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Sénégal

Le mandat présidentiel passe de 5 à 7 ans

C’est depuis le mois de mai dernier qu’un conseil des ministres avait évoqué un
projet de révision de la Constitution sur la prorogation du mandat présidentiel.
L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté ledit projet lundi dernier au cours de
débats houleux.

Par Kadje Kamga


La nouvelle est accompagnée de la clarification qui pourrait se traduire ainsi : le
projet de loi prolongeant le mandat présidentiel de cinq à sept ans entre en vigueur
en 2012, sans incidence sur l’actuel mandat de Wade. En effet, son premier mandat
de sept ans date de 2000. Or en 2001, le Sénégal a adopté par voie référendaire la
modification de l’article 27, alinéa 1 de la Constitution, ramenant le mandat à cinq
ans, et le limitant à deux. Abdoulaye Wade obtient alors en 2007 son second mandat,
cette fois de cinq ans. Logiquement, ce dernier mandat prendra fin en 2012.
Cette rallonge du mandat présidentiel, qui a eu lieu dans un contexte très houleux au
sein de l’hémicycle a suscité beaucoup d’interrogations. Tous les députés n’étaient
pas d’accord, et certains ont suggéré un référendum comme en 2001. D’ailleurs,
pendant que les députés se battaient à coups d’arguments juridico-politiques,
l’opposant Tanor et son Front Siggil Sénégal faisaient le sit-in devant l’assemblée
nationale. De plus, les députés libéraux ont dénoncé le caractère amoral de la
modification de l’article 27, alors que Moustapha Cissé Lô, le député du parti
démocratique sénégalais (Pds) déclarait à la presse : « Wade doit dissoudre le
Parlement. » C’est que le sujet est immensément sensible.

Interrogations

Pourquoi une rallonge du mandat présidentiel ? Le deuxième mandat de Wade


n’aura-t-il pas été suffisant pour qu’il tienne ses promesses électorales ? A-t-il besoin
de plus de temps ? Que voudra-t-il prouver ? Ne court-on pas vers une autre
modification d’ici à la fin de ce mandat, question soit de se maintenir, soit de confier
le pouvoir à un proche ? C’est autant d’interrogations légitimes que suscite la
présente situation politique au Sénégal. Même si pour le ministre sénégalais, cité par
l’Agence de presse sénégalaise, la rallonge du mandat est censé permettre à Wade
de « disposer de suffisamment de temps pour mettre en œuvre son programme dans
le cadre de l’effort de construction nationale. » La presse sénégalaise n’a pas raté
l’occasion pour réagir. C’est pourquoi Le Quotidien a parlé de « tripatouillage de la
constitution », et le quotidien privé Walf Grand-Place commente dans un ton
péremptoire : « Sept ans pour sécuriser l’héritage. » Il y a tout lieu de craindre que
plusieurs scénarii ne viennent se présenter en 2012. Au Tchad comme au Cameroun,
pour ne citer que ces deux exemples, la constitution a été modifiée au niveau de la
limitation du nombre de mandats. Les présidents en poste peuvent à loisir se
présenter puisqu’ils ont la loi fondamentale de leur côté. On pense aussi au tableau
Eyadema ou Kaddhafi, où dans le premier cas, par temps de coup dur, la constitution
a été rapidement cuisinée et taillée à la mesure du fils qui était dans le sérail depuis
de longues années ; Kaddhafi ne cache pas ses intentions de confier le
commandement à l’un de ses fils, comme on passerait le trône dans une monarchie
ou dans une chefferie de chez nous. Une chose est certaine, Wade n’a pas encore
joué sa dernière carte. D’ici à 2012, des choses peuvent se passer.
KK