Autorités cantonales et communales, Chers amis du Val d Anniviers, Mesdames et Messieurs

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Alors que je préparais l intervention de ce soir dans un café sierrois cette semaine, une connaissance m a abordé pour me demander ce que je pouvais bien griffonner. Lui ayant expliqué le périlleux exercice, il m a expliqué que selon les statistiques officielles, seul 3 % des personnes présentes écoute effectivement les propos tenus ; et encore parfois d une seule oreille. 35 % des gens ne sont pas de la même langue que l'orateur, 23 % sont distrait par les pétards et les fusées, 11 % demande à leur voisin: qu'est-ce qu'y dit ? 14% attend de pouvoir recommander au bar (ici peut-être un peu plus), 8 % s'inquiète de savoir si ce sera

long et enfin 6% avoue être là par hasard. Il ajouta ensuite que pour moi, ressortissant de la rive droite, le pourcentage d écoute sera encore plus bas. Vous imaginez donc comme ce fut facile de m y remettre après ces chaleureux encouragements

Nous fêtons aujourd hui l amorce du processus d unification de notre pays. Ils étaient 3 voilà 720 ans, nous sommes 26 aujourd hui. Si l évènement a depuis longtemps été récupéré de tous bords, quel sens revêt-il en 2011 pour un habitant d une région périphérique comme le Valais ?

Tout d abord notre canton est arrivé dans la Confédération parmi les derniers, en 1815, après de multiples péripéties et un passage mouvementé par la France républicaine. De plus nous avons notre propre hymne, notre drapeau à 13 étoiles, notre propre gouvernement, un évêque pour nous tout seuls, un gouverneur-sénateur, une équipe de

foot mythique et surtout un tempérament frondeur et un caractère indépendant, têtu diront certains. Nous sommes fiers de vivre dans le plus magnifique canton du pays et possédons une ironie certaine à l encontre de nos voisins Confédérés. A quoi bon alors agiter des lampions, admirer la nouvelle coupe de Micheline sur la TSR et chanter un cantique dont la plupart ne connaissent que la première strophe, et encore seulement pour les rares ayant effectué leurs obligations militaires.

Néanmoins certains sont passés maîtres dans l art de la récupération de traditions nationales. Alors que personne ne voulait mettre les pieds dans cette prairie humide et quasi impossible d accès, voilà que tout le gratin politique se presse au Grütli depuis dix ans afin d y expliquer que Walter, Arnold et Werner sont leurs modèles et pas ceux de leurs concurrents.

Au-delà de ce patriotisme ronflant dont certains sont friands, un héritage existe cependant. Il est moins spectaculaire mais bien plus instructif. Je retiendrai deux enseignements essentiels du Pacte fédéral : la souveraineté et la solidarité.

La souveraineté : je devrais selon les convenances porter fièrement la croix blanche sur fond rouge et clamer haut mon attachement à cette souveraineté si chèrement acquise face à l oppresseur Habsbourg. Mais sommes-nous encore véritablement souverains comme certains de mes collègues orateurs le prétendront aujourd hui. Si notre souveraineté politique existe encore, notre souveraineté économique et monétaire est une souveraineté de façade. Les difficultés rencontrées face au franc fort en sont un exemple probant. Malheureusement les conséquences de

ces fluctuations virtuelles sont des plus réelles pour certains secteurs clés de notre économie, pour le tourisme dont beaucoup de nos concitoyens vivent. Allié à un début d été plutôt maussade, ce franc surévalué fait des ravages. Les réponses proposées à ce mal sont peu crédibles et notre salut viendra d un rétablissement dans la zone euro et consécutivement à l appréciation de la monnaie unique. Les solutions à cet épineux problème ne pouvant être que globales, les mesures annexes de soutien que nous pouvons prendre à notre échelle sont d autant plus nécessaires : maintien d'une TVA différenciée pour l'hôtellerie et la restauration, non-entrée en matière sur une taxe sur l'essence, ou encore introduction de mécanismes permettant aux petits hôtels de montagne d'emprunter à taux préférentiel, voilà quelques pistes non négligeables à privilégier.

La souveraineté passe donc par l indépendance économique. Alors qu apparaissent des perspectives intéressantes en matière de

concessions hydrauliques, ne faisons pas l erreur de gâcher ce que nos aïeux ont dû louer par manque de moyens. Ne faisons pas l erreur de brader ce qui appartient de droit aux communes. Ne cédons pas aux pressions et au chantage et surtout ne croyons pas le libéral de Martigny quand il prône la nationalisation ! Nos prédécesseurs ne nous le pardonneraient pas ! Le projet de pompage-turbinage entre le glacier de Zinal et le barrage de Moiry confirme bien cette volonté de prendre son destin en main et d investir de façon rationnelle ce legs exceptionnel.

Après la souveraineté, la solidarité. Tout comme les cantons primitifs se sont solidarisés pour demeurer souverains, nous devons nous aussi, régions périphériques et régions de montagne, tisser des liens plus forts

pour faire entendre notre voix à Berne. Vous ne le savez que trop bien, vous qui avez décidé de vous unir il y a peu.

Face à une souveraineté menacée, la seule vraie réponse est la solidarité. Ma génération, plutôt individualiste, qui a passablement reçu des précédentes, a peut-être oublié le sens de ce mot. Il faut la réapprendre, cela passe par en premier lieu par la famille, ensuite par l école, et enfin par les sociétés locales, qui sont le véritable ciment d une communauté unie. Si dans les vallées elle reste encore vive, la solidarité est devenue rare en milieu urbain. Fondement de nos racines chrétiennes, elle a permis au plus faible de survivre, à la communauté entière de perdurer. Les représentants mythiques des trois cantons étaient des montagnards, et ils auraient très bien pu s appeler Werner Melly, Walter Epiney ou Arnold Bonnard.

S il y a un souvenir à conserver du Pacte fédéral, je conserverai celui de la solidarité. Alors que notre souveraineté est davantage plus menacée, c est la même entraide, la même union des forces qui a poussé hier les hommes de 1291 à s allier, qui nous aidera à rester indépendant et à offrir les conditions qui permettront à nos enfants et petits enfants d'habiter encore ces montagnes pour longtemps.

Je vous félicite pour les pourcentages élevés d attention, remercie encore la Société de développement pour son invitation et souhaite à vous toutes et à vous tous une excellente fête nationale.

Bonne soirée.