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Stratégies de l’information

Dans cette brochure, on présentera quelques notions générales sur la stratégie de l'information. À l'époque où l'on ne cesse d'exalter la "société de l'information" et les technologies de la communication (créditées, par exemple, par certains d'avoir provoqué le printemps arabe), il n'est pas mauvais - sans tomber dans une vision dramatique inverse - de rappeler que l'information sert aussi à lutter, à assurer une dominance ou un avantage, qu'elle est un enjeu entre des groupes et des organisation en compétition ou en conflit. Rien n'est donc jamais acquis. Cette compétition concerne plusieurs dimensions de l'information : celle dont on possède le monopole, souvent par le secret, celle que l'on acquiert pour décider, celle dont on prive un rival par la confusion et enfin l'information qui peut faire croire ou faire agir, c'est-à-dire celle que nous rencontrons quotidiennement, notamment à travers les médias. Dans une première partie, on en présentera quelques principes généraux, assez abstraits mais qui seront illustrés d'exemples au cours de l'exposé. La seconde partie présente quelques notions et une bibliographie générale.

Tous ces textes proviennent du site : http://huyghe.fr

Vous pouvez également télécharger un glossaire plus complet (50 notions) sur : http://

www.huyghe.fr/actu_356.htm

Ou, pour ceux qui sont davantage intéressés par l'aspec "guerre de l'information", voir cette brochure. Pour ceux qui voudraient une documentation vraiment exhaustive : cette brochure téléchargeable Ou encore, pour ceux qui préféreraient trouver les articles et définitions sous forme de site :

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STRATÉGIES DE L'INFORMATION

Les stratégies informationnelles servent à accroître le pouvoir de celui qui les emploie : elles augmentent sa capacité de faire prédominer sa volonté. Qui dit stratégie dit agir dans des conditions adverses et en fonction de facteurs dont on ne possède pas la maîtrise. La notion même de stratégie, art de limiter autant que possible le hasard, implique que dans la vie réelle (et non dans un jeu où le nombre de coups et les situations possibles sont limités par des matrices), aucune méthode ne fonctionne à cent pour cent. Elle opère sur des gens (c’est une pragmatique, pas une technique qui manie des choses). Elle rencontre des obstacles, généralement la stratégie adverse et un pouvoir lui est opposé : au minimum la résistance potentielle de celui sur qui elle s’exerce. Donc pas de recette imparable.

Vaincre par les signes

Il est possible d’utiliser l’information pour vaincre

- Soit en réduisant sa propre incertitude (ce qui correspond à une définition classique de l’information), grâce à des renseignements ou des connaissances qui favorisent les bons choix. Corollairement, il est utile d’accroître l’incertitude de l’adversaire ou du concurrent. Le tout est de savoir et d’empêcher de savoir afin de réaliser de meilleures performances. La supériorité consiste ici en un différentiel de connaissance : A sait fabriquer telle arme, pas B, A sait qu’il y aura demain tel mouvement en bourse, pas B. Il s’agit de réduire à son profit le brouillard et la friction inhérents à tout conflit.

- Soit par des messages ou signaux qui produisent un effet sur la cible :

inciter, faire peur, séduire, convaincre…, et suscitent une réaction favorable à ses desseins. La sémiologie parle de la fonction "conative" du message : elle est centrée sur l’effet produit sur le récepteur. Ce principe est celui de la publicité, de la propagande, y compris sous la forme la plus simple : faire adhérer ou faire rejeter. Ce peut être celui de la déception au sens militaire :

tromper l’autre sur ses intentions, ses forces, sa localisation pour le pousser à la faute.

- Soit en agissant sur la façon de traiter l’information, et ce qui la structure. Ce peut être un système de transmission, un logiciel, un code. Mais il est possible de s’appuyer sur les catégories mentales, sur l’idéologie, les procédures et méthodes, la langue, les modes de raisonnement. Influencer, former, voire formater sont les procédés les plus courants en ce domaine. Faire adopter son vocabulaire, son code de déontologie ou ses habitudes de consommation… Le secret est d’agir sur les réactions d’autrui, mais en amont, quitte à modifier le code employé ou la prédisposition d’un acteur.

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Pour faire formule, nous avions dit que la première stratégie d’information pèse sur les choses par le savoir, la seconde sur les gens par conviction ou incitation et la troisième sur l’information elle-même en modifiant le sens qu’elle prendra pour les acteurs.

Les trois types de stratégies se mêlent constamment et se soutiennent mutuellement. Prenons un étudiant cherchant à assurer le succès de sa thèse et à la rentabiliser professionnellement. Tout le travail de recherche, documentation et bibliographie ressort à la première catégorie. Tout ce qui touche à l’élaboration et à la mise en forme de son texte, bref toute son éloquence à la seconde catégorie. Mais il faut aussi l’art de s’appuyer sur telle école, sur l’autorité d’X ou de Y. Il faut la façon de réunir tel jury, tout le dispositif matériel et relationnel qui soutiendra l’exposition et de légitimation des idées exposées ressort à la troisième catégorie de même que la stratégie de publication (le publish or perish des anglo-saxons) de présence dans les colloques et séminaires, d’exposition médiatique, de réseaux. De la même façon, une entreprise pratique la veille économique et faire de la publicité et du marketing, ce qui correspond aux deux premières fonctions, mais elle doit aussi songer à son image de marque, comprendre les courants de valeurs et d’idées sur lesquels elle s’appuiera pour conquérir son marché. Sans parler des pratiques de guerre économique où les sociétés recourent à la désinformation et la déstabilisation informationnelles parfois plus que ne le faisaient les États du temps de la guerre froide idéologique. Notre troisième exemple, forcément dans le domaine militaire, peut se trouver dans le classique des classiques, "L’art de la guerre" de Sun Zi. Quand il conseille d’avoir des espions partout, cela ressort à la première catégorie, quand il suggère de feindre l’inactivité au moment où on s’apprête à lancer son attaque, à la seconde. Mais quand le général chinois recommande de songer au moral de ses troupes ou, au contraire, de préparer les moyens de démoraliser les adversaires ou de leur instiller une fausse confiance avant les hostilités, il se range dans le troisième cas de figure. Se soutenant mutuellement (pas de persuasion sans connaissance préalable, mais pas de conviction si le terrain n’est pas réceptif), les stratégies de l’information relaient et préparent les stratégies de force et de puissance. Parfois même elles les remplacent. Les stratèges chinois considéraient le stratagème comme le moyen le plus honorable de vaincre, suivi par la diplomatie, et en dernier lieu la victoire militaire.

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Savoir et croyance

Nombre de pratiques regroupées sous le terme ambigu de "guerre de l’information" reposent sur la capacité matérielle de percevoir (ou d’empêcher de percevoir) des signaux. Ainsi des capteurs et senseurs : un micro, un radar, un scanneur correctement utilisé permettent d’écouter une conversation à distance, de repérer un objet en mouvement, …. Inversement, un bon camouflage, un brouilleur, la structure d’un avion furtif, l’emploi d’une encre sympathique empêchent l’autre de déceler les indices de la présence d’un objet ou d’un corps. Et une attaque contre un système informationnel adverse permet de perturber la réception de sons ou d’images, la circulation de signaux électronique, l’accès à un site ou à une base de données… Les stratégistes américains ont théorisé cette notion en prônant "l’infodominance" dans le cadre de la "Révolution dans les affaires militaires". L’infodominance est, en théorie, la situation de l’armée qui dispose sur le champ de bataille de capteurs perfectionnés, de satellites et instruments d’interception, de moyens de communication lui garantissant une coordination et une réaction instantanée. Elle sait tout de l’adversaire qui ne sait rien d’elle et dont les systèmes d’intelligence et de transmission sont détruits ou perturbés dès le début du conflit, ses infrastructures critiques bien vite paralysées par un bombardement chirurgical ou une cyberattaque. Cette vision utopique (les technologies de l’information et de la communication garantissant la victoire quasiment sans avoir à verser de sang) s’est récemment heurtée aux réalités de la guerre asymétrique et du terrorisme. Ce qui, sur le papier, fonctionne très bien contre un État avec armée, télétransmissions, réseau téléphonique, télévision nationale et autres. ne vaut guère contre une guérilla. Cet aspect purement technique de traitement des signaux est affaire d’appareillage et de procédures. En dépit de ses applications "civiles", comme les conflits économiques, il n’est pas celui qui nous intéresse le plus ici.

Dans ce cas, en effet la valeur de la stratégie est proportionnelle à celle de l’information que l’on a acquise ou protégée. Tout repose sur sa disponibilité (X sait ou ne sait pas que A) et sur la confiance que l’on peut accorder à l’information (A est vrai ou pas). Quand, les Alliés ont cassé le code de la machine de cryptologie, Enigma, et ont pu ainsi déchiffrer les messages de l’armée nazie, ou quand ils ont réussi à débarquer par surprise en Normandie, tandis que les Allemands, intoxiqués par l’opération Fortitude les attendaient ailleurs, la question de la valeur de cette stratégie ne s’est pas posée. Quand l’Union Soviétique a pu se doter de la bombe atomique, en espionnant les U.S.A, la valeur de son système de renseignement s’est révélée immense. Quand un initié de la Bourse sait si telle OPA aura lieu et quand, il peut chiffrer son gain probable. Quand une entreprise connaît l’offre de prix de sa concurrente, elle sait si elle peut remporter le marché et à quelles conditions. Quand une société pharmaceutique qui a décidé de produire un certain médicament est informée de l’état

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d’avancement des travaux d’un laboratoire rival, elle sait si elle doit continuer à investir ou pas dans ce domaine….

Si les stratégies "de capacité" reposent essentiellement sur l’acquisition de connaissances (ou a contrario sur la possibilité de priver la partie adverse de savoirs comparables), d’autres méthodes supposent l’emploi de messages efficaces et recherchent un effet de croyance. Pour prendre un critère simple : il importe que les premières soient vraies (et efficaces) et que les secondes soient crues (et répandues). Les premières supposent de la capacité d’analyse, les secondes des symboles efficaces suscitant une dynamique. Dans le premier cas, il est possible de parler d’un «patrimoine informationnel» à défendre ou accroître comme en Intelligence économique. Dans le second, le résultat de la stratégie se mesure peut-être moins en nombre de convaincus (encore que l’on puisse admettre ce critère si l’on veut par exemple mesurer par sondage l’efficacité d’une campagne publicitaire ou électorale) qu’à leur position et à la façon dont se manifeste cette conviction.

Il est assez tentant d’appliquer les catégories du mensonge et de la vérité, voire de considérer les stratégies de l’information comme des façons de créer une pseudo-réalité agencée de façon à provoquer les résultats attendus. Le vocabulaire employé est symptomatique. Tantôt on parle de déception (qui dans l’ancien français avait bien le sens de tromperie ou détournement avant de prendre celui de « ne pas être à la hauteur des espérances"), tantôt de désinformation ou de diversion, comme s’il s’agissait par ce "dé" privatif d’indiquer que l’autre à été volé d’une part de la réalité, ou privé d’un élément de jugement. Tantôt on parle de manipulation, de "management de la perception", de mystification, de suggestion, d’intoxication, de subversion, terminologie compliquée et redondante, mais qui chaque fois évoque une action qui fausse l’évaluation de la cible. Les mêmes notions sont déjà présentes dans le principe de la ruse. La ruse (initialement un détour que fait le gibier à la chasse pour tromper ses poursuivants) implique d’abuser l’autre par des apparences délibérément agencées. Ruser, c’est feindre la faiblesse quand on est fort ou la force quand on est faible, suggérer un danger imaginaire ou un gain impossible, apparaître là où on n’est pas. Cela suppose deux éléments : une tromperie (la victime de la ruse est illusionnée sur ce qui est réel ou probable) et une opportunité (la ruse doit créer une occasion pour l’exploiter)

Pourtant, la notion de tromperie ou d’apparence ne rend pas compte de l’ensemble des stratégies de l’information. Réduire à des bobards destinés à tromper le public la propagande – qui du reste est d’autant plus efficace qu’elle se réfère à de faits vérifiables - c’est passer à côté de l’essentiel. Assimiler les stratégies d’influence à des mises en scène, c’est se condamner à ne rien y comprendre. Quand bien même nous résoudrions la question de ce qu’est une information "vraie", ou une idée vraie nous n’aurions pas rendu compte du

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véritable pouvoir de l’information. Il n’est pas proportionnel à sa conformité au réel.

On a souvent dit que le véritable pouvoir des médias est le pouvoir d’occuper le temps des gens. Pour être complète, toute stratégie de l’information doit occuper du temps, donc de l’attention, et gagner un monopole (ou une prépondérance) dans le domaine de la parole ou de la représentation. Par ailleurs le pouvoir de l’information réside aussi dans sa capacité de déchaîner des sentiments, de rassembler des communautés partageant les mêmes émotions. Soit l’exemple de la musique – dont on nous accordera qu’elle n’est en soi ni vraie ni fausse - : elle peut s’intégrer à une stratégie de qu’il s’agisse de grandes communions humaines dans un meeting ou de l’effet "subversif" que peut exercer une certaine musique dans un certain contexte culturel (rock dans le monde soviétique, musique occidentales dans le monde islamique…). Dans nombre de stratégies de l’information, la distinction du vrai et du faux n’est pas la plus pertinente.

Effet direct et indirect

Une autre distinction semble plus opérante. Les théories de la guerre ou des jeux, distinguent souvent des stratégies directes, où l’action produit le résultat escompté de par sa propre force ou son adéquation à la situation (une bonne vieille charge de cavalerie par exemple) et, d’autre part, les stratégies indirectes qui reposent sur la réaction d’un intermédiaire (feinter au Nord pour attaquer au Sud). Elles sont nécessairement triangulaires, (mouvement initial, phase intermédiaire, résultat final). Il est fréquent de recourir à la comparaison entre les jeux d’échecs et de go. Le premier repose sur des mouvements de pièces dotées de différentes puissances et qui se prennent, se bloquent et se menacent. Tout l’art consiste à faire le plus de dégâts chez l’autre ou du moins à arriver à la position la plus dangereuse pour son roi. Dans le jeu de go, la règle est d’occuper des territoires en posant des pierres Gagne celui qui contrôle le plus de territoires – ensemble d’intersections vides qu’il entoure ou fait le plus de prisonniers, des pièces adverses encerclées .

Cette distinction s’applique aux stratégies de l’information. Les plus riches sont indirectes, et, du reste, les stratégies "directes" à l’état pur y sont rares et secondaires. Une action de propagande primaire (je lance un slogan "Votez X", l’électorat suit, j’ai gagné) ? Une action publicitaire ("achetez Y", le public achète) ? Dans la réalité, il est rare de pouvoir ainsi cerner un mécanisme où une cause produit un effet. Une stratégie théoriquement directe – celle du discours persuasif par exemple – peut mobiliser des tactiques indirectes : ce peut être l’appel à l’autorité ou aux normes acceptées, ou encore le recours au processus d’identification pour faire passer une thèse.

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Corollairement une stratégie indirecte peut rarement faire l’économie à un moment ou à l‘autre des méthodes de conviction ou de séduction d’une rhétorique "directe".

Statégies directes signifie souvent stratégies explicites. La plaidoirie d’un avocat est censée faire gagner son client. Une publicité faire vendre davantage. Une menace faire peur. Une campagne électorale officielle faire gagner des voix. Une opération de relations publiques faire parler de vous en bien. Les professionnels qui vendent de telles prestations assurent que des résultats mesurables peuvent être attendus de "bons messages" élaborés dans

les règles de l’art. Il y aurait beaucoup à dire sur la scientificité de ce discours, mais il présuppose un rapport direct entre des moyens employés (des affiches,

des visuels, des logos, des discours

)

et des résultats obtenus.

Dans le cas des actions indirectes, nous pouvons conserver l’image d’un territoire issue des jeux de stratégie, mais entendue ici au sens métaphorique. L’adversaire ou la cible ne peut plus manœuvrer que dans l’espace sémantique qui lui est concédé et dans la direction voulue. Ainsi les stratégies qui visent à limiter la liberté d’action de l’autre en s’en prenant à sa réputation, à ses alliances illustrent ce principe De même que toutes celles qui tendent à "baliser" le terrain mental où l’on manœuvre : déterminer les mots, les catégories intellectuelles utilisées, les habitudes, normes, critères, attitudes… En ce sens, les stratégies indirectes sont toutes à un degré ou à un autre liées au principe d’influence : elles génèrent un influx qui prédispose à ou dirige vers.

Si nous voulions encore prolonger la métaphore, nous dirions que les stratégies négatives, agressives cherchent à paralyser l’autre, donc à limiter son territoire d’action, tandis que les stratégies positives servent à orienter vers une "zone", celle des bonnes idées et des bonnes images. Soit la desinformatsia soviétique des années 50 ou 60. Elle a pour fonction de créer, éventuellement à partir des faux documents, de la confusion, de l’embarras, de la méfiance, du discrédit à l’égard de l’ennemi américain. À la même époque les Etats-Unis, via l’USIA (United States Information Agency), subventionnent les radios et médias qui donnent une image favorable de leur mode de vie et invitent des jeunes étrangers, susceptibles de devenir les futures élites de leurs pays, à fréquenter leurs universités ou leurs institutions. C’est typiquement une stratégie positive pour orienter les attitudes futures dans le sens souhaité. Mais, quand, à la même époque, la CIA enseigne les "opérations psychologiques" destinées à démoraliser les vietcongs, ou quand Moscou favorise les congrès internationaux d’étude du marxisme, c’est l’inverse.

Les stratégies indirectes supposent trois conditions :

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- Un initiateur qui pense et lance le processus. Ainsi dans les ruses

puériles, l’enfant songe spontanément à faire le mort, faire le distrait, faire le dormeur, faire le maladroit… Tromper par l’apparence que l’on prend est une ébauche des stratégies indirectes. Il n’est pas toujours facile de distinguer (ou au moins de prouver) l’intentionnalité de l’initiateur. Soit une rumeur : A l’a-t- il lancée pour affaiblir B, ou par pure bêtise ou envie ? Une personnalité en vue lance une mode (ainsi une vedette de Star Academy qui adopte une coiffure aussitôt imitée par des milliers d’adolescents) : s’agit-il d’une stratégie de marketing (augmenter la visibilité de la vedette, stimuler ses ventes) ou d’une conduite spontanée ?

- Une médiation. Médiation a ici son sens le plus large : tout ce par quoi passe le message de l’initiateur et par lequel il se transforme et développe son effet réel différent de sa direction apparente initiale. La médiation peut être simplement celle d’un milieu : ainsi les internautes qui répercuteront une e- rumeur se font les intermédiaires d’une opération de déstabilisation. Dans d’autre cas, la médiation correspond à un stade intermédiaire : une réaction de la cible qui fait produire à la stratégie tout son effet. De façon générale, la "cible" tend à coopérer inconsciemment aux desseins de l’initiateur. Dans d’autres cas encore, la médiation est un média : un bruit habilement lancé repris par les journaux par exemple. Enfin, la médiation peut être celle d’un allié : les stratégies indirectes consistent à faire coopérer d’autres acteurs à vos objectifs. En cas de désinformation, ces acteurs peuvent être inconscients : ils répercutent simplement une information. Mais dans d’autres méthodes d’action en réseaux, l’art du stratège consiste à faire agit plusieurs acteurs dans le même sens, chacun là où il est le plus efficace. Ceci est valable s’il s’agit de relations, des copains, des gens influents sollicités pour obtenir une décision favorable à ses desseins, mais aussi dans le cas d’une mobilisation d’associations, de groupes de pression d’activistes, d’autorités morales ou d’experts comme les pratiquent les altermondialistes. La médiation fait ici relais et amplification.

- Une cible dont, au final, l’attitude sera modifiée dans le sens désiré

par l’initiateur, sans qu’elle ait nécessairement conscience du processus. L’initiateur a ainsi accru son pouvoir au sens défini plus haut.

Cadre et contenu de l’information

Les stratégies indirectes conditionnent dans le double sens du terme :

des gens et des circonstances. Il s’agit d’une part d’agir sur l’esprit d’autrui pour susciter la réaction attendue et d’autre part de créer de telles conditions que la situation semble déboucher spontanément sur le résultat attendu. Par exemple en organisant une mise en scène ou en favorisant certains éléments dans la perception de la situation. Les stratégies indirectes emploient la

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puissance d’institutions sociales, véritables machines à faire croire, mais elles ne les créent pas pour autant L’Église, l’armée, l’école peuvent jouer la cette fonction, CNN, Google ou une bibliothèque nationale aussi. Si le but d’une stratégie indirecte est de faire penser que, cela passe aussi par le comment penser et à quoi. Dans un milieu clos, telle une secte ou un régime totalitaire, un groupe ou un individu peut décider ainsi autoritairement de tout ce que ses sujets peuvent penser et percevoir. Ainsi, dans 1984 de George Orwell, Big Brother contrôle ce que montrent les médias, ce que disent et écoutent les citoyens. Il fait même modifier les livres d’histoire pour rendre le passé conforme aux nécessités de la politique présente. Mais Big Brother détermine aussi des valeurs et des catégories mentales grâce auxquelles pensent les citoyens : il les oblige à parler la novlangue, une langue de bois au carré : il n’y existe aucun terme pour désigner les notions interdites. Tout y est fait pour amener le locuteur à enchaîner les expressions autorisées et phrases standardisées, si bien qu’il ne peut avoir que les pensées "licites". Quelles que soient les limites qu’apportent nos systèmes aux libertés individuelles, nous n’en sommes pas là. Dans notre monde, les stratégies indirectes doivent plutôt tenter de modifier les machines existantes ou s’appuyer sur elles. Une méthode peut consister à infiltrer une ONG pour mettre son prestige au service des causes souhaitées, ou encore à fournir aux journalistes et aux agences de presse un sujet bien ficelé qui va dans le sens souhaité. Sélectionner les informations disponibles plus que les imposer est aussi une pratique fréquente. Globalement les stratégies indirectes consistent davantage à peser ou intervenir sur un processus de décision et de communication qu’à la construire. Elles jouent là où l’acteur ne dispose pas de l’autorité (comme celle que confère l’institution), de la contrainte ou de la capacité de fournir des contreparties. Donner un ordre, menacer ou acheter ne sont pas des stratégies indirectes

La stratégie indirecte suggère des notions comme "faire pression au bon endroit", "faire basculer", "inciter", "stimuler", "faire levier", "contourner", "prendre appui", Toutes indiquent la même idée, une action minimale où et quand elle peut diriger une force supérieure dans le sens voulu. Rarement là où elle s’oppose frontalement à une autre force ou à une résistance, puisqu’elle elle interagit plus qu’elle n’impose. Une stratégie indirecte de l’information n’oppose pas frontalement un argument à un autre, une image à une autre comme dans la dialectique chère à la tradition grecque où la parole forte représentant la raison forte l’emporte sur la faible de par sa propre vertu. Dans une stratégie indirecte, l’efficacité des signes que l’on emploie est fonction de leur adaptation,, de la synergie qu’ils exploitent. C’est une notion chère à la pensée chinoise, telle que la résume François Jullien, : la propension des choses. Une stratégie indirecte favorise ou exploite une potentialité inhérente à la situation, elle ne la crée pas. Elle ne fait qu’actualiser ce qui était latent. Celui qui a été trompé ne demandait qu’à l’être, aveuglé qu’il était par son avidité ou ses préjugés. La rumeur n’a fait que

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jouer sur des préconceptions ou des stéréotypes déjà implantés dans la population cible. La déstabilisation n’a fait que révéler des faiblesses, telles celles d’une entreprise qui est soumise au risque de réputation et dépend de son image de marque.

Soit le lobbying. Comment procède le professionnel ? Certes, il va employer un argumentaire élaboré, et si possible lui conférer une apparence chatoyante et séduisante : belles brochures, présentations audiovisuelles. Mais surtout, il va travailler en amont, et identifier des besoins auxquels peut répondre son discours. Il va déterminer qui décide ou bloque quoi dans une administration, qui

a besoin de quelle information et dans quel langage elle sera la plus exploitable. Il va analyser où une documentation fournie à la bonne personne

qui cherche à s’éviter un long travail de recherche va orienter ses conclusions.

Il offre du "prédigéré". Il cherche surtout ce que désire et ce que souhaite

entendre son interlocuteur. Parfois même, il travaille encore plus en amont, en créant le courant d’opinion ou la réserve d’idées et de mots qui favorisent ses desseins. Certaines think tanks américaines remplissent notamment cette fonction. Par ailleurs le lobbyiste a l’art de faire intervenir dans son sens des gens

prestigieux, représentatifs, ou simplement actifs. Bien entendu, cela le conduira à flirter avec la menace ("Si vous adoptez telle mesure, cela créera du chômage

et nous nous arrangerons pour que cela se sache"), ou avec la promesse voire la

corruption ("Si vous vous rangez à notre avis, telle catégorie d’électeurs, tel média ou telle institution avec qui nous nous entretenons les meilleurs rapports saura s’en souvenir."). Dans tous les cas, il jongle avec les attentes, besoins et désirs d’autrui, plus qu’il ne les crée par une rhétorique implacable.

Dans la vie courante, nous rencontrons et pratiquons des stratégies indirectes

! Petites ruses et menus stratagèmes, du type prêcher le faux

pour savoir le vrai ou utiliser le "pied dans la porte" (obtenir une première petite concession pour formuler une demande plus importante)

! Manœuvres de séduction : A feint la faiblesse, pour permettre à

B de manifester sa force et sa compétence, et le flatte par de bruyantes manifestations de reconnaissance. À obtient ce qu’il veut de B. Telle est l’argument de la pièce de Labiche, Le voyage de Monsieur Perrichon

! Diffamation et médisance : A affaiblit la position de son rival B en répandant les pires horreurs pour qu’elles soient répétées et si possible amplifiées.

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Si nous abordons les stratégies indirectes complexes, nous pouvons encore retrouver des catégories simples pour décrire les interventions de l’initiateur.

1)

Il peut d’abord intervenir sur le contenu même de l’information qui parviendra à la cible de diverses manières :

! Falsification. Il s’agit alors de faire parvenir une information fausse à la cible. L’utilisation d’un agent double pour envoyer à l’adversaire de faux renseignements est emblématique de cette situation. Les exemples sont innombrables autant dans les livres des stratagèmes chinois qu’au cours de la seconde guerre mondiale.

! Scénarisation. Ici, il ne suffit plus de dire ou d’écrire quelque chose que l’on sait faux, il faut créer des apparences trompeuses. L’escroc qui se livre à des manœuvres frauduleuses ou excipe d’une qualité qui n’est pas la sienne, tel que le décrit le code pénal, appartient typiquement à cette catégorie. De même le général que qui fait allumer des feux la nuit pour tromper l’ennemi sur la position et l’importance de ses troupes. Ou encore le ministre Potemkine qui faisait peindre de faux villages riants, comparables à des décors de théâtre, de façon que Catherine de Russie se fasse une image idyllique des conditions de vie des moujiks.

! Dissimulation. Dans ce troisième cas, il suffit de faire le silence ou de susciter une conspiration du silence. Ce sont des stratégies d’omerta qui reposent plus ou moins sur la menace implicite et sur les règles implicites dans un milieu. Ainsi, la cohésion culturelle au sein d’un milieu, celui des journalistes de presse écrite parisiens, par exemple, peut rendre faciliter la diffusion de l’idée qu’il ne serait pas convenable d’évoquer tel ou tel sujet.

2) Seconde grande catégorie : l’action qui joue sur l’attention de la cible (ou des médiateurs qui pèsent sur la cible). Il s’agit alors d’interférer sur la disponibilité de l’information et sur le retentissement qui lui est donné pour « vendre » quelque chose (y compris une idée ou sa propre renommée) sur la Toile, il ne suffit plus d’être bruyant et spectaculaire : il faut maîtriser les arcanes de l’indexation. La plupart des internautes parvenant à une page à la suite d’une requête sur un moteur de recherche. Du coup est née une niche de pouvoir : l’art de référencer, de diriger les requêtes (donc une fois encore l’attention) en fonction de

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certains critères (taxinomiques, sémantiques, de notoriété…). Cela suscite des stratégies asymétriques comme le « bombardement de Google » (Google bombing). Cette technique consiste à améliorer son classement sur les pages du moteur de recherche en multipliant artificiellement les liens hypertextuels pointant vers le site désiré ou encore en employant une politique habile de multiplication des mots-clefs. Mais l’attention des internautes (concrètement : leur faculté de se précipiter vers tel ou tel site qui n’est pas nécessairement le plus riche, le plus professionnel ou le plus connu) fonctionne largement suivant des critères propres aux communautés virtuelles. Ils correspondent souvent à un «bouche-à- oreille » numérique incontrôlable. Dans un autre ordre d’idées créer un média, comme une chaîne internationale d’information en arabe (al Jazira) ou en espagnol (Telesur) c’est, certes, se donner un moyen d’en contrôler le contenu. Mais c’est aussi se doter d’un moyen de "faire l’agenda", d’attirer l’attention sur certains faits ou sur certains "points de vue" (celui des masses arabes, celui des latino-américains), c’est donc aussi mener une stratégie de l’attention.

3) Troisième grande famille : l’action sur le "point de vue" ou le cadre de la communication. Le cadre inclut toutes les croyances et émotions relatives à la source de l’information, aux rapports entre ladite source et son destinataire, et à tout le contexte qui en guidera l’interprétation. Le fait que la cible A se persuade que l’information émane d’origine amie ou ennemie, fiable ou non, volontairement ou pas, qu’il s’imagine qu’elle est destinée à le leurrer ou à l’aider, qu’il entretienne tel ou tel rapport affectif, soit dans telle position par rapport au messager, sont évidemment déterminants. Tout ce qui agit sur les prédispositions de la cible joue dans le même sens. Des expériences célèbres montrent jusqu’où peut aller ce phénomène. Ainsi dans celle de Stanley Milgram des cobayes persuadés qu’il participent à une expérience scientifique sont incités à infliger des punitions effroyables (des chocs électriques, heureusement simulés) à des sujets qui feignent d’accomplir une tâche, de se tromper souvent et finalement d’être punis. Du fait qu’ils s’imaginent appliquer des consignes garanties par l’autorité de la science, de braves gens en viennent à accomplir des actes qui répugneraient à leur conscience en temps ordinaire. Dans la vie courante, les effets du conditionnement, même s’ils sont spectaculaires que dans cette situation manipulée en laboratoire, portent bien plus en amont sur l’usage d’habitudes mentales, de la langue au système de comptabilité ou des modes de vie aux références philosophiques. Ce n’est pas par hasard que notre pays a développé les Alliances Françaises après la défaite de 1870, espérant que la diffusion de notre langue compenserait la perte de prestige due à la guerre. Ce n’est pas non plus par hasard que, pendant les années de guerre froide, la CIA subventionnait l’exportation vers l’Est de livres au contenu expressément anticommuniste (comme le bouleversant "Le Zéro et l’Infini" de Koestler) mais aussi la musique moderne et la peinture abstraite, dans une perspective de guerre culturelle contre l’URSS. Du reste nous avons probablement vécu dans les années 90 l’apogée de la stratégie indirecte de l’information, ainsi entendue, quand les partisans de l’élargissement (enlargment) du modèle américain, d’Alvin Toffler à Al Gore,

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comptaient sur l’expansion d’Internet pour étendre la modernité et finalement une attitude pro-occidentale. L’homme nouveau devait naître de l’extension des forces de communication, comme pour les marxistes orthodoxes, il devait résulter du développement des forces productrices. À ce stade, on peu parler d’une idéologie (ou d’une utopie) de la technologie, mais comme toute idéologie, celle-là servait des desseins de puissance bien précis. En dépit de ou grâce à son apparente naïveté. En un mot toute recherche sur les stratégies indirectes nous renvois à la question de l’idéologie, question que l’on a trop vite crue obsolète au cours de la dernière décennie et sur laquelle nous reviendrons longuement ailleurs.

Conclusion

Comment ne pas être victime des stratégies de l’information ? Le tableau redoutable que nous venons d’en dresser pourrait faire craindre pire. Mais il y a deux bonnes nouvelles. La première est que ces stratégies échouent parfois. Et la seconde – qui justifie la première – que leur étude ne date pas d’hier et que nous disposons d’une sérieuse panoplie de connaissances. Les Grecs nous ont légué des traités de rhétorique et d’éristique, de véritables matrices des "figures" de nature à convaincre l’interlocuteur et qu’emploient encore les modernes spécialistes de la publicité et du marketing politique. La stratégie chinoise s’est condensée en traités, du type des fameux "36 stratagèmes" transposables à la compétition économique, politique ou militaire moderne. L’étude des médias est une discipline qui sera bientôt centenaire Il existe une multitude de grilles de lecture des méthodes de la propagande. Autant la stratégie militaire que l’intelligence économique ont réfléchi sur les conflits informationnels. La réflexion critique sur la société de l’information commence à s’intéresser à ces questions. Bref, il est difficile de plaider la surprise et l’ignorance. Nous avions pour notre part proposé le terme d’infostratégie pour désigner l’étude des conflits (modalités, occurrences, motivations et finalités…) liés aux systèmes de transmission et communication caractéristiques de la société dite de l’information. Le champ de cette discipline à inventer serait celui des changements, technologiques, stratégiques, symboliques, régissant les rapports entre conflit et information. Quel que soit le nom que l’on donne à la chose, il nous faut maintenant comprendre l’information comme un pouvoir paradoxal qui s’accroît aussi souvent par sa rareté que par sa multiplication.

FB Huyghe

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COMMUNICATION

Le verbe communiquer est transitif et intransitif, si bien que l'on peut communiquer quelque chose ou communiquer tout court et, que, selon le cas, on pensera à la transmission de ou à la relation, au langage ou au partage. La communication d'un parti politique, c'est-à-dire sa rhétorique, la communication comme communion entre deux êtres, la communication des mass-media et la culture qu'ils véhiculent, la communication avec un appareil télématique qui ne fait que traiter des données, tout cela, ce sont des réalités que le langage range dans la même catégorie.

Par exemple, dans le langage courant, la communication est employée pour désigner la bonne interprétation des mêmes signes par deux personnes ou plus, voire l’harmonie qui en résulte entre elles (en ce sens, il s’agit donc essentiellement de résoudre des "problèmes de communication "). Mais la communication, ce sont aussi tous les moyens et les techniques par lesquelles les "gens de communication ", marketers, publicitaires ou autres, tentent de séduire, de faire adhérer, bref de changer l’autre soit sur le plan cognitif (bien lui faire savoir quelque chose) soit au sens affectif.

Le phénomène de communication comporte deux aspects. D’une part quand il y a communication, un contenu minimal, un message, est transmis. D’autre part la communication établit des relations, des liens y compris des liens affectifs entre ceux qui y participent. D’où une contradiction souvent remarquée. Pour bien communiquer (au sens d’être en communion) mieux vaut se répéter ce que l’on sait déjà, ce qui est simple, familier et qui rassure, mais pour communiquer beaucoup d’information (au sens de transmettre des nouveautés qui engendrent de nouveaux savoir), il faut faire des efforts, s’adapter à des changements plus complexes, et tout cela nuit à la communication au premier sens. Et ainsi de suite…

La confusion sémantique se redouble d'une confusion idéologique. Un discours optimiste sur la société de communication.assimile la communication à une valeur. Il fait l'apologie d'une transparence supposée génératrice d'accord. Il en déduit un impératif de communication (exprimez-vous, branchez-vous). Toute une mythologie de l'accessibilité grâce aux nouvelles technologies mêle ainsi apologie du grand partage égalitaire et rebelle à toute censure, considérations sur la nouvelle économie de l'immatériel, rêveries sur sa puissance pacifiante, voire hypothèse de ses effets presque anthropologiques (libérés des contraintes nous pourrons nous consacrer aux tâches de l'esprit et devenir quasiment une nouvelle espèce plus intelligente). Il faut refuser une double facilité. D’une part, cette utopie, mais de l’autre aussi la dénonciation de l'utopie communicationnelle et la technophobie. Il faut y opposer tous les effets de hiérarchie et de transformation qu'engendrent médiations humaines et physiques. Communiquer, c’est transformer.

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Conflit

Le conflit recouvre une catégorie générale de rapports humains. Il suppose la confrontation de deux volontés (au moins) recherchant des objectifs opposés, mobilisant une certaine quantité de puissance pour agir contre l’autre. Tout conflit est donc polarisé en fonction d’une notion caractéristique : la victoire. Il peut être « agonal », c’est-à-dire limité quant à la catégorie de moyens de force et de violence qu’il emploie ou illimité.

Son emploi le plus fréquent est le « conflit armé », au sens large de guerre. Récemment introduite, la notion de «conflit de basse intensité» (Low intensity concflicts) désigne les confrontations qui combinent moyens politiques, économiques, informationnels et militaires, tout en restant en dessous du stade de la guerre et mobilise généralement un acteur non

étatique ; c’est une guerre qui ne ressemble plus guère à sa forme classiqu avec déclaration,

traité de paix, alternance des périodes de guerre et de paix historiquement bien séparées

Son

éventail va du terrorisme à la guérilla. L’idée reflète le point de vue des puissances occidentales qui ne se sentent pas menacées de façon essentielle dans de tels cas. Pour les acteurs sur le terrain, l’intensité est tout sauf basse.

La notion de conflit international renvoie, elle, à celle d’intérêt ou d’objectif : une telle situation naît quand deux acteurs internationaux ou plus – généralement des États – émettent des prétentions antinomiques. L’opposition est telle qu’ils peuvent être tentés de recourir à la force pour la résoudre.

Qui dit conflit dit volonté : chaque partie entend maintenir un certain état du réel (ou le détruire ou le créer) et cet ordre est inconciliable avec celui de l’antagoniste. Le conflit est un jeu à somme nulle : ce que l’un gagne ne peut l’être qu’au détriment des aspirations de l’autre. Le conflit suppose cette double conscience et cette double volonté, donc un monde commun, une réalité, actuelle ou future, où naît le différend, et à laquelle se référer. Elle fonde l’éventualité de rapport de force et de communication entre les parties. Paradoxalement, un minimum de partage des codes est nécessaire pour que le conflit se développe ou se résolve.

Cette réalité n’apparaît pas toujours clairement aux yeux des parties. D’une part elles ne conçoivent pas clairement les objectifs du conflit ; il tend à devenir à la fois affectif (agressivité, hostilité à l’égard de l’autre) et cognitif à la fois : il est rare que deux antagonistes interprètent la réalité ou les messages de l’autre de la même façon. D’autre part le conflit lui-même est constitutif des identités d’où découlent à leur tour d’autres possibilités de conflits ; ainsi en tant que nation nous nous définissons volontiers par qui fut notre ennemi. Enfin la conception même de la conflictualité, sa philosophie et sa valeur sont génératrices de conflits. On ne mène pas le même conflit selon qu’on y voit une composante du réel (le « père de toutes choses »), un moteur de l’Histoire ou un lamentable accident provisoire sur la voie du progrès.

La résolution des conflits fait l’objet de recherches qui vont de la pédagogie jusqu’aux négociations internationales mais elle suppose au moins soit que l’objectif d’un des acteurs puisse être atteint soit que les prétentions des acteurs puissent être modifiées.

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Conflit informationnel

L’hypothèse que la société de l’information soit celle du conflit du contrôle et du secret prend consistance. Sur fond d’interrogations sur pouvoir des mass media, les technologies de l’information et de la communication bouleversent les conditions de l’affrontement. Elles permettent de nouvelles hégémonies et de nouvelles stratégies de perturbation. Elles facilitent destruction et chaos high-tech.

La guerre de l’information militaire ou économique, les stratégies de dominance informationnelle, la cyberdélinquance ou le cyberterrorisme occupent le premier plan de l’actualité, et posent des questions de libertés publiques. Dans tout cela, il y a un point commun : l’information à la fois désirable, redoutable et vulnérable, et ses technologies ; les outils de communication peuvent devenir des moyens de perturbation et de manipulation. Bref, il faut bien rapprocher deux termes que l’esprit du temps tend pourtant opposer : conflit et information. Pour les uns, les conflits subsistent, bien que les idées dominantes opposent communication et violence, bien que le programme d’une société du partage et de la connaissance soit un idéal pacifique. Ils refléteraient les changements ou résistances liés à la globalisation et à l’extension des TIC. Pour les autres au contraire, c’est parce que notre société dépend de l’information en tant que ressource, facteur d’organisation et de désorganisation, que se produisent ces conflits. Ils sont au croisement de trois domaines.

D’abord les stratégies géopolitiques ou militaires : toutes les méthodes visant en temps de guerre à surveiller, paralyser ou dissuader un adversaire, en temps de paix à contrôler ses perceptions et initiatives, et dans tous les cas à diriger l’opinion. Ensuite les dérives de l’économie, de la concurrence vers des activités d’agression, de prédation, de déstabilisation…

Enfin, toutes les luttes liées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, à motivations militantes, ludiques, délictueuses.

De pareils phénomènes sont à la fois : – stratégiques : les groupes recourent aux ressources de leurs intelligences pour agir sur les autres via l’information qu’ils propagent, traitent, organisent, interdisent. – symboliques : le symbolique ce sont les images, les croyances, les valeurs et les représentations que partagent les acteurs. Comme toute activité humaine, le conflit est régi par ces puissances invisibles, y compris sous les aspects d’utopies, idéologies ou mythologies. Leur force d’attraction ne diminue pas avec la sophistication des techniques, bien au contraire. – techniques : les technologies autorisent (mais ne déterminent pas) les manifestations du conflit. De la même façon, elles modifient les rapports de pouvoir, de savoir ou de croire, les rapports avec l’espace et le temps d’une époque.

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Information

« Information » recouvre plusieurs réalités :

– des données, traces matérielles stockées, depuis une stèle de pierre jusqu’à des cristaux de silicone dans un disque dur. Elles perpétuent des signes (mots, images, sons, bits électroniques). Les données perdurent.

– des messages, de l’information en mouvement, destinée à un récepteur capable de l’interpréter et de la distinguer comme signifiante d’entre tous les signaux. Ils circulent à travers l’espace et s’adressent à quelqu’un.

des savoirs, de l’information, interprétée et mise en relation avec d’autres informations, contextualisée et faisant sens. Les connaissances sont produites par un cerveau.

– des programmes, depuis le code génétique jusqu’à un logiciel, qui contiennent des instructions destinées à un agent matériel. Les programmes « font » virtuellement quelque chose.

– L’information est une différence qui engendre des différences.

Elle doit :

– 1. Émerger d’un fond ou d’un bruit, se distinguer ;

– 2. Susciter une réaction qualitative chez celui qui la reçoit et l’interprète, que ce soit la compréhension d’un sens ou un simple état émotif.

L’information comme catégorie générale est l’incessant processus de passage entre des données, des messages, des connaissances et des programmes. Or, dans l’usage courant et suivant le contexte, le même mot, information, désigne :

– – son contenu (ce en quoi elle renseigne et innove) ;

– – son acquisition (le fait d’être informé) ; – son mode de circulation (les moyens par

lesquels elle parvient) ;

– – sa mesure (comme lorsque l’on parle de gigabits d’information) ;

– – et le résultat attendu (le fait de « mettre en forme », conformément à l’étymologie).

De là trois ambiguïtés.

– D’abord le rapport entre données et connaissance. La disponibilité de données, ou les

instruments qui en permettent le stockage, le traitement, le transport, ne garantit pas un savoir (une représentation organisée de la réalité, la rendant plus intelligible, donc l’assimilation de l’information mise en relation avec les autres informations que l’on possède). Savoir consiste aussi à éliminer, hiérarchiser les données accessibles, non à les accumuler.

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– Une autre ambiguïté porte sur les rapports entre information et communication. Il y a contradiction entre l’information, nouveauté demandant un effort, et la communication comme effusion ou communion.

– Une troisième ambiguïté porte sur la réduction de l’incertitude et la réduction du conflit.

C’est l’idée que les affrontements résultent d’une ignorance et que la véritable connaissance d’autrui mènerait à la réduction des hostilités.

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L'information stratégique

L'intelligence économique est souvent définie comme un mode de gouvernance macro et microéconomique (donc impliquant autant des politiques d’État que des pratiques quotidiennes dans l’entreprise) et visant la maîtrise de l'information stratégique. Ainsi pour Alain Juillet, Haut responsable chargé de l’intelligence économique au secrétariat général de la Défense nationale : « l’intelligence économique, c’est la maîtrise et la protection de l’information stratégique utile pour tous les décideurs économiques ».

Il s’agit de la recueillir et de la gérer pour aider à la décision, de conserver son patrimoine de savoir et son image, et enfin d’agir en amont sur l’environnement où se déroule l’activité économique (lobbying, influence, action sur les normes, …) que ce soit pour conquérir des marchés, attirer des activités ou faciliter une stratégie de développement.

En quoi consiste ce caractère ou plus exactement cette valeur stratégique (elle représente bien une valeur désirable, puisque le but de toute l’opération est de l’acquérir et de l’exploiter, comme une richesse) ? En quoi se distingue-t-elle d’autres valeurs typiques d’autres informations : valeur distractive, esthétique, émotionnelle, culturelle, pédagogique….?

La question n’est certainement pas sans intérêt puisqu’une abondante littérature est, par exemple, consacrée à la « veille stratégique » dans les organisations. Nous partirons donc de cette notion.

Dans le vocabulaire de l’intelligence économique, celle-ci représente la principale activité (ou le sommet) du processus par lequel l’entreprise décèle les « dangers et opportunités » de son environnement, tout en protégeant sa propre information et en agissant sur l’environnement par l’influence.

Des catégories de veilles sont consacrées chacune à un secteur spécifique : veille technologique, concurrentielle, juridique, sociétale… Il est très facile de comprendre pourquoi l’entreprise a besoin, pour être performante, de savoir ce que fait la concurrence, quels lois et règlements peuvent interférer avec son activité, où en est l’état de la technologie dans le secteur, quels brevets ont été déposés, quels marchés sont favorables…

Mais la veille stratégique a un statut à part, ne serait-ce que parce qu’elle couronne toutes les autres pour inspirer des décisions importantes et la conduite générale de l’action orientée vers un but.

Quelles sortes d’informations peuvent avoir cette éminente dignité ou gravité ?

Par analogie avec les concepts militaires, nous pouvons suggérer qu’elle contribuent à au moins une des fonctions suivantes, voire à plusieurs, puisqu’elles se recoupent forcément) :

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- Faire gagner du temps (avoir un coup d’avance), de la mobilité, des ressources (qui ne seront

pas gaspillées inutilement, par exemple pour parer à des hypothèses qui ne se réaliseront pas) et surtout faire gagner de la liberté d’action au stratège. Celui qui sait évalue mieux la valeur des options qui s’offrent à lui. Sa marge de manœuvre est supérieure.

- Réduire son incertitude sur l’environnement, sur les projets des autres acteurs, sur les conséquences de ses propres actions et sur leurs interactions réciproques. Faciliter ses opérations de calcul et de projection dans l’avenir. La réduction de l’incertitude ne peut être totale, sinon la stratégie pourrait être remplacée par un calcul de probabilité et le décideur par un logiciel. Les militaires, grands lecteurs de Clausewitz, diraient volontiers qu’il s’agit de réduire "la friction et le brouillard".

- Avoir un caractère exceptionnel ou surprenant (quelque chose de totalement prévisible,

routinier ou secondaire ne peut être qualifié de stratégique). Cette notion est fondamentale dans le cadre d’une stratégie, donc d’une relation ou un acteur tente de contrarier le projet d’au moins un autre acteur. Le changement brusque, l’effondrement des hypothèses qu’il faudra reconstruire, le repositionnement en fonction des initiatives adverses, la recherche de l’effet de surprise doivent plutôt être considérés comme la règle que l’exception en ce domaine. Qui dit stratégie dit rupture.

- Prendre son sens par rapport à un projet du stratège (qu’il s’agisse de gagner la bataille, de développer son entreprise, de l’emporter dans un appel d’offres…). Par ailleurs, un projet suppose des priorités : vouloir tout savoir sur tout, c’est se condamner à ne rien décider.

- Pouvoir se traduire en termes d’événements probables mais non certains représentant une valeur positive ou négative (opportunités ou risques) pour le projet.

- Modifier même marginalement un rapport de force : le fait de posséder l’information (et,

éventuellement, que d’autres acteurs sachent ou ne sachent pas que vous la possédez) doit se traduire en termes de gain ou perte maintenant ou plus tard.

- Évaluer un potentiel stratégique (le potentiel est par définition ce qui n’est pas encore actuel

mais ne se réalisera pas obligatoirement). Ce peut être celui d’acteurs (leurs ressources, leurs volontés) ou celui de la situation elle-même (la situation est ici l’état général du monde à un moment précis, considéré du point de vue de la réalisation de son projet). La stratégie chinoise telle que l’analyse François Jullien repose largement sur la notion de "propension des choses", celle que le bon stratège se contente d’exploiter au mieux et au plus tôt. L’efficacité résulterait alors non d’un grand effort ou d’un courage et d’une volonté inébranlables, mais d’une adaptation à des tendances qui ne sont pas encore manifestes et qu’il faudrait simplement favoriser. Même dans une perspective plus volontariste, la stratégie repose d’abord sur l’évaluation juste de ce qui peut advenir dans une interaction. Toutes les veilles peuvent ainsi se traduire en analyse du potentiel d’interférence des normes (juridiques, techniques, sociétales, culturelles…), de celles des acteurs (performances des concurrents, leurs stratégies, comportements des autres parties prenantes), et de tendances plus lourdes de l’économie, de la technologie, etc

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- Plus simplement : éclairer la réalité pour éclairer la décision, donc peser sur les actions futures. Contribuer à un choix efficace.

Si la valeur de l’information stratégique est surtout décisionnelle, cela ne la rend pas toujours grave et urgente. Au contraire, la veille stratégique est aussi censée déceler des signaux faibles. Par là il faut entendre les indices ou les modifications d’ampleur modérée qui peuvent être les signaux avant-coureurs de grands changements. Le signal faible, celui qui se distingue malaisément, n’est souvent tel que comparé aux signaux "forts", ceux dont l’importance apparaît à l’observateur le plus myope.

Ils faibles par rapport aux signaux multiples et convergents que chacun perçoit, qui correspondent aux attentes générales et qui semble confirmer ce que tout le monde attend. Ils ne sont surtout faibles que par rapport à leur éloignement des événements qu’ils annoncent.

Par principe, plus le signal est précoce, plus il est faible ; plus le temps passera, plus la vraisemblance de ce qu’il indique s’imposera, plus les signaux deviendront nombreux, explicites, concordants et faciles à interpréter. Plus une tendance est souterraine, plus la réalisation de l’événement est au stade du potentiel, moins il s’annonce. Un signal n’est faible qu’au regard d’une attention distraite ou d’une interprétation routinière.

Après coup, après que l’événement soit survenu, après la surprise stratégique, après le 11 septembre ou le krach boursier, le signal faible paraît au contraire rétrospectivement aveuglant. D’où la question récurrente : "Comment pouvait-on ne pas savoir ?"

La veille stratégique ne se borne pas à avoir ou discriminer des informations de valeur stratégique pour prendre de bonnes décisions à la façon d‘un lecteur intelligent qui fait une revue de presse et découpe ou surligne ce qui lui appartît significatif. Il s’agit d’un processus organisationnel collectif. "Avoir" la bonne information ne signifie pas grand chose si cette "bonne" information est dans la tête de quelqu’un qui ne participe pas à la décision, mal indexée, pas disponible au bon moment et au bon décideur, inutilisable, mal interprétée, noyée sous le bruit….

Elle suppose un processus qu’il serait trop long de décrire ici, mais qui n’est pas simplement cumulatif. Il faut tout à la fois déterminer en quoi consisterait une information stratégique, savoir où se la procurer, la sélectionner, la classer, la faire parvenir au bon décideur au bon moment, ne pas la noyer, savoir l’archiver, la réviser, l’évaluer, la synthétiser, la critiquer, en retirer des hypothèses qui entraînent d’autres questions ou recherche de vérification, la contrôler, réviser sans cesse son système de veille….

Par ailleurs, l’idée même qu’il y a une "bonne" information à posséder pour bien agir est passablement réductrice, du moins si on la formule de manière aussi binaire : l’avoir ou pas. Dans cette vision "information stratégique" est synonyme d’énoncés relatifs à la réalité présente (p.e. une juste estimation des forces en présence), future (tel acteur a l’intention d’agir ainsi, telle tendance se développera dans tel sens et à telle vitesse) ou même

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conditionnelle (Si je fais X, il fera Y). Même si l’on inclut dans la notion de réalité ces réalités psychologiques que sont des intentions ou la réaction d’un acteur.

D’une part, il n’y a pas un stade de la connaissance et un stade de l’action décisive bien séparés. La valeur stratégique de l’information est proportionnelle à celle de ses éventuelles conséquences, mais par conséquences il faut entendre aussi celles qu’en tireront les autres acteurs et les modifications de leur démarche, les conséquences que l’on tirera soi-même de ce qui précéde et qui , à son tour modifiera la situation et la mise en œuvre stratégies (les siennes et celles des autres acteurs), les nouveaux besoins de connaissance, donc de stratégie cognitive, qui s’envuivront, d’où nouvelles décisions, nouvelles actions, réactions, interactions et ainsi de suite. Que l’on préfère la métaphore de l’abyme, de la boucle, du cycle, des flux…, c’est toujours à un système dynamique de circulation et de réajustement perpétuel que l’on songe.

D’autre part, la maîtrise de l’information stratégique n‘est pas (ou pas seulement) à l’art de se déplacer dans le labyrinthe des possibles en évitant un maximum d’erreurs, jusqu’au moment où apparaît le meilleur (ou le moins mauvais) choix possible. Au volet cognition de l’information s’ajoute le volet conviction. Si l’on préfère, elle ne doit pas seulement être capacitante mais opérante. Un projet statégique ne peut se penser comme une boîte noire qui reçoit des signaux et produit des comportements. En d’autres termes toutes les façons dont l’acteur peut transformer son environnement par de l’information doivent entrer en compte dès le début.

L’influence, pour lui donner un nom commode, comprend de multiples formes d’interaction par les signes :

- Négocier

- Argumenter

- Séduire,

- Égarer…

Enfin,l’information a une autre propriété : dès qu’elle commence à circuler du cerveau A au

cerveau B, elle modifie des relations, elle crée des rapports de communauté, de conflictualité,

de hiérarchie, etc

Ce que relie l’information et notamment les réseaux techniques ou

humains n’est souvent pas moins important que son contenu même.

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Information et communication, enjeux stratégiques

Traiter des « enjeux stratégiques de l’information et de la communication », c’est

- soit se condamner à ressasser des lieux communs (importance du savoir et de l’innovation

dans une société« de l’information », omniprésence des médias, impact culturel et social des TIC…),

- soit se risquer à repenser à neuf un très vieux problème : comment vaincre avec des signes ?

Étant donné – chacun l’a deviné – que nous suivrons la seconde voie, il faut reprendre des questions qui obsédaient déjà les sophistes grecs ou les généraux chinois :

- Comment faire croire à autrui ce que l’on désire, qu’il s’agisse de le persuader par argumentation ou de l’égarer par stratagème ?

- Comment savoir ce qu’il ignore ou lui faire ignorer ce que l’on sait ?

- Comment rendre l’autre prédictible et se rendre insaisissable ?

En outre il est indispensable de réexaminer toutes ces pistes dans un environnement où la somme des connaissances disponibles et leur taux de renouvellement, la dépendance des acteurs à l’égard des technologies d’enregistrement, de traitement et de propagation de l’information, leur perception du temps, de l’espace, du savoir par les réseaux numériques … ne sont réductibles à aucune expérience antérieure…

Peu importe que l’on prenne stratégie au sens militaire - art de coordonner des moyens collectifs de tuer - ou au sens large - façon d’employer efficacement ses ressources dans une relation conflictuelle – , elle suppose l’emploi de signes et signaux.

Cela va de battements de tambour à la rédaction d’un in-octavo, de la façon de se peinturlurer le visage à l’exploration du Web sémantique. Ces signes – recueillis, stockés, traités, propagés, cryptés… - servent à la réalisation d’une fin que nous nommerons par commodité « victoire » : la prédominance d’une volonté sur une autre. Ils y contribuent autant qu’ils servent à prendre une décision efficace, à répandre une croyance motivante (désir, courage, foi…), mais aussi agir sur la perception de la réalité du rival pour augmenter son incertitude, le démobiliser ou lui suggérer le choix que l’on désire.

Ces principes très généraux – savoir, faire-croire, dissimuler, égarer – s’appliquent aussi bien à un jeu qu’à une tentative de séduction, à la conquête d’un marché comme à la guerre froide. Ludique, érotique, rhétorique, économique ou atomique riment avec stratégique.

La bonne question est donc celle du comment faire. Là encore, la liste est longue des traités et disciplines qui prétendent y répondre : anthologie de ruses, figures de la rhétorique et de l’éristique, mais aussi théorie des jeux, manuel de catéchèse, sciences cognitives, méthode

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publicitaire

économique….

ou

manuel

de

knowledge

management,

une

branche

de

l’intelligence

Or, qu’il s’agisse de cognition ou de conviction, tout ce qui se termine dans un cerveau humain n’est jamais assuré. Une pragmatique qui agit sur les choses ne se reproduit pas à l’envi comme une technique qui agit sur les gens. Toute recette de ce type peine sur le double aléa de la réception (ce que nous avons dans le crâne qu’il s’agisse d’un préjugé idéologique ou d’un biais cognitif ) et de la transmission (comment cela circule de cerveau en cerveau).

D’où l’optique qui sera adoptée : les constantes des méthodes seront à relativiser par la chronologie des croyances. Les valeurs et notions typiques d’une époque restreignent ce qui est crédible par la plupart.Mais les techniques de communication, transmission et propagation de ladite époque ne sont pas moins importantes. Ces dernières autorisent mais ne décident pas l’usage qui sera fait de leur potentiel.

On distinguera également

- des stratégies directes visant directement le résultat espéré ( « gagner » un partisan ou «

gagner » un éclairage supplémentaire sur la réalité ou le futur comportement d’un des acteurs)

- et les stratégies indirectes dont le résultat visé passe par l’intermédiaire d’une réaction attendue (celle de l’adversaire ou d’un tiers qui peut être aussi l’opinion publique).

Sans négliger des thèmes comme l’influence, le secret, la désinformation… on se concentrera sur deux problématiques qui montrent ces interactions entre des stratégies, des symboles et des technologies : comment faire croire et comment s’informer.

Le premier thème semble rebattu. Que pourrait-on à ajouter à l’étude de la persuasion que n’aient décrit les sophistes antiques et les laboratoires modernes ? Comment trouver une recette qui ait échappé aux propagandistes et aux publicitaires, aux prédicateurs des religions et aux spécialistes des médias ?

Il sera au moins possible d’en indiquer trois dimensions :

- Les méthodes préconisées reflètent de grandes catégories idéologiques et celui qui prétend manipuler les autres ne fait souvent que trahir la logique de son système.

- Il y a aussi, il y a souvent des échecs de la persuasion (ce qui est une excellente nouvelle).

De puissantes machines à convaincre – corps organisés, campagnes médiatiques, discours officiels relayés partout – peinent à répandre des convictions ou des jugements. Il importe de savoir pourquoi.

- Les textes, les discours, les images destinés à séduire et inculquer ne fonctionnent pas de la même façon, et n’offrent pas les mêmes possibilités suivant le média qui les répand. Peu de périodes en auront fourni autant d’exemples que la nôtre.

Quant aux méthodes d’intelligence au sens large, la recherche de l’information vraie et pertinente pour une décision stratégique, elles se prêtent à une autre approche :

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- Leurs échecs enseignent autant que leurs réussites. Voir la façon dont des dispositifs

sophistiqués destinés à capter les signaux significatifs, à les analyser, à en faire des facteurs de décision ont abouti à un déni de réalité ou à des décisions absurdes.

- Un réseau humain, une communauté vouée à l’accumulation de savoirs efficaces, produit

nécessairement certains biais ou un certain type d’interprétation lié à des attentes et à des pouvoirs.

- Le média dominant de chaque époque détermine un certain usage de nos facultés cognitives

(ou plutôt des usages, bons et mauvais). Les synergies, hybridations et chevauchements des médias au pluriel nous posent des défis dans notre façon de nous faire une représentation de la réalité.

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L’information et ses ennemis

« Information » recouvre plusieurs réalités :

– des données, traces matérielles stockées, depuis une stèle de pierre jusqu’à des cristaux de silicone dans un disque dur. Elles perpétuent des signes (mots, images, sons, bits électroniques). Les données perdurent.

– des messages, de l’information en mouvement, destinée à un récepteur capable de l’interpréter et de la distinguer comme signifiante d’entre tous les signaux. Ils circulent à travers l’espace et s’adressent à quelqu’un.

– des savoirs, de l’information, interprétée et mise en relation avec d’autres informations, contextualisée et faisant sens. Les connaissances sont produites par un cerveau. – des programmes, depuis le code génétique jusqu’à un logiciel, qui contiennent des instructions destinées à un agent matériel. Les programmes « font » virtuellement quelque chose.

– L’information est une différence qui engendre des différences. Elle doit :

– 1. Émerger d’un fond ou d’un bruit, se distinguer ;

– 2. Susciter une réaction qualitative chez celui qui la reçoit et l’interprète, que ce soit la compréhension d’un sens ou un simple état émotif.

L’information comme catégorie générale est l’incessant processus de passage entre des données, des messages, des connaissances et des programmes. Or, dans l’usage courant et suivant le contexte, le même mot, information, désigne :

– – son contenu (ce en quoi elle renseigne et innove) ;

– – son acquisition (le fait d’être informé) ; – son mode de circulation (les moyens par lesquels elle parvient) ;

– – sa mesure (comme lorsque l’on parle de gigabits d’information) ;

– – et le résultat attendu (le fait de « mettre en forme », conformément à l’étymologie).

De là trois ambiguïtés.

– D’abord le rapport entre données et connaissance. La disponibilité de données, ou les

instruments qui en permettent le stockage, le traitement, le transport, ne garantit pas un savoir (une représentation organisée de la réalité, la rendant plus intelligible, donc l’assimilation de l’information mise en relation avec les autres informations que l’on possède). Savoir consiste aussi à éliminer, hiérarchiser les données accessibles, non à les accumuler.

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– Une autre ambiguïté porte sur les rapports entre information et communication. Il y a contradiction entre l’information, nouveauté demandant un effort, et la communication comme effusion ou communion.

– Une troisième ambiguïté porte sur la réduction de l’incertitude et la réduction du conflit.

C’est l’idée que les affrontements résultent d’une ignorance et que la véritable connaissance d’autrui mènerait à la réduction des hostilités. Le téléphonographe, le cinématographe ou le dirigeable ont suscité autant de discours prophétiques et optimistes avant 14- 18, qu’Internet avant l’hécatombe des start-ups.

L’information (au sens de « acquérir des connaissances vraies et pertinentes », mettre en forme, savoir et comprendre, éclairer la réalité) a donc des « ennemis »

- D’abord l’information elle-même en vertu du principe que l’information tue l’information,

quand le terminal ultime (notre cerveau) n’est plus en mesure de la traiter et de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Ce n’est pas qu’une simple question de temps ou de capacité : la recherche d’information sur l’information, de confirmation, d’explication, de définitions des principes dont découlent des affirmations, et ainsi de suite peut mener à ce que les Anciens connaissaient comme la regressio ad infinitum.

- Son second ennemi est la communication. Trop de communication, donc trop de communion, trop de lien et de relation, suppose trop de répétition, trop de plaisir de ressasser le déjà-connu, trop de tentation de confirmer ce que l’on croit déjà et qui nous rassemble ;

- La simplicité ou la lisibilité de l’information peut aussi constituer une tentation dangereuse :

celle d’adopter la vision ou l’explication de la réalité qui semble la plus cohérente parce que la moins complexe. Cas limite : l’adoption d’une idéologie simplifiante qui donne une apparent cohérence au monde (les réponses précèdent les questions) ou prédisposition aux théories conspirationnistes et paranoïaques (tout est lié à tout, rien ne se produit par hasard). L’effet de reconnaissance (ah oui ! c’est comme…) joue plus modestement dans le même sens.

- La « difficulté » ou la technicité. Nous avons souvent tendance à évaluer l’information à la

mesure de la « performance » que représente pour nous son acquisition. Cette performance peut être cognitive : quand une information apparaît comme rare, difficile à trouver (soit parce que nous avons eu du mal à la trouver, soit parce qu’elle nous est présentée comme émanant d’une source confidentielle, réservée aux initiés) nous tendons spontanément à la croire davantage. C’est le facteur qui rend possible l’existence des rumeurs, par exemple : elles sont « reprises » dans la mesure où l’information y est présentée comme confidentielle, étonnante, scandaleuse, dérangeante… Même mécanisme quand la découverte de l’information a mobilisé des moyens techniques rares, comme des logiciels sophistiqués : elle nous semble plus désirable que celle que n’importe qui pourrait trouver dans le journal. Elle n’est pas meilleure ou plus vraie pour autant.

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- L’information peut être victime d’une stratégie (d’intoxication, de désinformation, de

déstabilisation, de persuasion…) s’appuyant éventuellement sur des mensonges et falsifications, sur des sophismes (raisonnements qui mènent insidieusement à une conclusion truquée), sur des procédés rhétoriques… Il peut aussi s’agir d’une simple entropie (mésinformation, dégradation du contenu…)

- Les stratégies du secret visent à restreindre l’accès à l’information soit par menace (agir sur les gens que ce soit par l’omerta de la mafia, ou la honte ou la crainte de châtiments divins), soit par rétention ou dissimulation de ses supports physiques (agir sur les choses, enfermer un papier dans un coffre, par exemple) soit enfin par cryptage (agir sur les signes : substituer un code conventionnel dont on est seul à connaître la clef, c’est à dire la règle et le répertoire).

- Les biais cognitifs en général. Ces biais sont connus et répertoriés depuis longtemps. Il existe des listes impressionnantes d’erreurs (heuristiques, de raisonnement, mais aussi comportements émotifs, habitudes, conformisme…) :

1. prendre ses désirs pour des réalités (wishfull thinking),

2. mettre ses représentations mentales en accord avec ses pratiques et ses intérêts (dissonance

cognitive),

3. labelliser (croire que l’on explique parce que l’on applique un nom une catégorie),

4. personnaliser (juger d’une hypothèse en fonction de nos sentiments à l’égard de son auteur,

ou de ses conséquences pour nous),

5. sauter aux conclusions (prendre une corrélation ou une coïncidence dans le temps pour une

relation de causalité),

6. jouer à « pile je gagne, face tu perds » (poser des hypothèses de telle façon que tous les

faits viendront la confirmer, ou pour le dire en termes plus philosophiques, examiner des

hypothèses non falsifiables, dont on ne sait pas à quelle condition de fait on pourrait les dire fausses…)

7. etc.

Enfin n’oublions pas que l’information a un ennemi sans pitié : le temps. L’idée d’effacement est déjà présente dans la notion de trace

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FRANÇOIS-BERNARD HUYGHE
FRANÇOIS-BERNARD HUYGHE
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Domaines de recherche : stratégies de l’information, décryptage des
médias, intelligence économique et stratégique, médiologie, polémologie
mais aussi critique des idées contemporaines, routes de rencontre des
civilisations et des imaginaires (route de la soie, route des épices )
Ses ouvrages :
Terrorismes Violence et propagande
Enseignement :
(Gallimard Découvertes 2011)
Iris/Ipris
Avec
A.
Bauer
:
Les
terroristes
disent
Campus virtuel, Université de Limoges
François-Bernard Huyghe, docteur d’État
en sciences politiques et Habilité à Diriger
des Recherches (infocom)
toujours ce qu'ils vont faire
École de guerre économique
Maîtres du faire croire (Vuibert 2008)
Celsa Paris IV Sorbonne
Comprendre
le
pouvoir
stratégique
des
Hautes Études Internationales
médias (Eyrolles 2005)
DRMCC, ENA, Polytechnique
Quatrième guerre mondiale (Rocher 2004)
Chercheur et consultant
Écran/Ennemi (00hOO.com 2002)
Médiologue, revue Médium
L’ennemi à l’ère numérique (PUF 2001)
L’information, c’est la guerre (Corlet 2001)
Chercheur à l’IRIS; y dirige l'Observatoire
géostratégique de l'information
Les experts (Plon 1996)
au comité scientifique du CSFRS
La langue de coton (R. Laffont 1991)
dirige Huyghe Infostratégie Sarl, société de
La soft-idéologie (R. Laffont 1987)
conseil
et
formation
en
communication
d’influence,
infostratégie,
intelligence
Avec Edith Huyghe, il a écrit : La route de la
économique
soie, La route des tapis, Histoire des secrets,
Images du monde, Les coureurs
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Twitter : @huyghefb