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Contrats spéciaux

Généralités

Introduction

Le droit des contrats, difficile à définir, peut être considéré, de manière

simpliste, comme le droit qui s’applique au contrat. Mais les contrats sont

multiples, hétérogènes et les règles s’appliquant à eux ne sont pas toujours

identiques.

Les contrats peuvent être régis par le droit privé (droit civil, droit commercial,

droit

du

travail,

etc.)

ou

par

le

droit

public

(marchés

publics,

contrats

administratifs). Ainsi, selon que le bail est un bail à usage d’habitation ou un bail

commercial, le contrat de location obéit à une législation qui varie.

Les contrats peuvent également être régis par le droit interne, par des lois

étrangères,

par

des

conventions

internationales

ou

par

des

règlements

communautaires (actuellement, l’OHADA prévoit d’ailleurs un acte uniforme sur

le droit des contrats qui s’appliquerait directement dans l’ensemble des Etats

parties dès son adoption et son entrée en vigueur).

Bien que les contrats soient multiples, leur régime juridique comporte des règles

communes relatives à la formation et aux effets de tout contrat ainsi qu’aux

obligations qui en résultent. Il s’agit de la théorie générale du contrat qui est

importante pour l’étude de tout contrat et étudiée dans le droit des obligations.

Elle sert de support aux contrats spéciaux.

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Notion de contrats spéciaux

Les contrats spéciaux doivent, sauf exceptions (mais elles sont de plus en plus

nombreuses), respecter les principes juridiques généraux. Ils sont étudiés par le

droit des contrats spéciaux qui est le droit spécial des contrats. Ce dernier est

d’une

grande

utilité

professionnelle

mais,

en

raison

du

foisonnement

des

contrats, l’étude de ses règles est généralement effectuée sur la base du choix

de certains d’entre eux. Il est en effet exclu de l’étude des contrats spéciaux

les contrats faisant l’objet d’une discipline ou d’un enseignement autonome

comme les contrats de droit public, les contrats d’assurance, les contrats de

société, les contrats de travail, les contrats de succession, les contrats de

transport…etc.

Etudier le droit des contrats spéciaux revient à analyser les contrats usuels les

plus fréquents notamment le contrat de vente, le contrat de location, le contrat

de dépôt, le contrat de prêt…etc.

Sources du droit des contrats spéciaux

Les sources du droit des contrats spéciaux sont multiples. En effet, aux

termes de l’article 257 du COCC : « Les règles applicables aux différents contrats résultent de la convention des parties, de la loi et des usages ».

A la lecture de cette disposition, il apparaît que le législateur met en place une

hiérarchie dans les sources du droit des contrats spéciaux.

Une telle hiérarchie dont le sommet est occupée par la volonté des parties est

due au fait que les règles applicables aux contrats spéciaux sont généralement

des règles supplétives (article 258 COCC : cet article précise toutefois en son

alinéa 2 que certaines règles applicables à certains contrats sont des règles

d’ordre public notamment celles applicables au contrat d’assurance, au contrat de

bail, contrat sur le fonds de commerce et les contrats sur les immeubles

immatriculés).

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Après la volonté des parties, vient la source législative (la loi) contenue dans

plusieurs corps de règles. En effet, certaines de ces règles sont dans un corps

de règles général où l’on retrouve un certain nombre de contrats : il s’agit du

code des obligations civiles et commerciales (COCC). D’autres règles sont

contenues dans des corps de règles spéciaux comme le code du travail, l’acte

uniforme portant droit commercial général, l’acte uniforme portant droit des

sociétés commerciales et des GIE, le code CIMA, la loi bancaire de 1990…etc.

Viennent, en dernière position dans la hiérarchie des sources des contrats

spéciaux, les usages. L’usage ne se caractérise pas par la conviction collective

(élément psychologique) qui caractérise la coutume ; ce qui le différencie de

celle-ci. La coutume est en effet constituée de deux éléments : l'un matériel,

l'autre psychologique. L'élément matériel de la coutume est lié par la répétition

constante d'un fait ou d'une tradition ; l'élément psychologique consiste en la

croyance chez les personnes que leur comportement obéit non à un usage, mais à

une règle de droit). Comme le précise le COCC, ne sont reconnus que des usages

constants très circonscrits, à une profession, une place ou une région. En cas de

contestation, ils sont prouvés par tous moyens.

Contenu du cours

Etant entendu que l’on s’intéresse à un nombre de contrats bien limité, les

contrats usuels les plus fréquents, le support textuel à utiliser essentiellement

est le COCC.

L’analyse de ce corps de règles fait apparaître une multitude de contrats qui

peuvent être classés en trois catégories :

- les contrats translatifs de propriété dont l’objet est le transfert de la

propriété d’une chose. Il s’agit notamment de la vente et de l’échange ;

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- les contrats générateurs d’obligations de faire ou contrats de

prestations de service à savoir le contrat d’entreprise et le contrat de

mandat ;

- les contrats relatifs à la remise d’une chose à savoir le dépôt, le prêt et

le louage.

Plan du cours

Ces trois catégories de contrats constitueront les différents chapitres de notre

cours.

Ainsi,

verrons-nous

d’abord

les

contrats

translatifs

de

propriété

(Chapitre I), ensuite les contrats relatifs à la remise d’une chose (Chapitre II)

et enfin les contrats de prestations de service (Chapitre III).

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Chapitre I- Les contrats translatifs de propriété

Plusieurs droits peuvent être transférés par le biais d’un contrat, des droits

réels principaux comme des droits réels accessoires. En effet, les parties à un

contrat peuvent s’obliger à transférer l’un quelconque des droits dont elles sont

titulaires.

Mais, les contrats qui nous intéressent ici sont ceux dans lesquels les parties

s’obligent à transférer la propriété d’une chose d’un patrimoine à un autre. De

tels contrats, appelés contrats translatifs de propriété, exigent l’existence

d’un droit de propriété sur la chose appartenant à l’auteur du transfert. C’est

seulement lorsque cette condition est remplie que le transfert de propriété

opéré par le contrat fait de l’acquéreur le propriétaire de la chose (article 261

alinéa 2 COCC).

Le contrat translatif de propriété par essence est le contrat de vente. Celui-ci

transfère la propriété moyennant une somme d’argent.

Le second contrat translatif de propriété le plus connu est l’échange qui opère

transfert de la propriété d’une chose moyennant le transfert de la propriété

d’une autre chose.

D’autres contrats translatifs de propriété sont prévus par le COCC. Il s’agit :

- de la dation en paiement qui consiste en un remplacement en nature de la

prestation due par le débiteur par une autre prestation (article 212

COCC),

- de l’apport en société qui n’est translatif de propriété que lorsqu’il est

effectué en propriété (articles 46 et 47 AUSC-GIE),

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- du bail à nourriture qui est l’engagement que prend à titre onéreux une

personne, le débirentier, d’assurer à une autre, le crédirentier, son

entretien complet sa vie durant (article 752 COCC).

Mais, nous nous intéresserons seulement aux deux premiers contrats translatifs

de propriété cités, à savoir la vente et l’échange.

La vente

est

le

Section I- La vente

contrat par

lequel une personne, le vendeur, s’engage à

transférer la propriété d’une chose corporelle ou incorporelle à une autre

personne, l’acquéreur, moyennant un prix fixé en argent (article 264 COCC).

Comme dans tout contrat, les parties au contrat de vente bénéficient de la

liberté contractuelle. Aussi, ont-elles en principe la liberté de vendre ou de ne

pas vendre, de vendre telle ou telle chose, à tel ou tel prix et selon telle ou telle

forme. C’est la raison pour laquelle, toute chose dans le commerce peut être

vendue librement.

Toutefois, les parties peuvent faire l’objet d’interdictions ou d’obligations de

vendre ou d’acheter. Celles-ci ne peuvent résulter que de la loi (article 265 alinéa

1 COCC). De même, certaines choses peuvent être interdites à la vente soit par

la loi, soit par une clause d’inaliénabilité insérée dans un contrat.

Pour une étude exhaustive de la vente, il convient de voir sa constitution, ses

effets et ses modalités.

§ I- La constitution de la vente

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La vente est constituée si un certain nombre d’éléments requis par la loi sont

réunis.

En effet, pour que le contrat de vente soit valable, il faut la réunion de deux

types de conditions :

-

des conditions relatives à son contenu à savoir la chose objet de la vente

et le prix de vente.

 

-

des

conditions

relatives

à son domaine

qui consistent en

l’absence

d’interdictions de vendre ou d’acheter.

C’est seulement lorsque ces conditions sont remplies que le contrat de vente est

considéré comme valablement conclu.

A- Les conditions relatives au contenu de la vente

Il s’agit de la chose objet de la vente et du prix de vente.

1- La chose objet de la vente

La chose vendue doit non seulement exister mais également appartenir au

vendeur sous peine de nullité du contrat de vente.

a- L’existence de la chose objet de la vente

En l’absence d’objet, la vente est nulle. La chose vendue doit exister au moment

de la vente. C’est le cas notamment de la vente de meubles déjà fabriqués ou

d’immeubles déjà construits.

Chose future

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Toutefois, il peut arriver que la chose objet de la vente soit une chose future.

Dans ce cas, la vente est conclue sous la condition résolutoire que la chose

existera et sera délivrée ultérieurement. Il en est ainsi de la vente en l’état

futur d’achèvement, de la promotion immobilière ou de la vente de produits finis

non encore fabriqués.

Ainsi, dès lors que la chose objet de la vente n’existe pas à la période prévue, le

contrat de vente est résolu de plein droit, comme s’il n’avait jamais existé.

Perte de la chose

L’exigence légale de l’existence de la chose objet de la vente a également pour

corollaire la prise en compte de la perte de la chose qui peut être totale ou

partielle. La loi attache des effets différents à la perte de la chose selon qu’elle

est totale ou partielle.

Si la chose a totalement péri au moment de la vente, celle-ci est nulle pour

défaut d’objet. Exemple : décès du mouton, objet de la vente

Par contre, si la chose a péri partiellement, une distinction est effectuée en

tenant compte de l’importance de la partie de la chose qui a péri.

Si la partie qui a péri est importante, l’acquéreur peut abandonner la vente ou

demander la livraison de la partie restante. Dans ce dernier cas, le prix est

déterminé par ventilation.

En revanche, si la partie qui a péri est infime, l’acquéreur ne dispose pas d’une

option et ne peut demander que la diminution du prix.

b- Le droit de propriété du vendeur sur la chose vendue

Exigence de la propriété du vendeur

La vente a pour objet le transfert de la propriété d’une chose du patrimoine du

vendeur à celui de l’acheteur. Cela suppose que le vendeur soit titulaire du droit

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de propriété sur la chose objet de la vente. A défaut, le contrat de vente est nul.

Cette nullité n’est écartée qu’en matière mobilière lorsque l’acquéreur de la

chose est de bonne foi. En effet, en matière mobilière, l’acquéreur de la chose

d’autrui en devient propriétaire lorsqu’il l’a reçue de bonne foi (article 262 alinéa

1 COCC).

Action en revendication

Toutefois, en raison du droit de suite qui caractérise le droit de propriété et de

la présomption de bonne foi, le propriétaire de la chose perdue ou volée doit être

protégé et l’acquisition définitive de la propriété de la chose d’autrui par son

acquéreur non automatique. Ainsi, le propriétaire de la chose perdue ou volée

dispose-t-il d’une action en revendication prescrite pour trois ans à compter du

jour du vol ou de la perte.

Effets de la revendication

Lorsque l’acquéreur est de mauvaise foi, le propriétaire de la chose retrouve son

droit sans rien devoir à l’acquéreur.

Lorsque l’acquéreur est de bonne foi, il devient propriétaire de la chose objet de

la vente. Il ne peut, en principe, être évincé de son droit sans contrepartie. Ainsi,

lorsque la chose perdue ou volée a été achetée dans le commerce ou dans une

vente publique, le propriétaire doit en restituer le prix à l’acquéreur ajouté des

impenses nécessaires et des améliorations utiles évaluées en fonction de la plus-

value donnée au bien (articles 262 al 3 et 263 COCC).

Dans tous les autres cas de vente de la chose d’autrui, l’acquéreur peut être

évincé sans contrepartie.

2- Le prix de vente

 

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En

sus

de

son

existence

(a),

le

prix

de

vente

doit

être

déterminé

ou

déterminable (b).

a- L’existence du prix

Exigence de fixation du prix

Le transfert de propriété sur la chose objet de la vente ayant pour contrepartie

une somme d’argent, celle-ci doit être fixée. A défaut, la vente est nulle. En

effet, il ne peut pas y avoir de vente sans prix fixé ; celui-ci doit toujours être

stipulé dans le contrat.

Prix fictif

Il ne suffit pas cependant qu’il soit fixé ; il faut également qu’il ne soit pas fictif.

Le prix est fictif lorsqu’il a été convenu que le vendeur n’en demanderait jamais

le paiement. Dans ce cas, il n’y a pas de vente en ce sens que le transfert de

propriété n’a pas de contrepartie.

Prix dérisoire

Le prix fixé par les parties à la vente ne doit pas également être dérisoire. Le

prix est dérisoire lorsqu’il est si bas qu’il ne peut être mis en rapport avec la

valeur de la chose vendue. Dans ce cas, il n’y a pas de vente 1 .

Pouvoir souverain d’appréciation de la réalité du prix

Dans tous les cas, le caractère dérisoire, le caractère fictif et la réalité du

paiement du prix de vente sont des questions de fait laissées à l’appréciation

souveraine des juges du fond.

1 Voir notamment Cass. 24 avril 1999, arrêt n° 91

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b- La détermination du prix

Définition

Le prix de vente doit être déterminé ou déterminable.

Le prix est déterminé lorsque son montant est fixé de manière non équivoque

dans le contrat de vente.

Il est déterminable lorsque les parties mettent en place

les moyens de

détermination du prix en fixant des références.

Dans certains cas, le prix de vente est fixé par les usages. Ainsi, en l’absence de

prix fixé ou de références de détermination du prix dans le contrat de vente

portant sur des choses que le vendeur vend habituellement, les parties sont

présumées s’en être référées au prix moyen pratiqué sur la place où doit

s’effectuer la délivrance ou sur la place la plus voisine si n’existe aucune taxation

spécifique.

Auteur de la détermination du prix

La détermination du prix est en principe librement effectuée par les parties.

Celles-ci peuvent également demander à un tiers désigné dans le contrat ou

ultérieurement de fixer le prix de vente. Ce tiers est généralement un expert

indépendant. Lorsque les parties ne s’accordent pas sur la désignation du tiers ou

si celui-ci ne peut remplir sa mission, le prix est fixé par juge sur demande de la

partie la plus diligente.

La liberté dans la détermination du prix n’est pas totale. En effet, dans certains

cas, le prix de vente fait l’objet d’une règlementation par l’autorité publique. Il

en est ainsi notamment des denrées de première nécessité ou encore du

carburant. Dans ce cas, la pratique d’un prix différent est sanctionnée par la

nullité absolue de la vente suivie d’une répétition des sommes versées et des

prestations effectuées sur la base de cette convention. Si la répétition est

impossible,

l’une

des

compensatoire.

parties

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est tenue de

verser

à l’autre

la prestation

B- Les conditions relatives au domaine de la vente

Etudier les conditions relatives au domaine de la vente revient à appréhender les

interdictions

de

vendre

ou

conventionnelles (2).

d’acheter. Celles-ci

sont

soit légales

1- Les interdictions légales

Elles sont de quatre ordres.

Vente entre époux

(1),

soit

Il s’agit d’abord des ventes entre époux qui sont nulles sauf si la loi ou les

usages les autorisent (article 272 COCC).

Vente aux administrateurs ou mandataires

Ensuite, les ventes dans lesquelles

administrateur

(article

273

COCC).

l’acheteur est un

mandataire ou

En

effet,

les

mandataires

et

les

administrateurs ne peuvent être, ni par eux-mêmes, ni par personne interposée,

acheteurs des biens confiés à leur administration ou à leur gestion ou dont ils

sont chargés de la vente. Les mandataires ou administrateurs font donc l’objet

d’une interdiction d’acheter portant sur des biens déterminés.

Ainsi,

- les administrateurs des biens de l’Etat, des collectivités publiques ou des

établissements publics ne peuvent acquérir les biens confiés à leur

administration ou à leur gestion ;

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- les administrateurs de biens d’autrui ne peuvent acquérir les biens confiés

à leur administration ;

- les mandataires ne peuvent acquérir par adjudication des biens qu’ils sont

chargés de vendre ;

- les officiers publics ne peuvent acquérir par adjudication des biens vendus

par leur ministère.

Vente de biens sous monopole

Enfin, les ventes ou achats de biens sous monopole (article 274 COCC) par des

personnes non bénéficiaires du monopole légal. Ces contrats sont nuls et de

nullité absolue.

Vente de choses inaliénables légalement

Elle est prévue par le code de la famille (articles 386 et 790).

2- Les interdictions conventionnelles

Elles consistent en une clause d’inaliénabilité (1) ou une clause d’exclusivité de

vente ou d’achat (2).

a- La clause d’inaliénabilité

Validité

Il

n’existe

au

Sénégal

qu’une

disposition

générale

relative

à

la

clause

d’inaliénabilité, l’article 265 alinéa 2 du COCC. Ce texte ne contient que sa

validité de principe mais ne fixe pas son régime juridique. Seules quelques règles

spéciales contenues dans le code de la famille mettent en place un régime

juridique de la clause d’inaliénabilité spécifique au domaine concerné. Il s’agit de

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celles relatives au régime dotal (article 386 du code de la famille) et de celles

relatives à la substitution au profit des petits-enfants (articles 790 et s du code

de la famille).

Deux exigences sont posées pour que la clause d’inaliénabilité soit valable : elle

doit avoir un caractère temporaire et être motivée par un intérêt sérieux et

légitime. Le caractère temporaire de la clause d’inaliénabilité signifie que celle-ci

ne doit pas paralyser la liberté de disposition du bénéficiaire d’un don ou d’un

legs sa vie durant.

La clause d’inaliénabilité ne peut être insérée que dans des conventions ou actes

instituant

des

libéralités

au

profit

des

particuliers,

personnes

physiques

uniquement. Elle ne saurait convenir aux libéralités consenties aux personnes

morales.

Portée

En vertu de la clause d’inaliénabilité, le bien donné ou légué ne peut faire l’objet

d’aucun acte de disposition totale ou partielle. Il est interdit au bénéficiaire de

la libéralité de vendre, ou donner, ou encore d’hypothéquer son bien, comme il est

interdit à ses créanciers de le saisir.

Toutefois, en matière immobilière, la clause d’inaliénabilité n’aura d’effet à

l’égard des tiers qu’à condition que l’acte la contenant ait fait l’objet d’une

publicité foncière.

Exceptionnellement cependant, il est accordé au donataire ou au légataire la

possibilité de demander à être judiciairement autorisé à disposer de son bien si

l’intérêt qui avait justifié la clause a disparu ou s’il advient qu’un intérêt plus

important l’exige. Le gratifié doit donc justifier de raisons valables pour obtenir

que soit écartée la clause d’inaliénabilité qui paralyse son droit de disposer du

bien donné ou légué ; raisons appréciées souverainement par les juges du fond.

Sanctions

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En cas de violation de la clause d’inaliénabilité, le débiteur de l’obligation peut

être sanctionné par la condamnation à des dommages-intérêts, la révocation de la

donation ou l’annulation de l’acte d’aliénation conclu.

b- La clause d’exclusivité de vente ou d’achat

Définition

La clause d’exclusivité est prévue par l’article 275 du COCC.

La clause d’exclusivité de vente est celle par laquelle un fournisseur s’engage à

ne vendre ses produits qu’à certains commerçants exclusivement.

La clause d’exclusivité d’achat est celle par laquelle un commerçant s’engage à

s’approvisionner exclusivement chez un fournisseur.

Validité

Elle est valable à condition qu’elle approuvée par l’autorité administrative

compétente qui est, en l’occurrence, le ministère chargé du commerce.

Portée

Durant toute la durée de la convention, la clause s’impose non seulement aux

parties, mais également à leurs ayants-droit.

La clause d’exclusivité de vente interdit au fournisseur de vendre à des

commerçants non bénéficiaires de la clause et la clause d’exclusivité d’achat

interdit au commerçant de s’approvisionner chez un autre fournisseur.

La clause d’exclusivité est fréquente dans les contrats de distribution et se

heurte parfois au droit de la concurrence.

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Dès lors que les conditions relatives à son contenu et celles relatives à son

domaine sont remplies, la vente est valablement conclu et produit des effets.

§ II- Les effets de la vente

La vente valablement conclue produit des effets qui sont liés aux obligations qui

en résultent pour les parties, le vendeur et l’acheteur.

A- Les obligations du vendeur

La vente a pour objet le transfert de la propriété d’une chose du patrimoine du

vendeur à celui de l’acheteur. Ainsi, le vendeur s’oblige à transférer la propriété

de la chose vendue. Ce transfert de propriété s’effectue par l’exécution de son

obligation de délivrance.

Mais, à côté de cette obligation de délivrance, le vendeur est également tenu

d’une obligation de garantie envers l’acquéreur.

1- L’obligation de délivrance

Définition

La délivrance est le fait pour le vendeur d’accomplir les actes nécessaires pour

procurer la chose à l’acquéreur ; c’est la mise à disposition.

Si l’objet est un immeuble, il y a délivrance dès lors que les formalités de

publicité requises par les dispositions particulières à la propriété foncière ont

été satisfaites et que le titre foncier est établi au nom de l’acquéreur.

Si l’objet est un meuble, le mode de délivrance dépend de la volonté des parties

qui tient compte de la nature de la chose et des usages du commerce. Ainsi, la

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délivrance peut-elle parfois consister en une simple remise de titre ou de

documents.

Existence d’obligation de délivrance

L’obligation de délivrance n’est pas automatique. Son existence est subordonnée

au paiement du prix par l’acquéreur. En effet, le vendeur n’est pas tenu de

délivrer la chose si l’acheteur n’en paie pas le prix. Cette obligation peut

toutefois exister en l’absence de paiement si un délai de paiement est fixé par

les parties ou les usages.

Mais, même en présence d’un délai de paiement stipulé, le vendeur n’est pas tenu

de délivrer la chose si l’acquéreur fait l’objet d’une procédure collective

d’apurement du passif. Dans ce cas, le vendeur ne peut être tenu de délivrer que

si la masse des créanciers s’engage à payer le prix au terme convenu.

Lieu de délivrance

Le lieu de délivrance est en principe fixé par les parties. A défaut, il est tenu

compte des usages du secteur concerné. En l’absence d’usages, la délivrance est

effectuée chez l’acquéreur.

Date de délivrance

La date précise de délivrance est en principe fixée par les parties. Dans ce cas,

elle doit être respectée par le vendeur sans que l’acquéreur ne soit tenu

d’accomplir une quelconque formalité.

Il peut toutefois arrivé que les parties ne fixent pas une date précise mais

déterminent une période pendant laquelle la délivrance doit être effectuée. Dans

ce cas, le vendeur est libre de fixer une date dans cette période.

18

Lorsque la date de délivrance n’a pas

été fixée par

les parties, elle est

déterminée en tenant compte des usages. A défaut d’usage, la délivrance doit

être effectuée dans un délai raisonnable.

Dans tous les cas, le vendeur est tenu de respecter la date de délivrance et ne

peut bénéficier d’aucun délai de grâce de la part du juge.

Chose délivrée

La chose délivrée par le vendeur doit être conforme en qualité et en quantité à

ce qui a été convenu. Elle doit être accompagnée de tous ses accessoires et de ce

qui est indispensable à son utilisation et à sa remise à l’acquéreur.

La quantité convenue ne peut être écartée que par les tolérances admises par les

usages du commerce. Si elle est stipulée au poids, le poids fixé est présumé être

le poids net.

Quant à la qualité convenue, elle doit, à défaut d’être spécifiée dans le contrat

de vente, être loyale et marchande et répondre à la destination de la chose

vendue.

Si la chose convenue au moment de la vente n’a pas été délivrée, l’acquéreur peut

acheter chez un tiers la chose non délivrée si celle-ci est une chose de genre et

exiger du vendeur le remboursement du prix de remplacement.

Frais de délivrance

Les frais de délivrance incombent au vendeur sauf convention contraire des

parties.

2- L’obligation de garantie

En transférant la propriété d’une chose, le vendeur doit également garantir une

jouissance paisible et utilitaire de celle-ci par son acquéreur. Aussi, garantit-il

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l’acquéreur contre l’éviction (a) de son fait personnel ou du fait d’un tiers mais

également contre les vices cachés de la chose vendue (b).

a- La garantie contre l’éviction

Objet de la garantie

Le vendeur doit garantir l’acquéreur contre l’éviction non seulement de son fait

personnel mais également du fait d’un tiers. Cette garantie est due que l’éviction

soit totale ou partielle. Elle est également due en cas de perte de jouissance de

la chose par l’acquéreur du fait de la découverte d’une charge non déclarée au

moment de l’acquisition du bien.

Garantie contre l’éviction du fait personnel

La garantie contre l’éviction du fait personnel est due en cas de trouble de droit

ou de fait. Elle ne peut être écartée par une convention contraire. Toutefois, le

vendeur peut, dans le cadre du contrat, préciser le contenu de son obligation de

garantie en cas de trouble de fait.

Garantie contre l’éviction du fait d’un tiers

Elle n’est due par le vendeur qu’en cas de trouble de droit. Elle peut être réduite,

augmentée ou supprimée par les parties au contrat de vente.

Exclusion de la garantie contre l’éviction

La garantie contre l’éviction n’est pas due par le vendeur d’une chose immobilière.

En effet, en matière immobilière, l’action en garantie contre l’éviction est

irrecevable. Cela se justifie par la publicité obligatoire des informations portant

sur les biens immobiliers qui écarte toute méconnaissance des droits portant sur

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l’immeuble vendue. Ainsi, tout droit sur un immeuble qui n’a pas fait l’objet d’une

publicité est inopposable aux tiers.

Par ailleurs, la garantie contre l’éviction n’est pas due par le vendeur lorsque

l’acquéreur a déclaré acheter à ses risques et périls.

En outre, la garantie contre l’éviction cesse lorsque l’acquéreur s’est laissé

condamner par un jugement définitif sans appeler son vendeur en cause en

garantie si celui-ci justifie qu’il existait des moyens suffisants pour rejeter la

demande.

Effets de la garantie

Les effets de la garantie contre l’éviction diffèrent selon que l’éviction est

totale ou partielle.

Lorsque l’éviction est totale, il faut distinguer selon que l’acquéreur est de

bonne foi ou de mauvaise foi.

L’acquéreur de bonne foi désintéressé du prix par le revendiquant peut en outre

demander au vendeur la restitution des fruits qu’il est tenu de rendre au

revendiquant, les frais sur sa demande en garantie et ceux faits par

le

demandeur originaire, les frais et loyaux coûts du contrat, les dommages-

intérêts et les impenses voluptuaires faites sur la chose lorsque le vendeur est

de mauvaise foi.

L’acquéreur de mauvaise foi ne peut, quant à lui, que demander la restitution du

prix au vendeur.

Lorsque l’éviction est partielle et en cas de découverte de charges antérieures

ignorées de l’acheteur lors du contrat, celui-ci peut, à son gré demander la

résolution de la vente ou la réduction de ses propres obligations notamment celle

du prix.

b- La garantie contre les vices cachés

Objet de la garantie

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La garantie contre les vices cachés portent sur les vices cachés connus ou non du

vendeur. Elle ne concerne pas les vices apparents de la chose c’est-à-dire ceux

dont un acheteur diligent aurait pu se convaincre jusqu’au moment de la

délivrance en procédant à un examen attentif de la chose.

L’appréciation du caractère caché ou apparent du vice est effectuée en tenant

compte de la qualité et des connaissances techniques de chacune des parties.

Aussi, l’essai ou l’agrément de la marchandise par l’acquéreur ne libèrent-ils pas

le vendeur de son obligation de garantie (article 303 COCC).

Toutefois, tous les vices cachés ne sont pas garantis. Sont garantis les vices qui

sont d’une gravité suffisante pour rendre la chose impropre à son usage normal

ou pour en diminuer l’utilité à tel point qu’elle n’aurait pas été acquise au prix

convenu. Le vice bénin n’est donc pas garanti.

Exclusion de la garantie

La garantie contre les vices cachés ne joue pas lorsque la chose a été vendue par

autorité de justice.

Par ailleurs, les parties peuvent en fixer librement l’étendue et la durée ou la

supprimer. Toutefois, lorsque le vendeur connaissait l’existence du vice au

moment de la vente, l’exonération totale de garantie prévue dans le contrat de

vente est nulle.

Mise en œuvre de la garantie

L’action en garantie de vices cachés doit être déposée dans un bref délai, un

délai raisonnable fixé en tenant compte de la nature du vice et des usages du lieu

de conclusion de la vente.

Effets de la garantie

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En présence d’un vice caché, l’acquéreur a une option entre rendre la chose et

s’en faire restituer le prix ou la garder moyennant restitution d’une partie du

prix fixée soit à l’amiable, soit à dire d’expert, soit par le juge en cas de litige.

Si le vice n’était pas connu du vendeur, celui-ci doit en restituer le prix et

rembourser les frais et loyaux coûts du contrat. Dans le cas contraire, il est en

outre tenu de réparer le dommage causé à l’acquéreur par la vente.

B- Les obligations de l’acheteur

L’acheteur est tenu de payer de prix et de prendre livraison de la chose vendue.

1- Le paiement du prix

Objet du paiement

Le montant à payer par l’acquéreur est composé du prix et des frais du contrat.

A ce montant, doit être ajouté l’intérêt du prix de vente jusqu’au paiement du

capital s’il est prévu dans le contrat, si la chose vendue et délivrée produit des

fruits ou autres revenus ou si l’acquéreur a été sommé de payer. Dans cette

dernière

hypothèse,

l’intérêt

court

à

compter

du

jour

de

la

sommation.

Toutefois, lorsque la sommation est faite après l’expiration du délai de paiement

productif d’intérêts accordé à l’acheteur, les intérêts légaux courent à compter

du jour de l’expiration du délai de paiement.

Paiement total ou partiel

Le paiement peut être total ou partiel, tout dépendant de la volonté des parties

au contrat de vente. En l’absence de volonté exprimée, il peut être tenu compte

des usages.

23

Tout versement fait sans stipulation particulière par l’acquéreur avant la

livraison de la chose est présumé acompte sur

paiement partiel.

le

prix ;

il s’agit alors

d’un

En cas de paiement partiel antérieur à la délivrance, la somme versée en acompte

produira au profit de l’acquéreur intérêt au taux légal trois mois après le

versement jusqu’au jour de la délivrance ou de la résolution de la vente.

Date de paiement

Il doit s’effectuer à la date convenue par

les parties. A défaut de

date

conventionnellement fixée, le paiement est fait lors de la délivrance.

Lieu de paiement

Le lieu de paiement est librement fixé par les parties. A défaut de volonté

exprimée, il est déterminé par les usages. En l’absence d’usage, le paiement doit

être effectué au domicile de l’acquéreur : c’est l’application du principe selon

lequel « la dette est quérable et non portable ».

Mode de paiement

Le mode de paiement est également librement fixé par les parties. A défaut, il

est déterminé en tenant compte des usages.

2- La prise de livraison

Contenu de l’obligation de livraison et lieu de livraison

L’acquéreur doit prendre livraison de la chose vendue au lieu où la délivrance est

effectuée.

Cette obligation de prise de livraison consiste à retirer la chose vendue si la

délivrance est faite chez le vendeur ou en un lieu désigné par lui. Lorsque la

24

délivrance doit se faire chez l’acquéreur ou en un lieu désigné par lui, elle

consiste à accomplir tous les actes nécessaires pour permettre au vendeur de

délivrer la chose vendue.

Délai de prise de livraison

Le délai de prise de livraison est fixé librement par les parties. A défaut,

l’acquéreur doit prendre livraison de la chose dans le délai fixé par les usages. En

l’absence d’usages, un délai raisonnable doit être respecté.

Absence et retard de prise de livraison

En l’absence de prise de livraison, la vente est résolue de plein droit au profit du

vendeur qui peut aussitôt revendre la chose et demander à l’acquéreur défaillant

réparation du préjudice à lui causé par le refus de prise de livraison.

La résolution de la vente peut toutefois être écartée par la volonté du vendeur.

Dans ce cas, ce dernier peut lui-même prendre livraison de la chose en procédant

au retirement aux frais de l’acquéreur et en faisant transporter la chose soit

dans un local de l’acquéreur, soit dans un autre lieu désigné par le juge.

En cas de retard dans la prise de livraison, l’acquéreur peut être condamné à des

dommages et intérêts.

§ III- Les modalités de la vente

Elles sont essentiellement fixées par les parties qui, toutefois, dans certains

cas, ne disposent pas d’une liberté. Elles sont relatives aux parties elles-mêmes,

à la formation du contrat, au transfert de propriété et au prix.

A- Les modalités relatives aux parties à la vente

25

Il s’agit de la déclaration de command et du droit de préemption.

1- La déclaration de command

La

déclaration

de

command

est

la

stipulation

contractuelle

émanant

de

l’acquéreur qui lui permet de céder le contrat à un tiers dans un certain délai et

de ne plus être considéré comme acquéreur. En effet, contrairement au vendeur

qui n’a pas le droit de céder le contrat à un tiers, l’acquéreur peut, par une

déclaration expresse de command insérée dans le contrat de vente, se réserver,

pendant un délai fixé, le droit de céder le contrat à un tiers (article 316 COCC).

La déclaration n’est valable que si l’acquéreur, le commandé, justifie d’une

acceptation du command.

Lorsqu’elle est régulièrement faite pendant le délai fixé, elle entraîne la

substitution du command au commandé de manière rétroactive, le commandé

étant censé n’avoir jamais été acquéreur. Dans le cas contraire ou en l’absence

d’acceptation du command, le commandé reste définitivement acquéreur.

2- Le droit de préemption

Il est défini comme le droit donnant à une personne la faculté de se porter

acquéreur d’un bien de préférence à toute autre personne (article 318 COCC).

Le droit de préemption peut s’exercer dans toute espèce de vente. Il d’origine

légale

ou

conventionnelle.

Dans

ce

dernier

cas,

il

résulte

d’un

pacte

de

préférence considéré par la loi comme une promesse de vente. Il impose au

vendeur, le promettant, de faire connaître au bénéficiaire sa décision d’aliéner

et les conditions du contrat qu’il projette de passer avec un tiers.

26

En cas de violation du droit de préemption, le bénéficiaire peut demander des

dommages et intérêts au vendeur. Il peut poursuivre la nullité de la vente conclue

avec un tiers que si le tiers acquéreur est de mauvaise foi.

B- Les modalités relatives à la formation du contrat

Les parties mettent ici en place les modalités de la conclusion du contrat qui

permettent de savoir le moment de la conclusion du contrat de vente, le moment

de la rencontre des volontés du vendeur et de l’acquéreur.

1- Les promesses de vente et d’achat

Le contrat de vente peut être précédé d’une promesse de vente, synallagmatique

ou unilatérale ou d’une promesse unilatérale d’achat.

Promesse de vente

La promesse de vente est synallagmatique lorsque les parties sont d’accord, le

vendeur pour vendre, l’acheteur pour acheter, une chose déterminée pour un prix

fixé. Elle est une vente parfaite lorsque le contrat peut être passé librement.

Dans

le

cas

contraire,

elle

oblige

les

parties

à

parfaire

le

contrat

en

accomplissant les formalités nécessaires à sa formation.

La promesse de vente est unilatérale lorsque le bénéficiaire de l’offre n’est pas

obligé d’acheter alors que le promettant est tenu de vendre. Lorsque la promesse

unilatérale détermine les conditions nécessaires à la formation du contrat de

vente, la promesse de vente engage le vendeur et fait naître l’option au profit de

l’acheteur. Elle est parfaite dès l’échange des consentements et la vente est

conclue au moment de la levée de l’option par l’acquéreur.

27

En cas de violation de la promesse de vente, le bénéficiaire peut réclamer au

promettant des dommages et intérêts mais ne peut poursuivre l’annulation du

contrat contre le tiers acquéreur sauf mauvaise foi de ce dernier au moment de

son acquisition.

Promesse unilatérale d’achat

La promesse d’achat est la convention par laquelle une personne s’engage à

acheter une chose si le vendeur consent à la vente. Dès que les conditions de la

vente sont fixées dans le contrat et l’acceptation du vendeur obtenue, elle fait

peser sur le promettant une obligation d’acheter la chose objet de la vente. La

vente est en effet conclue dès que le vendeur fait connaître son adhésion à

vendre la chose.

2- Le dédit

Les parties peuvent s’accorder sur une clause de dédit qui doit, pour sa validité,

être expresse. La clause de dédit donne au contrat un caractère conditionnel et

produit ses effets au profit du bénéficiaire moyennant le paiement d’une somme

déterminée. Elle peut être une stipulation réciproque constituée par les arrhes

(avances, acomptes) si les parties le prévoient expressément. Mais, lorsque la

vente est devenue définitive, les arrhes constituées en nature doivent être

restituées.

Le dédit est exercé dans un délai librement fixé par les parties ou, à défaut de

convention, par les usages commerciaux. Le dédit ne peut être exercé si

l’acquéreur est en faillite. Cet obstacle

au

dédit

est mis

en

place

par

le

législateur dans le but de protéger les tiers. Ainsi, les droits consentis par

l’acquéreur avant l’exercice du dédit sont maintenus au profit des tiers de bonne

foi.

28

3- Le réméré

La vente à réméré est celle dans laquelle une clause expresse est stipulée par le

vendeur se réservant le droit de reprendre, de racheter la chose vendue dans un

délai qui ne peut être supérieur à trois ans. Le délai fixé peut être prorogé par le

juge par un jugement définitif.

La clause de réméré fait de la vente un contrat sous condition résolutoire pour

l’acquéreur. L’exercice du réméré impose à l’acquéreur la restitution de la chose

vendue en contrepartie du remboursement des sommes à lui dues par le vendeur.

Il impose au vendeur la restitution du prix de vente à l’acquéreur ajouté des

frais du contrat, des réparations nécessaires et des impenses utiles jusqu’à

concurrence de la plus-value créée.

Le vendeur peut exercer le réméré à l’encontre des ayants-cause qui ont eu

connaissance de l’existence du pacte de rachat. Lorsque l’acquéreur n’a pas

dévoilé le caractère conditionnel de son droit de propriété, il est tenu de verser

au vendeur le double de la valeur de la chose.

Lorsque la vente à réméré porte sur une part indivise, le propriétaire qui

demande le partage doit mettre en cause le vendeur qui peut exercer son droit

jusqu’au partage définitif.

Le réméré peut bénéficier conjointement à plusieurs vendeurs ou être exercé à

l’encontre de plusieurs acquéreurs. Dans les deux cas, il est exercé pour le tout.

En cas de désaccord entre les bénéficiaires du réméré qui l’exercent, le droit de

l’acquéreur est définitif.

C- Les modalités relatives au transfert de propriété

29

La délivrance et la prise de livraison entraînent en principe le transfert de

propriété du vendeur à l’acquéreur. Mais ce transfert peut être librement

retardé par les parties par le biais de stipulations contractuelles soit dans

l’intérêt de l’acquéreur, soit dans celui du vendeur.

1- Le transfert de propriété retardé dans l’intérêt de l’acquéreur

Les parties peuvent subordonner le transfert de propriété, au profit de

l’acquéreur, au résultat positif de l’essai de la chose vendue, à l’échantillonnage, à

l’agrément, à la dégustation.

Vente à l’essai

La vente à l’essai est celle qui est conclue sous la condition suspensive que la

chose sera, après essai de l’acquéreur, conforme à la destination prévue par les

parties. En cas de contestation des résultats de l’essai, le vendeur peut recourir

à une expertise amiable ou judiciaire. L’essai est indispensable s’il est imposé par

les parties ou prévu par les usages. Devant le doute, la vente est présumée vente

faite à l’essai.

L’essai doit être effectué dans le délai et suivant les modalités établies par les

parties ou les usages. Il ne peut s’exercer sans délivrance de la chose vendue à

l’acquéreur. Mais, cette délivrance ne

va valoir transfert de propriété à

l’acquéreur que si celui-ci aura donné son acceptation.

Toutefois, en l’absence de décision de l’acquéreur essayeur dans le délai, lorsque

celui-ci paie tout ou partie du prix sans réserves ou use anormalement du bien

dans l’essai, la vente devient pure et simple et la délivrance vaut transfert de

propriété.

Vente sur échantillon

30

La vente sur échantillon est une vente à l’essai conclue sur la présentation d’un

échantillon destiné à faire connaître et apprécier la qualité des marchandises

vendues. L’acquéreur sur échantillon est définitivement lié si les marchandises

livrées sont conformes à l’échantillon. Dans le cas contraire, il est libéré. En cas

de contestation relative à la conformité ou non des marchandises à l’échantillon,

un expert est désigné qui doit tenir compte des tolérances admises par les

parties ou les usages.

L’acquéreur qui reçoit en échantillon une chose non conforme à la qualité

convenue et l’accepte n’est pas considéré comme ayant renoncé à la qualité

convenue. Il peut poursuivre la résolution ou réfaction de la vente.

Vente à l’agrément

La vente à l’agrément est celle qui implique une promesse unilatérale. Elle est

conclue dès que l’acquéreur aura donné son agrément dans le délai fixé par les

parties ou par les usages. Si l’examen s’effectue chez le vendeur, le vendeur est

libéré s’il n’y procède pas pendant le délai fixé. S’il ne se prononce pas dans le

délai alors qu’il détient le bien, il est censé l’agréer.

Vente à la dégustation

La

vente

à

la

dégustation

est

une

vente

à

l’agrément subordonnée

à

la

dégustation d’un échantillon de la chose par l’acquéreur. Elle est soumise aux

règles de la vente à l’agrément.

2- Le transfert de propriété retardé dans l’intérêt du vendeur

Le vendeur, avec de tels aménagements préserve ses intérêts en se prémunissant

contre

tout

défaut

de

paiement

de

l’acquéreur.

Ainsi,

une

clause

de

tempérament, une clause de résolution de plein droit, une clause de réserve de

31

propriété sont-elles insérées dans la vente. Par ailleurs, la tendance actuelle

reste la location-vente.

Vente à tempérament

La vente à tempérament est celle dans laquelle, malgré la délivrance immédiate

de la chose, il est stipulé que le prix sera payable en plusieurs fractions à

intervalles réguliers.

La stipulation d’un tempérament n’empêche pas à l’acquéreur de se libérer

entièrement par le paiement intégral du prix qui reste dû sauf si des effets de

commerce ont été émis pour son règlement.

Lorsque l’acquéreur ne s’acquitte pas d’une échéance, le vendeur peut poursuivre

le recouvrement de l’arriéré ou demander la résolution de la vente. La résolution

prononcée peut voir ses effets subordonnés au paiement intégral de l’arriéré

dans un délai déterminé, indépendamment du paiement des sommes restant dues.

Elle est rétroactive, les parties devant revenir au statu quo ante. Le vendeur

peut également exiger un loyer équitable et une indemnité pour l’usure de la

chose. Toutefois, l’acquéreur ne peut s’engager, sous peine de nullité de la

convention, à s’acquitter d’une somme plus importante.

Clause de résolution de plein droit – clause nullité

La clause de résolution de plein droit applicable en cas de non paiement d’une ou

de plusieurs échéances est interdite et déclarée, le cas échéant, non écrite sauf

si elle est incluse dans les ventes conclues par l’Etat, les collectivités publiques

ou les entreprises de constructions immobilières. Pour ces dernières, la clause ne

sera valable que si elle est conforme à un contrat-type approuvé par décret.

Clause de réserve de propriété

32

Elle est généralement contenue dans les ventes à tempérament et doit, pour être

valable,

être

expresse.

La

clause

de

réserve

de

propriété

est

celle

qui

subordonne le transfert de propriété de la chose vendue au paiement intégral du

prix. Elle n’est pas opposable au tiers de bonne foi et, en cas de faillite de

l’acquéreur, elle n’est pas opposable à ses créanciers, qu’ils soient de bonne foi ou

de mauvaise foi.

Location-vente

C’est un bail assorti d’une promesse synallagmatique. Elle est encore appelée

crédit-bail. Ici, la conclusion de la vente est subordonnée au versement du

dernier terme par le crédit-preneur.

La location-vente est spécifiée par le fait qu’elle est une vente et une location

simultanément. Ainsi, les parties doivent préciser dans le contrat la part qui,

dans chaque redevance, représente le loyer de la chose. Dans le cas contraire, le

loyer est présumé représenter les 2/3 de chaque versement.

Elle fait naître pour l’acquéreur les mêmes obligations que pour le preneur en

matière de bail pendant toute la durée du contrat. Il doit donc jouir de la chose

en bon père de famille, ne pas en changer la destination mais également payer le

prix.

Quant au vendeur, il est tenu comme le bailleur, de fournir à l’acquéreur la

jouissance de la chose. Il lui est toutefois interdit d’aliéner la chose pendant

toute la durée du contrat.

La location-vente peut être résiliée judiciairement ou conventionnellement. Dans

ce dernier cas, elle se produit de plein droit et sans sommation. Dans tous les

cas, dès qu’il y a résiliation, le vendeur doit restituer à l’acquéreur la part de la

redevance excédant le loyer diminué, le cas échéant, d’une indemnité pour

détérioration ou usure excessive de la chose. Toutefois, la convention dans

33

laquelle l’acquéreur s’engage à s’acquitter d’une somme plus importante est

réputée non écrite.

Lorsque la vente à tempérament est déguisée en location-vente, elle ne fait pas

obstacle aux droits des créanciers en cas de faillite de l’acquéreur.

Vente en disponible

C’est celle par laquelle la délivrance est concomitante à la conclusion du contrat.

Elle ne peut donc porter sur une chose future. Le moment de la délivrance peut

toutefois être retardé par les parties ou par les usages.

Vente à livrer

C’est celle dans laquelle un délai de livraison est fixé. Elle oblige à l’acquéreur de

retirer la chose au terme convenu sous peine de résolution du contrat. Mais, dès

lors que le terme a été fixé dans l’intérêt exclusif du vendeur ou si le défaut de

retirement est dû au fait de ce dernier, la résolution de la vente est écartée.

D- Les modalités relatives au prix

Prix imposé

Le prix est en principe fixé d’un commun accord par le vendeur et l’acheteur.

Mais, le vendeur peut imposer à l’acquéreur un prix maximum pour la revente.

Dans ce cas, l’acquéreur s’engage seulement à ne pas revendre la chose à un prix

supérieur. Un prix minimum ne peut donc être imposé, une telle convention serait

nulle et de nullité absolue. Cette règlementation sur les prix imposés a pour

fondement la protection du marché et surtout des consommateurs.

Prix règlementé

34

Dans certains cas, les parties ne disposent pas d’une liberté dans la fixation du

prix. On parle alors de prix règlementé par l’autorité publique. Dans ce cas, le

prix fixé est à respecter par les contrats conclus postérieurement à la

publication de la règle (article 371 COCC) et tout contrat prévoyant un prix

différent est nul et de nullité absolue. Cette nullité est rétroactive et le juge

doit ordonner la restitution des sommes versées et des prestations effectuées

en vertu de la convention illicite. Devant l’impossibilité de la restitution, l’une des

parties sera condamnée à verser à l’autre la prestation compensatoire.

Section II- L’échange

Définition et conditions

L’échange est le contrat par lequel les parties s’engagent respectivement à la

délivrance d’une chose en contrepartie d’une autre. Il transfère la propriété dès

lors que la délivrance réciproque des biens qui en font l’objet est effectuée.

Il exige des choses échangées les mêmes conditions que la vente exige à la chose

vendue. La chose échangée doit donc exister et appartenir à l’échangiste.

§ I- Les effets de l’échange

Obligation de délivrance et de garantie

Toutes les parties à l’échange, les échangistes sont tenues des mêmes obligations

que le vendeur dans la vente. Ainsi, sont-elles tenues d’une obligation de

délivrance de la chose échangée et d’une obligation de garantie contre l’éviction

et contre les vices cachés.

La délivrance

est effectuée

de manière

différente

selon que

les

choses

échangées sont des meubles ou des immeubles. Lorsqu’il s’agit de meubles, les

parties

décident

du

mode

de

délivrance.

Mais,

s’il

s’agit

d’immeubles,

la

35

délivrance s’effectue par l’inscription de chacun des transferts de propriété au

titres fonciers respectifs (article 391 COCC).

Lorsque l’échangiste est évincé de la chose qu’il a reçue, il peut demander la

résolution du contrat ou demander simplement des dommages et intérêts.

Exclusion de l’obligation de délivrance

L’obligation de délivrance de la chose promise ne pèse cependant pas sur

l’échangiste qui prouve que la chose qu’il a reçue en échange n’appartient pas à

son cocontractant. En effet, dans ce cas, il peut refuser de s’exécuter s’il

restitue celle qu’il a reçue.

Obligation de paiement de la soulte

Lorsque l’échange est effectué avec soulte, l’échangiste qui doit s’en acquitter

est également tenu, concernant son paiement, aux mêmes obligations que

l’acquéreur dans la vente.

§ II- Les modalités de l’échange

L’échange peut se faire avec ou sans soulte. L’existence de la soulte dépend de

celle d’une différence de valeur entre les choses échangées ; la soulte équivalant

à la différence de valeur accompagne la chose de moindre valeur pour constituer

la contrepartie de la chose de valeur supérieure. La soulte est donc une simple

compensation, un correctif de la valeur de la chose.

Echange sans soulte

Lorsque l’échange est sans soulte, il n’y a aucune difficulté, la délivrance des

choses promises entraîne le transfert de propriété réciproque et les deux

parties sont soumises aux mêmes règles que le vendeur.

Echange avec soulte

36

En revanche, lorsqu’il est avec soulte, l’échangiste qui doit payer la soulte est

soumis aux mêmes obligations que l’acquéreur dans la vente en ce qui concerne

son paiement. Si la soulte dépasse la valeur de chose fournie par la partie qui

doit la verser, le contrat est qualifié vente avec dation en paiement.

37

Chapitre II- Les contrats relatifs à la remise d’une

chose

Il s’agit du dépôt, du prêt et du louage.

Section I- Le dépôt

Définition et conditions

Le dépôt est le contrat par lequel un déposant remet une chose mobilière à un

dépositaire qui accepte d’en assurer la garde (article 497 COCC). Il résulte de

cette définition que seuls les meubles peuvent faire l’objet de dépôt. Cela se

justifie par le fait que la notion de dépôt renferme celle de déplacement

préalable de la chose. Or, l’immeuble n’est pas susceptible de déplacement.

Le contrat de dépôt est, sauf convention contraire des parties, un contrat à

titre onéreux. Il est conclu par la remise de la chose, celle-ci pouvant être

prouvée par tous moyens.

Présomption de dépôt

La remise de la chose est l’élément essentiel du dépôt et permet de le qualifier.

Ainsi, lorsque les parties ne qualifient pas le contrat qui les lie ayant entraîné

une remise de chose, cette remise de la chose est présumée de manière

irréfragable contrat de dépôt et soumise au régime juridique de ce dernier.

§ I- Les obligations des parties au dépôt

Le dépôt fait peser des obligations sur le déposant et sur le dépositaire.

38

A- Les obligations du dépositaire

Obligation de conservation

Le dépositaire s’oblige à assurer la conservation de la chose suivant les

stipulations du contrat et des usages. Il doit garder la chose déposée en bon

père de famille.

Cette obligation existe aussi bien dans le dépôt à titre onéreux que dans le dépôt

à titre gratuit. Dans ce dernier cas, la bonne conservation et la bonne garde

assurées par le dépositaire s’apprécient en tenant compte de la diligence qu’il

apporte à ses propres affaires.

Dans

tous

les

cas, le

dépositaire ne peut pas

se servir

de

la

chose sans

l’autorisation du déposant. Il ne peut également chercher à connaître les choses

déposées lorsqu’elles lui ont été remises dans un coffre ou une enveloppe

cachetée sauf cas de force majeure.

Obligation de restitution

Le dépositaire doit rendre la chose déposée dans l’état où elle se trouve lors de

la restitution avec ses accroissements, ses produits et les fruits qu’il a perçus. Il

répond de la destruction de la chose, sauf cas de force majeure, en s’acquittant

d’une indemnité représentant la valeur de la chose détruite ou endommagée.

La restitution de la chose peut être demandée par le déposant à tout moment

même si un terme a été fixé pour la durée du dépôt. Par contre, en présence d’un

terme fixé, la restitution ne peut être effectuée unilatéralement par le

dépositaire avant son arrivée.

A défaut de stipulation contractuelle relative au lieu la restitution, celle-ci

s’opère dans

le

lieu où

la chose

a été entreposée. Si la restitution doit

s’effectuer en un autre lieu, les frais et risques du transport de la chose.

39

La restitution n’est pas subordonnée à la preuve de la qualité de propriétaire du

déposant ; une simple justification de son identité suffit. Elle peut s’opérer aux

mains du mandataire du déposant. Mais, en cas de décès de ce dernier, la chose

déposée doit être restituée à ses héritiers. Lorsque le dépôt a été fait pour le

compte d’un tiers, la restitution est due à la personne représentée ou à son

représentant désigné pour la restitution.

B- Les obligations du déposant

Obligation de paiement de la rémunération

Le dépôt à titre onéreux fait peser sur le déposant l’obligation de s’acquitter de

la

rémunération

convenue.

Le

déposant

doit,

par

ailleurs,

rembourser

au

dépositaire les dépenses faites pour la conservation de la chose et l’indemniser

de toutes les pertes occasionnées par le dépôt. Le remboursement des dépenses

et pertes peut être dû dans le dépôt à titre gratuit.

Le dépositaire dispose même du droit de retenir la chose déposée et de

subordonner sa restitution au déposant au paiement intégral de ce qui lui est dû

par ce dernier.

§ II- Les modalités du dépôt

Droit de substitution du dépositaire