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Paul Goubert

Patriarches d'Antioche et d'Alexandrie contemporains de saint


Grégoire le Grand (Notes de prosopographie byzantine)
In: Revue des études byzantines, tome 25, 1967. pp. 65-76.

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Goubert Paul. Patriarches d'Antioche et d'Alexandrie contemporains de saint Grégoire le Grand (Notes de prosopographie
byzantine). In: Revue des études byzantines, tome 25, 1967. pp. 65-76.

doi : 10.3406/rebyz.1967.1386

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1967_num_25_1_1386
PATRIARCHES D'ANTIOCHE ET D'ALEXANDRIE

CONTEMPORAINS DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND

(Notes de Prosopo graphie byzantine)

On a pu constater comment, sous le règne de Maurice, les plus hauts


sièges de l'Église étaient occupés par des pasteurs vertueux et savants.
Saint Grégoire à Rome, Jean le Jeûneur à Constantinople, Euloge à
Alexandrie, brillaient autant par leur doctrine que par leur piété.
Antioche fut le privilège d'être gouvernée par deux hommes d'une
rare valeur : Anastase et Grégoire.

Anastase 1er (i) (559.570) (593-599).

Saint Anastase Ier est une très grande figure de l'Église orientale.
Peut-être palestinien d'origine et moine du Sinaï (2), il fut certainement
apocrisaire du patriarche d'Alexandrie à Antioche; il succéda à
Domnus en 559 sur le siège patriarcal de cette ville.
Opposé à l'aphtartodocétisme de Justinien, il s'attendait à être
exilé (3), mais l'empereur mourut avant de prendre des mesures
contre lui.

(1) Cf. A. Seider, Anastasius I, Lexikon für Theologie und Kirche, Fribourg en ?., 1930,
col. 391; A. Raes, Anastasio, Ribliotheca Sanctorum, Roma, 1961, col. 1064-1065; M. Sca-
duto. Anastasio, Enciclopedia Catlolica I, col. 1158-1159; C. Karalevsky, Histoire des
Patriarcats melkites (Alexandrie, Antioche, Jérusalem) tome III, Rome, 1911, pp. 227-231;
F. Nau, Les suffragants d' Antioche aumilieu du VIe siècle, Revue del'Orient Chrétien, IIe série
t. IV (XIV) Paris 1909, pp. 209-219; S. B. Ignazio Bfrem ii Rahmani, / Fasti della CJhiesa
Patriarche Antiochena, 40, 36, XXXII pages, Paris, 1920; S. Vailhé, L'ancien patriarcat
d'Antioche, Paris, 1899, pp. 216-227; S. Vailhé, Une « Notitia Episcopatuum » d'Antioche du
Xe siècle, Échos d'Orient X, Paris, 1907 pp. 9-101; S. Vailhé, Les recensions de la « Notitia
Episcopatuum » d'Antioche du Patriarche Anastase, Échos d'Orient X, Paris, 1907, pp. 363-368.
G. Weiss, Studia Anastasiana I. Studien zum Leben, zu den Schriften und zur Theologie des
Patriarchen Anastasius I. von Antiochien (559-598) (Miscellanea Byzantina Monacensia 4),
Munich 1965.
(2) D'où son surnom de Sinaïte, qui l'a fait confondre parfois avec le célèbre théologien
du vne siècle.
(3) Evagre, IV, 40 : P. G. LXXXVI 2, col. 2784-2785, ed. Bidez et Parmentier, Londres,
1898, pp. 190-191.
66 REVUE DES ÉTUDES BYZANTINES

Banni par Justin II (1) en 570, il fut remplacé par Grégoire I, higou
mène, et se retira à Jérusalem (2). Son exil dura 23 ans, 570-592 (3),
jusqu'à la mort de son successeur.
Malgré les intrigues de Jean II, patriarche d'Alexandrie, (570-580)
et de Jean III patriarche de Constantinople (565-577), qui n'avaient
pas peu contribué à sa déposition, Anastase continuait à être reconnu,
comme patriarche d'Antioche, par l'Église romaine.
Saint Grégoire le Grand lui envoya, comme à son successeur, la
lettre synodale qu'il écrivit lors du concile tenu à Rome en 591 (4). Le
Pape échangea du reste avec lui une abondante correspondance et
s'entremit auprès de l'empereur pour son rappel d'exil (5). Anastase
utilisa ses longues années d'exil à composer cinq traités théologïques(6).
Outre ces traités dogmatiques, il composa des écrits polémiques
contre Justinien, contre Jean Philoponos, un commentaire de la lettre
de saint Léon au patriarche Flavien (7).
On lui attribue quatre homélies (8) : une sur la Transfiguration,
deux sur l'Annonciation, une sur les trois Carêmes. Cette « dernière
n'est sûrement pas authentique, les trois autres sont douteuses » (9).
L'auteur du Sermon sur l'Annonciation remarque que cette fête se
célébrait le 25 mars, le même jour que le premier homme avait été
créé (10).
Dans son « Sermon sur la Transfiguration », il se demande pourquoi
Jésus-Christ ne prit avec lui que trois apôtres. « Il n'était pas juste
répond Anastase, que Judas fut spectateur de si grands mystères, ni

(1) Evagre, V, 5, coo. 2801, Bidez p. 201 ; Théophane A. M. 6062, éd. C. de Poor, Leipzig
1883, I p. 43.
(2) Evagre, V. 6, Note 37 de Valésius. Certains ailleurs pensent que son exil se passa
surtout dans un monastère de Constantinople. Cf. J. ?. ?? mitmulllr, De Anastasio Sinaita
Wirceburgi 1865, pp. 4-12, 148-150; Grkg. Ri·: g. 1, 7 Jaffé 1074. Octobre 590.
(3) Evagre, VI, 24, col. 2884.
(4) Greg. Reg. IX 135, Jaffé 1661. Cf Dom Chillier, Histoire générale des auteurs sacrés
et ecclésiastiques, Paris 1862, XI, p-. 359.
(5) Greg. Reg. I 7 : Jaffé 1074 Octobre 590, I 24 : Jaiïé 1092 Février 591, Y 41 Jaffé
1354 1er juin 595, VIII 2 : Jaffé 1489 Septembre 597.
(6) Ils ne subsistent plus que dans leur traduction latine (par F. Turrianus) :
De Sanctissima Trinitate, P. G. 89, col. 1309-1330;
De incircurnscripto, col. 1331-1336;
De divina conomia, id est de incarnalione, col. 1335-1348;
De passionc et impassibililate Christi, col. 134 7-1356;
De resurreclione Christi, col. 1355-1362.
(7) Mansi X, 1108 et XI, 436-437.
(8) P. G. t. 89, col. 1362-1398.
(9) R. Janin, Anastase (Saint) 30 D.G.H.E. II 1914, col. 1460. R. Devresse, Le patriar
cat d'Antioche, Paris, 1945, pp. 80, 83, 99, 118-119.
(10) Car Dieu a, d'après la tradition, commencé l'ouvrage de la création le 20 mars, à
l'équinoxe du printemps.
P. GOUBERT : PATRIARCHES D'ANTIOCHE ET D'ALEXANDRIE 67

qu'il fut seul exclu de ce spectacle, de crainte que « croyant qu'on lui
préférait les autres apôtres, il n'en prit occasion de trahir son Maît
re. » (1).
Evagre qui le tenait en haute estime, nous assure qu'il avait élucidé
de difficiles questions d'exégèse biblique (2).
D'après le même historien, le discours prononcé par le patriarche
pour faire ses adieux à ses fidèles, lorsqu'il se crut menacé d'exil par
Justinien, provoqua l'admiration générale, aussi bien par l'élégance
du style que par l'abondance des pensées et l'heureux choix des cita
tions scripturaires (3).
Ce discours ne nous est pas parvenu. Par contre, celui qu'il fit lors
de son retour à Antioche, le 25 mars 593, a été conservé (4).
On lui attribue un curieux opuscule imité de saint Cyrille d'Alexand
rie. Ce petit traité résume, sous forme de dialogue, les principales
vérités de la foi catholique, sorte de catéchisme populaire, fait de
courtes questions et réponses.
A la fin. de cet opuscule, le catéchumène parle seul et développe sur
la Trinité un Credo parfaitement orthodoxe, dont les images brillantes
sont puisées dans les écrits des Pères Alexandrins (5).

« Le soleil est l'image du Père.


Le rayon celle du Fils.
La chaleur du rayon celle du Saint-Esprit.
De même que le soleil n'a jamais quitté le ciel, le Père a envoyé son Fils
comme un rayon pour éclairer le monde.
Et la vive flamme du Saint-Esprit Va réchauffé. »

Puis, le catéchumène insiste sur l'unité de la Divinité et la Trinité


des Personnes (6).
Sans avoir la renommée de son homonyme, Anastase le Sinaïte, le
fameux théologien du vne siècle, avec lequel on l'a parfois confondu (7),

(1) Dom Ceillier, XI, p. 360.


(2) Evagre, H. E., IV, 40. P.G. 84, 2, col. 2784, Bidez, p. 191-192.
(3) Evagre, IV, 40, P. G. 84, 2, col. 2785, Bidez, pp. 191-192.
(4) Pitra, Juris ecclesiastici Grsecorum historia et documenta, Rome 1864, t. II, p. 251-257;
Evagre, VI, 24, P. G. 84, 2, col. 2882-2884, Bidez, pp. 240-241, qui termine son. histoire par
le récit de la mort de Grégoire et du retour d'Anastase, ne mentionne' pas de discours. Rele
vons une légère inexactitude: B. Altaner, Précis de Patrologie, Mulhouse 1961, p. 708 attri
bue à Anastase « une adresse aux troupes mutines ». Il s'agit de son successeur Grégoire.
Evagre VI, 12, col. 2860-2864. Bidez-Parmentier, pp. 229-230.
(5) Anastase, patriarche de Théoupolis et Cyrille d'Alexandrie. « Compendiaria orthodoxa;
fidei explicatio. » P. G. 89, col. 1399-1404.
(6) P. G. 89, col. 1404.
(7) Cf. Janin, Anastase le Sinaïte, D.H.G.E. II, 1914, col. 1482-1483.
Do REVUE DES ETUDES BYZANTINES

Anastase, patriarche d'Antioche, jouit dans l'église d'Orient, d'une


réputation théologique de bon aloi.
Au second concile de Nicée, en 787, son témoignage fut invoqué en
faveur du culte des images (1).
Anastase Ier unissait à une connaissance profonde des Pères de
l'Église, une rigueur de méthode qui en fait un des ancêtres des scolas-
tiques du Moyen Age. Aussi fut-il très apprécié de Maxime le Confes
seur et de saint Jean Damascene qui le citent souvent (2). Sa fête se
célèbre le 21 avril.

Grégoire, patriarche d'Antioche (570-593) (3).

Avec Domitien de Métilène, son ami et son compagnon dans la


guerre de Perse, Grégoire, patriarche d'Antioche, est un des grands
personnages du règne de Maurice. Sous cet empereur si pieux, des
prélats tiennent ainsi le premier rôle. L'empereur sait qu'il peut
compter sur leur fidélité et sur leur habileté. Le portrait de Grégoire
par Evagre, qui l'a beaucoup connu, est singulièrement flatteur (4).

Vie et caractère.

Tout jeune, il était entré au monastère des Byzantins, près de Jéru


salem. Il en devint très vite le supérieur. Justin II le mit à la tête du
couvent du mont Sinaï.
Le nouvel abbé se tira à merveille d'une situation difficile : les Arabes
Scénites assiégèrent le couvent. Grégoire résista et rétablit la paix (5).
L'énergie et l'habileté, qu'il déploya en ces circonstances contr
ibuèrent sans doute à le faire élire au siège patriarcal d'Antioche,
lorsque l'empereur Justin II résolut d'en chasser Anastase I.
Cette dignité élevée fit encore briller davantage ses eminentes
qualités. Evagre ne sait ce qu'il faut louer davantage : son habileté
ou son intrépidité. Il était aussi ingénieux que tenace, souple que ferme.

(1) Mansi, XI 436-437. Aass, 21 avril, II, p. 853, et Jul. IV 97. Dom Ceillier, XI, p. 360.
(2) K. Krum racher, Geschichte der byzantinischen Literatur von Justinian bis zum Ende
des oslrömischen Reiches (527-1453) 2e éd., Munich 1897, pp. 59-60; H. G. Beck, Kirche und
theologische Literatur im byzantinischen Reich, Munich, 1959, pp. 380-381. O. Bardenhewer,
Geschichte der alikirchlicher Lileralur V, Fribourg en Brisgau 1932, pp. 146-150.
(3) S. Hai DÄCHER, Zu den Homilien des Gregorius von Antiochien: Zeitschrift für katho
lische Theologie, X, 25, 1901, pp. 367-369; ?. Krumbacher, 2e éd., p. 163; ?. ?. 10, p. 679.
S. Impellizzeri, La lelleraiura bizantina da. Costanlino agli iconoclasti Bari , 1965, p. 249;
H. CL Beck, p. 399.
(4) Evagre, H. E., V. 6, P. G. 86, col. 2804, Bidez, pp. 201-203.
(5) Ibid.
P. GOUBERT : PATRIARCHES D'ANTIOCHE ET D'ALEXANDRIE 69

Rien ne pouvait l'abattre; s'il savait plier, c'était pour mieux arriver
à ses fins. Homme de bon conseil, il était aussi d'exécution rapide. Il
voyait juste et réalisait vite.
Sans crainte devant le pouvoir séculier, il était adoré par le peuple,
qu'il comblait de ses libéralités. Toutes les fois qu'il sortait, une foule
le suivait.
Ses largesses l'avaient rendu populaire, même auprès des soldats,
témoin la façon merveilleuse dont il apaisa la sédition militaire.
Le discours qu'on lui attribue à cette occasion (1) est un chef-
d'uvre d'éloquence et de diplomatie. Il manie avec une égale aisance
les menaces et les flatteries. L'exemple de Manlius Torquatus montre
qu'à cette époque les souvenirs de l'armée romaine gardaient encore
un certain prestige auprès de l'armée byzantine.
Reconnaissant envers le prélat de la pacification obtenue, Maurice
songe à l'utiliser quelques mois plus tard dans ses rapports avec
Khosro IL II lui confia ainsi qu'à Domitien de Mélitène le soin d'a
ccompagner le roi des Rois, et de le conseiller dans ses difficultés (2).
Il réussit si bien dans ce rôle délicat de mentor, que Khosro II le
combla de cadeaux précieux (3), lorsque le prélat, sa mission terminée,
regagna Antioche.
Peu après, l'empereur lui permit de parcourir les bourgs et les
monastères des frontières. Grégoire eût la consolation d'y ramener à
l'unité de la foi de nombreux monophysites « sévériens », moines ou
"laïcs (4).
Evagre le prévint alors de la grave maladie de Siméon Stylite le
Jeune.
Le patriarche aurait voulu assister dans son agonie le saint thaumat
urge son voisin, mais il arriva trop tard. Du reste, il n'avait plus,
lui-même, que peu de temps à vivre. Comme son contemporain et
homonyme le pape saint Grégoire, comme l'empereur lui-même, il
souffrait de la goutte, c'est-à-dire d'une mauvaise circulation du sang.
Pour le soulager un médecin lui fit boire un remède confectionné
avec une plante appelée « Hermodactyle (5) ». Il mourut peu après.

(1) Evagre, H. E., VI, 12, P. G. 86, 2 col. 1862, Bidez, p. 229-231. On relève de nombreuses
variantes dans le discours rapporté par Nicéphore, P. G. 88, col. 1883-1886.
(2) Evagre, H. E., VI, 18, P. G. 86, 2, col. 2872. Bidez, p. 234; Dom Ceillier, Histoire
générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. XI, Paris, 1862, p. 359, date de 589 l'envoi de
Grégoire à Khosro, c'est 591 qu'il faut lire.
(3) Evagre, H. E., VI, 21, P. G. 86, 2, col. 2873. Bidez, p. 236.
(4) Evagre, H. E., VI, 22, P. G. 86, 2 col. 2877-2880. Bidez, p. 238.
(5) Hermodactylos, « le doigt de Mercure ». Cf. Valesius, n. 58. Evagre, VI, 24, P. G. 86,
2, col. 2881-2882. Bidez, p. 240.
70 REVUE DES ÉTUDES BYZANTINES

Évagre note soigneusement que sa mort eut lieu sous le pontificat


de saint Grégoire le Grand, alors qu'Euloge était patriarche d'Alexand
rie, Jean IV le Jeûneur de Constantinople et Jean IV de Jérusalem
(593), la 12e année du règne de l'empereur Maurice (1).
Est-ce la tristesse de cette mort qui détermina l'historien à achever
son récit? Toujours est-il qu'Évagre arrête là son enquête. Il finit son
histoire brusquement en disant qu'il avait recueilli en ses volumes
quantité de lettres, de relations, d'ordonnances, de harangues et de
disputes. Ces relations étaient, avoue-t-il, sous le nom de Grégoire,
évêque d'Antioche (2).
Pour terminer cette courte notice biographique, notons les excel
lentes relations de Grégoire d'Antioche avec le pape saint Grégoire.
Celui-ci, en février 591, lui adresse sa lettre synodique (3) où il nomme
cependant son précécesseur « Anastasio Expatriarcha Antiochiae (4) ».

uvres.
De ce prélat, qui, en cette fin agitée du vie siècle, joua en Orient un
rôle de premier plan, peu d'oeuvres authentiques nous sont parvenues.
Grégoire d'Antioche nous semble du reste plus remarquable par ses
qualités d'orateur et de diplomate que par son savoir théologique.
On a vu plus haut son admirable harangue aux soldats révoltés (5).
Le discours qu'on lui attribue sur la sépulture de Jésus-Christ et les
Saintes femmes au tombeau n'est « presque qu'un tissu de paroles de
l'Évangile, qu'il paraphrase en y mêlant de courtes explications (6) ».
Le cardinal Mai a publié un de ses discours sur le baptême (7)
d'après une version latine attribuée à Anastase le Bibliothécaire. Il a
édité également un autre sermon sur les paroles : « Celui-ci est mon
fils bien-aimé (8). » C'est la continuation du sermon précédent (9).
(1) Dom Ceillier, Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques XVII, Paris, 1750, p. 107,
114-115, 243, 250, 568.
(2) Evagre, H. E., VI, 24, P. G. 86, 2, 2864. Bidez, p. 240. Cf. Dom Ceillier, XVII, Paris,
1750, p. 115.
(3) Greg. Reg., I, 24, Jaffé 1092, février 591. Plus tard le pape parle du synode qui le
jugea. Greg. Reg., V, 44, Jaffé 1357, 1er juin 595; Greg. Reg., IX, 156, Jaffé 1683, mai 599.
(4) Celui-ci est appelé « patriarcha antiochenus » dans une lettre de la même époque. Greg.
Reg., I, 25, Jaffé 1093, février 591.
(5) Evagre, VI, 12-13, P. G. 86, 2, col. 2861-2865. Bidez, p. 229-231.
(6) P. G. 88, col. 1847-1886; cf. Combrfis, t. I, Auctarium, p. 827, Paris, 1668, Biblioth.
Vet. Pat., t. XII, p. 823 s.; · H. G. Beck Kirche und Theologische Literatur . Munich, 1959,
p. 399, les attribue plutôt à Grégoire de Nysse ou à Jean Chrysostome.
(7) P. G. 88, col. 1879; Mai, Bibl. nova Palrum, t. II, p. 553.
(8) Mai, Classici auctores, t. X, p. 560-570 en grec. Bibl. nova P., p. 560-570 en grec et en
latin.
(9) Au début il rappelle qu'il avait prêché Je dimanche précédent sur le baptême de Jésus-
Christ.
p. goubert : patriarches d'antioche et d'alexandrie 71

Anastase ii patriarche d'antioche (599-609).

Anastase Ier mourut probablement à la fin de 598 (1). Un moine du


nom. d'Anastase et, comme lui, du couvent du Sinaï, le remplaça (2).
Ancien avocat, très cultivé, sachant admirablement le grec et le
latin, il fut chargé par l'empereur Maurice de traduire en grec la « régula
pastoralis » de saint Grégoire le Grand (3). Cette traduction n'a pas
été retrouvée.
Par contre, on a conservé, à la bibliothèque de Reims, des fragments
d'un traité qui lui est attribué « Péri Pronoias » ou « De Providentia (4). »
Ce manuscrit luxueux, encore inédit, a été également, du reste, attri
bué à Anastase Ier.
Il mourut en septembre 609 (5).

Euloge, patriarche d'Alexandrie (580 ou 581 607 ou 608).

La vie et les uvres d'Euloge sont peu connues.


Euloge (6), d'abord moine puis prêtre de l'Église d'Antioche (7),
fut patriarche d'Alexandrie de 580 (ou 581) à 607 (ou 608). D'humeur
modérée, il ne persécuta pas les monophysites autrement que par ses

(1) Cf. Karalevskij, Antioche, D.H.G.E., III, 1924, col. 589; Pitra, Juris ecclesiastici
Grsecorum historia el monumenta, Rome 1864, t. II, p. 251.
(2) Greg. Reg., IX, 49; J. B. Kumpfmuller, De Anastasio Sinaila, Wirceburgi 1865,
pp. 12-15.
(3) Greg. Reg., IX, 135, Jaffé 1661, Avril 599; XIII, 6, Jaffé 1857; janvier 602. Ewald-
Hartmann, II, p. 133, croient qu'il s'agit d'Anastase Ier; Dom Ceillier, XI, p. 360, confond
également Anastase I et Anastase IL II dit du premier : « Anastase était très habile dans la
science des diverses Écritures, et très versé dans la langue latine. Ce fut lui que l'empereur
Maurice chargea de traduire en grec le Pastoral de saint Grégoire pour l'usage des Églises
d'Orient, ».
(4) Cf. J. Faivru, Alexandrie, D.H.G.E. II, Paris, 1914, col. 332-333. Grâce aux recherches
aimablement faites en 1.947 par M. Louis Bréhier, qu'il me soit permis de citer, à titre de
curiosité, les caractéristiques de ce document : Bibliothèque de Reims, MSS 395, xvie siècle
f° 133,2. 141,2. Manuscrit in f° 495/306 mill, papier original à grandes marges, lettres call
igraphiées pour la bibliothèque du Cardinal Charles de Lorraine archevêque de Reims. Le
manuscrit fut plus tard transféré dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Rémi. Le titre
du traité d'Anastase est en grandes capitales d'or rechaussées de vermillon et d'azur.
(5) Sur les circonstances tragiques de sa mort, Chronicon Paschale ad annum 618, Bonn,
p. 699. Cedrenus, P. G. 121, col. 780. « Considéré comme martyr, il est honoré le 21 décem
bre ». Cf. R. Janin, Anastase (Saint) patriarche d'Antioche 599-609, D.H.G.E., II, 1914, col.
1460-1461.
(6) G. Lucchesi, Eulogio, Bibliotheca Sanctorum, Y, Rome, 1964, col. 214-217 ; J. Maspero,
Histoire des Patriarches d'Alexandrie, Paris, 1923, pp. 258-264; G. Macaire, Histoire de
l'Église d'Alexandrie, le Caire, 1894, p. 214-218; Chr. Pàpadopoulos, ?S????? ??S
?????S??S ???????????S. (62-1934), Alexandrie, 1935, pp. 455-456.
(7) Photius, Bibliotheca cod. 230, 226, P. G. 103, col. 1076, 953. Il dirigeait l'Église de la
Théo tokos, appelée Justinienne.
72 REVUE DES ÉTUDES BYZANTINES

écrits. En 589, il tint à Alexandrie un concile pour juger deux des


partis d'hérétiques samaritains (1).
Le pape saint Grégoire avait pour lui une profonde sympathie. Il
lui fait volontiers ses confidences au sujet de son conflit avec Jean le
Jeûneur (2) et Cyriaque (3).
Il le tient brièvement au courant des souffrances que le glaive des
Lombards fait endurer à l'Italie, mais il n'entre pas dans les détails
de peur « qu'en racontant ses douleurs, il augmente par la compassion »
celles de son correspondant (4). Il demande le secours de ses prières,
car il est continuellement accablé « par les douleurs de la goutte, le
glaive des Barbares, et le poids des soucis (5) ».
Ces nombreuses lettres (6) témoignent de la parfaite union d'idées
et de sentiments entre le siège de Rome et le Patriarcat d'Alexandrie
sous le règne de Maurice.
Jean Moschus a conservé plusieurs traits se rapportant à ce savant
patriarche, qu'il connut personnellement. D'après le pieux auteur du
« Pré spirituel », Euloge aurait été favorisé de visions, par exemple :
le martyr saint Julien lui serait apparu pour l'exhorter à rebâtir son
sanctuaire, qui tombait en ruines.
L'Église latine célèbre sa fête le 13 septembre, l'Église grecque le
13 février et le 13 juin (7).

Ses uvres.

De ce prélat dont la plume féconde était admirée par le pape saint Gré
goire, bon juge en la matière, quelques rares uvres subsistent (8) sur

(1) Euloge, Vita AASS, Septembre, Venise, 1761, t. IV, pp. 83-94; Dom Ceillier, His.
toire des auteurs sacrés et ecclésiastiques, XVII, Paris, 1750, pp. 422-431 situe son patriarcat
entre 581 et 608; M. J. Rouet de Journel, Jean Moschus, le pré spirituel, Paris, 1946,
pp. 197-198; Jean Moschus, Pralum spirituale, ch. 146, P. G. 87, 3, col. 3009. Ailleurs,
J. Moschus raconte qu'Euloge construisit à Alexandrie l'église de la Vierge, surnommée la
Dorothée. Cf. Pratum spirituale, ch. 77, P. G. 87, 3, col. 2929; D. G Hesse lin g, Morceaux
choisis du Pré spirituel de Jean Moschus, Paris, 1931, p. 70; M. J. Rouet de Journel, Le
pré spirituel, Paris, 1946, p. 119.
(2) Greg. Reg., V, 41. Jaffé 1354, 1« juin 595.
(3) Preg. Reg., VII, 31. Jaffé 1477, juin 597.
(4) Greg. Reg., Vi, 58. Jaffé 1442, juillet 596.
(5) Greg. Rug., LX, 175. Jaffé 1702, juillet 599.
(6) Greg. Reg., ?, 24. Jaffé 1092. Février 591.
VIII, 28-9, Jaffé 1517-8 juillet 598. X, 14-21. Jaffé 1783-90 juillet, août 600. XII, 16.
Jaffé 1866, août 602. XIII, 44-5. Jaffé 1909-10 juillet, 603.
(7) J. Darrouzès, Euloge, D.H.G.E., XV, col. 1388-1389; Synax. Constantino p., col. 464,
748, 990, 1020. Comrn. Martyr. Rom. in Propylum ad Acta SS. Decembris, Bruxelles, 1940,
pp. 394-395; Acta SS. Septembris, IV, Venise, 1761, pp. 83-94.
(8) P. G. 86, col. 2937-2964. Cf. F. Diekamp, Doctrina Pairum, Münster 1907, indices 351.
P. G0UBERT : PATRIARCHES D'ANTIOCHE ET D'ALEXANDRIE 73

l'authencité desquelles tous les historiens ne s'accordent pas (1). Aussi


est-on réduit à juger les ouvrages d'Euloge surtout d'après les témoi
gnages de Photius.
Photius montre une singulière estime pour le patriarche Euloge.
Alors qu'aux autres écrivains de la fin du vie siècle, il ne consacre que
quelques lignes, il lui réserve plusieurs chapitres, où il résume et étudie
ses différents ouvrages théologiques. Il reconnaît que son style, peu
littéraire, n'est pas complètement à l'abri des solécismes (2). Mais les
négligences de la forme ne réussissent pas à lui cacher l'importance
du fond. La doctrine du « savant et excellent » Euloge lui apparaît
comme solide, ses interprétations de la Sainte Écriture comme pro
fondes et intéressantes. Bref, dans l'arsenal théologique, contre les
hérésies, ses ouvrages sont des armes de choix, utiles encore à manier.
Après avoir lu les cinq livres du patriarche d'Alexandrie « adversus
Novatianos » (3), il déclare que leur argumentation est logique, les
citations de la Sainte Écriture nombreuses, bien choisies et comment
ées avec intelligence (4).
Les efforts du patriarche avaient été également dirigés contre les
Agnoètes (5).
Photius (6) résume onze traités ou Logoi dogmatiques ou polémi
ques d'Euloge, le premier n'étant autre que sa lettre synodique au
pape saint Grégoire (7), les deux derniers, ses écrits contre les
Agnoètes (8) et les Samaritains (9).
Euloge avait dédié à Domitien de Mélitène, cousin de Maurice (10),
son ouvrage de controverse contre les doctrines de Sévère et de Timo-

Cf. O. Bardenhewer, Theologische Quartalschrift, t. LXXXVIII, 1896, p. 353-401. Le


même auteur lui consacre deux pages de sa Geschichte der altkirchlichen Literatur, V. Band
Fribourg en ?. 1932, p. 19-20.
(1) Par exemple, certains extraits du De Trinitate et son homélie sur le Dimanche des
Rameaux.
(2) Photius, Bibliotheca, 182, PG 103, col. 532. Cf. Dom Ceillier, XVII, Paris 1750 :
« Le jugement que Photius a porté sur les écrits de saint Euloge doit en faire regretter la
perte », p. 429.
(3) Cf. E. Pkterson, Eulogio, Enciclopedia Cattolica, V, 1950, col. 808; F. Diekamp
Eulogius, Lexikon für Theologie und Kirche III, Fribourg en B., col. 848-849.
(4) Photius, Bibliotheca, 182 et 207, PG 103, col. 532-536; 677.
(5) Sur les Agnoètes ou Agnoïtes, disciples du diacre alexandrin Themistius, Cf. V. Ermoni,
Agnoètes ou Agnoïtes, Dictionnaire d'Histoire et de Géographie ecclésiastiques I, Paris, 1912,
col. 992-995.
(6) Photius, Bibliotheca 230, PG 103, col. 1024-1088.
(7) Id. col. 1024-1025.
(8) Id. col. 1080-1081.
(9) Id. col. 1084-1085.
(10) Et non neveu, comme l'écrit Jean M aspero, Histoire des Patriarches d'Alexandrie,
p. 261-262.
74 REVUE DES ÉTUDES BYZANTINES

thée Elure. Par cet écrit, le patriarche d'Alexandrie se plaçait au pre


mier rang des défenseurs du tome de Léon (1).
Bref, sous le règne de Maurice, Euloge était à bon droit considéré
comme un vrai successeur de saint Athanase et de saint Cyrille, « un
des plus redoutables adversaires de l'hérésie » (2).
Euloge n'avait sans doute pas la réputation d'éloquence de son
confrère Grégoire, patriarche d'Antioche. Le sermon qu'on lui attribue
« in ramos palmarum et in pullum asini » (3) ne manque pas de vigueur
et de mouvement oratoire, mais cette belle homélie, « considérée comme
propriété certaine d'Euloge »(4) lui a été contestée. On l'a rangée parmi
les oeuvres de Cyrille d'Alexandrie (5), ou plutôt de saint Sophrone de
Jérusalem (6).

Saint Grégoire le Grand

Si maintenant on. veut examiner les rapports entre le pape saint Gré
goire le Grand et les patriarches orientaux ses contemporains, pour en
tirer quelques constantes, puiser quelques idées directrices, on est
obligé d'admirer à la fois la fermeté des principes, et la souplesse de
leur application. Le pape se sait le père et le chef des Patriarches
Orientaux, mais en même temps leur frère et leur serviteur.
Il sent la responsabilité qui incombe au siège de Rome, et c'est
pourquoi il ne veut pas qu'aucun patriarche n'essaie d'empiéter sur
les droits et les attributions des autres. S'il se montre si peiné lorsqu'il
réalise que le patriarche Jean IV le Jeûneur et son successeur Cyriaque
de Constantinople prétendent accaparer le titre d'oecuménique, c'est
que dans cette prétention il devine un acte secret d'orgueil et une
injustice vis à vis des autres patriarches.
Il s'intitule le « serviteur des serviteurs de Dieu », mais cela ne l'em
pêche pas d'être conscient de la dignité, de la primauté du siège romain

956.'
(1) Cf. Photius, Bibliotheca, 225, PG 103, col. 940-941; 226, col. 949-953; 227, col. 953-
(2) F. Gayré, Précis de Patrologie, 2, Paris, 1940, p. 291.
(3) Euloge, PG 86, 2, col. 2913-2938.
(4) Otto Bardenhewer, Geschichte der allkirchlichen Literatur, V. Band, Fribourg en B.,
1932, p. 19-20.
(5) PG 77, col. 1049-1072.
(6) La thèse de M.L.S. Epifanovic est résumée dans Revue d'histoire ecclésiastique xxiv,
1928, p. 802; Cf. G. Graf, Geschichte der Christlichen arabischen Literatur I Die Übersetz
ungen.Studie Testi, 118, Città del Vaticano p. 369, sur une traduction arabe du ? vnie siècle;
Cardinal Eug. Tisserant, Inventaire sommaire des manuscrits arabes du fonds Borgia à ?a
Bibliothèque Vaticane. in Miscellanea, Fr. EHRLE, vol. V Rome 1924, p. 1-34. Ch. Moeller,
Le Chalcédonisme el le Néochalcédonisme, in Das Konzil von Chalkedon I Wurtzbourg, 1951,
p. 691-693; R. Paret, Dometianus de Mélitène, R. des Et. byz. XV, 1957, p. 53-54.
P. GOUBERT : PATRIARCHES D'ANTIOCHE ET ü' ALEXANDRIE 75

et de ses responsabilités. Il entretient pour le bien de l'Église des rela


tions avec Antioche et Alexandrie, avec Jérusalem (1) et Constanti
nople.
Il s'inquiète aussi de la conversion de Khosrô II, fait part de ses
soucis au patriarche Grégoire d'Antioche, à l'évêque Domitien de
Mélitène, et veille sur l'orthodoxie de la lointaine Egypte. Tout cela,
non par immixtion importune dans les autres patriarcats, mais par
zèle humble et désintéressé de la plus grande gloire de Dieu.
C'est par là que « les Regestes des Actes du Patriarcat de Constant
inople» (2) publiés par R. P. Grumel rendent un service inappréciable
à la Chrétienté. Ils montrent cette Chrétienté non pas morcelée, divisée,
mais ordonnée, organisée harmonieusement en patriarcats, fraterne
llement unis.
Nous n'avons pas voulu analyser la grave affaire du titre de « Patriar
che Oecuménique », adopté, à la suite d'autres patriarches de Cons
tantinople, par Jean le Jeûneur. Nous constatons simplement que si
le Pape s'est mépris sur ce titre, et en a exagéré la portée (œcuménique
ne voulait dire en somme rien de plus que patriarche de la ville impér
iale, de Γ « œcumène ».), il redoutait avec raison le parti qu'un ambi
tieux pourrait tirer de cette formule.
Le patriarche Jean le Jeûneur, qui, en s'intitulant œcuménique,
évoquait aux yeux de Grégoire et de ses confrères d'Alexandrie,
d'Antioche et de Jérusalem, la figure de l'Antéchrist, n'a jamais nié
le droit et le devoir de l'évêque de Rome de s'intéresser à la déposition
du patriarche Grégoire d'Antioche (3) et de casser les actes d'un synode
tenu à Constantinople en 587. Tout en se parant du titre d'oecumé
nique, il se reconnaît dépendant du Pape et lui envoie les actes des
synodes (4) tenus sous sa présidence pour qu'il les approuve ou les
réprouve.
Ainsi au moment où la Patriarcat romain se développe, où l'Espagne
wisigothique passe de l'arianisme au catholicisme, où l'Angleterre
anglo-saxonne est convertie par des bénédictins venus de Rome, le

(1) On peut lire une affirmation très nette de la primauté et de l'infaillibilité du Pontife
romain dans une lettre de Jean IV de Jérusalem (574-593/94) au catholicos des Albanais
(= Aghovans du Caucase). Ce document est conservé dans une ancienne traduction armé
nienne parue dans la revue Ararat en 1896, et traduite en latin dans la revue Oriens christianus
en 1912, voir p. 70.
(2) Les Regestes de 381 à 715, Kadiköy-Istanbul, 1932, fasc. 1, p. 105-112.
(3) Grumel, p. 105, no. 264. Relevons une légère faute de dactylographie. Ce n'est pas de
l'impératrice Constantia mais Constantina l'épouse de Maurice qu'il s'agit. Greg. Reg.,
V, 39, Jaffé 1352; V, 41, Jafîé 1354; V, 44, Jaffé 1357, 1 juin 595 etc.
(4) Grumel, p. 106, no. 266-267.
76 REVUE DES ÉTUDES BYZANTINES

pape ne se désintéresse nullement des autres patriarcats orientaux et


veille, avec fermeté et tact, à ce que chacun observe l'humilité et la
charité dans la vérité de l'Évangile.
Apocrisiaire de Pelage II à la cour byzantine (de 579 à 585), Grégoire,
simple moine, avait ramené à l'orthodoxie le patriarche de Constanti
nople Eutychius, qui était tombé dans les fantaisies de Faphtartodo-
cétime. Il avait convaincu l'empereur Tibère (1) et noué avec son suc
cesseur Maurice, des relations amicales.
Jamais Grégoire devenu pape, n'usera du prestige personnel dont il
jouit auprès de la famille impériale (2) pour rabaisser les patriarches
orientaux. Il est soucieux de leur honneur comme du sien propre (3).

P. Goubert f

(1) Goubert P., Rome, Byzance et Carthage, Paris, 1965, p. 129-130.


(2) II sera le parrain de Théodose, le fils aîné de l'empereur et de Constantina. cf. grec, de
tours, X, I, O.C. P. p. 410; M.G.H. p. 407.
(3) Sur l'unité entre les trois sièges créés par l'Apôtre Pierre cf. G. Macaire, Histoire de
L'Eglise d'Alexandrie Le Caire, 1894, p. 214-218.