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UNIVERSITÉ DE DSCHANG

UNIVERSITY OF DSCHANG

Faculté des Sciences Juridiques et Politiques


Faculty of Law and Politicals Sciences
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Département de droit des affaires
Année académique 2020-2021
Level 3/Licence 3

Cours de
Droit commercial général

par :

MOHO FOPA Éric Aristide


Ph.D en Droit privé, Chargé de Cours

1
Introduction

Le Droit commercial est une branche du Droit Privé. Contrairement à d’autres


branches de ce droit (droit civil, droit pénal, droit du travail), le droit commercial n’est pas
facile à définir à cause de l’ambivalence de son objet. Il s’agit en effet d’un droit qui régit à la
fois des catégories professionnelles particulières ainsi que des actes de nature particulière.
De même, le domaine de la discipline est difficile à cerner en de sa constance évolution.
Toutefois, de manière large, on peut considérer le droit commercial comme l’ensemble
des règles qui déterminent le statut des commerçants, le régime applicable à l’activité
commerciale ainsi qu’aux actes de commerce. Comme on peut le voir à travers cette
définition, le droit commercial s’inscrit à la fois dans une conception subjective et dans une
conception objective. La controverse doctrinale jadis existante sur la question et qui
opposait la thèse objective ou réelle (cette thèse considérait le droit commercial comme
étant essentiellement le droit des actes de commerce) à la thèse subjective (pour cette thèse,
le droit commercial est le droit des commerçants)a perdu de son importance. Le droit
commercial est à la fois le droit des commerçants et celui des actes de commerce. Ces actes
de commerce peuvent être parfois être accomplis par des non-commerçants. Le droit
commercial continuera de les régir, sans tenir compte de la personne de leur auteur.
Mais, pourquoi parler de droit commercial général ? Ce qui est général s’oppose au
spécial. Le droit commercial général est l’ensemble des règles qui régissent les activités
commerciales compte non tenu de leur forme ou de leur prospérité. De ce point de vue,
l’organisation simplifiée de la structure commerciale demeure l’entreprise individuelle qui
est dirigée par le commerçant, personne physique. Les organisations commerciales plus
complexes font intervenir des structures de type sociétaire. Ces structures seront alors
particulièrement régies par le droit des sociétés commerciales. En tenant compte de la santé
de la structure, les entreprises bien portantes se verront appliquer les règles générales du
droit commercial et les entreprises en difficulté seront traitées par des règles spécifiques.
Le commerce qui est ici visé dans ses actes et ses acteurs doit être entendu au sens
large. Il recouvre non seulement les activités commerciales proprement dites (distribution,
achat et revente…) mais aussi les activités de création des richesses (production) et de
prestation des services divers (banque, assurance, courtage, transport…). C’est la raison pour
laquelle pour certains auteurs, le terme droit commercial général doit être dépassé, pour
laisser place à celui de droit des affaires ou de droit économique. Mais, les deux dernières
expressions sont plus larges et englobent la première. En effet, certaines règles du droit qui
intéressent la vie des affaires ne se rattachent pas nécessairement au droit commercial.
Ainsi en est-il du droit social (statut des personnes travaillant avec le commerçant), le droit
fiscal (régime d’imposition des commerçants) et même le droit public économique (statut
des sociétés publiques et parapubliques). Pour des raisons pédagogiques, l’ensemble des
règles qui, au départ, régissent l’activité commerciale individuelle, demeure regroupé dans
cet enseignement appelé droit commercial général.

2
Le droit commercial a certainement commencé à apparaître en même temps que le
commerce, c’est-à-dire qu’il est intimement lié à l’apparition et au développement des
civilisations marchandes. Les plus anciens documents connus sont les tablettes de Warka
(vers 2000 avant JC) et, surtout, le célèbre Code d’Hammourabi (vers 1700 avant JC) issue de
la civilisation mésopotamienne1.
Mais, le droit commercial s’est surtout façonné en Europe, au moyen âge. Plusieurs
institutions commerciales de notre droit contemporain comme les contrats de banque, la
lettre de change, la faillite, datent de cette époque. Elles ont pris naissance dans les
républiques d’Italie du nord où le commerce maritime était très florissant à partir du XIIe
siècle. À cette période, les commerçants ayant réussi à accéder au pouvoir, ont pu rédiger et
insérer dans les statuts municipaux leurs pratiques et usages2.
Mais, ces institutions se sont surtout imposées dans des grandes foires d’occident,
notamment celle de champagne ou des Flandres en France. Dans ce contexte, une tentative
de codification a été opérée par l’ordonnance de Colbert (Ministre des finances de Louis XIV)
de 1673 sur le commerce de terre. Celle-ci sera suivie par le Décret d’Allarde des 2-17 mars
1791 proclamant la liberté de du commerce et de l’industrie et la loi Chapelier des 14-15 juin
1791 abolissant le système des corporations. Cependant, il faudra attendre 1807 pour que
soit codifié l’ensemble des règles de droit applicables à l’exercice d’une activité
commerciale, à travers le Code de commerce adopté en 1807 et entré en vigueur en 1808.
La révolution industrielle et le libéralisme triomphant du siècle dernier viendront étendre le
domaine d’application de ce droit, en créant les instruments juridiques sur la base desquels
viendra se développer le capitalisme moderne.
Le droit commercial applicable au Cameroun est le fruit de son double passé colonial
français et anglais.
Dans la partie francophone du pays, appelé à l’époque Cameroun oriental, le Code de
commerce français de 1807 y sera rendu applicable par la loi du 7 décembre 1850. Il sera par
la suite complété avec les principaux textes suivants :
- La loi du 30 juin 1926 sur les baux commerciaux ;
- Le décret du 17 février 1930 instituant un registre du commerce ;
- Le décret du 26 juillet 1932 relatif à la vente et au nantissement du fonds de
commerce.
Dans la partie anglophone du pays, appelé Cameroun occidental, le droit commercial
était régi par deux séries de règles :
- Les règles d’origine prétoriennes qui dérivaient des règles de la Common Law
façonnées par les juridictions anglaises ;
- Les règles issues du Sale of Goods act de 1873 applicable en Angleterre.
Ces dispositions seront rendues applicables dans cette partie du pays en vertu de
l’article 11 de la Southern Cameroons High Court Law de 1955.

1
F. Dekeuwer-Défossez, Droit commercial, 8e édition, Montchrestien, Paris, 2004, pp. 1 et suivantes.
2
M. Pédamon et H. Kenfack, Droit commercial, 4e édition, Dalloz, paris, 2015, n° 2.

3
Après l’indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960 et la réunification des deux
Cameroun, le législateur national, tout en conservant les textes de l’époque coloniale, va
s’engager à les densifier. Dans ce sillage, sera adoptée, la loi n° 80-25 du 27 novembre 1980
fixant l’orientation de l’activité commerciale. Cette loi sera abrogée par la loi n° 90/031 du
10 août 1990 régissant l’activité commerciale au Cameroun. Ce dernier texte sera lui-même
abrogé par la loi n° 2015/018 du 21 décembre 2015, régissant l’activité commerciale au
Cameroun. De même, sera adopté la loi n° 2016/004 du 18 avril 2016 régissant le commerce
extérieur au Cameroun.
Sur le plan communautaire et international, les traités et accords internationaux signés
ou ratifiés par le Cameroun vont notablement influencer le droit commercial applicable sur
le territoire. L’influence majeure dans ce sens est sans doute apportée par le Traité de
l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du Droit des Affaires), institué par le
traité de Port-Louis en Île Maurice du 17 octobre 1993. À travers ce traité, 14 États africains
membres de la zone Franc ont choisi d’abandonner leur souveraineté sur le large domaine
du droit des affaires au profit de l’OHADA qui est désormais la seule institution en charge de
légiférer en la matière3. Trois États ont ensuite intégré l’OHADA à savoir Les Comores, la
Guinée et la République Démocratique du Congo.
La terminologie utilisée par les auteurs n’est pas du tout neutre. En effet, les auteurs
de la réforme du droit des affaires africains n’ont pas entendu se limiter uniquement au
droit commercial, mais couvrir un domaine plus large qu’est le droit des affaires, partie du
droit privé qui prévoit les règles spéciales applicables aux personnes physiques et morales
qui ont pour profession des activités commerciales, ce qui englobe toutes les questions
juridiques liées à l’organisation et à l’environnement des entreprises. L’article 2 du Traité
OHADA adopte ainsi une conception large du droit des affaires en dressant une liste non
exhaustive de matières qui devront être régies par les Actes uniformes OHADA. Il s’agit entre
autres du droit commercial général, du droit des sociétés commerciales, du droit des
entreprises en difficultés, des voies d’exécution, du droit des sûretés, du droit du travail, du
droit de l’arbitrage ou encore du droit des transports. Si certaines de ces matières attendent
toujours leur premier Acte Uniforme, le droit commercial général a fait l’objet d’un des
premiers Actes uniformes adoptés en 1997 et entrés en vigueur en 1998. L’Acte uniforme
relatif au droit commercial général a par la suite subi une refonte totale le 15 décembre
2010.
Le législateur OHADA fait toutefois une large place aux usages en tant que source de
droit commercial. Ainsi fait-il référence à elles dans la règlementation des intermédiaires de
commerce (article 177, 193 de l’AUDCG) la vente commerciale (articles238, 239, 244 de
l’AUDCG…).
En réalité, de tout temps, les usages ont toujours été une source privilégiée du droit
commercial. Ce sont elles qui lui ont donné naissance et qui par la suite ont été codifiées,
pour certaines d’entre elles. Il faut cependant distinguer deux catégories d’usages :

3
Cameroun, Gabon, Congo, Centrafrique, Tchad, Côte d’Ivoire, Bénin, Mali, Burkina Faso, Sénégal, Togo, Niger,
Comores, Guinée Équatoriale.

4
- La première est constituée par des usages conventionnels ou usages de fait. Il
s’agit des règles qui tirent leur force de l’autonomie de la volonté. Les parties à un
contrat qui ont connaissance de l’existence d’un usage susceptible de s’appliquer,
ont la faculté de l’accepter ou de le récuser. Si elles ne l’ont pas écarté, elles sont
censées l’avoir adopté4.
- La seconde catégorie est constituée des usages impératifs. Ce sont des usages
qui sont imposées par la nécessité du commerce et vont parfois à l’encontre du droit
commun. Il en est ainsi de la solidarité présumée entre codébiteurs contractuels
commerçants, de la mise en demeure sans acte extrajudiciaire, de la capitalisation
des intérêts dans les comptes bancaires.
Au regard de ces différentes sources, on s’aperçoit que le droit commercial traite à la
fois des personnes et des transactions qu’elles sont appelées à effectuer. Les personnes dont
il s’agit sont des acteurs du commerce (1ere partie). Ces acteurs disposent d’un certain
nombre de biens (2e partie) leur permettant d’exercer les opérations de commerce parmi
lesquelles la vente commerciale (3e partie) occupe une place de choix.

4
Akuété Pedro Santos et J. Yado Toé, OHADA Droit commercial général, Bruylant, Bruxelles, 2002, p. 39.

5
1ere Partie : Les acteurs du droit commercial
Classiquement, les commerçants sont les principaux acteurs de la vie commerciale
(Chapitre 1).Toutefois, après la révision de l’Acte uniforme relatif au droit commercial
général (AUDCG) intervenu le 15 décembre 2010, un nouvel acteur important du droit
commercial a été consacré : il s’agit de l’entreprenant (Chapitre 2).

Chapitre 1 : Les commerçants, acteurs classiques


L’identification des commerçants (Sous-chapitre 1) est un préalable nécessaire à la
présentation de leur profession (Sous-chapitre 2).

Sous chapitre 1 : L’identification des commerçants


Au regard de l’AUDCG, il existe plusieurs types de commerçants répondant à des
critères de qualification différents. Ainsi distingue-t-on habituellement le commerçant
personne physique du commerçant personne morale. En plus de cette distinction
fondamentale, le législateur a conféré la qualité de commerçant aux associés de certaines
personnes morales ainsi qu’aux intermédiaires de commerce.

Section 1 : Le commerçant personne physique


Aux termes de l’article 2 de l’Acte uniforme portant sur le droit commercial général
« Est commerçant, celui qui fait de l’accomplissement d’actes de commerce par nature sa
profession ». Cette définition s’applique aussi bien aux personnes physiques qu’aux
personnes morales fait ressortir deux critères cumulatifs de la commercialité :
l’accomplissement des actes de commerce par nature (P1) à titre professionnel (P2).

P1 : L’accomplissement des actes de commerce par nature


Contrairement à sa première version, l’AUDCG de 2010 fixe comme critère
d’acquisition de la qualité de commerçant, l’accomplissement des actes de commerce par
nature à titre de profession. Les autres actes de commerce (acte de commerce par la forme,
acte de commerce par accessoire) ne sont plus visés. Toutefois, cerner la notion d’acte de
commerce par nature (A) permettra de mieux la distinguer de ces dernières (B).

A- La notion d’acte de commerce par nature


L’AUDCG énonce une définition et donne une énumération des actes de commerce par
nature. Cette énumération permet d’en faire une classification.

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1- La définition des actes de commerce par nature
D’après l’article 3 de l’AUDCG, « l’acte de commerce par nature est celuipar lequel une
personne s’entremet dans la circulation des biens qu’elle produit ou achète ou par lequel
elle fournit des prestations de service avec l’intention d’en tirer un profit pécuniaire ». De
cette définition, on retient deux critères essentiels de définition de l’acte de commerce :
l’entremise dans la circulation des richesses et le but spéculatif.
L’acte de commerce par nature est ainsi celui qui permet d’assurer la transmission et la
distribution des biens et services. Il permet de faire avancer les richesses de leur lieu
d’origine jusqu’au consommateur. Toutefois, toute activité de circulation des richesses n’est
pas forcément une activité commerciale. C’est pourquoi on en déduit que le critère de la
circulation des biens et services est limité et ne saurait fonder à lui seul la commercialité
d’un acte. En effet, quoiqu’intervenant dans la circulation des biens, l’artisan n’est pas un
commerçant.
Le commerçant accomplit ses actes dans un but spéculatif, c’est-à-dire dans la
recherche du profit (au risque d’essuyer des pertes).Il s’agit d’un critère traditionnel de l’acte
de commerce parce que l’activité du commerçant est essentiellement motivée par la
recherche du gain. Ce qui n’est pas toujours le cas pour l’artisan par exemple (En droit
français, c’est souvent l'absence de spéculation qui permet de rejeter la qualification de
commerçant au profit de celle d'artisan : voir Cour de cassation, chambre des requêtes,
22 avril 1909, Dalloz Périodique 1909. 1. Page 344 ; Chambre commercial 11 mars 2008,
JCP E 2008, Page 2050, note Lebel). C’est en considérant ce critère que l’acte d’achat en vue
de revendre a toujours été considéré comme un acte de commerce.Mais, le critère de la
spéculation est insuffisant à lui seul pour différencier l'activité commerciale d'une autre
activité : d'autres professions ne sont pas insensibles au profit. Les agriculteurs et les
personnes exerçant une profession libérale ne pratiquent pas leurs activités par intention
libérale ; or, ils ne relèvent traditionnellement pas du droit commercial.
Face à l’insuffisance de ces critères, la doctrine a proposé le critère de l’entreprise.
D’après ce critère, l’acte de commerce est celui qui s'exerce dans une entreprise
commerciale. Mais, ce critère est également limité puisque n’englobe pas toutes les
catégories d’acte de commerce énumérées par l’AUDCG.
2- La classification des actes de commerce par nature
Après la définition des actes de commerce par nature, l’article 3 de l’AUDCG procède à
leur énumération. Mais, en utilisant l’adverbe « notamment », ce texte confère à son
énumération un caractère purement indicatif. Au regard de la liste fournie, on peut déduire
que les actes de commerce en nature sont soit l’achat pour revendre, soit les opérations de
service, soit l’exploitation industrielle des ressources naturelles, soit les contrats entre
commerçants pour les besoins de leur commerce.
a- L’achat pour revendre
L’achat des biens, meubles ou immeubles en vue de leur revente est l’exemple type de l’acte
de commerce. Pour que cet acte soit constitué, il faut forcément un achat destiné à la
revente, peu important la nature du bien acheté. La commercialité de l'acte exige ainsi un

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achat mû par la volonté de revendre et portant sur un bien meuble ou immeuble. Autrement
dit, l'achat ne suffit pas à la qualification d'acte de commerce : l'élément matériel doit être
coloré d'un élément psychologique : le marchand doit avoir l'intention de revendre et ne pas
avoir acquis le bien pour son propre usage. Ce critère intentionnel distingue le commerçant
de l'acheteur ordinaire, ou encore du consommateur qui achète le bien pour retirer lui-
même l'utilité.
b- Les opérations de service
Les opérations de service énoncées par l’AUDCG sont nombreuses. Il s’agit des
opérations financières, telles les opérations de banque, de bourse, d’assurance. Il s’agit
également des opérations d’entremise comme les opérations de change, de courtage et les
opérations des intermédiaires de commerce. Il s’agit enfin des opérations de transport et de
télécommunication.
c- L’exploitation industrielle des ressources naturelles
Avant l’adoption de l’AUDCG, il était acquis que les activités extractives échappaient au
droit commercial : exploitation des carrières, marais salants, eaux minérales… Il en était ainsi
parce que le Code du commerce ne les réputait pas actes de commerce. Avec l’avènement
du droit OHADA et plus précisément de l’AUDCG, s’arrête la dissociation : toute exploitation
industrielle de tout gisement de ressource naturelle est un acte de commerce. Toutefois,
l’exploitation visée est une exploitation industrielle, qui s’oppose à une exploitation
artisanale.
d- Les actes effectués par les sociétés commerciales et les contrats entre
commerçants pour les besoins de leur commerce
L’AUDCG considère également comme actes de commerce, les actes accomplis par les
sociétés commerciales. Il s’agit certainement des actes effectué en vue de la réalisation de
l’objet social. S’agissant des contrats entre commerçants pour les besoins de leur commerce,
il est à noter que certains peuvent en réalité rentrer plutôt dans la catégorie des actes de
commerce par accessoire.
B- La distinction des actes de commerce par nature des autres actes de
commerce
Les actes de commerce par nature se distinguent des actes de commerce par la forme
et des actes de commerce par accessoire.
1- Les actes de commerce par la forme
D’après l’article 4 de l’AUDCG, les actes de commerce par la forme sont la lettre de
change, le billet à ordre et le warrant.
- La lettre de change, encore appelée traite est un écrit par lequel une
personne appelée tireur, donne l’ordre à une autre personne appelée tiré, de payer
une certaine somme d’argent à une troisième personne appelée bénéficiaire, à une
date déterminée.
- Le billet à ordre est un écrit par lequel une personne appelée souscripteur
s’engage à payer à une époque déterminée une somme d’argent déterminée à une
personne appelée bénéficiaire.

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- Le warrant est une variété de billet à ordre souscrit par un commerçant et
garanti par un stock de marchandises disposées dans un magasin.
Ces actes de commerce par la forme constituent ce qu’on appelle couramment les
effets de commerce. Il s’agit des instruments de mobilisation de crédit car ils ont tous pour
effet de reporter le paiement d’une créance à une date ultérieure. Le chèque ne figure pas
parmi ces actes de commerce par la forme. Cela se comprend car le chèque est un ordre
donné à une banque de payer à l’instant ou du moins dès présentation une somme d’argent
au porteur tiré. Il est donc un instrument de paiement et non un instrument de crédit
comme les effets de commerce.
2- Les actes de commerce par accessoire
Un acte à caractère civil est parfois qualifié d'acte de commerce parce qu'il se rattache
à un acte de commerce ou qu'il est accompli par un commerçant. C’est le cas des actes civils
effectués par un commerçant pour son commerce. Il en est ainsi également de toutes les
obligations entre commerçants qui sont considérées comme des actes de commerce.
3- Les actes mixtes
Tout acte conclu entre un commerçant et un non-commerçant est un acte mixte. Cet
acte présente un caractère commercial pour le commerçant et civil pour l’autre partie.
P2 : L’exercice professionnel d’une activité commerciale
Des actes de commerce par nature accomplis de façon isolé ou occasionnellement ne
confère pas à leur auteur la qualité de commerçant. De même, l’accomplissement des
formalités imposées au commerçant ne suffit pas à établir la qualité de commerçant si
l’intéressé n’accomplit pas les actes de commerce par nature de manière professionnelle.
L’accomplissement à titre de profession implique une activité régulière présentant une
continuité suffisante pour permettre à celui qui l’exerce d’en retirer les moyens où une
partie substantielle des moyens nécessaires à l’existence. L’activité professionnelle implique
en outre que l’exercice du commerce revête une réalité concrète et non pas seulement
formelle. L’activité réelle ne signifie cependant pas que le commerçant soit tenu de mettre
en place une organisation particulière ou un cadre spécifique en terme de local,
d’équipements, de marchandises etc. La jurisprudence française a d’ailleurs considérée que
le spéculateur en bourse qui ne dispose d’aucune installation matérielle ni même de
clientèles propres a néanmoins la qualité de commerçant dès lors qu’il a fait des opérations
de bourses sa profession (Cour de cassation, 30 Juillet 1912, Dalloz périodique 1914, 1ère
partie Page 86.).
Dans tous les cas, le commerçant doit exercer cette profession de manière personnelle
et indépendante.
L’accomplissement professionnel des actes de commerce au nom et pour le compte
du commerçant.
Le commerçant est un professionnel qui agit pour son compte personnel ; à ses risques
et périls. La personne qui exerce les actes de commerce ne doit pas le faire pour une autre
personne. Par conséquent, le salarié d’un commerçant n’a pas la qualité de commerçant

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puisque ce n’est pas lui qui supporte les risques de l’activité. Ce qui n’est pas le cas du
locataire-gérant qui effectue les actes de commerce pour son propre compte.
L’accomplissement professionnel des actes de commerce de manière indépendante.
Celui qui exerce les actes de commerce ne doit pas les exercer sous l’autorité d’une
autre personne. Il doit les accomplir en toute indépendance. C’est pourquoi le conjoint d’un
commerçant qui collabore simplement à l’activité de celui-ci ne devient pas lui-même
commerçant quand bien même cette collaboration est rémunérée. Cette solution est reprise
ou consacrée par l’article 7, alinéa 2 de l’Acte uniforme selon lequel « le conjoint du
commerçant n’a la qualité de commerçant que s’il accomplit les actes visés aux articles 3 et 4
ci-dessus, à titre de profession et séparément de ceux de l’autre conjoint ».

Section 2 : La qualité de commerçant liée à la personne morale


Après leur consécration par le droit, les personnes morales bénéficient des mêmes attributs
que les personnes physiques. Ainsi peuvent-elles être commerçantes (P1). Le simple fait que
de certaines personnes morales soient commerçantes suffit à conférer cette même qualité à
leurs associés (P2).
P1 : Le commerçant personne morale
Une personne morale peut être commerçante. Il s'agit principalement des sociétés.
Aux termes de l’article 6 de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du
groupement d’intérêt économique (AUSCGIE), le caractère commercial d’une société est
déterminé soit par sa forme, soit par son objet. Sont ainsi commerciales indépendamment
de leur objet social, les Sociétés en nom collectif, les Sociétés en commandite simple, les
sociétés à responsabilité limitée, les sociétés anonymes et les Sociétés par actions
simplifiées. L’Acte uniforme relatif au droit des sociétés coopératives (AUSCOOP) dispose
également dans le même sens à l’article 21. Il en ressort que l’objet de la société coopérative
détermine son caractère civil ou commercial. C’est dire que l’exercice d’une activité
commerciale par une personne morale dépend de son acte de création. L’exercice de
l’activité commerciale doit avoir été intégré dans l’acte de création. L’existence juridique de
ces sociétés commerciales commence à partir de leur immatriculation au RCCM, qui est la
condition d’acquisition de la personnalité juridique.
P2 : L’associé tenu indéfiniment et solidairement du passif de la société
En principe, une personne n'est commerçante que si son activité personnelle répond
aux conditions posées pour acquérir cette qualité. Or, les associés des sociétés en nom
collectif (SNC) et les associés commandités des sociétés en commandite simple (SCS)
présentent la caractéristique d'avoir la qualité personnelle de commerçant (voir article 270
AUSCGIE) et , alors même qu'ils n'accomplissent aucune opération commerciale. Il en résulte
que nul ne peut faire partie d'une SNC ou être commandité d’une SCS, s'il n'a pas la capacité
spéciale requise pour faire le commerce. Corrélativement, l'adhésion à une telle société en
qualité d'associé confère de plein droit la qualité de commerçant. Cette règle semble a priori
surprenante, dans la mesure où, comme dans tout groupement commercial, c'est la
personne morale commerçante qui fait le commerce. Or, les associés et même les dirigeants

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des autres sociétés commerciales, ne sont pas eux-mêmes commerçants. La situation de la
société en nom collectif s'explique par le fait que celle-ci constitue un groupe de
commerçants agissant en commun et qu'il n'existe pas une séparation absolue entre la
personne morale et ses membres. En effet, dans une telle société, les associés sont tenus
indéfiniment et solidairement des dettes de la société, comme s’il s’agissait de leurs dettes
propres.

Section 3 : Les intermédiaires de commerce


Pour toucher la plus large clientèle possible, les commerçants personnes physiques et
morales recourent souvent aux services d’intermédiaires. Il s’agit selon l’article 169 de l’Acte
uniforme de personnes physiques ou morales également ayant le pouvoir d’agir
habituellement et professionnellement pour le compte des commerçants afin de conclure
avec des tiers des actes à caractère commercial. D’après l’article 170 de l’AUDCG,
« l’intermédiaire de commerce est un commerçant ». Il est soumis à cet effet aux conditions
requises pour l’accès à cette profession. Le régime particulier des contrats d’intermédiation
commerciale est construit autour de la théorie juridique du mandat. La nature et l’étendu de
ce mandat étant clairement définis pour chacune des trois catégories d’intermédiaires dans
les articles 192 et suivant de l’Acte uniforme. Le texte de l’OHADA réglemente tour à tour le
statut du commissionnaire, du courtier et des agents commerciaux.
P1 : Le courtier
Selon l’article 208 de l’Acte uniforme « le courtier est un professionnel qui met en rapport
des personnes en vue de faciliter ou de faire aboutir la conclusion de convention entre ces
personnes ».
L’Acte uniforme a expressément mentionné les opérations de courtage dans l’énumération
par l’article 3 des actes de commerce par nature. La mission du courtier en qualité
d’intermédiaire consiste donc simplement à rapprocher deux parties en vue d’un contrat en
mettant tout en œuvre pour faire aboutir les négociations. À la différence du
commissionnaire, le courtier qui agit certes en son nom propre n’a pas le pur de conclure
des contrats pour le compte de son commettant. Il doit se borner à rechercher des clients, à
préparer les documents contractuels et entreprendre toutes les démarches nécessaires,
administrative notamment pour faciliter l’accord. L’article 209, alinéa 2 de l’Acte uniforme
prévoit néanmoins qu’il peut exceptionnellement intervenir dans l’accord entre les parties
d’un commun accord de celles-ci. Le statut de courtier se caractérise par une stricte
indépendance à l’égard des parties qu’il rapproche ; ce qui lui interdit selon l’article 211 de
l’Acte uniforme de réaliser des activités de commerce autre que le courtage pour son propre
compte, directement ou par personne interposée. A l’instar du commissionnaire, le courtier
tenu à un devoir de loyauté doit fournir aux parties toutes les informations susceptibles
d’éclairer leur consentement. Il répond personnellement de toute faute préjudiciable à son
client notamment lorsqu’il lui propose sciemment la conclusion d’un contrat avec une
personne notoirement insolvable ou dont l’incapacité est connue.

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En contrepartie de ses obligations exécutées correctement, le courtier a droit à une
rémunération librement fixée dans le contrat ou déterminée conformément aux tarifs en
vigueur et à défaut par les usages. Seule la déloyauté à l’égard de son client lui ferait perdre
ce droit à la rémunération et le cas échéant au remboursement de ses dépenses et frais
divers. L’article 215 de l’Acte uniforme considère comme un acte déloyal le fait pour un
courtier d’être payé par le tiers contractant à l’insu de son donneur d’ordres.
P2 : Le commissionnaire
Selon l’article 192 de l’Acte uniforme « le commissionnaire est un professionnel qui,
moyennant le versement d’une commission, se charge de conclure tout acte juridique en
son nom propre mais pour le compte du commettant qui lui en donne mandat » le contrat
de commission peut porter sur diverses opérations et engendre des droits et des obligations
déterminés pour chacune des parties.
A- L’activité du commissionnaire
De manière générale, le commissionnaire s’engage à acheter ou à vendre des marchandises
en son nom propre mais pour le compte d’un commerçant. Mais outre la commission
d’achat ou de vente, l’Acte uniforme prévoit également en matière de transport, la
commission d’expédition en vertu de laquelle le commissionnaire intermédiaire se charge
d’expédier ou de réexpédier les marchandises pour le compte de son commettant. De son
côté, le commissionnaire en douane également mentionné dans l’Acte uniforme est chargé
de procéder aux déclarations d’usages en matière de douane et d’acquitter pour le compte
de son client le montant des droits et taxes dus (article 204 et 206 de l’Acte uniforme). La
commission recouvre ainsi des opérations très diverses auxquels l’acte uniforme ne consacre
cependant que quelque disposition. La préoccupation essentielle du législateur ayant été de
déterminer droits et obligations des parties.
B- Les droits et obligations du commissionnaire
Comme tout mandataire, le commissionnaire est tenu d’accomplir correctement
l’opération dont il est chargé en se conformant aux instructions reçues. La distinction est
faite en la matière entre les instructions précises ou impératives et des instructions
simplement indicative. Dans le 1er cas, aucune marge d’appréciation n’est laissée au
commissionnaire tenu d’exécuter rigoureusement les instructions reçues. Ainsi, l’article 200
de l’Acte uniforme prévoit-il, s’agissant de la commission de vente que le commissionnaire
ayant reçu instruction fermes de vendre à un prix déterminé sera personnellement tenu de
payer la différence s’il vend à un prix inférieur. Il ne peut demander dans la commission
d’achat prétendre à aucune récompense s’il achète à un prix plus bas que celui fixé par le
commettant ; la différence ne lui étant pas acquise, pas d’avantages que lorsqu’il vend plus
chère que le prix fixé. En présence d’instructions indicatives, le commissionnaire a
l’obligation d’agir en bon père de famille c'est-à-dire au mieux des intérêts du commettant
et comme in le ferait pour lui-même. La commission d’expédition de marchandises destinées
à la vente impose une diligence particulière au commissionnaire. Il doit dans ce cas
sauvegarder tous les recours du commettant contre le transporteur en faisant constater les

12
avaries subis et en prenant toutes les mesures nécessaires à la conservation des
marchandises dont l’état fait craindre une détérioration rapide. Dans tous les cas, le
commissionnaire doit agir avec loyauté cette exigence de l’article 194 de l’Acte uniforme lui
interdit notamment de se porter acquéreur des marchandises qu’il est chargé de vendre ou
de vendre au commettant ses propres marchandises.
Le contrat peut néanmoins déroger de façon expresse à cette interdiction. La loyauté
commande également au commissionnaire de communiquer au commettant toute
information utile relative à l’opération envisagée et de lui rendre compte de l’exécution de la
mission. Mais le commissionnaire n’est pas garant de l’exécution des obligations du tiers
avec lequel il contracte pour le compte du commettant sauf cause de ducroire. En
contrepartie de ses obligations, le commissionnaire a droit à une rémunération ou
commission correspondant généralement à un pourcentage du montant de l’opération
réalisée. Il a droit également selon l’article 197 de l’Acte uniforme au remboursement des
dépenses et frais divers occasionnés par l’exécution de son mandat sur présentation de
pièces justificatives. L’article 198 lui reconnaissant pour cela un droit de rétention sur les
marchandises qu’il détiendrait encore.
P3 : L’agent commercial
Selon l’article 216 de l’AUDCG, l’agent commercial est « un mandataire professionnel
chargé de façon permanente de négocier et éventuellement, de conclure des contrats de
vente, d’achat, de location ou de prestation de services, au nom et pour le compte de
producteurs, d’industriels, de commerçants, ou d’autres agents commerciaux, sans être lié
envers eux par un contrat de travail ». L’agent commercial est le seul intermédiaire de
commerce qui peut être considéré comme un mandataire au sens classique. Il agit « au
nom » et « pour le compte » des producteurs, industriels et commerçants. Cette
représentation doit être permanente. La Cour de cassation décide ainsi qu’un prestataire de
service qui ne dispose pas de façon permanente d’un pouvoir de négocier des contrats au
nom et pour le compte de son mandant n’est pas un agent commercial (Cass. Com., Arrêt n°
384 du 27 avril 2011, pourvoi n° 10-14.851). Il en est de même pour un prestataire de
service, distributeurs d’abonnement, qui s’était engagé à n’apporter aucune modification de
quelle que nature que ce soit aux tarifs et conditions fixés par le mandant (Cass. Com.,
15janvier 2008, RTDCom. 2008, p. 495). L’agent commercial se distingue ainsi du
concessionnaire (celui-ci est un commerçant direct, v. Cass. Com. 7 oct. 1977, RTDciv., 1998,
p. 150, obs. Yves Gautier) qui achète et revend en son nom et pour son compte. Dans la
pratique, l’agent commercial prospecte la clientèle, provoque les commandes, et transmet
les commandes reçues à son mandant qui conserve la liberté de les accepter ou de les
refuser. Parfois, il peut être le dépositaire des produits du mandant. Dans ce cas, après la
conclusion du contrat, il se charge de la livraison des produits moyennant une rémunération
particulière (on parle dans ce cas d’agent dépositaire).
Le contrat d’agent commercial est un contrat consensuel. Il ne doit pas
nécessairement être conclu par écrit. Selon la jurisprudence, son existence peut être établie
des documents produits (CA du Centre, Arrêt n° 4/civ. du 6 janv. 2010, ohadata J-12-240). Ce

13
contrat est conclu dans l’intérêt commun des deux parties. Cet intérêt commun justifie
l’imposition d’une obligation particulière de loyauté aux parties tant au moment de la
conclusion du contrat qu’au moment de son exécution5. Pour l’agent commercial, elle se
traduit par une obligation de non concurrence. Par conséquent, il ne peut représenter des
entreprises concurrentes sans l’accord du mandant, mais peut représenter des mandants
non concurrents (toute la question va être de savoir ce qu’on entend par produit concurrent.
En cas de doute, il revient aux juges de fond d’apprécier s’il s’agit ou non des produits
identiques). De même, il ne peut développer sans rompre la communauté d’intérêts qui le
lie au mandant une activité concurrente pour son propre compte. Mais dans le silence des
textes, une clause contractuelle limitant cette liberté du mandataire serait souhaitable, à
l’instar de la clause de non-concurrence qui figure régulièrement dans le contrat en cas de
rupture des relations commerciales. Le mandataire est aussi tenu du secret professionnel
pendant et après son mandat (art. 219 AUDCG).
L’obligation de loyauté implique pour le mandant de respecter l’exclusivité accordée
à l’agent commercial. Il doit en outre payer la commission promise et pour les opérations
négociées avant, mais conclues après la cessation de son contrat, l’article 222 permet à
l’agent commercial de percevoir une commission. Le contrat d’agence commerciale n’est pas
seulement reconnu d’utilité commune en cours d’exécution. A la fin du contrat d’agence
commerciale, le législateur OHADA (art. 229) permet à l’agent commercial de réclamer dans
un délai d’un an une indemnité compensatrice correspondant à l’augmentation du chiffre
d’affaires que son activité a procuré au mandant (Cass. Com., Arrêt n° 42 du 18 janv. 2011,
pourvoi n° 09-72-510). Le montant de cette indemnité est d’un mois de commission pour la
première année d’exécution du contrat, deux mois de commission pour la deuxième année,
et trois mois à partir de la troisième année avec possibilité pour les parties de fixer librement
le montant de cette indemnité (art. 231).Pour la chambre commerciale de la Cour de
cassation française, l’indemnité de cessation de contrat due à l’agent commercial a pour
objet de réparer le préjudice subi qui comprend la perte de toutes les rémunérations
acquises lors de l’activité dans l’intérêt commun des parties sans qu’il y ait lieu de distinguer
selon leur nature (8 oct. 2013, pourvoi n° 12-26544).L’agent commercial perd le droit de
réclamer l’indemnité compensatrice en cas de cessation du contrat provoqué par sa faute
grave, en cas de cessation du contrat à son initiative à moins que la rupture ne soit justifiée
par des circonstances imputables au mandant. Il perd également son droit à indemnisation
lorsqu’il cède à un tiers, en accord avec le mandant, les droits et obligations qu’il détient en
vertu du contrat de mandat.
Les deux parties sont en outre tenues d’une obligation d’information comme dans tout
contrat d’intermédiaire de commerce.

5
E. A. Moho Fopa, « L’intérêt commun dans le contrat d’agence commerciale OHADA, Revue de la Recherche
Juridique n° 3, Presses Universitaires d’Aix-Marseille, 2016, pp. 1393-1409.

14
Sous chapitre 2 : La profession de commerçant
La profession de commerçant est une profession sensible. Elle est au cœur des
économies des États. C’est pourquoi elle est particulièrement encadrée par les textes qu’il
s’agisse de l’accès à la profession (Section 1) ou des obligations et privilèges du commerçant
(Section 2).

Section 1 : L’accès à la profession commerciale


L’accès à la profession de commerçant est dominé par le principe de la liberté de
commerce et d’industrie (P1). Mais, cet important principe du droit commercial est assorti
de limites nécessaires à l’encadrement de la profession (P2).
P1 : Le principe de la liberté de commerce et d’industrie
Le principe de la liberté de commerce et de l’industrie est affirmé par loi n° 2015/018
du 21 décembre 2015, régissant l’activité commerciale au Cameroun. L’article 5 de cette loi
dispose : « l’exercice de l’activité commerciale sur l’étendue du territoire national par toute
personne physique ou morale, sous réserve du respect des lois et règlements en vigueur ».
La liberté de commerce et d’industrie suppose au moins deux choses. Elle renvoie
d’abord à la liberté d’entreprendre, c’est-à-dire le droit pour toute personne physique ou
morale de se livrer aux activités commerciales ou industrielles de son choix. Toute personne
est alors libre soit de créer une nouvelle entreprise, soit d’acquérir ou de prendre le contrôle
d’une déjà existante.
La liberté de commerce est ensuite la liberté d’exploiter, c’est-à-dire le droit pour tout
commerçant ou industriel de conduire son affaire comme il l’entend, de gérer son entreprise
comme il le désire, sous réserve cependant de certaines limites.
P2 : Les limites au principe de la liberté de commerce et d’industrie
Si toute personne est libre d’exercer un commerce sur le territoire du Cameroun,
toutes les activités ne sont pas permises. Il existe des activités qui ne sauraient être
exercées. L’article 1128 du Code civil prévoit en ce sens qu’il n’y a que les choses qui sont
dans le commerce qui peuvent faire l’objet de conventions. À titre d’exemple, on ne saurait
devenir commerçants d’hommes, car le corps humain et l’état des personnes en général est
indisponible. Bien plus, certaines choses peuvent être dans le commerce et réservées aux
transactions des opérateurs économiques bien précis. Il s’agit des situations de monopoles
ou d’exclusivité. Enfin, certaines activités peuvent être soumises à autorisation ou agrément.
C’est dire que des limites à la commercialité peuvent être tirées de l’activité dont
l’exploitation est prévue et qui s’avère relativement impossible.
Plus nombreuses sont cependant les limites à la liberté de commerce tirées de la
situation personnelle du postulant à l’activité commerciale. Il s’agit notamment des
situations d’incapacité (A), des incompatibilités (B), des déchéances (C) et de l’extranéité du
candidat à la profession commerciale (D).

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A- L’incapacité d’exercer le commerce
Aux termes de l’article 6 de l’AUDCG, « Nul ne peut accomplir les actes de commerce
à titre de profession s’il n’est juridiquement capable d’exercer le commerce ». La question de
la capacité se pose très souvent en présence des mineurs et des majeurs qui ne sont pas
sains d’esprit. La question de la femme mariée a été réglée par l’AUDCG.
En ce qui concerne le mineur, il s’agit de toute personne qui n’a pas encore 21 ans
révolus. L’article 7 al.1 de l’AUDCG dispose que « le mineur sauf s’il est émancipé, ne peut
avoir la qualité de commerçant, ni effectuer des actes de commerce ». A la lecture de cet
article, seul le mineur émancipé peut avoir la qualité de commerçant. L’émancipation
découle du mariage ou d’une décision de la juridiction compétente, à la demande de ses
parents ou tuteurs légaux. Le mineur non émancipé ne peut avoir la qualité de commerçant
ni exercer les actes de commerce par personne interposée. Il s’agit d’une incapacité
d’exercice absolue qui est sanctionnée par la nullité relative des actes accomplis, par
conséquent, seul l’incapable peut s’en prévaloir. Il en résulte qu’en cas d’héritage ou de legs,
un mineur non émancipé recueille un fonds de commerce, il ne pourra que le vendre à
moins qu’il ne le mette en location gérance, ou n’en fait un apport à une société dans
laquelle il ne pourra avoir la qualité de commerçant. Cette location gérance ou l’apport en
société ne peuvent être conclus que par son représentant légal.
En ce qui concerne les personnes majeures, l’AUDCG est muet sur la question. Pour
résoudre la question, il faut se référer au droit commun de la capacité tel que régi par le
Code civil applicable au Cameroun. Au regard de ce texte, le majeur sous protection
judiciaire, considéré comme un faible d’esprit, a la possibilité de devenir commerçant sans
aucune restriction. En revanche, le majeur sous tutelle est considéré sur le plan juridique
comme étant un mineur non émancipé et, par conséquent, il ne saurait avoir la qualité de
commerçant ni accomplir valablement les actes de commerce. Quant au majeur en curatelle,
il peut avoir la qualité de commerçant, à condition d’être assisté de son curateur, et
notamment pendant les périodes de crises.
En ce qui concerne la femme mariée, la question ne se pose plus aujourd’hui avec
l’AUDCG qui a bilatéralisé l’accès à la profession dans un foyer en précisant à l’article 7 al.2
que « Le conjoint du commerçant n’a la qualité de commerçant que s’il accomplit les actes
visés aux articles 3 et 4 ci-dessus, à titre de profession et séparément de ceux de l’autre
conjoint ». Il s’agit ici de l’aboutissement d’une longue histoire de quête du droit d’accès au
commerce par la femme. En effet partant de l’article 223 du Code civil encore en vigueur au
Cameroun, selon lequel le mari avait le droit de s’opposer à l’exercice d’une profession
séparée6, l’article 4 du Code de commerce subordonnait l’exercice de la profession
commerciale par une femme mariée à l’autorisation de son mari.

6
Ceci est d’ailleurs la traduction de d’article 213 qui donne au mari l’autorité parentale et la puissance maritale.
Le mari avait autorité sur la femme et celle-ci n’avait aucune capacité pour faire les actes juridiques sans
autorisation du mari, encore moins pour ester en justice.
18 fév. 1938 : la femme mariée peut faire les actes de commerce isolés et aussi ester en justice, ce qui n’était
pas le cas avent même si elle était commerçante.

16
Désormais avec l’article de 7 de l’AUDCG, le conjoint du commerçant, qu’il s’agisse de
l’époux ou de l’épouse, peut exercer au même titre que l’autre, l’activité commerciale. La
seule condition exigée est que ses actes de commerce soient séparés de ceux du conjoint.
B- Les incompatibilités avec l’exercice du commerce
Aux termes de l’article 8 de l’Acte uniforme « Nul ne peut exercer une activité
commerciale lorsqu’il est soumis à un statut particulier établissant une incompatibilité ».
Ce texte précise dans l’alinéa suivant qu’il n’y a pas d’incompatibilité sans texte. Il faut
ensuite se reporter à l’article 9 qui énumère de façon non limitative revoyant également aux
dispositions législatives internes des États membres de l’OHADA, les professions déclarées
incompatibles avec le commerce. Sont concernés, les fonctionnaires et personnels des
collectivités publiques et des entreprises à participation publique, les officiers ministériels et
les auxiliaires de justice (Avocats, Huissier, Agents de change, Notaire, Greffiers,
Administrateurs et liquidateurs judiciaires), les experts comptables et les comptables agréés,
commissaires aux comptes et aux apports, conseils juridiques ; courtiers maritimes. Les
incompatibilités se justifient principalement par le souci de préserver chez les professionnels
concernés la conscience professionnelle et le sens de l’intérêt général tout en les mettant à
l’abri d’éventuels conflits d’intérêts. La satisfaction de l’intérêt général et des exigences
d’ordre éthiques ou le désintéressement qui doit caractériser certaines professions
s’accommoderait mal en effet de la recherche permanente du gain qui anime le
commerçant.
L’exercice du commerce au mépris de l’incompatibilité légale empêchera le contrevenant de
se prévaloir de la qualité de commerçant et d’en revendiquer les avantages statutaires. En
revanche toutes les sanctions prévues à l’encontre du commerçant lui seront applicables et
les actes accomplis irrégulièrement lui seront opposable par les tiers ‘article 8 de l’Acte
uniforme).
C- Les déchéances ou interdictions
L’article 10 de l’Acte uniforme est le fondement légal des interdictions d’exercer le
commerce directement ou par personne interposée. L’interdiction peut alors être générale
ou spéciale, définitive ou temporaire.
L’interdiction générale n’autorise l’exercice d’aucune activité commerciale et peut être
prononcée par une juridiction nationale à titre de peines principales ou complémentaires.
L’interdiction spéciale au contraire qui relève de la compétence des juridictions
professionnelles ne concerne que l’activité commerciale considérée.
Les interdictions judiciaires se justifient principalement par le souci de mettre à l’écart des
personnes condamnées pour une infraction de droit commun, à une peine d’au moins trois
(03) mois d’emprisonnement non assorti de sursis pour un délit contre les biens ou de
nature économique ou financière. L’article 10 de l’Acte uniforme qui le prévoit n’énumère

22 sept. 1942 : modification de l’article 4 du code de commerce. « la femme mariée peut être marchande
publique à moins que le mari ne s’y oppose ».
13 juill. 1965 : égalité complète entre les conjoints.
Au Séné

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pas les infractions visées, mais il est constant tant en doctrine qu’en jurisprudence que
l’interdiction fait suite à une condamnation des infractions de la nature du vol et notamment
l’abus de confiance, l’escroquerie, l’émission de chèques sans provisions ainsi que pour la
banqueroute frauduleuse et les atteintes aux intérêts ou à la sécurité économique de l’Etat.
L’exercice du commerce au mépris d’une interdiction judiciaire ou professionnelle emporte
les mêmes sanctions de celles prévues en matière d’incompatibilité (article 12 de l’Acte
uniforme). Il faut préciser cependant que le législateur fixe à 5 ans la durée maximale d’une
interdiction temporaire et prévoit après ce délai la possibilité d’une réhabilitation. Cette
dernière étant également admise en cas d’interdiction définitive par une requête adressée à
la juridiction ayant prononcée la sanction.
D- L’extranéité
En principe, l’extranéité n’est pas un obstacle à l’exercice d’une activité commerciale
au Cameroun. Mais, l’article 5, alinéa 2 de la loi de 2015 précitée prévoit qu’un étranger
désirant exercer une activité commerciale au Cameroun doit obtenir au préalable un
agrément délivré par l’autorité compétente. L’autorité compétente est le Ministre chargé du
commerce.

Section 2 : Les obligations et les privilèges du commerçant


La qualité de commerçant est tributaire d’un statut juridique particulier. En application
des règles commerciales, le commerçant, qu'il soit personne physique ou morale, est tenu
d'exécuter certaines obligations afférentes à cette qualité. À l'opposé, il bénéficie de
plusieurs règles de faveur spécifiques, parfois anciennes, et adaptées aux particularités de la
vie du commerce (V. infra, nos 130 s.) et plus globalement à la vie des affaires (sous-section
2).

Sous-section 1 : Les obligations du commerçant


Les commerçants doivent respecter la règlementation en vigueur. Celle-ci met à leur
charge un certain nombre d’obligations. Les obligations du commerçant peuvent être
regroupées en trois rubriques. La première est l’immatriculation au registre du commerce et
du crédit mobilier (RCCM) (P1). La deuxième impose au commerçant de tenir une
comptabilité selon des règles édictées (P2). La troisième est liée au respect de l’éthique (P3).
P1 : L’immatriculation au RCCM
De façon générale, l’immatriculation est l’action d’inscrire sur un registre, sous un
numéro d’ordre, le nom d’une personne ou d’une chose en vue de l’identifier à des fins
précises. Plus spécialement, l’immatriculation au RCCM vise à la fois l’identification de la
personne et le souci d’établir sa qualité de commerçant. À cet effet, le RCCM apparaît
comme l’outil essentiel de cristallisation de la situation personnelle et patrimoniale du
commerçant. Bien plus, d’après l’article 34 de l’AUDCG, le RCCM est institué aux fins de
satisfaire aux exigences de sécurité, de célérité, de transparence et de loyauté nécessaires
au développement des activités économiques. C’est dire comment ce registre est important
pour le commerçant, mais également pour tous qui désirent se renseigner sur la profession

18
commerciale d’une personne. C’est pourquoi l’immatriculation du commerçant est une
obligation (A) qui produit des effets importants (B).
A- L’obligation d’immatriculation au RCCM
Avant de faire ressortir les règles qui gouvernent l’immatriculation des personnes
assujetties, il convient au préalable de présenter succinctement le RCCM.
1- La présentation du RCCM
Le RCCM est organisé sous une forme pyramidale allant du fichier local au fichier régional,
en passant par le fichier national.
Au niveau local, le RCCM est tenu par le greffe de la juridiction compétente ou
l’organe compétent dans l’Etat partie sous la surveillance du Président de ladite juridiction
ou du juge délégué par lui à cet effet ou de l’autorité compétente dans l’Etat partie (article
36 AUDCG). Les informations figurant dans les formulaires remis au greffe ou à l’organe
compétent dans l’Etat partie et dans les registres et répertoires du RCCM sont destinées à
l’information du public.
Le Fichier National est organisé par chaque Etat membre de l’OHADA et est tenu au
Cameroun au greffe de la Cour suprême. Il a pour but de centraliser les renseignements et
informations consignés dans chaque RCCM, de permettre l’accès des assujettis et des tiers
aux informations conservées par le Fichier National, de permettre de satisfaire aux exigences
de sécurité, de célérité, de transparence et de loyauté nécessaires au développement des
activités économiques, et de recevoir les déclarations relatives aux hypothèques faites à la
diligence de l’autorité en charge de la publicité des hypothèques.
En ce qui concerne le Fichier Régional, il est tenu au siège de la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage (CCJA) à Abidjan en Côte d’Ivoire. Il est organisé aux fins de centraliser les
renseignements et informations consignés dans chaque Fichier National, de permettre
l’accès des assujettis et des tiers aux informations conservées par le Fichier Régional et de
permettre de satisfaire aux exigences de sécurité, de célérité, de transparence et de loyauté
nécessaires au développement des activités économiques. Pour faciliter les diverses
procédures tant de consultation que d’inscription ou d’enregistrement au RCCM, les articles
79 à 100 de l’AUDCG prévoient la possibilité d’informatiser les divers fichiers. Mais cette
informatisation n’est pas encore obligatoire, certainement parce que tous les pays de
l’espace OHADA n’ont pas encore un niveau de développement qui leur permet
d’informatiser tout leur service public de la justice.
2- L’inscription des commerçants au RCCM
Toute personne physique dont l’inscription au RCCM est exigée doit, dans le premier
mois de l’exercice de son activité, demander son immatriculation au greffe de la juridiction
compétente ou à l’organe compétent dans l’Etat partie, dans le ressort de laquelle son
activité se déroule (article 44 de l’AUDCG). La demande est faite selon un modèle de
formulaire mis à la disposition des commerçants à cet effet par le greffe ou l’organe
compétent dans l’Etat partie, sauf les cas d’utilisation des moyens électroniques. Ce
formulaire qui est différent suivant qu’il s’agit d’un commerçant personne physique ou d’un
commerçant personne morale, est signé suivant le cas par le déclarant, le demandeur ou son

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mandataire. Cette demande doit indiquer pour les personnes physiques toutes les
informations relatives à l’identité du commerçant, à son état civil et notamment son régime
matrimonial ; à son activité et aussi à l’identité des personnes ayant le pouvoir général
d’engager par leur signature la responsabilité de l’assujetti.
En ce qui concerne les personnes morales, les principales mentions sont la
dénomination sociale, l’objet social, le siège social, l’identité des associés tenus
solidairement et indéfiniment du passif social etc. Une fois le dossier complet reçu, le
greffier l’ayant reçu, attribue un numéro d’immatriculation et doit transmettre au
commerçant concerné ou à son représentant un bordereau sur lequel est mentionné ledit
numéro. Ce commerçant est désormais tenu d’indiquer sur toutes ses factures, bons de
commande, et tous documents relatifs au commerce, son numéro et le lieu
d’immatriculation. En cas de déplacement du fonds de commerce dans le ressort d’une
même juridiction, le commerçant est tenu de procéder à une simple correction de la
mention correspondante au RCCM ; cette exigence s’étend à toute modification qui
intervient dans la vie du commerçant et qui rendrait caduques les informations données au
moment de l’immatriculation. Par contre lorsque le fonds de commerce est déplacé dans le
ressort d’une autre juridiction, il lui faudra radier la première immatriculation et procéder à
une nouvelle immatriculation. L’article 55 de l’AUDCG impose un délai d’un mois pour
accomplir cette double formalité ; délai qui doit être aussi respecté en cas de cessation
d’activité. Si le commerçant ne le fait pas, le greffier de la juridiction compétente pourra
procéder à cette radiation après une décision de la juridiction compétente ayant siégé à la
demande de tout intéressé. Aux termes de l’article 57, cette demande doit être faite par
l’ayant droit en cas de décès du commerçant dans le même délai d’un mois à compter du
décès.
B- Les effets de l’immatriculation au RCCM
L’inscription au RCCM produit des effets différents suivant qu’il s’agisse d’une
personne morale ou d’une personne physique.
A l’égard des personnes physiques, l’immatriculation au RCCM a strictement un
caractère personnel. L’article 49 interdit ainsi à une même personne de s’inscrire sous
plusieurs numéros dans un même registre ou dans plusieurs registres. Il peut y avoir une
inscription principale et des inscriptions secondaires. L’effet principal de cette inscription est
le renversement de la charge de la preuve car elle fait présumer aux termes de l’article 59 de
l’AU la qualité de commerçant. Il s’agit toutefois d’une présomption simple, puisque la
qualité de commerçant n’est acquise qu’avec l’exercice des actes de commerce à titre de
profession. Autrement dit, on devient commerçant avant de s’immatriculer au RCCM.
L’obligation d’immatriculation pèse sur celui qui exerce déjà le commerce.
Selon les termes de l’article 60 de l’AUDCG, toute personne physique assujettie à
l’immatriculation au RCCM qui n’a pas demandé celle-ci dans les délais impartis, ne peut se
prévaloir, jusqu’à son immatriculation, de la qualité de commerçant.
En ce qui concerne les personnes morales, c’est-à-dire les sociétés commerciales,
l’immatriculation au RCCM est la condition même de leur existence juridique. Ce qui veut

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dire qu’une société commerciale qui n’est pas immatriculée au RCCM, n’a simplement pas la
personnalité juridique et ne peut par conséquent fonctionner comme une personne morale.
C’est l’économie de l’article 98 de l’AUDSCGIE. Cette immatriculation n’a donc pas pour
effet, comme c’est le cas pour la personne physique de faire présumer la qualité de
commerçant. Selon la CCJA, la production d’un extrait du RCCM prouve la personnalité
juridique de la société commerciale jusqu’à inscription de faux (CCJA, Arrêt n° 044/2010 du
1er juillet 2010, aff. APC Sarl c/ Chevron TEXACO Cameroun et al., JURIDATA n° J044/2010).
Toutefois, qu’il s’agisse de la personne physique ou de la personne morale, elle ne
peut invoquer son défaut d’immatriculation pour se soustraire aux responsabilités et
obligations inhérentes à la qualité de commerçant.
Par ailleurs, toute personne assujettie à l’immatriculation au RCCM ne peut, dans l’exercice
de ses activités, opposer aux tiers et aux administrations publiques, qui peuvent toutefois
s’en prévaloir, les faits et actes sujets à transcription ou mention que si ces derniers ont été
publiés au RCCM. Cependant, cette disposition n’est pas applicable si l’assujetti établit qu’au
moment où ils ont traité, les tiers ou administrations en cause avaient connaissance des faits
et actes dont il s’agit.
Selon l’article 69 de l’AUDCG, toute personne tenue d’accomplir une des formalités
prescrites par cet Acte uniforme, et qui s’en est abstenue, ou encore qui a effectué une
formalité par fraude, est punie des peines prévues par la loi pénale nationale. L’absence
d’immatriculation est sanctionnée par l’interdiction de se prévaloir de la qualité de
commerçant, qui peut toutefois être retenue à son encontre à titre de sanction.
P2 : La tenue d’une comptabilité
Aux termes de l’article 1er de l’Acte Uniforme relatif au droit comptable et à
l’information financière, toute entreprise commerciale doit mettre en place, pour
l’information externe et pour son propre usage, une comptabilité générale. L’obligation de
tenir une comptabilité ainsi formulée était déjà contenue dans le code de commerce dont
les dispositions ont été reprises presque littéralement par l’Acte Uniforme portant sur le
Droit Commercial Général. Ce dernier doit cependant être complété s’agissant de la tenue
d’une comptabilité par des dispositions pertinentes de l’Acte Uniforme relatif au droit
comptable et à l’information financière. L’article 2 de cet Acte uniforme impose l’obligation
de tenir une comptabilité à toute entreprise soumise au Droit Commercial, aux entreprises
publiques et parapubliques, aux coopératives, et de façon générale à toutes les entreprises
qui produisent des biens et services destinés au non à la vente, à l’exception de celles
soumises aux règles de la comptabilité publique. Dans le cas particulier des commerçants,
personnes physiques et morales, l’article 13 alinéa 1er de l’Acte Uniforme sur le Droit
Commercial Général prescrit « Tout commerçant, personne physique ou morale doit tenir
tous les livres de commerce conformément aux dispositions de l’Acte Uniforme relatif à
l’organisation et à l’harmonisation des comptabilités des entreprises » ;
Les livres de commerce dont la tenue obligatoire est ainsi rappelée sont constitués
par le journal, le grand livre, la balance générale des comptes et le livre d’inventaires. Le
journal est la mémoire comptable de l’entreprise. Tous les mouvements qui affectent le

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patrimoine de la personne morale ou le fonds de commerce s’agissant des personnes
physiques doivent y être enregistrés au jour le jour dans l’ordre de leur date de valeur
comptable. Le législateur autorise cependant le commerçant à récapituler sur une pièce
unique, toutes les opérations de même nature réalisées le même jour en un même lieu. Il a
également le droit de récapituler dans le journal les mouvements enregistrés sur une
période ne pouvant excédée cinq semaines.
Le grand livre regroupe quant à lui l’ensemble des comptes de l’entreprise. Il
constitue une sorte de répertoire des inscriptions portées sur le livre journal. En réalité,
chaque opération sera enregistrée sur deux livres distincts, une première fois sur l’ordre
chronologique dans le livre journal et la seconde fois à titre de récapitulatif sur le grand livre.
La balance générale des comptes fera ensuite apparaître le solde débiteur ou
créditeur du début de l’exercice, le cumul des mouvements de débiteur et créditeur de
l’exercice et le solde débiteur ou créditeur en fin d’exercice.
Le livre d’inventaire enfin sur lequel doivent être transcrit le bilan et le compte de
résultat de chaque exercice résume l’opération d’inventaire physique qui porte sur les
stocks, les immobilisations et les titres etc. et qui constitue le relevé et l’évaluation de tous
les éléments actifs et passifs de l’entreprise. Les livres de commerce doivent être tenus sans
blanc ni altération de toute sorte. De même, toute correction d’erreurs s’effectue
exclusivement par inscription négative des éléments erronées, l’enregistrement exact est
ensuite opéré ». Cette technique est connue en comptabilité sous le nom de la contre
passation d’écritures.
Les documents comptables ont une fonction probatoire, ils bénéficient d’une
présomption de sincérité. Il convient toutefois de préciser la force d’un tel mode de preuve.
- Il faut rappeler que la comptabilité n’est pas opposable à un non commerçant.
- La comptabilité fait preuve contre le commerçant qui la tient mais les documents
comptables sont indivisibles, on ne peut se prévaloir de certains éléments de la
comptabilité et en écarter d’autres.
- La comptabilité régulièrement tenue peut faire preuve en faveur de celui qui la tient
mais uniquement entre commerçants.
En cas d’inobservation des règles relatives aux obligations comptables du commerçant,
il peut être sanctionné surtout dans le cadre d’une procédure collective ouverte à l’encontre
du commerçant. Dans ce cas, l’Acte uniforme OHADA sur les procédures collectives
d’apurement du passif retient à son encontre des infractions de banqueroute simple ou de
banqueroute frauduleuse qui sont punies des peines d’emprisonnement d’un an à deux ans
pour la première et de cinq ans à dix ans pour la seconde.
P3 : Le respect de l’éthique commerciale
L’éthique commerciale suppose le respect des règles de la concurrence entre
commerçants (P1) et la protection des consommateurs (P2).
A- La soumission aux règles de concurrence
La concurrence peut se définir comme la compétition qui se joue sur un même marché pour
atteindre une fin économique déterminée : l’offre de produits ou de services qui satisfont

22
des besoins identiques ou similaires ou, si l’on préfère, la conquête et la conservation d’une
clientèle. Pour que la concurrence ne soit pas faussée sur le marché, certaines pratiques sont
interdites sous peine de sanctions
1- Les pratiques interdites
Il est interdit au commerçant de s’adonner à la concurrence déloyale et aux pratiques
restrictives de concurrence.
a- La concurrence déloyale
Il n’existe pas de définition proprement juridique de la concurrence déloyale. La concurrence
loyale est celle qui est conforme aux usages commerciaux. Le caractère déloyal de la
concurrence évolue selon les usages commerciaux. Cependant en pratique, on peut
dénombrer quatre comportements qui relèvent les actes de concurrence déloyale.
- Le dénigrement et la publicité comparative : c’est le fait de jeter un discrédit sur le
concurrent en répandant des informations péjoratives et malveillantes. Il y a une
concurrence déloyale quand bien même les informations seraient fondées à condition
que le concurrent soit nommément désigné ou soit simplement identifiable. Tel est le
cas par exemple lorsqu’un commerçant fait connaître les difficultés du concurrent en
informant que ce concurrent est à bord de la faillite ou encore présente les produits du
concurrent comme mauvais ou dangereux.
- La désorganisation de l’entreprise concurrente : La désorganisation de l’entreprise
concurrente peut être révélée par exemple par le débauchage du personnel d’une
entreprise concurrente. Ce débauchage peut être sanctionné s’il vise à s’approprier la
clientèle ou le savoir-faire de l’entreprise.
- La confusion ou l’imitation d’un concurrent : Ce mode de concurrence déloyale
consiste à créer dans l’esprit de la clientèle une confusion sur le produit vendu afin
d’attirer à soi la clientèle du concurrent. Exemple : le nom commercial, la marque,
l’enseigne, les publicités.
- Le parasitisme : Sous le thème générique de parasitisme se retrouve l’idée selon
laquelle toute appropriation injustifiée du commerce d’autrui doit être sanctionnée. C’est
le fait pour une entreprise de se glisser dans le domaine économique d’une autre
entreprise pour profiter de sa réputation et gagner des parts de marché à moindre frais,
sans rien dépenser de son effort et son savoir-faire. Le parasite tente de profiter des
acquis et renom d’autrui sans faire un investissement.
b- Les pratiques restrictives de concurrence
Les pratiques restrictives de concurrence sont le fait d’une entreprise seule dénuée de toute
position dominante sur le marché en cause qui utilise des manœuvres maladroites pour
s’approprier la clientèle de ses concurrents et éliminer à terme ceux-ci. Le droit camerounais
interdit ainsi un certain nombre de pratiques depuis la loi de 1990. La loi n°2015/018 du 21
décembre 2015 régissant l’activité commerciale au Cameroun les a reprises. Il s’agit pour
l’essentiel des pratiques discriminatoires et de la revente à perte.
- La revente à perte : Il ressort de l’article 72, alinéa 1 de la loi de 2015 qu’ « Il est
interdit de revendre un bien à un prix inférieur à son prix de revient effectif». Le prix

23
de revient effectif est défini par le même texte comme le prix d’achat unitaire
figurant sur la facture, majoré des droits et taxes et, le cas échéant, des frais de
transport.
- Les pratiques discriminatoires : Aux termes de l’article 78 de la loi de 2015, « Il est
interdit à un commerçant de pratiquer, à l’égard d’un autre commerçant, ou d’obtenir
de lui, des prix, des délais de paiement, des conditions de vente ou d’achat
discriminatoires et non justifiées par des contreparties réelles, conformes aux usages
commerciaux loyaux et honnêtes ». Trois critères permettent d’apprécier les « ventes
discriminatoires ». Il s’agit des prix, des délais de paiement et des conditions de
vente. On peut par exemple parler de pratique des conditions de vente
discriminatoires en cas de différence de traitement au niveau des modalités de
paiement et des délais de livraison ou d’exécution des commandes.
2- Les sanctions
Plusieurs sanctions peuvent être retenues à l’encontre des commerçants reconnus
coupables de pratique de concurrence déloyale :
- La cessation des agissements déloyaux, peut être ordonnée sous astreinte.
- La suppression de dénomination illicite.
- Le retrait à la vente des produits imités.
- L’interdiction de poursuivre une campagne publicitaire.
- L’imposition des dommages et intérêts.
- La publication du jugement aux frais du commerçant condamné peut être ordonnée.
B- La protection des consommateurs
Le législateur assure la protection du consommateur à travers un certain nombre de
prescriptions ou d’interdictions faites au commerçant sous peine de sanctions.
1- L’obligation d’information du consommateur
Le législateur fait reposer sur le commerçant une obligation expresse de
renseignements. Cette obligation réside dans la publicité des conditions de vente des
produits. Elle a trait :
- D’abord au prix : l’article 46, alinéa 1 de la loi n° 2015/018 du 21 décembre 2015,
régissant l’activité commerciale au Cameroun prévoit que « tout vendeur ou tout
prestataire de service doit obligatoirement informer les clients sur les prix, les
tarifs » ;
- Ensuite aux conditions de vente et caractéristiques de la marchandise vendue ;
- Enfin à l’existence des garanties : la notice délivrée doit préciser l’étendue et la durée
de la garantie accordée au client.
2- Les pratiques interdites
Sont interdites, sous peine de sanctions, les pratiques commerciales illicites les pratiques
commerciales trompeuses et les pratiques commerciales agressives.
a- Les pratiques commerciales illicites
Elles sont régies par les articles 68 et suivants de loi n° 2015/018 précitée. Ces articles
interdisent :

24
- La vente des produits périmés, impropres à la consommation ou susceptibles de
porter atteinte à l’environnement ;
- La vente des produits ou substances prohibés ;
- Le refus de vente ou de prestation d’un service sans motif légitime (article 69) ;
- La subordination de la vente à l’achat d’une quantité imposée ou à l’achat
concomitant d’un autre bien ou service ;
- Les prix illicites (article 76).
b- Les pratiques commerciales trompeuses
Les pratiques commerciales trompeuses sont celles qui contiennent des informations fausses
ou qui, d’une manière quelconque induisent ou sont susceptibles d’induire le consommateur
en erreur (article 79, alinéa 2 de la loi n° 2015/018 précitée). Il s’agit notamment :
- Des publicités trompeuses ;
- Du refus de présenter au consommateur les articles ayant fait l’objet d’une publicité ;
- De la présentation d’un échantillon défectueux ;
- De déclarer ou de donner l’impression que la vente d’un produit est licite alors
qu’elle ne l’est pas ;
- D’affirmer d’un produit qu’il augmente les chances de gagner à un jeu de hasard ;
- Les opérations publicitaires présentant les caractéristiques d’une publicité, sauf si
elles n’imposent aux participants aucune obligation d’achat ou aucune contrepartie
financière de quelque nature que ce soit…
c- Les pratiques commerciales agressives
Une pratique commerciale est réputée agressive lorsqu’elle altère ou est susceptible
d’altérer de manière significative, du fait du harcèlement, de la contrainte ou d’une
influence injustifiée, la liberté de choix ou de conduite du consommateur à l’égard d’un bien
ou d’un service et, par conséquent, l’amène ou est susceptible de l’amener à prendre une
décision commerciale qu’il n’aurait pas prise (article 84, alinéa 1, loi de 2015 précitée).

Sous-section 2 : Les privilèges du commerçant


Plusieurs privilèges jadis réservés aux seuls commerçants ont été étendus à d’autres
catégories professionnelles. Il en est ainsi du régime favorable du bail à usage professionnel,
des procédures collectives préventives et l’utilisation de la clause compromissoire. Seuls
quelques privilèges demeurent propres au commerçant (liberté de preuve, délai de
prescription réduit, mise en demeure simplifiée et solidarité). Quoiqu’il en soit, les privilèges
du commerçant sont soit d’origine légale, soit d’origine jurisprudentielle (P3). Parmi les
privilèges d’origine légale, le bail usage professionnel sera étudié (P1) à côté des autres
privilèges légaux (P2).
P1 : Le droit au renouvellement du bail à usage professionnel
Aux termes de l’article 103 de l’AUDCG, « est réputé bail à usage professionnel toute
convention, écrite ou non, entre une personne investie par la loi ou une convention du droit
de donner en location tout ou partie d’un immeuble compris dans le champ d’application du
présent Titre, et une autre personne physique ou morale, permettant à celle-ci, le preneur,

25
d’exercer dans les lieux avec l’accord de celle-là, le bailleur, une activité commerciale,
industrielle, artisanale ou toute autre activité professionnelle ».
Le droit au renouvellement du bail à usage professionnel est un privilège légal très
important du commerçant. Pour diverses raisons, au premier rang desquelles il faut ranger
les considérations financières, le commerce est le plus souvent exercé dans un local loué. Or,
cette situation fait courir au commerçant le risque de perdre son fonds de commerce s’il est
expulsé de son local. La protection du commerçant-locataire est donc apparue nécessaire. La
première loi française sur la question date du 30 juin 1926. Depuis lors, il a été institué un
droit au renouvellement en faveur du preneur. Allant dans le même sens, l’AUDCG de 2010 a
étendue le domaine d’application de ce privilège à toute personne qui loue un immeuble en
vue d’y exercer une activité professionnelle. Mais, pour bénéficier du droit au
renouvellement, l’intéressé doit remplir un certain nombre de conditions (A). Toutefois, le
bailleur garde la possibilité de refuser le renouvellement (B).
A- Les conditions d’exercice du droit au renouvellement du bail à usage
professionnel
Ces conditions peuvent s’analyser en conditions de fond (1) et en conditions de procédure
(2).
1- Les conditions de fond
Ces conditions sont liées aux titulaires du droit au renouvellement (a) et à l’exploitation
du local (b).
a- Les titulaires du droit au renouvellement
Le droit au renouvellement du bail professionnel appartient au preneur. Mais dans
certaines situations, d’autres personnes peuvent vouloir en bénéficier. Tel est notamment le
cas lorsque le preneur initial a fait des transactions sur le fonds de commerce.
Le sous-locataire peut ainsi, aux termes de l’article 130 de l’AUDCG demander le
renouvellement auprès du locataire principal dans la mesure des droits que celui-ci tient du
propriétaire. Mais la sous-location doit avoir été faite régulièrement, c’est-à-dire avec le
consentement du bailleur. Selon la CCJA, viole les termes de son contrat et encourt
expulsion, le locataire qui procède à la sous-location des locaux pris à bail sans en avoir été
autorisé ou que ladite sous-location ait été notifiée au bailleur (CCJA, Arrêt n° 011/2012,
Affaire YAO NGUESSAN Irène c/ Okou Goubo, Juridata n° J011-03/2012). Elle considère en
outre que l’action en réclamation des loyers au sous-locataire ne vaut pas reconnaissance
implicite de la sous-location et les sous-locataires demeurent des occupants sans droits à
l’expiration du bail du preneur (CCJA, Arrêt n° 101/2013 du 22 novembre 2013 aff. Veuve
NTOUTOUME c/ Jaber Ghali).
Le droit au renouvellement peut aussi être invoqué par le cessionnaire. Il dispose des
mêmes droits que le preneur initial. En cas de cession régulièrement signifiée au bailleur par
acte extrajudiciaire ou tout autre moyen écrit, il doit faire valoir son droit au renouvellement
directement contre le bailleur. Le cessionnaire, contrairement au sous-locataire traite
directement avec le bailleur car il remplace le preneur par l’effet du contrat de cession. C’est
ainsi que la jurisprudence française affirme que le bailleur ne peut relever comme motif

26
grave et légitime de refus de renouvellement que des faits imputables au locataire sortant7.
N’est pas considéré comme une cession, l’attribution, lors de la liquidation du régime
matrimonial pour cause de divorce, du droit au bail à l’époux qui en était cotitulaire. Il s’agit,
selon la 3e chambre civile de la Cour de cassation (arrêt du 23 mars 2011, pourvoi n° 10-
30.495), d’un simple partage.
Le locataire-gérant n’a pas droit au bail. Il gère le fonds de commerce pour son propre
compte mais n’en est pas le propriétaire. Depuis l’ancien article 4 du décret n° 53-960 du 30
septembre 1953, le droit au renouvellement du bail commercial n’est reconnu qu’au
« propriétaire du fonds qui est exploité dans les lieux ». Il va donc de soi qu’il ne peut en
principe se prévaloir du droit au renouvellement du bail des locaux qu’il exploite8. Seul le
preneur à bail peut demander le renouvellement pour son compte car il n’est pas exigé que
celui-ci exploite personnellement les lieux9.
b- Les conditions tenant à l’exploitation du local
Les parties sont libres de conclure le contrat de bail professionnel qui peut être à durée
déterminée ou indéterminée, écrit ou verbal et de fixer le montant du loyer. Le preneur ne
peut cependant se prévaloir du renouvellement du bail que s’il justifie avoir exploité une
activité continue dans l’immeuble pendant une durée de deux ans, qu’il a exécuté le contrat
conformément aux stipulations contractuelles. Cette condition ne s’applique qu’aux
obligations essentielles du contrat. En l’absence de convention contraire, les obligations
essentielles sont le paiement régulier du loyer10, l’entretien courant de l’immeuble et le
strict respect de l’affectation des lieux prévus au contrat. Le plus souvent, le contrat de bail
définit le genre d’activités qui peuvent être exercés dans les locaux loués. Si on retenait les
solutions du droit commun, le locataire serait tenu de respecter cette destination fixée par
les parties. Cette règle est contraignante pour les commerçants, car ils ne pourraient
étendre leurs activités au-delà de celles déterminées par le bail. Pour éviter de bloquer le
développement des activités d’un commerçant, on lui permet de faire une déspécialisation
qui peut être partielle ou totale, à condition d’aviser le bailleur dans la première hypothèse
ou obtenir son consentement dans la deuxième hypothèse (article 113 AUDCG). Quel que
soit le cas, le bailleur ne peut reprocher au preneur l’inexécution d’une obligation
essentielle, et prétendre avoir droit à une indemnité d’éviction que s’il apporte la preuve
d’une mise en demeure faite au preneur par acte extra-judiciaire d’avoir à payer ses loyers
et que ladite inexécution se soit poursuivie ou renouvelée plus de deux mois après la mise
en demeure (CCJA, A. n° 017/2006 du 26 octobre 2006).

7
Cass. civ. 3e, 4 oct. 2000, Bull. civ., III, n° 155, p. 109, P. A., du 19 oct. 2001, n° 2009, p. 13, note crit. J.-L. Tixier.
8
ROUQUET (Y.), « De l’impossibilité, pour le locataire-gérant, de revendiquer une indemnité d'éviction auprès
du bailleur », note sous Cass. civ., 26 sept. 2001, D. 2001, Actualité jurisp. p. 3352.
9
Cass. civ. 3e, 28 mars 1973, Bull. civ., III, n° 237 ; Cass. civ. 3e, 17 juill. 1981, Bull. civ., III, n° 145, Gaz. Pal.,
1982, 1, Panor. p. 88, obs. J. D.
10
Viole ainsi son obligation principale et s’expose à la résiliation du bail le locataire qui ne s’acquitte pas du
loyer (CCJA A. n° 011/2012, Aff. YAO NGUESSAN Irène c/ OKOU GOUBO, Juridata n° J011-03/2012).

27
2- Les conditions de procédure
Le preneur qui remplit ces conditions ne bénéficie pas de manière automatique du
renouvellement du bail commercial. Il ne s’agit que d’une faculté que lui offre la loi. Pour en
bénéficier, il doit adresser, conformément aux articles 124 et 125 de l’AUDCG, une demande
au bailleur par acte extra-judiciaire, notamment acte d’huissier. Lorsque le contrat est un
contrat à durée déterminée, cette demande doit être faite par le preneur au moins six mois
avant l’échéance du contrat. Faute de le faire, il est déchu de son droit au renouvellement
du bail professionnel11. Le bailleur qui reçoit cette demande est tenu de donner son avis au
plus tard un mois avant la fin du bail, faute de quoi, son silence vaudra acceptation.
Lorsque le contrat est un contrat à durée indéterminée, chaque partie a le droit d’y
mettre fin en respectant un délai de préavis d’au moins six mois. Lorsque l’initiative de la
rupture émane du bailleur, le preneur a le droit de s’opposer au congé et de faire prévaloir
son droit au renouvellement. Il doit pour ce faire informer le bailleur par acte extra-judiciaire
ou par tout moyen laissant trace écriteau plus tard avant la fin de la période de préavis (six
mois). Selon la CCJA (Arrêt n° 041/2009 du 30 juin 2009), le preneur peut s’opposer au congé
jusqu’à la date de prise d’effet de celui-ci. Par conséquent, toute contestation élevée en
dehors de ce délai est tardive et le bail cesse à la date fixée.
B- Le refus de renouvellement du bail à usage professionnel
Aux termes de l’article 126 de l’AUDCG, le bailleur peut s’opposer au renouvellement
du bail commercial en payant au preneur une indemnité d’éviction dont le montant est fixé,
à défaut d’accord entre les parties, par la juridiction compétente en fonction du montant du
chiffre d’affaires, des investissements réalisés par le preneur, de la situation géographique
du local et des frais de déménagement imposés par le défaut de renouvellement. Selon la
CCJA (A. n° 030/2007 du 22 novembre 2007, aff. SCI Gof de guinée c/ Marina Atlantique
SARL, juridata n° J030-11/2007), le preneur ayant acquis le droit au renouvellement de son
bail, toute opposition du bailleur au renouvellement dudit bail, doit s’accompagner du
versement d’une indemnité d’éviction chaque fois que le bailleur ne justifie as d’un motif

11
Dans l’espèce Société PONTY SARL c/ Société PONTY IMMOBILIERE SA, une clause du contrat de bail
commercial liant les deux parties prévoyait qu’à la fin de chaque période de six ans, la partie qui entendait y
mettre un terme devait prévenir l’autre par lettre recommandée ou par acte extrajudiciaire au moins trois mois
avant l’expiration de ladite période. Or à la fin de la première période de six ans, aucune partie ne fit connaître
à l’autre son intention de mettre un terme au contrat. Le bailleur a même accepté le payement par le preneur
du premier mois de la deuxième période de six ans avant de faire machine arrière et demander à ce dernier de
libérer les lieux pour ne pas s’être prévalu de la faculté de renouvellement que lui reconnaît les articles 91 et
suivants de l’AUDCG. Les conditions d’une reconduction tacite étaient pourtant réunies à partir du moment où
les parties avaient continué l’exécution du contrat après la fin de la durée initiale. Cependant, la CCJA ne fit pas
droit à la demande du preneur motifs pris de ce que les dispositions de l’article 92 de l’AUDCG relatif à la
déchéance du droit au renouvellement du bail commercial sont d’ordre public et que les parties ne sauraient y
déroger par convention. Plus explicitement, la CCJA écarte en toute hypothèse la possibilité de faire recours à
la reconduction tacite en jugeant qu’ « il ne saurait être déduit d’un quelconque comportement de la PONTY
IMMOBILIERE SA et notamment de l’encaissement d’un loyer, la volonté de celle-ci de reconduire tacitement ou
implicitement le contrat de bail litigieux en violation desdites dispositions d’ordre public de l’article 92 de l’Acte
uniforme susvisé ». CCJA, arrêt n° OO5/2006 du 30 mars 2006, Juridis Périodique, n° 70, avr., mai, juin 2007, p.
73, comm. F. Anoukaha. Dans le même sens, CCJA, A. n° 030/2007 du 22 novembre 2007, aff. SCI Golf de
Guinée c/ Marine Atlantic SARL,

28
grave et légitime. Les juges de fond jouissent d’un pouvoir d’appréciation souverain en la
matière. La CCJA y garde cependant un contrôle actif. Elle sanctionne par exemple une Cour
d’appel qui octroie une indemnité d’éviction en tenant compte des investissements réalisés
sur le local loué tout en accordant une seconde fois une somme au titre de remboursement
des investissements réalisés. Car ce dernier remboursement ne pouvait être accordé qu’au
preneur sans droit au renouvellement du bail (CCJA, Arrêt n° 017/2006 du 26 oct. 2006, aff.
SONATEL Sénégal c/ Clinique SOKHNA FATMA, Juridata n° J017-10/2006).
Dans certaines circonstances, le bailleur peut ne pas renouveler le bail sans avoir à
régler une indemnité d’éviction. C’est le cas :
- lorsque le preneur n’a pas exécuté le contrat conformément aux stipulations et qu’il a
continué à violer le contrat malgré une mise en demeure ;
- s’il veut démolir l’immeuble loué et le reconstruire. Dans ce cas, le bailleur doit justifier de
la nature et de la description des travaux. Le preneur a le droit de rester dans les lieux
jusqu’au début des travaux de démolition (CCJA, arrêt n° 033/2005 du 26 mai 2005, Juridis
périodique n° 121, 2020, pp. 50 et 51note B. Kem Chekem). Il bénéficie d’un droit de priorité
pour se voir attribuer un nouveau bail dans l’immeuble reconstruit.
- s’il veut y habiter en personne ou y loger les membres de sa famille dans les locaux
d’habitation accessoires au local principal. Mais ce droit de reprise peut lui être refusé si le
preneur établit que la privation de jouissance des locaux d’habitation accessoires apporte un
trouble grave à la jouissance du bail dans les locaux principaux, ou lorsque les locaux
principaux et les locaux d’habitation forment un tout indivisible.
En dehors de ces hypothèses, le bailleur qui refuse de renouveler le contrat de bail à
usage professionnel devra verser au preneur une indemnité d’éviction. Toutefois, la CCJA
précise que l’indemnité d’éviction n’est pas acquise de manière automatique. Le preneur
doit s’en prévaloir dans les délais prévus par l’Acte uniforme. Lorsque le congé lui est délivré
par le bailleur, il doit s’y opposer au plus tard à la date de prise d’effet, conformément aux
dispositions de l’article 125, al. 2 de l’AUDCG. Le non-respect de ce délai emporte déchéance
du droit à l’indemnité d’éviction (CCJA, Arrêt n° 032/2008 du 03 juillet 2008, aff. Sté Métalux
SARL c/ Cheick Basse, Juridata N° J032-07/2008).
P2 : Les autres privilèges d’origine légale
Parmi ces privilèges, on peut mentionner la liberté de la preuve (A) et la réduction des
délais de prescription (B)
A- La liberté de la preuve
Elle est exprimée par l’article 5 de l’AUDCG en ces termes : « les actes de commerce se
prouvent par tous moyens même par voie électronique à l’égard des commerçants ». Le
principe est donc celui de la liberté de preuve en matière commerciale alors qu’en matière
civile le principe reste la preuve par écrit (CCJA, arrêt n° 053/2005 du 15 décembre 2005,
Juridis périodique n° 121, janvier-mars 2020, p. 51, note B. M. Kem Chekem). Cette solution
est ancienne, car elle permet le dénouement rapide des opérations commerciales qui sont
souvent répétitives, c'est-à-dire conclues entre les mêmes personnes et aux mêmes
conditions. En principe, elle est d'application générale. Par conséquent, pour l'écarter, une

29
règle spéciale doit le prévoir. Il en est ainsi du nantissement du fonds de commerce (voir
article 163 de l’Acte uniforme portant organisation des sûretés) ou de la vente du fonds de
commerce (articles 149 et suivants de l’AUDCG).
B- La réduction des délais de prescription
D’après l’article 16 de l’AUDCG, « les obligations nées à l’occasion de leur commerce entre
commerçants, ou entre commerçants et non-commerçants, se prescrivent par cinq ans si elles
ne sont pas soumises à des prescriptions plus courtes ». Cette prescription abrégée en
matière commerciale constitue également une dérogation aux règles du droit civil. La
rapidité de la conclusion des opérations commerciales, et parfois leur répétition, a justifié
l’institution par l’AUDCG de la prescription extinctive quinquennale en matière commerciale,
sauf prescription spéciale en général plus courte. Exemple, en matière de vente
commerciale, la prescription est de deux ans (article 301, alinéa 2 de l’AUDCG).
P2 : Les privilèges de source jurisprudentielle
La jurisprudence a consacré l’application aux commerçants de la règle de la
présomption de la solidarité (A) et celle de la mise en demeure (B)
A- La présomption de solidarité
Aux termes de l’article 1202 du Code civil, la solidarité ne se présume pas, elle doit être
expressément stipulée. En revanche, en droit commercial, selon une règle établie par la
jurisprudence, les commerçants sont présumés solidaires pour l’exécution des obligations
commerciales qu’ils contractent ensemble (Req. 20 octobre 1920 et Civ. 18 juillet 1980,
Grands arrêts de la jurisprudence commerciale, pp. 3 et suivants, observations Pédamon). De
manière plus claire, lorsque plusieurs commerçants contractent une même dette, ou même
que certains se portent caution pour d’autres, ils sont tenus solidairement de la dette et le
créancier peut saisir n’importe quel débiteur pour le paiement de la totalité de la dette,
quitte à ce que celui qui paie se retourne contre les autres. Cette solidarité est de droit : s'il y
a plusieurs débiteurs, ils sont solidaires. Il s’agit cependant d’une présomption simple dans la
mesure où elle peut être écartée soit par la volonté contraire des parties, soit en
considération des circonstances dans lesquelles l’obligation a été contractée.
B- La mise en demeure
Il s’agit de l’acte par lequel un créancier demande à son débiteur d’exécuter son obligation
et qui a notamment pour effet de faire courir les intérêts de retard. D’après l’article 1139 du
Code civil, le débiteur est en principe mis en demeure par une sommation. La sommation est
un acte d’huissier par lequel le créancier invite formellement le débiteur à s’exécuter
lorsqu’il ne dispose pas d’un titre privé.
Mais, en matière commerciale, la jurisprudence a admis que même une lettre ordinaire
puisse valoir mise en demeure lorsqu’il en résulte une interpellation suffisante (Cass. civ. 19
février 1878, Dalloz 1878, II, p. 261.). Prolongeant en quelque sorte cette conception
extensive de la mise en demeure, il est jugé qu’en matière commerciale, par rapport aux
actes accomplis dans son activité professionnelle, le débiteur commerçant peut valablement
être mis en demeure par tous les moyens (Req. 28 octobre 1903, Dalloz 1904, I, p. 14).

30
Chapitre 2 : L’entreprenant, nouvel acteur

L’entreprenant est un nouvel acteur de l’environnement des affaires de l’OHADA. Sa


consécration en droit de l’OHADA constitue une innovation de la révision de l’AUDCG
intervenue le 15 décembre 2010 à Lomé. Son statut, bien que proche de celui du
commerçant ne manque pas de faire ressortir sa spécificité et son autonomie. En le
définissant, le législateur de l’OHADA a fait ressortir les conditions à remplir pour acquérir
cette qualité (Section 1) et par la suite, n’a pas manqué de préciser ses droits et obligations
(Section 2).

Section 1 : Les conditions d’acquisition de la qualité d’entreprenant


D’après l’article 30 AUDCG, « L’entreprenant est un entrepreneur individuel, personne
physique qui, sur simple déclaration prévue dans le présent Acte uniforme, exerce une
activité professionnelle civile, commerciale, artisanale ou agricole ». De cette définition, il
ressort que l’entreprenant remplit au moins deux conditions. D’abord une condition liée à la
personne : l’entreprenant doit être un entrepreneur individuel, personne physique (P1) ;
ensuite une condition liée à l’accès à la profession d’entreprenant : une déclaration (P2).
Mais, pour être entreprenant, ce professionnel doit également remplir une condition liée au
chiffre d’affaire (P3).
P1 : La condition liée à la personne : l’entreprenant, un entrepreneur individuel
personne physique
De l’article 30 précité, il apparaît clairement que «l’entreprenant est un entrepreneur
individuel, personne physique… ». Cette exigence exclue d’office de cette qualité les groupes
de personnes et les personnes morales. Cette disposition semble confirmer l’idée selon
laquelle la consécration de l’entreprenant est une réponse du législateur de l’OHADA au
développement excessif du secteur informel dans sa zone géographique. Le secteur informel
étant généralement dominé par des initiatives individuelles, le législateur a cru bon devoir
confiner la qualité d’entreprenant aux seules personnes physiques prises individuellement.
Par ailleurs, l’exclusion des personnes morales est de nature à les obliger à prendre des
formes plus organisées notamment les formes de sociétés commerciales prévues par l’Acte
uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique,
des sociétés coopératives et autres formes prévues par les législations nationales.
P2 : La déclaration d’activité de l’entreprenant
En disposant que « l’entreprenant… sur simple déclaration prévue dans le présent Acte
uniforme, exerce une activité professionnelle… », l’article 30 AUDCG conditionne l’accès à
cette profession à une déclaration. Dès lors, trois questions nous préoccupent : quand se fait
la déclaration ? Où se fait la déclaration ? Quelle est la conséquence du défaut de
déclaration ?
-Le moment de la déclaration. La définition susmentionnée ne précise pas le moment
de la déclaration. Il faut se référer aux dispositions de l’article 62 al. 3 aux termes desquelles

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« l’entreprenant ne peut commencer son activité qu’après réception de ce numéro de
déclaration d'activité… ». Ceci revient à dire que la déclaration est préalable à l’activité de
l’entreprenant. Elle conditionne le début de l’exercice de sa profession. Il doit le faire avant
d’accomplir une quelconque activité en cette qualité. Autrement dit, la déclaration n’est pas
une obligation de l’entreprenant, mais une condition de validité de sa qualité.
- Le lieu de la déclaration. Le titre 3 du livre 2 de l’AUDCG est intitulé « déclaration
d’activité de l’entreprenant au Registre du commerce et du crédit mobilier ». Cet intitulé
permet de voir que la déclaration est faite au RCCM. Il s’agit du RCCM tenu au greffe de la
juridiction compétente ou à l’organe compétent de l’Etat partie, dans le ressort duquel il
exerce (art. 62 al. 1).
- La conséquence du défaut de déclaration. Comme nous l’avons relevé, la déclaration
d’activité de l’entreprenant n’est pas une obligation découlant de son statut, mais une
condition de validité de son statut. En clair, la déclaration n’est pas une simple publicité de
sa qualité comme l’est l’immatriculation du commerçant au RCCM. En effet,
l’immatriculation ne confère pas la qualité de commerçant, mais permet simplement à cette
qualité d’être connue de tous et contrôlée par les pouvoirs publics. Son absence n’efface pas
la qualité de commerçant, elle empêche simplement au contrevenant d’opposer cette
qualité aux tiers et de se prévaloir des privilèges reconnus aux commerçants. Toutefois, il est
considéré comme un commerçant de fait contre qui on impose les obligations et les
sanctions dues aux commerçants réguliers. Par contre, dire de la déclaration qu’elle est
préalable revient à dire que sans elle, nul ne peut se prévaloir d’une quelconque qualité
d’entreprenant, même pas celle d’entreprenant de fait (qui ne devrait pas exister). Dans une
telle situation, tout laisse penser que le contrevenant ne se verra pas appliquer les règles
applicables aux entreprenants, mais plutôt celles régissant l’activité correspondant à celle
exercée dans le cadre de son entreprise. Il sera ainsi agriculteur de fait, commerçant de fait
ou artisan de fait selon la nature de son activité.
P3 : Les conditions liées au chiffre d’affaire
De l’article 30 al. 2 de l’AUDCG, il ressort que « l’entreprenant conserve son statut si le
chiffre d’affaires annuel généré par son activité pendant deux exercices successifs n’excède
pas les seuils fixés dans l’Acte uniforme portant organisation et harmonisation des
comptabilités des entreprises au titre du système minimal de trésorerie ». Il faut donc se
référer à l’Acte uniforme portant organisation et harmonisation des comptabilités des
entreprises pour définir les seuils sus-indiqués. L’article 13 de cet AU parle de très petites
entreprises soumises au « système minimal de trésorerie ». Ces très petites entreprises, pour
rester soumises à ce système minimal doivent avoir un chiffre d’affaire inférieur ou égal aux
seuils suivants : trente (30) millions de F CFA pour les entreprises de négoce, vingt (20)
millions de F CFA pour les entreprises artisanales et assimilées, dix (10) millions de F CFA
pour les entreprises de services.
Par ailleurs, de l’al. 3 de l’article 30, il ressort que chaque Etat devra fixer un chiffre
d’affaire à ne pas franchir par l’entreprenant sous peine de perdre sa qualité. C’est dire que
pour être entreprenant et le demeurer, l’intéressé doit éviter de réaliser un chiffre d’affaire

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supérieur aux seuils définis dans l’Etat partie, sous peine d’être traité comme un
entrepreneur individuel dans son domaine d’activité. (Lire l’article 30 al. 3 qui dispose
« Lorsque, durant deux années consécutives, le chiffre d’affaires de l’entreprenant excède les
limites fixées pour ses activités par l’État partie sur le territoire duquel il les exerce, il est
tenu, dès le premier jour de l’année suivante et avant la fin du premier trimestre de cette
année de respecter toutes les charges et obligations applicables à l’entrepreneur individuel.
Dès lors, il perd sa qualité d'entreprenant et ne bénéficie plus de la législation spéciale
applicable à l'entreprenant ».)

Section 2 : Les droits et obligations de l’entreprenant


Les droits (P1) et les obligations (P2) de l’entreprenant sont parfois calqués sur ceux du
commerçant.
P1 : Les droits de l’entreprenant
L’entreprenant, à l’instar du commerçant, a certains avantages :
- Il peut utiliser les preuves purement commerciales,
- Ses actes sont soumis à la prescription courte de 5 ans (art. 33 de l’AUDCG) ;
Il peut bénéficier du droit au renouvellement du bail commercial. Mais contrairement
au commerçant qui bénéficie de plein droit de ce renouvellement, l’entreprenant doit avoir
inséré une telle clause dans le contrat de bail pour pouvoir en bénéficier (art. 134, al.2). Il en
est même pour la fixation judiciaire du montant du loyer du bail renouvelé.
P2 : Les obligations comptables de l’entreprenant
Ces obligations sont de deux ordres :
- L’entreprenant est tenu d’établir, dans le cadre de son activité, au jour le jour, un
livre mentionnant chronologiquement l’origine et le montant de ses ressources en
distinguant les règlements en espèces des autres modes de règlement d’une part, la
destination et le montant de ses emplois d’autre part. Ledit livre doit être conservé pendant
cinq ans au moins (art. 31);
- En outre, l’entreprenant qui exerce des activités de vente de marchandises, d’objets,
de fournitures et denrées ou de fourniture de logement doit tenir un registre, récapitulé par
année, présentant le détail des achats et précisant leur mode de règlement et les références
des pièces justificatives, lesquelles doivent être conservées.

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