Vous êtes sur la page 1sur 4

Séquence 2 – THEATRE- RACINE, Andromaque (1668)

Perspective d’étude : De quoi l’amour est-il le nom dans Andromaque ?

Texte 1- Oreste dans l’acte I, sc. 1


Table des matières
Introduction............................................................................................................................................. 1
Analyse de détail ..................................................................................................................................... 2
Première réplique d’Oreste (v. 25-28) .................................................................................................... 2
Le discours sur l’amour ....................................................................................................................... 2
Etude de quelques alexandrins sur l’amour (I, 1)................................................................................ 3
Cas n°1, vers 26 ............................................................................................................................... 3
Cas n° 2, v. 57-58 ............................................................................................................................. 4
Cas n°3, vers 87-88 .......................................................................................................................... 4

5 extraits significatifs qui questionnent tous la nature et l’expression de l’amour


DM pour le mercredi 14-12-2022 dissertation
 En quoi l’amour dans Andromaque est-il un puissant révélateur des tempéraments et
des enjeux ?
 L’amour dans Andromaque est-il un faux ou un vrai problème ?
 Dans Andromaque, peut-on échapper à l’amour ?

Introduction
Fonction informative de l’exposition :

- Guerre de Troie finie (soulagement)


- Retrouvailles entre deux amis
- Trio amoureux Pyrrhus / Andromaque / Hermione
- Second cercle Oreste / Pyrrhus / Hermione
- Oreste à double titre inquiétant
o Fragilité psychologique
o N’a pas tiré les leçons du passé (re-tentative avec Hermione qui se profile) = personne
qui se trompe
- Pour le spectateur, curieuse configuration :
o Le premier relais, Oreste, n’est pas intuitif
o Oreste néglige les conseils de l’ami avisé
o Il va droit aux problèmes alors même que le peuple est las de la guerre = Oreste à contre-
temps

Sauf que ce personnage anti-héros est amoureux


 Première définition de l’amour vers 25 « Hélas ! Qui peut savoir…. » jusqu’au vers 88 « …
que je l’aimais toujours. »

Oreste croit Hermione faite pour lui

Il dépend d’elle et de ses choix

Oreste <= Hermione <= Pyrrhus <= Andromaque chaîne de dépendances

▪ Oreste dernier terme d’une généalogie


▪ Oreste aussi le dernier membre d’une chaine relationnelle

Question de l’amour amour => flamme => tendresse

Destin destin => sort > cours, vie => piège

Analyse de détail

Première réplique d’Oreste (v. 25-28)


▪ Attaque angoissée : exclamative Hélas ! + interrogative
▪ Question du destin, sort : question philosophique de ce qui nous arrive, de la vie et de ses
raisons (verbe « chercher »)
▪ Il fait mine de poser une question mais en vérité la grammaire et la syntaxe trahissent déjà ce
qu’il a compris de sa vie : « Le destin qui m’amène », « l’amour me fait chercher » Oreste
n’est que le complément d’objet (COD)
▪ Le seul moment où Oreste est sujet (d’un verbe comme de son destin), c’est dans un système
hypothétique= aveu bouleversant d’un personnage qui se sent, qui se sait victime = tragédie

Le discours sur l’amour

L’amour me fait ici chercher une inhumaine

T’ai-je jamais caché mon cœur et mes désirs ?

Tu vis naitre ma flamme et mes premiers soupirs

Tu sais de quel courroux mon cœur alors épris

Je pris tous mes transports pour des transports de haine

Voilà comme je crus étouffer ma tendresse


L’amour achèverait de sortir de mon cœur

Mais l’ingrate en mon cœur reprit bientôt sa place

De mes feux mal éteints je reconnus la trace

Je sentis que ma haine allait finir son cours

Ou plutôt je sentis que je l’aimais toujours.

Début/ milieu/ fin de la tirade : AMOUR, AIMER

2x amour sujet du verbe ; en fin de tirade Oreste devient sujet du verbe

Hermione => substituts (périphrases négatives » inhumaine, ingrate

Reprises de termes = auto-persuasion ? effet placebo ?

Amour qui se dénature « amour » => « transports » => « tendresse » : atténuation du sentiment

Recours au lexique précieux trop traditionnel (la langue de tous les galants et non pas propre à cet
amour en particulier « feux », « flamme », « transports ») : amour stéréotypé ?

Etude de quelques alexandrins sur l’amour (I, 1)

Cas n°1, vers 26

L’amour me fait ici chercher une inhumaine

▪ L’amour est propulsé : terme d’attaque


▪ L’amour est personnifié au détriment d’Oreste qui, lui, est simple objet = inversion des polarités
▪ Allitération en -m- qui reprend le vers précédent (Hélas ! Qui peut savoir le destin qui m’amène ?)
=> m qui désigne Oreste (m’ = me, pronom complément qui désignait Oreste) se répand dans le
vers = Oreste est balloté dans la vie, dans son destin (destin très irrégulier) et donc dans les vers
où il se répand : l’alexandrin spatialise le problème d’Oreste ici disséminé.
▪ Hermione non seulement est rejetée en fin de vers (aboutissement de la quête d’Oreste donc du
vers ?) mais en plus, elle est désignée sous la forme d’une périphrase doublement dévalorisante :
préfixe négatif (in-humaine) + substantivation (transformation opportuniste d’un adj. en nom :
humain, inhumain => l’inhumaine)
▪ Cousinage (paronymie) sonore entre Hermione / Inhumaine
▪ Tout ce qui se rapporte à Oreste (Amour, ici, me) figure dans le 1er hémistiche alors que tout ce qui
se rapporte à Hermione (une inhumaine) est rejeté au second hémistiche, comme si la langue
racinienne prévenait le personnage de l’incompatibilité entre les deux : Oreste travaille à de la
réunion avec Hermione mais l’alexandrin racinien maintient Oreste et Hermione disjoints,
éloignés dans le vers.
Cas n° 2, v. 57-58
Voilà comme je crus étouffer ma tendresse

En ce calme trompeur j’arrivai dans la Grèce

▪ Amour => jugulé, amoindri, atténué (euphémisme) « tendresse »


▪ Amour qui a contaminé le double vers, par l’allitération en -t- => le -t- de « tendresse » se répand
dans les deux vers ; non seulement Oreste n’a rien stoppé, mais de toute façon cet amour était
déjà bien trop présent, suggéré dès « étouffer »
▪ Cet amour pour Hermione, beaucoup trop ancré et beaucoup trop répandu, se révèle
incontrôlable.

Cas n°3, vers 87-88


Je sentis que ma haine allait finir son cours

Ou plutôt je sentis que je l’aimais toujours.

▪ Assonance en [è] à quatre reprises dans ce double vers, et en particulier dans les deux antonymes
amour/haine => unis par le son, contre toute logique = confusion de valeurs de la part du
personnage.

Vous aimerez peut-être aussi