Monsieur le Président, Distingués invités, Chers Collègues toastmasters

,

I - INTRODUCTION Les griots du Mandé disent : « Ce qui a été accompli l’a été pour être dit ». Ils ajoutent : « Les hauts faits ne surviennent pas quotidiennement. Mais, quand ils sont accomplis on en parle d’année en année, des décennies entières, voire des siècles durant. Alors, aujourd’hui nous allons vous dire, et tout vous dire sur ce qui doit être dit à propos d’un haut fait accompli il y a 775 ans, c'est-à-dire en 1236, à Kouroukan Fouga. Il s’agit de l’acte fondateur de cet Empire du Mali, la « Charte du Mandé », Mandé qui est l’appellation autochtone du Mali de cette époque-là. C’est cette formation étatique qui domina et contrôla l'Afrique occidentale du XIIIe au début du XVe siècle II - DEVELOPPEMENT A – LA CHARTE ET SON CONTEXTE Kurukan-Fuga ? Vous avez dit Kurukan … quoi ? J’ai dit Kurukan-Fuga ! Littéralement : la clairière au sommet de la colline. Kurukan-Fuga est un lieu-dit, situé dans les environs de Kangaba, une localité à 90 km au sud-ouest de Bamako. L’Empire du Mali, lui-même, successeur de

l’Empire du Ghana, a pour fondateur Soundiata Kéïta, après la victoire de ce dernier sur Soumaoro Kanté, à la bataille de Kirina, en 1235. L’intronisation de nouveau souverain eut lieu en 1236 à Kurukanfuga. C’est l’aire qui a abrité les assises desquelles naquit le nouveau Manden. Il donna lieu à une grande rencontre des représentants de tout qui allait composer le Mandé. Soundiata, • Conscient de l’étendue de l’empire sur lequel il allait désormais régner,

tirant les leçons de ce qui a pu causer la chute successive de la myriade de royaumes qui n’ont jamais pu constituer une entité politique de la taille du Ghana, depuis la dislocation de cet empire au XIe siècle,

• convaincu que seules l’entente, la convivialité et le respect entre les différentes composantes pouvaient constituer les fondements durables d’un ensemble politique de la taille de celui qu’il voulait constituer, Soundiata, dis-je, convoqua les états généraux de l’ensemble des royaumes vassaux et provinces issus de ses conquêtes : Tous n’étaient pas présents, mais tous étaient représentés : Tekrour, Bambouck , Sosso, Dyara, Do, Kri, , Ouagadou, Djenné, Tombouctou, Gao.

B – LE CONTENU DE LA CHARTE A présent, entrons dans le vif du sujet. Quel message nous délivre la Charte de Kurukan Fuga ? Il se préoccupe : 1. Du respect de la vie et de la dignité humaine ; 2. du respect des droits de la personne humaine ; Il s’intéresse à : 3. l’éducation des enfants, et aborde et traite largement 4. de la question de la femme. Il traite surtout de l’épineux problème 5. de résolution des conflits. Les délégués de Kurukan Fuga se sont même préoccupés 6. du problème de la préservation de la nature (Art. 3739). 7. Et surtout il instaura le sinankuya C – LA PORTEE DE LA CHARTE Pour n’avoir pas eu le support du papier ou de la pierre, les décisions de Kurukan Fuga n’ont pas moins traversé les âges pour parvenir jusqu'à nous, par la puissance de la transmission orale, de la parole. D’entrée de jeu, disons que la Charte de Kurukan Fuga est le tout premier texte connu sur l’organisation de la cité en Afrique de l’Ouest. Il est énoncé en 44 points ou articles. C’est un document inestimable qui exprime avec force, la volonté de statuer sur le devenir de la société, avec le souci très souligné de fonder des règles de vie commune et surtout d’établir entre les membres d’une même famille, entre les clans, entente et convivialité. C’est la recherche de

la paix, la recherche d’une paix durable qui a préoccupé les délégués de Kurukan Fuga. Soundjata et ses compagnons ont convoqué une Assemblée dont la mission était établir des lois pour fonder, forger un commun. Nous l’avons dit, la Charte se présente comme un ensemble de règles de conduite, de préceptes destines a organiser la vie en société. Le souci de créer l’harmonie entre les composantes d’une même famille, d’une même communauté et aussi entre clans et ethnies, ce souci est manifeste a travers maints énoncés. Un besoin de vivre ensemble Cependant Mesdames et Messieurs, on ne reproduit jamais à l’identique les choses du passé. C’est l’esprit des choses qu’on saisit et qui inspire. En effet, c’est l’Europe chrétienne des XVe et XVIe siècles qui opère le retour à l’antique, ce recours à l’antiquité païenne non pas pour vivre le paganisme de Caïus ou d’Agrippa, mais s’inspirer des oeuvres de l’esprit de l’époque antique. Mutatis mutandis, opérons ce recours à notre passé sans vouloir reproduire ce qui a été. Et pour moi, Collègue Toastmasters, le monde à étudier, à connaître, c’est le temps des grands Empires, le temps de Soundjata bref, l’Afrique précoloniale. Quand, libre et sans entrave l’Afrique créait, vivait pour elle-même et entretenait des relations saines, de bon partenariat avec le reste du monde. Il faut renouer avec l’esprit de Kurukan Fuga. Il faut renouer avec la culture de tolérance de cette époque ; avec

la créativité fille de la liberté, avec le travail exalté comme facteur de développement.

III – Conclusion Assener des contre-vérités avec une vigueur inversement proportionnelle à la connaissance du sujet. Connaitre le passé, pour comprendre le présent, et entreprendre l’avenir. Pour qu’en Afrique, l’histoire cesse d’être un commerce des idées usagées. Plus ça change, plus c’est pareil. La cérémonie d’aujourd’hui n’est pas un sacre. Elle n’est pas le culte du passé. Elle n’est pas un apologie adressée aux seules …Nous voulons, à travers mettre en évidence un lieu de mémoire qui retisse fil à fil la trame de notre longue histoire Il n’est pas superflu, à l’heure où une certaine pensée unique aliène nos consciences, il n’est pas superflu, dis-je de revisiter cette période exceptionnelle où des circonstances ont permis de bâtir des vertus comme le civisme, le patriotisme, le respect du prochain et de la nature, la tolérance, la solidarité et l’inclusion Beaucoup de discours sur les valeurs africaines ; il faut fonder l’éducation et la formation sur ces valeurs sans oublier la dimension scientifique et technologique de notre temps. La charte de Kurukan Fuga est l’une des valeurs

en traduire les leçons en force de progrès pour bâtir notre future. Que faire ? Découvrir notre passé c’est bien. tout est là.africaines les plus remarquables . Monsieur le Maître de cérémonie ! Quand un homme ne peut vous dire non. voilà le problème à résoudre. elle constitue une contribution non négligeable de l’Afrique à l’histoire des droits humains et de la démocratie. son oui n’a pas de poids .

UNIVERSITE GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS LEçON INAUGURALE 2009 : LA CHARTE DE KURUKAN FUGA AUX SOURCES D’UNE PENSEE POLITIQUE EN AFRIQUE PAR LE PROFESSEUR DJIBRIL TAMSIR NIANE PRESIDENT DE L’ORGANISATION POUR LA MEMOIRE ET LE PATRIMOINE (OMP) CONAKRY REPUBLIQUE DE GUINEE .

c'est-à-dire en 1236. Chers Collègues toastmasters. Même 50 ans après l’indépendance. Au plan des idées l’Afrique. Mais il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’aire culturelle. ici. et tout vous dire sur ce qui doit être dit sur un haut fait accompli il y a 775 ans. Mais au double plan culturel et politique. il y a lieu de visiter l’histoire particulière des peuples . de parler de la Charte du Mandé ou Charte de Kurukan Fuga est une invite à la réflexion sur les graves questions politiques. Tiraillée par la faim. aujourd’hui nous allons vous dironsdire. des pays où on n’a pas réfléchi et pensé sur les problèmes du vivre en commun que sous tendent les droits humains. Alors. David contre Goliath. L’initiative prise par le conseil scientifique de l’université. l’Afrique en gésine se cherche se bat. Le droit et la force semblent se trouver dans le camp contre les infortunés. les africains sont résolument engagés sur la voie du Renouveau. culturelles et économiques de l’heure. Nous sommes à l’heure du combat pour les droits humains et la démocratie et l’Afrique est pointée du doigt. un champ d’investigation d’une richesse extraordinaire . Négativement. l’Afrique a du mal à se débarrasser des préjugés. le non développement. Une révision fondamentale s’impose aujourd’hui .Monsieur le Président. l’apriorisme est toujours là. à Kouroukan Fouga. jeune fleuron de la vieille cité de Saint-Louis. Initiative qui ne pouvait venir que de ce haut lieu du savoir qui est l’Université Gaston Berger. L’occident a trop longtemps considéré la pensée et la réflexion sur les droits humains comme le domaine particulier où il a excellé. Les griots du Mandé disent : « Que ceCe qui a été accompli l’a été pour être dit ». un lieu-dit Le S Oui l’Afrique bouge. Distingués invités. les clichés à la vie tenaces faussent encore les jugements sur le continent et ses habitants. Mais aussi et surtout l’Afrique se redécouvre à travers ses valeurs que les vicissitudes de l’histoire tendaient à couvrir d’un voile.

Kurukanfuga. à l'issue de la bataille de Kirina Chers collègues Toastmasters. à l'issue de la bataille de Kirina La charte de Kouroukan Fouga est l’ensemble des lois édictées par Soundjata lors de l’Assemblée des peuples qu’il convoqua à Kurukan Fuga en 1236 après l’éclatante victoire de Kirina qui lui ouvrit le chemin de l’Empire. surtout réfléchir avec vous sur ce que nous modernes. après sa victoire sur Soumaoro Kanté. en 1235. formation étatique qui domina et contrôla l'Afrique occidentale du XIIIe au début du XVe siècle. . il s’agit pour nous d’une relecture critique de la Charte.s’offre à nous : de la Genèse de l’Empire du Mali. permettez-moi de dire que jusqu'à une date récente. Roi du Sosso. pouvons tirer comme enseignement d’un texte vieux de huit siècles. transmise par la tradition orale ? Pour n’avoir pas eu le support du papier ou de la pierre. les décisions de Kurukan Fuga n’ont pas moins traversé les âges pour parvenir jusqu'à nous. par la puissance de la transmission orale de la parole. est situé sur un plateau latéritique à deux kilomètres au nord de Kangaba. l'un des lieux les plus célèbres de l'Empire du Mali. est situé sur un plateau latéritique à deux kilomètres au nord de Kangaba. comprendre les hommes et les préoccupations de leur époque et aussi. Roi du Sosso. Ici et maintenant. . l'un des lieux les plus célèbres de l'Empire du Mali. tient sa renommée du fait qu'il aurait abrité la cérémonie d'investiture de Soundiata Kéïta. Le site qui se présente à vue d'œil comme une piste d'atterrissage orientée nord-Sud. en 1235. tient sa renommée du fait qu'il aurait abrité la cérémonie d'investiture de Soundiata Kéïta. mu par le violent désir de 4 comprendre et les motivations des membres de l’Assemblée de Kurukan Fuga qui furent de véritables constituants. Le site qui se présente à vue d'œil comme une piste d'atterrissage orientée nord-Sud. après sa victoire sur Soumaoro Kanté. Je m’empresse d’ajouter qu’il ne s’agit nullement de faire un survol sur ce qui a été dit a Bamako. formation étatique qui domina et contrôla l'Afrique occidentale du XIIIe au début du XVe siècle. quelle leçon pouvons-nous tirer de cette mémoire à nous. Kurukanfuga.

les savants. Des villes obtenaient une charte octroyée par le roi. la parole tient une place centrale. la clarté des objectifs visés et l’esprit législateur qui l’anime. Ces derniers sont appelés SOMA ceux qui savent. disons que la Charte de Kurukan Fuga. la recherche d’une paix durable qui a 9 préoccupé les délégués de Krukan Fuga. est de nature magico religieuse. A présent. la volonté de statuer sur le devenir de la société avec le souci très souligné de fonder des règles de vie commune et surtout d’établir entre les membres d’une même famille. un vieillard qui meurt. Tout le monde a en mémoire l’adresse pathétique de Amadou Hampathé Ba disant « En Afrique. L’africain connaît la portée et la D’entrée de jeu. je veux dire la parole. est le tout premier texte connu sur l’organisation de la cité en Afrique de l’Ouest : la cohérence de la pensée. énoncé en 44 points. entrons dans le . Quand l’historien ne tenait pas entre ses mains un document écrit sur parchemin ou sur papier ou gravé dans la pierre. entre les clans. c’est une bibliothèque qui brûle ». de privilège d’un groupe. sont tout à fait remarquables. Nous ne croyons nullement avoir fait un abus de langage en appelant ‘’Charte’’ l’ensemble des lois édictées par Soundjata à Kurukan Fuga. On connait surtout en l’espèce la Grande Charte ou Magna Carta obtenue par les Nobles Anglais au terme d’une longue lutte contre le pouvoir royal au XIIIe siècle. C’est la recherche de la paix. Le maniement et la maîtrise de la parole sont le fruit d’un long apprentissage qui a abouti à une technique et un art qui sont l’apanage des Maitres de la parole. il n’y avait point de salut pour lui. c’était un ensemble de droits. Il s’agit bien de droits et privilèges. C’est un document inestimable qui exprime avec force. d’une société . privilèges et droits octroyés par le souverain ou bien conquis de haute lutte par une communauté. Ces privilèges sont consignés par écrit sur un papier (carta). celle-ci. On ne soulignera jamais assez que dans une civilisation où l’oralité. La charte de Kurukan Fuga est octroyée par Soundjata à son peuple. entente et convivialité.Mais qu’est ce qu’une charte ? Au Moyen Age.

il s’intéresse à l’éducation de la femme. On connaît le rôle et la place de ces corps de métiers ou castes dans la vie africaine. aborde et traite largement de la question de la femme. djeli . Les délégués de Kurukan Fuga se sont même préoccupés du problème de la préservation de la nature. de préceptes destines a organiser la vie en société. ce sont les hommes habiles – gnégnobé comme diraient les Peuls. Il traite surtout de l’épineux problème de résolution des conflits. nous ne parlerons pas de tous les 44 articles ou énoncés. 4 . Le souci de créer l’harmonie entre les composantes d’une même famille. Quel message nous délivre la Charte de Kurukan Fuga ? Quels sont les objectifs de ce document ? Il se préoccupe : Du respect de la vie et de la dignité humaine . Ils sont cités parce que considérés comme des êtres humains. Bien sûr. d’une même communauté et aussi entre clans et ethnies. ils sont devenus gardiens de la foi. » 16 clans de porteurs de carquois : ceux-ci constituent les guerriers. la Charte se présente comme un ensemble de règles de conduite. cordonniers. Chacun des groupes a une activité et un rôle spécifique. Cet énoncé révèle le caractère politique de la charte destiné à régir un empire. On leurs reconnait quelques droits comme on le verra plus loin.vif du sujet. En voilà la traduction : « La société du Grand Mande est divisée en 16 14 clans de porteurs de carquois. 4 clans de nyamakala et les esclaves. 5 clans de marabouts. LES VARIANTES DE LA CHARTE 12 CE QUE DIT LA CHARTE Nous l’avons dit. du respect des droits de la personne humaine . 5 . nous en évoqueront certains.Les esclaves : constituent le 5e groupe. les nobles des différentes zones de l’Empire. ce souci est manifeste a travers maints énoncés. Il présente les clans ou groupes de personnes qui composent la société de l’espace mandé qui se confond avec la zone soudano sahélienne de l’ouest. L’énoncé qui ouvre la charte est capital. 4 clans princiers : regroupent l’ensemble des familles régnantes 15 5 clans maraboutiques : représentent les 1ers clans convertis à l’islam . .clans de Niamakabé : les Niamakala sont les gens de métiers : forgerons.

Les membres de classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux (entre 30 et 50ans). ils sont cependant des agriculteurs comme la grande masse des hommes libres appelés ‘’Horon’’ chez les Mandingues. Naturellement parmi les Niamakala. 17 Rôle des classes d’âge L’énoncé n°4 décrit la structure de la société. précepteurs et conseillers. » Les classes d’âge sont fortement structurées singulièrement chez les Malinkés. ils sont tout à la fois historiens. ce sont les Cissé. une technologie. Rôle des marabouts Enoncé n°2. maître de la parole ont une place éminente.Après cet énoncé introductif qui présente les composantes de la société du Grand Mandé ou Empire. Rôle des guerriers ou porteurs de carquois Si les « porteurs de carquois sont avant tout des guerriers. une science. suivent trois énoncés qui précisent le rôle de certaines catégories sociales. les Diané et Koma. Tout le monde leur doit respect et considération » C’est très clair et on comprend la place éminente qui fut faite aux marabouts à la cour du Mali . Cela les rend utiles et redoutables. possédant des pouvoirs. 16 Rôle des gens de métiers ou Niamakala Enononcé n°3 : « Les Niamakala se doivent de dire la vérité aux chefs. Tout le monde le pratique. nous traduisons « Les cinq clans de marabouts sont nos maîtres et nos éducateurs en Islam. Ils doivent conseil au roi. les Touré. Ils sont représentés par leur chef à la cour. De 1 à 7 ans : l’enfance . les Gnégnobé – les griots. Sont de même classe d’âge les différentes personnes (hommes et femmes) nées au cours d’une période de trois années consécutives.l’enfant vit avec sa mère De 7 à 17 – 18 ans : adolescence – classe d’âge de formation à une activité . Le travail de la terre est considéré comme le plus noble chez les peuples agriculteurs comme les mandingues. doivent être conviés pour participer à la prise des grandes décisions concernant la société. D’autres clans s’y ajouteront. Il est dit : « la société est divisée en classe d’âge. d’être leurs conseillers et de défendre par la verbe les règles établies et l’ordre sur l’ensemble du territoire ». Les Nyamakala par définition sont des gens puissants.

les jeunes filles à partir de 14 – 15 ans.De 18 à 30 : les jeunes gens – Fleur de l’âge – force de travail de la société malinké – ils sont les Baratigui : les maîtres de la grande place du village. La dévolution du pouvoir suit cette règle. la gouvernance. le droit de chacun à la parole. Un certain nombre d’énoncés concerne la politique. Le mot démocratie n`est pas prononcé. Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur (à un plus jeune) parce qu’il possède des biens » (les malinké disent : « il ne faut pas mettre les pattes arrières devant»). Je citerai l’article n°14 « N’offensez jamais les femmes. Je n’en dirai pas plus sur ces classes d’âge sinon souligner le point important que les classes intermédiaires entre jeunes et vieux – les adultes. Voilà une valeur éminemment africaine . L’énoncé n°42 concerne les réunions politiques. n°16). Elles sont nos mères ». Il dit : « Respectons le droit d’aînesse ». Comme on sait encore aujourd’hui au Sénégal nous avons une belle illustration de la succession dans les familles maraboutiques : après la génération des pères. 18 Enoncé n°12 – « La succession étant patrilinéaire. n°14. La charte s`est particulièrement penchée sur le cas de la femme et sur l’éducation de l’enfant (énoncé n°11. le respect du à la tante et le respect à la soeur sont traduits 19 . elles ont droit au respect. Elles sont nos mères. c'est-à-dire les hommes mariés étaient conviés dans les assemblées autour des doyens quand il s’agissait de prendre de grandes décisions. lieu de rassemblement et de réjouissance. Le respect du à la mère. ne donne jamais le pouvoir à un fils tant qu’un seul de ses pères vit. mais la chose est là. Enoncé n°8 – désignait la famille Keita comme famille régnante de l’Empire. le respect qui entoure les Anciens en découle. n°15. L’Enoncé 18 insiste sur la prééminence de l’âge en matière de gouvernance. le droit de chacun de participer à la vie de la cité. vient celle des fils et par droit d’aînesse. La place de la femme dans la cité est bien mise en valeur. Autrefois les hommes se mariaient autour de 30 ans. les Assemblées « Dans les grandes Assemblées contentez-vous de vos légitimes représentants » Entendons cela ainsi : « Que chaque communauté soit représentée dans les grandes assemblées qui prennent les décisions qui intéressent tout le monde ».

C’est bien ce principe qu’affirmera à son tour la déclaration des droits de l’homme de 1789 en France.Oui. jadis même le messager chargé de venir faire . Il faut savoir que dans le passé cette règle a été observée. C’est tout dire. Au Manding les femmes avaient de puissantes associations secrètes : les Niagba mousso dont les avis étaient recueillis sur les questions importantes. « Les femmes. de la vie humaine.dans la vie de tous les jours. de combat acharné pour le genre quand je dis que la place de la femme dans la vie politique et sociale était très grande. Il y avait l’égalité des sexes !!! Cela dit sans rire. Conséquemment au plan politique l’énoncé n°24 complète ainsi l’idée : « Au Mandé. l’hospitalité. Si la vie est sacrée. Ce n’est point démagogie pour le genre. en voici la preuve : Enoncé n°5 « Chacun a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique ». la Téranga qui fait qu’on accueille en frère celui qui a marché jusqu’à nous. En somme on ne dit pas ‘’tel père tel fils’’ mais « telle mère tel fils ». le Messager. non seulement les femmes étaient représentées dans les grandes Assemblées bien souvent. L’énoncé n°16 est très explicite sur la place de la femme dans la gouvernance. Notre vénération pour la mère n’est pas une simple formule. mais tu n’as pas le droit de l’humilier »! Rassurez-vous je ne citerai pas tous les 44 articles mais souffrez que je cite l’énoncé n°23 qui dit : «Au Mandé ne faites jamais de tort à l’étranger ». A Kurukan Fuga les délègues ont eu le souci. Voilà une valeur éminemment africaine. le Chargé de mission ne doit pas être inquièté » . en plus de leurs occupations quotidiennes. un grand souci de la dignité humaine. Les Mandingues disent. cela a été une réalité dans la cité ancienne. Cet énoncé est certainement celui qui a le plus séduit les modernes que nous sommes. soit 89 ans après l’Assemblée de Kurukan Fuga. On peut dire qu’avant l’Europe nous avons là l’expression achevée du droit à la vie ce que les Anglais appelleront habeas corpus dans la Grande Charte ou Magna 20 Carta promulguée en 1297 mais qui ne fut effectivement appliquée qu’à partir de 1325. Ce n’est nullement cultiver le paradoxe en ces temps de lutte. elles se réunissaient à part et débattaient des questions importantes et faisaient connaître leurs avis. la dignité de la personne humaine ne l’est pas moins : la charte va jusqu’à dire dans l’énoncé n°41 « Tu peux tuer ton ennemi. doivent être associées à tous nos gouvernements ». ‘’ L’enfant vaut ce que vaut sa mère’’.

une paix durable. Entre aide solidarité est la loi entre parents à plaisanterie. les clans. d’une ‘’paix durable’’ pour utiliser une expression chère à notre époque. la compréhension entre les hommes. Dendiragou ou sanankouya chez les mandingues. Enoncé n°7 : Voici l’énoncé : « Il est institué entre les Mandenka . du sac qu’il porte à l’épaule ! Cela veut dire que l’esclave peut avoir un bien propre. une légende. les cousins à la plaisanterie se doivent aide et assistance. la 22 fraternité spontanée.une déclaration de guerre était raccompagné jusqu’à la frontière. Appelé de différentes manières Kal. Je terminerai cette évocation des énoncés par la mesure la plus importante prise par Soundjata à Kurukan Fuga à savoir l’institutionnalisation du sanankouya ou parenté à plaisanterie. un mythe explique toujours comment le cousinage est né entre tel et tel groupe. la familiarité qu’elle crée est un puissant facteur de rapprochement et de tolérance. Je ne terminerai ces citations sans parler du cas des esclaves. avouons-le. La convivialité que crée cette pratique. c’est là une percée progressiste remarquable. Pour cela la Tradition reconnaît à l’esclave un jour franc dans la semaine où il travaille pour lui-même pour se constituer un pécule. L’article 20 ou énoncé n°20 dit « Ne maltraitez pas l’esclave on est maître de l’esclave et non de la gibecière qu’il porte à l’épaule » Maître de sa gibecière. C’est la recherche de l’entente. La parenté à plaisanterie. En effet. entre les groupes. entre ethnies. l’entente sociale était la plus grande préoccupation. Pécule qui peut un jour lui donner la possibilité de s’affranchir ! Si Soundjata n’a pas aboli 21 l’esclavage il a du moins atténué le sort rigoureux qui frappait l’esclave. au-delà de la plaisanterie. au dire de tous les djeli et des Anciens est l’une des dispositions les plus importantes prises à Kurukan Fuga. le manquement à ce devoir d’assistance est puni par la puissance immanente des ancêtres. En réalité pour Soundjata. Une histoire. les ethnies. La tradition reconnaît que la pratique de la parenté à la plaisanterie existait avant Soundjata. Elle vise la préservation de la paix et l’instauration de l’esprit de tolérance . Pour l’époque. mais c’est lui qui l’a institutionnalisée. C’est ce que les modernes appellent l’immunité diplomatique. systématisée et l’assortit de droits et devoirs entre clans.

Il y a un air de famille entre les cultures Diola-sérèrepeulmandingue soninké sonray pour ne citer que ces groupes. Ce texte est à connaître et à étudier . du Mali.(les gens du Mandé) le sanankouya (parenté à plaisanterie) le tanamagnogoya ou pacte du sang en conséquence aucun différent né entre ces groupes ne doit dégénérer. de Banjul. au contraire ils se doivent aide et assistance. il est comme dit l’écrivain . dans notre espace soudano sahélien. de Gao incluant également le bloc mossi où la pratique est 23 aussi forte que chez nous. Quelle détente sociale ! Mes dames et messieurs on peut établir une géographie de la parenté à plaisanterie. Nous le savons au quotidien il n’y a pas de conflit entre cousins à plaisanterie. Elle embrasse les pays du sahel et de la savane. Voilà une incursion rapide à l’intérieur de la charte. du nord au sud de Tombouctou jusqu’à de la forêt ivoirienne en couvrant tous les pays de la savane. Cette pratique est si bien intégrée chez nos populations qu’il est difficile d’attribuer son origine à tel ou à tel clan ou ethnie ! L’appropriation est totale. de la presqu’île du Cap Vert à Niamey d’ouest en est . le respect de l’autre étant la règle ». typiquement. La pratique par osmose a atteint le coeur de la forêt à la faveur des voyages des incursions des gens de la savane à la recherche de cola dans la forêt guinéenne et ivoirienne. en dépit de la diversité des langues pour avoir vécu sous les mêmes pouvoirs politiques. L’unité culturelle est une réalité patente par certains traits comme la parenté à la plaisanterie. entre grands parents et petits fils est une réalité que nous vivons au quotidien. Cela comprend historiquement l’espace du Tékrour. c’est le fait d’une longue histoire commune dont l’époque de l’Empire du Mali a été un grand moment avec les grands souverains comme Mansa Moussa ou Mansa Souleymane du XIVe siècle. ‘’Entre beaux frères et belles soeurs. L’énoncé précise encore. par plus d’un coté. la convivialité entre beaux frères et belles soeurs. C’est une pratiquement ouest-africaine. entre petits fils et grands parents la tolérance et le chahut doivent être de règle’’ fin de citation. c’est le domaine des grands empires du Moyen Age dont les populations se sont intimement mêlées et ont baigné dans la même culture. La limite à l’est c’est l’espace Haoussou Djerma… Cet espace ouest africain est ouvert. de l’empire du Ghana. C’est sans commentaire car aujourd’hui encore dans l’espace mandé.

On corrige l’enfant. Bien évidement la question qui se pose. telle la défense de la nature. Tel énoncé à l’évidence évoque telle pratique ou telle coutume chez les Peuls. contre les feux de brousse dans les énoncés 37 et 38. dès que celui-ci sort du cercle de famille. s’il est en faute. On voit le 25 duel Soumaoro – Soundjata. L’enfant hors de chez lui donc. L’énoncé 9 dit : « L’éducation des enfants incombe de l’ensemble de la société : la puissance paternelle appartient à tous ». . Il nous faut camper. C’est donc le lieu d’évoquer les origines de l’Empire du Mali en relation étroite avec la fin de l’Empire du Ghana. Oui ! On s’élève contre la coupe inconsidérée des arbres. il est corrigé par la première grande personne qui constate la faute. forger un commun besoin de vivre ensemble. chez les Ouolof ou chez les soninkés. Impensable en Europe de porter la main sur l’enfant du voisin qu’on le voit en faute… ! De donner le titre de père à tel monsieur qui a l’âge de votre papa ! LA CHARTE ET NOUS Voici donc brièvement évoqué cette charte qui a abordé bien des problèmes. la question qui brûle toutes les lèvres c’est : qu’est ce qui est à l’origine de cette charte. il faut connaître le contexte qui prévalait.Boris Diop un indicateur de l’unité culturelle de l’Afrique. tel autre énoncé semble sortir en droite ligne des traditions sérères ou songhoy. Il y a là un fait troublant pour nous qui avons vécu dans un cloisonnement. caractériser le temps de Soundjata. de l’acquisition des biens. typique de chez nous. du divorce. la charte parle du mariage. les préoccupations des hommes. chaque membre de la société veille à l’éducation de l’enfant . On entrevoit dans l’épopée des causes profondes de la crise du Mandé au XIIIe siècle. qu’est ce qui a amené Soundjata à convoqué l’Assemblée de Kurukan Fuga. Mais il faut aller au-delà pour comprendre pourquoi Soundjata et ses compagnons ont convoqué une Assemblée dont la mission était établir des lois pour fonder. rien n’a échappé aux Délégués de Kurukan Fuga. dans les carcans de frontières coloniales et nourri des études des ethnologues émaillées sinon remplies de préjugés que l’enseignement nous a inoculés. Dans la 24 société traditionnelle chez les Peuls comme chez les Bambara ou chez les Ouolof. on le ramène à la maison et on rend compte aux parents qui doublent la mise et inflige une nouvelle correction au pauvre fautif. il est sous la surveillance très vigilante des aînés. Il faut interroger l’histoire. Voilà un trait de culture.

le pays Soninké en général. Ce sera un survol historique rapide. il y avait l’Empire du Ghana. Ils ont fuit l’islam et déserté les terres de Kaya Maghan. Mais le fait dominant de cette période trouble est la chasse aux esclaves organisée par les négriers arabes et les rois ouverts à l’Islam. Sylla. pourvoyeurs en esclaves des marchands arabes. la Sénégambie et le Mandé tout l’espace des Kaya Maghan est déchiré par ce guerres. Il s’en suit des mouvements de populations. le Kaya Maghan vaincu se voit imposer.La période intermédiaire entre les deux empires est capitale et cette période est restée mal étudiée mal connue. le Tékrour même le Soso. Les peuples animistes singulièrement Sérères et Peuls animistes sont bousculés par le Chef Almoravide Abu Bekr vers 1050-1070. L’éclatement de l’empire du Ghana va mettre aux prises les royaumes vassaux et les provinces. l’Empire du Wagadou. Touré situent à la chute de Koumbi la migration qui conduisit leurs ancêtres vers les rives du fleuve Sénégal. le royaume de Diarra. mais certains faits méritent d’être bien exposés. La transition entre l’Empire du Ghana et l’empire du mali est une époque marquante dans le destin de l’ouest africain et qui en ce qui concerne la précipitation dramatique des événements n’est comparable qu’à la nôtre. Le spectre de la guerre civile se dresse. Talla. Le Tékrour. Ces guerres vont déchirer l’Ouest Africaine durant tout le XIIe siècle entre 1076 et 1200. Nous avons l’écho de ces troubles dans maintes traditions orales. C’est durant ces luttes . ce n’est pas une leçon d’histoire que je vais vous infliger. Ne vous effrayez pas. L’Empire des Kaya Maghan a éclaté vers 1076 sous les coups de boutoirs des Almoravides. mais gouverneurs et rois animistes se dressent contre l’islam et les uns contre les autres. Vous le savez avant le Mali. Cependant. ils ont gardé l’appellation de Wagadou que porte encore un des matrilignage sérère. singulièrement les pays situés entre les fleuves Niger-Sénégal : le Ganar. au Fouta se situe à cette époque d’offensive de l’Islam. après l’éclatement du Tékrour ainsi que le Djolof et autres royaumes sénégambiens. La migration des Sérères du Ghana vers le fleuve Sénégal. l’Empire Soninké de Kaya Maghan qui couvrait maints pays de l’ouest africain. Les clans Toucouleurs du groupe Torodo parmi lesquels les Baro. C’est la lutte pour l’hégémonie entre rois vassaux et gouverneurs de provinces. C’est l’époque où s’individualise le Fouta Toro. le Mandé et le Songhoy aux dires des historiens de Tombouctou. En 26 1076. l’Islam.

des villages brulés. les hommes s’exprimaient en plaçant une gourde devant la bouche » ! Ceci pour montrer que la peur était devenue une dimension de l’âme des populations… La victoire de Kirina et la disparition de Soumaoro en 1235 mettent un terme aux guerres qui ont endeuillé la région pendant des décennies. s’affirme comme le champion des Animistes à la tête du groupe puissant des forgerons tandis que Soundjata se présente comme champion de l’Islam. Soit dit en passant. neuf fois il détruisit le Mandé dit-on de fond en comble : Aucun village n’a échappé à la destruction. Mettre fin à l’esclavage des populations mandingues. les champs détruits. Après plusieurs décennies de guerre. Une seule aspiration anime tous les coeurs : consolider la paix retrouvée . La guerre entre Soundjata et Soumaoro est documentée aussi bien par les Traditions Orales et par les écrits arabes. Soumaoro. C’était là le voeu des peuples après cette guerre de cent ans. ils se heurtèrent aux Mandingues vers l’Est et c’est le début de la guerre qui fait le thème de l’Epopée Mandingue : le roi du Mandé Soundjata Keita se dresse contre 27 Soumaoro Kanté. les hommes vivaient dans la terreur.plusieurs clans émigrèrent vers l’Ouest. Des traditions disent « que de peur que le vent indiscret ne porte à Soumaoro leurs paroles. de ses alliés sont évidentes : fonder une paix durable pour parler le langage de notre temps. campagnes désolées. Ce qu’il faut retenir c’est que la guerre entre le Manding et le Soso qui se situe au début du XIIIe siècle. Familles dispersées. des familles et des clans partis en exil. les hommes vivaient dans les champs . le contexte. a été particulièrement cruelle et meurtrière : selon la tradition orale Soumaoro envahit neuf fois le Manding. de chasse à l’esclave. Soundjata pouvait prétendre à l’Empire des Kaya Maghan après la disparition de Soumaoro . particulièrement par l’historien Ibn Khaldoum à qui nous devons une bonne chronologie des règnes du Mali. 28 Voilà. les forgerons animistes émancipateurs du Soso imposèrent leur domination à plusieurs provinces Soninké. c’est à cette époque qu’on situe la fuite vers l’Ouest de Bandiougou un cousin de Soundjata qui fut le fondateur de Banjul. Tiramaghan et Fakoli deux lieutenants de Soundjata guerroient dans toutes les directions. le 1er Tiramaghan fit la . Les préoccupations de Soundjata et de ses compagnons. les populations aspirent à la paix.intestines qu’émerge le royaume Soso en pays Soninké .

Pendant huit jours que durèrent les assises. d’être représenté dans les instances où on parle de la société. les maîtres de la terre. L’empire est reconstruit. Le vainqueur de Kirina convoqua une Assemblée à Kurukan Fuga. s’il en fut dans le monde malinké où les prêtres des 1ers occupants du pays. Lieu symbolique. les griots à propos du Kurukan Fuga parle du ‘’Partage du monde’’. C’étaient comme le dit Mangoné Niang Ancien Directeur du CELHTO ‘’ la célébration d’un code juridique qui s’applique à toutes les communautés du Mandé avant de s’étendre par phénomène d’osmose à toutes les populations de l’Empire. les délégués de Kurukan Fuga. une place fut faite à chacun. C’est la raison pour laquelle. de raisonner ‘’. il est institué au Mandé un système général de surveillance pour lutter contre la paresse et l’oisiveté ». après avoir pacifié l’espace Soudano-Sahélien entre la boucle Niger et la boucle du Sénégal. rétablir la paix. de juger. si la .conquête de la Sénégambie. se retrouvaient pour communier avec les génies tutélaires du Mandé. C’est son esprit législateur que les 29 chercheurs africains saluèrent après la découverte de la Charte de Kurukan Fuga. La pensée politique de Soundjata s’exprime avec clarté à travers les énoncés de la charte : donner une assise solide à la société. surtout mettre fin aux pillages et mettre les hommes au travail comme l’explicite l’énoncé n°6 « Pour gagner la bataille de la prospérité.’’ Il y a là une ambition et une claire volonté de fonder la vie en commun des membres de la société sur des règles. Soundjata peut être couronné et prendre le titre de Mansa ou Maghan : le Grand. après une expédition restée célèbre dans les Traditions locales. Les représentants de tous les clans y ont été conviés. les représentants des alliés qui ont combattu aux côtés de Soundjata tel le Roi des Bobo (actuel Burkina Faso). Le travail est remis à l’honneur ! Si la pensée est ‘’ l’activité cérébrale considérée comme source de la faculté de connaître de comprendre. Il ouvrit en Sénégambie aux Mandingues. Cf énoncé n°42 « Dans les grandes assemblées soyez représentés par des délégué légitimes ». vaste clairière près du village de Kangaba à 90 Km de Bamako où traditionnellement se tenaient les Assemblées des Clans Camara. les constituants. Les décisions qu’ils énoncèrent eurent valeur de loi fondamentale. appelons comme cela. premiers occupants du Mandé. légiférèrent. un rôle assigné à chacun et le droit pour chacun. de la cité.

il a libéré l’homme. à un héritage perdu . d’une communauté politique élargie. la question de la Renaissance Africaine. voilà la grande affaire du vainqueur de Kirina. du clan. je dirai un recours à un certain passé. On dit. il a rendu à chacun ses biens. la charte et nous ! On est frappé par l’actualité de certains énoncés. Enfin pour la Tradition Soundjata eut un sens élevé de la justice. Nous sommes logés à la même enseigne. entretenir la paix sociale entre états 31 ethnies. il a rendu l’homme maître chez lui. Le mérite de Soundjata aura été de restaurer la paix.pensée singulièrement la pensée politique est la forme ou l’expression supérieure de l’esprit du genre humain. une renaissance. On est tenté de dire qu’il y a une grande similitude entre le temps de Soundjata et notre temps. les frères. Oui. les grands parents. ‘’ il a partagé le monde et chacun a eu sa part ‘’. Oui. le père. c’est quelque part un retour. La renaissance. à l’heure où partout en Afrique il est question de Renaissance Africaine il importe d’ouvrir le débat sur la question: Qu’est ce qui doit renaître ? Qu’est ce que nous voulons faire renaître ? Cette interrogation me parait essentielle si on veut réellement savoir ce qu’il faut faire. de la domination étrangère. Voilà son vrai titre de gloire au Mandé. S’il est chanté sur toutes les lèvres c’est parce que disent les griots. la paix. c’est poser le problème. C’est le lieu de le souligner. Il a été confronté à l’épineux problème de la constitution d’une union des peuples. l’indépendance retrouvée fonder une union. Tout a été énoncé . on peut dire que Soundjata et 30 les constituants de Kurukan Fuga ont mis la pensée au service de la paix Oui. il a crée un mécanisme de prévention de conflits à travers le Sanakouya KalDendiragou. la circulation de cola et des cadeaux entre les membres de la famille élargie. il n’a asservi personne. la charte et nous. d’établir l’entente entre clans et ethnies . une tradition relatant ces détails a été recueillie au près du célèbre griot Wa Kamissoko et publié par le chercheur Malien Youssouf Tata CISSE sous le titre :’’Le Testament de Soundjata’’. il a été un grand législateur : la tradition lui attribue la codification du mariage : des fiançailles à la célébration tout est détaillé : le rôle à jouer par les membres de la famille : la mère. la tante. Engager nos pays dans le renouveau… vers la Renaissance après le temps des épreuves. NOTRE HISTOIRE ET NOUS Mesdames et Messieurs.

mesdames et messieurs le monde à étudier. scientifique et philosophique des XVe et XVIe siècles qui a caractérisé l’Europe . c’est le temps des grands Empires. on ne reproduit jamais à l’identique les choses du passé. Il faut renouer avec l’esprit de Kurukan Fuga. Quand. pluriculturels. Et pour moi. l’Afrique précoloniale. époque où les arts et la science se sont épanouis. libre et sans entrave l’Afrique créait. Nous ne tirons pas toutes les conséquences de ce constat primordial. ce mouvement appelé Renaissance n’est rien d’autre qu’un saut pardessus dix siècles de Moyen âge ténébreux pour renouer avec la Grèce et la Rome Antiques. de provinces et même de communautés. c’est qu’ils sont d’abord et avant tout des empires. voire pasticher les Anciens fut la règle : en littérature. de l’Empire du Mali ou de l’Empire du Gao. opérons ce recours à notre passé sans vouloir reproduire ce qui a été. Mutatis mutandis. Pour ces hommes de la Renaissance. L’antiquité devient alors source d’inspiration pour les Européens : la démocratie grecque et romaine sont étudiées. Comment s’est traduit concrètement cet esprit de tolérance dans le passé ? Réfléchissons ! La période des grands empires nous intéresse à plus d’un titre. avec la créativité fille de la liberté. L’exemple de Renaissance que notre éducation occidentale nous montre. S’agissant plus particulièrement de l’Empire du Mali. nous savons qu’il était un conglomérat de royaumes vassaux. car ce qui caractérise les grands empires Africains. ce recours à l’antiquité païenne non pas pour vivre le paganisme de Caïus ou d’Agrippa. c'est-à-dire la philosophie etc. des ensembles multiethniques.qu’on retrouve. de bon partenariat avec le reste du monde. En effet. c’est le mouvement littéraire. 32 Cependant Mesdames et Messieurs. le temps de Soundjata bref. vivait pour elle-même et entretenait des relations saines. . C’est l’esprit des choses qu’on saisit et qui inspire. Rappelons que de fait sur le témoignage des 33 géographes et voyageurs qui ont visité. avec le travail exalté comme facteur de développement. séjourné dans l’empire celui-ci comprenait : 14 régions ou provinces jouissant d’une large autonomie. en art. à connaître. imiter. en pensée. Il faut renouer avec la culture de tolérance de cette époque . mais s’inspirer des oeuvres de l’esprit de l’époque antique. c’est l’Europe chrétienne des XVe et XVIe siècles qui opère le retour à l’antique. qu’il s’agisse de l’Empire du Ghana. en architecture. le droit romain inspire philosophe et penseurs.

le pouvoir de l’empereur n’était pas un pouvoir discrétionnaire. Aujourd’hui. leur culte étaient respectés. en pratiquant librement leur religion en vivant leur tradition. le Mansa régnait. C’est donc dès cette époque que les ethnies se sont formées en entités. les entités de base. jouissait d’une grande autonomie permettant aux ethnies qui les composaient de vivre chacune selon ses coutumes et traditions. autonomes. On peut dire que les empereurs ont respecté avant la lettre le principe de la diversité culturelle c’est bien ce qui a permis à nos ethnies de traverser les siècles. les collectivités ignorant un pouvoir royal vivaient seules leurs coutumes avec allégeance au Mansa. Mais si nous interrogeons notre passé nous constatons que la centralisation. la décentralisation apparaît comme une panacée. Leurs traditions. d’ethnies et de communautés liées à l’empereur par une gamme variée d’allégeances : des chefferies de communautés qui reconnaissent un pouvoir central. le centralisme Jacobin de nos états n’est nullement africain . Au plan organisationnel il y a peu à demander à l’étranger. comprenons l’esprit de nos lois et traditions. Les communautés villageoises. Cela veut dire que l’Empereur. Une allégeance aux obligations bien étudiées les liait au souverain . représentant du Mansa. leur langue à l’ombre du Mansa. Cela procède d’une tolérance érigée en mode de gouvernement. Chaque entité a conservé ses us et ses coutumes. le canton ou l’ethnie jouissaient d’une large autonomie. un art qui fait honneur à l’Afrique. ce mode de gouvernement respectueux des traditions des peuples a permis aux ethnies de s’épanouir pleinement. souveraines. Cette large autonomie. nous l’avons dit. le pouvoir de l’Empereur était souple . ramener le pouvoir économique et politique à la base.des royaumes vassaux mais seul le souverain de Koumbi conserva le titre de Roi. de même les provinces sous l’autorité d’un gouverneur. Il faut donc le souligner l’Empire n’était pas une monarchie absolue . leur culture. le remède à la mal gouvernance. Empires et royaumes qui se sont succédés ont ignoré le prosélytisme et la centralisation à outrance. Cette leçon de l’Afrique précoloniale mérite attention. Ethnies et communautés ont su développer leur art. on est tenté de dire qu’il s’agit d’une fédération d’état. de s’épanouir pleinement et sécréter une culture. Relisons notre 34 histoire. Notons ici que la diversité . laissant une large autonomie aux royaumes qui conservaient leur roi légitime et se gouvernaient conformément à leurs traditions. L’Empire était loin d’être un pouvoir centralisé .

l’apriorisme est toujours là. Sérère. l’Afrique a du mal à se débarrasser des préjugés. Les ethnies ne sont Monsieur le Recteur de l’Université Gaston Berger Chers Collègues Chers Etudiants Mesdames et Messieurs Permettez-moi tout d’abord d’exprimer ici toute ma gratitude à Monsieur le Recteur et le Conseil Scientifique de l’Université de m’avoir invité à prononcer la leçon inaugurale de la rentrée solennelle 2008-2009 de votre Institution. de parler de la Charte du Mandé ou Charte de Kurukan Fuga est une invite à la réflexion sur les graves 3 questions politiques. Considérons que Ouolof. Soninké. Bambara et autres ont vécu des siècles ensemble en convivialité à travers l’autorité Kaya Maghan. Tiraillée par la faim. des Mansa. L’initiative prise par le conseil scientifique de l’université. Initiative qui ne pouvait venir que de ce haut lieu du savoir qui est l’Université Gaston Berger. Mais aussi et surtout l’Afrique se redécouvre à travers ses valeurs que les vicissitudes de l’histoire tendaient à couvrir d’un voile. Au plan des idées l’Afrique. le non développement. Cela mérite réflexion. Le droit et la force semblent se trouver dans le camp contre les infortunés. Importante réunion que celle qui nous rassemble aujourd’hui et qui me permet de prendre la parole et intervenir sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur parce que préoccupant aujourd’hui l’intelligentsia africaine et la classe politique. les clichés à la vie tenaces faussent encore les jugements sur le continent et ses habitants. jeune fleuron de la vieille cité de Saint-Louis. Baïnouk. Mais au double plan culturel et politique. Négativement. les africains sont résolument engagés sur la voie du Renouveau.culturelle n’a été reconnue par les Européens comme principe à respecter qu’à la fin du XXe siècle !!! Les ethnies sont le legs de nos empires qui ont su les fédérer selon le principe : l’Unité dans la diversité. David contre Goliath. Même 50 ans après l’indépendance. Nous sommes à l’heure du combat pour les droits humains et la démocratie et l’Afrique est pointée du doigt. des pays où on n’a pas réfléchi et pensé sur les problèmes du vivre en commun . l’Afrique en gésine se cherche se bat. des Askia et autres. Mais il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’aire culturelle. culturelles et économiques de l’heure. Oui l’Afrique bouge. Malinké. Peul.

droits octroyés ou obtenus de haute lutte. les scientifiques n’accordaient pour ainsi dire aucune importance. il y a lieu de visiter l’histoire particulière des peuples . les chercheurs. Ici et maintenant. de l’expérience historique de l’Afrique. Une révision fondamentale s’impose aujourd’hui . Je m’empresse d’ajouter qu’il ne s’agit nullement de faire un survol sur ce qui a été dit a Bamako. qu’ici même. en 2008. chers étudiants. La charte de Kouroukan Fouga est l’ensemble des lois édictées par Soundjata lors de l’Assemblée des peuples qu’il convoqua à Kurukan Fuga en 1236 après l’éclatante victoire de Kirina qui lui ouvrit le chemin de l’Empire. on ne la considérait pas comme source valable de connaissance de la pensée. un champ d’investigation d’une richesse extraordinaire s’offre à nous : de la Genèse de l’Empire du Mali. les décisions de Kurukan Fuga n’ont pas moins traversé les âges pour parvenir jusqu'à nous. par la puissance de la transmission orale de la parole. s’interrogent sur la validité des sources orales comme sources d’histoire. mu par le violent désir de 4 comprendre et les motivations des membres de l’Assemblée de Kurukan Fuga qui furent de véritables constituants. quelle leçon pouvonsnous tirer de cette mémoire à nous. Monsieur le Recteur. aucun crédit à la tradition orale africaine. surtout réfléchir avec vous sur ce que nous modernes. comprendre les hommes et les préoccupations de leur époque et aussi. On entend par charte un document écrit consignant les droits. Le fétichisme de l’écrit est si puissant. Pour n’avoir pas eu le support du papier ou de la pierre. il s’agit pour nous d’une relecture critique de la Charte. L’occident a trop longtemps considéré la pensée et la réflexion sur les droits humains comme le domaine particulier où il a excellé. pouvons tirer comme enseignement d’un texte vieux de huit siècles. Le titre que j’ai donné à cette conférence n’est en fait que la reprise du titre de l’ouvrage collectif publié par le CELTHO aux éditions l’Harmattan et par la Société d’Edition Africaine. Oui ce document . le premier point à souligner est que cette charte nous a été transmise par la Tradition Orale. permettez-moi de dire que jusqu'à une date récente. transmise par la tradition orale ? Oui.que sous tendent les droits humains. beaucoup de personnes. ici. les privilèges d’une communauté. d’un groupe d’hommes. Mesdames et Messieurs. après la réunion des intellectuels en 2004 a Bamako sur la Charte de Kouroukan Fouga.

Il s’agit bien de droits et privilèges. nous disposons de bandothèques. Elle a été réhabilitée. Oui on peut écouter les voix de nos doctes griots et nos doctes doyens illétrés. il n’y avait point de salut pour lui. Je me propose très rapidement de donner quelques réflexions concernant la mémoire. de bibliothèques sonores. l’histoire et la tradition orale. La mémoire est considérée comme matrice de l’histoire par .inestimable. c’est une bibliothèque qui brûle ». j’ai nommé Amadou Hampathé Ba. Depuis quelques temps. c’était un ensemble de droits. Sans elle. Mémoire Histoire Oubli : Titre du livre du célèbre philosophe Paul Ricoeur. La charte de Kurukan Fuga est octroyée par Soundjata à son peuple. sociologues et autres penseurs. On connait surtout en l’espèce la Grande Charte ou Magna Carta obtenue par les Nobles Anglais au terme d’une longue lutte contre le pouvoir royal au XIIIe siècle. On sait qu’elle a apporté une contribution de qualité à la rédaction de l’Histoire Générale de l’Afrique réalisée sous l’égide de l’UNESCO : Histoire monumentale en huit volumes. d’Europe et d’Amérique. la tradition orale et des campagnes de collecte ont été organisées à travers tout le Continent. Aujourd’hui. dans les instituts de recherche. la tradition orale a été réhabilitée. de privilège d’un groupe. Il nous a été transmis par la Tradition Orale : une charte… la charte du mandé. Ces privilèges sont consignés par écrit sur un papier (carta). en Afrique. un vieillard qui meurt. nous vient du fond des âges. dans les Universités d’Afrique. Quand l’historien ne tenait pas entre ses mains un document écrit sur parchemin ou sur papier ou gravé dans la pierre. sage de Bandiagara. des pans entiers de notre passé seraient relégués dans les siècles obscurs. Je veux passer rapidement pour dire qu’aujourd’hui. Des villes obtenaient une charte octroyée par le roi. privilèges et droits 5 octroyés par le souverain ou bien conquis de haute lutte par une communauté. Nous ne croyons nullement avoir fait un abus de langage en appelant ‘’Charte’’ l’ensemble des lois édictées par Soundjata à Kurukan Fuga. Mais qu’est ce qu’une charte ? Au Moyen Age. Le problème de la mémoire préoccupe historiens. 6 L’élève de Thierno Bokar. a dégagé avec force la place et l’importance de la parole comme support et mode de transmission des choses du passé. Tout le monde a en mémoire l’adresse pathétique de Amadou Hampathé Ba disant « En Afrique. d’une société .

ses effets bénéfiques ou maléfiques. une réflexion sur le passé. je veux dire la parole. ne doit pas être confondue avec la tradition orale.ce philosophe. marqué du sceau de l’efficacité. Ces derniers sont appelés SOMA ceux qui savent. Je n’insisterai pas d’avantage sur ce point. nous . Aujourd’hui encore. pour livrer un message. semblable à une flèche. les griots. les savants. d’un texte établi . Les Maîtres de la parole se meuvent « dans le champ du dicible et du pensable ». on ne saurait la rattraper. mais ils gardent le pouvoir et la faculté de contester l’attitude. Il y a une relation dialectique entre les maîtres de la parole et le pouvoir . Cela nous apparaîtra avec éclat dans la Charte du Mande. elle constitue un texte en enseignement selon une pédagogie dans le cadre d’une « école » par des spécialistes de la parole. est de nature magico religieuse. Quelques fois. s’appuie. sur un certain passé. les chasseurs et d’autres confréries constituent de véritables 7 communautés savantes qui possèdent tout à la fois un art de parler et un système mnémotechnique éprouvé. On parle de la mémoire de la Shoa des Juifs. nous connaissons toutes les précautions oratoires que prennent les Farba. la musique accompagne la récitation et constitue un adjuvant mnémotechnique puissant. Le maniement et la maîtrise de la parole sont le fruit d’un long apprentissage qui a abouti à une technique et un art qui sont l’apanage des Maitres de la parole. celle-ci. une fois partie. On ne soulignera jamais assez que dans une civilisation où l’oralité. ne sont pas à confondre avec la tradition orale. légitiment et renforcent le pouvoir . La parole est dit-on. c’est dire que la parole et la prise de parole sont organisées. nous devons nous convaincre que les Anciens. il faut dire ici que la fixité et l’intégrité du texte sont fondées sur les performances mnémotechniques et la prosodie qui accompagne la diction. se fonde en partie sur la mémoire. Il y a un discours approprié devant chaque type de public. les faits et gestes des rois quand ces derniers s’éloignent des règles de gouvernance établies. ces témoignages ponctuels. L’africain connaît la portée et la puissance de la parole. Il s’agit bien d’un travail élaboré. d’une culture partagée. Nous devons savoir. ils chantent. Celle-ci en Afrique noire est une véritable construction. Il faut donc prendre garde. la mémoire de la Résistance sous la 2eme guerre mondiale. je dirais . Cependant la mémoire comme témoignage sur le passé. les djelis. la parole tient une place centrale. L’Histoire en tant que science sociale. dans le cadre d’une mémoire. car aujourd’hui.

entrons dans le vif du sujet. C’est un document inestimable qui exprime avec force. Quel message nous délivre la Charte de Kurukan Fuga ? Quels sont les objectifs de ce document ? Il se préoccupe : Du respect de la vie et de la dignité humaine . membres de communautés savantes. énoncé en 44 points. LA DECOUVERTE DE LA CHARTE DE KURUKAN FUGA Mais comment et quand ce précieux document a-t-il été découvert ? . la récitation rituelle de l’histoire du Mandé tous les 7 ans à l’occasion de la réfection de la Case Sacrée de Kangaba au Mali. à l’historien de savoir s’en servir. la volonté de statuer sur le devenir de la société avec le souci très souligné de fonder des règles de vie commune et surtout d’établir entre les membres d’une même famille. est le tout premier texte connu sur l’organisation de la cité en Afrique de l’Ouest : la cohérence de la pensée. la recherche d’une paix durable qui a 9 préoccupé les délégués de Krukan Fuga. Il a campé l’authenticité de son propos tout comme l’historien citant et s’appuyant avec assurance sur sa source archivistique. Signalons comme illustration. Les délégués de Kurukan Fuga se sont même préoccupés du problème de la préservation de la nature. D’entrée de jeu. C’est la recherche de la paix. Les maitres de la parole s’inscrivent dans les généalogies familiales ou disciplinaires et sont sous le joug d’une déontologie stricte. entente et convivialité. disons que la Charte de Kurukan Fuga. sont tout à fait remarquables. Nous connaissons l’existence de centres 8 de tradition orale chez les mandingues et ailleurs. La charte nous a été transmise par les spécialistes que sont les maîtres de la parole comme on va le voir. c’est la parole du père de mon père… ». Tout ceci pour dire qu’on n’est pas sur un terrain vague. sans repaires avec les traditions orales. du respect des droits de la personne humaine . la clarté des objectifs visés et l’esprit législateur qui l’anime. C’est une source valable qui a ses limites comme toutes autres sources d’histoire. A présent. il s’intéresse à l’éducation de la femme. aborde et traite largement de la question de la femme. Une parole plusieurs fois séculaire. Il traite surtout de l’épineux problème de résolution des conflits. Quand le griot dit « c’est la parole de mon père. entre les clans. C’est la parole de maîtres assermentés.connaissons le mécanisme de récitation et celui de transmission de la tradition orale chez les griots.

Mopti (Mali) 1999. Le Centre d’Etudes Linguistiques Historiques et de Tradition Orale (CELTHO) de Niamey. on le sait. Voici dans quelles circonstances. du Mali. Laissant de côté les épisodes guerriers de l’épopée mandingue. chacun pour ce qu’il sait des « lois ». Après cette séance nocturne et réunis en séance de travail avec les chercheurs et communicateurs. Les traditionnistes mandingues venus du Sénégal. Les communicateurs modernes manipulant leurs appareils sophistiqués ne s’y trompèrent pas : les Djéli étaient en train d’énoncer. Pour favoriser ces contacts entre communicateurs modernes et 10 communicateurs traditionnels. Niamey (Nigéria) 2002. Mais le séminaire de Kankan réunissant des traditionnistes mandingues déboucha sur un résultat inattendu dépassant toutes les espérances. un des derniers chapitre est . On trouve ce qu’on ne cherchait pas . des « recommandations » prises par Soundjata et ses alliés à l’Assemblée tenue sur le plateau de Kurukan Fuga au lendemain de Kirina. Ainsi fut reconstitué la Charte de Kurukan Fuga. l’Association des griots de Kankan appelée Djéli Tomba organisa une veillée ou soirée culturelle au cours de laquelle les Djéli venus de l’espace mandingue. On ne la cherchait pas. Un soir. à déclamer l’éloge de Soundjata administrateur et législateur. Inter-média Consultants mandataire de l’Agence de Coopération Suisse au Développement et de l’agence Intergouvernementale de la Francophonie avaient établi un programme commun de collaboration avec les radios rurales et les traditionnistes. Il s’agissait d’étudier les modalités de la collecte et de la conservation de la tradition orale rendue possible par les nouvelles technologies de l’information. afin d’utiliser ces derniers dans la communication moderne (santé-économie) plusieurs séminaires furent donc programmés par le CELTHO et Inter-média Consultants : à Labé (Guinée en 1997). du Burkina Faso et de Guinée étaient donc réunis à Kankan en conclave avec les communicateurs et chercheurs modernes. communièrent. cela est fréquent dans le domaine de la recherche. les Djéli se mirent à chanter. organisation de l’Union Africaine et l’ONG. Inopinément. en guise de récréation. 11 C’est lieu de rappeler que dans Soundjata ou l’Epopée mandingue paru chez Présence Africaine en 1960. Kankan (Guinée) 1998.La Charte de Kurukan Fuga ou Charte du Mandé a été découverte en 1998 à Kankan en République de Guinée. les Djeli mirent bout à bout les 44 articles de la Charte.

La publication que nous avons faite du texte de la charte part des recommandations de cette conférence qui a invité à rassembler les variantes (les autres versions possibles de la charte). des évangiles pour ne citer que ces textes sacrés. inventeur de l’écriture . tous les textes longtemps transmis oralement avant d’être fixé par écrit. avec ses compagnons dans la clairière de Kurukan Fuga pour énoncer les règles et les principes généraux qui allaient régir l’Empire. c’est le cas de la bible. les discussions. il en assura la traduction sous la supervision du traditionniste Siriman Kouyaté qui de surcroît était magistrat. Ce n’est pas la forme originale de la Charte.intitulé Kurukan Fuga ou le partage du Mandé. LES VARIANTES DE LA CHARTE 12 Au plan scientifique c’est un vaste travail que la charte a suscité. Mais en annexe nous avons publié quelques variantes surtout les textes de Souleymane Kanté. Les débats ont commencé dans nos universités où des cours sont fondés sur la charte. Il fallut donc attendre 1998 pour qu’inopinément la Charte soit énoncée. Quelques décisions prises par le vainqueur de Kirina sont signalées dans l’Epopée mandingue. Nous lui devons la présentation en articles et chapitres qui présentent la Charte dans une forme moderne et que le CELTHO a largement diffusée. coédition par notre maison d’édition. C’est là que mention fut faite pour la première de la réunion que Soundjata tint. d’Inter-média Consultants. à l’initiative du CELHTO. déclamée dans l’entièreté de ses articles à Kankan par les Djéli venus d’un peu partout. et cela est tout à fait normal . du Mali. On finit par s’en tenir à une ou à des versions canoniques. Une conférence fut initiée à Bamako en 2004 sur la Charte. Ce texte est le fruit du consensus entre les grandes « écoles » de tradition orale de l’espace mandingue. du Ministère Malien de la Culture. un érudit malinké. comportent des variantes. la Société Africaine d’Edition et de Communication et l’Harmattan a présenté la Charte dans la forme originale. du Burkina Faso et de la Guinée. Le texte que la SAEC notre maison d’édition et Harmattan ont publié est celui établi à Kankan où ont été confrontés et rajustés les versions de Casamance. Le texte maninka fut collationné par l’Institut de Recherches et de linguistiques Appliquées (IRLA) de Guinée. dans la succession des énoncés donnée par les griots. Il faut ouvrir les débats. Il y a en effet des variantes . Notre publication. du Sénégal Oriental. de l’Association Africaine des Langues.

Il présente les clans ou groupes de personnes qui composent la société de l’espace mandé qui se confond avec la zone soudano sahélienne de l’ouest. nous en évoqueront certains. toutes les ethnies.Nko. auteur de nombreux ouvrages sur Soundjata. wolof. La Charte du Mandé a été élaborée à Kurukan Fuga par l’Assemblée convoquée par Soundjata. Le souci de créer l’harmonie entre les composantes d’une même famille. anthropologue bien connu. Là. on est sûr de n’oublier personne. la gloire du Mali (Karthala) a publié. Comme vous . d’une même communauté et aussi entre clans et ethnies. en fait Youssou 13 Tata Cissé a publié sous ce titre le Serment des chasseurs. elle contient les lois. Forme incluse. En voilà la traduction : « La société du Grand Mande est divisée en 16 14 clans de porteurs de carquois. pour saluer les hommes et les femmes qui constituent celle-ci. d’une assemblée. toute la population de l’empire. il ya quelques mois une Charte du mandé . bambara. Levons quelque équivoque : Youssouf Tata Cissé. les recommandations de l’Assemblée réunie par Soundjata et qu’un collège des Traditionnistes nous a restitué à KanKan en 1998. sérère ou baïnouck. L’énoncé qui ouvre la charte est capital. 5 clans de marabouts. qu’on soit peul. elle concerne de fait. soninké. » Cet énoncé est devenu une formule rituelle dans la bouche des griots. Cet énoncé révèle le caractère politique de la charte destiné à régir un empire. On l’a prononcé à l’ouverture d’une réunion. La confusion s’est établie : on a dit qu’il y a deux chartes du Mandé. CE QUE DIT LA CHARTE Nous l’avons dit. Forcément on appartient à l’une des catégories citées. la Charte se présente comme un ensemble de règles de conduite. de préceptes destines a organiser la vie en société. qui avait de son côté recueilli plusieurs lois ou recommandations de Kurukan Fuga. entre autres Soundjata. ce souci est manifeste a travers maints énoncés. texte qu’il avait recueilli en 1976 et qu’il avait publié dans son livre sur les chasseurs malinkés bambara. Elle concerne tous les clans. 4 clans de nyamakala et les esclaves. Je dis ici que le Serment des chasseurs n’est pas la Charte du Mandé. nous ne parlerons pas de tous les 44 articles ou énoncés. Chacun des groupes a une activité et un rôle spécifique. Bien sûr. Ce texte de la Confrérie des chasseurs ne traite pas du même sujet que celui abordé par l’Assemblée de Kurukan Fuga en 1236. La précision mérite d’être faite.

Je rappelle quelques correspondances ou équivalences. 16 clans de porteurs de carquois : ceux-ci constituent les guerriers. Ndiaye de Sénégambie équivaut à Diarra chez les bambaras. Mais la grande masse de la population est restée cependant animiste. cordonniers. Rôle des marabouts Enoncé n°2.le savez. d’équivalence entre patronymes après la conquête de la Sénégambie par Tiramaghan Traore. le camp animiste farouchement hostile à l’Islam. nous traduisons « Les cinq clans de marabouts sont nos maîtres et nos éducateurs en Islam. Gueye a pour équivalent Sissoko. ils sont devenus gardiens de la foi. les Touré.Les esclaves : constituent le 5e groupe. Condé chez les Malinke. Fall devient Koulibaly.clans de Niamakabé : les Niamakala sont les gens de métiers : forgerons. Diop de Sénégambie a pour équivalent à l’est sur les rives du Niger Traoré ou Dembélé. Tout le monde leur doit respect et considération » C’est très clair et on comprend la place éminente qui fut faite aux marabouts à la cour du Mali . les Diané et Koma. Après cet énoncé introductif qui présente les composantes de la société du Grand Mandé ou Empire. On connaît le rôle et la place de ces corps de métiers ou castes dans la vie africaine. ce sont les hommes habiles – gnégnobé comme diraient les Peuls. ce sont les Cissé. on le sait. Soumaoro représentait. 4 clans princiers : regroupent l’ensemble des familles régnantes 15 5 clans maraboutiques : représentent les 1ers clans convertis à l’islam . Ils sont cités parce que considérés comme des êtres humains. Nous y reviendrons. D’autres clans s’y ajouteront. . Ce système de correspondance fait que les clans et ethnies constituent une vaste famille. Celui-ci devient religion officielle. 4 . les nobles des différentes zones de l’Empire. suivent trois énoncés qui précisent le rôle de certaines catégories sociales. djeli . Il faut ici insister sur le fait que l’avènement de Soundjata constitue le triomphe de l’Islam. On leurs reconnait quelques droits comme on le verra plus loin. 5 . C’est une phase importante de l’islamisation que l’adoption de l’Islam comme religion officielle à la Cour du Mali. l’époque de Soundjata avait établi un système de correspondance.

Ils sont représentés par leur chef à la cour. doivent être conviés pour participer à la prise des grandes décisions concernant la société. de ces gnégnobé les a dénommé ’’castes’’ en références aux divisions sociales de l’Inde. Il est dit : « la société est divisée en classe d’âge. Tout le monde le pratique. » (Amkoulel ‘’ l’enfant peul 1992 p 522) Rôle des guerriers ou porteurs de carquois Si les « porteurs de carquois sont avant tout des guerriers. Cela les rend utiles et redoutables.l’enfant vit avec sa mère De 7 à 17 – 18 ans : adolescence – classe d’âge de formation à une activité De 18 à 30 : les jeunes gens – Fleur de l’âge – force de travail . précepteurs et conseillers. il n’y a pas cette notion d’intouchabilité ou d’infériorité que certains manifestent actuellement à leurs égards. ils sont tout à la fois historiens. 17 Rôle des classes d’âge L’énoncé n°4 décrit la structure de la société. les Gnégnobé – les griots. possédant des pouvoirs. A la manière du sang qui irrigue le corps humain. Les Nyamakala par définition sont des gens puissants. » Les classes d’âge sont fortement structurées singulièrement chez les Malinkés. De 1 à 7 ans : l’enfance . une science. les griots circulent et animent la vie dans la société. je le cite « Ici. sang. Sont de même classe d’âge les différentes personnes (hommes et femmes) nées au cours d’une période de trois années consécutives. Djéli en malinké signifie. mais comme le fait remarquer Amadou Hampathé Ba. une technologie. d’être leurs conseillers et de défendre par la verbe les règles établies et l’ordre sur l’ensemble du territoire ». Les membres de classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux (entre 30 et 50ans). Le travail de la terre est considéré comme le plus noble chez les peuples agriculteurs comme les mandingues. mal interprété la place et le rôle des Niamakala. Naturellement parmi les Niamakala. C’est le lieu de dire que l’ethnologie coloniale qui a souvent mal compris.16 Rôle des gens de métiers ou Niamakala Enononcé n°3 : « Les Niamakala se doivent de dire la vérité aux chefs. ils sont cependant des agriculteurs comme la grande masse des hommes libres appelés ‘’Horon’’ chez les Mandingues. Ils doivent conseil au roi. maître de la parole ont une place éminente.

18 Enoncé n°12 – « La succession étant patrilinéaire. ne donne jamais le pouvoir à un fils tant qu’un seul de ses pères vit. vient celle des fils et par droit d’aînesse.de la société malinké – ils sont les Baratigui : les maîtres de la grande place du village. le droit de chacun à la parole. n°15. le respect qui entoure les Anciens en découle. Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur (à un plus jeune) parce qu’il possède des biens » (les malinké disent : « il ne faut pas mettre les pattes arrières devant»). le droit de chacun de participer à la vie de la cité. Le respect du à la mère. mais la chose est là. La place de la femme dans la cité est bien mise en valeur. Voilà une valeur éminemment africaine . Le mot démocratie n`est pas prononcé. Comme on sait encore aujourd’hui au Sénégal nous avons une belle illustration de la succession dans les familles maraboutiques : après la génération des pères. Enoncé n°8 – désignait la famille Keita comme famille régnante de l’Empire. les Assemblées « Dans les grandes Assemblées contentez-vous de vos légitimes représentants » Entendons cela ainsi : « Que chaque communauté soit représentée dans les grandes assemblées qui prennent les décisions qui intéressent tout le monde ». Un certain nombre d’énoncés concerne la politique. c'est-à-dire les hommes mariés étaient conviés dans les assemblées autour des doyens quand il s’agissait de prendre de grandes décisions. les jeunes filles à partir de 14 – 15 ans. Je n’en dirai pas plus sur ces classes d’âge sinon souligner le point important que les classes intermédiaires entre jeunes et vieux – les adultes. lieu de rassemblement et de réjouissance. n°16). Autrefois les hommes se mariaient autour de 30 ans. la gouvernance. le respect du à la tante et le respect à la soeur sont traduits 19 dans la vie de tous les jours. Elles sont nos mères ». La dévolution du pouvoir suit cette règle. L’énoncé n°42 concerne les réunions politiques. Je citerai l’article n°14 « N’offensez jamais les femmes. n°14. Elles sont nos mères. Il dit : « Respectons le droit d’aînesse ». Notre vénération pour la mère n’est pas . La charte s`est particulièrement penchée sur le cas de la femme et sur l’éducation de l’enfant (énoncé n°11. elles ont droit au respect. L’Enoncé 18 insiste sur la prééminence de l’âge en matière de gouvernance.

mais tu n’as pas le droit de l’humilier »! Rassurez-vous je ne citerai pas tous les 44 articles mais souffrez que je cite l’énoncé n°23 qui dit : «Au Mandé ne faites jamais de tort à l’étranger ». soit 89 ans après l’Assemblée de Kurukan Fuga. de combat acharné pour le genre quand je dis que la place de la femme dans la vie politique et sociale était très grande.une simple formule. Voilà une valeur éminemment africaine. Il y avait l’égalité des sexes !!! Cela dit sans rire. jadis même le messager chargé de venir faire une déclaration de guerre était raccompagné jusqu’à la frontière. l’hospitalité. Au Manding les femmes avaient de puissantes associations secrètes : les Niagba mousso dont les avis étaient recueillis sur les questions importantes. Il faut savoir que dans le passé cette règle a été observée. C’est . le Chargé de mission ne doit pas être inquièté » . un grand souci de la dignité humaine. Ce n’est nullement cultiver le paradoxe en ces temps de lutte. C’est tout dire. cela a été une réalité dans la cité ancienne. A Kurukan Fuga les délègues ont eu le souci. Si la vie est sacrée. Cet énoncé est certainement celui qui a le plus séduit les modernes que nous sommes. Ce n’est point démagogie pour le genre. doivent être associées à tous nos gouvernements ». de la vie humaine. On peut dire qu’avant l’Europe nous avons là l’expression achevée du droit à la vie ce que les Anglais appelleront habeas corpus dans la Grande Charte ou Magna 20 Carta promulguée en 1297 mais qui ne fut effectivement appliquée qu’à partir de 1325. en voici la preuve : Enoncé n°5 « Chacun a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique ». la Téranga qui fait qu’on accueille en frère celui qui a marché jusqu’à nous. non seulement les femmes étaient représentées dans les grandes Assemblées bien souvent. en plus de leurs occupations quotidiennes. Les Mandingues disent. la dignité de la personne humaine ne l’est pas moins : la charte va jusqu’à dire dans l’énoncé n°41 « Tu peux tuer ton ennemi.Oui. C’est bien ce principe qu’affirmera à son tour la déclaration des droits de l’homme de 1789 en France. « Les femmes. ‘’ L’enfant vaut ce que vaut sa mère’’. le Messager. elles se réunissaient à part et débattaient des questions importantes et faisaient connaître leurs avis. En somme on ne dit pas ‘’tel père tel fils’’ mais « telle mère tel fils ». Conséquemment au plan politique l’énoncé n°24 complète ainsi l’idée : « Au Mandé. L’énoncé n°16 est très explicite sur la place de la femme dans la gouvernance.

Pour cela la Tradition reconnaît à l’esclave un jour franc dans la semaine où il travaille pour lui-même pour se constituer un pécule. au dire de tous les djeli et des Anciens est l’une des dispositions les plus importantes prises à Kurukan Fuga. du sac qu’il porte à l’épaule ! Cela veut dire que l’esclave peut avoir un bien propre. les clans. Pécule qui peut un jour lui donner la possibilité de s’affranchir ! Si Soundjata n’a pas aboli 21 l’esclavage il a du moins atténué le sort rigoureux qui frappait l’esclave. En effet. Entre aide solidarité est la loi entre parents à plaisanterie. la familiarité qu’elle crée est un puissant facteur de rapprochement et de tolérance. les ethnies. Enoncé n°7 : Voici l’énoncé : « Il est institué entre les Mandenka (les gens du Mandé) le sanankouya (parenté à plaisanterie) le . Dendiragou ou sanankouya chez les mandingues. entre ethnies. d’une ‘’paix durable’’ pour utiliser une expression chère à notre époque. Une histoire. Appelé de différentes manières Kal. Je terminerai cette évocation des énoncés par la mesure la plus importante prise par Soundjata à Kurukan Fuga à savoir l’institutionnalisation du sanankouya ou parenté à plaisanterie. avouons-le. entre les groupes. La tradition reconnaît que la pratique de la parenté à la plaisanterie existait avant Soundjata. un mythe explique toujours comment le cousinage est né entre tel et tel groupe. le manquement à ce devoir d’assistance est puni par la puissance immanente des ancêtres. mais c’est lui qui l’a institutionnalisée. La parenté à plaisanterie. L’article 20 ou énoncé n°20 dit « Ne maltraitez pas l’esclave on est maître de l’esclave et non de la gibecière qu’il porte à l’épaule » Maître de sa gibecière. les cousins à la plaisanterie se doivent aide et assistance. Pour l’époque. La convivialité que crée cette pratique. une légende. la compréhension entre les hommes. au-delà de la plaisanterie.ce que les modernes appellent l’immunité diplomatique. la 22 fraternité spontanée. l’entente sociale était la plus grande préoccupation. Elle vise la préservation de la paix et l’instauration de l’esprit de tolérance . systématisée et l’assortit de droits et devoirs entre clans. c’est là une percée progressiste remarquable. En réalité pour Soundjata. une paix durable. Je ne terminerai ces citations sans parler du cas des esclaves. C’est la recherche de l’entente.

C’est sans commentaire car aujourd’hui encore dans l’espace mandé. Cette pratique est si bien intégrée chez nos populations qu’il est difficile d’attribuer son origine à tel ou à tel clan ou ethnie ! L’appropriation est totale. Cela comprend historiquement l’espace du Tékrour.tanamagnogoya ou pacte du sang en conséquence aucun différent né entre ces groupes ne doit dégénérer. Tel énoncé . Elle embrasse les pays du sahel et de la savane. Ce texte est à connaître et à étudier . la convivialité entre beaux frères et belles soeurs. au contraire ils se doivent aide et assistance. de Gao incluant également le bloc mossi où la pratique est 23 aussi forte que chez nous. L’unité culturelle est une réalité patente par certains traits comme la parenté à la plaisanterie. le respect de l’autre étant la règle ». Voilà une incursion rapide à l’intérieur de la charte. de la presqu’île du Cap Vert à Niamey d’ouest en est . Nous le savons au quotidien il n’y a pas de conflit entre cousins à plaisanterie. Il y a un air de famille entre les cultures Diola-sérèrepeulmandingue soninké sonray pour ne citer que ces groupes. ‘’Entre beaux frères et belles soeurs. La pratique par osmose a atteint le coeur de la forêt à la faveur des voyages des incursions des gens de la savane à la recherche de cola dans la forêt guinéenne et ivoirienne. C’est une pratiquement ouest-africaine. La limite à l’est c’est l’espace Haoussou Djerma… Cet espace ouest africain est ouvert. de l’empire du Ghana. de Banjul. c’est le fait d’une longue histoire commune dont l’époque de l’Empire du Mali a été un grand moment avec les grands souverains comme Mansa Moussa ou Mansa Souleymane du XIVe siècle. entre petits fils et grands parents la tolérance et le chahut doivent être de règle’’ fin de citation. du Mali. du nord au sud de Tombouctou jusqu’à de la forêt ivoirienne en couvrant tous les pays de la savane. c’est le domaine des grands empires du Moyen Age dont les populations se sont intimement mêlées et ont baigné dans la même culture. typiquement. par plus d’un coté. L’énoncé précise encore. dans notre espace soudano sahélien. en dépit de la diversité des langues pour avoir vécu sous les mêmes pouvoirs politiques. il est comme dit l’écrivain Boris Diop un indicateur de l’unité culturelle de l’Afrique. Quelle détente sociale ! Mes dames et messieurs on peut établir une géographie de la parenté à plaisanterie. entre grands parents et petits fils est une réalité que nous vivons au quotidien.

forger un commun besoin de vivre ensemble. Il nous faut camper. dès que celui-ci sort du cercle de famille. chaque membre de la société veille à l’éducation de l’enfant . typique de chez nous. il est corrigé par la première grande personne qui constate la faute. on le ramène à la maison et on rend compte aux parents qui doublent la mise et inflige une nouvelle correction au pauvre fautif. Il faut interroger l’histoire. tel autre énoncé semble sortir en droite ligne des traditions sérères ou songhoy. L’énoncé 9 dit : « L’éducation des enfants incombe de l’ensemble de la société : la puissance paternelle appartient à tous ». de l’acquisition des biens. Il y a là un fait troublant pour nous qui avons vécu dans un cloisonnement. les préoccupations des hommes. On entrevoit dans l’épopée des causes profondes de la crise du Mandé au XIIIe siècle. Dans la 24 société traditionnelle chez les Peuls comme chez les Bambara ou chez les Ouolof. la charte parle du mariage. rien n’a échappé aux Délégués de Kurukan Fuga. Oui ! On s’élève contre la coupe inconsidérée des arbres. caractériser le temps de Soundjata. C’est donc le lieu d’évoquer les origines de l’Empire du Mali en relation étroite avec la fin de l’Empire du Ghana.à l’évidence évoque telle pratique ou telle coutume chez les Peuls. du divorce. Voilà un trait de culture. s’il est en faute. la question qui brûle toutes les lèvres c’est : qu’est ce qui est à l’origine de cette charte. il est sous la surveillance très vigilante des aînés. L’enfant hors de chez lui donc. Impensable en Europe de porter la main sur l’enfant du voisin qu’on le voit en faute… ! De donner le titre de père à tel monsieur qui a l’âge de votre papa ! LA CHARTE ET NOUS Voici donc brièvement évoqué cette charte qui a abordé bien des problèmes. telle la défense de la nature. La période intermédiaire entre les deux empires est capitale et cette . qu’est ce qui a amené Soundjata à convoqué l’Assemblée de Kurukan Fuga. Bien évidement la question qui se pose. chez les Ouolof ou chez les soninkés. On voit le 25 duel Soumaoro – Soundjata. contre les feux de brousse dans les énoncés 37 et 38. il faut connaître le contexte qui prévalait. On corrige l’enfant. dans les carcans de frontières coloniales et nourri des études des ethnologues émaillées sinon remplies de préjugés que l’enseignement nous a inoculés. Mais il faut aller au-delà pour comprendre pourquoi Soundjata et ses compagnons ont convoqué une Assemblée dont la mission était établir des lois pour fonder.

Le spectre de la guerre civile se dresse. l’Islam. Vous le savez avant le Mali. Ils ont fuit l’islam et déserté les terres de Kaya Maghan. Le Tékrour. Sylla. C’est la lutte pour l’hégémonie entre rois vassaux et gouverneurs de provinces. mais gouverneurs et rois animistes se dressent contre l’islam et les uns contre les autres. En 26 1076. Mais le fait dominant de cette période trouble est la chasse aux esclaves organisée par les négriers arabes et les rois ouverts à l’Islam. pourvoyeurs en esclaves des marchands arabes. Ce sera un survol historique rapide. Cependant. Il s’en suit des mouvements de populations. le Kaya Maghan vaincu se voit imposer. La transition entre l’Empire du Ghana et l’empire du mali est une époque marquante dans le destin de l’ouest africain et qui en ce qui concerne la précipitation dramatique des événements n’est comparable qu’à la nôtre. l’Empire Soninké de Kaya Maghan qui couvrait maints pays de l’ouest africain. le royaume de Diarra. il y avait l’Empire du Ghana. ils ont gardé l’appellation de Wagadou que porte encore un des matrilignage sérère. la Sénégambie et le Mandé tout l’espace des Kaya Maghan est déchiré par ce guerres. Touré situent à la chute de Koumbi la migration qui conduisit leurs ancêtres vers les rives du fleuve Sénégal. les forgerons . Talla. au Fouta se situe à cette époque d’offensive de l’Islam. Ces guerres vont déchirer l’Ouest Africaine durant tout le XIIe siècle entre 1076 et 1200. C’est l’époque où s’individualise le Fouta Toro. C’est durant ces luttes intestines qu’émerge le royaume Soso en pays Soninké . mais certains faits méritent d’être bien exposés. L’éclatement de l’empire du Ghana va mettre aux prises les royaumes vassaux et les provinces. Les clans Toucouleurs du groupe Torodo parmi lesquels les Baro.période est restée mal étudiée mal connue. ce n’est pas une leçon d’histoire que je vais vous infliger. Nous avons l’écho de ces troubles dans maintes traditions orales. le pays Soninké en général. le Mandé et le Songhoy aux dires des historiens de Tombouctou. le Tékrour même le Soso. après l’éclatement du Tékrour ainsi que le Djolof et autres royaumes sénégambiens. L’Empire des Kaya Maghan a éclaté vers 1076 sous les coups de boutoirs des Almoravides. singulièrement les pays situés entre les fleuves Niger-Sénégal : le Ganar. La migration des Sérères du Ghana vers le fleuve Sénégal. Ne vous effrayez pas. Les peuples animistes singulièrement Sérères et Peuls animistes sont bousculés par le Chef Almoravide Abu Bekr vers 1050-1070. l’Empire du Wagadou.

campagnes désolées. les hommes vivaient dans la terreur. Les préoccupations de Soundjata et de ses compagnons. ils se heurtèrent aux Mandingues vers l’Est et c’est le début de la guerre qui fait le thème de l’Epopée Mandingue : le roi du Mandé Soundjata Keita se dresse contre 27 Soumaoro Kanté. les populations aspirent à la paix. Soundjata pouvait prétendre à l’Empire des Kaya Maghan après la disparition de Soumaoro . c’est à cette époque qu’on situe la fuite vers l’Ouest de Bandiougou un cousin de Soundjata qui fut le fondateur de Banjul. les hommes s’exprimaient en plaçant une gourde devant la bouche » ! Ceci pour montrer que la peur était devenue une dimension de l’âme des populations… La victoire de Kirina et la disparition de Soumaoro en 1235 mettent un terme aux guerres qui ont endeuillé la région pendant des décennies. des familles et des clans partis en exil. 28 Voilà. Soumaoro. neuf fois il détruisit le Mandé dit-on de fond en comble : Aucun village n’a échappé à la destruction. particulièrement par l’historien Ibn Khaldoum à qui nous devons une bonne chronologie des règnes du Mali. le contexte. Ce qu’il faut retenir c’est que la guerre entre le Manding et le Soso qui se situe au début du XIIIe siècle. Des traditions disent « que de peur que le vent indiscret ne porte à Soumaoro leurs paroles. de ses alliés sont évidentes : fonder une paix durable pour parler le langage de notre temps.plusieurs clans émigrèrent vers l’Ouest. Une seule aspiration anime tous les coeurs : consolider la paix retrouvée . Familles dispersées. a été particulièrement cruelle et meurtrière : selon la tradition orale Soumaoro envahit neuf fois le Manding. Soit dit en passant. s’affirme comme le champion des Animistes à la tête du groupe puissant des forgerons tandis que Soundjata se présente comme champion de l’Islam. après une expédition restée célèbre dans . le 1er Tiramaghan fit la conquête de la Sénégambie. C’était là le voeu des peuples après cette guerre de cent ans. de chasse à l’esclave. des villages brulés. Après plusieurs décennies de guerre. les hommes vivaient dans les champs . les champs détruits.animistes émancipateurs du Soso imposèrent leur domination à plusieurs provinces Soninké. La guerre entre Soundjata et Soumaoro est documentée aussi bien par les Traditions Orales et par les écrits arabes. Tiramaghan et Fakoli deux lieutenants de Soundjata guerroient dans toutes les directions. Mettre fin à l’esclavage des populations mandingues.

de raisonner ‘’. légiférèrent. appelons comme cela. si la pensée singulièrement la pensée politique est la forme ou l’expression . les représentants des alliés qui ont combattu aux côtés de Soundjata tel le Roi des Bobo (actuel Burkina Faso). Pendant huit jours que durèrent les assises. de la cité. Lieu symbolique. C’étaient comme le dit Mangoné Niang Ancien Directeur du CELHTO ‘’ la célébration d’un code juridique qui s’applique à toutes les communautés du Mandé avant de s’étendre par phénomène d’osmose à toutes les populations de l’Empire. Cf énoncé n°42 « Dans les grandes assemblées soyez représentés par des délégué légitimes ». après avoir pacifié l’espace Soudano-Sahélien entre la boucle Niger et la boucle du Sénégal. un rôle assigné à chacun et le droit pour chacun. Le vainqueur de Kirina convoqua une Assemblée à Kurukan Fuga. s’il en fut dans le monde malinké où les prêtres des 1ers occupants du pays. surtout mettre fin aux pillages et mettre les hommes au travail comme l’explicite l’énoncé n°6 « Pour gagner la bataille de la prospérité. La pensée politique de Soundjata s’exprime avec clarté à travers les énoncés de la charte : donner une assise solide à la société. les griots à propos du Kurukan Fuga parle du ‘’Partage du monde’’. il est institué au Mandé un système général de surveillance pour lutter contre la paresse et l’oisiveté ».’’ Il y a là une ambition et une claire volonté de fonder la vie en commun des membres de la société sur des règles. d’être représenté dans les instances où on parle de la société. Les représentants de tous les clans y ont été conviés. L’empire est reconstruit. les constituants. Soundjata peut être couronné et prendre le titre de Mansa ou Maghan : le Grand. C’est la raison pour laquelle. les délégués de Kurukan Fuga. se retrouvaient pour communier avec les génies tutélaires du Mandé. rétablir la paix. C’est son esprit législateur que les 29 chercheurs africains saluèrent après la découverte de la Charte de Kurukan Fuga. de juger. Les décisions qu’ils énoncèrent eurent valeur de loi fondamentale. Le travail est remis à l’honneur ! Si la pensée est ‘’ l’activité cérébrale considérée comme source de la faculté de connaître de comprendre. premiers occupants du Mandé. une place fut faite à chacun. Il ouvrit en Sénégambie aux Mandingues. vaste clairière près du village de Kangaba à 90 Km de Bamako où traditionnellement se tenaient les Assemblées des Clans Camara. les maîtres de la terre.les Traditions locales.

à l’heure où partout en Afrique il est question de Renaissance Africaine il importe d’ouvrir le débat sur la question: Qu’est ce qui doit renaître ? Qu’est ce que nous voulons faire renaître ? Cette interrogation me parait essentielle si on veut réellement savoir ce qu’il faut faire. la charte et nous. voilà la grande affaire du vainqueur de Kirina. il a libéré l’homme. de la domination étrangère. il a rendu l’homme maître chez lui. il a rendu à chacun ses biens. On est tenté de dire qu’il y a une grande similitude entre le temps de Soundjata et notre temps. je dirai un recours à un certain passé.supérieure de l’esprit du genre humain. la charte et nous ! On est frappé par l’actualité de certains énoncés. la question de la Renaissance Africaine. c’est poser le problème. c’est quelque part un retour. la paix. Nous sommes logés à la même enseigne. une tradition relatant ces détails a été recueillie au près du célèbre griot Wa Kamissoko et publié par le chercheur Malien Youssouf Tata CISSE sous le titre :’’Le Testament de Soundjata’’. Voilà son vrai titre de gloire au Mandé. on peut dire que Soundjata et 30 les constituants de Kurukan Fuga ont mis la pensée au service de la paix Oui. une renaissance. la circulation de cola et des cadeaux entre les membres de la famille élargie. la tante. les grands parents. d’établir l’entente entre clans et ethnies . Enfin pour la Tradition Soundjata eut un sens élevé de la justice. à un héritage perdu . La renaissance. ‘’ il a partagé le monde et chacun a eu sa part ‘’. entretenir la paix sociale entre états 31 ethnies. du clan. S’il est chanté sur toutes les lèvres c’est parce que disent les griots. il a crée un mécanisme de prévention de conflits à travers le Sanakouya KalDendiragou. NOTRE HISTOIRE ET NOUS Mesdames et Messieurs. Tout a été énoncé . il a été un grand législateur : la tradition lui attribue la codification du mariage : des fiançailles à la célébration tout est détaillé : le rôle à jouer par les membres de la famille : la mère. Le mérite de Soundjata aura été de restaurer la paix. les frères. le père. Il a été confronté à l’épineux problème de la constitution d’une union des peuples. Oui. On dit. C’est le lieu de le souligner. l’indépendance retrouvée fonder une union. Engager nos pays dans le renouveau… vers la Renaissance après le temps des épreuves. d’une communauté politique élargie. il n’a asservi personne. Oui.

Mutatis mutandis. Il faut renouer avec la culture de tolérance de cette époque . de bon partenariat avec le reste du monde. c'est-à-dire la philosophie etc. voire pasticher les Anciens fut la règle : en littérature. c’est le temps des grands Empires. Et pour moi. c’est le mouvement littéraire. Rappelons que de fait sur le témoignage des 33 géographes et voyageurs qui ont visité. vivait pour elle-même et entretenait des relations saines. C’est l’esprit des choses qu’on saisit et qui inspire. imiter. Pour ces hommes de la Renaissance. scientifique et philosophique des XVe et XVIe siècles qui a caractérisé l’Europe . c’est qu’ils sont d’abord et avant tout des empires. car ce qui caractérise les grands empires Africains. à connaître. libre et sans entrave l’Afrique créait. époque où les arts et la science se sont épanouis. le temps de Soundjata bref. l’Afrique précoloniale. opérons ce recours à notre passé sans vouloir reproduire ce qui a été. L’antiquité devient alors source d’inspiration pour les Européens : la démocratie grecque et romaine sont étudiées. Quand. Nous ne tirons pas toutes les conséquences de ce constat primordial. L’exemple de Renaissance que notre éducation occidentale nous montre. . 32 Cependant Mesdames et Messieurs. de provinces et même de communautés. ce mouvement appelé Renaissance n’est rien d’autre qu’un saut pardessus dix siècles de Moyen âge ténébreux pour renouer avec la Grèce et la Rome Antiques. Il faut renouer avec l’esprit de Kurukan Fuga. mesdames et messieurs le monde à étudier. séjourné dans l’empire celui-ci comprenait : 14 régions ou provinces jouissant d’une large autonomie. en art.qu’on retrouve. En effet. pluriculturels. mais s’inspirer des oeuvres de l’esprit de l’époque antique. qu’il s’agisse de l’Empire du Ghana. avec la créativité fille de la liberté. c’est l’Europe chrétienne des XVe et XVIe siècles qui opère le retour à l’antique. en architecture. nous savons qu’il était un conglomérat de royaumes vassaux. ce recours à l’antiquité païenne non pas pour vivre le paganisme de Caïus ou d’Agrippa. le droit romain inspire philosophe et penseurs. des ensembles multiethniques. S’agissant plus particulièrement de l’Empire du Mali. avec le travail exalté comme facteur de développement. en pensée. on ne reproduit jamais à l’identique les choses du passé. Comment s’est traduit concrètement cet esprit de tolérance dans le passé ? Réfléchissons ! La période des grands empires nous intéresse à plus d’un titre. de l’Empire du Mali ou de l’Empire du Gao.

Il faut donc le souligner l’Empire n’était pas une monarchie absolue . On peut dire que les empereurs ont respecté avant la lettre le principe de la diversité culturelle c’est bien ce qui a permis à nos ethnies de traverser les siècles. on est tenté de dire qu’il s’agit d’une fédération d’état. Les communautés villageoises. Aujourd’hui. Mais si nous interrogeons notre passé nous constatons que la centralisation. Empires et royaumes qui se sont succédés ont ignoré le prosélytisme et la centralisation à outrance. le remède à la mal gouvernance. un art qui fait honneur à l’Afrique. Notons ici que la diversité . nous l’avons dit. d’ethnies et de communautés liées à l’empereur par une gamme variée d’allégeances : des chefferies de communautés qui reconnaissent un pouvoir central. comprenons l’esprit de nos lois et traditions. Cette leçon de l’Afrique précoloniale mérite attention. Cela veut dire que l’Empereur. la décentralisation apparaît comme une panacée. le centralisme Jacobin de nos états n’est nullement africain . les entités de base. le pouvoir de l’Empereur était souple . le canton ou l’ethnie jouissaient d’une large autonomie. les collectivités ignorant un pouvoir royal vivaient seules leurs coutumes avec allégeance au Mansa. jouissait d’une grande autonomie permettant aux ethnies qui les composaient de vivre chacune selon ses coutumes et traditions. leur culture. en pratiquant librement leur religion en vivant leur tradition. leur langue à l’ombre du Mansa. souveraines. laissant une large autonomie aux royaumes qui conservaient leur roi légitime et se gouvernaient conformément à leurs traditions. Au plan organisationnel il y a peu à demander à l’étranger. de s’épanouir pleinement et sécréter une culture. représentant du Mansa. leur culte étaient respectés. de même les provinces sous l’autorité d’un gouverneur. autonomes. le Mansa régnait. Chaque entité a conservé ses us et ses coutumes. C’est donc dès cette époque que les ethnies se sont formées en entités. Relisons notre 34 histoire. Cela procède d’une tolérance érigée en mode de gouvernement. ramener le pouvoir économique et politique à la base. ce mode de gouvernement respectueux des traditions des peuples a permis aux ethnies de s’épanouir pleinement. Leurs traditions.des royaumes vassaux mais seul le souverain de Koumbi conserva le titre de Roi. le pouvoir de l’empereur n’était pas un pouvoir discrétionnaire. Une allégeance aux obligations bien étudiées les liait au souverain . L’Empire était loin d’être un pouvoir centralisé . Cette large autonomie. Ethnies et communautés ont su développer leur art.

fruit du travail d’une Assemblée délibérante. le cours naturel de notre histoire a été oblitéré par l’interrègne da la colonisation qui. Baïnouk. Qu’on pense aux Notables du Fouta Djallon et du Fouta Toro instaurant l’alternance dans la succession à l’imanat. à nos traditions. organise les paturages. il y a un grave hiatus entre notre histoire et nous ! Nous avons été coupés de notre histoire. Le temps de l’Afrique précoloniale me parait être indiqué comme source d’inspiration… La Charte est là qui nous invite à la réflexion. un modèle des valeurs à cultiver. en menant des recherches appropriées on devrait trouver ailleurs en Afrique des textes. On est tenté de croire que le cas de la Charte du Mandé est unique car il est l’un des premiers textes connu sur l’organisation de la société. Les ethnies ne sont pas un rebus du passé . que le politique utilise. en nous imposant les langues européennes. Cependant. Ce document est véritablement aux sources d’une pensée politique en Afrique. manipule l’ethnie et dénature sa vocation. Bambara et autres ont vécu des siècles ensemble en convivialité à travers l’autorité Kaya Maghan. il existe des textes fondateurs. nous a placé du coup dans un tout autre champ culturel. Sérère. la charte nous l’enseigne. dans un champ étranger aux us et coutumes. Considérons que Ouolof. Malinké. de la dignité humaine.culturelle n’a été reconnue par les Européens comme principe à respecter qu’à la fin du XXe siècle !!! Les ethnies sont le legs de nos empires qui ont su les fédérer selon le principe : l’Unité dans la diversité. la transhumance ! Ainsi le travail initié par le CELHTO de Niamey peut avoir un effet catalyseur. des Mansa. Cela mérite réflexion. Il s’en suivit une extraversion une altération aux conséquences multiples sur le devenir de l’homme africain. Dans le royaume du Gabou la gouvernance était fondée sur l’alternance entre les princes des 4 provinces ! Qu’on pense à la naissance et au développement de la 36 Dina au Macina qui met en place un gouvernement théocratique très structuré. Les écrits des érudits et autres docteurs et historiens de . Soninké. cela est regrettable ! Notre Renaissance ? Il faut qu’elle ait une source d’inspiration. des documents oraux dotés d’une grande valeur historique. Oui. Peul. mais une composante fondamentale de la 35 société qui mérite respect . Ne cherchons pas ailleurs le respect de la vie. Il y a une mémoire perdue qu’il faut retrouver et faire connaître. des Askia et autres.

des historiens. existe-t-il une perception de la modernité fondée sur nos traditions. DE NOTRE MODERNITE Les élites africaines réussiront-elles le pari de bâtir leur modernité en partant des prémisses de la culture africaine. L’école post indépendance doit elle fabriquer un africain qui soit la complète négation de l’héritage du passé ? Si modernité signifie rupture totale avec notre passé. Il y a là une lacune à combler d’autant que le Chef de l’Etat le Président Abdoulaye WADE a fait appel à Modibo DIARRA pour regrouper les chercheurs et scientifique africains. des textes oraux dans notre système éducatif ? Les ‘’sagesses’’ recueillies sont-t-elles matière à enseignement. Il y a la dimension scientifique dont on parle peu. Culture. notre culture. Nous avons évoqué la Renaissance Africaine mais ce serait une grave erreur que de ne voir que le côté littéraire ou institutionnelle. les scientifiques africains ne 37 sont pas de la fête alors qu’on parle de Renaissance. à fonder un état de droit et le respect des droits de l’homme sans référence aucune à l’acquis historique de l’Afrique. depuis les années 1950 ont ouvert la voie mais les programmes n’ont pas pris en compte les résultats de leurs travaux. Sciences et mathématiques. Cependant une question qui vient à l’esprit est celle-ci : existe-t-il aux sens de ceux qui nous gouvernent une vision prospective qui prend racine dans notre passé. Je sais le combat que nous avons mené ensemble au comité d’orientation du Fesman pour que soit pris en compte la dimension scientifique de la Renaissance Africaine . La question mérite d’être posée quand on voit les dirigeants acharnés à bâtir une démocratie à l’occidental. du sens du consensus ? Qu’en est-il de la valorisation des savoirs locaux ? Nos intellectuels. incapable d’aller de l’avant. On n’en parle même pas. Quand on parle Renaissance c’est un tout : Art. Nous tournerons en rond. J’interpelle ici les Responsables du Fesman.Tombouctou au XVe et XVIe fortement inspirés des traditions aident à pénétrer la pensée et les valeurs. il y a peu de chance que l’Afrique s’engage dans la voie du développement. Qu’en est-il de la promotion de nos langues. Les références et allusions aux valeurs africaines sont une coquetterie finalement de fort mauvais goût. Quelle est la place des Traditions Orales. le développement ne sera pas réalité. Et les langues . Ce n’est pas Monsieur le Recteur qui porterait la contradiction sur ce point. des linguistiques. Si notre avenir ne prend pas racine dans ce passé.

C’est le lieu de rendre hommage au CELHTO à travers Mangone Niang et à 39 Intermedia Consultant à travers Martin Faye dont les propositions concrètes ouvrent de larges perspectives à la charte de Kurukan Fuga Les conférenciers insistèrent sur la nécessité de faire connaître la Charte en la versant dans les programmes scolaires et universitaires. Mais soulignons avec force que nous devons faire nôtres.africaines et l’art africain. d’administration. L’instruction civique doit être fondée sur la charte et d’autres textes.U. Les conférenciers de Bamako dans un rapport final tentèrent de donner des orientations pour l’exploitation de la Charte. La coédition de notre maison d’édition et l’Harmattan a répondu à ces voeux et même donné en annexe des variantes et des textes de même esprit comme le serment des chasseurs. d’économie. Au niveau artistique. une conférence convoquée à Bamako en 2004 a assemblé une pléiade d’intellectuels africains autour du texte de la Charte. quelle place occupe-t-il dans la formation des esprits ? On peut en douter. texte bilingue maninka – français avec un appareil de notes. il a été question d’exploiter le thème de la charte du Mandé.A) dont a hérité l’Union Africaine. Il s’agissait d’échanges autour de ce document unique. Les travaux des universitaires doivent être repris arrangés. CONCLUSION A l’initiative du CELHTO et du Ministère de la Culture du Mali. Il a été proposé la réalisation d’une fresque historique ‘’ . Ces travaux doivent fonder les réflexions des gouvernements quand il s’agit de gouvernance. La Charte va-t-elle subir le sort des Traditions. rendus digestes par les pédagogues pour nos écoles. ils donnèrent des indications pour établir une publication scientifique. ce qui a été fait puisque le CELHTO est le centre de recherche de L’Organisation de l’Unité Africaine (O. La conférence de Bamako a surtout formulé des recommandations pour « une exploitation de la Charte dans le but de renforcer l’unité sous-régionale et aussi pour la coopération internationale ». Ils préconisèrent de déposer le texte de la charte à l’Union Africaine. les sciences et technologies de notre temps. devenir un document figé des archives sonores bientôt simple objet de citations coquettes ? 38 Le travail de refondation dont il est souvent question chez nous doit être basé sur les valeurs que voila.

en Sierra-Léone. l’apport à la promotion des droits humains. Il reste cependant que l’état. à la Nation avec le soutien moral de l’Etat Qu’a-t-on fait depuis la conférence de Bamako ? On a beaucoup parlé de la Charte de Kurukan Fuga. Des groupes sont nés dont l’action en faveur de la gouvernance s’appuie sur Kurukan Fuga. à Dublin a cité des articles de la charte de Kurukan Fuga devant le public européen pour marquer. Mais d’action concrète. en Guinée. Le projet Arto (Archives sonores et ressources documentaires de la tradition orale en Afrique) est entrain d’abattre un travail considérable pour la conservation des documents sonores. modules présentes en parallèles avec l’énoncé correspondant dans la charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Quand verrons-nous les Universités travailler concrètement à la résolution des différents problèmes qui se posent à l’Etat.mettant en relief le contexte et les acteurs de la Charte.org 40 En fin la numérisation de l’oralité enregistrée en Afrique doit être encouragée. au Mali. Ces discours n’ont pas peu contribué à faire connaître notre document dont des exemples ont été déposé au Bureau des Droits de l’Homme à Genève. Ce projet a proposé 9 modules en langues nationales peul et maninka. mandataire de la Coopération Suisse. les gouvernements ne se sentent pas toujours concernés par les travaux des ONG et des Universités. Quelques extraits sonores sont accessibles par Internet sur le site www. volonté affirmée de valoriser le patrimoine culturel. pratique : peu de choses. au Sénégal. Ils ont salué le projet APIC soutenu par l’ONG Intermedia Consultant. Les intellectuels réunis à Bamako ont particulièrement insisté sur l’éducation civique. fresque à présenter en grand spectacle.africa-orale. Le Président Abdoulaye Wade dans ses discours à Genève. Mais ici et là. Somme toute nous attendons des actions fondées sur la volonté politique. on tire partie de la parenté à plaisanterie et des alliances traditionnelles pour 41 . Il faut le déplorer. Qu’ont fait les gouvernements africains ? Le gouvernement Malien a organisé un second colloque à Bamako avec visite du site Kurukan Fuga combiné à une manifestation des chasseurs.

il y a peu de chance que l’Afrique s’engage dans la voie du développement. Il y a la dimension scientifique dont on parle peu. Il y a une mémoire perdue qu’il faut retrouver et faire connaître. incapable d’aller de l’avant. en traduire les leçons en force de progrès pour bâtir notre future. On n’en parle même pas. Que faire ? Découvrir notre passé c’est bien. Ce n’est pas Monsieur le Recteur qui porterait la contradiction sur ce point. DE NOTRE MODERNITE Les élites africaines réussiront-elles le pari de bâtir leur modernité en partant des prémisses de la culture africaine. Les écrits des érudits et autres docteurs et historiens de Tombouctou au XVe et XVIe fortement inspirés des traditions aident à pénétrer la pensée et les valeurs. le développement ne sera pas réalité. Je termine : Beaucoup de discours sur les valeurs africaines . elle constitue une contribution non négligeable de l’Afrique à l’histoire des droits humains et de la démocratie.résoudre les conflits. Dans le royaume du Gabou la gouvernance était fondée sur l’alternance entre les princes des provinces ! Qu’on pense à la naissance et au développement de la Dina au Macina qui met en place un gouvernement théocratique très structuré. Nous avons évoqué la Renaissance Africaine mais ce serait une grave erreur que de ne voir que le côté littéraire ou institutionnelle. La charte de Kurukan Fuga est l’une des valeurs africaines les plus remarquables . Je vous remercie !aux Notables du Fouta Djallon et du Fouta Toro instaurant l’alternance dans la succession à l’imanat. les scientifiques africains ne 37 sont pas de la fête alors qu’on parle de Renaissance. Il y a là une . tout est là . L’école post-indépendance doit elle fabriquer un africain qui soit la complète négation de l’héritage du passé ? Si modernité signifie rupture totale avec notre passé. notre culture. voilà le problème à résoudre. Le Festival des Origines qu’on organise au Sénégal aide à comprendre le passé et tout le parti qu’on peut tirer de certaines traditions culturelles. il faut fonder l’éducation et la formation sur ces valeurs sans oublier la dimension scientifique et technologique de notre temps. Nous tournerons en rond. la transhumance ! Ainsi le travail initié par le CELHTO de Niamey peut avoir un effet catalyseur. Si notre avenir ne prend pas racine dans ce passé. organise les paturages. Je sais le combat que nous avons mené ensemble au comité d’orientation du Fesman pour que soit pris en compte la dimension scientifique de la Renaissance Africaine .

Cependant une question qui vient à l’esprit est celle-ci : existe-t-il aux sens de ceux qui nous gouvernent une vision prospective qui prend racine dans notre passé.lacune à combler d’autant que le Chef de l’Etat le Président Abdoulaye WADE a fait appel à Modibo DIARRA pour regrouper les chercheurs et scientifique africains. Et les langues africaines et l’art africain. quelle place occupe-t-il dans la formation des esprits ? On peut en douter. Qu’en est-il de la promotion de nos langues. rendus digestes par les pédagogues pour nos écoles. il faut fonder l’éducation et la formation sur ces valeurs sans oublier la dimension scientifique et technologique de notre temps. Sciences et mathématiques. des textes oraux dans notre système éducatif ? Les ‘’sagesses’’ recueillies sont-t-elles matière à enseignement. CONCLUSION Beaucoup de discours sur les valeurs africaines . Mais soulignons avec force que nous devons faire nôtres. depuis les années 1950 ont ouvert la voie mais les programmes n’ont pas pris en compte les résultats de leurs travaux. Culture. les sciences et technologies de notre temps. La Charte va-t-elle subir le sort des Traditions. devenir un document figé des archives sonores bientôt simple objet de citations coquettes ? 38 Le travail de refondation dont il est souvent question chez nous doit être basé sur les valeurs que voila. à fonder un état de droit et le respect des droits de l’homme sans référence aucune à l’acquis historique de l’Afrique. des linguistiques. La question mérite d’être posée quand on voit les dirigeants acharnés à bâtir une démocratie à l’occidental. Ces travaux doivent fonder les réflexions des gouvernements quand il s’agit de gouvernance. Quelle est la place des Traditions Orales. Les travaux des universitaires doivent être repris arrangés. J’interpelle ici les Responsables du Fesman. La charte de Kurukan Fuga est l’une des . du sens du consensus ? Qu’en est-il de la valorisation des savoirs locaux ? Nos intellectuels. existe-t-il une perception de la modernité fondée sur nos traditions. d’administration. d’économie. Quand on parle Renaissance c’est un tout : Art. des historiens. Les références et allusions aux valeurs africaines sont une coquetterie finalement de fort mauvais goût.

elle constitue une contribution non négligeable de l’Afrique à l’histoire des droits humains et de la démocratie. tout est là . Que faire ? Découvrir notre passé c’est bien.valeurs africaines les plus remarquables . voilà le problème à résoudre. Je vous remercie ! . en traduire les leçons en force de progrès pour bâtir notre future.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful