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UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DES DIRIGEANTS D’ENTREPRISE

"Le fondamentalisme du marché s’écroule"

Olivier Standaert

Mis en ligne le 27/08/2011 -

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Marc Luyckx Ghisi pointe les dérives de notre modèle économique. L’avenir est à l’après Bretton Woods, vers une société de la connaissance.

Dix ans durant, Marc Luyckx Ghisi a conseillé les présidents Jacques Delors et Jacques Santer à la Cellule de Prospective de la Commission européenne. En 1993, le travail intensif de 200 économistes débouche sur un "Livre blanc" qui annonce, trop tôt pour les oreilles politiques, l’émergence d’une économie de la connaissance. Près de vingt ans plus tard, les errements des économies capitalistes et industrielles se font sentir bien plus brutalement

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Dans le prologue scénarisé de votre livre “Surgissement d’un nouveau monde”, vous projetez le lecteur vers l’écroulement du système économique mondial, la dette des Etats-Unis étant devenue “inacceptable” pour les pays qui leur prêtaient de l’argent depuis si longtemps… C’est un sujet un peu tabou et pourtant, il est d’actualité.

Les Etats-Unis font tourner la planche à billets, mais il n’y a plus d’or derrière et ils ne pourraient pas rembourser leurs dettes. D’une certaine façon, on est déjà en train de planifier un après Bretton Woods, tant les rouages actuels du commerce mondial sont en perdition. Les Chinois envisagent une nouvelle monnaie de réserve mondiale. Et ils ne sont pas les seuls à y penser. Le système du "Fiat money" a permis de développer une énorme société industrielle. Mais on voit aujourd’hui vers quels excès il mène. Et encore, ce n’est qu’une vision à court terme

Qu’en est-il du plus long terme ?

C’est la crédibilité du système qui s’écroule. La démographie, le social, le climat, les finances, la politique : personne n’a de solution pour répondre à tous ces défis. A aucun niveau de pouvoir que ce soit. Plus on grimpe dans la hiérarchie, plus l’incertitude est prégnante. C’est une des leçons de mon passage à la Commission européenne. Mais je crois ceci : on va se rendre compte qu’il faut élever notre seuil de conscience collectif, aller vers plus d’éthique. Car on ne peut pas indéfiniment être aussi violents avec la nature, les autres continents, les pauvres. Et ce ne sont ni dans les universités, ni dans les Business schools que les choses bougent, c’est dans le secteur des affaires !

Pourtant, n’est-ce pas ce milieu-là qui polarise toutes les critiques depuis la crise de 2008 ?

C’est vrai, mais les marchés boursiers contiennent à la fois le pire et le meilleur. La nouvelle économie, celle de la connaissance, se base sur le concept d’acquis immatériel. La valeur n’est plus quantitative. C’est un changement de paradigme, qui troque notamment le "trade" pour le "share". Et que nous disent les bourses ? Que ces acquis immatériels valent déjà 60 % des cotations, contre 20 % il y a 15 ans ! C’est gigantesque, et on file vers la barre des 80 %. On ne cesse de dire que la réputation des entreprises est devenue un enjeu capital. C’est aussi un acquis immatériel ! De là découle notamment le développement de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Plus de 40 % de l’économie européenne est déjà immatérielle.

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Vous pointez les problèmes des Etats-Unis. Mais la zone euro est-elle mieux lotie vu les liens étroits qu’elle entretient avec Washington ?

Les défauts structurels de l’euro sont beaucoup moins graves que ceux du dollar. En 1992, le Traité de Maastricht n’a pas réussi à mettre sur pied une politique fiscale et financière dans la foulée de la monnaie unique. On le paie aujourd’hui. Mais derrière l’euro, il y a l’énorme acquis immatériel qu’est la stabilisation toute entière d’un continent. Je note en outre que les spéculations sur l’euro, entre mars et août 2010, n’ont pas abouti.

Vous tenez à écrire des scénarios positifs. Sur quoi vous basez-vous pour “y croire” ?

C’est notamment la jeune génération qui comprendra que le marché ne résoudra pas tous les problèmes. Il faut renverser ce que j’appelle le fondamentalisme du marché, qui se croit au-dessus des gouvernements et de l’éthique. Il est en train de s’écrouler. L’économie de la connaissance se base sur le partage : plus on partage les savoirs, plus on étend son réseau, sans que cette connaissance ne devienne propriété privée. Le système des brevets, dans cette optique, a déjà étalé ses limites. L’économie du futur crée de la valeur à partir de ces acquis immatériels et d’une croissance qualitative. Le nouvel outil de l’économie, c’est l’humain. Et cet outil va nous imposer des choix éthiques beaucoup plus élevés. Le passage de la société industrielle à cette société de la connaissance est aussi important que l’émergence de la première citée. C’était déjà l’objectif de l’agenda de Lisbonne. Ce qu’il faut admettre, et c’est difficile, c’est que le paradigme change : le système industriel est structurellement incapable de résoudre ses problèmes avec ses vieilles recettes. On ne le constate que trop bien jour après jour

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