habitat est remplacée par la notion plus large de politique locale de l'habitat. Ces compétences ne sont pas limitatives, les communes membres de la métropole ayant la possibilité à tout moment de décider de transférer à celle-ci des compétences supplémentaires, par exemple les écoles maternelles et primaires. La métropole reçoit de plein droit les attributions du département en matière de transports scolaires et de gestion des voies départementales. La métropole peut également, par transfert facultatif, avec l'accord du département, exercer la compétence en matière de collèges ainsi que tout ou partie des compétences en matière d'action sociale. De même, les compétences de la région en matière de lycées peuvent faire l'objet d'un transfert à la métropole si la région en est d'accord. La région et le département peuvent transférer à la métropole, d'un commun accord avec celle-ci, tout ou partie de leurs compétences en matière économique. À défaut d'accord, il est prévu le transfert automatique d'un socle de compétences économiques défini par la présente loi. Les compétences économiques sont en effet prioritaires pour la réussite des métropoles françaises dans la compétition urbaine européenne et internationale. En outre, si la métropole le demande, l'État pourra décider de lui transférer des grands équipements ou infrastructures situés sur son territoire. Les articles L. 5217-5 à L. 5217-7 organisent la substitution de plein droit de la métropole aux EPCI à fiscalité propre préexistants, le transfert des biens, droits et obligations attachés aux compétences transférées, et le transfert des personnels du département et de la région affectés à l'exercice des compétences transférées. L'article L. 5217-8 étend aux métropoles des dispositions applicables aux communautés urbaines, notamment en matière de conditions d'exercice du mandat de membre du conseil communautaire, dénommé conseiller de la métropole. L'exécutif de la métropole est appelé président du conseil de la métropole. Les articles L. 5217-9 à L. 5217-14 fixent le régime financier de la métropole. Le régime fiscal sera l'unification des quatre taxes directes locales. Celle-ci nécessitera une loi spécifique pour en fixer les modalités techniques. La dotation globale de fonctionnement de la métropole se composera des dotations revenant précédemment aux EPCI qui préexistaient (dotation d'intercommunalité et dotation de compensation des EPCI) et aux communes membres de la métropole. Les articles L. 5217-15 à L. 5217.21 organisent la compensation financière des transferts de compétences, suivant des modalités inspirées de celles habituellement en usage, notamment en matière de

transferts de compétences entre l'État et les collectivités territoriales, et dans le respect d'un principe de neutralité budgétaire. L'évaluation des charges transférées est placée sous le contrôle d'une commission consultative d'évaluation des charges, composée de représentants des collectivités intéressées et de la métropole. Elle est présidée par un magistrat financier. En l'absence d'accord unanime, la période de référence est de dix ans pour les dépenses d'investissement (cinq ans pour les routes) et de cinq ans pour les dépenses de fonctionnement. Une dotation de compensation versée par la région et le département assure la neutralité du transfert. Les charges transférées par les communes sont compensées par le transfert à la métropole des principales recettes fiscales et de la DGF. Les recettes transférées étant supérieures aux charges transférées, la neutralité budgétaire sera assurée par une dotation de reversement à la charge de la métropole et à destination des communes. L'article 6 est un article de coordination qui adapte divers codes et lois pour tenir compte de la création des métropoles et de la définition de leurs compétences. En particulier, il modifie le code de l'urbanisme afin de donner compétence au président du conseil de la métropole pour délivrer les permis de construire, d'aménager ou de démolir et les certificats d'urbanisme et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable.

Réforme territoriale Va-t-on vers l’ère du tout mégalo?
par Nicolas Stoquer
Un aspect méconnu de la réforme territoriale, version Nicolas Sarkozy, consiste à sacrifier les campagnes et notre réseau de villes moyennes au profit d’énormes mégapoles interconnectées entre elles à l’échelon international. Le projet de loi en cours d’adoption au Parlement représente selon certains le triomphe du lobby urbain et de la métropolisation. Les visées de la réforme sont en tous les cas pour le moins mégapolistiques et monopolistiques. Celle-ci appelle de ses vœux l’avènement de grandes oligopoles qu’elle confond avec les avancées de la modernité, sorte de condensé européen de la côte Est et de la côte Ouest américaine, fusion délirante et mégalomaniaque de New York et de Las Vegas. La politique traditionnelle de coopération et de solidarité, dont l’Etat en France a fixé les règles du jeu et assumé une fonction de régulation assurant un équilibre entre les territoires très urbanisés et concentrés et des zones non denses, est ainsi menacée par une réforme territoriale voulue par le gouvernement et censée répondre aux exigences et aux objectifs de compétitivité de Lisbonne, qui poussent à la constitution de grandes métropoles susceptibles de rivaliser avec les autres métropoles européennes ou mondiales. C’est une nouvelle politique d’aménagement du territoire très agressive, appliquant des principes de compétitivité et de concurrence condamnant les territoires « non denses », puisque la systématisation idéologique de la concurrence pratiquée par les autorités européennes les exclut, et en exclut les opérateurs économiques.

Les villes modernes, la Nation et l’émergence d’une problématique d’aménagement territorial
L’Histoire moderne est née dans les villes. L’Homme a pu échapper dans ce nouvel espace à la proximité cancanière comme à l’isolement propre aux petits villages. Par un paradoxe apparent, la ville, occupation, habitation de la terre, s’est séparée du lieu qui l’a vu naître. Originellement repaire, refuge d’un clan, d’une famille, elle est devenue un repère géographique, un carrefour présidant aux échanges et au brassage entre les groupes et les ethnies. Lieu de foire ou de marché mais carrefour de pèlerinage aussi ! Pensons aux routes de Compostelle ! Et les villes chemins de fer, aujourd’hui ville TGV… Ajoutons enfin la ville qui s’émancipe totalement de la terre qui l’a vu naitre, produisant des biens non agricoles, ville d’artisans et de bourgeois (habitants du ème « bourg »), et au XIX siècle, la ville industrielle autour de la mine, de

l’usine. La notion moderne de Nation est apparue dans ces villes qui avaient connu la dissolution des liens sociaux enracinés dans la famille directe ou dans les matrices symboliques traditionnelles quand, sous l’assaut de la modernisation, les institutions sociales furent de moins en moins fondées sur une tradition naturalisée et de plus en plus vécues comme relevant du contrat. On pourrait citer à ce titre les villes de l'Ouest quelques années après la révolution, qui furent républicaines, tandis que leurs campagnes environnantes restaient attachées, non pas à l'ancien régime, comme ont pu le faire croire certains manuels d'histoire, mais à une organisation sociale traditionnelle composée de la famille, du seigneur et du curé. Le fait que l’identité nationale est vécue comme étant au moins minimalement naturelle, comme une appartenance fondée sur le sang et le sol, et en tant que telle opposée à l’appartenance artificielle aux institutions sociales proprement dites (Etat, profession) révèle le besoin pour l’ensemble de la communauté d’une institution sociale naturalisée servant de socle commun neutre. C’est dans ce cadre national que s’est inscrite traditionnellement la politique d’aménagement du territoire en France cherchant à établir un équilibre entre zone fortement urbanisée et zones rurales. La solidarité nationale était ainsi invoquée pour assurer l’harmonie entre les territoires de la République. Il fallait corriger la problématique de « Paris et son désert », la gouvernance des territoires ruraux s’appuyant sur les cantons et les sous préfectures.

Les Métropoles denses

et les espaces non

Depuis au moins les lois de décentralisation des années 80, les objectifs, confrontés à une nouvelle réalité ont changé. Il faut maintenant assurer un équilibre entre un phénomène de métropolisation généralisée, autour des grandes agglomérations, et une interrogation sur la gestion de nouveaux espaces non denses qui ne se résument pas à l'espace rural, mais intègrent aussi bourgs et petites villes. Ce sont les fameux «territoires spacieux » (80 % de l’espace national et seulement 20 % de la population), les territoires où il fait bon vivre aux dires mêmes d’une majorité de nos concitoyens, car la France – cela fait partie aussi de son exception en Europe – a de l'espace, dans un monde où il se raréfie. Les exemples ne manquent pas de la réussite de cette politique d’aménagement du territoire, la Bretagne a connu un fort développement depuis vingt ans, en s'appuyant sur des investissements exceptionnels d'infrastructure, une pratique nouvelle de développement territorial souvent en pointe par rapport aux autres régions et un réseau de villes dynamiques. C’est le général de Gaulle qui lança le mouvement à la fin des années 60, pour circonscrire les tentations séparatistes. Avec deux axes principaux : le désenclavement qui est une particularité de la Bretagne avec des autoroutes qui, construites depuis cette époque et c’est à noter, sont gratuites, et le développement fondé sur les télécommunications (« Pleumeur-Bodou », première expérimentation du Minitel et cet été même

première région à basculer dans le tout-TNT). C’est ainsi l’Etat, la Nation, et non la région comme cherche à le faire croire aujourd’hui une certaine fable, qui sont les responsables du développement. Une volonté de l’Etat nation qui aura réussi en s’appuyant – il faut être totalement juste – sur la grande qualité de la main d’œuvre locale. Un Etat qui doit aussi savoir aujourd’hui composer avec une volonté locale qui n’est pas toujours et pas seulement le fruit d’un intérêt particulier s’opposant à l’intérêt général. Autres exemples, autres lieux, le Limousin et l’Auvergne, avec la fin de leur enclavement autoroutier, leur fort investissement dans le numérique et leurs politiques d'accueil, sont aussi des régions qui ont commencé à constituer de tels « territoires spacieux » qui attirent des populations nouvelles. Longtemps la France, par ses soutiens politiques ruraux, notamment les conseils généraux et ses agriculteurs, a pu résister aux phénomènes mondiaux et tendanciels de métropolisation. La fragilisation du département avec l’apparition de conseils territoriaux aux contours flous et à l’avenir incertain risque de briser cette résistance aux effets les plus néfastes de la mondialisation. C’est le cœur de l’organisation administrative de l’Etat qui est menacé sans que rien n’ait été prévu pour le remplacer. C’est l’échelon de base, l’élément premier et constituant de la Nation qui irrémédiablement va disparaître. La ville enracinée dans la campagne est féconde, culturellement et économiquement ; la ville déracinée en revanche est stérile. De même, nos agriculteurs se veulent des acteurs économiques à part entière. Si c'est grâce à eux que nous avons encore une agriculture, une vie rurale et des paysages de qualité, n’en faisons pas pour autant les « jardiniers » des urbains. La campagne n’est pas un parc d’attraction pour gens de la ville en promenade.

La réforme territoriale : création des métropoles métropolitains

et

des

pôles

L’article 5 du projet de réforme territoriale concerne la création des métropoles. « La métropole est un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) regroupant plusieurs communes d'un seul tenant et sans enclave qui forment, à la date de sa création, un ensemble de plus de 450.000 habitants et qui s'associent au sein d'un espace de solidarité pour élaborer et conduire ensemble un projet d'aménagement et de développement économique, écologique, éducatif, culturel et social de leur territoire afin d'en améliorer la compétitivité et la cohésion ». Le projet prévoit le renforcement des compétences économiques de la métropole (zones d'activités économiques, promotion à l'étranger du territoire) et l’élargissement de ses compétences facultatives exercées en lieu et place du département (action sociale en faveur des personnes âgées, aide sociale à l'enfance, tourisme, culture, sport). Il est aussi prévu d’associer de plein droit les métropoles aux schémas et documents de planification susceptibles de concerner leur territoire et de permettre le renforcement de l'intégration financière des

métropoles par le transfert (avec possibilité de reversement) de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de la dotation globale de fonctionnement des communes membres. Cette nouvelle structure qui se présente comme devant fonctionner peu ou prou sur le modèle PLM (Paris Lyon Marseille) et disposerait de la clause générale de compétence qui permet à toute collectivité, en dehors de ses domaines, prérogatives et compétences réservés, de s'investir dans une mission de service public qu'il juge importante, va de fait beaucoup plus loin et implique finalement l’hétérogénéité des territoires et des structures au regard de l’actuelle remise en cause de l’échelon départemental dans le cadre de la mise en place des conseils territoriaux aux compétences imprécises et à l’avenir indécis. Coexisteraient dés lors sur un même territoire national des départements affaiblis en milieu rural, et d'autres structures au fonctionnement et à l'influence plus affirmée en milieu urbain! Rien n’est plus opposé à l’idéal de solidarité nationale que de prévoir des administrations politiques locales à géométrie variable ou ne prévaudrait plus l’égalité entre les territoires et ceux qui les habitent, ou la péréquation entre ville et campagne n’opérerait plus. L’Allemagne du ème XIX siècle, avant de voir naître au sein de ses populations une prétention à un grand Reich, était habituée à voire cohabiter des « villes libres » avec des royaumes et diverses principautés de taille différente. L’alignement des provinces prévu par Bruxelles se fera sur le modèle des villes-régions allemandes actuelles ème (Hambourg, Brême, Berlin), des villes libres de l’Allemagne du XIX (Francfort, Brême, Hambourg, Lübeck) et des villes hanséatiques. Sans volonté politique affirmée, c’est le commerce et lui seul qui modèlera demain comme hier la géographie économique d’ensemble. Et tant pis si il y a des laissés pour compte. Le seul modèle concurrent d’une logique qui nie le particularisme français serait à chercher dans les villes Etats d’Asie, façon empire britannique : Hong-Kong, Singapour. Des villes sans racines, directement connectées à la mondialisation, enclaves territoriales à influence internationale, symbole de réussite économique, éphémère certes mais dont la simple notion de qualité de la vie est absente et le développement durable sans aucune garantie. C’est la transposition artificielle en France de systèmes complètement étrangers à notre culture dont la seule certitude est que la greffe ne prendra pas. Ce retour organisé à une forme indéniable de féodalité ou de vision impérialiste dépassée comme la France elle-même n’en a probablement jamais connue entre en contradiction avec le discours de ses promoteurs qui affichent l’ambition d’aller dans le

sens de la modernité triomphante. Les objectifs sont grandioses pour ne pas dire grandiloquents. La métropole se substituera aux communes en matière de développement et d’aménagement économique, social et culturel, d’aménagement d’espace métropolitain, de politique locale de l’habitat, de gestion des services d’intérêt collectif et de protection de l’environnement. Rien que cela… Les nouveaux mastodontes seront des métropoles technocratiques dont la compétitivité mondialisée devrait servir de pôle d’attraction aux entreprises à dimension mondiale. On nous parle même de « ville monde » concernant le projet du Grand Paris. Avec leur subtilité habituelle, nos nouveaux promoteurs nous présentent l’évolution comme inéluctable au risque de quitter le cours de l’Histoire et de voir nos villes se transformer en musée pour touriste nonchalant. On note aussi subrepticement que la future « Société du Grand Paris » sera constituée en société anonyme avec la possibilité d’expropriation et d’urbanisation sur quatre fois la surface de Paris, ce qui s’apparente ni plus ni moins à une privatisation de l’espace public et à la mise en place de villes privées sur le modèle nord américain, dont on sait aujourd’hui qu’elles peuvent faire de retentissantes faillites. Et cela sans parler de l’ajout à ce modèle américain de vieilles méthodes nationales peu recommandables cette fois-ci où la société d’économie mixte tient lieu d’alibi pour corrompus ou pour justifier le fait du Prince. Les années Mitterrand furent particulièrement prolifiques en la matière comme il est pour le moins étonnant de voir nommer encore aujourd’hui à la tête de ce genre d’organisme un protégé du pouvoir ou un rejeton du Président. Mais pour couvrir les rumeurs de banqueroute et d’affairisme, on en rajoute par des grandes déclarations d’amour et de belle profession de foi européenne. Ainsi le grand Paris ne peut se concevoir que dans un cadre global et systémique, s’inscrire que dans la géométrie du triangle Londres, Paris, Rotterdam. Et pourtant, il y a plus que l’ombre d’un soupçon que tout cela ne servira au final que la mondialisation débridée. Pourquoi donc Bruxelles s’y retrouverait-elle plus que Paris dans cette prise d’indépendance des mégalopoles ? La dernière mode dans les milieux du luxe et de la haute couture n’est elle pas la signature « Paris, Tokyo, New-York » ? Au jeu de massacre ou le plus archaïque, c’est toujours l’Autre, on en vient un jour à être le ringard du plus snob que soi !

La suppression de la base juridique du Pays
Pour parachever l’œuvre de destruction entreprise, sacrifier pleinement aux dogmes de l’Europe et de la mondialisation, le projet de loi s’attaque sous couvert de rationalisation du millefeuille territorial français et de réduction du nombre d’échelons administratifs, au seul outil de gouvernance des territoires, le « pays », en supprimant sa base juridique inscrite dans l'article 22 de la loi d'orientation et d'aménagement du territoire et le dispositif de la loi Pasqua de 1995. C'est dès lors à bon droit que les associations d'élus du monde rural font à l'heure actuelle circuler une pétition pour que l'on revienne sur cette disposition du projet de loi sachant que ce dispositif permettait aux territoires organisés de mener des actions en faveur du rapprochement des EPCI à fiscalité propre en impliquant les acteurs socio-

économiques, notamment en milieu rural, dans un objectif équilibré d’aménagement et de développement du territoire, cela en liaison avec les parcs naturels régionaux et les schémas de cohérence territoriale – les SCOT – généralisés dans le cadre du Grenelle de l’environnement et en s’appuyant sur une contractualisation renouvelée et une prise en compte des pays pour l’organisation des services publics. Le projet de loi s’achemine pour sa part dans une direction opposée, celle de la mise en concurrence des territoires, au mépris des équilibres à l'intérieur des régions. Cette réforme signifie donc la casse du modèle d'équilibre territorial. Créer les Métropoles et supprimer les Pays, c'est reproduire à l'échelon régional un déséquilibre entre une ou deux grandes villes, qui concentreraient l'écrasante majorité des ressources et des activités, et les territoires périurbains ou ruraux, réduits aux fonctions de villes-dortoirs ou de lieux de villégiature. Jusqu'à présent, le maillage du territoire par les villes petites et moyennes, qui fait la particularité et la richesse de nombre de territoires en France, est encore une réalité, malgré les menaces de fractures territoriales que l'on connaît. Il constitue par exemple un des facteurs clés de la qualité de vie en Bretagne. Ainsi qu'en sera-t-il demain si Rennes et Nantes devaient acquérir toujours plus de compétences ? Dans quel sens les vases communiqueraient-ils ?. L'aire métropolitaine va-t-elle « irriguer le territoire », ou bien va-t-elle capter le dynamisme breton au détriment de la Bretagne occidentale ou rurale ? Le précédent des « villes TGV » à une heure de Paris n’incite pas à l’optimisme. Elles induisent un certain développement par rapport aux autres villes, mais la fuite des élites en direction de la capitale et le manque de développement local dresse un tableau contrasté et globalement négatif.

La mutation de l’idée européenne
A l’échelle européenne, niveau auquel se situent les initiateurs de cette réforme, la question est résiduelle. Il ne s’agit en effet plus d’aménager et d’équilibrer un territoire national mais un espace bien plus vaste, à l’échelle d’un continent. En changeant d’échelle, les eurocrates changent de logique. Il ne s’agit pas tant et uniquement de mettre en concurrence de grandes métropoles selon une critique attendue du modèle libéral européen que de substituer aux notions de territoires, de pays, impliquant l’idée de frontières, de limites, de centres et de périphéries celles de l’interconnexion des grands pôles urbains, de réseau métropolitain. Il n’est alors d’autres souverains biens que de subvertir les obstacles, de confondre les logiques frontalières. Le projet de l’Europe « jacobine », supranationale et technocratique, a vécu. L’idéalisme républicain avait trouvé à se sublimer dans ce projet de construction d’une Europe puissance qui inspira un certain génie français de Victor Hugo à Jean Monnet. Il s’agissait de reproduire au niveau bruxellois un super-Etat nation avec un découpage administratif adapté correspondant à quelque chose près aux Länder allemands ou aux puissantes régions espagnoles, en lieu et place des anciens départements français. Les vieilles nations européennes étaient bien évidemment condamnées à dépérir et enfin à disparaître, prises en étau qu’elles seraient entre une entité supranationale et un découpage infranational faite de grandes régions administratives. La trop grande abstraction de cet idéal européen, son refus obstiné de se fonder sur le principe de réalité, son incapacité à

faire émerger un simple embryon de peuple européen fit apparaître la construction européenne en complet décalage avec les opinions publiques nationales. L’échec en 2005 du projet de constitution européenne marqua l’échec définitif de cette entreprise prométhéenne. L’Europe telle qu’elle procède dorénavant du traité de Lisbonne emprunte à une toute autre logique, fondée sur une approche pragmatique chère à l’idéologie anglo- saxonne. Les grandes métropoles régionales sont remises à l’honneur, des traditions imaginaires et lyriques que des logiques nationales auraient cherché à faire disparaitre sont ressuscitées pour les besoins de la cause par des tours de passe-passe qui tiennent autant de la taxidermie, de l’art consommé des ventriloques et du folklore que du surnaturel. On flatte le patriotisme régional avec l’improbable terminologie anglaise de « cluster » fournissant l’illusion aux populations de maîtriser à l’ère de la mondialisation l’ensemble de la chaîne de production d’une activité donnée. On tente de faciliter les rapprochements transrégionaux et transfrontaliers qui mettent à mal le découpage administratif qui fait le socle de base de la nation et brouillent les frontières entre les Etats. Les institutions bruxelloises trouvent ensuite dans les pôles métropolitains des partenaires intéressés tout comme eux à l’abaissement des prérogatives des structures étatiques. Leurs intérêts croisés poussent à la connivence, engendrant une reconnaissance et une promotion mutuelle. Les politiques européennes d’harmonisation territoriale passent maintenant par ses grandes capitales régionales, court-circuitant l’échelon national. Demain, les grandes mégalopoles seront assurément les premiers contributeurs financiers de la superstructure européenne. Si un impôt européen voit le jour dans l’avenir, c’est sur cette base locale qu’il s’établira. Il concernera le futur citoyen du monde de villes comme Barcelone, métropole qui n'est plus espagnole depuis longtemps. Elle est internationale, sans identité vraie, entièrement livrée au profit du tourisme estival et universitaire. Il y a plus de Français, d'Anglais, de Polonais, de Péruviens que d'Espagnols à Barcelone. Avec tous les inconvénients que cela engendre, dont la problématique du logement, cher et inconfortable.

Les conséquences de la métropolisation
La logique revendiquée des réseaux et des connexions entre pôles urbains, outre le phénomène de densification qu’elle engendre, conduit à une forme d’externalisation des problématiques posées à la structure qui loin de produire de l’altérité, de la différence, une antithèse susceptible d’être dépassée par une dialectique propre au processus historique, laisse subsister à côté de la nouvelle réalité triomphante des déchets inassimilables au système. Bienvenue dans l’ère des surnuméraires et des laissés pour compte ! Les futures mégalopoles matricielles produiront ainsi toujours plus de friches industrielles, de déserts urbains ou ruraux, de pollutions atmosphériques et sonores liées à une densification non maitrisée. Elles verront se multiplier à leur surface des bulles spéculatives touchant particulièrement l’immobilier rejetant des populations toujours plus loin des centres, dans des périphéries qui deviendront en fait des confins. Ces mêmes populations se devront par ailleurs d’être toujours plus mobiles, sans attache pour satisfaire

économiquement au nouveau Moloch urbain. Ce dernier encouragera par ailleurs, du fait de ses activités, une immigration massive et endémique. Les coûts exploseront littéralement du fait du dépassement des masses critiques. Les phénomènes de contagion seront de plus en plus dévastateurs à mesure que ce monde fera tomber les frontières pour faciliter et accroître les interconnexions. Les crises économiques, loin de trouver une solution dans une mise en réseau accélérée de notre réalité, naîtront et puiseront leur force redoublée dans cette marche enthousiaste vers les précipices. Cette post-histoire européenne rejoindra finalement la préhistoire de l’Occident, avec la vision des cités concurrentes de la Grèce antique perpétuellement en guerre les unes contre les autres pour des questions de reconnaissances et d’émancipation politiques et commerciales. Il manquera à cet univers le récit plein de charme de l’épopée d’Homère voyant émerger dans la souffrance et la douleur de nouvelles formes de vie et de sociabilité. L’enfer de Dante pourra néanmoins fournir une vision approchante d’un spectacle qui emprunte de moins en moins à la science fiction et de plus en plus à notre quotidien. Le lyrisme en plus ! N.S.

Prélude à une administration territoriale européenne
ou quand les Jacobins organisent la suppression des départements et des communes
par Guillaume Henseval
Les collectivités territoriales ne parlent pas beaucoup aux Français. Comment expliquer simplement et efficacement une chose si compliquée, enchevêtrée ?... Quand on découvre que des concitoyens sont persuadés d'aller élire un préfet aux cantonales, on désespère un peu de parvenir à quoi que ce soit d’intelligible dans ce domaine. Comprenez maintenant que ce n'est pas cette ignorance fréquente du fonctionnement politique et administratif local qui est particulièrement blâmable. Comment en vouloir à ces compatriotes qui n'ont pas vu passer la « décentralisation » et qui confondent exercice du pouvoir central dans le département et compétences électives territoriales départementales ? Impossible quand on sait l'inextricable millefeuille que nos législateurs combinent depuis quarante ans dans le domaine. A force de ménager la chèvre et le chou, tout devient compliqué. Et quand tout est compliqué, que les ficelles sont cachées, la manipulation n'en est que plus aisée. A ce sujet on peut d'ailleurs constater une distorsion importante entre la pratique citoyenne d'un territoire et sa réalité politico-administrative. Plus prosaïquement, à qui s'adresse en premier lieu, un artisan qui a besoin d'un terrain pour son atelier? Au maire, à 98%. Sauf que si sa commune fait partie d'une communauté de communes, c'est au président de la dite communauté de communes que notre artisan doit s'adresser. En effet, le « développement économique » est une compétence obligatoire de la communauté de communes, dés lors que celle-ci se trouve créée. Qui le sait? Pas grand monde. D'autant que si c'est le maire de l'artisan qui est également président de la communauté de communes, la confusion des genres devient facile. Sans oublier ces Maires qui entretiennent volontairement la confusion: ils ont cédé au mirage des incitations financières mais ne lâcheront jamais leur mairie. Ils ne sont pas vice-président de leur communauté de communes mais avant tout maire de la leur, de commune ! Un autre frein, en dehors de ces considérations, rend l’exercice périlleux. Car l’on distingue trois catégories de personnes peu propices à comprendre lorsque l'on aborde le thème de la gestion

territoriale : les hermétiques, les praticiens et les juristes. Les béotiens décrits plus haut, leur méconnaissance relative les empêche d'avoir la justesse d'un jugement, ou quand ils font l'effort de piétiner les potagers de la vallée en regardant les sommets enneigés du phénomène à gravir, préfèrent abandonner avant le coup de feu du départ. Si vous vous reconnaissez dans cette rapide description, personne ne pourra vous en vouloir de stopper cette pénible lecture. Viennent ensuite les praticiens. Véritables équilibristes des collectivités, ils vivent (et souffrent) au jour le jour des complexités imposées, de l'ubuesque et désespérante administration française. Ce sont eux qui tentent quotidiennement de satisfaire des décisions d'élus pas toujours en conformité avec les dispositions législatives et réglementaires. Bref nous parlons des fonctionnaires territoriaux. Et plus spécialement des directeurs de service. Ce sont eux qui connaissent le mieux le sujet. Il y a des directeurs de structure de coopération intercommunale, autodidactes, qui en apprendraient tous les jours à des universitaires prétentieux... Dernière catégorie, et pas des moindres, les juristes. Dans le domaine on ne saurait trop vous conseiller la lecture des ouvrages de Maurice Bourjol, éminent professeur de droit public à la faculté de Tours. Ou l'art et la manière d'expliquer simplement, efficacement, toute ce « fatras ». « On nous a eu à la vaseline... » disait-il à ses étudiants à propos de la loi ATR 1992 ! Venons en maintenant au fait ! Ou essayons du moins ! Qu'est-ceque cette histoire de nouvelle collectivité territoriale appelée « métropole »? Qu'est censée apporter cette nouvelle structure? Va-t-elle se superposer à des structures existantes, ou bien remplacer des collectivités? Va-t-elle permettre de conserver un maillage territorial efficace et équitable? Est-elle destinée à composer le territoire d'une nation française identifiable? Ou constitue-t-elle un moyen de parvenir à un nouvel échelon européen intra-communautaire? Constitue-t-elle un outil de découpage électoral acquis à la majorité actuelle ou pourra-t-elle remplir son rôle originellement républicain de gestion locale socio-économique?

Quelques notions
Avant toute chose quelques repères historiques. Il serait inopportun de parler de la nouvelle collectivité « métropole » sans quelques rappels. En premier lieu la France est, traditionnellement, un pays méfiant vis-à-vis de l'existence et de l'expression de pouvoirs locaux ou régionaux. Il n'y a qu'à se rappeler comment l'Etat français s'acharna à affaiblir des pays comme la Bretagne de toute influence politique, sociale et culturelle. De peur d'une prise d'indépendance locale qui eut nuit à la recherche de cohérence territoriale. Qui eut nuit à la force d'une nation dont certains croient que l'existence politique ne vaut que par ses frontières. Qu'on le veuille ou non. C'est ainsi que les agents d'Etat civil «francisèrent »

arbitrairement des noms Bretons... La langue elle même, facteur de différenciation et donc d'indépendance potentielle fut interdite dans les écoles de la République. Le « jacobinisme », qui lutte pour un pouvoir central fort, coule souvent dans les veines des hommes de pouvoir. D'autres nations que la France, pour des raisons culturelles et historiques, ont organisé plus rapidement la coopération de pouvoirs locaux et centraux. En France il fallu attendre les années 1980 pour entériner le pouvoir de décision des maires des 36.000 communes. En devenant responsable de son budget, le maire n'avait, par exemple plus besoin de l'autorisation d'un fonctionnaire d'Etat pour refaire la voirie du centre ville. Disparition du contrôle d'opportunité des dépenses locales. Au profit du simple contrôle de « légalité ». Il serait trop long de faire une description des collectivités locales en France. Nous nous bornerons à rappeler l'existence des communes, des syndicats de communes à vocation unique ou multiple (syndicats d'eau et d'électricité par exemple), des départements, des régions, des structures de coopération intercommunales comme les communautés urbaines et communauté de communes. S'il n'y avait qu'une seule chose à connaître dans cet ensemble de pouvoirs politiques locaux, ce serait la « répartition des compétences » entre les structures. Autrement dit qui fait quoi ? Pour cela il faut se reporter au Code Général des Collectivités Locales. Sans oublier le principe fondamental de « clause générale de compétence » dont nous reparlerons rapidement. Sachez simplement qu'il y a nombre de compétences à se chevaucher ! Exemple : le développement économique. Qui s'en occupe ? Ou qui peut s'en occuper ? Réponse : la région, une communauté de communes appartenant au territoire de cette région, par l'intermédiaire d'un SCOT ou non..., une association selon la loi de 1901 financée par la commune, la commune elle même. Enfin la particularité de la France est d'avoir contribué à la création d'une Europe elle-même jacobine, tout en décentralisant de l'Etat, de Paris, vers les territoires locaux ! L'Etat français est ainsi de moins en moins puissant. Et ce n'est pas l'omni- présidence ni le présidentialisme de Nicolas Sarkozy qui changent la donne. La France a abandonné des compétences à l'échelon supranational, tout en déléguant des compétences vers le « bas » autrement dit vers les collectivités locales... Viennent alors à l'esprit les mots « souveraineté » et « territoires », des territoires régionaux au sens naturel du terme. Le fil directeur ayant conduit le législateur français à se faire à l'idée d'une décentralisation ? On ne saurait le dire. Ce que l’on peut en revanche affirmer c'est que d'une part, les maires de France comme d’ailleurs leurs administrés sont attachés à leurs rôles. Qu'ils sont clairement identifiables du public. Et que, d'autre part, l'Etat profite pleinement de la décentralisation en confiant de plus en plus de compétences aux collectivités, et en s'abstenant, au passage, de leur

donner les moyens financiers nécessaires à l'accomplissement des missions de service public. On comprend dès lors l'impopularité de la pratique institutionnelle puisque les collectivités ne peuvent assurer correctement le « désengagement » de l'Etat. Les concessions de service public font monter les coûts de transport, ou d'acheminement de l'eau par exemple... Et les impôts augmentent. Pour être simpliste on dirait que les Français paient plus cher des services publics dont la qualité baisse.

La métropole,késako ?
Nicolas Sarkozy avait prononcé un mot clef de son grand chantier de la réforme territoriale en parlant de la diminution des échelons de collectivités pour en limiter le coût.. Comme d'habitude, non seulement les échelons ne sont pas réduits mais encore en crée-t-on de nouveaux. Nous aurons droit à trois nouvelles couches ! – La « commune nouvelle », dont un rapport du Sénat explique très bien l'inspiration « Marcelline » (de la loi Marcellin 1971 sur la fusion-coopération des communes). Loin d'être anecdotique, cette loi prévoyait de limiter le nombre de communes comme d'autres pays ont su le faire. Les Belges y sont parvenus avec 75% des communes fusionnées. La France a échoué. Le même plat ou presque nous est maintenant ressorti puisque l'idée est de créer une nouvelle grosse commune dont l'administration serait proche du fonctionnement PLM (Paris-Lyon-Marseille). – La « métropole » pour les bassins de plus de 500.000 habitants (finalement 450000 pour faire entrer dans le giron une grosse communauté urbaine, Strasbourg). L'objectif n'est, ni plus ni moins, que de supprimer le département dans ces grosses agglomérations puisque les compétences départementales seront transférées à la métropole devenant alors une communauté urbaine autonome et puissante. On nous parle de substitution... dans la mesure où les futurs conseillers territoriaux siègeraient en même temps au Conseil général et au Conseil général. Mais nous le verrons tout est fait pour « tuer » le département, sans en avoir l'air. – Le « pôle métropolitain » destiné à tenter de coordonner l'ensemble. Bon courage! Alors cette métropole ? Sachez par exemple que les modalités de leur création ne prévoient qu'un avis consultatif des Conseil Généraux ! Leur création sera à l'initiative des élus municipaux et/ou élus de structures de coopération intercommunale selon la règle de la sacro-sainte majorité qualifiée (2/3 des voix représentant la moitié de la population ou la moitié des voix représentant les 2/3 de la population). La création à l'initiative du

préfet est bien sûr présente, l'Etat se réservant toujours ce droit à l'initiative en terme de création de collectivités, voire dans certains cas, la décision de création unilatérale elle-même. Remarquons tout de même que suite à l'initiative de l'Etat par l'intermédiaire du préfet, la même consultation à la majorité qualifiée est requise... Tout de même.

Les conséquences d’une telle réorganisation ?
Tentons de voir maintenant les conséquences de la création d'une telle entité. L'hétérogénéité organisée des territoires et structures. ! En premier lieu, il apparaît tout bonnement incroyable que les dispositions de la réforme territoriale condamnent sans aucun dialogue un échelon politique local aussi important que le département. Car le cœur de la réforme semblait bien résider dans l'affaiblissement des Conseils Généraux avant que le Sénat ne rende cette décision caduque en la renvoyant à un texte de loi futur. Nous en voulons pour preuve la tentative échouée pour l’instant de suppression de la « clause générale de compétence » qui permet à toute collectivité, en dehors de ses domaines, prérogatives et compétences réservés, de s'investir dans une mission de service public qu'il juge importante. Cette disposition ultra-avantageuse pour la collectivité « métropole » peut s'expliquer de la manière suivante. En supprimant cette clause d'intervention, originellement à l'initiative des Conseillers Généraux, on limite de fait la concurrence possible du département avec ces nouvelles structures! On imagine facilement l'issue d'un conflit de compétence entre le département et une nouvelle structure de coopération intercommunale. Le département qui voudrait, pour une raison politique, ou d'exercice jugé de sa compétence, conserver toute ou partie de ses prérogatives serait automatiquement mis en concurrence déloyale par cette disposition. On mesure la perversité des initiateurs de la réforme... Notons toutefois que la clause de compétence générale amène à ce que tous les échelons fassent tout. Du culturel, de l’économique, du social, etc. Parce que sinon l’électeur pensera qu’on s’en désintéresse. Même si on lui dit que ce n’est pas dans les compétences prioritaires de la collectivité, il constate que d’autres collectivités de même niveau le font. Cela amène des dépenses inutiles, des circuits de décisions inextricables – « tours de table » – voire des contradictions. Cet argument était à l’origine un des prétextes des initiateurs de la réforme. Ensuite comment imaginer qu'il soit possible, sur un même territoire national, d'avoir des départements affaiblis en milieu rural, et d'autres structures fortes au fonctionnement et à l'influence différentes en milieu urbain!? C'est absolument contre-républicain de prévoir une administration politique locale à deux vitesses sur un même territoire national ! Alors même que les collectivités

locales sont « territoriales », autrement dit constitutives de l'ensemble territorial français!! On marche sur la tête... Consacrer une différence politico-administrative sur le territoire national est une négation même du principe de « territoire national », justement.. Territoire national constitutif et identifiant de la nation française même ! On distingue la portée phénoménale de cette réforme dont les effets sont désolidarisants et déstructurants de la nation De manière plus pragmatique cette destruction organisée de la nation va de pair avec un refus de « République » dont la devise d'égalité ne devrait pas avoir uniquement valeur de dessein. Les métropoles vont consacrer la puissance de villes déjà puissantes quand les campagnes seront saignées à mort. Peut-on accepter encore une fois l'enrichissement des riches au détriment des plus démunis ? Où s'intègreront les nouvelles entreprises sinon sur les territoires métropoles ? Cette remarque « poncive » à vos yeux est tant déterminante qu'inacceptable en ce sens que ce sont les élus nationaux et locaux qui accepteront et érigeront l'inégalité comme principe de fonctionnement communautaire. Inadmissible ! Que deviendront ces supers puissances locales? Des mégalopoles inhumaines où il faudra gagner trois fois le Smic pour pouvoir louer un studio. Des « Paname-bis » entièrement acquis au profit ? Remplis de jeunes chefs d'entreprises à roulette, qui, pour se rendre à leurs bureaux gazeront du scooter de luxe à 10.000 euros. Des zones d'accueil industrielles sur les campagnes inter-mégalopoles ? A l'heure de l'écologie, ce n'est pas spécialement souhaitable. Où iront loger les jeunes travailleurs qui ne pourront payer d'habitation en centre ville ? Aujourd'hui à Nantes, un jeune couple avec deux enfants et émargeant à 5.500 euros par mois, doit aller jusqu'à 30 ou 40 km pour trouver des tarifs immobiliers acceptables. Quand ce monstre prétentieux et laid de « Nantes-Métropole » aura les moyens d'asseoir sa super puissance, où iront loger ses familles ? A Tours, à Vannes, à Angers? Nous avons eu « Paris et le désert français » nous aurons bientôt « les métropoles et les déserts français ». Ajoutons à cela le coût pour le contribuable de gestion des mégalopoles : autoroutes urbaines, métros, enlèvement des ordures, banlieues difficiles, etc. et du rural dépeuplé. Une répartition harmonieuse sur le territoire est beaucoup moins coûteuse à entretenir.

La préparation d'une étape d'intégration européenne supplémentaire
Que cache donc cette « mégalopolisation » territoriale toute acquise au profit? A notre sens cette réforme n'est malheureusement qu'une étape vers

l'acceptation d'une intégration européenne aboutie. La conséquence inexorable de l'affaiblissement des prérogatives nationales et du pouvoir central délégué à l'Europe consacrera une France « coquille vide », morcelée de collectivités différentes. L'abandon de la souveraineté nationale conduira ainsi au délitement fonctionnel de la nation qui trouvera ses raisons de pouvoirs dans l'existence de cités européennes, accessoirement situées sur le territoire français. Nos enfants ne diront plus : « Je suis français et j'habite Nantes », mais : « Je suis citoyen de Nantes Métropole et européen »... Il y a donc transfert concomitant des pouvoirs politiques et économiques pour des territoires fantômes sans caractéristiques nationales, sans unité de respect mutuel et social, sans rien même de ce que l'histoire a consacré, la France ! Les hommes politiques mêmes n'auront plus d'intérêt à briguer des postes et mandats à l'échelon national. Ils n'ont déjà que peu de moyens avec, paradoxalement, beaucoup de pression sur des postes ministériels. Ils choisiront des mandats « métropole ». Assurance de puissance à l'échelon supranational : au niveau européen ! On comprend mieux le positionnement du fils du président à la tête d'un grand établissement public... Nous parlons ici de certains élus, ceux des grandes villes, qui trouvent dans cette brèche législative chaussures à leurs pieds. Pour la majeure partie des élus locaux, maires de petites villes de campagne et des villes urbaines à taille humaine, la réforme sera la même punition que pour nous administrés français.

Quid du jacobinisme?

centralisme,

du

On entend que cette réforme territoriale est un retour en arrière, un sursaut centralisateur. Que doit-on en penser? Il est vrai que le système de gestion territoriale à géométrie variable est prévu dans la réforme. Un département pourrait fusionner avec un autre département, des « communes nouvelles » (traduire communes fusionnées) avec le couple infernal communauté urbaine / département constitutif de la « métropole »... En ce sens oui, il s'agirait de centralisme. En affaiblissant ainsi les échelons référents et moteurs du paysage territorial, on renforce par là même la puissance centrale. Elle même aux manettes de réformes déstabilisantes. Mais nous allons malheureusement au delà de ce simple recadrage de pouvoirs. Comme suggéré plus haut, nous avons affaire à une nouvelle notion terrifiante, sous la forme de la « décentralisation choisie ». On ne

concentre plus les pouvoirs à Paris mais dans ces futures cités très indépendantes que seront les métropoles. On ne peut s'empêcher de penser alors à l'instabilité politique d'un tel pseudo maillage territorial. Des images viennent. Celles des cités Grecques de l'Antiquité, continuellement en guerre pour des raisons d'émancipation commerciale et politique. La similitude envisagée est plus que troublante. Sans « territoire » unifié sur lequel s'appliquent des lois identiques et égalitaires, nous aurons des « villes nations » européennes, indépendantes, incontrôlables... et concurrentes. N’était-ce pas déjà l’effet pervers de la décentralisation Defferre ? Concurrence pour accueillir les sièges d’entreprises, par exemple. Des « féodalités » donc plus encore que les cités grecques car la féodalité, historiquement, est née d’un démembrement de l’Etat central. Faut il aussi ajouter le caractère anti-démocratique de la variété des statuts. Les gens déménagent ! On l’oublie toujours dans les questions de structures locales alors qu’on n’arrête pas de réclamer par ailleurs la mobilité de l’emploi ! Or s’il faut réapprendre les compétences locales à chaque déménagement... Nous voyons bien par exemple que pour un Parisien qui déménage dans les Hauts-de- Seine, c’est très dur de comprendre ce qu’est un conseiller général. D’où, d’ailleurs, de l’abstentionnisme. Et le « jerrymandering » Que vient faire ici une salamandre, direz-vous ?! C'est dire que l'innocence des élus acquis à la réforme est bien surfaite. Les raisons cachées sont bien là. En autorisant une commune membre d'un département limitrophe à rejoindre une métropole existante (située rappelez-vous en sur le territoire d'un premier département), qu’encourage-t-on ? La coopération intracollectivité ? Non ! L'initiative locale ? A d'autres ! Non, le sens caché de cette géométrie variable est de permettre un redécoupage électoral potentiellement profitable.. On le sait, la lutte politique, naturelle, ne lâche pas les élus. Il faut récupérer telle ou telle commune de tel ou tel territoire pour composer un « espace » de droite ou de gauche. Le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT cité plus haut!) est l'objet

de débats souvent plus politiciens que communautaires. Avec cette réforme on aurait donc la possibilité de remanier le territoire local électif à la guise des élus de la majorité (de droite ou de gauche) ! Déjà la constitution des communes façon Jean Pierre Chevènement a abouti surtout à ce que les communes de même couleur politique se regroupent. C’est la logique politicienne et non territoriale qui a présidé à leurs limites ! Sans compter les incompatibilités d’humeurs entre maires, qui ont conduit à ce qu’ils se regroupent différemment ou pas du tout, ou les rivalités entre ceux qui voulaient – voudront – être président de communauté et ne voudront pas être sous la coupe d’un autre.

Que peut-on conclure?

en

Le thème gravissime de la réforme territoriale est le délitement de la nation française par la destruction territoriale et politique de ses « pays » constitutifs. Il faut s'opposer avec toutes les forces possibles à cette édiction antirépublicaine, ce principe fondamentalement inégalitaire de distinction des pouvoirs. L'accomplissement de ces mesures conduira à la perte totale de souveraineté populaire, après que la souveraineté nationale a été mise à mal, volée aux Français et vendue à l'Europe. La France est, en ce bel été indien, dans une perdition sans mesure, dont nous aimerions bien que les concitoyens prennent mesure. Sans quoi nous ne pourrions répondre de rien. Apatrides dans notre propre pays, est-ce notre avenir? G.H.