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Guide d’utilisation du béton en site maritime

techniques maritimes et fluviales G uide d’utilisation du béton en site maritime Notice n° PM 08-01
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Notice n° PM 08-01 Avril 2008

techniques maritimes et fluviales G uide d’utilisation du béton en site maritime Notice n° PM 08-01

Guide d’utilisation du béton en site maritime

Centre Etudes Techniques Maritimes Et Fluviales

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

AVANT-PROPOS

Le présent document est un guide sur l’utilisation du béton dans les ouvrages maritimes. Sans se substituer aux normes et règlements existants, il a pour objectif d’apporter des informations pratiques afin de faciliter la formulation du béton la plus appropriée pour la réalisation d’un ouvrage fonctionnel, économique et durable dans un environnement maritime. Il rappelle également les règles de l’art principales relatives à la mise en œuvre, au contrôle de la fabrication et de la mise en oeuvre du béton et à la gestion de l’entretien des ouvrages en béton.

Il s’adresse essentiellement aux maîtres d’œuvre qui ont à préparer un projet d’ouvrage en béton dans un environnement maritime, mais aussi à tous les acteurs de la construction dans les ports et sur le littoral maritime en France métropolitaine et outre-mer. Ce document traite donc du matériau béton essentiellement pour les ouvrages intérieurs aux ports maritimes, mais il peut aussi s’appliquer aux ouvrages de protection des ports, aux ouvrages de protection du littoral et aux établissements de signalisation maritime.

La rédaction du guide a été confiée principalement aux CETE du Sud-Ouest et de l’Ouest, du fait notamment de leur expérience dans les travaux maritimes. En 2004, la nouvelle Equipe de Recherche Associée au CETMEF du CETE de l’Ouest et basée à Saint-Brieuc a été chargée de rédiger la version finale tenant compte de la nouvelle norme NF EN 206-1. La rédaction définitive intègre donc les dernières évolutions normatives et réglementaires, en particulier le nouveau fascicule 65 du cahier des clauses techniques générales des marchés publics de travaux approuvé par arrêté du 06 mars 2008.

Le directeur du CETMEF

des marchés publics de trava ux approuvé par arrêté du 06 mars 2008. Le directeur du

Geoffroy CAUDE

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COMITÉ DE RÉDACTION ET DE RELECTURE

La rédaction de ce document a été assurée par :

Benoît THAUVIN

Michel MENGUY

Ont participé à son élaboration :

Abasse ABDALLAH

Véronique BAROGHEL-BOUNY

Pierre BERGA

Philippe CHUBILEAU

Gérard DELALANDE

Jean-Marie GEOFFRAY

Gilbert GRIMALDI

Patrick GUIRAUD

Aldéric HAUCHECORNE

Pascal LEBRETON

Alain LE MEHAUTE

Gilles LE MESTRE

Manuel LE MOINE

Robert LE ROY

Christian NAVECH

Jean-Luc PERSON

Karim OUNOUGHI

Denis ROUANET

Jean-Jacques TRICHET

Nicolas ROUXEL

CETE de l’Ouest LRPC de Saint Brieuc CETE de l’Ouest LRPC de Saint Brieuc

DE 976 LCPC LRPC de Bordeaux Service Navigation de la Seine LRPC d’Angers LRPC de Clermont-Ferrand CETMEF CIMBéton CETMEF CETMEF LRPC de Saint-Brieuc LRPC de Saint-Brieuc DIR Nord-Ouest LCPC LRPC de Bordeaux Port Autonome de Marseille LRPC de Bordeaux Conseil Général des Alpes-Maritimes CETMEF LRPC de Saint Brieuc

Des professionnels du ciment et du béton ont également été consultés :

l’ATILH (Association Technique de l’Industrie des Liants Hydrauliques)

le CERIB ( Centre d’Etudes et de Recherches de l’Industrie du Béton)

le CIMbéton (Centre d’information sur le ciment et ses applications)

le FIB ( Fédération de l’Industrie du Béton)

le SNBPE (Syndicat National du Béton Prêt à l’Emploi)

le SNPB ( Syndicat National du Pompage du Béton)

Relecteurs :

Jean-Claude BASTET

Pierre BERGA

Guillaume DE VAUX

Yannick FAGON

Christian FAUVEL

Pascal GILLERON

Bruno GODART

Gérard KITTEL

Sébastien L’HERMITE

Nicolas MENARD

Etienne NAUDE

Nicolas ROUXEL

Didier SEHIER

LRPC d’Aix-en-Provence LRPC Bordeaux DTM Brest DDE 29 DDE 35 LRPC Rouen LCPC LRPC Lille Port Autonome de Nantes-Saint-Nazaire Port Autonome de Nantes-Saint-Nazaire Port Autonome de Bordeaux LRPC Saint-Brieuc DDE 56

Le CETMEF les remercie tous pour leur contribution à cet ouvrage.

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Chapitre 1 Introduction générale

SOMMAIRE

1. INTRODUCTION GÉNÉRALE

7

1.1 Champ d’application du guide

7

1.2 Objectif du guide

8

1.3 Contenu, articulation des chapitres

8

1.4 Qu’est-ce que le béton ?

9

1.4.1 Les ciments

9

1.4.2 Les

granulats

13

1.4.3 Les

additions

15

1.4.4 Les adjuvants

17

1.4.5 Les ajouts

17

1.4.6 L’eau de gâchage

18

2. SPECIFICITES DES OUVRAGES EN BETON EN ENVIRONNEMENT

MARITIME

19

2.1 Typologie des ouvrages

19

2.2 Construction

20

2.3 Agressivité du milieu

21

3.

2.3.1 Généralités

22

2.3.2 Attaques externes sur le béton seul

23

2.3.3 Attaques internes du béton

24

2.3.4 Cycles de gel-dégel

26

2.3.5 Corrosion des armatures

27

2.3.6 Bilan des attaques du béton pour un ouvrage maritime

28

BETON EN SITE MARITIME, EXIGENCES ET SPECIFICATIONS

30

3.1 Exigences performantielles

30

3.1.1 Résistance mécanique

30

3.1.2 Exigences esthétiques

34

3.1.3 Ouvrabilité

35

3.1.4 Exigences de durabilité

38

3.2 Référentiel technique

42

3.3 Stipulations

42

3.3.1 Généralités

42

3.3.2 Durée d'utilisation du projet

45

3.3.3 Types de béton

45

3.3.4 Classes

d'exposition

46

3.3.5 Classes de teneur en chlorures

50

3.3.6 Spécifications principales pour la composition et les propriétés du béton

52

3.3.7 Prévention contre les risques d'alcali-réaction

56

3.3.8 Prévention contre les risques de réaction sulfatique interne

58

3.3.9 Enrobage des armatures

62

3.3.10 Autres spécifications

67

3.4 Durabilité et approche performantielle

71

3.4.1 Les

indicateurs

de durabilité

72

3.4.2 Les témoins de durée de vie

73

3.5 Bétons aux nouvelles performances

75

3.5.1 Bétons

autoplaçants (BAP)

75

3.5.2 Bétons Hautes Performances (BHP)

76

3.5.3 Bétons

fibrés

77

3.5.4 BFUP 78

78

78

3.5.5 Produits spéciaux

3.6 Armatures en acier inoxydable

3.6.1 Nuances d’acier inoxydable

79

3.6.2 Avantages et inconvénients

79

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Chapitre 1 Introduction générale

4. MISE EN ŒUVRE DU BETON

4.1 Structures coulées en place

81

81

4.1.1 Fabrication du béton

81

4.1.2 Transport du béton

82

4.1.3 Matériels couramment utilisés pour le transport du béton

84

4.1.4 Cas spécifique du béton coulé sous l'eau

85

4.1.5 Dispositions constructives

88

4.2 Préfabrication

89

4.2.1 Fabrication des éléments en béton

89

4.2.2 Transport et stockage

91

4.2.3 Blocs de défenses préfabriqués

91

4.3 Environnement

91

4.3.1 Aspect législatif

91

4.3.2 Mesures de protection du milieu

91

5. CONTRÔLE DE LA QUALITE

93

93

5.2 Exigences du Dossier de Consultation des Entreprises 93

5.1 Démarche

5.3 Analyse des offres 95

95

5.4 Contrôle extérieur

5.4.1 Analyse des plans d'assurance qualité (PAQ)

95

5.4.2 Vérification du contrôle intérieur

96

5.4.3 Epreuves

97

6. GESTION DES OUVRAGES

101

6.1 Dispositions constructives

101

6.2 Surveillance

101

6.2.1 Généralités

101

6.2.2 Dossier d'ouvrage

101

6.2.3 Surveillance continue de l'ouvrage

102

6.2.4 Visites

102

6.2.5 Inspections détaillées

102

6.3 Suivi des paramètres de durabilité du béton

103

6.3.1 Généralités

103

6.3.2 Méthodologie

103

7. APPLICATION

107

ANNEXES

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Chapitre 1 Introduction générale

1. INTRODUCTION GÉNÉRALE

L’agressivité très importante et les contraintes spécifiques de l’environnement marin ont motivé la rédaction de ce « Guide d’utilisation du béton dans les ouvrages maritimes ».

Ce guide répond à plusieurs critères :

Il est consacré aux travaux en site maritime : il s’applique aux ouvrages portuaires et maritimes et aborde donc les contraintes spécifiques de l’environnement marin. Il prend en compte les textes réglementaires les plus récents, notamment les dernières évolutions normatives. Il évoque les dernières évolutions techniques notamment concernant l’amélioration des performances des bétons. Il est opérationnel et nourrit l’ambition de répondre aux préoccupations en matière de rédaction des cahiers des charges relatifs à la formulation du béton, à sa fabrication, à sa mise en œuvre et au contrôle de sa qualité. Il se veut pédagogique : au fil du texte des rappels de notions de béton permettent au lecteur de compléter ses connaissances et de mieux appréhender les conseils et les recommandations. Enfin, il ambitionne d’être convivial grâce à de nombreuses illustrations et à des fiches pratiques.

1.1 CHAMP D’APPLICATION DU GUIDE

Ce document s’adresse d’une façon générale aux maîtres d’ouvrages, aux maîtres d’œuvres, aux gestionnaires mais aussi aux laboratoires ayant à traiter des problèmes liés à l’utilisation du béton en milieu maritime. Le guide intéresse les ouvrages situés en métropole mais également dans les DOM-TOM.

Il s’applique au béton non armé (NA), armé (BA) et précontraint (BP) utilisé pour la construction d’ouvrages en site maritime (ouvrages à l’intérieur ou à l’extérieur des zones abritées des ports maritimes) tels que les appontements, les quais, les digues, les ouvrages de soutènement, les ouvrages mobiles, les passerelles et les ouvrages de construction et de réparation navales.

Le guide s’applique au béton coulé en place, qu’il soit fabriqué en centrale de Béton Prêt à l’Emploi (BPE) ou en centrale de chantier. Il s’applique aussi au béton préfabriqué, que ce soit en usine, dans des installations portuaires comme des formes de radoub ou sur des aires spécialement aménagées sur le chantier.

Le guide ne traite pas spécifiquement:

- du béton destiné aux ouvrages d’art routiers proches de la mer mais situés en dehors des ports maritimes, - du béton dans le cadre de l’entretien et des réparations des ouvrages, - du béton projeté qui est un béton spécifique utilisé principalement en réparation et en confortement.

En outre, pour les ouvrages en site fluvial, on pourra se reporter au guide publié par le CETMEF et VNF [35] intitulé « Le béton dans les ouvrages fluviaux » paru en décembre 1999.

Enfin, pour les ouvrages en béton précontraint, le lecteur pourra également se reporter au guide publié par le CETMEF « Utilisation du béton précontraint en site aquatique – Eléments de réflexion » [42].

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Chapitre 1 Introduction générale

1.2 OBJECTIF DU GUIDE

Le présent guide a pour objectif principal d’apporter des informations pratiques afin de faciliter le choix du béton le plus approprié pour la réalisation d’un ouvrage maritime économique et durable.

Il doit permettre :

au maître d’ouvrage : de définir son programme en matière de béton (durée d’utilisation du projet, exigences esthétiques, contraintes techniques et environnementales, niveau de service de l’ouvrage,…) ;

au maître d’œuvre : de définir les stipulations du cahier des charges en matière de formulation, de fabrication, de mise en œuvre et de contrôle de la qualité du béton ;

à l’exploitant : d’être sensibilisé à la problématique du béton notamment concernant les agressions spécifiques à l’environnement marin et aux pathologies éventuelles correspondantes, de prendre en compte la notion de durabilité afin d’optimiser les coûts d’entretien et de maintenance et de minimiser les gênes pour l’exploitation,

au professionnel de laboratoire : de conseiller et d’assister le maître d’œuvre et l’exploitant.

1.3 CONTENU, ARTICULATION DES CHAPITRES

Le guide s’articule autour de sept chapitres. Ces chapitres suivent le cheminement des problématiques rencontrées et des besoins pour définir, formuler, fabriquer,mettre en oeuvre et contrôler un béton qui soit :

adapté à l’ouvrage concerné (type d’ouvrage, mode de construction, durée d’utilisation du projet), adapté à sa technique de mise en œuvre durant la phase de construction,

performant et durable durant la vie de l’ouvrage (performance mécanique et résistance aux actions de l’environnement).

Le chapitre 2 « Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime » présente le contexte et la problématique de la construction des ouvrages en béton en milieu portuaire et plus largement maritime. Sont abordées les spécificités liées à la typologie des ouvrages, à la phase de construction et aux agressions de l’environnement marin.

Le chapitre 3 « Les bétons en site maritime » permet de définir le béton. A partir des éléments de contexte présentés au chapitre 2, ce chapitre décrit les exigences (mécaniques, d’ouvrabilité, esthétiques, de durabilité) que devra satisfaire le béton. Il présente ensuite le référentiel technique (normes, règlements, guides techniques) et les spécifications qui permettront au maître d’ouvrage et au maître d’œuvre de définir et prescrire un béton répondant aux exigences précédemment évoquées. Le chapitre se termine par une présentation sur des bétons spéciaux ou innovants qui, par certaines de leurs caractéristiques et de leurs propriétés, présentent des avantages pour la construction en site maritime.

Après avoir prescrit le béton au chapitre 3, le chapitre 4 « Mise en œuvre » décrit les différentes techniques de mise en œuvre, les modalités de fabrication, de transport, de coulage,…et en précise les précautions à prendre à chacune de ces étapes.

Il donne également les règles de l’art et les précautions à prendre afin de préserver le milieu aquatique.

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Chapitre 1 Introduction générale

Le chapitre 5 « Contrôle de la qualité » a pour objectif de définir les modalités d’organisation et le contenu du contrôle de la qualité en phase d’exécution. Ce contrôle est fondamental. Le guide permet d’une part au maître d’œuvre de rédiger son cahier des clauses techniques particulières (CCTP) en matière de contrôle de la qualité et d’autre part au laboratoire d’assister le maître d’œuvre et de proposer un plan de contrôle adapté.

Le chapitre 6 « Gestion des ouvrages » donne des pistes pour une gestion organisée et optimisée d’un patrimoine d’ouvrages maritimes en béton et décrit les précautions d’entretien à prévoir.

Le chapitre 7 « Applications » est un outil directement opérationnel pour le maître d’œuvre. Il est constitué d’un lot de fiches pratiques. Pour chaque type d’ouvrage, les fiches pratiques présentent sous forme synthétique les spécifications adaptées à l’ouvrage en fonction de la zone d’exposition, les techniques de mise en œuvre et les contrôles correspondants.

1.4 QU’EST-CE QUE LE BETON ?

Facile à mouler et compatible avec l’acier, le béton est le matériau de construction le plus largement utilisé. Il permet de réaliser des portées importantes et des formes complexes.

C’est pour l’essentiel un mélange de grains minéraux de dimensions variables et d’eau. Certains minéraux, appelés granulats, sont inertes. D’autres, les liants, réagissent avec l’eau en formant une pâte qui fait prise et qui durcit dans l’air ou sous l’eau en donnant naissance à un matériau composite de hautes performances.

Il peut être utilisé tel quel ou renforcé par des armatures. On parle alors de béton armé, précontraint, fibré,… Des constituants complémentaires comme les adjuvants sont incorporés à faible dose dans le mélange. Ils ont pour action de provoquer les modifications recherchées de ses propriétés à l’état frais ou durci.

Le béton se présente donc sous deux états physiques successifs : tout d’abord sous la forme d’un mélange plus ou moins liquide, le béton frais, puis progressivement sous la forme d’un matériau solide, sorte de pierre artificielle, le béton durci. Le premier état permet la mise en place du béton dans son contenant (coffrage, moule). Cette faculté d’ouvrabilité est caractérisée par la consistance. Le deuxième constitue le produit fini. Proposé sous la forme et l’aspect souhaités, il doit notamment fournir les résistances mécaniques exigées tout en assurant la durabilité.

On considère qu’un béton est durable s’il conserve aussi longtemps que nécessaire (durée d’utilisation du projet), à la fois son intégrité structurelle et les qualités requises.

Cette faculté est mise à l’épreuve par les contraintes d’exploitation des ouvrages, mais aussi par les diverses agressions de l’environnement ambiant. Dans le présent document, on traitera les spécificités des ouvrages construits en site maritime, milieu particulièrement sévère qui impose de prendre des dispositions adaptées.

1.4.1 Les ciments

Les ciments sont des liants hydrauliques (par opposition aux liants hydrocarbonés). Cela signifie qu’ils ont la capacité de former en présence d’eau une pâte qui durcit même en l’absence d’air comme, par exemple, sous l’eau. Ils sont constitués de silicates et d’aluminates anhydres. En présence d’eau, ces éléments s’hydratent et forment par cristallisation des produits plus stables ce qui provoque la prise du ciment.

Les ciments Portland résultent du broyage du clinker, produit obtenu après la cuisson à haute température d’un mélange de calcaire et d’argile (et d’éventuelles additions comme le gypse).

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Chapitre 1 Introduction générale

1.4.1.1 Caractéristiques normalisées des ciments courants

Les ciments courants sont couverts par la norme NF EN 197-1 de février 2001 qui spécifie la composition, les exigences et les critères de conformité. Les ciments conformes à cette norme, gâchés et mélangés avec des granulats et de l’eau de façon appropriée, doivent conserver au béton une ouvrabilité pendant quelques heures afin de permettre son transport et sa mise en œuvre, et après des périodes prédéterminées, atteindre des niveaux de résistance fixés par le cahier des charges.

1.4.1.1.1 Types de ciments

Les ciments courants sont divisés en cinq types principaux :

Ciment Portland,

Ciment Portland composé,

Ciment de haut fourneau,

CEM IV Ciment pouzzolanique,

CEM V

On distingue plusieurs ciments appartenant au même type principal grâce à l’association des lettres suivantes : A, B ou C pour le clinker (selon la proportion), S pour le laitier de haut fourneau, D pour la fumée de silice, P pour la pouzzolane naturelle, Q pour la pouzzolane naturelle calcinée, V pour les cendres volantes siliceuses, W pour les cendres volantes calciques, L ou LL pour le calcaire suivant la teneur totale en carbone organique.

CEM I

CEM II

CEM III

Ciment composé (au laitier et aux cendres).

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Chapitre 1 Introduction générale

1.4.1.1.2 Composition Constituants principaux Ciment Portland CEM I 100 6 94 CEM II / A
1.4.1.1.2
Composition
Constituants principaux
Ciment Portland
CEM I
100
6
94
CEM II / A
20
80
Ciments Portland composés
21
79
CEM II / B
35
65
36
64
CEM III / A
65
35
34
66
Ciment de haut fourneau
CEM III / B
80
20
81
19
CEM III / C
95
5
11
89
CEM IV / A
35
65
Ciment pouzzolanique
36
64
CEM IV / B
55
45
18
18
64
CEM V / A
30 30
40
Ciment composé
31 31
38
CEM V / B
50
50
20
Clinker

Autre constituant principal (laitier, fumée de silice, pouzzolanes, cendres volantes, schiste calciné, calcaire)

Laitier de haut fourneau

Fumée de silice, pouzzolanes, cendres volantes

Pouzzolanes, cendres volantes siliceuses

Les ciments CEM II, III, IV et V sont associés aux lettres « A » et « B » (le CEM III est aussi associé à la lettre « C ») qui correspondent à une proportion plus ou moins importante de clinker. Comme l’illustre le tableau ci-dessus, un ciment désigné avec la lettre « A » contiendra davantage de clinker qu’un ciment désigné avec la lettre « B » et, a fortiori, qu’un ciment « C ». Un ciment de type « B » contiendra donc plus de constituants principaux autres que le clinker (laitier de haut fourneau, fumée de silice, pouzzolanes, cendres volantes, schiste calciné, calcaire) qu’un ciment de type « A ».

On pourra également noter que la proportion de laitier de haut fourneau (dans les ciments CEM III et CEM V) peut être relativement importante (jusqu’à 95 % dans le CEM III/C) alors que les autres constituants principaux sont généralement présents dans une moindre mesure (jusqu’à 35 % dans la plupart des cas, jusqu’à 55 % pour certains ciments).

1.4.1.1.3 Désignation normalisée

Les ciments sont désignés en particulier par leur type et par un nombre indiquant la classe de résistance à la compression (valeur exprimée en MPa). Le type du ciment a été décrit au paragraphe 1.4.1.1.1

La classe de résistance est notée « N » si le ciment a une classe de résistance à court terme ordinaire et « R » si sa classe de résistance à court terme est élevée. La résistance à court terme d’un ciment est une résistance en rupture à la compression et doit être déterminée conformément à la norme NF EN 196-1, après deux ou sept jours.

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Chapitre 1 Introduction générale

Par exemple un ciment Portland composé contenant au total une quantité de laitier granulé de haut fourneau (S), de cendres volantes siliceuses (V) et de calcaire (L) comprise entre 6 et 20 % en masse, appartenant à la classe de résistance 32,5, et présentant une résistance à court terme élevée, est identifié par :

Ciment Portland composé NF EN 197-1 CEM II/A-M (S-V-L) 32,5 R CE

1.4.1.2 Ciments courants à caractéristiques complémentaires normalisées

Pour les travaux à la mer, certaines propriétés complémentaires des ciments peuvent être requises. Elles font l’objet de normes spécifiques.

1.4.1.2.1 Ciments pour travaux à la mer (PM) NF P 15-317

Les ciments n’ont pas tous la même capacité à résister aux agressions chimiques liées à l’exposition à l’eau de mer. L’emploi de ciments présentant des caractéristiques adaptées de résistance à ces agressions est donc indispensable. Ces ciments présentent des teneurs limitées en aluminate tricalcique (C 3 A) qui leur permettent de conférer au béton une résistance accrue à l’agression des ions sulfate en présence d’ions chlorure, au cours de la prise et tout au long de la vie de l’ouvrage.

Ces ciments comportent la mention PM sur l’emballage et le bon de livraison.

1.4.1.2.2 Ciments pour travaux en eaux à haute teneur en sulfates (ES) XP P 15-319

Les eaux séléniteuses constituent un milieu particulièrement agressif, qui nécessite l’emploi de ciments spécifiques. Ces ciments pour travaux en eaux à haute teneur en sulfates présentent des teneurs en aluminates tricalcique (C 3 A) qui leur permettent de conférer au béton une résistance accrue à l’agression des ions sulfate au cours de la prise et tout au long de la vie de l’ouvrage. Ces ciments comportent la mention ES sur l’emballage et le bon de livraison.

1.4.1.2.3 Ciments à teneur en sulfures limitée (CP) NF P 15-318

Ces ciments ont une teneur en sulfures inférieure à une valeur donnée. La norme prévoit deux classes notées CP1 et CP2. Ils sont destinés aux ouvrages en béton précontraint. Ils comportent la mention CP sur l’emballage et le bon de livraison.

1.4.1.3 Autres ciments

D’autres types de ciments existent. Ils diffèrent des ciments courants (CEM I à V) par leur composition et certaines de leurs propriétés. Il s’agit notamment du ciment d’aluminates de calcium (anciennement ciment alumineux fondu, NF P 15-315) et du ciment prompt naturel dont les caractéristiques peuvent être utiles pour certains travaux à la mer.

1.4.1.3.1 Ciment d’aluminates de calcium (EN 14647)

Tout en ayant un temps de prise normal, ce ciment se distingue par sa capacité à développer, en béton, de hautes résistances mécaniques à très court terme : 30 MPa à six heures.

Son hydratation ne donne pas lieu à la formation d’hydroxyde de calcium, ce qui confère au béton une bonne tenue aux eaux pures, aux eaux sulfatées et à l’eau de mer.

Ces deux caractéristiques en font un ciment très bien adapté pour les travaux en environnement marin. A la bonne durabilité des bétons confectionnés avec ce ciment, il offre en plus la possibilité de réaliser certains travaux entre deux marées hautes et permet des remises en service rapides, ce qui est difficile avec les ciments courants.

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Chapitre 1 Introduction générale

Sa durabilité en milieu maritime est attestée par plusieurs réalisations qui, soixante-dix ans plus tard, étaient en parfait état. On peut notamment citer un quai sur le port d’Halifax en 1930 au Canada et le Montrose Bridge en 1930 en Ecosse.

Toutefois, son coût relativement élevé en limite l’utilisation. L’emploi du ciment alumineux fondu nécessite de plus certaines précautions regroupées dans la norme P 15-316 « Emploi du ciment alumineux fondu en éléments de structure ». En particulier, il est impératif de respecter les deux règles suivantes :

le rapport eau totale/ciment (E/C) doit toujours être inférieur ou égal à 0,40 ;

le dosage en ciment ne doit jamais être inférieur à 400 kg/m 3 .

1.4.1.3.2 Ciment prompt naturel (NF P 15-314)

Les constituants de ce ciment lui confèrent des propriétés particulières de prise et de durcissement rapides, de quelques minutes à une demi heure, et de résistance aux acides, aux sulfates et à l’eau de mer. Le ciment prompt naturel est agréé « Prise Mer » (norme NF P 15-317).

Les résistances en compression sont faibles à court terme (minimum garanti de 19 MPa à 28 jours) mais progressent pendant plusieurs années, avec la compacité du béton, assurant ainsi une bonne durabilité.

En pratique, ce ciment, peu utilisé pour les bétons de structure, a des propriétés très intéressantes pour les travaux urgents : colmatage de fissures, aveuglement de voies d’eau, scellement, calfatage, travaux entre marées, enduits imperméables.

La formulation d’un béton de ciment prompt diffère peu de celle des bétons courants. La modulation du temps de prise s’effectue par ajout d’acide citrique (les retardateurs pour ciment Portland ne sont pas efficaces avec ce ciment). Le dosage en ciment est compris entre 500 et 600 kg/m 3 .

Pour les travaux de scellement et de calage, il est souhaitable de lui préférer des produits prêts à l’emploi admis à la marque NF-Produits spéciaux pour les constructions en béton hydraulique.

1.4.2 Les granulats

Le granulat est constitué d’un ensemble de grains minéraux qui, selon leurs dimensions (comprise entre 0 et 125 mm), se situe dans l’une des familles suivantes :

- fillers,

- sablons,

- sables,

- graves,

- gravillons,

- ballast,

- enrochements.

Les granulats sont obtenus en exploitant des gisements de sable et de gravier d’origine alluvionnaire, terrestre ou maritime, en concassant des roches massives, ou encore par le recyclage de produits tels que les matériaux de démolition .

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Chapitre 1 Introduction générale

La nature minérale des granulats est un critère fondamental pour leur emploi, chaque roche possédant des caractéristiques spécifiques en terme de résistance mécanique, de tenue au gel et de propriétés physico-chimiques. Les granulats les plus usuels pour la fabrication des mortiers et des bétons sont élaborés à partir de matériaux d’origine alluvionnaire (granulats roulés ou concassés) ou à partir de roches massives (granulats concassés). La taille d’un granulat répond à des critères granulométriques précis. Les granulats sont classés en fonction de leur granularité (distribution dimensionnelle des grains) déterminée par analyse granulométrique à l’aide de tamis ou d’un vidéogranulomètre.

Le granulat est désigné par le couple d/D avec :

d : dimension inférieure du granulat, D : dimension supérieure du granulat.

Granulats les plus courants en travaux maritimes

Familles

Dimensions

 

Caractéristiques

Fillers

0/D

D

< 2 mm avec au moins

85 % de passant à 1,25 mm

et

70 % de passant à 0,063 mm

Sables

0/D

d

= 0 et D 4 mm

Graves

0/D

D

6,3 mm

Gravillon

d/D

d

2 mm et D 63 mm

s

 

Ballasts

d/D

d

= 31,5 mm et D = 50 ou 63 mm

Les intervalles d/D et 0/D sont appelés classes granulaires.

Les granulats doivent être conformes à des normes. Ils constituent le squelette du béton. La régularité de leurs caractéristiques conditionne donc celles du béton. Les granulats pour bétons font l’objet de deux principales normes de référence.

La norme NF EN 12620 - Granulats pour béton

Cette norme définit des catégories pour chaque caractéristique des granulats et des fillers utilisés dans la fabrication du béton. Elle spécifie les caractéristiques (physiques et chimiques) relatives à l’évaluation de la conformité des granulats et au système de maîtrise de la production.

La norme XP P 18-545 Granulats : éléments de définition, conformité et codification

Cette norme définit les règles générales permettant d’effectuer les contrôles des granulats. Elle regroupe en codes les catégories définies dans la norme NF EN 12620 pour les divers usages possibles. Dans son article 10, « Granulats pour bétons hydrauliques et mortiers », cette norme précise les spécifications sur les granulats destinés à constituer des bétons.

Leurs principales caractéristiques sont repérées par des codes A, B, C ou D. Cette norme définit à l’aide de cette codification les valeurs des spécifications adaptées à certains types d’ouvrage.

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Page 14

Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 1 Introduction générale

1.4.3 Les additions

Les additions sont définies dans la norme NF EN 206-1 « Béton. Partie 1 : Spécification, performances, production, et conformité » d’avril 2004. Une addition est un « matériau minéral finement divisé et pouvant être ajouté au béton afin d’améliorer certaines de ses propriétés ou pour lui conférer des propriétés particulières ».

Les additions ont deux modes d’action :

un effet sur la granulométrie, dit également « effet filler », qui est un remplissage par les éléments les plus fins (additions) des vides laissés par les éléments les plus gros (sables),

et, éventuellement, une contribution directe à la résistance par la formation d’hydrates, en général à long terme.

Les additions pouzzolaniques (cendres volantes, fumées de silices…) ont la capacité de se combiner avec la chaux libérée par le ciment pour former des silicates de calcium hydratés. Les laitiers sont activés par le ciment mais présentent une hydraulicité qui leur est propre. Enfin, les fillers calcaires peuvent produire, par l’action des aluminates du ciment, des hydrates d’un autre type (carbo- aluminates). Par ailleurs, ils accélèrent l’hydratation du ciment Portland.

Les éléments fins (de taille inférieure à 80 μm) contenus dans le béton ont une influence bénéfique sur la limitation du ressuage, la cohésion du béton à l’état frais, la compacité et l’aspect des

parements.

La norme NF EN 206-1 distingue deux types d’addition minérale :

les additions quasiment inertes, de type I,

les additions à caractère pouzzolanique ou hydraulique latent, de type II.

Cette notion de type d’addition est liée au fait que certaines additions (celles de type II et certaines de type I) ont un rôle bénéfique sur les performances du béton (en terme de résistance, de durabilité…) et que cette aptitude peut être prise en compte dans la formulation du béton, en réduisant notamment la quantité de ciment : l’exigence relative au dosage minimal en ciment est remplacée par la même exigence appliquée au liant équivalent (voir Art 3.3.6 du guide). La norme NF EN 206-1 et son annexe nationale NA (5.2.5.2.1) reprennent pour cela le concept de coefficient

k.

La norme NF EN 206-1 définit les modalités de prise en compte de ces additions :

L

C

A

eq

: Liant équivalent

[kg/m 3 ]

: Quantité de ciment

[kg/m 3 ]

: Quantité d'addition

[kg/m 3 ]

L eq = C + k.A

k : Coefficient de prise en compte de l'addition

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Chapitre 1 Introduction générale

Les additions actuellement normalisées en France sont les suivantes :

Addition

Norme

Type

k

Définition

       

Les additions siliceuses sont des produits finement divisés, constitués à plus de 96,0 % (valeur spécifiée inférieure) et à plus de 93,5 % (valeur

siliceuse

NF P 18-509

I

0,20

limite absolue inférieure), par de la silice exprimée en SiO 2 mesurée sur produit sec et obtenue par broyage et/ou sélection de roches quartzeuses ou de cristobalites synthétiques définies par la norme.

calcaire

NF P 18-508

I

0,25

Les additions calcaires sont des produits secs finement divisés, obtenus par broyage et/ou sélection, provenant de gisements de roches calcaires pouvant être dolomitiques, massives ou meubles, dont les caractéristiques sont définies par la norme.

Cendres

     

Poudre fine constituée principalement de particules vitreuses, de forme sphérique, dérivées de la combustion du charbon pulvérisé, ayant des propriétés pouzzolaniques et composées essentiellement de SiO 2 et de Al 2 O 3 , la proportion de SiO 2 réactive, définie et déterminée comme dans la norme NF EN 197-1, constituant au moins 25 % en masse. Les cendres volantes sont obtenues par précipitation électrostatique ou mécanique des

volantes pour

NF EN 450-1

II

0,40

particules pulvérulentes contenues dans les gaz de combustion produits

béton

à

par les chaudières brûlant de l’anthracite pulvérisé ou de la houille bitumineuse. Les cendres volantes présentent des propriétés pouzzolaniques, mais ont également une influence sur d’autres propriétés du béton frais et durci : les besoins en eau (plus faibles ou plus importants), le temps de prise (généralement augmenté) et la résistance initiale (réduction relative).

0,60

Laitier

     

Il provient du laitier vitrifié (granulé ou bouleté), coproduit de la fabrication de la fonte, obtenu par trempe du laitier de haut-fourneau en fusion. Selon le taux d’addition et la finesse de mouture, le laitier vitrifié

moulu peut intervenir en combinaison avec le ciment comme composant hydraulique dans le but de modifier certaines propriétés du béton, notamment : comportement en milieu agressif et à l’alcali-réaction, exothermicité, porosité.

vitrifier moulu

de haut

NF P 18-506

II

0,90

fourneau

Fumée de

NF P 18-502 puis NF EN

13263-1

   

La fumée de silice est une poudre amorphe finement divisée résultant de la production d’alliages de silicium ou contenant du silicium. Elle est entraînée par les gaz, depuis la zone de combustion des fours vers le système de captage. Les fumées de silices sont utilisées pour optimiser la compacité par remplissage des vides du béton en complément des autres composants et pour leurs propriétés pouzzolaniques (voir le paragraphe 3.5.2 relatif aux bétons à hautes performances). Leur dosage est limité à 10 % du poids de ciment. Elles peuvent s’employer brutes (mais elles sont alors très volatiles), densifiées, en barbotine (en suspension aqueuse) ou mélangées au ciment (CEM II [D] aux fumées de silice).

silice

II

1,00

à

2,00

Les laitiers, cendres volantes et fumées de silice modifient la nature et la structure des hydrates formés. Ils réduisent la taille des pores et donc la perméabilité ce qui améliore la durabilité. C’est pourquoi ces additions sont classées en type II (coefficients k les plus élevés).

Nota : les additions ne sont pas toujours disponibles en tout point du territoire et leur disponibilité peut varier en fonction de l’époque de l’année. C’est le cas, en particulier, des cendres volantes issues des centrales de production d’électricité au charbon.

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 1 Introduction générale

1.4.4 Les adjuvants

Un adjuvant est un « produit dont l’incorporation dans le béton à faible dose (5 % du poids de ciment) provoque des modifications de certaines propriétés du béton à l’état frais et/ou durci ».

La norme NF EN 934-2 fixe les prescriptions et les exigences pour les adjuvants utilisés dans le béton. Elle s’applique aux adjuvants pour bétons non armés, armés et précontraints utilisés dans les bétons fabriqués sur chantier, prêts à l’emploi et préfabriqués.

La classification des adjuvants dépend de leur fonction principale :

Accélérateur de prise

Adjuvant qui diminue le temps de début de transition du mélange, pour passer de l’état plastique à l’état rigide (le « temps de prise » est diminué).

Accélérateur de durcissement

Adjuvant qui augmente la vitesse de développement des résistances initiales du béton, avec ou sans modification du temps de prise (le « temps de durcissement » est diminué).

Plastifiant/réducteur d’eau

Adjuvant qui, sans modifier la consistance, permet de réduire la teneur en eau d’un béton donné ou qui, sans modifier la teneur en eau, en augmente l’affaissement et/ou l’étalement (c’est-à-dire la maniabilité) ou qui produit les deux effets à la fois.

Superplastifiant/haut réducteur d’eau

Adjuvant qui, sans modifier la consistance, permet de réduire fortement la teneur en eau d’un béton donné ou qui, sans modifier la teneur en eau, en augmente considérablement l’affaissement et/ou l’étalement (c’est-à- dire la maniabilité) ou qui produit les deux effets à la fois.

Rétenteur d’eau

Adjuvant qui réduit la perte d’eau en diminuant le ressuage.

Hydrofuge de masse

Adjuvant qui réduit l’absorption capillaire du béton durci.

Retardateur de prise

Adjuvant qui augmente le temps de début de transition du mélange, pour passer de l’état plastique à l’état rigide (le « temps de prise » est augmenté).

Entraîneur d’air

Adjuvant qui permet d’incorporer, pendant le malaxage, une quantité contrôlée de fines bulles d’air uniformément réparties et qui subsistent après durcissement. L’utilité d’un béton à air entraîné est justifiée pour la durabilité en ambiance hivernale rigoureuse.

1.4.5 Les ajouts

Un ajout est un produit (en dehors du ciment, des granulats, des additions, des adjuvants et de l’eau) incorporé au béton.

Exemple 1 : l’inhibiteur de corrosion

Il s’agit d’un produit qui, incorporé dans le béton lors de sa fabrication, peut ralentir le phénomène de corrosion des armatures.

peut ralentir le phénomène de corrosion des armatures. Le Réseau Scientifique et Technique du minist ère

Le Réseau Scientifique et Technique du ministère de l’Équipement possède à ce jour trop peu d’informations pour confirmer ou infirmer l’efficacité d’un tel produit. Comme expliqué plus en détail tout au long de ce guide, un béton suffisamment compact et des conditions d’enrobage respectées permettent de bien protéger les armatures.

Exemple 2 : les fibres métalliques (voir 3.5.3).

Exemple 3 : les fibres synthétiques (voir 3.5.3).

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 1 Introduction générale

1.4.6 L’eau de gâchage

L’eau dans le béton sert à hydrater le ciment. Toutes les eaux ne sont pas utilisables car elles peuvent contenir des éléments qui modifient le comportement et les propriétés du béton (temps de prise, résistance, durabilité, aspect du béton…).

L’eau couramment utilisée est celle du réseau d’eau potable. Toutefois, elle peut provenir du pompage d’eau des nappes phréatiques ou de cours d’eau. Dans ce dernier cas, le producteur de béton doit produire une analyse de l’eau qui doit conclure à la conformité vis-à-vis de la norme NF EN 1008 avant de pouvoir être employée. En particulier, l’eau trop pure, caractérisée par sa dureté, peut entraîner une dissolution (ou lixiviation) du liant.

peut entraîner une dissolution (ou lixiviation) du liant. Le fascicule 65 A du CCTG interdit le

Le fascicule 65 A du CCTG interdit le gâchage à l’eau de mer pour les ouvrages en béton armé ou précontraint. Nous préconisons d’interdire le gâchage à l’eau de mer pour les ouvrages en béton non armé ou faiblement armé également.

NB : la norme relative au béton (NF EN 206-1) distingue l’eau totale contenue dans le béton frais et l’eau efficace (qui intervient dans les spécifications de fabrication du béton par le biais du rapport eau/ciment) dans la mesure où une partie de l’eau initiale peut être absorbée par les granulats ( voir la notion d’eau efficace au 3.3.6).

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

2. SPECIFICITES DES OUVRAGES EN BETON EN ENVIRONNEMENT MARITIME

DES OUVRAGES EN BETON EN ENVIRONNEMENT MARITIME Les ouvrages en site maritime sont spécifiques pour

Les ouvrages en site maritime sont spécifiques pour plusieurs raisons. Leur spécificité est d'abord liée à la variété des types de structure. Ensuite, la réalisation de ces ouvrages est soumise à des contraintes de mise en œuvre particulières. Enfin, ces ouvrages sont exposés à un environnement qui cumule souvent les facteurs favorisant la détérioration du béton et de l'acier qu'il peut contenir.

L'agression spécifique est celle de l'eau de mer. Elle est multiple : chimique de par la composition minérale du milieu, mécanique du fait de ses déplacements en masse et locaux que sont les courants et la houle. De plus, les effets climatiques, tels les variations locales de la température ambiante, l'ensoleillement et le vent, indépendamment de leur nocivité propre, peuvent inhiber ou catalyser les réactions entre l'eau de mer et les constituants du béton.

2.1 TYPOLOGIE DES OUVRAGES

Les ouvrages maritimes permettent de répondre à différentes utilisations :

chargement et déchargement de marchandises en vrac ou contenues dans des conteneurs,

embarquement et débarquement de passagers,

accostage et amarrage,

protection contre l'agitation,

soutènement de talus,

construction et réparation navales,

signalisation maritime,

mise à l'eau d'embarcations ou de navires.

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

Le béton, qu'il soit non armé, armé, ou précontraint, est utilisé pour la construction de différents types d'ouvrage :

quai constitué d'un mur en blocs en béton,

quai constitué d'un voile en béton armé encastré sur une semelle,

quai constitué d'une paroi moulée,

quai constitué de caissons en béton armé ou précontraint,

quai sur pieux,

bajoyers et radiers de forme de radoub ou d'écluse,

ducs d'albes d'amarrage et d'accostage,

passerelles de lamaneurs ou de passagers,

enrochements artificiels de digue,

rampes,

ouvrages mobiles,

tourelles en mer, phares, pylônes, espars,

corps morts,

lests de bouées de signalisation, etc…

2.2 CONSTRUCTION

La spécificité des ouvrages en béton apparaît également en phase de construction par la multiplicité des techniques de mise en œuvre du béton :

béton coulé en place,

béton coulé en zone de marnage,

béton coulé sous l'eau,

béton préfabriqué.

Chacune de ces modalités de construction nécessite l'utilisation de différents matériels qui vont conditionner les dispositions constructives et les propriétés du béton (donc sa formulation) :

pompage,

mise en œuvre au tube plongeur,

mise en œuvre à la benne.

La complexité structurelle des ouvrages introduit des difficultés et des contraintes de bétonnage et de vibration qu'il s'agisse de :

zones fortement ferraillées au niveau des nœuds de clavage entre poutres ou au niveau des

zones d'ancrage des bollards ou crocs d'amarrage : difficulté pour le serrage du béton avec risque de ségrégation, d'apparition de cavités et de "nids de cailloux", zones d'accès difficile ou immergées : difficulté pour le serrage du béton, risque de délavage,

technique de construction particulière telle que celle permettant la confection d'une paroi moulée.

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

Les conditions environnementales introduisent également des contraintes non négligeables en phase de construction :

le cycle des marées peut imposer l'organisation du travail en fonction de la marée,

la météorologie et notamment le vent nécessite de prendre des dispositions particulières pour la cure des parements,

la houle et le marnage conditionnent le dimensionnement des coffrages (tenue en cas de tempête par exemple),

les conditions d'accès au chantier peuvent nécessiter des moyens de transport exceptionnels (barges, hélicoptères).

2.3 AGRESSIVITE DU MILIEU

(barges, hélicoptères). 2.3 AGRESSIVITE DU MILIEU Durant son utilisation, un béton armé exposé à un

Durant son utilisation, un béton armé exposé à un environnement maritime est soumis à plusieurs types d'agressions :

agressions mécaniques dues aux sollicitations d'exploitation des ouvrages, à l'action de la houle, à l'abrasion due aux chocs, à l'érosion due à l'effet des vagues,

agressions chimiques dues à la pénétration des sels présents dans l'eau de mer, à la pollution des eaux (eau de mer et eau de surface), à l'agressivité des matériaux stockés sur le terre-plein,

agressions biologiques dues au développement d'organismes vivants,

attaques internes au béton dues aux réactions alcali-silice et sulfatique interne,

attaques d'origine climatique associées au phénomène de gel / dégel mais également de gradient thermique.

L'intensité des agressions du béton de l'ouvrage (ou de la partie d'ouvrage) par le milieu marin et portuaire n'est pas homogène. Elle dépend essentiellement de la situation de la structure concernée par rapport à la mer. Suivant que le béton est totalement immergé, situé dans la zone de marnage, dans la zone d'aspersion, ou hors d'eau, la cinétique de la réaction est différente. La zone soumise à

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

marnage est critique pour le béton, tandis que pour le béton armé, les risques de corrosion des armatures sont forts dans la zone d'aspersion. A contrario, en immersion totale, l'attaque chimique est moindre.

2.3.1 Généralités

2.3.1.1 Agressivité des eaux, sols et autres matériaux

Les activités dans une zone portuaire peuvent générer de la pollution susceptible d'endommager le béton des ouvrages. L'absence de protection étanche des ouvrages portuaires facilite la pénétration et la circulation d'eau dans le béton. Les eaux pluviales se chargent de matières agressives pour le béton lors de leur ruissellement sur les revêtements de terre-plein et sur les différents produits stockés et viennent ensuite percoler au travers du béton.

De plus, l'eau de mer qui entoure la plupart des ouvrages en béton est polluée par les divers rejets des industries et des navires.

Un ouvrage situé en site maritime peut donc être soumis à diverses agressions ayant pour origine l'action des sels, de gaz et d'autres éléments en solution dans l'eau (eau de mer, eau de surface). Les eaux de ruissellement peuvent être chargées de sels minéraux les plus divers en fonction des matériaux rencontrés. Les éléments les plus agressifs sont soit acides, soit salins (chlorures, nitrates, sulfates de sodium, de calcium et de magnésium).

L'agressivité de l'eau chargée est liée à l'aptitude de celle-ci à réagir avec certains constituants de la matrice cimentaire du béton : les agents agressifs dissous dans l'eau constituent une solution chimiquement agressive pour le béton qui peut provoquer différents types de réactions lorsque la formulation n'est pas adaptée.

Les attaques acides : le béton présente un caractère basique élevé induit par les composés hydratés de la pâte de ciment (la phase interstitielle du béton a un pH très élevé). Il peut donc présenter une sensibilité vis-à-vis des solutions acides telles que les eaux naturelles chargées en dioxyde de carbone, les eaux résiduaires, les eaux des industries (y compris agro-alimentaires) contenant des acides organiques, les eaux chargées en acides minéraux, mais aussi les eaux pures.

La lixiviation : dans une structure en béton exposée à l'air ambiant, l'eau s'évapore sur une épaisseur limitée à quelques centimètres. Les pores sont saturés lorsque le béton est en contact de manière prolongée avec l'eau. Des ions en provenance du milieu extérieur peuvent transiter dans la phase liquide interstitielle du béton. En fonction de la nature des éléments chimiques qui pénètrent dans le matériau, il peut en résulter des réactions chimiques de dissolution ou de précipitation et donc une lixiviation progressive des hydrates.

on et donc une lixiviation progressive des hydrates. Le concepteur veillera donc à exiger et à

Le concepteur veillera donc à exiger et à faire appliquer par l'entreprise les principes de prévention nécessaires au niveau de la formulation du béton et de sa mise en œuvre.

Il se reportera au paragraphe 3.1.4 pour l'identification et la formulation de ses exigences pour obtenir un béton résistant durablement à l'agressivité des eaux chargées et polluées.

2.3.1.2 Agressions mécaniques

Les ouvrages situés en site maritime sont très fortement sollicités mécaniquement. En effet, selon leur utilisation, ils doivent pouvoir reprendre des efforts d'amarrage, d'accostage, mais également les efforts générés par la houle (à l'instar des ouvrages de protection contre la mer tels que les digues). En ce qui concerne la houle, les ouvrages extérieurs aux ports sont bien évidemment plus exposés que les ouvrages intérieurs.

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

En plus de ces sollicitations, les ouvrages sont soumis à l'endommagement dû aux chocs et au frottement des navires (barge tapant contre une poutre de rive par exemple), aux corps flottants et également à l'abrasion des sables et galets transportés par l'eau de mer. Les enrochements artificiels de type tétrapode ou acropode sont particulièrement exposés à ce type de sollicitation.

Enfin, dans le cadre de leur utilisation, les ouvrages sont soumis à des charges d'exploitation. Les ouvrages de chargement et de déchargement des marchandises, notamment les postes à quai, sont sollicités par des charges aux caractéristiques variées :

grues et portiques sur rails,

engins de levage sur roues ou patins,

engins de manutentions,

stockages divers (en vrac ou conditionné).

Ces sollicitations peuvent être de très courte durée et de grande intensité. Les désordres associés à ces agressions, quand les sollicitations dépassent la résistance mécanique du béton, sont le plus souvent localisés : éclats de béton et fissuration.

plus souvent localisés : éclats de béton et fissuration. Le concepteur devra donc identifier les exigences

Le concepteur devra donc identifier les exigences attendues en terme de propriétés mécaniques du béton pour résister aux agressions évoquées ci-dessus. Le lecteur pourra se reporter à ce titre au paragraphe 3.1.1 pour l'identification et la formulation de ces exigences pour obtenir un béton résistant mécaniquement.

L'ouvrage devra, au besoin, intégrer des dispositifs de protection pour protéger au maximum les parties qui risquent des agressions excessives (défenses d'accostage, plaques métalliques, profilés métalliques d'angle,…)

2.3.2 Attaques externes sur le béton seul

Le processus chimique d’attaque des bétons par l’eau de mer résulte de plusieurs réactions plus ou moins simultanées et interdépendantes faisant appel à différents mécanismes : dissolution du liant, réaction d’échange de bases, précipitation de composés insolubles, cristallisation de sels expansifs (ettringite).

2.3.2.1 Attaque des chlorures

Les ions chlorures présents naturellement dans l'eau de mer, principalement les chlorures de magnésium MgCl 2 et les chlorures de calcium CaCl 2 sont agressifs vis-à-vis du béton.

Le chlorure de magnésium MgCl 2 réagit avec la portlandite Ca(OH) 2 et provoque la dissolution (ou lixiviation) du liant.

Le chlorure de calcium CaCl 2 réagit avec l’aluminate tricalcique C 3 A (provenant du clinker) et conduit à la formation d’un chloro-aluminate de chaux puis d’ettringite, voire même de thaumasite (en présence de silice dissoute et de carbonates), qui sont des gels expansifs pouvant générer des gonflements entraînant fissurations et éclatements du béton.

2.3.2.2 Attaque sulfatique d'origine externe

Les sels de sulfate présents naturellement dans l'eau de mer, notamment les sulfates de magnésium MgSO 4 et les sulfates de calcium CaSO 4 sont agressifs vis-à-vis du béton.

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

Le sulfate de magnésium MgSO 4 réagit avec la portlandite Ca(OH) 2 et provoque la dissolution (ou lixiviation) du liant.

Le sulfate de calcium CaSO 4 réagit avec l’aluminate tricalcique C 3 A (provenant du clinker) et conduit à la formation d’ettringite, gel expansif, d’où gonflement, fissuration et éclatement du béton.

Contrairement aux autres attaques, l’agressivité des sulfates est accrue dans les climats froids.

2.3.2.3 Cristallisation des sels dissous

Dans la zone située juste au-dessus du niveau d’eau, la cristallisation à l’intérieur des pores du béton des sels dissous provoque des dommages dus à leur expansion. Ce phénomène est surtout sensible sous les climats arides où l’évaporation de l’eau de mer se produit à l’intérieur des pores. Sous les climats tempérés, l’évaporation a lieu en surface, d’où un effet moindre.

Le sulfate de magnésium est particulièrement agressif à cet égard.

2.3.2.4 Développement d'organismes vivants

Le développement des algues et mollusques marins à la surface du béton est généralement considéré comme bénéfique. En effet il maintient une humidité qui s’oppose à la pénétration des gaz et de l’oxygène en particulier. Cependant, un excès de dépôt, en augmentant le poids et la surface de certains éléments de structure élancés comme les pieux, peut provoquer des surcharges statiques et cycliques non négligeables. Exceptionnellement, certains mollusques ayant une affinité particulière pour les marnes peuvent détruire les granulats qui en sont constitués (phénomène déjà rencontré dans la zone du golfe persique).

2.3.3 Attaques internes du béton

Tout béton peut subir une attaque interne. Les phénomènes d'attaque interne ne sont pas spécifiques aux environnements marins mais ont besoin de présence d'eau pour se produire.

2.3.3.1 Réaction alcali-granulat

La réaction alcali-granulat (RAG) est une réaction interne au béton entre la solution alcaline interstitielle du béton et certains granulats, produisant un gel silico-calco-alcalin expansif, d’où risque de gonflement, fissuration et éclatement du béton.

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

Trois conditions sont nécessaires pour amorcer et entretenir ces réactions :

le béton contient des granulats réactifs vis-à-vis de l'alcali-réaction (roches à risque : grès, gneiss, granite, calcaires dolomitiques…) ;

la teneur en alcalins actifs est élevée (essentiellement apportés par le ciment) ;

l'environnement est humide.

par le ciment) ; • l'environnement est humide. Seule une partie de l'eau de gâchage sert

Seule une partie de l'eau de gâchage sert à l'hydratation du ciment. L'autre partie, nécessaire à la bonne mise en œuvre du béton, se retrouve ensuite piégée dans le béton et peut alimenter une réaction alcali-granulat.

Pour les structures maritimes immergées ou en zone de marnage et les parties d'ouvrage en environnement humide (pluie, eaux de ruissellement, sol humide, etc…), le phénomène est aggravé par l'apport d'eau extérieure.

En milieu marin les alcalins contenus dans l'eau de mer peuvent favoriser une alcali-réaction en surface des structures.

2.3.3.2 Réaction sulfatique interne

La réaction sulfatique interne (RSI) est définie par la formation différée d'ettringite (produit expansif pouvant générer des gonflements) dans un matériau cimentaire après la prise du ciment et sans apport de sulfates externes.

Les ions sulfates d'origine interne peuvent provenir des granulats (pyrites), du ciment ou être libérés par les produits d'hydratation.

En cas de réaction sulfatique interne, la formation d'ettringite différée, alors que le béton est mécaniquement rigide, peut être préoccupante. Cette réaction touche les structures qui ont subi une élévation excessive de température lors de la prise du béton : elle peut concerner par exemple des pièces préfabriquées traitées thermiquement ou des structures massives (épaisseur supérieure à 1 m) coulées en période chaude.

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

Comme pour la réaction alcali-granulat, la réaction est activée par la présence d'eau (interne ou apportée par le milieu extérieur) et les symptômes sont proches de ceux de la réaction alcali- granulat : gonflement du béton avec faïençage visible en parement.

: gonflement du béton avec faïençage visible en parement. * du béton lors de sa prise

* du béton lors de sa prise

Avec l'évolution des matériaux et des techniques de construction, les températures peuvent atteindre des niveaux très importants dans les éléments de structure. Cette pathologie risque donc de se développer si le prescripteur n'intègre pas des principes de prévention dans son cahier des charges.

des principes de prévention dans son cahier des charges. 2.3.4 Cycles de gel-dégel 2.3.4.1 Actions des

2.3.4 Cycles de gel-dégel

2.3.4.1 Actions des cycles de gel/dégel

Lorsque la température extérieure descend en dessous de -3°C, l'eau contenue dans les pores du béton gèle en commençant par les plus gros pores proches du parement. En gelant, l'eau augmente de volume et provoque une pression hydraulique dans le réseau poreux qui, si elle dépasse la résistance à la traction du béton, provoque la fissuration du béton dans la masse.

L'endommagement du béton est progressif : il résulte de la succession de cycles de gel-dégel. Il dépend de la vitesse de refroidissement, du nombre de cycles, de la température minimale atteinte et de la durée du gel.

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2.3.4.2 Ecaillage du béton de surface

Ce phénomène se situe principalement sur les surfaces horizontales où se déposent et se concentrent les sels de déverglaçage ou dissous dans les embruns d’eau de mer. Il accentue en particulier les effets destructeurs des cycles de gel-dégel. Il agit directement sur la peau du béton qu’il décolle par cristallisation des sels.

2.3.5 Corrosion des armatures

L’acier et le béton forment un couple complémentaire dans lequel l’acier renforce les caractéristiques mécaniques du béton en traction et le béton protège physiquement et chimiquement l’acier de la corrosion. L’hydratation du ciment produit une solution interstitielle basique de pH élevé qui confère une protection chimique aux armatures noyées dans le béton.

Deux processus peuvent altérer la protection assurée par le béton :

l’évolution des caractéristiques du béton d’enrobage des armatures par carbonatation,

la pénétration d’agents agressifs, notamment les ions chlorures, jusqu’au niveau des armatures.

La carbonatation affecte, de manière générale, tous les ouvrages non constamment immergés (à cause du dioxyde de carbone présent dans l’air atmosphérique) tandis que la pénétration des chlorures est spécifique à certains environnements comme le milieu marin où les zones soumises aux sels de déverglaçage.

En environnement marin, la pénétration des chlorures est le phénomène principal de corrosion des armatures.

2.3.5.1 Pénétration des chlorures

En milieu saturé en eau, cas des structures immergées, les chlorures pénètrent dans la porosité du béton par un phénomène de diffusion, sous gradient de concentration en chlorures entre la surface riche en chlorures et le cœur exempt de chlorure.

Lorsque la structure est soumise à des cycles d'humidification-séchage en présence de chlorures (zone de marnage, exposition aux embruns), les chlorures migrent avec la phase liquide par capillarité, phénomène plus rapide que la diffusion.

Lorsque la teneur en chlorures devient importante au niveau des armatures, il y a dépassivation puis corrosion des armatures. La concentration critique en chlorures libres est d'environ 0,4 % du poids de ciment.

Plus le milieu environnant sera riche en chlorures, plus le risque de corrosion des armatures sera important.

La vitesse de pénétration des chlorures est d'autant plus faible que la porosité de la pâte de ciment est faible.

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

2.3.5.2 Carbonatation

L’air contient du dioxyde de carbone à un taux moyen de 0,03 % en volume, qui réagit sur les hydrates, principalement sur la Portlandite (Ca(OH) 2 ), pour former du carbonate de calcium :

CO 2 + Ca(OH) 2 ⎯⎯> CaCO 3 + H 2 O

Ce phénomène consomme de la portlandite et conduit à une chute du pH de la solution interstitielle, ce qui entraîne une dépassivation des aciers.

Le dioxyde de carbone pénètre à l’intérieur des pores du béton par un phénomène de diffusion. Or, dans le processus de diffusion du dioxyde de carbone, l’humidité relative des pores du béton joue un rôle primordial.

Ainsi, lorsque les pores du béton sont saturés d’eau, cas des structures immergées, la pénétration est extrêmement faible et la carbonatation pratiquement inexistante.

De la même façon, si le béton se trouve dans un milieu très sec, la quantité d’eau est insuffisante pour dissoudre le gaz carbonique et le béton ne se carbonate que modérément.

Par contre, lorsque la structure est soumise à des cycles d'humidification-séchage (zone de marnage, zone exposée à la pluie et au vent, zone de condensation…), le phénomène de carbonatation est rapide.

La vitesse de carbonatation est d'autant plus faible que la porosité de la pâte de ciment est faible.

2.3.6 Bilan des attaques du béton pour un ouvrage maritime

La situation de l’ouvrage par rapport au milieu marin est un paramètre déterminant des risques de dégradation encourus.

Quatre zones de dégradation peuvent ainsi être définies :

Les zones d’embruns marins sont celles qui ne sont pas en contact direct avec le milieu liquide. L’ouvrage est soumis aux embruns et brouillards marins qui peuvent transporter des sels sur des distances importantes.

Les zones d’aspersion sont situées au-dessus du niveau de l’eau à marée haute. Le béton est soumis aux éclaboussures provoquées par les vagues sur une hauteur variable.

La zone de marnage s’étend sur une hauteur déterminée par la différence entre le niveau de l’eau à marée haute et celui à marée basse. Cette zone est alternativement immergée et émergée.

La zone d’immersion se situe sous le niveau de l’eau à marée basse. Le béton est alors continuellement immergé.

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Chapitre 2 – Spécificités des ouvrages en béton en environnement maritime

Tous les éléments présentés dans le chapitre 2 : - la typologie des ouvrages et

Tous les éléments présentés dans le chapitre 2 :

- la typologie des ouvrages et leurs utilisations,

- la nature du béton (armé, non armé, précontraint),

- les modalités de construction et les dispositions constructives,

- les contraintes environnementales en phase de construction,

- l'agressivité du milieu durant l'utilisation de l'ouvrage,

sont tout autant de paramètres fondamentaux qui doivent être pris en compte le plus tôt possible dans la démarche de conception d'un ouvrage en béton situé en site maritime. Leur prise en compte permet en effet au maître d'ouvrage d'être pertinent dans la définition de ses besoins et de ses exigences, et au maître d'œuvre de les traduire en stipulations (voir paragraphe sur les exigences performantielles).

L'identification et la formulation des exigences permettent ainsi au concepteur de prescrire un béton adapté répondant aux besoins et aux contraintes (voir paragraphe sur les spécifications du béton).

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

3. BETON EN SITE MARITIME, EXIGENCES ET SPECIFICATIONS

Ce chapitre donne les outils nécessaires au maître d'ouvrage pour définir ses besoins, ses exigences et ses contraintes, et au maître d'œuvre pour spécifier le béton (par partie d'ouvrage) adapté au contexte et aux problématiques évoqués au chapitre précédent.

3.1 EXIGENCES PERFORMANTIELLES

3.1.1 Résistance mécanique

Le béton d'un ouvrage en site maritime doit résister à de multiples sollicitations d'origine mécanique : charges d'exploitation, chocs, abrasion et érosion. Pour résister à ces sollicitations, il doit posséder des propriétés et des caractéristiques spécifiques. Ce paragraphe les présente ainsi que les outils pour les mesurer et les contrôler.

3.1.1.1 Résistance à la compression

La résistance à la compression est la propriété la plus fréquemment mesurée sur béton durci. Elle sert au dimensionnement des structures. La résistance à la compression normative du béton est la résistance à la compression à 28 jours.

du béton est la résistance à la compression à 28 jours. Lors de l'établissement d'un projet,

Lors de l'établissement d'un projet, la définition d'une valeur de résistance à la compression à 28 jours n'est pas suffisante pour définir le béton.

La norme NF EN 206-1 définit seize classes de résistance pour les bétons de masse volumique normale et les bétons lourds :

Classe

f ck-cyl (en N/mm 2 )

f ck-cube (en N/mm 2 )

C8/10

8

10

C12/15

12

15

C16/20

16

20

C20/25

20

25

C25/30

25

30

C30/37

30

37

C35/45

35

45

C40/50

40

50

C45/55

45

55

C50/60

50

60

C55/67

55

67

C60/75

60

75

C70/85

70

85

C80/95

80

95

C90/105

90

105

C100/115

100

115

La résistance du béton mesurée doit être statistiquement égale ou supérieure à la résistance caractéristique minimale pour la classe de résistance spécifiée et pour le type de béton considéré (léger, ordinaire ou lourd).

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

La valeur fck-cyl est la résistance caractéristique éxigée à 28 jours mesurée sur des cylindres
La valeur fck-cyl est la résistance caractéristique éxigée à 28 jours mesurée sur des cylindres aux
dimensions normatives.
La valeur fck-cube est la résistance caractéristique éxigée à 28 jours mesurée sur des cubes aux
dimensions normatives.
La résistance caractéristique est la valeur de la résistance en dessous de laquelle peuvent se situer
5 % de la population de tous les résultats des mesures de résistance possibles effectués pour le
volume de béton considéré.
Remarque 1 : Influence de la formulation sur les performances du béton
La compacité de la pâte conditionne, parmi d’autres paramètres, la résistance du béton. Féret [11] a établi en 1896 une
loi empirique dans laquelle il tient compte de la résistance de la pâte de ciment pour le calcul de la résistance des
bétons :
2
1
f
=
K
×
R
×
c
c
E
1
+
3,15
×
C ⎠
où :
f c : résistance du béton en compression à j jours
K: coefficient granulaire
R c : résistance du ciment mesurée sur mortier normal 1
E: Quantité d'eau en kg
C: Quantité de ciment en kg
La Figure 1 donne l’évolution de f c /R c en fonction du rapport massique eau sur ciment (E/C) dans le cas où K=4,9 et
illustre l’influence du rapport E/C sur la résistance du béton.
Le rapport E/C est le paramètre de composition le plus important pour la résistance du béton. Ce rapport E/C
détermine également la porosité de la pâte de ciment durcie (propriété liée à la compacité) qui joue un rôle fondamental
pour la durabilité du béton. L’importance du rapport E/C vis-à-vis de la durabilité du matériau est expliquée plus en
détail au paragraphe 3.3.6.
2,0
1,8
1,6
1,4
1,2
1,0
0,8
0,6
0,4
0,2
0,0
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
0,8
Rapport E/C
Figure 1 : Évolution de f c /R c en fonction du rapport E/C (K = 4,9)
1 Le mortier normal est un mortier de composition bien définie et confectionné à partir d’un sable normalisé
(NF EN 196-1)
/R cf
c

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Remarque 2 : Influence de la mise en œuvre sur les performances du béton Influence de la mise en œuvre sur les performances du béton

Bien formuler un béton et soigner sa composition par le choix de constituants adaptés est nécessaire, mais pas suffisant pour obtenir un béton de qualité, c’est-à-dire résistant, durable et offrant des parements esthétiques. Il est indispensable que les moyens de mise en œuvre soient adaptés et correctement utilisés afin de chasser l’air piégé lors de la fabrication, par serrage du béton, sans provoquer de ségrégation.

En effet, la présence d’air dans le béton réduit considérablement la résistance de celui-ci : 5 % d’air dans le béton peut faire chuter la résistance de plus de 30 % selon Neville [42].

Cet air peut être de l’air entraîné lors de la fabrication, de l’air occlus (résidu d’un serrage insuffisant) ou bien encore des vides laissés après le départ de l’eau libre en excès.

Remarque 3: Influence de la température

Le traitement thermique des bétons est souvent utilisé en préfabrication afin d’obtenir le plus rapidement possible les résistances nécessaires au décoffrage. Il convient de trouver un compromis entre l’obtention des résistances au jeune âge et les résistances à long terme. L’additif au fascicule 65 impose que la résistance à 28 jours du béton traité thermiquement soit au moins égale à 90 % du même béton non traité.

Une élévation de la température active les réactions d’hydratation du ciment et favorise le développement de résistances élevées au jeune âge. Cependant, cet ation du ciment et favorise le développement de résistances élevées au jeune âge. Cependant, cet effet bénéfique à court terme peut réduire également les résistances à plus long terme.

Les essais pour mesurer et contrôler la résistance du béton:

Les opérations de décoffrage et de manutention nécessitent une mesure fiable de la résistance du béton dans l'ouvrage. Cette mesure permet également de quantifier un facteur important pour ce qui est de la durabilité, de l'aspect du parement et de la tenue mécanique.

Les éprouvettes d'information

C'est la méthode classique pour évaluer la résistance au jeune âge du béton dans l'ouvrage. Elle consiste à réaliser des éprouvettes d'information conservées dans des conditions "voisines" de celles de l'ouvrage . Ces éprouvettes sont écrasées en laboratoire à un âge donné pour déterminer leur résistance en compression.

Ces résultats permettent, en fonction de valeurs de résistances prévues de procéder à :

un décoffrage,

une mise en tension,

une démolition d'un élément, en cas de résistance trop faible, etc…

Les éprouvettes de contrôle

Ces éprouvettes sont confectionnées lors des opérations de bétonnage et conservées en laboratoire conformément à la norme NF EN 12390-2. Elles sont écrasées à l'âge de 28 jours. Le résultat permet de juger la conformité du béton mis en œuvre.

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

La maturométrie: Les méthodes de détermination de la résistance du béton évoquées ci-dessus présentent
La maturométrie:
Les
méthodes
de
détermination
de
la
résistance
du
béton
évoquées
ci-dessus
présentent
un
certain
nombre
d'inconvénients :
Du fait des différences en terme de rapport volume de béton sur surface d'échange avec l'extérieur, il existe
systématiquement un écart entre l'historique de la température au sein des éprouvettes d'information et au sein de
l'ouvrage. Ces différences sont d'autant plus importantes que les pièces de béton sont de forte épaisseur. La prise et le
durcissement du béton étant influencés par la température, il existe donc des différences importantes entre la résistance
mesurée sur éprouvette d'information et la résistance réelle du béton dans l'ouvrage (voir norme EN 13791).
La maturométrie permet de s'affranchir de ces difficultés. La méthode consiste, à partir du suivi de la température au
sein de l'ouvrage, à déterminer par calcul (au jeune âge) le degré d'avancement des réactions d'hydratation
correspondant au durcissement du béton.
Basée sur la "loi de maturité" ("deux bétons de même composition ayant même valeur de maturité auront même
résistance quelle que soit l'histoire des températures ayant conduit à cette valeur de maturité"), la maturométrie permet
de connaître la résistance du béton in situ à partir de la relation entre le degré d'avancement et la résistance. Cette
relation est déterminée par étalonnage pour une formulation de béton particulière.
La maturométrie s'appuie sur le fait établi que, pour un béton donné, la résistance au jeune âge ne dépend que de
l'histoire thermique. La loi d'Arrhénius s'est révélée être la plus appropriée pour décrire la sensibilité de la vitesse de
durcissement du béton à la température. Elle comprend un paramètre unique, l'énergie d'activation Ea, qui traduit le
degré de sensibilité du béton.
Ea
K(T) = A.exp(
)
RT
A: Constante de proportionnalité
R: Constante des gaz parfait (8314 J/mol.K)
Ea: Energie d'activation apparente du béton (J/Mol)
Un béton donné est caractérisé par son énergie d'activation apparente et sa courbe de référence (relation
maturité /résistance). L'application de la loi d'Arrhénius permet alors de transformer un historique de température
quelconque en une valeur de maturité de laquelle on peut déduire la résistance mécanique.
maturité de laquelle on peut déduire la résistance mécanique. Centre Etudes Techniques Maritimes Et Fluviales Page

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

3.1.1.2 Résistance au choc et à l'abrasion

D'une façon générale, le classement d'un béton vis-à-vis de cette propriété va dans le même sens que la résistance à la compression et à la traction. Néanmoins, il est préférable de définir une spécification performantielle plus directe. En effet, la formulation d'exigences en terme de résistance au choc et à l'abrasion orientera vers l'utilisation de granulats durs et une matrice cimentaire de haute qualité.

Les exigences souhaitées en terme de résistance aux chocs et à l'abrasion peuvent être définies de deux manières :

- exigence de moyens :

Dans ce cas, les exigences portent sur la nature des composants du béton :

Composants

Qualité visée

Exemple

Essais

Ciment

Compacité de la matrice cimentaire

Addition d'éléments ultra-fins comme la fumée de silice

 
     

Essai Los Angeles:

Densité élevée et dureté

Utilisation de granulats alumineux synthétiques. Ils se caractérisent par une densité élevée et une exceptionnelle dureté

Résistance mécanique aux chocs des granulats

Granulats

Essai Micro-Deval:

 

Résistance mécanique à l'usure des granulats

Fibres

Résistance à la traction

Ajout de fibres métalliques

 
à la traction Ajout de fibres métalliques   Dans le cas d'emploi de fibres, des essais

Dans le cas d'emploi de fibres, des essais de qualification sont nécessaires afin d'optimiser le choix de la fibre à retenir : nature, longueur, épaisseur, géométrie, dosage,…

- exigences performantielles :

Dans ce cas, les exigences portent sur les propriétés finales du béton.

La Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a développé dans le cadre d'une problématique fluviale (barrages) deux essais de qualification du béton vis-à-vis de sa tenue à l'abrasion et aux chocs. Ces essais sont bien évidemment applicables dans le cadre d'une problématique maritime :

Abrasion

Essais sur métaux anti- usure

Attaque sur éprouvette d'un jet d'eau chargé de sable - L'indice d'abrasion est donné en référence à l'empreinte équivalente sur le verre

Choc

Essais de tenue aux chocs

Mesure du volume d'une empreinte due aux chocs d'une boule métallique sur une éprouvette

Ces essais permettent de déterminer un "indice CNR". Cet indice permet de classer le béton considéré dans des familles en fonction de sa résistance.

3.1.2 Exigences esthétiques

Dans le cadre de la construction d'un ouvrage situé dans un port de plaisance, en milieu urbain ou dans un site classé, le maître d'ouvrage peut être amené à formuler des exigences en terme d'esthétique.

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Dans ce guide, nous nous limiterons à l'esthétique et à la qualité du parement en béton des parties visibles des ouvrages (poutres de rive, fronts de quai, plate-forme de quai,…). Les exigences à formuler portent sur les éléments suivants :

la teinte, la texture, la régularité, les tolérances de forme.

la texture, la régularité, les tolérances de forme. Remarque : Même si l'ouvrage ne présente pas

Remarque : Même si l'ouvrage ne présente pas de caractère esthétique particulier, nous conseillons tout de : Même si l'ouvrage ne présente pas de caractère esthétique particulier, nous conseillons tout de même fortement au maître d'ouvrage de formuler des exigences en terme de qualité de parement pour les parties visibles de l'ouvrage. La maîtrise d'œuvre devra donc définir les spécifications adéquates pour répondre à ces exigences.

3.1.3 Ouvrabilité Le béton frais a la capacité de se déformer et de s’écouler ce qui permet de le transporter, par exemple en le pompant, et de remplir les coffrages. Cette aptitude du béton à la déformation est souvent traduite par les termes de consistance, de maniabilité ou d’ouvrabilité, mais ces termes consacrés par la pratique ne traduisent que partiellement et de manière conventionnelle l’état du béton frais.

La consistance traduit la quantité d’énergie à fournir au matériau pour le mettre en place en expulsant tout l’air piégé lors du malaxage et du transport. Les notions de maniabilité ou d’ouvrabilité sont les traductions de l’aptitude du béton à se déformer pour des conditions de mise en œuvre données.

L'ouvrabilité est une caractéristique du béton fondamentale en phase de construction. Elle intéresse tout d'abord essentiellement l'entrepreneur qui aura à mettre en œuvre le béton. Mais elle intéresse aussi le maître d'ouvrage puisque la maîtrise de l'ouvrabilité peut avoir une incidence sur la durabilité future de la structure en béton. Au regard des spécificités des ouvrages en site maritime, elle doit donc être parfaitement maîtrisée. Deux paramètres permettent de caractériser cette donnée :

la consistance et la teneur en air du béton frais.

3.1.3.1 La consistance du béton frais

Pour les bétons courants, on convient de caractériser globalement leur aptitude à être mis en place dans les coffrages par la mesure d’une grandeur unique. On appelle consistance la grandeur ainsi mesurée.

La bonne consistance du béton est celle qui permet de mettre le béton en œuvre dans l’ouvrage avec les moyens et dans les conditions du chantier. Elle dépend de :

la partie d’ouvrage à bétonner (densité de ferraillage, pente éventuelle, possibilité de vibration…), la configuration de la pièce à bétonner (zone immergée, accessibilité…), des moyens de transport du béton (goulotte, benne, pompe…).

Le prescripteur devra donc identifier très tôt les difficultés de bétonnage et définir les moyens de transport et la technique de mise en œuvre du béton . La connaissance de ces éléments lui permettra de spécifier un béton adapté à la construction de son ouvrage en terme d'ouvrabilité.

la construction de son ouvrage en terme d'ouvrabilité. Tout ajout d’eau est strictement interdit sur le

Tout ajout d’eau est strictement interdit sur le chantier. Dans le cas d'une ouvrabilité inadaptée, il conviendrait de réaliser une nouvelle étude de formulation du béton. conviendrait de réaliser une nouvelle étude de formulation du béton.

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Ajustement de la quantité d'eau en centrale de béton prêt à l'emploi : Pour des

Ajustement de la quantité d'eau en centrale de béton prêt à l'emploi :

Pour des bétons ordinaires, le fournisseur de béton pourra procéder en centrale à des corrections d'eau dans une fourchette de plus ou moins 20 l/m 3 à condition de respecter également les tolérances de plus ou moins 5 %.

La consistance des bétons spéciaux (BAP notamment) est très sensible aux variations de quantité d'eau. Ces dernières devront être limitées (< 10 l/m 3 ) et parfaitement maîtrisées.

Les outils pour mesurer et contrôler la consistance du béton frais :

La consistance n’est pas une caractéristique intrinsèque du béton mais dépend de l’appareil qui sert à la mesurer. C’est pourquoi, quand on donne une valeur de consistance, il faut expliquer de quelle manière elle a été mesurée.

Pour mesurer et contrôler la consistance du béton, il existe différents essais parmi lesquels :

le cône d’Abrams (NF EN 12350-2)

Il s’agit de l’essai le plus courant et l’un des plus simples. L’essai consiste à remplir de béton un moule tronconique en trois couches tassées avec une tige d’acier de 16 mm de diamètre. Chaque couche est piquée 25 fois. Le moule est ensuite soulevé avec délicatesse et l’on mesure aussitôt après l’affaissement (ou slump).

Classe d’affaissement (NF EN 206-1)

Affaissement

S1

Entre 10 et 40 mm

S2

Entre 50 et 90 mm

S3

Entre 100 et 150 mm

S4

Entre 160 et 210 mm

S5

220 mm

Tableau 1 : Classes d’affaissement du béton frais (cône d’Abrams)

Lorsque la classe d'affaissement est S5, l'essai au cône d'abrams n'est plus adapté. Il convient alors de faire un essai d'étalement.

L'essai d'étalement

L'essai d'étalement est utilisé pour caractériser la fluidité du béton. Il est bien adapté au béton de classe d'affaissement S5. L'essai consiste à mesurer le diamètre du béton s'étant étalé sur une table d'étalement.

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

La norme NF EN 206-1 définit les classes de consistance pour cet essai :

Classe d’étalement (NF EN 206-1)

Diamètre d’étalement

F1

34 cm

F2

Entre 35 et 41 cm

F3

Entre 42 et 48 cm

F4

Entre 49 et 55 cm

F5

Entre 56 et 62 cm

F6

63 cm

Tableau 2 : Classes d’étalement du béton frais

Nota : il existe d'autres essais permettant la mesure de la consistance du béton frais. Pour les connaître, le lecteur pourra se reporter à la norme NF EN 206-1.

3.1.3.2 La teneur en air du béton frais

norme NF EN 206-1. 3.1.3.2 La teneur en air du béton frais L'air occlus dans le

L'air occlus dans le béton :

Lors du malaxage du béton, les pales du malaxeur introduisent des bulles d’air qui, si elles ne sont pas stabilisées par un adjuvant entraîneur d’air, éclatent aussitôt. Cependant un béton courant contient toujours un certain nombre de bulles d’air dont le diamètre est presque toujours supérieur à un millimètre.

Cet air piégé dans le béton durci, aussi appelé air occlus, peut occuper 1 à 2,5 % du volume total. Ces bulles d’air grossières n’ont rien de comparable avec les millions de petites bulles d’air entraînés qui sont stabilisées par l’ajout des molécules tensio-actives des agents entraîneur d’air. Ces bulles sphériques ont un diamètre compris entre 10 μm et 1 mm, leur diamètre moyen étant de l’ordre de 50 μm. Un béton à air entraîné qui contient un volume d’air total de 5 à 6 % (incluant l’air occlus) contient de 0,5 à 1,5 million de bulles par centimètre cube de pâte de ciment hydratée.

La mesure de la teneur en air s’effectue à l’aide d’un aéromètre à béton sur le principe d’une réserve de compressibilité du béton frais.

Sur béton frais, l’air entraîné réduit le ressuage et améliore l’ouvrabilité, ce qui permet une réduction d’eau à maniabilité constante. Sur béton durci, bien qu’indispensable pour la durabilité des bétons exposés au gel sévère et aux sels fondants, il présente l’inconvénient de réduire la résistance du béton. Pour un rapport E/C constant, 1 % d’air entraîné supplémentaire fait chuter la résistance de 4 à 6 %.

Pour des bétons courants, à teneur en air constante, la demande d’adjuvant entraîneur d’air augmente avec le dosage en ciment. De même, pour des dosages en entraîneur d’air et en ciment constants, le volume d’air entraîné augmente rapidement lorsque la dimension du plus gros granulat diminue.

En pratique, on cherchera à augmenter la teneur en air du béton uniquement pour les bétons soumis aux cycles de gel-dégel. La teneur en air recherchée est alors généralement de 4 à 8 % pour un béton de granularité 0/20 mm. Lorsque la granulométrie est plus faible la teneur en air doit être plus forte.

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

D'une façon générale, en environnement marin, on cherche à augmenter la compacité du béton afin de limiter la pénétration des agents agressifs. L'utilisation des entraîneurs d'air n'est donc pas recommandée.

3.1.4 Exigences de durabilité

3.1.4.1 Notion de durabilité

On dit que le béton est durable s’il conserve aussi longtemps qu’il le faut à la fois son intégrité et les caractéristiques requises.

La durabilité du béton armé est directement liée à :

ses propriétés de transfert, c’est-à-dire à la résistance qu’il oppose à la pénétration et à la diffusion des agents agressifs en son sein (pénétration des chlorures et du dioxyde de carbone par exemple), sa susceptibilité à développer des pathologies internes (alcali-réaction, réaction sulfatique interne par exemple).

La durabilité introduit donc des notions de propagation et de cinétique.

3.1.4.2 Durabilité du béton vis-à-vis de la corrosion des armatures

3.1.4.2.1 Pénétration des chlorures La présence d’ions chlorure en concentration élevée dans le béton au niveau des armatures provoque une dépassivation de l’acier et par suite sa corrosion. Les chlorures, provenant du milieu environnant, pénètrent dans le béton selon un processus assimilé à une diffusion. Le coefficient de diffusion des ions chlorure est donc un paramètre fondamental de la durabilité du béton armé, lorsque ce dernier se trouve exposé à des sels marins. L’évaluation de ce paramètre peut ainsi aider au choix de la formulation du béton adaptée à l’environnement marin.

Taux de corrosion

DDééggrraaddaattiioonn pprrooggrreessssiivvee ddeess aarrmmaattuurreess DDiiffffuussiioonn ddeess cchhlloorruurreess
DDééggrraaddaattiioonn
pprrooggrreessssiivvee ddeess
aarrmmaattuurreess
DDiiffffuussiioonn ddeess cchhlloorruurreess
eett dduu ddiiooxxyyddee ddee ccaarrbboonnee
IInnccuubbaattiioonn
PPrrooppaaggaattiioonn
Initiation

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

3.1.4.2.2 Pénétration du gaz carbonique La carbonatation du béton est un phénomène conduisant à la corrosion des armatures du béton armé. La réaction du gaz carbonique présent dans l’atmosphère avec la pâte de ciment entraîne un abaissement du pH du béton avec pour conséquence une dépassivation des aciers. Cette dépassivation est particulièrement préjudiciable en présence d’ions chlorure. La perméabilité aux gaz est donc un paramètre fondamental de la durabilité du béton armé. Elle caractérise la capacité du béton à résister à la pénétration des gaz. D’une manière générale, la vitesse de progression du front de carbonatation diminue avec le temps (la carbonatation provoque une diminution de la porosité). Cette vitesse dépend des caractéristiques du matériau (porosité, nature du ciment,…) et de l’humidité relative du milieu.

du ciment,…) et de l’humidité relative du milieu. Carbonatation 0 100 Humidité Relative (%) La dégradation

Carbonatation

0 100
0
100

Humidité Relative (%)

La dégradation du béton armé en site maritime est essentiellement due à la corrosion des armatures par pénétration des chlorures et dans une moindre mesure par carbonatation du béton d'enrobage. On s’intéressera donc plus particulièrement à la durabilité vis-à-vis de la corrosion des armatures et donc à la « capacité » du matériau à résister en premier lieu à la pénétration des chlorures, et en second lieu à celle du gaz carbonique.

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Guide d’utilisation du béton en site maritime

Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Pénétration des chlorures dans le béton : Le profil de concentration en chlorures libre s

Pénétration des chlorures dans le béton :

Le profil de concentration en chlorures libres dans un béton est une courbe concentration- profondeur strictement décroissante (profil de diffusion) si les cycles d’humidité/séchage sont négligeables. Sinon, ce profil n’est décroissant qu’à partir d’une certaine profondeur.

CCll --

CCll --

CCll --

CCll --

Concentration

en chlorures

C C l l - - C C l l - - Concentration en chlorures [Cl
C C l l - - C C l l - - Concentration en chlorures [Cl
C C l l - - C C l l - - Concentration en chlorures [Cl
C C l l - - C C l l - - Concentration en chlorures [Cl
[Cl - ] AArrmmaattuurree Zone de de convectionZ convectionone de diffusionZ diffusionone Zone de
[Cl
- ]
AArrmmaattuurree
Zone de de convectionZ convectionone
de diffusionZ diffusionone
Zone de

EEnnrroobbaaggee

3.1.4.3 Durabilité vis-à-vis de l'alcali-réaction et de la réaction sulfatique interne

L'alcali-réaction et la réaction sulfatique interne se manifestent par l'apparition d'un réseau de fissures sous forme d'un maillage plus ou moins régulier. A ce stade, les fissures modifient les propriétés de transfert du béton et peuvent donc favoriser la pénétration des agents agressifs (chlorures, gaz carbonique) et donc la corrosion des armatures.

Ensuite, l'altération peut devenir structurelle et modifier les propriétés mécaniques du béton.

En milieu maritime, la prévention contre les risques d'alcali-réaction et de réaction sulfatique interne est donc fondamentale pour maintenir et garantir la durabilité du béton.

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Comment réaliser un béton durable ? En première approche, un béton durable est un bé

Comment réaliser un béton durable ?

En première approche, un béton durable est un béton de faible porosité capillaire. La porosité capillaire est le volume total des canaux qui traversent le béton, ce qui correspond au volume entre les grains de ciment non comblé par les hydrates.

Pour réduire la porosité capillaire, on peut :

- densifier la pâte en diminuant la quantité d'eau par rapport à la quantité d'éléments fins

(ciment et fines des granulats) tout en maintenant une maniabilité suffisante compte tenu des moyens de serrage par l'utilisation d'un plastifiant/réducteur d'eau ou d'un superplastifiant/haut

réducteur d'eau,

- intensifier le durcissement en augmentant le dosage en ciment : la réaction d'hydratation du

ciment produit des hydrates : plus le dosage en ciment est élevé, plus il se forme d'hydrates qui

remplissent peu à peu les canaux capillaires et donc diminuent le volume des capillaires,

- augmenter l'étendue granulaire, essentiellement en défloculant les grains fins du ciment (de 40 microns à 10 microns environ) grâce à l'utilisation d'un plastifiant/réducteur d'eau ou d'un superplastifiant/haut réducteur d'eau,

- utiliser des ultra-fines comme les fumées de silice par exemple,

- optimiser le squelette granulaire.

D'autres facteurs sont essentiels à la durabilité d'un béton et orientent la formulation du béton en fonction du type d'exposition du béton :

- La résistance aux agents chimiques : selon la nature du ciment, la proportion d'hydrates résistant

aux agents chimiques sera plus ou moins importante. Pour un béton devant résister à un environnement agressif, on utilisera des ciments de caractéristiques complémentaires PM ou ES qui respectent les spécifications chimiques des normes NF P 15-317 (ciment pour travaux à la mer) ou XP P 15-319 (ciment pour travaux à haute teneur en sulfates).

- La résistance au gel/dégel : le facteur essentiel pour la durabilité au gel/dégel est la distance entre

les bulles d'air et pas seulement la porosité : on a intérêt à créer un réseau de micro-bulles d'air très rapprochées par l'utilisation d'un adjuvant entraîneur d'air, ce qui a pour effet d'augmenter la porosité du béton.

La durabilité du béton réel est fonction de la qualité de la mise en œuvre et dépend notamment des facteurs suivants :

- La qualité de la vibration du béton : un manque de vibration entraîne l'emprisonnement de

nombreuses bulles d'air qui contribuent à augmenter la porosité du béton.

- La qualité de la cure : dès qu'il n'est plus saturé en eau, le béton d'enrobage ne développe plus de

résistance. Ainsi dès le décoffrage et en l'absence de cure efficace, la réaction d'hydratation du béton d'enrobage est fortement ralentie et la porosité capillaire devient plus importante que celle au cœur du béton. Or la durabilité du béton dépend justement fortement de la porosité du béton

d'enrobage,

- La fissuration accidentelle : les fissures accidentelles (tassement, retrait plastique, thermique, endogène) constituent un chemin privilégié pour les agents agressifs et diminuent la durabilité du béton.

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

3.2 REFERENTIEL TECHNIQUE

L'utilisateur du béton dispose, pour atteindre les exigences présentées dans le paragraphe 3.1, d'un référentiel technique constitué de normes, de fascicules, de guides techniques, de recommandations… qui va le guider et lui permettre de définir un cahier des charges relatif au béton adapté à l'ouvrage qu'il souhaite construire (cf. annexe "Contexte réglementaire et normatif").

3.3 STIPULATIONS

Les stipulations permettent au maître d'œuvre de formaliser et rendre contractuelles les exigences identifiées au paraphe 3.1.

3.3.1 Généralités

Un ouvrage en béton doit répondre à trois exigences fondamentales :

Il doit résister aux diverses actions agressives de son environnement : durabilité du

matériau. Il doit conserver son aspect et la qualité de ses parements : pérennité de l’aspect.

Il doit résister aux charges auxquelles il est soumis : performance mécanique.

Le béton doit conserver ces propriétés pendant toute la durée d'utilisation de l'ouvrage.

Les caractéristiques à prescrire pour garantir ces trois propriétés sont intimement liées à :

la nature de l’ouvrage : sa fonction, sa destination, sa durée de vie ;

son exposition : l’agressivité de son environnement ;

la géométrie de la structure.

Les stipulations portent d'une part sur le matériau lui-même :

La composition du béton :

nature et dosage des différents constituants,

dosage minimal en ciment,

teneur en chlorures, etc…

Les propriétés du béton à l'état frais :

consistance,

température du béton,

teneur en air occlus, etc…

Les propriétés du béton à l'état durci :

résistance mécanique (compression, traction),

résistance aux chocs et à l'abrasion,

résistance au gel/dégel, etc…

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Mais également sur la façon de le mettre en œuvre dans l'ouvrage :

Les techniques de mise en œuvre :

transport,

pompage,

serrage,

cure,etc…

Les dispositions constructives :

enrobage nominal des armatures,

diamètre et espacement des armatures,

assainissement,etc…

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Chapitre 3 – Béton en site maritime exigences et spécifications

Rôle et responsabilité des différents intervenants dans la prescription du béton

La norme NF EN 206-1 introduit les notions de prescripteur, de producteur et d'utilisateur et définit le rôle et les responsabilités de ces différents intervenants dans la « chaîne » de stipulation du béton.

LLee pprreessccrriipptteeuurr est responsable de la spécification du béton, c’est-à-dire qu’il doit s’assurer de bien prendre en compte tous les paramètres qui permettront de définir le béton à utiliser. La chaîne de prescription du béton fait intervenir plusieurs acteurs : le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre et l’entreprise.

Le maître d'ouvrage définit la durée d'utilisation du projet, la fonction et l'aspect souhaité de l'ouvrage et détermine les classes d'exposition. Le maître d'œuvre définit les stipulations qui répondent aux exigences du maître d'ouvrage. L'entreprise met en œuvre les stipulations du maître d'œuvre d'une manière qui dépend des moyens dont elle dispose.

Le prescripteur doit s’assurer que toutes les exigences pertinentes pour obtenir les propriétés nécessaires du béton sont comprises dans les spécifications données au producteur. Le prescripteur doit entre autre prescrire toutes les exigences sur les propriétés du béton qui sont nécessaires au transport, à la mise en place, à la vibration, à la cure du béton et à tout autre traitement ultérieur.

LLee pprroodduucctteeuurr (très souvent il s’agit d’une centrale de béton prêt à l’emploi, dans certains cas il peut s’agir de l’entreprise quand le béton est fabriqué sur le chantier) est responsable de la conformité et du contrôle de production du béton.

LLu