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Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2600

RAPPORT DU CONSEIL D’ETAT AU GRAND CONSEIL
sur la réponse à deux interpellations concernant le projet de la Ville de
Lausanne de création d’un local d’injection (105)
1. INTRODUCTION
Dans le cadre de la prise en charge socio-médicale des personnes
toxicodépendantes et dans celui de la réduction des risques (quatrième pilier de
la politique fédérale de la prévention et de la lutte contre la toxicomanie)
certains cantons ou villes suisses incluent dans leur dispositif des structures
dites à très bas seuil. Ces dernières, auxquelles il est communément référé en
tant que "locaux d'injection" ou "espace de consommation de stupéfiants",
permettent aux personnes toxicodépendantes consommant des produits par
intraveineuse de profiter de conditions socio-sanitaires favorables pour
procéder à l'injection. Ces locaux mettent à disposition du matériel stérile, de
l'eau propre, du matériel désinfectant et transmettent les règles du "safe use" ou
« bon usage »; en d'autres termes, les règles à respecter pour une injection à
moindre risque. L'espace d'injection est dûment réglementé et propose
également au toxicomane une prise de contact, un lien social, en tentant de lui
octroyer un moment de tranquillité et de répit. Certaines structures proposent
également des repas pour des sommes modiques et parfois même une
possibilité d’y passer la nuit.
Concernant l'éventuelle création d'un "espace de consommation de
stupéfiants", le Conseil d'Etat répondait en date du 25 septembre 2001 à un
courrier du 4 mai 2001 de la Municipalité de Lausanne que l'ouverture d'un tel
espace (local d'injection) était en contradiction avec la philosophie sous-
tendant la politique vaudoise en matière de prévention et de lutte contre la
toxicomanie mais que le canton ne pouvait s'opposer légalement à la mise sur
pied d'une telle structure tant qu'elle était exploitée selon les exigences fixées à
l'article 19a. al. 3, de la Loi fédérale sur les stupéfiants
1
ainsi que par les
normes sanitaires.
Par lettre du 31 octobre 2001, la Municipalité de Lausanne prenait acte de la
position du Conseil d'Etat. Dans sa correspondance, elle espérait que la
Commission cantonale pour la prévention et la lutte contre la toxicomanie
(ci-après : la Commission), à laquelle le Conseil d'Etat avait prévu de

1
« Il est possible de renoncer à la poursuite pénale lorsque l’auteur de l’infraction est déjà soumis,
pour avoir consommé des stupéfiants, à des mesures de protection, contrôlées par un médecin, ou s’il
accepte de s’y soumettre. La poursuite pénale sera engagée s’il se soustrait à ces mesures »
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demander son avis, serait plus favorable au dispositif qu'elle souhaitait mettre
en place.
La Commission devait notamment examiner quelle est l’efficacité d'un tel
projet sur les risques liés à une injection effectuée sans une hygiène
irréprochable ainsi que son impact sur la population toxicomane d'un canton
comme le nôtre qui s’étend sur un grand territoire.
C’est dans ce contexte que deux interpellations ont été déposées ; il s’agit de
celle de la députée Odile Jaeger et celle du député Michel Golay suite au projet
de local d’injection de la ville de Lausanne.
Compte tenu de la similitude du thème traité, le présent rapport permet de
répondre aux questions des deux interpellateurs dans le délai fixé par le Grand
Conseil pour la réponse à l’interpellation Michel Golay, soit d’ici au 30 avril
2003. Ce document permet d’être complet sur la problématique évoquée tout
en évitant les redites de deux interpellations dont les réponses seraient
présentées séparément.
2. BREF HISTORIQUE DU DISPOSITIF VAUDOIS EN MATIERE DE
TOXIOMANIE
Dès 1995, le Conseil d’Etat a développé sa politique en matière de prévention
et de lutte contre la toxicomanie sur la base des orientations définies par la
Commission et a progressivement mis sur pied un réseau thérapeutique visant
la prise en charge complémentaire et différenciée de la personne
toxicodépendante en y consacrant une augmentation de budget de plus de 4
millions de francs. Il a créé ainsi principalement 4 centres d’accueil
successivement à Lausanne, Yverdon, Morges et Montreux et une unité
cantonale de sevrage à Cery.
2.1 Fonds « toxicomanie »
1997 a vu également la création d’un Fonds destiné à la prévention et la lutte
contre les toxicomanies. Il est alimenté par les valeurs patrimoniales
confisquées ainsi que par le produit des créances encaissées dans le cadre du
trafic illicite de stupéfiants.
Le Conseil d’Etat décide de l’affectation des montants disponibles, après avoir
pris l’avis de la Commission. Il finance ainsi des projets ponctuels ou de courte
durée (maximum trois ans). De ce fait, les décisions du Conseil d’Etat
concernant les attributions du Fonds interviennent plus régulièrement que
celles qui engagent le budget ordinaire, ces dernières n’étant opérées en
principe qu’une fois par année.
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Ainsi, dès 1999, une importante variété de projets en matière de prévention,
traitement et répression a été soutenue par le Conseil d’Etat grâce au Fonds.
Tous les projets soutenus ont eu pour but de compléter efficacement et de la
manière la plus large et la plus cohérente possible le réseau déjà en place.
2.2 Evaluation du dispositif
Par ailleurs, chaque deux ans, depuis 1996, le Conseil d’Etat reçoit un rapport
d’évaluation du dispositif vaudois en matière de prévention et de lutte contre la
toxicomanie.
Selon le rapport de l’IUMSP pour la période 1998-2000, le visage de la
toxicomanie dans le canton peut être décrit ainsi : la consommation d’héroïne
semble s’être stabilisée mais l’engouement pour des produits cannabiques ou
des drogues légales paraît s'accentuer, notamment chez les jeunes. En ce qui
concerne le nombre d’overdoses, ce dernier paraît se stabiliser voire même
diminuer. Dans les centres à bas seuil, on observe que la consommation par
injection diminue et que la population prise en charge a vieilli. Son insertion
sociale semble équilibrée. Par ailleurs, si l’on considère que la situation au
niveau de la transmission du VIH s’est stabilisée, il faut rester extrêmement
vigilant car le problème de l’hépatite C touche près de 50% des usagers des
centres. Dans ce domaine, le concept cantonal en matière de distribution de
matériel stérile a pour but d’améliorer cette situation. Par ailleurs, les
problèmes posés par la polytoxicomanie et la consommation grandissante de
cocaïne deviennent alarmants. En conclusion, le rapport 1998-2000 montre que
les objectifs visés par la politique vaudoise en matière de prise en charge des
personnes toxicodépendantes sont globalement atteints. Le dispositif renforcé
mis en place en 1996, s’est amélioré grâce à la réflexion constante des
différents milieux concernés. Il s’agit de maintenir son niveau d’efficacité en
tenant compte des multiples facettes que les problèmes de toxicodépendance
peuvent arborer et d’adapter la chaîne thérapeutique aux formes récentes de
consommation.
2.3 Priorités gouvernementales 2002-2003
Sur cette base et après préavis de la Commission, le Conseil d’Etat dans sa
séance du 8 avril 2002 a défini ainsi les priorités de politique en matière de
prévention et de lutte contre la toxicomanie :
1. Accentuer la collaboration entre les différents centres de prise en charge
des toxicomanes
2. Orienter le travail de proximité vers une activité de prévention secondaire
(population à risque on en début de consommation)
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3. Accentuer l’effort de prévention contre les risques d’extension des
infections par le Sida ou l’hépatite (par exemple, distribution de
seringues)
4. Renforcer la réinsertion sociale et professionnelle des toxicomanes
5. Renforcer la prévention et la prise en charge des jeunes consommateurs,
notamment les 14-18 ans.
La Commission a travaillé sur cette base depuis lors pour orienter les actions
du Conseil d’Etat. Sa réflexion concernant les locaux d’injection s’inscrit
justement dans le cadre de la troisième priorité fixée par le Conseil d’Etat, ci-
dessus.
Par ailleurs, dans le domaine de la répression, l’opération STRADA lancée en
2000 a permis de renforcer sensiblement la chaîne pénale en matière de lutte
contre le trafic de stupéfiants. Le Conseil d’Etat se prononcera sur la
pérennisation du dispositif mis en place à cet effet, après avoir reçu
l’évaluation de la Commission cantonale à ce sujet.
3. SITUATION DANS LES CANTONS
Plusieurs cantons suisses font déjà l'expérience d'un local d'injection; Berne est
pionnière en la matière et l'ouverture du local d'injection date de 1986 ; Bâle,
Bienne, Genève, Schaffhouse ou Zürich en disposent aussi. Les évaluations
relatives à ces structures - dont aucune n’a un caractère scientifique et qui ne
reposent que sur des rapports et des données fragmentaires fournies à la demande
de la Commission - tendent à montrer que la transmission des règles du "bon
usage" aux toxicomanes permettent une amélioration globale de leur état de
santé, notamment par une meilleure protection ou prévention du VIH; les locaux
d'injection sont également parfois le dernier lien social de la personne
toxicodépendante. Par contre, il paraît avéré que l’on ne peut faire un lien entre la
diminution du nombre de décès par overdoses et la prescription d’héroïne, ainsi
qu’à la mise à disposition de locaux d’injection. En effet, comparés aux cantons
qui développent de tels programmes, l’évolution constatée dans le Canton de
Vaud est la plus positive.
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Nombre de décès par overdose constatés dans les cantons de 1997 à 2002
Vaud Genève Bâle Berne Zürich Suisse
1997 17 7 15 32 56 241
1998 21 8 18 34 58 210
1999 16 6 19 32 45 181
2000 10 14 16 36 50 205
2001 14 15
Donnée indisponible
17 64 198
2002 10 20 13 18 50 158
Les diverses expériences montrent également que les rapports avec les voisinages
directs des locaux d'injection ne sont pas toujours évidents; toutefois, il apparaît
que grâce au travail des équipes socio-médicales ces problèmes obtiennent une
résolution satisfaisante.
Un tel local en pleine ville peut paraître une bonne solution dans un
canton/ville comme Genève qui voit sa population toxicomane occuper
principalement le centre de la ville. Toutefois, il est évident qu'un local
d'injection ne représenterait pour le canton de Vaud qu'une résolution très
partielle des problèmes liés à l'injection compte tenu de son territoire étendu.
Le canton de Bâle a remédié à ce problème en créant trois locaux d'injection
dont deux au centre et un à la périphérie de la ville. A l'instar de Bâle, le canton
de Zürich a diversifié les endroits de prise en charge avec possibilité de
s'injecter; sur sept centres à bas seuil, six proposent un espace d'injection. Une
solution moins coûteuse avait été envisagée avec un local mobile dans un bus
aménagé à cet effet. Cette idée, étudiée notamment à Genève, a été rejetée pour
les raisons suivantes : des conditions d’hygiène irréprochables ne peuvent être
assurées dans un bus et de plus, l’espace à disposition dans un véhicule est trop
contigu pour assurer la tranquillité après l’injection et l’intervention nécessaire
en cas d’overdose. Enfin, le caractère itinérant du bus représente une difficulté
pour les personnes toxicodépendantes à se rappeler les lieux et horaires.
C'est sur cette base que la Commission a pu apporter un avis spécifique sur la
question. Le Chef du Département de la santé et de l'action sociale a également
souhaité soumettre ce sujet au débat du Conseil consultatif pour la prévention et
la lutte contre la toxicomanie (ci-après : le Conseil consultatif) qui s'est réuni à
cet effet le 24 octobre 2002. Le fruit de leurs débats vient d'être transmis au
Conseil d'Etat.
La présente position du Conseil d'Etat tient compte de l'ensemble de cette
information.
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4. RÉPONSE DU CONSEIL D'ETAT A L’INTERPELLATION ODILE
JAEGER SUR LA POLITIQUE DU CONSEIL D’ETAT EN
MATIERE DE TOXICOMANIE, SUITE A UN PROJET DE LOCAL
D’INJECTION POUR TOXICOMANES A LAUSANNE
Rappel de l'interpellation
«En juin 2001, le Bureau d'information et de communication de l'Etat déclarait
dans un communiqué, que les objectifs de la politique en matière de toxicomanie
semblaient avoir porté leurs fruits.
C'est, en effet, en 1996 que le Conseil d'Etat décidait d'investir 4 millions de
francs supplémentaires dans la prévention et la lutte contre la toxicomanie.
Plusieurs centres de traitement ont pu être construits dans le canton et ils ont
donné de bons résultats. Les consommateurs pris en charge dans ces centres
sont dans un meilleur état de santé, consomment moins et moins souvent. Les
lignes directrices du canton ont été jusqu'à maintenant claires : l'Etat a toujours
affirmé une position restrictive en matière de politique de la drogue. Il prend des
mesures de prévention pour lutter contre les toxicomanies. Un rapport très
complet nous a été présenté suite à une interpellation de la députée Elizabeth
Poletti-Scherz. Il mène une politique d'aide et de soins dans ces différents centres
régionaux. Par contre, il s'est toujours opposé à l'aide à la survie qui comprend
la prescription médicale de drogue et l'ouverture de locaux d'injection.
Suite à ce projet lausannois, on se demande, dès lors, pourquoi l'Etat ne réagit-il
pas? Théoriquement le lignes directrices du canton devraient s'appliquer à
toutes les communes sans exception. Certes, Lausanne s'appuie sur la politique
des quatre piliers de la Confédération et cherche à s'assurer le soutien financier
des activités pilotes subventionnées par l'Office fédéral de la santé publique.
Le silence de l'Etat inquiète. Manquerait-il de moyens pour intervenir? Quelques
villes en Suisse, comme Bâle, Zurich et Berne, ont ouvert des "shootoirs" avec
plus ou moins de succès. Or que constate-t-on? On voit qu'à l'instar des scènes
ouvertes de la drogue, les locaux d'injection sont des zones de non-droit où
prolifèrent les trafiquants de drogue entraînant des nuisances dans tout le
quartier.
Aucune étude scientifique n'est en mesure de prouver une quelconque
amélioration de l'état de santé des toxicomanes suite à l'ouverture d'un local
d'injection. Lausanne et le canton mènent en ce moment une politique active
contre les trafiquants et les semeurs de trouble, avec l'opération Strada 02. En
permettant l'ouverture d'un tel lieu de distribution de drogue, cette action
musclée des services de police ne risque-t-elle pas d'être réduite à néant?
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Autre conséquence de ce silence : cette permissivité n'entraînerait-elle pas
l'ouverture d'autres "shootoirs" dans le canton, avec toutes les nuisances que
cela engendrerait?
Dès lors, je poserai les questions suivantes au Conseil d'Etat :
Quelle est la position du Conseil d'Etat face au projet d'ouverture d'un local
d'injection à Lausanne? N'est-elle pas contraire à la politique menée par le
canton jusqu'ici?
Quelles sont les raisons de son silence? Manquerait-il de moyens pour
intervenir?
Ne craint-il pas une augmentation de la consommation de drogue à Lausanne et
également dans le canton?
En permettant cette ouverture, ne risque-t-on pas de voir augmenter encore le
trafic de drogues à Lausanne et nuire au bon résultat de la lutte contre la
toxicomanie constatée en 2001 et surtout réduire à néant toutes les mesures
prises par l'opération Strada 02?
Le silence et la permissivité de l'Etat ne vont-ils pas entraîner à long terme
l'ouverture d'autres locaux d'injection dans le canton avec tous les risques que
cela entraînerait? »
Réponse :
Question 1 :
Quelle est la position du Conseil d'Etat face au projet d'ouverture d'un local
d'injection à Lausanne? N'est-elle pas contraire à la politique menée par le
canton jusqu'ici?
Réponse :
Suite aux investigations de la Commission et du Conseil consultatif, la position
fondamentale du Conseil d'Etat n'a pas changé sur cette question par rapport à sa
position de 2001 communiquée à la Municipalité de Lausanne. Il demeure donc
opposé à l'ouverture d'un "espace de consommation de stupéfiants" (c'est-à-dire
un local d'injection); le projet de la capitale vaudoise est en contradiction avec la
philosophie sous-tendant la politique cantonale en matière de prévention et de
lutte contre la toxicomanie. En effet, le soutien du canton à une structure
permettant l'injection constituerait un message politique des plus ambigus. Une
telle structure pourrait apporter une certaine amélioration de la prise en charge
pour un petit nombre de toxicomanes. Elle contribuerait, par contre, à perturber
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sensiblement les actions de prévention à la consommation que le Conseil d’Etat
entend intensifier notamment auprès des plus jeunes, qu’il souhaite influencer
dans le sens de l’abstinence. Toutefois, le Conseil d'Etat ne peut s'opposer
légalement à la mise sur pied d'une telle structure tant qu'elle est exploitée selon
les exigences fixées à l'article 19a. al.3, de la Loi fédérale sur les stupéfiants
2
, et
conformément aux normes sanitaires. Il ne peut donc pas interdire un tel projet
municipal initié et financé par la ville même.
Pour sa part, le Conseil d'Etat vaudois a opté, dès 2000, pour le projet qui lui
paraissait le plus susceptible de diminuer les risques d’infection pour les
personnes toxicodépendantes, c'est-à-dire le concept cantonal en matière de
distribution de matériel stérile. Ce dernier vise à prévenir les risques liés à
l'usage de seringues infectées par le VIH ou le VHC principalement. Le
Conseil d'Etat a décidé d'y consacrer des budgets importants, dont
Fr. 214'500.—en 2001, Fr. 382'500.—en 2002 et Fr. 350'000.—en 2003. Le
concept de remise de matériel stérile se répartit sur tout le territoire cantonal
(Lausanne, Prilly, Yverdon, Vevey-Montreux, Morges), implique la formation
des intervenants concernés, établit la coordination entre les différentes
structures accréditées par le Service de la santé publique pour la remise de
seringues et travaille sur l'éducation au principe d’échange de matériel propre
contre du matériel usagé. Les premières conclusions de la mise sur pied de ce
concept sont globalement positives; et le taux de retour des seringues usagées
est d'environ 92% et le nombre de seringues distribuées semble s'être stabilisé,
voire être en diminution. De plus, la création d’un local d’injection apparaît en
contradiction avec la tendance actuelle chez une partie de plus en plus grande
des toxicomanes à passer à d’autres formes de consommations non liées à
l’utilisation d’une seringue (drogue à fumer, pilules psychostimulantes,
benzodiazépines, alcool), ces produits sont souvent consommés conjointement
(multiconsommation).
En outre, le Conseil d'Etat considère que le coût élevé d'un local d'injection, qui
se chiffre entre un et deux millions de francs par année suivant son organisation
et ses heures d’ouverture, rend un tel projet inopportun parce qu’il ne touche
qu’un nombre restreint d’usagers. Rappelons que le Fonds pour la prévention et
la lutte contre les toxicomanies, par le côté aléatoire de ses ressources liées à des
procédures pénales en lien avec le trafic illicite de stupéfiants, ne peut être utilisé
pour financer durablement de telles institutions. De plus, le Conseil d'Etat

2
« Il est possible de renoncer à la poursuite pénale lorsque l’auteur de l’infraction est déjà soumis,
pour avoir consommé des stupéfiants, à des mesures de protection, contrôlées par un médecin, ou s’il
accepte de s’y soumettre. La poursuite pénale sera engagée s’il se soustrait à ces mesures »
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considère que l'accueil bas seuil existe déjà de manière suffisante dans le canton
et que l'accent doit être porté en priorité sur d'autres projets qui permettront au
dispositif de rester pertinent. Dans le cadre financier très strict prévu par le
Conseil d’Etat dans son programme de législature, il entend concentrer son effort
financier pour soutenir les structures résidentielles dans le domaine des
dépendances et pour lesquelles le financement de l'OFAS diminue drastiquement.
Rappelons à ce sujet qu’un crédit supplémentaire de Fr. 3,4 millions a dû être
demandé en 2001 à cet effet et que l’Etat a dû mettre à son budget 3,4 et 2,5
millions, respectivement en 2002 et 2003. Par ailleurs, il souhaite soutenir
particulièrement la prévention et la prise en charge des toxicomanes les plus
jeunes et les efforts de réinsertion socio-professionnelle.
Question 2 :
Quelles sont les raisons de son silence? Manquerait-il de moyens pour
intervenir?
Réponse :
Le Conseil d'Etat n'avait pas lieu d'intervenir après l'échange de
correspondance sur la question avec la Municipalité de Lausanne. Dans une
lettre du 31 octobre 2001, la Municipalité de Lausanne prenait acte de la
position cantonale qu'elle regrettait; elle n'a depuis pas demandé formellement
de nouvelle position du canton. De plus, comme cela a été expliqué (voir
réponse à la question 1 et introduction) le canton ne peut s'opposer légalement
à la volonté lausannoise de mise en place d'un local d'injection.
Question 3 :
Ne craint-il pas une augmentation de la consommation de drogue à Lausanne et
également dans le canton?
Réponse :
Compte tenu des expériences des autres cantons, cette situation ne semble pas
s'être vérifiée et aucun canton ne fait état d'une recrudescence du "tourisme" de
l'injection. Pour ce qui est de la consommation dans le canton, il est difficile de
prévoir si elle va aller en augmentant du fait de la présence de ces locaux; on peut
en revanche être certain qu'elle ne contribuera pas à la réduire.
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Question 4 :
En permettant cette ouverture, ne risque-t-on pas de voir augmenter encore le
trafic de drogues à Lausanne et nuire au bon résultat de la lutte contre la
toxicomanie constatée en 2001 et surtout réduire à néant toutes les mesures
prises par l'opération Strada 02?
Réponse :
On ne peut imaginer que l'ouverture d'un ou plusieurs centres d'injection puisse
remettre en question les résultats des opérations Strada I et II; par contre, on peut
envisager que cela pourrait avoir une influence sur l'augmentation du trafic aux
alentours de ces lieux d'injection, lesquels réaliseraient alors le paradoxe de
rassembler, à l'intérieur l'assistance officielle à la consommation et, à l'extérieur,
les forces mises en œuvre pour la combattre.
Il s'agirait avant tout pour la ville de Lausanne, cas échéant, d'évaluer, après une
période de fonctionnement du/des local/aux, les conséquences et les résultats de
cette mise en œuvre. Si une recrudescence des trafics de drogue autour du/des
local/aux était avérée, il serait de la responsabilité de la ville de considérer les
mesures à prendre pour juguler cette situation. Il va de soi que le canton serait
très attentif à ce sujet et prendrait les mesures de son ressort, d'entente avec la
ville de Lausanne, pour faire face à toute dégradation de la situation liée à ces
locaux.
Question 5 :
Le silence et la permissivité de l'Etat ne vont-ils pas entraîner à long terme
l'ouverture d'autres locaux d'injection dans le canton avec tous les risques que
cela entraînerait?
Réponse :
D’une part, il n'y a ni silence ni permissivité du Conseil d'Etat puisque celui-ci
a pris position dans plusieurs courriers adressés à la Municipalité de Lausanne.
D’autre part, l'ouverture de telles structures par d'autres Municipalités est peu
probable, notamment du fait de leur coût et de leur utilité limitée.
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5. REPONSE DU CONSEIL D'ETAT À L’INTERPELLATION
MICHEL GOLAY CONCERNANT LA DÉMISSION DE LA
MUNICIPALITÉ DE LAUSANNE FACE À SA RESPONSABILITÉ
EN MATIÈRE DE GESTION DES PROBLÈMES DE DROGUES
Rappel de l'interpellation
Le 19 janvier 2003, je déposai une simple question (articles 139 et 140 de la loi
sur le Grand Conseil). Elle a été enregistrée par le Président du Parlement
vaudois le 21 janvier 2003. Vu son importance, tout compte fait, je dépose, en
des termes parfaitement identiques une interpellation (articles 141 à 144 de la
même loi). Je demande qu’elle soit mise à l’ordre du jour de la séance du 4
février 2003 en raison du fait que je dépose le présent document sur le Bureau de
Monsieur le Président du Gand Conseil ce 28 janvier 2003. Dès lors la réponse à
ma simple question précédente n’est pas nécessaire, la détermination sur cette
interpellation étant suffisante.
Les médias nous ont informés des intentions qu’a la Municipalité de Lausanne
d’ouvrir un local d’injection. Une telle intention, si elle se révèle, n’est autre
chose que l’encouragement à ceux qui sont déjà dans le circuit des
consommateurs et ceux -beaucoup plus grave encore- qui y viendront « grâce »
aux facilités offertes.
C’est ignoble, d’autant plus qu’il est dans l’intention de la Municipalité
lausannoise d’engager d’autres communes à prendre en charge financièrement
cette idée immorale. Il me paraît indispensable que le Conseil d’Etat empêche,
s’il en a le pouvoir, une telle stupidité. Zürich fait ceci et voilà que les
Lausannois copient. Il y a mieux à faire.
Si, comme on croit le savoir, le Gouvernement vaudois ne soutient pas ce projet,
encore faut-il lui donner des armes pour contraindre les irraisonnables à faire
marche arrière et à les empêcher d’agir de la sorte.
Ainsi que la Loi sur le Grand Conseil le permet, j’ai l’honneur de requérir du
Conseil d’Etat qu’une réponse nous soit donnée d’ici au 31 mars 2003 et
remercie le Gouvernement de l’examen qu’il voudra bien faire de la présente
intervention et de la réponse qu’il donnera.
Réponse
La Municipalité de Lausanne a annoncé son intention d’ouvrir un local
d’injection. Elle a toutefois précisé, par voie de presse, qu’elle n’entendait pas
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mettre en place une telle structure sans l’appui financier du canton, voire aussi
de « Lausanne Région » (anciennement COREL).
Quoique aucune demande formelle de la Municipalité ne soit parvenue au
Conseil d’Etat, il apparaît d’emblée que celui-ce ne souscrira pas à une telle
requête, qui serait en rupture avec sa politique.
Dans ces conditions, il semble donc probable que, sans l’appui financier du
canton, le projet lausannois ne soit pas mis en œuvre.
Si toutefois, la Municipalité de Lausanne décidait tout de même de réaliser un
tel projet, le canton ne pourrait pas légalement l’en empêcher.
Bien entendu, l’exploitation d’une telle structure devrait être conforme à
l’article 19a al.3. de la Loi fédérale sur les stupéfiants qui précise : « Il est
possible de renoncer à la poursuite pénale lorsque l’auteur de l’infraction est déjà
soumis, pour avoir consommé des stupéfiants, à des mesures de protection,
contrôlées par un médecin, ou s’il accepte de s’y soumettre. La poursuite pénale
sera engagée s’il se soustrait à ces mesures ».
Cela dit, l’éventuel local d’injection ne pourrait pas être considéré comme un
établissement sanitaire dans la mesure où les prestations fournies n’auraient pas
un caractère thérapeutique et ceci à l’instar du local d’injection mis en place en
janvier 2002 dans le canton de Genève . Cette nouvelle structure genevoise à
très bas seuil n’est pas considérée comme un établissement sanitaire et les
autorités cantonales n’ont émis aucune règle ni autorisation d’exploiter. Bien
entendu, il serait souhaitable que le personnel travaillant dans un tel lieu soit
formé et ait de bonnes connaissances sur le plan de l’hygiène, des maladies
transmissibles et de la prise en charge des personnes toxicodépendantes, mais
cela ne suffit pas pour donner à ce genre de local un caractère d’établissement
sanitaire.
En conséquence, seules des violations flagrantes de l’hygiène publique, au sens
de l’article 35 alinéa 4 de la Loi sur la Santé Publique (LSP) ou des situations
contraires au droit, au sens de l’article 188 LSP, pourraient justifier
l’intervention de l’Etat. Par contre, s’il y avait trouble de l’ordre public qui
pourrait être imputé à l’activité du local d’injection, la compétence d’intervenir
reviendrait aux autorités communales, l’Etat n’ayant qu’une compétence
résiduelle à cet égard.
6. CONCLUSION
Le projet d’un local d’injection ne paraît donc pas judicieux sur le plan du
principe. Le soutien du canton à une telle structure constituerait en effet un
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message politique des plus ambigus perturbant l’action de prévention qu’il
entend développer dans le canton, notamment auprès des plus jeunes.
Il se pose, toutefois, la question de la mise sur pied d'un projet spécifique qui
permettrait de faire face, de manière efficace et cohérente avec la politique
cantonale menée jusqu'ici, à la recrudescence d’infections par le Sida ou
l’hépatite engendrées notamment par la consommation de drogue par voie
intraveineuse.
La création d'une équipe mobile de prévention, se rendant dans les endroits
privés et publics où il est recouru à l'injection pour y apporter des informations et
des conseils sanitaires ainsi que de prévention, pourrait s'avérer une solution
complémentaire au concept cantonal en matière de distribution de matériel stérile
et ceci à coût bien moindre. Bien que la ville de Lausanne ait un projet en vue
dans ce domaine, elle ne l'a pas formellement fait connaître à la Commission, à
ce jour.
La Commission devra étudier cette nouvelle option, et soumettra le cas échéant,
une proposition au Conseil d'Etat allant dans ce sens et consolidant la cohérence
et l’efficacité du dispositif de prise en charge vaudois déjà existant.
Ainsi adopté, en séance du Conseil d’Etat, à Lausanne, le 7 mai 2003.
Le président : Le chancelier :
J.-Cl. Mermoud V. Grandjean
Rapport de majorité
Préambule
Votre commission s’est réunie le 12 août 2003 dans la composition suivante :
M
mes
et MM. Anne Décosterd, Lise Peters, Frédéric Borloz, Jacques Chollet,
Olivier Conod, Michel Cornut, Olivier Gfeller, Félix Glutz, Michel Golay,
Stives Morand, Luc Recordon, Francis Thévoz, ainsi que le soussigné,
confirmé comme président rapporteur.
Le Conseil d’Etat était représenté par M. Charles-Louis Rochat, chef du DSAS,
assisté de M. Eric Toriel, secrétaire général ad intérim, et du Dr Daniel Laufer,
médecin cantonal. La commission sait gré à M
me
Fabienne Aemmer, adjointe
au secrétariat général du DSAS, d’avoir pris les notes de séance.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2613
La commission remercie les personnes qui ont participé, à un titre ou à un
autre, à ses travaux.
Remarque générale
Ordinairement, les réponses aux interpellations des députés ne donnent pas lieu
à l’élaboration d’un rapport gouvernemental et, partant, à leur traitement par
une commission parlementaire. Compte tenu de la portée politique des
questions posées par M
me
la députée Odile Jaeger et par M. le député Michel
Golay, le Conseil d’Etat a décidé de déposer le présent rapport en guise de
réponse aux dites questions.
La politique générale de prévention et de lutte contre la toxicomanie mise en
place par le Canton n’est véritablement combattue par personne sous réserve de
son volet « local d’injection » qui divise. Les travaux de la commission ont
exclusivement porté sur ce dernier point.
Ouverture d’un local d’injection
− Sur le plan juridique
Quand bien même il le souhaiterait, l’Etat n’est pas doté des compétences
juridiques lui permettant d’interdire à la Commune de Lausanne d’ouvrir un tel
local. Il pourrait néanmoins prononcer sa fermeture si la loi vaudoise sur la
santé publique, si les conditions fixées par la loi fédérale sur les stupéfiants ou
si le code pénal étaient violés par des comportements liés à « l’exploitation »
de ce local d’injection.
− Sur le plan financier
S’il ne peut interdire l’ouverture dudit centre, l’Etat n’a aucune obligation de
subventionner une telle structure.
Si, formellement, aucune demande de soutien financier n’a – encore ? – été
formulée par la Ville de Lausanne, nombreuses furent les déclarations
publiques de la Municipalité indiquant qu’elle souhaitait la création de ce local
pour autant que les communes avoisinantes et le canton contribuent
financièrement à sa pérennité.
Le Conseil d’Etat réaffirme que, même si l’argument financier est secondaire
par rapport aux enjeux éthiques, il ne saurait être question d’accepter un
subventionnement cantonal dans la mesure où le canton n’en a pas les moyens.
Il en résulterait que tout argent versé à cette structure contestable serait prélevé
sur les montant alloués aux autres piliers de la lutte contre la drogue.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2614
− Sur le plan des principes
La majorité de la commission tient à souligner fermement qu’elle s’oppose,
d’abord pour des questions de principes, à l’ouverture d’un local d’injection.
L’Etat, ses services comme ses représentants, doit tenir un langage clair :
La drogue est un fléau social, sa consommation un délit pénal et rien ne doit
être entrepris qui pourrait favoriser – même indirectement – sa diffusion.
Dans ce domaine en tout cas, l’intransigeance est une qualité.
Or, notamment pour les différentes raisons évoquées ci-dessous, l’ouverture
d’un tel centre contribue à la diffusion de la drogue.
Qu’on le veuille ou non, la création et l’exploitation par une collectivité
publique d’un local permettant aux drogués de se shooter accréditent l’idée que
la consommation d’une drogue dure n’est plus un délit et qu’elle ne nuit guère
à la santé.
L’existence d’une telle structure favorise indirectement le trafic et donc la
diffusion de drogues en regroupant dans un même lieu les consommateurs de
ces dernières. L’exemple genevois est, à cet égard, édifiant.
Si l’on ne saurait occulter la situation souvent dramatique des drogués, l’on
doit d’abord veiller à éviter que de nouvelles victimes tombent dans l’enfer de
la drogue. Cet objectif est au moins aussi important que l’amélioration
temporaire et superficielle de la situation sanitaire des accros de l’héroïne.
L’ouverture dudit local ne contribuera pas – c’est un euphémisme ! – à lutter
contre l’attractivité de la drogue. Cette conséquence, pourtant essentielle, n’est
malheureusement que peu traitée dans le rapport du Conseil d’Etat.
Le but principal – sinon unique – d’un local d’injection est de réduire le
nombre d’overdoses. Or, les seuls chiffres dont nous disposons tentent à
démontrer que l’existence d’un tel local est loin d’atteindre le but louable qui
lui est conféré. A Genève, le nombre de décès par overdose a passé de 15 à 20
entre 2001 et 2002 alors que le centre d’injection fut ouvert fin 2001 ! Dans le
même temps, le Canton de Vaud enregistrait heureusement une baisse de 28 %
du nombre de décès par overdose (14 morts en 2001, 10 morts en 2002).
Certes, ces chiffres doivent être pris avec prudence. Cependant, il s’agit des
seules – et trop rares - statistiques disponibles.
Conclusion
Au-delà des considérations juridiques et financières, la majorité de la
commission refuse, tout particulièrement pour des raisons éthiques, l’ouverture
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2615
d’un local d’injection. A fortiori, elle rejette tout subventionnement cantonal en
faveur d’une telle structure jugeant qu’elle incarne une politique irresponsable
qui doit être condamnée fermement. Par voie de conséquence, elle vous
recommande de prendre acte du présent rapport.
Chexbres, le 1
er
septembre 2003. Le rappporteur :
(Signé) Philippe Leuba
Rapport de minorité 1 (Recordon)
L’une des minorités de la commission, composée de M
mes
Lise Peters, Anne
Décosterd, de MM. Olivier Conod, Olivier Gfeller, Luc Recordon, a soit refusé
le rapport, soit opté pour l’abstention, pour les motifs suivants.
Le document du Conseil d’Etat doit être considéré comme insatisfaisant pour
un certain nombre de motifs.
Adressé comme tel au Grand Conseil, en lieu et place d’une réponse ciblée aux
deux interpellations précitées, sans pourtant en élargir le champ, il souffre par
là même de son caractère trop sectoriel ; or, la réflexion sur le problème d’un
local d’injection ne peut se comprendre en faisant abstraction des rapports
étroits qu’une telle mesure entretient tout d’abord avec les autres mesures
existantes ou possibles d’aide à la survie des toxicomanes, mais aussi avec
l’ensemble de la stratégie du canton en matière de drogues, en tout cas
illégales, voire légales. Certes, la problématique générale n’est pas
complètement absente du rapport, mais il ne fait que l’effleurer, fournissant des
données par trop insuffisantes pour permettre de fonder une opinion tout à fait
solide sur la mesure en cause. La lacune est plus patente encore en ce qui
concerne la batterie des moyens concernant spécifiquement l’aide à la survie :
plus on creuse le sujet, plus il apparaît que cet élément — qui pourrait faire
partie, à la rigueur, des domaines de la prévention et du traitement — n’est
envisagé qu’au coup par coup sans vision de synthèse et avec une réflexion
simpliste sur les rapports qui le lient avec notamment la politique de prévention
générale (ayant pour objectif l’abstinence).
Parmi les données importantes qui font défaut et dont le Grand Conseil devra
absolument être nanti sur un sujet d’une telle importance — peut-être à
l’occasion de la publication annoncée d’un rapport de l’Institut universitaire de
médecine sociale et préventive (IUMSP) — figurent des éléments relatifs à la
morbidité en rapport direct ou indirect avec les drogues et la mortalité générale,
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2616
non seulement par surdose, dans ce domaine. La difficulté est encore aggravée
par le fait que les seules données statistiques fournies, uniquement relatives à la
surdose, ne semblent pas très fiables et que le degré de confiance dans les
hypothèses et dans les résultats n’est pas fourni, ne serait-ce que sous la forme
des outils statistiques habituels (intervalle de confiance, variance et écart-type
des distributions temporelle et spatiale, ni bien sûr par type de pathologie
létale) ; les hypothèses de travail ne sont pas non plus déclarées. De même les
comparaisons intercantonales souffrent d’un défaut de méthode : on ignore
complètement si la définition des éléments pertinents est la même d’un canton
à l’autre et on réunit pêle-mêle les résultats d’observations portant sur des
expériences datant de plusieurs années (en Suisse alémanique) et de très peu de
temps (un an et demi environ à Genève et à Bienne).
A propos plus spécifiquement de l’aide à la survie, la volonté politique
manifestée est très faible, nettement en dessous des attentes que l’on doit
éthiquement avoir lorsqu’il s’agit de sauver ne fût-ce que quelques vies, peut-
être davantage d’ailleurs. Il y a manifestement un a priori de méfiance à l’égard
de ce pilier de la politique sanitaire en matière de toxicomanie, qui est pourtant
décisif. Il est vrai que le canton a fini par se ranger à la doctrine dominante en
acceptant, il y a quelques années, après une période de grande réluctance, la
pratique de la distribution de seringues propres et de la récolte après usage,
puis s’est engagé — là aussi un peu à reculons — dans la voie de l’ouverture
de quelques centres accueillant des toxicomanes en détresse médicosociale.
Mais où sont donc les autres mesures possibles et nécessaires ? Outre les lieux,
fixes ou éventuellement mobiles, d’injection, on songe notamment à une
réflexion approfondie sur la distribution médicalement contrôlée d’héroïne,
efficace dans plusieurs autres cantons (le canton de Vaud a refusé en 1999 de
l’envisager, sous le même prétexte financier qu’aujourd’hui, vu le petit nombre
de toxicomanes concernés et vu le message dangereux que véhiculerait cette
pratique). D’autres mesures moins spectaculaires, mais non moins
intéressantes, devraient être étudiées comme le renforcement de l’équipe des
urgentistes se rendant au chevet de toxicomanes au moment où il sont en
détresse (ainsi que l’a relevé d’ailleurs un commissaire non signataire du
présent rapport).
Au lieu que d’empoigner réellement cette problématique d’aide à la survie, le
rapport se contente de lancer quelques pistes alors que le mal court depuis des
décennies dans notre canton, modifie ses modes d’apparition
(polytoxicomanies, nouvelles substances, recours accru à la cocaïne) et ne lasse
d’inquiéter population et autorités.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2617
Même la politique de prévention générale, mise au premier plan par le rapport,
semble encore peu à la hauteur des besoins : prend-on vraiment conscience des
efforts renouvelés et renforcés qu’il faut mettre en œuvre pour éviter toute
banalisation progressive du phénomène des drogues auprès des nouveaux
jeunes et des nouveaux parents, qui remplacent progressivement ceux d’il y a
dix ou vingt ans ? Entreprend-on vraiment tout ce qui est indispensable ou
même souhaitable dans l’ensemble de nos établissements scolaires et de
formation professionnelle ?
Il a été dit à juste titre pendant les travaux de la commission que le rapport
laissait bien plus d’interrogations ouvertes qu’il n’apportait de réponses. Dans
de telles conditions, l’accepter serait peu ou prou accorder un satisfecit très
inopportun au gouvernement sur sa politique de la drogue, présentée de surcroît
par le petit bout de la lorgnette.
Mais, même sur l’objet nominal du rapport, la création d’un local d’injection,
le rapport ne peut pas être suivi. Il donne clairement la préférence à un
symbole, à un risque d’effet secondaire (la délivrance d’un « faux message »
contrariant, dit-il, la politique de prévention du canton). Outre que l’on ne tente
même pas de démontrer cet aspect et qu’on se contente de l’énoncer
qualitativement, sans chercher à en mesurer aucunement les effets, cet a priori
fait bien peu de cas d’une mesure d’aide à la survie, dont le représentant du
gouvernement reconnaît pourtant volontiers qu’elle a probablement des effets
de santé publique utiles. Balayer la proposition d’un local d’injection d’un
revers de main quand on sait qu’on renonce à une mesure pouvant sauver des
vies, pour s’en tenir à une doctrine en matière de prévention et à d’éventuels
effets secondaires négatifs, n’est pas une façon raisonnable de procéder à la
balance des intérêts en cause. C’est une seconde raison, absolument majeure,
d’inviter le Grand Conseil à refuser le rapport du Conseil d’Etat en la matière.
Jouxtens-Mézery, le 27 août 2003. Le rapporteur :
(Signé) Luc Recordon
Rapport de minorité 2 (Thévoz)
Introduction
Ce rapport de minorité a été provoqué par l'impossibilité d'accepter le rapport
du Conseil d'Etat, tout en étant d'accord avec lui sur le fond de sa réponse, tant
ladite réponse est inadéquate. On répond en effet aux interpellants en substance
par un refus de soutenir le projet de la commune, affirmant dans le même
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2618
temps notre impuissance à l'interdire. Le Conseil d'Etat aurait pu — sans
rapport — répondre aux deux députés comme il l'a fait et satisfaire leur
curiosité. Mais élaborer un rapport où l'on devrait trouver la position cantonale
argumentée et fondée, et se contenter d'avouer son incompétence (pas
d'autorisation, pas d'interdiction) dans un domaine de ressort spécifiquement
cantonal, crée une situation inextricable et inacceptable, place indirectement
une commune dans l'embarras et paralyse en fait toute action dans le domaine
très délicat et brûlant du traitement de la toxicomanie.
Ce manque de clarté et de courage ne fait que compliquer la situation, n'offre
aucune garantie à cette commune ou à tout autre dans la même situation, ni
aide, ni conseil : je suis contre, mais débrouillez-vous, tel est le message de ce
rapport. C'est là où le Conseil d'Etat et le DSAS sont critiquables : on rédige un
rapport vide, banal et sans effet, on désapprouve sans interdire, mais on n'offre
aucun point d'accroche, aucun repère, aucune alternative laissant la collectivité
locale se débrouiller seule avec son problème... et la désapprobation platonique
du canton. Or, et depuis des années, dans ce domaine particulier et cette
commune particulière, c'est précisément ce qui se passe, l'Etat se comportant
presque comme si cela ne le regardait pas. Cela me paraît insensé, dans le cadre
légal et la distribution actuelle des responsabilités du domaine de la santé
publique.
Que ferait le canton — simple exemple — si une commune vaudoise, craquant
sous le poids du nombre d'alcooliques parmi ses habitants, décidait d'ouvrir un
centre où les alcools forts seraient distribués publiquement, gratuitement et
hygiéniquement aux malades qui le demandent ?
Opposition ferme aux locaux d'injection
Si l'on admet que la toxicomanie aux opiacés, et l'on ne parle de rien d'autre ici,
est une vraie maladie affectant une population jeune, avec son cortège de
décès, de complications infectieuses, d'effets secondaires sur la vie sociale
d'une collectivité, on doit admettre que toute technique de traitement, de prise
en charge, de recherche de solution au problème, concerne avant tout la santé
publique vaudoise et devrait se baser sur des chiffres et des statistiques.
L'analyse de la mortalité, de la morbidité, de la contagiosité, des effets sur
l'environnement social et la population saine, devrait être connue pour décider.
Or, les chiffres sont rares et contestables, très différents d'un pays à l'autre.
a) mortalité directe
Les toxicomanes meurent de leur maladie et de ses complications. La mortalité
directe par injections accidentelles, overdoses et suicides liés aux injections
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2619
augmente plutôt qu'elle ne diminue là où existent des centres d'injections. Les
chiffres dont nous disposons pour Zurich et Genève tendraient à le prouver,
mais c'est surtout la dépréciation de soi-même, la haine contre le besoin
compulsif qui impose le geste et la tendance autodestructive et mettent en
danger le malade. Hygiénique ou non, avec ou sans conseil, le geste comporte
un risque de mortalité directe qui se multipliera avec le nombre de ces gestes.
Cette mortalité ne diminue pas et augmente probablement avec la présence de
centres d’injection.
b) morbidité, mortalité indirecte
Les complications connues par infections diverses, hépatite C, virus HIV ont
atteint les dimensions d'une endémie, avec des pics épidémiques très alarmants.
L'argument majeur des partisans de centres hygiéniques d'administration, le
problème majeur de santé publique réside bel et bien là. Aucune étude
objective faite par des gens non impliqués dans les choix thérapeutiques n'a pu
démontrer le moindre effet diminutif de ces risques sur les malades traités.
Bien plus, dans les pays médicalement et scientifiquement développés d'où l'on
observe l'expérimentation humaine helvétique avec curiosité, l'inanité de cette
hypothèse est fondée. L'asepsie doit être garantie par la seringue stérile bien
sûr, mais par une bonne dizaine d'autres facteurs. Il faudrait pouvoir assurer
24 heures par jour à tout moment et même quand le centre est fermé le
maintien de ces conditions. Tout cela est impossible et les quelques villes
suisses qui ont ouvert de tels centres ne montrent aucune diminution de la
prévalence de ces maladies mortelles dans leur population toxicomane. On doit
donc conclure pour l'instant que l'ouverture de centres d'injection n'offre
aucune sécurité supplémentaire pour le malade toxicomane et ne diminue pas
l'incidence des complications infectieuses mortelles dans cette population. Les
chiffres recueillis dans les villes suisses où fonctionnent de tels centres
tendraient plutôt à démontrer le contraire. Mais ils ne sont pas fiables. L'avenir
d'un individu donné, passant quelques heures par semaines dans un centre
d'injection et livré tout le reste du temps à lui-même, et à la terrible et
impérieuse ornière de son addiction, n'est donc en rien, malheureusement,
amélioré. Un tel centre doit lui servir à lui, et non pas à calmer l'angoisse et
soigner l'âme des thérapeutes et la culpabilité du public.
c) contagiosité
La toxicomanie est contagieuse surtout par son appareil d'acquisition du
produit, par le commerce (dealing), par le prosélytisme sur les très jeunes, les
faibles, les adolescents à risques. Une contagiosité augmentée a été observée
partout où, même pour des raisons thérapeutiques, des lieux rassemblaient des
malades. Là où se retrouvent les consommateurs, se retrouvent ceux qui les
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2620
approvisionnent, ceux qui les pourchassent pour dettes, ceux qui sont intéressés
et curieux. Les enseignants du quartier des Grottes à Genève alarment la
population sur les effets contagieux d'un tel centre dans la population scolaire.
Il y a peu de discussion sur cet effet-là.
d) effets secondaires sur l'environnement
Il y a également presque unanimité sur la question : dans les quartiers où se
rassemblent les toxicomanes, près des centres d'injection, les déchets matériels
ne diminuent pas mais augmentent, le désordre, les bagarres, les délinquances
de toute espèce et la criminalité s'aggravent. Cela serait, en soi, une raison
presque suffisante pour l'autorité sanitaire cantonale d'interdire la création d'un
tel centre.
Position cantonale
Ce que le rapport du Conseil d'Etat devait donc exprimer est ainsi clair.
L'autorité sanitaire cantonale, reconnaissant que les centres d'injection font
augmenter la mortalité directe, ne diminuent pas le risque d'épidémie ni le
nombre de patients atteints de HIV et hépatite C, aggravent la contagiosité de
la toxicomanie, détériorent l'environnement social et la sécurité sanitaire des
enfants et adolescents, interdit donc à toute commune ou autre institution
l'ouverture d'un centre d'injection. C'est d'ailleurs, à l'exception de quelques
villes suisses, la position des autorités sanitaires des pays où l'on tente de lutter
fermement, humainement et scientifiquement contre la toxicomanie et ses
complications.
Prise en charge du problème
La démission cantonale devant le problème posé par les deux députés
interpellateurs se justifierait-elle par le fait qu'une seule commune est
concernée ? Retomberait-on dans les sempiternelles rivalités politisées entre le
canton et cette commune précise ? Cette hypothèse est parfaitement insensée.
Le problème apparaît ou apparaîtra à Yverdon, Moudon, Lucens ou Echallens,
aujourd'hui ou plus tard. Le fait que ces localités et d'autres exportent vers la
capitale — laissée seule à décider, à payer et à se débrouiller — leurs enfants
malades, ne permet pas au canton de faire semblant de ne pas être concerné. En
fait, quatre départements cantonaux sont ou devraient être concernés par les
trois domaines liés à la lutte contre la toxicomanie. Ils devraient tous les quatre
(DFJ, DSAS, DSE et DIRE) non seulement collaborer avec les communes sur
le terrain, mais donner le ton, les directives et aides nécessaires, participer aux
financements et ce rapport aurait dû être l'occasion d'une stimulation de ces
collaborations.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2621
a) prévention
Ce canton doit impérativement et radicalement revoir la manière timide avec
laquelle il a organisé la prévention contre la toxicomanie jusqu'à aujourd'hui.
C'est une véritable croisade qui doit être déclenchée dans les écoles, spécifique
et non généralisée à toutes les addictions, claire sur les dangers de mort et de
maladie, sur les méthodes des commerçants, sur les divers aspects du
prosélytisme, etc. etc. Les pays qui le font (Suède) ont vu diminuer l'incidence
de la toxicomanie. Il faut le faire pour les enfants, pour les parents et dans leur
langue lorsque ce n'est pas le français. Chaque responsable de la vie d'un enfant
doit être soigneusement et sérieusement informé. Si nous disposons d'un Office
des écoles en santé, on peut exiger que, atteignant l'âge de 12 ans, chaque
écolier vaudois soit armé pour se défendre contre la propagande sourde qui
l'atteindra, entraîné à réagir, et même à dénoncer le petit commerce. Même la
préparation des enseignants n'est pour l'instant pas suffisante dans ce domaine.
Tâche cantonale.
b) traitement, prise en charge médicale et sociale
Le DSAS, le médecin cantonal, le Conseil de santé, structures cantonales en
place pour lutter contre les maladies, épidémies et toutes menaces à la santé
publique. Le traitement d'une telle maladie ne peut donc, en aucun cas, du bout
des lèvres et un peu négligemment, être laissé en responsabilité et financement
à une commune quelle qu'elle soit. Et Lausanne a besoin, depuis longtemps
déjà, de directives, de soutien, d'argent et de conseils. L'argutie juridique
consistant à dire que si la loi sur les stupéfiants est respectée, cette commune
fait ce qu'elle veut, n'est qu'un alibi cantonal pour ne pas assumer ses
responsabilités. Depuis des années, cette commune héberge, la nuit, et dans des
centres financés principalement par elle, de jeunes malades qui viennent de tout
le canton, rendant dérisoire cet alibi du DSAS.
C'est donc à lui et à personne d'autre, de créer les centres d'hébergement et de
traitement des malades, les centres de sevrage sélectif, fermés ou non, de
sécurité et suivi thérapeutique, ce que la commune de Lausanne essaie de faire
pratiquement seule, de manière peut-être critiquable ou inacceptable, mais sans
vraie prise en mains des responsabilités par ceux dont c'est la fonction. Comme
si le sel avait perdu sa saveur. Je n'ose pas évoquer l'abandon du soutien aux
Vaudois économiquement faibles traités à Narconon, mais ce fait complète
assez bien le tableau de l'attitude officielle sur le sujet. Le département doit
devenir le moteur, le créateur d'un concept de traitement et de prise en charge,
acceptable et applicable par les communes. Il doit travailler avec celles qui sont
le plus concernées, constructivement, sans laisser interférer les niaiseries
politiciennes habituelles. Tâche cantonale.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2622
Lutte contre la délinquance
Le toxicomane n'y est — comme malade — pour rien, mais son affection en
soi entraîne une délinquance périphérique, une petite et moyenne criminalités
spécifiques, comparables à celles de l'alcoolisme, mais plus graves et
spectaculaires. Le troisième département cantonal insuffisant dans ce domaine
est celui qui est responsable de la sécurité dans ce canton. Les rues de
Lausanne ne peuvent pas être déclarées extra cantonales en un jeu de mot
souriant. Les délinquances et criminalités importées d'autres pays, d'autres
cantons et d'autres communes ne seraient-elles pas assumées par ce
département ? Les services cantonaux laisseraient la police de la capitale faire
le boulot, et ensuite ? Ce n'est pas ainsi que l'on gagnera la véritable guerre qui
doit être faite maintenant et ce n'est pas par irrespect pour ce qui se fait déjà
que d'exiger de l'autorité cantonale une attitude plus combattive, un équilibre
des risques et des coûts plus équilibré. Le système de justice n'est pas, et de
loin, adapté à donner les réponses fortes, rigoureuses et immédiates qu'impose
une répression absolue de la délinquance qui perdure et s'aggrave sous nos
yeux. Question de moyens, mais aussi question d'état d'esprit. Tâche cantonale.
Conclusion
Bref, en réponse à ces deux interpellations, la rédaction d'un rapport conseillant
à une commune (qui ne nous a rien demandé dixit le chef du département) un
comportement à adopter dans un domaine de stricte obédience cantonale
paraissait justifié. Une fois le principe d'un rapport posé, ce dernier doit
affirmer la volonté d'agir, assumer, organiser et déléguer si nécessaire aux
communes les tâches qu'elles peuvent exécuter. Même et y compris l'ouverture
d'un centre d'injection, s'il faisait partie de la stratégie cantonale et était jugé
approprié. Mais c'est à l'autorité compétente d'en juger. Devant pareille
déclaration d'incompétence et d'impuissance à décider exprimée dans ce
rapport, je demande au Grand Conseil de s'abstenir d'en prendre acte. Comment
en effet accepter ou refuser quelque chose qui n'existe pas ? Socrate lui-même
admettait que toute discussion sur le non-être n'a pas de sens La satisfaction
des interpellateurs devant une telle réponse et ce rapport me laisse pensif, quant
au but poursuivi et aux motivations profondes de leur intervention.
Lausanne, le 26 août 2003. Le rapporteur :
(Signé) Francis Thévoz
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2623
M. Philippe Leuba, rapporteur de majorité : — Il m’appartient de vous
donner quelques précisions, qui seront des rappels pour quelques-uns d’entre
vous. Nous sommes en présence d’un rapport qui traite exclusivement de deux
réponses à deux interpellations. Compte tenu du caractère délicat, important et
politique des deux interpellations, le Conseil d’Etat a estimé qu’il était
judicieux de vous fournir un rapport permettant une discussion parlementaire.
Il serait maladroit de reprocher au gouvernement d’avoir agi de la sorte,
puisqu’il a été au-delà de ses obligations légales.
Concernant le fond, le Conseil d’Etat et la majorité de votre commission
partagent la même position, derrière une argumentation comparable. Elle
s’appuie d’abord sur des questions éthiques et ce sont bien ces valeurs,
partagées par la majorité de la commission et le Conseil d’Etat, qui les amènent
à refuser tout subventionnement et toute caution, quelle que soit sa nature, à
l’ouverture d’un local d’injection à Lausanne. Ensuite, qu’on le veuille ou non,
compte est aussi tenu de considérations financières. Le Conseil d’Etat
privilégie le subventionnement à des institutions qui conduisent à la sortie de la
drogue et à la guérison des drogués, plutôt qu’à la mise à disposition, aux frais
des contribuables, d’un local qui, qu’on le veuille ou non, permettrait aux
drogués de s’injecter un véritable poison.
Voilà ce que je tenais à dire en préambule. J’insiste encore sur le fait que les
valeurs qui sont à l’origine de la position du Conseil d’Etat sont essentielles et
importantes et j’espère que vous les partagerez.
M
me
Lise Peters, remplaçant M. Luc Recordon, rapporteur de minorité :
— Ce rapport répond à deux interpellations et comme l’a dit mon prédécesseur,
il est assez surprenant qu’un rapport se substitue aux simples réponses
habituellement données aux interpellations. Cela d’autant plus que ces deux
interpellations avaient pour sujet un rapport — préavis de la Municipalité de
Lausanne — qui n’a pas encore été présenté au Conseil communal de ladite
ville.
Ce terme de rapport nous fait penser que le Conseil d’Etat en profite pour faire
un tour d’horizon et nous donner des renseignements utiles sur sa position en
matière de prévention, de traitement et de répression de la toxicomanie. Or, ce
rapport est d’une pauvreté absolue. Il ne donne aucune perspective sur les
intentions futures du Conseil d’Etat ni aucune donnée valable sur les résultats
de la politique menée jusqu’à présent. Si nous adoptons ce rapport, nous
admettrons être bien renseignés sur la politique du Conseil d’Etat face à la
drogue, ce qui n’est en aucun cas ce que ressent la minorité.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2624
Quant à la politique même du Conseil d’Etat, nous avons aussi une raison de
nous déclarer non satisfaits. Une fois de plus, le Conseil d’Etat montre que le
canton s’intéresse à la prévention — mais sans préciser en quoi il le fait —,
qu’il cautionne la répression, mais refuse d’entrer en matière sur l’aide à la
survie. La minorité que je représente en remplacement de M. Recordon
considère que les problèmes de survie des toxicomanes et les problèmes de
santé publique qui bénéficieraient d’un local d’injection relèvent du domaine
de l’éthique mais que ce domaine est entièrement négligé dans le rapport du
Conseil d’Etat.
M. Francis Thévoz, rapporteur de minorité : — Je partage les valeurs
éthiques du Conseil d’Etat lorsqu’il dit qu’il ne faut pas ouvrir un centre
d’injection dans une des communes du canton. Je les partage non seulement
pour des raisons éthiques, mais pour des raisons que me donnent ma profession
de médecin, soit des raisons professionnelles. C’est une folie, contestée dans le
monde entier, sauf à Vancouver et dans quelques villes suisses pour l’instant,
que cette attitude de distribuer publiquement et gratuitement un produit qui est
la cause même — en partie du moins — de la toxicomanie. Je suis donc
d’accord avec le département lorsqu’il dit « non » à la Ville de Lausanne.
Ce qui me fait littéralement bondir, c’est qu’on est dans un domaine de
compétence cantonale : le domaine de la santé publique. Les communes et la
Ville de Lausanne, qui est la plus grande commune du canton, n’ont pas le
dispositif de santé publique nécessaire. Lausanne a un médecin des écoles qui
s’occupe des écoliers, mais il n’y a pas de médecin ou de service de santé
publique d’une ville ou d’une commune leur permette d’agir, précisément
parce que c’est du domaine cantonal. Les rues de Lausanne font partie du
canton, la place St-Laurent et tous les quartiers font partie du canton et sont
donc de la compétence de la santé publique cantonale.
J’ai écrit et dit qu’il est dommage que ce rapport ait été écrit, parce qu’il vaut
mieux répondre aux interpellations et ne pas faire de rapport ou alors faire un
vrai rapport. Pour une maladie, on cite les chiffres, mais ici, on ne cite que la
mortalité directe, c’est-à-dire l’overdose, qui n’est qu’une partie de la mortalité
directe de cette terrible maladie. Les overdoses sont typiques des cantons qui
ont une ville capitale. On dit « les cantons » et au point 3 du rapport du Conseil
d’Etat, les statistiques parlent de Vaud, Genève, Bâle, Berne et Zurich, soit les
cantons suisses qui ont une grande ville. Bien entendu, on est toujours dans la
même situation extrêmement pénible où on dit n’être pas d’accord avec la
Commune de Lausanne sur sa manière de traiter le problème, contentant ainsi
les deux interpellateurs. On ne paie pas, quand on n’est pas d’accord, mais
Lausanne fait ce qu’elle veut.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2625
Monsieur le chef de département, j’estime que c’est un abandon très grave des
responsabilités de santé publique dans la plus grande ville du canton, qui n’a
pas les moyens, au niveau de la santé publique, d’agir dans un sens ou dans
l’autre — et on ne parle pas, maintenant, d’un point particulier. Elle n’a pas les
moyens d’agir seule, parce que c’est du domaine cantonal. Comme toute une
série de choses, une loi sur la prostitution est du domaine cantonal. Une
commune ne peut décider seule comment elle va se comporter. On est donc
dans le domaine cantonal de santé publique et le département peut se déclarer
en désaccord avec ce que Lausanne va faire, comme je l’ai entendu, mais n’a
aucun moyen de s’y opposer.
En fait, j’ai demandé au procureur ce qu’il en est. Si la Ville de Lausanne
persistait et décidait d’agir par ses propres moyens, on ne peut l’attaquer au
niveau pénal. Sur ce plan-là, elle ne commet rien de grave puisque la loi
fédérale actuelle le lui permet. Ce qui me choque surtout, pour l’avoir vécu ces
dernières années, c’est que voilà une commune qui n’est pas la seule du canton
à connaître ce problème, mais qui est l’endroit où se rassemblent de nombreux
ressortissants de communes vaudoises — Epalinges, Savigny, Bussigny,
Renens. On considère qu’elle a ce problème dans ses rues, elle ne veut en faire
qu’à sa tête et nous ne sommes pas d’accord. Mais on ne veut pas proposer une
discussion ni parler de ce que le canton, responsable de la santé publique y
compris dans les rues de Lausanne, fait pour éliminer ce problème. C’est la
seule attitude que peut avoir un département. Or cela dure depuis plusieurs
années. Cette attente inquiète d’une commune qui se demande quoi faire face à
un problème qui est en grande partie importé, dure depuis plusieurs années. Il
va falloir le soigner à nos frais. Dans la commune en question, on trouve des
gens qui viennent d’Yverdon, de Payerne, de Montreux, de Vevey où ces
problèmes vont apparaître — ne croyez pas que dans dix ans, Lausanne sera
seule concernée ; l’exportation du problème est déjà en cours et plus la
mobilité augmente, plus il s’exportera. Si par hasard la Commune de Lausanne
changeait d’attitude et en adoptait une autre, très répressive, il est clair que
vous verriez immédiatement se développer ces mêmes problèmes à Montreux,
à Vevey, à Yverdon.
Lausanne joue le rôle d’évacuateur du canton. Elle est obligée d’avoir une
attitude d’hébergement, de donner de la soupe, de nourrir un peu ces pauvres
gens, ces malades relevant d’un domaine de santé publique. Alors, ils viennent
forcément tous là parce qu’en plus, ils trouvent plus facilement dans une
grande ville — comme à Zurich, à Bâle, à Berne — le produit nécessaire à
assouvir leur compulsion et obtenir ce qu’il veulent.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2626
Je suis d’accord avec le fond du rapport et le fait que Lausanne ne doit pas
ouvrir un tel centre, mais je trouve qu’il trahit la responsabilité essentielle du
département dans ce domaine, laquelle consiste à montrer la direction. La
direction ne touche pas que le DSAS. Il est clair que le département de
M
me
Lyon et tout le domaine de la prévention — nous avons de la chance
d’avoir l’ODES — doivent être directeurs contre la toxicomanie dès le plus
jeune âge. Je ne parle pas de l’alcool et du tabac qui sont d’autres chapitres
d’un grand domaine. Je parle de la toxicomanie aux opiacés, de techniques de
vente, de dealing, de racolage autour des écoles ; ces sujets ne peuvent être
traités par une commune, surtout après EtaCom. Ce n’est pas à la Commune de
Lausanne ou à n’importe quelle autre de s’en occuper, mais au Département de
la formation et de la jeunesse de nous donner des règles et cela aurait déjà pu
faire dix pages du rapport.
Il y a ensuite l’énorme problème de la sécurité, qui est aussi gravement importé
dans la capitale du canton. On peut dire ce qu’on veut des relations entre le
canton et cette commune, et du comportement de celle-ci. Mais on peut dire en
tout cas une chose, ici, dans cette salle du Grand Conseil, soit que ce dernier
n’a pas le droit d’abandonner ses responsabilités sur les plans de la prévention
dans les écoles, du traitement des malades, de la sécurité — trois départements
déjà sont concernés. Ce sont les responsabilités du canton et non d’une
commune. C’est la raison pour laquelle, malgré mon accord sur le fond —
c’est-à-dire qu’il ne faut pas que la Ville de Lausanne fasse cela — je ne peux
pas m’opposer au rapport. Puisque les deux interpellateurs sont apparemment
satisfaits de la réponse, je vous demande de vous abstenir lors du vote sur ce
rapport.
La discussion est ouverte.
M. Olivier Gfeller : — Je regrette que le Conseil d’Etat ait refusé la
proposition faite par la Ville de Lausanne d’ouvrir un local d’injection. Je le
regrette d’autant plus que le Conseil d’Etat ne propose aucune mesure
alternative pour justifier son refus, alors que les problèmes soulevés par les
autorités de notre capitale sont bien réels. Par conséquent, Lausanne, une fois
de plus, va être abandonnée à elle-même alors qu’elle supporte déjà le poids le
plus important de la lutte contre le fléau de la drogue. La proposition
lausannoise d’un local d’injection fait partie d’un ensemble de mesures visant à
la réduction des risques sanitaires liés à la consommation de stupéfiants. On
peut émettre des réserves quant à l’ouverture d’un tel local, car il est vrai que
c’est un point assez délicat. Mais nulle part dans le rapport du Conseil d’Etat, il
n’est fait mention d’une solution permettant de prendre des mesures propres à
combattre les problèmes que la Municipalité de Lausanne a mis en évidence.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2627
Si j’en viens à la question de l’éthique — et je suis cosignataire du premier
rapport de minorité avec M
me
Peters — je crois que ce problème consiste en
fait en un choix entre deux éthiques. M. Leuba parlait des valeurs éthiques de
la majorité et permettez que l’on parle de celles de la minorité. Selon moi, ce
qui prime ici est l’aide à la survie et non une cohérence abstraite dans la lutte
contre la drogue ou la prévention que l’on essaie de faire. Le rapport mentionne
les drogues légales que sont l’alcool et le tabac et je constate que des
incohérences existent à ce sujet et qu’on ne s’y achoppe pas. Par contre, dès
qu’il s’agit d’héroïne ou d’autres substances, certes plus dangereuses, alors là
on se formalise à l’excès, selon moi. Il serait bon de réfléchir sur un plan
éthique, mais en pensant avant tout à l’aide à la survie.
Je remarque aussi que les arguments avancés pour parler de ce problème sont
un peu les mêmes que lorsqu’on parlait de la distribution de seringues et j’ai
l’impression que l’on revient quelques années en arrière, lorsque nous avions
eu ce débat. Je ne pense pas que la Municipalité de Lausanne abandonne ses
responsabilités en tant que commune, mais qu’au contraire, elle essaie
d’assumer ses responsabilités face à la propagation de certaines maladies et
face à l’abandon de seringues dans toute la ville. J’ai appris qu’actuellement,
les personnes qui trouvent le plus de seringues sont les jardiniers de la
commune. Face à toutes ces difficultés auxquelles la Ville est confrontée,
j’attends du Conseil d’Etat qu’il fasse une proposition alternative qui s’attaque
au problème soulevé, s’il a des scrupules à admettre l’idée d’un local
d’injection.
M. Thierry de Haller : — J’aimerais m’élever contre la mollesse du Conseil
d’Etat et une position qui me paraît juridiquement insoutenable, sur un point
central de ce débat. Je me réfère à la réponse à la première question de
l’interpellation de Michel Golay : « Toutefois, le Conseil d’Etat ne peut
s’opposer légalement à la mise sur pied d’une telle structure tant qu’elle est
exploitée selon les exigences fixées à l’article 19 alinéa 3 de la loi fédérale sur
les stupéfiants. » En note de bas de page, on nous donne la teneur de cet
article : « Il est possible de renoncer à la poursuite pénale lorsque l’auteur de
l’infraction est déjà soumis, pour avoir consommé des stupéfiants, à des
mesures de protection contrôlées par un médecin… » etc.
On a donc une norme pénale qui permet au pouvoir judiciaire de s’abstenir de
réprimer. Il ne s’agit pas d’une norme administrative qui autorise l’Etat à
tolérer des locaux d’injection. Je m’étonne que le Conseil d’Etat se permette de
transformer une norme pénale en norme administrative et je crois que même au
Cirque Knie, une telle pirouette ne serait pas exécutable. Dans ces conditions,
tolérer ou autoriser l’ouverture d’un local d’injection, voire l’aider par des
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2628
subventions, serait se rendre purement et simplement complice de délits qui
sont sanctionnés par la loi fédérale sur les stupéfiants. Cela étant, je soutiendrai
le rapport de majorité et j’accepterai la réponse du Conseil d’Etat, parce que je
suis opposé aux locaux d’injection, même si la Nouvelle Gazette de Zurich
nous apprend que le premier local d’injection d’Amérique du Nord vient d’être
ouvert à Vancouver. Ce n’est pas une raison pour suivre l’exemple et
d’ailleurs, les réactions aux Etats-Unis et au Canada ont été très sèches face à
cette ouverture.
M. Jean Martin : — Je commence par déclarer mes intérêts : certains se
souviendront que j’étais médecin cantonal jusqu’à il y a quelques mois.
J’aimerais faire quelques remarques sur quatre aspects du rapport qui nous est
soumis et les niveaux qu’il touche. Sur le plan juridique, tout d’abord, pour
reprendre ce qu’évoquait notre collègue Thierry de Haller à l’instant, je relève
que personne, dans les multiples investigations faites, n’a dit au service qui
s’occupait de cette question que l’on pouvait interdire ce type de locaux. Les
plus hauts magistrats judiciaires du canton ont été interpellés, notamment par
moi, et nous ont confirmé qu’il n’était pas possible de prohiber une telle
installation.
Un deuxième niveau me paraît plus important et c’est celui de la santé
publique. Là, à mon grand regret, je dois manifester mon désaccord avec mon
confrère Thévoz. En matière de santé publique, l’ennui c’est qu’un local
d’injection serait plutôt désirable. Je note d’abord qu’il y a une compétence
cantonale et que la loi sur la santé publique donne aux communes la
responsabilité de l’hygiène et de la salubrité publiques, sur un mode général.
On pourrait donc imaginer qu’à ce niveau, un local d’injection peut apporter
une amélioration générale à la salubrité publique, y compris environnementale.
Sur un mode plus médicalisé, s’agissant de la santé publique et sans que ce soit
une panacée, l’idée est d’éviter que des citoyens en grande difficulté de vie ne
s’infectent avec des maladies — le sida et l’hépatite C notamment — pour
lesquelles on n’a pas de bon traitement ou pas de traitement du tout
aujourd’hui.
Je dois donc relever une incohérence de mon préopinant et dire que, du point
de vue de santé publique et des personnes concernées, un tel local, par les
possibilités d’injections stériles qu’il permet, serait souhaitable, et à la limite,
l’autorité sanitaire aurait motif à donner son accord — j’y reviendrai. Un
troisième point important est celui de l’éthique. Nous avons tous de telles
préoccupations mais il faut dire que, dans ce domaine, les préoccupations
éthiques des uns et des autres divergent parfois. Il y a l’éthique de ceux qui
envisagent toute cette problématique sur un mode punitif que je considère
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2629
comme simpliste. La référence à la situation des Etats-Unis me donne
l’occasion de dire que le modèle américain de la guerre à la drogue que
plusieurs administrations ont suivi — y compris des administrations moins
rigides que celle d’aujourd’hui — est un véritable désastre. Je ne sais pas si
c’est complètement reconnu, mais le président Clinton l’avait dit explicitement
aux derniers jours de son mandat.
Cela dit, en matière d’éthique, il convient de rester attentif à la préoccupation
de santé publique qui consiste à blâmer ou à punir les victimes. En effet, on
voit une tendance à blâmer la victime, y compris dans les discours — que j’ose
qualifier d’idéologiques — de certains groupes influents de ce canton. Au
reste, je privilégie généralement des positions d’extrême centre tout en pensant
que, dans ce domaine aussi, on doit exprimer des valeurs et je suis opposé au
laxisme.
J’en viens au dernier point, pragmatique, que le Conseil d’Etat aborde dans sa
réponse et qui est l’opportunité de consacrer des sous — que nous savons être
en ce moment en quantité limitée, s’agissant des ressources de l’Etat cantonal
— de subventionner, comme on le fait pour d’autres initiatives communales ou
d’autres programmes, un local d’injection en ville de Lausanne. En lisant le
rapport, vous aurez vu que la Commission cantonale de prévention et de lutte
contre la toxicomanie, dont j’avais à l’époque le privilège de faire partie, n’a
pas d’opposition majoritaire au niveau des principes. Par contre, au niveau de
l’opportunité, elle considère — et je le soutiens même si certains seront déçus
de l’entendre dans ma bouche — que ce n’est pas un bon usage que de
consacrer à un local d’injection 1,5 à 2 millions par an. Il me paraît que, dans la
région lausannoise qui dispose d’un dispositif social tout à fait développé — et
il faut là rendre hommage aux efforts de la Ville de Lausanne dans le domaine
social — un local d’injection n’apporterait pas une plus-value ou un bénéfice
de santé supplémentaire correspondant aux ressources qui lui seraient
consacrées. Cela d’autant plus que personne n’imagine que tous les
toxicomanes en graves difficultés de vie utiliseront ce local. A l’évidence, on
n’empêcherait pas certains d’entre eux de s’injecter de la drogue dans leur
appartement ou dans d’autres lieux. Le bénéfice potentiel — et certains
regretteront que l’on puisse faire des appréciations de rendement dans des
domaines concernant la santé de nos concitoyens — montre que ce ne serait
pas un bon investissement. Pour ma part, je suis donc tout à fait d’accord avec
le rapport du Conseil d’Etat, qui me paraît trouver une position pondérée dans
un domaine délicat. Il rend compte de soucis qui doivent être les nôtres, de
préoccupations éthiques — sur lesquelles il est vrai qu’il n’y a pas identité de
vue entre tout le monde — des aspects de santé publique et de considérations
de bon usage des deniers publics. Je vous engage donc à accepter ce rapport.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2630
M. Michel Cornut : — Les personnes dépendantes de produits psychotropes
légaux ou illégaux sont malheureusement très nombreuses dans ce canton et
nous le savons tous. Parmi elles, un grand nombre de personnes ont recours à
l’injection et la police lausannoise estime que dans les seuls espaces publics de
la ville, entre 35 000 et 82 000 injections s’effectuent chaque année : voilà la
réalité. Les seringues stériles, la distribution de substances contrôlées ou
l’ouverture d’un local d’injection avec veille sanitaire sont des aides à la survie
destinées aux personnes dépendantes de produits psychotropes illégaux. Pour
un certain nombre d’entre nous, vous l’aurez compris, cette aide à la survie
s’impose précisément d’un point de vue éthique.
Un médecin, qui a prêté le serment d’Hippocrate et qui doit choisir entre un
patient mort ou un patient drogué, parce qu’il n’a, hélas, pas le pouvoir de
guérir de suite son patient de sa dépendance, choisira un patient drogué en
gardant bien sûr l’espoir de le guérir, ce qui ne peut se faire que s’il est vivant.
Si l’aide à la survie s’impose, elle est néanmoins et indéniablement risquée.
Elle peut être perçue, y compris par les personnes toxicodépendantes elles-
mêmes, comme une banalisation de la consommation des produits, voire
comme une démission de la société devant l’expansion dramatique d’un fléau.
Raison pour laquelle l’aide à la survie ne peut être envisagée que la mort dans
l’âme, comme une réponse à la fois partielle, subsidiaire, temporaire peut-être,
en même temps que se développent d’autres réponses des pouvoirs publics
tendant à prévenir la consommation et à réprimer le trafic, qui a désormais lieu
en plein jour sur la place publique et le plus souvent, impunément.
Je suis persuadé que ceux qui pensent d’abord à sauver des vies et ceux qui
pensent d’abord à ne pas banaliser ou encourager la consommation de drogues
n’ont aucune raison de s’affronter, mais au contraire, toutes les raisons de
coopérer. On ne peut pas laisser mourir les toxicodépendants juste pour
marquer son opposition à la toxicodépendance et on ne peut pas non plus offrir
aux toxicodépendants de quoi minimiser les risques de leur consommation sans
chercher en même temps les voies et les moyens de lutter contre le recours de
plus en plus fréquent, dans notre société, aux substances psychotropes, à
l’alcool, au tabac, au cannabis, à l’héroïne, à la cocaïne, à l’extasy, au lexotanil
et on en passe. Au niveau suisse, les partis gouvernementaux sont parvenus à
s’entendre sur une politique raisonnable qui intègre aussi bien l’aide à la survie
que la répression et la prévention. Même s’il faut constater que les autorités
fédérales ne se sont pas encore donné les moyens de cette politique, un
dialogue a été possible et pourquoi diable ne le serait-il pas au niveau vaudois ?
Je constate que les députés opposés aux aides à la survie cherchent parfois très
clairement la polémique. Dans son interpellation, M. Golay a parlé, à propos de
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2631
la proposition lausannoise, d’une proposition « stupide, immorale et même
ignoble. » Une telle violence verbale ne permet évidemment pas d’avancer. Je
dirais qu’elle participe symboliquement de la dureté du monde, de la fermeture
et du déni auquel se heurtent si souvent ceux qui souffrent. C’est cette dureté
du monde et en particulier celle des puissants, des gouvernants, des possédants
qui conduit certaines personnes à chercher refuge dans des paradis artificiels
qui se transforment vite en un véritable enfer. Un jeune sur dix qui sort
aujourd’hui de l’école ne trouve ni place d’apprentissage ni emploi. Privé de
toute perspective professionnelle, de toute existence sociale que l’on peut
qualifier de normale, il sait, lui, ce que c’est que de vivre dans une société de
marché quand on est du mauvais côté, du côté de ceux qui n’ont rien. Il est
alors facile de condamner voire même d’insulter des autorités communales qui
tenteront de repêcher ce jeune sans perspectives si jamais il a sombré dans la
toxicomanie. C’est bien plus facile que de déployer les moyens nécessaires
pour que tous les jeunes qui sortent de l’école aient leur chance, comme
M. Golay a eu la sienne.
Alors, ne contestez pas l’intégrité morale ou personnelle de ceux qui proposent
des aides à la survie. Nous nous sentirions coupables de non-assistance à
personne en danger si nous n’offrions pas de telles aides. S’agissant du local
d’injection, permettez-moi quand même de préciser que nous ne parlons pas
simplement d’un local. Les finances de la Ville de Lausanne ne sont certes pas
en très bonne santé, mais pas au point qu’elle ne puisse louer un local sans
l’aide du canton ou de la région. Le projet lausannois est beaucoup plus que
cela : il s’agit d’un projet avec veille sanitaire pour un budget de 1 650 000
francs en chiffres ronds.
Pour terminer, je regrette que l’Etat de Vaud accepte la distribution de
seringues stériles, au titre de l’aide à la survie, mais pas le local d’injection.
Cette position ne me paraît pas cohérente et j’espère bien qu’elle sera revue.
Cela dit, deux actions sont tout de même évoquées dans le rapport du Conseil
d’Etat. Il s’agit de la pérennisation de « Strada » et de la création d’une équipe
mobile de prévention. Sur ces deux propositions, nous avons besoin
d’engagements précis et d’un véritable agenda. Je serais heureux que M. le
chef de département nous dise quand elles seront mises en œuvre. Nous ne
pouvons pas laisser crever les « toxicos ». On ne peut pas non plus tolérer le
déferlement des produits psychotropes sur les écoles ou dans la rue. Sur ces
deux points, il me semble que nous devrions tous être d’accord, à moins
d’avoir une pierre à la place du cœur. J’aimerais vous rappeler la teneur des
articles 30 et 31 de la loi cantonale sur la santé publique : l’article 30 prévoit
que les communes partagent avec l’Etat la responsabilité d’encourager la
prévention et à l’article 31, il est dit que les communes et l’Etat peuvent
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2632
collaborer avec les institutions spécialisées dans la lutte contre l’alcoolisme et
les autres toxicomanies.
M
me
Odile Jaeger Lanore : — Suite à mon interpellation et à celle de
M. Golay, je me déclare d’accord avec le rapport du Conseil d’Etat. Si je
partage entièrement l’argumentation du rapport de minorité de M. Francis
Thévoz, je n’arrive pas aux mêmes conclusions.
M. Thévoz nous dit que ce rapport n’est pas assez ferme, qu’il est vide, banal,
sans effet, sans repères et laissant la Commune de Lausanne se débrouiller
seule. Je suis désolée, monsieur Thévoz, mais je n’ai pas du tout la même
lecture de ce rapport. Je vous signale par exemple la réponse à la première
question de mon interpellation, qui affirme que le Conseil d’Etat n’a pas
changé et qu’il se déclare en contradiction avec la philosophie sous-tendant la
politique cantonale en matière de prévention et de lutte contre la toxicomanie,
c’est-à-dire qu’il est contre ce local d’injection. « Le soutien du canton à une
structure permettant l’injection constituerait un message politique des plus
ambigus. » Voilà ce que dit le Conseil d’Etat, qui tient donc un discours assez
ferme.
Il est vrai aussi que le Conseil d’Etat ne peut s’opposer légalement à la mise
sur pied d’une telle structure. Je ne suis pas d’accord avec M. de Haller,
puisqu’il existe une loi fédérale sur les stupéfiants qui permet la mise sur pied
d’une telle structure, et on sait que les lois fédérales priment sur les lois
cantonales. Si donc l’Etat s’oppose fermement à la construction d’un
« shootoir », il ne peut empêcher une commune de le faire.
Je voudrais encore vous renvoyer, dans le rapport, à la fin de la réponse à ma
première question, parlant des coûts élevés de ce local d’injection, qui se
chiffrent entre 1 ou 2 millions de francs suivant son organisation et ses heures
d’ouverture. Il faut tout de même savoir qu’aujourd'hui, beaucoup de
toxicomanes ne se contentent plus de se piquer, mais utilisent de nombreux
autres stupéfiants. Si « shootoir » il y avait, cela ne concernerait qu’une toute
petite partie des consommateurs.
La politique du Conseil d’Etat, qui vient d’être très critiquée par plusieurs
députés et entre autres M. Cornut, a toujours été celle de la prévention et de
l’accompagnement des soins dans les différents centres régionaux construits
dans le canton. A Lausanne, il existe plusieurs centres d’accueil pour les
toxicomanes, dont un accueil à seuil bas. Je vous signale que dans son
programme de législature, le Conseil d’Etat entend consacrer des efforts
financiers pour soutenir les structures existantes dans le domaine des
dépendances. Il vient de décider d’attribuer un montant de 1 299 500 francs
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2633
pour des projets touchant le domaine des dépendances. Il s’agit entre autres
d’une participation au programme de formation spécifique, d’un soutien à un
projet pilote de prévention secondaire — dépistage, évaluation et parrainage
pour adolescents à risque de toxicomanie — ainsi que la poursuite des efforts
en matière de remise de matériel stérile. Il ne faut donc pas dire que le Conseil
d’Etat ne fait rien pour la prévention dans ce domaine. Ce fonds serait du reste
alimenté par des montants saisis dans le cadre de la répression du trafic de
stupéfiants.
Pour finir, je tiens à vous citer une phrase d’un ancien toxicomane : « Au
premier abord, le projet du local d’injection de Sylvia Zamora paraît plutôt
positif et semble offrir un espoir aux drogués. Hélas, on réalise au bout de la
ligne que tout cela n’est qu’un leurre. On sait par ailleurs que ces « shootoirs »
ne résolvent rien, alors autant ouvrir directement un mouroir pour
toxicomanes. » Je vous demande d’accepter le rapport du Conseil d’Etat.
M. Pierre Duc : — Je déclare mes intérêts : j’ai travaillé pendant 26 ans à la
police cantonale dans le domaine des stupéfiants. Je remercie le Conseil d’Etat
pour sa réponse. Celui-ci refuse toujours de réaliser au milieu de la capitale
vaudoise un « shootoir » pour personnes en grande souffrance. Lausanne a
voulu créer dans ses murs les conditions idéales pour l’accueil d’un grand
nombre de toxicomanes du pays de Vaud et de Suisse romande : soupe
populaire, lieu de rassemblement, marché ouvert de la drogue et distribution de
seringues et d’aiguilles depuis plus de 12 ans. Il n’est pas admissible de
demander maintenant l’aide des autres communes et de l’Etat pour poursuivre
dans cette optique laxiste. Au lieu de se fixer sur l’aide à la survie, la
Municipalité de Lausanne devrait se pencher un peu mieux, me semble-t-il, sur
la prévention qui me paraît être un peu laxiste à l’heure actuelle.
Le président : — J’attire votre attention sur le fait qu’il y a des termes que je
n’aime pas voir utiliser ici dans ce parlement qui doit garder sa dignité. Si l’on
en est au « shootoir » dans ce débat, que va-t-il se passer quand nous
aborderons la loi sur la prostitution ?
M. Georges Kolb : — Autoriser l’injection sous conditions n’est pas valider la
toxicomanie de manière générale. C’est une mesure de santé publique évoquée
au titre de la prévention et à celui de l’aide à la survie. Par analogie, autoriser
ou décriminaliser l’avortement, comme nous l’avons admis il y a une année ou
deux, n’est pas faire de l’avortement une méthode contraceptive. C’est la raison
pour laquelle nous pensons que la Commune de Lausanne doit être habilitée à
travailler dans ce sens-là et c’est pourquoi les Verts refuseront le rapport du
Conseil d’Etat. Sur le principal et sur la position proprement éthique, notre
collègue Cornut a dit l’essentiel et je ne souhaite pas y ajouter une virgule.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2634
M
me
Doris Cohen-Dumani : — Ce rapport du Conseil d’Etat sur les
interpellations me paraît nettement insuffisant. Il me paraît léger, car il ne fait
qu’effleurer le problème fondamental de santé publique. Bien sûr qu’à
Lausanne, nous ne nous attendions pas à recevoir une entrée en matière sur un
soutien ainsi qu’une prise en charge d’un local d’injection, mais de là à ce
qu’un problème de santé publique posé soit occulté, il n’y a qu’un pas.
Certes, on nous rappelle que selon un rapport de l’Institut de médecine
préventive sur la période 1998-2000, la situation semble s’être améliorée grâce
au concept cantonal en matière de distribution de matériel stérile. Un petit
rappel au passage : le Canton de Vaud y était complètement opposé, alors que
la Ville de Lausanne s’est investie et s’est substituée à celui-ci en introduisant
cette distribution de matériel stérile. On s’est trouvé à cette époque dans une
situation similaire à celle d’aujourd’hui.
On passe aussi sous silence la période plus récente de 2000 à 2002, mais qu’en
est-il réellement ? En Suisse, on a toujours des chiffres qui datent et pour se
faire vraiment une idée, il faudrait disposer de chiffres plus récents. Les
informations que je reçois sont plutôt alarmantes, et j’aimerais bien savoir s’il
est vrai que le Canton de Vaud détient le triste record du nombre d’individus
atteints par le sida en Suisse. On entend aussi dire, par certains médecins,
qu’une sous-souche particulière du HIV a été repérée dans le canton et que les
risques sont grands que ce virus se propage par la prostitution et le non-usage
de préservatifs. En ce qui concerne le problème de l’hépatite B et C des
toxicomanes, il semble qu’il touche un nombre d’usagers bien supérieur aux
50% qu’on nous décrit ; il avoisinerait même les 60 à 70%.
Selon les informations dont nous disposons, il y aurait environ 5000 toxi-
comanes dans le canton. En supposant que 3000 d’entre eux soient atteints par
le virus de l’hépatite, cela devrait nous faire réfléchir. D’abord — et je
m’adresse aux médecins qui sont dans la salle — sur le danger de la situation et
ensuite, naturellement, sur les coûts de la santé. Combien un malade atteint
d’hépatite coûte-t-il à la société ? Dix mille ou vingt mille francs ? Combien
coûte la vie d’un sidéen ? Un million de francs ? Et combien coûte, enfin, un
local d’injection ? Un million et demi. Au moment où nous disposerons des
chiffres actualisés et d’un véritable état des lieux du point de vue de la santé
publique, nous pourrons nous décider en toute connaissance de cause sur le
retour sur investissement. Voilà pour le côté financier.
En conclusion, je retiens trois objectifs qui devraient être prioritaires et guider
notre réflexion. Tout d’abord, un objectif de santé publique : il s’agit d’éviter
que des toxicomanes en situation précaire soient contaminés par l’utilisation de
matériel non stérile et il faut ensuite éviter de permettre à l’épidémie de se
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2635
généraliser — M. Jean Martin vient d’ailleurs de confirmer tout à l’heure qu’au
niveau de la santé publique, il serait presque souhaitable d’avoir un local
d’injection. Deuxièmement, il faut protéger la population. Savez-vous que des
jardiniers ramassent des seringues, comme aussi des concierges d’école ou
d’immeubles privés, la police mais surtout des enfants qui jouent dans des
parcs publics et qui en trouvent malgré tous les efforts qui sont faits.
Le troisième objectif est un contrôle soutenu de la distribution et un suivi social
avec l’espoir que l’un ou l’autre des toxicomanes fasse un jour le choix de
sortir de la dépendance, en ayant un contact avec une personne se trouvant dans
un local d’injection. J’aimerais poser une question : les villes de Zurich, de
Berne ou de Genève — qui comme vous le savez va ouvrir un deuxième local
d’injection après avoir fait une évaluation — sont-elles complètement à côté du
problème ? Mes chers collègues, je peux comprendre que pour des raisons
d’éthique on ne soutienne pas un local d’injection. Je suis sûr qu’il n’y a pas un
seul député dans cette salle, qu’il soit du centre-droite, de droite ou de gauche,
qui voudrait cautionner la toxicomanie. Il arrive pourtant que, par
pragmatisme, pour éviter le pire et pour des raisons de survie, on fasse un autre
choix. C’est ce que je vous propose de faire aujourd’hui en refusant le rapport
du Conseil d’Etat. Pour répondre à la remarque de M. de Haller tout à l’heure,
je voudrais dire que je ne me sens pas du tout complice d’une infraction pénale,
mais que si je n’agissais pas ainsi, je me sentirais au contraire complice de non-
assistance à personne en danger. Vous savez très bien qu’un local d’injection
n’est qu’un moyen de la chaîne thérapeutique et qu’il doit faire partie de toute
une série de mesures dont plusieurs députés ont évoqué l’existence tout à
l’heure. (Applaudissements.)
M. Georges Glatz : —A mes yeux, l’aide à la survie ne passe pas par un geste
qui s’apparente à un geste de mort, quoi qu’on en dise. L’éthique — puisque
c’est de cela qu’il est question — est souvent la référence ultime et à raison,
lorsque dans les débats, avant une prise de décision, on peut trouver diverses
justifications qui peuvent nous inciter à faire pencher la balance dans un sens
ou dans l’autre. Les actes doivent être chargés de sens et, à ce titre, il sont
souvent des références éducatives, sociales, des symboles et finalement des
signes transmis aux générations futures. Pour ma part, même si on peut
invoquer diverses raisons qui paraissent au premier abord aller dans le sens de
la lutte contre la toxicomanie, il n’en reste pas moins que le sens profond de ce
geste reste à mes yeux incongru et même néfaste au sens de l’éthique de la vie.
Il faut trouver d’autres solutions à ce malheur, solutions certes plus coûteuses,
comme par exemple des centres de désintoxication avec une aide contrainte.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2636
M. Jean-Luc Chollet : — Bien des choses ont été dites jusqu’à présent et s’il
est un domaine qui requiert une extrême sensibilité tant il est douloureux, c’est
bien celui-là. Savoir qu’un être proche et aimé est tombé dans l’enfer de la
drogue, passer des années, comme proche ou comme parent, en oscillant entre
l’espoir et la résignation, entre le courage ou l’encouragement au vu des
progrès et le désespoir le plus profond lorsque l’on voit les rechutes, essayer de
tendre la main et qu’il la saisisse, alors que nous parlons et agissons de manière
très différente entre le monde des vivants et ce monde des morts en sursis,
voilà qui devrait nous inciter à dépolitiser et dépassionner ce débat.
Je me souviens d’une conférence donnée par Georges Simenon à l’aula du
collège de Bethusy en 1962 et qui m’avait marqué, du haut de mes treize ans. Il
pensait que dans les générations futures, il n’y aurait plus de prisons, mais
seulement des hôpitaux. Il ne signifiait pas, par là, qu’il n’y aurait plus de
délinquants mais seulement des malades et que les délinquants seraient
considérés comme des malades. Or, dans le domaine de la drogue, le
consommateur, qui est un malade, devient un délinquant. Voilà pourquoi nous
devons agir à la fois sur le plan de la thérapie et sur celui de la répression,
parce que les deux sont nécessaires.
Evidemment, dans le reste du canton, on reproche souvent à Lausanne — et
dans mon groupe, les oreilles me sifflent souvent en tant que Lausannois — de
tirer la couverture à elle. Là, je peux vous dire que c’est gagné : en matière de
drogues et de tous les problèmes afférents, Lausanne joue effectivement son
rôle de ville-centre. Maintenant que le constat est posé, il faut faire avec.
J’aimerais souligner l’honnêteté de celles et ceux qui ont des avis différents sur
la question, tant il est vrai que nous sommes en profond désarroi les uns et les
autres. J’ai toujours entendu que le directeur de la Fondation du Levant,
M. Rey, prônait l’abstinence totale et une sévérité extrême, mais je ne peux
oublier une des dernières auditions de la Commission des grâces, où une
femme d’à peine 22 ans, polytoxicomane et alcoolique, nous disait qu’elle
émergeait, réapparaissait et recommençait à travailler grâce à la prise
quotidienne de méthadone. Cela me montre, pour moi le néophyte, que les
vérités absolues sont faciles à professer mais difficiles à vivre. Et pourtant,
cautionner un local qui donnerait la mort à petites doses — quelles que soient
les bonnes raisons et l’honnêteté de ceux qui les professent — me paraît
éthiquement trop difficile — pour autant que je puisse prononcer ce mot
redoutable. C’est pourquoi je me rallierai à la position du Conseil d’Etat.
M. Noël Crausaz : — Un toxicomane pris en charge ne meurt pas, mais il va
se soigner à l’aide d’un encadrement approprié. Les personnes soignées
réintégreront un jour la société dont nous faisons tous partie et coûteront
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2637
certainement beaucoup moins cher. Le but d’un local, qu’il soit à Lausanne ou
ailleurs, n’est pas de gaver les toxicomanes mais de faire prendre conscience à
ces êtres humains que la drogue est nocive, avec toutes les conséquences qui en
découlent. Refuser un local d’injection revient à laisser peut-être mourir un
toxicomane.
Je me rapporte aux deux derniers alinéas du rapport qui dit : « La création
d'une équipe mobile de prévention (…) pourrait s'avérer une solution (…).
Bien que la Ville de Lausanne ait un projet en vue dans ce domaine, elle ne l'a
pas [encore] formellement fait connaître à la Commission (…). [Cette]
commission devra étudier cette nouvelle option, et soumettra, le cas échéant, une
proposition au Conseil d'Etat allant dans ce sens et consolidant la cohérence et
l’efficacité du dispositif de prise en charge vaudois déjà existant. »
Je vous propose tout simplement de refuser le rapport ou tout au moins,
d’attendre les conclusions de cette commission et un nouveau rapport du Conseil
d’Etat. Je demande d’ores et déjà que la votation finale sur la prise en
considération du rapport soit faite à l’appel nominal.
M. Frédéric Borloz : — Je ne voudrais pas allonger le débat et m’arrêterai sur
un seul point : l’aide à la survie. Dans les travaux de la commission dont j’ai fait
partie, cette question-là — comme à beaucoup dans cette salle — m’a paru être
essentielle. Le Conseil d’Etat entreprend-il des mesures d’aide à la survie, oui ou
non ? Les nombreuses explications qui nous sont données et qui apparaissent
parfois succinctement dans le rapport que vous avez pu lire, démontrent et
apportent des informations selon lesquelles le Conseil d’Etat entreprend bien des
mesures d’aide à la survie. Il a simplement fait un choix et privilégié un certain
nombre de mesures. En l’occurrence, ces mesures visent au soutien de centres
tels que le Centre St-Martin, centre d’accueil à seuil dit « bas », centres de soins
qui peuvent déboucher sur un traitement. Il a privilégié ce choix et a ainsi
entrepris des mesures d’aide à la survie. Dès lors et dans ces conditions, ayant
l’impression qu’en l’occurrence le Conseil d’Etat, avec les professionnels et les
intervenants concernés à travers tout le canton, a mis en place une politique
cohérente en matière de toxicomanie, j’accepte son rapport et vous engage à en
faire de même.
M. Olivier Gfeller : — Je remercie notre président d’avoir attiré notre attention
sur le fait que certains termes étaient impropres à l’utilisation. Effectivement, je
suis assez choqué par l’utilisation du terme « shootoir. » Je trouve déjà que la
quasi-homophonie avec le terme « foutoir » est de très mauvais goût et cela
d’autant plus qu’il ne faut pas oublier qu’on a affaire à des malades. Je trouve
l’utilisation d’un tel terme un peu odieuse et je crois que des personnes en
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2638
détresse ont droit à du respect et à de la compassion, jusque dans les rangs du
Grand Conseil.
J’ai d’autant plus regretté la dérive vers le terme de « mouroir. » Si le local
d’injection était véritablement un mouroir, cela ne coûterait rien d’avoir un local
où on laisse les gens mourir. Ce qui est important et à quoi il faut consacrer des
fonds, c’est bien d’offrir un encadrement dans ce local qui permette de garder un
lien avec ces personnes en perdition et de leur offrir ainsi une dernière chance de
se tourner du côté de la vie ; c’est ce qui me paraît essentiel. Le Conseil d’Etat a
fait un choix : il se refuse à soutenir le local d’injection. C’est un choix, d’accord,
mais alors, il faut proposer des mesures alternatives comme, par exemple l’unité
mobile d’intervention dont on a déjà parlé. Dans ce cas-là, je souhaite que le
Conseil d’Etat ne reste pas inactif et ne se contente pas d’attendre les
propositions de Lausanne mais qu’il prenne lui aussi les devants et fasse
éventuellement des propositions alternatives à la Ville de Lausanne, afin qu’on
ne se regarde pas de chaque côté en chiens de faïence, tout en laissant les
problèmes soulevés s’aggraver.
M. Jean Martin : — Je vous remercie de me permettre de faire quelques
commentaires complémentaires. Je voudrais tout d’abord rassurer certains de nos
collègues. Dans ce canton, du moins jusqu’en avril dernier, on ne laissait pas
crever les toxicomanes. Des efforts multiples, nombreux et étoffés étaient faits au
CHUV et dans les institutions nommées dans ce débat et j’ose affirmer qu’à cet
égard, le Canton de Vaud est certainement un des endroits du monde où il fait le
moins mauvais être malade, toxicomane ou affligé de certaines maladies
infectieuses.
J’aimerais aussi rappeler, comme l’ont fait plusieurs de nos collègues, le fait que
depuis des années, il y a une large mise à disposition de matériel stérile et de
seringues dans le canton. Je rends volontiers hommage à la Commune de
Lausanne qui a commencé à le faire à l’époque, d’une manière attentive. Les
professionnels sanitaires du Service de la santé publique ont suivi cette évolution
et comme vous le voyez dans le rapport, cette distribution est maintenant
soutenue largement par les deniers publics cantonaux. A cet égard, et j’entendais
faire cette remarque avant les pertinents commentaires de mon collègue et ami
Borloz, il faut dire un mot sur l’aide à la survie. Je regrette, avec Borloz, les
distorsions sémantiques qui font que certains — j’utilise ici à nouveau le terme
d’idéologues — veulent faire croire et disent que, dans ce canton, on refuse l’aide
à la survie. Pratiquement en tout cas, l’aide à la survie est pratiquée par la
distribution de matériel stérile ainsi que par certaines activités de plusieurs
centres à bas seuil dont le centre-phare est et celui de Lausanne à la rue
St-Martin, et ailleurs dans le canton. Jusqu’ici, sans aucune prétention à avoir
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2639
toujours raison, j’estime que ce canton n’a pas besoin d’un local d’injection. Il
reste pourtant clair que, concrètement, il pratique l’aide à la survie.
S’agissant du plus qu’apporterait le local d’injection, j’ai effectivement dit que
d’un point de vue de santé publique — et j’entendais là prendre le contre-pied
d’une affirmation erronée qui nous avait été faite — dans un monde idéal, ce
local pourrait être utile, mais nous ne vivons pas dans un monde idéal. Dans
certaines de vos interventions, tout se passe comme si le local d’injection
lausannois allait éviter à l’avenir à tout résidant toxicomane du Canton de Vaud
de s’infecter par les virus de l’hépatite C ou du sida ; c’est tout simplement faux.
Quelques-uns d’entre eux, probablement, utiliseraient à quelques reprises le local
d’injection et des seringues stériles qu’ils n’auraient peut-être pas utilisées
ailleurs. Il reste qu’ils ont toujours la possibilité d’obtenir des seringues stériles et
que tous ne viendraient pas au local d’injection. Cette approche pratique me fait
entériner le rapport du Conseil d’Etat.
Je relève que M
me
Cohen-Dumani a justement fait allusion à un noyau de
toxicomanes — ils sont d’ailleurs peut-être toxicomanes mais ont aussi d’autres
pratiques à risques, comme par exemple des relations sexuelles d’homme à
homme — porteurs d’une souche préoccupante du virus HIV, c’est vrai. J’ai
participé il y a quelques mois encore à des discussions à ce sujet et il faut voir
que ces personnes en grande difficulté de vie ne sont pas toujours disciplinées et
ne suivent pas toujours — et même assez souvent, ne suivent pas — les
indications que les médecins, les travailleurs sociaux, les éducateurs, les
infirmières leur donnent. Il faut aussi voir que là, nos compétences
professionnelles se heurtent aux limites de l’autonomie des personnes, de la
liberté de détermination qu’elles gardent, même si c’est pour leur malheur et leur
moins bonne santé. C’est dire une fois de plus que dans un monde pragmatique,
le rapport du Conseil d’Etat me paraît bon.
M. Philippe Leuba, rapporteur de majorité : — Vous me permettrez de
répondre à une partie des interventions qui viennent d’être faites.
D’abord à M. Gfeller. Il est audacieux de dire : « c’est le local d’injection ou
rien du tout. », d’affirmer qu’il n’y a pas d’alternative proposée par le Conseil
d’Etat : « Si vous dites non au local d’injection, vous ne proposez aucune autre
voie. » Eh bien, monsieur Gfeller, c’est faire peu de cas de tout ce qui,
aujourd’hui déjà, est fait par les administrations, communale ou cantonale, qui
nous a été exposé par M. le chef du département en commission. Vous y étiez.
L’ancien médecin cantonal, M. Jean Martin, a rappelé à juste titre ce qui était
fait par le passé et qui continue à l’être pour ceux qui sont dans l’enfer de la
drogue. Alors, présenter aujourd’hui la question qui nous est posée comme un
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2640
choix entre le local ou rien, c’est un raccourci qui ne tient pas compte de la
réalité.
M. Cornut nous a expliqué que les toxicomanes en étaient réduits à ce triste
état de par la dureté du monde — c’est l’expression qu’il a utilisée. Je serais
moins affirmatif que lui, je crois qu’il n’y a pas une raison, et une seule, qui
conduit un individu à s’autodétruire. D’après l’ensemble des spécialistes, c’est
d’abord une absence de repères et de valeurs qui est à l’origine de cette
autodestruction. L’une des valeurs absentes chez les toxicomanes est bien celle
de la vie, de sa propre vie. Comment voulez-vous que l’on comprenne qu’une
collectivité publique ouvre un local qui, qu’on le veuille ou non, conduit, ou
risque de conduire, à la mort ? C’est de nouveau l’absence d’une affirmation de
valeur, l’absence d’une fixation de repères.
Notre parlement a pour mission de fixer les valeurs qui sont à l’origine de
l’action de l’Etat, et il est légitime que nous en affirmions un certain nombre et
que nous disions : « ceci est admissible, cela ne l’est pas. » La majorité de la
commission estime qu’ouvrir un local d’injection, c’est aller au-delà de
l’admissible et que cela ne saurait être une mission de l’Etat reposant sur une
échelle de valeurs défendables.
Madame Cohen-Dumani, je comprends les préoccupations qui sont les vôtres,
mais l’ouverture d’un local n’est pas un élément de la chaîne thérapeutique. Si
ça l’était et conduisait à sauver les drogués de l’enfer de la drogue, je vous
suivrais. Mais malheureusement ce n’est pas l’objectif d’un local d’injection
qui est, qu’on le veuille ou non, de permettre aux drogués de continuer à
s’injecter de la drogue et pas de sortir les droguées de l’enfer de la drogue.
Cette différence est fondamentale, elle légitime la barrière entre ce qui est
admissible et ce qui ne l’est pas dans les tâches et dans les missions de l’Etat.
Cette barrière conduit la majorité de votre commission à suivre le Conseil
d’Etat et à ne pas donner ce signe catastrophique pour la jeunesse que serait
l’ouverture d’un local d’injection. Il est normal de se soucier de ceux qui sont
dans cet enfer, mais il est encore plus légitime de se soucier de ceux qui
risquent de tomber dedans. Avec un message brouillé, en n’affirmant pas
aujourd’hui des valeurs claires, vous risquez d’étendre le nombre de ceux qui,
demain, seront dans cet enfer. Je n’en prendrai personnellement pas la
responsabilité.
En dehors de la profession de foi des uns et des autres — je ne fais le procès de
personne, tous sont soucieux de défendre des valeurs auxquelles ils croient —
les modestes chiffres dont nous disposons aujourd’hui, imparfaits je le concède
volontiers, sont mentionnés dans le rapport du Conseil d’Etat. Ils démontrent la
réalité suivante : un local d’injection a été ouvert à Genève fin 2001 ; le
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2641
nombre d’overdoses que le local a pour mission de limiter était de 15 en 2001,
moment de l’ouverture du local, et il a passé à 20 en 2002 ; dans le même
temps, le Canton de Vaud qui ne dispose pas d’un tel local avait
malheureusement 14 overdoses à déplorer en 2001 et plus que 10 en 2002.
Les seuls éléments chiffrés, imparfaits je le concède, démontrent en tout cas
que le local d’injection de Genève n’est pas parvenu à remplir la mission qui
lui était conférée, mission critiquable s’il en est.
M
me
Lise Peters, rapporteur de minorité : — M. Leuba veut sauver les
drogués de la drogue. Dans la mesure du possible, c’est ce que nous voulons
tous. Il vaut mieux sauver un drogué de la drogue en lui ayant donné toutes les
chances possibles de survivre sans contracter le sida ni l’hépatite C ou
l’hépatite B que de le laisser prendre tous ces risques.
Je souscris entièrement à la première intervention de mon confrère Jean Martin.
Il est arrivé à la conclusion qu’un local d’injection pouvait être utile. Le point
de divergence entre son raisonnement et le mien est problème d’opportunité.
Celle-ci me semble pouvoir être soutenue par le fait que, dans un local
d’injection, le contact entre des consommateurs de drogue et les personnes qui
leur distribueraient le matériel pourrait aider à maintenir un lien et à encourager
les personnes fréquentant ce local à entrer dans une thérapeutique de
substitution ; celle-ci, souvent, est le premier pas vers l’abstinence. Le contact
offert par un local d’injection serait au moins le geste de main tendue qui,
souvent, manque aux drogués pour leur permettre de faire le pas vers une
évolution de leur situation.
Quant au petit paragraphe parlant d’une équipe mobile de prévention, à ma
connaissance, dans le préavis de la Municipalité de Lausanne, cette proposition
existe. Elle dépend de l’équipe du centre d’injection. Je pense que l’un et
l’autre peuvent être coordonnés et qu’il serait probablement difficile d’avoir
cette équipe mobile sans que le centre soit mis sur pied.
M. Francis Thévoz, rapporteur de minorité : — Je rappelle que nous parlons
d’un rapport du Conseil d'Etat. Inutile de faire une grande leçon scientifique. Je
suis fatigué de recevoir des leçons d’éthique par un syndicaliste. On arrête, on
arrête ! Limitons-nous à l’étude du rapport.
Si j’étais le médecin cantonal, en fonction jusqu’en avril, et dont tout l’esprit
imprègne ce rapport, si j’avais marqué la politique de la toxicomanie dans ce
canton, je serais le député Jean Martin et je ne me prononcerais pas sur ce
rapport.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2642
Si j’étais M. Cornut — puisque j’ai parlé de syndicaliste — je ne donnerais pas
de leçon d’éthique médicale sur la situation d’un médecin devant la mort sans
me souvenir d’abord du serment d’Hippocrate, que je suis censé connaître par
cœur ; je me rappellerais ensuite qu’un médecin a l’interdiction de donner la
mort, y compris en prescrivant une dose d’héroïne, qui sera suivie d’une
overdose à 4 heures du matin quand les bureaux du bon docteur seront fermés,
et qui se conclura à 7 heures du matin par un décès dû à l’acte médical.
Je ne participerais pas non plus, si j’étais M
me
Cohen-Dumani, à des
discussions sur l’hépatite et le virus du sida sans me rappeler que, par
définition, partout où se rassemblent des toxicomanes, ces prévalences
augmentent. S’agissant de la terrible remontée du sida dans les pays européens
et en Suisse, les chiffres montrent que c’est dans les villes équipées de stands
de distribution — stands que vous ne devriez pas appeler « shootoirs » mais
lieux d’aide à des malades que je vous prie de respecter — que ces maladies
augmentent. Curieux. Et voilà qu’une députée demande l’ouverture de tels
lieux pour éviter l’augmentation de l’hépatite C et du virus HIV. Au contraire,
c’est forcément là que l’augmentation se produit ! Car cela provoque un
phénomène que craint la Ville de Lausanne — devenue raisonnable. Cela crée
une attraction terrible. Lausanne est déjà une attraction dans le canton pour les
toxicomanes puisque c’est là qu’on trouve la « marchandise », qu’on trouve un
peu de soupe et un morceau de pain et un endroit pour dormir. Les
toxicomanes s’y concentrent. Le danger pour les villes-centres, si elles
développent complètement la théorie — que j’estime fausse mais qui en est une
— qu’on aide les gens à survivre si on leur donne une dose d’héroïne, c’est
qu’elles deviennent de vrais centres de ralliement des toxicomanes, où
l’hépatite C et le virus de sida sont plus fréquents ; c’est typique de Zurich et
de Genève. En outre, madame Cohen-Dumani, que penser du corps enseignant
du collège des Grottes à Genève, qui proteste ? Curieux. Pourquoi ?
Explication : vous ouvrez un centre d’injection. C’est là que se trouvent des
malades. Leur maladie est le besoin d’une substance qu’ils achèteront à
n’importe quel prix. Où iront les vendeurs ? Ils viendront là. Les vendeurs de
chocolat vont dans les pays où l’on mange du chocolat et ceux qui vendent de
la drogue là où il y a des clients. Et si des enfants se trouvent dans le voisinage,
ils leur proposent leur marchandise. Le collège des Grottes est le plus
dangereux de Genève pour les écoliers, au point que des parents refusent que
leurs enfants le fréquentent, que les enseignants demandent à leur chef de
département de déplacer le local. Ce type de centre crée donc une concentration
dangereuse pour l’aggravation des maladies, HIV et hépatite C, pour
l’aggravation de la mortalité directe par overdose et par suicide et pour toutes
les autres mortalités directes par accident. C'est pourquoi je pense qu’il ne faut
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2643
pas créer ce genre de centre. L’aide à la survie devrait se faire d’une autre
manière. Mais parlons de ce rapport et que de cela.
M. Philippe Randin : — J’ai bien écouté tous les intervenants dans ce débat
sur le problème terrible qu’est la toxicomanie. Je ne voulais pas prendre la
parole aujourd'hui mais vous écouter. Or les propos de certains de mes
collègues députés, propos très durs face à cette problématique, me poussent à
prendre la parole.
J’apporte le témoignage d’un père dont la fille, il y a 3 ans, est restée pendant
45 minutes en état de non-oxygénation par absorption d’une drogue dure. Je vis
à Château-d’Oex, au Pays-d’Enhaut. Quand ma fille, âgée de 22 ans, a quitté
notre domicile, elle était équilibrée. Puis elle a connu quelques problèmes
existentiels. Après le drame que nous avons vécu, je me réjouis d’entendre des
gens comme M
me
Cohen-Dumani ou M. Cornut parler avec le cœur et avec les
propos adéquats. Peu de portes se sont ouvertes pour permettre la thérapie de
notre fille. Un très gros effort de la part de mon épouse et de moi-même a été
nécessaire pour la soutenir et l’aider à s’en sortir. Après une véritable
immersion, la vie a repris le dessus, elle est enceinte maintenant et je serai
grand-père dans quatre semaines.
Il n’empêche que dans ce bon Canton de Vaud, avec ce fédéralisme de mauvais
aloi, je n’ai pas trouvé à ce jour de solution pour soigner ma fille. Elle est au
bénéfice d’une rente AI, car elle souffre d’une myoclonie chronique — et ce
jusqu’à la fin de sa vie — due à la non-oxygénation. Je n’ai pas trouvé
d’institution d’accompagnement dans ce canton. Il m’a fallu chercher jusque
dans le Canton du Jura, à Courfaivre, pour trouver une solution lui offrant une
aide à la fois physique et psychique, puisqu’elle été fragilisée par cette
absorption. On dit qu'il existe des possibilités multiples dans
l’accompagnement. Tout ce que je peux affirmer, c’est que le local en
discussion reste malgré tout une porte ouverte à ceux qui absorbent de la
drogue. Si ce n’est pas la solution, c’est au moins une main tendue. C’est une
possibilité supplémentaire pour se remettre et, après une immersion, rebondir et
trouver une solution. Nous sommes aussi allés au Levant mais les conditions
n’étaient pas adéquates car ma fille ne pouvait y vivre, à cause des seuils et des
barrières architecturales. Cela montre le degré de complexité du problème.
Quand j’entends les « pasteurs » Leuba et de Haller dire qu’il existe toujours
des solutions aux problèmes soulevés par la société, je leur souhaite de ne
jamais passer par là où j’ai passé. Sans faire de morale, j’ai été blessé par la
dureté des propos, notamment par ceux de M. Thévoz, qui semble avoir encore
quelques compétences médicales. Quand vous êtes touché par le problème de
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2644
la drogue, vous passez chaque porte qui vous est ouverte. Peut-être ce local en
est-il une. Je ne dis pas que c’est la seule.
M. Michel Cornut : — Je souhaite revenir sur un point évoqué par M. Leuba
et qui me semble digne d’intérêt. D’abord je reconnais qu’il existe plusieurs
causes possible à la toxicodépendance. On sait par exemple qu’un très grand
nombre de toxicodépendants ont été victimes d’abus sexuels pendant leur
enfance, dans des proportions vraiment très importantes et que de nombreux
toxicomanes ont été des sportifs de haut niveau qui se sont dopés. Des études
donnent toute une série d’indications sur ce sujet. Cela dit, vous avez évoqué
une chose sur laquelle, à mon sens, vous faites vraiment erreur. Vous avez dit
que les toxicomanes ne sont pas réellement attachés à la vie et qu’ils sont
engagés dans un processus d’autodestruction parce que ne tenant pas à celle-ci.
J’aimerais insister sur ce point. Les toxicomanes ne veulent pas se détruire, se
faire du mal ni même se tuer. Il faut insister sur le fait que la majorité des
produits psychotropes ne sont pas en eux-mêmes, contrairement à ce que l’on
dit si souvent, des produits qui tuent. C’est leur prohibition qui est mortelle.
Elle amène les personnes dépendantes à consacrer toutes leurs ressources à
l’achat de leur dose en négligeant leur alimentation, leurs soins, en les poussant
à la délinquance et à la prostitution. Nous savons aussi que, du fait de la
prohibition, les produits sont distribués par des réseaux maffieux, qu’ils sont
trafiqués donc dangereux ou trop purs, ce qui provoque un phénomène
d’overdose. Cela dit, les toxicomanes sont souvent exposés à une telle
angoisse, à un tel mal-être qu’ils consomment un produit qui, pour eux, dans
leur subjectivité, les aide à vivre. Le toxicodépendant aimerait vivre et vivre
sans drogue mais il se trouve que, par malheur, la majorité des produits qui
permettent d’atténuer l’angoisse sont des produits qui engendrent la
dépendance.
Je ne souhaite à personne ici, ni à M. Leuba ni à quiconque, d’être piégé par
une dépendance. Je ne vous le souhaite pas mais si c’était le cas vous
découvririez qu’on n’en sort pas si facilement et qu’on a besoin peut-être
pendant une certain temps de différentes formes de soutien avant de pouvoir
atteindre le but que nous poursuivons tous qui est la guérison de la dépendance.
Le jour où chacun aura compris que l’immense majorité des toxicomanes
aimerait vivre et vivre sans drogue, nous aurons fait de grands progrès et nous
parviendrons sans doute à nous entendre sur une politique de la drogue qui soit
un tant soit peu efficiente.
M. Charles-Pascal Ghiringhelli : — Je serai prêt à examiner toute demande
de crédit pour un local de sevrage.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2645
M. Christian Polin : — Nos sociétés occidentales sont fondées sur la profonde
profession de foi de Kant. Nous devons toujours traiter autrui comme une fin et
non comme un moyen. Respectons donc la dignité des toxicomanes. Traitons-
les comme une fin. Aidons-les dans les profondeurs de leur désespoir. Je
partage l’opinion du député Cornut et je voterai comme lui.
M. Charles-Louis Rochat, conseiller d’Etat : — Le débat qui a eu lieu, tant
dans le cadre de la commission que dans celui du plénum, apporte plusieurs
enseignements.
Le premier constat est que personne ne nie la gravité du problème de la
toxicomanie, domaine où il n’y a pas de doctrine à laquelle se référer mais où
chaque canton, chaque pays y va de ses propres expériences, de ses
convictions, tant rationnelles qu’émotionnelles.
Un autre constat concerne la forme. Le Conseil d'Etat devait-il se limiter
concernant les deux interpellations mises en discussion devant ce plénum à de
simples réponses — auquel cas on lui aurait reproché d’ignorer complètement
le contexte dans lequel ces interpellations sont déposées — ou devait-il rendre
un rapport mammouth sur le sujet, au risque de se voir faire grief de noyer le
poisson dans un débat sans fin ? En ce qui concerne un rapport global, celui
que nous avons appelé Poletti et qui date de quelques années, garde toute son
actualité. Le Conseil d'Etat a donc choisi une position intermédiaire, consistant
à rappeler le dispositif vaudois en activité, ses priorités pour 2003, évoquer la
situation dans les autres cantons et valoriser sa position sur le point particulier
des locaux d’injection, cela dans le contexte d’une révision de la loi fédérale.
J’ajoute qu'il n’y a pas d’affrontement ou de règlement de comptes entre la
Ville de Lausanne et le Conseil d'Etat dans le domaine de la toxicomanie. Il y a
divergence sur le fond. Si la proposition était venue d’une autre ville, nous
aurions eu exactement la même réponse.
Je rappelle la philosophie du canton dans ce domaine. Premièrement, notre
dispositif est axé sur trois piliers. C’est d’abord la prévention — qui comprend
la prévention des risques alors que la Confédération en a fait un domaine
particulier — c’est ensuite le traitement visant à l’abstinence ou du moins à la
réinsertion sociale et, enfin, c’est la répression. En termes d’ambulatoire, je cite
quelques structures : le centre St-Martin, à Lausanne, l’Unité ambulatoire de
soins, la Fondation de Nant, Entrée de secours à Morges, Zone Bleue à
Montreux, la Calypso à Yverdon et la Fondation Cherpillod. Nous investissons
dans tous ces lieux pour 4,5 millions de francs. Concernant le résidentiel, que
ce soit la Fondation du Levant, l’association du Relais, le Parachute, la
Fondation Barthymée, la Clairière, nous investissons pour 5 600 000 de francs.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2646
Concernant la prévention, pour le CAP rattaché au Levant, le travail social de
proximité dans la région de Morges-Aubonne, au Pays-d’Enhaut, dans l’ouest
lausannois, le Bus-relais, la Malèdre, Rel’ier, Prevteck, Fleur de Pavé, etc., le
montant s’élève à 1 700 000 francs. Je précise qu’il s’agit souvent de
financements croisés où la Confédération ajoute des montants. Nous mettons
donc en pratique des moyens financiers.
Ajoutez à cela la convergence de plusieurs budgets puisqu’on a rappelé au
cours du débat que tout ce qui touche l’ODES, l’Office d’école en santé, est
déterminé par le budget de M
me
Lyon. Je mets de côté le budget répression dont
les tâches sont mises en route par la police dans son activité normale et où nous
avons cette fameuse opération Strada — je profite en passant de dire à
M. Cornut que cette opération sera reconduite en 2004. Avec quels moyens le
Conseil d'Etat mène-t-il sa politique ? Par le biais d’un mandat qu’il a donné à
l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive et qui, tous les deux
ans, rend un rapport sur la situation globale du canton. Ce rapport est étudié par
la commission et le Conseil consultatif pour la prévention et la lutte contre la
toxicomanie, qui sont formés d’intervenants toutes sensibilités confondues. Ils
font des propositions au Conseil d'Etat, ce qui lui permet de fixer ses
orientations. Pour 2003, celles-ci figurent dans le rapport que nous étudions
maintenant. Ce sont : accentuer la collaboration entre les différents centres de
prise en charge des toxicomanes ; orienter le travail de proximité vers une
activité de prévention secondaire, accentuer l’effort de prévention contre les
risques d’extension des infections par le sida ou l’hépatite ; renforcer la
réinsertion sociale et professionnelle des toxicomanes et renforcer la prévention
et la prise en charge des jeunes consommateurs, notamment les 14-18 ans.
L’institut a remis son dernier rapport au Conseil d'Etat. Ce document fera
l’objet des prochaines décisions du gouvernement et sera présenté aux députés
lors d’une séance que mon département organisera. Il faut se rappeler que, dans
ce domaine, le débat est permanent car les conditions changent, les avis
évoluent — à preuve, les discussions qui auront lieu aux Chambres fédérales,
notamment sur la dépénalisation du cannabis où l’issue du débat est totalement
incertaine puisqu’on assiste à une sorte de revirement de nombreux députés —
à preuve aussi l’apparition des polytoxicomanies. La consommation d’héroïne
est en baisse et est remplacée par la cocaïne et d’autres substances combinées.
Il est donc difficile d’avoir l’avis adéquat correspondant au moment précis où
on en a besoin et d’établir des mesures adaptées à la réalité. Je m’inscris en
faux contre les affirmations de M. Thévoz, qui, dans un souci louable
d’améliorer la situation, parle de démission cantonale face à la toxicomanie. Je
crois pouvoir dire que nous agissons en cohérence dans les trois domaines
essentiels, soit la prévention, le traitement et la répression.
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2647
Pour revenir à la problématique des locaux d’injection, ce n’est pas le moment
d’ouvrir un débat pour savoir si le Conseil d'Etat peut s’opposer ou non à
l’ouverture d’un tel local. Le Service de justice, de l’intérieur et des cultes s’est
prononcé à cet égard dans le sens indiqué dans la réponse, son argumentation
est à disposition de ceux que cela intéresserait. Le Conseil d'Etat est clair dans
sa décision. Il ne participe pas à un financement parce qu’il est contre le
principe même d’un local quand celui-ci ne s’inscrit pas dans sa politique qui
vise l’abstinence comme principe et la réinsertion comme action volontariste.
Dans son appréciation, le Conseil d'Etat a pris en compte plusieurs critères.
Premier critère. Quel message d’ordre éthique donnera-t-on en autorisant un
local d’injection ? Tout le monde s’accorde pour dire que ce message doit être
ciblé particulièrement sur la population à venir et pas seulement sur celle qui
est en difficulté actuellement. Il doit être porté dans les écoles, quels bénéfices
en santé publique et quels effets financiers ? Chacun s’accorde pour reconnaître
que notre effort doit porter avant tout sur la frange jeune des toxicomanes
potentiels, celle qui est en âge de scolarité, les 10 à 18 ans. Nous ne pouvons
pas avoir à l’intention de ceux-ci un message brouillé. La consommation de
drogue est et demeure illégale en Suisse, l’Etat ne peut en même temps
interdire et cautionner la consommation par un moyen détourné tel que la
création d’un local d’injection.
Deuxième critère. S’il est vrai qu’un local d’injection à Lausanne offrirait un
effet positif en santé publique à certains bénéficiaires, il ne toucherait qu’une
partie réduite des consommateurs. Ce n’est pas en ouvrant un local que nous
attirerons toute la clientèle des appartements et celle qui est en ville. Il faut
respecter une proportionnalité entre le financement accordé et le faible nombre
de personnes qui seraient touchées.
Troisième critère. De telles structures sont complètement en contradiction avec
notre politique cantonale qui vise l’abstinence et la réinsertion sociale.
J’aimerais répondre à quelques arguments du rapport de minorité de
M. Recordon qui parle de données statistiques fournies par l’Institut
universitaire de médecine sociale et préventive disant qu’elles sont uniquement
relatives à la surdose et ne semblent pas être très fiables. Je peux dire que
toutes les données disponibles aux niveaux national et cantonal sur la question
ont été traitées et que nous n’avons pas d’autres données statistiques fiables.
Nous ne pourrons pas fournir davantage d’informations à ce sujet. Quand
M. Recordon dit que le Conseil d'Etat s’est engagé à reculons dans la voie de
l’ouverture de quelques centres accueillant des toxicomanes en détresse
médico-sociale, je voudrais rappeler le magnifique travail fourni par le Centre
St-Martin à Lausanne, celui de Montreux, l’Entrée de secours à Morges, Zone
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2648
Bleue à Yverdon, qui assurent une couverture cantonale en la matière et qui
fonctionnent en réseau, formant une véritable chaîne thérapeutique.
Monsieur Gfeller, vous ne pouvez affirmer que nous n’avons pas de solution de
rechange puisque nous disons clairement à la fin du document que nous
proposons la création d’équipes mobiles. Pour cela, nous passons par la filière
normale, à savoir qu’une proposition va transiter par la commission qui nous
donnera son avis. A ce moment, le Conseil d'Etat tranchera sur préavis de la
commission ou selon sa propre volonté.
Monsieur Cornut, l’Etat n’est pas du tout opposé à l’aide à la survie. Il le fait
par la distribution de seringues. Il est entré en matière sur le projet d’équipe
mobile. S’agissant des seringues, je signale que nous récupérons actuellement
entre 70 et 80% des seringues distribuées.
Le Conseil d'Etat ne banalise absolument pas le problème de santé publique
que constitue la recrudescence des infections de nature hépatique ou de type
sida. Mais on peut dire que le volet toxicomanie n’est qu’un des vecteurs. Pour
l’autre, on a parlé de prostitution ou de relations homosexuelles qui sont des
vecteurs au moins aussi importants que la toxicomanie, voire plus.
L’Etat est là pour ne pas brouiller les messages. Il doit rappeler les limites.
Celles-ci sont l’application de la loi. Jusqu’à preuve du contraire, il doit
rappeler que la consommation de stupéfiant est interdite. Il doit faire une
prévention active auprès des jeunes, soigner les effets des abus, encourager la
réinsertion mais ne doit pas donner son appui à un local d’injection ; cela
brouillerait complètement le message, ce serait un paradoxe.
C'est pourquoi je vous propose de suivre la position du Conseil d'Etat
La discussion est close.
La demande d’appel nominal est appuyée par plus de 20 membres.
A l’appel nominal, les conclusions de la commission (prise acte du rapport
du Conseil d'Etat ) sont adoptées par 51 voix contre 46 et 6 abstentions.
Ont voté oui : M
mes
et MM. Frédéric Borloz, Charles-Pascal Ghiringhelli,
Frédéric Haenni, Laurent Chappuis, Linette Vullioud-Laurent, Jaqueline
Bottlang-Pittet, Janine Panchaud-Bruand, Claude-André Fardel, Alain Bourqui,
Raphaël Abbet, Jean-Luc Chollet, Olivier Français, Odile Jaeger Lanore,
Jacques Perrin, Eliane Rey, Eric Bonjour, Philippe Leuba, Gaston Reymond,
Thierry de Haller, Dominique Kohli, Jean Martin, Francis Rossier, Pierre-
André Pidoux, François Debluë, Anne-Marie Dick, Catherine Labouchère,
Gabriel Poncet, Daniel Mange, Philippe Modoux, Philippe Cornamusaz,
Séance du mercredi après-midi 17 septembre 2003 2649
Roland Huguelet, Edouard Jaquemet, Albert Chapalay, Martin Chevallaz,
Alain Monod, Gil Reichen, Nicolas Roland, François Brélaz, Pierre Duc, Alain
Gilliéron, Jean-Jacques Truffer, Laurent Ballif, Félix Glutz, Jean-Pierre Grin-
Michaud, Danièle Kaeser, Claudine Nicollier, Pierre Rochat, Laurent Wehrli,
Elisabeth Delay, Alice Glauser, Jean-Claude Gogniat. (51)
Ont voté non : M
mes
et MM. Jean Guignard, Roxanne Meyer, Jean-Robert
Yersin, Jean-Claude Piguet, Josiane Aubert, Alexandre Bidaud, Doris Cohen-
Dumani, Michel Cornut, Noël Crausaz, Marcelle Foretay-Amy, Pierre-Etienne
Monot, Mariela Muri-Guirales, Maryse Perret, Lise Peters-Haefeli, Jean-Yves
Pidoux, Jean-Jacques Schilt, Christian van Singer, Mireille Aubert, Michel
Borboën, Jean-Paul Dudt, Nicole Jufer, Isabelle Moret, Georges Kolb, Jean-
Michel Favez, Olivier Forel, Philippe Martinet, Jean Schmutz, Denis-Olivier
Maillefer, Michel Vauthey, Philippe Randin, Edna Chevalley, Irène Gardiol-
Vodoz, Christian Polin, Michèle Gay Vallotton, François Marthaler, Roger
Saugy, Jérôme Christen, Olivier Epars, Olivier Gfeller, Nicolas Mattenberger,
Christiane Rithener, Eric Walther, Hélène Grand, Olivier Kernen, Jean-Louis
Klaus, Roger Randin. (46)
Se sont abstenus : M
mes
et MM. Micheline Félix, Georges Glatz, Francis
Thévoz, Claudine Dind, Jean-Pierre Tronchet, Christian Bally. (6)
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La séance est levée à 17 h 10.
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