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agi UE Te TIN DE PHILOSOPHIE MEDIEVALE EDITE PAR LA SOCIETE INTERNATIONALE POUR L’ETUDE DE LA PHILOSOPHIE MEDIEVALE (SEPM) Jean R. MICHOT. IV, 3.— L'AVICENNISATION DE LA SUNNA, DU SABEISME AU LEURRE DE LA HANIFIYYA A propos du Livre des religions et des sectes, I d’al-Shahrastani P. 113-120 35 SECRETARIAT DE LA S.LE.P.M. CHEMIN D’ARISTOTE 1 1348 LOUVAIN-LA-NEUVE — BELGIQUE 1993 IV, 8. — L'AVICENNISATION DE LA SUNNA, DU SABEISME AU LEURRE DE LA HANIFIYYA A propos du Livre des religions et des sectes, | |-Shahrastant Sept ans aprés un premier volume, dd a D. Gimaret et G, Monnot, la traduction de la seconde partie du célébre Livre des religions et des sectes, Aba I-Fath al-Shahrastani vient d’étre publiée par J. Jolivet et G. Monnot!. Un immense labeur trouve ainsi son achéverent et Ton ne trop rendre hommage au savoir et a la persévérance de la troika de scientifiques qui !'a mené & bien, Dans les pages qui suivent, notre intention n’est pas de proposer une recension de ce nouvel ouvrage mais den saluer humblement la parution en abordant une des multiples questions suscitées par sa lecture. Vers la fin de Vintroduetion de Ia section du livre consacrée aux philosophes (p. 177), on lit: « Or tout ce qu’ont apporté les fondateurs de lois et de religions est établi sur ce qu’ont (pensé] les philosophes, et que nous rapportons ici — mis & part ceux [de ces fondateurs} qui ont ‘emprunté leur science du tabernacle de la prophétie : cest souvent le plus rand éloge que nous puissions en faire, et la splendeur de la croyance [se manifeste] dans la perfection du degré ot: ils sont parvenus », Cette phrase nous a paru étrange dés Pabord et nous craignons qu'elle n’ait, comme telle, pas vraiment de sens. C’est cependant l'édition quil nous semble fondamentalement.falloir ici ineriminer, et non le traductour. Nous gageons en effet, sans cependant avoir été a mame de vérifier la chose sur manuscrit, que le terme mugaddar traduit par « est établi » résulte d'une mauvaise lecture de ma‘di{m] ou de quelque autre terme graphiquement. semblable & muqaddar comportant une idée d’absence. ‘Tenons-nous en pour le moment, faute de mieux, & madiim, et Ia phrase acquiert un sens autrement plus limpide : « Ce que les auteurs des Lois et des confessions (milla) ont apporté est totalement inexistant, ainsi que nous l'avons évoqué, chez. les philosophes, sauf [chez] ceux qui ont tiré leur science de la Niche de la Prophétie. Ils en arrivent parfois, 1 SHAHRASTANI, Livre des religions et des sectes, I. Traduction avec introduction et notes par Daniel GIMARET et Guy MONNOT (Collection Unesco d'eeuvres représentatives. Série arabe). Louvain-Paris, Pecters-Unesco, 1986, XXV-727 pp, (ISBN 90-6831-0365-8) ; Live des religions et des sectes, Il, Traduction avec introduetion et notes par Jean JOLIVET et Guy MONNOT (Collection Uneseo daeuvres représentatives, Série arabe). Louvain-Paris, Peeters-Unesco, 1983, XIV-978 pp. (ISBN 2-87723-063-5) 14 Jean R. Michot cependant, au point de leur reconnaitre quelque grandeur et de penser du bien de la perfection de leur degré ». En d'autres termes, il n'est de philosophic véritablement religieuse que chez les philosophes qui se sont inspirés de la Niche de la Prophétic. Chez les autres, on en arrive cependant, parfois, & une certaine considération pour les fondateurs de Lois et a une forme de reconnaissance de la perfection des Prophétes. Inutile de préciser que est surtout a Avicenne qu'al-Shahrastani songe ‘en évaquant ces philosophes, non véritablement religioux, de la religion’. +... ainsi que nous avons évoqué...» (et non pas «que nous le rapportons ici +), éerit al-Shabrastani. De fait, il a déja abordé cette question plus haut, dans introduction de la partie de Youvrage consacrée aux adeptes des doctrines arbitraires (pp. 92-93). Aprés avoir rappelé les grandes lignes d'une philosophie pragmatiste de la religion de type essentiellement avieennient, il écrit en effet (cst nous qui retraduisons) : « Voila ce que [les philosophes] pensent de mieux sur les prophites (que le Salut soit sur eux ). Je ne veux pas dire ceux qui ont tiré leurs seiences de la Niche de la Prophétic ; je voux seulement dire coux-la qui ont été premiérement des éternalistest (dahriyya) et des Assassins® (hashishiyya), des physiciens et des divinalistes” (ildhiyya). Ils ont été dupés par leur jugement et se sont fiés en leurs eaprices et en leurs innovations » 2 Sur la philosophie avicennienne de la religion, voir notre La destinée de Uhomme selon Avicenne. Le retour & Dieu (ma°ad) et Limagination. Louvain, Peeters, 1986 8 A me réféver a la seconde édition de la version du Kitab al-milal wa t-nihal par M.Badran (Librairie Anglo-Egyptienne, Le Caire, s.d., 11, p.3), il semblerait qu’a Ja fin du premier parageaphe de cette page 92 (aprés » ignorance «), une phrase du texte arabe ait éte oublige par le traducteur |= C'est son inteligenee qui se réseeve le privilege obtenie ce bonheur, tandis que c'est sa dépouille qui se prépare a accueillir ce malheur = 4 Cf, notre La destinée de Thomme... pp. 36-43 Dans ce deuxitme paragraphe de ta p. 92, il nous semble que les bi-md niintroduisent pas Tobjet des targhibae et des tarhibat. Grammaticalement parlant, ia ‘md et fi-md eonviendraient beaucoup mieux a eet effet. Plutét que d’ « une stimulation des gens ordinaires @ désirer ce vers quoi penche leur nature » et d= une stimulation des gens ordinaires & eraindre ce que leur nature a en horreur » il vaudrait done miewx parler de + manitres de stimuler le désir des gens ordinaires, au mayen de choses vers Tesquelles penche leur nature» et de «maniéres de stimuler Ia frayeur des gons ordinaires, au moyen de choses dont leur nature @ horreurs. Dans économie avicennienne de la prédication prophétique, les descriptions paradisiaques et infernales sont moins une fin qu'un moyen. La fin, cest seduire et effrayer. 5 On nous pardonnera ce néologisme, qui a Vavantage d'etre concis et vaut assurément mieux qu'une simple translittération. © Crest-t-dire des Isma‘iiens, 7 Et tant pis pour cet autre néologisme, car «métaphysicien » ne rend en rien evocation du divin manifeste dans le terme ight