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<a href=Anne-Marie Loffler-Laurian Vulgarisation scientifique : formulation, reformulation, traduction In: Langue française. N°64, 1984. pp. 109-125. Citer ce document / Cite this document : Loffler-Laurian Anne-Marie. Vulgarisation scientifique : formulation, reformulation, traduction. In: Langue française. N°64, 1984. pp. 109-125. doi : 10.3406/lfr.1984.5208 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lfr_0023-8368_1984_num_64_1_5208 " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">

Vulgarisation scientifique : formulation, reformulation, traduction

In: Langue française. N°64, 1984. pp. 109-125.

Citer ce document / Cite this document :

Loffler-Laurian Anne-Marie. Vulgarisation scientifique : formulation, reformulation, traduction. In: Langue française. N°64, 1984. pp. 109-125.

<a href=Anne-Marie Loffler-Laurian Vulgarisation scientifique : formulation, reformulation, traduction In: Langue française. N°64, 1984. pp. 109-125. Citer ce document / Cite this document : Loffler-Laurian Anne-Marie. Vulgarisation scientifique : formulation, reformulation, traduction. In: Langue française. N°64, 1984. pp. 109-125. doi : 10.3406/lfr.1984.5208 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lfr_0023-8368_1984_num_64_1_5208 " id="pdf-obj-0-20" src="pdf-obj-0-20.jpg">

Anne-Marie Loffler-Laurian

CNRS, Paris

CELDA, Paris XIII

VULGARISATION SCIENTIFIQUE :

FORMULATION, REFORMULATION, TRADUCTION

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une
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que

Introduction

—(

...

)

Si tout ça est aussi élémentaire et peu mystérieux, pourquoi

diable utilisez-vous des mots aussi trompeurs? Ce ne sont quand

même pas les journalistes qui ont inventé le terme ď « antimat

ière», mais bien les physiciens! Comment vous indigner, après,

qu'il soit aussi mal compris? (

...

)

Vous prenez de bons vieux mots,

familiers à la bouche et à l'oreille, leur faites subir on ne sait

quelles horribles manipulations conceptuelles et quand, les repé

rant dans votre discours, nous croyons reconnaître de vieux amis,

vous vous gaussez de nous ! Mais ayez au moins l'honnêteté de nous

laisser la langue quotidienne, et inventez vos propres mots! S'ils

nous plaisent et nous les comprenons, nous les utiliserons bien.

( ) ...

« Antimatière

J.-M. Levy-Lebi.ono,

à réflexion L'esprit

», pp. 144-145.

de sel,

La démarche de nomination a probablement été Tune des premières

démarches scientifiques de l'esprit humain. Nommer les objets, c'est les

classer. Les classer selon des traits distinctifs en groupes ou ensembles

organisés, cela signifie structurer ces objets, et par voie de conséquence

structurer le monde auquel ils appartiennent et qui entoure l'individu.

Toute tentative, réussie ou échouée, de classification et de hiérarchisation

est une étape dans la démarche scientifique. L'autre étape essentielle est

constituée par le processus de définition. C'est lui qui permet le consensus

et la diffusion des objets ou notions dénommés.

109

Au commencement, le chercheur scientifique n'a pas dit : « que cela

soit », mais il a dit : « ceci est ». Il a décrit l'existence d'un objet (cf. valeur

de être : exister). Il en a décrit également certaines caractéristiques, et

il

s'est attaché à

étudier

les fonctions des objets.

Objet matériel, objet intellectuel, les modalités d'approche sont sem

blables. Aujourd'hui la science produit des instruments de plus en plus

sophistiqués, de plus en plus précis vers l'infiniment petit comme vers

l'infiniment grand. On peut faire de la macrosémantique ou de la macro

analyse des discours en s'aidant d'un télescope. On peut également faire

de la microstructure orthographique, componentielle, en s'aidant du

microscope à balayage électronique ou d'un programme d'indexation

automatique.

Décrire des phénomènes linguistiques en monolinguisme, c'est un

peu comme observer le ciel à travers un prisme à résultante monochrom

atique.Cela fournit des informations, et permet certaines applications.

Mais il nous semble qu'on pourrait augmenter l'eflFcacité des analyses

en filtrant non plus en monolinguisme mais en plurilinguisme, à savoir

en utilisant une méthode contrastive dans laquelle deux langues inter

viennent.

Le même type d'analyse pourrait être utilisé en contrastant

deux niveaux de langue.

Nous présentons ici quelques traits caractéristiques des discours de

vulgarisation scientifique français analysés par le filtre de la traduction.

Les exemples sont tirés de l'article « The Causes of Color » de Kurt Nassau,

paru dans Scientific American en octobre 1980 (pp. 124-154) et en tr

aduction

française dans Pour la Science en décembre 1980 (pp. 66-81). La

version publiée est une traduction humaine, conventionnelle; nous nous

référons aussi à la traduction automatique de ces deux textes effectuée à

titre expérimental sur SYSTRAN, à Luxembourg en 1982 *.

La reformulation comme phénomène conceptuel

et linguistique

Si l'on admet que l'objet de la science est la description aussi juste

que possible du monde environnant l'homme, et de l'homme lui-même,

alors on conçoit une

science descriptive et explicative, qui, par le tr

uchement

du langage et du graphisme va transformer, « reformuler », les

objets matériels en objets langagiers ou picturaux.

Mais on peut fort bien estimer que le monde environnant ne prend

sa forme connue de nous que par le biais du langage qui nous

sert à

le

décrire.

Notre

« formulation » — mise

en

formules, qu'elles soient

lan

gagières, chimiques ou autrement symboliques — octroie sa « vérité » au

fait,

à

l'objet.

Un objet

ne pourrait être scientifique s'il

n'y avait

des

chercheurs, des ingénieurs, des techniciens, pour le transformer en objet

scientifique.

1. Qu'il nous soit permis de remercier ici les responsables pour le développement et les applications

de la traduction automatique de la Commission des Communautés Européennes qui nous ont permis

cette expérience.

110

En

se plaçant

dans un

cadre plus

large que

le

cadre

strict de

la

langue — auquel nous

reviendrons par la suite — il est possible de penser

que toute science est un phénomène du type « traduction ». En

effet

il

s'agit de traduire d'un langage dans un autre.

La reformulation est un processus permanent du cerveau humain.

L'homme n'apprend, ne s'exprime, et n'agit que sur la base de quantités

innombrables de reformulations successives. Celles-ci lui permettent des

approximations successives qui lui permettront à leur tour d'approcher

une certaine vérité. C'est une certaine image de « vérité » que donne la

science ou le langage scientifique.

L'enfant qui apprend à parler reformule — en imitant aussi mal que

bien — ce que ses parents ou ses éducateurs lui disent. C'est ainsi qu'il

fonde une vision systématique du monde, un embryon de vision scien

tifique.

 

La langue qu'il est en train d'apprendre lui permet de structurer

les objets qui l'entourent. Un même mot va désigner plusieurs choses ou

plusieurs états de la matière, dans une langue (ex. « neige » /v/ { n, n,

n

...

}

en esquimau), et il en faudra plusieurs pour conceptualiser et

désigner ce qui ailleurs ne porte qu'un

nom (ex.

{ crabe, homard, cre

vette

...

}

/v/1 n en hongrois).

C'est

lié à la civilisation.

C'est aussi lié à

la structure que l'on a mentalement incorporée pour décrire les objets

du monde matériel. Il y a eu reformulation d'un

monde langagier.

monde matériel en un

De même, le chercheur scientifique, avant d'acquérir sa propre vision

des objets

qui l'entourent, a

appris à reconnaître celle

des

autres,

à

manipuler celle de ses maîtres. Il a « fait ses classes » dans la pensée de

ses prédécesseurs. Même si l'histoire des sciences n'est plus (ou pas encore)

enseignée, même si elle est considérée comme une discipline historique

ou philosophique plutôt qu'une discipline scientifique, les sciences, leur

enseignement, les méthodes utilisées, sont assises sur les siècles passés.

L'héritage est présent, qu'on le veuille ou non. Chacun des maîtres a été

lui-même formé par un plus ancien, la chaîne est continue. En sciences

comme ailleurs, le génie s'appuie sur les génies du passé. L'innovateur

s'appuie sur les innovations, et les méthodologies d'innovation, du passé,

que ce soit par imitation ou par réaction.

La science, alors même qu'elle semble créer son propre langage, est

toujours définissable par rapport à une antériorité. Aussi la formulation

n'est-elle, d'une certaine façon, que reformulation. Celle-ci est directe,

indirecte, coaxiale, ou inversée; elle est parallèle ou sécante, tangente ou

perpendiculaire

...

,

mais toujours inscrite dans une continuité.

La dénomination d'un nouveau minéral découvert se fonde sur des

critères ou des moyens préexistants : d'après le nom du découvreur,

d'après le lieu de la découverte, d'après la composition chimique, par

exemple. La formulation de la structure chimique ou des caractéristiques

optiques de ce nouveau minéral se fonde sur les acquis de la chimie, de

l'optique, de la physique. Entre le symbolisme chimique (formule concise

ou graphisme à deux dimensions) et le développement linguistique de

cette même

formule,

il

y

a

un

rapport de traduction

entre langage de

spécialistes et langage destiné à des profanes ou à des apprenants.

111

C'est une traduction monolingue du type du passage du texte spé

cialisé

au texte vulgarisé, pour autant que ces deux textes puissent comport

erla même information, un message identique. A notre sens, entre le

spécialisé et le vulgarisé

il

y

a

un « traduttore-tradittore » comme il y

en a un entre la

langue Ll

et

la

langue L2.

Tandis qu'entre la formule

et son expression complète,

il

y

a

une

relation

de niveau

de langue

à

niveau de langue (semblable à la relation entre métro et métropolitain,

entre ciné et cinéma, ou entre un jambon beurre et un sandwich au jambon

sur pain beurré).

Reformuler une donnée, c'est en quelque sorte se l'approprier. On

ne connaît bien un objet mécanique que si l'on sait le démonter et le

remonter.

On

ne

possède bien

que ce que l'on

sait exprimer avec ses

propres mots, dans son propre langage. C'est ainsi que la vulgarisation

scientifique livre à l'appropriation du lecteur des objets de connaissance

qu'il lui faut reformuler.

La reformulation manifeste une conceptualisation seconde. En ce

sens, les formulations-reformulations, comme les formulations-traduct

ions,

permettent d'observer un jeu de variations. Les observations li

nguistiques

caractérisent des

discours

où le

factuel domine mais où

le

linguistique est obligatoire.

L'article paru dans Scientific American sous le titre

« The

causes of

color » et dans Pour la

Science sous le

titre « L'origine

de

la

couleur »

est exemplaire de la manière dont les thèmes sont abordés. Les diffé

rences,

qui

ne tiennent pas

seulement aux contraintes de l'anglais ou

aux contraintes du français, manifestent soit une

« échappée »

du

tra

ducteur,

soit son

obéissance à des règles ou des usages bien ancrés.

Mettre en contraste les deux textes permet d'apporter un éclairage

nouveau sur les particularités du français. De plus, la traduction auto

matique donne à réfléchir sur le caractère nécessaire ou aléatoire des

formulations.

Traduction-reformulation du titre

Le titre anglais et le titre français diffèrent sensiblement : The causes

of color /v/ L'origine de la couleur. On voit le lien conceptuel entre origine

et causes : un cheminement vers l'antériorité des phénomènes. Mais tan

dis que causes semble rester très près (temporellement) du phénomène,

origine semble s'en éloigner davantage : on remonte davantage dans le

temps avec ce terme.

Causes évoque un moteur, un déclencheur, alors

qu'origine renvoie à une chaîne. Le traducteur n'a pas donné causes en

français d'une part certainement parce que cela lui aurait paru un calque

- et les calques sont déontologiquement interdits -, et d'autre part sûre

ment

parce que cela

aurait semblé un peu léger pour un contenu scien

tifique.

Il

est

en

effet admis qu'on

ne cherche pas

le

« pourquoi »

des

choses mais leur « comment ». Or, le « pourquoi » renvoie à la cause, le

« comment »

renvoie à

l'origine. Ainsi le titre

français apparaît-il plus

profond que le titre anglais.

112

La traduction automatique donne : « Les causes de la couleur. » C'est

une traduction exacte et correcte. Mais par la valeur du lexeme, ainsi

que par le pluriel (qui ôte un effet généralisant et globalisant), elle semble

moins « scientifique » que la traduction humaine.

Formulation de présentation et de définition

En vulgarisation scientifique, peut-être encore plus qu'ailleurs, l'au

teur tient compte de son lectorat, et s'il n'en tient pas compte, le rédacteur

en chef

de

la

revue

où l'article

doit paraître

en tiendra compte. Ceci

signifie que les articles commencent en général par un exposé des notions

fondamentales du domaine scientifique concerné, un rappel des princi

pales définitions de concepts utibs à la compréhension du contenu de

l'article 2.

Dans les articles d'autres niveaux 3 de spécialité que la vulgarisation

scientifique, en particulier aux niveaux de haute spécialité ou au niveau

didactique, les définitions sont également posées d'entrée de jeu. Dans

les discours de type académique, cela est courant aussi, parce qu'il existe

une tendance à s'approcher du style spécialisé ou du style didactique. Au

niveau des textes de type administratif, il semble, au contraire, que cela

soit assez

mal compris par le lecteur qui a l'impression qu'on

le prend

pour un ignorant, ce qu'il ne peut pas être, ne serait-ce que par obligation

professionnelle.

La présentation des notions

ou

des

termes

de spécialité

se fait en

général au moyen de définitions. Nous avons dans notre article typolo

gique paru dans les Études de Linguistique appliqué, n° 51, dressé un

tableau des différents types de définitions utilisées dans les discours scien

tifiques.

Nous en rappelons ici les grandes lignes 4.

1. La dénomination est une formulation double où deux éléments

sont

linguistiquement mis côte à

côte

et

l'un des éléments

apporte

un supplément d'information par rapport à l'autre — quel que soit l'ordre

dans lequel ils apparaissent. La dénomination passe par les verbes de la

catégorie

« appeler » :

appeler,

désigner, dénommer, dire, etc. L'un

des

éléments est souvent en italiques ou entre guillemets. Des mots d'emprunt

à d'autres langues que le français peuvent être traduits.

Ex. Cette phase d'initialisation s'appelle le « bootstrap » (ou « chausse-pied »).

(dans Les Sciences, encyclopédie alpha, n°" 182-183, sept. 1977.)

Nous tiendrons compte de ces particularités en dénommant l'axe et

2.

Compréhension technique bien entendu, et non compréhension idéologique ou politique : on

fait comme si l'article scientifique n'avait pour vocation que la transmission ou la diffusion des connais

sances et non l'ambition de placer son auteur, ou les théories exposées par l'auteur dans une problé

matique

plus générale, dans un ensemble en lutte, avec des visées précises que seuls ceux qui connaissent

Cf. typologie des niveaux de discours scientifiques dans notre article : * Typologie des discours

Notons que cette typologie a été appliquée par Françoise Algardy dans son rapport d'étude

déjà la question pourront sentir ou saisir.

3.

scientifiques, deux approches», dans Études de Linguistique appliquée, n° 51, sept. 1983.

4.

« Définitions et problèmes de définitions dans un discours de vulgarisation scientifique » pour le musée

des Sciences et des Techniques de La Villette, mars 1984.

113

son plan normal

respectivement axe et plan

ď « association » (in Claude

Goux, « Étude de la structure et des propriétés des joints de grains à l'aide

des bicristaux orientés en aluminium pur », dans Mémoires scientifiques

Revue de Métallurgie, LVIII, n° 9, 1961).

  • 2. Inequivalence est établie en général par le verbe dit copule être.

Certains signes

de ponctuation tels

peuvent jouer le même rôle.

la parenthèse

ou

les deux

points

Ex.

Les macles d'indices

faibles sont des bicristaux dont aucun angle

de

désorientation n'est petit (Cl. Goux, idem).

(

...

)l'union

au hasard des individus (panmixie), l'union d'individus appa

rentés (consanguinité), l'union d'individus qui se ressemblent (homogamie)

n° 120, Jean-Michel

(dans

sept. 1977). Goux, « Gènes et population », Science et Vie, hors série,

Un jeu

de verbes

est possible,

dans

la

catégorie

de

« être » :

être

considéré comme, consister en/à, sans mentionner sembler et paraître qui,

de fait, sont peu employés dans les discours scientifiques. (On affirme des

données, des théories, voire des hypothèses qui, le temps de la démonst

ration, sont considérées comme vérités.)

  • 3. La caractérisation est aussi une forme de description ou de défi

nition. Elle peut apparaître sous la forme d'adjectivations nominales -

adjectifs ou propositions relatives —, parfois sous la forme de complé

mentations d'énoncé (il y a peu d'adjectivations verbales dans les discours

scientifiques).

Ex. (

...

)

un réseau С (dit à bases centrées) dont la maille définie précédem

menta les faces (a, b) centrées. (P. Bariand, F. Cesbron, J. Geoffroy, Les

Minéraux, t. 1, éd. Minéraux et Fossiles, 1977).

Un axe est d'ordre q si l'angle de rotation est égal à 2 71 /q.

(idem).

Les formulations de type « on dit que

...

si (et

seulement si

...

)

»

ou

« X est dit

...

si

...

» sont à la fois définitoires et caractérisantes et l'on peut

estimer que la caractéristique attribuée à

l'objet fait partie de sa

défi

nition.

Ces caractéristiques peuvent également apparaître en phrases isolées,

indépendantes : un premier énoncé indique une caractéristique, un second

énoncé indique de quel objet il s'agit.

  • 4. L'analyse en éléments plus petits permet aussi la description d'un

objet. Sa présentation, sa définition, passent par sa décomposition

éléments.

en

Ex. Un bicristal est composé de deux individus cristallins Cl et C2 de même

nature, accolés suivant une face que nous supposerons toujours plane, (dans

Cl. Goux, idem).

Ce type de définition analytique peut se présenter de façon inversée :

114

Ex. Au total, 5 paramètres sont nécessaires pour définir les positions relatives

des réseaux dans un bicristal. (idem).

Être constitué de, se composer de,

...

sont les formulations

caracté

 

ristiques

de ce groupe de définitions. Elles se trouvent beaucoup dans les

discours pédagogiques.

 

5.

Enfin, dernier cas type, la présentation d'un

objet se fait par

le

moyen de sa fonction, de la finalité ou de l'usage de l'objet.

Ex.

(

)

en 1980 Edouard Branly découvre le « cohéreur » permettant de

détecter ces ondes électromagnétiques, (dans Les Sciences, encyclopédie alpha,

idem).

Peut-on estimer que la définition participe

présentation ou de la reformulation?

de la formulation

de

En donnant une définition,

on pose

une

identité

entre le défini et

le définissant.

La différence entre les deux termes est dans l'image que

l'auteur se fait du lecteur. Ce que l'on a besoin de définir n'est pas clair

ou connu pour le lecteur. Celui-ci a besoin d'une définition pour concept

ualiser ce qui est défini. Sinon, il se trouve face à un mot vide. La

définition emplit ce vide, comme la présentation d'une personne,

en

donnant son nom, sa profession, sa fonction, etc., de façon plus ou moins

détaillée selon qu'on se trouve dans une soirée mondaine ou dans un

roman psychologique, permet de préciser l'idée qu'on a de cette personne,

ou de combler un manque. Dans cette situation, les mots de présentation

tentent de formuler un concentré de caractéristiques utiles. De même,

la présentation ou définition

de

notions ou

d'objets

en début d'article

scientifique donne ce que l'auteur pense être utile au lecteur pour engager

une

« conversation » avec

lui.

Il s'agit d'établir les bases d'un terrain

commun entre les interlocuteurs ou entre l'auteur et le lecteur.

Ce terrain commun, de fait, est fondé sur une illusion : l'illusion

qu'on peut, en science, réexprimer les choses de plusieurs façons diffé

rentes.

Ce n'est pas le cas. Les données scientifiques sont élaborées dans

un langage unique, qui leur est adapté, qui souvent est créé pour le

domaine même. Toute reformulation écarte le message de sa signification

première.

Pourtant ce langage propre n'est pas un code secret. C'est même ce

qui donne l'espoir de pénétrer le code par une traduction en langage

commun. Cette traduction est possible, dans une certaine mesure, en

vulgarisation, en didactique.

Tout comme la traduction de Proust en anglais n'est pas du Proust

et celle de Joyce en

français n'est pas du Joyce, la

transformation d'un

message spécialisé en message vulgarisé n'opère pas une transformation

d'un objet en lui-même. Cela produit quelque chose d'approchant, de

parfois même assez ressemblant, pouvant donner ou fournir des info

rmations ponctuelles identiques (p. ex. les informations chiffrées, en elles-

mêmes toujours identiques,

...

mais au fond, tirées de leur contexte-source),

ces informations ont-elles toujours la même portée?

115

Dans ces conditions, la traduction de langue à langue produit-elle

une information scientifique comparable? identique? équivalente?

Les formulations en langue 1 et en langue 2 s'appuient-elles sur les

mêmes procédés linguistiques dans les mêmes situations? La présentation

est-elle analogue en anglais et en français?

Si les procédés linguistiques sont différents, est-ce que cela dénote

une différence profonde dans la manière d'appréhender les objets? ou

bien est-ce dû à des contraintes linguistiques? Ces contraintes sont-elles

au niveau de la langue ou du discours? au niveau du type de discours?

En paraphrasant notre corpus, disons qu'il ne sera pas répondu à

toutes ces questions. Sera présentée ci-dessous une analyse des premières

phrases d'un article de vulgarisation scientifique, ces phrases portant le

contenu défmitoire de base des concepts sur la couleur des gemmes. La

méthode contrastive fait apparaître des divergences majeures en ce qui

concerne :

— la nominalisation (plus importante en français),

— la dépersonnalisation/repersonnalisation de l'énoncé, (du passif, forme

non personnelle, plus important en anglais, aux formes semi-personn

elles

en on, il c(e)

et personnelles

avec sujet nous),

— la formulation

et l'ordre des constituants dans la phrase (actance ou

circonstance, et place des circonstants),

— les relateurs logiques (ajout d'éléments logiques en français), leur posi

tion dans la phrase.

Formulation du thème de Particle

Comment commence un article de vulgarisation scientifique?

Fondamentalement, les types d'entrées en matière sont :

— la référence à des travaux antérieurs et la situation dans une continuité;

— la référence à quelque nouvelle découverte, qui pousse l'auteur à fournir

au lecteur un approfondissement de la matière;

— la

référence à

une situation externe,

non

scientifique, et à laquelle

l'auteur va fournir un arrière-plan scientifique permettant au lecteur

de mieux apprécier cette situation;

— la « question

vive » comme disent les promoteurs de la nouvelle Encyc

lopédie,

le thème qui

« questionne » le lecteur potentiel.

L'article de Kurt Nassau introduit son sujet par des questions directes

au lecteur :

What makes the ruby red? Why is the emerald green?

ce qui dans la version française donne :

Pourquoi le rubis est-il rouge et Témeraude verte?

L'anglais dissocie deux questions, le français les réunit en une seule.

La brièveté des questions anglaises rend renonciation plus percutante.

116

Il semble que renonciation scientifique française soit incompatible avec

des appels

science.

au

lecteur trop nets, l'emphase

n'est pas

du

registre de la

Pourtant il est fait un effort en direction du lecteur, ce qui explique

la question introductive du texte français, mais un effort minimal. C'est

au lecteur de fournir un effort pour « entrer en science », pour apprendre.

On notera au passage une maladresse dans la formulation française

publiée : le second segment « et l'émeraude verte » sous-entend « est-il »

copule du premier segment non reprise.

Mais

l'émeraude, ce qui

crée un effet désagréable 5.

« il »

ne convient

pas à

La traduction automatique, dans sa version brute, « colle » au texte

source :

Qui rend le rubis rouge? Pourquoi Témeraude est-elle verte?

Il aurait

suffi d'ajouter

« Qu'est-ce »

en

début de phrase pour

avoir une

traduction correcte. Ici aucune contrainte de langue ou d'usage n'obligeait

le traducteur à donner une seule phrase à partir de deux phrases du

texte source.

Présentation de notions simples

La deuxième phrase du texte inverse l'ordre des énoncés entre l'an

glais

et le

français 6 :

  • (E) On the most superficial level these questions can be given simple ans wers.

  • (F) On peut répondre simplement à cette question en se plaçant au niveau le plus élémentaire : (

...

).

Ici encore le traducteur français amalgame deux phrases du texte

de départ pour n'en faire qu'une à l'arrivée, en les coordonnant par un

signe de ponctuation : les deux points.

Pour introduire l'élément « répondre simplement à cette question »,

diverses formulations auraient été possibles :

— voix inverse ou passif :

des réponses simples peuvent être données à cette question;

5. On a essayé, dans l'analyse qui suit, de décrire des phénomènes langagiers ou discursifs en

évitant de porter des jugements qualitatifs. Il est cependant évident qu'on doit souvent évaluer la qualité

d'une formulation. Afin de ne pas évaluer en fonction de critères subjectifs d'appréciation stylistiques,

on s'appuie sur un certain nombre de critères dans lesquels la situation de communication prime. Ces

critères ne sont pas explicités ici car ils ont fait l'objet ď tutres exposés. Cf. « Notion de faute et linguistique

contrastive aujourd'hui », dans Bull, de Terminologie de la CEE, Luxembourg, avril 1983; • Informatique,

traduction et enseignement des langues », à paraître ; « L'anglais une langue de travail parmi d'autres »,

coll. GEPE, Strasbourg, mai 1984; «Traduction automatique et périphérique: évaluation, post-édition

attitudes, formation », Contrastes, hors série A4, 1984.

6.

On notera par (E) le texte source, (F) la traduction en français, (E — F) la traduction brute par

Systran de l'anglais en français.

117

— inversion sémantique dans un lexeme :

ces questions peuvent recevoir des réponses simples;

— formulation impersonnelle — avec « sujet » morphologique, à séman-

tisme quasi nul :

il est possible de répondre simplement à ces questions

il est possible de donner des réponses simples à ces questions

Le traducteur choisit :

— formulation semi-dépersonnalisée en « on » 7 :

on peut répondre simplement à cette question.

Le discours français met en tête de phrase Faction de répondre, le

discours anglais met en tête de phrase un modalisateur de cette action :

On the most superficial level. On a l'impression d'un jeu de compensation :

—en anglais : l'attaque

« droit

questions brèves posées en

au

but », brutale

du texte, dans

les deux

début de paragraphe, est compensée par

l'allongement de la deuxième phrase, ainsi que par sa construction avec

circonstant en tête et noyau en seconde place;

— en français

: l'auteur est mis en avant, en tête de phrase, sous la forme

déguisée du « on » qui le dépersonnalise, mais sur la signification duquel

personne ne se méprend. Ce « on » qui va répondre simplement c'est,

bien évidemment, formellement, l'auteur. Pourtant ce n'est pas, du

point de

vue du

sens, l'auteur. En effet,

il va critiquer ou compléter

les réponses trop simples, trop superficielles ou élémentaires que les

autres chercheurs ou les autres auteurs ont données par ailleurs. C'est

donc ici un « on » =

{ les autres + moi } .

La complémentation prend un aspect légèrement différent en fran

çais et en anglais :

— en anglais

:

-en français:

On the most superficial level

( ) ...

(

...

)

en se plaçant au niveau le plus élémentaire (

...

)

Outre l'ajout du verbe en

français, on note la

différence lexicale :

superficial et « élémentaire ». Est-ce la même notion qui est exprimée par

ces deux vocables? Alors que le superficiel évoque ce qui est à la surface,

au-dessus, l'élémentaire évoque ce qui est premier, à la base, à la fois

simple et fondamental (cf. les notions élémentaires d'électricité par

exemple, ou la classe de mathématiques élémentaires). Les éléments sont

des parties constitutives, la superficie c'est un lieu privilégié où s'exercent

des forces, des déformations, etc. En linguistique : l'analyse en éléments

ne donne pas la structure de surface

...

n'a rien de superficiel.

et la grammaire élémentaire donc,

7. Pour la notion de dépersonnalisation, voir notre article « L'expression du locuteur dans les

discours scientifiques :je, nous et on dans quelques textes de physique et de chimie hautement spécialisés »

dans la Revue de Linguistique romane, n°* 173-174, janvier-juin 1980.

118

Que donne la traduction automatique?

(E - F)

Sur le niveau le plus superficiel, ces questions peuvent être données

des réponses simples.

Une post-édition rapide permettrait de rendre correcte la phrase

française, en ajoutant « à » après la

qui donnerait :

virgule, en changeant

sur en au, ce

Au niveau le plus superficiel, à ces questions peuvent être données des

réponses simples.

La quatrième phrase du texte original est :

  • (E) When white light passes through a ruby, it emerges with a dispropor tionateshare of longer wavelengths, which the eye recognizes as red.

Elle devient, dans la publication française :

  • (F) ...

(

)

lorsque la lumière blanche traverse un rubis, elle en ressort avec

une forte proportion d'ondes de grande longueur d'onde,

que

l'œil

 

perçoit rouge.

Les structures d'ensemble sont ici les mêmes en anglais et en fran

çais. On ne relève que l'apparente équivalence posée entre recognizes et

« perçoit ».

Sur

le

plan

formel, cela

ne

change

rien, mais

sur

le

plan

sémique,

entre

« reconnaître »

et

« percevoir »,

il

nous

semble que

to

recognize suppose d'avoir déjà vu, pose une référence explicite à un savoir

antérieur, alors que « percevoir » se place au niveau le plus immédiat des

capacités humaines — sensorielles ou intellectuelles.

Le connu sensoriel (observé) et le connu intellectuel (calculé) sont

souvent dans la problématique du discours scientifique. On en a ici une

manifestation.

La traduction automatique donne :

(E - F)

Quand la lumière blanche traverse un rubis, elle émerge avec une

part de disproportionate de plus longues longueurs d'onde, que l'œil

reconnaît comme rouge.

En allant de l'anglais vers le français, un mot n'est pas traduit : il

était absent du dictionnaire. (Cela ne doit pas étonner : il y a des lacunes,

il y en aura toujours, au fur et à mesure que le nombre et la variété des

domaines traités par la machine augmenteront, le vocabulaire à la fois

s'enrichira et fera apparaître de nouvelles lacunes.)

Si l'on post-édite en remplaçant disproportionate par « importante »,

« longues »

par

« grandes »,

et

si

l'on

ajoute « ondes » pour la clarté, on

obtient :

119

Quand

la lumière blanche traverse un

rubis,

elle

émerge avec une

part

importante d'ondes de plus grandes longueurs d'onde, que l'œil reconnaît

comme rouge.

Avec ces trois modifications mineures, rapides à effectuer, on obtient

une phrase correcte et exacte quant au contenu en français.

Le texte se poursuit

ainsi :

  • (E) Light passing through an emerald acquires a different distribution of

wavelengths, which are perceived as green.
(F)

Lorsque la lumière traverse une émeraude, la répartition des longueurs

d'onde dans la lumière émergente est différente, et l'œil la voit verte.

En anglais

comme l'aurait

« passing

...

» a

une fonction d'adjectivation sur « light »,

en

français :

« la

lumière passant à

travers

...

»

et

on

a

une unité jusqu'à wavelength, suivie d'une adjectivation en forme d'énoncé.

Le traducteur français a choisi d'en faire trois énoncés : une complé

mentation

(conjonctive) dans la première partie, et une coordonnée pour

la deuxième partie.

Le français

semble répondre

à

un besoin

d'établir des

hiérarchiques dans la phrase par un jeu de subordonnants et

donnants.

relations

de coor

  • (E) This explanation satisfying.

of color

is correct

as

far as

it

goes,

but

is

hardly

La traduction brute par Systran donne :

(E — F)

Cette explication de la couleur est correcte autant qu'elle aille, mais

elle satisfait à peine.

Il

est évident

que

c'est

la

formulation dite idiomatique

« as

far

as

it goes » qui fait problème. Le traducteur français l'oublie entièrement :

  • (F) Cette explication de la couleur est correcte, mais on peut difficilement s'en contenter.

Ici encore, le traducteur français rétablit un sujet. Pour dépersonn

aliséqu'il soit, c'est quand même un sujet qui permet une construction

verbale en voix active. L'anglais ne donne aucune indication sur l'actance

de satisfying. On peut supposer que le sujet sémique est l'auteur lui-

même, pour introduire

poursuivre sa lecture.

son article

— et

le

lecteur,

dans son

désir

de

  • (E) What is missing is some understanding of how matter alters the compos

ition of the light it transmits or reflects.

  • (F) II faudrait aussi comprendre comment la matière modifie la composition de la lumière qu'elle transmet ou qu'elle réfléchit.

120

A la formulation au sémantisme fortement négatif de l'anglais (mis

sing) correspond dans la traduction française une formulation positive,

tournée vers le futur : « II faudrait aussi. » Temporellement, ce qu'il faut

découle de la constatation

de

ce

qui

manque

(le manque est antérieur

au falloir, même si étymologiquement ces deux lexemes sont synonymes).

La réponse

fournira de quoi combler

le déficit.

En

ce

sens

ces deux

phrases sont équivalentes en tant que

message-stimulus — et pour un

traducteur, c'est ce qui

importe.

Mais

pour

le linguiste,

ce

sont

les

contrastes qui informent.

  • (E) Ruby and

emerald both derive their

color

from the

same

impurity

element : (

...

)

  • (F) la

Cest

même impureté qui

confère au rubis

et

à

l'émeraude leur

couleur : (

...

)

Ici encore, comme précédemment, l'ordre de présentation de l'i

nformation

dans

la phrase

est

inversé au

passage de l'anglais

vers

le

français. Le français utilise la formulation de présentation

par

c'est

dépersonnalisée, formulation de mise en relief ou d'emphase qui permet

d'attirer l'attention sur l'élément premier dans la chaîne. Le traducteur

français pose comme information nouvelle l'identité des impuretés, alors

que l'auteur anglais traite de la couleur en apport d'information et

l'impureté n'apparaît que comme causalité, en circonstant. Ce phénomène

de thématisation du français est caractéristique.

Que donne la traduction automatique?

(E - F)

Le rubis et l'émeraude tous les deux dérivent leur couleur du même

élément d'impureté ( ) ...

Une légère post-édition aurait permis d'avoir :

Le rubis et l'émeraude tirent tous deux leur couleur du même élément

d'impureté.

(

)

le plan

  • (E) Why then do they differ so dramatically in color?
    (F)

Sur

pourquoi ces couleurs sont-elles alors si différentes?

de la ponctuation, tandis que l'anglais utilise les deux

points dans une phrase, et pourtant commence l'interrogation avec une

majuscule, le français considère que les deux points sont internes à la

phrase et poursuit par une minuscule.

L'aspect « affectif » — appel au lecteur - est fort

en anglais et plus

effacé en français : dramatically / « si ».

L'énoncé anglais verbalise : differ, alors que l'énoncé français nomi-

nalise : « sont différentes ».

L'effet de ces différences de présentation est un centrage différent

de l'attention du lecteur d'un texte à l'autre : l'anglais attire l'attention

davantage sur le dynamisme de la différenciation des couleurs, le français

l'attire davantage sur les résultats en tant qu'éléments statiques.

121

Présentation du point de vue de l'auteur

Au deuxième paragraphe du texte, l'auteur se met en scène :

  • (E) An informai classification I shall adopt here has some 14 categories of causes, (

...

)

(F) Dans

la classification informelle que nous adopterons

14 catégories de causes premières ( ) ...

ici,

il

y

a

On constate immédiatement le passage du / anglais au « nous »

français. Contrainte de récriture scientifique française? Depuis quelque

temps les chercheurs français utilisent également le « je » mais il semble

d'une part que ce soit sous l'influence anglo-saxonne et d'autre part que

ce soit seulement à un niveau de spécialisation très avancé. Le traducteur

a estimé que la vulgarisation scientifique dans cette revue ne supporterait

pas un tel degré de personnalisation.

L'actance est aussi modifiée. Une traduction littérale aurait été pos

sible

:

La classification informelle que j'adopterai ici contient (/v/ présente)

14 catégories de causes.

Encore une

fois

il

y

a

thématisation d'un

élément

en

français :

« 14 catégories », et le reste apparaît en complémentation : « Dans

...

». La

thématisation est particulièrement évidente ici avec l'emploi du présen

tateur « il y a », tout aussi dépersonnalisé que le présentateur « c'est » vu

précédemment.

On

a

l'élément

minimal qui

construire une phrase non verbale, non active.

permet en français de

On

n'est pas

loin

de

« voici/voilà », originellement également verbaux (« vois ici/vois là »,

impératifs) figés actuellement pour ne servir qu'à introduire des énoncés

nominaux.

  • (E) With one exception, however, the mechanisms

common : (

...

)

have an element

in

  • (F) Cependant tous ces mécanismes, à l'exception d'un seul, ont un élément en

commun : (

...

)

De nouveau, il y a inversion de l'ordre des informations. Le résultat

en est qu'on peut se demander sur quoi porte réellement however/* cepen

dant» : son incidence change

entre l'anglais et le français. Mais un tel

changement est-il une erreur? Est-ce une modification de signification?

Dans les discours scientifiques de vulgarisation il est parfois peu adéquat

de s'attacher à la

lettre ...

  • (E) Such interactions have been a central preoccupation of physics ( ) ...

  • (F) Ces interactions ont été au centre des préoccupations de la physique ( ) ...

122

« Au centre » / a central

...

ce qui est actant en anglais.

: ici encore le français place en circonstant

  • (E) these matters will not be taken up in detail here.
    (F)

(

(

)

)

Nous ne nous attarderons pas ici sur cet aspect du problème.

On remarque immédiatement le passage de la voix inverse ou passive

de l'anglais à la voix active en français, avec ajout d'un pronom personnel.

Mais la personnalisation du texte n'est pas entière : ce « nous » est d'une

certaine façon une variante d'indéfini,

il

est

ambigu :

« nous » =

{ moi

auteur} ou

{moi auteur + vous lecteurs} 8.

Par ailleurs le français utilise une formulation dite stéréotypée — en

face d'un anglais

tout aussi stéréotypé. Ce qui donne à penser que ce

n'est pas la correspondance énoncé à énoncé qui est importante ici, mais

le message véhiculé comme un tout qui se moule dans chaque langue

selon les contraintes d'usage de cette langue.

  • (E) perceived color is merely the eye's measure and the brain's inter

(

...

)

pretation

of the dominant wavelength or frequency or energy of a light

wave.

  • (F) la couleur perçue résulte d'une « mesure » effectuée par l'œil

(

...

)

l'interprétation par le cerveau

de cette mesure : celui-ci ne

et de

« retient »

que

la longueur

d'onde dominante ou,

fréquence ou l'énergie dominante.

ce

qui

revient au

même, la

Le traducteur rend l'anglais

is

par

« résulte » qui, sémiquement,

ajoute un lien logique dans renonciation. L'ajout de « effectuée » apporte

une précision que la simple forme possessive de l'anglais n'avait pas 9.

Plus loin, le découpage

en deux énoncés par

les deux points ajoute

aussi un élément logique à la phrase. Au lieu de former un bloc, un

ensemble, le français dissocie l'information en sous-blocs qui s'articulent

les uns sur les autres de façon à donner l'impression d'un enchaînement

déductif.

Le traducteur

ajoute un élément d'appréciation

par

« ou,

ce

qui

revient au même ».

L'impression qui en résulte est une plus forte struc

turation

de la phrase.

Un autre ajout du traducteur est plus intéressant pour ce qui concerne

la présentation des notions : les guillemets sur « mesure » et sur « retient ».

Le traducteur français a-t-il craint de choquer le lecteur français? Il

prend en tout cas

de la distance

par rapport au texte. Avec le deuxième

terme,

il

s'agit en fait d'un mot ajouté par lui.

Tout se passe comme

si

le traducteur

avait éprouvé une certaine gêne

dans

cette phrase.

Le

traducteur allonge, ajoute des vocables, et en même temps hésite à entrer

vraiment dans le jeu de l'auteur.

Notons encore, pour terminer, une présentation de l'hypothèse théo-

8.

9.

Cf. article cité ci-dessus « L'expression du locuteur

...

»

Quoique ce verbe soit en français très léger sémiquement, quasi synonyme de « faire », cf. notre

article « Foire et ses quasi-synonymes dans les discours scientifiques », dans Éludes de Linguistique

appliquée, n° 51, sept. 1983.

123

rique avec modalisateur en anglais, et présentation de cette hypothèse

comme un fait en français :

(E)

(F)

(

...

)

it must emit radiation that will carry off the difference in energy

between the two levels.

(

...

)

respondant

il émet un rayonnement qui transporte exactement l'énergie cor

à la différence d'énergie entre les deux niveaux.

Conclusion

La vulgarisation scientifique est une reformulation par un chercheur

ou un enseignant scientifique lui-même, ou par un journaliste dit scien

tifique

(l'adjectif n'a pas la même incidence dans les deux cas).

La vulgarisation est un effort pour mettre au maximum en discours

ce qui « naturellement » est en chiffres et en symboles. Les encadrés,

dans les articles de revues de vulgarisation de haut niveau, rappellent

souvent ce fait : ce sont des éléments de textes sources, ou des discours

formulés pour ceux qui préfèrent aller droit aux données.

A l'opposé des encadrés, les définitions ou éléments définitionnels

contenus dans les textes rappellent que la vulgarisation est aussi dirigée

vers un grand public à qui on doit des explications. Celles-ci ne peuvent

s'appuyer que sur des notions fondamentales qui ne sont pas toujours

connues. Les définitions fournissent cette base indispensable à la lecture

et à

la

compréhension des textes par

le public visé.

La traduction est une seconde reformulation par rapport à un ori

ginal. En ce sens elle fonctionne de façon similaire à la vulgarisation.

Dans un cas comme dans l'autre,

l'objectif est de permettre à un public

plus vaste d'avoir accès à l'information scientifique. Pour faciliter cet

accès, on doit lever certaines barrières qui sont d'ordre « technique »

(intellectuel, barrière des connaissances), ou d'ordre linguistique (langue

originale inconnue du lecteur potentiel). La reformulation est une méthode

utile pour

lever

ces

barrières : elle

adapte le texte au langage ou à la

langue connue du lecteur.

 
 

On constate dans la formulation française par rapport à l'anglais :

-

une tendance à la nominalisation

et

à

la thématisation dans la

fo

rmulation

de présentation des notions introduites par le texte,

-

une tendance à repersonnaliser l'énoncé en passant d'une voix inverse

à

une

voix

active, bien

que

la personnalisation ne soit pas totale en

-

français,

une tendance à la circonstancialisation qui semble contraire à la thé

matisation

mais qui, en fait, est complémentaire,

 

-

une tendance à ajouter des éléments de type logique (par le choix lexical

ou par les relateurs).

Chaque discours s'adapte non seulement aux contraintes mais aussi

aux usages et aux modes de pensée de chaque groupe linguistique. La

reformulation, en ce sens, est une nécessité. S'il

peut

y avoir

perte ou

déformation d'information dans ce processus, c'est un « mal nécessaire ».

124

La traduction rejoint le texte source ou s'en éloigne selon qu'elle « colle »

au texte plus ou moins.

Les traducteurs ont des mouvements d'hésitation qui les portent

soit

à coller

de très près — le contenu

est

en

science en général

alors

bien présent, mais la

forme risque d'étonner —, soit à s'en éloigner — et

alors tous les risques de déformation par reformulation apparaissent.

La traduction

automatique est un moyen

qui permet de

suivre le

texte pas à pas. C'est un moyen d'assurer le contenu informationnel, de

garantir une exactitude ainsi qu'une conformité à la source.

Personne n'est créateur ex nihilo en science : ni l'auteur de l'article

primaire qui doit coller à la réalité de l'observation, de l'expérimentation,

de la théorie, ni le vulgarisateur, que ce soit le même, un disciple, un

adversaire

ou un journaliste.

Aucun ne peut manipuler le langage à

sa

propre guise.

La méthode de mise en contraste permet d'éclairer les activités de

chacun

par les activités de l'autre. C'est

un éclairage de biais.

Comme

sur les murs mal tapissés, l'éclairage latéral fait ressortir les bosses, les

poches d'air

sous le papier, les défauts; l'éclairage

latéral donné par la

traduction permet de mieux voir les caractéristiques des différents dis

cours.

N.B. Après s'être cantonnée aux revues spécialisées dans le domaine du

traitement de l'information ou dans celui de la traduction, la traduction

automatique devient un thème d'articles de vulgarisation scientifique

destinée à un très vaste public : la revue Pour la Science publie dans son

n° 80, juin 1984, pp. 8-9-10 des extraits de la traduction anglais-français

et français-anglais

de l'article

« The causes

of color »/« L'origine de

la

couleur » étudié ci-dessus, traduction brute réalisée par le système Systran

développé à Luxembourg.

Cet ouvrage a été composé et achevé d'imprimer

par Tlmprimerie Floch à Mayenne : 22137.

Dépôt légal : décembre 1984. № d'édition : 12486.

imprimé EN FRANCE (Printed in France)

Le directeur-gérant, С Labouret.

Commission paritaire n" 47700.

70564-décembre 1984