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Van Eyck Epoux Arnolfini.

http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/e/eyck_van/jan/15arnolf/index.html

Voir aussi (mais c’est du travail déjà fait.

http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/04/25/les_epoux_arnolfini.html

Sur le site du « Portique », revue philosophique :

http://leportique.revues.org/document554.html

Sur le « giuichet du savoir » un résumé des différentes aproches de ce tableau mystérieux avec quelques liens :

http://www.guichetdusavoir.org/ipb/index.php?showtopic=18223

1. Présentation.

Contexte et attribution.

Van Eyck, né fin XIVe (voir biographie) Ce tableau a été commandé au peintre flamand par un commerçant italien. Van Eyck est un ami d'Arnolfini. Arnolfini = marchand de Lucca (Lucques) en Toscane vivant à Bruges. Spéculateur sur les tapisseries. Ancien maître d'Hôtel du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Il lui fournit des tapisseries, marchand de soieries, prête de l'argent au duc de Bourgogne et Comte de Flandre Philippe le Bon …En 1434 épouse Giovanna Genami fille d'un autre marchand italien installé à Paris et vient mourir à Bruges en 1472. Van Eyck était le valet, le peintre et le confident du duc. L’épouse Giovanna. Van Eyck est un témoin de la scène, ce qui est logique puisque c’est lui qui peint, mais si on regarde dans le miroir, on peut aussi l’apercevoir Il est présent en quelque sorte pour entériner, pour consacrer cet instant, lui donner une valeur légale (il signe son tableau " Van Eyck fut ici "). En fait son travail a comme la valeur d’un document civil, c’est une sorte de protocole visuel. Technique. Si Van Eyck n'a pas été l'inventeur de la peinture à l'huile, il en a été son premier utilisateur majeur. En effet, la technique a tempera (à la détempre) sèche vite, donc ne permet pas de revenir sur l’ouvrage et de travailler par petites touches de plus en plus menues. D’autre part, si l’oeuf est remplacé par l’huile, on pourra obtenir des couleurs plus transparentes, permettant de travailler par touches superposées, et d'ajouter des touches de lumières au bout de son pinceau.

1. Affirmation du bourgeois, affirmation de l’artiste Ce tableau illustre les liens qui existent entre l'Italie et la Flandre (commerce), ainsi que le prestige des portraitistes flamands. En même temps, il est symbolique de la montée de la bourgeoisie italienne et de son goût pour les arts. Celle-ci est très intéressée par la peinture flamande et achète beaucoup de tableaux dans le Nord. Ici, on pourrait être surpris par le caractère intimiste du portrait, dans une région où la peinture d’autel est le genre le plus important. Cela s’explique par la nationalité du commanditaire, originaire d’une région d’Europe où l’habitude du portrait est plus ancienne (individualisme). Van Eyck a d'ailleurs réalisé un autre portrait d'Arnolfini. Il s’agit d’immortaliser des fiançailles. Pour certains c’est un mariage :

- Arnolfini a levé la main droite comme pour donner sa bénédiction. Il se tourne vers le spectateur sans le regarder véritablement. Sa femme semble soumise et timide. Est-elle enceinte ou alors a- t-elle simplement relevé le bas de son ample vêtement dans un geste rituel qui est une promesse morale de fertilité ? -il est à noter que le marchand est près de la fenêtre, donc de la vie active (monde des affaires), alors que la fiancée se trouve près de l’alcôve (foyer familial) C’est un moment essentiel dans l’histoire de la création. Le peintre passe en quelque sorte de la position de l’artisan anonyme à celle d’artiste revendiquant son travail, sa place dans la société.

2. Composition : Une révolution picturale A sa manière cette peinture est aussi révolutionnaire qu' une oeuvre de Masaccio. Un coin de monde réel se trouve fixé sur le panneau. Grand réalisme du détail :

Les personnages sont représentés dans leur cadre habituel. Portrait en pied dans un intérieur richement meublé (pièce bourgeoise avec parquet arrangé par Van Eyck en chambre des mariages ou thalamus). Ce tableau est aussi un inventaire d'objets : riche texture et luminosité des textiles (l’homme est recouvert d’un chapeau à la mode du siècle, porte robe de velours et de fourrure d’une valeur de 200 pièces d’or). Le bois, le métal, le verre, l’étoffe, la fourrure, la chevelure, la dentelle, tout est décrit avec une extrême minutie, pour susciter des impressions tactiles. Naturalisme méticuleux et douce lumière du nord qui passe par la fenêtre. Annonce vraiment la peinture flamande des siècles suivants. Dans son désir de représenter la réalité, Van Eyck doit renoncer aux lignes courbes du gothique international. Il obtient l'illusion de la réalité, non pas comme ses contemporains du sud avec une précision quasi scientifique, avec des lignes de perspectives, mais par une addition minutieuse de détails. A la sortie la somme aboutit à la réalité. Donc comme un miroir (si on fait le compte, deux au total). " toute oeuvre qui excelle dans le rendu des belles matières, des fleurs, des bijoux, des tissus est le fait d'un artiste du nord, alors que perspective nette, contours audacieux, exprimant la beauté du corps humain est l'oeuvre d'un artiste du nord" Gombrich. Les italiens conçoivent l’espace a priori, ce qui n’est pas le cas des flamands. A un espace géométrique, ils opposent un espace optique. Il n’y a pas une beauté idéale, mais des beautés exemplaires qui apparaissent comme telles non pas en fonction de la perfection de la représentation, mais en fonction de la cohérence du discours. Pour réussir, il faut une perfection picturale. Effet de profondeur dû à la composition générale, accentué par le reflet du miroir. Le miroir nous dévoile deux témoins. L’espace extérieur se reflète à l’intérieur de l’espace pictural. Ce qui est important ici, c'est la quasi frontalité du travail. Jusqu'alors, les individus apparaissent surtout de profil. Symétrie de la toile avec l’axe central du lustre, des deux mains et du chien.

3. Interprétation : Une symbolique encore chrétienne On trouve dans le tableau des références aux deux testaments Pour l’Ancien Testament :

- Le chien est symbole de la fidélité des époux.

- L'alcôve rouge fait référence à certains passages du Cantique des Cantiques et représente la chambre nuptiale. Les sandales en liège que le fiancé a ôté :

- peuvent faire penser à un passage de Moïse (Exode 3,5) : "ôte les chaussures de tes pieds, car

le lieu où tu te tiens est une terre sainte").

- mais aussi font référence à l'ancienne coutume d’Israël faisant du don de sa sandale un élément

nécessaire à la validation du contrat (Ruth 4,7) : " autrefois en Israël, pour valider une affaire quelconque relative à un achat ou à un échange, l’un ôtait son soulier et le donnait à l’autre: cela servait de témoignage en Israël. " Les pommes posées sur la table doivent rappeler le pêché du paradis (mise en garde contre un comportement coupable, c’est à dire l’infidélité). La verge pendue. Le mot de vierge (virgo) est proche de virga (verge). En même temps, c’est la verge de vie, c'est à dire un signe de fertilité, de force, de santé, avec laquelle la femme était rituellement battue afin que le couple ait beaucoup d'enfants. Pour le Nouveau Testament :

Autour du miroir, on peut voir 10 scènes de la Passion. C’est un miroir sans tache qui fait référence à la pureté de Marie et par là même à celle de la mariée. La bougie qui brûle :

- fait penser à l'annonce faite à Marie, mais peut aussi symboliser la présence du Christ.

- peut aussi être la chandelle du mariage et symboliser l’ardeur des nouveaux mariés. La petite statue sculptée du dossier de la chaise est Sainte-Marguerite qui préside aux mariages Au total, tous les objets célèbrent le sacrement du mariage : présence divine et fidélité conjugale. On notera que la lecture symbolique des tableaux ne devait pas être accessible à tout le monde. Il est vrai que les flamands sont peu sensibles aux expérimentations italiennes. Le néoplatonisme les touche moins que leur symbolique encore gothique.

CCL

Réalisme et naturalisme flamands sont au service d'une symbolique encore médiévale. Donc à la fois un double portrait et une glorification du sacrement du mariage. Rompt les frontières entre art profane et art sacré.

Van Eyck s’affirme ici comme un des grands maîtres de la peinture flamande du XVe. Affirmation de la bourgeoisie marchande -> essor du portrait (en Italie aussi surtout dans les cours princières).