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La Circoncision

de
notre Seigneur Jésus-Christ

Par
Sandrine Caneri
Le 1er Janvier, nous faisons mémoire de notre Père dans les saints, Basile le Grand, et nous
célébrons aussi la Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque c’est le 8ème jour après sa
naissance.
De toutes les Eglises chrétiennes, les Eglises d’Orient sont les seules à avoir conservé dans leur
liturgie cette fête de la circoncision de Jésus (1). Une fois encore nous constatons combien notre
tradition est restée proche de sa source, celle de la Bible et celle des Pères qui, sur beaucoup de
points, sont restés dans la continuité de la synagogue.

Nous entrons dans la fête, avec trois lectures aux vêpres. La liturgie ne nous fait pas lire le
Lévitique (2) qui donne les prescriptions de la loi concernant la jeune accouchée et l’enfant, en
précisant que si c’est un garçon il sera circoncis au huitième jour. Nous lisons le récit de la
Genèse (3), où Dieu apparaît à Abram, pour lui donner son nouveau nom : Abraham. Puis il
l’établit dans son alliance qui sera éternelle, et lui demande de la garder par le signe de la
circoncision. Cette lecture donne le sens de la fête. Ce n’est pas seulement une prescription légale
anonyme et juridique que Jésus observe (telle qu’elle est décrite dans le Lévitique), mais il fait
son entrée dans l’histoire du peuple saint. Jésus, dans son humanité, s’inscrit pleinement dans son
peuple, dont Abraham est la pierre de fondation, et entre pleinement dans l’alliance perpétuelle
promise par le Père. Cette lecture met en avant le rôle prééminent d’Abraham, dont l’épître aux
Romains (4) dit qu’il reçut le « signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi ». Il
devint ainsi le père de tous ceux qui croiraient et qui marcheraient dans sa foi d’Abraham.
Comme celui d’Abraham, le signe de la circoncision de Jésus, agit donc pour nous chrétiens qui
aujourd’hui croyons en Lui.

Dans le doxakenin des Apostiches de vêpres nous chantons :


« Notre Dieu, dans son immense bonté,
s'est soumis sans honte à la circoncision de la chair,
il s'est donné à tous en exemple pour notre salut :
car l'Auteur même de la Loi accomplit les préceptes de la Loi ».

De même qu’Abram reçut son nouveau nom ce jour là, ainsi tout fils d’Israël, jusqu’aujourd’hui,
reçoit son nom le huitième jour après sa naissance. De même pour Jésus qui reçoit en ce jour son
nom (5), dont l’hébreu, Yéshouah, signifie le Seigneur sauve comme le chante le kontakion de la
fête :
« Le Seigneur de tous subit la circoncision ;
il retranche (6), dans sa bonté les fautes des mortels,
et donne aujourd’hui le Salut au monde ».

Comme le dit saint Irénée de Lyon, Jésus est bien Celui qui récapitule en sa personne, toute
l’histoire du salut depuis Adam. La circoncision de Jésus est dans le prolongement de son
Incarnation qui elle-même est Salut pour tout homme.

La 7ème ode nous fait bien entrer dans ce mystère :


« Splendide et pleine de clarté est la naissance du Christ
qui nous montre aussi en ce jour le mystère du renouveau en l'avenir,
car selon la Loi le Sauveur est circoncis non comme Dieu
mais en mortel, accomplissant la Loi.
Le Créateur, pour accomplir sa propre Loi,
vient se soumettre en ce jour à la circoncision de la chair,
retranchant ainsi l'hiver du péché ».

Nous pourrions clore ici notre méditation. Pourtant, il semble qu’un maillon de la tradition ne
soit plus tout à fait présent à nos mémoires chrétiennes modernes. La tradition juive, reprise par
les Pères, fait remarquer que lors du Commencement, le récit de la Création de chaque jour est
rythmé par le refrain : il y eut un soir il y eut un matin, jour deuxième, jour troisième … mais lors
du septième jour ce refrain n’apparaît pas. Pourquoi ? Parce que l’homme de la Bible n’a pas
encore accédé au huitième jour, le jour sans fin de son Royaume. Il est tendu vers le Messie à
venir.

Dans cette cohérence, tous les commandements de la Torah qui doivent être réalisés le huitième
jour auront un caractère messianique. Par exemple le huitième jour de la fête de Soukot, appelé
précisément Shemini Atséret (7) ou Hanouka, la fête de la Lumière qui atteint son sommet au 8ème
jour (8). La circoncision, pratiquée le 8ème jour est aussi appelée « alliance» (9) parce qu’elle
introduit le nouveau-né dans l’alliance des pères, mais, elle met également l’homme en situation
de préfiguration du huitième jour. C’est donc « un rite messianique qui nous situe déjà dans
l’identité du monde du huitième jour» (10). Ce rite comporte aussi l’accueil du Prophète Elie,
annonciateur du Messie du huitième jour et l’adulte qui tient l’enfant durant la circoncision est
assis sur une chaise haute qu’on appelle « la chaise du prophète Elie ». Car selon la tradition le
prophète Elie est présent à chaque circoncision.

Ceux qui assistèrent, ce jour là, à la circoncision de Jésus, enfant apparemment ordinaire, ne se
doutaient pas de l’extraordinaire qui se produisait sous leurs yeux. Mais nous pouvons le célébrer
aujourd’hui, sachant que toute cette espérance messianique culmine en Lui, qui est le Sauveur du
Monde (11).
Sandrine Caneri
Notes

1) Non que les autres Eglises n'aient pas gardé la mémoire de cet événement de la vie de Jésus,
mais elle a été maintenue dans la célébration liturgique des Eglises d'Orient d'une façon
particulièrement déployée.

2) Lévitique 12.

3) Gn 17,1-14.

4) Rm 4,9-12.

5) Comme le dit la 9ème ode : « Venez, célébrons en toute sainteté la fête onomastique de notre
Maître, le Christ; car en ce jour il reçoit divinement le nom de Jésus… »

6) Notons que le retranchement du prépuce est le signe visible dans la chair du retranchement des
passions pour s’attacher à l’Alliance. Mais Jésus ne peut rien retrancher de Sa Sainteté divine, il
ne peut que retrancher les passions des hommes.

7) Soukot est la fête des Tentes, et Shemini Atséret signifie littéralement «Huitième (jour) de
clôture ».

8) La durée de la fête est calquée sur celle de la dédicace du premier temple par Salomon. C’est
pourquoi cette fête est messianique, tendue vers le renouvellement du Temple.

9) Littéralement en hébreu : circoncision se dit « brit milah » c'est-à-dire : « alliance de


circoncision ».

10) Léon Askénazi, La Parole et l’Ėcrit, Albin Michel, 1999, p.177.

11) Jn 4,42.