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Université Paul Cézanne Aix-Marseille III Institut de Management Public et de Gouvernance Territoriale
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Université Paul Cézanne Aix-Marseille III

Institut de Management Public et de Gouvernance Territoriale

Prise en Compte et Intégration des Pêcheurs Migrants en tant que Partie Prenante de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara

Community Centred Conservation (C3) Madagascar and Indian Ocean Islands Programme

Community Centred Conservation (C3) Madagascar and Indian Ocean Islands Programme

Olivier RAYNAUD

Formation

Soutenance

Tuteur de stage

Master Management de la Qualité

Septembre 2010

Christophe Alaux

REMERCIEMENTS

Le programme C-3 Madagascar and Indian Ocean Islands est une initiative collaborative entre Community Centred Conservation (C3), Organisation Non Gouvernementale britannique enregistrée sous le numéro 5606924, et plusieurs organisations partenaires locales.

Ce rapport résulte de la coopération, du conseil, du travail et de l’expertise de nombreuses personnes. Mes remerciements s’adressent tout particulièrement aux personnes suivantes pour leur contribution :

COMMUNITY CENTRED CONSERVATION Patricia ZR Davis, Directrice Chris Poonian, Manager des Programmes Internationaux Dr. Catherine Sinfield, Manager de la recherche

C3 MADAGASCAR AND INDIAN OCEAN ISLANDS PROGRAMME Paul Ivory, Responsable de programme Maryse Sahondra Parent, Officier de programme Ismael Leandre, Assistant de programme Sthelastine Rasoanirina, Assistante de programme

UNIVERSITE D’ANTSIRANANA Dr Riziky Hiviel et Dr Abdel Cader, Faculté de sciences

CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE OCEANOGRAPHIQUE Dr JP Toussaint et Gisele Bakary

MADAGASCAR NATIONAL PARKS (MNP) Dr Joamanana, Directeur

MINISTERE DE L’EDUCATION ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE Dr Jean Maharavo, Directeur

SERVICE POUR LA PECHE MARITIME DE LA REGION DE DIANA Philigence Rajesiarinanana

Je tiens à également à remercier les volontaires de C-3 et les étudiants malgaches qui ont participé à la récolte des données; Elodie Camprasse, Kim Reuters, Chelsea Ricketts, Patrick Joamanana, Amida Tombo, Antonio Harilala, Naguib Kilobo et Paul Zara Franciscos, ainsi que Michelle Cuzner-Charles pour son assistance en SIG.

Enfin, je tiens à congratuler les membres des différentes communautés rencontrées, pêcheurs, commerçants et autorités, pour leur convivialité et leur implication dans les préoccupations de préservation qui motivent cette étude. Nous sommes redevables aux communautés qui nous si bien accueillis et qui ont autorisé notre équipe à conduire cette recherche. Cette étude n’aurait pas pu être possible sans la coopération et la patience des pêcheurs et des informateurs clés, qui nous ont attribué tant de temps pour répondre à nos questions.

Les financements proviennent du BP Conservation Leadership Programme.

financements proviennent du BP Conservation Leadership Programme. Master 2 Management Public Page 4 Olivier Raynaud
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I. Introduction

SOMMAIRE

II. Objet de recherche

Définition des concepts de la problématique :

Aire Marine Protégée de Nosy Hara Intégration et parties prenantes Pêcheurs migrants

III. Méthodologie

IV.

Résultats

Revue de littérature

Publications pertinentes

Interviews avec les représentants du parc marin

Cognition

National Parks

et

position

de

Madagascar

Analyse de données préexistantes

Evolution du nombre de pêcheurs dans le parc marin

Interviews des pêcheurs migrants

Caractéristiques

des

 

communautés

migrantes

Interviews des communautés d’accueil

Ressenti

et

position

des

communautés

riveraines

Interviews des patrons de pêche

Fonctionnement des entreprises de pêche

V.

Analyse

VI.

Discussion

VII.

Recommandations à l’attention de Madagascar National Parks

VIII.

Conclusion

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I.

Introduction

1.1 Enjeux

Cette étude est centrée sur l’identification et la prise en compte d’acteurs concernés par la mise en service d’une Aire Marine Protégée dans le Nord de Madagascar. Dans un premier temps, les recherches menées visent à fournir des informations relatives aux aspects démographiques et au fonctionnement de certaines communautés. Dans un second temps, il s’agira d’évaluer ce que ces recherches peuvent apporter en termes de méthodes. L’identification et la caractérisation des acteurs en question doivent en effet permettre d’adapter les initiatives managériales. L’analyse de ce travail doit donc permettre de statuer sur l’utilité et la pertinence de la récolte et de l’exploitation de connaissances démographiques ou socio-économiques dans un projet d’aire protégée.

La première phase de la présente étude consiste donc à construire des connaissances sur des communautés de pêcheurs présentes au sein d’un parc marin. Dans le cas de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara, la consultation de la plupart des acteurs a déjà été effectuée par les autorités de gestion du parc, seules les communautés de pêcheurs migrants n’ont pas été étudiées ou prises en compte dans le plan de gestion.

Le premier objectif de cette mission est donc d’identifier ces communautés ; de définir qui sont ces pêcheurs migrants, d’expliciter la raison de leur présence, et de détailler leur fonctionnement, leurs activités, et leurs impacts. Les informations recherchées seront collectées par le biais d’une méthodologie axée sur des enquêtes auprès d’individus, de groupes et de responsables.

Le second objectif est lié à l’exploitation de ces données ; les connaissances acquises doivent permettre d’augmenter la précision et la pertinence des décisions managériales. Cette étude doit donc déboucher sur l’élaboration de recommandations à l’attention des autorités de gestion du parc.

Enfin, l’analyse de ce travail doit permettre de statuer sur la nécessité de la collecte de ces données. La perspicacité des recommandations émises attestera de l’utilité de la récolte et de l’analyse des informations socio-économiques.

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1.2 Attentes

À la demande de Madagascar National Parks, qui est en charge de la gestion des aires protégées à Madagascar, et de mon organisme d’accueil ; Community Centered Conservation, j’ai été chargé d’identifier et de consulter les communautés de pêcheurs migrants présentes au sein de l’Aire Protégée de Nosy Hara et d’émettre des recommandations quant à leur prise en compte dans le plan de gestion du parc marin.

De façon à mettre en place un plan de gestion pertinent, il est indispensable de combiner données biophysiques et données socioéconomiques (Harding, 2008). Les recherches biophysiques avaient déjà été effectuées de façon à justifier le classement de la zone en aire protégée, il était des lors nécessaire d’étudier les caractéristiques socioéconomiques des communautés locales.

La gouvernance d’une Aire Protégée n’est efficace que si les communautés humaines intéressées sont consultées et encouragées à participer. Ainsi, les réglementations instaurées quant à la gestion du site ne sont applicables et respectées que si elles reposent sur une participation démocratique des différents acteurs (Kay, 2005, Rakotoson, 2006).

La consultation de la population locale, entreprise par MNP, a mis en lumière la présence de diverses communautés non riveraines de pêcheurs dans les villages du futur parc marin.

Avant de décider des réglementations qui seront en vigueur lorsque l’Aire Protégée de Nosy Hara sera effective, MNP a donc besoin de données relatives au nombre, aux caractéristiques et à l’impact de ces pêcheurs migrants, car le management de la pêche nécessite d’étudier les hommes, et non pas seulement les poissons (Pomeroy, 2006).

Le plan de gestion du parc marin se doit de prendre en compte les migrations, c’est pourquoi les pêcheurs migrants doivent être intégrés en tant que partie prenante du parc marin. À Tana, en Tanzanie, les pêcheries et les récifs coralliens sont en train de s’améliorer grâce un management côtier axé sur la collaboration et la prise en compte des migrations (Curran, 2002). Au contraire, dans le parc marin de Mafia Island, situé dans le Canal du Mozambique, le manque de considération envers les communautés migratrices a résulté en de nombreux conflits, et de fait un usage répandu de techniques de pêche destructrices, qui handicapent les efforts de conservation menés par les communautés locales (Mahingika, 2007).

La migration saisonnière de certaines communautés dans le Nord de Madagascar est un fait avéré, mais les dimensions du phénomène n’ont pas été clairement étudiées au jour d’aujourd’hui (Goedefroit, 2002, McKenna, 2003, Metcalf, 2004, Pegg, 2009). MNP n’avait pas réellement besoin de données exhaustives concernant les migrations dans la région, mais il leur fallait connaitre les caractéristiques et les mécanismes du phénomène dans la zone de l’aire marine. J’ai donc été chargé d’identifier les communautés de pêcheurs migrants et d’évaluer leur envergure, leurs caractéristiques et leurs impacts.

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Les relations entre les différentes communautés se devaient également être étudiées. En effet, l'arrivée de nouvelles communautés exploitant les mêmes ressources peut être à l'origine de diverses situations de conflits (Kramer 2002, Biodev 2008). Etant donné qu'elles résultent souvent en une compétition professionnelle accrue, l'usage de pratiques destructrices s'effectuant au détriment d'une gestion durable des ressources peut apparaître. Les efforts de conservation menés par les communautés locales peuvent donc être inhibés, et c'est alors le comportement de l'ensemble des acteurs qu'il devient nécessaire de surveiller (Mahingika 2007).

Au vu du temps imparti, et puisque la population totale des pêcheurs migrants n’était pas connue, il n’était pas possible de travailler sur un échantillon exhaustif. S’agissant d’un échantillonnage aléatoire, l’étude ne serait donc pas réellement statistique, mais se concentrerait sur les besoins, activités, et fonctionnement des communautés de pêcheurs migrants.

Il ne s’agit donc pas d’une véritable enquête socioéconomique mais plutôt d’une définition d’échelles d’attitudes. MNP demandait une recherche socioéconomique synthétique, suffisante pour formuler des recommandations quant à l’intégration de ces communautés dans le plan de gestion de l’Aire Protégée de Nosy Hara.

La mission sur laquelle j’ai travaillé est donc quelque peu à l’image du travail des organisations anglo-saxonne de conservation et des ONG présentes à Madagascar ; il s’agit de construire des connaissances et d’émettre des recommandations, sans participer à la mise place d’un plan d’action.

1.3 Démarche

La problématique a été fixée en accord avec les trois parties concernées par ce travail, la première des taches sera donc de définir les différents concepts qui la composent.

La méthodologie sera ensuite détaillée et précisera les modalités de chacune des activités réalisées lors du déroulement de cette étude, et notamment lors de la collecte des données.

L’examen des informations récoltées aura pour objectif d’identifier la partie prenante étudiée, et l’analyse des données permettra de catégoriser les individus et groupes.

Cette classification donnera lieu à l’élaboration de recommandations concernant l’intégration de cette partie prenante dans la gestion du site. Enfin, la pertinence des solutions opérationnelles envisagées attestera éventuellement de l’utilité de cette démarche.

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II. Objet de recherche

En accord avec les destinataires du projet, la problématique générale de l’étude a été définie comme suit :

PRISE EN COMPTE ET INTEGRATION DES PECHEURS MIGRANTS EN TANT QUE PARTIE PRENANTE DE L’AIRE MARINE PROTÉGÉE DE NOSY HARA

Afin de définir le cadre et le contexte de l’étude, et de justifier la pertinence de ce travail, chacune des composantes de cette problématique sont détaillées ci-après:

2.1 Aire Marine Protégée de Nosy Hara

2.1.1 Madagascar

L’Aire Marine Protégée de Nosy Hara se situe au Nord Ouest de Madagascar, qui est la cinquième plus grande île de la planète, couvrant une superficie de près de 550 000 kilomètres carrés. L’île faisait auparavant partie du super-continent Gondwala, mais elle occupe, depuis 80 millions d’années une position isolée dans l’Ouest de l’Océan Indien. Cette séparation précoce du continent africain et son éloignement conséquent du continent ont donné lieu à une biodiversité exceptionnelle.

A Madagascar, 91% des reptiles, 80 % des fleurs, 74% des mammifères et 46% des oiseaux sont uniques à l’île. Parmi ses attributs les plus exceptionnels, on compte 51 espèces endémiques de lémuriens et plus de 60 espèces de caméléons (Myers, 2000). A titre d’exemple, dans la seule province de Diego Suarez, 835 plantes endémiques ont été recensées au jour d’aujourd’hui (ONE, 2004).

Cette biodiversité exceptionnelle est néanmoins sujette à d’importantes menaces d’origine naturelles et anthropogéniques (générées par l’être humain). Les catastrophes naturelles telles que les cyclones et les dépressions tropicales ont un impact très néfaste sur l’habitat de nombreuses espèces menacées. Madagascar a subi 5 cyclones majeurs lors des 11 dernières années, ce qui entraîne la destruction mécanique des coraux et l’ensablement et donc l’asphyxie des herbiers marins (Obura, 2008). Par ailleurs, les pressions naturelles sont exacerbées par les impacts anthropogéniques tels que la déforestation et l’érosion accrue qui en résulte.

Madagascar est aujourd'hui un des pays les plus pauvres du monde, avec un produit intérieur brut total de US $ 4, 020 millions en 2000, soit près de 2500 fois moins que celui des Etats Unis d'Amérique (US $ 9, 882, 842 millions en 2000) (Biodev, 2008). De plus Madagascar subit une explosion démographique considérable, il est estimé que la population doublera d’ici 2025. Les pressions anthropogéniques ne cessent donc d’augmenter.

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À l’augmentation de la population, et à la pauvreté répandue qui incite à l’usage non durable des ressources côtières, s’ajoute un développement économique très faible et mal planifié, des institutions gouvernementales dépourvues de ressources, et un très faible renforcement des règles et lois existantes (Francis, 2004).

Face à l’importance de ces menaces, et aux pressions que la biodiversité endure d’ores et déjà, une des solutions choisies par le gouvernement est la mise en place d’aires protégées. Il s’agit de zones géographiques placées sous le statut de parc national, de réserve naturelle, ou encore de réserve de biosphère, ou s’appliquent différentes réglementations visant à préserver et à valoriser le patrimoine naturel. Lors du congrès mondial sur les aires protégées se tenant à Durban en septembre 2003, les autorités malgaches se sont engagées à porter la surface des aires protégées de 1.7 à 6 millions d'hectares (MEF, 2009).

Cette augmentation de la surface des aires protégées, dénommée Programme Environnemental III, a pour objectif la conservation et la valorisation de la biodiversité, et vise également à augmenter la représentativité des zones côtières et marines. L'archipel de Nosy Hara est l’une des priorités de ce programme.

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2.1.2 Nosy Hara

L’archipel de Nosy Hara regroupe 16 îlots inhabités se trouvant dans le Canal du Mozambique, juste au Sud Ouest du Cap d’Ambre ; l’extrémité Nord de Madagascar. Cette zone se situe dans la région de Diana et se trouve à cinquante kilomètres à l’Ouest de la 6 ème plus importante ville de île ; Antsiranana, plus communément dénommée Diego Suarez.

La population totale des quatre communes principales de la région est de 16 000 habitants. Cette faible densité de population, combinée à l’éloignement des îlots et à la longue période de vent Varatraza (qui complique considérablement les déplacements et les activités maritimes d'Avril à Décembre), font que la zone n'a été que très peu dégradée, en comparaison aux autres aires côtières du Nord Ouest de Madagascar (McKenna 2003, Harding 2008, Pegg 2009).

Le littoral est constitué d’une cote accidentée entrecoupée par de larges baies comprenant plages et mangroves. Les îlots entourant l’île principale de Nosy Hara sont karstiques et recouverts de Tsingys, qui sont les colonnes de calcaire typiques du Nord de Madagascar. Les caractéristiques esthétiques du site sont donc exceptionnelles.

esthétiques du site sont donc exceptionnelles. Nosy Anjombavola et Nosy Lakandava, depuis Nosy Hara. 

Nosy Anjombavola et Nosy Lakandava, depuis Nosy Hara.

Habitats

Photo O. Raynaud

Les récifs coralliens de Nosy Hara sont parmi les mieux préservés de Madagascar (MEF, 2009, Pegg, 2009). Ils sont dotés d’une très bonne couverture pour l’Océan Indien Occidental, avec une moyenne de 34% et des pics à 53%, pour une surface totale de 55 550 hectares de récifs coralliens. Ces zones regroupent 139 espèces de coraux et les communautés d’algues parasitaires sont quasiment négligeables (Obura, 2008).

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Les pressions anthropogéniques s'illustrent néanmoins sur les populations de poissons. Celles-ci s’avèrent être sévèrement impactées par la pêche, avec une quasi-inexistence de larges carnivores et herbivores. L’importante présence de petits poissons benthiques herbivores tels que les poissons demoiselle, les poissons perroquets, ou encore les poissons chirurgiens sont les indicateurs d’un faible taux de prédation dû à une surpêche de prédateurs tels que les mérous et les carangues qui, en temps normal, régulent les populations de petits poissons benthiques.

Etant donné que cette zone alimente le marché de Diego en produits de la mer, l’impact de la pêche était déjà fortement présumé et les études sous marines menées par Obura n'ont fait que confirmer son importance.

L'archipel compte 645 hectares de mangroves. Ces dernières sont un ensemble d'arbres et de buissons adaptés à la vie dans la zone intertidale (ou estran ; zone de balancement des marées). On ne les trouve que dans une bande comprise entre 23 degrés au nord et au sud de l'équateur. Les structure racinaires extrêmement denses des palétuviers, réduisent l’érosion des sols et agissent comme un piège à sédiments, qui évite qu'ils ne soient directement déversés dans la mer. Ce sont les écosystèmes les plus productifs en biomasse de la planète, et c'est également dans les mangroves qu'un grand nombre de poissons viennent se nourrir et que les juvéniles s'abritent.

Les pressions anthropogéniques sont très fortes sur les mangroves. Malgré leur importance écologique elles sont parfois considérées comme insalubres et sont souvent coupées au profit de l'agriculture et de la construction des logements et des embarcations.

Faune et Flore

« Nosy Hara, c’est 279 espèces de poissons coralliens, 78 espèces de mollusques, 7 espèces de palétuviers, 7 espèces de phanérogames, et 5 espèces de tortues marines. »

Nosy Hara se distingue par la présence de grands animaux marins tels que les dauphins, les raies et les requins. Le parc marin est également un lieu de passage périodique de baleines à bosses et il y aurait encore certaines populations de dugongs dans la Baie du Courrier (ONE, 2004). Les îlots abritent par ailleurs 15 % de la population mondiale d’aigles pêcheurs, et Nosy Hara a souvent été désigné comme zone d’importance pour la préservation des tortues vertes et imbriquées (Metcalf, 2007, MEF,

2009).

Le statut d'Aire Marine Protégée a également pour objectif de préserver et de valoriser des sites culturels. En effets, sur les îlots se trouvent les tombeaux des anciens rois de l'Antakarana (ethnie du Nord de Madagascar), de fait il existe encore de nombreux tabous, dénommes fadys. Les Fadys sont des règles informelles axées sur le respect des ancêtres et de la terre, qui ne sont pas légales, mais qui sont néanmoins respectées. Les Fadys s’estompent progressivement à Madagascar, mais du fait de l’importance historique de Nosy Hara, ces tabous gardent toute leur importance en cet endroit.

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Statut

Le processus de classement en aire marine Protégée a été initialisé en 2004 par l'ANGAP (Association Nationale pour la Gestion des Aires Protégées) et l'ONG internationale WWF. En 2006, une série de réunions entre les autorités de gestion et les riverains a débouché sur une délimitation officielle du parc. Celui-ci couvrira une superficie totale de 125 471 hectares (Carte de localisation et de délimitation du parc disponible en annexe).

Depuis, l'ANGAP est devenue MNP (Madagascar National Parks), et l'archipel a été placé sous protection temporaire par l'arrêté ministériel du 15 Octobre 2007, et ce jusqu'à la publication du décret de son classement en aire protégée (MEF, 2009).

Plusieurs études d'impacts ont été réalisées (notamment par les entreprises de consultance environnementale Biotope et Biodev), qui ont donné lieu a une consultation du public et à la déclaration d'une vision commune. Enfin, selon MNP, les stratégies de gestion ont été élaborées et les actions prioritaires décidées en mars 2007.

En accord avec la loi COAP (COde des Aires Protégées), l'aire protégée est délimitée par la zone de protection (qui englobe l'intégralité du parc marin) au sein de laquelle se trouvent un noyau dur, une zone tampon et une zone de service.

Le noyau dur couvre environ 32 hectares, soit un peu plus de 25% de la surface totale de l'aire protégée. Il s'agit d'une zone sanctuaire d'intérêt biologique, culturel et esthétique ou aucune perturbation du milieu n'est tolérée. Dans les zones strictement interdites, matérialisées par des bouées, tout accès ou activité sont interdits.

Les activités marines sont tolérées mais contrôlées dans la zone tampon (près de 75% de la surface), mais son usage est exclusivement réservé aux communautés résidentes.

Enfin, la zone de service (2 hectares, soit 0,04 % de la surface du parc) est destinée a l'implantation des infrastructures touristiques et éducatives.

L'objectif de l'aire marine protégée de Nosy Hara est d'assurer à long terme la protection de la biodiversité et la pérennité des fonctions écologiques des écosystèmes présents. L’intérêt des communautés riveraines est donc visé au même titre que la biodiversité.

Etant donné que les populations riveraines sont contraintes de changer l’utilisation qu’elles font des ressources marines, MNP souhaite développer le tourisme écologique pour le bénéfice des communautés locales. Par ailleurs, si le parc marin devient une destination de tourisme, les communautés locales seront d’avantage prédisposées à préserver leur environnement s’ils peuvent en tirer un avantage économique (McKenna, 2003). Dans cette optique, MNP va restituer 50 % des droits d’entrée dans les aires protégées perçus à l’entrée des parcs pour les communautés de la zone périphérique sous forme de financements de microprojets (ONE, 2004).

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2.2 Intégration et parties prenantes

Pour que la gouvernance des pêcheries et des aires protégées soit efficace, la participation des pêcheurs est nécessaire. La notion de “co-management” insiste sur la consultation des différents acteurs avant toute prise de décision (Pomeroy, 2006).

Dans cette optique, les autorités malgaches sont actuellement en train de transférer la gestion des ressources marines et terrestres aux communautés locales et aux Organisations Non Gouvernementales. Cette décentralisation a pour objectif de faciliter et d'encourager l’intérêt et l'implication des communautés côtières dans le management des ressources naturelles (Harding 2008, Cinner 2009).

Les individus, groupes d'individus ou organisations qui sont, d'une façon ou d'une autre, intéressés, impliqués ou affectés (positivement ou négativement) par certaines actions sont dénommées parties prenantes (Freeman 1984, Pomeroy 2006).

Intégrer consiste à combiner, dans le but former un ensemble plus complet, plus harmonieux ou plus coordonné (Kenchington, 1993). La réussite du projet, et notamment sa durabilité a long terme, dépend donc en grande partie de l'intégration de l'ensemble des parties prenantes. Chacune d'entre elles mérite de la considération, et l'établissement de relations constructives avec les parties prenantes peut garantir la pérennité et la résilience d'un projet (Gond 2004, MEF 2009).

Les zones côtières ne sont pas des systèmes fermés. Le plan de gestion doit prendre en compte les interactions existant entre toutes les parties prenantes de façon à anticiper les situations de conflits et à faciliter leur gestion (Kay 2005). Dans le cas d'une aire marine protégée, l'interdépendance avec les régions voisines nécessite donc la prise en compte des facteurs extérieurs à l'aire étudiée.

La consultation des parties prenantes effectuée par MNP incluait les pêcheurs locaux, les propriétaires des embarcations, les collecteurs de poisson, les services de police, les instances politiques, les communautés locales et les chefs de village.

Mais dans le nord de Madagascar, du fait des variations temporelles du climat, et notamment du vent, certains pêcheurs sont contraints de voyager afin de rejoindre des zones de pêches exploitables lorsque leurs zones d’origine ne le sont pas. Les enquêtes menées par l’ONG Frontier en 2009, montrent que les pêcheurs de Diego Suarez affirment ne pas travailler exclusivement dans la baie, mais fréquemment voyager vers le Canal du Mozambique pour pêcher (Pegg, 2009).

Ces pêcheurs que l’on dénomme « migrants », qui viennent de la côte Est et qui pêchent sur la côte Ouest, exploitent directement le récif et les ressources. Etant donné que, dans la région de Nosy Hara, leur activité dépend de toute évidence des ressources marines et côtières, on se doit de les considérer comme une partie prenante (Pomeroy, 1996).

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2.3 Pêcheurs migrants

2.3.1 Définition et caractéristiques

Les pêcheurs migrants sont des individus ou des communautés qui de déplacent pour pêcher ; ils effectuent des migrations avec pour stratégie de se trouver à chaque saison dans les zones où le poisson peut être capturé en abondance et de façon aisée (Kodio, 2001). Les pêcheurs migrants sont donc considérés comme des « étrangers » dans le sens ou leur présence dans la zone en question n’est que saisonnière.

Selon Jorion (1988), les migrants sont le résultat de la perte d'habitat et de ressources au sein de leur communauté d’origine, qui résulte en l'adoption d'une nouvelle stratégie de minimisation des risques: « s'exiler sous des cieux plus cléments où les poissons sont plus nombreux et les acheteurs plus riches ».

Les études menées par Goedefroit à Madagascar en 2002, montrent qu’il existe un désintérêt croissant pour les pratiques agricoles, et inversement un engagement grandissant dans les activités de pêche De fait, la grande majorité des pêcheurs migrants serait originaire de régions agricoles.

Peu d’informations ont été publiées sur ce phénomène, mais il semble de plus en plus important, au point que dans les villages côtiers du Nord Ouest de Madagascar, il y aurait moins de pêcheurs locaux que de pêcheurs migrants saisonniers. Ces derniers pourraient même être responsables de près de 80% de l’activité de pêche réalisée sur place (McKenna, 2003).

Goedefroit (2002) a étudié l’importance de ces migrations pour les zones de pêche crevettière, en suivant l’évolution de la population entre la période de faible activité et la période de forte activité de pêche crevettière Les résultats ont montré une augmentation globale de la population de 68%, avec en particulier une croissance démographique saisonnière de 156% pour les hommes de 20 a 29 ans.

Les migrations semblent donc être un phénomène de grande ampleur dans le Nord de Madagascar, et donc aussi pour la région de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara. Au delà de la portée de ces migrations, c’est bien entendu leurs conséquences qu’il faut prendre en compte.

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2.3.2 Conséquences des migrations

Les migrations résultent en une augmentation de la population, et de nouveaux mélanges ethniques. La compétition provenant des acteurs extérieurs augmente encore d’avantage les pressions qui sont exercées sur les ressources côtières. De plus, pour ce qui est des migrations saisonnières, les migrants ne cherchent pas forcément à s’investir dans la pêche ni à s’installer dans le village, mais plutôt à se faire de l’argent rapidement (Francis, 2004).

Lorsque les immigrants sont attirés par la disponibilité de travail et l’importance des marchés de poissons, les communautés locales et migrantes ne se retrouvent pas forcément en situation de conflit concernant les ressources. En revanche, et de façon plutôt légitime, les locaux désapprouvent fortement l’usage de pratiques destructrices de la part des migrants (Kramer, 2002).

Néanmoins, à Madagascar, ces migrations sont souvent à l’origine de conflits (Biodev, 2008) ; les intérêts des migrants saisonniers sont basés sur des besoins de revenus à court terme, ce qui peut les encourager à bafouer les préoccupations de préservation ou les croyances locales des populations riveraines.

Comme cela a été précisé précédemment, il existe encore de nombreux Fadys ou tabous respectés dans la zone de Nosy Hara, et l’une des sources de conflits peut provenir des communautés de migrants qui ne sont pas limités par les tabous locaux (McKenna, 2003). Par exemple, dans le Nord de Madagascar, il est interdit de tuer ou de consommer les tortues marines pour les communautés Njoaty. Mais certains migrants, provenant d’autres ethnies, ne respectent pas les mêmes croyances. Ils chassent et consomment les tortues marines au sein même des villages Njoaty, ce qui peut résulter en d’éventuels conflits (Metcalf, 2007).

Les situations de conflits au sein d’une aire protégée ne peuvent se faire qu’au détriment d’une gestion durable des ressources. L’Aire Marine Protégée de Mafia Island, au large de la Tanzanie, a vu l’émergence de nombreux conflits entre les communautés résidentes et migrantes, et les autorités du parc ne sont désormais plus capables de contrôler l’usage de techniques de pêche destructrices ; les pêcheurs migrants pêchent encore à la dynamite au sein même du parc marin (Mahingika, 2007).

Les conséquences des migrations doivent donc être clairement étudiées, de façon à identifier les comportements susceptibles de porter atteinte aux efforts de préservation des ressources, et d’anticiper toutes les sources de conflits, qui compliqueraient considérablement la gestion de l’aire protégée.

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III. Méthodologie

L’enquête suivante s’appuie sur la structure proposée par le Guide de suivi socio- économique pour les gestionnaires du littoral de l’Océan Indien Occidental (Mallaret- King, 2008). Les objectifs de l’étude sont les suivants (Bunce, 2000):

→ Mettre en lumière les caractéristiques socio-économiques des communautés de pêcheurs migrants au sein de l’aire protégée

Il s’agit d’identifier les caractéristiques démographiques, les origines et les comportements des pêcheurs migrants. Leur structure professionnelle se doit par ailleurs d’être étudiée afin de voir dans quelle mesure ils peuvent être intégrés dans le plan de gestion de l’Aire Marine Protégée.

→ Quantifier et qualifier les phénomènes de migrations à Nosy Hara, de façon à pouvoir identifier une éventuelle évolution du phénomène

Dans la mesure du possible, l’enquête doit permettre d’évaluer et de comprendre l’ampleur, les tendances, et les motivations des migrations. Cet état des lieux actuel permettra de suivre et d’évaluer l’évolution du phénomène au cours du temps.

→ Initier, voire entretenir, une relation durable avec les acteurs consultés

La participation et la responsabilisation des différents acteurs repose dans un premier temps sur la prise en compte de leurs points de vue et nécessite également de leur fournir un accès à l’information. Cette enquête permettra d’aborder les différentes communautés et d’introduire les personnes consultées aux problématiques de management, de façon à favoriser leur implication dans la gestion du parc marin.

Emettre des recommandations à l’attention de Madagascar National Parks quant à l’intégration des pêcheurs migrants dans le plan de gestion

L’objectif principal de l’étude est la formulation de recommandations à l’attention des gestionnaires du parc. L’identification des communautés de pêcheurs migrants, de leurs caractéristiques, et de leurs activités doit permettre de cerner leurs besoins, leur fonctionnement et leurs impacts. Ces données doivent être exploitées afin de statuer sur la légitimité des pêcheurs migrants et de faciliter l’élaboration de règles concernant les droits et devoirs des pêcheurs migrants au sein de l’aire protégée.

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3.1

Revue de littérature

La première des tâches fut de collecter les publications existantes sur l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara, sur les migrations dans le Nord de Madagascar, et sur les problématiques que posent les migrations dans la gestion des aires protégées. L’accès à ces informations a été grandement simplifié par l’environnement numérique de travail de l’université, et par les nombreuses références mises à disposition par C-3.

3.2 Interviews avec les représentants de Madagascar National Parks

Afin de collecter des informations précises sur la problématique des migrations de pêcheurs au sein de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara, il était nécessaire de rencontrer les gestionnaires du parc marin. En vue d’élaborer une méthodologie pertinente, la première des informations nécessaires concernait l’ampleur du phénomène. En effet, la structure de l’enquête socio-économique, et les conditions de sa mise en place, dépendaient intégralement du nombre de pêcheurs concernés. Par ailleurs, de façon à évaluer les connaissances de MNP sur le phénomène, deux membres furent interviewés ; un responsable, ayant à disposition les différentes études menées pour le parc, et un homme de terrain, physiquement confronté aux pêcheurs migrants.

Une série de questions visant à quantifier et à qualifier les migrations fut adressée à Mr. J, directeur de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara, par le biais de Mme P., directrice de C-3 Océan Indien. Et lors de la collecte de données sur le terrain, Mr C., chef de secteur Sud du parc marin fut interviewé.

3.3 Analyse des données C-3 sur le nombre de pêcheurs dans le parc

Face au peu d’informations disponibles concernant le nombre de pêcheurs migrants présents dans la zone de l’aire protégée, il était intéressant de se renseigner sur l’évolution du nombre de pêcheurs total pêchant dans les communes du parc marin.

Lors des enquêtes menées par C-3 sur le sujet des captures accidentelles, 152 pêcheurs furent interviewés en 2009 et 2010 dans la zone du parc marin, dans les villages de Vahilava, Ampasindava, Antsako, Ironona, Ambalavy, Lanlandaka et Ambanio. Selon MNP, 235 pêcheurs sont actifs au sein du parc marin. L’échantillon sondé peut donc être considéré comme représentatif puisqu’il englobe, hypothétiquement, près de 65% du nombre total de pêcheurs.

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Les trois questions du questionnaire sur la pêche accidentelle qui nous intéressent sont les suivantes :

accidentelle qui nous intéressent sont les suivantes : Depuis que vous pêchez ici, le nombre d’embarcations

Depuis que vous pêchez ici, le nombre d’embarcations et de pêcheurs a-t-il ?

Ne sait pas

Quand est-ce que le nombre de pêcheurs a changé ?

Augmenté

Diminué

Resté pareil

de pêcheurs a changé ? Augmenté Diminué Resté pareil Pourquoi le nombre de pêcheurs a-t-il évolué

Pourquoi le nombre de pêcheurs a-t-il évolué ?

Ces données ont été analysées afin d’identifier des tendances dans l’évolution du nombre de pêcheurs dans l’Aire Marine de Nosy Hara.

3.4 Enquête au moyen de questionnaires semi structurés

Afin de répondre aux besoins de Madagascar National Parks quant aux caractéristiques des pêcheurs migrants, une enquête individuelle par questionnaires se devait d’être effectuée. Elle a pour objectif d’identifier des échelles d’attitudes concernant les pêcheurs migrants, notamment pour ce qui est des origines, des motivations, des modes d’utilisation des ressources, des éventuels conflits, et de la structure professionnelle des communautés de migrants (Mallaret-King 2008).

Pour étudier la structure des communautés, les questionnaires ont été élabores selon les recommandations de Fulanda (2009), et ciblent donc les facteurs démographiques, l’activité de pêche, et l’appartenance et les caractéristiques des embarcations et du matériel utilisé.

Ces questionnaires ont été testés lors de travail de terrain effectué à Andavangnemboko. Les caractéristiques de ce village sont en effet très similaires à ceux situés dans l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara ; il s’agit d’un petit village de pêcheurs situé sur la côte ouest, comptant un peu plus d’une centaine d’habitants, et qui est également une destination de communautés de pêcheurs migrants. Ces tests ont donné lieu à une restructuration du questionnaire, de façon à éviter les questions redondantes et à réduire le nombre de questions afin que les enquêtes ne durent pas plus de 30 minutes. Dernièrement, la partie démographique a été raccourcie alors que les informations relatives aux interactions entre les différentes communautés ont été d’avantage détaillées. La version finale du questionnaire est disponible en annexe.

Les enquêtes ont été menées dans les villages d’Ampasindava et de Vahilava, car ce sont les destinations de quasiment tous les pêcheurs migrants (MEF, 2009). La note technique sur la création de l’Aire Marine Protégée précise qu’Ampasindava est le plus important village côtier du parc, avec 297 habitants repartis entre 13 ethnies différentes. Vahilava n’est pas véritablement un village, il s’agit d’un camp temporaire situé à l’extrémité d’une longue péninsule de mangroves. Le camp n’est habité que durant la saison sèche (Avril à Novembre), par des pêcheurs provenant des villages voisins, ou des pêcheurs migrants.

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L’enquête par questionnaire n’est pas une enquête quantitative, mais doit permettre d’identifier des échelles d’attitudes ; l’objectif est d’obtenir des tendances sur des pratiques. De fait l’enquête ne s’est pas basée sur un échantillon représentatif, mais sur un échantillon aléatoire. Etant donné que la population totale de pêcheurs migrants n’est pas connue, nous n’avons pas eu recours à un véritable échantillonnage, nous avons simplement interrogé tous les pêcheurs migrants que nous avons pu rencontrer sur le terrain.

La collecte de données s’est faite par binôme (un volontaire étranger associé à un étudiant malgache) à Ampasindava du 25 Juin au 2 Juillet, puis du 14 au 17 Juillet, et à Vahilava du 19 Juin au 4 Juillet 2010. La principale difficulté rencontrée pour interviewer les pêcheurs migrants réside dans la nature même des communautés migrantes. Les pêcheurs passent le plus clair de leur temps en mer, et ne fréquentent les villages que périodiquement, uniquement pour se ravitailler et vendre leurs prises. Les pêcheurs étaient en général réceptifs et acceptaient de répondre aux questions, la tâche la plus compliquée était simplement de les rencontrer pendant les quelques heures durant lesquelles ils étaient sur la terre ferme. Néanmoins, 39 interviews ont pu être réalisées.

ferme. Néanmoins, 39 interviews ont pu être réalisées. Enquêtes auprès des pêcheurs migrants Master 2 Management

Enquêtes auprès des pêcheurs migrants

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3.5 Focus groups

Afin de détailler les interactions existant entre les différentes communautés, les communautés d’accueil devaient être consultées au même titre que les pêcheurs migrants. Le ressentit des communautés riveraines et leur perception du phénomène de migration et des éventuels conflits ont été récoltées au moyen de focus groups.

Il s’agit de réunions avec les informateurs clés des communautés riveraines, soit ; le chef de village, les responsables d’associations et les pêcheurs expérimentés. À l’exception des différentes autorités locales, les participants ont été choisis selon deux critères ; l’âge, et les recommandations venant des autres pêcheurs (Davis, 2003). En ce qui concerne l’âge, d’une part on peut s’attendre à ce que les pêcheurs les plus agés possèdent une expérience plus détaillée que les jeunes, et d’autre part, leur participation assure la prise en compte des caractéristiques passées et permet donc d’identifier des tendances temporelles.

Un guide d’interview a été rédigé de façon à structurer les discussions. Ces réunions visent à collecter des informations sur :

Ces réunions visent à collecter des informations sur : Les caractéristiques des communautés de pêcheurs migrants

Les caractéristiques des communautés de pêcheurs migrants Les interactions entre les différentes communautés La perception des riverains quant à la prise en compte des pêcheurs migrants dans le management du parc marin Les éventuels conflits entre les communautés locales et migrantes

conflits entre les communautés locales et migrantes À l’aide de ce guide d’interview (disponible en

À l’aide de ce guide d’interview (disponible en annexe), deux focus groups ont été effectués à Ampasindava, et un à Vahilava (les différents responsables et les autorités siègent à Ampasindava). Ces réunions se sont tenues le 2, 4 et 15 juillet 2010 et ont regroupé, 7, 12, puis 6 personnes.

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3.6 Interviews avec les patrons de pêche

Comme cela sera détaillé ultérieurement, de nombreux pêcheurs migrants ne sont pas indépendants et travaillent pour un patron. Dans la plupart des cas, c’est aussi le patron qui connait les réglementations et qui gère les processus d’obtention d’autorisations de pêche.

L’analyse montrera également que les conflits ne sont pas, comme cela été attendu, la menace la plus importante à une gestion durable du parc marin. En revanche, nous verrons que certains pêcheurs ont un impact très important en termes d’extraction de ressources marines. Face au peu d’informations disponible concernant l’importance des prises, il semblait important de rencontrer ces responsables. Ils jouent par ailleurs un rôle décisif quant à la transmission des réglementations et à l’importance de leur respect aux yeux de pêcheurs employés. Leur prise en compte dans les initiatives managériale peut donc éventuellement les encourager à inciter leurs employés à adopter une attitude responsable, et à ne pas faire usage de pratiques destructrices (Walmsley 2006).

D’autre part, l’application des lois et des règles est plus aisée à évaluer pour la pêche « organisée ». En effet, au contraire des pêcheries artisanales qui s’étalent tout au long de l’immense côte, les acteurs de la pêche « organisée » sont contraints d’utiliser les infrastructures portuaires, et peuvent donc être beaucoup plus facilement contrôlés (Van der Elst 2004).

Dans ce cas précis, il n’existe pas de réelles infrastructures portuaires, mais les pêcheurs qui travaillent pour un patron accostent néanmoins systématiquement aux mêmes endroits, ou l’acheminement des prises est possible.

Certains patrons de pêche habitent à Ampasindava ou à Vahilava et emploient les pêcheurs migrants présents. D’autres sont des patrons de Diego qui envoient leurs pêcheurs dans la zone de Nosy Hara. Ces deux types seront désormais dénommés patron local ou patron de Diego.

Toujours en vue de quantifier et de qualifier les phénomènes de migration en direction de Nosy Hara, il nous fallait rencontrer certains de ces patrons.

Une fois encore, un guide d’interview a été rédigé afin de structurer les interviews (disponible en annexe). Nous avons pu rencontrer le plus important patron local ; Mr N. à Ampasindava, et le plus important patron de Diego ; Mr B. au marché de Diego.

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IV. Résultats

4.1 Publications pertinentes

À l’exception de Goedefroit (2002), qui s’intéresse aux motivations des communautés migrantes, peu de publications se penchent exclusivement sur les migrations de communautés de pêcheurs dans le Nord de Madagascar. En revanche, de nombreuses études sur la biodiversité de cette région mentionnent le phénomène et l’identifient souvent comme un facteur important à prendre en compte quant à l’usage des ressources marines (McKenna 2003, Metcalf 2007, Biodev 2008, Pegg 2009).

Il existe par ailleurs de nombreuses recherches traitant du sujet des pêcheurs migrants en d’autres lieux (Jorion 1988, Kramer 2002, Francis 2004, Mahingika 2007, Fulanda 2009). Ces études montrent que les phénomènes de migration peuvent être à l’origine de conflits, qui se font toujours au détriment d’une gestion durable des ressources. Ces recherches illustrent l’importance de la prise en compte de ces communautés dans la gestion des pêcheries et des aires protégées.

Si la littérature prouvait la légitimité de l’étude, elle ne fournissait en revanche aucune information sur l’ampleur, les motivations, les tendances et le fonctionnement des migrations pour le Nord de Madagascar. Une partie de ces informations pouvaient éventuellement être disponibles auprès des autorités de gestion de l’Aire Marine Protégée.

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4.2 Connaissance et position de Madagascar National Parks

Selon MNP, les impacts prépondérants au sein du parc proviennent des pêcheurs. En effet, l’influence du tourisme est négligeable puisque l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara n’accueille pas plus de 500 visiteurs chaque année.

Pour ce qui est des pêcheurs qui exploitent les ressources du parc, MNP disposait d’informations partielles ; un recensement de 2008 suggère un total de 235 pêcheurs locaux dépendent exclusivement de la pêche dans les limites du parc, mais le nombre total de pêcheurs migrants est quant à lui inconnu. Selon le chef de secteur, il y aurait en permanence à Ampasindava une quinzaine de pêcheurs migrants entre Mai et Novembre, et ce nombre serait en constante augmentation depuis quelques années. Ces pêcheurs viennent de Diego Suarez, et travaillent pour des patrons qui sont également de Diego, à qui les pêcheurs vendent l’intégralité de leurs prises. Ces pêcheurs migrants restent à peu près 6 mois sur place. Selon les chiffres de MNP, les pêcheurs migrants ont capturé environ 300 tonnes de poisson en 2008.

Il existe différentes réglementations pour les pêcheurs locaux et migrants, en effet, seuls les pêcheurs locaux ont le droit de pêcher dans la zone tampon. Une carte personnelle de pêcheur sera prochainement en vigueur, elle permettra de contrôler les pêcheurs dans cette zone.

Il n’y a pas de véritable communication entre les gestionnaires du parc et les pêcheurs migrants ; MNP sensibilise les pêcheurs locaux sur les différentes réglementations du parc, et les villageois informent à leur tour les migrants des différentes réglementations. Mais il semblerait que ces dernières ne soient pas toujours respectées.

Pour avoir le droit de venir Ampasindava, les migrants doivent faire une demande au Maire de Mangaoko (commune principale du parc). Celle-ci est transmise à MNP, et c’est finalement au chef de village que revient la décision. Les pêcheurs migrants doivent également payer une taxe au chef de village pour avoir le droit de pêcher, et c’est parfois une source de conflits.

Enfin, lors du processus de création du parc, le directeur Mr J. avait convoqué l’ensemble des intéressés à une réunion à Diego Suarez, réunion à laquelle personne n’a souhaité participer. Face au manque de collaboration, MNP effectue désormais de nombreux contrôles, mais les moyens ne sont pas suffisants pour une zone d’une telle taille.

Les rencontres avec MNP ont souligné un manque de collaboration et de communication entre les gestionnaires du parc et les communautés de pêcheurs migrants. D’une part, la séance de concertation n’a aucunement permis d’intégrer l’ensemble des acteurs dans le plan de gestion, et d’autre part, il ne semble exister aucun contact direct entre MNP et les migrants. Lors de l’enquête par questionnaires il sera intéressant de voir si les pêcheurs migrants sont en effet informés des règlementations et dans quelle mesure ces dernières sont respectées.

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4.3 Evolution du nombre de pêcheurs dans le parc marin

L’analyse des 152 interviews effectuées par C-3 avec des pêcheurs du parc marin laisse supposer que le nombre de pêcheurs a évolué lors des années précédentes :

Evolution du

   

nombre de

Nombre

%

pêcheurs

Diminue

12

8%

Reste pareil

38

25%

Augmente

100

66%

Ne sait pas

2

1%

EVOLUTION DU NOMBRE DE PECHEURS

Ne sait pas Moins 1% 8% Pareil 25% Plus 66%
Ne sait pas
Moins
1%
8%
Pareil
25%
Plus
66%

Pour les 100 pêcheurs ayant répondu que le nombre de pêcheurs a augmenté :

Date du

changement

<1990

1990-1994

1995-1999

2000-2004

2005-2010

Ne sait pas

Date du changement <1990 1990-1994 1995-1999 2000-2004 2005-2010 Ne sait pas % 5 3 10 32

%

5

3

10

32

38

12

DATE DE L'AUGMENTATION

40% 35% 30% 25% 20% 15% 10% 5% 0% <1990 1990-1994 1995-1999 2000-2004 2005-2010 NA
40%
35%
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
<1990
1990-1994
1995-1999 2000-2004
2005-2010
NA

DATE

Depuis qu’ils ont commencé à pêcher, deux tiers des pêcheurs interrogés considèrent que le nombre de pêcheurs et d’embarcations a augmenté. Pour 70% d’entre eux, cette augmentation s’est faite lors de la dernière décennie.

Pas d'alternative

RAISONS DE L'AUGMENTATION 35% % 30% Raisons 25% Pas 32 20% d’alternative 15% Migrants 31
RAISONS DE L'AUGMENTATION
35%
%
30%
Raisons
25%
Pas
32
20%
d’alternative
15%
Migrants
31
10%
Jeunes
19
5%
0%
Ne sait pas
9
Population
5
Autre
4
Migrants
Jeunes
Ne sait pas
Population
Autres

La question relative aux raisons de l’augmentation étant ouverte, les réponses ont été classées en six catégories.

Pas d’alternative : 32 % des personnes interrogées expliquent l’augmentation du nombre de pêcheurs par l’absence activités professionnelles alternatives. L’usine Sirama de transformation de la canne à sucre était l’unique établissement industriel de la région Sa fermeture en 2001 a causé le licenciement de ses 1600 employés, et les communautés locales estiment que la grande majorité d’entre eux sont devenus pêcheurs. Par ailleurs, de nombreux pêcheurs affirment que le climat est devenu très sec suite au cyclone Gaphilo de 2004, et que l’agriculture est dès lors devenue beaucoup plus difficile, c’est pourquoi de nombreux agriculteurs se sont engagés dans les activités de pêche. La chute dramatique du prix de la vanille en 2003, qui est passé de US $400/kg à US $35/kg serait également responsable de l’exploitation accrue des ressources marines (Cinner, 2009). De façon générale, le désintérêt croissant pour les pratiques agricoles est un fait avéré dans la région de Diana (Goedefroit, 2002), et étant donné qu’il n’existe quasiment aucune source de revenu alternative, il en résulte une intensification des activités liées à l’exploitation des ressources côtières.

Migrants : 31 % des personnes sondées considèrent que l’augmentation du nombre de pêcheurs est due à l’arrivée de communautés migratrices de pêcheurs. Les raisons de la venue de ces populations sont probablement variées et seront étudiées ultérieurement, mais elles peuvent également être liées au fait qu’il n’existe pas suffisamment de sources de revenus alternatives au sein de leur communauté d’origine.

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Jeunes : Près d’un pêcheur sur cinq attribue l’augmentation du nombre de pêcheurs, au nombre grandissant de jeunes se spécialisant dans l’exploitation des ressources marines. Une fois encore, cette raison semble liée à l’absence de sources de revenus alternatives. En effet, de nombreux pêcheurs affirment que les jeunes de 10 à 15 ans, ne pouvant pas trouver d’autre travail, deviennent à leur tour pêcheurs, alors même que leurs parents sont toujours actifs. Selon eux, le fait d’avoir plusieurs générations exploitant les ressources halieutiques en même temps expliquerait l’augmentation générale du nombre de pêcheurs.

Population : 5 % des sondés estiment que le nombre de pêcheurs augmente simplement car la population augmente ; la population des quatre communes riveraines du parc est d’environ 16 000 habitants, avec un taux d’accroissement annuel de 2.8 % (MEF, 2009).

Enfin, 9% des pêcheurs déclarent ne pas savoir à quoi est dû cette augmentation, et 4% des pêcheurs ont fournit des réponses qu’il n’était pas pertinent de détailler, puisqu’elles étaient soit uniques, soit inexploitables.

Les enquêtes menées par C-3 sur les captures accidentelles montrent que le nombre de pêcheurs présents au sein du parc marin a augmenté lors des dix dernières années. Ce phénomène serait principalement dû à l’absence de sources de revenus alternatives et à l’arrivée de communautés de pêcheurs migrants.

Ces deux raisons pourraient par ailleurs être étroitement liées. Il sera donc intéressant d’étudier l’origine des pêcheurs migrants, et d’évaluer la véracité de l’hypothèse de Goedefroit (2002), selon laquelle la grande majorité des pêcheurs migrants seraient originaires de régions agricoles. Il faudra donc estimer quelle proportion d’entre eux n’était pas des pêcheurs à l’origine, mais provenant d’autres secteurs d’activité et s’étant tournés vers l’exploitation des ressources halieutiques en raison de difficultés économiques. C’est en partie ces informations qui seront recherchées par l’enquête socio- économique.

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%

4.4 Caractéristiques des pêcheurs migrants

4.4.1 Facteurs démographiques

Sur les 39 interviews réalisées, seules 3 l’ont été avec des femmes ; 92% des pêcheurs migrants interrogés étaient des hommes. Les pêcheurs interviewés avaient en moyenne 29 ans (écart-type de 12,88), et un tiers d’entre eux avaient entre 20 et 29 ans.

Age

%

10-19

23

20-29

33

30-39

28

40-49

8

> 50

8

35

30

25

20

15

10

5

0

AGE DES PECHEURS MIGRANTS

50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29
50 8 35 30 25 20 15 10 5 0 AGE DES PECHEURS MIGRANTS 10-19 20-29

10-19

20-29

30-39

40-49

>50

Origine des pêcheurs migrants : categories d'age
Origine des pêcheurs migrants :
categories d'age

Carte de localisation de la provenance des pêcheurs migrants.

Source : SIG C-3

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Plus de deux tiers des pêcheurs interrogés vivent sur la côte Est le reste de l’année. Plus parlant encore, presque la moitié des pêcheurs migrants sont originaires de la baie de Diego (Diego, Cap Diego, Ramena).

Cote

ouest

16%

LIEU DE RESIDENCE

Terre

16% Cote est 68%
16%
Cote est
68%

Les pêcheurs migrants proviennent de 12 ethnies différentes, qui sont pratiquement toutes représentées avec la même importance à l’exception de l’ethnie Sakalava qui regroupe un tiers des migrants.

38% des pêcheurs interrogés ont une source de revenus alternative à la pêche, et pour 53% d’entre eux il s’agit de la culture ou de la collecte du riz. Néanmoins, plus de 60% des pêcheurs migrants dépendent exclusivement de la pêche.

38% des pêcheurs sont célibataires, et parmi les 62% de pêcheurs mariés, seuls 19% d’entre eux migrent conjointement. De fait, 49% des pêcheurs sont célibataires ou migrent seuls en laissant leur conjoint au sein de leurs communautés d’origine. La taille des ménages, ne dépend pas du statut marital, et va de une à douze personnes, pour une moyenne de 3.66 personnes par ménage.

Les pêcheurs migrants ont en moyenne 11 ans d’expérience de pêche, mais l’écart type est de 13,10 puisque certains pêcheurs ont jusqu’à 50 ans d’expérience alors qu’il s’agit de la première année de pêche pour d’autres.

Seuls 36% des pêcheurs avaient des parents qui pêchaient également, et pour les 14 pêcheurs concernés, seuls 29% avaient des parents qui migraient. De façon générale, seuls 10% des pêcheurs interrogés avaient des parents qui migraient également pour la pêche.

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4.4.2 Patrons de migration

Lorsqu’ils étaient interrogés sur les raisons de leur migration, seuls deux facteurs ont été cités par l’ensemble des pêcheurs : l’abondance des ressources halieutiques disponibles et la faible intensité du vent. 28% des migrants considèrent que le facteur déterminant est le vent, et 41% des pêcheurs estiment que l’unique raison pour leur migration concerne les ressources. Plusieurs pêcheurs notent que c’est parce que le village de Vahilava est fermé entre Décembre et Mars que les ressources sont toujours si conséquentes. Enfin, 31% des pêcheurs interroges considèrent que c’est la combinaison des deux facteurs, le vent et les ressources, qui les incite à migrer.

MIGRANTS DANS LA COMMUNAUTE D'ORIGINE

Presque

personne

26%

Plus de Presque tout la moitie le monde 13% 10% Moins de la moitie 25%
Plus de
Presque tout
la moitie
le monde
13%
10%
Moins de la moitie
25%
Ne sait pas
La moitie
8%

18%

Selon les personnes interviewées, la proportion de pêcheurs qui migrent par communauté d’origine est très variée, ces résultats sont difficilement exploitables. Néanmoins, une tendance qui ressort de cette question, est que pour les villages situés dans les terres, tels que Ambilo, Andranofanjava et Ankarongana, la migration est exceptionnelle contrairement aux villages du littoral. En effet, les pêcheurs estimant que « plus de la moitie » ou « presque tout le monde » migre au sein de leur communauté d’origine, proviennent de la baie de Diego (Diego, Cap Diego, Ramena), et d’Ambolobozokely.

51% des pêcheurs interrogés n’ont jamais migré à un autre endroit que Ampasindava et Vahilava. Les autres destinations de migration pour les pêcheurs concernés incluent :

Ankigny, Ambanja, Ambavan’Andranofanjava, Analava, Vohemar, Nosy Be, Port Saint Louis, Ankify, Nosy Mitsio, Angalalava et Majunga. Il est intéressant de noter, qu’à l’exception de Vohemar (cité une fois), l’ensemble des destinations citées se trouvent sur la côte Ouest, tout comme Ampasindava et Vahilava.

En ce qui concerne la venue des pêcheurs migrants en cette période spécifique de l’année, 87% d’entre eux déclarent que c’est en raison du vent trop fort qui souffle dans leurs communautés d’origine, et 13% des pêcheurs viennent durant cette période car c’est la saison de chasse des poulpes.

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Sur les 39 pêcheurs migrants interrogés, un seul s’est définitivement installé sur place, et seuls 31% d’entre eux viennent ici pour la première fois. La grande majorité des pêcheurs viennent donc régulièrement pêcher à Nosy Hara.

Parmi ces pêcheurs qui ne sont pas à Nosy Hara pour la première fois, deux tiers d’entre eux estiment que le nombre de pêcheurs migrants a augmenté depuis qu’ils viennent ici.

Les pêcheurs migrants restent en moyenne 6 mois sur place (5,69 mois), 10 % d’entre eux ne reste qu’un mois sur place (toujours le mois de Mai), et 49% des pêcheurs restent 7 à 9 mois à Vahilava et Ampasindava.

PRESENCE DES PECHEURS INTERVIEWES 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 Janvier
PRESENCE DES PECHEURS INTERVIEWES
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Janvier
Fevrier
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
%
Aout Octobre Novembre
Septembre
Decembre

Aucun des pêcheurs interviewés n’est présent lors de la saison des pluies (Janvier- Fevrier-Mars), mais plus de la moitié d’entre eux sont présents entre Mai et Novembre.

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4.4.3 Facteurs influençant le choix de la destination

Lorsque les pêcheurs furent interrogés sur les critères qui font qu’ils migrent sur l’archipel de Nosy Hara en particulier, 3 raisons principales sont ressorties.

Accueil

14%

Autre

CRITERES DE CHOIX

16%

sont ressorties. Accueil 14% Autre CRITERES DE CHOIX 16% Proximite 25% Vente 45% 14% des pêcheurs

Proximite

25%

Accueil 14% Autre CRITERES DE CHOIX 16% Proximite 25% Vente 45% 14% des pêcheurs estiment que

Vente

45%

14% des pêcheurs estiment que s’ils ont choisi Nosy Hara, c’est en raison du bon accueil qui leur est réservé. Selon leurs dires, cet accueil ne serait pas du tout similaire dans les autres destinations de migration de prédilection telles que Nosy Be. En effet, ce n’est qu’à Nosy Hara que les ressources seraient suffisantes pour que les communautés riveraines ne soient pas dérangées ou menacées par l’arrivée de pêcheurs migrants, exploitant les mêmes ressources qu’eux.

25% mettent en avant le critère de proximité. Comme cela a été montré précédemment, près de la moitié des pêcheurs migrent seuls et sont originaires de la baie de Diego. Le parc marin de Nosy Hara ne se trouve qu’à quelques heures de Diego, et cet éloignement faible doit permettre quelques visites pour les pêcheurs qui restent sur place plusieurs mois.

Enfin 45% des pêcheurs déclarent migrer ici en raison de la facilité de vente des prises. En effet, de très nombreux collecteurs de Diego viennent acheter le poisson sur place et l’expédient directement à Diego. Les pêcheurs soulignent qu’ils pourraient pêcher en d’autres endroits sur la côte Ouest, où il y a suffisamment de ressources et un vent tolérable, mais en ces endroits, ils ne seraient pas en mesure de vendre leurs prises. Ce phénomène vient du fait qu’Ampasindava est le village situé sur la côte Ouest, qui soit le plus proche de Diego et qui soit accessible par une route. Bien que cette route soit dans un état qui laisse à désirer, au point qu’elle est impraticable durant la saison des pluies, elle permet tout de même un acheminement rapide du poisson, notamment vers le marché de Diego. De fait, près de la moitié des pêcheurs migrants seraient attirés vers le parc marin en raison de la présence de nombreux collecteurs de poissons, et donc une facilité accrue pour la vente de leurs prises.

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Route d’acheminement du poisson Ampasindava – Diego Suarez Source SIG C-3 Dernièrement, lors de cette

Route d’acheminement du poisson Ampasindava – Diego Suarez

Source SIG C-3

Dernièrement, lors de cette question ouverte, aucun des pêcheurs n’a mentionné la famille comme facteur de décision, bien que près de la moitie (49%) d’entre eux ont un lien de parenté avec une personne habitant Vahilava ou Ampasindava.

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4.4.4 Activité de pêche

Les techniques utilisées par les pêcheurs migrants incluent : (38% des pêcheurs interroges utilisent plusieurs de ces équipements)

interroges utilisent plusieurs de ces équipements) Filet (36% des pêcheurs) Il s’agit de filets

Filet (36% des pêcheurs) Il s’agit de filets synthétiques de 100 à 300 mètres de long, dont la taille des mailles est comprise entre 3 et 6 cm. Ils sont en général lestés et déposés au fond de la mer pendant plusieurs heures.

Jarifa (13 % des pêcheurs) Ce sont des filets dérivants à grande maille (20 à 30 cm), d’une longueur variant de 600 mètres à 1 kilomètre, destinés à la pêche au requin. En raison de trop nombreuses captures accidentelles (tortues, cétacés et dugong entre autres), leur usage est désormais soumis à des restrictions, notamment au niveau de la profondeur des eaux dans laquelle ils sont utilisés.

de la profondeur des eaux dans laquelle ils sont utilisés. Ligne (44% des pêcheurs) Pêche à

Ligne (44% des pêcheurs) Pêche à la ligne traditionnelle. Ils n’utilisent pas de canne, mais simplement une bobine de fil synthétique et des hameçons variant entre 1 et 8 cm de hauteur.

et des hameçons variant entre 1 et 8 cm de hauteur. Harpon (26% des pêcheurs) Fusils

Harpon (26% des pêcheurs) Fusils sous-marins pour la chasse des poissons benthiques et pélagiques, et des poulpes. Sont inclus dans le comptage des harpons, de simples pics métalliques utilisés pour la capture des poulpes.

pics métalliques utilisés pour la capture des poulpes. Palmes, masques, tuba (26% des pêcheurs) Equipement de

Palmes, masques, tuba (26% des pêcheurs) Equipement de plongée destiné à la récolte des concombres de mer.

64% des pêcheurs interrogés utilisent leur matériel personnel pour pêcher. Les 36% restants sont des pêcheurs au filet, et utilisent le matériel du patron.

Les pêcheurs migrants interrogés pêchent en moyenne 5.5 jours par semaine et passent en moyenne 4 heures en mer par jour de pêche.

Les personnes interrogées déclarent capturer en moyenne 23 kilogrammes de poisson lors d’une journée considérée comme « normale ». Ce chiffre est néanmoins difficilement exploitable car l’écart type et de 16,8 ; certains pêcheurs déclarent ne capturer que 2 kilogrammes par jours, alors que d’autres disent pêcher 70 kilogrammes lors d’une journée « normale ».

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Embarcations utilisées :

Embarcations utilisées : 13% des pêcheurs n’utilisent pas d’embarcation pour pêcher 13% utilisent une pirogue ;

13% des pêcheurs n’utilisent pas d’embarcation pour pêcher

13% utilisent une pirogue ; embarcation traditionnelle à balancier, d’une longueur comprise entre 2.5 et 5m, le plus souvent dépourvue de moteur, sur lesquelles pêchent 1 à 3 personnes

de moteur, sur lesquelles pêchent 1 à 3 personnes Les 74% restants pêchent en vedette ;

Les 74% restants pêchent en vedette ; embarcations en bois de 6 à 9 mètres de long, équipées d’une voile et d’un moteur, sur lesquelles pêchent 3 à 20 personnes

Pirogue Photo O. Raynaud Vedette Photo O. Raynaud
Pirogue
Photo O. Raynaud
Vedette
Photo O. Raynaud

PROPRIETE DE L'EMBARCATION UTILISEE

Location

9% Personnel 15% Patron
9%
Personnel
15%
Patron

76%

Seuls 15% des pêcheurs migrants utilisent leur propre embarcation pour pêcher. Certains louent la pirogue d’autres pêcheurs (échange contre du poisson), mais la grande majorité des pêcheurs utilisent l’embarcation d’un patron.

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La plupart des pêcheurs migrants semble pêcher dans les mêmes lieux que les pêcheurs locaux:

LES PECHEURS MIGRANTS PECHENT-ILS AU MEMES

ENDROITS QUE LES LOCAUX? Jamais Parfois 8% 16% Toujours
ENDROITS QUE LES LOCAUX?
Jamais
Parfois
8%
16%
Toujours

76%

Pour ce qui est de la vente des prises, 51% des pêcheurs sondés vendent leurs poissons à des patrons de Diego Suarez, 33% le vendent aux collecteurs de poissons qui viennent sur place, et 13% des pêcheurs migrants vendent leur prise à un patron local.

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4.4.5 Evaluation d’impact au sein des communautés d’accueil

47% des pêcheurs interrogés connaissent les organisations qui réglementent la pêche telles que MNP et la Pêche Maritime. 63% des sondés disent connaître les règlements en vigueur, et 45% disent connaître les fadys, ou tabous locaux. Les réglementations et fadys les plus cités sont :

locaux. Les réglementations et fadys les plus cités sont : Interdiction de tuer ou de collecter

Interdiction de tuer ou de collecter les œufs des tortues de mer Filets de maille moins de deux doigts (Ragiragy) interdits Bouteilles d’oxygène interdites pour la collecte des concombres de mer Interdiction de toucher ou de déplacer les coraux « Lipondro missy ampenby » interdits. Il s’agit de grandes perches en bois équipées d’un bout en métal utilisées pour pousser les embarcations Zones du noyau dur totalement interdites telles que Nosy Hao

Zones du noyau dur totalement interdites telles que Nosy Hao 85% des pêcheurs interrogés estiment que

85% des pêcheurs interrogés estiment que les autres pêcheurs migrants respectent ces règlements et ces fadys.

65% des pêcheurs migrants pensent qu’il faut avoir une autorisation pour pêcher, mais seulement 40 % d’entre eux connaissent le processus de demande, pour le reste, c’est le patron qui s’en occupe.

Enfin, seulement 13% des pêcheurs migrants interrogés estiment qu’il existe des conflits entre les communautés riveraines et les communautés de pêcheurs migrants.

riveraines et les communautés de pêcheurs migrants. Interview de pêcheurs migrants Master 2 Management Public

Interview de pêcheurs migrants

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Photo K. Reuters

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4.5 Position des communautés riveraines

D’après les représentants des communautés riveraines, chacun des villages d’Ampasindava et de Vahilava accueillent chaque année entre 60 et 100 pêcheurs migrants. Bien qu’avec la mise en place de l’aire protégée, la zone de travail des pêcheurs a diminué, le nombre de pêcheurs accueillis chaque année reste sensiblement le même.

Ces pêcheurs viennent principalement de la côte Est ; Diego, Ramena, Ambolobozokely, Cap Diego, Ambodivahibe, Ampondrahazo, Ivovonu, mais aussi de Namakia, Nosy Be et Baombi. Ils restent en général six ou sept mois, en général de Avril/Mai à Novembre/Décembre. En effet durant cette période, la pêche est rendue quasi-impossible par le vent Varatraza. De fait le poisson devient très cher, jusqu'à 50 000 FMG/kg (4€ /kg). Cette augmentation du prix n’est pas dans l’intérêt des pêcheurs puisque les populations locales n’achètent tout simplement plus de poisson durant cette période. La pêche est donc beaucoup plus aisée sur la côte Est, et étant donné que les poissons sont vendus aux alentours de 10 000 FMG/kg (0.8 € /kg) à Vahilava et à Ampasindava, la demande reste la même. Il est donc beaucoup plus facile de revendre le poisson capturé.

D’après les représentants locaux, les pêcheurs migrants pêchent environ six jours par semaine, ce qui est plus que les pêcheurs locaux. Par ailleurs les migrants pêchent toujours aux mêmes endroits que les pêcheurs locaux et partagent très souvent le matériel et les embarcations. Certains pêcheurs migrants viennent avec leurs propres embarcations et proposent de les louer aux pêcheurs locaux. Mais pour ceux qui viennent sans vedette ou sans pirogue, l’inverse se produit ; ils louent une embarcation aux pêcheurs locaux. D’après les riverains, les pêcheurs migrants s’intègrent très bien dans les communautés d’accueil et aucun conflit n’a été à signaler. Leur venue n’aurait aucun inconvénient, au contraire, cela permettrait différents échanges ; techniques de pêche, échanges commerciaux, location de matériel et de logements, etc.

Pour ce qui est des réglementations en vigueur, MNP et la Pêche Maritime informent les communautés locales, qui sont ensuite chargées de transmettre ces informations aux pêcheurs migrants. Etant donné que MNP contrôle les activités de pêche, les représentants locaux estiment que les communautés de pêcheurs migrants respectent les réglementations et tabous locaux. Les réglementations principales sont les suivantes :

Les réglementations principales sont les suivantes : Interdiction d’utiliser les filets à petite maille

Interdiction d’utiliser les filets à petite maille (Ragiragy), les « Lipondro missy ampenby » pour les pirogues, et les bouteilles d’oxygène pour la plongée. Interdiction de casser le corail Capture des tortues et collecte des œufs interdits Interdiction de couper les ailerons des requins et de les rejeter à l’eau Pêche dans le noyau dur, délimité par des bouées, interdite

dans le noyau dur, délimité par des bouées, interdite Les pêcheurs locaux considèrent que les pêcheurs

Les pêcheurs locaux considèrent que les pêcheurs migrants ont tout à fait le droit de pêcher ici, il leur faut seulement se munir d’une autorisation en payant une taxe au chef de village.

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4.6 Fonctionnement des entreprises de pêche

Il existe 4 patrons de pêche à Diego et Cap Diego, équipés d’un total de 10 vedettes, qui emploient au total une centaine de pêcheurs dans la zone de Nosy Hara. Il existe par ailleurs au moins deux patrons de pêche, installés à Ampasindava et Vahilava qui embauchent les pêcheurs migrants présents sur place.

Le mode de fonctionnement des différents patrons est toujours le même ; ils fournissent embarcations, essences, glace, et voire même nourriture aux pêcheurs, et en échange achètent l’intégralité des prises effectuées, à un prix inférieur au marche : 5 000 FMG/kg (0.4€/kg) pour le poisson et 15 000 FMG/kg (1.2€/kg) pour les langoustes. Les patrons s’occupent par ailleurs de payer les autorisations de pêche pour leurs employés et leurs embarcations. Cela s’élève chaque année à 60 000 FMG (4.8€) par pêcheur et 200 000 FMG (16€) par vedette.

Les pêcheurs employés pêchent au filet, à la ligne, et au harpon. D’après les patrons, leurs pêcheurs ne pêchent jamais dans les eaux du parc marin, ils travaillent beaucoup plus loin, dans le Canal du Mozambique. Les pêcheurs ne viennent à Ampasindava que pour vendre le poisson et se ravitailler en vivres.

En ce qui concerne Mr B, les prises s’élèvent en général, à 4 tonnes par semaine, mais cela peut aller jusqu’à une dizaine de tonnes par semaine parfois. Le poisson est revendu 20 000 a 25 000 FMG/kg (1.6 à 2 €/kg) au marché de Diego, mais la demande n’est pas très conséquente donc plus de la moitié du poisson capturé est exportée vers La Réunion, l’Ile Maurice, Dubaï, et l’Europe. Le poisson est donc immédiatement vendu a l’usine de conditionnement se trouvant à Diego, sur la route de Ramena, pour un prix d’environ 8 000 a 10 000 FMG/kg (0.65 à 0.8 €/kg). Les collecteurs de Diego qui se rendent à Ampasindava, et les autres patrons de pêche, vendent aussi la grande majorité des produits à l’usine de conditionnement, qui exporte l’intégralité des produits.

Les espèces destinées au marché local sont les menaheliky, batola, barracuda et les tabaka. Les espèces exportées sont le kabo, mérou, angou, espadon, capitaine, ainsi que les langoustes, poulpes et crabes.

Dernièrement, un des patrons de Diego Mr A, est le seul à s’occuper de la récolte des poulpes ; il envoie des collecteurs spécialisés à Vahilava, ainsi qu’un véhicule à Ampasindava, pour acheter le poulpe collecté par le patron local Mr N (à condition que les poulpes soient tous supérieurs a 500g).

La collecte et la vente des concombres de mer ne sont pas gérées par les différents patrons de pêche. La majorité de ces plongeurs ne sont pas des pêcheurs migrants, mais résident à Ampasindava. De nombreux plongeurs utilisent néanmoins les embarcations des patrons contre 30% de la valeur des prises. Les concombres sont ensuite directement vendus aux collecteurs de Diego, et sont exclusivement destinés à l’exportation vers les marchés asiatiques.

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V. Catégorisation des pêcheurs migrants

Les informations issues des pêcheurs eux-mêmes, des communautés locales, des autorités de gestion du parc et des patrons de pêche permettent de classer les pêcheurs migrants en cinq catégories:

Migrants

Pêchent du poisson
Pêchent du
poisson

Migrent en groupe

Migrent seuls

2
2
Pêchent du poisson Migrent en groupe Migrent seuls 2 Plongent pour les concombres de mer Collectent
Pêchent du poisson Migrent en groupe Migrent seuls 2 Plongent pour les concombres de mer Collectent
Pêchent du poisson Migrent en groupe Migrent seuls 2 Plongent pour les concombres de mer Collectent

Plongent pour les concombres de mer

Collectent des poulpes

5
5
4
4

Embauchés par

un patron

Autonomes

1
1
3
3
     

Expérience dans le milieu de la pêche

Durée de

     

Quantité

 

Origine

Revenus

séjour

Propriété de

Vente des

Connaissance des

moyenne de

   

alternatifs

l’embarcation

captures

réglementations

captures

   

(mois)

       

qutodiennes

         

Patron

     
         

Patron

Moyenne

25

kg

1

Cote Est

Non

Forte

5-6

Diego

               
 

Cote Est,

     

Personnelle/

     

2

Oui

Moyenne

6-7

Louée/

Collecteurs

Forte

22

kg

Terres

       

Patron local

     

3

Cote Est

Non

Faible

5-6

Personnelle

Collecteurs

Faible

44

kg

           

Patron

   

4

Cote Ouest

Oui

Forte

2-3

Patron local

Forte

17

kg

5

Terres

Oui

Faible

7-8

Aucune

Collecteurs

Faible

5 kg

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5.1

Pêcheurs professionnels

28% des pêcheurs migrants. Ces pêcheurs travaillent pour un patron de Diego, et sont considérés comme « professionnels » puisqu’ils pratiquent la pêche « commerciale » (qui vise à se procurer des revenus), et qu’il s’agit de leur activité principale (Kodio 2001). Ces pêcheurs proviennent tous de la côte Est et n’ont, pour la grande majorité, aucune source de revenue alternative. Ces personnes n’ont pas de famille résidant dans la région du parc marin mais sont néanmoins venus de très nombreuses fois (jusqu’à 50 fois). Ils se sont rendus sur place avec l’équipage à bord d’une vedette, et ne sont pas en interaction avec les communautés riveraines puisque les échanges concernant les provisions et les prises ne se font qu’avec le patron. Seule la moitié de ces pêcheurs connait les réglementations concernant la pêche, et c’est toujours le patron qui s’occupe d’obtenir leur autorisation de pêche.

5.2 Pêcheurs indépendants

31% des pêcheurs migrants. Ce sont des pêcheurs venant individuellement de la côte Est ou des terres. La moitié d’entre eux à des sources de revenus autres que la pêche, et leur expérience dans le milieu de la pêche est très variée (1 à 48 ans). Ils pêchent à bord de pirogues et de vedettes qui sont, soit amenées sur place, soit louées aux pêcheurs locaux, soit mises à disposition par un patron local. Ils utilisent leur propre équipement et tous vendent leur poisson aux collecteurs de Diego Suarez qui viennent sur place. La plupart des pêcheurs connaissent les organisations en charge de la pêche ainsi que les réglementations en vigueur. Ils obtiennent tous une autorisation en effectuant une demande au Maire de Mangaoko, qui transmit celle-ci à MNP, puis au chef de village.

5.3 Groupes de pêcheurs

13% des pêcheurs migrants. Il s’agit de pêcheurs très jeunes (80% d’entre eux ont moins de 19 ans) venant de la côte Est. Ils n’ont pas de sources de revenu autres que la pêche, mais sont célibataires et n’ont pas de ménage à soutenir. En général, ils sont très peu expérimentés (moins de 3 ans d’expérience en moyenne), et ne sont pas issus d’un milieu de pêcheurs. Leur effort de pêche est en revanche considérable, ils pêchent sept jours sur sept, et restent au moins douze heures par jour en mer. Ils capturent individuellement en moyenne 44 kilogrammes de poisson par jour et vendent tout aux collecteurs de Diego. 80% d’entres eux ne connaissent ni les organisations en charge de la pêche, ni les règlements en vigueur.

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5.4

Plongeurs

15% des pêcheurs migrants. Contrairement aux catégories précédentes, 83% d’entre eux viennent de la côte Ouest. Ce sont des pêcheurs plus expérimentés, âgés de 20 à 35 ans, convertis dans la collecte des concombres de mer. Ils vendent tous leurs concombres à Mr N, patron local, qui leur prête en échange sa vedette. Mr N vend à son tour les concombres à Mr A, patron de Diego, qui les exporte directement. La durée de leur séjour dans la région de Nosy Hara est bien plus courte que celle des autres pêcheurs migrants; la moitié d’entre eux ne reste qu’un mois, en Mai.

5.5 Chasseurs de poulpes

13% des pêcheurs. Ces pêcheurs viennent principalement des terres, et c’est dans cette catégorie que l’on trouve les seules trois femmes interviewées. Ils ont des sources de revenus alternatifs et ne sont absolument pas expérimentés en pêche (moins d’un an d’expérience en moyenne). Ils ont tous de la famille sur place, et pourtant il s’agit, pour la plupart, de leur première fois à Nosy Hara. La durée de leur séjour est de 5 à 8 mois. Ils pêchent deux heures par jour, tous les jours durant les vives eaux (plein lune). En ces périodes, ils capturent en moyenne 5 kilogrammes de poulpes par jour, qui sont tous vendus aux collecteurs spécifiques de Mr A, patron de Diego.

aux collecteurs spécifiques de Mr A, patron de Diego. Campement de pêcheurs migrants à Vahilava Master

Campement de pêcheurs migrants à Vahilava

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Photo : O. Raynaud

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VI. Discussion

Selon Kodio (2001), la pêche « de subsistance » a pour seul objectif de nourrir le ménage, et elle est dite « commerciale » lorsqu’elle vise à se procurer des revenus. De plus, lorsque la pêche commerciale est pratiquée en tant qu’activité principale, elle est qualifiée de « professionnelle ». Si certains pêcheurs locaux pratiquent la pêche de subsistance, ce n’est pas le cas des pêcheurs migrants. La pêche pratiquée par l’intégralité des pêcheurs migrants est soit commerciale, soit professionnelle.

Il y aurait, selon les différentes sources consultées, entre 200 et 250 pêcheurs migrants dans la région de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara. Etant donné que MNP avait recensé un total de 235 pêcheurs locaux, l’hypothèse de McKenna (2003) selon laquelle « il y aurait moins de pêcheurs locaux que de pêcheurs migrants saisonniers » semble réaliste.

En ce qui concerne la provenance de ces pêcheurs, la première hypothèse de Goedefroit (2002) selon laquelle : « Dans le Nord, certains migrants ne sont pas vraiment des étrangers, mais sont originaires de la région d’Antsiranana et partagent avec les autochtones la même identité ethnique antakarana. » est tout à fait vérifiée puisque un tiers des pêcheurs interrogés sont antakarana et la moitié des migrants proviennent de la région d’Antsiranana.

En revanche, sa deuxième hypothèse selon laquelle « la grande majorité des pêcheurs migrants seraient originaires de régions agricoles » est questionnable. D’une part, seuls un tiers des pêcheurs interrogés proviennent de familles de pêcheurs, mais d’autre part 84% des pêcheurs migrants sont originaires de villages situés sur le littoral. Ces migrants seraient donc de « nouveaux pêcheurs » provenant de régions littorales, mais issus de milieux agricoles.

Le désintérêt croissant envers les pratiques agricoles identifié par Goedefroit se traduit par quelques migrations des terres vers la mer, mais surtout par de nombreuses personnes habitant le littoral, n’étant pas auparavant pêcheurs, se tournant récemment vers l’extraction de ressources halieutiques. L’importante variation climatique qui existe en fonction des saisons pousse ces « nouveaux pêcheurs » à migrer vers des destinations où la pratique de la pêche est plus aisée.

Le vent est de toute évidence le facteur prépondérant expliquant le phénomène de migration, mais ce qui explique le choix de Nosy Hara comme destination de prédilection n’a rien de climatique. Si tant de pêcheurs viennent travailler dans cette région, c’est en raison de l’importance des ressources halieutiques disponibles, et de la facilité de vente des produits récoltés.

La richesse des fonds de l’archipel n’est plus a démontrer, et elle explique également le bon accueil qui est réservé aux pêcheurs migrants. L’abondance des ressources disponibles fait que les communautés locales ne sont pas menacées par l’arrivée

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d’exploitants additionnels. De nombreux pêcheurs soulignent l’importance des périodes de fermeture ; selon eux, s’il y a tant de ressources à Vahilava, c’est parce que le camp est fermé et la zone est donc inexploitée durant la période de reproduction des poulpes, entre Novembre et Mars.

Les produits récoltés sont très facilement revendus du fait de la proximité de Diego Suarez. Durant la période de vent Varatraza, le marché de Diego est alimenté par les produits capturés sur la côte Ouest. La route qui relie Diego à Ampasindava permet à de très nombreux collecteurs de poisson de venir acheter les captures régulièrement. Certains pêcheurs, originaires de la côte Ouest, pourraient pêcher dans leur communauté d’origine, mais la revente du poisson serait beaucoup plus compliquée. Cette route est donc décisive, au même titre que le vent et les ressources, quant à l’importance des migrations dans la région de Nosy Hara.

Aucun conflit digne de ce nom n’a été décelé. Bien au contraire, le phénomène de migration semble être un mécanisme bien huilé qui repose sur une coopération importante entre les communautés. Cela s’explique par le fait que les deux communautés changent de rôle au cours de l’année ; les pêcheurs de la côte Est migrent durant la saison sèche, et lorsqu’ils retournent sur la côte Ouest lors de la saison des pluies, ils accueillent à leur tour des communautés de migrants.

Comme cela a été détaillé précédemment, les situations de conflit ont souvent un impact très néfaste sur les efforts de préservation qui sont faits et sur le respect des réglementations. Cette absence de conflit est donc tout à fait positive pour la gestion de l’Aire Protégée. Madagascar National Parks doit donc gérer les impacts des populations migrantes, en essayant de maintenir cet équilibre et en suivant l’évolution et l’ampleur des phénomènes de migration.

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VII. Recommandations à l’attention de Madagascar National Parks

Le phénomène de migration des communautés de pêcheurs est un fait avéré dans le Nord Ouest de Madagascar et ne peut être remis en cause. La pêche pratiquée par les communautés migrantes est considérée comme « commerciale » mais elle reste néanmoins l’unique moyen de subsistance pour de nombreux ménages. Par ailleurs, il n’est pas possible d’interdire les flux migratoires vers la côte Ouest étant donné que durant la saison des pluies, le phénomène inverse se produit. Il n’est donc pas question de rendre la pêche illégale pour les migrants, mais celle-ci doit être régulée et contrôlée par les autorités de gestion du parc marin.

Pour cela, Madagascar National Parks doit avoir recours à une combinaison de trois approches :

doit avoir recours à une combinaison de trois approches : La collaboration avec les communautés de

La collaboration avec les communautés de pêcheurs migrants La responsabilisation des communautés riveraines Un suivi à long terme de l’évolution du phénomène de migration

Au jour d’aujourd’hui, si la collaboration entre communautés migrantes et autorités de gestion ne semble pas suffisamment développée, la collaboration entre communautés riveraines et communautés migrantes parait tout à fait établie. Le fonctionnement actuel montre qu’il existe un suivi « naturel » des comportements et que les parties prenantes se montrent en général responsables ; l’ensemble des prises pesées est enregistrée, les populations riveraines communiquent clairement les règlementations aux communautés migrantes, et les acteurs ont compris en quoi les pratiques destructrices telles que le Ragiragy sont néfastes.

La tâche la plus délicate dans la gestion de l’Aire Protégée sera le respect des restrictions en matière de zones de pêche. Si le respect du noyau dur peut être suivi et contrôlé par les autorités de gestion, les dimensions de la zone tampon font qu’il sera très difficile de s’assurer que seuls les pêcheurs locaux l’exploitent. Bien qu’utile pour d’autres raisons, la mise en place de cartes personnelles de pêche ne sera pas nécessairement efficace pour contrôler les zones de pêche ; Mahingika (2007) montre que ces cartes ont également été mises en place sur les îles Mafia, mais que les dimensions du parc font que les contrôles sont dérisoires, et que de nombreux pêcheurs viennent encore exploiter les zones protégées en toute impunité.

Face à la surface qui doit être surveillée et aux moyens disponibles, la répression ne semble pas en mesure de contrôler les comportements. Si cette approche n’est pas susceptible de changer les attitudes, une solution alternative consiste à s’assurer de la collaboration entre toutes les parties prenantes. Celle-ci est déjà bien ancrée entre MNP et les communautés locales, mais devrait être généralisée à l’ensemble des parties prenantes.

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La première des actions à mettre en œuvre est donc la re-programmation d’une réunion rassemblant l’ensemble des acteurs intéressés. L’ensemble des personnes qui peuvent être concernées ou affectées par le plan de gestion doit être conviée. Il est par ailleurs important de faire comprendre à chaque partie prenante que leur présence est le seul moyen de défendre leurs intérêts, et qu’en revanche leur absence peut résulter en l’adoption de mesures qui peuvent se faire au détriment de leurs besoins et de leur activité.

Il n’est pas forcement pertinent d’inviter « tout le monde » lors de la concertation. En ce qui concerne les pêcheurs migrants, maintenant qu’ils ont été caractérisés, il serait pertinent de convier personnellement certains représentants de chacune de ces catégories. Quitte à ce que certains autres pêcheurs ne soient pas présents, il est primordial que chacune des catégories soient représentées. Cette consultation pourrait éventuellement permettre d’élaborer des réglementations qui soient spécifiques à chacune des catégories. La communication, la réglementation, le suivi et le contrôle menés par MNP seraient nettement plus pertinents s’ils étaient différenciés pour chacune des catégories identifiées. La présence des intéressés lors de la consultation est dès lors décisive.

Enfin, si des règlementations spécifiques étaient élaborées, il serait envisageable de définir cinq différentes cartes personnelles de pêche pour les pêcheurs migrants. Chaque pêcheur aurait une carte spécifique à la catégorie à laquelle il appartient. Etant donné que les réglementations seraient différenciées pour chacune des catégories, les opérations de surveillance menées par MNP seraient grandement simplifiées et la situation et l’activité de chacun des pêcheurs migrants pourraient facilement être contrôlées.

Suite à cette consultation générale, MNP doit entretenir un contact régulier et effectuer un suivi permanent avec les différentes catégories de pêcheurs migrants :

Pêcheurs professionnels Comme l’a souligné Goedefroit (2002), l’argent que procure la valorisation d’une ressource ne revient pas entièrement à la population locale. Dans le cas des pêcheurs professionnels, la population ne tire quasiment aucun bénéfice de l’activité de ces pêcheurs. L’exportation est néanmoins une source de richesse pour le pays, on ne peut donc interdire cette activité. Il est en revanche important de s’assurer que ces ressources ne proviennent pas de l’Aire Marine Protégée, et qu’elles sont bien péchées en dehors du parc, dans le canal du Mozambique. Une fois encore, contrôler l’ensemble de la zone semble difficile, c’est donc par la collaboration que le respect des règles peut être obtenu. Pour cela, les représentants de MNP doivent rencontrer les quatre patrons de pêche de Diego afin de préciser les exigences réglementaires et la responsabilité qu’ont les patrons de pêche vis-à-vis des pêcheurs qu’ils emploient.

Pêcheurs indépendants Les pêcheurs indépendants entretiennent d’ores et déjà une étroite relation avec les communautés locales, et leur impact n’est pas de l’ordre de celui des pêcheurs professionnels. Le seul problème actuel et que lorsqu’ils partagent les embarcations avec

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les pêcheurs locaux, ils ne payent pas nécessairement de taxe à chaque sortie, comme cela devrait être le cas. Au delà de l’aspect pécuniaire, ce comportement ne permet l’enregistrement de l’activité des pêcheurs migrants, et constitue donc une source de biais pour le suivi du phénomène. Les communautés locales jouent déjà un rôle important au niveau de la transmission des informations aux communautés de pêcheurs migrants. Cette collaboration doit inciter Madagascar National Parks à responsabiliser les communautés locales. MNP doit avoir un contact régulier avec les pêcheurs locaux, leur fournir un accès à l’information, et leur proposer de participer aux réunions de travail. Cette responsabilisation ne peut qu’accentuer les efforts faits par les communautés locales en termes de communication avec les migrants sur les comportements à adopter et la gestion durable des ressources.

Groupes de pêcheurs Comme cela a été détaillé précédemment, les groupes de pêcheurs ont un impact important sur les ressources marines de la région. Afin d’encourager et de promouvoir les attitudes responsables, il serait profitable que les hommes de terrain de MNP ait un contact direct avec un interlocuteur privilégié de ces groupes. Il faudrait donc que les chefs de secteur rencontrent régulièrement les propriétaires ou les responsables des vedettes, qui sont par ailleurs souvent les plus âgés, et qui peuvent donc avoir une influence sur les pêcheurs plus jeunes.

Chasseurs de poulpe La collecte des poulpes n’est pas une pratique destructrice dans le sens ou une saison de fermeture est déjà en place. Le fait d’interdire leur capture lors de la saison de reproduction (Novembre à Mars) assure le renouvellement des stocks. En revanche, les techniques utilisées lors de leur capture peuvent entraîner une destruction mécanique des coraux. Par ailleurs, seuls les poulpes de plus de 500 grammes sont commercialisés, il est donc important de s’assurer que les plus petits poulpes ne sont pas capturés. Une fois encore, MNP doit rencontrer les deux patrons de pêche qui achètent les poulpes, afin de définir leurs responsabilités quant aux pratiques et aux prises de leurs pêcheurs.

Plongeurs La collecte des concombres de mer n’engendre aucune destruction d’habitat puisqu’il s’agit « simplement » de plonger et de ramasser les concombres. La seule menace concerne l’espèce en elle-même, puisqu’elle est de toute évidence surpêchée. En effet, selon les dires des plongeurs, il y a 20 ans les concombres pouvaient être collectés en bord de mer. Il y a 10 ans, il fallait aller les chercher à 2 ou 3 mètres de profondeur. Il y a 2 ans, il était nécessaire de plonger à 10 ou 15 mètres, et aujourd’hui, on ne les trouve pas à moins de 22 à 24 mètres de profondeurs. Néanmoins, le nombre de plongeurs locaux est bien plus important que le nombre de plongeurs migrants. Cette étude n’est donc pas en mesure de fournir des recommandations concernant la collecte des concombres de mer, mais elle montre que cette pratique doit être étudiée. MNP a donc tout intérêt de mener des recherches sur la collecte des concombres de mer, concernant les caractéristiques et l’importance du phénomène ainsi que l’épuisement des stocks.

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De façon générale, il est nécessaire que MNP renforce les liens qu’ils entretiennent avec les différentes catégories de pêcheurs. La collaboration et la responsabilisation des pêcheurs peuvent également amener une conscience sur les situations et la gestion de leur activité de pêche (Walmsley 2006). Il est même envisageable que cette intégration dans le plan de gestion puisse avoir des répercutions lors des migrations inverses, et que les pêcheurs « formés » sauront promouvoir les pratiques durable au sein d’une zone qui n’est pas nécessairement protégée.

Enfin, au vu de la situation politique et économique du pays, il est envisageable que les phénomènes de migrations gagnent encore de l’ampleur. Il est donc déterminant que MNP suive l’évolution de ce phénomène et soit attentifs aux événements qui puissent le faire augmenter (telles qu’une crise politique, une période de sécheresse ou encore la rénovation de la route entre Diego et Ampasindava).

Enfin, il est prévu dans le plan de gestion de consacrer 50% des droits d’entrée au parc perçus au financement de microprojets. Il semble pertinent de favoriser les projets susceptibles de développer les activités professionnelles alternatives a la pêche, telles que le tourisme et l’agriculture, afin d’enrayer l’augmentation continuelle du nombre de pêcheurs.

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VIII. Conclusion

Les enquêtes menées ont montré qu’il n’existe pas de réels conflits entre les communautés au sein de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara, c’est donc l’impact des acteurs qu’il faut superviser. Les principales menaces identifiées lors de cette enquête sont :

menaces identifiées lors de cette enquête sont : Les pratiques de certains pêcheurs migrants L’évolution

Les pratiques de certains pêcheurs migrants L’évolution de la collecte des concombres de mer La destruction des coraux lors de la collecte des poulpes.

L’étude a permis d’identifier précisément les populations de pêcheurs migrants, et de définir les tendances et les raisons des migrations. Ces données fournissent des informations démographiques et socio-économiques pertinentes, mais c’est ensuite la catégorisation des pêcheurs qui va permettre d’intégrer ces communautés dans le plan de gestion. Cette catégorisation a permis d’illustrer les comportements et les impacts de différents types d’individus au sein d’une même partie prenante.

Etant donné que cette étude se concentre exclusivement sur les pêcheurs migrants, les recommandations sont centrées sur la consultation avec les communautés migrantes, et sur la collaboration avec les représentants des catégories de pêcheurs migrants dont l’impact est prédominant.

Cette approche a en effet permis d’établir un ordre de priorité d’action ; le travail effectué

a clairement mis en lumière le fait que les catégories « pêcheurs professionnels » et

« groupes de pêcheurs » ont un impact prépondérant. Il est dès lors nécessaire de réguler leurs activités en premier lieu, au moyen des recommandations émises.

La collecte des poulpes peut, quant-à-elle, être contrôlée, puisqu’elle est limitée à des zones littorales. La destruction des coraux peut donc être ralentie par la mise en place de contrôles traditionnels.

En revanche, il serait probablement pertinent d’avoir recours à un travail de recherche similaire pour les plongeurs qui collectent les concombres de mer. Leur impact s’illustre par la raréfaction des concombres, mais les caractéristiques socio-économiques des plongeurs n’ont pas été identifiées par le présent travail, puisqu’il s’agit majoritairement de pêcheurs locaux. Avant de réguler leur activité il serait certainement profitable d’identifier les plongeurs et de les catégoriser, tout comme cela a été fait pour les pêcheurs migrants.

Lors de cette étude, il est apparu que la division d’une même partie prenante en différentes catégories apporte d’importantes informations, et permet surtout de structurer les initiatives managériales de façon à les adapter à chaque entité d’acteurs.

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Cela correspond à la combinaison de deux approches : top-down (on cherche à réglementer de manière générale) et bottom-up (chacun a ses spécificités). En effet, l’efficacité et la pertinence des réglementations et des modalités de contrôles sont certainement améliorées lorsqu’elles sont élaborées spécifiquement pour chaque groupe d’acteur et communiquées aux interlocuteurs privilégiés de chaque catégorie.

De façon générale, la définition d’échelles d’attitude et la classification des acteurs en catégories semblent applicables et profitables avant toute initiative managériale. Pour tout projet d’aire protégée, il serait donc envisageable d’avoir recours à ce type de travail, afin de s’assurer de la prise en compte de l’ensemble des caractéristiques des populations étudiées. Cette approche permet également l’élaboration de réglementations spécifiques, et donc appropriées, qui facilitent alors une gestion et un contrôle à long terme.

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TABLE DES MATIERES

I.

Introduction

6

1.1 Enjeux

6

1.2 Attentes

7

1.3 Démarche

8

II.

Objet de recherche

9

2.1

Aire Marine Protégée de Nosy Hara

9

2.1.1 Madagascar

9

2.1.2 Nosy Hara

11

2.2 Intégration et parties prenantes

14

2.3 Pêcheurs migrants

15

 

2.3.1 Définition et caractéristiques

15

2.3.2 Conséquences des migrations

16

III.

Méthodologie

17

3.1 Revue de littérature

18

3.2 Interviews avec les représentants de Madagascar National Parks

18

3.3 Analyse des données C-3 sur le nombre de pêcheurs dans le parc

18

3.4 Enquête au moyen de questionnaires semi structurés

19

3.5 Focus groups

21

3.6 Interviews avec les patrons de pêche

22

IV.

Résultats

23

4.1 Publications pertinentes

23

4.2 Connaissance et position de Madagascar National Parks

24

4.3 Evolution du nombre de pêcheurs dans le parc marin

25

4.4 Caractéristiques des pêcheurs migrants

28

 

4.4.1 Facteurs démographiques

28

4.4.2 Patrons de migration

30

4.4.3 Facteurs influençant le choix de la destination

32

4.4.4 Activité de pêche

34

4.4.5 Evaluation d’impact au sein des communautés d’accueil

37

4.5 Position des communautés riveraines

38

4.6 Fonctionnement des entreprises de pêche

39

V.

Catégorisation des pêcheurs migrants

40

5.1 Pêcheurs professionnels

41

5.2 Pêcheurs indépendants

41

5.3 Groupes de pêcheurs

41

5.4 Plongeurs

42

5.5 Chasseurs de poulpes

42

VI.

Discussion

43

VII. Recommandations à l’attention de Madagascar National Parks

45

VIII. Conclusion

49

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BIBLIOGRAPHIE

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TABLE DES ANNEXES

ANNEXE I………………………………………………………………………………55

Carte de localisation et de délimitation de l’Aire Protégée de Nosy Hara Source : Madagascar National Parks

ANNEXE II……………………………………………………………………………

Questionnaire pêcheurs migrants

56

ANNEXE III…………………………………………………………………………… 60

Guide d’interview pour les focus groups

ANNEXE IV……………………………………………………………………………

Guide d’interview pour les patrons de pêche

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ANNEXE I

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ANNEXE II

Outil d’Enquête Pêcheurs Migrants à Nosy Hara

Déclaration de confidentialité (Doit être lue à la personne interrogée avant chaque interview)

Nous vous demandons de participer à cette étude afin de nous aider à identifier et à comprendre les problèmes que peuvent rencontrer les pêcheurs itinérants et les communautés d’accueil. En aucun cas nous ne vous demanderons votre nom ou toute autre information qui puisse retracer votre identité. Toutes vos réponses seront anonymes. La durée du questionnaire est d’environ 30 minutes.

Interview # ……

Date……………………

Intervieweur(s)……………………………………………………

Lieu /Site d’étude…………………………………

SECTION I: Facteurs démographiques

1. Sexe : homme

/

femme

2. Quel âge avez-vous?

3. Quelle est votre lieu de résidence habituel?

4. À quel groupe ethnique appartenez-vous?……………………

5. Avez-vous des sources de revenu autres que la pêche?

Si oui détaillez: …

oui

/

non

6. De combien de personnes est composé votre ménage? … (Nous entendons par là le nombre de personnes à charge, qui mangent ensemble et qui partagent les revenus.)

7. Statut marital

célibataire (…

Si il ou elle n’est pas marié, passez à la question 9.

)

marié (….)

séparé (….)

divorcé (…

)

veuf (…)

8. Votre/vos conjoint(s) vous accompagne-t-il(s)/elle(s) lors de vos voyages ? oui / non

Si oui, quelle est leur activité sur place ?

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SECTION II: Patrons de migration

9. Quand avez-vous commencé à pratiquer la pêche?……………………

10. Votre père /mère pêchait également?

11 Votre père /mère a également migré?

oui

oui

/

/

non

non

année ou âge

12. Pourquoi migrez-vous à Nosy Hara au lieu de rester auprès de votre communauté

d’origine?

………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………

13. Pourquoi êtes-vous venu ici à cette période spécifique de l’année?

………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………

14. Pouvez-vous me donner une proportion approximative des pêcheurs qui migrent au

sein de votre communauté d’origine?

(1) personne d’autre

(5) presque tout le monde

(2) moins de la moitié

(6) Ne sais pas

(3) la moitié

(7)

%

(4) plus de la moitié

15. Pourriez-vous dresser la liste des destinations vers lesquelles vous avez migré pour la

pêche ces 5 dernières années? …………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ………………………………………………………………………………………………

16.

Est-ce la 1 ère fois que vous venez à Nosy Hara?

oui

/

non

Si oui, passez à la Q 17. Si non, passez à la Q 18.

Si oui:

17a. Combien de temps allez-vous rester?

……………

 

jours / mois / années

17b. Pensez-vous retourner à Nosy Hara dans le futur?

oui

/

non

Si oui, quand? ………………………………………………………………………

Si non:

18a. Combien de fois êtes-vous venus ici

18b. Combien de temps restez-vous habituellement ici?…………

jours / mois / années

18c. Depuis que vous avez commencé à venir à Nosy Hara, le nombre total de pêcheurs

ITINÉRANTS a-t-il:

augmenté

/

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resté pareil

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/

diminué

/

ne sais pas

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SECTION III: Facteurs influençant le choix de la destination

19. Comment choisissez-vous votre destination? (Interrogez pour éliciter les facteurs qui

affectent la décision) ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ………………………………………………………………………………………………

20. Connaissez-vous quelqu’un à Nosy Hara qui habite sur place

Si oui, de qui s’agit-il ?

oui

/

non

21. Êtes-vous venu à Nosy Hara seul ou accompagné?

Détail

SECTION IV: Activité de pêche

22. Quel type d’équipement utilisez-vous lorsque vous pêchez à Nosy Hara?

(1)Filet

(2)Casier

(3)Palangre

(4)Ligne

(5)Harpon

(6)Autre

23. Combien de jours pêchez-vous par semaine ?

24. Combien d’heures passez-vous à

« normale »?………………………… …………………………………………

pêcher durant une journée

25. Utilisez-vous une embarcation pour pêcher à Nosy Hara?

Si non, passez à la Q 29.

oui

/

non

26. Si vous utilisez un bateau:

26a. Quel type d’embarcation? …………………… 26b. Longueur (m)………………

27.

Combien de personnes pêchent sur ce bateau ?

28.

À qui appartient le bateau? ……………………………………………………

29.

À qui appartient l’équipement de pêche? ………………………………………………

30.

Lorsque vous pêchez en cette saison à Nosy Hara, veuillez indiquez la quantité que

vous

capturez

durant

une

journée

la

pêche

est

« normale » :

……

…………

……

(Indiquez

l'unité)

 

31. Pêchez-vous majoritairement aux mêmes sites que les pêcheurs locaux?

toujours

/

parfois

/

rarement

32. A qui vendez-vous votre prise ?

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/

jamais

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/

ne sais pas

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SECTION V: Évaluation d’impact au sein des communautés d’accueil

33. Connaissez-vous les organisations qui réglementent les activités de pêche à Nosy

Hara (par ex. quand/où pêcher, qui pêche)?

oui

/

non

Si oui, quelles sont-elles ?

34. Êtes-vous au courant de règlements de pêche à Nosy Hara?

oui

/

non

Si oui, quels règlements connaissez-vous? ………………………………………………………………………………………………

35. Connaissez-vous des coutumes, traditions ou tabous au sein de la communauté locale

en relation aux activités de pêche en ce lieu?

oui

/

non

36.

oui

Pensez-vous que les pêcheurs migrants respectent les règlements et les traditions? /

non

………………………………………………………………………………

37.

Avez-vous besoin d’une autorisation pour pratiquer la pêche là où vous pêchez ici ?

oui

/

non / ne sais pas

Si oui, comment l’obtenez-vous?

…………………………………………………

38. Croyez-vous qu’il existe des conflits entre les pêcheurs itinérants et la communauté

locale?

Si oui, passez à la Q 39. Si non, passez à la Q40.

oui

/

non

/

ne sait pas

39a. Si oui, quelles en sont les causes? ……………………………………

39b. Comment ces problèmes sont-ils résolus ?

40. Si non, comment les conflits sont-ils évités ?

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ANNEXE III

Outil d’Enquête Pêcheurs Migrants à Nosy Hara

GUIDE D’INTERVIEW (QUESTIONS À TRAITER LORS DES FOCUS GROUPS)

Interviewers :

Lieu:

Date/heure:

Informateurs:

I. Informations sur les communautés de pêcheurs migrants:

1. Combien de pêcheurs migrants ont été accueillis cette année ?

2. Comment ce nombre a-t-il évolue au cours des dernières années?

- S'il a évolué, est-ce en raison de la mise en place de l'Aire Marine Protégée?

3. D'ou viennent-ils?

4. Quand viennent-ils et combien de temps restent-ils?

5. Pourquoi viennent-ils?

6. A quelle fréquence les pêcheurs migrants vont-ils pêcher?

- Est-ce comparable au rythme des pêcheurs locaux?

7. L'année dernière, combien de pêcheurs migrants se sont définitivement installes sur place?

- Ce nombre est-il comparable aux années précédentes

II. Interactions entre la communauté locale et les pêcheurs migrants

8. Les pêcheurs locaux et migrants pêchent-ils aux mêmes endroits?

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9.

A qui appartiennent les embarcations et le matériel que les pêcheurs migrants utilisent?

10. Les pêcheurs migrants utilisent-ils les mêmes techniques que les pêcheurs locaux? Pêchent-ils les mêmes espèces?

11. Echanges commerciaux

- Entre les deux communautés?

- Concernant les prises

12. Bénéfices et inconvénients d'avoir des pêcheurs migrants dans le village?

13. Les pêcheurs migrants s'intègrent-ils bien dans la communauté?

III. Perceptions sur l’intégration des pêcheurs migrants dans le management de l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara

14. Les pêcheurs migrants ont-ils le droit de pêcher ici?

- Doivent-ils se munir d'un permis pour pêcher?

- Qui le leur délivre

15. Les pêcheurs migrants sont-ils au courant des réglementations?

16. Quelles sont ces réglementations?

17. Ces réglementations sont-elles renforcées par les autorités?

18. Les pêcheurs migrants respectent-ils les réglementations

IV. Conflits entre communautés locales et pêcheurs migrants

- Existe-t-il des conflits? (Causes, situations, conséquences)

- Comment les situations de conflits sont-elles gérées et résolues?

- Que pourrait faire MNP pour prendre en compte les pêcheurs migrants et éviter de futurs conflits

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ANNEXE IV

Outil d’Enquête Pêcheurs Migrants à Nosy Hara

INTERVIEWS DES PATRONS DE PECHE

Lieu:

Date :

Interviewers :

Personne interviewée :

Fonction/statut :

Nom de l’entreprise : ……………………………………………………………………

1. Activité

Nombres de bateaux et de pêcheurs employés? ……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… ………………………………………………………… Evolution de l'activité et du nombre de pêcheurs employés lors des dernières années :

……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… ……………………………………………………… Quels sont les lieux de pêche?

Quels produits sont recherches et captures ? ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… Quantités des prises :

……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… Destination des prises :

………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………

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2. Méthodes

Techniques de pêche :

……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… Acheminement du poisson :

……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… …………………………………. Fonctionnement des contrats (matériel, location/échange?) :

……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… …………………………………. Embauchez-vous les pécheurs de la cote ouest ici pendant la saison des pluies? ……………………………………………………………………………………………… ……………….……………………………………………………………………………

…………………………………………………………

…………………………………………………………

3. Interactions avec l’Aire Marine Protégée de Nosy Hara

Nombre de bateaux et de pêcheurs a Nosy Hara :

……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… Pourquoi pêcher à Nosy Hara (critères de choix)? ……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… …………………………………. Lieux de pêche (dans le parc / en dehors du parc) et dates ? ……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… ……………………………………………………………………………………………… Concertation avec MNP (communication des règlements, respect, renforcement) :

……………………………………………………………………………………………… ……………….…………………………………………………………………………… Besoin d’une autorisation pour pêcher a Nosy Hara ?

…………………………………………………………

Divers

Combien d'autres patrons? Combien d'autres pêcheurs? ……………………………………………………………………………………………… ……………….……………………………………………………………………………

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