Vous êtes sur la page 1sur 736

*r

7

V

S2//Z

•i

LA VIE

'^V,

*99-

/% 4

'

j

«

*-

*-

LA VIE

**»•

DE S BERNARD

PREMIER ABBE'

DE CLAIRVAVX,

ET PERE DE L'EGLISE.

DIVISÉE EN SIX LITRES,

Dont les trois premiers font traduits du Latin de trois célèbres Abbez de fon temps t Se contiennent l'Hiftoire

de vie.

Et les trois derniers font tirez de fes Ouurages > Se repre- fentent fon efprit Se fa conduitte.

SECONDE EDITION.

A PARIS,

Chez Antoine Vitré , Imprimeur ordinaire du Roy , Se du

Clergé de France, Rue S. Lacques deuant S. Yues.

ET

Chez U veuue Martin Durand , Rue' Saint Iacques

au Roy Dauid.

M. DC. XLIX.

Ahcq Prutikfc de fa Majeflê 3 & approbation des DoElews.

AV LECTEVR.

V e l q_v e s

personnes

pieufes tres-affe&ionnées

à S. Bernard ayant defiré

que l'on traduiiift fa vie

en François , on l'a entre-

pris pour leur propre fa-

tisfa&ion, &pour l'honneur de l'Eglife

Gallicane , qui a efté la mère d'vn li

grand Saint. Et comme les hiftoires Ec-

clefiaftiques aufli bien que les prophanes

doiuent toufiours eftre prifes dans les fources pour eftre pures, on a tiré çelle- cy de l'original Latin compofé par trois

Abbez qui viuoient du temps mefme de Saint Bernard.

Le premier qui a efcrit le I. Liure lors

que le Saint viuoit encore, a efté le B.

Guillaume Abbé de S.Thierry deReims,

Bénédictin , l'vn des plus faints & des

plus grands perfonnages de ce fiecle, BiU.vatr.to. comme on le voit par Tes ouurages re- '* V- Btm '

cueillis dans la Bibliothèque des Pères

£

'

S6 ' £t

& par l'eftime que S. Bernard faifoit de ^poiog.p^f

fafageiTe & de fa fcience. Ce célèbre +£2£

Abbé fit vne amitié fi eûroite auec ce inprxmio. a

ij

,A V LECTEVR.

Saint, ainfî qu'il le marque dans ce pre-

mier Liure , que fbn ardente affection

eftant jointe auec fa profonde reueren-

ce pour les eminentes qualitez de ce

grand Docteur >& auec vn amour fince-

re de la pénitence & de la perfection reli-

gieufe -, il conceut le defTein de quitter fà

charge d'Abbé , & de parler de l'Ordre de

faint Benoift en celuy de Cifteaux , en fè

retirant à Clairuaux auec noftre Saint,

pour y viure dans l'aufterité qui y fleurif-

îbitj&auoir le bon-heur de receuoir de

plus prés les lumières &c les grâces diui-

nes & fpirituelles , qu'il euft pu tirer des

communications particulières de faint

Bernard.

Mais l'humble modération & le parfait

defintereffement de ce grand Saint parut

en cette rencontre aufli bien qu'en beau- coup d'autres, puifque nonobftant l'affe-

ction & la tendreffe qu'il auoit pour cet

Abbé, il ne voulut point luy permettre

qu'il quittai!: fon Abbaye pour fe retirer

à Clairuaux , & luy manda ce qui fuit. le

M '

ne dejïrepas moins que vous ce que

te Jçay il y a

long-temps que vous defircxjiufii. Mais la rai-

fon veut, que mettant ci part égallement, & vo~

Jb-e volonté & la mienne , ie vous confeille &

ie me confeille à moy-mefme ce que ie croy que

~^AV

LE CT EV R.

"Dieu veut de vous. le trouue la feureté de ma

conjcience à vous propofer ce confeif & vous,

trouuerez^ la paix de vojire ejprit à le fut-

ure. 'Demeure'xjdonc fivous me croyez^, en Ve->

flat ou Dieu vous a mis , & trauaillez^pour

le bien de\ceux que vous auez^à conduire. Ne

fuyex^ pM de commander a des Religieux <t qui vous pouuez^fèruir } parce que vous feriez^

bien mal-heureux fi leur commandant vous ne

leur fermez^ point , £7* vous j le feriez^ enco-

re beaucoup dauantage fi vous fuyez^ de leur fèruir , parce que vous craignez^de leur corn*

mander.

Que fi ce pieux Abbé a fuiuy ce con- feil de Saint Bernard, il n'eft pas forty

de fon Abbaye : &neantmoins Bouchard

premier Abbé de Balerne , die à la fin de

ce premier Liure , qu'il fe retira dans FOrdre

de Cifleaux en ï^ibbaye de Signy,cc que quel-

ques autres Auteurs du mefme- Ordre dï-

fent , qu'il n'a fait que depuis la mort du

Saint. Mais cela eft difficile à croire , puis

que s'il auoit furuelcu Saint Bernard , il

auroit eu tout loifir d'acheuer cette vie

qu'il auoit commencée du viuant mef-

me du Saint , ou au moins il en au-

roit pu eferire beaucoup dauantage qu'il

n'a fait , en eftant demeuré au (chitine

de Pierre de Léon , après lequel Saint

a

iij

^4V LECTEVR.

Bernard a vefcu encore plus de vingt

années.

Le fécond

Abbé , qui a cfcrit le 1 1.

Liure , a efté Bernard Abbé de Bonne-

uaux , qui ed vne Abbaye de l'Ordre de Cifreaux, ficuée dans le Diocefcde Vien-

ne , fondée vers 1 117. par lArcheuefque

Guy qui fur depuis lePape Callifte II. &:

non pas Arnauld de Chartres Abbé de Bonneual * comme ont crû Trithemc,

lïtt. *oi

s J Bcned. six. Sixte de Sienne , les Théologiens de

Sen.Bib.San. Cologne qui ont fait imprimer la Biblio-

ùm. it. tf '

chèque des Pères , & le Cardinal Bellar-

Beiiarm. De irnn » a y ant confondu Bonneuaux de

jinfi. Eccief.

l'Ordre de Giteaux , auec Bonneual prés

cJ rnalii ° de Chartres de l'Ordre de S. Benoift ; &

cet Arnauld Abbé Benedi&in , célèbre

Auteur Ecclefiaitique & très-particulier

amy du Saint, à qui il efcriuit fa dernière

Bem. Epïfi. Lettre peu de temps auant fa mort , auec

J

310.

ST'

Vie

L

'n

du Bernard Abbé Bernardin, à qui ceux de

3 Clairuaux ordonnèrent d'eferire ce z. Li-

ute, comme il le tefmoigne luy-mefme

dans ion Auant-propos.

Le troiliefme Abbé qui a eferit les

rrois derniers Liures , eft le feauant &c

pieux Geoffroy Religieux de Clairuaux,

Secrétaire du Saint, qui fe recira à Clair-

uaux enuiron l'année 1140. & l'accom-

*AV LECTEVR.

pagna en Tes jvoyages de France & d'Al-

lemagne, ainfi qu'il le marque Iuy-mef- me: de forte qu'il n'a prefque efcrit que

les chofes qu'il a veuës. Le Saint le mena

auec Iuy au Concile de Reims tenu par

le Pape Eugène III. en 1148. & c'eit luy-

mefme qui à la prière du Cardinal d' Albe

en a efcrit l'Hiitoire très exactement,

laquelle a efté inférée dans les Conciles Conc. gêner.

Généraux , &: dans les Annales Ecclefia-

(tiques. Il fut depuis Abbé d'Igny , & en-

fin quatrieime AbbédeClairuaux.

Mais on ne le doit pas confondre, corn-

tJm -3-p^.i.

Ioan - Pica) ^

me ont fait quelques Auteurs auec Go- *" £ ' anm

defroy, coufin de S.Bernard Religieux Reben. in

de Clairuaux , & depuis Prieur de cette ^ lL chr 'ft'

Abbaye , &: Dire&eur de toutes celles

que S. Bernard auoit fondées, comme le

Saint l'eferit au Roy Louis le Ieune. Car

ce Godefroyfut fvn des trente Gentils-

hommes qui fe retirèrent du monde à Ci-

fteaux auec S. Bernard en 1 1 13. Or Geof-

froy Auteur de ces trois Liures efcrit en

fon Auant-propos, que lors de la mort du Saint arriuée en 1153. il y auoit enuiron

treize ans qu'il eftoit joint auec luy par

fon vœu èc par fon affection :Cc qui nous fait conclure qu'il ne vint à Clairuaux

que vers l'année 1140, lors que Godefroy

E f>ft>i7°*

a

iiij

^ V L E CT EV R.

auoirefté Prieur de Clairuaux, auoitefté

éleuEuefquede Langres en 1139. L'Hi-

ftoire nous apprend encore,que cet Eue£ que fie le voyage de Ierufàlem auec le

Roy Louis Ieleuneenii47.&ii48. pen-

dant que Geoffroy Secrétaire du Saint

eftoit auec luy en France & en Allema-

gne en ce mefme temps. Ioint que ce

Geoffroy parle de ce Godefroy Euefque

de Langres , comme d'vn Prélat de gran-

de vertu. De forte qu'il ne peut plus re-

fler aucun doute touchant ces trois ex-

cellens Abbez , Auteurs jde la Vie de S.

Bernard.

Quant à la fidélité auec laquelle cette

Vieaeitéefcrite, la qualité de ces trois

Auteurs, qui ont tous efté eminens en

pieté & en furrlfance/a tellement fait re-

connoiftre par tous les fçauans , que le Cardinal Baronius en a tiré les points les

plus importans & les plus célèbres de

l'Hiitoire Ecclefiaftique de cefiecle; &

que le feu fieur André du Chefne tres-fa-

meux &: tres-fidelle Hiftoriographe , en

a produit quelques Chapitres parmy les

originaux de l'Hiftoire de France qu'il a donnez au public.

I'auois traduit tous ces cinq Liures , 8c

auois refoiu de les donner ainfi au public,

>AV L E CT EVR.

fans en rien retrancher du tout : Mais

quelques perfonnes de jugement & de pieté les ayant leus,& m 'ayant témoigné

que cette grande multitude de miracles,

qui font rapportez enparticulier dans les

trois derniers, pourroit pluftoft ennuyer

le Le6teur,que donner vn nouueau luftre

à la fainceté de S. Bernard, qui eft d'ail-

leurs afTez reconnuë:j'ay crû fumant leur

auis qu'il valoit mieux ne faire qu'vnLi- ure de ces trois , en abrégeant vn peu les

deux derniers : ce quej'ay tafché neant-

moins de foire auec vne telle difcretion,

que ie n'ay voulu omettre aucun des mi- racles mefmes qui me parufl: enfermer

quelque chofed'vti le pour l'inuruction

des Lecteurs , mais feulement ceux

l'on netrouuoit autre chofe qu vn fnn-

ple récit des maladies & des incommo-

ditez différentes que le Saint a guéries.

Au refte on a crû deuoir fuiure la nou-

uelle Edition de S. Bernard , publiée par

Merlon HorftiusDoéteur en Théologie

& Curé de Cologne,comme la meilleure

de toutes , tant pour l'ordre qu'il y a mis

dans la diuifion des Tomes, que pour le

jugementqu'il a porté des ouurages dou- teux i ou faufTement attribuez à S. Ber-

nard, & pour les Remarques, dont il a

\AV

L E CT EV R.

efclaircy plufieurs points de l'Hiftoire

qui eitoient obfcurs, & que les autres Ëfcriuains qui auoient trauaillé fur ce Père auant luy auoient ignorez. Il pa-

roift de plus non feulement éclairé pour

la Icience, amateur de la vérité ; mais aufli animé d'vne affection & d'vn zèle

vrayement Catholique, pour la pureté

de ladifciplinede l'Églife , &: de la Mo. raie du Chriftianifme. Ces diuerfes con-

sidérations ont porté à traduire la Vie de

S. Bernard . auec ks Additions qu'il a

tirées des plus anciens &plus authenti-

ques Manufcrits > & qui eftant toutes femblables au relie du texte , tant pour

le ftyle que pour le fèns, Ôt liées par la

fukte naturelle du difcours auec ce qui

précède &: ce qui fuit , paroiffent visible- ment en auoirfait partie dans l'original.

Ce que Sunus Chartreux de Cologne,

qui a reciieilly les Vies des Saints , a jugé

comme H orftius, ayant publié la Vie de

S. Bernard auec cesmefmes Additions,

fur la foy des Manufcrits qui eitoient venus entre fes mains. Et ainfi le Lecteur la verra dans toute fa pureté première &

originelle; & on efpere que les feauans

auouëront que de toutes les Vies des

Saints eferkes par des Hiftoriens Eccle-

^4V L E C T EV R.

fiaftiques , il n'y en a peut-eftre aucune

qui aie autant d'éclat & autant de beauté

que celle-cy, & qui mérite plus d'eftre publiée en noftre langue,pour eftre con-

nue & honorée de toute la France.

Il faut pourtant reconnoiftre à l'auan-

tage de ce grand Saint, que quelque pei-

ne & quelque foin qu'ayentpris ces trois

Abbez de le reprefenter aux yeux de

toute l'Eglife & de toute la pofterité

comme la plus grande lumière de ion

fîccle j ils ont lailîé neantmoins vne tres-

notable & très-importante partie de Ta vie , de fa conduite , & de fes actions qu'ils ont couuerte d'vn religieux filen- ce, ayant fuiuy l'exemple de plufîeurs

anciens Auteurs Ecclefiaftiques qui fe

font contentez de tracer feulementquel-

ques tableaux racourcis des grands hom-

mes de l'Eglife, &d'efcrire leurs hiftoi-

res auec vne fimplicité & vne breuetc qui retranche quelquefois ce qu'il y a*de

plusfolide dans la vie d'vn Saint, & ce

qui peut plus édifier & inftruire les per-

sonnes pieufes & intelligentes, pour pro-

duire auec eftenduë celles qui paroilfent

les plus éclatantes , telles que font hs miracles. C'eftce quia fut que le Car-

dinal Baronius dans les Notes fur le

,

^V LE CT EVR.

Baro.inNot. Martyrologe Romain a marqué : Que

ad MartynL [on p otm oit tirer des Efcrits de S. Bernard , &

Rsw». 10.

Au*

principalement de fis Lettres , dequoy rendre Ja

i

j

r

t

i

l

r

Horfi aimo- Vte p^s riche &plus ample, & que Hor- nit. ad Le eh. ftius en a fait le mefme jugement après

imvit.SBer. luy .foQ & rautre çç trouuans confor-

mes dans ce fentimenc , à ce qu'en a ef-

crit l'Abbé Geoffroy dans le troifïefme Liure de la Vie du Saint, il dit : Que

Lib. 3.c. h.

* **

fa vertu paroifi plus excellente dans fis Livres

que dans les éloges quon en peut faire ; & qud

ri y arien qui leftfjeplus connotjlre que fis pro-

pres Lettres , dans lejquelles il a parfaitement

grauéfon image > & a reprefinté comme dans

vn miroir vivant vn tableau fidèle de Ces admi-

rables qualité*^

Ce jugement de ces fages Efcriuains a

contribué beaucoup pour faire entre-

prendre de recueillir des Ouurages de ce

Père, dont fes Lettres font en ce point la

plusconfiderable-partie, fon efprit &fa

conduite, foit comme Religieux & com-

me Saint } ce qui efttraitté dans lequa-

triefme Liure , où Ces grandes & miracu-

leufes vertus fontmarquées :fbit comme

Abbé & Fondateur d'Ordre , ce qui eft

traitté dans le cinquicfme, cette hau-

te & cette diuine fageffe qu'il a prati-

quée dans le gouuernement de fes Mo-

^ V L E CT EV R.

nafreres , & Tes plus excellentes idées touchant la perfection religieufe, & le

vray efpritdes religions & de la Règle de S. Benoift, font rapportées en peu de chapitres : foit comme Docteur & Père

de l'Eglife , ce qui eft traitté dans le fix-

iefme & dernier Liure } fon amour &:

fon zèle pour la vérité Catholique , pour

lavraye fciencede l'Eglife, pour la do- ctrine & la Tradition des Pères , pour la

correction des abus, pour l'autorité Epif-

copale, pour la difcipline de l'Eglife, &:

pour le faint Siège Apoltolique & la Pri-

mauté des Souuerains Pontifes paroif-

fent auec éclat : fes fentimens tou-

chant la préparation aux Ordres facrez,

& la vocation aux dignitez Ecdefiafti-

ques font exprimez en fes propres paro-

les tres-fidellement traduittesj & où il

donne des confeils tres-£unts& tres-fa- lutaires aux Gaands, aux Princes, aux Roys,& aux Empereurs, &enfêigneaux

Dames illuftres, aux PrincefTes, &aux

Reynes , ce que Dieu demande d'elles

pour l'accompliiTement de leurs deuoirs,

& la pratique des règles de l'Euangile. On a crû que cette partie de fa Vie

toute traduitte , & tirée de fes Efcrits &

des Hiftoriens de fon temps, feroit com-

\AV LECTEVR.

me dit l'Abbé Geoffroy , vn miroir pur &

fidelle,où l'on verroit reluire les merueil-

leux dons de grâce que Dieu auoit dé- partis à ce grand homme,à qui vn Hifto-

rien qui avefeu prelque de Ton temps,

après auoir rapporté les noms des plus

faints &des plus cxcellens Euefques,qui

rendoient alors l'Eglife Gallicane fleund

fante, a rendu ce glorieux tcfmoignage

Roi. deMou- en peu de lignes. Entre ces Prélats & plu-

te S.Mich.ojn

113?

fieurs autres grands perfonnages , qui alors eflcient

célèbres en doctrine, Bernard \dbbe de Clair-

uaux efloit le plus fameux en fainte , ç£* eclat-

toit auec eminence. il afait beaucoup de miracles,

il prefchoitla parole de Dieu auecvneferueur

extraordinaire, il a fondé plu fieurs abbayes, &

a gagné tant £âmespour le Ciel > que les Mai-

ftres <& les Profejpurs des Lettres & desfoences,

accompagne^d'vn grand nombre d Ecclefiafti-

queSj venoient enfouie des pais les plus éloi-

gne^pour fe ranger fous fa difciplme , tufquÀ

remplir d'ordinaire fa Maifon de Clairuaux de

cent Nouices , qui faifoient profefsion tous en-

femble en vn des lours de Carefme. Aquoy on

peutadjoufter le tefmoignage du Cardi-

nal Baronius , qui a tellement honoré la

mémoire, àc reucré l'efprit &les fenti-

mensde cePere,qu il dit de luy. (feftoitvn

u sj Tom.n. homme véritablement <s4poflohque , ou plutofl

Barm. ann.

*AV LECT EV R.

vn vray^poflre enuoyéde Vu upuijfint en ozu-

ures & en paroles : qui a releuéen tous lieux &

en toutes rencontres fon ^Ipoflolat , par lesprodi-

ges qui fuiuoient ft prédication <&fes di fours : de

forte quà en tugerpimentent 3 on peut dire au il

na eféen rien inférieur auxgrands *4pofkres. il

a fondé durant fi vie mefme 160. Monafleres

en toutes les ^îrouinces de la terre. Mais quelques grandes quayentejléces actions , on les doitefi-

mer petites, en comparaifon de ce quil afait hors de fes ^Abbayes dans les diuerfes Eglifs de la Chrétienté , & principalement pour l'Eglife

Romaine , &pourlefatnt Siège, lia agy en tant

d'occaftons mémorables , ^ aucc vne telle figeffe

&vne telle autorité enuers les Empereurs , les

Roys, çy* les Princes } pour le foulagement de

tous y & pour le falut de ces mefmes V rinces ,

qu'ondoitl'appeller autant l'ornement & l'ap-

puy de toute l'Eglife Catholique , que le fupréme

honneur <& la fuprémefélicité de l'Eglife Galli-

cane. Sa mémoire fera toufiours tres-heureuf, tres-funte , £7* tres-venerable dans l'Eglif , foit

pour le règlement des mœurs & de la aijciplme,

foit pour la condamnation des hérétiques.

Et véritablement il femble que Dieu

a voulu renfermer en ce grand Saint , les diuers dons de fa grâce qu'il a refpandus

dans les autres , & partagez mefme entre

les plus iiluftres Pères de l'Eglife, &: que

,

^iV LECTEVR.

dans la vieillefle du monde il le fie

nailtre, il a comme raflemblé en luy l'ef- prit des anciens Pères , afin que ce diuin

Dodeur, que quelques- vns ont appelle le dernier des Pères , fuft expofé comme

en fpedacle aux yeux de toute l'Eglife

dans les fiecles à venir $ & que l'eminen- cede Ton génie, la fblidité de fa doctri-

ne, laTainteté de fès fentimens & de fa

conduite, l'humilité de fbn cœur, l'ar-

deur de fa pieté , & la diferetion de Ton

zèle , eflant plus proches des fiecles fui-

uans, que ces mefines qualitez excel-

lentes des anciens Pères , feruiflent dans ce dernier âge à effacer lefaux luftre des

faufles vertus , des faufiles conduites,

des faufles deuotions , des faufles pru-

dences , des faux zèles , des faufles lu-

mières , & des faufles dodrines , qui fe

formeroient dans la corruption des der-

niers temps , par l'ignorance aueugle &

prefomptueufedes hérétiques, & par le

refroidiflement de la charité des enfans ôr des Miniftres de l'Eglife Catholique.

Il femble mefme que Dieu a voulu

qu'afin que ce faint Dodeur eufl: plus

d'autorité fur tous les efprits, il reprelen-

taft durant fa vie ce qui a paru presque de

plus eminent dans les quatre Dodeurs

de

\AV LtCT EV R.

de l'EglifêLatineoùilafleury. Car û S.

Ambroife a prefché la Pénitence , non feulement aux peuples, mais aux Grands

de aux Empereurs , S. Bernard ne l'a pas

feulement prefehée aux peuples & aux

perfonnes illuiîres , ce qui luy a fait dire, aue les pécheurs couroient de toutes parts a, UPe-

Bernar. de

nitence, &aremply Clairuaux de grands ""* ». 3^*

Seigneurs , & de deux frères de Roys: idemfer. 1.

mais il en ordonna vne tres-laborieufe m f

au Roy Louis le Ieune , feauoir de pafler

en la Terre-fainte , afin qu'il expiait le

carnage commis dans la grande Eglife de Vitry par ion armée , comme S. Am-

edte '

Henry frerc

<lu

Roy

^^ Vte j

samt //». 3.

broiie en impofa vne de huit

mois à

c i 7 ' l }' n 'p\ e a'Aiphonfe

R°y <feP° r -

l'Empereur Theodofè , afin qu'il obtint

le pardon

du meurtre commis dansThef-

filonique par fes Officiers. Si S . Ambroi- ^ j3«

fe fut enuoyé vers l'Empereur Maxime, Horji.,n Not.

poui l'intereft des Empereurs Romains

& de l'Empire, S. Bernard a efté employé

dans des AmbalTades vers les Empereurs

Lothaire & Conrad , & Roger Roy de

Sicile,pour les affaires de l'Eglife Romain

ne : Et comme deux nobles Perfans atti-

rez par l'éclat de la réputation de ce fa-

meux Archcuefque de Milan, vinrent en

Italie pour le voir, aufli vn tres-illuftre

Prélat , Primat & Régent dans deux

é

\AV LE C T EV R.

Esicile. Vie Royaumes vint du fond de Dannemarc

t, <>. il. ».

& de ^ a Suéde en France pour voir cet

if- Abbé fi célèbre, & dont le nom & la fain- teté eftoient refpandus dans toute l'Eu-

otho.Frif. de

rope.

Si S. Hierofme a eflé appelle l'oracle de

geji. Fr,der. fvniuers , parce qu'il eftoit confulté par

~l.Ber»&ni les Docteurs , les Euefques &les Papes

fyifh. yy^aà mefmes , faint Bernard a efté honoré de

£^5

5«^ cr

à

ce me ^me titre > & Hugues de S. Vi&or

le plus célèbre Théologien de fon ficelé,

ip. 4 i. *<l Suger , auffi fage Miniftre d'Eftat &: Re-

jyTconfJ'er £ ent en Ffance î que pieux Abbé de faint

aâEu^en.

Vufit.

Denis , Henry Archeuefque de Sens, &

le faint Pape Eugène III. (fans parler des

Princes & des Souuerains, &: des autres grands Prélats de la Chreftienté ) eurent recours à fa fuffiiance &: à fès lumières

pour la refolution des poincts de Théo-

logie &: des affaires Ecclefiaftiques , &:

pour la direction du gouuernement

Epifcopal, & de l'autorité Pontificale.

Si fàint Grégoire le Grand a paru ad-

mirable dans les Lettres qu'il a eferites

aux Religieux , aux Euefques , aux Rois & aux Empereurs, où il a fait paroiftre

fon zèle, fafagefTe, &: fa feience : dans

fon Paftoral , il a expliqué tous les

deuoirs des Prélats : & dans fes Com-

>AV

LE CT BV R.

mentaires fur l'Èfcriture, où il a traitté

auec tant de pénétration & d'intelligen-

ce tout ce qui regarde les mœurs & la difcipline du Chriftianiime , que lehui-

tiefme Concile de Tolède a deelaré.

Que pour U Mor.ile Chrejîienne on le peut à stnno 6^. Co " ct

bon droit préférer à

tous les

anciens Pères :

m * ener%

Saint Bernard à fon exemple a conduit

prefque toute lEglife durant fa vie par

fês excellentes Lettres. Il a réglé auec

vne fublimité d'efprit extraordinaire toute l'adminiftration des Religieux, des Pafteurs & des Souuerains Pontifes

dans festraittez & dans Tes Liuresde la

Considération au Pape Eugène, dignes du throfne Romain , 6c où il s'eft com-

me furpalTé luy-mefme : Et il n'a pas ex-

pliqué auec moins de folidité , de fàgeiTe

&[de lumière toute la Moralle de l'E-

uangile