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Extraits de la Dynamique de Croissance Céphalique par G. COULY

Pour Maronneaud 1 : « les faits d’évolution phylogénétiques et ontogénétiques sont marqués par des adaptations progressives au cours desquelles certains organes ou certaines pièces subissent des modifications de forme et de dimensions. Par étapes successives, ces organes développent des fonctions différentes et nouvelles ».

Le neurocrâne

Le neurocrâne 2 est le squelette de protection de l’encéphale. Chez l’homme, le neurocrâne protège les expansions sensorielles réceptrices du cerveau, en prenant le nom de capsule cartilagineuse :

- Capsule olfactive nasale médiane ;

- Capsules orbitaires paires symétriques ;

- Capsules otiques paires symétriques ;

Au sein du neurocrâne de l’homme, il convient d’opposer la base et la voûte. Elles n’ont pas la même signification, ni la même topographie, ni le même comportement biologique.

La base du crâne

Le neurocrâne primordial de l’homme passe successivement pendant la période embryonnaire, par des stades membraneux, cartilagineux (chondro-crâne) et osseux. Il est formé par l’assemblage des régions occipitale, otique, sphénoïdale et ethmoïdale : elles correspondent aux capsules sensorielles qui colonisent la « face ». Entre chacune des régions cartilagineuses de la base qui s’ossifient chez l’embryon, persistent des synchondroses qui ont le même comportement biologique que les cartilages de conjugaison. L’activité bipolaire des synchondroses est analogue à celle des cartilages vertébraux. Le rôle des synchondroses est considérable dans la croissance de la base du crâne et par voie de conséquence de la face. Elles disparaissent à des époques variables de la vie, certaines avant la naissance, d’autres gardent leur activité jusqu’à la période adulte.

Elles siègent chez l’homme à la naissance :

Dans la région occipitale

- Les deux synchondroses exo-sus-occipitales disparaissent au cours de la 3 ème année

- Les deux synchondroses basi-exo-occipitales persistent jusqu’à 10 ans.

Elle assure la croissance sagittale de la base. Sa synostose contribue à la soudure des corps de l’occipital et du sphénoïde. Les synchondroses occipitales témoignent de l’origine plurivertébrale de l’occipital 1 .

1 Grasse P.P : Traité de zoologie. T2. Masson, édit, Paris, 1956

2 Augier M : Développement du squelette céphalique. In Poirier J et Charpy. Masson, édit, Paris, 1931

Dans la région sphénoïdale

Les synchondroses persistent à la naissance entre les pièces primitives du sphénoïde ; elles disparaissent vers la fin de la première année, ces pièces primitives sont :

- Le basisphénoïde (ou corps)

- Les alipost-sphénoïdes (grandes ailes)

- Les alipré-sphénoïdes (petites ailes)

Le cartilage sphéno-ethmoïdal n’est pas une synchondrose ; il se résorbe et est remplacé par les lames orbitaires du frontal.

Dans la région ethmoïdal

Le septum nasi-cartilagineux du neurochondrocrâne primordial est l’homologue d’une synchondrose antérieure. Sa destinée est complexe : en haut et en arrière, elle est envahie par l’ossification enchondrale de l’ethmoïde et du sphénoïde. En bas, elle est progressivement remplacée par l’ossification membraneuse de substitution des deux pièces vomériennes.

En avant et en bas, elle persiste sous l’aspect cartilagineux de la cloison. Elle serait active jusqu’à 40 ans. Son rôle est primordial dans la croissance membraneuse des os prémaxillaires et post-maxillaires. Pour Delaire et Pétrovic 3 , la poussée du septum cartilagineux sur les maxillaires, pendant la vie embryonnaire, fœtale et post-natale contribue à positionner dans l’espace le massif facial par rapport à la base.

Rôle de la base et des synchondroses

D’origine cartilagineuse, la formation de la base du crâne est réglée par le programme génétique. Sa croissance, sous la dépendance des synchondroses, est réglée par le contrôle hormonal. Les facteurs mécaniques, dans des normes physiologiques sont sans action sur elle.

Le septum nasi-cartilagineux équivalent d’une synchondrose ethmoïdale, positionne les maxillaires par sa pression de croissance dans les sens sagittal et vertical (jusqu’à 40 ans).

- Les deux capsules sphéno-orbitaires du chondro-sphénoïde positionnent dans l’espace les apex des cônes orbitaires.

- Les deux capsules otiques, futurs os pétreux des os temporaux, positionnent les os membraneux tympanaux et squamosaux et du même coup les condyles mandibulaires et la mandibule.

En somme, la base du crâne et ses expansions cartilagineuses, en croissance assurent en partie le positionnement spatial des pièces membraneuses de recouvrement céphalique. La fin de la croissance de la base confère à cette dernière sa forme héréditaire. La base impose ainsi à la voûte sur laquelle elle s’implante, sa forme brachycéphale ou dolicéphale ; elle confère à la face son profil naso-maxillaire et son diamètre transversal. Le chondro-ethmoïde est le moteur de croissance du massif facial ; nous dirons le « conformateur de positionnement » des plaques membraneuses des maxillaires, des os propres du nez, du frontal et des inguis.

3 Couly G : La statique osseuse de la face. Congrès de stomatologie, 1975

Le splanchnocrâne

Le splanchnocrâne est l’appareil de soutien de l’extrémité antérieure du tube intestinal. Un tel appareil ne joue qu’un rôle restreint dans la constitution du squelette céphalique des mammifères alors qu’il est adapté aux fonctions spéciales de l’extrémité antérieure du tube intestinal chez les poissons.

La complexité des acquisitions du cerveau, s’accompagnent conjointement de perfectionnements de la face, nécessaires à la protection des récepteurs encéphaliques (yeux, oreilles, nez, langue). La sortie du milieu aquatique initial implique la mise en place de l’appareil de l’audition et contribue à donner à l’articulation temporo-mandibulaire humaine sa caractéristique :

1-

La chaîne tympano-ossiculaire de transmission se constitue à partir des os du premier arc

branchial :

- Le carré devient le marteau ;

- L’os articulaire, l’enclume ;

La capsule otique qui abrite primitivement l’organe de l’équilibre grâce à l’os pétreux, est volumétriquement complété par le squamosal et le tympanal. Ces deux os membraneux forment la caisse du tympan, volume de la première poche entobranchiale. Le marteau et l’enclume vont s’y trouver emprisonnés avec l’étrier. En conséquence, l’os dentaire contracte avec le squamosal de la base du crâne, de nouveaux rapports articulaires pour constituer l’articulation temporo-mandibulaire de l’homme, substituée à l’articulation quadrato-articulaire primitive devenue uncudomalléolaire.

2-

Pour Pétrovic, les mécanismes qui régissent la croissance des tissus impliqués dans la nouvelle articulation sont comparables à ceux qui sont responsables de la croissance des sutures membraneuses cranio-faciales d’apparition contemporaines. Les possibilités d’ajustement occlusal, offertes chez l’homme par la croissance adaptative du condyle et les variations de l’angle mandibulaire, ont favorisé la genèse de l’articulé dentaire et l’occlusion centrique au cours de l’évolution phylogénétique des mammifères.

Principe de conformation organo-fonctionnelle

L’analyse systématique de la tête humaine en croissance met en évidence la juxtaposition d’unités organo-fonctionnelles en interrelations. Le clivage artificiel, imposé par les concepts anatomiques en voûte du crâne et massif facial, a perdu sa signification puisque l’une et l’autre dépendent de l’évolution des fonctions splanchniques et neurosensorielles. Le principe de conformation, conception d’ensemble de la croissance céphalique humaine, repose sur des fondements zoologiques, biologiques, anatomiques, fonctionnels, ainsi que sur les résultats des travaux fondamentaux de l’œuvre de Augier, les recherches humaines de Delaire, expérimentales de Pétrovic et théoriciennes de Moss.

Les pièces osseuses dermiques (ou membraneuses) qui recouvrent la région céphalique humaine, subissent au cours de l’ontogenèse de l’extrémité antérieure de l’embryon et chez le fœtus humain, la poussée de la croissance du neurocrâne et du splanchnocrâne cartilagineux.

A la naissance, la partie enchondrale du squelette céphalique persiste dans la base du crâne ; cette dernière est encore capable grâce au potentiel de croissance de ses synchondroses, de réaliser par expansions multidirectionnelles, les modifications spatiales du squelette membraneux de protection de la face et de la voûte :

- La synchondrose ethmoïdale refoule en avant et en bas les deux os membraneux pré et post-maxillaires et en avant, les os propres du nez. Elles positionnent sagittalement et verticalement les filières digestives et respiratoires. Elle confère au nez son profil héréditaire.

- Les synchondroses du sphénoïde (en fait des synchondro-fibroses) permettent la croissance sagittale de la base du crâne et le postionnement apico-spatial des deux orbites.

- Les masses cartilagineuses des os pétreux de la capsule otique poussent en dehors les squamosaux et contribuent ainsi à positionner les racines transverses du zygoma et par voie de conséquence, les deux condyles mandibulaires.

- Les synchondroses propres de l’occipital et la synchondrose sphéno-occipitale assurent la croissance de la fosse postérieure et de la lame basilaire.

L’action expansive indéniable in utéro du neurosquelette cartilagineux sur les pièces membraneuses de la face et de la voûte, ne perd pas complètement son action après la naissance ; elle est, toutefois couplée à l’expansion modelante et synfibristimulante, de la nature biomécanique de conformateurs organo-fonctionnels, qui assure la dynamique de croissance céphalique aux dépens du squelette membraneux ajustable et adaptable.

Un confromateur organo-fonctionnel céphalique est constitué du moyen et de la dynamique d’une fonction. Le conformateur évolue dans un espace anatomique délimité par des cloisons ostéo-périostées membraneuses, aponévrotiques, fibreuses ou fibro-muqueuses. La croissance du conformateur quand ce dernier est viscéral, est d’origine neurotrophique ; elle réalise l’expansion de la loge protectrice aux dépens de la partie ostéomembraneuses ajustable et adaptable de cette dernière. L’ossification de la partie ostéomembraneuse de la loge apparaît au cours de l’ontogenèse généralement après la mise en place du conformatreur. Les relations du conformateur et de sa loge sont de nature biomécanique :

- Selon la complexité de son fonctionnement, le conformateur possède des espaces de glissement (ou sysarcoses) ;

- Le moyen et la dynamique (conformateur et espace, environnement) réalisent une fonction céphalique ;

Exemple :

- L’œil est le moyen de la vision ;

- Les muscles oculo-moteurs sont la dynamique ;

- Les mouvements oculaires sont permis grâce aux sysarcoses adipeuses de la capsule de Tenon ;

- La croissance de l’orbite osseuse est possible grâce à l’action expansive du conformateur oculo-musculaire sur la partie adaptable ostéo-membraneuse (malaire, frontal et maxillaire supérieure et grande aile du sphénoïde).