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« L’Allemagne ne paiera pas », tel est le cri de ralliement d’un certain nombre d’élus au sein de la majorité gouvernementale à Berlin.

d’élus au sein de la majorité gouvernementale à Berlin. « Nous ne pouvons et nous ne

« Nous ne pouvons et nous ne devons pas nous laisser mener en bateau par nos partenaires

européens. » miChael link député libérAl (Fdp).

5 C’est, en milliards d’euros, le montant des créances publiques grecques détenues par BNP Paribas.

La question du jour

Comment imposer la voix des peuples ?

c Réagissez par courriel à :

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en 2009 sur l’ensemble de la zone euro). Résultat : la base industrielle de ces pays dits périphériques a été balayée, et ils ont été enjoints de « se spé- cialiser » sur quelques secteurs rentables financièrement (tou- risme, services ou immobilier outre-Pyrénées). Avec les consé- quences dramatiques que l’on observe aujourd’hui…

besoin de vraies alternatives

La maturité atteinte par la crise fait surgir comme jamais le besoin de vraies alternatives. Des changements de logique, comme la monétisation de la dette publique, considérés ja- dis comme totalement tabous commencent à être revendiqués par certains experts, relevait le

Monde Économie du 21 juin.

La proposition de recourir à la création monétaire pour s’ex- traire peu à peu de la férule des marchés financiers, de longue dateavancéeparleséconomistes communistes en France, prend ainsi un relief tout particulier. D’autant qu’en Allemagne même, le très puissant syndicat DGB avance, depuis l’an der- nier, une proposition analogue via la création d’une banque publique européenne. Le temps des révisions coperniciennes est venu, si l’on veut empêcher la zone euro d’exploser en vol, et celui du développement, enfin, d’uneUnionmonétairesolidaire à laquelle aspirent tous ceux qui luttent en Europe contre le poi- son de l’austérité.

BrunO Odent

Europe contre le poi- son de l’austérité. B runO O dent La tentation d’une dérive autoritaire

La tentation d’une dérive autoritaire

Face à la crise de l’euro qui s’envenime, des voix plaident la cause du fédéralisme, comme recours à un pouvoir européen fort, seul capable de « discipliner » les peuples.

L a tentation du recours à un pou- voir européen fort et centralisé pour imposer les disciplines de fer « attendues » des États

membres de la zone euro émerge en même temps que s’aiguise la crise. Le pacte pour l’euro plus est lui-même déjà imprégné par cette démarche puisqu’il entend placer les États sous surveillance, jusqu’à brandir une panoplie de sanctions contre ceux qui ne réduiraient pas suffisamment leur

endettement en rechignant à trop trancher dans leurs dépenses publiques. Le président de la Banque centrale eu- ropéenne (BCE), Jean-Claude Trichet, veut aller plus loin encore. Début juin, recevant

le prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, il

a souhaité la création d’un poste de super

ministre des Finances européens. Celui-ci,

a-t-il insisté, devrait s’assurer que chacun respecte bien les règles dictées par l’Union européenne (UE). Et si ce n’est pas le cas, il aurait « des moyens d’intervention ». Autrement dit: il serait autorisé à imposer

Lacréationmassived’euro-

obligationsconstituerait

unenouvelleaubaine

pourlesmarchés.

d’autres choix que ceux des élus nationaux. Pas de quoi, on en conviendra, réduire le trop fameux « déficit démocratique » dont souffre l’UE et que dénoncent à juste titre

aujourd’hui tous les Indignés d’Europe. Mais Trichet a fait des émules. Depuis quelques jours, de la droite au centre-

gauche des échiquiers politiques, se dessine une véritable offensive qui vise à présen- ter le fédéralisme comme la seule porte de sortie possible face à la crise de l’euro qui

s’envenime. « L’avenir de l’Europe c’est à court terme, la faillite ou le fédéralisme »,

assène ainsi Nicolas Demorand dans l’édi- tion du 21 juin de Libération. L’unique chemin conduisant au sa- lut passerait par un consensus autour de l’édification d’une « gouvernance éco-

nomique de la zone euro ». Celle-ci se

verrait accorder des moyens centralisés et autoritaires pour agir contre tous ceux qui prendraient des décisions ne cadrant pas avec les dogmes monétaristes qui font l’euro tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Dans la panoplie fédéraliste invoquée, on trouve aussi en bonne place le recours à la création d’euro-obligations. Il s’agi- rait de permettre aux États de souscrire à un pot commun d’emprunts européens, dont les taux d’intérêt seraient générale- ment moins élevés que ceux des actuels emprunts nationaux. Jean-Claude Junc- ker, président de l’Eurogroupe, qui est aussi l’un des plus chauds partisans de ces euro-obligations, expliquait cependant, lors du conseil européen de décembre dernier, qu’il faudrait en rester aux taux élevés des emprunts nationaux au-delà du seuil d’endettement dépassant les 60 % du PIB. Autrement dit : la discipline et les moyens de coercition pour la faire res- pecter seraient encore renforcés. Quant à cette création massive d’euro-obligations, elle constituerait une nouvelle aubaine pour les marchés dont la capacité à sou- mettre l’économie européenne ou à spé- culer pour ou contre la monnaie unique serait décuplée. L’euro en crise n’a guère besoin de cette vraie fausse alternative. B. O.

PS-SPd pour une autre gouvernance

MartineAubry et Sigmar Gabriel,son homologue allemand,ont signé une déclaration commune.

L a première secrétaire du Parti socialiste (PS), Mar- tine Aubry, et son homo-

logue allemand, Sigmar Gabriel, président du SPD, ont rendu pu- blique, mardi, une déclaration

commune dans laquelle ils plai- dent pour la mise en place d’un

«

européen ». S’élevant contre les politiques de rigueur, ils plaident pour la création d’une « taxe sur les transactions financières en Europe », à un taux de 0,05 %,

gouvernement économique

La création d’un pôle public bancaire n’est pas même évoquée.

l’« émission d’euro-obliga- tions » permettant « aux pays de la zone euro de refinancer à meilleur coût une partie de leur dette sur les marchés » et

la mise en place d’un « pacte de stabilité social » édictant des

«

de prestations sociales » et une

normes minimales en matière

évolutiondessalairesminimums

«

moyen » dans chaque État. Une prescription qui semble de bon sens a priori. Mais qui laisse complètement de côté la question de la réo- rientation en profondeur des axes de la construction euro- péenne qui ont accompagné la crise : indépendance et mis- sions de la BCE au seul service de la lutte contre l’inflation au détriment des salaires et des dépenses sociales, primauté de la concurrence sur les droits sociaux inscrite dans les traités, pacte de rigueur corsetant les budgets publics, etc. Faute de rompre avec la domination des marchés, les mêmes maux ris- quent de produire les mêmes effets : ainsi, l’émission d’eu- ro-obligations ne change pas l’obligation faite aujourd’hui aux États de se financer sur les marchés financiers et les ex- pose à court terme aux mêmes risques spéculatifs. La création d’un pôle public bancaire pour une autre utilisation du cré- dit n’est pas même évoquée. Quant au pacte de stabilité so- cial, il exigerait à tout le moins de remettre en cause les objec- tifs de stabilité budgétaire exi- gés par la Commission. Sans compter que l’harmonisation fiscale et sociale n’a pas de base juridique, étant exclue par les traités européens.

en fonction du revenu national

 

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Jacques Demarthon/AFP

« Il faut revenir sur la liberté de circulation des capitaux » t hOmaS C

« Il faut revenir sur la liberté de circulation des capitaux »

thOmaS COutrOt, économiste et coprésident d’AttAc.

réduits depuis une décennie. La restructuration de la dette publique est une nécessité pour la zone euro si elle ne souhaite pas voir se réduire de 30 % les salaires dans les pays touchés. Les créanciers des États endettés, surtout des banques et des fonds d’investissement, vont devoir passer à la caisse. Mais à long terme, il faut que la Banque centrale européenne soit en capacité de financer les déficits conjoncturels des États sous forme d’avances de trésorerie. Pour cela, des recettes pérennes sont nécessaires telles qu’une taxe carbone et une taxe sur les transactions financières. Il faudrait que la zone euro se dote d’un budget d’au moins 5 % de son produit intérieur brut pour pouvoir mener une politique cohérente économiquement et socialement. Propos recueillis par Ronan Kerneur Ce soir à 18 heures, Attac organise une réunion publique pour dénoncer le pacte de l’euro à la Bourse du travail de Paris, rue du Château-d’Eau.

Face au collectif de patrons allemands et français qui, dans une tribune du Monde de lundi, a estimé que la crise de la dette était une crise de gouvernance et non une crise de l’euro, je souhaite m’inscrire en faux. Cette crise des institutions de la zone euro a plusieurs composantes. La concurrence fiscale menée en Europe a amoindri les recettes des États et encouragé la dette publique. Il est temps de mener une harmonisation fiscale vers le haut en privilégiant la taxation du capital et des revenus élevés. C’est la dérégulation financière qui a encouragé la crise. Il faut revenir sur la liberté de circulation des capitaux. La politique commerciale de l’Allemagne a également poussé à une compétitivité agressive. Sans renouer avec des politiques protectionnistes, la première économie de la zone euro doit augmenter ses salaires qui se sont fortement

 

SéBaStien Crépel

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l’humanité