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Dossier de jurisprudence sociale TRiPALiUM Signature numérique de

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ID : CN = TRiPALiUM, C = FR
Date : 2006.06.25 16:57:51 +02'00'
Reproduction interdite ©TRiPALiUM 2007

Dossier TRiPALiUM

Dossier

Recrutement,
engagement, probation

1. Jurisprudence sociale
2. Articles code
3. Documents utiles

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Dossier de jurisprudence sociale TRiPALiUM
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Articles du code
Recrutement Engagement

Sélection d’arrêts extraits de la base de jurisprudence TRiPALiUM

Recrutement
Obligation de fidélité
• Cass. Soc. 11/06/2003 02-42818
• Cass. Soc. 10/05/2001 99-40584
• Cass.soc., 17 janvier 2006 N°04-41814
• Cass.soc., 05 avril 2005 N° 02-46628
Discrimination
• Cass.soc., 11/06/02 N°01-85.560
• Cass.soc., 18 janvier 2006 N°03-45422
• Cass.soc., 26 octobre 2005 N° 03-46728
• Cass.soc., 5 juillet 2005 N° 03-44281
• Cass.soc., 15 mars 2005 N°02-43.560, 02-43.616
• Cass.crim., 09 novembre 2004 N° 04-81397

Clause de non concurrence


• Cass.soc., 10 /07/ 02 N° 99-43.334 à 99-43.336
• Cass.soc., 13 juillet 2004 N° 02-43913
• Cass. Soc. 05/06/2001 98-45798
• Cass. Soc. 17/10/2000 98-42018
• Cass.soc., 11 janvier 2006 N° 03-46.933
• Cass.soc., 14 décembre 2005 N°04-40561
• Cass.soc., 13 septembre 2005 N° 02-46795
• Cass.soc., 8 juin 2005 N° 03-43321

Travail dissimulé
• Cass.soc., 24 mai 2005 N° 04-86813
• Cass.soc., 10 mai 2006 N° 04-42608
• Cass.soc., 12 janvier 2006 N° 04-42.190
• Cass.soc., 16 décembre 2005 N°03-30390
• Cass. Soc. 23/01/2003 00-22164
• Cass. Soc. 15/10/2002 00-45082

Curriculum Vitae
• Cass. Soc. 16/02/1999 96-45565
• Cass.soc., 31 janvier 2006 N° 05-42130
Promesse d’embauche
• Cass. Soc. 02/02/1999 95-45331
• Cass. Soc. 04/12/2001 99-43324

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• Cass.soc. 18/05/1999 no 97-40.650
• Cass. Soc. 12/03/2002 99-44222
Stagiaires - bénévolat - subordination
• Cass. Crim. 03/12/2002 02-81453
• Cass. Soc. 29/01/2002 99-42697
• Cass.soc., 15 mars 2006 N° 05-42.946
• Cass.soc., 22 mars 2006 N° 05-42233
• Cass.soc., 31 mai 2005N° 03-30741
• Cass.soc., 13 avril 2005 N° 03-42583
Probation – essai professionnel - essai
• Cass. Soc. 04/01/2000 97-41154
• Cass.soc., 15 mars 2006 N° 04-44544
• Cass.soc., 29 juin 2005 N° 02-45.701
• Cass. Soc. 10/03/2004 01-44750
• Cass. Soc. 17/12/2003 01-42368
• Cass.soc., 30 mars 2005 N° 02-46.103
• Cass.soc., 11 mai 2005 N° 03-40.650, 03-40.651
• Cass.soc., 26 octobre 2005 N° 03-44.585
• Cass.soc., 26 octobre 2005 N° 03-44.751

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Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass. Soc.

11/06/2003 02-42818

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 11 juin 2003 Cassation

N° de pourvoi : 02-42818
Inédit titré

Président : M. LE ROUX-COCHERIL conseiller

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le moyen unique :

Vu les articles L. 122-6 et L. 122-8 du Code du travail ;

Attendu que Mme X... a été engagée en 1982 en qualité d'agent thermal
par l'établissement thermal de Balaruc les Bains ;

que la salariée a été en arrêts de travail pour maladie à différentes reprises


durant une période comprise entre le 27 avril 1998 et le 30 août 1998 ;
qu'elle a été licenciée pour faute grave le 16 septembre 1998 "pour
Respecte son réalisation d'un travail auprès d'un autre employeur (bar La Goélette à
obligation de Sète) pendant un arrêt de travail pour maladie" ; que la salariée a saisi la
loyauté, le salarié juridiction prud'homale ;
exerçant une
activité ponctuelle
bénévole pendant
un arrêt maladie. Attendu que pour dire le licenciement de la salariée fondé sur une faute
Appelée à se grave et la débouter de ses demandes, l'arrêt infirmatif énonce que le fait
prononcer sur les par Mme X... d'avoir le 24 août 1998 travaillé entre 20 h et 20 h 30 dans un
conséquences de bar alors qu'à cette date elle était en arrêt de maladie qui venait d'être
l’exercice d’une prolongé et qu'elle n'était pas autorisée par le médecin à sortir après 18 h
activité constitue un acte de déloyauté à l'égard de son employeur qui à la même
temporaire et époque estivale était en pleine activité, un tel comportementPage 4
rendant
bénévole pendant impossible le maintien du contrat de travail même pendant le préavis et
un arrêt de caractérisant la faute grave ;
travail, le cour de
cassation rappelle
Attendu, cependant, d'abord, que l'inobservation par le salarié de ses
que
obligations à l'égard de la sécurité sociale et tenant aux heures de sortie
l’inobservation
autorisées ne peut justifier son licenciement ;
par le salarié de
ses obligations à
l’égard de la Attendu, ensuite, que l'exercice d'une activité pendant un arrêt de travail
sécurité sociale et provoqué par la maladie ne constitue pas en lui-même un manquement à
tenant aux heures l'obligation de loyauté qui subsiste pendant la durée de cet arrêt ;
de sorties
autorisées ne
Qu'en statuant comme elle l'a fait, alors qu'elle avait constaté que la
peut justifier son
salariée avait aidé, très temporairement, et à titre bénévole, en sa qualité
licenciement et
d'associée et de concubine, le gérant d'un bar, dans une activité au sujet de
que l’exercice
laquelle il n'était pas démontré qu'elle impliquait un acte de déloyauté, la
d’une telle activité cour d'appel a violé les textes susvisés ;
ne constitue pas
en lui-même un
manquement à PAR CES MOTIFS :
l’obligation de
loyauté qui
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 12
subsiste pendant
décembre 2000, entre les parties, par la cour d'appel de Montpellier ;
la durée de cet
remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
arrêt.
trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
cour d'appel de Toulouse ;

Condamne la commune de Balaruc les Bains aux dépens ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
l'arrêt cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du onze juin deux mille trois.

--------------------------------------------------------------------------------

Décision attaquée : cour d'appel de Montpellier (Chambre sociale) 2000-12-


12
Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, RUPTURE - Licenciement -
Cause - Faute grave du salarié - Manquement à ses obligations vis-à-vis de
la sécurité sociale (non).

Codes cités : Code du travail L122-6 et L122-8.

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Cass. Soc.

10/05/2001 99-40584

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 10 mai 2001 Cassation.

N° de pourvoi : 99-40584
Publié au bulletin

Président : M. Waquet, conseiller doyen faisant fonction. .


Rapporteur : M. Richard de la Tour.
Avocat général : M. Lyon-Caen.
Avocat : la SCP Bachellier et Potier de la Varde.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique :

Vu les articles L. 122-6, L. 122-14-3 et L. 122-14-4 du Code du travail ;

Attendu que Mme Harter a été engagée par la société Madex, aux droits de
laquelle se trouve la société Métropolight à compter du 1er septembre
1992 ; qu'elle a effectué un stage de formation dans la société Poirson du
12 octobre 1995 au 14 juin 1996 dans le cadre d'un congé individuel de
formation ; qu'elle a été licenciée par lettre du 27 juin 1996 au motif
essentiel qu'elle avait accompli son stage de formation chez l'un des
concurrents directs de l'employeur et que, ce faisant, elle avait violé son
obligation de loyauté ;

Attendu que pour décider que le licenciement de Mme Harter était sans
cause réelle et sérieuse et pour condamner l'employeur à lui verser diverses
sommes, la cour d'appel, après avoir relevé que l'employeur se bornait à
exciper de la présence du mari de la salariée dans la société Poirson ainsi
que de l'identité des produits, qui est effective, commercialisés par les deux
sociétés, a décidé qu'en l'absence de preuve d'un préjudice commercial subi
par l'employeur et en raison du fait que le stage s'était déroulé dans le
cadre d'un congé de formation de brève durée pendant lequel la salariée
Le fait pour un s'était bornée à étudier des zones de chalandises, la salariée n'avait pas
salarié d’effectuer manqué à ses obligations de loyauté, d'exclusivité et de non-concurrence ;
une formation au
Page 6
sein d’une société Attendu cependant que le fait pour un salarié d'effectuer une formation au
concurrente de sein d'une société concurrente de son employeur constitue un manquement
son employeur à l'obligation de loyauté auquel le salarié est tenu envers son employeur,
constitue un même pendant les périodes de suspension de son contrat de travail et
manquement à caractérise une faute ;
l’obligation de
loyauté auquel le
Qu'en statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les
salarié est tenu conséquences de ses propres constatations, a violé les textes susvisés ;
envers son
employeur, même
pendant les PAR CES MOTIFS :
périodes de
suspension de son
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 25
contrat de travail
novembre 1998, entre les parties, par la cour d'appel de Nancy ; remet, en
et caractérise une
conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
faute.
ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Dijon.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2001 V N° 159 p. 126


Revue trimestrielle de Droit civil, octobre décembre 2001, n° 4 p. 880 882,
note Jacques MESTRE et Bertrand FAGES.
Décision attaquée : Cour d'appel de Nancy, 1998-11-25
Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Obligations du
salarié - Obligation de loyauté - Domaine d'application - Salarié en congé
individuel de formation .

Le fait pour un salarié d'effectuer une formation au sein d'une société


concurrente de son employeur constitue un manquement à l'obligation de
loyauté auquel le salarié est tenu envers son employeur, même pendant les
périodes de suspension de son contrat de travail et caractérise une faute.

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Suspension - Effets - Obligation de


loyauté - Maintien

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Obligations du salarié - Obligation de


loyauté - Domaine d'application - Suspension du contrat

CONTRAT DE TRAVAIL, RUPTURE - Licenciement - Cause - Cause réelle et


sérieuse - Faute du salarié - Obligation de loyauté - Manquement

Codes cités : Code du travail L122-6, L122-14-3, L122-14-4.

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Cass.soc.,

17 janvier 2006 N°04-41814

Un ingénieur
disposant d’une
clause de non
concurrence sans
contrepartie
financière
démissionne.
L’employeur se
plaint d’actes de
concurrence
déloyale et est
débouté par la
cour d’appel au
motif que la
clause de non
concurrence était
nulle.
Cassant et
annulant l’arrêt
de la cour d’appel
de Metz, la cour Cour de Cassation
de cassation Chambre sociale
rappelle la Audience publique du 17 janvier 2006 Cassation
différence qui N° de pourvoi : 04-41814
existe entre Inédit
l’obligation de non Président : M. CHAGNY conseiller
concurrence et la REPUBLIQUE FRANCAISE
clause de non AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
concurrence. Si la LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
clause de non Sur le premier moyen :
concurrence Vu l'article 1134 du Code civil ;
concerne le futur, Attendu que M. X..., engagé le 21 janvier 1991 en qualité de technicien par
la société Diceep et promu le 1er janvier 1996 ingénieur assimilé, par
l’obligation de non
avenant à son contrat de travail comportant une clause de non-concurrence
concurrence
lui interdisant pendant une période de deux ans suivant son départ de
concerne la
travailler directement ou indirectement pour le compte de l'un des
relation
commettants de son employeur, a notifié à ce dernier sa démission le 19
contractuelle septembre 1998 à effet du 18 décembre suivant ; que l'employeur a saisi la
présente. juridiction prud'homale pour obtenir la condamnation de son ancien salarié
Or, l’employeur se à lui payer une somme à titre de dommages-intérêts en réparation du
plaignait de préjudice commercial et moral consécutif à ses actes de concurrence
concurrence déloyale ;
déloyale, il fallait Attendu que, pour débouter l'employeur de sa demande, l'arrêt attaqué
donc vérifier si les Page 8
actes qui avaient énonce qu'une clause de non-concurrence n'est licite qu'aux conditions
été commis cumulatives d'être indispensable à la protection des intérêts légitimes de
l’avaient été alors l'entreprise, limitée dans le temps et dans l'espace, définie en fonction des
que le salarié spécificités de l'emploi du salarié et de comporter l'obligation pour
était engagé ou l'employeur de verser une contrepartie financière ; qu'au regard de ce
après. dernier élément, la clause en litige a exclusivement énoncé qu'en
Si les actes dont contrepartie de l'obligation de non-concurrence du salarié, "Diceep prendrait
se plaignait en charge le financement de l'ensemble des frais de déplacement et séjours
l’employeur avait nécessaires pour la formation spécifique auprès des sociétés avec lesquelles
été commis elle était liée par contrat de distribution ou d'intégration, Diceep prenant
pendant également en charge le financement des plate-formes et matériels divers
l’execution du nécessaires" ; qu'aucune contrepartie financière n'a été attachée à la
période, fixée à deux années, d'interdiction de concurrence et que la clause
contrat, ce
en litige apparaît dès lors à l'évidence comme entachée de nullité ;
dernier était
Qu'en statuant ainsi, alors que l'obligation de loyauté à laquelle se trouve
fondé à demander
soumis le salarié pendant la durée d'exécution de son contrat de travail est
réparation du
distincte de la clause de non-concurrence et que l'employeur invoquait à
préjudice l'encontre du salarié des faits de concurrence déloyale, la cour d'appel, qui
nonobstant la n'a pas recherché si ces actes de concurrence déloyale imputés au salarié
nullité de la n'étaient pas antérieurs à la rupture du contrat de travail, n'a pas donné de
clause de non base légale à sa décision ;
concurrence : « PAR CES MOTIFS, et sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres
Qu'en statuant moyens du pourvoi :
ainsi, alors que CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 19 janvier
l'obligation de 2004, entre les parties, par la cour d'appel de Metz ;
loyauté à laquelle remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
se trouve soumis trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
le salarié pendant cour d'appel de Nancy ;
la durée Condamne M. X... aux dépens ;
d'exécution de Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du nouveau Code de
son contrat de procédure civile ;
travail est Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
distincte de la présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
clause de non- l'arrêt cassé ;
concurrence et Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
que l'employeur par le président en son audience publique du dix-sept janvier deux mille six.
invoquait à --------------------------------------------------------------------------------
l'encontre du Décision attaquée : cour d'appel de Metz (chambre sociale) 2004-01-19
salarié des faits
de concurrence
déloyale, la cour
d'appel, qui n'a
pas recherché si
ces actes de
concurrence
déloyale imputés
au salarié
n'étaient pas
antérieurs à la
rupture du contrat
de travail, n'a pas
donné de base
légale à sa
décision » ( cass.
soc., 17 janvier
2006, N°04-
41814 )
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Cass.soc.,

05 avril 2005 N° 02-46628

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 5 avril 2005 Rejet
La directrice
régionale des N° de pourvoi : 02-46628
laboratoires SVR Inédit
soutient devant
témoins, au cours Président : M. BOURET conseiller
d'un recrutement,
que l'ensemble REPUBLIQUE FRANCAISE
des visiteurs
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
médicaux
n'aspiraient qu'à LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
quitter
l'entreprise ... Il Sur le moyen unique :
s'agit d'un test
des candidats, Attendu que Mme X..., engagée le 24 septembre 1979 par la société
affirme la Laboratoires SVR en qualité de visiteur médical, a été licenciée le 4
directrice, le but décembre 1997 pour faute lourde ;
étant de
Attendu que la salariée fait grief à l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 9
provoques leurs
septembre 2002) d'avoir jugé son licenciement fondé sur une faute lourde,
réactions et de les
alors, selon le moyen :
informer de la
situation de 1 / que la faute lourde étant la faute grave commise par le salarié avec
l'entreprise ... intention de nuire à son employeur, la cour d'appel ne pouvait retenir la
Que nenni, pour faute lourde de Mme X... par simple affirmation que son manquement ne
la cour de pouvait s'expliquer "que par l'intention de nuire" sans relever aucun
cassation, il s'agit élément de fait révélant une telle "intention" ;
purement et
simplement d'un 2 / que la cour d'appel ne pouvait décider que Mme X... avait commis une
dénigrement faute lourde privative des indemnités de rupture en se fondant quasi
constitutif d'une exclusivement sur une attestation de M. Y... tout en s'abstenant de
faute lourde : " répondre aux conclusions de Mme X... qui faisait valoir que ce témoin était
Mais attendu que de mauvaise foi et qu'il participait à un piège qui lui était tendu ;
la cour d'appel,
3 / que la cour d'appel aurait dû rechercher, comme cela lui était demandé
qui a retenu que
dans les conclusions de Mme X..., de ce chef également délaissées, si, à
la salariée, qui
raison de la mission qui lui était confiée pour le recrutement de visiteurs
exerçait les médicaux, il n'était pas du devoir de Mme X..., pour tester les candidats, de
fonctions de provoquer leurs réactions et surtout de les informer de la situation de
directrice l'entreprise, ce qui ne constituait pas un dénigrement de celle-ci, mais ce
régionale, avait qui était nécessaire pour évaluer leur détermination ;
tenu, en présence
de candidats au 4 / que Mme X... avait soutenu, dans des conclusions de Page
ce chef10
encore
recrutement, des délaissées, que la gravité du dénigrement qui lui était reproché et qui aurait
propos dénigrant constitué un obstacle au processus de recrutement de visiteurs médicaux
le laboratoire, dont elle était chargée était démentie, non seulement par le fait, reconnu
consistant à par la cour, qu'un candidat avait été en définitive embauché, mais même
soutenir que que c'était à elle qu'avait été confiée la responsabilité de la formation de ce
l'ensemble des nouveau visiteur médical, circonstance exclusive d'un dénigrement de
visiteurs l'entreprise dont elle était à tort accusée ;
médicaux
Mais attendu que la cour d'appel, qui a retenu que la salariée, qui exerçait
n'aspiraient qu'à
les fonctions de directrice régionale, avait tenu, en présence de candidats
quitter
au recrutement, des propos dénigrant le laboratoire, consistant à soutenir
l'entreprise, a
que l'ensemble des visiteurs médicaux n'aspiraient qu'à quitter l'entreprise,
caractérisé, sans
a caractérisé, sans encourir les griefs du moyen, son intention de nuire à
encourir les griefs l'employeur et à l'entreprise ; que le moyen n'est pas fondé ;
du moyen, son
intention de nuire PAR CES MOTIFS :
à l'employeur et à
l'entreprise ; que REJETTE le pourvoi ;
le moyen n'est
pas fondé ;" Condamne Mme X... aux dépens ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du cinq avril deux mille cinq.

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Cass.soc.,

11/06/02 N°01-85.560

N° W 01-85.560 F-D N°3294 11 JUIN 2002

M. COTTE président,

REPUBLIQUEFRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique


tenue au Palais de justice à PARIS, a rendu l’arrêt suivant :
Statuant sur le pourvoi formé par :
- L’ASSOCIATION SOS RACISME, partie civile,
Contre l’arrêt n° 870 de la cour d’appel de MONTPELLIER, chambre
correctionnelle, en date
du 5 juin 2001, qui l’a déboutée de ses demandes après relaxe de Didier
ARNAUD, Jean-
François CANDELA, Gilles DROALIN, Patrick PINTO, Gérard SAADA et Aimé
TESSIER,
du chef de discrimination en raison de la race ou de l’ethnie ;
La COUR, statuant après débats en l’audience publique du 28 mai 2002 où
étaient
présents : M.Cotte président, M. Desportes conseiller rapporteur, M.Joly,
Mmes Chanet,
Anzani, Mazars, MM. Beyer, Pometan conseillers de la chambre, Mme
Karsenty conseiller
référendaire :
Avocat général : M. Di Guardia ;
Greffier de chambre : Mme Randouin ;
Sur le rapport de M. le conseiller référendaire DESPORTES, les observations
de la
société civile professionnelle BARADUC et DUHAMEL, avocat en la Cour, et
les
conclusions
de M. l’avocat général DI GUARDIA ;
Vu le mémoire produit ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 225-1,
225-2 du Code pénal, 427,591, 593du code de procédure pénale, violation
des droits de la défense,
défaut de motifs, manque de base légale ;
« en ce que l’arrêt attaqué a relaxé les prévenus du chef de discrimination
raciale
lors de la fourniture d’un service en raison de l’origine ou de l’ethnie et a
débouté la partie
civile ;
« aux motifs, d’une part, que l’administration de la preuve en droit pénal,
qui est Page 12
l’administration de la véracité d’un fait, est libre et que juge fonde sa
décision sur les
preuves qui lui sont apportées et discutées contradictoirement ; que
toutefois, si la
manifestation de la vérité est essentielle, elle ne peut être recherchée de
n’importe quelle
manière, et une déontologie, une moralité et une éthique sont imposées en
la matière aux
services enquêteurs de la police, de la gendarmerie, de la douane et des
administrations
habilitées ; que si une association se charge elle-même de l’administration
de la preuve,
elle est tenue des mêmes obligations de loyauté ; que tel est le cas de
l’association SOS
Racisme, dont la valeur du combat qu’elle mène envers tout mode de
ségrégation ne lui
permet pas de s’affranchir des règles de la procédure pénale, de la
présomption
d’innocence et de la loyauté dans la recherche des preuves ; qu’en l’espèce,
l’opération de
« testing » réalisée par des groupes de clients potentiels a été réalisée de
manière
unilatérale par l’association, qui a fait appel uniquement à ses adhérents ou
sympathisants
dûment informés que le but de l’opération était, non pas d’entrer à « La
Nuit », au
« Souleil » ou au « Toro Loko », mais de démontrer la ségrégation existant
à l‘entrée de ces
établissements ;
« aux motifs, d’autre part, qu’aucun témoignage n’a été recueilli en dehors
de ceux
des personnes recrutées par SOS Racisme et qu’il n’existe aucune
constatation objective
qui permettrait de corroborer les témoignages des parties civiles ; que si le
testing révèle
une différence d’attitude de la part des portiers, aucun élément ne permet
d’affirmer que le
critère racial propres aux intéressés motivait ce refus ; que par ailleurs, il
résulte des
témoignages reçus devant le tribunal correctionnel et des attestations
versées aux débats
par les prévenus que la clientèle des établissements « La Nuit » et « Le
Souleil » est
multiraciale ; que les divers prévenus ont contesté avoir pratiqué une
discrimination
raciale ; que rien ne permet d’affirmer que les prévenus ont sélectionné la
clientèle sur des
critères raciaux, hormis l’opinion subjective des parties civiles, et qui si une
sélection a
lieu, elle est habituelle dans ce type de commerce et repose sur des critères
de commercialité
et de créneau de clientèle, comme c’est l’usage pour des établissements
réservés aux »gays », aux « blacks », aux « hétéros » ou à la « jet set » ;
« aux motifs, enfin, que la méthode du « testing » employée par
l’association SOS
Racisme, qui s’est déroulée sans aucune intervention d’un officier de justice
ou d’un
huissier de justice, est un mode de preuve qui n’offre aucune transparence
et n’est pas Page 13
empreint de la loyauté nécessaire à la recherche des preuves en procédure
Plusieurs pénale et porte
membres ou atteinte aux droits de la défense, principe général du droit incessamment
sympathisants de rappelé par le
l’association SOS législateur et la Cour Suprême, et au droit à un procès équitable visé à
Racisme ont l’article 6 de la
organisé une Convention européenne des droits de l’homme ;
opération, dite « « alors que, d’une part, la partie civile peut régulièrement produire en
testing », justice, pour
destinée à établir démontrer la discrimination raciale dont elle est l’objet dans une offre de
d’éventuelles prestation de service, à l’occasion d’un procès qui l’oppose à un dirigeant et
pratiques à des employés de
discriminatoires à discothèque, le résultat d’un « testing » réalisé à l’aide de divers témoins et
l’entrée de constaté par des
discothèques ou officiers de gendarmerie appelés sur place à cet effet, dès lors que, dans
bars. La validité cette situation
d'une telle inégalitaire, ce procédé ne présente aucun caractère déloyal ; qu’en
opération est l’espèce, après avoir
reconnue par la rappelé les exigences relatives à la recherche des preuves en procédure
cour de pénale, notamment
cassation : " concernant la loyauté des divers moyens de preuve, le respect des droits de
Attendu la défense et de
qu’aucune la présomption d’innocence, les juges d’appel ont relevé que le « testing »
disposition légale réalisé en
ne permet aux matière de discrimination raciale à l’entrée des discothèques est un mode
juges répressifs de preuve qui
n’offre aucune transparence et n’est pas empreint de la loyauté susvisée,
d’écarter les
s’il n’est
moyens de
accompagné de l’intervention concomitante d’un officier de police judiciaire
preuve produits
ou celle d’un
par les parties au
huissier de justice ; qu’en se prononçant ainsi, sans tenir compte de la
seul motif qu’ils
situation inégalitaire
auraient été qui permet à un directeur de discothèque de refuser des clients sur des
obtenus de façon critères
illicite ou commerciaux fantaisistes qui masquent le critère racial ou ethnique du
déloyale ; qu’il refus, tandis que les
leur appartient autorités judiciaires interviennent toujours a posteriori pour ne pas être
seulement, en suspectées de
application du provocation, les juges d’appel ont violé les droits de la défense qui exigent
texte susvisé, d’en que toute
apprécier la personne victime d’un délit puisse faire valoir ses droits devant la juridiction
valeur " de
jugement ; qu’en se prononçant ainsi, l’arrêt n’est pas légalement justifié ;
« alors que, d’autre part, à supposer que ce procédé soit déloyal, les juges
répressifs
ne peuvent écarter les moyens de preuve produits par les parties au seul
motif qu’ils
auraient été établis de manière illicite ou déloyale mais doivent en apprécier
la valeur
probante ; qu’en déclarant que le « testing » est un mode de preuve qui ne
peut, a défaut
d’intervention des autorités judiciaires, établir la preuve d’un délit de
discrimination dans
une offre de prestation de service, du seul fait de son caractère déloyal, les
juges d’appel
ont violé les dispositions de l’article 427 du Code de procédure pénale qui
énoncent que les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve ;
« alors que, enfin, la discrimination commise à l’égard d’une seule personne
suffit à Page 14
constituer le délit, sans que l’absence de discrimination commise dans le
même temps
envers d’autres personnes soit une cause d’exonération, pas plus que
l’existence d’un
usage de sélection dans les établissements du même type ; qu’ainsi, en se
fondant sur les
motifs inopérants suivant lesquels en premier lieu la clientèle des
discothèques « La Nuit »,
« Le Souleil » et le « Toro Loko » est multiraciale, et en second lieu la
sélection fondée sur
des critères de « créneau de clientèle » (sic !) est habituelle dans ce genre
de commerce,
comme c’est l’usage notamment pour des établissements réservés aux «
blacks », les juges
d’appel
ont violé les textes susvisés » ;
Vu l’article 427 du Code de procédure pénale ;
Attendu qu’aucune disposition légale ne permet aux juges répressifs
d’écarter les
moyens de preuve produits par les parties au seul motif qu’ils auraient été
obtenus de façon
illicite ou déloyale ; qu’il leur appartient seulement, en application du texte
susvisé, d’en
apprécier la valeur
probante après les avoir soumis à la discussion contradictoire ;
Attendu qu’il résulte de l’arrêt attaqué que plusieurs membres ou
sympathisants de
l’association SOS Racisme ont organisé une opération, dite « testing »,
destinée à établir
d’éventuelles pratiques discriminatoires à l’entrée de discothèques ou bars ;
qu’à cet effet, les intéressés se sont repartis en trois groupes, l’un constitué
par deux femmes et un homme
d’origine européenne et les deux autres d’origine maghrébine ; qu’ainsi
regroupés, il se sont
présentés à l’entrée des établissements concernés ; que, les personnes
d’origine maghrébine
s’étant vues refuser l’entrée, le procureur de la République a fait citer
devant le tribunal
correctionnel Aimé Tessier et Gilles Doalin, exploitant des établissements
concernés, ainsi
que les portiers, Jean-François Candela, Patrick Pinto, Gérard Saasa et
Didier Arnaud, pour
discrimination dans la fourniture d’un service à raison de l’origine raciale ou
ethnique, sur le
fondement des articles 225-1 et 225-2 du Code pénal ; que plusieurs
personnes, dont
l’association SOS Racisme, se sont constituées partie civile ; que le tribunal
a relaxé les
prévenus et débouté les
parties civiles de leurs demandes ;
Attendu que, pour confirmer ce jugement, la cour d’appel retient,
substituant ses
motifs à ceux des premiers juges, que le procédé dit « testing » est illicite ;
qu’elle énonce
qu’il n’offre « aucune transparence », ne respecte pas « la loyauté
nécessaire dans la
recherche des preuves et
porte atteinte aux droits de la défense ainsi qu’au droit à un procès
équitable » ; Page 15
Mais attendu qu’en prononçant ainsi, la cour d’appel a méconnu le texte
susvisé et le
principe ci-dessus énoncé ;
D’où il suit que la cassation est encourue de ce chef ;
Par ces motifs,
CASSE et ANNULE l’arrêt susvisé de la cour d’appel de MONTPELLIER, en
date du
5 juin 2001, mais uniquement en ce qu’il a débouté l’association SOS
Racisme de ses
demandes,
toutes autres dispositions étant expressément maintenues ;
Et pour qu’il soit statué à nouveau, conformément à la loi, dans les limites
de la
cassation
ainsi prononcée ;
RENVOI la cause et les parties devant la cour d’appel de Lyon, à ce
désignée par
délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
ORDONNE l’impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du
greffe de
la cour d’appel de Montpellier, sa mention en marge ou à la suite de l’arrêt
annulé.
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, chambre criminelle, et prononcé
par le
président le onze juin deux mille deux ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et
le greffier de
chambre ;

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Page 16
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Cass.soc.,

18 janvier 2006 N°03-45422

A la suite de la
conclusion d’un
avenant à la
convention
d'entreprise du 15
octobre 1969
applicable dans
les sociétés du
groupe Carrefour,
il est prévu que le
personnel
embauché dans
les magasins qui
viendraient à
s'ouvrir après le
11 juillet 1985 Cour de Cassation
bénéficieraient de Chambre sociale
conditions de Audience publique du 18 janvier 2006 Cassation sans renvoi
rémunération N° de pourvoi : 03-45422
différentes. Publié au bulletin
53 salariés du Président : M. TEXIER conseiller
magasin de REPUBLIQUE FRANCAISE
Lormont AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
invoquent alors Sur le moyen unique :
une inégalité de Vu l'article L. 132-19 du Code du travail ;
traitement par Attendu qu'une différence de traitement entre les salariés d'une même
rapport à leurs entreprise ne constitue pas en elle-même une discrimination illicite au sens
collègues de l'article L. 122-45 du Code du travail ; que par ailleurs un accord
exerçant les d'entreprise peut prévoir qu'au sein de certains de ses établissements,
mêmes fonctions compte tenu de leurs caractéristiques, des modalités de rémunération
au sein du spécifiques seront déterminées par voie d'accords d'établissement ;
magasin de Attendu que le 11 juillet 1985 a été conclu un accord national d'entreprise,
Mérignac. valant avenant à la convention d'entreprise du 15 octobre 1969 applicable
Il n’y a pas de dans les sociétés du groupe Carrefour, qui prévoit que pour le personnel
discrimination embauché dans les magasins qui viendraient à s'ouvrir après le 11 juillet
illicite pour la 1985, les dispositions du statut collectif relatives à la rémunération seraient
cour de cassation inapplicables ; que l'article 5 de cet accord prévoit que la rémunération, qui
qui réforme l’arrêt est fonction des performances économiques du magasin, fait l'objet d'une
de la cour d’appel négociation annuelle dans chaque magasin ; que le 25 janvier 1999, Mme
X... et 52 salariés du magasin Sogara de Lormont, invoquant une inégalité
de Bordeaux et
de traitement par rapport à leurs collègues exerçant les mêmes fonctions au
affirme qu’un
sein du magasin de Mérignac, ont saisi la juridiction prud'homale de
accord
demandes de rappel de salaires ;
d'entreprise peut Page 17
prévoir qu'au sein Attendu que pour accueillir la demande des salariés la cour d'appel énonce
de certains de ses que l'accord national d'entreprise du 11 juillet 1985 a eu pour effet de créer
établissements, entre les salariés de la même entreprise une discrimination illicite en
compte tenu de matière de salaire ;
leurs Qu'en statuant ainsi la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
caractéristiques, Et attendu qu'en vertu de l'article 627, alinéa 2, du nouveau Code de
des modalités de procédure civile, la Cour de cassation est en mesure, en cassant sans
rémunération renvoi, de mettre fin au litige par application de la règle de droit
spécifiques appropriée ;
déterminées par PAR CES MOTIFS :
voie d'accords CASSE ET ANNULE, en toutes leurs dispositions, les arrêts rendus le 16
d'établissement : décembre 2002 et le 2 juin 2003, entre les parties, par la cour d'appel de
Bordeaux ;
« Attendu qu'une
Dit n'y avoir lieu à renvoi ;
différence de
Déboute les salariés de toutes leurs demandes ;
traitement entre
Condamne les salariés aux dépens devant la Cour de Cassation et les juges
les salariés d'une
du fond ;
même entreprise Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette les demandes
ne constitue pas des salariés ;
en elle-même une Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
discrimination présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite des
illicite au sens de arrêts cassés ;
l'article L. 122-45 Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
du Code du par le président en son audience publique du dix-huit janvier deux mille six.
travail ; que par --------------------------------------------------------------------------------
ailleurs un accord Décision attaquée : cour d'appel de Bordeaux (chambre sociale section A)
d'entreprise peut 2002-12-16
prévoir qu'au sein
de certains de ses
établissements,
compte tenu de
leurs
caractéristiques,
des modalités de
rémunération
spécifiques seront
déterminées par
voie d'accords
d'établissement
» ( Cass.soc., 18
janvier 2006, N°
03-45422 )

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Cass.soc.,

26 octobre 2005 N° 03-46728

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 26 octobre 2005 Cassation partielle
N° de pourvoi : 03-46728
Inédit
Président : M. BOURET conseiller
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
Attendu que M. X... a été engagé par la société Bull à compter du 1er
janvier 1989 en qualité d'ingénieur commercial ; qu'il est devenu
responsable des grands comptes, secteur social en 1997, et "account
manager" en 1998 ; qu'il a été élu en 1999 membre du comité
d'entreprise ; qu'il a été affecté dans le cadre d'une réorganisation effectuée
en janvier 2000 à la division ISD ; que contestant cette affectation il a saisi
la juridiction prud'homale ;
Sur le premier moyen :
Vu les articles 1134 du Code civil et L. 436-1 du Code du travail ;
Attendu que pour débouter M. X... de sa demande de réintégration dans ses
fonctions, la cour d'appel retient que l'employeur peut changer les
conditions de travail d'un salarié dans le respect des droits reconnus à tout
salarié et plus particulièrement ceux qu'il tient de fonctions au comité
d'entreprise ; que le contrat de travail de l'intéressé n'a pas été modifié ;
Attendu cependant qu'aucune modification de son contrat de travail et
aucun changement de ses conditions de travail ne peut être imposé à un
salarié protégé et qu'il appartient à l'employeur, en cas de refus, d'engager
la procédure de licenciement ;
Qu'en statuant comme elle l'a fait, alors que le salarié n'avait pas accepté
sa nouvelle affectation et qu'il appartenait dès lors à l'employeur soit de
demander l'autorisation de le licencier, soit de le maintenir dans ses
Un ingénieur fonctions antérieures, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;
commercial Bull Et sur le quatrième moyen :
devient Vu les articles 1134 du Code civil et L. 436-1 du Code du travail ;
responsable des Attendu que pour débouter le salarié de sa demande de rappel de salaires,
grands comptes, la cour d’appel retient que le mode de rémunération retenu
puis "account contractuellement n'a pas été modifié; que l'intéressé a perçu des
manager. Elu commissions, et que s'il estime ce commissionnement insuffisant, il ne peut
membre du fonder sa revendication sur la base des sommes reçues par un autre salarié
comité de l'entreprise, alors que celui-ci ne se trouve pas dans la même situation
puisqu'il a accepté le poste et les objectifs proposés ;
d'entreprise, il est
Qu'en statuant ainsi, sans rechercher ainsi qu'elle y était invitée si les
affecté dans le
commissions versées étaient égales à celles que le salarié aurait perçues si
cadre d'une
son affectation n'avait pas été modifiée, la cour d appel n'a pas donné de
réorganisation à
base légale à sa décision ; Page 19
une nouvelle
division, ce qu’il Et sur le cinquième moyen :
refuse, tout en Vu l'article 455 du nouveau Code de procédure civile ;
demandant sa Attendu que pour débouter le salarié de sa demande tendant à voir
réintégration dans constater l'existence d'une discrimination, et de ses demandes
ses fonctions. Un subséquentes, la cour d'appel relève d'une part que l'employeur était, après
de ses collègues le refus de l'inspecteur du travail d'autoriser le licenciement, en droit de
ayant accepté le proposer au salarié une modification de son contrat de travail, comme ce
poste et les dernier était en droit de la refuser, d'autre part que l'intéressé ne peut
objectifs proposés soutenir avoir été écarté de toute formation ; que les brimades dont il fait
état ne sont étayées par aucun élément objectif ;
voit sa
Qu'en statuant ainsi, sans répondre aux conclusions du salarié qui faisait
rémunération
valoir qu'il existait, dans la mise en oeuvre de la réorganisation, une
augmenter.
différence de traitement entre lui-même et les autres salariés exerçant
Pour la cour
antérieurement les fonctions d'"account manager", la cour d'appel n'a pas
d'appel, satisfait aux exigences du texte susvisé ;
l'employeur est PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les deuxième et
dans son droit. Le troisième moyens :
contrat de travail CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il a accordé au salarié une somme de 20
n’a pas été 000 francs à titre de dommages-intérêts, l'arrêt rendu le 4 septembre 2003,
modifié et entre les parties, par la cour d'appel de Dijon ;
l’employeur peut remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans l'état où
changer les elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
conditions de devant la cour d'appel de Besançon ;
travail d'un Condamne la société Bull aux dépens ;
salarié dans le Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, condamne la
respect des droits condamne à payer à M. X... la somme de 1 500 euros ;
reconnus à tout Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
salarié et plus présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
particulièrement l'arrêt partiellement cassé ;
ceux qu'il tient de Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
ses fonctions au par le président en son audience publique du vingt-six octobre deux mille
comité cinq.
d'entreprise. --------------------------------------------------------------------------------
Reprenant cette Décision attaquée : cour d'appel de Dijon (chambre sociale) 2003-09-04
affaire, la cour de
cassation fait
œuvre de
pédagogie en
rappelant : Cour de Cassation
1. Qu’une Chambre sociale
modification de Audience publique du 26 octobre 2005 Rejet
son contrat de N° de pourvoi : 03-47482
travail et un Inédit
changement de Président : M. BOURET conseiller
REPUBLIQUE FRANCAISE
ses conditions de
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
travail ne peut
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
être imposé à un
Attendu que Mme X... a été engagée comme gérante non salariée par la
salarié protégé. Il
société Chocolaterie du Puyricard, en 1970, selon un contrat régi par les
appartient à
articles L. 782-1 et suivants du Code du travail ; qu'à la suite de différends
l'employeur, en sur le taux de rémunération, fixé initialement dans son contrat de travail à
cas de refus, 12,5 % du chiffre d'affaire mais plusieurs fois modifié, et sur le paiement
d'engager la des congés payés, elle a été licenciée pour faute lourde le 6 février 1998 ;
procédure de Sur le premier moyen :
licenciement ; Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 8 septembre
2. Que la 2003) d'avoir condamné la société à payer à Mme X... des sommes à titre
rémunération du de rappel de salaire, d'indemnité de rupture et de dommages intérêts pour
salarié ayant licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors, selon le moyen :
refusé doit être 1 / que le fait pour un gérant non salarié de procéder à desPage 20
prélèvements
égale à celle qu’il non autorisés sur les recettes d'un magasin, quel qu'en soit le motif,
perçues si son caractérise une faute grave rendant impossible la poursuite du contrat de
affectation n'avait travail pendant la durée du préavis ; que la cour d'appel, qui a relevé que
pas été modifiée. l'attitude consistant à prélever sur les recettes une somme à valoir sur le
3. Que remboursement des congés payés qu'elle estimait lui être dus était
l’employeur qui effectivement anormale, sans en déduire l'existence d'une faute grave de
n’a pas engagé la nature à justifier le licenciement de la gérante non salariée, a violé les
procédure de articles L. 122-6 et L. 122-8 du Code du travail ;
licenciement et 2 / que l'objet du contrat de gérance non salariée d'une succursale de
qui pratique une maison d'alimentation de détail se trouve nécessairement modifié en cas
rémunération d'extension de la gérance initiale ; qu'en l'absence de conclusion d'un
différenciée suite nouveau contrat de gérance à la date d'acceptation de l'extension de la
au refus exprimé gérance d'origine, les relations entre les parties sont nécessairement régies
par le salarié par les dispositions légales applicables, ou par tout usage ou accord oral mis
pratique une en uvre par les parties, la modification de l'objet du contrat initial rendant
ses dispositions inapplicables ; que la cour d'appel, qui a affirmé que les
discrimination : «
relations entre les parties étaient restées sous l'empire de la convention
Qu'en statuant
initiale en dépit de l'extension de la gérance, a violé les articles 1126, et
ainsi, sans
1134 du Code civil, ensemble les articles L. 121-1 et L. 782-1 du Code du
répondre aux
travail ;
conclusions du 3 / qu'en toute hypothèse, la lettre de licenciement, qui fixe les limites du
salarié qui faisait litige, doit faire l'objet d'un examen intégral par les juges du fond ; que la
valoir qu'il lettre de licenciement notifiée à Mme X... lui faisait notamment grief d'avoir
existait, dans la procédé à un prélèvement supplémentaire de 1,19 % du chiffre d'affaires
mise en oeuvre TTC et d'avoir refusé de revenir aux taux contractuel de 11,9 %, invoquant
de la à son encontre une désobéissance caractérisée avec intention de nuire
réorganisation, gravement à l'entreprise et un vol ;
une différence de que la cour d'appel, qui n'a pas examiné les griefs de l'employeur tels qu'ils
traitement entre étaient énoncés dans la lettre de licenciement, a violé l'article L. 122-14-2
lui-même et les du Code du travail ;
autres salariés 4 / que la lettre de licenciement ne faisait pas mention du prélèvement sur
exerçant les recettes d'une somme à valoir sur le remboursement des congés payés
antérieurement que l'employeur pouvait devoir à sa gérante mais d'un prélèvement
les fonctions sauvage de 1,19 % du chiffre d'affaires quand lui avait été intimé l'ordre de
d'"account revenir au taux convenu de 11,9 % ; qu'en retenant un grief relatif au
manager", la cour prélèvement sur les recettes d'une somme à valoir sur le remboursement
d'appel n'a pas de congés payés, la cour d'appel a dénaturé les termes de la lettre de
satisfait aux licenciement et violé les articles L. 121-1 du Code du travail et 1134 du
exigences du Code civil ;
texte susvisé ; Mais attendu qu'appréciant souverainement les éléments de fait et de
» (Cass.soc., 26 preuve, la cour d'appel qui s'en est tenue aux termes de la lettre de
octobre 2005, N° licenciement, a estimé que les fautes alléguées n'étaient pas établies ;
03-46728) que le moyen n'est pas fondé ;
Et sur le second moyen :
Attendu qu'il est encore fait grief à l'arrêt d'avoir condamné la société à
payer à Mme X... une somme à titre de rappel de congés payés, alors selon
le moyen, que l'article L. 782-7 du Code du travail prévoit que par
dérogation aux dispositions générales sur les congés payés, l'octroi d'un
repos effectif peut, en cas d'accord entre les parties, être remplacé par le
versement d'une indemnité d'un montant égal au 1/12 des rémunérations
perçues pendant la période de référence ; que la société Chocolaterie
Puyricard avait fait valoir dans ses écritures que cette modalité avait été
choisie par les parties ; que la cour d'appel, qui n'a pas recherché si les
modalités de rémunération de la gérante incluaient le versement dune
indemnité de congés payés, a privé sa décision de base légale au regard de
l'article L. 782-7 du Code du travail ;
Mais attendu que la cour d'appel après avoir constaté que le contrat initial
de l'intéressée prévoyait une rémunération de 12,5 % du chiffre d'affaire
plus les congés payés, a relevé que la société n'établissait Page 21 de
pas l'accord
cette dernière à la modification des conditions de sa rémunération ; qu'en
l'absence de l'accord prévu à l'alinéa 2 de l'article L. 782-7 du Code du
travail, les congés payés étaient dus ; que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le troisième moyen
du pourvoi qui ne serait pas de nature à permettre l'admission du pourvoi :
REJETTE le pourvoi ;
Condamne la société Chocolaterie de Puyricard aux dépens ;
Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
par le président en son audience publique du vingt-six octobre deux mille
cinq.
--------------------------------------------------------------------------------
Décision attaquée : cour d'appel d'Aix-en-Provence (chambre sociale) 2003-
09-08

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Page 22
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

5 juillet 2005 N° 03-44281

Le principe "à
travail égal salaire
égal" n'en finit
pas de susciter
des contentieux.
Ainsi, se fondant
sur ce principe ,
une femme cadre
à la Caisse Cour de Cassation
régionale de Chambre sociale
Provence Audience publique du 5 juillet 2005 Rejet
d'assurance-
maladie des N° de pourvoi : 03-44281
professions Publié au bulletin
indépendantes se Président : M. SARGOS
plaint d'être
moins payée que REPUBLIQUE FRANCAISE
ses collègues de AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
même LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
qualification
effectuant un Sur le moyen unique, pris dans ses deux premières branches :
travail équivalent
à Paris. Attendu, selon l'arrêt confirmatif (Aix-en-Provence, 18 mars 2003), que
Discrimination Mme X..., cadre à la Caisse régionale de Provence d'assurance-maladie des
professions indépendantes, faisant état d'une différence de salaire à son
pense t-elle,
préjudice au regard des rémunérations perçues à travail égal au sien en
encore eut-il fallu
région parisienne, a attrait son employeur en paiement d'une somme
s'appuyer selon la
devant la formation des référés d'un conseil de prud'hommes ;
cour de cassation
sur l'article L 122- Attendu que la salariée fait grief à l'arrêt d'avoir rejeté sa demande, pour
45 ... et la lecture des motifs pris de la violation des articles 4 du nouveau Code de procédure
de cet article ne civile, L.122-45 du Code du travail et 18 de la Convention collective des
fixe pas comme caisses d'assurance maladie et maternité des travailleurs non salariés non
cas de agricoles ;
discrimination le
lieu de travail ! : " Mais attendu que la cour d'appel, qui n'a pas modifié les termes du litige et
Mais attendu que qui était saisie du seul point de savoir si le principe "à travail égal, salaire
la cour d'appel, égal" avait été méconnu par l'employeur, n'avait pas à se prononcer sur
qui n'a pas une discrimination en raison de l'un des cas énumérés par l'article L. 122-45
modifié les du Code du travail ; que le moyen n'est pas fondé ;
termes du litige et PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur la troisième branche
qui était saisie du du moyen, qui ne serait pas de nature à permettre l'admission du pourvoi :
seul point de
REJETTE le pourvoi ;
savoir si le Page 23
principe "à travail
égal, salaire égal" Condamne Mme X... aux dépens ;
avait été Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande de
méconnu par la Caisse maladie régionale de Provence ;
l'employeur, Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
n'avait pas à se par le président en son audience publique du cinq juillet deux mille cinq.
prononcer sur une Décision attaquée : cour d'appel d'Aix-en-Provence (17ème chambre) 2003-
03-18
discrimination en
raison de l'un des
cas énumérés par
l'article L. 122-45
du Code du
travail ; que le
moyen n'est pas
fondé "

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Cass.soc.,

15 mars 2005 N°02-43.560, 02-43.616

02-43.560, 02-43.616
Arrêt n° 734 du 15 mars 2005
Cour de cassation - Chambre sociale
Rejet

02-43.560
Demandeur(s) à la cassation : M. Patrick X...
Défendeur(s) à la cassation : société Renault SA

02-43.616
Demandeur(s) à la cassation : société Renault SA
Défendeur(s) à la cassation : M. Patrick X...

--------------------------------------------------------------------------------

Vu leur connexité, joint les pourvois n° 02-43.560 et 02-43.616 ;

Attendu que M. X... a été embauché cadre position 1, en 1974, par la


société Renault ; qu'il est passé position II en 1976, puis, de janvier 1984
jusqu'en 1991, a été placé coefficient 565 ; que, depuis 1978, il est titulaire
de divers mandats de représentation et exerce à plein temps les fonctions
attachées à ses mandats ; que le salarié a saisi la juridiction prud'homale de
diverses demandes en paiement d'heures supplémentaires et de dommages-
intérêts pour non-respect d'un accord du 12 juillet 1984 et pour
discrimination syndicale ; que, par un premier arrêt mixte du 20 décembre
2000, la cour d'appel de Versailles a débouté le salarié de sa demande en
paiement d'heures supplémentaires et congés payés y afférents et a sursis
à statuer sur les autres demandes en ordonnant une enquête ; que, par
arrêt du 3 avril 2002, la cour d'appel a ordonné le repositionnement du
salarié au niveau III B au 31 décembre 2000 et condamné la société
Renault à lui verser des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi
sur le fondement de l'article L. 412-2 du Code du travail ;

Sur les moyens réunis du pourvoi de l'employeur :


Cadre chez
Attendu que la société Renault fait grief à l'arrêt attaqué d'avoir dit que M.
Renault depuis
X... a fait l'objet d'une discrimination syndicale du 1er janvier 1980 au 26
1974, Mr. X... est
février 2002 et en conséquence de lui avoir ordonné de procéder au
titulaire de repositionnement du salarié au niveau III B avec le salaire moyen y
différents correspondant au 31 décembre 2000 et de l'avoir condamnée à verser des
mandats de dommages-intérêts, alors, selon le premier moyen :
représentation du
personnel qu'il 1°/ que l'autorité de la chose jugée ne s'attache qu'au dispositif du
exerce à plein Page
jugement et non à ses motifs ; que dans le dispositif de son arrêt 25
du 20
temps. Estimant décembre 2000, la cour d'appel de Versailles a uniquement confirmé le
avoir subi une jugement entrepris en ce qu'il avait débouté M. X... de sa demande en
discrimination du paiement d'heures supplémentaires et de congés payés y afférents et a
fait de l'exercice sursis à statuer sur tous les autres chefs de demandes, ordonnant une
de ses mandats, il mesure d'enquête pour rechercher si le salarié avait été régulièrement
saisit la juridiction convoqué entre 1984 et 1995 et si, dans l'affirmative, il avait accepté ou
prud'homale en non de se rendre à ces entretiens ; qu'ainsi en décidant qu'elle avait jugé
se plaignant de ne dans cet arrêt qu'il y avait eu atteinte au principe d'égalité de traitement, la
pas avoir été cour d'appel a violé l'article 480 du nouveau Code de procédure civile ;
convoqué par la
2°/ qu'en se bornant à affirmer qu'il y avait eu atteinte au principe d'égalité
direction pour un
de traitement, la cour d'appel a violé l'article 455 du nouveau Code de
entretien
procédure civile ;
d'évolution de
carrière. alors, selon le deuxième moyen :
Pour Renault,
l'accord du 12 1°/ que selon l'article 8 de l'accord du 12 juillet 1984 relatif à l'exercice du
juillet 1984 ne droit syndical et au fonctionnement des institutions représentatives du
prévoit la tenue personnel, “la direction réaffirme son intention de veiller à ce que l'exercice
d'entretiens avec d'un mandat de représentant du personnel, élu ou désigné, ne nuise en
le représentant du aucun cas, ni à la situation de l'intéressé ni à son évolution normale" et que
chef “lorsqu'en application de la loi, des dispositions du présent accord ou par
d'établissement et cumul de plusieurs mandats, un représentant consacre de manière
de la hiérarchie habituelle un temps égal ou supérieur aux deux tiers de l'horaire affiché de
du secteur l'établissement, à l'exercice de son ou ses mandats, la gestion de son
d'appartenance évolution sera assurée au niveau du chef de l'établissement et de la
du salarié qu'à la hiérarchie de son secteur d'appartenance”, que l'article 8 précise également
demande de ce que “par ailleurs, chaque représentant peut bénéficier sur sa demande, de
la possibilité, pour l'examen de sa situation professionnelle, d'avoir, en
dernier !
cours de mandat, un entretien avec un représentant du chef
Constatant qu'il
d'établissement et de la hiérarchie de son secteur d'appartenance”, que
appartenait à la
l'accord du 12 juillet 1984 ne prévoit donc la tenue d'entretiens avec le
direction de
représentant du chef d'établissement et de la hiérarchie du secteur
convoquer les d'appartenance du salarié qu'à la demande de ce dernier ; qu'en imputant à
salariés à un l'employeur un défaut de convocation à un entretien pour assurer la gestion
entretien, ce qui de l'évolution de la carrière du salarié, la cour d'appel a violé l'article 8 de
n'avait pas été l'accord du 12 juillet 1984 relatif à l'exercice du droit syndical et au
fait, Mr X... était fonctionnement des institutions représentatives du personnel ;
bien victime d'une
discrimination 2°/ que dans ses conclusions régulièrement déposées à l'audience du 26
syndicale : " Mais février 2002, la société Renault avait expressément fait valoir que les
attendu, d'abord, entretiens annuels avaient été effectués avec M. X..., à compter de 1995,
que malgré une celui-ci refusant toutefois de réaliser un bilan professionnel permettant à
référence l'employeur de définir ses perspectives et l'évolution professionnelle dans
surabondante à l'entreprise ; qu'en fixant la période de discrimination du 1er janvier 1980
un précédent au 26 février 2002 , sans rechercher, comme elle y était pourtant invitée, si
arrêt ordonnant postérieurement à 1995, la carrière du salarié n'avait pas évolué de
une mesure manière identique à celles de ses collègues pour un motif étranger à toute
d'instruction, la discrimination, lié au refus du salarié de réaliser un bilan professionnel
cour d'appel, qui permettant à l'employeur de définir ses perspectives d''évolution dans
a constaté que le l'entreprise, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa décision au regard
salarié n'avait de l'article L. 412-2 du Code du travail ;
reçu aucune
et alors, selon le troisième moyen :
convocation de
1984 à 1997 à un 1°/ que lorsque la demande de dommages et intérêts fondée sur l'article L.
entretien de 412-2, alinéa 4, du Code du travail répare pour partie la perte de salaires
gestion de résultant de la discrimination, elle est soumise de ce chef à la prescription
l'évolution de sa quinquennale de l'article L. 143-14 du même Code ; qu'ainsi, en refusant de
carrière, a Page
faire application de la prescription quinquennale de l'article 26 du
L. 143-14
exactement Code du travail au chef de la demande de M. X... tendant à la réparation du
énoncé que préjudice résultant de la perte de salaire consécutive à la discrimination, la
l'employeur avait cour d'appel a violé le texte précité, ensemble l'article L. 412-2, alinéa 4, du
l'obligation de Code du travail ;
prendre l'initiative
d'appliquer 2°/ que le préjudice résultant d'une atteinte à l'égalité de traitement d'un
l'accord du 12 salarié qui occupe tout son temps à l'exercice de ses activités de
représentant du personnel doit s'apprécier au regard de l'évolution de
juillet 1984, ce
carrière de salariés de même catégorie et de même ancienneté occupant à
qu'il n'avait pas
plein temps des fonctions de représentant du personnel, qu'en déterminant
fait ; que,
le préjudice du salarié résultant pour lui d'une atteinte à l'égalité de
répondant aux
traitement dans l'évolution de sa carrière, au regard de la situation de tous
conclusions en les
les cadres confondus occupant en juillet 1979 la position II et toujours
écartant et se présents dans l'effectif en 2001, la cour d'appel a violé l'article L. 412-2,
livrant aux alinéa 4, du Code du travail ;
recherches
prétendument 3°/ qu'en toute hypothèse, le préjudice résultant d'une atteinte à l'égalité
omises, elle a pu de traitement dans l'évolution de la carrière qui comprend la perte de
décider que salaires doit être évalué en tenant compte des chances d'avancement et de
l'intéressé avait progressions de salaires qu'avait le salarié s'il n'avait pas été victime de la
fait l'objet d'une discrimination, compte tenu de ses capacités et compétences
discrimination professionnelles, à moins que l'avancement et l'augmentation de salaires ne
prohibée par soient uniquement liés à l'ancienneté dans l'entreprise ; qu'en se
l'article L. 412-2 prononçant comme elle l'a fait sans constater que l'avancement et la
du Code du progression de salaires des autres cadres de l'entreprise étaient uniquement
travail ; Attendu, le résultat de leur ancienneté, la cour d'appel qui n'a pas déterminé pour les
ensuite, que différents chefs de préjudice invoqués par le salarié, à quelle fraction devait
l'action en être évaluée la perte de chance à indemniser du salarié, n'a pas légalement
réparation du justifié sa décision au regard de l'article L. 412-2, alinéa 4, du Code du
préjudice travail ;
résultant d'une
4°/ qu'en toute hypothèse, en ne recherchant pas comme elle y était invitée
telle
si la prime de performance n'était pas fonction, non seulement des
discrimination, se performances globales de l'entreprise, mais également des performances
prescrit par trente individuelles de chacun des salariés auxquels elle était allouée, la cour
ans " d'appel n'a pas légalement justifié sa décision au regard de l'article L. 412-
2, alinéa 4, du Code du travail ;

Mais attendu, d'abord, que malgré une référence surabondante à un


précédent arrêt ordonnant une mesure d'instruction, la cour d'appel, qui a
constaté que le salarié n'avait reçu aucune convocation de 1984 à 1997 à
un entretien de gestion de l'évolution de sa carrière, a exactement énoncé
que l'employeur avait l'obligation de prendre l'initiative d'appliquer l'accord
du 12 juillet 1984, ce qu'il n'avait pas fait ; que, répondant aux conclusions
en les écartant et se livrant aux recherches prétendument omises, elle a pu
décider que l'intéressé avait fait l'objet d'une discrimination prohibée par
l'article L. 412-2 du Code du travail ;

Attendu, ensuite, que l'action en réparation du préjudice résultant d'une


telle discrimination, se prescrit par trente ans ;

Que les moyens ne sont pas fondés ;

Et sur le moyen unique du pourvoi de M. X... :

Attendu que le pourvoi en cassation est une voie extraordinaire de recours


qui, aux termes de l'article 604 du nouveau Code de procédure civile, ne
peut tendre qu'à faire censurer par la Cour de Cassation la non-conformité
du jugement qu'il attaque aux règles de droit ; que le moyen invoqué à
Page
l'encontre de la décision attaquée, n'établissant pas une telle 27
non-
conformité, ne peut être accueilli ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois ;

Président : M. Sargos
Rapporteur : Mme Andrich, conseiller référendaire
Avocat général : M. Allix
Avocat(s) : la SCP Delaporte, Briard et Trichet, la SCP Vier, Barthélemy et
Matuchansky

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Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.crim.,

09 novembre
N° 04-81397
2004

Cour de Cassation
Chambre criminelle
Audience publique du 9 novembre 2004 Cassation
N° de pourvoi : 04-81397
Publié au bulletin
Président : M. COTTE
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique
tenue au Palais de Justice à PARIS, le neuf novembre deux mille quatre, a
rendu l'arrêt suivant :
Sur le rapport de Mme le conseiller GUIRIMAND, les observations de la
société civile professionnelle MASSE-DESSEN et THOUVENIN, la société
civile professionnelle GATINEAU, avocats en la Cour, et les conclusions de
M. l'avocat général FRECHEDE
Statuant sur les pourvois formés par :
- X... Fédéral,
- Y... Robert,
- Z... Jean-Claude,
- A... Gérard,
- B... Jean-Claude,
- C... Christian,
- D... Alain,
- E... Serge,
- l'Union DEPARTEMENTALE DES SYNDICATS CONFEDERES DU LOT - CGT,
parties civiles,
contre l'arrêt de cour d'appel d'AGEN, chambre correctionnelle, en date du
15 janvier 2004, qui les a déboutés de leurs demandes après relaxe de
Roland F... et de Robert G... du chef de discrimination syndicale ;
Joignant les pourvois en raison de la connexité ;
Vu les mémoires produits, en demande et en défense ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles L. 412-2
et L. 481-3 du Code du travail, 593 du Code de procédure pénale, défaut de
motifs, manque de base légale ;
"en ce que l'arrêt infirmatif attaqué a dit non établi le délit de discrimination
syndicale poursuivi, débouté en conséquence les salariés, représentants du
personnel et délégués syndicaux, de leurs demandes en réparation du
préjudice qu'ils avaient subi de ce chef ;
"aux motifs qu'il est au cas précis reproché aux prévenus d'avoir, entre le
mois de juin 1997 et celui de mai 2000, décidé le ralentissement ou l'arrêt
des évolutions de carrière et de salaire des parties civiles, sans tenir compte
des critères objectifs constitués notamment par les évaluations
professionnelles positives réalisées par leur chef de service ; qu'il29
Page découle
de la combinaison des articles 388 et 551 du Code de procédure pénale que
le tribunal correctionnel saisi par voie de citation ne peut connaître que des
seuls faits ainsi énoncés et à l'égard desquels seuls il est régulièrement
saisi ; que le premier juge ne pouvait dès lors se livrer à un examen de
l'ensemble des faits invoqués par les parties civiles s'agissant de la partie
d'entre eux commis avant le mois de juin 1997, début de la période de
commission des faits incriminés, ni davantage s'intéresser à ceux
postérieurs au mois de mai 2000, qui fixe le terme de cette même période ;
qu'en effet, la nature de l'infraction reprochée n'est pas de celles des
infractions continues qui nécessitent, pour être ainsi qualifiées, la réitération
A la suite d'un constante de la volonté délictuelle de l'auteur après la commission d'un acte
contrôle effectué initial, alors que l'acte matériel de discrimination, tel que le texte
au sein de la incriminateur le précise, se caractérise par une prise de décision qui
société Ratier- consomme instantanément l'infraction, peu important à cet égard que
Figeac entre le 7 plusieurs de ces décisions puissent être prises à l'intérieur de la période
septembre 1999 concernée, dès lors qu'elles apparaissent distinctes les unes des autres et
et le 9 mai 2000, signifieraient, dans cette hypothèse, autant d'infractions constituées par
un inspecteur du autant d'éléments matériels et moraux ; qu'il est établi au cas précis que
travail constate les évolutions de salaire et de classification se font en général une fois l'an,
que des sont appliquées en janvier et après négociation du volume global des
représentants du augmentations de salaire entre la direction et les partenaires sociaux, après
répercussion dans les différents départements, et que, depuis l'année 1998,
personnel affiliés
est institué un entretien annuel destiné à faire le bilan de l'activité,
au syndicat CGT
l'évaluation des besoins de formation et l'examen des possibilités
subissent une
d'évolution, concourant ainsi à cette prise de décision ; que les seuls faits
évolution de
discriminatoires dénoncés par les parties civiles pouvant caractériser
carrière l'infraction sont constitués de décisions entraînant un ralentissement ou un
défavorable par arrêt de l'évolution de carrière et de salaire dont il convient de rechercher
rapport à celle l'existence à l'intérieur de la période retenue en conséquence de ce qui
des autres précède ;
salariés recrutés à qu'il est ainsi à relever que Christian C..., embauché le 7 juillet 1969 en
la même période qualité de tourneur OS2, a atteint la position TA1 en 1990 et que s'il n'a
dans la même effectivement connu aucun changement de position entre le mois de juin
catégorie 1997 et celui de mai 2000, il a bénéficié d'une augmentation de
professionnelle . rémunération se situant dans la moyenne de celles du panel de
Robert G... et comparaison établi par l'inspecteur du travail et repris par les prévenus
Robert F..., pour les besoins de cette démonstration ;
respectivement qu'il fait ainsi alternativement partie de ceux de ses collègues ayant
président et bénéficié ou non d'une promotion annuelle supérieure à la moyenne alors
directeur des que, sur l'ensemble de la période, près de 54 % des 38 personnes retenues
ressources ont connu une promotion inférieure ou égale à la sienne ; que Robert Y...,
humaines de la embauché le 4 avril 1966 en qualité de tourneur OS2, a atteint en 1997 le
société, sont niveau TA 255 et bénéficié en conséquence, à l'intérieur de la période
condamnés par la considérée, d'un changement de position indiciaire ; que le constat est
cour d'appel du ensuite le même que précédemment alors que, sur l'ensemble de la
du délit de période, 59 % des 11 personnes retenues à titre de comparaison ont connu
discrimination une promotion inférieure ou égale à la sienne ; que Gérard A..., embauché
syndicale . le 22 septembre 1969 en qualité de tourneur OS2, a atteint le niveau TA1
Pour sa défense, en 1994 ; que le constat est le même que pour Christian C..., alors que sur
devant la cour l'ensemble de la période, plus de 66 % des personnes retenues ont connu
d'appel qui retient une promotion inférieure ou égale à la sienne ;
que Jean-Claude B..., embauché le 8 septembre 1975 en qualité de
l'argumentation,
tourneur OS2, a atteint le 1er janvier 1993 le niveau 3, échelon 3,
l'employeur fait
coefficient 240, catégorie TA1 ; que, si l'on constate l'absence de promotion
valoir que les
en 1997 et 1999, on relève une situation identique chez certains des 16
salariés concernés
salariés formant le panel de comparaison ; que ces décisions défavorables
ont bénéficié
peuvent toutefois s'expliquer par deux appréciations désavantageuses lors
d'une promotion des entretiens ayant immédiatement précédé les décisions critiquées sans
se situant dans la Page
qu'il soit établi que l'appartenance syndicale ait pu s'ajouter 30
au motif
moyenne du retenu ; que toutefois, sur l'ensemble de la période, 42 % des personnes
tableau de retenues ont connu une promotion inférieure ou égale à la sienne ; que
comparaison de Serge E..., embauché une première fois le 8 mars 1967 en qualité
l'inspecteur du d'ajusteur ragréeur OS2 pour une durée déterminée de dix mois, l'a été à
travail. nouveau le 1er avril 1969 en qualité d'opérateur matériaux composites P1A
Censurant la cour et a atteint le niveau TA2 le 1er janvier 1993 ; que le constat étant le
d'appel, la cour même que pour Christian C... sur l'ensemble de la période, près de 74 %
de cassation des 38 personnes retenues ont ainsi connu une promotion inférieure ou
estime que c'est à égale à, la sienne ; qu'Alain D..., embauché le 4 octobre 1965 en qualité de
tort que la cour tourneur OS2, a atteint TA1 en 1988 et TA2 le 1er janvier 1999 ; que les
d'appel relaxe les mêmes éléments conduisent à constater que, sur l'ensemble de la période,
salariés c'est un salarié sur deux parmi les dix concernés qui ont connu une
évolution inférieure ou égale à la sienne ; que Claude Z..., embauché le 10
concernés, en
mai 1966, en qualité de tourneur OS2, a respectivement atteint les niveaux
effet, elle aurait
TA1 le 1er janvier 1990, TA2 en 1994 et TA3 en 1998 et bénéficié en
du procéder à une
conséquence, à l'intérieur de la période considérée, d'un changement de
étude
position indiciaire ; que, le constat demeurant le même, c'est ici plus de 58
comparative des
% de ses collègues composant le panel constitué de 40 salariés qui ont
salaires des connu une promotion inférieure ou égale à la sienne ; que Fédéral X...,
représentants du embauché le 10 mai 1966, en qualité de tourneur OS1, a atteint en 1995 le
personnel et des niveau TA 255 ; que les mêmes éléments conduisent à constater que, sur
autres salariés de l'ensemble de la période, près de 54 % des 40 personnes retenues ont
l'entreprise : " connu une promotion inférieure ou égale à la sienne ; qu'au résultat de
Mais attendu l'ensemble, il ne peut être tiré des éléments d'appréciation ainsi soumis que
qu'en statuant les décisions prises annuellement concernant l'un ou l'autre des
ainsi, sans syndicalistes concernés ait mis celui-ci dans une situation différente de celle
procéder à une des autres salariés, regroupés dans le cadre de l'analyse faite par
étude l'inspection du travail pour permettre une nécessaire comparaison, ni retenu
comparative des davantage une discrimination alors que la totalité d'entre eux ont connu une
salaires et évolution égale ou plus favorable que ceux composant le panel de référence
coefficients des et que, parmi eux, deux salariés ont connu à l'intérieur de la période
représentants du retenue un changement de position indiciaire ; qu'il convient, les faits
personnel et des reprochés n'étant pas établis, infirmant en conséquence la décision
autres salariés de entreprise, de relaxer Robert G... et Roland F... des fins de la poursuite et
l'entreprise, à de rejeter les demandes formées par les parties civiles ;
diplôme "alors que la cour d'appel, qui a omis ainsi d'analyser l'ensemble des faits
équivalent et invoqués par les parties civiles et n'a pas recherché, notamment dans les
même groupes de référence de même qualification à l'embauche et même
ancienneté, la ancienneté, si les salariés n'avaient pas subi dans l'évolution de leur
cour d'appel n'a carrière professionnelle jusqu'au mois de mai 2000 une discrimination
pas donné de présentant un lien avec leurs mandats et leur activité syndicale, n'a pas
base légale à sa donné de base légale à sa décision ;
décision " "alors, surtout, qu'en statuant ainsi sur la seule promotion dont avaient
bénéficié les parties civiles intéressées entre le mois de juin 1997 et celui de
mai 2000, sans comparer les salaires et les coefficients des intéressés aux
salaires moyens et aux coefficients moyens des salariés du groupe de
référence, et donc la situation dans laquelle l'employeur les avait placés et
maintenus au cours de cette période, l'inspecteur du travail ayant constaté
que leurs salaires et coefficients étaient inférieurs aux salaires moyens et
aux coefficients moyens de ce groupe de référence, ce dont se prévalaient
les parties civiles intéressées et ce qui avait été déclaré établi par le
tribunal, la cour d'appel n'a pas, derechef, légalement justifié sa décision" ;
Vu l'article 593 du Code de procédure pénale ;
Attendu que tout jugement ou arrêt doit contenir les motifs propres à
justifier la décision
que l'insuffisance ou la contradiction de motifs équivaut à leur absence ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure qu'à la
suite d'un contrôle effectué au sein de la société Ratier-Figeac entre le 7
septembre 1999 et le 9 mai 2000, un inspecteur du travail Page 31 que
a constaté
des représentants du personnel affiliés au syndicat CGT subissaient une
évolution de carrière défavorable par rapport à celle des autres salariés
recrutés à la même période dans la même catégorie professionnelle ;
Attendu que, pour infirmer le jugement qui avait dit Robert G... et Robert
F..., respectivement président et directeur des ressources humaines de la
société, coupables du délit de discrimination syndicale et alloué des
réparations aux parties civiles, l'arrêt retient qu'au cours de la période visée
à la prévention, de juin 1997 à mai 2000, les salariés concernés ont
bénéficié d'une promotion se situant dans la moyenne du tableau de
comparaison de l'inspecteur du travail ;
Mais attendu qu'en statuant ainsi, sans procéder à une étude comparative
des salaires et coefficients des représentants du personnel et des autres
salariés de l'entreprise, à diplôme équivalent et même ancienneté, la cour
d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision ;
D'où il suit que la cassation est encourue ;
Par ces motifs,
CASSE et ANNULE, en ses dispositions civiles, l'arrêt de la cour d'appel
d'Agen, en date du 15 janvier 2004, toutes autres dispositions étant
expréssement maintenues, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément
à la loi, dans les limites de la cassation prononcée ;
RENVOIE la cause et les parties devant la cour d'appel de Bordeaux, à ce
désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du
greffe de la cour d'appel d'Agen, sa mention en marge ou à la suite de
l'arrêt partiellement annulé ;DIT n'y avoir lieu à application de l'article 618-
1 du Code de procédure pénale ;
Ainsi jugé et prononcé par la Cour de Cassation, chambre criminelle, en son
audience publique, les jour, mois et an que dessus ;
Etaient présents aux débats et au délibéré, dans la formation prévue à
l'article L.131-6, alinéa 4, du Code de l'organisation judiciaire : M. Cotte
président, Mme Guirimand conseiller rapporteur, M. Joly conseiller de la
chambre ;
Greffier de chambre : Mme Krawiec ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et
le greffier de chambre ;
--------------------------------------------------------------------------------
Décision attaquée : cour d'appel d'AGEN, chambre correctionnelle 2004-01-
15

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Page 32
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

10 /07/ 02 N° 99-43.334 à 99-43.336

99-43.334 à 99-43.336
Arrêt n° 2725 du 10 juillet 2002
Cour de cassation - Chambre sociale
Cassation sans renvoi

Demandeur(s) à la cassation : M. Moline (pourvoi n° 99-43.334)


M. Petrovic (pourvoi n° 99-43.335)
Mme Rabito (pourvoi n° 99-43.336)

Défendeur(s) à la cassation : Société MSAS cargo international

--------------------------------------------------------------------------------

Vu leur connexité, joint les pourvois n° 99-43.334, 99-43.335 et 99-


43.336 ;

Sur le moyen relevé d'office, pris de la violation du principe fondamental de


libre exercice d'une activité professionnelle, ensemble l'article L. 120-2 du
Code du travail, après avis donné aux parties conformément à l'article 1015
du nouveau Code de procédure civile :

Attendu qu'une clause de non-concurrence n'est licite que si elle est


indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise, limitée
dans le temps et dans l'espace, qu'elle tient compte des spécificités de
l'emploi du salarié et comporte l'obligation pour l'employeur de verser au
salarié une contrepartie financière, ces conditions étant cumulatives ;

Attendu que MM. Moline et Petrovic et Mme Rabito, salariés du groupe


L clause portant
Heppner transitaire, commissionnaire en douanes, ont été repris par la
interdiction société MSAS cargo international, cessionnaire d’éléments du fonds de
d’exploitation commerce, à effet du 1er mars 1991 ; que de nouveaux contrats de travail
directe ou ont été conclus comprenant une clause de non-concurrence ; que les
indirecte d’une salariés ont démissionné respectivement le 21 février 1994, le 16 mars
activité 1994 et le 24 janvier 1994 ; qu’ils ont été engagés par la société
concurrentielle à concurrente Office maritime monégasque ; que la société MSAS cargo
celle de international a saisi le conseil de prud’hommes en paiement des pénalités
l’employeur stipulées aux contrats ;
emporte
interdiction pour Attendu que, pour condamner les salariés à payer à la société une
le salarié indemnité pour infraction à la clause contractuelle de non-concurrence, la
d’accepter un cour d’appel énonce que la clause portant interdiction d’exploitation directe
emploi similaire ou indirecte d’une activité concurrentielle à celle de l’employeur emporte
dans une interdiction pour le salarié d’accepter un emploi similaire dans une
entreprise entreprise concurrente, non créée par lui ;
Page 33
concurrente, non Qu'en statuant ainsi, alors qu'il résulte de ses constatations que la clause
créée par lui que contractuelle de non-concurrence ne comporte pas l'obligation pour
dans la mesure l'employeur de verser au salarié une contrepartie financière, ce dont il
ou une indemnité résulte qu'elle était nulle, la cour d'appel a violé le principe ci-dessus
de non énoncé et le texte susvisé ;
concurrence a été
prévue. Et attendu qu'il y a lieu de faire application de l'article 627-1 du nouveau
Code de procédure civile, la cassation encourue n'impliquant pas qu'il soit à
nouveau statué au fond du chef de la violation de la clause de non-
concurrence ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, dans toutes leurs dispositions, les arrêts rendus le 4


mars 1999, entre les parties, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence ;

DIT n'y avoir lieu à renvoi ;

Deboute la société MSAS cargo international de ses demandes et dit qu'elle


devra restituer les sommes perçues en exécution des arrêts cassés, avec
intérêt de droit à compter de la notification du présent arrêt ;

--------------------------------------------------------------------------------

Président : M. Sargos
Rapporteur : Mme Quenson, conseiller
Avocat général : M. Kehrig
Avocat(s) : la SCP Thomas-Raquin et Benabent, la SCP Masse-Dessen,
Georges et Thouvenin

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Cass.soc.,

13 juillet 2004 N° 02-43913

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 13 juillet 2004 Rejet

N° de pourvoi : 02-43913
Inédit

Président : Mme MAZARS conseiller

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Une déléguée Sur le moyen unique :


commerciale est
Attendu que Mme X..., engagée le 21 avril 1992 par la société Lyslor en
engagée avec un
qualité de déléguée commerciale selon contrat de travail contenant une
contrat de travail
clause de non-concurrence et prévoyant que le salaire fixe mensuel et les
contenant une
primes seraient "affectées d'une somme particulière au taux de 5 % sur la
clause de non- partie fixe et au taux de 0,5 % sur les primes, destinée à constituer
concurrence et l'indemnité au titre du respect de la clause de non-concurrence" ; que, le 19
prévoyant que le mai 2000, Mme X... a saisi la juridiction prud'homale de diverses
salaire fixe demandes ;
mensuel et les
primes seraient Attendu que l'employeur fait grief à l'arrêt attaqué (Pau, 11 avril 2002)
"affectées d'une d'avoir déclaré nulle et de nul effet l'obligation de non-concurrence, alors,
somme selon le moyen :
particulière au
taux de 5 % sur 1 / que, pour déterminer si un salarié a perçu un salaire au moins égal au
la partie fixe et au SMIC, il convient de prendre en compte tant la partie fixe que la partie
taux de 0,5 % sur variable de sa rémunération ainsi que, de manière générale, toutes les
les primes, sommes perçues en contrepartie du travail ; qu'en ne prenant en compte
destinée à que la partie fixe de la rémunération de la salariée, à l'exclusion de toutes
constituer les autres sommes versées en contrepartie du travail, pour affirmer que ses
salaires étaient inférieurs au SMIC et en déduire qu'ils ne pouvaient inclure
l'indemnité au
une indemnité de non-concurrence, la cour d'appel a privé sa décision de
titre du respect
base légale au regard des articles L. 141-1, D. 141-3 du Code du travail et
de la clause de
1134 et 1315 du Code civil ;
non-concurrence".
Analysant les 2 / que rien n'impose que la partie fixe d'un salaire soit égale au SMIC, dès
bulletins de paie , lors que l'ensemble des éléments du salaire représente une somme
la Cour d'appel supérieure au montant du SMIC ; que, par ailleurs, l'indexation des salaires
constate qu'ils ne sur le SMIC est prohibée ; qu'il ne peut donc pas être reproché à un
comportent Pageen35même
employeur de n'avoir pas fait évoluer la partie fixe d'un salaire
aucune mention temps que le SMIC dès lors que la rémunération totale restait supérieure au
particulière et que SMIC ; qu'en jugeant cependant significative la circonstance que les
les rémunérations variations du SMIC ne s'étaient pas accompagnées d'une augmentation
versées n'incluent corrélative de la partie fixe de la rémunération de la salariée sans
pas l'indemnité de rechercher si les salaires de la salariée, primes incluses, n'étaient pas
5% de la partie constamment restés supérieurs au SMIC, la cour d'appel a derechef privé sa
fixe augmentée décision de base légale au regard des articles D. 141-3 du Code du travail,
de 0,5% de la 1134 et 1315 du Code civil ;
partie variable qui
3 / que le défaut de mention spécifique dans les bulletins de paie et
aurait dû être
l'absence de détail dans le calcul de la contrepartie financière de la clause
versée chaque
de non-concurrence n'est ni fautive, ni de nature à établir que cette
mois à titre de
contrepartie n'aurait pas été payée ; qu'en se fondant cependant sur la
contrepartie de la circonstance que le calcul de la contrepartie financière n'aurait jamais été
clause de non explicité et sur le fait que son montant n'aurait pas été précisé dans les
concurrence. bulletins de paie, la cour d'appel s'est fondée sur des motifs inopérants et a
Faute d'indemnité privé sa décision de base légale au regard des articles D. 141-3 du Code du
apparente , la travail, 1134 et 1315 du Code civil ;
clause est donc
nulle ! : " Mais 4 / que les termes du débat sont fixés par les prétentions respectives des
attendu que parties ; qu'il résulte tant des conclusions des parties que des mentions de
constatant que les la décision attaquée que seule était en cause le paiement de l'indemnité de
bulletins de paie non-concurrence et ses conséquences éventuelles sur l'opposabilité de
de la salariée ne l'obligation de non-concurrence à la salariée et non la validité de la clause
comportaient de non-concurrence qui était admise par chacune des parties ; qu'en
aucune mention jugeant cependant qu'il y avait lieu à annulation de la clause de non-
particulière et que concurrence eu égard notamment à la rigueur de cette clause et à son
les rémunérations caractère exorbitant par rapport aux dispositions de la convention collective
versées à la applicable, les juges du fond ont violé l'article 4 du nouveau Code de
salariée procédure civile ;
n'incluaient pas
5 / que les juges du fond ne peuvent pas relever un moyen d'office sans
l'indemnité égale
inviter au préalable les parties à faire valoir leurs observations ; qu'en se
à 5 % de la partie fondant sur la prétendue rigueur de cette clause et sur son caractère
fixe augmentée exorbitant par rapport aux dispositions de la convention collective applicable
de 0,5 % de la sans inviter les parties à faire valoir leurs observations sur ce point, les
partie variable qui juges du fond ont violé l'article 16 du nouveau Code de procédure civile ;
aurait dû être
versée chaque 6 / que, en tout état de cause, les juges du fond sont tenus de motiver leur
mois à titre de décision ; qu'en se contentant d'affirmer péremptoirement que la clause de
contrepartie de la non-concurrence litigieuse aurait été particulièrement rigoureuse et
clause de non- exorbitante par rapport aux dispositions de la convention collective
concurrence, la applicable, sans même dire quelle était cette convention collective ni, a
cour d'appel a pu fortiori, quelles étaient les dispositions de cette convention qui auraient été
décider que la violées, la cour d'appel a méconnu les exigences de l'article 455 du nouveau
salariée était Code de procédure civile ;
déliée de
l'obligation Mais attendu que constatant que les bulletins de paie de la salariée ne
contractuelle de comportaient aucune mention particulière et que les rémunérations versées
à la salariée n'incluaient pas l'indemnité égale à 5 % de la partie fixe
non-concurrence ;
augmentée de 0,5 % de la partie variable qui aurait dû être versée chaque
d'où il suit que le
mois à titre de contrepartie de la clause de non-concurrence, la cour d'appel
moyen n'est pas
a pu décider que la salariée était déliée de l'obligation contractuelle de non-
fondé ;"
concurrence ; d'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne la société Lyslor aux dépens ; Page 36


Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette les demandes ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du treize juillet deux mille quatre.

Décision attaquée : cour d'appel de Pau (chambre sociale) 2002-04-11

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Cass. Soc.

05/06/2001 98-45798

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 5 juin 2001 Rejet

N° de pourvoi : 98-45798
Inédit titré

Président : M. GELINEAU-LARRIVET conseiller

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le pourvoi formé par Mme Lydie Payet , demeurant 73, chemin Joseph
Fontaine, 97429 Petite Ile,

en cassation d'un arrêt rendu le 9 juin 1998 par la cour d'appel de Saint-
Denis-de-la-Réunion (chambre sociale), au profit de la société Bibaa Plein
Sud, société à responsabilité limitée, dont le siège est 43, rue Marius et Ary
Leblond, 97410 Saint-Pierre,

défenderesse à la cassation ;

LA COUR, en l'audience publique du 24 avril 2001, où étaient présents : M.


Gélineau-Larrivet, conseiller le plus ancien, faisant fonctions de président,
Mme Bourgeot, conseiller référendaire rapporteur, MM. Merlin, Le Roux-
Cocheril, Brissier, Finance, Mmes Lemoine Jeanjean, Quenson, conseillers,
Mme Maunand, MM. Soury, Liffran, Besson, Mme Nicolétis, conseillers
référendaires, M. Benmakhlouf, avocat général, Mme Molle-de Hédouville,
greffier de chambre ;

Sur le rapport de Mme Bourgeot, conseiller référendaire, les observations


de la SCP Masse-Dessen, Georges et Thouvenin, avocat de Mme Payet , les
conclusions de M. Benmakhlouf, avocat général, et après en avoir délibéré
conformément à la loi ;
Page 38
Sur le moyen unique :

Attendu que Mme Payet a été employée en qualité de coiffeuse par la


société Bibaa Plein Sud pendant deux ans en vertu d'un contrat de
qualification du 16 février 1993, comportant une clause de non-
concurrence ; qu'aux termes de ce contrat, l'intéressée a conclu, le 22
février 1995, un contrat d'apprentissage auprès d'un autre coiffeur ;
La cour d’appel
qui, d’une part, a
constaté que la que son ancien employeur a saisi la juridiction prud'homales d'une demande
clause était de dommages-intérêts pour violation de la clause de non-concurrence ;
limitée dans le
temps et dans
l’espace et qu’elle
n’interdisait pas à Attendu que Mme Payet fait grief à l'arrêt attaqué (Saint-Denis de la
la salariée Réunion, 9 juin 1998) de l'avoir, par confirmation du jugement entrepris,
d’exercer une condamnée à payer à la société Bibaa plein Sud une somme à titre de
activité conforme dommages et intérêts pour clause de non-concurrence, alors, selon le
à sa qualification moyen ;
professionnelle et,
d’autre part, fait 1 / que l'employeur qui s'est engagé dans le cadre de l'article L. 981-1 du
ressortir que la Code du travail à fournir un emploi à un jeune et à lui assurer une
clause était formation lui permettant d'acquérir une qualification professionnelle ne
nécessaire à la peut, par une clause de non-concurrence, limiter le droit à l'intéressé à
protection des poursuivre ou terminer sa formation ; que la cour d'appel, qui a dit que la
intérêts légitimes clause de non-concurrence s'appliquait au contrat d'apprentissage, a
de l’employeur, a méconnu la portée du texte susvisé et de l'article L. 117-1 du Code du
légalement travail ;
justifié sa
décision. Car la
salariée pouvait 2 / que les conditions du contrat de qualification sont déterminées dans le
continuer à cadre du contrat initial ; que la contrepartie pour l'employeur de la
exercer son formation assurée au jeune est l'exonération dont il bénéficie des charges
métier. salariales ; que dès lors, l'employeur ne peut, par avenant ultérieur, sans
autorisation de l'autorité administrative, modifier l'économie du contrat en y
insérant une clause limitant sans contrepartie la liberté du bénéficiaire de la
formation ; que la cour d'appel qui a dit que l'avenant signé
postérieurement à la conclusion du contrat de qualification avait été conclu
dans le cadre de ce contrat, a méconnu la portée de l'article L. 981 du Code
du travail et l'a violé ;

3 / qu'en toute hypothèse la clause de non-concurrence insérée dans un


contrat de travail ayant pour effet d'apporter une restriction au principe de
la liberté du commerce et de l'industrie posé par l'article 7 de la loi des 2 et
17 mars 1791 et à la liberté du travail garantie par la Constitution n'est
licite que dans la mesure où la restriction de liberté qu'elle entraîne est
indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise ; que la
cour d'appel qui a dit la clause valable, sans rechercher si, fut-elle limitée
dans le temps et dans l'espace, elle était indispensable à la protection des
intérêts légitimes de l'entreprise, a violé les principes susvisés ;

Mais attendu que la cour d'appel qui d'une part, a constaté que la clause
était limitée dans le temps et dans l'espace et qu'elle n'interdisait pas à la
salariée d'exercer une activité conforme à sa qualificationPage 39
professionnelle et,
d'autre part, fait ressortir que la clause était nécessaire à la protection des
intérêts légitimes de l'employeur, a légalement justifié sa décision ; que le
moyen n'est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne Mme Payet aux dépens ;

Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande de


Mme Payet ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du cinq juin deux mille un.

--------------------------------------------------------------------------------

Décision attaquée : cour d'appel de Saint-Denis-de-la-Réunion (chambre


sociale) 1998-06-09
Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, DUREE DETERMINEE - Clause
de non concurrence - Validité - Limitation dans l'espace et dans le temps -
Contrat de qualification - Durée déterminée.

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Cass. Soc.

17/10/2000 98-42018

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 17 octobre 2000 Cassation.

N° de pourvoi : 98-42018
Publié au bulletin

Président : M. Gélineau-Larrivet .
Rapporteur : M. Poisot.
Avocat général : M. de Caigny.
Avocats : la SCP Lyon-Caen, Fabiani et Thiriez, la SCP Gatineau.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique :

Vu l'article 1134 du Code civil ;

Attendu que M. Demard a été engagé le 16 janvier 1978 en qualité de


comptable par contrat verbal ; que le 12 mai 1992, il a été licencié pour
faute grave ; que son ancien employeur a saisi le conseil de prud'hommes
pour réclamer des dommages-intérêts pour violation de la clause de non-
concurrence prévue par l'accord d'établissement du 5 juin 1985 ;

Attendu que, pour faire droit à la demande de dommages-intérêts, la cour


La clause de non- d'appel énonce que l'article 23 de l'accord d'établissement signé le 5 juin
concurrence 1985 prévoit une clause de non-concurrence à laquelle sont soumis
prévue par un certaines catégories de personnel qu'il énumère et que cette clause est,
accord collectif ne quant à sa rédaction, de portée générale, qu'elle ne se limite pas à poser un
s’incorpore pas au principe dont les modalités d'application seraient déterminées par des
contrat de travail. accords individuels, mais qu'elle fixe, de manière définitive, les emplois
Le contrat de auxquels elle s'applique, la durée dans le temps, l'étendue géographique et
travail d’un la nature de l'activité concurrentielle, qu'elle est incorporée dans d'autres
salarié qui ne dispositions qui constituent le statut collectif des salariés ; qu'elle ajoute
comporte pas de que l'absence de contrat de travail écrit ne peut faire échec à l'application
clause de non- de l'accord collectif, et que, M. Demard n'établissant pas l'existence d'une
concurrence, ne disposition plus favorable le libérant de l'obligation de non-concurrence, la
peut être modifié clause lui est opposable ;
par un accord
d’établissement Qu'en statuant ainsi, alors que le contrat de travail du salarié, qui était
dépourvu de clause de non-concurrence, ne pouvait être Page modifié41
par un
instituant une
interdiction accord d'établissement instituant une interdiction de concurrence, la cour
générale de d'appel a violé le texte susvisé ;
concurrence lors
de la rupture du PAR CES MOTIFS :
contrat de travail.
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 10 février
1998, entre les parties, par la cour d'appel de Bordeaux ; remet, en
conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Pau.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2000 V N° 334 p. 258


La Semaine juridique, édition Entreprise, 2001-05-03, n° 18 p. 766, note E.
D. KALAMIDAS. Le Dalloz, 2001-07-05, n° 26 p. 2061, note J. MOULY.
Décision attaquée : Cour d'appel de Bordeaux, 1998-02-10
Titrages et résumés CONVENTIONS COLLECTIVES - Dispositions générales -
Accord collectif - Accord d'entreprise - Accord instituant une interdiction de
concurrence - Contrat de travail conclu antérieurement - Clause de non-
concurrence - Absence - Portée .

Un accord d'entreprise instituant une interdiction de concurrence n'entraîne


pas la modification d'un contrat de travail déjà conclu qui est dépourvu de
clause de non-concurrence.

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Modification - Modification imposée


par l'employeur - Modification du contrat de travail - Défaut - Contrat de
travail dépourvu de clause de non-concurrence - Accord d'entreprise
instituant une interdiction de concurrence

Précédents jurisprudentiels : A RAPPROCHER : Chambre sociale, 1998-05-


14, Bulletin 1998, V, n° 251, p. 192 (cassation partielle) et l'arrêt cité.

Codes cités : Code civil 1134.

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Cass.soc.,

14 décembre
N°04-40561
2005

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 14 décembre 2005 Cassation partielle
N° de pourvoi : 04-40561
Publié au bulletin
Président : Mme MAZARS conseiller
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Constatant que sa LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
clause de non Attendu que, par arrêt du 26 septembre 1994, rectifié par un second arrêt
concurrence ne du 20 février 1995, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a constaté que M. X...
comporte pas avait violé la clause de non-concurrence de son contrat de travail et, avant-
d’indemnité de dire droit sur l'évaluation du préjudice subi par son ancien employeur, la
non concurrence, société MOI Travail temporaire, aux droits de laquelle se trouve la société
un chef d'agence Adia, a ordonné une expertise ; que la cour d'appel a, en outre, condamné
de la société la société, sous astreinte, à délivrer à M. X... un certificat de travail rectifié ;
Interwork travail Sur le premier moyen, pris d'un défaut de base légale :
temporaire, Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt d'avoir fixé à une certaine somme
détourne des l'évaluation du préjudice résultant de la violation de la clause de non-
clients ainsi que concurrence sans avoir tenu compte du fait qu'en l'absence de contrepartie
des travailleurs financière, la clause de non-concurrence déclarée licite par arrêt du 26
intérimaires au septembre 1994 eût été déclarée nulle selon la jurisprudence actuelle
profit de son (chambre sociale, 10 juillet 2002, bull. n° 239) ;
nouvel employeur Mais attendu que la nullité de la clause de non-concurrence ne fait pas
en invoquant la obstacle à l'action en responsabilité engagée par l'employeur contre son
nullité de sa ancien salarié dès lors qu'il démontre que ce dernier s'est livré à des actes
clause. de concurrence déloyale illicite ;
A tort, la cour de Et attendu qu'ayant constaté que M. X..., engagé comme chef d'agence de
cassation estime la société Interwork travail temporaire, avait détourné des clients ainsi que
des travailleurs intérimaires au profit de son nouvel employeur, la cour
que la nullité
d'appel a souverainement évalué le préjudice résultant pour la société Adia
d’une clause de
des actes de concurrence déloyale de son ancien salarié ;
non concurrence
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
ne donne pas
Mais sur le second moyen :
droit à
Vu l'article 1315 du Code civil ;
concurrence Attendu que pour débouter le salarié de sa demande reconventionnelle en
déloyale ! « Mais paiement d'une certaine somme au titre de la liquidation de l'astreinte
attendu que la prononcée par l'arrêt du 26 septembre 1994, l'arrêt attaqué énonce "que la
nullité de la société Adia venant aux droits de la société MOI travail temporaire affirme
clause de non- avoir exécuté l'arrêt, qu'il appartient à celui qui demande la liquidation de
concurrence ne l'astreinte de prouver que l'obligation à la charge de son adversaire n'a pas
fait pas obstacle à été exécutée ou ne l'a été que tardivement, que, faute pour M. X... de
l'action en rapporter cette preuve, sa demande doit être rejetée" ; Page 43
responsabilité Qu'en statuant ainsi, alors qu'il incombait à la société Adia d'apporter la
engagée par preuve qu'elle avait exécuté l'obligation de remettre un certificat de travail
l'employeur rectifié au salarié, la cour d'appel, qui a inversé la charge de la preuve, a
contre son ancien violé le texte susvisé ;
salarié dès lors PAR CES MOTIFS :
qu'il démontre CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a rejeté la demande au titre
que ce dernier de la liquidation de l'astreinte, l'arrêt rendu le 29 octobre 2003, entre les
s'est livré à des parties, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence ;
actes de remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans l'état où
concurrence elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
déloyale illicite ; devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence autrement composée ;
» ( Cass.soc., N° Laisse à chaque partie la charge de ses dépens ;
Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette les demandes ;
04-40561, 14
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
décembre 2005 ).
présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
l'arrêt partiellement cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
par le président en son audience publique du quatorze décembre deux mille
cinq.
--------------------------------------------------------------------------------
Décision attaquée : cour d'appel d'Aix-en-Provence (9e chambre B) 2003-
10-29

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Cass.soc.,

13 septembre
N° 02-46795
2005

L'article 30 de la
convention
collective de la
distribution et du
commerce de Cour de Cassation
gros des papiers Chambre sociale
cartons prévoit la Audience publique du 13 septembre 2005 Cassation partielle
possibilité de
N° de pourvoi : 02-46795
renoncer à la Publié au bulletin
clause de non-
concurrence Président : M. SARGOS
prévue au contrat
de travail dans un REPUBLIQUE FRANCAISE
délai de 8 jours. AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Renonçant (par
notification) trop LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
tard à la clause, Donne acte à la société Inapa France, anciennement dénommée Mafipa,
l’entreprise en venant aux droits de la société Papeteries de Navarre, de ce qu'elle reprend
l'instance ;
demande le
Attendu que M. X..., embauché par la société Papeteries de Navarre le 18
respect alors que
août 1997 en qualité de cadre, a été licencié pour motif économique par
le salarié a
une lettre du 7 janvier 1999 ; que la société a renoncé à la clause de non-
retrouvé un
concurrence prévue au contrat de travail, au-delà du délai de huit jours
emploi chez un
après la réception de la lettre de licenciement, prévu par l'article 30 de la
concurrent …Bien convention collective de la distribution et du commerce de gros des papiers
entendu le salarié cartons ;
réclame le Sur le second moyen :
paiement de Vu l'article 1134 du Code civil ;
l’intégralité de Attendu que pour condamner l'employeur au paiement de l'intégralité de
l’indemnité de l'indemnité compensatrice de la clause de non concurrence prévue dans le
non concurrence … contrat de travail, l'arrêt retient que la renonciation de l'employeur à son
Réduisant les bénéfice, notifiée au salarié après l'expiration du délai prévu par la
prétentions du convention collective, était inopérante, mais ne saurait faire revivre la dite
salarié clause, si bien qu'on ne saurait reprocher au salarié d'avoir accepté un
(confirmées par la emploi chez un concurrent ;
cour d’appel ), la Attendu cependant que si la dispense tardive de l'obligation de non-
cour de cassation concurrence ne décharge pas l'employeur de son obligation d'en verser au
affirme que si le salarié la contrepartie pécuniaire, celle-ci ne lui est due que pour la période
salarié a bien pendant laquelle il a respecté ladite clause ;
droit au paiement D'où il suit qu'en statuant comme elle l'a fait la cour d'appel a violé le texte
de l’indemnité, le susvisé ;
paiement ne peut PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le premier moyen qui
être intégral : « ne serait pas de nature à permettre l'admission du pourvoi Page
: 45
Attendu CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a condamné la société
cependant que si Papeteries de Navarre au paiement de la somme de 12 500,56 euros (81
la dispense 991,20 francs) au titre de contrepartie pécuniaire de la clause de non-
tardive de concurrence, l'arrêt rendu le 26 septembre 2002, entre les parties, par la
l'obligation de cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les
non-concurrence parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait
ne décharge pas droit, les renvoie devant la cour d'appel de Versailles ;
l'employeur de
Rejette pour le surplus ;
son obligation
d'en verser au Laisse à chaque partie la charge de ses dépens ;
salarié la
contrepartie Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
pécuniaire, celle- présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
ci ne lui est due l'arrêt partiellement cassé ;
que pour la
période pendant Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
laquelle il a par le président en son audience publique du treize septembre deux mille
respecté ladite cinq.
clause ; D'où il --------------------------------------------------------------------------------
suit qu'en
Décision attaquée : cour d'appel de Paris (21e chambre B) 2002-09-26
statuant comme
elle l'a fait la cour
d'appel a violé le
texte susvisé »

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Page 46
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Cass.soc.,

8 juin 2005 N° 03-43321

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 8 juin 2005 Cassation partielle sans renvoi

N° de pourvoi : 03-43321
Publié au bulletin
Président : M. SARGOS

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Attendu que, selon l'arrêt attaqué, que M. X... a été embauché par la
société Mavit Sival le 2 mai 1989 en qualité de VRP multicartes ; que le 2
novembre 1994, un avenant a été conclu entre les parties fixant la
rémunération et les modalités de celle-ci ; qu'une clause de non-
concurrence a été acceptée par le salarié ; que le 19 décembre 1996 un
autre avenant a été signé par le salarié concernant le taux des
commissions ; que le 26 janvier 1998, M. X... a pris acte de la rupture de
son contrat en raison de fautes imputées à l'employeur et que le 10 mars
1998, l'employeur l'a licencié pour fautes graves ;

Sur le premier moyen :

Attendu que le salarié fait grief à l'arrêt d'avoir limité la condamnation de la


société à la somme de 8 843,61 euros à titre de rappel de commissions
outre celle de 884,36 euros à titre de congés payés et "déboute ce dernier
du surplus de sa demande de rapport de commissions" alors, selon le
moyen, que aux termes d'un avenant au contrat de travail en date du 2
novembre 1994, remplaçant le contrat initial du 2 mai 1989 prévoyant,
notamment, une commission de 5 % sur les anciens clients, M. X... devait
être uniquement rémunéré sur la base d'une commission de 12 % ; que,
par attestation valant avenant du 19 décembre 1996, l'exposant a
seulement accepté de prendre une commission de 5 % au lieu de 12 % sur
les travaux de la société Perimedias ; qu'en retenant que le client
Appaloosa, déjà client de la société Imprimerie Mavit Sival, aurait dû faire
l'objet d'une commission de 5 % et non de 12 % et en réduisant, en
conséquence, à due concurrence le montant du rappel de commissions dû
par cette société à M. X..., la cour d'appel, qui a méconnu les clauses
contractuelles liant les parties, a violé le contrat de travail de M. X... du 2
novembre 1994, l'attestation de ce dernier valant avenant audit contrat en
date du 19 décembre 1996 ainsi que l'article 1134 du Code civil ;
Page 47
Mais attendu que procédant à l'interprétation souveraine des contrats et
avenants rendue nécessaire par leur ambiguïté la cour d'appel, par motifs
propres et adoptés, a estimé que la commission due sur le client Appaloosa
était de 5 % ; que le moyen n'est pas fondé ;

Sur le deuxième moyen :

Attendu que le salarié fait grief à l'arrêt attaqué d'avoir dit que son
licenciement par la société Imprimerie Mavit Sival était justifié pour faute
grave et de l'avoir débouté, en conséquence, de ses demandes d'indemnité
de préavis, de congés payés sur préavis, d'indemnité spéciale de rupture,
Un VRP de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, de
multicartes commission sur retour d'échantillonnage et de contre partie pécuniaire de la
embauché avec clause de non-concurrence alors, selon le moyen :
deux avenants
dont l'un fixe la 1 / que le seul fait pour l'employeur de ne pas verser la rémunération
rémunération et convenue au salarié rend la rupture du contrat de travail imputable à
l'autre une clause l'employeur et autorise ce dernier à quitter l'entreprise sans préavis quand
de non bien même le non paiement de la rémunération ne caractériserait pas une
concurrence volonté délibérée de l'employeur, correspondrait à des versements qui
prend acte de la auraient dû s'étaler sur cinq ans et qu'une expertise ait été rendue
rupture - le 26 nécessaire pour chiffrer de façon certaine le montant de ce rappel de
janvier -qu'il rémunération ; qu'en l'espèce, la cour d'appel a constaté que la société à
impute à son responsabilité limitée Imprimerie Mavit Sival était redevable de la somme
employeur qui le de 8 843,61 euros à titre de rappel de commissions sur cinq années au
licencie le 10 moment de la rupture du contrat de travail de M. X..., soit plus de 57 000
mars. francs ; que compte tenu de l'importance de ce rappel de commissions, M.
Or, l'Accord X... était donc fondé à prendre acte de la rupture de son contrat de travail
national et à quitter l'entreprise sans préavis ; qu'en décidant le contraire du
interprofessionnel seul fait que ce rappel de commissions, dont le non paiement n'aurait pas
des VRP du 3 caractérisé une volonté délibérée de l'employeur, aurait prétendument
octobre 1975 nécessité une interprétation des clauses contractuelles, n'aurait représenté
prévoit qu'en cas qu'une "moyenne" de 147 euros par mois sur cinq années et qu'une
de rupture expertise avait été également rendue nécessaire pour faire apparaître de
l'employeur façon certaine le solde de commissions restant dû à M. X..., la cour d'appel
dispose de 15 a violé les articles L. 122-14-3, L. 122-14-4, L. 143-2 et L. 751-1 et
jours suivant la suivants du Code du travail ;
notification par
l'une ou l'autre 2 / que l'absence de réclamation ou de mise en demeure par le
des parties de la représentant à son employeur au sujet d'un rappel de commissions ou de la
rupture pour mauvaise exécution de livraisons par ce dernier n'est pas de nature à priver
dispenser le de tout caractère fautif le défaut de versement par l'employeur de la
salarié d'exécuter rémunération contractuellement due au représentant et les retards de
de la clause de livraison vis-à-vis de celui-ci ; qu'en retenant que l'absence de mise en
non concurrence. demeure de la société à responsabilité limitée Imprimerie Mavit Sival et
L'employeur l'absence de réclamation formulée par M. X... au sujet du paiement du
dispense donc rappel de commissions qui lui était dû et de la mauvaise exécution des
dans les quinze livraisons étaient de nature à priver de tout caractère fautif le défaut de
jours le salarié de versement à l'exposant de cet important rappel de commissions et les
retards de commandes et ne permettaient pas à M. X... de prendre acte de
sa clause de non
la rupture de son contrat de travail et de quitter l'entreprise sans préavis, la
concurrence.
cour d'appel a derechef violé les articles 122-14-3, L. 122-14-4, L. 143-2 et
Pour débouter le
L. 751-1 et suivants du Code du travail ;
salarié de sa
demande en 3 / que la rupture du contrat de travail est imputable à l'employeur lorsque
paiement de la celui-ci place le représentant dans l'impossibilité de continuer utilement sa
contrepartie prospection, notamment en raison de la mauvaise exécution des
pécuniaire de la commandes passées et en accumulant les retards de livraison ; qu'en
clause de non Page
l'espèce, M. X... avait versé aux débats plusieurs lettres de 48de la
clients
concurrence société Imprimerie Mavit Sival, dont les dernières en date des 30 octobre
contractuelle, la 1997, 5 novembre et 31 décembre 1997 ainsi qu'une lettre du 12 janvier
cour d'appel 1998 émanant de la société Bioprim, soit moins de deux mois avant la
énonce que le rupture du contrat de travail du représentant intervenue le 26 janvier 1998,
salarié qui a été faisant état de livraisons incomplètes et de retards de livraisons et
libéré de cette demandant à celui-ci, notamment en ce qui concerne la société Bioprim, de
clause dans les 15 ne plus faire appel à cette imprimerie ;
jours suivant la
qu'en retenant, pour dire que la mauvaise exécution des commandes et le
lettre de
retard des commandes imputés à la société Imprimerie Mavit Sival ne
licenciement,
pouvaient autoriser M. X... à prendre acte de la rupture de son contrat de
conformément
travail, que les retards de commandes n'étaient pas significatifs et étaient
aux modalités
antérieurs de deux ans à cette rupture sans même s'expliquer sur ces
conventionnelles lettres et, en particulier, sur la lettre précitée de la société Bioprim,
applicables entre antérieure de quelques semaines seulement à cette rupture, dénonçant une
les parties, soit mauvaise exécution de la commande passée et du retard à exécuter cette
par lettre commande, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de
recommandée l'article 1315 du Code civil et des articles L. 122-14-3, L. 122-14-4 et L.
avec accusé de 751-1 et suivants du Code du travail ;
réception
présentée et 4 / que la rupture du contrat de travail d'un représentant est imputable à
notifiée le 16 l'employeur et autorise ce dernier à prendre acte de cette rupture sans
mars 1998, est préavis lorsque l'employeur envoie un intermédiaire prospecter sur le
mal fondé à secteur exclusif qui lui a été concédé ; qu'en l'espèce, dans ses conclusions
réclamer une d'appel (p. 10, paragraphe c), M. X... avait fait valoir que la société
quelconque Imprimerie Mavit Sival avait elle-même reconnu avoir demandé à un de ses
contrepartie collègues de travail de prendre son relais pour décrocher des marchés, ce
financière ; que ce dernier aurait fait à des marges supérieures à celles de l'exposant ;
Censurant la qu'à l'appui du moyen tiré de la concurrence de son employeur, M. X...
position de la cour avait versé aux débats la lettre de son employeur en date du 3 février 1998
d'appel, la cour emportant reconnaissance de ces faits ainsi que le rapport d'expertise
de cassation judiciaire confirmant (p. 7) que deux autres VRP travaillaient sur son
estime que le secteur ; qu'en affirmant que la société Imprimerie Mavit Sival ne
démontrait pas la visite de prospects de M. X... par d'autres commerciaux
point de départ
de la société sans s'expliquer ni sur la lettre de l'employeur du 3 février
du délai de 15
1998 qui reconnaissait elle-même l'existence de cette visite ni sur les
jours doit être la
constatations de l'expert sur ce point, la cour d'appel a derechef privé sa
date de réception
décision de base légale au regard de l'article 1315 du Code civil et des
par l'employeur articles L. 122-14-3, L. 122-14-4 et L. 751-1 et suivants du Code du travail ;
de la lettre de
prise d'acte ( 26 Mais attendu que lorsque le salarié prend acte de la rupture de son contrat
janvier ) et non la de travail en raison de faits qu'il reproche à son employeur, cette rupture
date de produit les effets soit d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les
notification du faits invoqués la justifiaient, soit, dans le cas contraire, d'une démission ; et
licenciement ( 10 le contrat étant rompu par la prise d'acte du salarié, l'initiative prise ensuite
mars ) : " Qu'en par l'employeur de le licencier est non avenue ;
statuant ainsi
alors que le point Et attendu que la cour d'appel appréciant souverainement la réalité et la
de départ du délai gravité des manquements que le salarié imputait à l'employeur a estimé par
de quinze jours motifs propres et adoptés qu'ils n'étaient pas fondés ; que par ce seul motif,
prévu par l'article d'où il résulte que la rupture par le salarié a produit les effets d'une
susvisé était la démission, elle a légalement justifié sa décision ;
date de réception
Qu'ainsi le moyen, inopérant en ce qu'il conteste le licenciement pour faute
par l'employeur grave qui est non avenu, et infondé en ce qui concerne les effets de la prise
de la lettre de d'acte, ne peut être accueilli ;
prise d'acte de la
rupture par le Sur le quatrième moyen :
salarié, la cour
d'appel a violé le Page
Attendu que le salarié fait grief à l'arrêt de l'avoir débouté de sa 49
demande
texte susvisé ;" tendant à la condamnation de la société Imprimerie Mavit Sival à lui payer
des commissions sur retour d'échantillonnage ;

Mais attendu que le moyen dénonce une omission de statuer qui ne peut
être réparée que selon les dispositions de l'article 463 du nouveau Code de
procédure civile ;

Mais sur le troisième moyen :

Vu l'article 17 de l'Accord national interprofessionnel des VRP du 3 octobre


1975 ;

Attendu qu'aux termes de ce texte sous condition de prévenir, par lettre


recommandée avec accusé de réception, dans les quinze jours suivant la
notification par l'une ou l'autre des parties de la rupture, l'employeur pourra
dispenser l'intéressé de l'exécution de la clause de non concurrence ;

Attendu que pour débouter le salarié de sa demande en paiement de la


contrepartie pécuniaire de la clause de non concurrence contractuelle, la
cour d'appel a énoncé que le salarié qui a été libéré de cette clause dans les
15 jours suivant la lettre de licenciement, conformément aux modalités
conventionnelles applicables entre les parties, soit par lettre recommandée
avec accusé de réception présentée et notifiée le 16 mars 1998, est mal
fondé à réclamer une quelconque contrepartie financière ;

Qu'en statuant ainsi alors que le point de départ du délai de quinze jours
prévu par l'article susvisé était la date de réception par l'employeur de la
lettre de prise d'acte de la rupture par le salarié, la cour d'appel a violé le
texte susvisé ;

Et attendu qu'en application de l'article 627 du nouveau Code de procédure


civile, la cour d'appel est en mesure, - l'employeur n'ayant pas devant la
cour d'appel discuté à titre subsidiaire le montant de la contrepartie
financière réclamée -, de mettre fin au litige par application de la règle de
droit appropriée ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en sa disposition déboutant M. X... de


sa demande relative à la clause de non-concurrence, l'arrêt rendu le 18
mars 2003, entre les parties, par la cour d'appel de Montpellier ;

DIT n'y avoir lieu à renvoi ;

Condamne la société Imprimerie Mavit-Sival à payer à M. X... la somme de


16 165,35 euros à titre de contrepartie financière à la clause de non-
concurrence, avec intérêts au taux légal à compter de la demande ;

Condamne la société Imprimerie Mavit-Sival aux dépens ;

Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, condamne la société


Imprimerie Mavit-Sival à payer la somme de 2 500 euros à M. X... ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
l'arrêt partiellement cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du huit juin deux mille cinq.

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Cass.soc.,

24 mai 2005 N° 04-86813

Cour de Cassation
Chambre criminelle
Audience publique du 24 mai 2005 Rejet

N° de pourvoi : 04-86813
Publié au bulletin

Président : M. COTTE

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS


LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique
tenue au Palais de Justice à PARIS, le vingt-quatre mai deux mille cinq, a
rendu l'arrêt suivant :
Sur le rapport de M. le conseiller référendaire VALAT, les observations de la
société civile professionnelle WAQUET, FARGE et HAZAN, avocat en la Cour,
et les conclusions de M. l'avocat général CHEMITHE ;
Statuant sur le pourvoi formé par :

- LA SOCIETE CABINET Y... PERE ET FILS ET A...,


contre l'arrêt de la cour d'appel de PARIS, 12ème chambre, en date du 15
octobre 2004, qui, sur renvoi après cassation, a confirmé le jugement
l'ayant condamnée à 150 000 francs d'amende pour recours aux services
d'une personne exerçant un travail dissimulé ;
Vu le mémoire produit ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 121-1,
121-2, 121-3 nouveaux du Code pénal, des articles 324-9, 324-10, 362-3
et 362-6 du Code du travail, ensemble les articles 388, 591 et 593 du Code
de procédure pénale ;
"en ce que l'arrêt attaqué, statuant sur renvoi après cassation, a confirmé le
jugement entrepris qui avait déclaré le cabinet Y... Père et Fils et A...
coupable de recours, par personne morale, aux services d'une personne
exerçant un travail dissimulé ;
"aux motifs qu' "il résulte de la procédure et des débats que la société
Cabinet Y... et A..., syndic de la copropriété du 83-85 avenue de Breteuil à
Paris, a fait appel à l'entreprise X... Décors pour effectuer les travaux de
ravalement d'une cage d'escalier de l'immeuble, suivant marché en date du
9 juillet 1997 ; que, le 25 novembre 1997, un contrôleur du travail a
constaté que trois salariés travaillant sur les lieux n'avaient pas été déclarés
à l'URSSAF ; qu'il s'est avéré par la suite que l'entreprise X... n'était pas
inscrite au registre du commerce ni au registre des métiers, son dirigeant,
Anthony X..., poursuivant son activité professionnelle malgré l'interdiction
de diriger, gérer ou administrer une entreprise pour une durée de cinq ans
prononcée contre lui par le tribunal de commerce de Melun Page
le 2051
février
La société Cabinet 1995 ;
Y... et A... syndic qu'ainsi, il a été établi que l'entreprise d'Anthony X... se livrait au travail
de copropriété, a clandestin ; qu'il est reproché au cabinet Y... et A... d'avoir eu sciemment
été condamnée à recours au service d'un travail dissimulé en contractant avec cette
150 000 francs entreprise ; qu'il est constant qu'elle est signataire du marché de travaux
consenti à une entreprise qui ne respectait pas les prescriptions de l'article
d'amende pour
L. 324-10 du Code du travail ; que la matérialité de l'infraction est donc
pour n'avoir pas
caractérisée ; qu'en contractant avec cette entreprise, peu important que ce
vérifié que son
fût au nom de syndicat et non pour son compte personnel, il appartenait à
cocontractant
la société Cabinet Y... et A..., par l'intermédiaire de son représentant légal,
s'était acquitté de Jean-Pierre Y..., et non de son salarié Vincent Z..., qui ne disposait
ses obligations d'aucune délégation de pouvoirs pour vérifier que l'entreprise choisie
sociales et respectait les prescriptions de l'article L. 324-10 du Code du travail ; que,
fiscales . En effet, s'il est démontré que la société Cabinet Y... et A... avait fait signer à
l'entreprise X. Anthony X..., le 8 novembre 1996, la charte qu'elle impose aux entreprises
décors retenue avec lesquelles elle traite, cette circonstance ne dispensait pas son dirigeant
pour effectuer la d'exiger que l'entrepreneur lui remette les documents établissant qu'il avait
réfection d'une effectivement respecté les exigences légales ;
cage d'escalier ne que Jean-Pierre Y... a reconnu qu'il avait fait confiance à une entreprise qu'il
déclarait pas trois connaissait de longue date et n'avait procédé à aucune vérification ; qu'une
de ses salariés et telle abstention caractérise l'élément moral de l'infraction ; que l'infraction
n'était pas elle se trouve ainsi constituée dans tous ses éléments" (arrêt attaqué pages 5 et
même 6) ;
immatriculée au "1 ) alors, d'une part, que la juridiction correctionnelle est saisie "in rem"
RCS ou au RM. des faits visés dans la citation ; qu'elle ne peut statuer sur d'autres faits
Confirmant la qu'en recueillant préalablement l'assentiment du prévenu ; que méconnaît
position de la cour cette règle, en violation des textes susvisés, la cour d'appel qui, sans
d'appel, la cour appeler la société Cabinet Y... et A... ou son représentant à formuler des
de cassation observations de ce chef, retient la culpabilité de la personne morale sur le
estime que " fondement d'une infraction prétendument commise pour son compte par
commet son mandataire social, Jean-Pierre Y..., cependant que les agissements ou
sciemment le délit les abstentions fautives de celui-ci sont des faits qui n'ont été visés ni par la
prévu par l'article citation initiale, ni par celle délivrée en appel, et que, jusqu'à l'instance de
L. 324-9 du Code renvoi, il n'était question que des manquements imputés au salarié du
du travail celui cabinet Y... et A... , Vincent Z..., qui, au sein d'une agence de cette société,
avait géré directement le marché du ravalement de la cage d'escalier au
qui ne vérifie pas,
cours duquel avait été décelé le travail dissimulé ;
alors qu'il y est
"2 ) alors, d'autre part et en tout état de cause, qu'il n'y a point de délit
tenu tant par ledit
sans intention de le commettre ; qu'au cas présent, le cabinet Y... et A...
article que par
avait fait valoir dans ses conclusions (page 4) que l'absence de vérification,
l'article L. 324-14
par son mandataire social, du statut social de l'entreprise X... Décors n'avait
du même Code, la pas été effectuée sciemment et en connaissance de cause, dès lors que, si
régularité, au Jean-Pierre Y... s'était abstenu de procéder aux vérifications imposées par
regard de l'article la loi, ce n'était pas de peur de découvrir un manquement quelconque aux
L. 324-10, de la obligations sociales et salariales de son cocontractant, qu'il connaissait
situation de depuis le début des années quatre-vingt et qui n'était en infraction que
l'entrepreneur depuis deux ans (condamnation du 20 février 1995) à la date à laquelle le
dont il utilise les marché a été conclu (9 juillet 1997) ; qu'en ne procédant à aucune
services " recherche à cet égard, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa décision
au regard des textes susvisés" ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure qu'un
contrôle d'un fonctionnaire de la Direction départementale du travail et de
l'emploi a révélé que trois ouvriers qui travaillaient au ravalement d'une
cage d'escalier d'immeuble étaient employés par l'entreprise X... Décors,
laquelle n'était pas immatriculée au registre du commerce et n'avait
effectué aucune déclaration préalable à l'embauche ; que la société Cabinet
Y... et A... , syndic de la copropriété, a été citée devant le tribunal
correctionnel, en sa qualité de donneur d'ouvrage, pour recours au travail
dissimulé sur le fondement de l'article L. 324-9 du Code du Page 52pour
travail,
n'avoir pas vérifié que son cocontractant s'était acquitté de ses obligations
sociales et fiscales ;
Attendu que, pour confirmer le jugement ayant déclaré la prévenue
coupable, l'arrêt énonce que cette personne morale est signataire du
marché de travaux consenti à une entreprise qui ne respectait pas les
prescriptions de l'article L. 324-10 du Code du travail ; que les juges
ajoutent que, peu important que le contrat fût conclu au nom du syndicat
des copropriétaires, il appartenait à la société Cabinet Y... et A... , par
l'intermédiaire de son représentant légal Jean-Pierre Y..., de vérifier que
l'entreprise choisie remplissait ses obligations légales au regard du texte
précité ;
Attendu qu'en prononçant ainsi la cour d'appel a justifié sa décision ;
Que, d'une part, l'obligation d'énoncer le fait poursuivi n'imposant pas
d'identifier dans la citation, l'organe ou le représentant ayant commis
l'infraction pour le compte de la personne morale poursuivie, n'excède pas
sa saisine la cour d'appel qui détermine quel est cet organe ou
représentant ;
Que, d'autre part, commet sciemment le délit prévu par l'article L. 324-9 du
Code du travail celui qui ne vérifie pas, alors qu'il y est tenu tant par ledit
article que par l'article L. 324-14 du même Code, la régularité, au regard de
l'article L. 324-10, de la situation de l'entrepreneur dont il utilise les
services ;
D'où il suit que le moyen doit être écarté ;
Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE le pourvoi ;
Ainsi jugé et prononcé par la Cour de cassation, chambre criminelle, en son
audience publique, les jour, mois et an que dessus ;
Etaient présents aux débats et au délibéré, dans la formation prévue à
l'article L.131-6, alinéa 4, du Code de l'organisation judiciaire : M. Cotte
président, M. Valat conseiller rapporteur, M. Joly conseiller de la chambre ;
Greffier de chambre : Mme Daudé ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et
le greffier de chambre ;
Décision attaquée : cour d'appel de PARIS, 12ème chambre 2004-10-15

nouvelle recherche dans la base de jurisprudence

Page 53
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

10 mai 2006 N° 04-42608

Selon l'article L
324-10 du code
du travail , est
réputé travail
dissimulé par
dissimulation
d'emploi salarié le
fait, pour tout
employeur, de "se
soustraire
intentionnellement
à
l'accomplissement
de l'une des
formalités prévues
aux
articles L. 143-3
( bulletin de paie )
et L. 320
(DUE ). La
mention sur le
bulletin de paie
d'un nombre
d'heures de travail
inférieur à celui
réellement
effectué constitue,
si cette mention
ne résulte pas
d'une convention
ou d'un accord
conclu en
application du Cour de Cassation
chapitre II du Chambre sociale
titre Ier du livre II Audience publique du 10 mai 2006 Cassation partielle
du présent code, N° de pourvoi : 04-42608
une dissimulation Publié au bulletin
d'emploi salarié." Président : M. SARGOS
Or, selon l'article REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
L 324-11 du code
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
du travail " Le
Attendu que M. X..., engagé par la société Jura Tour le 3 juin 1996, en
salarié auquel un
qualité de chauffeur, a été licencié le 11 mars 1997 ; qu'il a saisi la
employeur a eu Page 54
recours en juridiction prud'homale le 15 avril 2002 d'une demande tendant,
violation des notamment, à l'allocation d'une indemnité forfaitaire pour travail dissimulé ;
dispositions de Sur le second moyen :
l'article L. 324-10 Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur ce moyen qui ne serait pas de
a droit en cas de nature à permettre l'admission du pourvoi ;
rupture de la Mais sur le premier moyen :
relation de travail Vu les articles L. 143-14 et L. 324-11-1 du Code du travail ;
à une indemnité Attendu que, pour débouter M. X... de sa demande tendant à l'attribution
forfaitaire égale à d'une indemnité forfaitaire pour travail dissimulé, la cour d'appel a retenu
six mois de que les heures supplémentaires réclamées et les journées travaillées non
salaire, à moins déclarées étant atteintes par la prescription, cette demande ne pouvait dès
que l'application lors aboutir ;
Attendu, cependant, que la prescription quinquennale de sa demande de
d'autres règles
rappel de salaire n'interdit pas au salarié de solliciter l'indemnité forfaitaire
légales ou de
pour travail dissimulé, laquelle se prescrit par trente ans et court à compter
stipulations
de la rupture ; qu'il appartenait dès lors à la cour d'appel de vérifier si les
conventionnelles
conditions de son attribution étaient réunies ;
ne conduise à une Qu'en statuant comme elle l'a fait la cour d'appel a violé les textes
solution plus susvisés ;
favorable." PAR CES MOTIFS :
Quelle est la CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a débouté M. X... de sa
nature de cette demande en paiement de l'indemnité pour travail dissimulé, l'arrêt rendu le
indemnité de six 27 janvier 2004, entre les parties, par la cour d'appel de Besançon ; remet,
mois ? salaire ou en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans l'état où elles se
non ? trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
Si c'est du salaire, cour d'appel de Dijon ;
la prescription est Condamne la société Jura Tour aux dépens ;
quinquennale. Si Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
ce sont des présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
dommages et l'arrêt partiellement cassé ;
intérêts, la Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
prescription est par le président en son audience publique du dix mai deux mille six.
trentenaire. --------------------------------------------------------------------------------
La réponse de la Décision attaquée : cour d'appel de Besançon (chambre sociale) 2004-01-27
cour de cassation --------------------------------------------------------------------------------
est claire : 30
ans ! "Attendu,
cependant, que la
prescription
quinquennale de
sa demande de
rappel de salaire
n'interdit pas au
salarié de solliciter
l'indemnité
forfaitaire pour
travail dissimulé,
laquelle se
prescrit par trente
ans et court à
compter de la
rupture ; qu'il
appartenait dès
lors à la cour
d'appel de vérifier
si les conditions
de son attribution
étaient réunies ; Page 55
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

12 janvier 2006 N° 04-42.190

04-42.190
Arrêt n° 147 du 12 janvier 2006
Cour de cassation - Chambre sociale
Cassation partielle sans renvoi

--------------------------------------------------------------------------------

Demandeur(s) à la cassation : société Somege SA


Défendeur(s) à la cassation : M. Mario X...

--------------------------------------------------------------------------------

Sommaire :

Les dispositions de l’article L. 324-11-1 du Code du travail ne font pas


obstacle au cumul de l’indemnité forfaitaire qu’elles prévoient avec les
indemnités de toute nature auxquelles le salarié a droit en cas de rupture
de la relation de travail, à la seule exception de l’indemnité légale ou
conventionnelle de licenciement.

Est dès lors légalement justifié l’arrêt qui ordonne le cumul de l’indemnité
forfaitaire avec :

- l’indemnité pour violation de l’ordre des licenciements (04-41.769-04-


42.159) ;
- l’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse (03-44.777, 03-
46.800) ;
- l’indemnité de requalification (03-44.777) ;
Les dispositions
- l’indemnité compensatrice de préavis (04-42.190, 04-40.991) ;
de l’article L. 324-
- l’indemnité de congés payés (04-40.991) ;
11-1 du Code du
- l’indemnité pour non-respect de la procédure de licenciement (04-43.105).
travail ne font pas
obstacle au cumul Par contre, encourt la cassation l’arrêt qui ordonne le cumul de l’indemnité
de l’indemnité forfaitaire avec l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, seule
forfaitaire qu’elles la plus élevée des deux devant être allouée au salarié (04-41.769-04-
prévoient avec les 42.159).
indemnités de
toute nature
auxquelles le --------------------------------------------------------------------------------
salarié a droit en
Texte de la décision :
cas de rupture de
la relation de Attendu que M. X..., engagé le 1er juin 1988 par la société Somege, a été
travail, à la seule licencié pour faute grave le 14 février 2002 ; que la cour d'appel, jugeant
exception de Page 56
l’indemnité légale son licenciement fondé sur une cause réelle et sérieuse, a condamné
ou l’employeur à lui payer diverses sommes, notamment à titre d’indemnité
conventionnelle compensatrice de préavis et de congés payés afférents (9 919,18 euros),
de licenciement. d’indemnité conventionnelle de licenciement (15 226,52 euros) et de
l'indemnité forfaitaire prévue par l'article L. 324-11-1 du Code du travail (18
Est dès lors 036 euros) ;
légalement
justifié l’arrêt qui Sur le premier moyen du pourvoi principal :
ordonne le cumul
Attendu que, pour des motifs tirés de la violation de l'article L. 122-8 du
de l’indemnité
Code du travail, la société Somege fait grief à l’arrêt attaqué d’avoir dit que
forfaitaire avec :
le licenciement de M. X... n’était pas fondé sur une faute grave ;
- l’indemnité pour Mais attendu que la cour d’appel, qui a relevé que les faits reprochés au
violation de salarié n'avaient pas désorganisé l'entreprise et ne rendaient pas impossible
l’ordre des son maintien dans celle-ci pendant la durée du préavis, a pu décider qu'ils
licenciements (04- n'étaient pas constitutifs d'une faute grave ;
41.769-04-
42.159) ; Que le moyen n'est pas fondé ;
- l’indemnité pour
licenciement sans Sur le second moyen du pourvoi principal, pris en sa première branche :
cause réelle et
sérieuse (03- Attendu que, pour des motifs tirés de la violation des articles L. 324-10 et L.
324-11-1 du Code du travail, la société Somege reproche à la cour d'appel
44.777, 03-
de l’avoir condamnée à payer au salarié l’indemnité prévue au second de
46.800) ;
ces textes ;
- l’indemnité de
requalification (03- Mais attendu que les juges du fond apprécient souverainement l'existence
44.777) ; du caractère intentionnel de la dissimulation du travail ; que la première
- l’indemnité branche de ce moyen, qui ne tend qu’à remettre en cause cette
compensatrice de appréciation souveraine, ne peut être accueillie ;
préavis (04-
42.190, 04- Sur les deux moyens réunis du pourvoi incident :
40.991) ;
- l’indemnité de Attendu que, pour des motifs pris d’un défaut de base légale au regard de
congés payés (04- l’article L. 122-14-3 du Code du travail et de violation de l’article 1147 du
40.991) ; Code civil, M. X... fait grief à l’arrêt attaqué d’avoir jugé son licenciement
- l’indemnité pour fondé sur une cause réelle et sérieuse et de l’avoir débouté de sa demande
non-respect de la de dommages-intérêts pour préjudice moral ;
procédure de Mais attendu que sous couvert d'un défaut de base légale ou d'une violation
licenciement (04- de la loi, non établis en l'espèce, les moyens, qui tendent à instaurer devant
43.105). la Cour de Cassation une discussion de pur fait, ne peuvent être accueillis ;
Par contre, Mais sur le second moyen du pourvoi principal, pris en sa seconde branche :
encourt la
cassation l’arrêt Vu l’article L. 324-11-1 du Code du travail :
qui ordonne le
cumul de Attendu qu'après avoir alloué au salarié, l'indemnité conventionnelle de
l’indemnité licenciement ainsi qu'une indemnité compensatrice de préavis, la cour
forfaitaire avec d'appel, pour condamner l'employeur à lui verser, en outre, l'indemnité
l’indemnité légale forfaitaire prévue par l'article L. 324-11-1 du Code du travail, retient que le
ou caractère intentionnel de la dissimulation totale étant établi, le salarié a
conventionnelle droit à cette indemnité ;
de licenciement,
Attendu, cependant, que les dispositions de l’article L. 324-11-1 du Code du
seule la plus travail ne font pas obstacle au cumul de l’indemnité forfaitaire qu’elles
élevée des deux prévoient avec les indemnités de toute nature auxquelles le salarié à droit
devant être en cas de rupture de la relation de travail, à la seule exception de
allouée au salarié l’indemnité de licenciement légale ou conventionnelle ;
(04-41.769-04-
Page 57
42.159). Qu'en statuant comme elle l'a fait, alors que si le salarié pouvait prétendre
à une indemnité compensatrice de préavis, l'indemnité de licenciement
légale ou conventionnelle ne se cumule pas avec l'indemnité forfaitaire
prévue par le texte susvisé, seule la plus élevée des deux devant être
allouée au salarié, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;

Et attendu qu’en application de l’article 627, alinéa 2, du nouveau Code de


procédure civile, la Cour de Cassation est en mesure, en cassant sans
renvoi, de mettre fin au litige par application de la règle de droit
appropriée ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a condamné la société


Somege à payer à M. X... une somme au titre de l’indemnité
conventionnelle de licenciement, l'arrêt rendu le 14 janvier 2004, entre les
parties, par la cour d'appel de Versailles ;

DIT n'y avoir lieu à renvoi du chef de la disposition cassée ;

DIT que M. X... ne peut cumuler l'indemnité forfaitaire et l'indemnité


conventionnelle de licenciement et le déboute en conséquence de sa
demande en paiement de cette dernière ;

--------------------------------------------------------------------------------

Président : M. Sargos
Rapporteur : Mme Andrich, conseiller référendaire
Avocat général :M. Maynial
Avocat(s) : Me Ricard, la SCP Masse-Dessen et Thouvenin

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Page 58
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Cass.soc.,

16 décembre
N°03-30390
2005

Confecsport se
voit notifier un
redressement par
Cour de Cassation
l’Urssaf pour avoir
Chambre sociale
bénéficié
Audience publique du 16 décembre 2005 Cassation partielle
indûment de N° de pourvoi : 03-30390
réductions Publié au bulletin
versées dans le Président : M. SARGOS
cadre du plan REPUBLIQUE FRANCAISE
textile sur la base AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
de déclarations LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
inexactes. La cour Attendu que l'URSSAF de la Loire a procédé à un redressement de
d'appel retient cotisations à l'encontre de la société Confecsport ; que cette société a
que les contesté plusieurs chefs de ce redressement ;
déclarations Sur le premier moyen :
inexactes sont Attendu que la société fait grief à l'arrêt infirmatif attaqué de l'avoir
une cause déboutée de son recours relatif à l'application aux travailleurs à domicile, de
d'exclusion du l'abattement sur les cotisations patronales afférentes aux salariés à temps
bénéfice de la partiel, alors, selon le moyen, qu'aucun texte n'exclut les travailleurs à
réduction. domicile percevant un salaire à la tâche des dispositions légales relatives au
A tort, travail à temps partiel ni celles instituant, en particulier, un abattement sur
l’employeur peut les cotisations patronales afférentes aux salariés engagés à temps partiel ;
faire des erreurs qu'en affirmant que la rémunération à la tâche des travailleurs à domicile
pour la cour de employés par cette société exclut que celle-ci puisse prétendre à cet
cassation. Dans la abattement en ce qui les concerne, la cour d'appel a violé les articles L. 212-
mesure où les 4-2, L. 322-12 et L. 721-1 du Code du travail ;
erreurs ne Mais attendu que si l'emploi d'un travailleur à domicile n'est pas
constituent que incompatible avec un emploi à temps partiel, la cour d'appel, qui,
des omissions et appréciant les éléments qui lui étaient soumis, a constaté que l'employeur
qu’il n’y a pas eu n'apportait pas la preuve, par la production des contrats de travail et des
fiches de paie, que les travailleurs étaient rémunérés à temps partiel, a
de condamnation
légalement justifié sa décision ;
pénale pour
Mais sur le second moyen :
travail dissimulé,
Vu l'article 7 du décret du 27 juin 1996 ;
l’employeur ne
Attendu que l'exclusion de la réduction de cotisations instituée par l'article
peut être exclu du
99 de la loi du 12 avril 1996 dans le cadre du plan textile, nécessite que soit
bénéfice des constatée, une omission ayant pour but d'obtenir indûment le bénéfice de la
réductions : « réduction que ce texte prévoit, ou une condamnation pénale pour travail
Qu'en statuant dissimulé ; qu'à défaut, l'omission de déclaration donne lieu à un
ainsi, sans redressement sur les sommes omises, mais ne peut pas faire perdre le
constater, en principe du droit à réduction ;
l'absence de Attendu que pour rejeter le recours de la société Confecsport, la cour
condamnation d'appel a retenu que les déclarations inexactes étaient une Page
cause59
pénale pour d'exclusion du bénéfice de la réduction ;
travail dissimulé, Qu'en statuant ainsi, sans constater, en l'absence de condamnation pénale
une omission pour travail dissimulé, une omission ayant eu pour but d'obtenir indûment
ayant eu pour but le bénéfice de la réduction de cotisations, et alors que la société avait
d'obtenir soutenu que l'omission constituait une simple erreur ne pouvant pas
indûment le entraîner cette exclusion, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
bénéfice de la PAR CES MOTIFS :
réduction de CASSE ET ANNULE, en ce qu'il a rejeté le recours de la société Confecsport
cotisations, et contre le redressement pour "fausse déclaration tendant à obtenir indûment
alors que la le bénéfice de la réduction prévue par l'article 99 de la loi du 12 avril 1996",
société avait l'arrêt rendu le 8 avril 2003, entre les parties, par la cour d'appel de Lyon ;
soutenu que remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans l'état où
l'omission elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
constituait une devant la cour d'appel de Grenoble ;
simple erreur ne Condamne l'URSSAF de Saint-Etienne aux dépens ;
pouvant pas Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
entraîner cette présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
l'arrêt partiellement cassé ;
exclusion, la cour
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
d'appel a violé le
par le président en son audience publique du seize décembre deux mille
texte susvisé
cinq.
» ( Cass.soc., 16
décembre 2005, N
°03-30390 )

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Cass. Soc.

23/01/2003 00-22164

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 23 janvier 2003 Cassation sans renvoi.

N° de pourvoi : 00-22164
Publié au bulletin

Président : M. Sargos .
Rapporteur : M. Thavaud.
Avocat général : M. Legoux.
Avocats : la SCP Rouvière et Boutet, la SCP Parmentier et Didier.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le moyen unique :

Vu les articles L. 324-14, L. 324-10, R. 324-3 et R. 324-4 du Code du


travail ;

Attendu qu'en vertu du premier de ces textes, toute personne qui ne s'est
pas assurée, lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une
obligation d'un montant au moins égal à 3 000 euros (20 000 francs) en
vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services
ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, que son cocontractant
s'acquitte de ses obligations au regard de l'article L. 324-10, ou de l'une
d'entre elles seulement, dans le cas d'un contrat conclu par un particulier
pour son usage personnel, celui de son conjoint ou de ses ascendants ou
descendants, sera tenue solidairement avec celui qui exerce un travail
dissimulé au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi
que des pénalités et majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux
organismes de protection sociale ;
Toute personne
qui ne s’est pas
assurée, lors de la
conclusion d’un Page 61
contrat dont Attendu qu'en 1998, M. X..., vétérinaire, a fait exécuter des travaux de
l’objet porte sur peinture dans sa clinique par un artisan dont deux ouvriers n'avaient pas
un montant au été déclarés aux organismes sociaux ; que, par mise en demeure du 14
mois égal à 3.000 avril 1999, l'URSSAF lui a réclamé le montant des cotisations sociales dues
euro en vue de sur leurs rémunérations ;
l’exécution d’un
travail, de la
Attendu que pour accueillir le recours de M. X..., le jugement attaqué
fourniture d’une retient essentiellement qu'exerçant sa profession à titre libéral, celui-ci doit
prestation de être considéré comme un particulier, de sorte que s'étant fait remettre par
services ou de son cocontractant, avant le début des travaux, un devis indiquant que ce
l’accomplissement professionnel était inscrit au registre des métiers, il est présumé avoir
d’un acte de procédé aux vérifications prescrites par la loi ;
commerce, que
son cocontractant
s’acquitte de ses Qu'en statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses propres constatations que
obligations au M. X... avait contracté pour son usage professionnel et non pour son usage
regard de l’article personnel, celui de son conjoint ou de ses ascendants ou descendants, de
L. 324-10, ou de sorte qu'il lui appartenait de vérifier que son cocontractant avait satisfait à
l’une d’entre elles l'ensemble de ses obligations au regard de l'article L. 324-10 du Code du
seulement, dans travail, le tribunal des affaires de sécurité sociale a violé les textes susvisés ;
le cas d’un
contrat conclu par Et attendu qu'il y a lieu de faire application de l'article 627, alinéa 1, du
un particulier nouveau Code de procédure civile, la cassation n'impliquant pas qu'il soit à
pour son usage nouveau statué au fond ;
personnel, celui
de son conjoint
ou de ses PAR CES MOTIFS :
ascendants ou
descendants, est CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, le jugement rendu le 14
tenue septembre 2000, entre les parties, par le tribunal des affaires de sécurité
solidairement sociale d'Annecy ;
avec celui qui
exerce un travail
dissimulé au DIT n'y avoir lieu à renvoi ;
paiement des
impôts, taxes et
DEBOUTE M. X... de son recours ;
cotisations
obligatoires ainsi
que des pénalités Le condamne aux dépens ;
et majorations
dus par celui-ci au
Trésor ou aux Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande de
M. X... ;
organismes de
protection sociale.

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite du
jugement cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du vingt-trois janvier deux mille
trois.

Page 62
--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2003 V N° 16 p. 15

Décision attaquée : Tribunal des affaires de sécurité sociale d'Annecy, 2000-


09-14
Titrages et résumés EMPLOI - Travail dissimulé - Prévention - Obligation de
vérifications - Particulier ayant conclu un contrat pour son usage personnel
- Usage personnel - Exclusion - Cas .

Celui qui fait exécuter des travaux dans ses locaux professionnels n'est pas
un particulier ayant contracté pour son usage personnel au sens de l'article
L. 324-14 du Code du travail..

En conséquence, doit être censuré, le tribunal des affaires de la sécurité


sociale qui pour exonérer l'intéressé de la solidarité instaurée par ce texte,
en matière de cotisations sociales, retient qu'exerçant sa profession à titre
libéral, il doit être considéré comme un particulier et qu'à ce titre il est
présumé s'être assuré de l'exécution des obligations incombant à son
cocontractant en vertu de l'article L. 324-10 du même Code dès lors qu'il
justifie la vérification de l'une d'entre elles seulement.

Codes cités : Code du travail L324-14, L324-10, R324-10, R324-3, R324-4.

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Page 63
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Cass. Soc.

15/10/2002 00-45082

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 15 octobre 2002 Cassation partielle.

N° de pourvoi : 00-45082
Publié au bulletin

Président : M. Sargos .
Rapporteur : M. Soury.
Avocat général : M. Bruntz.
Avocat : M. Pradon.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Attendu que Mme X... a été engagée le 17 mai 1998 par la société Nostalgia
Café en qualité d'employée "toutes mains", dans le cadre d'un contrat à
durée déterminée saisonnier ; que, par lettre du 6 août 1998, la salariée a
démissionné de son emploi en reprochant à son employeur de ne pas
respecter son obligation contractuelle de paiement des heures
supplémentaires ; qu'elle a saisi la juridiction prud'homale pour obtenir
paiement de dommages et intérêts au titre de la rupture anticipée de son
contrat à durée déterminée ainsi que des rappels de rémunération et une
indemnité en application de l'article L. 324-11-1 du Code du travail ;

Sur le premier moyen :

Attendu que l'employeur fait grief à l'arrêt attaqué de l'avoir condamné au


paiement d'une indemnité en application de l'article L. 324-11-1 du Code du
travail, alors, selon le moyen, que ce texte s'inscrit dans un chapitre du
Code du travail relatif au travail dissimulé, lequel constitue une infraction
pénale ; que son application suppose que l'employeur ait été préalablement
déclaré coupable du délit de travail dissimulé par la juridiction pénale, par
application de l'article L. 324-10 du Code du travail qui définit cette
infraction ; que ne saurait encourir la sanction de l'article L. 324-11-1 du
Code du travail, l'employeur qui n'est pas poursuivi pour travail dissimulé et
dont la culpabilité de ce chef n'a pas été établie ; que la cour d'appel a violé
Page 64
tant l'article L. 324-11-1 du Code du travail que l'article 6-1 de la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentales ;

Mais attendu que le paiement de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L.


324-11-1 du Code du travail n'est pas subordonné à l'existence d'une
décision pénale préalable déclarant l'employeur coupable du délit de travail
dissimulé ; que dès lors qu'il ne résulte ni des énonciations de l'arrêt ni des
pièces de la procédure qu'une demande de sursis à statuer ait été formée à
raison de poursuites pénales engagées contre l'employeur du chef du délit
de travail dissimulé, la cour d'appel, qui a constaté que la société avait
volontairement dissimulé une partie du temps de travail de la salariée, a
décidé à bon droit d'allouer à cette dernière l'indemnité forfaitaire prévue à
l'article L. 324-11-1 du Code du travail ; que le moyen n'est pas fondé ;

Mais sur le moyen relevé d'office, après accomplissement des formalités de


l'article 1015 du nouveau Code de procédure civile :

Vu l'article L. 324-11.1, alinéa 1, du Code du travail ;

Travail dissimulé :
l’indemnité Attendu, selon ce texte, que le salarié auquel un employeur a eu recours en
forfaitaire est due violation des dispositions de l'article L. 324-10 a droit, en cas de rupture de
la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à six mois de salaire,
en cas de non-
à moins que l'application d'autres règles légales ou conventionnelles ne
paiement
conduisent à une solution plus favorable ; qu'il en résulte que l'indemnité
volontaire des
forfaitaire instituée par ce texte ne se cumule pas avec les autres
heures
indemnités auxquelles le salarié pourrait prétendre au titre de la rupture de
supplémentaires.
son contrat de travail, seule l'indemnisation la plus favorable devant lui être
Lorsqu’un accordée ;
employeur a
volontairement
dissimulé une
partie du temps
Attendu que pour condamner l'employeur à payer à la salariée des
de travail d’un
dommages et intérêts en application de l'article L. 122-3.8 du Code du
salarié en ne lui
travail, après avoir alloué à cette dernière l'indemnité forfaitaire prévue par
payant pas les HS
l'article L. 324-10 du Code du travail, l'arrêt énonce qu'en présence d'un
dues, ce dernier
manquement de l'employeur à son obligation de paiement du salaire, la
est en droit démission de la salariée n'est pas réelle et la rupture du contrat à durée
d’obtenir déterminée ouvre droit à son profit à des dommages et intérêts d'un
l’indemnité montant au moins égal aux rémunérations qu'elle aurait perçues jusqu'au
forfaitaire de 6 terme de son contrat ;
mois prévue à
l’article L. 324-11-
1, même si Qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
l’employeur n’a
pas été déclaré
PAR CES MOTIFS :
coupable du délit
de travail
dissimulé ; CASSE ET ANNULE, mais seulement en sa disposition allouant à Mme X...
cependant cette des dommages et intérêts en application de l'article L. 122-3.8 du Code du
indemnité ne se travail, l'arrêt rendu le 8 juin 2000, entre les parties, par la cour d'appel de
cumule pas avec Rennes ; remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans
les autres l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les
indemnités renvoie devant la cour d'appel d'Angers ;
auxquelles le
salarié pourrait Page 65
prétendre au titre Laisse à chaque partie la charge respective de ses dépens ;
de la rupture de
son contrat de
Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande de
travail, seule la société Nostalgia Café ;
l’indemnisation la
plus favorable
devant lui être Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
accordée. présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
l'arrêt partiellement cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du quinze octobre deux mille
deux.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2002 V N° 312 p. 300

Décision attaquée : Cour d'appel de Rennes, 2000-06-08


Titrages et résumés 1°

EMPLOI - Travail dissimulé - Effets - Indemnisation - Conditions - Décision


pénale - Nécessité (non).

Le paiement de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 324-11-1 du Code


du travail n'est pas subordonné à l'existence d'une décision pénale préalable
déclarant l'employeur coupable du délit de travail dissimulé ; dès lors qu'il
ne résulte ni des énonciations de l'arrêt ni des pièces de la procédure
qu'une demande de sursis à statuer ait été formée à raison de poursuites
pénales engagées contre l'employeur du chef du délit de travail dissimulé,
une cour d'appel, qui a constaté que l'employeur avait volontairement
dissimulé une partie du temps de travail du salarié, a décidé à bon droit
d'allouer à ce dernier l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 324-11-1 du
Code du travail.

EMPLOI - Travail dissimulé - Effets - Indemnisation - Principe de faveur -


Application

EMPLOI - Travail dissimulé - Effets - Indemnisation - Etendue.

Selon l'article L. 324-11-1, alinéa 1, du Code du travail, le salarié auquel un


employeur a eu recours en violation des dispositions de l'article L. 324-10 a
Page 66
droit, en cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire
égale à six mois de salaire, à moins que l'application d'autres règles légales
ou conventionnelles ne conduise à une solution plus favorable ; il en résulte
que l'indemnité forfaitaire instituée par ce texte ne se cumule pas avec les
autres indemnités auxquelles le salarié pourrait prétendre au titre de la
rupture de son contrat de travail, seule l'indemnisation la plus favorable
devant lui être accordée.

EMPLOI - Travail dissimulé - Effets - Indemnisation - Principe de faveur -


Application

Codes cités : 1° :. Code du travail L324-11-1. 2° :. Code du travail L324-11-


1, L324-10.

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Page 67
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass. Soc.

16/02/1999 96-45565

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 16 février 1999 Cassation.

N° de pourvoi : 96-45565
Publié au bulletin

Président : M. Gélineau-Larrivet .
Rapporteur : M. Merlin.
Avocat général : M. Martin.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

Vu l'article 1116 du Code civil ;

Attendu que Mlle Bentenat a été engagée, en qualité de responsable de


centre d'étude de langues, par l'association Institut interprofessionnel de
formation pour l'industrie et le commerce (IFPIC) suivant contrat à durée
déterminée d'un an à compter du 13 juin 1994 ; que, le 23 septembre
1994, elle a remis une lettre de démission qu'elle a dénoncée le 26
septembre suivant ; qu'elle a saisi le conseil de prud'hommes en réclamant
une indemnité de fin de contrat et des dommages-intérêts ; que
l'employeur a invoqué la nullité du contrat pour dol constitué par la mention
sur le curriculum vitae de la salariée, remis lors de son embauche, d'une
indication erronée relative à son expérience professionnelle ;

Attendu que la cour d'appel, pour déclarer nul le contrat de travail et rejeter
Contenu du CV : en conséquence les demandes de la salariée retient que cette dernière a fait
l'omission ou figurer dans son curriculum vitae la mention " 1993 assistance de
l'inexactitude responsable de formation, Renault (Rueil-Malmaison) ", alors qu'en réalité il
n’est pas dol. s'agissait d'un stage de formation de 4 mois à la direction des études de
Renault dans le service formation linguistique ; qu'elle ajoute que
Faire état sur son
manifestement la relation salariale ne se serait jamais nouée s'il était
CV de fonctions
apparu qu'au lieu de bénéficier d'une expérience professionnelle d'une
exercées pendant
année au sein d'une société importante à un poste d'assistante de
un an alors qu’il
responsable de formation, l'intéressée n'avait eu en fait qu'une expérience
s’agit en réalité
professionnelle de 4 mois au titre d'un stage en formation ; qu'elle en
d’un stage de 4 conclut que le consentement de l'employeur a été vicié par la manoeuvre
mois n’est pas dolosive de la salariée ; Page 68
constitutif d’une
manœuvre Qu'en statuant ainsi, alors que la mention litigieuse, si elle était imprécise
frauduleuse. et susceptible d'une interprétation erronée, n'était pas constitutive d'une
manoeuvre frauduleuse, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS, sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres branches du
moyen :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 25 juillet


1996, entre les parties, par la cour d'appel de Poitiers ; remet, en
conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de
Bourges.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 1999 V N° 74 p. 55


Dalloz, 2000-02-03, n° 5, p. 97, note T. AUBERT-MONPEYSENT. Semaine
juridique, Edition entreprise, 2000-06-15, n° 24, p. 952, note C. PUIGELIER.
Décision attaquée : Cour d'appel de Poitiers, 1996-07-25
Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Nullité - Dol -
Curriculum vitae - Mention imprécise et ambiguë - Elément insuffisant .

N'est pas constitutive d'une manoeuvre frauduleuse la mention litigieuse,


même imprécise et susceptible d'une interprétation erronée, qu'un salarié a
fait figurer dans son curriculum vitae, selon laquelle il a bénéficié d'une
expérience professionnelle d'une année au sein d'une société importante, à
un poste d'assistant de responsable de formation, alors qu'il n'avait effectué
qu'un stage de formation de 4 mois dans cette société.

CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Embauche - Curriculum vitae -


Mention imprécise et ambigue - Dol (non)

Codes cités : Code civil 1116.

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Page 69
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Cass.soc.,

31 janvier 2006 N° 05-42130

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 31 janvier 2006 Rejet

N° de pourvoi : 05-42130
Publié au bulletin

Président : M. SARGOS

REPUBLIQUE FRANCAISE

S'il est possible AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS


d'enjoliver un CV,
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
il faut en assumer
les conséquences ! Sur le moyen unique pris d'une violation de l'article 932-2 du Code du
En l'occurence, travail dans sa rédaction issue de la loi du 19 janvier 2000 :
dans la mesure
ou un salarié a Attendu que la cour d'appel qui a constaté que l'utilisation des logiciels
mentionné sur photoshop et illustrator était indispensable à l'exercice des fonctions de Mlle
son CV maitriser X..., laquelle avait mentionné dans son curriculum vitae en maîtriser
des logiciels, l'utilisation, a pu décider que l'employeur n'était pas tenu d'une obligation
l'employeur n'est de formation de la salariée à l'utilisation de ces logiciels ;
pas tenu de lui
fournir une PAR CES MOTIFS :
formation.
REJETTE le pourvoi ;

Condamne Mlle X... aux dépens ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du trente et un janvier deux mille
six.

Décision attaquée : cour d'appel d'Amiens (5e chambre sociale, cabinet A)


2004-09-21

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Page 70
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Cass. Soc.

02/02/1999 95-45331

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 2 février 1999 Cassation partielle.

N° de pourvoi : 95-45331
Publié au bulletin

Président : M. Gélineau-Larrivet .
Rapporteur : M. Waquet.
Avocat général : M. Lyon-Caen.
Avocats : la SCP Gatineau, Mme Baraduc-Bénabent.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Attendu que M. Duffas a, le 26 août 1991, été engagé par la société SOGEA
en qualité de directeur de l'immobilier ; que la prise de fonctions était fixée
au 2 décembre 1991, date avancée ensuite au 15 novembre 1991 ; que,
cependant, par lettre du 11 octobre 1991, la société SOGEA l'a avisé qu'il
n'était pas donné suite au contrat ; que l'intéressé a alors saisi la juridiction
prud'homale pour demander le paiement des indemnités de rupture et une
indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ;

Sur le moyen unique du pourvoi incident de la société SOGEA qui est


préalable :

Attendu que la société SOGEA fait grief à l'arrêt de l'avoir condamnée à


payer à M. Duffas diverses sommes au titre de dommages-intérêts, alors,
selon le moyen, que seule la rupture d'un contrat de travail en cours
d'exécution peut être qualifiée de licenciement ; qu'en énonçant que le
contrat de travail litigieux n'avait reçu aucun début d'exécution, sa rupture
ayant eu lieu le 11 octobre 1991, le commencement d'activité étant fixé au
15 novembre, sans en déduire, comme elle y était invitée, que sa rupture
ne pouvait ouvrir droit aux indemnités dues en cas de licenciement, mais à
de simples dommages-intérêts en réparation du préjudice subi du fait de la
rupture du lien contractuel, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences de
ses propres constatations et a violé ensemble les articles 1147 du Code
civil, L. 122-14-4 et L. 122-8 du Code du travail ;

Mais attendu que la rupture d'un contrat de travail à l'initiative d'un


Une promesse
employeur s'analyse en un licenciement ;
d’embauche
Page 71
ferme est un Et attendu qu'ayant relevé que, du fait de leur accord réciproque, les parties
contrat de travail. étaient liées par un contrat de travail, la cour d'appel a exactement décidé
Lorsque que même si son exécution n'avait pas commencé, la rupture de ce contrat,
l’engagement est à l'initiative de l'employeur, caractérisait un licenciement ; que le moyen
confirmé, les n'est pas fondé ;
parties sont liées
par un contrat de Sur le pourvoi principal de M. Duffas :
travail et même si Sur le premier moyen :
l’exécution du
contrat n’a pas Vu l'article 1134 du Code civil et l'article 11 de la convention collective des
commencé, la ingénieurs et cadres (IAC) des travaux publics du 31 août 1955 ;
rupture de ce
dernier à Attendu que, pour débouter M. Duffas de sa demande d'indemnité de
l’initiative de licenciement et limiter à 265 000 francs l'indemnité de licenciement sans
l’employeur cause réelle et sérieuse et à 85 000 francs l'indemnité de préavis, la cour
s’analyse en un d'appel énonce que la société SOGEA a rompu le contrat par un courrier du
licenciement. 11 octobre 1991 qui doit s'analyser en une lettre de licenciement ne
(reprise de reposant sur aucune cause réelle et sérieuse ; qu'il résulte des écritures de
l'ancienneté dans M. Duffas que celui-ci a fait l'objet d'un licenciement de la part de son
la promesse précédent employeur Paris-Ouest Immobilier et qu'en quittant cette société
d'embauche donc il a bénéficié des avantages résultant de la loi et de la convention collective
pas d'essai) tenant à l'ancienneté ;

Qu'en statuant ainsi, alors qu'elle avait constaté qu'un courrier annexé à la
lettre d'engagement reconnaissait à M. Duffas une ancienneté dans le
groupe de 27 années lui donnant droit à l'ensemble des avantages définis
dans la Convention collective nationale des ingénieurs, assimilés et cadres
des entreprises publics, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences
légales de ses propres constatations, a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le second moyen du
pourvoi de M. Duffas :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a rejeté la demande


d'indemnité de licenciement et limité le montant des indemnités de préavis,
de congés payés sur préavis et pour licenciement sans cause réelle et
sérieuse, l'arrêt rendu le 3 octobre 1995, entre les parties, par la cour
d'appel de Versailles ; remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les
parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait
droit, les renvoie devant la cour d'appel de Paris.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 1999 V N° 52 p. 39


Semaine juridique, Edition entreprise, 1999-09-30, n° 39, p. 1541, note C.
PUIGELIER.
Décision attaquée : Cour d'appel de Versailles, 1995-10-03
Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, RUPTURE - Licenciement -
Définition - Rupture par l'employeur - Rupture avant tout commencement
d'exécution .

La circonstance que le contrat de travail a été rompu par l'employeur avant


tout commencement d'exécution ne retire pas à cette rupture le caractère
d'un licenciement.

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Défaut d'exécution - Contrat rompu


avant tout commencement d'exécution - Effet
Page 72
Précédents jurisprudentiels : A RAPPROCHER : Chambre sociale, 1980-04-
29, Bulletin 1980, V, n° 374, p. 283 (rejet) ; Chambre sociale, 1989-01-12,
Bulletin 1989, V, n° 18, p. 10 (cassation).

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Page 73
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass. Soc.

04/12/2001 99-43324

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 4 décembre 2001 Rejet.

N° de pourvoi : 99-43324
Publié au bulletin

Président : M. Sargos .
Rapporteur : Mme Nicolétis.
Avocat général : M. Kehrig.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur les deux moyens, réunis :

Attendu que Mme Bourachot, qui travaillait en qualité de voyageur-


représentant-placier, a sollicité un emploi auprès de la société Prodident ;
qu'elle a démissionné de ses précédentes fonctions après réception du
courrier par lequel la société Prodident lui confirmait la proposition d'emploi
qui lui avait été précédemment faite ; que la société Prodident ne lui ayant
pas fourni d'emploi, la salariée a saisi la juridiction prud'homale de
demandes en paiement de dommages-intérêts pour rupture abusive de
promesse d'embauche et d'indemnité de préavis ;

Attendu que la société Prodident fait grief à l'arrêt attaqué (Aix-en-


Provence, 9 mars 1999) d'avoir accueilli les demandes de Mme Bourachot
alors, selon les moyens :

1° que l'article L. 121-1 du Code du travail permet de délimiter les


frontières entre le contrat de travail et les contrats voisins tels que la
promesse d'embauche, l'offre d'embauche, l'accord de principe ou les
simples pourparlers ; qu'il conduit également à distinguer les divers
contrats voisins du contrat de travail ; que c'est par une fausse
interprétation des éléments de l'espèce, induisant une violation de la règle
de droit, que la cour d'appel a qualifié la lettre de promesse d'embauche ;

2° que le fait générateur de la responsabilité de la société Prodident ne peut


Page
résulter que de la rupture, durant la phase précontractuelle, des 74
pourparlers
ou de la promesse d'embauche et non de la rupture d'un contrat de travail
et ce sous réserve de rapporter la preuve d'une faute commise par la
société Prodident ; que l'article L. 121-14-5 du Code du travail est dès lors
inapplicable en l'espèce ; qu'en appliquant ledit article aux faits soumis à
son examen et en octroyant une indemnité de préavis, la cour d'appel, tout
en qualifiant la lettre de promesse d'embauche, a appliqué les dispositions
afférentes au seul licenciement, et ce en violation de la loi ;

La circonstance
que le contrat de 3° que le contrat n'ayant jamais existé, les articles L. 122-4 et suivants du
travail a été code du travail ne peuvent s'appliquer ; la prise de fonction n'ayant jamais
rompu par eu lieu, le salarié ne saurait revendiquer une indemnité compensatrice de
l’employeur avant préavis, ni les congés payés incidents ; au demeurant, la cour d'appel ne
tout précise point, du fait d'une estimation globale, la part allouée au titre des
commencement dommages-intérêts et celle au titre de l'indemnité de préavis, et dès lors,
d’exécution ne justifie point les 35 000 francs octroyés ;
n’exclut pas que
la salariée puisse 4° qu'enfin, si l'article L. 122-14-5 du Code du travail était applicable, il
prétendre au induirait la mise en oeuvre du régime du licenciement et donc la protection
paiement d’une du respect de la procédure, or, en la matière, il n'existe aucun droit à
indemnité de indemnité correspondant, il résulte que c'est en violation de la loi que le
préavis, qui juge a accordé des indemnités de préavis ;
contrairement à
ce que soutient le
moyen n’a pas
fait l’objet d’une Mais attendu d'abord que la cour d'appel, qui a constaté que la lettre datée
évaluation globale. du 3 avril 1994 contenant la confirmation de la proposition d'emploi faite à
la salariée et précisant le lieu de travail ainsi que la rémunération,
constituait la confirmation écrite d'un engagement verbal n'appelant pas de
confirmation de la part de Mme Bourachot, a ainsi fait ressortir qu'un
contrat de travail avait été formé entre les parties ;

Et attendu ensuite que la circonstance que le contrat de travail a été rompu


par l'employeur avant tout commencement d'exécution n'exclut pas que la
salariée puisse prétendre au paiement d'une indemnité de préavis, qui
contrairement à ce que soutient le moyen n'a pas fait l'objet d'une
évaluation globale ;

D'où il suit que les moyens ne sont pas fondés ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2001 V N° 371 p. 297

Décision attaquée : Cour d'appel d'Aix-en-Provence, 1999-03-09


Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, RUPTURE - Licenciement -
Indemnités - Délai-congé - Contrat rompu avant tout commencement
d'exécution - Effet .
Page 75
La circonstance que le contrat de travail a été rompu par l'employeur avant
tout commencement d'exécution n'exclut pas que le salarié puisse
prétendre au paiement d'une indemnité de préavis.

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Défaut d'exécution - Rupture - Portée

CONTRAT DE TRAVAIL, RUPTURE - Licenciement - Indemnités - Délai-congé


- Indemnité compensatrice - Inexécution du préavis - Cause - Effet

Précédents jurisprudentiels : A RAPPROCHER : Chambre sociale, 1989-01-


12, Bulletin 1989, V, n° 18, p. 10 (cassation partielle) ; Chambre sociale,
1999-02-02, Bulletin 1999, V, n° 52, p. 39 (cassation partielle).

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Page 76
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.

18/05/1999 no 97-40.650

Les effets de la
promesse
d'embauche ne COUR DE CASSATION, chambre sociale
concernent pas Bull. civ. V, no 218
seulement sa 18 mai 1999
rupture mais Cassation partielle.
aussi le contrat de Sur le moyen unique, pris en sa première branche :
travail qui en Vu les articles 1134 et 1273 du Code civil, L. 121-1 du Code du travail ;
serait la Attendu que M. Ricarte, employé depuis le 1er août 1970 par la société
conséquence. Si Davum et différentes sociétés du Groupe Davum, a été engagé, à compter
l'employeur du 1er février 1989, en qualité de directeur de succursale par la société
rédige un contrat Longométal, absorbée, le 1er janvier 1993 par la société Nozal ; qu'il a été
de travail suite à licencié, le 24 novembre 1994, pour motif économique ; qu'en se fondant
la promesse sur la Convention collective nationale des ingénieurs et cadres de la
d'embauche et métallurgie et en se prévalant d'un engagement de la société Longométal
qu'il omet de de reprendre en totalité son ancienneté dans le Groupe Davum, il a saisi la
reprendre certains juridiction prud'homale en réclamant un complément d'indemnité
des éléments de conventionnelle de licenciement, des dommages-intérêts la remise de la
la promesse reste médaille d'honneur du travail et le paiement de la gratification
accompagnant cette remise ;
tenu par cette
Attendu que pour rejeter la demande du salarié en paiement d'un
dernière . " Qu'en
complément à l'indemnité conventionnelle de licenciement, la cour d'appel
statuant ainsi,
énonce que la lettre d'engagement signée par les parties ne comporte
alors que
aucune clause relative à la reprise de l'ancienneté du salarié acquise
l'employeur ayant antérieurement dans d'autre entreprises ; que cette convention fait la seule
pris loi des parties, en sorte que le moyen tiré de l'existence d'une promesse
l'engagement, unilatérale d'embauche, qui serait constituée par deux écrits des 23 et 24
dans sa lettre du décembre 1988, est dépourvu de portée et de pertinence ;
24 décembre Qu'en statuant ainsi, alors que l'employeur ayant pris l'engagement, dans
1988, de sa lettre du 24 décembre 1988, de reprendre l'ancienneté du salarié au
reprendre service de la société Davum, le seul défaut d'énonciation de cet
l'ancienneté du engagement dans le contrat de travail ne pouvait le remettre en cause, la
salarié au service cour d'appel a violé les textes susvisés ;
de la société Par ces motifs :
Davum, le seul sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :
défaut CASSE ET ANNULE
d'énonciation de mais seulement en ses dispositions rejetant la demande du salarié en
cet engagement paiement d'un complément à l'indemnité conventionnelle de licenciement,
dans le contrat de l'arrêt rendu le 16 décembre 1996 entre les parties, par la cour d'appel de
travail ne pouvait Limoges ; remet en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans
le remettre en l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et pour être fait droit les
cause, la cour renvoie devant la cour d'appel de Poitiers.
d'appel a violé les
textes susvisés ;" Page 77
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass. Soc.

12/03/2002 99-44222

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 12 mars 2002 Rejet.

N° de pourvoi : 99-44222
Publié au bulletin

Président : M. Sargos .
Rapporteur : M. Le Roux-Cocheril.
Avocat général : M. Lyon-Caen.
Avocats : la SCP Piwnica et Molinié, la SCP Thomas-Raquin et Benabent.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Attendu que Mlle Maruschka Detmers a été engagée par contrat du 28


septembre 1994 par la société Mimosa Production pour collaborer du 20
février 1995 au 15 mai 1995, en qualité d'artiste interprète du film Le Cri de
la Soie ; qu'elle devait percevoir la somme de 900 000 francs dont 67 500
francs qui lui ont été versés à la signature du contrat ; que le 5 février
1995, la société a informé Mlle Maruschka Detmers que le rôle serait tenu
par une autre artiste et que le contrat était devenu sans objet ; que Mlle
Maruschka Detmers a saisi la juridiction prud'homale ; que la société a été
mise en liquidation judiciaire le 30 septembre 1996 ;

Sur le premier moyen :

Attendu que l'AGS et l'UNEDIC (CGEA Ile-de-France Ouest) font grief à


l'arrêt attaqué (Paris, 20 mai 1999) d'avoir fixé au passif de la société des
dommages-intérêts pour rupture anticipée du contrat de travail à durée
déterminée, alors, selon le moyen, que la rupture d'un contrat de travail à
durée déterminée, avant le début de son exécution par le salarié, n'ouvre
pas droit à des dommages-intérêts sur le fondement de l'article L. 122-3-8
du Code du travail ; qu'en décidant que le contrat de travail à durée
déterminée avait reçu un commencement d'exécution matérialisé par le
versement à la salariée d'une somme d'argent, conformément à l'une de
ses clauses, après avoir constaté que l'engagement avait été rompu avant
même que l'intéressée ne commence son travail, la cour d'appel a violé les
dispositions des articles L. 122-3-8 du Code du travail et 1134 du Code
civil ; Page 78
Mais attendu que, dès lors qu'un contrat de travail à durée déterminée a été
conclu, sa rupture à l'initiative de l'employeur, en dehors des cas
mentionnés à l'article L. 122-3.8, alinéa 1er, du Code du travail, ouvre droit
pour le salarié à des dommages-intérêts d'un montant au moins égal aux
rémunérations qu'il aurait perçues jusqu'au terme du contrat, peu important
que l'exécution du contrat ait ou non commencé ; que la cour d'appel a
légalement justifié sa décision ; que le moyen n'est pas fondé ;

Sur les deuxième et troisième moyens réunis :

Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt d'avoir alloué à la salariée outre des
dommages-intérêts une somme en réparation du préjudice moral et d'avoir
décidé que l'AGS était tenue de garantir des dommages-intérêts pour
préjudice moral, alors, selon les moyens :

1° que l'indemnisation du préjudice causé au salarié en cas de rupture


anticipée de son contrat de travail à durée déterminée englobe
nécessairement le préjudice moral consécutif à cette rupture ; qu'en
réparant le préjudice causé à la salariée du fait de son remplacement par
une autre interprète dans le film, présenté à la presse avec le nom de
l'artiste l'ayant remplacée, où elle devait tenir le rôle d'un personnage
principal, la cour d'appel a indemnisé le préjudice moral, en sus des
dommages-intérêts pour rupture anticipée du contrat de travail à durée
déterminée, sans constater l'existence d'un préjudice distinct, et a, ainsi,
violé les dispositions des articles L. 122-3-8 du Code du travail et 1382 du
Code civil ;

2° que la garantie de l'AGS ne couvre pas les créances qui, résultant d'une
Dès lors qu’un action en responsabilité contre l'employeur, ne sont pas dues en exécution
contrat de travail du contrat de travail ; qu'en décidant que l'AGS était tenue de garantir des
à durée dommages-intérêts pour préjudice moral, la cour d'appel a violé les
déterminée a été dispositions de l'article L. 143-11-1 du Code du travail ;
conclu, sa rupture
à l’initiative de
l’employeur, en Mais attendu que les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 122-3-8
dehors des cas du Code du travail fixent seulement le minimum des dommages-intérêts
mentionnés à que doit percevoir le salarié dont le contrat à durée déterminée a été rompu
l’article L. 122-38, de façon illicite et que l'attribution d'une indemnisation complémentaire, fût-
ouvre droit pour ce au titre d'un préjudice moral, relève de l'appréciation souveraine des
le salarié à des juges du fond ; qu'enfin, dans la limite du plafond, l'AGS est tenue de
dommages garantir l'intégralité des dommages-intérêts alloués au salarié en raison de
la rupture illicite de son contrat survenue avant l'ouverture de la procédure
intérêts d’un
collective ; que les moyens ne sont pas fondés ;
montant au moins
égal aux
rémunérations Par ces motifs :
qu’il aurait
perçues jusqu’au
terme du contrat, REJETTE le pourvoi.
peu important
que l’exécution du
contrat ait ou non
commencé. --------------------------------------------------------------------------------
Page 79
Publication : Bulletin 2002 V N° 86 p. 95

Décision attaquée : Cour d'appel de Paris, 1999-05-20


Titrages et résumés 1°

CONTRAT DE TRAVAIL, DUREE DETERMINEE - Rupture - Rupture anticipée -


Rupture illégale - Sanction - Domaine d'application.

Dès lors qu'un contrat de travail à durée déterminée a été conclu, sa


rupture à l'initative de l'employeur, en dehors des cas mentionnés à l'article
L. 122-3-8, alinéa 1er, du Code du travail, ouvre droit, pour le salarié, à des
dommages-intérêts d'un montant au moins égal aux rémunérations qu'il
aurait perçues jusqu'au terme du contrat, peu important que l'exécution du
contrat ait ou non commencé.

POUVOIRS DES JUGES - Appréciation souveraine - Contrat de travail -


Contrat à durée déterminée - Rupture ancicipée - Rupture illégale -
Sanction - Dommages-intérêts - Indemnisation complémentaire - Evaluation

CONTRAT DE TRAVAIL, DUREE DETERMINEE - Rupture - Rupture anticipée -


Rupture illégale - Sanction - Dommages-intérêts - Indemnisation
complémentaire - Evaluation - Appréciation souveraine.

Les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 122-3-8 du Code du


travail fixent seulement le minimum des dommages-intérêts que doit
percevoir le salarié dont le contrat de travail à durée déterminée a été
rompu de façon illicite et l'attribution d'une indemnisation complémentaire,
fût-ce au titre d'un préjudice moral, relève de l'appréciation des juges du
fond.

POUVOIRS DES JUGES - Appréciation souveraine - Contrat de travail -


Contrat à durée déterminée - Rupture ancicipée - Rupture illégale -
Sanction - Dommages-intérêts - Indemnisation complémentaire - Evaluation

CONTRAT DE TRAVAIL, DUREE DETERMINEE - Salaire - Redressement et


liquidation judiciaires - Assurance contre le risque de non-paiement -
Garantie - Domaine d'application - Créances résultant de la rupture du
contrat de travail - Dommages-intérêts dus par l'employeur - Limites.
Page 80

L'AGS dans la limite du plafond est tenue de garantir l'intégralité des


dommages-intérêts alloués au salarié en raison de la rupture illicite de son
contrat survenue avant l'ouverture de la procédure collective.

ENTREPRISE EN DIFFICULTE (loi du 25 janvier 1985) - Redressement et


liquidation judiciaires - Créanciers du débiteur - Salariés - Assurance contre
le risque de non-paiement - Garantie - Domaine d'application - Dommages-
intérêts pour rupture illégale d'un contrat de travail à durée déterminée

Codes cités : 1° :. Code du travail L122-3-8 al. 1er. 2° :. Code du travail


L122-3-8 al. 2.

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Page 81
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass. Crim.

03/12/2002 02-81453

Cour de Cassation
Chambre criminelle
Audience publique du 3 décembre 2002 Action publique éteinte et rejet

N° de pourvoi : 02-81453
Publié au bulletin

Président : M. Cotte
Rapporteur : M. Ponsot.
Avocat général : M. Frechede.
Avocat : la SCP de Chaisemartin et Courjon.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique


tenue au Palais de justice à PARIS, a rendu l'arrêt suivant :

Statuant sur le pourvoi formé par :

- X... Francis,

contre l'arrêt de cour d'appel d'AIX-EN-PROVENCE, 7ème chambre, en date


du 3 décembre 2001, qui, pour obtention abusive de la part d'une personne
vulnérable ou en situation de dépendance, de services non-rétribués ou
insuffisamment rétribués, obstacle à l'accomplissement des devoirs d'un
inspecteur du travail et contraventions au Code du travail, l'a condamné,
pour les délits, à quatre mois d'emprisonnement et 50 000 francs
d'amende, pour les contraventions, à deux amendes de 5 000 francs
chacune et une amende de 3 000 francs, et a ordonné une mesure de
publication ;

La COUR, statuant après débats en l'audience publique du 19 novembre


2002 où étaient présents : M. Cotte président, M. Ponsot conseiller
rapporteur, M. Joly, Mmes Chanet, Anzani, Mazars, MM. Beyer, Pometan
conseillers de la chambre, MM. Desportes, Valat, Mme Menotti conseillers
référendaires ;
Page 82
Avocat général : M. Frechede ;

Greffier de chambre : M. Souchon ;

Sur le rapport de M. le conseiller référendaire PONSOT, les observations de


la société civile professionnelle DE CHAISEMARTIN et COURJON, avocat en
la Cour, et les conclusions de M. l'avocat général FRECHEDE ;

Vu le mémoire produit ;

I - Sur l'action publique relative aux contraventions :

Attendu qu'aux termes des articles 1 et 2, 1 , de la loi du 6 août 2002, sont


amnistiées les contraventions de police lorsque, comme en l'espèce, elles
ont été commises avant le 17 mai 2002 ; qu'ainsi, l'action publique s'est
trouvée éteinte à l'égard du prévenu dès la publication de ce texte ;

II - Sur l'action publique relative aux autres infractions :

Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué qu'à l'occasion de contrôles effectués


au cours du mois d'août 1998, par l'inspection du travail, dans un hôtel-
restaurant de Saint-Tropez, a été constatée la présence de trois élèves
d'écoles hôtelières, préparant des brevets de technicien supérieur en
hôtellerie, restauration et tourisme, qui, alors qu'ils devaient accomplir un
stage, en exécution d'une convention passée avec leur école, occupaient en
fait un poste de travail ;

Attendu que Francis X..., directeur de cet établissement et titulaire d'une


délégation de pouvoir, a été poursuivi, notamment, pour obtention abusive,
de la part d'une personne vulnérable ou en situation de dépendance, de
services non-rétribués ou insuffisamment rétribués et pour obstacle à
l'accomplissement des fonctions d'un inspecteur du travail ;

En cet état ;

Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation des articles 111-4,


225-13 du Code pénal, 591, 593 du Code de procédure pénale, R. 154-1 du
Code du travail, défaut de motifs, manque de base légale ;

"en ce que l'arrêt attaqué a déclaré Francis X... coupable du délit de


"rétribution sans rapport avec le travail accompli par abus de vulnérabilité
et de dépendance" et de la contravention de paiement d'un salaire inférieur
au SMIC ;

"aux motifs qu'il convient de rappeler que les élèves hôteliers sont tenus
d'effectuer un stage, pour lequel ils sont notés, et qui font partie intégrante
de leurs études ; qu'il en résulte que leur rapport de stage doit
nécessairement mettre en valeur les aspects positifs de leur séjour dans
Page 83
l'entreprise, qu'à supposer même que le stage ait pu leur permettre
d'acquérir des connaissances professionnelles, il ne s'en déduit pas
nécessairement que le prévenu a respecté les dispositions du Code du
Travail, qu'il suffit de relever qu'Antoine Grappin s'est constitué partie civile
en première instance ; qu'il est de jurisprudence constante qu'il appartient
au juge répressif de rechercher par l'analyse des éléments de la cause, la
véritable nature des conventions passées entre les parties et de leur
restituer, le cas échéant, leur véritable qualification ; qu'en l'espèce, il
résulte des constatations effectuées que les stagiaires ont été placés à
l'égard du prévenu dans un état de subordination juridique et de totale
dépendance ; qu'en effet, ils devaient impérativement rester à la réception
de l'hôtel, puisqu'étant les seuls présents, et ce dans les plages horaires
fixées par l'employeur dans des plannings communs au personnel salarié, et
pour des durées de travail, supérieures à celles autorisées par les
conventions de stage ; que les "stagiaires" ne bénéficiaient d'aucune
indépendance dans l'organisation de leur travail, dans la mesure où ils ne
pouvaient quitter leur poste de travail tenu de fait par eux en l'absence de
titulaire ou faute de personnel en nombre suffisant ; qu'il n'est pas sans
intérêt de relever que le 19 août 1998, suite à la visite des inspecteurs du
travail le prévenu a dû procéder à l'embauche

d'un veilleur de nuit, démontrant ainsi que les stagiaires occupaient bien un
poste de travail ; qu'il en résulte que les stagiaires ont été affectés à des
tâches normales dans l'entreprise, en étant intégrés dans les services
organisés, que les tâches exécutées par eux n'étaient pas spécifiques mais
similaires à celles confiées aux salariés ; qu'ils ont de fait exercé une
activité professionnelle productive pour l'entreprise, sans recevoir de
formation distincte ; que, s'agissant dès lors d'un véritable contrat de
travail, leur salaire ne pouvait être inférieur au minimum légal ;

que le prévenu a bien ainsi abusé de la vulnérabilité et de la situation de


dépendance des étudiants pour leur imposer une rétribution manifestement
sans rapport avec l'importance du travail accompli, et source pour
l'entreprise de substantiels profits ; qu'il suffit de relever que la personne
embauchée pour le poste de surveillance de nuit le 19 août 1998, a perçu
un salaire équivalant au SMIC majoré de 30 % la nuit pour 50 heures de
travail ; qu'il convient, réformant le jugement déféré de déclarer le prévenu
coupable des infractions de rétribution sans rapport avec le travail accompli
par abus de vulnérabilité et de dépendance, de versement de salaire
inférieur au minimum légal, visées à la prévention ;

"alors, d'une part, que le délit prévu par l'article 225-13 du Code pénal qui
sanctionne une hypothèse où les conditions de travail sont "contraires à la
dignité de la personne" n'est constitué qu'en cas d'abus d'une situation de
dépendance ou de vulnérabilité d'une personne pour obtenir des services
non rétribués ou en échange d'une rémunération sans rapport avec le
travail accompli ;

qu'en l'espèce, ne pouvait caractériser une situation de dépendance au sens


de ce texte, le lien de subordination que la cour d'appel a, contrairement
aux premiers juges, estimé exister entre les stagiaires, étudiants en BTS
d'hôtellerie, et le directeur de l'Hôtel où ils effectuaient leur stage, ou le fait
que la rémunération des stagiaires aurait été inférieure au minimum légal
ou que pendant une semaine la durée du travail d'un des stagiaire aurait
été supérieure au maximum légal ; qu'en considérant néanmoins au vu de
ces seules constatations que le prévenu aurait abusé de la Page 84
vulnérabilité et
de la situation de dépendance des deux étudiants en cause au sens du texte
susvisé, la cour d'appel l'a violé ;

"alors, d'autre part, que dans ses conclusions régulièrement déposées


Francis X... faisait valoir que lorsqu'il avait été interrogé sur commission
rogatoire l'un des deux stagiaires en cause, M. Y..., avait déclaré que
pendant son stage il n'était jamais seul car était toujours à proximité
l'assistant de direction ou le chef de réception ; qu'en retenant cependant
pour requalifier les conventions conclues entre les parties que les stagiaires
étaient "dans un état de subordination juridique et de totale dépendance"
car "ils devaient impérativement rester à la réception de l'hôtel,
puisqu'étant les seuls présents", et encore que les tâches qui leur étaient
confiées "correspondaient à un poste de travail tenu de fait par eux en
l'absence du titulaire ou faute de personnel en nombre suffisant", la cour
d'appel a omis de répondre à un chef péremptoire des conclusions, violant
ainsi les textes susvisés ;
Des stagiaires
sont placés dans
"alors, enfin, qu'une convention de stage ne peut être requalifiée en contrat
un état de
de travail que dans la mesure où elle a été détournée de son objet et
subordination l'étudiant privé du bénéfice de sa formation ; qu'en se bornant à constater
juridique et de que les stagiaires avaient exercé l'équivalent d'un travail à temps complet
totale dans une relation de subordination vis à vis de l'entreprise où ils
dépendance. effectuaient leur stage pour requalifier la convention de stage en contrat de
L'employeur est travail, sans constater que les étudiants placés dans l'entreprise par les
condamné à 4 établissements d'enseignement dont ils dépendaient avaient été privés du
mois de prison, bénéfice de leur formation, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa
50000 francs décision" ;
d'amende et
l'affichage de la
décision pendant Attendu que, pour déclarer Francis X... coupable du délit d'obtention
2 mois aux portes abusive, de la part d'une personne vulnérable ou en situation de
de dépendance, de services non-rétribués ou insuffisamment rétribués, l'arrêt
l'établissement. retient que les stagiaires se trouvaient dans une situation de dépendance en
Requalification raison, notamment, du caractère obligatoire de leur stage pour l'obtention
du brevet de technicien supérieur ;
des conventions
de stage en
contrat de travail.

Que les juges ajoutent que le prévenu a abusé de cette situation en les
affectant à la réception de l'hôtel, de 23 heures à 7 heures, 7 jours sur 7,
pour une durée de travail hebdomadaire comprise entre 56 et 63 heures et
pour une rémunération fixée à 1760 francs pour 190 heures ;

Qu'ils en déduisent que cette rétribution est manifestement sans rapport


avec l'importance du travail accompli ;

Attendu qu'en prononçant ainsi, par des motifs exempts d'insuffisance


comme de contradiction et répondant aux chefs péremptoires des
conclusions dont ils étaient saisis, les juges ont caractérisé en tous ses
éléments, tant matériels qu'intentionnel, le délit dont ils ont déclaré le
prévenu coupable ;

D'où il suit que le moyen ne peut qu'être écarté ;


Page 85
Sur le deuxième moyen de cassation, pris de la violation des articles 111-4
du Code pénal, L. 631-1, L. 611-9 et R. 631-1 du Code du travail, 591 et
593 du Code de procédure pénale, défaut de motifs, manque de base
légale ;

"en ce que l'arrêt attaqué a déclaré Francis X... coupable du délit d'obstacle
aux fonctions d'inspecteur du travail ;

"aux motifs que le prévenu n'a pas communiqué aux inspecteurs du travail
les plannings précédant les contrôles, les mettant ainsi dans l'impossibilité
de connaître le temps de travail sur une plus longue période, qu'il a déclaré
au cours de l'enquête que ces documents avaient été jetés ; qu'il convient
toutefois de relever que l'entreprise pratiquant une compensation de la
durée de travail sur plusieurs semaines en suspendant les jours de repos
hebdomadaire, l'employeur doit nécessairement avoir à sa disposition des
documents permettant de connaître le temps de travail effectué par chaque
salarié sur plusieurs semaines ; que de même ces documents sont
indispensables pour établir les fiches de paye du mois et calculer les heures
supplémentaires effectuées ;

qu'il est assez surprenant que le prévenu ait gardé des tableaux sans utilité,
puisque permettant seulement de connaître les personnes présentes dans
l'entreprise et celles en repos, mais ait détruit les seuls documents
permettant de connaître le temps de travail et par la même de calculer les
salaires, que le prévenu avait nécessairement en sa possession les
plannings précédant le contrôle et correspondant à une période pour
lesquels les salaires n'avaient pas encore été calculés ; qu'il en résulte que
le prévenu a volontairement refusé de présenter aux inspecteurs du travail
des documents leur permettant de contrôler le temps de travail, et ce
d'autant que les seuls documents remis parce qu'affichés le jour du
contrôle, ont démontré des dépassements systématiques de la durée
autorisée de travail, qu'il s'agit bien d'un acte positif et non de la simple non
présentation de document comme relevé par le premier juge, qu'il convient,
réformant le jugement déféré, de déclarer le prévenu coupable du délit
d'obstacles à contrôle ;

"alors que le délit d'obstacle aux fonctions d'inspecteur du travail suppose


un acte positif de la part de l'employeur et ne peut résulter d'une simple
abstention ou du seul défaut de présentation d'un document ; qu'en se
fondant sur le fait que les documents litigieux avaient été nécessairement
en la possession de l'employeur pour en déduire que le prévenu "a
volontairement refusé de présenter aux inspecteurs du travail les
documents leur permettant de contrôler le temps de travail" des salariés,
sans caractériser aucune circonstance de nature à caractériser un refus
volontaire de fournir ces documents imputable au prévenu, qui soutenait
avoir été absent lors du contrôle sur les lieux de l'inspection du travail, ni
expliciter les démarches entreprises par l'inspection du travail pour en
obtenir communication, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa
décision" ;

Attendu que, pour déclarer Francis X... coupable du délit d'obstacle aux
fonctions d'inspecteur du travail, l'arrêt prononce par les motifs repris au
moyen ; Page 86
Attendu qu'en l'état de ces motifs, qui caractérisent la volonté du prévenu
de refuser à l'inspecteur du travail les renseignements qui lui auraient
permis d'exercer son contrôle sur la durée effective du travail des salariés,
et l'obstacle ainsi apporté à l'accomplissement des devoirs de ce
fonctionnaire, la cour d'appel a justifié sa décision sans encourir les griefs
allégués ;

D'où il suit que le moyen ne saurait être admis ;

Sur le troisième moyen de cassation, pris de la violation des articles 132-


19, 132-24 du Code pénal, 591 et 593 du Code de procédure pénale, défaut
de motifs, manque de base légale ;

"en ce que l'arrêt attaqué a condamné Francis X... à une peine


d'emprisonnement de quatre mois sans sursis ;

"aux motifs que les infractions commises sont d'une gravité certaine,
s'agissant de l'exploitation de jeunes stagiaires dans une optique de profits,
qu'il apparaît dès lors équitable de condamner le prévenu pour les délits à 4
mois d'emprisonnement et 50 000 francs d'amende et d'ordonner l'affichage
de la décision aux frais du condamné aux portes de l'établissement pendant
deux mois ;

"alors qu'en condamnant le prévenu à une peine d'emprisonnement sans


sursis de quatre mois au seul motif que "les infractions commises sont
d'une gravité certaine, s'agissant de l'exploitation de jeunes stagiaires dans
une optique de profits" et qu'une telle peine "apparaît (...) équitable", la
cour d'appel n'a pas motivé spécialement le choix de cette peine en
violation des dispositions de l'article 132-19 du Code pénal" ;

Attendu que, pour condamner Francis X..., déclaré coupable des faits
reprochés, à une peine d'emprisonnement sans sursis, l'arrêt attaqué
prononce par les motifs repris au moyen ;

Attendu qu'en l'état de ces énonciations, répondant aux exigences de


l'article 132-19 du Code pénal, la cour d'appel a justifié sa décision ;

D'où il suit que le moyen doit être écarté ;

Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;

Par ces motifs,

I - DECLARE l'action publique ETEINTE, en ce qui concerne les


contraventions de paiement par employeur de salaire inférieur au SMIC et
de dépassement du nombre d'heures supplémentaires ;

Page 87
II - REJETTE le pourvoi pour le surplus ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, chambre criminelle, et prononcé


par le président le trois décembre deux mille deux ;

En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et


le greffier de chambre ;

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin criminel 2002 N° 215 p. 795

Décision attaquée : Cour d'appel d'Aix-en-Provence, 2001-12-03


Titrages et résumés ATTEINTE A LA DIGNITE DE LA PERSONNE - Conditions
de travail et d'hébergement contraires à la dignité de la personne -
Obtention abusive de services non rétribués ou insuffisamment rétribués -
Personne vulnérable ou dépendante - Eléments constitutifs.

Justifie sa décision au regard de l'article 225-13 du Code pénal l'arrêt qui,


pour déclarer le prévenu, directeur d'un établissement hôtelier, titulaire
d'une délégation de pouvoir, coupable d'obtention abusive de la part d'une
personne vulnérable ou en situation de dépendance, de services non
rétribués ou insuffisamment rétribués, retient que l'intéressé a abusé de la
situation de dépendance de stagiaires, née du caractère obligatoire du stage
que ces élèves devaient effectuer pour obtenir le brevet de technicien
supérieur en hôtellerie, restauration et tourisme, en les affectant à la
réception de l'hôtel, de vingt-trois heures à sept heures, sept jours sur sept,
pour une durée hebdomadaire comprise entre cinquante-six et soixante-
trois heures, en leur versant une rémunération de 1 760 francs pour cent
quatre-vingt-dix heures, manifestement sans rapport avec l'importance du
travail accompli.

(1).

Précédents jurisprudentiels : CONFER : (1°). (1) A rapprocher : Chambre


criminelle, 2001-12-11, Bulletin crim 2001, n° 256 (2), p. 846 (cassation
partielle).

Codes cités : Code pénal 225-13.

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Page 88
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass. Soc.

29/01/2002 99-42697

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 29 janvier 2002 Rejet.

N° de pourvoi : 99-42697
Publié au bulletin

Président : M. Waquet, conseiller doyen faisant fonction. .


Rapporteur : Mme Nicoletis.
Avocat général : M. Lyon-Caen.
Avocats : Mme Luc-Thaler, la SCP Masse-Dessen, Georges et Thouvenin.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Sur le moyen unique :

Attendu que Mlle Roquefort et M. Huon ont participé durant plusieurs


années, en qualité d'accompagnateurs puis de chefs de convoi, au service
d'accompagnement de personnes voyageant seules mis en place par
l'association Croix-Rouge française ; que, postérieurement à la cessation
de cette activité, ils ont saisi la juridiction prud'homale de demandes
tendant à la reconnaissance de l'existence d'un contrat de travail et à
l'obtention de diverses sommes consécutives à la rupture de celui-ci ;

Attendu que l'association Croix-Rouge française fait grief à l'arrêt attaqué


(Paris, 11 mars 1999) d'avoir dit que Mlle Roquefort et M. Huon étaient liés
par un contrat de travail avec l'association Croix-Rouge française et d'avoir
condamné celle-ci à leur payer des indemnités de préavis et de
licenciement, des indemnités pour licenciement sans cause réelle et
sérieuse et des dommages-intérêts en réparation du préjudice causé par le
défaut d'affiliation auprès des organismes sociaux, alors, selon le moyen :

1° que l'engagement d'une personne pris à l'égard d'une association


d'utilité publique d'accomplir bénévolement des prestations correspondant
à son objet est opposable à la demande de paiement d'une rémunération
ou d'indemnités et dommages-intérêts, nonobstant le fait que l'intéressé
ait reçu des consignes quant aux conditions matérielles d'exécution de cet
engagement ; que la Croix-Rouge française faisait valoir dans ces
Page 89
conclusions que M. Huon et Mlle Roquefort, qui avaient accompagné les
convois de l'association en tant que bénévoles pendant plusieurs années,
avaient reconnu de façon expresse le caractère bénévole de leur
intervention en concluant en 1991 des contrats de bénévolat ; qu'en
retenant que les intéressés avaient contesté leur statut de bénévole en
1983, sans rechercher si la conclusion de contrats de bénévoles en 1991,
c'est-à-dire plusieurs années après cette contestation, n'impliquait pas
qu'ils avaient accepté en toute connaissance de cause le caractère
bénévole de leur mission, cette acceptation leur interdisant de se prévaloir
ultérieurement d'un contrat de travail rémunéré, la cour d'appel a privé sa
décision de toute base légale au regard de l'article 1134 du Code civil ;
La cour d’appel
devant laquelle
2° que, pour dire que M. Huon et Mlle Roquefort avaient perçu une
Melle R. et M. H.
rémunération de la Croix-Rouge française, la cour d'appel se fonde sur une
n’ont jamais
enquête, ordonnée dans le cadre d'une procédure intentée par un autre
prétendu qu’ils
chef de convoi, Mme Hassid, ayant conclu que les frais professionnels
étaient sociétaires
exposés par l'intéressée ne correspondaient qu'au tiers des sommes qui lui
de la Croix Rouge avaient été versées à titre de remboursement forfaitaire de frais ; qu'en se
Française, a relevé bornant à affirmer que les situations de M. Huon et de Mlle Roquefort
que, non étaient tout à fait comparables, sans constater avec précision que les
seulement les remboursements versés par la Croix-Rouge française aux demandeurs
intéressés excédaient les frais réellement exposés dans le cadre de leurs missions de
effectuaient un convoyeurs, la cour d'appel a privé sa décision de toute base légale au
travail regard de l'article L. 121-1 du Code du travail ;
d’accompagnement
des voyageurs
sous les ordres et
selon les directives Mais attendu que, si dans le cadre d'une association, les membres
de l’association, adhérents de celle-ci peuvent accomplir, sous l'autorité du président de
qui avait le pouvoir l'association ou de son délégataire, un travail destiné à la réalisation de
d’en contrôler l'objet social, en ne percevant, le cas échéant, que le strict remboursement
l’exécution et de des frais exposés par eux, et ceci sans relever des dispositions du Code du
sanctionner les travail, la seule signature d'un contrat dit de bénévolat entre une
manquements association et une personne n'ayant pas la qualité de sociétaire, n'exclut
éventuels, mais pas l'existence d'un contrat de travail, dès l'instant que les conditions en
encore que les sont remplies ;
intéressés
percevaient une
somme forfaitaire Et attendu que la cour d'appel, devant laquelle Mlle Roquefort et M. Huon
dépassant le n'ont jamais prétendus qu'ils étaient sociétaires de la Croix-Rouge
montant des frais française, a relevé que, non seulement les intéressés effectuaient un
réellement travail d'accompagnement des voyageurs sous les ordres et selon les
directives de l'association, qui avait le pouvoir d'en contrôler l'exécution et
exposés. Bénévolat
de sanctionner les manquements éventuels, mais encore que les intéressés
licite sous 3
percevaient une somme forfaitaire dépassant le montant des frais
conditions :
réellement exposés ;
membres
adhérent, travailler
pour l'objet social D'où il suit qu'elle a exactement décidé que les intéressés étaient liés à la
et strict Croix-Rouge française par un contrat de travail ; que le moyen n'est pas
remboursement fondé ;
des frais.
Par ces motifs :

REJETTE le pourvoi.

Page 90
--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2002 V N° 38 p. 35


Droit social, n° 5, mai 2002, p. 494-500, note Jean SAVATIER.
Décision attaquée : Cour d'appel de Paris, 1999-03-11
Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Définition -
Critères - Conditions de fait dans lesquelles est exercée l'activité
professionnelle .

Si dans le cadre d'une associaiton, les membres adhérents de celle-ci


peuvent accomplir, sous l'autorité du président de l'association ou de son
délégataire, un travail destiné à la réalisation de l'objet social, en ne
percevant, le cas échéant, que le strict remboursement des frais exposés
par eux, et ceci sans relever des dispositions du Code du travail, la seule
signature d'un contrat dit de bénévolat entre une association et une
personne n'ayant pas la qualité de sociétaire, n'exclut pas l'existence d'un
contrat de travail, dès l'instant que les conditions en sont remplies.

Dès lors que la cour d'appel, devant laquelle les demandeurs liés à la Croix-
Rouge française par un contrat de bénévolat n'ont jamais prétendu être
sociétaires de l'association, a relevé que les intéressés effectuaient non
seulement un travail d'accompagnement des voyageurs sous les ordres et
selon les directives de l'association, qui avait le pouvoir d'en contrôler
l'exécution et de sanctionner les manquements éventuels, mais encore
qu'ils percevaient une somme forfaitaire dépassant le montant des frais
réellement exposés, elle a exactement décidé que les intéressés étaient
liés à la Croix-Rouge française par un contrat de travail.

CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Définition - Critères - Lien de


subordination - Caractérisation

CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Définition - Critères - Rémunération


- Modalités - Portée

ASSOCIATION - Employés - Contrat de travail - Appréciation - Critères

Précédents jurisprudentiels : A RAPPROCHER : Chambre sociale, 1999-10-


26, Bulletin 1999, V, n° 406, p. 298 (cassation) ; Chambre sociale, 2001-
05-09, Bulletin 2001, V, n° 155, p. 124 (cassation).

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Page 91
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

15 mars 2006 N° 05-42.946

COMMUNIQUE
(Source : Service
de documentation
et d’études de la
Cour de cassation)

L’application des
lois du 13 juin
1998 , dite “loi
Aubry 1” et du 19
janvier 2000 ,
dite “loi Aubry II”,
n’est pas sans
soulever un
certain nombre de
difficultés
génératrices d’un
contentieux
conséquent
devant la
chambre sociale.
Celle-ci a donc
décidé d’organiser
une audience
thématique sur
certaines de ces
difficultés liées en
particulier aux
dispositions des
articles 28-I et 30-
II de la seconde
de ces lois .
Quatre arrêts ont
été rendus qui
peuvent faire
l’objet des
observations
suivantes :

Sur l’application
de l’article 30 II
de la loi du 19
Page 92
raisons de celui-
ci, la chambre a
décidé que la
lettre de
licenciement d’un
salarié ayant
refusé la
modification de
son contrat de
travail proposée
en application
d’un accord de
réduction du
temps de travail,
devait faire
référence à cet
accord (n° 04-
40.504), faute de
quoi le
licenciement était
dépourvu de
cause réelle et
sérieuse.
Elle a donc
approuvé la cour
d’appel qui a jugé
le licenciement
sans cause réelle
et sérieuse, bien
qu’ayant écarté à
tort l’application
de l’article 30-II
de la loi du 19
janvier 2000, dès
lors qu’elle avait
constaté que la
lettre de
licenciement du
salarié ne
comportait
aucune référence
à l’accord de
réduction du
temps de travail.
- La chambre
s’est enfin tenue
à une
interprétation
stricte de l’article
30-II en refusant
de faire
application de cet 05-42.946
article dans Arrêt n° 550 du 15 mars 2006
l’hypothèse où la Cour de cassation - Chambre sociale
modification du Rejet
contrat de travail
du salarié ne Demandeur(s) à la cassation : société Sopafom SA Page 93
résultait pas d’un Défendeur(s) à la cassation : M. Goeffroy X...
accord collectif de Sommaire :
réduction du
temps de travail, Selon l’article 30-II de la loi du 19 janvier 2000, dite “loi Aubry II”,
mais d’une lorsqu’un ou plusieurs salariés refusent une modification de leur contrat de
décision travail en application d’un accord de réduction de la durée du travail, leur
unilatérale de licenciement est un licenciement individuel ne reposant pas sur un motif
économique et est soumis aux dispositions des articles L.122-4 à L.122-17
l’employeur, peu
du code du travail. Ces dispositions sont applicables à tout licenciement
important que
résultant d’un accord de réduction du temps de travail , que celui-ci ait été
cette décision ait
conclu en application de la loi du 13 juin 1998 ou de la loi du 19 janvier
été prise en
2000, à condition que les stipulations de l’accord soient conformes aux
application de
dispositions de cette dernière (arrêt n° 1, pourvoi n° 03-48.027). La lettre
dispositions de licenciement doit comporter l’indication de cet accord à défaut de quoi
légales comme le celui-ci est sans cause réelle et sérieuse (arrêt n° 2, pourvoi n° 04-40.504)
soutenait le et le bien-fondé du licenciement doit être apprécié au regard des
pourvoi (n° 05- dispositions de cet accord (arrêt n° 3, pourvoi n° 04-41.935). En revanche,
42.946). le licenciement prononcé en raison du refus par un salarié de la modification
En effet, il résulte de sa rémunération proposée, non en application d’un accord collectif mais
tant du texte de par suite d’une mise en oeuvre unilatérale dans l’entreprise de la réduction
la loi que des du temps de travail à 35 heures, constitue un licenciement pour motif
débats économique (arrêt n° 4, pourvoi n° 05-42.946).
parlementaires
que le législateur Sur le moyen unique, pris en ses deux premières branches :
a souhaité faire
un sort particulier Attendu que M. X..., employé par la société Sopafom, s’est vu proposer le
aux ruptures du 29 novembre 1999 la modification de son contrat de travail consistant en
contrat de travail une réduction de sa rémunération proportionnelle à la réduction de la durée
du travail à 35 heures, décidée unilatéralement par l’employeur ; qu’ayant
survenant en
refusé, il a été licencié le 13 janvier 2000 au motif de son refus de la
application d’un
modification de son salaire suite à la réduction de l’horaire légal ;
accord collectif de
Attendu que la société fait grief à l’arrêt attaqué (Metz, 23 mars 2005),
réduction du
statuant sur renvoi après cassation (Soc. 24 mars 2004, pourvoi n° W 02-
temps de travail. 45.130), d’avoir décidé que le licenciement s’analysait en un licenciement
Il n’y avait donc pour motif économique , alors selon le moyen :
pas lieu d’étendre
ce régime à des 1°) que d’une part, la loi ayant imposé à l’employeur la réduction de la
ruptures durée du travail effectif à 35 heures par semaine sans lui imposer le
intervenant dans maintien de la rémunération antérieure , le licenciement du salarié pour
un autre refus d’acceptation de la réduction proportionnelle de sa rémunération était
contexte. La causé par la loi , de sorte que viole les articles L. 212-1 bis et L. 212-3 dans
chambre a donc leur rédaction alors applicable, ainsi que L. 321-1 du Code du travail , l’arrêt
rejeté le pourvoi attaqué qui retient que le licenciement litigieux aurait eu un motif
qui tendait à économique ;
traiter de manière
similaire les 2°) que d’autre part, le licenciement du salarié prononcé en l’absence
licenciements d’accord de réduction du temps de travail parce qu’il refuse une réduction
consécutifs au de sa rémunération proportionnelle à la réduction de sa durée de travail
refus d’une effectif pour la ramener à la durée légale, a nécessairement la même nature
de licenciement individuel ne reposant pas sur un motif économique que le
modification du
licenciement prononcé pour la même cause dans le cadre d’un accord de
contrat de travail
réduction du temps de travail qu’il s’ensuit que viole les articles L. 122-14 à
qu’ils résultent
L. 122-17 et L. 321-1 du Code du travail, ainsi que L. 212-3, alinéa 2, du
d’une décision
même Code, dans sa rédaction alors applicable, l’arrêt attaqué qui
unilatérale de considère que le licenciement du salarié , prononcé en raison de son refus
l’employeur ou de toute diminution de sa rémunération proportionnelle à la réduction de sa
d’un accord durée de travail effectif pour la ramener à la durée légale, constitue un
collectif de licenciement pour motif économique, pour la raison inopérante que la
réduction du réduction du temps de travail de l’intéressé et son licenciement consécutif
temps de travail. étaient intervenus en l’absence de tout accord de réductionPage 94 de
du temps
Elle a ainsi travail ;
approuvé la cour
d’appel, s’agissant Mais attendu que le licenciement prononcé en raison du refus par un salarié
d’une baisse de de la modification de sa rémunération proposée, non en application d’un
rémunération accord collectif, mais par suite d’une mise en oeuvre unilatérale dans
proportionnelle à l’entreprise de la réduction du temps de travail à 35 heures, constitue un
la réduction du licenciement pour motif économique ; que le moyen n’est pas fondé ;
temps de travail,
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la troisième branche
qui s’est située
du moyen qui ne serait pas de nature à permettre l’admission du pourvoi :
sur le terrain du
licenciement REJETTE le pourvoi ;
économique. Président : M. Sargos
Rapporteur : Mme Leprieur, conseiller référendaire
Avocat général : M. Duplat
Sur l’application
Avocat(s) : la SCP Choucroy, Gadiou et Chevallier, Me balat
de l’article 28-I de
la loi du 19
janvier 2000

Cet article dispose


que sont réputées
signées sur le
fondement de la
présente loi les
stipulations des
conventions ou
accords collectifs
étendus ou des
accords
d’entreprise ou
d’établissement
conclus en
application de la
loi du 13 juin
1998 d’orientation
et d’incitation
relative à la
réduction du
temps de travail
et qui sont
conformes aux
dispositions de la
présente loi.

La chambre a eu
à statuer dans
une quatrième
affaire (n° 03-
48.027) sur la
qualification du
licenciement
consécutif à une
modification du
contrat de travail
intervenue en
application d’un
accord de
Page 95
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Cass.soc.,

22 mars 2006 N° 05-42233

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 22 mars 2006 Rejet
N° de pourvoi : 05-42233
Publié au bulletin
Président : M. SARGOS
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
Attendu que, selon deux contrats successifs, la société Esso a confié à la
société X..., constituée à cet effet, l'exploitation d'une station-service ; que
la société Esso a procédé à la rupture anticipée de la relation contractuelle ;
que M. et Mme X..., cogérants de la société X..., ont saisi la juridiction
prud'homale sur le fondement de l'article L. 781-1 du Code du travail ; que
la société Esso a conclu à l'irrecevabilité de la demande des époux X... en
soutenant que les dispositions de l'article L. 781-1 étaient inapplicables aux
personnes morales et aux gérants des personnes morales et en faisant
valoir que la société X... ayant préalablement saisi la juridiction
commerciale, les gérants ne pouvaient cumuler le bénéfice des dispositions
du droit commercial et du droit du travail ;
Sur les premier et troisième moyens, réunis :
Attendu que la société Esso fait grief à l'arrêt attaqué (Bordeaux, 1er mars
2005) d'avoir "déclaré recevable en l'état la demande des époux X..." et
d'avoir déclaré la juridiction prud'homale compétente alors, selon le premier
moyen :
1 / qu'en affirmant que la société locataire-gérante serait une société de
façade laissant place à un rapport direct entre la personne physique de ses
gérants et la société Esso dans le cadre de l'article L. 781-1 du Code du
travail, la cour d'appel a tranché le fond du litige et n'a nullement statué sur
la question préalable de l'irrecevabilité de la demande du fait de l'instance
antérieurement introduite devant la juridiction commerciale par les mêmes
personnes agissant en qualité de gérants de cette société, de sorte qu'en
statuant comme elle l'a fait, sans aucunement se prononcer sur la
connexité, la cour d'appel a violé l'article 101 du nouveau Code de
procédure civile ;
2 / qu'il résulte des termes mêmes de l'arrêt attaqué que la juridiction
prud'homale a été saisie postérieurement à la juridiction commerciale des
conséquences de la résiliation du contrat de location-gérance et que
méconnaît son office le juge prud'homal qui, faute de pouvoir dessaisir la
juridiction commerciale, laisse se créer les conditions d'une contrariété de
décisions et d'un cumul d'indemnisations, de sorte qu'en statuant comme
elle l'a fait, la cour d'appel a également violé les articles 12 et 100 du
nouveau Code de procédure civile ;
3 / que de toute façon prive sa décision de toute base légale Pageau regard
96 des
articles 1134 du Code civil et L. 781-1 du Code du travail, l'arrêt attaqué qui
estime que la saisine par la société X... de la juridiction commerciale ne
caractériserait pas par elle-même une renonciation de ses gérants à exercer
les droits qu'ils tiennent de l'article L. 781-1 du Code du travail, sans
s'expliquer sur les conclusions de la société Esso qui faisaient valoir que la
Les gérants d'une résiliation du contrat de la société X... avait été négociée dans les
SARL locataire- conditions prévues par l'accord interprofessionnel, que la saisine du tribunal
gérante d'une de commerce était intervenue postérieurement à cette résiliation à un
station service moment où les gérants étaient entièrement maîtres de leurs droits, et que,
Esso demandent dans ces conditions, ils étaient irrecevables à faire abstraction de la
personne morale de la société pour saisir ultérieurement la juridiction
leur
prud'homale dans le cadre d'un prétendu contentieux personnel ;
requalification en
et, selon le troisième moyen, que les gérants d'une SARL locataire-gérante
salariés sur la
d'une station service ne peuvent cumuler dans leurs rapports avec la
base de l’article L.
société pétrolière propriétaire du fonds de commerce le bénéfice de la
781-1-2 du Code qualité de commerçante de la personne morale et le bénéfice des
du travail car ils dispositions de l'article L. 781-1-2 du Code du travail à titre individuel ; que
estiment que leur viole le principe du non cumul et l'article 1134 du Code civil l'arrêt attaqué
société n’est qui admet que les époux X... puissent tout à la fois saisir la juridiction
qu’une société de commerciale en leur qualité de gérants de la SARL X... et la juridiction
façade. prud'homale à titre personnel pour tenter d'obtenir deux fois la réparation
Pour Esso, du même préjudice ;
l'existence d'une Mais attendu que la répartition des compétences entre le tribunal de
société de façade commerce et le conseil de prud'hommes, en cas de différends entre les
impliquant une locataires-gérants et les sociétés propriétaires du fonds, ne pouvait priver
fraude ou une M. et Mme X... du droit de saisir le conseil de prud'hommes en invoquant le
tromperie et la bénéfice des dispositions de l'article L. 781-1 du Code du travail; qu'il
SARL X... ayant appartenait aux juges du fond, saisis de demandes formées en application
été constituée et de la législation sociale, d'une part, d'apprécier si les gérants avaient,
gérée par les comme ils le prétendaient, exercé leur activité professionnelle pour le
époux X..., ces compte de la société pétrolière dans les conditions fixées par l'article L. 781-
derniers ne 1, 2, et, d'autre part, si, comme le soutenait la société Esso, les gérants
peuvent invoquer avaient valablement renoncé à se prévaloir du statut de salarié ;
leur propre faute Et attendu que la cour d'appel a examiné si les conditions cumulatives
(nemo auditur prévues par l'article L. 781-1, 2, étaient ou non réunies puis, répondant aux
propriam conclusions, a estimé que les époux X... n'avaient pas manifesté une
turpitudinem volonté claire et non équivoque de renoncer aux droits qu'ils tiennent à titre
allegans ) pour individuel du texte susvisé ;
alléguer une D'où il suit que les moyens ne sont pas fondés ;
tromperie d’Esso. Sur le deuxième moyen :
Attendu que la société Esso fait grief à l'arrêt d'avoir déclaré la juridiction
Cette
prud'homale compétente, alors, selon le deuxième moyen :
argumentation ne
1 / que le bénéfice des dispositions de l'article L. 781-1 du Code du travail
convainc pas la
ne s'applique pas à une personne morale, ni aux gérants de cette personne
chambre sociale
morale ; qu'il s'ensuit que viole le texte susvisé l'arrêt attaqué qui déclare
pour laquelle il
ce texte applicable aux époux X..., gérants de la SARL X... ;
s’agit bien d’une 2 / que l'existence d'une société de façade implique une fraude ou une
société de tromperie à l'endroit de tiers ; que ni le fait que la SARL X... ait pu être
façade : «Et constituée exclusivement pour exploiter en location-gérance la station-
attendu service d'Esso, ni le fait que le contrat de location-gérance ait été conclu en
qu'analysant les fonction de la personne des époux X..., gérants de la SARL, ni le fait que les
contrats et gérants n'auraient bénéficié d'aucune autonomie dans l'organisation de leur
appréciant les activité et la détermination de leur politique commerciale, n'étaient à eux
conditions de fait seuls de nature à démontrer que la SARL X... n'aurait été qu'une société de
dans lesquelles la façade ; que pour l'avoir admis sans constater l'existence d'une quelconque
station-service fraude ou tromperie à l'égard de tiers, l'arrêt attaqué a violé l'article 2268
était exploitée, les du Code civil et le principe selon lequel "la fraude ne se présume pas" ;
juges du fond, 3 / que subisidiairement, l'existence d'une société de façade impliquant une
restituant aux fraude ou une tromperie et la SARL X... ayant été constituée Page 97 par
et gérée
faits et aux actes les époux X..., viole le principe nemo auditur propriam turpitudinem
litigieux leur allegans l'arrêt attaqué qui admet ces derniers à faire valoir que cette
exacte société n'aurait constitué qu'une société de façade ;
qualification, ont Mais attendu que, selon le premier alinéa de l'article L. 781-1 du Code du
retenu que si la travail, les dispositions de ce Code, qui visent les apprentis, ouvriers,
société X..., dont employés, travailleurs, sont applicables aux personnes dont la profession
les époux X... consiste essentiellement, soit à vendre des marchandises ou denrées de
étaient cogérants, toute nature, des titres, des volumes, publications, billets de toute sorte qui
était la signataire leur sont fournis exclusivement ou presque exclusivement par une seule
des contrats de entreprise industrielle ou commerciale, soit à recueillir les commandes ou à
location-gérance recevoir des objets à traiter, manutentionner ou transporter, pour le compte
et de mandat, les d'une seule entreprise industrielle ou commerciale, lorsque ces personnes
exercent leur profession dans un local fourni ou agréé par cette entreprise
clauses desdits
et aux conditions et prix imposés par la dite entreprise ;
contrats
Et attendu qu'analysant les contrats et appréciant les conditions de fait dans
révélaient
lesquelles la station-service était exploitée, les juges du fond, restituant aux
l'instauration d'un
faits et aux actes litigieux leur exacte qualification, ont retenu que si la
lien direct entre la
société X..., dont les époux X... étaient cogérants, était la signataire des
société Esso et les contrats de location-gérance et de mandat, les clauses desdits contrats
époux X..., la révélaient l'instauration d'un lien direct entre la société Esso et les époux
société X... X..., la société X... n'étant qu'une "société de façade" ;
n'étant qu'une D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
"société de façade Sur le quatrième moyen :
» ( Cass.soc., 22 Attendu que la société Esso fait encore grief à l'arrêt d'avoir déclaré la
mars 2006, N° 05- juridiction prud'homale compétente, alors, selon le moyen :
42233 ) 1 / que si le mandat imposait, par définition, à la société mandataire la
vente exclusive des carburants Esso, l'exclusivité inscrite au contrat de
location-gérance ne concernait en outre que les lubrifiants utilisés dans la
station-service, ce qui plaçait hors exclusivité plus de mille références de
produits boutique (dont les pneus, batteries, accessoires destinés aux
véhicules et tous produits à usage domestique, les produits alimentaires et
boissons, la restauration rapide), les prestations de lavage, graissage, pose,
réparations courantes, échanges de pièces et d'accessoires, et les lubrifiants
non utilisés dans la station-service ; que, dans la procédure commerciale
engagée par la SARL X..., le tribunal de commerce de Paris ayant constaté
dans son jugement du 25 mars 2004 que l'activité de vente de carburants
n'avait représenté que 55 à 60 % de l'activité de la station-service, viole
l'article L. 781-1-2 du Code du travail l'arrêt attaqué qui, en cet état, retient
l'existence de la condition de fourniture quasi exclusive ;
2 / que la détermination des parts respectives des activités soumises à
exclusivité et des activités non soumises à exclusivité implique une
comparaison des recettes respectives à un taux de fiscalité homogène ;
que, pour avoir repris à son compte la motivation des premiers juges qui
avaient retenu au titre des ventes de carburants des chiffres incluant la taxe
intérieure sur les produits pétroliers, l'arrêt attaqué a violé l'article L. 781-1-
2 du Code du travail ;
3 / que ne justifie pas légalement sa solution au regard de l'article L. 781-1-
2 du Code du travail l'arrêt attaqué qui, procédant par simple affirmation,
retient que si la vente de produits non fournis par Esso était autorisée, cette
vente ne pouvait avoir lieu que dans des conditions marquant "l'emprise" de
cette société sur les conditions d'approvisionnement et de vente, sans
préciser en quoi aurait consisté cette soi-disant "emprise", ni s'expliquer sur
le moyen des conclusions d'Esso soulignant qu'Esso se bornait, pour faciliter
le choix et l'organisation de la locataire-gérante, à lui proposer certains
grossistes (conclusions p. 6) ;
4 / que la condition relative à la quasi-exclusivité de fourniture qui vise la
détermination du rapport entre les activités soumises à exclusivité et les
activités non soumises à exclusivité, est sans relation avec la rentabilité de
ces activités, de sorte que viole l'article L. 781-1-2 du CodePage 98 l'arrêt
du travail
attaqué qui retient que la condition de fourniture quasi exclusive était
remplie au motif inopérant que l'analyse des s comptables produits aux
débats ne permet pas d'établir que les époux X... ont pu retirer de la vente
des produits non pétroliers des bénéfices leur assurant une indépendance
économique réelle par rapport à la société pétrolière ;
Mais attendu qu’appréciant souverainement l'ensemble des éléments de fait
et de preuve qui lui étaient soumis, la cour d'appel, par motifs propres et
adoptés, a déduit de ses constatations que l'activité essentielle des époux
X... avait consisté à vendre des produits fournis exclusivement par la
société Esso ; que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
Condamne la société Esso aux dépens ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
par le président en son audience publique du vingt-deux mars deux mille six.
Décision attaquée : cour d'appel de Bordeaux (chambre sociale, section A)
2005-03-01

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Cass.soc.,

31 mai 2005 N° 03-30741

03-30.741
Arrêt n° 884 du 31 mai 2005
Le Conseil général Cour de cassation - Deuxième chambre civile
du Lot verse des Cassation partielle
sommes à des Demandeur(s) à la cassation : Union pour le recouvrement des cotisations
particuliers de sécurité sociale (URSSAF) du Lot
chargés de Défendeur(s) à la cassation : Conseil général du Lot et autres
l'exécution d'un Attendu, selon l'arrêt attaqué, qu’à la suite d’un contrôle concernant la
service de période du 1er novembre 1997 au 30 juin 2000, l’URSSAF a réintégré dans
transport scolaire. l’assiette des cotisations sociales du régime général dues par le Conseil
La cour d'appel général du Lot, notamment les sommes versées à des particuliers chargés
de l’exécution d’un service de transport scolaire ; que ce redressement a
annule le
donné lieu à une mise en demeure du 11 janvier 2001 ;
redressement
pratiqué par Sur le moyen unique, pris en ses deux premières branches :
l'Urssaf au motif
que leurs Attendu que l’URSSAF fait grief à l'arrêt d’avoir accueilli le recours du
obligations conseil général, alors, selon le moyen :
dépendent
d’éléments 1°/ que selon l’article 14 du nouveau Code de procédure civile, nulle partie
extérieurs à la ne peut être jugée sans avoir été entendue ou appelée ; qu’en l’espèce,
collectivité pour annuler la décision de l’URSSAF d’assujettissement au régime général
publique et de sécurité sociale des particuliers assurant le transport scolaire pour le
n’induisent pas, compte du conseil général, l’arrêt attaqué retient l’absence de lien de
par elles-mêmes, subordination entre ces particuliers transporteurs et le conseil général ;
l’existence d’un qu’en statuant ainsi, sans que ces particuliers transporteurs n’aient été
appelés en la cause, la cour d’appel a méconnu les exigences du texte
lien de
précité ;
subordination.
Censurant l'arrêt 2°/ que selon l’article 14 du nouveau Code de procédure civile, nulle partie
de la cour ne peut être jugée sans avoir été entendue ou appelée ; que le juge ne peut
d'appel, la cour se prononcer sur le régime de protection applicable à une personne qu’en
de cassation présence de tous les organismes de protection sociale intéressés à la
constate solution du litige, la cour d’appel a violé le texte précité ensemble l’article
l'existence d'un L.311-2 du Code de la sécurité sociale ;
lien de
subordination du Mais attendu que la cour d’appel, qui n’était pas saisie d’un conflit
fait de l'existence d’affiliation, mais de la contestation d’une décision de redressement de
d'un service de cotisations sociales, n’encourt pas les griefs des deux premières branches
transport organisé du moyen ;
et de la
rémunération sur Mais sur le moyen unique, pris en sa troisième branche :
une base tarifaire Vu les articles L. 242-1 du Code de la sécurité sociale et L.121-1 du Code
imposée: " Qu’en du travail ;
statuant ainsi, par Page 100
des motifs
inopérants, alors Attendu, selon le premier de ces textes, que, pour le calcul des cotisations
qu’il résultait de des assurances sociales, des accidents du travail et des allocations
ses constatations familiales, sont considérées comme rémunérations toutes les sommes
et des documents versées aux travailleurs en contrepartie ou à l’occasion d’un travail accompli
annexés à la dans un lien de subordination ; que le lien de subordination est caractérisé
par l’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir
procédure de
de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de
contrôle, d’une
sanctionner les manquements de son subordonné ; que le travail au sein
part, que les
d’un service organisé peut constituer un indice du lien de subordination
intéressés
lorsque l’employeur détermine unilatéralement les conditions d’exécution du
participaient à un travail ;
service de
transport organisé Attendu que pour annuler le redressement, l’arrêt attaqué retient
dont le conseil essentiellement que les particuliers concernés sont recrutés dans le cadre
général du régime des marchés publics ; qu’inhérentes à ce régime, leurs
déterminait obligations dépendent d’éléments extérieurs à la collectivité publique et
unilatéralement n’induisent pas, par elles-mêmes, l’existence d’un lien de subordination ;
les règles de
fonctionnement, Qu’en statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors qu’il résultait de ses
d’autre part, qu’ils constatations et des documents annexés à la procédure de contrôle, d’une
étaient rémunérés part, que les intéressés participaient à un service de transport organisé dont
sur des bases le conseil général déterminait unilatéralement les règles de fonctionnement,
tarifaires d’autre part, qu’ils étaient rémunérés sur des bases tarifaires imposées et
imposées et exposés à des sanctions en cas de défaillance dans l’exécution du transport,
exposés à des ce dont il résultait qu’ils travaillaient dans un lien de subordination, la cour
d’appel a violé les textes susvisés ;
sanctions en cas
de défaillance PAR CES MOTIFS :
dans l’exécution
du transport, ce CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce que pour annuler le
dont il résultait redressement, il a jugé que les particuliers intéressés ne se trouvaient pas
qu’ils travaillaient dans un lien de subordination, l'arrêt rendu le 14 octobre 2003, entre les
dans un lien de parties, par la cour d'appel d'Agen ; remet, en conséquence, quant à ce, la
subordination, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et,
cour d’appel a pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Bordeaux ;
violé les textes Président : M. Dintilhac
susvisés ;" Rapporteur : M. Thavaud, conseiller
Avocat général : M. Barrairon
Avocat(s) : la SCP Gatineau, la SCP Lyon-Caen, Fabiani et Thiriez

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Page 101
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Cass.soc.,

13 avril 2005 N° 03-42583

M.X agent
commercial, se
voit confier la
prospection et la
vente
d'installations de
chauffage par la
société Aterno.
Inscrit au RCS de
Fréjus , il exploite
des activités de
commerce de
pneus et
accessoires, de
protection
électronique,
d'automatismes
de portail, de
vidéosurveillance,
de
télésurveillance et
enfin de
chauffage. Il
exploite deux
établissements au Cour de Cassation
moins, dont l'un à Chambre sociale
Dijon spécialisé Audience publique du 13 avril 2005 Rejet
dans les N° de pourvoi : 03-42583
pneumatiques Inédit
auquel il consacre
l'essentiel de son Président : Mme MAZARS conseiller
temps, ne se
consacrant pas REPUBLIQUE FRANCAISE
personnellement AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
à l'activité
chauffage de son LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
entreprise .
Sur le moyen unique :
Pour la société
donneur d'ordre, Attendu que par contrat d'agent commercial du 10 novembre 1996, qualifié
M. X... dirige une par les parties de "contrat de mandataire" selon nouveau contrat du 6
société dont il novembre 1997, la société Aterno a confié à M. X... la prospection et la
maîtrise vente d'installations de chauffage ; qu'à la suite de la rupture des relations
parfaitement contractuelles, M. X... a saisi le conseil de prud'hommesPage 102
de diverses
l'organisation et demandes ;
le
fonctionnement, Attendu que la société Aterno fait grief à l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence,
circonstances 27 février 2003), statuant sur contredit, d'avoir retenu la compétence du
incompatibles conseil de prud'hommes au motif que les parties étaient liées par un contrat
avec la qualité de de travail, alors, selon le moyen :
salarié de la
1 / que l'emploi de personnel salarié pour exécuter la prestation que le
société Aterno
contractant s'engage à fournir est incompatible avec la qualité de salarié ;
qu'il revendique.
que la cour d'appel, qui a constaté que M. X... exerçait effectivement son
Analysant, contrat activité avec une équipe, qu'il rémunérait par rétrocession d'une partie de
de prestation, la ses commissions, aurait dû nécessairement en déduire l'absence de contrat
cour de cassation de travail liant M. X... à la société Aterno ; que la cour d'appel, qui n'a pas
retrouve tous les déduit les conséquences légales de ses constatations, a violé les
éléments de la dispositions de l'article L. 121-1 du Code du travail ;
subordination
permettant une 2 / qu'en déduisant de l'application par les cocontractants de la société
requalification du Aterno de la méthode de vente utilisant le coupon-réponse et l'analyse
contrat " Mais thermique, l'existence d'une directive sur le mode opératoire contraire à la
attendu qu'il liberté de prospection qui caractérise l'activité d'agent commercial, alors
résulte de l'article que la qualité de mandataire de l'agent commercial justifie qu'il reçoive des
L. 121-1 du Code instructions ainsi que l'assistance de son mandant, la cour d'appel, qui n'a
du travail que le pas caractérisé le lien de subordination, a privé sa décision de base légale
lien de au regard de l'article L. 121-1 du Code du travail ;
subordination est
3 / que le lien de subordination caractérisant l'activité salariée résulte pour
caractérisé par
l'agent commercial de son intégration dans un service organisé ; que
l'exécution d'un
l'intégration est établie lorsque l'intéressé ne travaille pas pour son propre
travail sous
compte mais pour celui de la société qui l'emploie dans le cadre d'un service
l'autorité de
organisé et selon des directives générales imposées par elle qui assume les
l'employeur qui a risques et le profit de son entreprise et sous la dépendance de laquelle il se
le pouvoir de trouve placé en fait ;
donner des ordres
et des directives, qu'en décidant que le contrat de mandataire de M. X... devait être requalifié
d'en contrôler en contrat de travail, sans constater son intégration dans un service
l'exécution et de organisé, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 121-1
sanctionner les du Code du travail ;
manquements ;
que le travail au 4 / que la société Aterno soutenait dans ses conclusions d'appel que M. X...
sein d'un service était inscrit au RCS de Fréjus et exploitait des activités de commerce de
organisé peut pneus et accessoires, de protection électronique, d'automatismes de portail,
constituer un de vidéosurveillance, de télésurveillance et enfin de chauffage, qu'il
indice du lien de exploitait deux établissements au moins, dont l'un à Dijon spécialisé dans
subordination, les pneumatiques et auquel il consacrait l'essentiel de son temps, ne se
lorsque consacrant pas personnellement à l'activité chauffage de son entreprise ;
qu'il s'en déduisait que M. X... dirigeait une société dont il maîtrisait
l'employeur
parfaitement l'organisation et le fonctionnement, circonstances
détermine
incompatibles avec la qualité de salarié de la société Aterno qu'il
unilatéralement
revendiquait ; qu'en se bornant à affirmer que la forme selon laquelle M.
les conditions
X... exerçait son activité, comme commerçant indépendant, ne faisait pas
d'exécution du
obstacle à la reconnaissance de l'existence d'une relation de travail, la cour
travail ; que la d'appel n'a pas répondu aux conclusions litigieuses et méconnu les
cour d'appel a dispositions de l'article 455 du nouveau Code de procédure civile ;
constaté que M.
X..., qui travaillait 5 / qu'en se bornant à affirmer que les conclusions et la décision de
au service de la l'URSSAF de ne pas remettre en cause la nature des contrats qui liaient la
société Aterno société Aterno à ses commerciaux n'ont d'effet qu'entre cet organisme et la
avec des salariés société Aterno et ne sauraient lier la juridiction prud'homale quant à la
qu'il rémunérait qualification du contrat conclu entre les parties, alors que cette décision
par rétrocession constituait nécessairement un indice supplémentaire pour Page 103 la
maintenir
d'une partie de qualification de contrat d'agence du contrat litigieux, la cour d'appel n'a pas
ses commissions, satisfait aux exigences de l'article 455 du nouveau Code de procédure
dirigeait une civile ;
équipe de vente,
qu'il recevait de Mais attendu qu'il résulte de l'article L. 121-1 du Code du travail que le lien
cette société une de subordination est caractérisé par l'exécution d'un travail sous l'autorité
quantité de l'employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d'en
contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements ; que le travail au
importante de
sein d'un service organisé peut constituer un indice du lien de subordination,
coupons-réponse
lorsque l'employeur détermine unilatéralement les conditions d'exécution du
de clients
travail ; que la cour d'appel a constaté que M. X..., qui travaillait au service
potentiels d'un
de la société Aterno avec des salariés qu'il rémunérait par rétrocession
secteur
d'une partie de ses commissions, dirigeait une équipe de vente, qu'il
géographique recevait de cette société une quantité importante de coupons-réponse de
défini qu'il avait clients potentiels d'un secteur géographique défini qu'il avait l'obligation de
l'obligation de visiter pour réaliser une analyse thermique de leur logement, qu'il était
visiter pour destinataire de directives quant au traitement des coupons-réponse, qu'il
réaliser une avait des objectifs à atteindre et figurait dans le classement des vendeurs ;
analyse que son activité était contrôlée et qu'il avait d'ailleurs reçu un avertissement
thermique de leur constituant une menace de sanction ; que, répondant en les rejetant aux
logement, qu'il conclusions invoquées, elle a pu en déduire, sans encourir les griefs du
était destinataire moyen, que l'existence d'un lien de subordination, et, partant, d'un contrat
de directives de travail, était caractérisée et que la juridiction prud'homale était
quant au compétente pour statuer sur le litige ; que le moyen n'est pas fondé ;
traitement des
coupons-réponse, PAR CES MOTIFS :
qu'il avait des
objectifs à REJETTE le pourvoi ;
atteindre et Condamne la société Aterno aux dépens ;
figurait dans le
classement des Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du nouveau Code de
vendeurs ; que procédure civile ;
son activité était
contrôlée et qu'il Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
avait d'ailleurs par le président en son audience publique du treize avril deux mille cinq.
reçu un
avertissement Décision attaquée : cour d'appel d'Aix-en-Provence (18e chambre sociale)
constituant une 2003-02-27
menace de
sanction ; que,
répondant en les
rejetant aux
conclusions
invoquées, elle a
pu en déduire,
sans encourir les
griefs du moyen,
que l'existence
d'un lien de
subordination, et,
partant, d'un
contrat de travail,
était caractérisée
et que la
juridiction
prud'homale était
compétente pour
statuer sur le Page 104
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Cass. Soc.

04/01/2000 97-41154

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 4 janvier 2000 Rejet.

N° de pourvoi : 97-41154
Publié au bulletin

Président : M. Gélineau-Larrivet .
Rapporteur : M. Brissier.
Avocat général : M. de Caigny.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Attendu que Mme Henri a été engagée en qualité de chauffeur par la société
Coulet et fils par un contrat à durée déterminée de retour à l'emploi du 2
mars 1992 au 30 novembre 1992 ; que l'employeur a rompu le 27 octobre
1992 le contrat de travail en invoquant une faute grave de la salariée ; que
cette dernière a saisi le conseil de prud'hommes de diverses demandes ;

Sur les premier et deuxième moyens réunis :

Attendu que la salariée fait grief à l'arrêt confirmatif attaqué (Nîmes, 26


novembre 1996) d'avoir décidé que les relations contractuelles n'avaient
débuté que le 2 mars 1992, alors, selon le premier moyen, qu'il est fait grief
à l'arrêt d'avoir qualifié ainsi de " tests professionnels " une période de
travail de plus de 30 jours s'étendant du 28 janvier 1992 au 2 mars 1992,
période de travail non contestée par l'employeur et qui a été reconnue par
la cour d'appel ; que cette période n'a été remise en doute par personne
puisqu'elle était démontrée par des disques chronotatygraphes au nom du
chauffeur de car, Mme Henry ; que ces disques et l'aveu de l'employeur
sont autant de preuves que Mme Henry conduisait, en tant que chauffeur de
car, personnellement les cars scolaires de la société Coulet durant cette
période pendant de courts voyages (lycée-stade-piscine), mais restait à la
disposition de l'employeur entre les voyages et effectuait le retour du car
(retour stade-piscine-collège-lycée) ; qu'ainsi sous couvert de " tests
professionnels " obligeant la salariée à effectuer plusieurs heures par jour
durant plus d'un mois, la cour d'appel a écarté l'existence de ce qu'il est
convenu d'appeler la période d'essai a, ainsi violé l'article L. 143-2 du Code
du travail, pour justifier la non-rémunération et, par suite, l'imputabilité de
la rupture ; qu'enfin, selon une jurisprudence constantePage 105
de la chambre
Seule la « mise sociale de la Cour de Cassation, toute période d'essai constitue une période
en situation réelle de travail effective et doit être rémunérée ; qu'en effet, si l'on peut
de travail » fait concevoir des tests professionnels sur quelques heures ou sur un ou deux
débuter le jours, cette notion ne saurait recouvrir la réalité d'un travail avec les
contrat. responsabilités importantes tel qu'un chauffeur de car scolaire et d'une mise
Constituent les à disposition de plusieurs heures par jour (3, 4 ou 5 heures selon les
tests disques) pendant plus de 30 jours consécutifs (28 janvier au 02 mars), sauf
professionnels, à mettre totalement en échec et à vider de sa substance l'article L. 143-2
les conduites du Code du travail ainsi que les principes jurisprudentiels définis par la Cour
effectuées par un de Cassation en ce qui concerne la notion de période d'essai, alors, selon le
candidat à un deuxième moyen, que l'arrêt manque également de base légale en
poste de induisant que ce régime de " tests professionnels " serait possible avant la
conclusion d'un contrat à durée déterminée alors que celui-ci n'est pas
chauffeur de car
encore signé ni passé entre les parties et qu'ainsi cette période de travail
et sous la
échappait ainsi à tout contrôle, à toute législation et à toute disqualification
responsabilité du
contractuelle, alors que cette période pouvait être qualifiée de début
chauffeur
d'exécution d'un contrat de travail à durée indéterminée ; que, d'une part,
habituel, dès lors
la cour d'appel semble induire que les " tests professionnels " peuvent
que ces dernières précéder un contrat à durée déterminée et non pas un contrat à durée
ne correspondent indéterminée ; que, d'autre part, cette notion de " tests professionnels "
pas à une permet d'évincer le régime juridique du contrat de travail à durée
véritable indéterminée dans une période où aucun contrat de travail n'a été signé
prestation de entre les parties ; que la cour d'appel a statué ainsi de façon contradictoire ;
travail impliquant
que l’intéressé
soit placé dans Mais attendu que, par motifs propres et adoptés, la cour d'appel a constaté
des conditions qu'il était établi que Mme Henry n'avait conduit un car de l'entreprise
normales destiné au transport d'élèves que vide de passager, en présence du
d’emploi. La chauffeur habituel et ceci pendant quelques heures seulement au cours des
période d'essai mois de janvier et février 1992 ; qu'elle a pu décider que ces prestations,
professionnel est qui ont été rémunérées, constituaient un test professionnel et non une
habituellement de période de travail impliquant que l'intéressée soit placée dans des
24 à 48 h. Dans conditions normales d'emploi ; que les moyens ne sont pas fondés ;
le présent arrêt le Sur les troisième et quatrième moyens réunis :
test professionnel
est de 30 jours. Attendu que la salariée fait encore grief à l'arrêt de l'avoir déboutée de ses
La rémunération demandes d'indemnité de précarité et de dommages-intérêts pour rupture
est la même anticipée du contrat à durée déterminée, alors, selon le troisième moyen,
qu'un stagiaire, si que la cour d'appel a également violé, par refus d'application, l'article L.
un accident du 122-3-8 du Code du travail qui stipule qu'un contrat à durée déterminée ne
travail survient il peut être rompu par anticipation que pour une faute grave ou en cas de
est valable car force majeure ; alors, selon le quatrième moyen, que le contrat de travail
survenu pendant peut être complété par un avenant écrit ou oral ; que la preuve d'un
le travail. avenant oral peut être rapportée par l'aveu même de l'employeur devant
témoin ; que la cour d'appel " a entaché sa décision d'une erreur de droit "
en ayant refusé d'admettre que la preuve de l'existence d'un avenant oral,
fixant le lieu d'exécution du contrat de travail, était rapportée par l'aveu
même de l'employeur établi par témoin ;

Mais attendu que la cour d'appel, qui constate qu'aucun lieu d'exécution
n'était prévu par le contrat de travail et que la nature même de l'emploi
impliquait une certaine disponibilité géographique, a pu décider que le
contrat de travail n'avait subi aucune modification et que l'abandon
prolongé de son poste par la salariée, depuis le 5 août 1992, rendait
impossible son maintien dans l'entreprise pendant la durée du préavis et
constituait une faute grave ; que les moyens ne sont pas fondés ;

PAR CES MOTIFS :


Page 106
REJETTE le pourvoi.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2000 V N° 4 p. 3


Droit social, 2000-05, n° 5, p. 550, note J. MOULY.
Décision attaquée : Cour d'appel de Nîmes, 1996-11-26
Titrages et résumés 1° CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Définition -
Eléments constitutifs - Conditions normales d'emploi - Défaut -
Constatations suffisantes.

1° Une période de travail implique qu'un salarié soit placé dans des
conditions normales d'emploi. Tel n'est pas le cas de prestations
rémunérées consistant pour l'intéressé à conduire un car de l'entreprise
destiné au transport d'élèves, vide de passagers, en présence du chauffeur
habituel, et ceci, pendant quelques heures seulement en 2 mois.

1° CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Définition - Eléments constitutifs -


Conditions normales d'emploi - Nécessité

2° CONTRAT DE TRAVAIL, RUPTURE - Licenciement - Cause - Cause réelle


et sérieuse - Faute du salarié - Faute grave - Abandon de poste -
Constatations suffisantes.

2° Constitue une faute grave l'abandon prolongé de son poste par un salarié
qui invoquait une modification de son contrat de travail, alors que ce
contrat ne prévoyait aucun lieu d'exécution et que la nature même de
l'emploi impliquait une certaine disponibilité géographique.

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Page 107
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

15 mars 2006 N° 04-44544

Engagée comme
réceptionniste par
la société Hôtel
Europe Saint-
Séverin le 14 mai
avec un contrat
de travail
prévoyant une
période d'essai
d'un mois
renouvelable une
fois, pour une
durée
équivalente, Cour de Cassation
après accord des Chambre sociale
parties, Mme X… Audience publique du 15 mars 2006 Cassation
se voit notifier le N° de pourvoi : 04-44544
14 juillet au matin Publié au bulletin
la fin de son essai. Président : M. SARGOS
Faisant droit à la REPUBLIQUE FRANCAISE
demande de la AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
salariée, la LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :
chambre sociale Sur le moyen unique :
rappelle le mode Vu l'article 641, alinéa 2 du nouveau Code de procédure civile ;
de calcul de Attendu que Mme X... a été engagée le 14 mai 2001 en qualité de
l’essai, il réceptionniste par la société Hôtel Europe Saint-Séverin, suivant contrat de
commence le jour travail prévoyant une période d'essai d'un mois renouvelable une fois, pour
de la conclusion une durée équivalente, après accord des parties ; que, contestant les
du contrat et finit conditions dans lesquelles l'employeur avait mis fin à la relation de travail,
le dernier jour à la salariée a saisi la juridiction prud'homale de demandes en paiement de
minuit : »dernier diverses indemnités au titre de la rupture de son contrat de travail ;
jour à minuit : « Attendu que pour rejeter les demandes de la salariée, l'arrêt attaqué, après
Qu'en statuant avoir constaté que le 14 juillet au matin, Mme X... avait été avisée
verbalement de la volonté de l'employeur de ne pas poursuivre la relation
ainsi, alors que
de travail, retient qu'il s'ensuit que la rupture a été notifiée à la salariée
les dispositions de
avant la fin de la période d'essai qui expirait le dernier jour, soit le 14 juillet
l'article 641,
à 24 heures ;
alinéa 2, du
Qu'en statuant ainsi, alors que les dispositions de l'article 641, alinéa 2, du
nouveau Code de
nouveau Code de procédure civile, propres à la computation des délais de
procédure civile, procédure, ne s'appliquent pas au calcul de la durée d'une période d'essai,
propres à la laquelle, sauf disposition contraire, commence le jour même de la
computation des conclusions du contrat de travail, de sorte que la période d'essai de un
délais de mois, renouvelée une fois pour une durée équivalente, ayant commencé à
procédure, ne Page 108
s'appliquent pas courir le 14 mai 2001 avait expiré le 13 juillet 2001 à minuit, la cour d'appel
au calcul de la a violé par fausse application le texte susvisé ;
durée d'une PAR CES MOTIFS :
période d'essai, CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 30 mars
laquelle, sauf 2004, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ;
disposition remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
contraire, trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
commence le jour cour d'appel de Versailles ;
même de la Condamne la société Hôtel Europe Saint-Séverin aux dépens ;
conclusions du Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, condamne la société
contrat de travail, Hôtel Europe Saint-Séverin à payer à Mme X... la somme de 1 500 euros ;
de sorte que la Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de Cassation, le
présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de
période d'essai de
l'arrêt cassé ;
un mois,
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé
renouvelée une
par le président en son audience publique du quinze mars deux mille six.
fois pour une
Décision attaquée : cour d'appel de Paris (18e chambre A) 2004-03-30
durée
équivalente,
ayant commencé
à courir le 14 mai
2001 avait expiré
le 13 juillet 2001
à minuit, la cour
d'appel a violé par
fausse application
le texte susvisé ;
» ( Cass.soc., 15
mars 2006, N°04-
44544 )

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Cass.soc.,

29 juin 2005 N° 02-45.701

02-45.701
Avec cet arrêt, la Arrêt n° 1572 du 29 juin 2005
cour de cassation Cour de cassation - Chambre sociale
précise enfin de Rejet
façon définitive
qu'une période Demandeur(s) à la cassation : Mme Régine X..., gérante de la société à
d'essai exprimée responsabilité limitée Drieux SARL
Défendeur(s) à la cassation : Mme Sandrine Y..., épouse Z...
en jours l'est
forcément en Sur le moyen unique :
jours calendaires
et non en jours Attendu que la société Drieux reproche à l’arrêt attaqué (Douai, 28 juin
travaillés comme 2002) d’avoir décidé que la période d’essai de 30 jours impartie à sa
le faisait valoir salariée, Mme Y..., devait se décompter en jours calendaires, alors que le
l'employeur : " décompte devait se faire en jours travaillés ;
Mais attendu que
toute période Mais attendu que toute période d’essai exprimée en jours se décompte en
d’essai exprimée jours calendaires ; que le moyen ne peut être accueilli ;
en jours se
PAR CES MOTIFS :
décompte en
jours REJETTE le pourvoi ;
calendaires ; que
le moyen ne peut Président : M. Sargos
être accueilli " Rapporteur : Mme Nicolétis, conseiller référendaire
Avocat général : M. Duplat

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Page 110
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Cass. Soc.

10/03/2004 01-44750

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 10 mars 2004 Rejet.

N° de pourvoi : 01-44750
Publié au bulletin

Président : M. Sargos.
Rapporteur : M. Trédez.
Avocat général : M. Allix.
Avocats : la SCP Peignot et Garreau, la SCP Gatineau.

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Attendu que par arrêté du président du Conseil général du Pas-de-Calais en


date du 16 septembre 1994, Mlle X..., fonctionnaire de l'administration
territoriale, a été placée, à sa demande, en position de détachement auprès
de l'association Accueil et réinsertion sociale de Lille centre maternel HERA
pour une durée de cinq ans à compter du 19 septembre 1994 ; que le
contrat de travail à durée indéterminée régi par la Convention collective
nationale des établissements et services pour personnes inadaptées et
handicapées du 15 mars 1966 a été établi entre l'association et la salariée
prévoyant une période d'essai de six mois ; que l'association ayant mis fin
au contrat pour diverses fautes par lettre du 16 février 1995, la salariée a
saisi la juridiction prud'homale qui a décidé que la rupture était justifiée
pour faute grave mais a condamné l'association à lui payer, entre autres
sommes, des dommages-intérêts pour non-respect de la procédure
disciplinaire ;

Sur le pourvoi principal et sur le second moyen du pourvoi incident, tels


qu'ils figurent en annexe au présent arrêt :

Page 111
Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur ces moyens qui ne seraient pas de
nature à permettre l'admission du pourvoi ;

Et sur le premier moyen du pourvoi incident :

Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt attaqué (Douai, 31 mai 2001) d'avoir
condamné l'association à payer à la salariée une somme à titre de
dommages-intérêts pour non-respect de la procédure disciplinaire, alors,
selon le moyen :

1 / que la rupture pour faute survenant au cours de la période d'essai n'est


La cour de pas soumise à la procédure disciplinaire ; qu'en jugeant le contraire, la cour
cassation estime d'appel a violé par fausse application les articles L. 122-40 et suivants du
qu'une rupture Code du travail et par refus d'application l'article L. 122-4 du même Code ;
pour motif
disciplinaire doit 2 / qu'en tout état de cause, rompant le contrat pour faute, l'employeur de
respecter la détachement n'est pas soumis à la procédure disciplinaire ; qu'en estimant
procédure prévue le contraire, le juge d'appel a violé par fausse application les articles L. 122-
même si la 40 et suivants du Code du travail ;
salariée est à
l'essai.
Si l'employeur Mais attendu que si l'employeur peut sans motif et sans formalité mettre fin
peut sans motif et à la période d'essai, il doit, lorsqu'il invoque un motif disciplinaire, respecter
sans formalité la procédure disciplinaire ;
mettre fin à la
période d'essai, il Et attendu que la cour d'appel qui a relevé que la remise à disposition de la
doit, lorsqu'il salariée était intervenue pour faute au cours de la période d'essai et qui a
invoque un motif constaté que l'employeur ne l'avait pas convoquée à un entretien préalable
disciplinaire, par application de l'article L. 122-41 du Code du travail, a légalement
respecter la justifié sa décision ;
procédure
disciplinaire.
PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois principal et incident ;

Laisse à chaque partie la charge de ses propres dépens ;

Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande de


l'Association Accueil et réinsertion social ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du dix mars deux mille quatre.

--------------------------------------------------------------------------------

Publication : Bulletin 2004 V N° 80 p. 72

Décision attaquée : Cour d'appel de Douai, 2001-05-31Page 112


Titrages et résumés CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Période d'essai -
Rupture - Faute disciplinaire - Portée.

Si l'employeur peut sans motif et sans formalité mettre fin à la période


d'essai, il doit, lorsqu'il invoque un motif disciplinaire, respecter la
procédure disciplinaire ; est dès donc légalement justifiée la décision d'une
cour d'appel condamnant l'employeur pour non-respect de la procédure
disciplinaire dès lors qu'il avait notifié au salarié la rupture de la période
d'essai pour faute sans le convoquer à l'entretien préalable prévu par
l'article L. 122-41 du Code du travail.

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Employeur - Pouvoir disciplinaire -


Exercice - Période d'essai - Portée

CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Période d'essai - Rupture - Formalités


légales - Domaine d'application - Faute disciplinaire invoquée

CONTRAT DE TRAVAIL, EXECUTION - Employeur - Pouvoir disciplinaire -


Sanction - Formalités légales - Domaine d'application

CONTRAT DE TRAVAIL, FORMATION - Période d'essai - Droits de l'employeur

Codes cités : Code du travail L122-41.

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Page 113
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Cass. Soc.

17/12/2003 01-42368

Cour de Cassation
Chambre sociale
Audience publique du 17 décembre 2003 Rejet

N° de pourvoi : 01-42368
Inédit

Président : M. LE ROUX-COCHERIL conseiller

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Vu leur connexité, joint les pourvois n° Y 01-42.368 et K 01-45.116 ;

Attendu que M. X..., ayant la qualité de géomètre-expert et travaillant pour


le compte de la société Topo Nord depuis novembre 1974, a demandé à
faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er avril 1992 et à
bénéficier de l'allocation de fin de carrière en application de la convention
collective nationale des cabinets ou entreprises de géomètres-experts,
topographes, photogrammètres et experts fonciers du 1er janvier 1991 ;
que cette allocation lui ayant été refusée aux motifs qu'il était associé dans
la société en tant qu'actionnaire minoritaire non gérant, il a saisi la
juridiction prud'homale ;

que, statuant après cassation de l'arrêt rendu le 30 avril 1997 par la cour
d'appel de Douai, la cour d'appel d'Amiens a, par arrêt du 26 février 2001,
dit que M. X... avait droit à l'indemnité de fin de carrière prévue par la
convention collective et, par arrêt du 18 juin 2001, fixé le montant de cette
allocation ;

Sur le moyen unique du pourvoi formé contre l'arrêt du 26 février 2001 :

Page
Attendu que la société Topo Nord reproche à l'arrêt d'avoir 114que M.
décidé
X... avait droit à l'allocation de fin de carrière alors, selon le moyen :

1 / qu'il résulte des énonciations de l'arrêt attaqué que M. X..., associé de la


société Topo Nord, avait sollicité et obtenu son inscription à l'ordre des
géomètres-experts dans le cadre de la loi du 15 décembre 1987 en se
prévalant de la qualité de dirigeant de société, exclusive du statut de
salarié ; que la cour d'appel, qui ne constate pas que les conditions de
Un associé travail de M. X... eussent été par la suite modifiées, ne pouvait, sans
minoritaire méconnaître la portée de ses propres énonciations et violer l'article 26 de la
demande à faire loi du 7 mai 1946, résultant de la loi précitée, outre l'article 1134 du Code
valoir ses droits à civil et les dispositions précitées de la convention collective précitée,
retraite et à accorder à M. X... un droit que celle-ci réserve aux salariés ;
bénéficier de
l’allocation de fin
de carrière en 2 / que la société Topo Nord faisant sienne la prétention de M. X...,
application de la exprimée à l'appui de sa demande d'inscription à l'ordre des géomètres-
CCN, cette experts et entérinée par la décision de la commission nationale ad hoc du
allocation lui ait 10 janvier 1990, d'avoir exercé en son sein pendant plus de 15 ans en
qualité de dirigeant, la cour d'appel ne pouvait, sans dénaturer les termes
refusée car il est
clairs et précis desdites conclusions et violer l'article 4 du nouveau Code de
actionnaire
procédure civile, prétendre qu'elle ne lui aurait pas contesté la qualité de
minoritaire non
salarié pendant la même période ;
gérant. Pour
prouver le lien de
subordination la 3 / que le lien de subordination est caractérisé par l'exécution d'un travail
cour de cassation sous l'autorité d'un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des
se base sur une directives, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements de
note interne son subordonné ; qu'il ne saurait résulter de ce que le gérant de la société
rédigée par le ait donné instruction en 1986 de présenter tout courrier sa signature, que
gérant, précisant tel de ses associés, associé comme lui même à hauteur de 25 % du capital
les conditions de de la société, aurait exercé ses attributions techniques sous son contrôle et
signature et de sa direction, sans pouvoir déterminer librement ses conditions de travail ;
réception des qu'en statuant par un tel motif inopérant, la cour d'appel a privé sa décision
courriers. de base légale au regard de l'article L. 121-1 du Code du travail ;

Mais attendu, d'abord, que la cour d'appel a relevé que M. X..., lorsqu'il
avait sollicité son inscription à l'ordre des géomètres-experts en tant que
dirigeant, avait précisé qu'il avait la qualité de directeur technique ;

Et attendu, ensuite, qu'elle a constaté que dans une note dont M. X... avait
été destinataire, le gérant avait indiqué qu'il signait les courriers et l'heure à
laquelle ceux-ci devaient être déposés sur son bureau ; qu'elle a pu déduire
de ces éléments, hors toute dénaturation, que M. X... se trouvait dans un
lien de subordination caractérisant l'existence du contrat de travail ; que le
moyen n'est pas fondé ;

Sur la demande fondée sur l'article 581 du nouveau Code de procédure


civile :

Attendu que M. X... réclame à ce titre des dommages-intérêts ;

Mais attendu que le recours formé par la société n'étant pas abusif, la
demande sera rejetée ;
Page 115
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le moyen du pourvoi
formé contre l'arrêt du 18 juin 2001 :

REJETTE les pouvois ;

Condamne la société Topo Nord aux dépens ;

Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, condamne la société


Topo Nord à payer à M. X... la somme de 1 000 euros ;

Rejette la demande fondée sur l'article 581 du nouveau Code de procédure


civile ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et prononcé


par le président en son audience publique du dix-sept décembre deux mille
trois.

--------------------------------------------------------------------------------

Décision attaquée : cour d'appel d'Amiens (chambre solennelle) 2001-02-26


2001-06-18

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Page 116
Base de jurisprudence TRiPALiUM - arrêts commentés archivés

Cass.soc.,

30 mars 2005 N° 02-46.103

Une société
d'intérim, Crit
intérim, fait
signer à une
salariée trois
contrats
successifs
( secrétaire,
commerciale,
responsable
d'agence ) . Le
dernier contrat à
durée
indéterminée 02-46.103
précise qu'il " ne Arrêt n° 757 du 30 mars 2005
Cour de cassation - Chambre sociale
deviendra définitif
Cassation
qu'à l'issue d'une
période probatoire
de deux mois, --------------------------------------------------------------------------------
avec possibilité de
renouveler celle-ci Demandeur(s) à la cassation : Mme Jeanne-Marie X...
pour une période Défendeur(s) à la cassation : société Crit interim SA
unique de même
durée (...) Si
--------------------------------------------------------------------------------
cette période
probatoire ne Sur le moyen unique :
s'avérait pas
satisfaisante, il Vu les articles L. 122-14-7 et L. 122-4 du Code du travail ;
sera mis fin aux
relations Attendu que Mme X... a été engagée le 4 septembre 1994 par contrat à
contractuelles durée indéterminée par la société Crit Intérim ; que les parties ont signé
ayant lié les trois contrats successifs, le premier confiant à la salariée le poste de
parties, sans que secrétaire à l'agence de Toulon, le deuxième un poste de commerciale à la
Mme Salvat ne même agence et, le troisième, la nommant responsable d'agence adjoint à
Hyères, et contenant la clause suivante : "Le présent contrat ne deviendra
puisse prétendre
définitif qu'à l'issue d'une période probatoire de deux mois, avec possibilité
au rétablissement
de renouveler celle-ci pour une période unique de même durée (...) Si cette
de ses fonctions
période probatoire ne s'avérait pas satisfaisante, il sera mis fin aux relations
initiales, ce qui
contractuelles ayant lié les parties, sans que Mme Salvat ne puisse
est expressément
prétendre au rétablissement de ses fonctions initiales, ce qui est
accepté et expressément accepté et constitue une clause essentielle du présent
constitue une contrat" ; que, par lettre du 21 janvier 1999, la société Crit Intérim a notifié
clause essentielle à la salariée la rupture des relations contractuelles avec un préavis de huit
du présent Page 117
contrat" . Son jours, au motif que l'essai n'avait pas été satisfaisant ;
contrat rompu
pendant la Attendu que, pour débouter la salariée de sa demande en paiement d'une
période d'essai, la indemnité de préavis, d'une indemnité de licenciement, d'une indemnité
salariée saisit le pour inobservation de la procédure de licenciement et de dommages-
conseil de intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'arrêt attaqué a
Prud'hommes de retenu qu'elle avait quitté sa fonction de commerciale pour celle, différente,
de responsable d'agence adjoint ; que la période d'essai prévue dans le
diverses
cadre de ce nouveau poste était licite ; qu'en signant la clause
demandes.
contractuelle, elle s'était engagée à "courir le risque d'une rupture en
Après avoir
période d'essai à la seule discrétion de la société Crit Intérim, ce qui
confirmé qu'un
constituait une renonciation à bénéficier des règles classiques du
salarié ne peut licenciement" ;
valablement
renoncer, pendant Attendu cependant, d'abord qu'un salarié ne peut valablement renoncer,
la durée du pendant la durée du contrat, par avance, au droit de se prévaloir des règles
contrat, par légales du licenciement ;
avance, au droit
de se prévaloir Attendu, ensuite, que si, en cours de contrat, les parties peuvent convenir,
des règles légales à l'occasion d'un changement d'emploi, d'une période probatoire, la rupture
du licenciement , de celle-ci ne peut concerner le contrat de travail et a pour effet de replacer
la Cour rappelle le salarié dans ses fonctions antérieures ;
que la nouvelle
D'où il suit qu'en statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel a violé les
période d'essai
textes susvisés ;
devait être
considérée PAR CES MOTIFS :
comme une
période probatoire CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 4
dont la rupture septembre 2002, entre les parties, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence ;
doit avoir pour remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
effet de replacer trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
le salarié dans ses cour d'appel de Lyon ;
fonctions
antérieures : "
--------------------------------------------------------------------------------
Attendu, ensuite,
que si, en cours Président : M. Sargos
de contrat, les Rapporteur : Mme Mazars, conseiller
parties peuvent Avocat général : M. Duplat
convenir, à Avocat(s) : la SCP Ancel et Couturier-Heller
l'occasion d'un
changement
d'emploi, d'une
période
probatoire, la
rupture de celle-ci
ne peut concerner
le contrat de
travail et a pour
effet de replacer
le salarié dans ses
fonctions
antérieures "

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Page 118
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Cass.soc.,

11 mai 2005 N° 03-40.650, 03-40.651

03-40.650, 03-40.651
Arrêt n° 997 du 11 mai 2005
Cour de cassation - Chambre sociale
Rejet
Demandeur(s) à la cassation : Epoux X...
Défendeur(s) à la cassation : société P&O Stena Line Limited, venant aux
droits de la Société Stena Line Limited, prise en la personne de son
représentant légal domicilié ès-qualités
-----------------------------------------------------------------------------
Sommaire :
Sur le n° 2 :
La rupture du contrat de travail se situe à la date où l'employeur a
manifesté sa volonté d'y mettre fin, c'est-à-dire au jour de l'envoi de la
Stena sealink line, lettre recommandée avec demande d'avis de réception notifiant la rupture.
devenue P & O
Stena Line Justifie dès lors légalement sa décision la cour d'appel qui, pour dire qu'il a
Limited, avise M. été mis fin à la relation contractuelle au cours de la période d'essai,
X... par lettre du constate, par une appréciation souveraine des faits, que la rupture a été
15 février 1996 et notifiée au salarié au moyen d'une lettre recommandée envoyée avant la
Mme X... le 1er date d'expiration de cette période.
mars 1996, du --------------------------------------------------------------------------------
renouvellement Vu la connexité, joint les pourvois n° 03-40.650 et n° 03-40.651 ;
de leur période
Attendu que par lettres en date respectivement des 2 et 7 novembre 1995,
d’essai pour trois la société Stena sealink line, devenue P & O Stena Line Limited, a proposé à
mois. Elle met fin M. et Mme X... le poste de "senior traffic services assistant", les avisant que
à leurs contrats leur embauche s’effectuerait le 20 novembre 1995 pour le premier, le 4
de travail par décembre 1995 pour la seconde, avec une période d’essai de trois mois ;
lettres qu’un contrat de travail prévoyant une période d’essai renouvelable une
recommandées seule fois a été respectivement conclu par la société avec M. Y... le 20
avec accusé de novembre 1995 et avec Mme Y... le 4 décembre 1995 ; que la société Stena
réception du 17 Sealink line a avisé M. X... par lettre du 15 février 1996 et Mme X... le 1er
mai 1996 à effet mars 1996, du renouvellement de leur période d’essai pour trois mois ;
du 19 mai 1996. qu’elle a ensuite mis fin à leurs contrats de travail par lettres
Or, M.X est en recommandées avec accusé de réception du 17 mai 1996 à effet du 19 mai
congés payés à 1996 ; que les salariés ont saisi la juridiction prud’homale afin d’avoir
cette époque et il paiement de diverses sommes ;
a changé
d'adresse ... Sur les premier et troisième moyens des deux pourvois :
Peu importe !
Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer sur ces moyens, qui ne seraient pas
Pour la cour de
de nature à permettre l’admission des pourvois ;
cassation, ce qui
compte, c'est la Sur le deuxième moyen, commun aux pourvois :
date à laquelle
Page 119
l'employeur a Attendu que M. et Mme X... font grief aux arrêts attaqués (Douai, 29
manifesté son novembre 2002) de les avoir déboutés de leurs demandes d’indemnités
intention de pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, non-respect de la
mettre fin au procédure de licenciement et préjudice complémentaire, alors, selon le
contrat de moyen :
travail : " Mais
attendu que la 1°/ que l’article 11 de la convention collective nationale du personnel
sédentaire des entreprises de navigation libres du 20 février 1951
rupture d'un
instituant, après la période d’essai, une période probatoire non susceptible
contrat de travail
d’être confondue avec un renouvellement de période d’essai, interdit un tel
se situe à la date
renouvellement, ce qui rend nulle la clause contraire du contrat de travail
où l'employeur a
de la salariée ;
manifesté sa
volonté d'y mettre 2°/ que les règles dérogatoires à l’ordre public salarial devant être
fin, c'est-à-dire interprétées restrictivement et que le doute devant profiter au salarié, les
au jour de l'envoi dispositions de la convention collective relatives ne pouvaient être
de la lettre comprises que comme interdisant toute possibilité de renouvellement ;
recommandée
avec demande Mais attendu qu'il résulte des dispositions des articles 11 et 20 de la
d'avis de convention collective nationale du personnel sédentaire des entreprises de
réception notifiant navigation libres du 20 février 1981, étendue par arrêté du 21 mai 1982,
la rupture ;Et qui réservent aux parties une faculté réciproque de résiliation en cours de
attendu que cour stage prévu par l'article 11 que celui-ci constitue une période d'essai
d’appel ayant pendant laquelle les règles régissant le licenciement ne sont pas
constaté, par une applicables ;
appréciation
Et attendu qu’ayant relevé qu’il n’y avait ni contrariété ni désaccord entre
souveraine des
les termes du contrat de travail, dont la clause précisant les conditions de la
faits, que la période d’essai se référait expressément à la convention collective, et les
rupture de la dispositions de cette dernière, la cour d’appel a pu, sans encourir les griefs
période d’essai du moyen, décider que l’employeur était en droit de renouveler la période
avait été notifiée d’essai ;
à l’adresse
communiquée à Et sur le quatrième moyen du pourvoi n° 03-40.650 de M. X... :
l’employeur par le
salarié, au moyen Attendu que M. X... fait grief à l’arrêt d’avoir dit que la rupture du contrat
d’une lettre de travail est bien intervenue le 17 mai 1996 au cours de la période d’essai,
recommandée alors, selon le moyen, qu’il était embauché définitivement depuis plus de six
envoyée le 17 mai mois lorsque l’employeur a décidé de le licencier ; qu’en effet, M. X... avait
1996, soit avant bien fait part à l’employeur de sa nouvelle adresse et se trouvait au surplus
la date en congés payés à cette époque, ce que l’employeur ne pouvait ignorer
d'expiration de la puisqu’il les lui avait accordés ;
période d'essai, a
Mais attendu que la rupture d'un contrat de travail se situe à la date où
légalement l'employeur a manifesté sa volonté d'y mettre fin, c'est-à-dire au jour de
justifié sa l'envoi de la lettre recommandée avec demande d'avis de réception notifiant
décision ; que le la rupture ;
moyen n'est pas
fondé ;" Et attendu que cour d’appel ayant constaté, par une appréciation
souveraine des faits, que la rupture de la période d’essai avait été notifiée à
l’adresse communiquée à l’employeur par le salarié, au moyen d’une lettre
recommandée envoyée le 17 mai 1996, soit avant la date d'expiration de la
période d'essai, a légalement justifié sa décision ; que le moyen n'est pas
fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois


--------------------------------------------------------------------------------
Président : M. Sargos
Page 120
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Cass.soc.,

26 octobre 2005 N° 03-44.585

Un médecin du
Travail engagé
avec une période
d’essai d’une
durée de trois
mois se voit
notifier la rupture
de l’essai. Pour la
cour d’appel qui
rejette les
demandes
indemnitaires du
salarié les règles
qui régissent la 03-44.585
rupture Arrêt n° 2309 du 26 octobre 2005
unilatérale ne Cour de cassation - Chambre sociale
sont pas Cassation
applicables ________________________________________
pendant la Demandeur(s) à la cassation : Mme Chantal X...
période d’essai. Défendeur(s) à la cassation : Association médicale du travail du Jura
Faux ! pour la ________________________________________
cour de cassation, Sur le premier moyen :
les dispositions Vu les articles L. 122-4, L 122-14-7 du Code du travail, et l’article R. 241-
légales qui 31 du même Code, dans sa rédaction applicable au litige ;
assurent une Attendu que les dispositions légales qui assurent une protection
protection exceptionnelle et exorbitante du droit commun à certains salariés, en raison
exceptionnelle et du mandat ou des fonctions qu’ils exercent dans l’intérêt de l’ensemble des
exorbitante du travailleurs, s’appliquent à la rupture du contrat de travail à l’initiative de
droit commun l’employeur pendant la période d’essai ; qu’il en est ainsi de l’article R. 241-
s’appliquent à la 31 du Code du travail relatif au médecin du Travail ;
rupture du contrat Attendu qu’après avoir engagé Mme X... le 28 octobre 1999 en qualité de
médecin du Travail, l’Association médicale du travail du Jura a mis fin le 24
de travail à
janvier 2000 à la période d’essai d’une durée de trois mois prévue au
l’initiative de
contrat ;
l’employeur
Attendu que pour rejeter la demande de dommages-intérêts formée par la
pendant la
salariée, la cour d’appel retient que, selon l’article L. 122-4, alinéa 2, du
période d’essai :
Code du travail, les règles qui régissent la rupture unilatérale ne sont pas
« Attendu que les applicables pendant la période d’essai ; qu’il en résulte que chacune des
dispositions parties est, en principe, libre de rompre le contrat de travail sans donner de
légales qui motif ; que la rupture n’est pas soumise aux dispositions de l’article R. 241-
assurent une 31 du Code du travail et que la salariée ne peut faire grief à l’employeur de
protection l’absence de consultation des institutions représentatives et autorités visées
exceptionnelle et par ce texte ;
exorbitante du Page 121
droit commun à Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
certains salariés, PAR CES MOTIFS :
en raison du CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 6 mai
mandat ou des 2003, entre les parties, par la cour d'appel de Besançon ; remet, en
fonctions qu’ils conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
exercent dans ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de
l’intérêt de Dijon ;
l’ensemble des ________________________________________
travailleurs, Président : M. Sargos
s’appliquent à la Rapporteur : Mme Farthouat-Danon
rupture du contrat Avocat général : M. Duplat
de travail à Avocat(s) : la SCP Masse-Dessen et Thouvenin, la SCP Delaporte, Briard et
Trichet
l’initiative de
l’employeur
pendant la
période d’essai ;
qu’il en est ainsi
de l’article R. 241-
31 du Code du
travail relatif au
médecin du
Travail ; » ( Cass.
soc., 26 octobre
2005, N° 03-
44.585 )

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Cass.soc.,

26 octobre 2005 N° 03-44.751

Une salariée
nommée
conseiller du
salarié par arrêté
préfectoral du 30
juin 2000, est
engagée par
l’Association de
parents d’enfants
inadaptés (APEI)
avec une période
d’essai de 6 mois 03-44.751
à laquelle Arrêt n° 2308 du 26 octobre 2005
l’employeur a mis Cour de cassation - Chambre sociale
fin par lettre du Cassation
28 février 2001 . ________________________________________
Salariée protégée Demandeur(s) à la cassation : Mme Laurence X...
comme conseiller Défendeur(s) à la cassation : Association de parents d'enfants inadaptés
du salarié, fallait- APEI
il obtenir ________________________________________
l’autorisation de Sur la fin de non-recevoir soulevée par la défense :
licenciement Attendu que la déclaration de pourvoi a été formée le 7 juillet 2003 par M.
nécessaire pour Y... muni d’un pouvoir spécial régulier qui lui a été donné ainsi qu’à M. Z... ;
tout salarié que le récépissé lui a été adressé le 27 juillet 2003 ; que le mémoire
protégé alors ampliatif, accompagné d’une lettre d’envoi signée de M. Z..., a été déposé,
qu’elle était à le 7 octobre 2003, dans le délai prévu par l’article 989 du nouveau Code de
l’essai ? procédure civile ; que la déchéance n’est donc pas encourue ;
Censurant l’arrêt Sur le moyen unique :
de la cour Vu les articles L. 122-4 , L. 122-14-7, L. 122-14-16, L. 418-12 du Code du
d’appel, la cour travail ;
de cassation Attendu que les dispositions légales qui assurent une protection
estime que la exceptionnelle et exorbitante du droit commun à certains salariés, en raison
du mandat ou des fonctions qu’ils exercent dans l’intérêt de l’ensemble des
protection
travailleurs, s’appliquent à la rupture du contrat de travail à l’initiative de
exceptionnelle et
l’employeur pendant la période d’essai ; qu’il en est ainsi de l’article L. 122-
exorbitante du
14-16 relatif au conseiller du salarié ;
droit commun des
Attendu que Mme X..., nommée conseiller du salarié par arrêté préfectoral
salariés protégés
du 30 juin 2000, a été engagée par l’Association de parents d’enfants
court pendant inadaptés (APEI) le 15 septembre 2000 avec une période d’essai de 6 mois
l’essai : « Attendu à laquelle l’employeur a mis fin par lettre du 28 février 2001 ;
que les Attendu que pour rejeter la demande de la salariée en nullité de la rupture
dispositions de la période d’essai, en l’absence de respect de la procédure d’autorisation
légales qui administrative de licenciement prévue par l’article L. 412-18 du Code du
assurent une Page 123
protection travail, l’arrêt énonce que l’article L. 122-14-16, alinéa 2, du Code du travail
exceptionnelle et vise exclusivement le licenciement du conseiller du salarié, et que, si
exorbitante du l’article L. 412-18 prévoit la nécessité d’une autorisation administrative
droit commun à dans d’autres hypothèses que le licenciement, il ne prévoit pas la rupture
certains salariés, pendant la période d’essai ;
en raison du Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
mandat ou des PAR CES MOTIFS :
fonctions qu’ils CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 21 mai
exercent dans 2003, entre les parties, par la cour d'appel de Reims ; remet, en
l’intérêt de conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
l’ensemble des ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de
travailleurs, Dijon ;
________________________________________
s’appliquent à la
Président : M. Sargos
rupture du contrat
Rapporteur : Mme Morin, conseiller
de travail à
Avocat général : M. Duplat
l’initiative de
Avocat(s) : la SCP Gatineau
l’employeur
pendant la
période d’essai ;
qu’il en est ainsi
de l’article L. 122-
14-16 relatif au
conseiller du
salarié » ( Cass.
soc., 26 octobre
2005, N° 03-
44.751 )

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Placement
Article L312-1
Toute personne physique ou morale de droit privé dont l'activité principale consiste à
fournir des services de placement est tenue d'en faire la déclaration préalable à l'autorité
administrative.
La fourniture de services de placement est exclusive de toute autre activité à but
lucratif, à l'exception des services ayant pour objet le conseil en recrutement ou en
insertion professionnelle. Les entreprises définies à l'article L. 124-1 peuvent fournir des
services de placement au sens du présent article.
La déclaration à l'autorité administrative doit mentionner les caractéristiques
juridiques de l'entreprise, le nom de ses dirigeants ainsi que la nature de ses activités.
Toute modification en la matière doit être portée à la connaissance de l'autorité
administrative. L'agence de placement privée est également tenue d'adresser
régulièrement à l'autorité administrative des renseignements d'ordre statistique sur son
activité de placement.
Les personnes physiques ou morales mentionnées aux articles L. 129-1 et L. 762-3 du
présent code et à l'article 15-2 de la loi nº 84-610 du 16 juillet 1984 relative à
l'organisation et à la promotion des activités physiques et sportives, ainsi que les
employeurs ou groupes d'employeurs qui entreprennent des actions de reclassement en
faveur de leur personnel ne sont pas soumis aux dispositions du présent article.

Article L312-2
Les fonctionnaires et agents chargés du contrôle de l'application du droit du travail
sont habilités à constater les manquements aux dispositions de l'article L. 310-2 ainsi
qu'à celles du présent chapitre et des textes pris pour leur application.
Lorsque l'activité de placement est exercée en méconnaissance des dispositions de
l'article L. 310-2 ou de celles du présent chapitre et des textes pris pour son application
ou en cas d'atteinte à l'ordre public, l'autorité administrative peut, après mise en
demeure, ordonner la fermeture de l'organisme en cause pour une durée n'excédant pas
trois mois.

Article L312-3
Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application des articles L. 312-1 et L.
312-2. Il détermine également les conditions d'utilisation des informations nominatives
que les organismes exerçant une activité de placement peuvent demander, détenir,
conserver, diffuser et céder pour les besoins de cette activité.

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section départementale compétente de l'Agence nationale pour l'emploi .
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Sont dispensées de ladite commission, les offres qui, dans leur libellé, font apparaître
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Paris pour les publications à diffusion nationale et celle du siège de la publication pour
celles à diffusion régionale ou locale.
Toutefois, quand une publication comporte plusieurs éditions couvrant chacune un
secteur géographique différent, la transmission des offres de chaque édition doit être
faite aux sections départementales de l'Agence nationale pour l'emploi dans le ressort
desquelles se trouve situé le secteur de diffusion de cette décision.

Article D311-3
La communication des offres peut être effectuée sous forme d'extraits de publication
regroupant la totalité des offres diffusées dans ladite publication. Ces extraits doivent
être identifiés par l'indication du titre ainsi que du numéro ou de la date de la
publication.
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n'excédant pas une semaine, elle ne donne lieu qu'à une seule transmission.

Article D311-4
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départementales du travail et de la main-d'oeuvre ne sera faite que sur demande
expresse de celles-ci précisant le numéro ou la date de la publication auxquels ces offres
se rapportent.

Article D311-5
Les entreprises de travail temporaire mentionnées à l'article L. 124-1 peuvent faire
connaître les offres d'emploi correspondant aux missions qu'elles proposent, soit par
voie d'affiche apposée en quelque lieu que ce soit, soit par tout autre moyen de
publicité.

Article D311-6
Sont toutefois dispensées, sur leur demande, de l'accomplissement de ces actes
positifs de recherche d'emploi les personnes âgées de cinquante-cinq ans et plus qui ne
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Recrutement
Article L121-1
Le contrat de travail est soumis aux règles du droit commun. Il peut être constaté
dans les formes qu'il convient aux parties contractantes d'adopter.
Le contrat de travail constaté par écrit est rédigé en français. °Dispositions déclarées
non conformes à la Constitution par décision du Conseil constitutionnel nº 94-345 DC du
29 juillet 1994.]
Lorsque l'emploi qui fait l'objet du contrat ne peut être désigné que par un terme
étranger sans correspondant en français, le contrat de travail doit comporter une
explication en français du terme étranger.
Lorsque le salarié est étranger et le contrat constaté par écrit, une traduction du
contrat est rédigée, à la demande du salarié, dans la langue de ce dernier. Les deux
textes font également foi en justice. En cas de discordance entre les deux textes, seul le
texte rédigé dans la langue du salarié étranger peut être invoqué contre ce dernier.

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L'employeur ne pourra se prévaloir à l'encontre du salarié auquel elles feraient grief
des clauses d'un contrat de travail conclu en violation du présent article.

Article L121-2
Le contrat de travail est exempt de timbre et d'enregistrement.

Article L121-3
Est nulle et de nul effet toute clause attributive de juridiction incluse dans un contrat
de travail.

Article L121-4
On ne peut engager ses services qu'à temps ou pour une entreprise déterminée.

Article L121-5
Le contrat de travail est conclu sans détermination de durée. Toutefois, dans les cas et
aux conditions fixées à la section I du chapitre II du présent titre, il peut comporter un
terme fixé avec précision dès sa conclusion ou résultant de la réalisation de l'objet pour
lequel il est conclu.

Article L121-6
Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi
ou à un salarié ne peuvent avoir comme finalité que d'apprécier sa capacité à occuper
l'emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles.
Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé
ou avec l'évaluation des aptitudes professionnelles. Le candidat à un emploi ou le salarié
est tenu d'y répondre de bonne foi.

Article L121-6-1
Dans les entreprises de cinquante salariés et plus, les informations mentionnées à
l'article L. 121-6 et communiquées par écrit par le candidat à l'emploi doivent être
examinées dans des conditions préservant son anonymat. Les modalités d'application du
présent article sont déterminées par décret en Conseil d'Etat.

Article L121-7
Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en
oeuvre, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard. Le
salarié est informé de la même manière des méthodes et techniques d'évaluation
professionnelles mises en oeuvre à son égard. Les résultats obtenus doivent rester
confidentiels.
Les méthodes et techniques d'aide au recrutement ou d'évaluation des salariés et des
candidats à un emploi doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie.

Article L121-8
Aucune information concernant personnellement un salarié ou un candidat à un emploi
ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à la
connaissance du salarié ou du candidat à un emploi.

Article L121-9
Nonobstant toute stipulation contractuelle ou conventionnelle contraire, aucune clause
d'exclusivité, à l'exception de celle prévue à l'article L. 751-3, ne peut être opposée par
son employeur au salarié qui crée ou reprend une entreprise, pendant une durée d'un an
à compter soit de son inscription au registre du commerce et des sociétés ou au
répertoire des métiers, soit de sa déclaration de début d'activité professionnelle agricole
ou indépendante.
Lorsqu'un congé pour la création ou la reprise d'entreprise fait l'objet d'une
prolongation dans les conditions prévues à l'article L. 122-32-14, les dispositions du

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premier alinéa sont présumées s'appliquer jusqu'au terme de la prolongation.
Le salarié reste soumis à l'obligation de loyauté à l'égard de son employeur.

Article L121-10
Les procédures d'enchères électroniques inversées sont interdites en matière de
fixation du salaire. Tout contrat de travail stipulant un salaire fixé à l'issue d'une
procédure d'enchères électroniques est nul de plein droit.

Discriminations
Article L122-45
Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement ou de l'accès à
un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être
sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte,
notamment en matière de rémunération, au sens de l'article L. 140-2, de mesures
d'intéressement ou de distribution d'actions, de formation, de reclassement,
d'affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de
mutation ou de renouvellement de contrat en raison de son origine, de son sexe, de ses
moeurs, de son orientation sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa
grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non-
appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions
politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de
son apparence physique, de son patronyme ou en raison de son état de santé ou de son
handicap.
Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure
discriminatoire visée à l'alinéa précédent en raison de l'exercice normal du droit de
grève.
Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure
discriminatoire pour avoir témoigné des agissements définis aux alinéas précédents ou
pour les avoir relatés.
En cas de litige relatif à l'application des alinéas précédents, le salarié concerné ou le
candidat à un recrutement, à un stage ou à une période de formation en entreprise
présente des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination directe
ou indirecte. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que
sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Le
juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures
d'instruction qu'il estime utiles.
Toute disposition ou tout acte contraire à l'égard d'un salarié est nul de plein droit.

Article L122-45-1
Les organisations syndicales représentatives au plan national, départemental, pour ce
qui concerne les départements d'outre-mer, ou dans l'entreprise peuvent exercer en
justice toutes actions qui naissent de l'article L. 122-45, dans les conditions prévues par
celui-ci, en faveur d'un candidat à un emploi, à un stage ou une période de formation en
entreprise ou d'un salarié de l'entreprise sans avoir à justifier d'un mandat de
l'intéressé, pourvu que celui-ci ait été averti par écrit et ne s'y soit pas opposé dans un
délai de quinze jours à compter de la date à laquelle l'organisation syndicale lui a notifié
son intention. L'intéressé peut toujours intervenir à l'instance engagée par le syndicat.
Les associations régulièrement constituées depuis cinq ans au moins pour la lutte
contre les discriminations peuvent exercer en justice toutes actions qui naissent de
l'article L. 122-45, dans les conditions prévues par celui-ci, en faveur d'un candidat à un
emploi, à un stage ou une période de formation en entreprise ou d'un salarié de
l'entreprise, sous réserve qu'elles justifient d'un accord écrit de l'intéressé. Celui-ci peut
toujours intervenir à l'instance engagée par l'association et y mettre un terme à tout
moment.

Article L122-45-2

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Est nul et de nul effet le licenciement d'un salarié faisant suite à une action en justice
engagée par ce salarié ou en sa faveur sur la base des dispositions du présent code
relatives aux discriminations, lorsqu'il est établi que le licenciement n'a pas de cause
réelle et sérieuse et constitue en réalité une mesure prise par l'employeur à raison de
l'action en justice. En ce cas, la réintégration est de droit et le salarié est regardé
comme n'ayant jamais cessé d'occuper son emploi.
Si le salarié refuse de poursuivre l'exécution du contrat de travail, le conseil de
prud'hommes lui alloue une indemnité qui ne peut être inférieure aux salaires des six
derniers mois. De plus, le salarié bénéficie également d'une indemnité correspondant à
l'indemnité de licenciement prévue par l'article L. 122-9 ou par la convention ou l'accord
collectif applicable ou le contrat de travail. Le deuxième alinéa de l'article L. 122-14-4
est également applicable.

Article L122-45-3
Les différences de traitement fondées sur l'âge ne constituent pas une discrimination
lorsqu'elles sont objectivement et raisonnablement justifiées par un objectif légitime,
notamment par des objectifs de politique de l'emploi, et lorsque les moyens de réaliser
cet objectif sont appropriés et nécessaires.
Ces différences peuvent notamment consister en :
- l'interdiction de l'accès à l'emploi ou la mise en place de conditions de travail
spéciales en vue d'assurer la protection des jeunes et des travailleurs âgés ;
- la fixation d'un âge maximum pour le recrutement, fondée sur la formation requise
pour le poste concerné ou la nécessité d'une période d'emploi raisonnable avant la
retraite.

Article L122-45-4
Les différences de traitement fondées sur l'inaptitude constatée par le médecin du
travail dans le cadre du titre IV du livre II en raison de l'état de santé ou du handicap ne
constituent pas une discrimination lorsqu'elles sont objectives, nécessaires et
appropriées.
Les mesures appropriées au bénéfice des personnes handicapées visant à favoriser
l'égalité de traitement prévues à l'article L. 323-9-1 ne constituent pas une
discrimination.

Article L122-45-5
Les associations régulièrement constituées depuis cinq ans au moins, oeuvrant dans le
domaine du handicap, peuvent exercer en justice toutes actions qui naissent des articles
L. 122-45 et L. 122-45-4, dans les conditions prévues par l'article L. 122-45, en faveur
d'un candidat à un emploi, à un stage ou une période de formation en entreprise ou d'un
salarié de l'entreprise, sous réserve qu'elles justifient d'un accord écrit de l'intéressé.
Celui-ci peut toujours intervenir à l'instance engagée par l'association et y mettre un
terme à tout moment.

Article L324-1
Il demeure interdit dans les conditions fixées par les dispositions en vigueur aux
fonctionnaires, agents et ouvriers des services publics de l'Etat, des départements et des
communes offices et établissements publics, aux personnels commissionnés aux
titulaires de la société nationale des chemins de fer français ou des réseaux de chemins
de fer d'intérêt local et autres services concédés, compagnies de navigation aériennes et
maritimes subventionnées, régies municipales et départementales, directes ou
indirectes, ainsi qu'au personnel titulaire des organismes de sécurité sociale, d'occuper
un emploi privé rétribué ou d'effectuer à titre privé, un travail moyennant rémunération.
Demeurent notamment applicables les dispositions du décret modifié du 29 octobre
1936 relatif aux cumuls de retraites et de rémunérations et de fonctions.

Article L324-2

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Aucun salarié des professions industrielles, commerciales, artisanales ou agricoles ne
peut effectuer des travaux rémunérés relevant de ces professions au-delà de la durée
maximale du travail, telle qu'elle ressort des lois et règlements en vigueur dans sa
profession.

Article L324-3
Nul ne peut recourir aux services d'une personne qui contrevient aux dispositions des
articles L. 324-1 et L. 324-2.

Article L324-4
Sont exclus des interdictions prononcées par les articles L. 324-1 et L. 324-2 :
1. Les travaux d'ordre scientifique, littéraire ou artistique et les concours apportés aux
oeuvres d'intérêt général, notamment d'enseignement, d'éducation ou de bienfaisance ;
2. Les travaux effectués pour son propre compte ou à titre gratuit sous forme d'une
entraide bénévole ;
3. Les travaux ménagers de peu d'importance effectués chez des particuliers pour
leurs besoins personnels ;
4. Les travaux d'extrême urgence dont l'exécution immédiate est nécessaire pour
prévenir des accidents imminents ou organiser des mesures de sauvetage.

CODE PENAL
(Partie Législative)
Article 225-1
Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à
raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de
leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de
leurs caractéristiques génétiques, de leurs moeurs, de leur orientation sexuelle, de leur
âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou
de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une
religion déterminée.
Constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes
morales à raison de l'origine, du sexe, de la situation de famille, de l'apparence
physique, du patronyme, de l'état de santé, du handicap, des caractéristiques
génétiques, des moeurs, de l'orientation sexuelle, de l'âge, des opinions politiques, des
activités syndicales, de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à
une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de
certains membres de ces personnes morales.

Article 225-2
La discrimination définie à l'article 225-1, commise à l'égard d'une personne physique
ou morale, est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 Euros d'amende
lorsqu'elle consiste :
1º A refuser la fourniture d'un bien ou d'un service ;
2º A entraver l'exercice normal d'une activité économique quelconque ;
3º A refuser d'embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ;
4º A subordonner la fourniture d'un bien ou d'un service à une condition fondée sur
l'un des éléments visés à l'article 225-1 ;
5º A subordonner une offre d'emploi, une demande de stage ou une période de
formation en entreprise à une condition fondée sur l'un des éléments visés à l'article
225-1 ;
6º A refuser d'accepter une personne à l'un des stages visés par le 2º de l'article L.
412-8 du code de la sécurité sociale.
Lorsque le refus discriminatoire prévu au 1º est commis dans un lieu accueillant du
public ou aux fins d'en interdire l'accès, les peines sont portées à cinq ans
d'emprisonnement et à 75 000 Euros d'amende.

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Article 225-3
Les dispositions de l'article précédent ne sont pas applicables :
1º Aux discriminations fondées sur l'état de santé, lorsqu'elles consistent en des
opérations ayant pour objet la prévention et la couverture du risque décès, des risques
portant atteinte à l'intégrité physique de la personne ou des risques d'incapacité de
travail ou d'invalidité. Toutefois, ces discriminations sont punies des peines prévues à
l'article précédent lorsqu'elles se fondent sur la prise en compte de tests génétiques
prédictifs ayant pour objet une maladie qui n'est pas encore déclarée ou une
prédisposition génétique à une maladie ;
2º Aux discriminations fondées sur l'état de santé ou le handicap, lorsqu'elles
consistent en un refus d'embauche ou un licenciement fondé sur l'inaptitude
médicalement constatée soit dans le cadre du titre IV du livre II du code du travail, soit
dans le cadre des lois portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique ;
3º Aux discriminations fondées, en matière d'embauche, sur le sexe lorsque
l'appartenance à l'un ou l'autre sexe constitue, conformément aux dispositions du code
du travail ou aux lois portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique, la
condition déterminante de l'exercice d'un emploi ou d'une activité professionnelle.

Article 225-3-1
Les délits prévus par la présente section sont constitués même s'ils sont commis à
l'encontre d'une ou plusieurs personnes ayant sollicité l'un des biens, actes, services ou
contrats mentionnés à l'article 225-2 dans le but de démontrer l'existence du
comportement discriminatoire, dès lors que la preuve de ce comportement est établie.

Article 225-4

Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement, dans les
conditions prévues par l'article 121-2, des infractions définies à l'article 225-2. Les
peines encourues par les personnes morales sont :
1º L'amende, suivant les modalités prévues par l'article 131-38 ;
2º Les peines mentionnées aux 2º, 3º, 4º, 5º, 8º et 9º de l'article 131-39.
L'interdiction mentionnée au 2º de l'article 131-39 porte sur l'activité dans l'exercice
ou à l'occasion de l'exercice de laquelle l'infraction a été commise.

Embauche
Article L320
L'embauche d'un salarié ne peut intervenir qu'après déclaration nominative effectuée
par l'employeur auprès des organismes de protection sociale désignés à cet effet dans
les conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat.
Cette déclaration, dont la mise en oeuvre sera progressivement étendue à l'ensemble
des départements, est obligatoire à compter du 1er septembre 1993, selon des
modalités prévues par décret en Conseil d'Etat.
Le non-respect de l'obligation de déclaration, constaté par les agents mentionnés à
l'article L. 324-12, entraîne une pénalité dont le montant est égal à trois cents fois le
taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 141-8. Cette pénalité est recouvrée
par l'organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale dont relève
l'employeur selon les modalités et dans les conditions fixées pour le défaut de
production de la déclaration prévue à l'article R. 243-14 du code de la sécurité sociale,
ou, le cas échéant, par l'article 1143-2 (1) du code rural.
Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d'application de l'alinéa qui
précède, lequel entrera en vigueur au plus tard le 1er juillet 1998.

Article L324-12
Les infractions aux interdictions mentionnées à l'article L. 324-9 sont recherchées par
les officiers et agents de police judiciaire, les agents de la direction générale des impôts

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et de la direction générale des douanes, les agents agréés à cet effet et assermentés
des organismes de sécurité sociale et des caisses de mutualité sociale agricole, les
inspecteurs du travail, les contrôleurs du travail et fonctionnaires de contrôle assimilés
au sens de l'article L. 611-10, les inspecteurs et les contrôleurs du travail maritime, les
officiers et les agents assermentés des affaires maritimes, les fonctionnaires des corps
techniques de l'aviation civile commissionnés à cet effet et assermentés ainsi que les
fonctionnaires ou agents de l'Etat chargés du contrôle des transports terrestres placés
sous l'autorité du ministre chargé des transports, et constatées par ces agents au moyen
des procès-verbaux transmis directement au parquet. Ces procès-verbaux font foi
jusqu'à preuve contraire.
Pour la recherche et la constatation de ces infractions, les agents précités disposent
des pouvoirs d'investigation accordés par les textes particuliers qui leur sont applicables.
A l'occasion de la mise en oeuvre de ces pouvoirs, ils peuvent se faire présenter et
obtenir copie immédiate des documents suivants, quels que soient leur forme et leur
support :
a) Les documents justifiant que l'immatriculation, les déclarations et les formalités
mentionnées à l'article L. 324-10 ont été effectuées ainsi que ceux relatifs à
l'autorisation d'exercice de la profession ou à l'agrément lorsqu'une disposition
particulière l'a prévu ;
b) Les documents justifiant que l'entreprise s'est assurée, conformément aux
dispositions des articles L. 324-14 ou L. 324-14-2, que son ou ses cocontractants se
sont acquittés de leurs obligations au regard de l'article L. 324-10 ou, le cas échéant,
des réglementations d'effet équivalent de leur pays d'origine ;
c) Les devis, les bons de commande ou de travaux, les factures et les contrats ou
documents commerciaux relatifs aux prestations exécutées en violation des dispositions
de l'article L. 324-9.
Les agents mentionnés au premier alinéa peuvent, sur demande écrite, obtenir des
services préfectoraux tous renseignements ou tous documents relatifs à l'autorisation
d'exercice ou à l'agrément d'une profession réglementée.
Les agents cités au premier alinéa sont en outre habilités à entendre, en quelque lieu
que ce soit et avec son consentement, toute personne rémunérée, ayant été rémunérée
ou présumée être ou avoir été rémunérée par l'employeur ou par un travailleur
indépendant afin de connaître la nature de ses activités, ses conditions d'emploi et le
montant des rémunérations s'y rapportant, y compris les avantages en nature. Ces
auditions peuvent faire l'objet d'un procès-verbal signé des agents précités et des
intéressés. Ces agents sont en outre habilités à demander aux employeurs, aux
travailleurs indépendants, aux personnes occupées dans l'entreprise ou sur le lieu de
travail ainsi qu'à toute personne dont ils sont amenés à recueillir les déclarations dans
l'exercice de leur mission, de justifier de leur identité et de leur adresse.

Travail dissimulé
Article L324-9
Le travail totalement ou partiellement dissimulé, défini et exercé dans les conditions
prévues par l'article L. 324-10, est interdit ainsi que la publicité, par quelque moyen que
ce soit, tendant à favoriser, en toute connaissance de cause, le travail dissimulé. Il est
également interdit d'avoir recours sciemment, directement ou par personne interposée,
aux services de celui qui exerce un travail dissimulé.
Toutefois, sont exclus des interdictions ci-dessus les travaux d'urgence dont
l'exécution immédiate est nécessaire pour prévenir les accidents imminents ou organiser
les mesures de sauvetage.

Article L324-10
Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'activité l'exercice à but lucratif d'une
activité de production, de transformation, de réparation ou de prestation de services ou
l'accomplissement d'actes de commerce par toute personne physique ou morale qui, se
soustrayant intentionnellement à ses obligations :

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a) N'a pas requis son immatriculation au répertoire des métiers ou, dans les
départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, au registre des entreprises ou
au registre du commerce et des sociétés, lorsque celle-ci est obligatoire, ou a poursuivi
son activité après refus d'immatriculation, ou postérieurement à une radiation ;
b) Ou n'a pas procédé aux déclarations qui doivent être faites aux organismes de
protection sociale ou à l'administration fiscale en vertu des dispositions législatives et
réglementaires en vigueur.
Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait, pour tout
employeur, de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de l'une des
formalités prévues aux articles L. 143-3 et L. 320.
La mention sur le bulletin de paie d'un nombre d'heures de travail inférieur à celui
réellement effectué constitue, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un
accord conclu en application du chapitre II du titre Ier du livre II du présent code, une
dissimulation d'emploi salarié.

Article L324-11
Les activités mentionnées à l'article précédent sont présumées, sauf preuve contraire,
accomplies à titre lucratif lorsque leur réalisation a lieu avec recours à la publicité sous
une forme quelconque en vue de la recherche de la clientèle ou lorsque leur fréquence
ou leur importance est établie ou, s'il s'agit d'activités artisanales, lorsqu'elles sont
effectuées avec un matériel ou un outillage présentant par sa nature ou son importance
un caractère professionnel ou lorsque la facturation est absente ou frauduleuse.

Article L324-11-1
Le salarié auquel un employeur a eu recours en violation des dispositions de l'article L.
324-10 a droit en cas de rupture de la relation de travail à une indemnité forfaitaire
égale à six mois de salaire, à moins que l'application d'autres règles légales ou de
stipulations conventionnelles ne conduise à une solution plus favorable.
Dans des conditions définies par décret, le salarié obtient des agents de contrôle
mentionnés à l'article L. 324-12 les informations relatives à l'accomplissement par son
employeur de la déclaration préalable à l'embauche le concernant. Dans le cas où cette
formalité n'est pas accomplie par l'employeur, ces agents sont habilités à communiquer
au salarié les informations relatives à son inscription sur le registre unique du personnel.

Article L324-11-2
I. - Toute personne qui diffuse ou fait diffuser dans toute publication, sur tout service
télématique ou par voie d'affiche ou de prospectus, une offre de service ou de vente ou
une annonce destinée à faire connaître son activité professionnelle au public est tenue :
1º Lorsqu'elle est soumise au respect des formalités prévues à l'article L. 324-10 :
- de mentionner un numéro d'identification prévu par décret en Conseil d'Etat, ou pour
l'entreprise en cours de création, son nom ou sa dénomination sociale et son adresse
professionnelle ;
- de communiquer au responsable de la publication ou du service télématique son nom
ou sa dénomination sociale et son adresse professionnelle :
2º Lorsqu'elle n'est pas soumise au respect des formalités prévues à l'article L. 324-10
:
- de mentionner son nom et son adresse sur toute annonce faite par voie d'affiche ou
de prospectus ;
- de communiquer son nom et son adresse au responsable de la publication ou du
service télématique.
Le responsable de la publication ou du service télématique tient ces informations à la
disposition des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 324-12 pendant un délai de
six mois à compter de la cessation de l'annonce.
II. - Le fait, pour toute personne soumise aux obligations énoncées au I du présent
article, de diffuser ou de faire diffuser, ou de communiquer au responsable de la
publication ou du service télématique des informations mensongères relatives à son

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identification est puni de 7500 euros d'amende.
Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement, dans les
conditions prévues à l'article 121-2 du code pénal, des infractions définies au présent
article.
La peine encourue par les personnes morales est l'amende, suivant les modalités
prévues par l'article 131-38 du code pénal.
III. - Le présent article entre en vigueur trois mois après la publication du décret
prévu au I du présent article.

Article L324-11-3
Les chefs d'établissements ou d'entreprises mentionnés à l'article L. 722-3 du code
rural doivent, avant le début de chantiers de coupes ou de débardage excédant un
volume fixé par décret ou de chantiers de boisement, de reboisement ou de travaux
sylvicoles portant sur une surface supérieure à un seuil fixé par décret, adresser au
service de l'inspection du travail, de l'emploi et de la politique sociale agricoles du
département dans lequel est prévu le chantier une déclaration écrite comportant le nom,
la dénomination sociale de l'entreprise, son adresse, la situation géographique exacte du
chantier, la date du début et la date de fin prévisible des travaux et le nombre de
salariés qui seront occupés, le cas échéant, sur ce chantier.
Ils doivent également signaler ce chantier par affichage en bordure de coupe sur un
panneau comportant les mentions indiquées ci-dessus ; ces mêmes informations sont
également transmises à la mairie de la ou des communes sur le territoire desquelles est
situé le chantier de coupe.

Article L324-12
Les infractions aux interdictions mentionnées à l'article L. 324-9 sont recherchées par
les officiers et agents de police judiciaire, les agents de la direction générale des impôts
et de la direction générale des douanes, les agents agréés à cet effet et assermentés
des organismes de sécurité sociale et des caisses de mutualité sociale agricole, les
inspecteurs du travail, les contrôleurs du travail et fonctionnaires de contrôle assimilés
au sens de l'article L. 611-10, les inspecteurs et les contrôleurs du travail maritime, les
officiers et les agents assermentés des affaires maritimes, les fonctionnaires des corps
techniques de l'aviation civile commissionnés à cet effet et assermentés ainsi que les
fonctionnaires ou agents de l'Etat chargés du contrôle des transports terrestres placés
sous l'autorité du ministre chargé des transports, et constatées par ces agents au moyen
des procès-verbaux transmis directement au parquet. Ces procès-verbaux font foi
jusqu'à preuve contraire.
Pour la recherche et la constatation de ces infractions, les agents précités disposent
des pouvoirs d'investigation accordés par les textes particuliers qui leur sont applicables.
A l'occasion de la mise en oeuvre de ces pouvoirs, ils peuvent se faire présenter et
obtenir copie immédiate des documents suivants, quels que soient leur forme et leur
support :
a) Les documents justifiant que l'immatriculation, les déclarations et les formalités
mentionnées à l'article L. 324-10 ont été effectuées ainsi que ceux relatifs à
l'autorisation d'exercice de la profession ou à l'agrément lorsqu'une disposition
particulière l'a prévu ;
b) Les documents justifiant que l'entreprise s'est assurée, conformément aux
dispositions des articles L. 324-14 ou L. 324-14-2, que son ou ses cocontractants se
sont acquittés de leurs obligations au regard de l'article L. 324-10 ou, le cas échéant,
des réglementations d'effet équivalent de leur pays d'origine ;
c) Les devis, les bons de commande ou de travaux, les factures et les contrats ou
documents commerciaux relatifs aux prestations exécutées en violation des dispositions
de l'article L. 324-9.
Les agents mentionnés au premier alinéa peuvent, sur demande écrite, obtenir des
services préfectoraux tous renseignements ou tous documents relatifs à l'autorisation
d'exercice ou à l'agrément d'une profession réglementée.

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Les agents cités au premier alinéa sont en outre habilités à entendre, en quelque lieu
que ce soit et avec son consentement, toute personne rémunérée, ayant été rémunérée
ou présumée être ou avoir été rémunérée par l'employeur ou par un travailleur
indépendant afin de connaître la nature de ses activités, ses conditions d'emploi et le
montant des rémunérations s'y rapportant, y compris les avantages en nature. Ces
auditions peuvent faire l'objet d'un procès-verbal signé des agents précités et des
intéressés. Ces agents sont en outre habilités à demander aux employeurs, aux
travailleurs indépendants, aux personnes occupées dans l'entreprise ou sur le lieu de
travail ainsi qu'à toute personne dont ils sont amenés à recueillir les déclarations dans
l'exercice de leur mission, de justifier de leur identité et de leur adresse.

Article L324-13
Les fonctionnaires et agents de contrôle mentionnés à l'article L. 324-12 sont habilités,
lorsque le siège de l'entreprise est domicilié dans des locaux occupés en commun en
application de l'article L. 123-10 du code de commerce réprimant certaines infractions
en matière de registre du commerce et des sociétés, à se faire communiquer par
l'entreprise domiciliataire tous documents détenus dans ses locaux nécessaires à
l'accomplissement de leur mission de lutte contre le travail dissimulé.

Article L324-13-1
Toute personne condamnée pour avoir recouru directement ou par personne
interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé est tenue solidairement
avec ce dernier :
1º Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et
majorations dus par celui-ci au Trésor et aux organismes de protection sociale ;
2º Le cas échéant, au remboursement des sommes correspondant au montant des
aides publiques dont il a bénéficié ;
3º Au paiement des rémunérations, indemnités et charges dues par celui-ci à raison
de l'emploi de salariés n'ayant pas fait l'objet de l'une des formalités prévues aux
articles L. 143-3 et L. 320.
Les sommes dont le paiement est exigible en application des alinéas précédents sont
déterminées au prorata de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien
vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession.

Article L324-14
Toute personne qui ne s'est pas assurée, lors de la conclusion d'un contrat et tous les
six mois, jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, dont l'objet porte sur une obligation
d'un montant au moins égal à 3 000 euros en vue de l'exécution d'un travail, de la
fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce,
que son cocontractant s'acquitte de ses obligations au regard de l'article L. 324-10, ou
de l'une d'entre elles seulement, dans le cas d'un contrat conclu par un particulier pour
son usage personnel, celui de son conjoint ou de ses ascendants ou descendants, sera
tenue solidairement avec celui qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail
dissimulé :
1º Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et
majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux organismes de protection sociale ;
2º Le cas échéant, au remboursement des sommes correspondant au montant des
aides publiques dont il a bénéficié ;
3º Au paiement des rémunérations, indemnités et charges dues par lui à raison de
l'emploi de salariés n'ayant pas fait l'objet de l'une des formalités prévues aux articles L.
143-3 et L. 320.
Les sommes dont le paiement est exigible en application des alinéas précédents sont
déterminées au prorata de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien
vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession.
Les modalités selon lesquelles sont effectuées les vérifications imposées dans le
présent article sont précisées par décret.

Page 11 Page 135


Dossier de jurisprudence sociale TRiPALiUM
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Reproduction interdite ©TRiPLiUM 2007

Article L324-14-1
Le maître de l'ouvrage ou le donneur d'ouvrage, informé par écrit par un agent
mentionné à l'article L. 324-12 ou par un syndicat ou une association professionnels ou
une institution représentative du personnel visés au livre IV, de l'intervention d'un sous-
traitant ou d'un subdélégataire en situation irrégulière au regard des obligations fixées
par l'article L. 324-10, enjoint aussitôt par lettre recommandée avec demande d'avis de
réception à la personne avec laquelle il a contracté de faire cesser sans délai la situation.
A défaut, il est tenu solidairement avec son cocontractant au paiement des impôts,
taxes, cotisations, rémunérations et charges mentionnés aux 1º, 2º et 3º de l'article L.
324-14, dans les conditions fixées au cinquième alinéa de cet article.
Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas au particulier qui contracte pour
son usage personnel, celui de son conjoint, de ses ascendants ou descendants.
Sans préjudice des dispositions de l'article L. 324-14, toute personne morale de droit
public ayant contracté avec une entreprise, informée par écrit par un agent mentionné à
l'article L. 324-12 de la situation irrégulière de cette entreprise au regard des obligations
fixées par l'article L. 324-10, l'enjoint aussitôt par lettre recommandée avec demande
d'avis de réception de faire cesser sans délai cette situation.
L'entreprise mise ainsi en demeure doit, dans un délai de quinze jours, apporter à la
personne publique la preuve qu'elle a mis fin à la situation délictuelle. A défaut, le
contrat peut être résilié sans indemnité, aux frais et risques de l'entrepreneur.
La personne publique informe l'agent auteur du signalement des suites données par
l'entreprise à son injonction.

Article L324-14-2
Lorsque le cocontractant intervenant sur le territoire national est établi ou domicilié à
l'étranger, les obligations dont le respect doit être vérifié sont celles qui résultent de la
réglementation d'effet équivalent de son pays d'origine et celles qui lui sont applicables
au titre de son activité en France.

Article L324-15
Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application des dispositions de
la présente section.

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HAUTE
AUTORITÉ
DE LUTTE CONTRE
LES DISCRIMINATIONS
ET POUR L’EGALITÉ

2005
RAPPORT A N N U E L

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HAUTE
AUTORITÉ
DE LUTTE CONTRE
LES DISCRIMINATIONS
ET POUR L’EGALITÉ

11, rue Saint-Georges - 75009 Paris


Numéro azur : 08 1000 5000 - www.halde.fr

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ISBN : 2-9526389-0-X - Achevé d’imprimer : avril 2006
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité est une autorité
administrative indépendante créée par la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004.

Elle est compétente pour connaître de toutes les discriminations, directes ou indirectes, prohibées par la loi
ou par un engagement international auquel la France est partie.
Les discriminations prohibées par la loi portent notamment sur « l’origine, le sexe, la situation de famille,

RAPP ORT AN N U E L 2005


l’apparence physique, le patronyme, l’état de santé, le handicap, les caractéristiques génétiques, les mœurs,
l’orientation sexuelle, l’âge, les opinions politiques, les convictions religieuses, les activités syndicales, l’appar-
tenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une “race” ».
La HALDE mène des actions de communication et d’information propres à assurer la promotion de l’égalité.
Elle favorise la mise en œuvre de programmes de formation.

Le collège
La HALDE est composée d’un collège de 11 membres qui décide des suites à donner aux réclamations, peut se
saisir d’office de faits de discrimination et formule les recommandations.

Le traitement des réclamations


La HALDE peut être saisie par lettre simple par toute personne qui s’estime victime d’une discrimination, soit
directement, soit par l’intermédiaire d’un parlementaire. Elle peut également être saisie conjointement par
la victime et une association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits, dont l’objet
est de combattre les discriminations ou d’assister les victimes. Toute saisine par lettre fait l’objet d’une
réponse écrite.
La HALDE peut se saisir d’office des cas de discrimination directe ou indirecte dont elle a connaissance sous
réserve que la victime, lorsqu’elle est identifiée, ait été avertie et qu’elle ne s’y soit pas opposée.

Page 139
1
Présentation

La HALDE instruit les réclamations en utilisant les pouvoirs d’investigation dont elle dispose. C’est ainsi
qu’elle peut demander à toute personne physique ou morale et aux personnes publiques des explications
et la communication d’informations et de documents. Elle peut également procéder à des vérifications sur
place et entendre toute personne dont elle juge l’audition utile.
Lorsque les demandes d’explications, de communications, d’informations ou de documents ne sont pas suivies
RAPP ORT AN N U E L 2005

d’effet, la HALDE peut mettre en demeure les personnes intéressées de lui répondre dans un délai qu’elle fixe.
Lorsque cette mise en demeure n’est pas elle-même suivie d’effet dans le délai fixé, le président de la HALDE peut
saisir le juge des référés aux fins d’ordonner toutes mesures d’instruction que ce dernier juge utiles.
L’instruction des réclamations donne lieu à la constitution de dossiers soumis au collège de la HALDE qui décide
de la suite à leur donner. Il peut, notamment, faire procéder à la résolution amiable des différends par voie de
médiation.
La HALDE aide les victimes de discrimination à constituer leur dossier et les informe sur les procédures adaptées
à leur cas.
À la demande des parties ou d’office, les juridictions civiles, pénales ou administratives peuvent inviter la HALDE
à présenter des observations sur les faits de discriminations dont elles sont saisies.
Enfin, la HALDE informe le procureur de la République des faits constitutifs d’un délit portés à sa connaissance.

La promotion de l’égalité, l’étude et l’animation de la recherche


La HALDE s’attache à promouvoir le principe d’égalité :
- en menant des actions de communication,
- en conduisant des travaux de recherche,
- en identifiant et en encourageant les bonnes pratiques en la matière, en partenariat avec les acteurs publics et
privés,
- en recommandant le cas échéant des modifications législatives ou réglementaires.
La HALDE remet chaque année au Président de la République, au Parlement et au Premier ministre un rapport
dans lequel elle rend compte de l’exécution de ses missions.

Page 140
2
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Lettre du président 4
Le collège 6
Le comité consultatif 8
Organisation administrative 9
Introduction 10

RAPP ORT AN N U E L 2005


Indicateurs d’activité 11

1. L’emploi, principal domaine de discrimination 14


1.1 L’origine
1.2 La santé et le handicap
1.3 L’âge
1.4 Le sexe
1.5 L’appartenance syndicale
1.6 La situation de famille
1.7 Le cas particulier de la fonction publique
1.8 Les initiatives en direction des entreprises

2. Les autres domaines 30

2.1 Le logement
2.2 L’éducation
2.3 Le service public (hors éducation)
2.4 L’accès aux autres biens et services
2.5 Le principe d’égalité et les mesures de solidarité
2.6 L’accès aux fonctions représentatives

3. Recommandations et jurisprudence du collège 46


3.1 Les principales recommandations de la HALDE
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

Conclusion 65
ANNEXES 66

Page 141
3
Lettre du président

La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et


pour l’Égalité est une institution nouvelle : son collège a été
constitué le 8 mars 2005.
C’est une institution nécessaire, voulue par le Président de
RAPP ORT AN N U E L 2005

la République, prévue par une directive européenne, fondée par la loi ; sa mission est définie par son titre :
« la lutte contre les discriminations et pour l’égalité ».
Les discriminations sont insupportables d’abord pour ceux qui en sont victimes ; elles atteignent de façon
particulièrement violente des personnes appartenant à des minorités ; elles peuvent, telles les discriminations
fondées sur l’âge ou le sexe, concerner la majorité d’entre nous.
Les discriminations mettent en cause les bases mêmes de notre société fondée sur la cohésion, l’égalité réelle
des chances tout au long de la vie, le respect égal des droits et de la dignité de toutes les personnes en toutes
circonstances, le refus de toutes les exclusions.
Le rayonnement et la prospérité de notre pays, le bonheur de ses habitants reposent sur la réussite d’un
modèle d’intégration républicaine qui assure un respect rigoureux des Droits de l’Homme, s’enrichit de la
diversité des personnes et des cultures, met en œuvre une authentique laïcité.
Il est essentiel que toutes les victimes de discriminations, comme les victimes des autres délits, aient une voie
de recours efficace pour y mettre un terme et obtenir, le cas échéant, réparation. C’est pourquoi la HALDE s’est
fixé comme première tâche le traitement des réclamations dont elle est saisie. Elle a abordé ce sujet avec déter-
mination, avec un souci de rigueur et d’objectivité dans le traitement des dossiers.
Elle a obtenu des résultats réels.
L’essentiel reste à faire car l’immense majorité des discriminations ne donne même pas lieu à réclamation ou
plainte.
Afin de progresser, la HALDE doit accroître sa notoriété, démontrer son efficacité. La loi pour l’égalité des
chances apporte sur ce point des novations essentielles : elle augmente les pouvoirs d’investigation de la
HALDE, lui donne la capacité de proposer des transactions comportant une indemnisation des victimes et,
à défaut d’accord, de citer directement en justice les auteurs de discriminations.

Page 142
4
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

L’objectif est que toutes les victimes de discriminations sachent qu’elles disposent d’une voie de recours
simple, gratuite et efficace.
La HALDE doit aussi débusquer les discriminations sans attendre même d’être saisie. Elle s’est déjà saisie
elle-même de cas dont elle a eu connaissance, elle a engagé des tests de discrimination ; elle développera de
façon active cette action et rendra compte des résultats qu’elle constatera.

RAPP ORT AN N U E L 2005


Enfin, dans ce domaine, comme dans tous les autres, il faut privilégier la prévention. La lutte contre les
discriminations et pour l’égalité bénéficie, toutes les études d’opinion le montrent, de l’appui de l’immense
majorité de nos concitoyens. Il s’agit donc de s’appuyer sur cette volonté collective pour faire progresser la
pratique. La HALDE a fait au gouvernement des recommandations dont elle a, avec satisfaction, noté qu’elles
étaient suivies d’effet.
Elle s’est adressée avec succès aux pouvoirs publics, aux collectivités territoriales, aux administrations pour
leur demander leur concours.
Elle a demandé aux employeurs publics et privés, aux partenaires sociaux, dont un grand nombre avait déjà
pris des initiatives, de conjuguer leurs forces et leurs idées pour éliminer la première des discriminations, qui
porte sur l’emploi.
Elle suivra régulièrement les effets concrets de ces actions qui doivent se généraliser.
Enfin, la HALDE notamment mais pas exclusivement, par son comité consultatif, a établi des liens avec les
acteurs de la société civile, en particulier avec les associations et les syndicats, qui mènent le même combat.
L’objectif est commun : diminuer de façon manifeste le nombre de discriminations dans notre pays ; je suis
convaincu que c’est possible.
Je voudrais conclure en remerciant Bernard Stasi ; la HALDE doit énormément à son intelligence et à son
humanisme.
Louis Schweitzer

Page 143
5
Le collège

Collège de la HALDE
Louis SCHWEITZER
Président
Président du conseil d’administration de Renault
Président du conseil d’administration d’Astra Zeneca

Fadela AMARA Alain BAUER


RAPP ORT AN N U E L 2005

Présidente de l’association Ni putes ni soumises Criminologue


Président de l’Observatoire national
Jean-Michel BELORGEY de la délinquance
Président de section au Conseil d’État Ancien Grand Maître du Grand Orient de France
Président du Comité européen des droits sociaux
Ancien parlementaire Marie-Thérèse BOISSEAU
Vice-présidente
Bernard CHALLE Ancien ministre
Magistrat, conseiller à la Cour de cassation Vice-présidente du Haut Conseil de la population
Ancien procureur général et de la famille
près la Cour d’appel de Rouen
Ancien chef du service central de prévention Amar DIB
de la corruption au ministère de la Justice Sociologue
Ancien juge à la Cour de justice de la République Président national de la Fédération
des clubs convergences
Marc GENTILINI Administrateur de l’Agence nationale
Professeur émérite de médecine de l’accueil des étrangers et des migrations
(maladies infectieuses et tropicales)
Membre du Conseil économique et social Cathy KOPP
Ancien président de la Croix-Rouge française Directrice des ressources humaines
du groupe Accor
Claude-Valentin MARIE
Vice-président Nicole NOTAT
Ancien directeur du groupe d’étude Présidente-directrice générale de Vigeo
et de lutte contre les discriminations Ancienne secrétaire générale de la CFDT
Membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage

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6
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

RAPP ORT AN N U E L 2005


Installation officielle du collège de la HALDE par M. Jacques Chirac, Président de la République, le 23 juin 2005.

Le collège de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité a tenu 22 séances
de délibération durant la période du 6 mars 2005 au 28 février 2006.

Le collège comprend onze membres :


- deux membres, dont le président, désignés par le Président de la République ;
- deux membres désignés par le président du Sénat ;
- deux membres désignés par le président de l’Assemblée nationale ;
- deux membres désignés par le Premier ministre ;
- un membre désigné par le vice-président du Conseil d’État ;
- un membre désigné par le premier président de la Cour de cassation ;
- un membre désigné par le président du Conseil économique et social.

Page 145
7
Le comité consultatif

La HALDE crée auprès d’elle un comité consultatif permettant d’associer à ses travaux des personnalités
qualifiées choisies parmi des représentants des associations, des syndicats, des organisations professionnelles et
toutes autres personnes ayant une activité dans le domaine de la lutte contre les discriminations et pour la
promotion de l’égalité.
RAPP ORT AN N U E L 2005

M. Joël THORAVAL, président du comité consultatif de la HALDE


Président de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH)
M. Jean-François AMADIEU, professeur en sciences de gestion (université de Paris I),
directeur de l’Observatoire des discriminations
M. Mouloud AOUNIT, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié
entre les peuples (MRAP)
Mme Odile BEILLOUIN, secrétaire nationale de la Confédération française démocratique du travail (CFDT)
M. Arnaud de BROCA, animateur de la politique revendicative de l’Association des accidentés
de la vie - Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (FNATH)
Mme Françoise COCUELLE, présidente du Centre des jeunes dirigeants (CJD)
M. Laurent EL GHOZI, président de l’Association de soutien et d’aide aux gens du voyage (ASAV)
M. Patrick GAUBERT, président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA)
M. Khalid HAMDANI, membre du Haut Conseil à l’intégration (HCI), consultant en ressources humaines
M. Martin HIRSCH, président du Mouvement Emmaüs-France
Mme Marie-Thérèse LANQUETIN, juriste, chercheur
Mme Jacqueline LAUFER, professeur au groupe HEC
Mme Françoise LAURANT, présidente du Mouvement français pour le planning familial (MPF)
M. Francis MESSNER, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS),
spécialiste des religions
M. Michel MINE, professeur associé de droit privé (université de Cergy-Pontoise)
Mme Michèle MONRIQUE, secrétaire confédérale de Force ouvrière (FO)
Mme Catherine TEULE, vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme
M. Samuel THOMAS, vice-président de SOS Racisme

Page 146
8
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Organisation administrative de la HALDE

Elle dispose de services, placés sous l’autorité de son président, pour lesquels elle peut recruter des agents
contractuels.

Présidence :
Valérie FONTAINE, chef de cabinet du président

RAPP ORT AN N U E L 2005


Marylène COURIVAUD, conseillère, chargée de la communication

Direction générale :
Marc DUBOURDIEU, directeur général
Paul-Bernard DELAROCHE, direction des affaires administratives et financières
Luc FERRAND, direction des affaires juridiques
Alexandra PALT, direction de la promotion de l’égalité
Eric PELISSON, délégation à l’action régionale

Le budget de la HALDE pour l’année 2006 est de 10,7 millions d’euros.


Pour son année d’installation, de mai à décembre 2005, la HALDE a engagé 3,26 millions d’euros.

Page 147
9
Introduction

La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations classifications « ethno-raciales » qui n’ont pas de
et pour l’Égalité présente, en application de l’article 16 réalité scientifique et ne correspondent pas à notre
de la loi du 30 décembre 2004, son premier rapport culture. Il s’est refusé à hiérarchiser les discrimi-
annuel qui couvre la période qui va de la nomination nations, toutes les discriminations prohibées devant
du collège le 8 mars 2005 au 28 février 2006. être également réprimées.
RAPP ORT AN N U E L 2005

Le collège a considéré que sa première mission était Sur la procédure, le collège a eu le souci constant de
de traiter les réclamations dont il était saisi. Il répon- ne pas procéder à des affirmations qui ne soient pas
dait ainsi à des demandes réelles et il s’assurait que fondées sur des éléments de preuve ; cela l’a conduit à
son action portait sur des sujets concrets. Son souci veiller à ce que l’instruction des dossiers soit rigou-
a été de traiter de façon efficace, dans l’intérêt des reuse et permettre à chaque partie d’exprimer son
victimes, les problèmes qui lui étaient soumis. point de vue ; cela l’a conduit à mettre un accent
Ce rapport est construit à partir des cas que la HALDE particulier sur la technique du test de discrimination1,
a traités dans le domaine de l’emploi comme dans validée par la Cour de cassation, qui est dans nombre
tous les autres domaines, quel que soit le critère de de cas le seul mode de révélation de la discrimination.
discrimination invoqué. Le traitement des réclamations a conduit le collège,
Les délibérations du collège l’ont conduit à définir comme l’y invite la loi, à faire des recommandations
progressivement une jurisprudence portant tant sur de portée générale de nature à corriger ou prévenir
le fond que sur la procédure et le mode de preuve. les discriminations, à prendre des initiatives pour
Sur le fond, le collège a affirmé clairement que le débusquer les discriminations, promouvoir l’égalité,
concept de « race » n’avait pas de réalité, et qu’il ne approfondir la réflexion sur les sujets relevant de sa
convenait pas que la lutte contre des discriminations compétence. Les principales de ces recommanda-
bien réelles liées à l’origine conduise à adopter des tions et initiatives sont citées dans le rapport.

1
Opération qui vise à déceler des comportements discriminatoires en effectuant successivement des démarches analogues au nom
de personnes différentes par l’origine ou l’apparence. L’emploi du mot testing, emprunté à l’anglais est à proscrire. (Commission géné-
rale de terminologie et de néologie.)
Page 148
10
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Indicateurs d’activité

1/ Les réclamations enregistrées


Au 28 février 2006, 1 822 réclamations ont été enregistrées. Ce chiffre, s’il reste limité au regard des discrimi-
nations réelles qui s’exercent dans notre pays, témoigne en revanche d’un ancrage déjà solide de l’institution.
Depuis le début de l’année 2006 la HALDE reçoit une moyenne de 10 réclamations par jour.
Deux éléments émergent très nettement du tableau des réclamations dont la HALDE est saisie :

RAPP ORT AN N U E L 2005


- l’emploi est le champ d’activité dans lequel le plus grand nombre de réclamations s’expriment (45,3 %) ;
- l’origine est le critère principalement mis en avant par les réclamants (39,6 %).
On note le faible taux de féminisation des saisines (34 %) et le fait que le critère du sexe (égalité homme/femme) ne
représente que 6,2 % des saisines (encore convient-il de préciser que 50 % de ces dernières sont le fait d’hommes).

Répartition des réclamations par critères de discrimination

Autres * 16,6 %

Apparence physique 1 %

Convictions religieuses 2,2 % Origine 39,6 %

Orientation sexuelle 2,5 %


Opinion 3 % Santé/handicap 13,9 %
Activité syndicale 4,6 %
Sexe 6,2 %
Situation de famille 4,8 %
Age 5,6 %
* Sont notamment comprises dans “Autres” les réclamations ne comportant pas un critère de discrimination identifiable.

Répartition des réclamations par domaines de discrimination

Éducation 5,3 %
Autres 10,5 %
Logement 5,3 %

Biens et services privés Emploi 45,3 %


(hors logement) 7,9 %

Services publics 18,3 %

Page 149
Lois et règlements 7,4 %
11
Indicateurs d’activité

2/ Traitement des dossiers dont la HALDE a été saisie


Sur les 1822 dossiers enregistrés au 28 février 2006, 626 (plus du tiers) ont reçu une réponse définitive de la part de
la HALDE, les autres dossiers étant en cours de traitement.
Le collège a rendu plus de 150 décisions dans près de 300 dossiers individuels. La HALDE a usé de son pouvoir de
recommandation à l’égard des entreprises et de l’administration.
RAPP ORT AN N U E L 2005

Chaque fois que les conditions d’un délit lui paraissaient réunies, et que cela allait dans le sens de l’intérêt de la
victime, elle a transmis les faits au parquet. Le faible nombre de conciliations et de médiations organisées s’explique
par le fait que cette procédure nécessite l’accord des deux parties.
L’un des constats positifs pour la HALDE à l’issue de cette première année d’activité est le caractère d’«autorité
morale» qui lui est reconnu : une centaine d’affaires s’est réglée de manière transactionnelle du fait même de la
saisine de la HALDE.
Parallèlement, le partenariat noué avec les autorités indépendantes telles que la Commission nationale de déonto-
logie et de sécurité (CNDS), la Commission nationale informatique et liberté (CNIL), le Médiateur de la
République, la Défenseure des enfants, a permis la réorientation d’un nombre significatif de dossiers.

Réclamations traitées au 28/02/2006 Délibérations du collège : 163


1822 réclamations ont été enregistrées Recommandations: 64
626 réclamations ont été traitées Saisines du parquet article 12 de la loi
Délai moyen de traitement : 91 jours du 30/12/2004: 21
7586 appels ont été enregistrés sur le n° Azur Réorientations vers les juridictions
non répressives: 3
08 1000 5000 entre le 15/06/2005 et le 28/02/2006
Médiations: 5
Réclamations irrecevables ou non fondées: 70

Page 150
12
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Comme la loi le prévoit (art. 11), le collège adresse Règlements amiables : 100
des recommandations aux mis en cause des secteurs Règlements entre les parties après saisine: 100
public et privé. Lorsque l’instruction a caractérisé
Il s’agit des dossiers pour lesquels les parties font
une discrimination susceptible de constituer un délit,
connaître à la HALDE , en cours d’instruction, qu’elles
il transmet le dossier au parquet (art. 12). Le collège
sont parvenues à un accord amiable.

RAPP ORT AN N U E L 2005


demande à être informé des suites données à sa saisine.
Enfin, il peut constater, après instruction, que certaines Rejets n’ayant pas donné lieu

réclamations soit ne relèvent pas de ses attributions soit à délibérations du collège : 178

ne sont pas fondées en droit ou en fait. Dossiers irrecevables : 112


Saisines infondées : 37
Clôtures d’office : 29
Saisines réorientées : 185
Les dossiers font l’objet d’une décision d’irrecevabilité
Réclamations réorientées : 165
lorsque le réclamant n’était manifestement pas fondé
Transmissions article 40 : 20
en droit à saisir la HALDE ; ont été déclarés infondés les
Il s’agit des réclamations réorientées vers d’autres auto-
dossiers pour lesquels aucun élément de preuve n’a pu
rités administratives indépendantes, (médiateur de la
être établi ; les clôtures d’office ont résulté du défaut de
République, Commission nationale de la déontologie
réponse du réclamant ou de désistements.
de la sécurité, Défenseur des enfants, Conseil supérieur
de l’audiovisuel) ou d’autres services de l’État lorsque
leurs compétences sont avérées. Font par ailleurs l’ob-
jet d’une transmission au parquet, les faits susceptibles
de constituer une infraction pénale qui n’entre pas
dans le champ de la compétence de la HALDE, par
exemple une injure.

Page 151
13
1
L’emploi,
le principal
domaine de
discrimination

Page 152
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

1.1 L’origine

La discrimination fondée sur l’origine recouvre des situa- Le 25 septembre 2005, la HALDE adresse un premier courrier
tions très diverses. Elle peut concerner des citoyens origi- à l’organisme recruteur.
naires des départements et territoires d’outre-mer, des Le 27 octobre, ce dernier communique les pièces sollicitées.
Le 25 novembre, la HALDE demande la communication
citoyens français issus de l’immigration, des étrangers, enfin
d’informations complémentaires.
des personnes qui n’appartiennent à aucun des groupes pré- Le 22 décembre, l’organisme fait parvenir les précisions
cédents. demandées.
Dans le domaine de l’emploi, la discrimination fondée sur Le service juridique de la HALDE examine le dossier en détail,
l’origine ou l’appartenance ou la non-appartenance, vraie et étudie tous les documents pertinents :
ou supposée, à une ethnie, une nation ou une « race », • la convention collective
• le règlement intérieur
constitue 39,6 % des saisines. • les éventuelles annonces publiques d’un examen ou d’un
La discrimination se manifeste au stade du recrutement, et concours
dans le déroulement de carrière. • les notes de service précisant le déroulement de l’examen
• la nature et la description des postes à pourvoir

RAPP ORT AN N U E L 2005


La preuve est souvent difficile à rapporter. La liberté contrac- • la nature des épreuves
tuelle permet à l’employeur d’embaucher librement dans le • les conditions d’admissibilité
respect des critères interdits par la loi. Il faut donc analyser • les conditions d’admission
• les critères retenus
les modalités du choix, afin de déterminer si celui-ci n’a pas • la composition de la première sélection de candidats
un caractère discriminatoire, intentionnel ou non. • la composition de la deuxième sélection
• la note obtenue par chaque candidat, à chaque étape
• le nombre et la nature des embauches effectivement
CAS N° 1 I LA RECHERCHE DE LA PREUVE
réalisées
Leïla participe à un examen d’embauche, organisé le 5 avril • les comptes rendus des entretiens
2004, par un organisme public régional. Le 7 juin 2004, • la convention entre l’organisme national et l’organisme
l’organisme l’informe qu’au vu de ses résultats à l’examen régional
un entretien lui sera proposé au 2e semestre 2004 « si des • le registre d’entrée de l’organisme régional.
vacances de postes devaient intervenir d’ici là ».
Effectivement, un entretien se déroule le 6 novembre 2004, où
l’on annonce à Leïla qu’elle intégrera très prochainement
les services de cet organisme afin de suivre une formation L’analyse croisée des différents documents permet à la
de « technicien spécialisé ». Après plusieurs mois d’attente, HALDE de constater que les deux arguments opposés à Leïla
Leïla reprend contact. Le 14 août 2005, le directeur l’informe dans le courrier de rejet du 14 août ne sont pas fondés :
du rejet de sa candidature pour deux raisons : ses notes sont supérieures à celles d’autres candidats embau-
- d’une part, ses résultats n’auraient pas permis qu’elle soit chés, des recrutements ont eu lieu après la convention
retenue lors du recrutement d’une quinzaine d’agents cou- conclue entre l’organisme national et l’organisme régional,
rant mai. concernant des candidats reçus en novembre. Au vu de ces
- d’autre part, un accord entre l’organisme national de coor- éléments qui soulignent la différence de traitement, la
dination et l’organisme régional aurait rendu impossibles les HALDE propose une médiation.
recrutements des candidats reçus en novembre. Cet accord
Ce cas illustre bien la mission de la HALDE. Il faut analyser
privilégierait les mutations entre organismes.
les faits, documents et arguments et identifier précisément
La difficulté est de prouver le caractère discriminatoire du
tous les éléments de comparaison pertinents. Les témoi-
refus d’embauche de Leïla, qui a déposé une plainte auprès
gnages peuvent être un élément important.
du parquet pour discrimination raciale à l’embauche.
Conformément à sa mission, la HALDE s’attache à réunir les
éléments de preuve.

Page 153
15
1.1 L’origine

La HALDE a fondé sa compétence sur le fait que ce harcèle-


CAS N° 2 I LA PROTECTION DU TÉMOIN
ment est lié à l’origine de Karim.
D’UNE DISCRIMINATION

Nassera est attachée commerciale dans une agence d’intérim. Elle a porté ces faits à la connaissance de l’employeur et
Elle donne satisfaction dans son travail jusqu’au jour où on recommandé les mesures suivantes :
lui demande de procéder à un recrutement discriminatoire. • adresser un courrier à André l’informant des sanctions
Elle s’en émeut et va voir sa direction pour souligner le carac- auxquelles il s’expose du fait de propos racistes et diffama-
tère discriminatoire des consignes qu’on lui a données. Les toires,
rapports s’enveniment, Nassera est victime de harcèlement,
tombe malade. Peu de temps après, elle est licenciée. • organiser une formation des personnels d’encadrement
Elle introduit un recours devant le conseil des prud’hommes, et des ressources humaines sur le harcèlement moral et les
auquel la HALDE présentera ses observations. Dans cette dispositions du code du travail applicables,
affaire, la HALDE n’a pas procédé à une transmission au • mettre en place une politique d’intervention en matière
parquet pour ne pas paralyser le recours civil qui est de harcèlement et d’injures, assortie de sanctions propor-
prioritaire pour Nassera. Il paraît établi que Nassera a été tionnées et suffisantes,
harcelée et sanctionnée parce qu’elle a relaté les mesures
• informer les salariés de cette politique et des sanctions
discriminatoires dont elle a été le témoin.
auxquelles ils s’exposent.
RAPP ORT AN N U E L 2005

Une enquête a été diligentée par l’employeur, André s’est vu


Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’ob- signifier une mise à pied à titre disciplinaire de trois jours et
jet d’une mesure discriminatoire pour avoir témoigné a été informé des sanctions auxquelles il s’expose si des pro-
d’agissements discriminatoires ou pour les avoir relatés. pos racistes et diffamatoires étaient à nouveau proférés.
Enfin, l’employeur a adressé à la HALDE, au mois de décem-
CAS N° 3 I LE HARCÈLEMENT DISCRIMINATOIRE bre, un projet de « Charte et politique de prévention, d’in-
André est salarié dans une entreprise, on lui vole sa moto. tervention et de gestion du harcèlement moral au travail »
Il en accuse son collègue de travail, Karim, d’abord par des qui doit être soumis à la consultation préalable des représen-
allusions, puis par des accusations publiques. Ces accusations tants du personnel.
font l’objet d’une première enquête interne à l’initiative de La HALDE, dans sa décision, établit que son champ de
l’employeur, qui ne donne aucun résultat. Karim dépose compétence inclut le harcèlement discriminatoire, de même
plainte avec constitution de partie civile du chef de dénon- que le harcèlement sexuel, et précise la responsabilité de
ciation calomnieuse. l’employeur dans un processus de harcèlement se déroulant
À la demande de Karim, une seconde enquête interne est dili- dans son entreprise, même si ce n’est pas de son fait.
gentée, en 2003, par le nouveau chef du personnel. Les témoi-
gnages produits à cette occasion attestent du caractère raciste
et diffamatoire des propos proférés par André. Mais en 2005,
rien n’a changé.

Plus de quatre années après le début des faits, la H ALDE


constate le malaise persistant et les souffrances morales de
ce salarié. Elle observe que l’intervention de l’employeur n’a
pas mis fin aux comportements de harcèlement ni protégé
le salarié contre les agissements de son collègue.
Le code du travail impose à l’employeur de prendre les
mesures nécessaires pour « protéger la santé physique et
mentale des travailleurs » (article L. 230-1) et s’agissant du
harcèlement moral « de prendre toutes les dispositions
nécessaires en vue de prévenir (...) ces agissements (article
L. 122 - 51).

Page 154
16
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

1.2 La santé et le handicap

La HALDE a été saisie de nombreux cas de discrimination en La HALDE a relevé que les professeurs d’éducation physique
raison d’un handicap ou de l’état de santé. Ces discrimina- n’enseignaient généralement pas la natation et que dans les
tions concernent autant l’embauche que le déroulement de rares cas contraires, il suffisait qu’un collègue le remplace
carrière et même la retraite. ou qu’il soit accompagné d’un assistant. Il s’agit là, au sens
de la loi du 11 février 2005, de « mesures appropriées » qui
Depuis 1987, la loi fait obligation aux entreprises de plus de
ne sont pas disproportionnées, en regard de l’objectif fixé
20 salariés de recruter des travailleurs handicapés à hauteur
par la loi d’intégrer des personnes handicapées dans la fonc-
de 6 % des effectifs. Dans le secteur privé comme dans le
tion publique.
secteur public, malgré un mode de calcul favorable, puisqu’il
prend en compte les commandes passées aux Centres d’aide Le refus opposé à Bernard repose sur les dispositions du
par le travail, l’emploi des travailleurs handicapés reste limité décret 2004-592 du 17 juin 2004 qui prévoit que l’attestation
à 4,3 %. de sauvetage aquatique est un pré-requis à l’inscription au
concours du professorat EPS. La HALDE a demandé au
Le problème des maladies évolutives, qui peuvent amener la
ministère de l’Éducation nationale de modifier le décret
COTOREP à reconnaître le statut de travailleur handicapé aux

RAPP ORT AN N U E L 2005


pour le rendre compatible avec la loi n° 2005-102 du
personnes qui en sont atteintes, appelle un examen parallèle.
11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la
participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
CAS N° 4 I L’AMÉNAGEMENT DES CONDITIONS
La HALDE met ainsi en œuvre les dispositions de l’article 11
DE TRAVAIL ET LES « MESURES
APPROPRIÉES » de la loi du 30 décembre 2004, ainsi que l’article 15 alinéa 4,
qui lui donne le pouvoir de recommander toute modifica-
Bernard est un sportif de haut niveau. Il a été finaliste de
tion législative ou réglementaire.
championnats de France. Il est titulaire d’une maîtrise en
sciences et techniques des activités physiques et sportives et
justifie d’une qualification en secourisme. Il a donc souhaité CAS N° 5 I LA RECHERCHE D’UN POSTE ADAPTÉ

s’inscrire au concours externe du professorat d’éducation Jean-Pierre est embauché comme magasinier, préparateur de
physique et sportive. commandes. Deux ans plus tard, il est victime d’un accident
Bernard souffre de handicap auditif modéré, qui l’empêche du travail qui lui abîme le pied. Le médecin du travail
de plonger. La COTOREP lui a reconnu la qualité de travail- lui interdit de manière définitive le port de chaussures de
leur handicapé en catégorie B ; il peut donc aussi avoir accès sécurité, obligatoire pour les magasiniers, sans pour autant le
au recrutement par la voie contractuelle spécifique aux per- déclarer inapte.
sonnes handicapées. Jean-Pierre, qui est prêt à accepter toute mutation au sein
Pour autant, il ne peut, du fait de son handicap, obtenir l’at- du groupe, suit une formation longue en maintenance
testation au sauvetage aquatique considérée comme un pré- électronique.
requis au concours d’EPS, en application des textes. Le seul poste qui lui est proposé à la suite de sa formation
Le ministère signifie à Bernard qu’il ne peut s’inscrire au est un poste de technicien informatique très expérimenté.
concours. Le poste est tellement au-dessus de la qualification de Jean-
Bernard opte alors pour la voie contractuelle spécifique aux Pierre, que la personne en charge du recrutement ne juge pas
personnes handicapées, mais le rectorat lui oppose le même utile de le rencontrer, son profil ne correspondant pas du tout
texte. Bernard saisit une nouvelle fois le ministère ; la réponse au poste proposé. Jean-Pierre est convoqué à un entretien
est sans ambiguïté : préalable en vue de son licenciement.
« L’administration devant vérifier que les enseignants d’EPS Il ressort des documents transmis que l’employeur de Jean-
seront en mesure de porter secours aux élèves placés sous leur Pierre s’est borné à diffuser aux différentes entreprises
responsabilité, cette qualification ne peut faire l’objet d’au- du groupe la demande de reclassement, sans solliciter une
cune dispense. » identification précise des postes vacants.

Page 155
17
1.2 La santé et le handicap

La HALDE estime que le chef d’entreprise n’a proposé En vue de cette modification, elle recommande au ministre :
aucun emploi correspondant aux capacités du salarié et qu’il
• de prendre en compte la spécificité du VIH, une distinc-
n’apporte pas la preuve de l’impossibilité manifeste
tion paraissant devoir être faite entre séropositivité VIH
de reclasser ce salarié.
asymptomatique et entrée dans la maladie sida,
La HALDE a demandé à l’employeur de suspendre la procé-
• de mettre fin à toute distinction entre candidats à l’obten-
dure de licenciement. Il s’est engagé à le faire.
tion de la licence et renouvellement de la licence car elle n’est
pas fondée sur l’aptitude physique, mais uniquement sur
CAS N° 6 I LA SÉROPOSITIVITÉ AU VIH l’expérience professionnelle.
Fabien, séropositif et porteur asymptomatique du VIH, qui La HALDE demande à être tenue informée des suites don-
avait présenté sa candidature pour exercer la profession nées à ses recommandations dans un délai de trois mois à
de personnel navigant commercial dans une compagnie compter de la notification de la présente délibération du
aérienne, a été déclaré inapte. Le conseil médical de l’aéro- 6 février 2006. »
nautique civile a confirmé à trois reprises cette décision sur
le fondement de l’arrêté du 5 juillet 1984 relatif à l’attesta-
tion d’aptitude physique et mentale du personnel navigant
CAS N° 7 I LES ARRÊTS MALADIE

commercial et de son annexe. Dans le domaine de la santé, la HALDE a été saisie des dispo-
Les articles 225-1 et 225-2 du code pénal prohibent la discri- sitions internes d’une entreprise qui posait comme règle
RAPP ORT AN N U E L 2005

mination lorsqu’elle consiste à subordonner une offre d’em- qu’un salarié qui, au cours des 12 derniers mois a été absent
ploi à une condition fondée notamment sur l’état de santé. plus de 20 jours pour arrêt maladie, ou a eu plus de six arrêts
Néanmoins l’article 225-3 admet des dérogations à ce maladie, était exclu de toute possibilité d’augmentation
principe lorsque les discriminations consistent en un refus individuelle.
d’embauche ou un licenciement fondé sur l’inaptitude médi- La Halde a estimé ces dispositions contraires à l’article
calement constatée. L. 122- 45 du code du travail concernant les discriminations
Dans la mesure où le code pénal, comme le code du travail, directes ou indirectes en raison de l’état de santé et a demandé
prévoit des dérogations au principe de non-discrimination à l’entreprise concernée de mettre fin à cette pratique.
fondées sur l’état de santé, la question est de savoir si l’exclu-
sion dont fait l’objet le candidat steward constitue une
différence de traitement fondée sur l’état de santé qui soit Les maladies évolutives appellent des traitements qui peu-
légitime, c’est-à-dire objective, nécessaire et appropriée. vent être parfois lourds, et même invalidants par période.
Soit la maladie, soit le traitement qui y est associé, provoque
des absences plus ou moins longues ou des périodes de
À cet égard, l’exclusion d’accès à la licence par le conseil moindre efficience. Souvent ces maladies évolutives amè-
médical de l’aéronautique civile d’un candidat séropositif nent la Cotorep à reconnaître la situation de travailleur
ne paraît pas nécessaire, compte tenu du fait que ce conseil handicapé.
permet aux pilotes et personnel navigant commercial séro- Certains employeurs pratiquent en réalité un déclassement,
positifs déjà en exercice de poursuivre leur activité, considé- une mise à l’écart, une déresponsabilisation, en affichant
rant que leur état n’entraîne pas de déficiences susceptibles une volonté d’épargner au malade un surcroît de fatigue ; il
de les empêcher d’accomplir leurs tâches ou de provoquer y a dans certains cas harcèlement pur et simple. Les exigen-
une incapacité subite en vol. ces du poste en regard de l’état de santé sont appréciées de
Dans sa délibération, le collège a décidé que : la manière la plus subjective et peuvent servir de base à des
licenciements.
« (…) L’exclusion de Fabien constitue une discrimination
dans l’accès à l’emploi fondé sur l’état de santé. » Parfois l’employeur tient compte de ce qu’il croit savoir de
cette maladie, d’une façon plus ou moins superficielle, pour
« En conséquence, la HALDE recommande au ministre des
prendre une décision pénalisante pour le salarié. Bien sou-
Transports de modifier l’arrêté du 5 juillet 1984 afin de
vent, il prend une décision en fonction d’un risque supposé
définir les normes médicales applicables à la profession de
d’une évolution invalidante qui pourrait intervenir dans
personnel navigant commercial, ainsi que les modalités
l’avenir. La Halde demande un examen attentif de chaque
d’interprétation de ces normes en vue d’éviter toute discri-
situation individuelle, fondé sur l’état de santé actuel de la
mination fondée sur l’inaptitude en raison du VIH qui ne
personne. Si l’on ne peut négliger le risque d’une évolution,
serait pas objective, nécessaire et appropriée.
Page 156
18
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

on ne peut négliger non plus le fait que cette évolution n’est tent le maintien du salarié dans l’emploi ou une mutation
pas certaine et que l’avenir est porteur d’améliorations des dans un autre emploi, après une formation appropriée si
traitements. En tout état de cause, comme pour le handi- nécessaire.Dans la procédure d’embauche,la nécessité d’amé-
cap, l’employeur doit rechercher les solutions qui permet- nagements matériels raisonnables ne peut justifier un refus.

1.3 L’âge

Par un courrier adressé aux organes de presse et de diffusion,


CAS N° 8 I LA DISCRIMINATION EN RAISON
elle leur a rappelé la responsabilité pénale et les sanctions
DE L’ÂGE DANS L’ACCÈS A L’EMPLOI
prévues par la loi. Elle a approfondi les contacts avec
Au mois de juin 2005, puis de nouveau au mois de septem-
certains de ces diffuseurs pour les inciter à améliorer leurs
bre, la HALDE est saisie par des réclamants qui signalent le
pratiques.
caractère discriminatoire d’offres d’emploi, y compris sur

RAPP ORT AN N U E L 2005


Internet, mentionnant des limites d’âge auxquelles doivent se La HALDE a également informé les organisations d’em-
conformer les candidats. ployeurs et les représentants des associations de gestion-
Les articles 225-1 et 225-2 du code pénal prohibent la discri- naires de ressources humaines. Un partenariat se construit
mination lorsqu’elle consiste à refuser d’embaucher ou à pour toutes les discriminations susceptibles d’être relayées
subordonner une offre d’emploi à une condition fondée par les diffuseurs et annonceurs.
notamment sur l’âge. En l’espèce, les termes utilisés dans les La HALDE a, parallèlement, engagé des tests de discrimina-
offres d’emploi sont dénués d’ambiguïté et leur usage suffit tions sur des annonces publiées par la presse ou diffusées
à caractériser l’intention de discriminer de l’auteur des sur Internet.
annonces.
La seule publication des offres d’emploi visées par la récla- La HALDE a dans le même temps mené une réflexion
mation est constitutive du délit prévu auxdits articles. approfondie sur la discrimination liée à l’âge, et invité le
ministre de la Fonction publique à examiner attentivement
les conditions d’accès aux concours de la fonction publique.
Conformément à l’article 12 de la loi portant création de la Les spécificités liées aux mécanismes statutaires des fonc-
HALDE et à l’article 40 du code de procédure pénale, la Haute tions publiques, ne justifient pas, par elles-mêmes, de
Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité discriminations fondées sur l’âge. L’ordonnance n° 2005-893
décide d’informer le procureur de la République des faits du 2 août 2005 a supprimé à quelques exceptions près les
constitutifs d’un délit portés à sa connaissance. limites d’âge pour l’accès à la fonction publique. Le même
raisonnement devrait s’étendre à tout le secteur public, et
La HALDE a informé les auteurs des annonces et les diffu- notamment aux entreprises et établissements publics.
seurs sur Internet des pratiques discriminatoires relevées et
de la transmission au procureur de la République ; elle a Cette recherche d’un juste équilibre dans l’application du
engagé une réflexion sur les recommandations à émettre principe d’égalité guide la réflexion de la HALDE lorsqu’elle
afin d’éviter les pratiques discriminatoires sur les conditions doit examiner les politiques incitatives concernant l’embau-
de recrutement liées à l’âge. che des jeunes ou le recrutement des séniors. La HALDE
s’appuie sur la jurisprudence du Conseil d’État : le principe
La HALDE a pris plusieurs mesures. d’égalité admet que des situations différentes soient
En procédant à une transmission au parquet, dont les traitées d’une façon différente, et que des politiques publi-
auteurs des annonces et les diffuseurs ont été informés, la ques corrigent les dysfonctionnements du marché du travail.
HALDE a marqué sa volonté de faire respecter la loi.

Page 157
19
1.4 Le sexe

1.4 Le sexe

Le principe de stricte égalité entre hommes et femmes est CAS N° 10 I LA DISCRIMINATION EN RAISON DU
affirmé dans de nombreux textes nationaux et internatio- SEXE POUR LES DROITS À RETRAITE
naux. Il a valeur constitutionnelle. Une caisse de retraite et de prévoyance a fixé l’âge d’ouver-
L’égalité hommes-femmes est loin d’être entrée dans les ture des droits à pension à 60 ans, sauf pour les femmes, qui
faits. Pourtant, la HALDE a été peu saisie de discriminations peuvent en bénéficier dès l’âge de 55 ans, lorsqu’elles justifient
fondées sur des inégalités au détriment du sexe féminin. les 25 années de versements de cotisations ou sont mères d’au
moins trois enfants vivants ou décédés par faits de guerre ou
d’au moins un enfant âgé de plus d’un an et atteint d’une
CAS N° 9 I LA DISCRIMINATION EN RAISON
invalidité égale ou supérieure à 80 %. Les hommes qui rem-
DU SEXE DANS L’ACCÈS À L’EMPLOI
plissent l’une ou l’autre de ces conditions ne peuvent en béné-
Christian avait postulé via Internet à un emploi d’assistance
ficier et doivent attendre d’avoir atteint l’âge de 60 ans pour
sanitaire dans les centres de vacances, de loisirs et placements
pouvoir faire valoir leurs droits à pension. Paul a 59 ans. Il a
de vacances. La responsable du recrutement l’a joint par télé-
travaillé sans interruption pendant 43 ans. Il a demandé à
phone, en affirmant « j’ai un seul poste pour le mois d’août
RAPP ORT AN N U E L 2005

partir à la retraite. Cela lui a été refusé. Il a saisi le tribunal


et j’aime autant que ce soit une femme qui l’occupe pour la
des affaires de la Sécurité sociale qui l’a informé que son dos-
simplicité d’organisation, pour que je n’ai pas besoin d’y aller
sier serait examiné dans un délai minimum de 18 mois ; il
régulièrement en cas de consultation avec des petites filles (...)
aura alors dépassé l’âge de 60 ans !
C’est plus pratique pour tout le monde si ce sont des femmes
Dans un deuxième cas, la même caisse de retraite prévoit
qui occupent ces postes-là ».
qu’un veuf ne peut bénéficier d’une pension de réversion que
Christian a fait parvenir à la HALDE l’enregistrement de ce
s’il remplit les mêmes conditions qu’une veuve et, de surcroît,
message ainsi que des échanges de courriels. Dans un des
justifie qu’au décès de sa femme il est atteint d’une infirmité
courriels, la responsable maintient le choix d’embaucher une
ou maladie incurable le rendant définitivement incapable de
femme assistante sanitaire plutôt qu’un homme : « Je main-
travailler. La Cour de cassation a expressément indiqué que
tiens la décision et surtout la raison de mon choix », elle
cette disposition est contraire à l’article 141 du traité insti-
évoque les affaires de pédophilie et reconnaît que cela lui pose
tuant la Communauté européenne. Déjà sanctionnée par la
« un gros souci de recrutement ».
Cour de cassation, cette discrimination a été officiellement
reconnue par le conseil d’administration de la caisse, sans
que pour autant sa pratique en soit modifiée.
Il ressort clairement de ce dossier que l’exclusion des hom-
mes aux postes d’assistant sanitaire est liée à des affaires de
pédophilie fortement médiatisées. Elle revient à considérer
La HALDE a demandé à cette caisse de mettre immédiate-
que chaque candidat homme est potentiellement pédophile.
ment ses pratiques en conformité avec le droit communau-
La seule exception que le code du travail prévoit à l’interdic- taire et de réexaminer les dossiers individuels. La HALDE a
tion de discriminer en raison du sexe est limitée aux artis- informé les instances de tutelle de cette délibération.
tes, aux mannequins et aux modèles.
La HALDE a demandé au ministre de la Jeunesse, des Sports
et de la Vie associative ainsi qu’au ministre de la Santé de
prendre les mesures nécessaires.

Page 158
20
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

1.5 L’appartenance syndicale

La HALDE a enregistré relativement peu de saisines concer- nombreux reproches lui sont adressés, bientôt, les propos
nant la discrimination pour appartenance syndicale. deviennent clairement racistes, l’appartenance syndicale sou-
vent évoquée, comme l’état de santé de Mohammed.
Cela est sans doute lié au fait que la discrimination en raison
Le harcèlement se poursuit. Le 9 avril, Mohammed dépose
de l’appartenance syndicale est fortement judiciarisée, avec
une plainte pour harcèlement et injures racistes. Le même
l’appui des organisations syndicales. C’est à l’occasion du
jour son employeur lui envoie une lettre de convocation pour
contentieux syndical qu’a été élaborée la jurisprudence en
un entretien préalable à un licenciement fixé au 15 avril.
matière de preuve de l’inégalité de traitement et de discri-
Une mise à pied conservatoire pendant toute la durée de la
mination.
procédure lui est signifiée. Il est hospitalisé. L’entretien préa-
Il faut toutefois mentionner une affaire qui illustre bien la lable ne peut avoir lieu. Le 20 avril, il reçoit une lettre de
persistance dans certaines entreprises de comportements licenciement pour faute grave. L’inspection du travail, aler-
répréhensibles. tée, se voit interdire l’accès à l’entreprise. L’inspection du tra-
vail prend acte des témoignages concernant un acharnement
I

RAPP ORT AN N U E L 2005


CAS N° 11 LA DISCRIMINATION SYNDICALE vis-à-vis des représentants du personnel et une attitude
Mohammed est salarié depuis quelques années. Atteint d’une humiliante vis-à-vis des salariés d’origine maghrébine,
maladie chronique, le diabète, il voit son état de santé se dété- encore aggravée lorsqu’ils sont représentants du personnel ou
riorer au point de le rendre insulinodépendant. Il a donc membres d’un syndicat.
besoin d’apports réguliers de sucre. Depuis, toutes ses deman-
des d’augmentation ont été refusées. Son employeur lui a
adressé plus de 16 lettres d’avertissement concernant ses La HALDE est saisie, en l’espèce, d’un cas de harcèlement
retards ou ses absences. Un avertissement porte sur un retard fondé sur trois critères discriminatoires : l’origine, l’état de
de moins de trois minutes. santé, l’appartenance syndicale. La HALDE présentera, en
Constatant la dégradation de ses relations de travail, il a accord avec le salarié, ses observations au conseil des
adhéré à un syndicat. Le harcèlement n’a alors plus cessé. De prud’hommes.

1.6 La situation de famille

CAS N° 12 I LA « PRÉFÉRENCE FAMILIALE » PEUT Dans les deux cas, la HALDE adresse une demande d’explica-
ÊTRE UNE DISCRIMINATION tion d’une part à l’établissement bancaire, d’autre part à
Au début de l’été 2005, la HALDE est saisie de réclamations l’administration.
relatives à la préférence accordée dans les secteurs privé et Dans sa réponse, l’établissement bancaire indique que les
public aux enfants des personnels pour les emplois saison- emplois saisonniers, en raison de leur nature particulière, ne
niers d’été. sont pas soumis au processus de recrutement classique. En
Pour caractériser une discrimination prohibée par la loi, la conclusion l’établissement bancaire propose de présenter ses
différence de traitement doit être clairement rattachable à pratiques en la matière à la HALDE « afin d’identifier préci-
l’un au moins des critères visés par la loi. Or celui de la situa- sément ce qui devrait être modifié ».
tion de famille a déjà été retenu par les juridictions en matière La HALDE accepte la proposition qui est faite de lui soumet-
de refus discriminatoire d’embauche fondé sur la qualité de tre les pratiques de recrutement pour les emplois saisonniers,
conjoint d’un salarié, mais également sur celle d’enfant de dans la perspective d’une recommandation générale qui
salarié (Cass. Crim.12 mai 1992 ; Cass. Soc.10 février 1999). pourrait être mise en œuvre pour les prochains recrutements
Une situation analogue est relevée par le même réclamant de ce type.
dans une administration.
Page 159
21
1.7 Le cas particulier de la fonction publique

Dans l’autre cas, l’autorité administrative précise qu’elle d’accès aux stages et aux emplois fonctionne au détriment
demande de « veiller à ce que, à l’avenir, la sélection des can- des élèves et étudiants qui ne disposent pas de relations suf-
didats soit bien fondée sur l’appréciation objective des com- fisantes et diversifiées.
pétences au regard des exigences du poste concerné et non pas
Compte tenu de l’importance des stages et emplois saison-
sur des critères prioritaires, contraires au principe d’égalité
niers dans l’insertion professionnelle, le collège considère
des chances ».
que la préférence familiale favorise la reproduction des dis-
La HALDE donne acte de l’engagement pris.
criminations dans l’accès à l’emploi.
Le collège souligne que toute procédure de sélection qui ne
La priorité accordée aux enfants du personnel pour l’accès satisfait pas aux exigences d’objectivité et de transparence
aux emplois saisonniers ou aux stages est une pratique dis- est contraire aux intérêts de l’entreprise ou du service public
criminatoire, même si la coutume est fortement ancrée dans concerné.
certaines entreprises et qu’elle peut apparaître comme un Le collège recommande que soit mis en place un recrute-
avantage social. Le collège de la HALDE, dans une délibéra- ment transparent et objectif pour les stages et les emplois
tion de principe du 28 novembre 2005, note que ce système saisonniers.
RAPP ORT AN N U E L 2005

1.7 Le cas particulier de la fonction publique

L’État a adopté de nombreuses dispositions législatives et En outre, les hommes ayant élevé des enfants nés avant l’ins-
réglementaires de lutte contre les discriminations et pour tauration de ces différents congés en sont exclus : création du
l’égalité. Sa pratique, ainsi que celle des autres collectivités congé de paternité en 2002 (loi n° 2001-1246 du 21 décem-
publiques, doit être exemplaire. Tel n’est pas toujours le cas. bre 2001 de financement de la Sécurité sociale pour 2002), du
congé de présence parentale en 2001 (loi n° 2000-1257 du
CAS N° 13 I LES DROITS À RETRAITE 23 décembre 2000 de financement de la Sécurité sociale pour
ET L’ÉGALITÉ DES SEXES 2001). Le congé parental n’a été, quant à lui, ouvert de plein
La HALDE a été saisie par Jean-Luc quant aux conditions de droit aux hommes qu’en 1984 (loi n° 84-16 du 11 janvier
liquidation de sa pension de retraite. 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction
Enseignant et père de trois enfants, il a formé une demande publique de l’État).
de retraite anticipée avec jouissance immédiate. Cette Les articles R. 37 et R. 13 du code des pensions civiles et mili-
demande a été rejetée par le recteur de l’académie au motif taires établissent donc une discrimination indirecte fondée
que l’article L. 24-1 du code des pensions civiles et militaires sur le sexe.
réserve aux seules mères de trois enfants le droit à un départ Or ces avantages accordés aux femmes dans les faits ne visent
anticipé. ni à compenser les désavantages liés au congé de maternité ou
La discrimination résulterait du fait qu’il ne peut bénéficier, à l’éloignement du service après l’accouchement, ni à les aider
pour la date de jouissance de sa pension, des mêmes avan- à mener une vie professionnelle sur un pied d’égalité avec les
tages que les femmes, mères de trois enfants. hommes (mesures d’actions positives). Elles tendent unique-
Le collège de la HALDE a opéré une analyse de l’articulation ment à leur offrir, au moment de leur départ à la retraite,
des textes en vigueur, prenant en compte leur date d’appli- certains avantages en lien avec la période consacrée à l’édu-
cation : cation des enfants.
« Il résulte de ce qui précède que le critère de durée continue Le critère de deux mois continus d’interruption d’activité
de deux mois quant à l’interruption de l’activité est appa- – revenant à favoriser systématiquement les femmes quant à
remment neutre mais est néanmoins susceptible d’entraîner l’octroi de ces avantages – n’apparaît donc pas objectivement
un désavantage pour les hommes, compte tenu de la durée justifié au regard de l’objectif de la mesure qui est de prendre
légale plus élevée des congés de maternité et de leur caractère en compte une période d’inactivité liée à l’éducation de ses
obligatoire (8 semaines au minimum) au regard du congé de enfants.
paternité notamment.
Page 160
22
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Le collège de la HALDE invite le président à interroger le invite le président à recommander au ministre de tutelle,
Premier ministre et le ministre de la Fonction publique et de ainsi qu’à la directrice générale de l’établissement public, de
la Réforme de l’État sur les justifications du critère d’inter- modifier les modalités d’organisation des concours pour
ruption d’activité tel qu’il est défini par les articles R. 37 et garantir, de manière effective, la neutralité des conditions
R. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite, cri- d’accès des candidats aux emplois et fonctions publics. Plus
tère apparemment neutre mais qui revient, en réalité, à favo- précisément, il conviendrait de mieux distinguer les diffé-
riser systématiquement les femmes. Dans l’hypothèse où rents types de concours : le concours externe, le concours
aucune justification valide au regard de la loi ou des conven- interne et le concours visant à la résorption des emplois
tions ne viendrait à l’appui de cette mesure, il en demande la précaires, ainsi que les modalités d’organisation qui s’y
suppression ou la modification. » appliquent.
Le collège examinera les modalités d’organisation prévues
pour les concours ouverts en 2006 et les années suivantes.
Le président a écrit en ce sens au ministre de la Fonction
publique.
CAS N° 15 I LES MÉDECINS À DIPLÔME
EXTRACOMMUNAUTAIRE
CAS N° 14 I LA RUPTURE D’ÉGALITÉ
La situation des médecins ayant obtenu un diplôme hors de
Le réclamant estime avoir été victime d’une différence de trai- l’union européenne a fait l’objet de réclamations. Ces méde-

RAPP ORT AN N U E L 2005


tement discriminatoire dans le cadre de concours externes cins assurent bien souvent au sein des hôpitaux publics les
organisés par un établissement public. Il s’est présenté, sans mêmes fonctions et responsabilités que leurs collègues qui ont
succès, d’une part, au concours externe d’ingénieur de recher- obtenu leur diplôme dans l’Union européenne. Ils ne peu-
che, et d’autre part au concours externe de chargé de recher- vent pourtant se prévaloir du titre de médecin et s’inscrire à
che. Chacun de ces concours donnait accès à plusieurs postes. l’ordre, ni exercer en secteur libéral, ni accéder au grade de
Le réclamant prétend que la quasi-totalité des emplois praticien hospitalier. Ils contribuent à l’exercice de la méde-
ouverts a été attribuée à des candidats qui étaient, au cine mais seulement en tant qu’agents contractuels et sous la
moment du concours, déjà en poste dans cet établissement responsabilité d’un confrère. Le collège adopte la délibération
public en tant que contractuels. Il dénonce également la com- suivante :
position des jurys qui comprennent, dans certains cas, majo- « Ces recrutements de praticiens à titre extracommunautaire
ritairement des membres de l’établissement. Cela aurait pour sont liés à l’insuffisance du nombre de praticiens formés en
conséquence d’accorder un net avantage aux candidats qui en France du fait du numerus clausus pour les études de méde-
sont issus. cine. Par ailleurs, ces recrutements privent un certain nom-
Au total, sur les treize postes ouverts (sept postes d’ingénieur bre de pays de praticiens indispensables à l’amélioration de
de recherche dans la spécialité auxquels s’ajoutent trois pos- l’état sanitaire dans les pays considérés.
tes d’ingénieur de recherche dans une autre spécialité ainsi L’absence de responsabilité juridique liée à la qualité de pra-
que trois postes de chargé de recherche dans la discipline), ticien associé n’est que théorique, les médecins à diplôme
onze postes, soit plus de 84 %, ont été attribués à des candi- étranger exerçant en réalité des fonctions analogues aux pra-
dats sous contrat au moment du concours. Il en résulte que ticiens hospitaliers, de manière tout à fait autonome.
le taux de réussite dans la catégorie des personnes extérieu- C’est dans l’exploitation qui est faite de leur absence de sta-
res est de 1,8 % tandis qu’il est de 42,3 % pour les candidats tut, alors même que leurs responsabilités concrètes sont iden-
déjà contractuels dans cet établissement public. tiques, que la discrimination à leur égard trouve sa source.
Celle-ci s’opère à raison de l’origine, dans l’accès à l’emploi
et dans l’emploi.
Le recrutement par concours, dans le cadre duquel seul le
mérite est censé départager les candidats, doit garantir
qu’aucune différence de traitement à raison de critères non En effet, l’organisation de la pratique hospitalière consacre
prévus par la loi n’intervienne entre les candidats. Or, il l’inégalité de traitement des praticiens diplômés à l’étranger,
apparaît que les modalités de recrutements mises en place en ce qui concerne la rémunération et l’accès au plein exer-
conduisent à des différences de traitement au détriment des cice de la médecine. Dès lors, le dispositif faisant participer
candidats qui ne travaillent pas déjà dans cet établissement. les praticiens diplômés en dehors de l’Union européenne à
En conséquence, le collège, conformément à l’article 11 de l’exercice de la médecine sans la possibilité de l’exercer plei-

Page 161
la loi du 30 décembre 2004 portant création de la HALDE, nement constitue une discrimination prohibée par l’arti-
23
1.7 Le cas particulier de la fonction publique

cle 19 de la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 portant À l’occasion de saisines dont il a eu à connaître, le collège de
création de la Haute Autorité de Lutte contre les Discrimi- la HALDE a demandé à l’État soit de réformer sa pratique
nations et pour l’Égalité, portant transposition de la direc- sur des cas individuels, soit de modifier la réglementation
tive 2000/43 du 29 juin 2000 relative à la mise en œuvre du applicable.
principe de l’égalité de traitement entre les personnes. Celle-
Un courrier a été adressé au ministère de la Fonction publi-
ci interdit en effet l’inégalité de traitement et la discrimina-
que, par le président de la HALDE :
tion fondées sur l’origine dans la fonction publique et dans
l’accès aux professions libérales. « La HALDE a décidé de suivre avec une particulière attention
l’évolution de ces questions au sein des services publics et
Le collège de la HALDE, constatant la discrimination dont
est prêt à apporter son concours dans la préparation des
les réclamants font l’objet, notamment en termes de rému-
projets de textes. Je crois devoir insister, à ce stade, sur
nération, invite le président à demander au ministre de la
certains aspects qui paraissent importants :
Santé et des Solidarités d’informer la HALDE dans un délai
de quatre mois des mesures qu’il entend prendre pour met- • les conditions d’une plus grande diversité parmi les person-
tre fin aux différentes inégalités de traitement dont ces nels admis à servir dans la fonction publique seront renfor-
médecins sont l’objet en tenant compte des responsabilités cées par la mise en œuvre libérale de l’ordonnance du 2 août
réelles qu’ils exercent par des procédures de validation des 2005 relative aux conditions d’âge mais aussi par un examen
compétences effectivement acquises par eux. » volontariste des modifications apportées à la nature des
RAPP ORT AN N U E L 2005

concours afin de ne pas déterminer le profil des candidats en


Des initiatives en direction de la fonction publique
excluant ceux qui ont des parcours moins académiques ;
L’organisation des concours tend à la reproduction d’un
modèle, notamment pour les emplois d’encadrement. • l’égalité des sexes dans les fonctions d’encadrement au
L’État, avec 4,3 % environ de travailleurs handicapés, ne fait sein des trois fonctions publiques, notamment aux plus
pas mieux que le secteur privé. Il emploie une majorité de hauts postes de responsabilité, doit procéder d’une volonté
femmes, mais seuls 13 % des emplois supérieurs leur sont affirmée de changement ;
dévolus. • enfin, j’appelle aussi votre attention sur les efforts encore
Si les fonctions publiques garantissent une stricte égalité importants que les trois fonctions publiques doivent
salariale des deux sexes à postes équivalents, les inégalités conduire pour améliorer l’accès, le recrutement et le dérou-
hiérarchiques doivent être mises en regard des inégalités lement des carrières des personnes handicapées. »
salariales dans le secteur privé. On retrouve les mêmes dis- La Direction générale de l’administration de la fonction
parités dans la fonction publique territoriale où, selon le publique (DGAFP) a répondu, le 7 février. Les principales
dernier rapport du Conseil supérieur de la fonction publi- informations transmises soulignent les avancées en cours :
que territoriale, approuvé le 21 décembre 2005 : « Les fem-
L’essentiel des conditions d’âge au concours de la fonction
mes ont beau représenter la majorité écrasante (59,3 %) des
publique a été supprimé depuis le 1er novembre 2005. Les
effectifs de la fonction publique territoriale, elles y subissent
exceptions ne concernent que les corps classés en service
la persistance de pesanteurs socioprofessionnelles qui entra-
actif ou recrutés à l’issue d’une formation d’une durée supé-
vent (leurs) carrières. »
rieure ou égale à deux ans. Cette mesure a eu des effets
En effet, les femmes non titulaires représentent près de 30 % concrets pour l’ouverture des instituts régionaux d’admi-
de l’emploi féminin des collectivités locales, contre 18 % nistration.
pour les hommes. Elles ne sont pas plus avantagées sur le
Il a été institué un nouveau mode d’accès à la fonction publi-
plan hiérarchique : bien qu’elles constituent plus de la moi-
que. Le parcours d’accès aux carrières de la fonction publi-
tié (56,6 %) des agents de catégorie A, seulement 17 % des
que territoriale, de la fonction publique hospitalière, de la
emplois de direction leur reviennent actuellement. Dans les
fonction publique d’État (le PACTE) est ouvert aux jeunes
faits, les femmes gagnent en moyenne 14 % de moins que
gens de moins de 26 ans dont le niveau d’études est infé-
les hommes dans les fonctions publiques, écart qui « croît
rieur au baccalauréat. Il s’agit d’un contrat de formation en
avec le niveau de salaire : alors qu’il se situe entre 10 et 12 %
alternance visant à intégrer le cadre d’emploi de catégorie C
en bas de l’échelle, il atteint 18 % en haut de la hiérarchie. »
au bout de deux ans au maximum, sans avoir à passer le
La HALDE a invité le gouvernement à manifester son enga- concours.
gement pour l’égalité hommes-femmes lors des nomina-
tions dans la Haute fonction publique, et plus généralement
chaque fois que l’occasion se présente.
Page 162
24
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Concernant l’égalité des sexes dans les fonctions d’encadre- En matière de lutte contre d’éventuelles discriminations
ment, la DGAFP partage le constat de la HALDE. Les plans liées à l’origine des candidats, la Direction générale de l’ad-
d’accès des femmes aux emplois et postes d’encadrement ministration et de la fonction publique mène des actions
supérieur ont été renouvelés. d’information, de soutien à des réseaux et des associations
œuvrant pour l’égalité.
Trois circulaires donnent un nouvel élan à ce dispositif, qui
comporte des mesures d’ordre qualitatif pour atteindre les Le collège prend acte de ces dispositions et en suivra atten-
objectifs fixés. tivement la traduction dans les faits.
Concernant l’emploi des travailleurs handicapés, la DGAFP Il convient notamment de s’assurer que les épreuves des
rappelle les dispositions en vigueur et souligne que les concours n’ont pas pour effet d’avantager les candidats qui
actions de sensibilisation ont été entreprises notamment à viennent de terminer leur parcours scolaire ou universitaire.
l’École nationale d’administration ainsi que dans cinq ins- Il faut continuer de vérifier la possibilité de supprimer ou
tituts régionaux d’administration. reculer les limites d’âge même pour certains corps où la loi
autorise leur maintien.
La DGAFP considère que l’obligation faite par la loi du
11 février 2005 aux administrations qui ne respectent pas Enfin, pour ce qui concerne la préférence familiale pour
l’obligation d’emploi de 6 % de contribuer à un fonds ana- l’accès aux emplois saisonniers dans l’administration, des
logue à celui de l’Agefiph constituera une incitation pour circulaires récemment adoptées sont conformes aux recom-

RAPP ORT AN N U E L 2005


tous les employeurs publics. mandations de la HALDE, qui suivra leur bonne application.

1.8 Les initiatives en direction des entreprises

La mission de la HALDE ne se limite pas à l’accompagnement • transparence dans l’ouverture des postes ;
des victimes quelle qu’en soit la portée directe ou indirecte. • évaluation des candidats à travers des grilles d’analyse
La loi du 30 décembre 2004, dans son article 15, confie à la des compétences objectives ;
HALDE une mission préventive. La HALDE identifie et • recours à des méthodes de recrutement fondées sur des
promeut toute bonne pratique en matière d’égalité des mises en situation professionnelle qui privilégient le
chances et de traitement. savoir-faire ;
• suppression de la photo, de toute mention d’origine, de
La lettre aux entreprises (voir texte en annexe page 89)
toute formule manuscrite sur les CV ou les lettres de
Avec l’accord du collège, le président a écrit le 5 décembre motivation ;
2005 à 146 grandes entreprises installées en France. Cette • expérimentation, le cas échéant, du CV anonyme.
lettre aux entreprises rappelle l’importance de la lutte contre
Plus de 80 % des entreprises qui ont répondu à la HALDE ont
les discriminations, leur indique un certain nombre de voies
travaillé sur l’objectivation des procédures de gestion des res-
d’action et leur demande d’informer la HALDE de leur mise
sources humaines comme étant un axe prioritaire dans la
en œuvre.
promotion d’égalité. Des expérimentations sont en cours
Fin février 2006, 108 entreprises ont répondu, dont toutes concernant le CV anonyme, notamment chez Axa et Scor.
celles qui emploient plus de 100 000 salariés, 72 ont désigné L’évaluation qui en sera faite sera transmise à la HALDE.
un correspondant permanent de la HALDE, alors que La politique de la SNCF a tout particulièrement retenu l’at-
38 entreprises n’ont pas réagi. Les réponses sont globales tention car elle s’inscrit dans une stratégie d’ensemble.
ou partielles.
La SNCF a mis en place un comité « diversité recrutement »
Voici les huit voies d’action proposées par la HALDE : et les mesures suivantes ont été adoptées : la photographie n’est
1/ Mettre en place des procédures d’accès aux stages et à plus demandée, et est supprimée dès réception de la candida-
l’emploi qui évitent toute discrimination prohibée : ture lorsqu’elle y est jointe, il y a découplage systématique des

Page 163
25
1.8 Les initiatives en direction des entreprises

données administratives et d’état civil (opéré au niveau de la une convention concernant les zones urbaines sensibles, prio-
direction des ressources humaines), des données sur les com- rité affirmée aussi par Essilor.
pétences examinées par les services demandeurs, on note une
3/ Établir des bilans de gestion des ressources humaines de
transparence et une large diffusion des offres d’emploi en
manière à identifier et corriger les pratiques discrimina-
interne, une diversification des sources de recrutement notam-
toires dans le déroulement des carrières. Une attention
ment en direction des quartiers dits sensibles (voir infra), ainsi
particulière doit être apportée à l’égalité professionnelle
que la diffusion des stages et des emplois d’auxiliaires de
entre les hommes et les femmes, ainsi qu’à l’élimination
vacances sur intranet et Internet. Les recruteurs sont formés
du « plafond de verre » qui freine le déroulement de car-
à ces méthodes. Le collège a noté, par ailleurs, la grande réac-
rières de certaines personnes à raison de leur origine.
tivité de la SNCF lorsque s’est posé le problème des limites
d’âge à l’embauche, dont la HALDE avait été saisie. Air France a mis en place des actions correctives pour équi-
librer les taux de mixité au sein de toute entreprise. Les taux
2/ Offrir aux collèges, lycées et universités des stages dont de promotion et d’accès des femmes aux postes à responsabi-
les responsables de ces établissements, notamment ceux lité sur les seuls critères de compétence et d’expérience tendent
situés dans les zones sensibles, choisiraient sous leur res- à s’équilibrer. Des mesures sont prises pour concilier l’activité
ponsabilité les bénéficiaires. à temps partiel avec l’exercice de postes à responsabilité ; des
règles de bonne conduite ont été mises en place pour les per-
L’accès aux stages est l’antichambre de l’emploi ; l’ouverture
sonnels. De 1993 à 2003, le taux de femmes cadres supérieurs
RAPP ORT AN N U E L 2005

des stages et des emplois saisonniers est donc une première


est passé de 9 % à 19 % et des mesures spécifiques sont pri-
étape vers l’égalité d’accès à l’emploi. La pesanteur des habi-
ses pour les emplois peu féminisés.
tudes, la sous-estimation de l’importance que revêtent les
Renault se distingue dans la gestion non discriminatoire du
stages comme marchepied pour l’accès à l’emploi expli-
déroulement de carrière. La pratique généralisée des entre-
quent sans doute que peu d’entreprises aient jugé utile de
tiens individuels s’inscrit dans une politique globale. Sont
mettre en place des procédures spécifiques pour l’accès aux
obligatoirement abordés au cours de ces entretiens : la mis-
stages. Ce domaine ouvre des pistes de travail en termes de
sion, les objectifs, l’appréciation de la performance, les pistes
sensibilisation, de formation et de partenariat. La HALDE a
de progrès pour le collaborateur, la prise en compte de la
noté avec satisfaction la prise en compte des difficultés par-
manière dont les résultats ont été atteints, la qualité du
ticulières d’accès à l’emploi des jeunes originaires des quar-
management, les perspectives professionnelles et l’évolution
tiers dits sensibles. Ces actions, dont la presse a rendu
des compétences (l’analyse des compétences, servant de réfé-
compte, sont mentionnées dans les réponses des entrepri-
rence, garantit l’objectivité pour apprécier les perspectives
ses. Elles pourraient être utilement étendues en amont, pour
d’évolution et les besoins de formation). La politique de for-
les stages et emplois saisonniers.
mation lancée en 2004, traduit le refus d’une quelconque dis-
Accor facilite les accès aux stages en en assurant la publication crimination dans l’accès à la formation. L’accès à la forma-
avec la plus grande transparence. L’Oréal applique les métho- tion est suivi au travers d’indicateurs et d’enquêtes (taux
des transparentes de recrutement non discriminatoire aux sta- d’accès à la formation par catégorie, par âges, par niveau de
ges et notamment la diversification des viviers de compétences. responsabilité – moyenne des heures de formation par effec-
La diversification s’opère au travers des associations, des tifs en activité – perception de la formation par les managers
cabinets de recrutement, des sociétés d’intérim. Par ailleurs, et les salariés).
L’Oréal s’est fortement engagé dans une politique d’appren-
tissage qualitatif ; les apprentis représentaient 3 % des effectifs 4/ Élargir les conditions d’accès à la formation profession-
et le groupe a signé la charte de l’apprentissage. Suez a déve- nelle permettant une égalité des chances dans le déroule-
loppé les conventions locales d’insertion « un but pour l’em- ment de carrière et la promotion interne.
ploi-25 quartiers » qui visent à offrir un stage en entreprise,
Ces deux approches de la promotion de l’égalité sont trai-
associé à une formation. Danone s’est engagé dans un parte-
tées simultanément dans la pratique des entreprises, ou, du
nariat avec les universités et l’AFIP ; la SNCF s’est engagée à
moins, dans les réponses qu’elles ont fait parvenir.
des recrutements dans les quartiers sensibles ; EIFFAGE est par-
tie prenante dans le dispositif CREPI « centres régionaux d’en- Axa a mis en place une veille sur la non-discrimination dans
treprises pépinières pour l’insertion » qui s’est fixé pour objec- la gestion des carrières, y compris l’accès à la formation. La
tif l’accueil de 3 000 jeunes en difficulté. EDF a mis en place CNP a créé un dispositif d’alerte pour le harcèlement moral,

Page 164
26
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

avec l’appui d’experts. Essilor a signé dès le 22 avril 2002 une France Telecom prévoit un droit à l’accès et au maintien de
charte de prévention des discriminations à tous les stades de l’emploi ; TF1 a adhéré à l’association Tremplin pour la
la vie en entreprise. Les dispositions pour les retours de congés sensibilisation et l’information ; EDF participe en dehors de
maternité y sont rattachées ainsi que deux accords portant l’entreprise au financement de la formation de personnes
sur la vie syndicale et la mise en œuvre de la charte. handicapées ; M6 précise dans ses courriers « à candidatures
France Telecom a mis en place des « espaces développement » égales, M6 privilégiera les travailleurs handicapés » ; la SNCF
pour faciliter la mobilité du personnel ; par ailleurs, des a mis en place un programme incluant un plan qualitatif de
actions de formation spécifiques s’adressent aux personnels recrutement, un site intranet adapté, des modules de forma-
âgés de plus de 45 ans. Même préoccupation pour les salariés tion des managers, un partenariat handisport et un film,
seniors avec l’accord EDF sur la formation tout au long de la en partenariat avec La Poste, valorisant l’intégration des
vie. Danone mène des expériences pilotes en France et en salariés handicapés. Sodexho pour sa part a mené une
Espagne avec un guide « diagnostic seniors » et le programme enquête sur le handicap.
« évolution » sur la valorisation des acquis de l’expérience L’entreprise SCOR a signé un accord tripartite avec l’Agefiph-
menée en lien avec l’Éducation nationale. Enfin, ASF s’est FFSA-Medef. Surtout, un audit sur l’emploi des personnes
engagé dans un projet « Equal » pour le maintien des salariés handicapées a été mené, avec pour conséquence, l’aménage-
âgés. EADS a signé un accord spécifique sur l’emploi des ment raisonnable des locaux et une politique de sensibilisa-
seniors. tion à tous les niveaux.

RAPP ORT AN N U E L 2005


Les actions en faveur de l’égalité femmes-hommes sont géné-
Le groupe PPR a pris des mesures volontaristes en matière
ralement adoptées par les entreprises qui ont répondu à la
d’accès et de maintien dans l’emploi des travailleurs handi-
HALDE. Il s’agit parfois d’accords spécifiques (Axa en juil-
capés. L’ensemble de ces mesures est adossé à un ambitieux
let 2005, CNP en décembre 2005, Dexia en 2004), ou de la
plan de communication mais le groupe PPR n’emploie
mise en place de commissions (ASF, Danone France et TF1).
encore que 1,25 % environ de travailleurs handicapés. Air
Hewlett-Packard, engagée dans un programme « diversité » dès
France a un taux d’emploi de 6,2 % de travailleurs handica-
1994, a mis en place un dispositif complet et cohérent. Il s’ap-
pés, Renault se distingue dans le même domaine par son taux
puie sur la valorisation des modèles de réussite, l’analyse des
d’emploi de travailleurs handicapés qui peut atteindre 11 %
écarts de rémunération, leur correction, une gestion et une
dans certaines filiales.
organisation du travail permettant de supprimer un certain
nombre d’obstacles avec notamment le partage des postes, les
6/ Mener des actions de sensibilisation et de formation en
temps partiels choisis, le télétravail. Une plaquette sur la parité
direction des responsables de recrutement pour aider à
a été diffusée et les actions sont menées pour lutter contre le pla-
une prise de conscience et à un changement des pratiques.
fond de verre en termes d’information et de formation.
Un changement des mentalités et des pratiques est néces-
HP s’est fixé l’objectif d’obtenir le label « égalité », portant
saire pour faire régresser les discriminations en France. Dans
sur l’égalité entre les sexes, qui a été décerné à Orange
le domaine de l’entreprise, il passe par la sensibilisation, l’in-
France, à Dexia Sofaxis et PSA Peugeot Citroën, EADS,
formation, et la formation des responsables du recrutement
notamment.
et des ressources humaines. Seules les entreprises qui ont
adopté une stratégie globale de lutte contre la discrimination
5/ Prendre des mesures volontaristes pour mettre en
font état d’initiatives significatives sur ce point. Les enquê-
œuvre concrètement le droit à l’accès et le maintien dans
tes qualitatives permettent la sensibilisation des salariés et
l’emploi des travailleurs handicapés, comme l’exige la loi
des directeurs des ressources humaines (DRH).
du 11 février 2005.
Chez Danone une action de formation pour tous les recru-
Les entreprises qui ont répondu à la HALDE sont presque
teurs et gestionnaires de ressources humaines se déroule
toutes sensibilisées à ce critère particulier.
depuis 2005 ; cette action est complétée par un partenariat
ASF a signé une convention d’entreprise particulièrement avec des universités et l’AFIP. Axa fait une campagne interne
intéressante pour l’insertion des travailleurs handicapés ; Axa de communication sur la diversité. France Telecom et M6
un accord pour dépasser le seuil de 6 %, accompagné d’un mènent des actions de sensibilisation des DRH, qui chez
module de formation. France Telecom a signé un accord d’en- Hewlett Packard France sont complétées par des actions de
treprise, ainsi qu’Essilor ; EDF-GDF, HP, un engagement formation à la fois spécifiques et transversales, portant aussi
depuis 1989 ; la Caisse des dépôts et consignations, un plan sur la méthodologie. À la SNCF, ce sont 450 acteurs de
triennal de recrutement, comme Dexia en 2005, et Sodexho.
Page 165
27
1.8 Les initiatives en direction des entreprises

recrutement qui ont été formés et l’action de sensibilisation Pour que le test de discrimination puisse être considéré
a culminé dans une journée nationale d’information de comme pertinent, les candidats des deux groupes doivent être
l’ensemble des acteurs du recrutement. objectivement semblables (mêmes diplômes et expériences
Essilor se distingue par un programme particulièrement inté- professionnelles, tenue vestimentaire similaire, garanties
ressant. Depuis la signature de la charte de prévention des financières comparables, etc.) et se présenter dans les mêmes
discriminations le 22 avril 2002, à laquelle sont rattachés circonstances (répondre à la même période à la même offre
deux accords portant sur la vie syndicale de la mise en œuvre d’emploi ou de logement, se présenter au même moment à
de la charte elle-même, complétée par une charte sur les l’entrée de la discothèque, etc.).
intérimaires, Essilor dispose d’un outil de déploiement de sa Cette technique d’administration de la preuve a bénéficié des
politique avec une plaquette de communication pour tous recommandations du Bureau international du travail. Afin
nouveaux embauchés ; la charte est affichée en interne. Les de développer les enquêtes de test de discrimination, le
actions de sensibilisation du management au-delà même des Bureau international du travail a élaboré une méthodologie
DRH concernent tous les cadres. La lutte contre la discrimi- en 1992 (Bovenkerk, A manual for international compara-
nation fait partie des objectifs de l’entretien annuel des cadres tive research on discrimination on the grounds of « race »
dirigeants. Plus de 280 personnes ont été formées de cette and ethnic origin, International Labor Office, Genève). Il
manière. Le groupe Vinci en juin 2005 a consacré sa conven- s’agit de la méthode « Bovenkerk » qui conclut à une situa-
tion annuelle des cadres dirigeants au thème principal de tion de discrimination dès lors qu’un seuil différentiel de
RAPP ORT AN N U E L 2005

l’égalité des chances, le groupe PPR a donné carte blanche à 15 % est atteint. Ce seuil correspond à l’écart différentiel
Yamina Bengigui pour la réalisation du film les Défricheurs entre les taux de refus des candidatures des deux groupes étu-
que le groupe a largement fait connaître. diés (le groupe issu d’une minorité et le groupe référent).
En France, les tests de discrimination ont d’abord été utilisés
7/ Créer des outils de suivi afin d’évaluer l’efficacité des
par les associations de lutte contre le racisme, et notamment
actions engagées. À cet égard, il ne faut pas hésiter à utili-
SOS Racisme. En juin 2002, la Cour de cassation a affirmé
ser la méthode de contrôle, d’autotest de discrimination,
clairement sa position à l’égard du test de discrimination en
déjà pratiquée avec succès par certaines entreprises.
soulignant en premier lieu que, du point de vue de sa receva-
PSA Peugeot Citroën pratique l’autotest de discrimination bilité, le caractère licite ou illicite du moyen de preuve utilisé
de manière rationnalisée. La SNCF a lancé un programme est indifférent car « aucune disposition légale ne permet aux
d’autotest de discrimination. juges répressifs d’écarter les moyens de preuve produits par les
parties au seul motif qu’il auraient été obtenus de façon illi-
cite ou déloyale ». Cass. Crim. 11/06/2002, SOS Racisme,
Le test de discrimination est un mode d’enquête destiné n° W 01-85.560 F-D / pourvoi contre CA Montpellier 5 juin
à établir l’existence d’une pratique discriminatoire. Il est 2001 (2 arrêts) / appel de TGI Montpellier 28 novembre 2000
particulièrement adapté pour identifier les situations de (2 jugements).
discrimination directe.
D’abord utilisé pour dénoncer les discriminations à l’entrée 8/ Assurer avec les partenaires sociaux, dans le cadre d’ac-
de boîtes de nuit ou des débits de boisson à l’égard de la cords spécifiques ou dans celui du comité d’entreprise,un
clientèle supposée être d’origine étrangère, cette méthode est suivi des actions engagées pour éliminer les discrimina-
aujourd’hui un mode de preuve reconnu de la discrimination tions et promouvoir l’égalité des chances.
devant la juridiction pénale dans l’accès aux biens et aux
Une stratégie d’entreprise de lutte contre la discrimination
services (commerce, logement…) mais également en matière
commence par un engagement de principe. Il se décline
d’accès à l’emploi.
ensuite dans un plan d’action. Mais son efficacité dépend
Concrètement, le test de discrimination consiste à constater
de la mise en place d’outils d’évaluation et de suivi non
l’attitude adoptée par un employeur, un propriétaire, un
seulement quantitatifs mais qualitatifs, qui seule peut assu-
commerçant ou le personnel d’un établissement de loisirs
rer la pérennité de la politique décidée et faire apparaître les
lorsqu’il est confronté, d’une part, à un individu ou un groupe
correctifs et compléments nécessaires.
d’individus « de référence » et, d’autre part, à un individu ou
un groupe d’individus susceptibles d’être discriminés en HP a mis en place des indicateurs chiffrés en termes
raison de leur origine réelle ou supposée, de leur âge, de leur d’objectifs de recrutement inscrits dans une démarche glo-
sexe, de leur handicap, etc. bale et systémique. EDF a créé au niveau national et local

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28
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

des commissions de suivi du programme d’égalité des chan- Les intermédiaires de l’emploi
ces qui se réunissent annuellement. La HALDE s’est aussi attachée aux pratiques des intermé-
Air France a adopté une charte de déontologie et présente diaires de l’emploi : ANPE, cabinets de recrutement,
annuellement un rapport sur la diversité et la cohésion diffuseurs d’offres d’emploi sur Internet ou sur support
sociale. Le groupe PPR réalise un diagnostic diversité dans classique, agences d’intérim ont un rôle déterminant à
toutes les enseignes de la distribution. Schneider Electronic a jouer dans l’élimination de la discrimination à l’embauche.
créé un département « diversité et insertion » et mène par
Mandatés par les employeurs, les intermédiaires de l’emploi
ailleurs des actions de recrutement avec l’AFIP. Le groupe
peuvent être chargés d’un recrutement discriminatoire ou
Vinci a créé un comité d’égalité des chances.
être soumis à des pressions indirectes des employeurs.
Le suivi avec les partenaires sociaux peut porter soit sur l’ensem-
Parfois, sans que la demande discriminatoire soit clairement
ble de la politique de promotion de l’égalité (Axa, Essilor), soit
formulée, ils peuvent, par simple conformisme, reproduire
sur les accords spécifiques, accords sur l’égalité hommes-fem-
un schéma d’apparence classique, en réalité discriminatoire.
mes, l’accord sur l’emploi des travailleurs handicapés, etc. Il est
Enfin, la discrimination peut être de leur fait.
à noter qu’ASF a signé un accord sur la non-discrimination
syndicale et qu’une commission de dialogue social assure un La mise en place de procédures non discriminatoires et
suivi particulier du respect du droit syndical dans l’entreprise. de bonnes pratiques dans ces secteurs aura donc un effet
démultiplicateur considérable en termes d’égalité de traite-
Ce compte rendu succinct des réponses parvenues à la HALDE
ment dans l’accès à l’emploi.

RAPP ORT AN N U E L 2005


à la fin du mois de février permet de dresser un premier état
des lieux déclaratif de la lutte contre les discriminations. La HALDE a établi des relations avec un important diffuseur
Internet, Monster.fr. Elles ont conduit à des changements
Au-delà des mesures recommandées dans la lettre aux entre-
des pratiques, et une convention de partenariat a été mise en
prises, il est intéressant de noter quelques autres initiatives
place afin de formaliser l’accord intervenu sur la promotion
en faveur de la promotion de l’égalité :
de l’égalité.
• Des groupes de travail ou des postes de promotion de la
La HALDE a parallèlement développé ses relations avec
diversité ont été créés dans plusieurs grands groupes (Areva,
l’ANPE, qui s’est engagée dans une action de lutte contre les
Carrefour, PSA Peugeot Citroën, Renault, Schneider Electric,
discriminations dans le cadre du programme « Espere »,
Société Générale, Vinci, Vivendi Universal…)
pour aboutir, là aussi, à un partenariat.
• Outre les actions en faveur de l’égalité professionnelle et
Les procédures reposent sur l’information des salariés de
des travailleurs handicapés, des entreprises ont également
ces intermédiaires, qui doivent être parfaitement renseignés
mené des initiatives en direction des seniors. LVMH a initié
sur leur responsabilité, y compris pénale, en matière de dis-
un programme de tutorat par des seniors pour valoriser et
crimination. Les attachés commerciaux ne sauraient être
transmettre leur savoir-faire. Danone France a lancé une
pénalisés en cas de refus d’une demande discriminatoire.
expérience pilote en France en partenariat avec l’Éducation
Certaines entreprises ont adopté un système qui permet à
nationale pour promouvoir la formation continue. IBM
l’agent d’être commissionné sur un mandat qui ne sera pas
France met en œuvre des programmes de sensibilisation
rempli si le refus est motivé par une demande discrimina-
prenant également en compte les discriminations en raison
toire. L’information va de pair avec la formation. Dans le
de l’orientation sexuelle.
programme mis en place par les réseaux ADIA et Adecco
Afin d’assurer un suivi des bonnes pratiques identifiées et de d’agences d’intérim dans le cadre du programme européen
prendre connaissance des nouvelles actions mises en place, « Latitude », la formation s’appuie sur un « Guide de pré-
les entreprises seront également interrogées régulièrement vention et de lutte contre les discriminations », qui contient
sur leurs actions. un argumentaire pour résister à une demande discrimina-
La direction de la promotion de l’égalité de la HALDE diffu- toire. Plus encore, les personnels de ces agences sont formés
sera aux entreprises les bonnes pratiques recensées. pour inciter les entreprises à réfléchir sur l’apport que repré-
sente la diversité pour l’entreprise concernée.
Cette information ne s’adressera pas qu’aux grandes entre-
prises destinataires de la première lettre ; elle sera accessible La HALDE poursuivra, dans le cadre de sa mission de promo-
à tous, et notamment aux PME, sur le site Internet de la tion de l’égalité, son action de sensibilisation, d’expertise et
HALDE (www.halde.fr). de conseil auprès des entreprises.

Page 167
29
2
Les autres
domaines

Page 168
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

2.1 Le logement

Le logement n’est pas un bien – en cas d’acquisition –, ou un priétaires refuse le changement d’affectation, au motif
service – en cas de location –, comme les autres. Il est le qu’il risque d’entraîner une dévalorisation de l’immeuble.
lieu de la vie privée, protégé en tant que tel. Il conditionne Le collège décide :
l’intégration sociale, la scolarisation. Il est bien souvent la « Dès lors, à supposer même qu’il ne s’agisse pas du motif
condition pour l’obtention ou l’accès à d’autres biens et exclusif, la preuve que le refus par les copropriétaires d’ac-
services ; dans la recherche d’un emploi, le fait de disposer corder l’autorisation (ou l’abstention qui équivalait à un
d’une adresse, voire d’un domicile, est une condition impé- refus) était fondée sur le handicap des enfants qui allaient
rative. Cela est si vrai, qu’en l’absence de domicile, ou au être hébergés, apparaît suffisamment caractérisée pour justi-
moins d’une adresse fixe, les demandeurs d’emploi sont fier la saisine de l’autorité judiciaire.
rayés des listes et donc du bénéfice des ASSEDIC. Conformément à l’article 12 de la loi portant création de la
HALDE et à l’article 40 du code de procédure pénale, la Haute
C’est la raison pour laquelle les inégalités d’accès au loge-
Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité
ment sont si douloureusement vécues.
décide d’informer le procureur de la République des faits
Ces inégalités sont nombreuses. On refuse de louer un loge-

RAPP ORT AN N U E L 2005


constitutifs d’un délit portés à sa connaissance. »
ment à un jeune couple marié aux revenus confortables,
parce qu’ils auront des enfants qui feront du bruit. On refuse
de louer un logement à un cadre d’origine maghrébine, au
prétexte qu’il sera bientôt au chômage et ne retrouvera pas
CAS N° 17 I L’INÉGALITÉ DE TRAITEMENT
EN RAISON DE L’ORIGINE
de travail. On refuse de louer à un Africain parce qu’on a
Alain, étudiant à Paris, a trouvé un appartement pour y vivre
entendu dire qu’« ils seraient polygames ». On refuse de
avec sa compagne. Mais sa candidature n’est pas retenue au
louer à une personne handicapée, parce que les fauteuils
motif que la caution demandée, fournie par ses parents qui
roulants détériorent les immeubles.
vivent en Guadeloupe, vient des DOM-TOM. Ce motif est
Si l’on sait les discriminations nombreuses, elles font l’objet confirmé lors d’une conversation téléphonique enregistrée et
d’un nombre moindre de saisines. Les raisons en sont sim- certifiée par un témoin.
ples : la preuve de la discrimination dans ce domaine est dif- La HALDE, usant de son pouvoir d’investigation, se fait com-
ficile à apporter ; surtout, le logement convoité ayant été loué muniquer le dossier de candidature du réclamant ainsi que
à une autre personne, la victime de la discrimination préfère celui de la locataire qui a obtenu l’appartement. La respon-
consacrer son énergie à trouver un autre logement plutôt que sable de l’agence immobilière indique avoir privilégié la can-
d’entamer une procédure judiciaire sans effet immédiat. didature d’une autre personne qui, à la suite d’une sépara-
C’est d’ailleurs l’une des situations de discrimination où une tion, se trouvait dans une situation d’urgence. La responsable
réponse rapide serait de nature à modifier les comporte- de l’agence se justifie en précisant qu’il y a « des personnes de
ments tant des responsables des discriminations que des couleur dans cet immeuble sans compter les personnes d’ori-
personnes qui les subissent. gine étrangère ».
Au vu des documents, il apparaît que la personne retenue a
Dans certains cas pourtant, les personnes concernées n’ont des revenus moindres, inférieurs aux critères exigés par
pas renoncé à faire valoir leurs droits. l’agence, et qu’elle n’a pas pu offrir de caution, alors que celle-
ci était exigée pour Alain.
CAS N° 16 I LA DISCRIMINATION La HALDE a estimé que :
EN RAISON DU HANDICAP
« Le refus de l’agence immobilière tiré du lieu de résidence
Une association de réinsertion d’enfants handicapés men- de la caution, en l’occurrence une collectivité d’outre-mer,
taux trouve des locaux adaptés à son activité. Un compromis masque en réalité une discrimination fondée sur l’origine du
de vente est signé, avec comme condition suspensive le réclamant.
changement d’affectation de locaux professionnels en foyer Enfin, les termes utilisés dans l’enregistrement sonore, dénués
d’hébergement médico-social. d’ambiguïté et l’absence de caution proposée par la candidate
Mais la vente n’a pas lieu car l’assemblée générale des copro- retenue suffisent à caractériser l’intention de discriminer.

Page 169
31
2.1 Le logement

Conformément à l’article 12 de la loi portant création de la Le logement privé


HALDE et à l’article 40 du code de procédure pénale, la Haute La Fédération nationale des agences immobilières, la FNAIM,
Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité est la plus importante fédération de professionnels dans ce
décide d’informer le procureur de la République des faits secteur. Elle a donc été tout naturellement le premier inter-
constitutifs du délit portés à sa connaissance. » locuteur de la HALDE.
La FNAIM souhaite améliorer les pratiques de ses adhérents,
et notamment dans le domaine de la lutte et de la préven-
C’est ici encore l’évidence d’une inégalité de traitement cou-
tion des discriminations. C’est le sens de la convention
plée à un critère prohibé, qui permet de caractériser une dis-
signée avec la HALDE, le 12 décembre 2005.
crimination, en l’occurrence liée à l’origine, voire liée à une
« race » supposée. La convention HALDE-FNAIM :
La HALDE et la FNAIM veulent favoriser les bonnes pratiques
Encore que cet argument n’ait pas été avancé par l’agent
pour lutter contre les discriminations. Les objectifs de cette
immobilier mis en cause, la HALDE a constaté que survivait
collaboration sont de mobiliser les adhérents de la FNAIM, de
dans notre droit une disposition qui permettait d’asseoir
faciliter les réflexions, les échanges sur la discrimination au
une pratique discriminatoire.
logement et de sensibiliser les professionnels du logement
Cette disposition permet d’exiger que celui qui donne la privé aux enjeux et aux différents aspects de ce type de dis-
caution réside dans le ressort de la même cour d’appel que crimination.
RAPP ORT AN N U E L 2005

le bénéficiaire. Elle est inadaptée dans un monde où prévaut


« Article 2 : Axes de collaboration
la mobilité. Elle méconnaît le caractère universel des voies
d’exécution. En conséquence : Cette collaboration s’articulera autour des grands axes suivants :
• Construire des outils de sensibilisation à la lutte contre
« Le collège de la HALDE invite le président à interroger le
les discriminations ;
Premier ministre et le garde des Sceaux sur les justifications de
la mention du critère de résidence des cautions figurant • Sensibiliser les adhérents de la FNAIM ;
à l’article 2018 du code civil. Dans l’hypothèse où aucune • Développer un engagement réciproque d’information ;
justification valide au regard de la loi ou des conventions ne • Élaborer des outils afin de favoriser et d’identifier les bon-
viendrait à l’appui de cette mesure, il en recommande l’abro- nes pratiques ;
gation. » • Promouvoir les différentes actions menées par chacun des
signataires. »
Le 11 janvier 2006, le Premier ministre écrit :
On trouvera en annexe (page 94) le texte complet de cette
« De l’avis même de la Chancellerie, il apparaît que l’arti- convention, qui se traduit progressivement dans les faits.
cle 2018 du code civil n’atteint pas toujours son objectif de Lors de son congrès annuel en décembre dernier, la FNAIM
faciliter au créancier l’engagement de poursuites. a aussi adopté un code de déontologie incluant un article
Je suis donc en mesure de vous préciser que, si cet article n’est spécifique sur la discrimination.
pas discriminatoire par nature, son abrogation partielle pour-
rait être envisagée eu égard au caractère anachronique de La première réunion du groupe de travail (article 3, action 2)
l’exigence d’une domiciliation particulière pour la caution. s’est tenue au mois de février. Il a été convenu que la FNAIM
Je demande à cet effet au garde des Sceaux, ministre de la mettrait progressivement en place les formations prévues, et
Justice, de prendre en compte au plus tôt cette modification que pour ce faire, la HALDE et la FNAIM définissent ensem-
législative. » ble un référentiel de bonnes pratiques, préalable à toute
action de formation.
La HALDE a eu à connaître d’un nombre significatif de récla-
L’article 3 sur l’information mutuelle a déjà trouvé appli-
mations dans ce domaine. Dans le cadre de sa mission pour
cation.
la promotion de l’égalité, la HALDE a souhaité aller plus loin
et mener des actions préventives.
Il s’agit de définir des codes de bonne conduite, d’étendre les
CAS N° 18 I LES PRATIQUES D’UNE AGENCE

La presse avait rendu compte des pratiques contestables d’un


pratiques non discriminatoires, d’informer et de former
grand intermédiaire de l’immobilier.
pour faire évoluer les mentalités.
La HALDE, conformément aux dispositions de l’article 4 ali-
néa 2 de la loi qui l’a créée, s’est autosaisie de cette affaire le
4 novembre 2005.
Page 170
32
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Le 9 novembre la HALDE a sollicité de ce groupe la commu- teurs de biens dont sont membres les cabinets immobiliers
nication de différents documents, qui sont parvenus le mis en cause en l’espèce, à l’instar de la convention conclue
1er décembre 2005. entre la HALDE et la FNAIM. »
« La HALDE prend acte de la modification des dispositions les
La collecte des documents
plus litigieuses de la note évoquée par la presse, par une note de
référence datée du 7 novembre 2005 et diffusée dans le groupe. Les réclamations que reçoit la HALDE font toucher du doigt
La HALDE prend acte de l’engagement du groupe de proposer les discriminations vécues ou ressenties. Elles appellent une
“aux propriétaires réticents de louer à des personnes réponse individuelle, mais doivent aussi conduire à une
de “couleur” de se porter garant du respect de toutes les réflexion plus générale sur la prévention et la modification
clauses du bail”. des pratiques. Une délibération du collège invite le gouver-
Elle invite le groupe à préciser les mesures qu’il envisage de nement à préciser dans la loi les limites des informations sus-
prendre pour contribuer à la lutte contre de telles discrimi- ceptibles d’être demandées aux locataires par les bailleurs.
nations, étant précisé que l’expression “(...) à des personnes « Les pratiques discriminatoires en matière de logement
de couleur (...)” n’est pas acceptable en l’état. Elle rappelle sont notamment liées à l’inexistence d’une réglementation
que les propriétaires qui ne souhaitent pas louer leurs biens relative aux documents susceptibles d’être demandés aux
notamment pour des raisons liées à l’origine, l’apparence ou candidats locataires, dans la mesure où les bailleurs s’auto-
encore la nationalité sont susceptibles d’être poursuivis risent à exiger des informations relatives à la situation de

RAPP ORT AN N U E L 2005


comme auteurs ou complices des infractions définies et répri- famille, à l’origine, la nationalité, l’âge etc. Il est proposé
mées par les articles 225-1 et 225-2 du code pénal. d’adresser à monsieur le ministre de l’Emploi, de la
La HALDE prendra une nouvelle délibération au vu des élé- Cohésion sociale et du Logement une recommandation l’in-
ments de réponse qu’aura pu apporter le groupe. vitant à identifier et proposer une réforme législative ten-
La HALDE décide de fixer un délai d’un mois au groupe pour dant à l’adoption de règles précises et non discriminatoires
rendre compte des suites données à cette recommandation. » s’imposant à tous les bailleurs dans la constitution des dos-
siers des candidats locataires ».
Le logement social
Il se trouve que ce groupe est adhérent à la FNAIM. En vertu
Le souci d’améliorer les pratiques est partagé par les bailleurs
de l’article 3 de la convention, le président de la HALDE a
sociaux. Souvent mis en cause, ces derniers sont confrontés
donc informé le président de la FNAIM de cette délibération,
à un dilemme. Il leur est demandé de faire prévaloir une
afin qu’il puisse en tirer toutes les conclusions qui s’impo-
mixité sociale. Compte tenu de l’homogénéité des tranches
sent dans le cadre du code de déontologie adopté, lors de
de revenu qui permettent d’accéder au logement social, le
son congrès en décembre dernier, par cette fédération.
terme de mixité sociale recouvre souvent la notion de diver-
Vers de nouvelles conventions dans le secteur immobilier sité. Les élus, de leur côté, réaffirment leur souci de ne pas
Dans une autre affaire, la HALDE n’a pas retenu la discrimi- voir se constituer des ghettos, source éventuelle de tensions.
nation comme fondement du refus opposé aux candidats La question reste posée de favoriser une répartition équilibrée
au logement, dans la mesure où leur solvabilité était discu- des locataires sans pour autant établir une discrimination.
table. Mais l’instruction de ce dossier a fait apparaître que
Afin d’examiner les solutions qui pourraient être apportées
l’agent immobilier mis en cause procédait à une collecte de
aux problèmes de la contradiction entre les exigences de
données et d’informations, excédant très largement la néces-
mixité sociale et de lutte contre les discriminations, la HALDE
sité de s’assurer de la solvabilité des candidats.
a constitué un groupe de travail avec l’Union sociale de l’ha-
« Le collège invite le président à signaler à la CNIL la collecte bitat et la Mission interministérielle d’inspection du loge-
de données à caractère personnel effectuée sans aucune réfé- ment social (MIILOS).
rence à la loi du 6 janvier 1978.
La diffusion des bonnes pratiques et la prévention des dis-
La HALDE procédera à un rappel à la loi auprès des cabinets criminations dans le domaine du logement reste un chan-
immobiliers concernant le nécessaire respect de la loi du tier ouvert. Les avancées enregistrées ne produiront tous
6 janvier 1978 et celle du 6 juillet 1989, notamment des dis- leurs effets que dans la durée, pour autant que les outils de
positions concernant l’interdiction de toute discrimination. suivi et d’évaluation soient pleinement mis en œuvre.
Enfin le collège recommande que la HALDE adopte une
convention avec la confédération nationale des administra-
Page 171
33
2.2 L’éducation

2.2 L’éducation

L’éducation est un droit pour les enfants. Il en résulte une de l’ordre et informe l’inspecteur d’académie qu’« avant de
double obligation : l’obligation pour les parents de scolari- procéder à l’inscription [il va] saisir le recteur de cette affaire
ser les jeunes enfants, ou dans certaines conditions, de leur et demander l’arbitrage du service contentieux du rectorat ».
permettre d’accéder à l’enseignement par d’autres moyens ; Il indique vouloir saisir le préfet et le président du conseil
l’obligation pour les pouvoirs publics et notamment pour général.
les maires, qui ont en charge l’enseignement primaire, d’ac- Le 25 juin, Élodie est inscrite dans un autre établissement,
cueillir les enfants résidant dans les écoles de la commune. dans une autre commune, générant des problèmes de trans-
port, de perte de temps, de fatigue pour l’enfant handicapé.
CAS N° 19 I L’ACCUEIL DES ENFANTS Le responsable académique chargé de l’intégration scolaire a
HANDICAPÉS À L’ÉCOLE conseillé à la maman d’Élodie de céder en invoquant « l’im-
Élodie présente une mobilité réduite, son taux d’incapacité est puissance de l’inspection à prendre des sanctions contre le
de 80 %. En mars 2005, sa mère engage les démarches pour principal ».
l’inscrire dans le collège du secteur. Elle rencontre le princi- Dans sa réponse à la HALDE l’inspecteur d’académie indique :
RAPP ORT AN N U E L 2005

pal par intérim du collège. Ils examinent ensemble des « Dès la rentrée, Élodie était scolarisée dans un autre collège
difficultés à surmonter et les aménagements nécessaires et en accord avec la famille qui a trouvé là un accueil plus cha-
raisonnables pour permettre son intégration. leureux. La situation d’Élodie est donc réglée. » Il conclut :
Un nouveau principal est nommé, un nouveau rendez-vous « Le refus d’inscription reste une entorse aux règles de fonc-
est pris : refus de l’inscription d’Élodie, rejet de tous les tionnement de l’éducation nationale (…) Le départ à la
aménagements envisagés. retraite du principal occasionne un classement du dossier au
Début avril, la mère forme un recours hiérarchique auprès sein de l’Éducation nationale. »
de l’inspectrice de l’Éducation nationale.
Le 11 avril, la commission départementale de l’éducation
spéciale accepte la prise en charge intégrale du transport Après avoir vérifié qu’au moment des faits le collège béné-
d’Élodie de son domicile au collège. ficiait d’un avis favorable d’exploitation rendu par la com-
Le 19 mai, l’inspectrice de l’Éducation nationale saisit l’ins- mission départementale de sécurité et d’accessibilité, après
pecteur d’académie du refus d’inscription. Dans le même avoir vérifié que les aménagements requis n’était pas exor-
courrier elle informe de l’avis favorable émis le 15 avril par bitants, la HALDE décide d’informer le procureur de la
la commission de circonscriptions pour l’enseignement pré- République de la totalité des éléments portés à sa connais-
élémentaire et élémentaire qui estime « judicieux de laisser sance. La HALDE va s’assurer qu’une procédure disciplinaire,
Élodie suivre son groupe (...) en demandant une assistante qui ne pourra se conclure que par un retrait de l’honorariat
de vie scolaire (AVS) pour l’aider dans les déplacements dif- s’agissant d’un fonctionnaire retraité, puisse être engagée.
ficiles ». L’inspectrice conclut : « j’insiste pour que cette enfant La HALDE a fait application de l’article 14 de la loi qui la
soit inscrite dans son collège de secteur. » crée : « La HALDE porte à la connaissance des autorités ou
Le 26 mai, l’inspecteur d’académie demande au principal du personnes publiques investies du pouvoir disciplinaire les
collège l’inscription d’Élodie. faits de nature à entraîner des poursuites disciplinaires.
Le 27 mai, le principal répond : « Je persiste dans mon refus La personne mise en cause en est tenue informée. La HALDE
de l’inscrire… Je ne l’inscrirai que lorsque vous m’en donne- est informée des suites données à ces transmissions. »
rez l’ordre écrit. »
Nombre d’enfants handicapés continuent, pourtant, à ne
Le 1er juin, la commission départementale de l’éducation
pas bénéficier d’une prise en charge scolaire.
spéciale accorde à Élodie « une intégration avec auxiliaire de
vie scolaire ». La loi du 11 février 2005 dispose que les enfants handicapés
Le 6 juin l’inspecteur d’académie enjoint au principal du doivent être accueillis dans l’école la plus proche de leur domi-
collège de procéder à l’inscription d’Élodie. cile. La rentrée 2006 verra la pleine application de ces dispo-
Le 6 juin, par retour de courrier, le principal accuse réception sitions et la HALDE veillera à l’absence de discrimination.

Page 172
34
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

nelle, la HALDE veille à ce qu’aucune discrimination ne


CAS N° 20 I L’ACCÈS À L’ENSEIGNEMENT
vienne en entraver l’exercice. C’est pourquoi, d’une manière
SUPÉRIEUR
plus générale, au vu du marathon administratif qu’a connu
Clémentine est camerounaise et réside en France en qualité
Clémentine : « Le collège de la HALDE a recommandé, dans
de conjointe d’un Français sous couvert d’un titre de séjour
un souci de transparence afin de garantir l’effectivité du
« vie privée et familiale ». Elle dépose une demande d’admis-
principe d’égalité, que les règles gouvernant l’admission
sion en première année de médecine.
préalable des candidats et leur inscription soient rendues
Invoquant des problèmes d’effectifs, l’université rejette sa
publiques et que soit réaffirmé le principe d’égalité d’accès
demande et transmet son dossier à une université proche,
à l’enseignement supérieur de tout candidat. »
conformément au second vœu formulé.
Le 14 juin 2005, le président de la deuxième université l’in- À cette fin, un courrier a été adressé au ministère de
forme du rejet de sa demande au motif que l’enseignement l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la
qu’elle souhaite poursuivre existe dans son pays d’origine. Recherche, rappelant l’engagement de la France lors de la
Clémentine tente un règlement amiable, puis forme un ratification le 11 septembre 1961 de la Convention des
recours gracieux. Elle saisit, par ailleurs, le délégué du média- Nations unies concernant la lutte contre la discrimination
teur et le doyen de la faculté de médecine. dans le domaine de l’enseignement.
Le 22 juillet, le doyen l’informe qu’il émet un avis défavo- Il peut arriver que la saisine ou la menace d’une saisine de
rable et l’invite à s’inscrire auprès de la première université la HALDE ait un effet dissuasif.

RAPP ORT AN N U E L 2005


à laquelle elle s’était adressée. Clémentine fait grief au service
de l’université de lui avoir répondu tardivement. En effet,
l’université qu’elle a choisie en troisième position a aussi
CAS N° 21 I UNE AUTOSAISINE DISSUASIVE

rejeté sa demande comme étant tardive. Le 30 septembre 2005, la HALDE est saisie par une section
Elle saisit la HALDE, qui demande au doyen de transmettre la locale du Parti communiste français, sur la situation de deux
totalité du dossier. Le recteur précise dans son courrier que enfants, Charlotte et Frédéric, de plus de trois ans dont les
tout candidat doit pouvoir s’inscrire dans l’académie où est demandes d’inscription à l’école maternelle auraient été
située sa résidence. Sa réponse n’est accompagnée d’aucune refusées en raison de leur origine.
des pièces sollicitées et le 4 novembre la HALDE adresse un Le motif invoqué par la mairie est l’occupation irrégulière de
courrier de mise en demeure. Le 15 novembre le président de leurs logements par les familles concernées.
l’université envoie un courrier auquel est joint l’avis défavo- Le 3 octobre, la HALDE obtient des informations complé-
rable de la commission de la première université au motif de mentaires : aucun problème de sureffectif, aucune discussion
« son âge trop élevé pour commencer des études médicales ». sur la validité des dossiers d’inscription, qui comportent
Le 12 décembre, à l’issue d’autres échanges de courrier, le pré- même des justificatifs de domicile.
sident de la première université précise qu’un courrier a été L’annonce de la saisine de la HALDE a accéléré la résolution
adressé à l’UFR de médecine afin que Clémentine puisse être amiable du différend. L’inspection académique a accepté de
inscrite à la prochaine rentrée universitaire. recevoir le collectif de soutien des familles et d’intervenir
Le collège prend acte de cet engagement. auprès de la mairie.
Le collège relève que la décision de rejet de la première uni- Le 17 octobre 2005, Charlotte et Frédéric faisaient leur
versité est constitutive d’une discrimination à raison de l’âge. rentrée.
Le collège constate que la décision de la deuxième université
repose sur une erreur manifeste d’appréciation.
Le collège constate les négligences commises, l’absence de CAS N° 22 I UNE SAISINE DE LA DÉFENSEURE
réponse, l’attitude générale des interlocuteurs de la deuxième DES ENFANTS

université. Il décide de poursuivre l’instruction de la réclama- Le 30 décembre 2003, Joséphine et sa famille arrivent en
tion afin de s’assurer que les dysfonctionnements ne mas- France et sont hébergées au centre d’accueil des demandeurs
quent pas des refus systématiques de candidature étrangère. d’asile géré par l’association France terre d’asile.
Le 11 juillet 2004, Joséphine tente d’inscrire ses deux
jumeaux, Clotaire et Louis, à l’école maternelle ; l’inscription
Dans une société développée, la formation initiale et conti- est refusée. Joséphine entame des démarches auprès du maire
nue joue un rôle sans cesse plus déterminant dans l’accès à de la ville, qui persiste dans son refus.
l’emploi. Le droit à l’enseignement a valeur constitution-

Page 173
35
2.3 Le service public (hors éducation)

La scolarisation en maternelle n’est pas une obligation et les inscrits dans le groupe scolaire, plus proche de leur lieu
textes précisent les conditions permettant de refuser l’inscrip- d’habitation, où ont pu être aussi scolarisés les deux autres
tion d’un enfant. enfants de Joséphine, Jeangabin et Michèle.
Le 30 juin 2005, la HALDE adresse un courrier au recteur et
au préfet, leur demandant de bien vouloir porter une atten-
tion particulière à cette situation pour que Clotaire et Louis La HALDE a pris acte du règlement amiable de ces deux
soient inscrits à la rentrée scolaire 2005/2006. affaires.
La réponse de l’inspection académique est imprécise. La HALDE
La HALDE a demandé qu’un module de sensibilisation à la
écrit une nouvelle fois le 29 juillet au recteur de l’académie en
lutte contre les discriminations et pour l’égalité des chan-
lui demandant de préciser toutes les démarches mises en œuvre
ces puisse être expérimenté dans certains IUFM. Les
au regard du principe de non-discrimination pour assurer
actions pédagogiques susceptibles d’être conduites en par-
l’inscription de Clotaire et de Louis à l’école maternelle.
tenariat avec les établissements scolaires doivent pouvoir
Le 5 septembre, l’inspection académique informe la HALDE de
être étendues.
la scolarisation des deux jumeaux Clotaire et Louis. Ils sont

2.3 Le service public (hors éducation)


RAPP ORT AN N U E L 2005

À côté de discriminations directes ou indirectes, intention- Par la suite, le maire informera Mehmet et la HALDE que la
nelles ou non, on relève aussi des situations où les textes et mairie n’interviendra plus dans ce dossier. Le maire admet
règlements sont détournés de leur objet et utilisés comme que l’installation est conforme et reconnaît implicitement
moyen pour discriminer des catégories données de population. ses torts.
La HALDE prend acte de ce règlement amiable et clôt le
CAS N° 23 I UNE ENTRAVE À LA LIBERTÉ dossier.
DU COMMERCE
Les simples mesures d’instruction mises en œuvre par la
Mehmet est gérant d’un établissement de restauration rapide
HALDE ont eu un effet dissuasif sur ce qui semblait bien être
dans une petite ville de la banlieue de l’Ouest parisien.
un comportement discriminatoire. La « peur du gendarme »
Depuis l’ouverture de son restaurant, les contrôles en matière
a des effets bénéfiques. Au-delà du traitement individuel
d’hygiène et de sécurité effectués par la mairie se sont multi-
des dossiers qui doivent trouver leur suite logique devant la
pliés. Ils sont devenus presque quotidiens. Ces tracasseries
justice, la HALDE, par son existence même, favorise une prise
culminent par un courrier menaçant d’engager une procé-
de conscience tant de la société que des institutions.
dure de fermeture administrative du restaurant si le disposi-
tif d’extraction des fumées n’est pas modifié. Il ne serait pas
en conformité avec le règlement sanitaire départemental. CAS N° 24 I LES ROMS ET LES GENS DU VOYAGE

Mehmet assure que son installation est conforme. Il saisit la Ces deux pères de famille sont des Roms. Ils ont acquis de
Halde. longue date un terrain sur lequel sont installées leurs famil-
Le 11 juillet, la Halde demande au maire de surseoir à l’exé- les. Ils envisagent d’apporter des améliorations à leur instal-
cution de cette mesure pour la durée de l’instruction du dos- lation, au fur et à mesure de leurs possibilités.
sier par ses services. La Halde transmet une copie de ce cour- Au cours de la révision du plan d’occupation des sols, leur
rier au préfet. terrain, bien qu’occupé, est noté comme « terrain libre », et
Le 13 juillet, le maire rencontre Mehmet, et l’informe orale- affecté à l’aménagement d’une aire d’accueil pour les gens
ment qu’il abandonne la procédure de fermeture adminis- du voyage en application de la loi Besson, privant de ce fait
trative. les propriétaires de possibilités d’aménagement privatif. Ils
introduisent un recours devant le tribunal administratif et
saisissent la HALDE, au mois de décembre, afin qu’elle puisse
le cas échéant présenter ses conclusions.

Page 174
36
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

La HALDE dans sa délibération considère que : Le collège se réserve, toutefois, la possibilité de présenter le cas
« Cette requalification de terrain “libre ” ne tient pas compte échéant des observations devant le tribunal administratif. »
du fait que les réclamants l’ont aménagé et qu’ils y vivent
avec leurs familles. Elle aurait eu pour but de légitimer la
mesure prise par la commune de créer une aire d’accueil des Cette affaire illustre bien la situation des Roms et des gens
gens du voyage sur le terrain en question, sans chercher à en du voyage en France. Population hétérogène, de nationalité
obtenir la maîtrise foncière. française ou étrangère, sédentaires ou nomades, les Roms
Conformément aux articles R. 443-6 et R. 443-4 alinéa 2 du et gens du voyage, par leur mode de vie, constituent un
code de l’urbanisme, “les gens du voyage propriétaires de leur groupe auquel sont appliquées des dispositions particuliè-
terrain sont libres d’y séjourner dès lors que leur caravane res, en vertu de lois spécifiques.
constitue un habitat permanent même s’ils se déplacent
La HALDE s’attache, dans le cadre d’une réflexion engagée
régulièrement vers les lieux d’exercice de leur activité”.
au niveau de l’Union européenne, à ce que ces textes, et
Les parties ayant donné leur accord, le collège de la HALDE
l’application qui en est faite, n’aboutissent pas à des discri-
invite le président à donner mandat à un membre de la fédé-
minations contre ces populations qui ont, à plusieurs repri-
ration nationale des centres de médiation agissant sous
ses et dans nombre de pays, été victimes d’un racisme
l’égide du Conseil national des barreaux, afin de désigner un
odieux.
médiateur et de faire procéder à la médiation dans un délai

RAPP ORT AN N U E L 2005


de trois mois.

2.4 L’accès aux autres biens et services

Les discriminations en matière de biens et services, parce poursuivi. La HALDE a fixé un délai d’un mois au directeur
qu’elles touchent à la vie quotidienne, méritent d’être de ce magasin pour rendre compte des suites données à cette
décrites pour être mieux combattues. recommandation.

CAS N° 25 I LA DIFFÉRENCE DE TRAITEMENT CAS N° 26 I DES MESURES DE SÉCURITÉ


LIÉE À L’ORIGINE QUI CRÉENT DES DISCRIMINATIONS

Dans un souci de sécurité, une grande surface procédait à la Un sikh s’est vu refuser l’accès à un établissement privé chargé
vérification des sacs, cartables et cabas, non pas à la sortie d’une mission de service public parce qu’il a refusé d’enlever
pour lutter contre le vol, mais à l’entrée du magasin. Le récla- son turban.
mant a toutefois constaté que cette fouille semblait ne concer- Saisie de cette affaire la HALDE adresse un premier courrier
ner que les personnes d’origine étrangère réelle ou supposée. afin d’obtenir toute information sur les situations dans les-
Le collège a constaté que « les règles des contrôles effectués sur quelles cet établissement peut s’opposer à l’entrée d’une per-
la clientèle à l’entrée de ce magasin laissent possible une sonne dans ses locaux, en lui demandant de préciser si le port
interprétation au cas par cas et sont ainsi source de discri- d’un signe religieux pouvait constituer un motif de refus
mination ». d’accès.
Deux notes internes relatives aux consignes de sécurité et
décrivant les conditions dans lesquelles l’accès aux locaux est
La HALDE a demandé au directeur de ce magasin de préci- contrôlé, particulièrement en période de Plan Vigipirate, sont
ser les consignes internes de sécurité afin que leur mise en jointes au courrier de réponse.
œuvre ne soit pas fondée sur l’appréciation subjective des Ces notes ne font aucune référence au port de signes religieux.
agents d’accueil et ne conduise pas à pratiquer une diffé- En revanche, elles précisent que le port de certains accessoires
rence de traitement entre des clients. La HALDE a indiqué vestimentaires susceptibles de nuire à une bonne identifica-
qu’à cette fin toute mesure de contrôle et de sécurité devait tion (tout accessoire susceptible de masquer totalement ou
être raisonnable et justement proportionnée à l’objectif partiellement le visage) peut conduire à en interdire l’accès.

Page 175
37
2.4 L’accès aux autres biens et services

En l’espèce, la mise en œuvre des mesures de sécurité requises Le directeur a maintenu son refus en indiquant appliquer les
par l’application du Plan Vigipirate auxquelles se réfère l’éta- consignes de sécurité édictées, qui stipulent que l’accès de
blissement paraît aléatoire. En effet, ces instructions internes l’agence est autorisé au client handicapé se déplaçant en fau-
sont vagues et laissent possible une interprétation au cas par teuil roulant s’il est : connu, identifié, répertorié. »
cas. En outre, elles fondent l’appréciation de la tenue vesti-
mentaire sur les « soupçons » subjectifs de l’agent d’accueil.
Seule la loi peut imposer le cadre d’une telle restriction de la Il est établi que le réclamant n’a pas bénéficié d’un service
liberté de conscience, à valeur constitutionnelle. équivalent à celui offert aux autres usagers, son accès aux
services bancaires ayant été subordonné à certaines condi-
tions particulières propres aux personnes handicapées en
Ainsi, le fait de refuser le bénéfice d’un droit accordé par la fauteuil roulant.
loi en se fondant sur le critère de l’apparence physique ou de
Le collège observe en l’espèce que les conditions particuliè-
l’appartenance ou de la non-appartenance vraie ou suppo-
res d’accès des personnes handicapées en fauteuil roulant
sée à une ethnie, une nation, une « race » ou une religion
apparaissent disproportionnées et l’infraction de refus de
déterminée constitue une discrimination.
fourniture d’une prestation de service ou, a minima, de
En outre, toute mesure ayant pour effet d’exclure l’accès subordination de la fourniture d’un service à une condition
d’un groupe déterminé en raison de son origine nationale, fondée sur le handicap semble caractérisée.
RAPP ORT AN N U E L 2005

son appartenance ou non-appartenance vraie ou supposée


Les risques particuliers existant dans un établissement ban-
à une ethnie ou une « race » constitue une discrimination
caire autorisent seulement les mesures nécessaires et pro-
indirecte prohibée par l’article 19 de la loi n° 2004-1486 du
portionnées à la gravité de la menace. La HALDE note que
30 décembre 2004.
suite aux faits incriminés, ces consignes de sécurité ont été
Dans ces deux cas, la HALDE prend en compte les exigences modifiées. L’assouplissement notable qui en a résulté établit
d’une nécessaire vigilance mais se réserve le droit d’apprécier en lui-même la disproportion des règles antérieures.
la proportionnalité entre les précautions mises en œuvre
La discrimination peut aussi trouver sa source dans un abus
et l’objectif recherché. Les précautions doivent faire
de droit.
l’objet d’une description précise, elles doivent être propor-
tionnelles, elles doivent s’appliquer à toute la clientèle.
Elles sont susceptibles d’être amendées pour prendre en
CAS N° 28 I LE DÉTOURNEMENT DU PRINCIPE
DE LAÏCITÉ
compte, concrètement, le respect des libertés individuelles,
en particulier en matière religieuse, résultant du principe Fatima a pu suivre ses cours collectifs de code de la route
d’égalité tel qu’il est apprécié aujourd’hui, dans l’esprit de dans une auto-école sans y rencontrer de problème particu-
la jurisprudence du Conseil d’État. lier pendant plus de six semaines. Elle a réussi son examen et
veut prendre des cours de conduite.
À son premier cours elle se présente à l’instructeur, proprié-
CAS N° 27 I LA DISCRIMINATION DANS
taire de l’auto-école, dans sa tenue habituelle. Elle a les che-
LA FOURNITURE D’UN SERVICE
EN RAISON DU HANDICAP veux couverts par un voile, qui ne laisse apparaître que son
visage, en conformité avec ses convictions religieuses.
En application de l’article 13 de la loi créant la HALDE, un
L’instructeur lui enjoint de retirer son voile, ce qu’elle refuse
juge d’instruction a invité la HALDE à présenter ses observa-
de faire. Il lui indique alors qu’elle ne pourrait pas faire sa for-
tions, à la suite d’une plainte déposée par Michel pour dis-
mation avant plusieurs mois.
crimination dans l’offre et la fourniture d’un bien ou d’un
Elle saisit la HALDE qui demande des précisions à l’instruc-
service en raison du handicap.
teur propriétaire de l’auto-école. Dans sa réponse il confirme
Le collège formule les observations suivantes :
qu’il n’acceptera pas que Fatima conserve son voile, et prend
« Il est établi que Michel, qui se déplace en fauteuil roulant,
prétexte de l’interdiction du voile dans les écoles, en applica-
est entré dans le sas de sécurité équipé d’un détecteur de
tion des principes de laïcité et de neutralité du service public,
métaux de son agence bancaire. Le signal d’alarme s’est
pour justifier sa position. Mais son courrier ne laisse aucun
déclenché.
doute sur ses positions clairement opposées à la pratique de
Le directeur d’agence lui a alors demandé de ressortir et lui
l’islam, et même ouvertement racistes.
a refusé l’accès à l’agence. Michel a présenté sa carte natio-
nale d’identité ainsi que deux chéquiers.

Page 176
38
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

La HALDE a ainsi été amenée à préciser la portée du principe par un engagement international auquel la France est partie.
de laïcité, du principe de neutralité du service public, et les La question est de savoir si cette offre de « soupe au cochon »
conditions légales de leur mise en œuvre. La loi 2004-228 génère une distinction entre les bénéficiaires de cette soupe à
du 15 mars 2004 sur la laïcité ne porte que sur les écoles, raison de l’origine, de l’appartenance ou de la non-apparte-
collège et lycées de l’enseignement public, et ne saurait être nance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une
étendue aux usagers d’autres services. En l’espèce, la « race » ou une religion déterminée au sens de l’article 225-1
Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et alinéa 1 du code pénal.
pour l’Égalité décide d’informer le procureur de la Dans un article publié le 8 janvier 2006 sur le blog du collec-
République de ces faits susceptibles de constituer un délit. tif [en question], [la responsable] justifie la soupe populaire
de la manière suivante : après avoir indiqué qu’il s’agissait
Dans certains cas, il s’agit de racisme pur.
d’« une action sociale et identitaire », elle précise : « Nous
sommes partis du constat que bon nombre des SDF étaient
CAS N° 29 I L’ACCÈS AUX LOISIRS
des Européens et il nous a semblé normal d’aider les nôtres
Laetitia a 20 ans. Elle a invité une vingtaine d’amis pour fêter d’abord. » Elle s’adresse en priorité aux sans-domicile qui
son anniversaire. Les jeunes se retrouvent dans son studio sont, selon le collectif, majoritairement européens et qu’au
avant de se rendre dans une discothèque. Laetitia a réservé surplus « le cochon est un symbole européen, que cela plaise
pour 20 personnes, 20 amis invités à célébrer ses 20 ans dans ou non ».
la discothèque à la mode.

RAPP ORT AN N U E L 2005


L’article 225-2, 4° du code pénal, dispose que la discrimina-
Un premier groupe de 15 personnes arrive, tout se passe bien. tion est punissable lorsqu’elle consiste à « subordonner la
Un peu plus tard, Kevin, Nicolas, Karim, Mourad et Thomas fourniture d’un bien ou d’un service à une condition fondée
arrivent à la discothèque. Ils précisent qu’ils rejoignent leurs sur l’un des éléments visés à l’article 225-1 », étant précisé
amis. Les agents de sécurité laissent passer Nicolas et Thomas que le caractère discriminatoire d’une telle offre ne nécessite
et refusent l’entrée aux trois autres. pas que les cocontractants virtuels soient entrés en relation,
Laetitia obtient une première explication. Les agents de sécu- la simple émission de l’offre discriminatoire suffisant à
rité lui disent qu’il n’est pas possible de laisser entrer trois déclencher l’application des dispositions ci-dessus visées.
personnes de couleur. Le responsable de l’établissement est L’expression « fourniture de biens ou de prestation de ser-
alerté. Il avance une tout autre version. vice », est très large. Elle recouvre toutes les conventions ayant
Il dit ne pas vouloir laisser entrer ce nouveau groupe parce un tel objet. Il a par ailleurs été jugé par la cour d’appel de
qu’il a déjà eu des problèmes avec certains de ces jeunes gens. Paris que les termes « biens et services » devaient se compren-
Or, selon l’ensemble des attestations que la HALDE a recueil- dre comme visant « toutes les choses susceptibles d’être
lies, les personnes refoulées n’habitaient pas dans cette ville l’objet d’un droit et qui représentent une valeur pécuniaire ou
de province, ni dans ses environs, mais à plus de 500 km de un avantage ».
là. Aucun de ces jeunes gens n’était jamais allé dans cet Cette offre de « soupe au cochon » est, en conséquence, une
établissement avant cette soirée. prestation de service au sens de l’article 225-2 du code pénal.
Les organisateurs de la soupe tirent argument du fait que
cette soupe est proposée à tous de sorte qu’aucune discrimi-
La HALDE a décidé d’informer le procureur de la République nation ne peut être opposée au collectif. Ainsi, elle affirme
des faits portés à sa connaissance, susceptibles de constituer dans un entretien publié sur le blog du collectif que « le porc
un délit. fait partie de notre culture culinaire, nous proposons notre
soupe à tout le monde, cela n’a rien de discriminatoire ».
CAS N° 30 I DISTRIBUTION GRATUITE Sur le document intitulé « Fiche pratique, la soupe au
MAIS DISCRIMINATOIRE cochon » on peut lire : « Pas de file d’attente, ni d’ordre de pas-
La HALDE a été saisie par une députée au Parlement européen sage : ambiance gauloise oblige !! Seule condition requise pour
au sujet d’une distribution gratuite d’aliments effectuée par dîner avec nous : manger du cochon. En cas de doute, deman-
un groupe revendiquant son appartenance identitaire, dont der la carte d’adhérent [...]. Bien faire comprendre que nous
cette députée pensait qu’elle était discriminatoire. La HALDE n’avons déjà pas assez pour les nôtres. Attention, fromage,
a examiné cette réclamation et le collège a décidé : dessert, café, vêtement, friandises vont avec la soupe au
Aux termes de l’article 1er de la loi du 30 décembre 2004, cochon : pas de soupe, pas de dessert… le seul mot d’ordre de
la HALDE est compétente pour connaître de toutes les dis- notre action : les nôtres avant les autres. »
criminations directes et indirectes, prohibées par la loi ou
Page 177
39
2.4 L’accès aux autres biens et services

En subordonnant le service du dessert, du café ou de friandi- • la directive 2002/98/CE du Parlement européen et du


ses au fait de manger du « cochon », il apparaît que le choix Conseil du 27 janvier 2003 établissant des normes de
du cochon comme aliment principal de la soupe n’est pas qualité et de sécurité pour la collecte, le contrôle, la trans-
neutre, voire significatif. Il a manifestement pour fondement formation, la conservation et la distribution du sang
et pour but l’exclusion des personnes appartenant à des humain, et des composants sanguins, et modifiant la
confessions qui prescrivent ou recommandent de ne pas directive 2001/83/CE,
consommer de porc.
• la directive 2004/33/CE de la Commission du 22 mars
2004 portant application de la directive 2002/98/CE du
Parlement européen et du Conseil concernant certaines
À ce titre, il convient de rappeler que l’acte discriminatoire
exigences techniques relatives au sang et aux composants
au sens de l’article 225-2 4° du code pénal peut être expli-
sanguins,
cite ou simplement implicite, la répression s’appliquant
aussi aux comportements qui, sans être explicitement • le décret 2006-99 du 1er février 2006 relatif à l’Établis-
discriminatoires, expriment une préférence procédant du sement français du sang et à l’hémovigilance et modifiant
même esprit. le code de la santé publique (dispositions réglementaires). »

C’est pourquoi, conformément à l’article 12 de la loi du


30 décembre 2004, le collège de la HALDE décide d’informer
CAS N° 32 I L’ORIENTATION SEXUELLE ET L’ACCÈS
AUX BIENS ET SERVICES
RAPP ORT AN N U E L 2005

le procureur de la République des faits portés à sa connais-


sance, susceptibles de constituer un délit. Une chambre avait été réservée, et réglée d’avance, dans un
hôtel au bord de la mer. Lorsque les clients se présentent à la
réception, les propriétaires leur indiquent qu’ils attendaient
CAS N° 31 I LE DON DU SANG ET L’HOMOSEXUALITÉ
un couple. Les deux hommes confirment qu’ils sont bien
La HALDE a été saisie par un président d’association d’une ensemble. Après discussion avec son épouse, le propriétaire
réclamation relative à l’exclusion des personnes homosexuelles refuse de donner les clés, rembourse la réservation en indi-
du don du sang. Lorsqu’une personne souhaite donner son quant « qu’il ne veut pas de ça chez lui ».
sang, elle remplit un questionnaire et est soumise à un entre- Interrogés par la HALDE, les propriétaires de l’hôtel indiquent
tien médical. Le fait d’indiquer à cette occasion son homo- spontanément qu’ils ne sont pas homophobes, mais qu’ils
sexualité ou sa bisexualité est un élément suffisant et perma- avaient proposé une chambre à deux lits, pour éviter des pro-
nent pour écarter cette personne de la collecte. blèmes qu’ils avaient déjà rencontrés avec des hommes seuls.
Le collège considère que : « en l’espèce il n’y a pas de refus
d’accès à un bien ou un service, même si la pratique actuelle
est vécue comme discriminatoire par les candidats au don Au vu des éléments du dossier, des explications contradic-
du sang. toires fournies par les hôteliers et en l’absence d’arguments
Dans le souci d’une protection sanitaire renforcée et dans le sérieux et objectifs à l’appui de leur refus de location d’une
respect de l’avis du Comité consultatif national d’éthique chambre double à deux hommes, la HALDE a considéré que
(CCNE), la décision d’exclusion définitive du don du sang les faits étaient constitutifs du délit de discrimination.
d’une personne paraît devoir être prise sur la base des ris-
Toutefois, comme les réclamants étaient disposés à renon-
ques liés à son comportement. Ces derniers doivent être éva-
cer à une action en justice si des excuses officielles leur
lués avec précision à l’aide d’un questionnaire rigoureux et
étaient présentées, la HALDE a proposé une médiation
détaillé sur les pratiques à risque afin de réduire au maxi-
confiée au Centre de médiation du barreau, ce que les deux
mum l’aléa lié à l’état de santé du donneur.
parties ont accepté.

La HALDE recommande à l’Établissement français du sang de


mener une réflexion afin d’établir un protocole de sélection
répondant à l’impératif absolu de sécurité des receveurs de
produits sanguins, à l’intangible principe de précaution et
en accord avec :

Page 178
40
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

2.5 Le principe d’égalité et les mesures de solidarité

La première recommandation de la HALDE visant à une pays que la France, différence de traitement fondée unique-
modification du droit a porté sur un épisode douloureux ment sur le critère de la nationalité du demandeur au
de l’histoire. moment du fait générateur du droit à pension.
Dès lors, l’impossibilité pour les personnes victimes de dépor-
CAS N° 33 I L’ÉGALITÉ DE TRAITEMENT tation depuis un autre pays que la France de bénéficier d’une
pension d’invalidité en raison de leur nationalité au moment
La HALDE a été saisie par le président de l’association
des faits, peut être regardée comme ne reposant pas sur un
« Mémoire 2000 » ainsi que par l’ambassadeur itinérant au
critère en rapport avec l’objet des pensions d’invalidité et être
ministère des Affaires étrangères en charge de la dimension
considérée, de ce fait, comme incompatible avec les disposi-
internationale de la Shoah, des spoliations et du devoir de
tions de l’article 14 de la CEDH.
mémoire.
À l’occasion de l’instruction de cette réclamation, il est éga-
Cette réclamation porte sur les conditions d’attribution aux
lement apparu que les étrangers arrêtés en France et dépor-
déportés politiques de la Seconde Guerre mondiale de la pen-
tés, qui n’ont pas acquis ultérieurement la nationalité fran-
sion d’invalidité prévue par le code des pensions militaires

RAPP ORT AN N U E L 2005


çaise, sont également exclus du bénéfice de cette pension
d’invalidité et des victimes de la guerre.
d’invalidité.
Le collège de la HALDE décide :
Cette situation caractérise une autre différence de traite-
« Le réclamant dénonce l’impossibilité pour les personnes
ment, fondée cette fois sur la nationalité actuelle qui, selon
déportées à partir d’un autre pays que la France, qui
la même logique, apparaît également contraire aux disposi-
n’avaient pas au moment des faits la nationalité française,
tions précitées.
mais qui se sont installées en France après leur libération et
Le collège de la HALDE invite le président à interroger le
ont acquis depuis la nationalité française, de bénéficier de
Premier ministre et le ministre de la Défense sur les justifica-
cette pension d’invalidité.
tions de l’exclusion du bénéfice des pensions d’invalidité des
Il évoque en particulier le cas des « Enfants de Buchenwald »,
personnes de nationalité étrangère au moment de leur arres-
déportés pour la plupart depuis l’Europe de l’Est. À la libé-
tation et de leur déportation, soit lorsqu’elles ont été déportées
ration, environ 400 de ces orphelins ont été accueillis en
depuis un pays étranger et ne se sont installées en France
France sur décision du général de Gaulle et nombre d’entre
qu’après leur libération, et ont acquis depuis la nationalité
eux ont alors acquis la nationalité française.
française, soit lorsqu’elles ont été déportées depuis la France
Une demande d’information a été adressée le 15 juin 2005 à
et n’ont pas acquis ultérieurement la nationalité française.
la direction des statuts, des pensions et de la réinsertion
Dans l’hypothèse où aucune justification recevable au regard
sociale du ministère de la Défense. Par courrier en date du
de la loi ou des conventions internationales ne viendrait à
28 juillet 2005, la direction a confirmé que les personnes
l’appui de ces mesures, et sous la seule réserve que les personnes
déportées pour des motifs politiques ou raciaux, françaises
concernées ne bénéficient pas d’ores et déjà d’une pension
au moment des faits et de la demande de pension, peuvent
d’invalidité versée par un autre État, la HALDE demande que
demander à bénéficier de cette pension d’invalidité, et ce,
soit réformé en conséquence le code des pensions militaires
qu’elles aient été déportées depuis la France ou depuis un
d’invalidité et des victimes de la guerre. »
autre pays.
Elle confirme également qu’à l’inverse, les déportés de natio-
nalité étrangères au moment des faits, mais qui ont acquis la
Dans l’examen de cette affaire, le collège est allé au-delà de la
nationalité française après la guerre, ne peuvent pas deman-
simple réclamation formulée, pour proposer un aména-
der à bénéficier d’une pension d’invalidité si elles ont été
gement du code des pensions militaires d’invalidité des
déportées depuis un autre pays que la France.
victimes de guerre, en s’appuyant sur l’article 14 de la
L’instruction de ce dossier a donc effectivement révélé l’exis-
Convention européenne des Droits de l’Homme.
tence d’une différence de traitement dans la détermination
du droit à pension des personnes déportées depuis un autre

Page 179
41
2.5 Le principe d’égalité et les mesures de solidarité

Le ministre des Anciens Combattants a informé la HALDE du tant, ces personnes rencontrent les plus grandes difficul-
déroulement de l’instruction de ce dossier par ses services. tés à effectuer des emprunts à des taux qui ne soient pas
Son courrier du 27 décembre 2005 se conclut ainsi : prohibitifs.
« Le caractère spécifique qui s’attache à la législation relative
Les dispositions qui prohibent la discrimination ne sont
à la déportation au sein du droit français et la jurisprudence
pas applicables aux discriminations fondées sur l’état de
du Conseil d’État, en ce qui concerne l’application de
santé, lorsqu’elles consistent en des opérations ayant pour
l’article 14 de la convention précitée, milite, me semble-t-il
objet la prévention et la couverture du risque décès, des ris-
pour la prise des mesures législatives modifiant l’article
ques portant atteinte à l’intégrité physique de la personne ou
L. 252-5 du code des pensions militaires d’invalidité et des
des risques d’incapacité de travail ou d’invalidité.
victimes de guerre permettant aux déportés de nationalité
étrangère au moment des faits, qui ont acquis la nationa- La convention dite « Belorgey » a été signée le 19 septembre
lité française après la guerre, et déportés depuis un autre 2001 par l’État les organisations professionnelles représen-
pays que la France, de bénéficier, ainsi que leurs ayants tant les établissements de crédit et les assureurs ainsi que par
cause, d’une pension d’invalidité. ces associations représentant les consommateurs ou les
personnes présentant un risque de santé aggravée. Elle
Cette mesure devra être, néanmoins, assortie de conditions
vise à améliorer l’accès à l’emprunt et à l’assurance des
précises d’application.
personnes présentant un risque de santé aggravée.
Ainsi, dans l’hypothèse où une mesure d’indemnisation
RAPP ORT AN N U E L 2005

Toutefois, malgré l’avancée que représente la convention


serait intervenue de la part du pays dont les intéressés ont
Belorgey, à laquelle la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002
été ressortissants, il ne pourrait pas être accordé une
relative aux droits des malades confère une base légale, des
deuxième indemnité prise en application du code des pen-
insuffisances subsistent.
sions militaires d’invalidité des victimes de guerre.
La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et
... S’agissant, par ailleurs, des étrangers arrêtés en France et
pour l’Égalité s’est saisie de la question de l’assurabilité des
déportés, qui n’ont pas acquis ultérieurement la nationalité
personnes présentant un risque de santé aggravée. Par une
française, une étude complémentaire est nécessaire.
délibération du 28 novembre 2005, le collège décide :
Enfin, je tiens à préciser que la notion de déportation sera
« Malgré l’existence de cette convention des difficultés
entendue au sens strict du code des pensions militaires
demeurent.
d’invalidité et les victimes de guerre, afin de sauvegarder le
principe d’égalité auquel je vous sais très attaché. • Alors que la loi du 4 mars 2002 prévoit une convention
relative à l’assurance des personnes exposées à un risque
La mise en œuvre d’une telle mesure législative nécessite,
aggravé du fait de leur état de santé déterminant les moda-
néanmoins, une concertation interministérielle afin, notam-
lités particulières d’accès à l’assurance contre les risques
ment, dans cerner les implications budgétaires. Dès que
d’invalidité ou de décès, la convention Belorgey n’a envisagé
celle-ci aura abouti, dans les meilleurs délais, je vous appor-
que le risque de décès.
terai une réponse complète et circonstanciée. »
Aussi, l’extension de la convention à la couverture des ris-
Dans un tout autre domaine, la HALDE a usé de son pouvoir
ques d’invalidité pourrait-elle être proposée.
de recommandation.
• Se pose également la question de la connaissance et de la
L’assurabilité des personnes présentant un risque
prise en charge, sous le signe de la solidarité, des surprimes
de santé aggravé
auxquelles les personnes présentant un risque de santé
Les personnes présentant un risque de santé aggravé, aggravé ne pourraient faire face. En effet, ces surprimes sont
parmi les nombreux problèmes auxquels elles se heurtent, souvent d’un niveau tel qu’elles rendent, pour la majeure
sont confrontées à la difficulté de s’assurer. Outre cette partie des emprunteurs potentiels concernés, l’opération
difficulté propre, et dans la mesure où l’octroi d’un crédit économiquement irréalisable puisque trop coûteuse.
est très généralement assorti d’une assurance du contrac-

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42
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

La prise en charge de ces surprimes par un fonds de garan- personnes modestes, la limitation de la durée du prêt à 15 ans
tie pourrait être envisagée. combinée aux surprimes auxquelles elles sont soumises rend,
de fait, le crédit inaccessible.
• Le déficit de connaissance du mécanisme conventionnel
par les agents des établissements de crédit et les assureurs est En conséquence, la durée des prêts pourrait être allongée.
dénoncé par les consommateurs. Il en résulte une mauvaise
Compte tenu de l’exception posée par la loi à l’article 225-
information des candidats au crédit et à l’assurance.
3 1° du code pénal, seule une intervention publique est
En outre, aux termes de cette convention, alors que les éta- susceptible de garantir aux personnes présentant un risque
blissements de crédit se sont engagés à accepter des alterna- de santé aggravé l’accès à l’assurance, ainsi qu’au crédit.
tives à l’assurance de groupe, ils n’informent pas suffisam-
C’est pourquoi, le collège, conformément aux articles 11
ment les emprunteurs potentiels quant à l’existence
et 15 alinéa 4 de la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004
d’alternatives à l’assurance, ou trouvent des prétextes pour
portant création de la HALDE, ainsi qu’à l’article 9 du décret
les refuser.
n°2005-215 du 4 mars 2005 relatif à la HALDE, invite le
En conséquence, il apparaît utile de faire peser sur les éta- président à demander au gouvernement, en particulier aux
blissements de crédit, débiteurs de l’obligation d’informa- ministres de la Santé et des Solidarités et de l’Économie et
tion au titre des articles L. 311 et suivants ainsi que L. 312 et des Finances, de prendre les mesures utiles à une meilleure
suivants du code de la consommation, une obligation légale application de la convention Belorgey, notamment de

RAPP ORT AN N U E L 2005


d’information relative, d’une part, à l’existence de la conven- compléter les dispositions de la loi sur les droits des malades,
tion Belorgey et, d’autre part, à la possibilité de garantir un en vue de permettre, en cas d’enlisement du dispositif
crédit par des alternatives équivalentes à l’assurance. conventionnel, y compris sur la couverture du risque
invalidité et sur l’organisation d’un fonds de garantie,
• La persistance, dans certains cas, d’un défaut de motiva-
l’intervention de solutions réglementaires. »
tion des décisions de refus d’un crédit par les établissements
bancaires est source de discriminations, notamment à rai-
son du handicap. Si l’article 225-3 1° du code pénal permet
aux assureurs la sélection des risques en se fondant sur l’état
de santé, il n’autorise pas les établissements de crédit à consi-
dérer le handicap comme une source d’insolvabilité déter-
minant en réalité le refus de crédit.
Aussi, pourrait-il être proposé de mettre à la charge de ces
établissements une obligation légale de motivation des déci-
sions de refus de crédit pour motifs de santé, incluant l’obli-
gation de proposer les modalités et garanties susceptibles de
permettre l’accès au crédit pour les personnes handicapées.
• La condition d’âge fixée par la convention en ce qui
concerne les prêts à la consommation est restrictive, compte
tenu des évolutions de la science et des avancées de la méde-
cine contemporaine, puisque seules les personnes ayant au
plus 45 ans sont dispensées de questionnaire médical pour
« les crédits à la consommation affectés » d’un montant
maximal de 10 000 euros.
Aussi, la condition d’âge pourrait-elle être revue.
• La durée des crédits immobiliers et professionnels ainsi
que leurs montants prévus par la convention représentent
pour beaucoup l’impossibilité d’accéder au crédit. Pour des

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43
2.6 L’accès aux fonctions représentatives

2.6 L’accès aux fonctions représentatives

afin d’assurer progressivement une représentation équilibrée,


CAS N° 34 I NOMINATION AU CONSEIL
notamment par la participation de femmes aux politiques
D’ADMINISTRATION D’UN
ÉTABLISSEMENT DE RECHERCHE de recrutement, mais aussi de gestion des services.
Lors de la nomination au conseil d’administration d’un Dans un premier temps, l’article 19 de cette loi a prévu des
établissement de recherche, une opportunité a été négligée : dispositions modifiant notamment la loi n° 83-634 du
douze sièges devaient être pourvus, douze hommes ont été 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonction-
nommés par le ministère. Des associations de femmes ont naires par lesquelles le principe d’égalité impose une repré-
saisi la HALDE. Le collège décide : sentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des
« Néanmoins, la recherche étant le seul domaine pour lequel jurys et des organismes consultés. Ce texte n’impose aucune
un décret d’application de la loi n° 2001-397 du 9 mai 2001 obligation en ce qui concerne la désignation des membres des
relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les instances dirigeantes des établissements publics administra-
hommes n’a pas été adopté, le collège demande au président tifs. Or l’accession des femmes aux organes décisionnels
d’appeler l’attention du ministre délégué à la Recherche sur apparaît essentielle afin que dans la fonction publique les
femmes et les hommes soient également représentés à tous les
RAPP ORT AN N U E L 2005

la nécessité d’assurer l’application de cette loi.


En sus, les douze personnalités nommées par décret au conseil niveaux de la hiérarchie.
d’administration du CNRS sont représentatives de trois Dès lors, le collège de la HALDE invite le président à demander
secteurs : les sciences et technologie, le monde du travail, le au Premier ministre et au ministre chargé de la Recherche
domaine économique et social. La conjonction de ces trois d’envisager l’application du principe d’équilibre de
secteurs rend ces douze personnalités représentatives de la représentation des deux sexes aux instances décisionnelles
société française. Or, bien qu’il n’y ait aucune obligation dans la fonction publique, notamment aux conseils
légale de nommer ces personnalités en respect du principe d’administration des établissements publics administratifs,
d’égalité entre femmes et hommes, les dernières nominations scientifiques et techniques. »
ne reflètent ni la composition de la société, ni celle des cher-
cheurs au CNRS (31 % de femmes).
Eu égard à cette disparité, le collège de la HALDE recommande,
pour l’avenir, que la nomination au conseil d’administra-
tion du CNRS de ces douze personnalités qualifiées soit effec-
tuée en ayant pour objectif une représentation équilibrée des
femmes et des hommes.
Enfin, l’absence d’application aux conseils d’administration
des établissements publics administratifs de la loi n° 2001-
397 du 9 mai 2001 relative à l’égalité professionnelle entre les
femmes et les hommes – dite loi Génisson – semble être un
frein à l’objectif poursuivi par cette loi. En effet, elle a pour
but de permettre aux femmes de dépasser le « plafond de
verre » et de favoriser leur accès aux fonctions d’encadrement,

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44
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

semble pas reposer sur des justifications objectives et raison-


CAS N° 35 I LES ARTISANS ÉTRANGERS
nables en lien avec cette finalité.
Saisie par le secrétaire général du Mouvement contre le
Le collège de la HALDE invite le président à interroger le
racisme et pour l’amitié entre les peuples, le MRAP, la HALDE
Premier ministre et le ministre des Petites et Moyennes Entre-
a examiné les dispositions du décret n° 2004-896 du 27 août
prises, du Commerce, de l’Artisanat et des Professions libé-
2004 qui retirent le droit de vote aux élections des Chambres
rales, sur les justifications de l’exclusion des ressortissants
des métiers, aux artisans non européens. Le collège de la
non communautaires du corps électoral des Chambres des
HALDE décide :
métiers et de l’artisanat, le délai de réponse étant fixé au
« (...) La composition du corps électoral des Chambres de
15 octobre 2005. Dans l’hypothèse où aucune justification
métiers a été fixée par le décret n° 99-433 du 27 mai 1999
valide au regard de la loi ou des conventions ne viendrait à
qui conférait initialement la qualité d’électeur à toutes les
l’appui de cette mesure, il en demande la suppression. »
personnes physiques et à tous les dirigeants sociaux des
personnes morales, français ou étrangers, immatriculées au
répertoire des métiers de la Chambre de métiers.
L’engagement de modifier le décret conformément à la
Une condition plus restrictive a été posée par l’article 4 du
recommandation de la HALDE est confirmé par le Premier
décret n° 2004-896 du 27 août 2004, désormais “les électeurs
ministre, qui écrit :
doivent être de nationalité française ou ressortissants d’un
État membre de la Communauté européenne ou d’un État « Après avoir procédé à l’instruction de ce dossier, et engagé

RAPP ORT AN N U E L 2005


partie à l’accord sur l’Espace économique européen”. » une concertation approfondie avec les représentants des
Les artisans et patrons résidant en France qui ne sont pas res- Chambres des métiers, le ministre en charge des PME,
sortissants de l’un des 25 États membres de l’Union euro- du Commerce, de l’Artisanat et des Professions libérales a
péenne, de l’Islande, du Liechtenstein ou de la Norvège n’ont proposé de revenir à la réglementation en vigueur entre
donc plus le droit de vote aux élections des Chambres des 1999 et 2004.
métiers. J’ai décidé d’accepter cette proposition qui sera mise en
Le rapport au Premier ministre annexé à ce décret ne fournit œuvre par voie de décret sous trois mois. »
aucune justification au retrait du droit de vote aux étrangers
non communautaires.
Les Chambres des métiers ont pour unique vocation de repré-
senter et de défendre les intérêts de leur secteur d’activité.
À cet égard, les artisans français, communautaires ou non
communautaires, dès lors qu’ils exercent leur activité en
France, sont placés dans une situation analogue.
De surcroît, cette institution ne met en œuvre aucune préro-
gative de puissance publique et ne participe pas à l’exercice
de la souveraineté nationale. Ses missions ne sont donc pas
de nature à justifier une restriction des personnes électrices.
Ainsi, le retrait du droit de vote aux élections des Chambres
des métiers et de l’artisanat à une partie importante des arti-
sans exerçant leur activité en France, alors même que ces
élections visent à désigner les membres d’une institution
ayant pour mission de représenter et défendre les intérêts
collectifs des artisans, sur le seul critère de la nationalité, ne

Page 183
45
3
Recommandations
et jurisprudence
du collège

Page 184
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

3.1 Les principales recommandations de la HALDE

La HALDE a voulu développer son action à partir des réclama- deux délibérations du 17 octobre 2005 la mise en place de
tions reçues et de leur traitement. Elle a également tiré des procédures de recrutement objectives et transparentes. Ces
délibérations du collège des recommandations générales ou recommandations ont été rapidement suivies d’effet. Dès le
spécifiques ayant pour effet d’engager des modifications mois d’octobre, la préfecture dont les pratiques ont été
législatives, réglementaires ou procédurales qui dépassent examinées s’est engagée à effectuer des réformes. Puis,
les cas individuels. Et de construire une jurisprudence la décision de la HALDE a eu une répercussion nationale,
détaillée permettant de préciser son mode de délibération le ministère de l’Intérieur ayant repris l’ensemble des
et les critères retenus dans ses débats. recommandations formulées dans une circulaire datée du
9 janvier 2006. L’établissement bancaire a également engagé
L’une des prérogatives reconnues à la HALDE par le législa-
une réforme de ses pratiques en relation avec les services de
teur est le pouvoir de formuler des recommandations
la HALDE, celle-ci est entrée en vigueur le 6 mars 2006.
lorsqu’elle constate l’existence d’une discrimination.
La HALDE a recommandé la modification de l’article 4 du
L’exercice de cette attribution a d’ores et déjà permis
décret n° 2004-896 du 27 août 2004 qui a supprimé pour
d’introduire certaines modifications de textes législatifs

RAPP ORT AN N U E L 2005


les artisans étrangers le droit de vote aux élections des
ou réglementaires.
Chambres des métiers, sans que cette différence de traite-
C’est en matière de discrimination dans l’accès au logement ment ne soit légitime au regard du but poursuivi. Le
qu’une recommandation de la HALDE a permis la première gouvernement, par lettre du Premier ministre, s’est engagé
modification législative mettant fin à un régime discrimina- à publier un texte rectificatif revenant à la situation anté-
toire. À l’occasion d’une réclamation portant sur un refus de rieure, avant le 1er juin 2006.
location opposé à un candidat au motif que ses parents ne
En septembre 2005, le collège de la Haute autorité a constaté
pouvait se porter caution car ceux-ci résident outre-mer, la
que l’article L. 252-5 du code des pensions militaires d’in-
HALDE a pointé le caractère obsolète de l’article 2018 du code
validité et des victimes de guerre instituait une différence
civil en ce qu’il prévoit des conditions de résidence des
de traitement discriminatoire, dans l’allocation de pension
personnes se portant caution. La HALDE a recommandé en
d’invalidité aux personnes déportées pendant la Seconde
septembre la réforme de cet article, invitant le Premier
Guerre mondiale, à l’égard des personnes de nationalité
ministre à initier une réforme législative. Dès janvier,
étrangère au moment des faits qui ont acquis la nationalité
l’Assemblée nationale a amendé l’article 22-1 de la loi de
étrangère après la guerre et qui ont été déportées depuis un
modernisation sociale en y intégrant l’interdiction de refu-
autre pays que la France. Suite à la recommandation de la
ser qu’une personne se porte caution au motif qu’elle réside
Haute autorité, le Premier ministre et le ministre de la
dans les collectivités d’outre-mer.
Défense se sont engagés à initier la réforme de ce texte, ce qui
Par la suite, la HALDE a adopté une recommandation au impliquera une modification législative.
ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement,
D’autre part, la modification des articles R. 37 et R. 13 du
visant à l’adoption de règles précises et non discriminatoi-
code des pensions civiles et militaires a également été recom-
res s’imposant à tous les bailleurs dans la constitution des
mandée car, en dépit de leur apparente neutralité, ils perpé-
dossiers des candidats locataires et à préciser la liste limita-
tuent une différence de traitement discriminatoire entre
tive des documents exigibles lors de la conclusion d’un bail.
hommes et femmes quant au départ anticipé à la retraite en
Les conditions d’accès aux stages saisonniers ont été au prévoyant que celui-ci est soumis à la condition d’avoir béné-
cœur d’une des premières questions soulevées par les récla- ficier d’un congé d’au moins deux mois consécutifs pour
mants. La HALDE a été informée d’une pratique courante l’éducation des enfants, alors que la durée moyenne des
consistant à réserver l’accès aux stages d’été aux enfants du congés accordés aux pères est bien inférieure et non obliga-
personnel. Cette pratique est commune dans le secteur toire. Cette seconde recommandation a reçu une réponse
public, mais existe aussi dans le secteur privé et notamment, partielle nécessitant que la Haute autorité invite le ministre
dans l’affaire dont la HALDE a été saisie, au sein des établis- de la Fonction publique à poursuivre les réformes.
sements bancaires. Le collège de HALDE a recommandé par

Page 185
47
3.1 Les principales recommandations de la HALDE

La HALDE a également recommandé : • délibération n° 2005-20 du 5 septembre 2005 (retrait de


la pièce mentionnant l’orientation sexuelle d’un fonction-
• au ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie
naire de son dossier administratif)
et au ministre de la Santé et des Solidarités, l’adoption de
mesures utiles à une meilleure application de la convention • délibération n° 2005-24 du 19 septembre 2005 (réforme
Belorgey en matière d’accès à l’assurance, notamment en des articles L 197 et suivants du code des pensions militai-
complétant les dispositions de la loi sur les droits des mala- res d’invalidité et des victimes de guerre afin d’assurer l’éga-
des, en vue de permettre, en cas d’enlisement du dispositif lité de traitement des personnes déportées pendant la
conventionnel, y compris sur la couverture du risque inva- Seconde Guerre mondiale)
lidité sur l’organisation d’un fonds de garantie, l’interven-
• délibération n° 2005-26 du 19 septembre 2005 (précision
tion de solutions réglementaires ;
des consignes de sécurité pour l’accès à un établissement
• au ministre des Transports, la modification de l’arrêté du public afin de ne pas exclure des personnes en raison de leur
5 juillet 1984 afin de définir les normes médicales applica- pratique religieuse)
bles à la profession de personnel navigant commercial et ce,
• délibération n° 2005-32 du 26 septembre 2005 (justifica-
afin d’éviter toute discrimination fondée sur l’inaptitude en
tion ou modification des articles R. 37 et R. 13 du code des
raison du VIH qui ne serait pas objective, nécessaire et
pensions civiles et militaires instituant une différence de
appropriée ;
traitement entre hommes et femmes lors du départ à la
RAPP ORT AN N U E L 2005

• au ministre de la Santé et des Solidarités, l’adoption des retraite anticipé)


mesures permettant de mettre fin aux différentes inégalités
• délibération n° 2005-34 du 26 septembre 2005 (adoption
de traitement dont sont l’objet les médecins ayant obtenu
de mesures afin que les emplois d’assistant sanitaire dans les
leur diplôme hors de l’Union européenne en assurant une
centres de vacances et de loisirs ne soient plus de fait réser-
égalité de rémunérations et une reconnaissance de l’expé-
vés aux femmes)
rience acquise dans les hôpitaux français ;
• délibération n° 2005-43 du 3 octobre 2005 (justification
• au ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement
ou modification de l’article L 351-4 du code de la Sécurité
supérieur et de la Recherche, la publication des règles gou-
sociale instituant une différence de traitement entre hom-
vernant l’admission préalable des candidats et leur inscrip-
mes et femmes dans l’attribution de bonifications d’ancien-
tion dans les établissements d’enseignement supérieur ;
neté lors du départ à la retraite)
• au Premier ministre et au ministre chargé de la Recherche,
• délibération n° 2005-50 du 17 octobre 2005 (mise en place
l’application du principe d’équilibre de représentation des
par un établissement bancaire de procédures de recrutement
deux sexes aux instances décisionnelles dans la fonction
pour les emplois saisonniers selon des critères objectifs)
publique, ce qui n’est pas prévu dans le texte de loi relative
à l’égalité salariale, adopté par le Parlement en février 2006 ; • délibération n° 2005-51 du 17 octobre 2005 (mise en place
par une préfecture de procédures de recrutement pour les
Par ailleurs, le collège de la Haute autorité a adopté des déli-
emplois saisonniers selon des critères objectifs)
bérations plus récentes recommandant de réformer des régi-
mes juridiques afin que soit respecté le principe de non- • délibération n° 2005-52 du 24 octobre 2005 (adoption
discrimination. Ces décisions impliquent d’accorder des par un employeur de mesures de prévention et de sanction
délais de réponse aux autorités publiques compte tenu de la du harcèlement moral au sein de son entreprise)
complexité des mesures à prendre. • délibération n° 2005-53 du 24 octobre 2005 (application,
Le prochain rapport de la Haute Autorité de Lutte contre les sans distinction à raison du sexe, de l’article 113 du décret
Discriminations et pour l’Égalité rendra compte des évolu- n° 90-1215 du 20 décembre 1990 modifié concernant le
tions constatées. droit à pension de réversion des veufs et des veuves de clercs
et employés de notaires)
Liste des recommandations
• délibération n° 2005-54 du 24 octobre 2005 (application sans
• délibération n° 2005-17 du 4 juillet 2005 (modification du
distinction à raison du sexe de l’article 84 du décret n°90-1215
décret n° 2004-896 du 27 août 2004 supprimant le droit de
du 20 décembre 1990 modifié concernant le droit à pension
vote des artisans étrangers aux élections des chambres des
de retraite des clercs et employés de notaires) ; même recom-
métiers)
mandation pour les délibérations n°s 2005-55, 2006-10

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48
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

• délibération n° 2005-60 du 24 octobre 2005 (adoption du • délibération n° 2005-88 du 6 février 2006 (modification
décret visé à l’article 245-3 alinéa 1 du code de l’action des modalités d’organisation d’un concours pour garantir,
sociale et des familles afin d’assurer l’insertion profession- de manière effective, la neutralité des conditions d’accès des
nelle et la socialisation des personnes handicapées) candidats aux emplois et fonctions publics de cette admi-
nistration)
• délibération n° 2005-61 du 14 novembre 2005 (précision
des consignes de sécurité concernant l’accès à un supermar- • délibération n° 2005-90 du 19 décembre 2005 (mise en
ché afin de mettre fin aux différences de traitement à raison place par une association de commerçants d’une charte
de l’origine) d’accueil mettant en œuvre le principe d’égalité et son corol-
laire qui interdit toute discrimination fondée sur un critère
• délibération n° 2005-62 du 14 novembre 2005 (mise en
prohibé)
place par un cabinet de recrutement de critères de sélection
non discriminatoires) • délibération n° 2005-99 du 16 janvier 2006 (adoption du
décret visé à l’article L 24-5° du code des pensions civiles et
• délibération n° 2005-63 du 14 novembre 2005 (la Haute
militaires afin d’assurer dans le cadre de la loi du 11 février
autorité a appelé l’attention du ministre de l’Industrie sur la
2005 le droit à la retraite anticipée des fonctionnaires han-
situation, au sein de La Poste, des personnes ayant fait le
dicapés)
choix du maintien du statut de la fonction publique) ; même
recommandation pour les délibérations n°s 2005-64, 2005- • délibération n° 2005-101 du 23 janvier 2006 (adoption par

RAPP ORT AN N U E L 2005


65, 2005-66, 2005-67, 2005-68, 2005-69, 2005-70, 2005-71, l’agence de location de logement mise en cause de procédu-
2005-72, 2005-73, 2005-74, 2005-85, 2005-89 res non discriminatoires de sélection des candidats locataires)
• délibération n° 2005-75 du 14 novembre 2005 (la Haute • délibération n° 2006-01 du 6 février 2006 (reconnaissance
autorité a appelé l’attention du président de France Telecom de l’existence d’un service de transport adapté aux person-
sur la situation, au sein de l’entreprise, des personnes ayant nes handicapées mis en place par la commune mise en cause
fait le choix du maintien du statut de la fonction publique) et suggestions d’amélioration)
• délibération n° 2005-77 du 28 novembre 2005 (champ de • délibération n° 2006-02 du 6 février 2006 (modification de
compétence de la Haute autorité en matière de harcèlement l’arrêté du 5 juillet 1984 relatif à l’examen médical d’apti-
moral et de harcèlement sexuel) tude à la profession de personnel navigant commercial afin
d’éviter toute discrimination fondée sur la séropositivité)
• délibération n° 2005-78 du 28 novembre 2005 (champ de
compétence de la Haute autorité en matière d’injures, de • délibération n° 2006-03 du 23 janvier 2006 (publication
diffamation, de provocation à la discrimination) des règles gouvernant l’admission préalable des candidats
et leur inscription à l’université)
• délibération n° 2005-80 du 28 novembre 2005 (extension
du champ d’application de la convention Belorgey au « ris- • délibération n° 2006-11 du 23 janvier 2006 (adoption du
que invalidité », adoption d’un ensemble de mesures visant décret d’application de la loi n° 2001-397 du 9 mai 2001 au
à améliorer le dispositif actuel) secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur,
nominations futures au conseil d’administration d’un éta-
• délibération n° 2005-81 du 5 décembre 2005 (abrogation
blissement public respectueuses du principe d’égalité entre
de l’article R. 723-54 alinéa 2 du code de la Sécurité sociale
hommes et femmes, extension du champ d’application de
– réforme du régime de Sécurité sociale d’un ordre profes-
la loi n° 2001-397 du 9 mai 2001 à la désignation des mem-
sionnel) ; même recommandation pour la délibération
bres des conseils d’administration des établissements
n° 2005-84
publics administratifs et scientifiques et technologiques) -
• délibération n° 2005-86 du 19 décembre 2005 (modifica- même recommandation pour les délibérations n°s 2006-12,
tion des clauses d’une convention d’assurance de groupe 2006-13, 2006-14, 2006-15, 2006-16
établissant une différence de traitement à raison du sexe en
• délibération n° 2006-17 du 6 février 2006 (établissement
ce qui concerne le versement de pensions)
par un organisme de collecte de sang d’un protocole de sélec-
• délibération n° 2005-87 du 19 décembre 2005 (fin de la tion des donneurs qui réponde au principe de sécurité et à
pratique d’une entreprise consistant à exclure les personnes celui de précaution tout en respectant les directives commu-
ayant été absentes, en raison d’arrêts maladie, du bénéfice nautaires applicables et le décret 2006-99 du 1er février 2006)
d’une augmentation individuelle)

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49
3.1 Les principales recommandations de la HALDE

• délibération n° 2006-18 du 6 février 2006 (adoption d’une • délibération n° 2006-23 du 6 février 2006 (rapport spécial
convention entre la Haute autorité et un syndicat d’admi- suite à la délibération n° 2005-17 du 4 juillet 2005)
nistrateurs de biens afin d’inscrire les principes de lutte
• délibération n° 2006-31 du 27 février 2006 (réforme légis-
contre les discriminations dans la charte de déontologie)
lative tendant à l’adoption de règles précises et non discri-
• délibération n° 2006-19 du 6 février 2006 (modification minatoires s’imposant à tous les bailleurs dans la constitu-
des pratiques d’enquête d’un bailleur social en ce qui tion des dossiers des candidats locataires)
concerne l’évaluation de la situation de famille)
• délibération n° 2005-56 du 27 février 2006 (réforme des tex-
• délibération n° 2006-21 du 6 février 2006 (fin de la pra- tes régissant la situation des médecins titulaires d’un diplôme
tique, par une entreprise, de licenciement des salariés en obtenu à l’étranger afin d’assurer une égalité de rémunéra-
arrêt maladie et mise en place en partenariat d’une poli- tion et une reconnaissance de l’expérience acquise dans les
tique visant les salariés en absence longue pour arrêt hôpitaux français) ; même recommandation pour les délibé-
maladie) rations n°s 2005-57, 2005-58, 2005-59, 2006-34, 2006-32.

Les compétences de la HALDE D’autres textes nationaux prohibent les discriminations


RAPP ORT AN N U E L 2005

Le champ de compétence de la HALDE est défini à l’article 1er dans des domaines spécifiquement définis. La liste des cri-
de la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 : « La Haute tères de discrimination prohibés par ces textes ne recouvre
autorité est compétente pour connaître de toutes les discri- pas toujours celle fixée par le droit pénal. Les discrimina-
minations directes ou indirectes, prohibées par la loi ou par tions, directes comme indirectes, sont prohibées par le code
un engagement international auquel la France est partie. » du travail en matière d’emploi dans le secteur privé et par la
loi « Le Pors » n° 83-634 du 13 juillet 1983 à l’égard des fonc-
L’article 2 de la directive n° 2000/78/CE du Conseil du
tionnaires. La loi « Mermaz » n° 89-462 du 6 juillet 1989 pro-
27 novembre 2000 précise le concept de discrimination.
hibe les discriminations dans l’accès au logement. Enfin, la
Une discrimination directe se produit lorsqu’une personne
loi n° 2005-102 du 11 février 2005 prévoit un ensemble de
est traitée de manière moins favorable qu’une autre ne l’est,
dispositions visant à garantir l’égalité des droits et des chan-
ne l’a été ou ne le serait dans une situation comparable, et
ces des personnes handicapées.
cela sur la base d’un motif prohibé. Une discrimination
indirecte se produit lorsqu’une disposition, un critère, une La HALDE est donc compétente pour connaître des réclama-
pratique apparemment neutre est susceptible d’entraîner tions dans l’ensemble de ces domaines selon l’article 1er de
un désavantage particulier pour des personnes, par rapport la loi portant sa création, dès lors que la saisine laisse appa-
à d’autres, à raison d’un motif prohibé, sauf si la différence raître que la différence de traitement repose sur un critère
de traitement est objectivement justifiée par un but légitime prohibé. Ainsi, elle n’a pas à connaitre de toutes les ruptu-
et que les moyens de réaliser cet objectif sont appropriés et res du principe d’égalité, mais uniquement de celles qui sont
nécessaires. discriminatoires (délibération n° 2005-63 du 14 novembre
2005).
Le droit pénal prohibe toutes les pratiques constituant des
discriminations directes, qu’il s’agisse du refus d’un bien ou Par ailleurs, la Halde a été amenée à adopter une position de
d’un service, d’une entrave à l’exercice d’une activité écono- principe en matière de harcèlement (délibération n° 2005-
mique, d’un refus d’embauche, d’une sanction ou d’un 77 du 28 novembre 2005) et d’écrits ou de propos vécus
licenciement reposant sur un critère prohibé ou de la subor- comme discriminatoires afin de déterminer la portée de sa
dination d’une offre d’emploi, d’une formation ou d’un compétence au regard de la définition du principe de non-
stage, de la fourniture d’un bien ou d’un service, à une discrimination (voir page 54).
condition fondée sur un critère prohibé (origine, sexe, situa-
En ce qui concerne les propos et les écrits, la HALDE distin-
tion de famille, apparence physique, patronyme, état de
gue les délits d’injure et de diffamation, au sens de la loi du
santé, handicap, caractéristiques génétiques, mœurs, orien-
27 juillet 1881 sur la presse, qui n’entrent pas dans son
tation sexuelle, âge, opinions politiques, activités syndicales,
champ de compétence, du délit de provocation à la discri-
appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à
mination qui en tant que tel est de sa compétence. Si elle est
une ethnie, une nation, « une race »).
saisie de faits qui lui semblent caractériser une injure ou une

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50
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’EGALITÉ

diffamation, elle en informe le procureur de la République Une application plus générale de ce principe impliquerait
en application de l’article 40 du code de procédure pénale une extension du champ de compétence de la HALDE. Cette
et signale au réclamant qu’elle ne peut donner suite à sa évolution est déjà perceptible en matière de handicap, la loi
demande. En revanche, si elle est saisie de faits qui n° 2005-102 du 11 février 2005 imposant aux employeurs du
lui semblent caractériser une provocation à la discrimina- secteur privé et du secteur public de procéder aux aména-
tion, elle recherche les éléments permettant de l’établir et en gements appropriés afin d’assurer l’accès à l’emploi et le
informe le procureur de la République, après délibération maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés (délibéra-
du collège, en application de l’article 12 de la loi n° 2004- tion n° 2005-34 du 26 septembre 2005 : recommandation de
1486 du 30 décembre 2004 (délibération n° 2005-78 du procéder aux aménagements appropriés).
28 novembre 2005). Dans ce cas, elle demande à être infor-
Par ailleurs, la HALDE ne procède à l’instruction d’une récla-
mée des suites données à sa transmission.
mation que dans la mesure où cette dernière n’a pas fait l’ob-
La HALDE a également eu à interpréter la notion de diffé- jet d’une décision de justice passée en force de chose jugée
rence de traitement. Elle s’est alors référée à l’interprétation (délibérations n° 2005-06 et n° 2005-12 du 6 juin 2005,
en droit français du principe d’égalité, telle qu’elle résulte n° 2005-13 du 20 juin 2005).
de la jurisprudence du Conseil constitutionnel et du Conseil
Ce cadre fixé, la HALDE effectue un travail d’identification du
d’État. Le principe d’égalité implique une obligation de
critère et du champ dans lequel la différence de traitement
traiter de façon identique des personnes se trouvant dans
s’exprime.

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des situations similaires et soit autorise, soit oblige à
traiter de façon différente des personnes se trouvant dans
des situations différentes (délibération n° 2005-24 du
19 septembre 2005).

3.2 Les principales délibérations de la HALDE


Index des délibérations – Mots clés et résumés
Le texte des délibérations est disponible sur le site de la HALDE : www.halde.fr

COMPÉTENCE membres du Parlement en vue de leur apporter une solu-


tion amiable. »
Décision de justice
• Délibération n° 2005-12 du 6 juin 2005
• Délibération n° 2005-06 du 6 juin 2005
Décision de justice - Force de chose jugée - Incompétence
Procédure juridictionnelle à caractère pénal - Incompétence
pour l’organisation parallèle d’une médiation de la HALDE. La réclamante demandait la réouverture de son dossier jugé
Immunité parlementaire - non opposable à la Halde - devant le conseil des prud’hommes, et pour lequel elle a fait
Compétence appel de la décision de première instance, puis s’est pourvue
en cassation. La HALDE n’est pas compétente lorsqu’elle est
Saisie du contenu d’un rapport parlementaire, la HALDE saisie de faits qui ont fait l’objet de décisions juridictionnel-
s’estime incompétente pour organiser une médiation paral- les ayant force de chose jugée.
lèlement au déroulé d’une procédure pénale engagée par le
réclamant. • Délibération n° 2005-13 du 20 juin 2005

« Ni les dispositions de la Constitution, ni celles de la loi Décision de justice - Force de chose jugée - Incompétence
du 29 juillet 1881 relatives à l’immunité des membres du Le réclamant a saisi la HALDE de décisions de justice contre
parlement, ne font obstacle à ce que la HALDE, qui n’est pas lesquelles il n’a pas exercé de pourvoi en cassation. La HALDE
une instance juridictionnelle, puisse connaître de réclama- n’est pas compétente pour connaître du bien-fondé de déci-
tions portant sur des discriminations mettant en cause des sions juridictionnelles ayant force de chose jugée.

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51
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

Existence d’une différence de traitement, • Délibération n° 2005-18 du 4 juillet 2005


existence d’un critère prohibé
Dictionnaire - Absence de mention d’un terme - Absence de
• Délibération n° 2005-07 du 6 juin 2005 différence de traitement - Incompétence
Partage de succession - Liberté de tester - Absence de diffé- L’absence de mention du terme « croate » du dictionnaire
rence de traitement - Incompétence français ne constitue pas une différence de traitement. La
La liberté de tester ne peut faire l’objet d’un recours en dis- HALDE n’est pas compétente.
crimination. • Délibération n° 2005-63 du 14 novembre 2005
• Délibération n° 2005- 09 du 6 juin 2005 • Délibération n° 2005-75 du 14 novembre 2005
Conflit de voisinage - Absence de différence de traitement • Réorganisation du service public de la poste et des télé-
- Absence de critère prohibé - Incompétence communications - Création de deux entreprises publiques -
La HALDE est saisie d’un conflit de voisinage dans lequel les Agents - Choix du statut de la fonction publique - Absence
protagonistes ne subissent aucune différence de traitement de modalités d’avancement de carrière - Absence d’avan-
et aucun critère prohibé n’est invoqué. Elle conclut à son cement de carrière - Différence de situation - Différence de
incompétence. traitement possible - Incompétence

• Délibération n° 2005-10 du 6 juin 2005 • Situations similaires - Différence de traitement - Absence


RAPP ORT AN N U E L 2005

de critère prohibé - Incompétence


Prestations sociales - Invalidité - Remboursement de frais
d’hébergement - Absence de différence de traitement - Les anciens agents des services de la poste et des télécommu-
Incompétence nications qui ont fait le choix de ne pas être soumis aux nou-
veaux grades des deux entreprises publiques créées, La Poste
Le refus de la part d’une mutuelle de payer le reliquat du
et France Telecom, n’ont pas obtenu d’avancement de car-
remboursement de frais d’hébergement d’une personne
rière depuis 1990, date de la réorganisation de ce service
titulaire d’une pension militaire d’invalidité au motif qu’elle
public, à l’exception des corps de directeurs à La Poste et
ne fournit pas de décompte de la Sécurité sociale ne consti-
d’ingénieurs à France Telecom.
tue pas une différence de traitement. La HALDE n’est donc
pas compétente. Les agents qui ont refusé les nouveaux grades des deux
entreprises publiques et ceux qui les ont acceptés ne sont
• Délibération n° 2005-11 du 6 juin 2005
pas dans des situations identiques. Par conséquent, il est pos-
Jumeaux - Rang de naissance - Absence de différence de sible de les traiter de manière différente. La HALDE n’est pas
traitement - Incompétence compétente, quand bien même cette différence de traite-
En cas de naissances multiples, la mention du rang de nais- ment comporte des illégalités. En effet, il s’agit d’une diffé-
sance sur les feuilles de soins émises par les caisses d’assu- rence de traitement fondée sur le grade, qui n’est pas un cri-
rance maladie a pour seul but l’identification des individus. tère prohibé par la loi. Devant le caractère exceptionnel de
Aucune différence de traitement n’en découle. La HALDE la situation, la HALDE a reconnu son incompétence tout en
n’est pas compétente. appelant l’attention du ministre délégué à l’Industrie sur la
situation de ces agents.
• Délibération n° 2005-22 du 15 septembre 2005
Parodie de cérémonie de mariage religieux - Absence de Propos et écrits : injure, diffamation,
provocation à la discrimination
refus d’un droit - Absence de différence de traitement -
Incompétence • Délibération n° 2005-31 du 19 septembre 2005

Le fait de procéder à une parodie de cérémonie de mariage Écrits - Termes injurieux - Information du procureur de la
religieux dans un lieu de culte ne relève pas de la compé- République
tence de la HALDE, dans la mesure où cette pratique ne vise En présence d’un dépliant sur l’homosexualité conçu et dis-
pas à faire obstacle à la pratique de la religion, ni à inciter à tribué par une association religieuse, la HALDE en examine
une différence de traitement à l’égard de cette religion. les termes. Le délit d’injure homophobe semblant caracté-
risé, en application de l’article 40 du code de procédure
pénale, elle en a informé le procureur de la République.
À rapprocher de la délibération de principe n° 2005-78 du
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52
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

UN EXEMPLE DE DÉLIBÉRATION
Délibération n° 2005-17 du 04 juillet 2005 Les Chambres des métiers ont pour unique vocation de
Le collège : représenter et de défendre les intérêts de leur secteur d’ac-
Vu le décret n° 99-433 du 27 mai 1999 relatif à la com- tivité. À cet égard, les artisans français, communautaires ou
position des Chambres de métiers et à leur élection ; non communautaires, dès lors qu’ils exercent leur activité
Vu le décret n° 2004-896 du 27 août 2004 modifiant le en France, sont placés dans une situation analogue.
décret n° 99-433 du 27 mai 1999 relatif à la composition De surcroît, cette institution ne met en œuvre aucune pré-
des Chambres de métiers et à leur élection ; rogative de puissance publique et ne participe pas à l’exer-
Vu la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 portant cice de la souveraineté nationale. Ses missions ne sont
création de la Haute Autorité de Lutte contre les Discrimi- donc pas de nature à justifier une restriction des person-
nations et pour l’Égalité ; nes électrices.
Vu le décret n° 2005-215 du 4 mars 2005 relatif à la Haute À l’inverse, les conseils de prud’hommes participent direc-
Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité ; tement et pleinement à la mise en œuvre de prérogatives
Sur proposition du président, de puissance publique. Pour cette raison, seuls les ressor-
Décide : tissants français y sont éligibles. Or, parce que les conseils
La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et de prud’hommes doivent, au regard de leur mission, être
pour l’Égalité a été saisie par courrier en date du 7 mars représentatifs de l’ensemble des salariés et des
2005 d’une réclamation du Mouvement contre le racisme employeurs, les étrangers, communautaires et non com-
et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) relative au décret munautaires, sont électeurs depuis 1975 en application de

RAPP ORT AN N U E L 2005


n° 2004-896 du 27 août 2004 qui retire le droit de vote la loi visant à renforcer les droits des travailleurs étrangers.
aux élections des Chambres des métiers aux artisans non Ainsi, le retrait du droit de vote aux élections des
européens. Chambres des métiers et de l’artisanat à une partie impor-
La composition du corps électoral des Chambres de tante des artisans exerçant leur activité en France, alors
métiers a été fixée par le décret n° 99-433 du 27 mai 1999 même que ces élections visent à désigner les membres
qui conférait initialement la qualité d'électeur à toutes les d’une institution ayant pour mission de représenter et
personnes physiques et à tous les dirigeants sociaux des défendre les intérêts collectifs des artisans, sur le seul cri-
personnes morales, français ou étrangers, immatriculées tère de la nationalité, ne semble pas reposer sur des jus-
au répertoire des métiers de la Chambre de métiers. tifications objectives et raisonnables en lien avec cette
Une condition plus restrictive a été posée par l’article 4 du finalité.
décret n° 2004-896 du 27 août 2004, désormais « les Le collège de la Haute autorité invite le président à inter-
électeurs doivent être de nationalité française ou ressor- roger le Premier ministre et le ministre des Petites et
tissante d’un État membre de la Communauté européenne Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et
ou d’un État parti à l’accord sur l’Espace économique des Professions libérales, sur les justifications de l’exclu-
européen ». sion des ressortissants non communautaires du corps
Les artisans et patrons résidant en France qui ne sont pas électoral des Chambres des métiers et de l’artisanat, le
ressortissants de l’un des 25 États membres de l’Union délai de réponse étant fixé au 15 octobre 2005. Dans l’hy-
européenne, de l’Islande, du Liechtenstein ou de la pothèse où aucune justification valide au regard de la loi
Norvège n’ont donc plus le droit de vote aux élections des ou des conventions ne viendrait à l’appui de cette mesure,
Chambres des métiers. il en demande la suppression.
Le rapport au Premier ministre annexé à ce décret ne four- Le président
nit aucune justification au retrait du droit de vote aux étran- Louis Schweitzer
gers non communautaires.

28 novembre 2005 résultant des directives communautaires n° 2000/43/CE


du 29 juin 2000, n°2000/78/CE du 27 novembre 2000 et
• Délibération n° 2005-78 du 28 novembre 2005
n° 2002/73/CE du 23 septembre 2002 pour en déduire que
Principe - Provocation à la discrimination - Compétence l’infraction de provocation à la discrimination (article 24
Principe - Injure - Diffamation - Incompétence - Infor- alinéa 6 et 7 de la loi du 29 juillet 1881) entre dans le champ
mation du procureur de la République de compétence de la HALDE. La HALDE décide que dès lors
En matière d’écrits, d’images ou de discours tendant à stig- qu’elle relève des faits pouvant constituer une provocation
matiser une personne ou un groupe de personnes à raison à la discrimination, elle en informe le procureur de la
notamment de leur sexe, leur orientation sexuelle ou leur République en application de l’article 12 de la loi portant sa
origine, la HALDE a adopté une position de principe relative création.
à sa compétence. En revanche, la HALDE n’est pas compétente lorsque les faits
La HALDE s’est référée à la définition de la discrimination
Page 191
constitutifs des infractions d’injure ou de diffamation ne
53
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

comportent aucune injonction ou incitation directe à tes et du décret n° 2004-751 du 27 juillet 2004 instituant une
commettre une discrimination et ne constituent pas une aide financière aux orphelins dont les parents ont été victi-
inégalité de traitement. Néanmoins, lorsque des faits sem- mes d’actes de barbarie durant la Seconde Guerre mondiale.
blent relever de l’injure ou de la diffamation et qu’un critère Les réclamants allèguent que ce dispositif est discrimina-
de discrimination prohibé est en jeu, la HALDE en informe toire en ce qu’il opère une distinction entre pupilles de la
le procureur de la République en application de l’article 40 Nation. La HALDE relève que la mesure de réparation prévue
du code de procédure pénale. par ce dispositif vise à indemniser le préjudice spécifique
subi, non pas par tous les orphelins de la Seconde Guerre
Harcèlement mondiale, mais par ceux dont les parents sont décédés dans
• Délibération n° 2005-77 du 28 novembre 2005 le cadre d’une politique de collaboration et d’extermina-
tion. Elle en déduit que ces derniers sont placés dans une
Harcèlement sexuel - Inégalité de traitement - Discrimi-
situation différente justifiant la mise en œuvre de mesures
nation à raison du sexe - Compétence - Absence d’inégalité
spécifiques.
de traitement - Absence de discrimination - Incompétence
Harcèlement moral - Infraction non intentionnelle - • Délibération n° 2005-83 du 5 décembre 2005
Existence d’un critère prohibé - Compétence - Amé- Emploi - Embauche - Sexe
nagement de la charge de la preuve - Incompétence Refus d’embauche - Motif prohibé allégué - Sexe - Absence
La directive communautaire 2002/73/CE du 23 septembre de preuve formelle de la discrimination - Doute profitant au
RAPP ORT AN N U E L 2005

2002 énonce que le harcèlement sexuel au sens de ce texte candidat - Rappel à la loi
est considéré comme une discrimination à raison du sexe. La HALDE a été saisie d’une réclamation relative à un refus
Le droit interne prévoit un régime protecteur des salariés d’embauche pour un poste de standardiste opposé à un
du secteur privé comme des fonctionnaires selon lequel le homme. Une femme a été recrutée pour cet emploi. La
harcèlement sexuel n’est plus limité à la notion d’abus d’au- HALDE relève que les profils des deux candidats sont iden-
torité, la définition du code pénal visant toute pression qui tiques et que la candidate embauchée paraît qualifiée. Si le
a pour but d’obtenir des faveurs. La HALDE est donc tou- refus d’embauche d’un(e) candidat(e) en condition de son
jours compétente en matière de harcèlement sexuel, dès lors sexe est prohibé par l’article L 122-45 du code du travail et
qu’il s’exprime dans un cadre professionnel et constitue une que l’activité de standardiste assistant(e) ne fait pas partie
différence de traitement. des emplois pour lesquels le sexe est une condition déter-
Selon les directives communautaires n°s 2000/43/CE du minante, l’instruction n’a pas permis d’apporter la preuve
29 juin 2000 et 2000/78/CE du 27 novembre 2000, le harcè- formelle de la discrimination. La HALDE, soulignant qu’il
lement moral peut constituer une discrimination. La HALDE subsiste un doute sur les conditions de recrutement qui
se déclare compétente lorsque le harcèlement a pour fonde- profite au candidat à l’embauche, rappelle à l’agence de tra-
ment un critère de discrimination prohibé par le droit. vail temporaire et à l’entreprise utilisatrice les termes des
Lorsque le critère de la différence de traitement n’est pas dispositions applicables en matière de discrimination à
manifeste, mais qu’il existe des indices de l’existence de tels l’embauche.
critères fondant le harcèlement, la HALDE doit s’assurer de • Délibération n° 2005-116 du 16 janvier 2006
l’existence de ce critère. La HALDE pourra faire application
de l’aménagement de la charge de la preuve prévu à l’article Emploi - Embauche - Origine
L 122-45 du code du travail. Refus d’embauche - Motif prohibé allégué - Origine -
Absence de preuve formelle de la discrimination - Rappel
INÉGALITÉ DE TRAITEMENT à la loi
La HALDE a été saisie d’une réclamation relative à un refus
• Délibération n° 2005-48 du 17 novembre 2005 d’embauche pour un poste de serveur à un homme à raison,
Orphelins de victimes de la barbarie nazie et d’actes de bar- selon le réclamant, de son origine. Les indices étayant cette
barie de la Seconde Guerre mondiale - Réparation - allégation ne permettent pas d’en apporter la preuve.
Absence de rupture du principe d’égalité - Différence de Néanmoins, la HALDE relève que les différents motifs avan-
traitement justifée cés par l’employeur (notamment une préférence pour un
employé de sexe féminin) et l’ANPE apparaissent contra-
La HALDE a été saisie du décret n° 2000-657 du 13 juillet
dictoires. Elle rappelle à l’employeur les termes des disposi-
2000 instituant une mesure de réparation pour les orphelins
tions applicables en matière de discrimination à l’embauche.
dont les parents ont été victimes de persécutions antisémi-
Page 192
54
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

• Délibération n° 2006-17 du 6 février 2006 • Délibération n° 2005-25 du 19 septembre 2005


Fourniture d’un bien ou d’un service - Orientation sexuelle Refus de fourniture d’un service - Religion
Exclusion du don du sang - Motif - Orientation sexuelle - Refus d’inscription aux leçons de conduite dans une auto-
Fourniture d’un bien ou d’un service école - Motif - Port d’un signe religieux - Voile - Différence
de traitement à raison de l’appartenance vraie ou suppo-
La HALDE a été saisie du refus d’accès au don du sang opposé
sée à une religion - Termes du refus dénués d’ambiguïté -
aux personnes homosexuelles à l’issue de l’entretien médi-
Intention de discriminer caractérisée - Discrimination -
cal préalable. Le collège de la HALDE se réfère à l’avis rendu
Information du procureur de la République
par le Comité consultatif national d’éthique qui considère
que le don du sang est un devoir d’aide et d’assistance et La HALDE considère que le refus d’un instructeur d’auto-
décide que le refus d’accès au don du sang n’est pas un refus école de donner des leçons de conduite à une candidate ins-
de fourniture d’un bien ou d’un service. La HALDE appelle crite, au motif qu’elle refuse d’ôter son voile, constitue une
néanmoins l’organisme de collecte de sang à établir un pro- différence de traitement à raison de l’origine. Elle relève que
tocole de sélection des donneurs qui réponde au principe de le motif du refus est exprimé en des termes dénués d’ambi-
sécurité et à celui de précaution tout en respectant la direc- guïté caractérisant une intention de discriminer. Le délit de
tive 2002/98/CE du 27 janvier 2003 établissant des normes discrimination prévu aux articles 225-1 et 225-2 du code
de qualité et de sécurité notamment pour la collecte du sang pénal semblant caractérisé, la HALDE en informe le procu-
humain, la directive 2004/33/CE du 22 mars 2004 concer- reur de la République en application de l’article 12 de la loi

RAPP ORT AN N U E L 2005


nant certaines exigences techniques relatives au sang et aux portant création de la HALDE.
composants sanguins et le décret 2006-99 du 1er février 2006.
À rapprocher de la délibération n° 2005-26 du 19 septembre
2005
DISCRIMINATION PAR LES ACTEURS DE LA VIE
SOCIO-ÉCONOMIQUE • Délibération n° 2005-26 du 19 septembre 2005
Service public - Religion
• Délibération n° 2005-14 du 20 juin 2005
Refus d’accès dans les locaux d’une personne morale exer-
Emploi - Embauche - Âge çant une mission de service public - Consignes internes de
Publication d’offres d’emploi mentionnant des critères sécurité - Imprécision - Motif du refus - Port d’un signe
d’âge - Diffusion sur Internet - termes dénués d’ambiguïté - religieux - Turban sikh - Identification - Refus discrimi-
Intention de discriminer caractérisée - Discrimination - natoire - Demande de précision des consignes de sécurité -
Information du procureur de la République - Notification Proportionnalité à l’objectif poursuivi - Respect de la
du caractère illicite de l’annonce au diffuseur liberté de religion
Service de promotion de l’égalité - mise en place de recom-
La HALDE considère que les notes internes d’une personne
mandations
morale chargée d’une mission de service public décrivant les
La HALDE considère que la publication d’offres d’emploi dif- consignes de sécurité relative à l’accès aux locaux, notam-
fusées sur Internet mentionnant un critère d’âge, en des ter- ment lors de l’application du Plan Vigipirate, ne sont pas
mes dénués d’ambiguïté dont l’usage suffit à caractériser assez précises quand elles subordonnent l’accès aux locaux
l’intention de discriminer, peut être constitutive du délit de à la faculté de demander le retrait d’accessoires vestimentai-
discrimination prévu aux articles 225-1 et 225-2 du code res, mais sans prendre en considération la spécificité de ceux
pénal. En application de l’article 12 de la loi portant création portés selon des convictions religieuses. Or, dans certains
de la HALDE, la HALDE en informe le procureur de la cas, exiger leur retrait conduit indirectement à refuser un
République. droit d’accès aux locaux, ce qui est contraire à l’article 432-7
En application de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin du code pénal et peut constituer une discrimination
2004 pour la confiance dans l’économie numérique, la indirecte au sens de l’article 19 de la loi n° 2004-1486 du
HALDE notifie aux diffuseurs le caractère illicite du contenu 30 décembre 2004. En l’espèce, le refus est dispropor-
des offres d’emploi publiées. tionné car le turban sikh n’empêche pas l’identification des
personnes. La HALDE demande à la direction de cette insti-
tution de préciser les consignes de sécurité, toute mesure
interne limitant l’accès devant être proportionnée à l’objec-
tif poursuivi sans conduire à refuser l’accès des personnes en

Page 193
55
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

raison de leur pratique religieuse, car seul le législateur est Saisie d’un cas de refus d’embauche à un emploi d’assistant
compétent pour restreindre l’exercice d’une liberté publi- sanitaire dans les centres de vacances et de loisirs, opposé à
que. un homme au motif de la prévention des affaires de pédo-
philie, la HALDE recherche si le sexe constitue une condition
À rapprocher de la délibération n° 2005-25 du 19 septembre
déterminante pour cet emploi, ce qui n’est permis ni en
2005
application de l’article R. 123-1 du code du travail, ni de l’ar-
• Délibération n° 2005-33 du 26 septembre 2005 ticle 2 de l’arrêté du 20 février 2003 relatif au suivi sanitaire
Logement - Caution - Origine des mineurs. Il résulte d’un enregistrement sur un répon-
Refus de location d’un logement - Motif - Caution résidant deur téléphonique et de courriers électroniques que le refus
dans un département d’outre-mer - Termes du refus dénués est dénué d’ambiguïté, ce qui caractérise une intention de
d’ambiguïté - Intention de discriminer caractérisée - discriminer. Le délit de discrimination prévu aux articles
Discrimination - Information du procureur de la 225-1 et 225-2 du code pénal semblant caractérisé, la HALDE
République en informe le procureur de la République en application de
Article 2018 du code civil - condition de résidence dans le l’article 12 de la loi portant création de la HALDE. La HALDE
ressort de la Cour d’appel où la caution est donnée - a demandé au ministre de la Jeunesse et des Sports et au
Interrogation du Premier ministre et du garde des Sceaux ministre de la Santé de prendre des mesures afin que les
sur les justifications de la mesure - Absence - Abrogation emplois d’assistant sanitaire dans les centres de vacances et
RAPP ORT AN N U E L 2005

de loisirs ne soient plus de fait réservés aux femmes.


Le refus de location d’un logement au seul motif du lieu de
résidence de la caution parentale, dans un département • Délibération n° 2005-41 du 3 octobre 2005
d’outre-mer, masque une discrimination fondée sur l’ori- Fourniture de biens - Handicap
gine, dans la mesure où le recouvrement de la caution est Vente d’un bien immobilier soumise à l’accord préalable
soumis aux règles de procédure civile d’exécution applica- unanime de l’assemblée générale des copropriétaires -
bles sur l’ensemble du territoire français à l’exception de Refus de l’accord préalable - Motif principal - Handicap
Saint-Pierre-et-Miquelon. Les termes du refus dénués d’am- des personnes reçues par l’acheteur - Discrimination -
biguïté caractérisent l’intention de discriminer. Le délit de Information du procureur de la République
discrimination prévu aux articles 225-1 et 225-2 du code
Une association souhaitant acheter un local afin d’accueil-
pénal semblant caractérisé, la HALDE en informe le procu-
lir des enfants autistes a vu la vente échouer en raison du
reur de la République en application de l’article 12 de la loi
refus de l’assemblée générale des copropriétaires d’autoriser
portant création de la HALDE.
le changement d’affectation du local commercial. Se référant
La HALDE a examiné l’opportunité du maintien d’un texte à la jurisprudence de la Cour d’appel de Besançon du 27 jan-
sur lequel le mis en cause aurait pu se fonder. L’article 2018 vier 2005, la HALDE considère que l’expression « biens et ser-
du code civil impose comme condition de validité du cau- vices » comprend les promesses de vente. Dès lors, le refus
tionnement, la résidence dans le ressort de la Cour d’appel de l’assemblée générale de donner son accord préalable fai-
où la caution est donnée. La HALDE considère que cette dis- sant obstacle à la vente des locaux, il peut être qualifié de
position méconnait la mobilité géographique et le caractère refus de fournir un bien ou un service au sens de l’article
universel des voies d’exécution sur le territoire français et 225-2-1 du code pénal. Sur le motif du refus, il résulte clai-
demande au Premier ministre et au garde des Sceaux d’en- rement d’attestations et d’entretiens téléphoniques (notam-
visager la modification de cet article. ment avec le vendeur du bien) que le handicap des person-
• Délibération n° 2005-36 du 26 septembre 2005 nes accueillies par l’association constitue la raison principale
du refus de l’assemblée générale. La HALDE considère que le
Emploi - Embauche - Sexe
délit de discrimination prévu aux articles 225-1 et 225-2 du
Refus d’embauche - Emploi d’assistant sanitaire dans les
code pénal semble constitué, la Cour de cassation n’exigeant
centres de vacances et de loisirs - Motif - Sexe - Homme -
pas que le motif prohibé soit le seul motif ayant conduit au
Sexe, condition déterminante - Termes du refus dénués
comportement incriminé. La HALDE en informe le procu-
d’ambiguïté - Preuve - Enregistrements - Courriers élec-
reur de la République en application de l’article 12 de la loi
troniques - Discrimination - Information du procureur de
portant création de la HALDE.
la République - Demande d’intervention au ministre de la
Jeunesse et des Sports et au ministre de la Santé

Page 194
56
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

• Délibération n° 2005-50 du 17 octobre 2005 À rapprocher des délibérations n° 2005-50 du 17 octobre


2005 et n° 2005-79 du 28 novembre 2005
Emploi saisonnier - Secteur privé - Préférence familiale -
Différence de traitement - Critère prohibé - Situation • Délibération n° 2005-79 du 28 novembre 2005
de famille - Enfant de salarié - Mise en place concertée de
Emploi saisonnier - Secteur privé - Secteur public -
bonnes pratiques
Préférence familiale
La HALDE a considéré que le fait pour une banque de réser-
Cadre de l’action de la direction de la promotion de l’éga-
ver des emplois saisonniers aux enfants du personnel peut
lité de la HALDE
constituer le délit de discrimination au sens des articles
225-1 et 225-2 du code pénal et peut être contraire à l’arti- Suite à des saisines de la HALDE de réclamations relatives aux
cle L 122-45 et suivants du code de travail, au motif qu’il privilèges de recrutement, dans le secteur privé comme
s’agit d’une différence de traitement à raison d’un critère public, accordés aux enfants du personnel dans l’accès aux
prohibé. La HALDE se réfère à l’interprétation du critère de stages ou aux emplois saisonniers, le collège de la HALDE
la situation de famille faite par la Cour d’appel de Chambéry confie à la direction de la promotion de l’égalité une mission
(21 mai 1996), selon laquelle la prise en considération de la de sensibilisation des entreprises privées et des services
qualité d’enfant de salarié en matière d’embauche est discri- publics. Il définit le cadre de cette mission en deux axes :
minatoire. La HALDE souligne qu’en outre ce critère peut inviter les entreprises privées et les administrations à mettre
également entraîner des discriminations indirectes à raison en place des procédures de recrutement selon des critères

RAPP ORT AN N U E L 2005


de l’origine, dans la mesure où ce système de recrutement objectifs pour ces postes (diffusion publique des profils de
conduit à la reproduction de phénomènes discriminatoires postes), concevoir et promouvoir des dispositifs propres à
anciens. Au cours de l’instruction, la banque mise en cause pallier les carences en ressources relationnelles personnelles
propose de soumettre ses pratiques de recrutement en (partenariats entre établissements d’enseignements et entre-
matière d’emplois saisonniers, ce que la HALDE a accepté prises). La HALDE invite toutes les structures qui le souhai-
dans la perspective du développement de bonnes pratiques. tent à s’associer à ses travaux.

À rapprocher des délibérations n° 2005-51 du 17 octobre À rapprocher des délibérations n° 2005-50 et n° 2005-51 du
2005 et n° 2005-79 du 28 novembre 2005 17 octobre 2005

• Délibération n°2005-51 du 17 octobre 2005 • Délibération n° 2005-52 du 24 octobre 2005

Emploi saisonnier - Secteur public - Préférence familiale - Emploi - Harcèlement moral - Origine - Harcèlement sala-
Différence de traitement - Critère prohibé - Situation rié/salarié - Moyen - Injures racistes - Harcèlement discri-
de famille - Enfant de salarié - Engagement de réformer minatoire - Indices - Diligences insuffisantes de l’employeur
la pratique - Recommandation d’adoption d’un ensemble de mesures

La HALDE a considéré que le fait pour un service déconcen- La HALDE a été saisie par un salarié d’une entreprise privée
tré d’un ministère de réserver des emplois saisonniers aux d’injures racistes proférées et d’accusations calomnieuses
enfants du personnel peut constituer le délit de discrimina- tenues par un autre salarié de l’entreprise depuis plusieurs
tion au sens des articles 225-1 et 225-2 du code pénal, au années. L’instruction a permis de révéler que l’ensemble de
motif qu’il s’agit d’une différence de traitement à raison d’un ces propos constituent des indices de harcèlement moral
critère prohibé. La HALDE se réfère à l’interprétation du cri- discriminatoire, sans qu’il soit possible d’en apporter la
tère de la situation de famille faite par la Cour d’appel de preuve au sens de l’article 222-33-2 du code pénal. Il ressort
Chambéry (21 mai 1996), selon laquelle la prise en considé- également du dossier que si l’employeur a mené certaines
ration de la qualité d’enfant de salarié en matière d’embau- diligences (enquêtes, sanction disciplinaire - avertissement),
che est discriminatoire. La HALDE souligne qu’en outre ce celles-ci n’ont pas suffi à faire cesser le comportement discri-
critère peut également entraîner des discriminations indi- minatoire. La HALDE a recommandé à l’employeur d’adop-
rectes à raison de l’origine, dans la mesure où ce système de ter un ensemble de mesures concrètes visant à mettre en
recrutement conduit à la reproduction de phénomènes dis- place une politique d’intervention en matière de harcèlement
criminatoires anciens. Suite à l’instruction, le préfet s’est et d’injures (information des sanctions encourues, forma-
engagé à veiller à ce qu’à l’avenir le recrutement des agents tion des personnels encadrant, mise en place de procédures
saisonniers soit fondé uniquement sur des critères objectifs de sanctions). L’employeur a obtempéré.
relatifs à la compétence du candidat. La HALDE donne acte
au préfet de l’engagement pris.
Page 195
57
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

• Délibération n° 2005-61 du 14 novembre 2005 1977, Aff. C-147-95), et considère que les garanties versées
sont des rémunérations au sens du droit communautaire.
Biens et services - Origine -Entrée dans un supermarché -
Dès lors, la H ALDE relève que les clauses du contrat
Condition - Dépôt d’un sac de petite taille- Motif - Origine
sont contraires à l’article 141 du traité instituant la
Les consignes de sécurité d’un supermarché ne permettent
Communauté européenne, qui prévoit le principe de l’éga-
pas aux clients d’entrer dans le magasin avec des sacs à dos.
lité de traitement.
Ces consignes sont imprécises et interprétées au cas par cas.
Il a été exigé d’une personne d’origine étrangère de laisser à • Délibération n°2005-87 du 19 décembre 2005
l’entrée un sac de petite taille et de ne se munir que de ses
Emploi - Secteur privé
moyens de paiement. Le client a constaté qu’il était le seul à
État de santé - Absence d’augmentation individuelle - Motif
qui cette exigence avait été imposée, ce qui est confirmé par
- Absences liées à l’état de santé - Différence de traitement -
un témoignage. La HALDE relève que cette mesure constitue
Absence de justification objective
une discrimination indirecte à raison de l’origine, au sens de
l’article 19 de la loi du 30 décembre 2004. Elle demande à la La HALDE relève que le fait pour une entreprise de refuser
direction du supermarché de préciser ses consignes de sécurité. toute augmentation de salaire aux employés dès lors qu’ils
ont été absents plus de vingt jours sur douze mois consécu-
• Délibération n° 2005-76 du 14 novembre 2005
tifs pour arrêt maladie ou qu’ils ont fait l’objet de six arrêts
Emploi - Handicap - Procédure de reclassement infruc- maladie au cours des douze derniers mois semble consti-
RAPP ORT AN N U E L 2005

tueuse - Licenciement - Diligences pour le reclassement tuer une différence de traitement discriminatoire fondée sur
insuffisantes - Demande de suspension du licenciement l’état de santé contraire à l’article L122-45 du code du tra-
Suite à un accident du travail, un salarié magasinier dans un vail. L’état de santé apparaît comme étant le seul motif du
grand groupe de distribution a été reconnu travailleur han- refus dans la mesure où l’employeur ne distingue pas l’état
dicapé. La médecine du travail lui interdit le port de chaus- de santé résultant d’un accident de travail ou d’une maladie
sures de sécurité, ce qui implique un reclassement du salarié. professionnelle, et qu’il admet refuser toute augmentation
Après avoir été affecté à des tâches de saisie informatique, la en cas de dépassement des seuils précités y compris
direction lui propose une formation qui implique qu’il démé- lorsqu’elle était envisagée en raison de bons résultats profes-
nage. Il l’accepte. À l’issue de la formation, la direction du sionnels.
groupe lui propose un seul poste, qui ne correspond pas à ses
• Délibération n° 2005-91 du 19 décembre 2005
qualifications. Estimant ne pas pouvoir procéder à son reclas-
sement,la direction du groupe procède à son licenciement.La Logement - Orientation sexuelle
HALDE considère que le salarié a ainsi fait l’objet d’une mesure Hôtel - Refus de location d’une chambre double - Motif -
discriminatoire. Elle a recommandé la suspension de la pro- Orientation sexuelle - Discrimination
cédure de licenciement. L’employeur a obtempéré. La HALDE considère que le refus par la direction d’un hôtel
• Délibération n°2005-86 du 19 décembre 2005 de louer une chambre avec un lit double à deux hommes en
couple et de leur proposer une chambre avec deux lits sim-
Services - Assurance - Sexe - Convention d’assurance
ples, à raison de leur orientation sexuelle, constitue une
de groupe - Caractère obligatoire - Risque décès - Risque
différence de traitement prohibée par les articles 225-1 et
invalidité - Garanties différentes à raison du sexe -
225-2-1° du code pénal.
Rémunération - Principe de l’égalité de traitement
En application de la convention collective d’une profes- • Délibération n° 2005-98 du 19 décembre 2005
sion libérale, l’établissement d’utilité publique gérant les Fourniture de services - Origine
œuvres sociales de cette profession a passé avec une com- Refus d’entrée en discothèque - Motif - Origine -
pagnie d’assurances une convention d’assurance de groupe Attestation - Discrimination - Information du procureur
couvrant le risque décès et certains risques d’invalidité sans de la République
que les salariés de ces professions n’aient à verser de coti-
La HALDE considère que le refus d’entrer dans une disco-
sation. La HALDE relève qu’en application des clauses du
thèque opposé uniquement aux trois personnes d’origine
contrat, la garantie versée au conjoint survivant, en cas de
étrangère d’un groupe d’une vingtaine de personnes qui
décès du salarié, diffère selon le sexe. Cette différence de
avaient réservé constitue une discrimination à raison de l’ori-
traitement à raison du sexe est reproduite pour la garantie
gine prohibée par le code pénal. La HALDE s’appuie sur les
versée en cas d’invalidité totale et définitive. La HALDE se
témoignages produits pour retenir comme motif du refus l’ori-
réfère à la jurisprudence de la CJCE (notamment : 17 avril
gine, et non pas celui avancé par le directeur de l’établissement.
Page 196
58
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

La HALDE en informe le procureur de la République en appli- donc que la version antérieure est susceptible de constituer
cation de l’article 12 de la loi portant création de la HALDE. des instructions de discriminer.
• Délibération n° 2005-100 du 9 janvier 2006 • Délibération n° 2005-103 du 9 janvier 2005
Biens - Origine Emploi - Embauche - Organisme privé chargé d’une mis-
Plan local d’urbanisme - Création d’une aire d’accueil sion de service public - Origine
pour les gens du voyage sur un terrain privé appartenant Refus d’embauche à l’issue d’un examen d’entrée - Plainte
à des membres de cette communauté - Existence de terrains déposée - Instruction après autorisation - Motif du refus -
communaux libres - Non-respect de la procédure de créa- Doute sur la prise en considération de l’origine -
tion des aires d’accueil - Motif - Origine Obligation pour l’employeur de démontrer que le refus
repose sur un critère objectif - Médiation
Par délibération du conseil municipal une commune a classé
le terrain appartenant aux réclamants en terrain libre à voca- La HALDE a été saisie d’un refus d’embauche opposé par
tion d’équipement dans le cadre de l’adoption d’un plan local une caisse de retraite. La réclamante ayant déposé plainte,
d’urbanisme et a décidé de la création d’une aire d’accueil la HALDE n’a mené l’instruction qu’après avoir sollicité et
pour les gens du voyage sur le terrain privé des réclamants qui recueilli l’accord préalable du procureur de la République.
appartiennent eux-mêmes à cette communauté. Ces derniers La convention collective prévoit que le recrutement s’effec-
ont demandé l’annulation de la délibération devant le tribu- tue par le biais d’un examen d’entrée et d’un entretien

RAPP ORT AN N U E L 2005


nal administratif. La HALDE relève que le motif avancé par la individuel. Il ressort de l’instruction que les motifs avan-
commune au soutien de sa décision est l’amélioration des cés par la caisse de retraite ne semblent pas de nature à jus-
conditions d’accueil des gens du voyage dans la commune. tifier le refus d’embauche. Sans méconnaître le pouvoir de
Or il ressort de l’instruction que le nouveau classement du direction de l’employeur, la HALDE relève que la réclamante
terrain a pour conséquence de ne plus permettre aux récla- a fait l’objet d’une différence de traitement qui laisse sub-
mants de mener des projets individuels de construction et sister un doute sur la prise en considération de son origine
aurait pour but la légitimation de la création d’une aire d’ac- dans la décision de refus d’embauche. La HALDE en déduit
cueil sur ce terrain. La HALDE déduit de l’existence de ter- qu’il incombe à l’employeur de démontrer que le refus
rains communaux libres que le motif de l’affectation du ter- repose sur des critères objectifs. Après accord préalable des
rain des réclamants réside uniquement dans leur origine et parties, la HALDE fait procéder à une médiation et, par ail-
souligne que la procédure de création de l’aire d’accueil n’est leurs, demande à la caisse de retraite de modifier ses pro-
pas conforme à la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à cédures de recrutement dans un délai de deux mois.
l’accueil et à l’habitat des gens du voyage.
• Délibération n° 2005-115 du 16 janvier 2006
• Délibération n° 2005-101 du 23 janvier 2006
Emploi - Harcèlement - Cumul de critères - État de santé -
Logement - Origine - Nationalité - Apparence physique Origine - Activité syndicale
Auto-saisine - Document de référence pour la sélection des Harcèlement moral - Licenciement - Motif - État de santé -
locataires - Informations contradictoires - Ambiguïté des Origine - Activité syndicale - Éléments du harcèlement -
critères de sélection - Origine - Nationalité - Apparence Agissements répétés - Atteinte à la dignité et aux droits -
physique - Discrimination Altération de la santé - Observations devant le conseil
des prud’hommes
La HALDE a eu connaissance, par voie de presse, d’un manuel
destiné aux agents commerciaux d’une société de location La HALDE considère qu’au vu des éléments du dossier, le com-
de logements qui présentait des éléments plausibles de dis- portement de l’employeur semble constituer un harcèlement
crimination. La HALDE s’est saisie de la question. Le docu- moral discriminatoire. La HALDE relève l’existence des trois
ment de référence pour la sélection des locataires, recueilli éléments constitutifs du harcèlement, tel que définit à l’arti-
auprès du mis en cause, contient des critères de sélection cle L122-49 du code du travail : des agissements répétés, une
non objectifs : l’origine, la nationalité et l’apparence physi- atteinte à la dignité et aux droits ayant des conséquences sur
que des candidats. Les modifications intervenues à la suite la santé du salarié. En outre, le comportement de l’em-
de la loi du 17 janvier 2002, qui impose la prise en considé- ployeur apparaît fondé sur trois critères de discrimination
ration de critères objectifs et non discriminatoires, laissent prohibés par la loi : l’origine du salarié, son état de santé
subsister les informations contradictoires. La HALDE relève (diabète), son activité syndicale. Le conflit a eu pour consé-
que la refonte complète du document n’est intervenue quence le licenciement du salarié contesté devant le conseil
qu’après sa divulgation par voie de presse. Elle considère des prud’hommes. La HALDE fait droit à la demande du
Page 197
59
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

réclamant en l’invitant à solliciter du conseil des prud’hom- et les raisons pour lesquelles celui de la réclamante était jugé
mes qu’elle puisse présenter ses observations à l’audience. insuffisant. L’étude des candidatures retenues a montré que
ce critère flou permettait d’écarter des postulants ne corres-
• Délibération n° 2005-88 du 6 février 2006
pondant pas à la politique de l’entreprise de recruter des
Emplois et fonctions publics - Concours - Critère prohibé personnes jeunes en prévision de départs à la retraite pro-
par la loi - Candidats contractuels candidats non contrac- chains. La HALDE a reconnu une discrimination indirecte.
tuels - Jury - Différence de traitement prohibée Elle a invité les parties à trouver les moyens pour assurer
Le recrutement par concours, dans le cadre duquel seul le une juste réparation. Elle a recommandé à la banque de révi-
mérite est censé départager les candidats, doit garantir ser ses critères de sélection. Elle a recommandé au groupe
qu’aucune différence de traitement à raison de critères non bancaire d’engager une réflexion sur sa gestion prévision-
prévus par la loi n’intervienne entre les candidats. Des nelle des emplois et sur les conditions d’emploi des seniors.
modalités de recrutement qui conduisent à ce que les can- • Délibération n° 2006-24 du 6 février 2006
didats ayant une relation personnelle avec l’administration
Service public - Handicap
organisatrice du concours soient traités de manière plus
Refus de scolarisation d’un enfant handicapé - Établisse-
favorable constitue une différence de traitement entre les
ment de référence - Collège - Motif - Refus des aménage-
candidats à raison de critères non expressément prévus, tant
ments raisonnables - Injonction de procéder à l’inscription
par les textes régissant les concours que par la loi fondamen-
par le supérieur hiérarchique - Nouveau refus - Absence de
RAPP ORT AN N U E L 2005

tale de la République. Par ailleurs, La HALDE a considéré


diligences de la hiérarchie
qu’en privilégiant les agents contractuels au moment du
concours, l’administration prend le risque de créer une dis- La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 prévoit le droit pour
crimination indirecte qui désavantage les candidats non un enfant présentant un handicap d’être scolarisé dans
contractuels, quel que puisse être par ailleurs le motif de la l’établissement scolaire le plus proche de son domicile,
discrimination (origine, âge...). En outre, la présence dans l’établissement de référence. Des dérogations sont prévues
les jurys de membres de l’administration organisatrice du si l’établissement n’est pas adapté à l’accueil de l’enfant. Le
concours, si elle n’est pas critiquable en soi, devient problé- principal d’un établissement d’enseignement secondaire a
matique lorsqu’elle est combinée à l’absence d’anonymat refusé l’inscription d’un enfant dont la mobilité est réduite
des candidats, dont certains ont pu collaborer avec les mem- au motif que l’établissement ne présentait pas les condi-
bres des jurys. tions nécessaires pour l’accueillir. Or la HALDE relève qu’à
la date du refus les conditions de sécurité étaient remplies,
• Délibération n°2006-20 du 6 février 2006
l’accueil de l’enfant nécessitant seulement des aménage-
Emploi - Refus d’Embauche - Age ments raisonnables. Les parents ont sollicité l’intervention
Procédure de recrutement - Cabinet de recrutement - de l’inspecteur d’académie qui a enjoint au principal de
Critères de sélection - Compétences professionnelles - procéder à l’inscription de l’enfant. Le principal a de nou-
Potentiel d’évolution - Imprécision - Absence de justifica- veau opposé un refus. La HALDE relève que ces décisions
tions objectives - Discrimination indirecte - Critère - Âge - peuvent constituer le refus, par une personne dépositaire
Réparation - Observations devant le conseil des prud’hom- de l’autorité publique, d’un droit accordé par la loi selon
mes - Recommandations - Gestion prévisionnelle des un critère prohibé, conformément à l’article 432-7 du code
emplois - Seniors pénal. Elle en informe le procureur de la République, en
La réclamante, âgée de 44 ans, travaillait au sein d’une ban- application de l’article 12 de la loi n° 2004-1486 du
que en CDD. Ses compétences étaient reconnues. Elle a pré- 30 décembre 2004.
senté sa candidature pour obtenir un poste en CDI dans la • Délibération n° 2006-25 du 6 février 2006
même structure. Le rapport établi par le cabinet de recrute-
Fourniture d’un service - Origine - Appartenance ou non-
ment a confirmé les aptitudes de l’intéressée pour le poste
appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation,
visé. La direction a rejeté sa candidature au motif que son
une race ou une religion déterminée - Discrimination -
potentiel d’évolution de carrière était insuffisant. La direc-
Information du procureur de la République
tion n’a pas été en mesure d’établir sur des éléments objec-
tifs les critères retenus pour déterminer le potentiel d’évo- La HALDE a été saisie d’une réclamation concernant la dis-
lution d’un candidat, les raisons pour lesquelles l’évaluation tribution d’une « soupe au cochon » aux sans-domicile.
de ce potentiel devait primer sur des considérations relati- La HALDE a considéré que cette distribution de soupe
ves aux aptitudes et compétences pour le poste à pourvoir constitue, au sens de l’article 225-2-4° du code pénal, une
Page 198
60
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

fourniture de service. Ce faisant, cette distribution ne pou- • Délibération n° 2005-24 du 19 septembre 2005
vait être subordonnée à un critère prohibé par l’article
Refus d’un droit - Pensions d’invalidité - Nationalité
225-1 du code pénal. La HALDE a estimé qu’il existait des
Exclusion du bénéfice de pension d’invalidité - Déportés
éléments laissant supposer que cette offre de service était
de la Seconde Guerre mondiale - Motif - Nationalité -
subordonnée à l’origine des bénéficiaires du service, à leur
Différence de traitement - Critère objectif
appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou sup-
posée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion Il ressort des articles L 197 et suivants du code des pensions
déterminée. Ces faits étant susceptibles de constituer le militaires d’invalidité et des victimes de guerres que le droit
délit de l’article 225-2-4°, la HALDE a décidé d’en informer à la pension d’invalidité est ouvert aux déportés politiques
le procureur de la République, conformément à l’article 12 de la Seconde Guerre mondiale, s’ils avaient la nationalité
de la loi du 30 décembre 2004. française lors des faits de déportation et qu’ils l’ont conser-
vée, quel que soit le pays depuis lequel ils ont été déportés
DISCRIMINATION RÉSULTANT DE RÉGIMES ou, s’ils ont été arrêtés en France et déportés et qu’ils ont
DE DROIT acquis depuis la nationalité française. La HALDE constate
• Délibération n° 2005-17 du 4 juillet 2005 que les personnes de nationalité étrangère au moment des
faits ne bénéficient pas de ce droit à pension alors même
Refus d’un droit - Origine
qu’elles se sont établies en France après leur libération et
Décret n° 2004-896 du 27 août 2004 - Retrait du droit de
qu’elles ont acquis la nationalité française ou qu’elles ont été

RAPP ORT AN N U E L 2005


vote aux élections des Chambres des métiers aux artisans
arrêtées en France et déportées sans acquérir par la suite la
non européens - Interprétation du principe d’égalité -
nationalité française. La HALDE, se référant à la jurispru-
Différence de traitement à raison de la nationalité -
dence du Conseil d’État, considère qu’une pension est un
Situation analogue - Recherche de justifications objecti-
bien au sens de l’article 1er du premier protocole addition-
ves - Absence - Rupture d’égalité - Demande de justifica-
nel à la CEDH. Par conséquent, faisant application de l’ar-
tions objectives du retrait au Premier ministre et au minis-
ticle 14 de cette convention, elle recherche si la différence de
tre des Petites et Moyennes Entreprises - Demande
traitement fondée sur la nationalité est justifiée par des cri-
d’abrogation de la mesure réglementaire
tères objectifs au regard de la finalité de la mesure. Il appa-
Le décret n° 2004-896 du 27 août 2004 modifiant le décret raît que ces pensions visent à compenser les préjudices liés
n° 99-433 du 27 mai 1999 relatif à la composition des à une infirmité consécutive à la déportation et ne sont pas
Chambres des métiers et à leur élection ajoute une condi- liées à une notion de responsabilité de l’État français. Dès
tion de nationalité (française ou ressortissant d’un État lors, la distinction fondée sur la nationalité ne semble pas
membre de la CE ou d’un État parti à l’accord sur l’EEE) justifiée. La HALDE demande au Premier ministre de veiller
pour obtenir la qualité d’électeur, instaurant ainsi une dif- à ce que soit réformé le code des pensions militaires d’in-
férence de traitement à raison de la nationalité. La HALDE validité et des victimes de guerre afin de mettre fin à cette
apprécie le respect du principe d’égalité au regard de la différence de traitement.
jurisprudence du Conseil constitutionnel et de celle déve-
• Délibération n° 2005-32 du 26 septembre 2005
loppée par le Conseil d’État, notamment dans l’arrêt Diop
du 30 novembre 2001 faisant application de l’article 14 de Refus d’un droit - Bonifications d’ancienneté - Sexe
la CEDH. La HALDE considère qu’eu égard aux missions Régime de retraite de la fonction publique - Régime profes-
des Chambres des métiers, les artisans non européens ne sionnel - Bénéfice des bonifications d’ancienneté -
sont pas dans une situation différente de celle des artisans Condition - Deux mois continus d’interruption d’activité
de nationalité européenne. Dès lors, une différence de trai- pour l’éducation des enfants - Père de trois enfants - Refus -
tement n’est légale que si elle est fondée sur des justifica- Motif - Moins de deux mois d’interruption d’activité -
tions objectives et raisonnables en lien avec les missions Discrimination indirecte en raison de la durée de l’inter-
des Chambres des métiers. L’instruction n’ayant pas fait ruption d’activité - Demande de justification du critère
apparaître de telles justifications, La HALDE demande au d’interruption d’activité - En l’absence de justification,
Premier ministre et au ministre des Petites et Moyennes demande, suppression ou modification de la mesure
Entreprises d’apporter ces justifications et à défaut d’abro- La HALDE souligne que le régime des bonifications d’ancien-
ger la mesure discriminatoire. neté du régime professionnel de retraite de la fonction

Page 199
61
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

publique a été modifié, supprimant la discrimination directe du 11 février 2005 afin que l’exigence de l’attestation de sau-
à raison du sexe qui résultait de l’exclusion des hommes du vetage aquatique ne soit plus un obstacle à tout recrutement
régime de bonification accordé aux mères de trois enfants de personnes handicapées. Elle lui recommande également
pour l’éducation de leur enfant et ce, en application de la d’envisager l’aménagement de poste nécessaire, une fois le
directive 86/378/CEE ainsi que de la jurisprudence de la candidat handicapé recruté.
Cour de justice des communautés européennes et du
• Délibération n° 2005-43 du 3 octobre 2005
Conseil d’État. Cependant, le nouveau régime résultant des
lois n° 2003-775 du 21 août 2003 et n° 2004-1485 du Refus d’un droit - Conditions de liquidation de la pension
30 décembre 2004 et du décret n° 2005-449 du 10 mai 2005 de retraite - Sexe
accorde ce droit aux deux sexes, mais impose une nouvelle Régime de retraite - Régime légal - Bonifications d’ancien-
condition : une interruption d’activité de deux mois conti- neté pour l’éducation des enfants réservées aux femmes -
nus pour l’éducation des enfants. Or des régimes accordant Différence de traitement - Sexe - Absence de justification
de plein droit un congé pour l’éducation des enfants aux en lien avec le but poursuivi - Incompatibilité avec l’arti-
pères n’ont été instaurés qu’à partir de 1984 et sont d’une cle 14 de la CEDH - Demande de modification
durée inférieure au congé maternité obligatoire (8 semai- La HALDE a été saisie de la question des bonifications d’an-
nes minimum). Dès lors, ce régime instaure une différence cienneté pour l’éducation des enfants réservées aux femmes
de traitement non justifiée par rapport à l’objectif pour- dans le calcul des trimestres ouvrant droit à la liquidation
RAPP ORT AN N U E L 2005

suivi, l’éducation des enfants. Si le ministère de la Fonction des pensions de retraite dans le régime général de la Sécurité
publique n’apporte pas de justification objective de ce cri- sociale (art. L 351-4 du code de la Sécurité sociale) qui est
tère de distinction, la HALDE en demande la suppression ou un régime légal selon la jurisprudence de la CJCE. La HALDE
la modification (durée réduite). relève que cet article n’est pas contraire à la directive
• Délibération n° 2005-34 du 26 septembre 2005 79/7/CEE applicable aux régimes légaux, car celle-ci permet
aux États membres d’exclure du principe d’égalité de trai-
Emploi - Emploi public - Embauche - Accès au statut - Accès
tement les avantages accordés en matière d’assurance vieil-
au contrat - Handicap
lesse aux personnes qui ont élevé des enfants, l’égalité pou-
Refus d’inscription au concours de professeur d’éducation
vant être instaurée de façon progressive. Cependant, la
physique et sportive (EPS) - Refus d’embauche en tant que
HALDE se réfère aux articles 14 de la CEDH et 1er du premier
professeur d’EPS contractuel - Motif - Absence d’attesta-
protocole additionnel à cette convention, desquels il résulte
tion de sauvetage aquatique - Travailleur handicapé -
que le droit au respect de ses biens doit être assuré à chacun
Handicap auditif - Discrimination indirecte
sans distinction à raison du sexe, notamment, si elle n’est
La HALDE a été saisie d’un refus d’inscription au concours pas fondée sur des critères objectifs en rapport avec le but
de professeur d’éducation physique et sportive (EPS) et d’un poursuivi. Or, le Conseil d’État considère que les pensions
refus d’embauche en tant que professeur d’EPS contractuel, de retraite doivent être regardées comme un bien au sens de
opposés à un travailleur handicapé qualifié (handicap audi- la CEDH. Selon l’article D 351-1-7 du code de la Sécurité
tif modéré). Ces refus sont fondés sur l’article 1er du décret sociale, le but poursuivi par l’instauration de bonifications
du 17 juin 2004 qui impose que les professeurs d’EPS soient d’ancienneté pour le calcul des droits à la retraite est unique-
titulaires de l’attestation de sauvetage aquatique, qu’ils soient ment de conférer des avantages en lien avec la période consa-
fonctionnaires ou contractuels. La HALDE relève que l’exi- crée à l’éducation des enfants. Dès lors, la HALDE considère
gence de cette attestation sans dérogation ni aménagement qu’exclure les hommes ayant élevé leurs enfants de cet avan-
à raison du handicap possible, constitue une discrimination tage n’apparaît pas compatible avec l’article 14 de la CEDH
indirecte contraire à l’article 27 de la loi n° 84-16 du 11 jan- et demande au Premier ministre de prévoir la modification
vier 1984, tel que modifié par la loi n° 2005-102 du 11 février de l’article L 351-4 du code de la Sécurité sociale en l’ab-
2005 qui impose qu’aucun candidat ne peut être écarté d’un sence de communication de justification objective de cette
concours ou d’un emploi dans la fonction publique à raison différence de traitement.
de son handicap, ainsi qu’à l’article 6 sexies de la loi n° 83 du
• Délibération n° 2005-53 du 24 octobre 2005
13 juillet 1983 qui imposait déjà à l’employeur de prendre
toute mesure appropriée pour permettre aux travailleurs Refus d’un droit - Retraite - Pension de réversion - Sexe
handicapés d’accéder à un emploi. La HALDE demande au Régime de retraite des clercs et employés de notaires -
ministre de l’Éducation d’assurer la conformité du Régime professionnel - Droit à pension de réversion des
décret n° 2004-592 du 17 juin 2004 avec la loi n° 2005-102 veufs et veuves de clercs de notaires - Différence de traitement
Page 200
62
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

- Sexe - Absence de justification en lien avec le but pour- retraite est un régime professionnel et que par conséquent,
suivi - Demande d’application de la règle la plus favorable en application de l’article 141 du traité instituant la commu-
et de réexamen du dossier du réclamant nauté européenne, de la directive 86/378/CEE et de la juris-
prudence de la Cour de justice des communautés européen-
La HALDE constate une différence de traitement à raison du
nes, le principe de l’égalité de traitement entre hommes et
sexe dans le régime des pensions de réversion des veufs et
femmes est applicable. Toute différence de traitement doit
veuves de clercs et employés de notaires résultant des arti-
donc être fondée sur des critères objectifs et doit être pro-
cles 113 et 117 du décret n° 90-1215 du 20 décembre 1990,
portionnée, ce qui n’est pas le cas en l’espèce. La HALDE
l’article 117 imposant une condition supplémentaire aux
relève que ce dispositif est contraire aux articles 14 de la
veufs pour le bénéfice de la pension de réversion : être atteint
CEDH et 1er du premier protocole additionnel à cette
d’une infirmité ou d’une maladie incurable le rendant défi-
convention. La HALDE rappelle que selon la jurisprudence de
nitivement incapable de travailler. La HALDE relève que,
la CJCE, en l’absence d’adoption de mesures rétablissant
selon la jurisprudence de la Cour de cassation, ce régime de
l’égalité de traitement, la clause la plus favorable doit être
retraite est un régime professionnel et que par conséquent,
appliquée. C’est sur ce fondement que la HALDE demande le
en application de l’article 141 du traité instituant la
réexamen du dossier du réclamant afin que lui soit appliqué
Communauté européenne, de la directive 86/378/CEE et de
l’article 84 du décret de façon asexuée. La HALDE informe les
la jurisprudence de la Cour de justice des communautés
instances de tutelle de la caisse de retraite mise en cause.
européennes, le principe de l’égalité de traitement entre

RAPP ORT AN N U E L 2005


hommes et femmes est applicable. Toute différence de trai- • Délibération n° 2005-80 du 28 novembre 2005
tement doit donc être fondée sur des critères objectifs et doit
Fourniture d’un bien ou d’un service - Santé
être proportionnée, ce qui n’est pas le cas en l’espèce, le
Accès au crédit - Assurance - Risque de santé aggravé -
caractère discriminatoire du régime ayant été sanctionné
Dispositif permettant l’accès au crédit - Convention
par un arrêt du 8 juillet 2004 de la Cour de cassation. La
Belorgey - Recommandations - Extension du champ
HALDE se réfère à la jurisprudence de la CJCE pour recom-
d’application de la convention - Approfondissement du
mander à la caisse de retraite mise en cause l’application de
dispositif
la clause du traitement le plus favorable. La HALDE demande
donc l’application des conditions d’octroi aux veuves de La HALDE s’est saisie de la question de l’assurabilité des per-
clercs et d’employés de notaires de pensions de réversion à sonnes présentant un risque de santé aggravé. Elle se pose
l’ensemble des veufs et veuves de clercs et employés de notai- en raison de ses conséquences sur l’accès au crédit. En appli-
res. Elle demande également le réexamen du dossier du cation du principe de sélection du risque assurable, un refus
réclamant. La caisse de retraite mise en cause a informé la de prêt ayant pour motif le refus d’assurer la personne à rai-
HALDE que la condition imposée aux seuls veufs avait été son du risque de santé aggravé qu’elle présente n’est pas une
supprimée et qu’elle reconnaît au réclamant le droit à pen- différence de traitement prohibée par la loi. Si la convention
sion de réversion du chef de son épouse décédée. Belorgey (signée en 2001 entre l’État, des organismes repré-
sentant les assureurs, les établissements de crédit et les
• Délibération n° 2005-55 du 24 octobre 2005
consommateurs ou les personnes présentant un risque de
Refus d’un droit - Conditions de liquidation de la pension santé) a prévu un ensemble de mesures, reconnues par le
de retraite - Sexe législateur en 2002, permettant l’accès à l’assurance, et donc
Régime de retraite - Régime professionnel - Àge de liquida- à l’emprunt, des personnes présentant un risque de décès,
tion des pensions de retraites - Différence de traitement à la HALDE relève que des difficultés subsistent. Elle recom-
raison du sexe - Absence de justifications objectives - mande au gouvernement d’envisager l’extension du champ
Demande de réexamen du dossier du réclamant - d’application de la convention au « risque invalidité », ainsi
Information des autorités de tutelle qu’un ensemble de mesures visant à améliorer le dispositif
actuel : réévaluer la condition d’âge et de durée des prêts en
La HALDE constate une différence de traitement fondée sur
ce qui concerne les prêts à la consommation ; prévoir à la
le sexe dans le régime de liquidation des pensions de retraite
charge des établissement de crédit et des assureurs une obli-
de clercs et employés de notaires régi par l’article 84 du
gation d’information des candidats aux prêts et de moti-
décret n° 90-1215 du 20 décembre 1990, qui réserve aux
vation des refus à raison de l’état de santé aggravé ; mettre
femmes la possibilité d’accéder au régime de retraite dès 55 ans
en place un fonds de garantie aidant au versement des
à certaines conditions et refuse aux hommes ce droit même
surprimes d’assurances exigées en raison de l’état de santé
s’ils remplissent les mêmes conditions. La HALDE relève que
aggravé.
selon la jurisprudence de la Cour de cassation, ce régime de
Page 201
63
3.2 Les principales délibérations de la HALDE

• Délibération n° 2005-99 du 16 janvier 2006 dépasser le « plafond de verre ». Elle invite donc le Premier
ministre et le ministre de la Recherche à envisager l’applica-
Retraite anticipée - Secteur public - Handicap
tion du principe d’égalité entre hommes et femmes aux ins-
Applicabilité de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 - Droit
tances décisionnelles dans la fonction publique.
à la retraite anticipée des fonctionnaires handicapés -
Absence de décret d’application • Délibération n° 2005-57 du 27 février 2006
L’article 28 II de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 modi- Emploi - Origine
fie l’article L 24-5° du code des pensions civiles et militaires Exercice de la médecine - Médecins ayant obtenu leur
et permet aux fonctionnaires handicapés de bénéficier d’un diplôme hors de l’Union européenne - Différence de sta-
départ à la retraite anticipé lorsqu’ils justifient d’une incapa- tut - Différence de rémunération - Fonctions analogues -
cité permanente au moins égale à 80 % et d’une durée d’as- Discrimination
surance définie par décret. La HALDE souligne que la mise en
La HALDE note les trois conditions cumulatives auxquelles
place de cette mesure est subordonnée à l’adoption d’un
l’exercice de la médecine en France est soumis : avoir la
décret d’application qui n’a pas été adopté et prend acte de
nationalité française ou être ressortissant d’un pays mem-
ce que celui-ci est en cours d’élaboration. Elle appelle l’at-
bre de l’Union européenne, détenir un diplôme français ou
tention du ministre de la fonction publique et celle du minis-
communautaire reconnu comme équivalent, être inscrit au
tre délégué aux Collectivités locales sur la nécessité de pren-
tableau de l’Ordre des médecins. Elle constate néanmoins
dre en considération le principe selon lequel une retraite
RAPP ORT AN N U E L 2005

que les médecins titulaires d’un diplôme obtenu hors de


anticipée doit préserver l’intégralité des droits et les invite à
l’Union européenne sont amenés à exercer des fonctions
adopter le décret d’application dans les plus brefs délais.
analogues à celles des praticiens français, alors qu’ils ne peu-
• Délibération n° 2006-16 du 23 janvier 2006 vent que contribuer à l’exercice de la médecine, en tant
qu’agent contractuel, et sous la responsabilité d’un prati-
Établissement public - Recherche - Nomination - Conseil
cien hospitalier. Il découle de ce statut que leur rémunéra-
d’administration - Sexe - Principe de promotion de l’égalité
tion est minorée. La HALDE en déduit que ce dispositif
La HALDE a été saisie de la composition exclusivement mas- constitue une discrimination prohibée par l’article 19 de la
culine du conseil d’administration d’un établissement public loi n°2004-1486 du 30 décembre 2004. Elle demande à être
à caractère scientifique et technologique. Elle note qu’alors informée dans un délai de quatre mois des mesures adop-
que les secteurs de la recherche et de l’enseignement supé- tées pour mettre fin aux différences de rémunération et
rieur relèvent par nature de la loi n° 2001-397 du 9 mai 2001 visant à mettre en place des procédures de validation des
relative à l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, compétences effectivement acquises par eux.
le pouvoir réglementaire a entendu exclure ces secteurs de
son champ d’application. La HALDE appelle l’attention du
Liste des abréviations :
ministre délégué à la recherche sur la nécessité d’assurer l’ap-
plication de cette loi aux secteurs considérés. En outre, bien CE : Communauté européenne
qu’en l’état du droit aucun texte n’impose de respecter impé- CEDH : Convention européenne de sauvegarde des Droits
rativement le principe d’égalité entre hommes et femmes de l’Homme et des libertés fondamentales
lors de telles nominations, la HALDE relève que les personna- EEE : Espace économique européen
lités sont nommées, en l’espèce, en raison de leur représen- CJCE : Cour de justice des communautés européennes
tativité du monde du travail, du domaine économique et
social, de celui des sciences et technologie, et ont donc voca-
tion à représenter l’ensemble de la société française. La HALDE
relève que le principe de promotion de l’égalité s’applique
de façon générale. Ainsi, elle recommande que pour l’avenir
la nomination de ces personnalités assure une représenta-
tion équilibrée des femmes et des hommes. La HALDE souli-
gne également que l’absence d’application de la loi du 9 mai
2001 aux conseils d’administration des établissements
publics administratifs peut constituer un frein à l’objectif
poursuivi par le législateur de permettre aux femmes de

Page 202
64
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

Conclusion

La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et Cette mission, déjà engagée, sera fortement développée,
pour l’Égalité, créée par la loi du 30 décembre 2004, mais la HALDE ne peut réussir qu’avec le concours de
constituée par un décret du 8 mars 2005, a pu agir dès l’ensemble des acteurs de la société française. Elle a
cette date : elle le doit largement au travail remarquable trouvé chez les pouvoirs publics et dans l’adminis-
de la mission de préfiguration et à l’action menée par le tration les appuis nécessaires, fondés sur la conscience

RAPP ORT AN N U E L 2005


Groupe d’étude et de lutte contre les discriminations commune du caractère essentiel de la lutte contre les
qui l’ont précédée. Le collège souhaite rendre hommage discriminations ; elle a constaté, avec satisfaction, la
à Bernard Stasi qui est l’inspirateur et, a beaucoup mobilisation croissante sur ce thème des collectivités
d’égards, le fondateur de la HALDE. territoriales, des entreprises et des organisations syndi-

Le choix fait par le collège de privilégier au cours de sa cales ; elle compte sur la mobilisation de toutes les

première année d’activité le traitement des réclamations associations qui luttent pour l’égalité, pour les droits de

a enraciné son action dans le concret. Il a permis l’homme et contre les discriminations de toutes natures.

d’apporter des solutions réelles à de vrais problèmes. Ce Indépendante, la HALDE ne peut ni ne veut être isolée ;
rôle continuera d’être au cœur de l’activité de la HALDE elle souhaite trouver, sur tout le territoire national des
au cours des prochaines années. Les moyens accrus et relais à son action ; elle s’appuie sur les actions engagées
l’expertise croissante de ses services, les instruments par le Conseil de l’Europe et l’Union européenne ; elle
juridiques nouveaux dont dispose la HALDE, doivent bénéficie de l’expérience acquise dans les autres pays par
concourir à rendre ce rôle de plus en plus important les institutions qui ont en charge les missions similaires.
et pertinent. La HALDE a conscience de l’importance de sa mission :
Peu à peu, une jurisprudence et une doctrine s’élaborent contribuer à faire que les principes inscrits dans la devise
à partir de cas concrets, jurisprudence et doctrine qui de la République, dans les déclarations des Droits de
trouvent à s’appliquer de façon plus générale. l’Homme, dans les textes législatifs s’appliquent

La HALDE a une mission plus large : celle de prévenir les concrètement à tous ceux qui vivent dans notre pays ;

discriminations, de favoriser la diffusion des bonnes sa détermination est à la hauteur de l’enjeu.

pratiques, de donner une portée concrète à l’égalité des


chances et à l’égalité de traitement, dans le secteur public
comme dans le secteur privé, chez les employeurs
comme chez les fournisseurs de biens et services. Son
rôle est de réfléchir, de former, d’informer, d’inciter.

Page 203
65
ANNEXES
1. La loi, les décrets d’application 67
2. Les principaux textes de loi cités
dans le rapport 77
3. Note sur l’action territoriale 81
4. Note sur la dimension européenne
et tableau comparatif 85
5. Lettre aux entreprises
et tableaux des réponses 89
6. Tableau d’exécution du budget 92
7. Sondage CSA 92
8. Les Conventions 93
Convention Sciences Po 93
Convention FNAIM 94
Convention Conseil national des barreaux 95
Convention PUBLIC SÉNAT 97
Convention CNIL 98

Page 204
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ

1. La loi, les décrets d’application En cas de vacance d’un siège de membre du collège pour
quelque cause que ce soit, il est pourvu à la nomination,
Loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 dans les conditions prévues au présent article, d’un nouveau
portant création de la Haute Autorité de membre pour la durée du mandat restant à courir. Son man-
Lutte contre les Discriminations et pour dat peut être renouvelé s’il a occupé ces fonctions de rem-
l’Égalité placement pendant moins de deux ans.
L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté, La Haute autorité crée auprès d’elle un comité consultatif
Le Président de la République promulgue la loi dont la permettant d’associer à ses travaux des personnalités quali-
teneur suit : fiées choisies parmi des représentants des associations, des
syndicats, des organisations professionnelles et toutes autres
TITRE Ier personnes ayant une activité dans le domaine de la lutte
contre les discriminations et pour la promotion de l’égalité.
DE LA HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES
Elle dispose de services, placés sous l’autorité de son prési-
DISCRIMINATIONS ET POUR L’ÉGALITÉ
dent, pour lesquels elle peut recruter des agents contractuels.
Article 1 Le président représente la Haute autorité et a qualité pour
Il est institué une autorité administrative indépendante agir au nom de celle-ci.
dénommée Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations En cas de partage égal des voix, celle du président de la Haute

RAPP ORT AN N U E L 2005


et pour l’Égalité. autorité est prépondérante.
La Haute autorité est compétente pour connaître de toutes
Article 3
les discriminations, directes ou indirectes, prohibées par la
I. Aucun membre de la Haute autorité ne peut :
loi ou par un engagement international auquel la France est
- participer à une délibération ou procéder à des investigations
partie.
relatives à un organisme au sein duquel il détient un intérêt,
Article 2 direct ou indirect, exerce des fonctions ou détient un mandat ;
La Haute autorité est composée d’un collège de onze mem- - participer à une délibération ou procéder à des investiga-
bres nommés par décret du Président de la République : tions relatives à un organisme au sein duquel il a, au cours
- deux membres, dont le président, désignés par le Président des trois années précédant la délibération ou les vérifica-
de la République ; tions, détenu un intérêt direct ou indirect, exercé des fonc-
- deux membres désignés par le président du Sénat ; tions ou détenu un mandat.
- deux membres désignés par le président de l’Assemblée II. Tout membre de la Haute autorité doit informer le pré-
nationale ; sident des intérêts directs ou indirects qu’il détient ou vient
- deux membres désignés par le Premier ministre ; à détenir, des fonctions qu’il exerce ou vient à exercer et de
- un membre désigné par le vice-président du Conseil tout mandat qu’il détient ou vient à détenir au sein d’une
d’État ; personne morale. Ces informations, ainsi que celles concer-
- un membre désigné par le premier président de la Cour de nant le président, sont tenues à la disposition des membres
cassation ; de la Haute autorité.
- un membre désigné par le président du Conseil économi- Le président de la Haute autorité prend les mesures appro-
que et social. priées pour assurer le respect des obligations résultant du
Les désignations du Président de la République, du prési- présent article.
dent du Sénat, du président de l’Assemblée nationale et du
Premier ministre concourent à une représentation équili- Article 4
brée entre les femmes et les hommes. Toute personne qui s’estime victime de discrimination peut
Le mandat du président et des membres de la Haute saisir la Haute autorité, dans des conditions précisées par
autorité a une durée de cinq ans. Il n’est ni révocable, ni décret en Conseil d’État.
renouvelable. La Haute autorité peut aussi se saisir d’office des cas de dis-
Les membres du collège, à l’exception du président, sont crimination directe ou indirecte dont elle a connaissance,
renouvelables par moitié tous les trente mois. sous réserve que la victime, lorsqu’elle est identifiée, ait été
avertie et qu’elle ne s’y soit pas opposée.

Page 205
67
Annexes

Les victimes de discrimination peuvent également saisir la Article 7


Haute autorité par l’intermédiaire d’un député, d’un séna- La Haute autorité assiste la victime de discrimination dans
teur ou d’un représentant français au Parlement européen. la constitution de son dossier. Elle aide la victime à identi-
Toute association régulièrement déclarée depuis au moins fier les procédures adaptées à son cas.
cinq ans à la date des faits, se proposant par ses statuts de
La Haute autorité peut procéder ou faire procéder à la réso-
combattre les discriminations ou d’assister les victimes de
lution amiable des différends portés à sa connaissance, par
discrimination, peut saisir la Haute autorité conjointement
voie de médiation.
avec toute personne qui s’estime victime de discrimination
Lorsqu’il est procédé à cette médiation, les constatations et
et avec son accord.
les déclarations recueillies au cours de celle-ci ne peuvent
La saisine de la Haute autorité n’interrompt ni ne suspend être ni produites ni invoquées ultérieurement dans les ins-
les délais relatifs à la prescription des actions en matière tances civiles ou administratives, sans l’accord des person-
civile et pénale et aux recours administratifs et contentieux. nes intéressées.
Article 8
Article 5
La Haute autorité peut, après avis adressé aux personnes
La Haute autorité recueille toute information sur les faits
intéressées et avec leur accord, charger un ou plusieurs de ses
portés à sa connaissance.
membres ou de ses agents de procéder à des vérifications
À cet effet, elle peut demander des explications à toute per-
sur place, dans les locaux administratifs, ainsi que dans les
RAPP ORT AN N U E L 2005

sonne physique ou à toute personne morale de droit privé


lieux, locaux, moyens de transport accessibles au public et
mise en cause devant elle. Elle peut aussi demander commu-
dans les locaux professionnels, à condition que ces derniers
nication d’informations et de documents quel qu’en soit le
soient exclusivement consacrés à cet usage.
support et entendre toute personne dont le concours lui
Lors de ses v