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Albert Failler

Chronologie et composition dans l'Histoire de Georges


Pachymère
In: Revue des études byzantines, tome 39, 1981. pp. 145-249.

Résumé
REB 39 1981 France p. 145-249
A. Failler, Chronologie et composition dans l'Histoire de Georges Pachymère. — Dans cet article sont étudiés les procédés de
composition qu'utilise l'auteur de l'Histoire et les problèmes de chronologie que soulève son ouvrage. La première partie de
l'article, parue dans le tome 38 de la revue (1980, p. 5-103), est consacrée aux livres I-III. La seconde partie couvre la fin du livre
III et les trois livres suivants (III, 23 - VI). Les événements rapportés par l'historien dans cette section de son ouvrage se
rapportent aux années 1264-1282. La complexité du plan et la fréquence des retours en arrière ou des anticipations empêchent
parfois d'aboutir à des solutions définitives et d'établir une chronologie sûre. En de nombreux cas, l'examen des données
chronologiques contenues dans l'Histoire et leur confrontation avec les sources parallèles amènent l'auteur à proposer une
chronologie nouvelle, fondée avant tout sur la critique interne.

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Failler Albert. Chronologie et composition dans l'Histoire de Georges Pachymère. In: Revue des études byzantines, tome 39,
1981. pp. 145-249.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1981_num_39_1_2121
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION
DANS L'HISTOIRE DE GEORGES PACHYMÈRE

Albert FAILLER

Cet article constitue la deuxième partie d'une étude sur la chronologie


et la structure de l'Histoire de Georges Pachymère (livres I-VI)1. Comme on
l'a exposé dans le premier article, le but de ce travail est de résoudre les
problèmes de chronologie, dont la solution est conditionnée le plus souvent
par une analyse rigoureuse du texte et dont l'examen déborderait le cadre
normal de l'édition. Dans son ouvrage, en effet, Georges Pachymère n'adopte
pas toujours un procédé de composition linéaire, de sorte que les faits
soient rapportés dans l'ordre de leur déroulement; souvent il développe
des thèmes ou peint des tableaux à l'intérieur desquels l'ordre chronolo
gique est momentanément interrompu par le rappel de faits antérieurs ou
l'anticipation sur des événements ultérieurs. Dès lors, l'établissement de
la chronologie suppose une connaissance d'ensemble de l'ouvrage et un
rapprochement continu des divers passages où un même personnage est
cité, un même événement relaté ou une même situation décrite ; en un mot,
il suppose un recoupement continuel entre les diverses informations conte
nues dans l'Histoire.
On suivra dans cet article les mêmes principes que dans le précédent.
Conclusions et solutions seront fondées avant tout sur le texte de l'Histoire
lui-même. On fera ensuite appel aux sources parallèles, qui, pour la période
considérée (1264-1282), se limitent généralement aux documents officiels

1. Voir le premier article dans REB 38, 1980, p. 5-103.


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qui sont parvenus jusqu'à nous. En dehors de l'ouvrage de Georges Pachy


mère, il n'existe pas en effet de récit historique original sur le règne de
Michel VIII Paléologue à Constantinople (1261-1282) ; la relation rapide
de Nicéphore Grégoras semble puisée dans l'Histoire de Georges Pachymère
et elle contient d'ailleurs nombre d'imprécisions et d'erreurs. Enfin, on
citera rarement les ouvrages et articles antérieurs et on se contentera de
renvoyer aux régestes impériaux et patriarcaux, dont les deux répertoires
présentent pour chaque acte officiel une bibliographie complète et presque
à jour.
Les chapitres qui vont suivre ont donc pour objet la datation des événe
ments, qui demeure un préalable à l'étude historique et introduit aux do
maines plus riches de la connaissance de l'homme et de son passé. L'établi
ssementdes faits conditionne cette connaissance ; à trop répéter après Paul
Valéry que «l'événement est l'écume de l'Histoire», on risque d'ignorer
insensiblement les faits, qui sont pourtant les manifestations des réalités
profondes et des grands courants de l'histoire humaine.

Avant d'énumérer les questions traitées ici, je voudrais corriger deux


passages de l'article précédent. En premier lieu, Phrangopoulos, le familier
du patriarche Arsène, se prénommait Andronic, et non Alexis, comme je
l'ai écrit par distraction2. En second lieu, j'ai émis un doute sur la valeur
d'une affirmation de Georges Pachymère, d'après laquelle le patriarche
Arsène se trouvait à Nicée au moment du décès de Théodore II Laskaris3.
En fait, il n'y a pas nécessairement contradiction et incompatibilité entre
cette information fournie par Georges Pachymère, hors du cadre chronolo
gique il est vrai, et le récit de Théodore Skoutariôtès : l'empereur, écrit
ce dernier, fit sa dernière confession et reçut le pardon du patriarche, puis
il vécut encore un peu de temps4. Dans l'intervalle, Arsène avait pu quitter
l'empereur déjà mourant et retourner à Nicée, peut-être pour y fêter la
Dormition de la Théotokos (1 5 août) ; il y apprit ainsi la mort de Théodore II
Laskaris, qui survint le lendemain de cette fête, c'est-à-dire le 16 août
12585. On sait d'autre part qu'il n'assista pas au service de huitaine, au
cours duquel furent assassinés les Mouzalônes6 ; or il est probable que, s'il

2. Voir REB 38, 1980, p. 10 (dernière ligne) et p. 11 (note 14).


3. Ibidem, p. 23.
4. Skoutariôtès : K. Sathas, p. 53327-53425.
5. Sur la mort de Théodore II Laskaris, voir REB 38, 1980, p. 20-23.
6. Après le meurtre du tuteur de Jean IV Laskaris, on convoqua à Magnésie le patriar
che,qui se trouvait à Nicée ; voir REB 38, 1980, p. 26 n. 16.
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avait été à Magnésie au moment de la mort de l'empereur, il serait resté


dans la région jusqu'à la fin des cérémonies funèbres pour le défunt. En
conclusion, rien ne contredit l'affirmation de Georges Pachymère selon
laquelle le patriarche Arsène se trouvait à Nicée lorsque mourut Théodore
II Laskaris.

Voici à présent l'énumération des questions de chronologie qui seront


traitées ici et qui prennent la suite des treize problèmes examinés dans le
précédent article7 :

14. Le séjour de Michel VIII Paléologue dans les provinces occi


dentales et son retour précipité à Constantinople (III, 23-27) p. 148
15. La déposition du patriarche Arsène (IV, 1-8) 155
16. L'élection du patriarche Germain III (IV, 12-13) 164
17. L'annonce d'une incursion tatare sur la ville de Nicée (III, 28) 169
18. L'absolution de Michel VIII Paléologue (IV, 17-25) 173
19. Les offensives de Jean Doukas et le mariage d'Andronic II
Paléologue (IV, 26-V, 1) 180
20. Les nouvelles difficultés intérieures et extérieures de Michel
VIII Paléologue (V, 2-9) 202
21. Les préparatifs et les conséquences immédiates de l'union des
Églises romaine et byzantine (V, 10-26, 28-29) 219
22. L'intervention de Michel VIII Paléologue dans les affaires
bulgares (VI, 1-9, 19) 234
23. Les trois campagnes de Michel VIII Paléologue sur le Sanga-
rios (VI, 22 et 25, 29, 34) 242

7. Les chiffres entre parenthèses renvoient au passage de l'Histoire : livre et chapi


tre
(s) ; en fin de ligne se trouve le renvoi à la pagination de l'article.
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14. Le séjour de Michel VIII Paléologue dans les provinces occidental


es ET SON RETOUR PRÉCIPITÉ À CONSTANTINOPLE (III, 23-27)

Après les campagnes de Morée, d'Épire et de Bulgarie (III, 15-22), dont


il a été traité dans le dernier chapitre de l'article précédent et qui se déroulè
rent probablement en 1262 et 1263, Georges Pachymère relate quelques
événements qu'il regroupe autour du séjour de l'empereur dans les provinces
occidentales de l'empire et de son retour précipité à Constantinople, sous
la menace de l'armée bulgaro-tatare (III, 23-27). Ces faits sont plus préc
isément datés que les précédents : ils sont à peu près concomitants de l'appar
ition d'une comète, qui fut visible sur le Bosphore durant l'été 12648.
Vers cette époque, l'empereur se trouvait dans les provinces occidentales.
Le motif du déplacement fut la nouvelle offensive de Michel II d'Épire
contre l'empire byzantin : le despote avait signé un traité avec Jean Paléo
logue l'année précédente9, mais une fois qu'il eut appris le départ de ce
brillant général pour l'Orient, il s'enhardit et décida d'attaquer à nouveau10.
Georges Pachymère rapporte que tel fut le motif du départ de Michel
VIII Paléologue, mais il néglige ensuite de développer le sujet ainsi amorcé
et relate une série de faits dont cette expédition fut indirectement l'occasion.
Plus loin, l'historien signale simplement qu'une négociation eut lieu entre
l'empereur et le despote : la paix fut scellée par le mariage d'Anne Kanta-
kouzènè, nièce de Michel VIII Paléologue, avec Nicéphore Angélos, fils
de Michel II d'Épire11. Si l'on s'en tient à ce récit, la paix fut obtenue
sans combat et par la seule négociation ; l'arrivée de l'armée byzantine en
Thrace suffit apparemment pour effrayer le despote et l'amener à faire la
paix.
Accompagné d'une armée importante, Michel VIII Paléologue quitta
Constantinople pour se rendre à Thessalonique, qui servait habituellement

8. De nombreuses sources signalent l'apparition de la comète et fournissent des dates


à peu près concordantes : durant les mois de l'été, du printemps à l'automne [Pachymère :
Bonn, I, p. 72 (pinax des titres), 22314], durant les trois mois d'été (Grégoras : Bonn,
I, p. 994"7), du 26 juillet au 25 août (Makrïzï, Histoire des sultans mamlouks de Γ Egypte :
M. Quatremère, 1/1, Paris 1837, p. 241), du mois de juillet au 2 octobre (Dandolo, Chro
nique : E. Pastorello, Rerum Italicarum Scriptores, XII/1, p. 31226"29; Chronicon Mar-
chiae Tarvisinae et Lombardiae : L. A. Botteghi, Rerum Italicarum Scriptores, VIII/3,
p. 5328-29). Voir aussi V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 474.
9. Pachymère: Bonn, I, p. 21 5514.
10. Telle était d'ailleurs la tactique habituelle de Michel II d'Épire : dès que l'ennemi
s'éloignait, il envahissait le territoire de celui-ci; l'ennemi réapparaissait-il, il demandait
aussitôt à faire la paix; voir ibidem, p. 201618, 2151314.
11. Ibidem, p. 2427"9, 2421β-24315.
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de base d'opérations contre l'Épire12. Ce départ eut lieu au cours de l'été,


puisque la décision fut prise, semble-t-il, après l'apparition de la comète.
Mais les troupes s'arrêtèrent en chemin et prirent leurs quartiers d'hiver
à Xantheia. Tel paraît être le sens du texte de Georges Pachymère : « Après
avoir réuni des troupes nombreuses, l'empereur décida de prendre la route
de Thessalonique, afin de pouvoir de là préparer la guerre. S 'étant donc
rendu à Xantheia, il résolut d'y faire hiverner les unités»13. Malgré la
fréquence des tours elliptiques ou des raccourcis, il semble exclu, en effet,
que la seconde proposition se rapporte au cantonnement des troupes au
terme d'une expédition à Γ ouest, en Macédoine et en Thessalie14. La conjonct
ion qui relie les deux propositions n'est pas sans ambiguïté, mais l'inte
rprétation que donne P. Poussines de ce passage semble être la bonne,
même si le traducteur ajoute une nuance étrangère au texte en reliant les
deux propositions par une conjonction adversative : « sed cum Xantheam
eo itinere venisset. .. » Le lecteur attend vainement une explication à l'arrêt
des opérations : la belle saison était-elle déjà trop avancée ou Michel II
d'Épire avait-il déjà demandé à négocier ? De toute manière, l'armée fit
halte à Xantheia. L'empereur lui-même demeura quelque temps dans cette
ville, puisqu'on y délibéra, à son initiative, de sa situation canonique et
du refus du patriarche de lever l'excommunication et qu'on procéda à un
échange répété de messages entre l'empereur et le patriarche. Michel VIII
Paléologue continua ensuite sa route vers l'ouest, fit la visite des provinces
occidentales15, s'arrêta en particulier à Thessalonique, où il reçut Jean
Bekkos et Théodore Xiphilinos, et signa un traité de paix avec Michel
II d'Épire. Il retournait à Constantinople, vers la fin de l'automne 1264
probablement, lorsque fondit sur lui l'armée bulgaro-tatare ; il réussit
à lui échapper et à gagner la capitale, mais sa suite dut se réfugier dans la
forteresse d'Ainos et s'y trouva assiégée.
Parti livrer combat au despote d'Épire, l'empereur procéda en fait à une
inspection des provinces occidentales, au terme de laquelle il faillit être

12. Voir ibidem, p. 21411.


13. Ibidem, p. 22458.
14. 11 est également exclu qu'il s'agisse du cantonnement des troupes à Xantheia l'hi
ver précédent, car à cette date Jean Paléologue se trouvait encore dans la région et se
disposait à reprendre la guerre le printemps suivant, lorsque le despote d'Épire conclut
la paix (Pachymère : Bonn, I, p. 21417-2151) ; le départ de l'empereur coïncide d'ailleurs
approximativement avec l'apparition de la comète durant l'été 1264.
15. C'est «après avoir fait le tour des territoires occidentaux de l'empire» (Pachy
mère : Bonn, I, p. 23212) que Michel VIII Paléologue fut poursuivi en Thrace par l'armée
bulgaro-tatare.
150 A. FAILLER

capturé par l'armée bulgaro-tatare. Dans le récit de Georges Pachymère,


l'expédition militaire est éclipsée par d'autres événements. Voici les faits,
qui semblent relatés dans l'ordre de leur déroulement :
— départ de l'armée et délibérations des évêques à Xantheia à propos de
l'attitude inflexible du patriarche envers l'empereur (III, 23) ;
— comparution de Jean Bekkos et de Théodore Xiphilinos devant l'em
pereur à Thessalonique (III, 24) ;
— trahison de Ίζζ al-Dïn et irruption de l'armée bulgaro-tatare en Thrace
(ΙΠ, 25);
— reproches adressés par le patriarche à l'empereur, rentré dans sa capitale
comme un fuyard (III, 26) ;
— mariage d'Anne Kantakouzènè avec Nicéphore Angélos (III, 27).
Notons que Georges Pachymère fournit une fois de plus dans ce passage
des informations précises et détaillées sur la situation ecclésiastique; il
rapporte divers épisodes qui concernent uniquement l'Église et que ne signale
aucune autre source : délibérations des évêques à Xantheia, mesures prises
à l'encontre de Jean Bekkos et de Théodore Xiphilinos, intervention du
métropolite d'Ainos lors du siège de la forteresse et condamnation de son
attitude par le synode, reproches du patriarche à l'empereur à propos de
son expédition en Occident.

Mais l'épisode le plus important, qui est relaté également dans l'Histoire
de Nicéphore Grégoras et de nombreuses sources extérieures, reste la
trahison de Ίζζ al-Dïn et l'irruption de l'armée bulgaro-tatare en Thrace.
La confrontation des divers récits permet d'éclairer ou de compléter à
l'occasion la relation de Georges Pachymère, dont on donnera d'abord
le contenu16. Déçu par l'empereur, qui lui avait promis de l'aider à recouvrer
le sultanat de Rûm17, Ίζζ al-Dïn mit à profit l'absence de Michel VIII
Paléologue pour pousser son oncle, qui résidait au nord du Pont-Euxin,
à venir le délivrer avec l'aide des Bulgares et des Tatars : ceux-ci viendraient
surprendre en Thrace l'empereur, que le sultan aurait rejoint entre temps ;
par le même coup, ils dépouilleraient l'empereur de ses trésors et libére
raient le sultan. Le projet aboutit à un demi-succès : Michel VIII Paléologue
leur échappa, mais Ίζζ al-Dîn, enfermé dans la forteresse d'Ainos avec la

16. Pachymère : Bonn, I, p. 2293-24022.


17. Ίζζ al-Dïn comptait en effet sur les efforts conjugués de Baybars d'Egypte, Berke
de Kipcak et Michel VIII Paléologue pour reprendre ses territoires d'Asie Mineure,
qui étaient tombés au pouvoir des Mongols d'Iran. Mais l'alliance de l'empereur avec
le khan d'Iran avait mis fin à ses espoirs.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 151

suite impériale, fut libéré. Georges Pachymère présente la version la plus


détaillée et rapporte en particulier l'intervention du métropolite d'Ainos,
qui fut sanctionné plus tard pour avoir servi d'intermédiaire entre Constantin
Tich et les assiégés. Cet épisode important, dont l'historien eut sans doute
connaissance directement au moment de son déroulement, confère au
récit une crédibilité que le témoignage commun des autres sources ne saurait
entamer.
Quant à Nicéphore Grégoras, il présente tout d'abord une version appa
remment différente de la campagne de Michel VIII Paléologue : celui-ci
se trouvait en Thessalie, où il menait la guerre contre Michel II d'Épire,
lorsque la comète se mit à luire, au début de l'été ; interprétant ce phéno
mènecomme un mauvais augure, il quitta aussitôt la Thessalie pour rega
gner Constantinople ; mais, arrivé en Thrace, il fut assailli par l'armée
bulgaro-tatare18. D'après ce récit, la fuite de l'empereur et la délivrance
du sultan seraient à dater de l'été 1264. Notons quelques autres divergences :
Ίζζ al-Dîn ne fit pas appel à son oncle, dont l'existence n'est pas mentionnée,
mais à Constantin Tich, qui s'adjoignit des renforts tatars ; Ίζζ al-Dîn
ne se trouvait pas dans la forteresse d'Ainos au terme d'une poursuite en
Thrace, mais il y avait été enfermé plus tôt par l'empereur, qui avait ordonné
de l'y amener pour le temps de son absence de la capitale. Cette version
brève et simplificatrice doit être écartée, bien que sur le dernier point elle
soit en accord avec les sources extérieures.
Parmi celles-ci citons d'abord la Chronographie d'Abu'l Faradj, souvent
bien informé sur les événements de l'empire byzantin. Son récit est bref19 :
Ίζζ al-Dîn fuit de Constantinople grâce à Berke, qui envoya ses gens le
délivrer. L'événement est placé en l'année 1576 de l'ère séleucide (octobre
1264-septembre 1265) et présenté comme proche de la mort de Hulagu,
qui décéda le 8 février 1265.
Mais la source la plus intéressante est constituée par l'Oghuznâme20, qui
dévoile l'identité de l'oncle de *Izz al-Dîn mentionné par Georges Pachy-

18. Grégoras : Bonn, I, p. 9817-10119. Nicéphore Grégoras laisse entendre que l'em
pereur se rendit effectivement en Thessalie, car il semble employer ce mot pour indiquer
la province de Thessalie plutôt que la région de Thessalonique. Quant au Pseudo-Sphran-
tzès, il omet de relater cet épisode.
19. Abu'l Faradj : E. A. Wallis Budge, p. 445.
20. L'Oghuznâme fut composé au 15e siècle par Yazidji-oghlu à partir de l'Histoire de
Ibn Bibi et abrégé au siècle suivant par Seyyid Lukmân, dont l'œuvre fut partiellement
publiée avec une traduction latine en 1854 (I. I. W. Lagus, SeidLocmaniex libro Turcico qui
Oghuzname inscribitur excerptà) ; mais cette édition passa inaperçue jusqu'à ce que G. D.
BalaScev CO αυτοκράτωρ Μιχαήλ H' ô Παλαιολόγος και το Ιδρυθέν τΐ\ συνδρομή
152 A. FAILLER

mère21 : il s'agit de Sari Saltuk, établi peu auparavant en Dobroudja par


les soins de Michel VIII Paléologue, plus précisément en 662 (novembre
1263-octobre 1264)22. Le stratagème imaginé par le sultan pour rejoindre
l'empereur en Thrace et tomber ainsi aux mains de l'armée bulgaro-tatare
est ignoré : Ίζζ al-Dîn avait été enfermé dans une forteresse par l'empereur,
qui avait eu vent d'un complot tramé par le sultan dans le but de l'assassiner
et de prendre sa place. Il fut délivré par l'armée de Berke, le khan des
Mongols de Kipcak; aucune mention n'est faite du Tatar Nogaï et de
Constantin Tich, qui était le chef de l'armée bulgaro-tatare d'après
le récit de Georges Pachymère. Après la libération du sultan, Berke vint
en personne en Thrace dans le sillage de la première armée tatare, assiégea
Constantinople et s'en empara, avant de faire la paix avec l'empereur et
de s'éloigner. Une telle amplification des faits relève évidemment de l'épopée,
car il faut exclure que Ίζζ al-Dïn ait songé à détrôner Michel VIII Paléolo
gue pour prendre le pouvoir à Constantinople et que Berke se soit effectiv
ement emparé de la capitale byzantine. Le récit de l'Oghuznäme est par
tiellement emprunté à l'Histoire de Ibn Bîbï, un contemporain des événe
ments, mais il contient des éléments originaux sur l'établissement d'une
colonie turque en Dobroudja. L'Histoire de Ibn Bîbî est à la source des
informations suivantes23 : complot ourdi par le sultan pour assassiner
l'empereur, emprisonnement du sultan dans une forteresse et libération
par une armée tatare.
Mufaddal fournit une version assez voisine de celle de Ibn Bibï24 : une
armée tatare, envoyée par Berke, marcha sur Constantinople et occupa
les environs de la ville ; Michel VIII Paléologue prit alors la fuite et envoya
un émissaire au chef de l'armée tatare ; un accord se fit, et les Tatars levèrent
le siège, emmenant avec eux Ίζζ al-Dïn, qui, emprisonné dans une forte-

αύτοϋ κράτος των Όγούζων παρά την δυτικήν άκτήν τον Ευξείνου, Sofia 1930) étudiât
le passage concernant l'établissement de Sari Saltuk en Dobroudja. Une controverse
s'ensuivit sur la valeur historique du texte ; voir V. Laurent, La domination byzantine
aux Bouches du Danube sous Michel VIII Paléologue, RHSEE 22, 1945, p. 184-198.
L'étude ultérieure de P. Wittek (Yazijioghlu 'Ali on the Christian Turks of the Do-
bruja, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 14, 1952, p. 639-668),
accompagnée de la publication de nouveaux extraits, semble avoir définitivement établi
la valeur historique de l'œuvre.
21. L'historien l'appelle tantôt parent de Ίζζ al-Dïn (Pachymère : Bonn, I, p. 22911,
2303·4·6), tantôt oncle de Ίζζ al-Dîn {ibidem, p. 2307, 23 16).
22. G. D. Balascev, op. cit., p. 25-26.
23. Ibn Bïbï : H. W. Duda, Die Seltschukengeschichte des Ibn Bibï, Copenhague 1959,
p. 284-285.
24. Mufaddal, Histoire des sultans mamlouks : E. Blochet, PO 12, 1919, p. 455.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 153

resse de l'empire, avait été libéré par eux. Les faits ne sont pas précisément
datés ; ils sont rapportés par anticipation sous l'année 661 (novembre 1262-
octobre 1263). Selon Makrîzî25 et Abu'l Fidâ26, Ίζζ al-Dîn fut arrêté par
Michel VIII Paléologue en 662 (novembre 1263-septembre 1264) et resta
plusieurs années en prison, puisqu'il ne fut délivré qu'en 666 (septembre
1267-août 1268) d'après le premier historien, en 668 (août 1269-juillet
1270) d'après le second. Sa libération fut l'œuvre de l'armée de Mongke-
Temur, qui avait succédé à Berke en 664 (octobre 1265-septembre 1266).
A l'exception d'Abu'l Faradj, tous ces historiens s'accordent donc avec
Nicéphore Grégoras pour attribuer à Michel VIII Paléologue l'emprison
nement de Ίζζ al-Dîn dans une forteresse, à l'extérieur de Constantinople ;
mais le récit de Georges Pachymère, qui est d'autre part le seul à avoir été
témoin d'une partie des événements, présente une version plus plausible
dans sa richesse et sa précision. De plus, la chronologie des sources parall
èlesest floue ou erronée27 : en fait, Ίζζ al-Dîn fut libéré vers la fin de l'a
utomne 1264 ou, au plus tard, au début de l'hiver.

En conclusion, les sources parallèles s'avèrent peu utiles pour l'établi


ssement de la chronologie qui sous-tend le récit de Georges Pachymère.
Malgré certaines ambiguïtés du texte, on retiendra la version que donne
ce dernier du départ en campagne de Michel VIII Paléologue; de toute
manière, il semble difficile de concilier les récits des deux historiens byzant
ins28. Le départ en campagne de l'empereur se place vraisemblablement
au cours de l'été 1264, de même que les messages successifs de Ίζζ al-Dïn

25. Makrïzï, Histoire des sultans mamlouks de Γ Egypte : M. Quatremère, 1/1, Paris
1837, p. 248; 1/2, Paris 1840, p. 57.
26. Abu'l Fidâ, Annales : RHC Or., I, Paris 1872, p. 153. On lit une traduction du
même texte, avec une fausse attribution, dans l'édition déjà mentionnée de l'Histoire
de Makrizï par M. Quatremère (1/1, p. 217 en note).
27. Les deux notices successives qui ont paru dans YEncyclopédie de ΓIslam concernant
le sultan Ίζζ al-Dïn (C. Huart, El 2, 1927, p. 678 ; C. Cahen, El2 4, 1978, p. 847) négli
gent, sans doute à tort, les données précises contenues dans l'Histoire de Georges Pa
chymère.
28. F. Dölger (Regesten2, n° 1931) ne semble pas avoir discerné les contradictions
qui existent entre les deux récits, bien qu'il accepte la lecture proposée au début de ce
chapitre pour le passage ambigu de l'Histoire de Georges Pachymère. A l'arrêt imprévu
des troupes à Xantheia, F. Dölger trouve une raison apparemment plausible : l'apparition
de la comète, considérée comme un mauvais augure, aurait dissuadé l'empereur de pour
suivre sa campagne. Mais ce n'est là qu'une hypothèse, que le texte de Georges Pachymère
rend d'ailleurs peu vraisemblable, car l'historien semble placer l'apparition de la comète
avant le départ de l'empereur de Constantinople.
154 A. FAILLER

à Michel VIII Paléologue et à Sari Saltuk29. L'arrivée de l'armée bulgaro-


tatare sur le territoire byzantin se situerait en automne, dans un automne
déjà avancé, puisqu'entre le départ de l'empereur de Constantinople et
son retour il faut intercaler l'appel au secours du sultan, la requête consé
cutive de Sari Saltuk auprès des Tatars et de Constantin Tich, la formation
de l'armée bulgaro-tatare et son arrivée en Thrace. Selon Ibn Bïbï, repris
par l'auteur de l'Oghuznâme, l'armée tatare traversa le Danube sur la
glace30 ; si le renseignement est juste, la mauvaise saison était déjà arrivée.
Le retour de Michel VIII Paléologue se placerait vers la fin de l'automne,
de même que le siège d'Ainos ; le jugement du métropolite d'Ainos aurait
eu lieu peu de temps après31. Le traité entre l'Épire et l'empire byzantin
doit être probablement daté de l'été 1264 ou du début de l'automne, puis
qu'il fut signé avant le retour de l'empereur en Thrace32. Le départ d'Anne
Kantakouzènè, qui allait rejoindre son futur époux en Épire, se situe pro
bablement au début de l'année 1265, et la visite de celui-ci à l'empereur
peu après.
Tel est le calendrier approximatif de ces événements. De toute manière,
Georges Pachymère assigne à l'ensemble des faits rapportés les limites
suivantes : l'apparition de la comète au début de l'été 1264 et la procédure
de déposition engagée contre le patriarche Arsène le 21 mars 126533, puis-

29. F. Dölger (Regesten2, n° 1930) date bien de l'été 1264 le message envoyé par
Michel VIII Paléologue à Ίζζ al-Dïn, qui avait demandé de venir rejoindre l'empereur.
30. Ibn Bïbï : H. W. Duda, p. 284 ; Oghuznäme : G. D. Balaäcev, p. 26.
31. V. Laurent (Regestes, n° 1364) date ce jugement du début de l'année 1264. Il
faut évidemment le retarder d'une année, car la libération de Ίζζ al-Dïn et le siège d'Ainos
ne peuvent être placés en 1263. Mais la datation de ce jugement est fonction de la chronol
ogied'ensemble adoptée pour ce passage, comme on le verra dans les trois chapitres
suivants.
32. Telle est également la date retenue par F. Dölger (Regesten2, n° 1931). L'auteur
fait un long développement sur les données chronologiques que contient l'Histoire de
Georges Pachymère dans le passage correspondant ; son argumentation laisse le lecteur
perplexe. En fait, ce problème de chronologie, auquel s'est heurté également V. Laurent
(voir la noie précédente), semble pouvoir être résolu de manière satisfaisante par une autre
voie (voir les trois chapitres suivants). De toute manière, P. Wirth aurait dû refondre
entièrement l'argumentation de F. Dölger, puisqu'il en change les prémisses : F. Dölger
datait de 1267 la prétendue incursion des Tatars contre Nicée et la déposition du pa
triarche Arsène, que P. Wirth place en 1264 (nos 1944-1946 dans la première édition,
n°B 1923 a-c dans la seconde édition), conformément à la correction qu'avait faite F.
Dölger lui-même dès 1933 (BZ 33, 1933, p. 202). Nous verrons par la suite que ces deux
dates doivent être également exclues.
33. Ce point sera établi dans le chapitre suivant. A la fin du chapitre 17 (p. 172-173),
on trouvera un tableau chronologique pour les années 1264-1265 (III, 23 à IV, 13). Voir
aussi p. 160 n. 59.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 155

qu'à cette date l'empereur était présent à Constantinople. L'indéterminat


ion porte seulement sur le dénouement de l'invasion bulgaro-tatare en
Thrace : automne 1264 ou hiver 1264-1265. Une meilleure connaissance
des sources extérieures permettra peut-être un jour de fixer plus précisément
la date du siège d'Ainos et de la fin des tractations que mena Michel VIII
Paléologue, après son retour dans la capitale, avec les Tatars et qui about
irent à leur départ vers le nord34.

15. La déposition du patriarche Arsène (IV, 1-8)

Le livre III de l'Histoire de Georges Pachymère se termine par le long


récit d'une prétendue attaque des Tatars contre la ville de Nicée35. Laissons
pour le moment de côté le problème de datation que soulève ce passage et
qui sera examiné dans le chapitre 17, et passons au livre IV, dont les pre
miers chapitres sont consacrés à la déposition du patriarche Arsène36.
Le déroulement de la procédure qui y conduit est clairement et longuement
exposé par l'historien, qui fournit également la date de certains des événe
ments. Ces données chronologiques sont malheureusement irrecevables
dans leur ensemble et contiennent certainement un élément erroné : il s'agira
dans le présent chapitre d'identifier l'erreur et de rectifier la chronologie.
Les événements se déroulent au printemps : quinze jours avant Pâques
(le samedi de l'Acathiste), l'empereur reçoit d'Hepsètopoulos un libelle
dirigé contre le patriarche Arsène ; cet écrit offrait à l'empereur un prétexte
pour poursuivre le patriarche, qui fut déposé quelques semaines plus tard,
au terme d'une longue procédure. Voici le synchronisme que fournit
Georges Pachymère en datant la remise du libelle à l'empereur : le samedi

34. La datation exacte des ambassades qui furent échangées entre le sultan d'Egypte
et le khan de la Horde d'Or et qui transitèrent par Constantinople permettra peut-être
de préciser un jour ce point. Le problème a été bien exposé par M. Canard (Un traité
entre Byzance et l'Egypte au xme siècle et les relations diplomatiques de Michel Paléolo
gue avec les sultans mamlûks Baibars et Qalâ'ûn, Mélanges Gaudefroy-Demombynes,
Le Caire 1937, p. 211-218). L'auteur pense que les Tatars restèrent en Thrace une partie de
l'année 1265 et ne partirent pas immédiatement après le siège d'Ainos. Rappelons
enfin que, dans le Typikon de Saint-Dèmètrios (H. Grégoire, Byz. 29-30, 1959-1960,
p. 4572529), Michel VIII Paléologue fait allusion à cette incursion bulgaro-tatare en
Thrace, mais il en donne probablement une image embellie par le temps : les Bulgares,
rapporte ce texte, laissèrent les Tatars traverser leur pays et s'associèrent à eux contre
les Byzantins, qui mirent leurs ennemis en déroute quelques jours plus tard.
35. Pachymère : Bonn, I, p. 2447-25018.
36. Ibidem, p. 2511-27112.
156 A. FAILLER

de l'Acathiste, au début du mois d'avril37. La concordance vaut seulement,


dans les années 60 du 13e siècle, pour 1261, 1264 et 126738. Le printemps
1261 peut être écarté d'emblée, car le patriarche Arsène prit possession du
siège de Sainte-Sophie dans la deuxième moitié de cette année, après l'entrée
de Michel VIII Paléologue à Constantinople le 15 août. Se fiant au texte
de Georges Pachymère, qui semble placer la déposition du patriarche Arsène
après l'apparition de la comète, c'est-à-dire après l'été 1264, F. Dôlger
exclut d'abord cette dernière année et se prononça, dans la première édition
des régestes impériaux, pour le printemps 126739. Mais après qu'eut été
publié l'acte d'élection de Germain d'Andrinople au siège patriarcal,
il dut réviser son opinion, car ce document date l'élection du successeur
d'Arsène du mois de mai 6773 (1265)40; il se prononça alors pour 1264,
seule autre année pour laquelle le synchronisme de Georges Pachymère
est valable41. Depuis lors, on a placé habituellement en 1264 la déposition
du patriarche Arsène ; certains historiens ont néanmoins retenu l'année
1265, bien que le synchronisme mentionné ne puisse s'appliquer à cette
année42. V. Laurent a repris l'examen du problème au moment de préparer
la rédaction des régestes patriarcaux du 13e siècle ; tout en notant les diff
icultés que présente cette solution, il conclut à son tour qu'Arsène fut déposé
au printemps 126443, car, une fois écartées les années 1261 et 1267 pour les

37. Pachymère : Bonn, I, p. 2575-7.


38. Pour le contrôler, on se reportera au tableau de la page 172. Au terme d'un calcul
inexact, P. Poussines (Bonn, I, p. 728-729, 754) a jugé que ce synchronisme pouvait
s'appliquer à l'année 1266.
39. F. DöLOER, Regesten1, nos 1945-1946. En plaçant la déposition du patriarche
Arsène en 1267, D. J. Geanakoplos {Emperor Michael Palaeologus and the West, 1258-
1282, Cambridge Mass. 1959, p. 202 n. 42, 272 n. 62) semble encore tributaire de cette
ancienne chronologie.
40. I. SykoutrÈS, Συνοδικός τόμος της εκλογής του πατριάρχου Γερμανού του Γ'
(1265-1266), EEBS 9, 1932, ρ. 179-183. La teneur et la portée de l'acte d'élection de Ger
main d'Andrinople au siège patriarcal seront examinées dans le chapitre suivant.
41. BZ 33, 1933, p. 202. Dans la deuxième édition des régestes impériaux (nos 1923 b-c),
P. Wirth a repris les corrections de F. Dôlger, mais il a laissé intacts d'autres développe
ments de la première édition qui sont également tributaires de la chronologie établie
dans un premier temps par F. Dôlger; voir p. 154 n. 32.
42. Ceux qui soutiennent cette opinion ne la justifient pas expressément et semblent
se fier simplement à l'impression que donne la lecture de ce passage dans l'Histoire de
Georges Pachymère. On la trouve sous la plume de V. Laurent (Les grandes crises
religieuses à Byzance. La fin du schisme arsénite, BSHAR 26, 1945, p. 233), avant qu'il
ne la modifie au moment de rédiger les régestes patriarcaux ; voir aussi V. Grumel,
La chronologie, Paris 1958, p. 437.
43. V. Laurent, La chronologie des patriarches de Constantinople au xme s. (1208-
1309), REB 27, 1969, p. 142-143 ; Idem, Les Regestes de 1208 à 1309, Paris 1971, p. 157.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 157

raisons qui ont été indiquées, 1264 est la seule année à laquelle puisse
s'appliquer la concordance donnée par Georges Pachymère. Mais si l'on
retient cette solution, il faut admettre que l'historien commet de graves
confusions dans son récit, car il nous montre le patriarche toujours à son
poste dans la deuxième moitié de l'année 1264. Certains passages excluent
qu'il entende dater du printemps 1264 la déposition du patriarche Arsène.
En premier lieu, Georges Pachymère rapporte qu'après le départ de
l'armée vers Thessalonique l'empereur demanda aux évêques qui l'accom
pagnaient de délibérer sur l'attitude du patriarche à son égard et sur les
moyens d'obtenir la levée de l'excommunication; il voulut convoquer
Arsène à Xantheia et, après le refus du patriarche de s'y rendre, il échangea
avec lui plusieurs messages44. L'historien relate un autre événement qui
se déroula durant l'absence de l'empereur : le sébastokratôr Constantin
Tornikios fut chargé de punir Jean Bekkos et Théodore Xiphilinos, dont
il interprétait l'attitude comme un défi à son égard et dont il croyait l'action
inspirée par le patriarche en personne ; mais le sébastokratôr dut reculer
devant la détermination d'Arsène, qui l'empêcha de se saisir des deux ar
chontes de l'Église45. Or l'absence de l'empereur doit être datée de l'été
1264, comme on l'a établi dans le chapitre précédent; force est donc d'ad
mettre qu'à cette époque le patriarche Arsène était en charge. En deuxième
lieu, la présence du patriarche est attestée plus tard encore : lorsque Michel
VIII Paléologue rentra à Constantinople, après avoir échappé à l'armée
bulgaro-tatare, et qu'il vint faire sa prière d'action de grâces à Sainte-Sophie,
le patriarche lui adressa de vives réprimandes pour avoir organisé contre
Michel II d'Épire une expédition inopportune, pour laquelle Dieu venait
de le punir sévèrement46. Or l'empereur dut rentrer vers la fin de l'année
1264, et le patriarche était toujours en charge. On peut ajouter un troisième
argument : le sultan Ίζζ al-Dïn n'eut pas connaissance de la déposition
d'Arsène durant son séjour dans l'empire byzantin, mais plus tard, alors
qu'il se trouvait déjà auprès du khan de la Horde d'Or47 ; si le patriarche

44. Pachymère : Bonn, I, p. 2249-2258.


45. Ibidem, p. 2259-2292. P. Wirth reprend le régeste de la première édition (F. Dölger,
Regesten2, n° 1929) et date avec raison de l'été 1264 la comparution de Jean Bekkos
et de Théodore Xiphilinos devant l'empereur à Thessalonique, mais il n'a pas remarqué
que cet acte est nécessairement antérieur à la déposition du patriarche Arsène, qui est
l'un des personnages essentiels de cette scène.
46. Pachymère : Bonn, I, p. 2411-24211. Le jugement synodal du métropolite d'Ainos
doit évidemment prendre place après cette date, donc au début de 1265, et non au commenc
ementde l'année précédente, comme l'a cru V. Laurent (Regestes, n° 1364) ; voir p. 154
n. 31.
47. Pachymère : Bonn, 1, p. 26510 22.
158 A. FAILLER

avait été déposé durant le printemps 1264, le sultan l'aurait appris aussitôt.
Cela reporte à nouveau au début de l'année 1265 au plus tôt la déposition
du patriarche Arsène.
Il faut conclure que, comme le suggère une première lecture, le récit de
Georges Pachymère suit l'ordre de déroulement des événements : la dépos
ition du patriarche ne précéda pas, mais suivit le séjour de Michel VIII
Paléologue dans les provinces occidentales et son retour précipité à Constant
inople; elle peut donc être datée du début de l'année 1265 au plus tôt.
Dans ce cas, l'élection de Germain, datée avec certitude de mai 126548,
a suivi de peu la destitution de son prédécesseur. En conséquence, il n'y a
pas lieu de placer une vacance d'une année entière entre le départ d'Arsène
et l'élection de Germain. Ce fait constituait d'ailleurs une anomalie dans
la chronologie précédemment reçue : on ne peut en déceler aucune trace
dans le récit de Georges Pachymère, et le discours que met l'historien dans
la bouche de l'empereur semble au contraire avoir été prononcé peu de
temps après la déposition d'Arsène49, que semble suivre également de près
l'élection de son successeur. De prime abord, la logique du récit exclut donc
un tel délai.
Il serait étrange d'autre part que Georges Pachymère se fût trompé si
gravement et si souvent dans ce passage, d'autant plus qu'il relate des faits
dont il fut personnellement témoin. Le patriarche confirme d'ailleurs la
version des faits transmise par l'historien : dans son Testament, Arsène
affirme être resté trois années entières au patriarcat après avoir excommunié
l'empereur50. Or l'excommunication fut portée au début de l'année 126251.
Si l'on arrête au printemps 1264 son second patriarcat, Arsène ne serait

48. Voir le chapitre suivant.


49. Cela ressort clairement de certains passages du texte de Pachymère (Bonn, I,
p. 27420"21, 2755"6·16'18). La mise en garde de l'empereur s'adresse aux partisans d'Arsène
qui seraient tentés de faire schisme aussitôt après la déposition de celui-ci, et non à ses
fidèles dont le schisme sera effectif un an plus tard ; au cas où il aurait lieu, le schisme
serait considéré comme une sédition ou un crime de lèse-majesté et serait puni comme tel
{ibidem, p. 2789"11).
50. Arsène (PG 140, 956^10"13) affirme que trois ans après avoir excommunié l'empe
reur(μετά τριετίαν) il le mit à la porte de l'église en présence des patriarches (Nicolas
d'Alexandrie et Euthyme d'Antioche), des métropolites, du sénat et du clergé. Il laisse
entendre que cette mesure déclencha sa mise en accusation. Par ailleurs, il semble imposs
ibled'assimiler ce fait, que ne rapporte pas Georges Pachymère, avec la dernière dispute
qui éclata entre l'empereur et le patriarche la veille de la déposition de celui-ci (Pachy
mère : Bonn, I, p. 2617-2635). Cet épisode, que le patriarche Arsène semble placer peu
avant son inculpation et dont il n'y a pas de raison de suspecter la véracité, doit être daté
des premiers mois de 1265.
51. Voir V. Laurent, Regestes, n° 1362.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 159

resté que deux années entières à la tête de l'Église. Pour obtenir une durée
de trois ans, il faut là encore reporter la fin du second patriarcat au début
de l'année 1265.
Quant aux listes des patriarches de Constantinople, elles attribuent au
second patriarcat d'Arsène soit deux ans soit quatre ans52. Les données
sont trop vagues et disparates, selon les manuscrits, pour qu'on puisse leur
accorder une grande créance. On remarquera cependant que le chiffre 2
est exclu, puisque le patriarche lui-même affirme avoir encore détenu sa
charge pendant plus de trois ans après l'excommunication de Michel VIII
Paléologue au début de l'année 1262. Par contre, le chiffre 4 pourrait être
correct et amènerait à reporter la fin du second patriarcat d'Arsène vers
le printemps ou l'été 1265, selon qu'on en place le commencement vers la
fin du printemps ou de l'été 1261 53. Ce point ne peut donc constituer qu'un
argument de second ordre. V. Laurent a interprété différemment les deux
chiffres : il en fait la moyenne et obtient ainsi les trois ans qu'il assignait
au second patriarcat d'Arsène (printemps 1261 -printemps 1264)54.
L'ensemble de ces arguments, dont certains possèdent par eux-mêmes
une valeur suffisante, prouvent par leur convergence que le patriarche
Arsène était encore en place au début de l'année 1265. Force est donc d'ad
mettre qu'une erreur entache les indications chronologiques que fournit
Georges Pachymère dans le passage déjà cité : le libelle d'accusation, qui
mit en mouvement la procédure de déposition, ne peut avoir été remis à
l'empereur une année où le samedi de l'Acathiste tombait au début du mois
d'avril. En effet, ce synchronisme peut s'appliquer seulement aux années
1261, 1264 et 1267, qui toutes trois, comme on l'a démontré, sont exclues,
alors que seule l'année 1265 peut être retenue.
Mais le samedi de l'Acathiste tombait en 1265 le 21 mars, et non au début
du mois d'avril. L'historien fait-il erreur sur la fête liturgique ou sur le
mois ? On admettra aisément qu'il se soit trompé sur le mois plutôt que
sur le calendrier liturgique, qui fournit au souvenir un cadre plus sûr que
le cours régulier des mois ; la chose vaut, à plus forte raison, pour un archonte
ecclésiastique. L'hypothèse qui permet d'expliquer cette erreur sera exposée
plus bas, lorsqu'on examinera les méprises semblables que contient ce
passage de l'Histoire et qui toutes concernent précisément l'année 1265.
Dans l'un des cas, la démontration est en effet rendue possible grâce au

52. Voir V. Laurent, art. cit., p. 130.


53. On peut en effet hésiter sur la date à laquelle Arsène reprit la charge patriarcale
au cours de l'année 1261 ; voir le chapitre 10 du premier article : REB 38, 1980, p. 59-65.
54. V. Laurent, art. cit., p. 142-143.
160 A. FAILLER

témoignage d'une source parallèle55. Avant d'exposer la solution de cette


énigme, remarquons qu'entre le 21 mars et le début d'avril il y a un décalage
approximatif de deux semaines et qu'il ne s'agit donc pas d'une simple
erreur dans l'expression du mois (début avril au lieu de début mars)56. Tous
les événements qui sont datés dans le récit de Georges Pachymère et qui
concernent l'année 1265 se déroulent en fait une quinzaine de jours plus
tôt que ne l'indique l'historien.

Reprenons à présent l'ensemble du récit dans lequel Georges Pachy


mèrenarre en détail les péripéties qui précédèrent le départ du patriarche
Arsène. Huit chapitres sont consacrés à l'affaire; l'historien annonce
explicitement son sujet au début du livre IV et résume la matière de ce long
développement : « A partir d'ici commence l'affaire du patriarche Arsène.
L'empereur s'employa tout entier à le convaincre d'adoucir son compor
tement et de dénouer le lien; mais comme il avait désespéré d'atteindre
son but, il chercha activement et de toute manière à se débarrasser de
lui»57. Dans les deux premiers chapitres (IV, 1-2), Georges Pachymère
rapporte les derniers efforts que tenta Michel VIII Paléologue pour obtenir
du patriarche la levée de l'excommunication58 : d'une part, il s'adressa
aux évêques, qui lui prêtèrent une oreille complaisante et allèrent demander
au patriarche de faire miséricorde ; d'autre part, il envoya Joseph, un moine
du Galèsios, supplier Arsène d'imposer à l'excommunié une pénitence
appropriée et de le recevoir ensuite dans la communion ecclésiastique59.

55. L'élection de Germain est datée concurremment par l'Histoire de Georges Pa


chymère et par le document synodal émis à cette occasion ; la comparaison de ces données
permettra de découvrir la source probable de l'erreur commise par l'historien ; voir le
chapitre suivant.
56. Une telle erreur aurait été d'autant plus concevable que l'emploi des mois athé
niens au lieu des mois romains pouvait exposer à de semblables méprises. Si l'on s'en
rapporte aux résultats établis dans le chapitre suivant et que l'on consulte le calendrier
reproduit au chapitre 17 (p. 172), on voit que Georges Pachymère semble avoir appliqué
par erreur le calendrier liturgique de 1264 à l'année 1265. En conséquence, l'historien
entend sans doute dater la fête de l'Acathiste du 5 avril, lorsqu'il la place « au début
d'avril » (Bonn, I, p. 2575"7) ; comme cette fête tombait en fait le 21 mars, le décalage
est de quinze jours exactement. Bien que la démonstration, comme on le verra, ne soit pas
aussi rigoureuse, on s'en inspirera, par anticipation et à titre d'hypothèse, pour fixer
les idées et corriger la chronologie de Georges Pachymère.
57. Pachymère : Bonn, I, p. 25 114.
58. De 1262 à 1265, Michel VIII Paléologue ne cessa de demander la levée de l'excom
munication, car la censure du patriarche pesait sur sa conscience et affaiblissait son autor
ité; voir Pachymère : Bonn, I, p. 2041013, 2117-2147, 2249-2258.
59. F. Dolger, Regesten2, n° 1923 b (voir Regesten1, n° 1945). Là également, il faut
corriger la date : l'acte fut émis dans les premiers mois de l'année 1265, probablement
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 161

Ces ultimes tentatives se situent entre le retour précipité de Michel VIII


Paléologue à Constantinople (probablement vers la fin de 1264) et la remise
du libelle d'accusation à l'empereur le samedi de l'Acathiste, c'est-à-dire
le 21 mars 1265. A cette date, l'empereur avait donc perdu tout espoir
d'infléchir la volonté du patriarche et n'attendait qu'un prétexte pour enga
gercontre celui-ci une procédure de déposition.
Le libelle d'Hepsètopoulos lui fournit à propos ce prétexte : le samedi
de l'Acathiste, alors que la nuit était tombée et que l'office était achevé,
cet ecclésiastique remit à l'empereur un écrit, qui mettait en cause le pa
triarche et contenait, entre autres, les accusations suivantes (IV, 3) : Arsène
avait fait retrancher du début de l'orthros le psaume pour l'empereur,
il avait permis à la suite du sultan de se laver dans le bain de l'Église, il
avait fait donner la communion aux fils du sultan, il avait autorisé le sultan
et sa suite à l'accompagner en procession le dimanche de Pâques. Malgré
l'inconsistance des accusations et le scepticisme du clergé sur leur bien-fondé,
l'empereur se résolut à utiliser ce libelle comme instrument de ses desseins.
Il réunit aussitôt les évêques présents à Constantinople et leur confia son
intention de poursuivre le patriarche, qui, informé de ces griefs, les réfutait
par avance et en reportait la plupart sur Macaire de Pisidie, car celui-ci
était en contact depuis de nombreuses années avec le sultan et il s'était
porté garant que Ίζζ al-Dîn et sa famille étaient chrétiens. L'empereur
convoqua donc les métropolites pour une réunion synodale, qui devait
se tenir après Pâques ; la décision fut arrêtée rapidement ; comme la fête
de Pâques tombait cette année-là le 5 avril, les lettres de convocation durent
être signées vers la fin du mois de mars 126560.
En l'absence du patriarche, les métropolites se réunirent au palais des
Blachernes, sous la présidence de l'empereur et en présence des dignitaires
et des sénateurs (IV, 4). Hepsètopoulos lut son libelle devant rassemblée.
Convoqué, le patriarche refusa de comparaître devant ce tribunal : les sécu-

en mars. Lors de l'entrevue, Arsène aurait excommunié Joseph, parce que celui-ci recevait
les confessions de l'empereur sans en avoir l'autorisation canonique ; mais la réalité
de cette mesure n'est pas établie; voir V. Laurent, Regestes, n° 1365, qu'il faut dater
de 1265 et non de 1264. D'après la lettre de Macaire de Pisidie à Manuel Dishypatos
[S. Eustratiadès, Ό πατριάρχης 'Αρσένιος ό Αύτωρειανός (1255-1260 και 1261-1267),
'Ελληνικά 1, 1928, ρ. 89-94] qui rapporte précisément cette excommunication, Michel
VIII Paléologue séjourna en Asie entre son retour à Constantinople (vers la fin de l'année
1264) et la réception du libelle d'Hepsètopoulos (21 mars 1265) ; il se rendit à Magnésie,
où il chargea Joseph, le futur patriarche, de remettre un message au patriarche Arsène
(ibidem, p. 9016~19, 91 26"28).
60. F. Dölger, Regesten2, n° 1923c (voir Regesten1, n° 1946). L'acte doit être daté
de la fin du mois de mars 1265 et non du début d'avril 1264.
162 A. FAILLER

liers, alléguait-il avec raison, ne peuvent être juges dans un procès ecclé
siastique, qui ne doit pas, d'autre part, se dérouler dans une enceinte civile.
Telle fut sa réponse aux trois évêques et aux trois clercs que l'assemblée
délégua auprès de lui61. Cette première assemblée se tint après Pâques;
Georges Pachymère la date de manière vague : elle eut lieu « en plein
printemps»62. Suivirent une deuxième et une troisième assemblée, qui
envoyèrent des délégations successives auprès du patriarche, mais celui-ci
persista à refuser de répondre à la convocation qu'on lui adressait. Ces
trois démarches revêtaient l'appareil juridique de la sommation canonique
à comparaître et préparaient une condamnation par contumace, aux termes
du canon 74 des apôtres : si un évêque est accusé et refuse de comparaître,
le synode doit lui adresser trois sommations successives, signifiées à l'inculpé
par deux évêques délégués par le synode, avant de le juger par contumace
et de le condamner éventuellement. Les sommations canoniques furent
faites « avec certains intervalles de temps », note Georges Pachymère63, « car
ceux qui menaient l'affaire avaient soin d'observer les canons ». Cette
incise ne contribue pas à fixer le calendrier, car on ignore quels délais étaient
juridiquement requis entre chacune des notifications64.
Après les deux premières sommations, Arsène se rendit un dimanche
au palais des Blachernes (IV, 5) ; une dernière fois, l'empereur voulut lui
arracher la levée de l'excommunication, mais le patriarche flaira la manœuvre
et s'enfuit. Le lendemain se tint la troisième assemblée (IV, 6) ; elle noti
fiala troisième et dernière monition au patriarche, qui refusa une nouvelle
fois d'obtempérer. Au terme de cette procédure canonique, l'assemblée
pouvait le juger par contumace. On examina à nouveau les accusations
contenues dans le libelle d'Hepsètopoulos ; malgré l'opposition momentanée
de quelques métropolites, on le déchut de sa charge, en le condamnant
pour contumace et en négligeant les autres griefs. Deux évêques furent dési
gnés pour aller lui signifier sa déposition le soir même (IV, 7)65. Il se montra

61. V. Laurent, Regestes, n° 1366, qu'il faut dater d'avril 1265. Plutôt qu'un acte
patriarcal, cet écrit est le procès-verbal de l'entrevue des délégués avec Arsène.
62. Pachymère : Bonn, I, p. 25921.
63. Ibidem, p. 26021-2611.
64. Pachymère semble affirmer qu'une jurisprudence précise existait sur ce point.
Par ailleurs, d'autres cas semblables montrent qu'on n'appliquait plus le canon 19 de
Carthage, selon lequel l'accusé disposait d'un délai d'un mois pour se présenter au
tribunal.
65. Ce passage pose un problème textuel. La délégation était composée de deux évêques
d'après la dernière phrase du chapitre 6, de trois évêques d'après le titre du chapitre 7.
On préférera la version du texte lui-même à celle du titre. En effet, les titres ont pu avoir
été composés plus tard, ce qui inclut un risque d'erreur. De plus, dans le cas présent,
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 163

disposé à quitter aussitôt le patriarcat, et l'empereur le fit exiler en Pro-


connèse (IV, 8).
Georges Pachymère, qui signale à deux reprises sa propre intervention
dans l'affaire66, fournit un récit détaillé et vivant des événements, mais
il ne précise pas le calendrier des faits qui se déroulèrent de la première
assemblée, qui se tint probablement dans la deuxième moitié d'avril, au
départ en exil du patriarche Arsène. Ce dernier fait est daté par l'historien :
« C'était la nuit, vers la fin de mai... »67. Si l'on tient compte du décalage
de quinze jours qu'accuse son calendrier, on peut retenir que le patriarche
partit pour l'exil vers la mi-mai. L'historien laisse entendre qu'Arsène
quitta le patriarcat le jour même où il fut déposé, c'est-à-dire un lundi68.
Le procès dut donc se dérouler entre la mi-avril et la mi-mai. On verra
dans le chapitre suivant que Germain fut probablement élu le lundi 25 mai
1265, c'est-à-dire une quinzaine de jours plus tard69.
Aucune source parallèle ne permet de préciser ces données. Dans son
Testament, Arsène passe rapidement sur le procès qui aboutit à sa déposit
ion,mais son texte contient cependant certaines précisions70 : il fut
déchu de sa charge trois ans après avoir excommunié Michel VIII Paléolo-
gue ; on l'accusait d'avoir donné la communion aux fils du sultan, bien que
Macaire de Pisidie eût certifié les avoir baptisés et que le patriarche lui-même
eût affirmé par écrit ne pas en savoir davantage71. Quant à Abu'l Faradj,
il énumère sous l'année 1258 les patriarches qui se succédèrent de cette date
jusqu'en 1266 et résume ainsi le second patriarcat d'Arsène72 : après
l'aveuglement de Jean IV Laskaris, Arsène abandonna son trône et retourna
en prison. De même, Nicéphore Grégoras semble placer la destitution
d'Arsène peu après l'aveuglement du jeune empereur et il la rapporte

la divergence peut s'expliquer par une confusion entre la première délégation, qui compren
ait bien trois membres (Pachymère : Bonn, I, p. 26011), et la dernière, qui était compos
ée de deux membres seulement {ibidem, p. 26810).
66. Ibidem, p. 26616, 2701.
67. Ibidem, p. 27010.
68. Comme on l'a noté plus haut, l'assemblée qui procéda à la déposition d'Arsène
se réunit le lendemain de l'entrevue du patriarche avec l'empereur au palais des Blachernes
(voir ibidem, p. 2645) ; or celle-ci eut lieu un dimanche {ibidem, p. 261 14).
69. Comme Germain a probablement été élu le lundi 25 mai et que le calendrier de
Georges Pachymère accuse un retard d'une quinzaine de jours, la destitution d'Arsène,
qui eut lieu également un lundi et que l'historien place vers la fin du mois de mai, peut
être fixée, à titre d'hypothèse, au lundi 11 mai 1265.
70. Arsène : PG 140, 956^11O-B6.
71. V. Laurent, Regestes, n° 1367, qui doit être daté d'avril 1265.
72. Abu'l Faradj : E. A. Wallis Budge, p. 429.
164 A. FAILLER

avant l'attaque de l'armée bulgaro-tatare en Thrace73. Bref et imprécis,


son récit ne semble pas contenir d'éléments originaux : le patriarche était
accusé d'avoir admis le sultan à ses côtés durant l'office et d'avoir bavardé
avec lui à l'intérieur de l'église, mais les métropolites savaient que eIzz al-Dîn
avait été baptisé. Ayant refusé de comparaître devant les évêques, il fut
déposé comme contumace ; condamné à l'exil, il arriva en Proconnèse
deux jours plus tard.

16. L'ÉLECTION DU PATRIARCHE GERMAIN III (IV, 12-13)

Après avoir relaté la déposition et l'exil d'Arsène, Georges Pachymère


rapporte quel fut le comportement des patriarches d'Alexandrie et d'An-
tioche, alors présents à Constantinople, devant cette décision (IV, 9) et
comment Andronic de Sardes, qui avait revêtu l'habit monastique en
1260 en signe de protestation contre la première destitution d'Arsène,
essaya vainement de recouvrer la dignité épiscopale après le retour de
son protecteur au patriarcat (IV, 10). Ce chapitre constitue donc un retour
en arrière, mais le dernier paragraphe se rapporte à nouveau à la situation
créée dans l'Église par la deuxième destitution d'Arsène : attachés à l'ancien
patriarche, les moines et un grand nombre de fidèles se réunissaient à part
et proclamaient le schisme1. L'empereur convoqua alors le peuple devant
son palais pour lui adresser ses exhortations (IV, 11) ; ce discours fut pro
noncé peu après la déposition d'Arsène2. Craignant que ne se renouvelât
la situation qui suivit l'interruption du patriarcat d'Arsène en 12593, l'em
pereur mit ses auditeurs en garde contre les moines partisans du patriarche

73. Grégoras : Bonn, I, p. 9324-958, 16213. Le Pseudo-Sphrantzès (V. Grecu, p.


1667"9) transmet une version différente des faits : après l'aveuglement de Jean IV Laskaris,
Arsène excommunia l'empereur, puis il démissionna.
1. Ce nouvel exemple montre que les titres ne résument pas nécessairement l'ensemble
des développements contenus dans le chapitre et qu'ils doivent être invoqués avec circons
pection pour l'interprétation du texte. En certains cas, ce phénomène a été à l'origine
d'erreurs assez graves; voir REB 38, 1980, p. 87 et 91.
2. Dans le deuxième paragraphe du chapitre 10, Pachymère (Bonn, I, p. 2736 ~13)
montre clairement que l'empereur hâta la nomination d'un nouveau patriarche, en affi
rmant que l'Église ne pouvait rester sans pasteur. Certains passages du discours que lui
prête l'historien (ibidem, p. 27420, 2755"8·17, 2776-7) vont dans le même sens. D'autre
part, les évêques se réunirent aussitôt après le discours et la mise en garde de l'empereur
{ibidem, p. 27817-20).
3. En effet, Nicéphore II ne put prendre réellement possession du patriarcat ni se
faire reconnaître comme patriarche malgré le soutien de l'empereur ; voir REB 38, 1980,
p. 45, 53 n. 34.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 165

exilé et menaça les dissidents, dont il considérerait le schisme comme une


sédition ou un crime de lèse-majesté et qu'il punirait en conséquence.
Le synode se réunit ensuite aux Blachernes pour élire un nouveau patriar
che et porta son choix sur Germain, métropolite d'Andrinople, dont
l'historien trace un portrait flatteur4 ; l'homme se fit prier des jours durant5,
mais il finit par accepter la charge (IV, 12-13).
Ce récit ne présente en lui-même aucun problème d'interprétation,
mais il est contredit sur un point par l'acte d'élection du nouveau patriar
che ; la confrontation des deux sources va d'ailleurs permettre de résoudre
les difficultés que soulèvent sur le plan chronologique la fin du livre III et le
début du livre IV de l'Histoire et de justifier les positions qui ont été défen
dues dans les deux chapitres précédents en matière de chronologie. Selon
Georges Pachymère, Germain d'Andrinople fut proclamé patriarche « au
mois de juin, en la fête du Saint-Esprit»6. Au sens strict, la fête du Saint-
Esprit désigne le lundi de la Pentecôte dans le calendrier liturgique de
l'Église orthodoxe. Tout au plus pourrait-on admettre que l'historien
utilise l'expression dans un sens moins technique et entende indiquer par là
le dimanche de la Pentecôte ; il faut remarquer cependant qu'une telle
solennité se prête moins à la tenue d'une séance synodale, alors que le
lundi est traditionnellement un jour de réunion du synode7. Dans les années
60 du 13e siècle, la Pentecôte tombe en juin seulement en 1261, 1264 et 1267 ;
comme les deux premières années sont exclues, Arsène ayant été déposé
au plus tôt au début de 1265, il faudrait placer l'élection de Germain d'An
drinople au siège patriarcal en juin 1267, et plus précisément le 6 juin 1267,
lundi de la Pentecôte. Telle fut d'ailleurs la conclusion du premier éditeur
de l'Histoire8, qui plaçait d'une part une vacance d'un an entre cette

4. Pachymère : Bonn, I, p. 27820-28218. Dans un passage remarquable de cet éloge


(p. 27911-2801), l'historien oppose la distinction et la civilité de Germain à la grossièreté
et à la rudesse qui étaient de mise au moment où il écrivait son ouvrage ; l'allusion vise
probablement les adeptes du patriarche Athanase Ier (1289-1293 et 1303-1309).
5. Ibidem, p. 28013. Les mêmes réticences sont mises en avant dans le discours composé
au nom du patriarche par le rhéteur Holobôlos (M. Treu, p. 415-531).
6. Pachymère : Bonn, I, p. 2801517.
7. Il convient de rappeler l'expression voisine qu'emploie Pachymère (Bonn, I, p.
403810) pour dater la promotion de Jean Bekkos au patriarcat en 1275 : « Le 2 juin, le
dimanche suivant, au jour solennel de l'Esprit, il reçoit l'Esprit. » Bien que très proches,
les deux formulations diffèrent : « fête du Saint-Esprit » dans le premier cas, « jour de
l'Esprit » dans le second. Il ne ressort donc pas de ce rapprochement que Georges Pachy
mèreentende indiquer aussi dans le premier cas le dimanche de la Pentecôte.
8. P. Poussines : Bonn, I, p. 730-732, 754-756. Néanmoins il n'exclut pas catégorique
ment que l'élection ait pu avoir lieu une année plus tôt, en 1266. On peut contrôler ces
diverses données sur le calendrier reproduit plus bas (p. 172).
166 A. FAILLER

élection et la destitution d'Arsène et qui attribuait d'autre part au patriarcat


de Germain III une durée de quelques mois seulement (juin-septembre
1267).
Mais les indications de Georges Pachymère sont contredites par l'acte
d'élection du patriarche Germain III9. Remarquons d'abord que ce docu
ment, désigné comme un tomos10, revêt des caractéristiques particulières
et que son émission poursuivait un double objectif : justifier le transfert
du métropolite et proclamer son élection au patriarcat. Le premier point
constitue l'ossature du texte, dont les rédacteurs entendent mettre un terme
aux perpétuelles querelles sur les transferts épiscopaux et neutraliser les
arguments déjà utilisés contre Nicéphore d'Éphèse, le premier successeur
d'Arsène11. Le document contient des données chronologiques précises
et concordantes : Germain III fut élu au mois de mai de la 8e indiction, en
l'année 6773 (1265)12. Comment concilier cette datation avec le passage
correspondant de l'Histoire ? Selon I. Sykoutrès, il faut retenir la date
fournie par le tomos et la compléter par l'un des éléments chronologiques
contenus dans l'Histoire : Germain III fut élu en mai 1265 (texte du tomos),

9. Ce document a été découvert et édité d'après le Baroccianus 142 par I. Sykoutrès,


Συνοδικός τόμος της εκλογής τοϋ πατριάρχου Γερμανού του Γ' (1265-1266), EEBS 9,
1932, ρ. 178-212 (texte, p. 179-183). De larges extraits en sont conservés dans les Parisini
graeci 1378 et 1379 ; voir V. Laurent, Le trisépiscopat du patriarche Matthieu Ier (1397-
1410), REB 30, 1972, p. 69 n. 24.
10. Pachymère : Bonn, I, p. 28016; Tomos : I. Sykoutrès, p. 18221"22. La qualification
de tomos donnée à ce document ne manquerait pas d'étonner, si l'on ne connaissait pas
le contenu réel de l'acte. En fait, le document ne contient pas simplement la nomination
du nouveau patriarche, mais surtout une justification du transfert du métropolite d'An-
drinople au siège patriarcal. La majeure partie du texte (p. 18016-18225, 183512) traite
de ce point canonique. L'émission d'un tomos suppose que le pouvoir politique ou l'em
pereur sont impliqués dans l'action d'une manière ou d'une autre; voir J. Darrouzès,
Recherches sur les ojfikia de Γ Église byzantine, Paris 1970, p. 113 n. 2 et passim. Dans le
cas présent, l'empereur garantit la légitimité et la régularité du transfert, comme le signifie
en termes choisis un passage du document (p. 18019"21) : τδν... αυτοκράτορα... συνευ-
δοκοϋντα ήμϊν έχοντες κατά την έκκλησιαστικήν έπιστημοναρχίαν τοϋ κράτους αύτοϋ.
II s'ensuit que ceux qui ne reconnaîtront pas le transfert à Constantinople du métropolite
d'Andrinople seront considérés comme des séditieux {ibidem, p. 18311 : στασιασταί).
On trouve la même justification canonique du transfert et des prérogatives impériales
en la matière dans la réponse de Dèmètrios Chômatènos, archevêque de Bulgarie, à une
question de Constantin Kabasilas, métropolite de Dyrrachion ; voir G. A. Rhallès-M.
Potlès, Σύνταγμα των θείων και ιερών κανόνων, V, Athènes 1855, ρ. 428-429.
11. L'argumentation de ce document n'emporta pas l'adhésion, car, sitôt élu, Germain
III fut contesté en raison de son transfert (Pachymère : Bonn, I, p. 28223) ; aussi l'empe
reur renonça-t-il à lui demander la levée de son excommunication, dont la validité aurait
pu être discutée. Pour l'obtenir, il attendit la nomination de Joseph.
12. Tomos : I. Sykoutrès, p. 18314 15.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 167

en la fête du Saint-Esprit (texte de l'Histoire)13, c'est-à-dire le 25 mai 126514.


Quel sort réserve-t-on dès lors au second élément chronologique contenu
dans l'Histoire (« au mois de juin ») ? Selon l'éditeur du tomos, Georges
Pachymère amalgame deux dates et deux faits différents : l'élection, qui
fut proclamée en mai en la fête du Saint-Esprit, et l'intronisation, qui eut
lieu au mois de juin15. Cette hypothèse, qui permettait d'harmoniser tant
bien que mal les données des deux sources, n'a pas été mise en cause par
la suite. Il faut admettre pourtant que rien ne justifie la dissociation opérée
par I. Sykoutrès, car l'historien applique à l'évidence les deux éléments de
datation à l'élection du nouveau patriarche et il est trop simple de supposer
de sa part une confusion aussi grossière.
Une hypothèse plus judicieuse offre une solution plus satisfaisante :
l'historien se trompe de mois ici encore. En conséquence, il place l'élection
en la fête du Saint-Esprit et s'accorde sur ce point avec le tomos, qui la
date du mois de mai et dont la donnée chronologique est ainsi précisée16,
mais il fait erreur sur la date de cette fête en 1265. Comment expliquer que
Georges Pachymère, si bien informé sur les faits qu'il rapporte, fasse une
telle méprise ? Il a simplement appliqué ses éphémérides liturgiques de
l'année 1265 sur un comput pascal aberrant. Il est exclu en effet qu'il se
trompe réellement d'année et qu'il entende placer l'élection de Germain
III ou la rédaction du libelle d'Hepsètopoulos en 1264 ou en 1267, seules
années auxquelles s'applique le synchronisme énoncé.

13. Pachymère : Bonn, I, p. 28015"1β. L'introduction du tomos (p. 179610) désigne la


même fête, mais en termes voilés ; les allusions fréquentes au Saint-Esprit (p. 17923,
18214·21·23, 1838) prennent également une valeur particulière sous cet éclairage.
14. Cette datation a été habituellement retenue par les historiens ; voir I. Sykoutrès,
art. cit., p. 186, 188-189; V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 437; V. Laurent,
La chronologie des patriarches de Constantinople au xme s. (1208-1309), REB21, 1969,
p. 143-144 ; Idem, Les Regestes de 1208 à 1309, Paris 1971, p. 175 (la date du 28 mai qui
est portée sur cette page semble être une simple coquille). On peut hésiter seulement sur
un point de cette chronologie : Georges Pachymère entend-il placer l'élection de Germain
III le dimanche ou le lundi de la Pentecôte ? Il faut retenir de préférence le lundi de la
Pentecôte, comme on l'a exposé plus haut et comme l'a pensé I. Sykoutrès {art. cit.,
p. 186).
15. I. Sykoutrès, art. cit., p. 188-189. En fait, Pachymère (Bonn, I, p. 2801518) semble
dater du même jour l'élection et l'intronisation à Sainte-Sophie. Bien qu'on connaisse
mal les usages, une telle procédure ne serait pas entachée d'irrégularité, puisque l'élu
était évêque. Si le choix du synode se portait sur un simple moine ou laïc, il fallait observer
la règle des interstices entre la collation des divers ordres sacrés. Les ennemis du patriarche
Arsène affirmaient précisément que ce point du droit avait été transgressé lors de sa pro
motion.
16. Voir la note 13.
168 A. FAILLER

Est-il possible d'identifier plus précisément la source de l'erreur ? Pour


que le samedi de l'Acathiste (remise du libelle à l'empereur) coïncide avec
le début du mois d'avril, et le lundi de la Pentecôte (élection de Germain
III) avec le mois de juin, la fête de Pâques doit tomber au plus tôt le 16
avril, alors qu'en 1265 elle tombait le 5 avril. En d'autres termes, le synchro
nismedonné par l'historien exige, pour être vérifié, que Pâques tombe entre
le 16 et le 25 avril, et plutôt au début de cette période, puisque le samedi
de l'Acathiste doit coïncider avec le début du mois d'avril, alors qu'il serait
rejeté au 10 avril, si l'on plaçait la fête de Pâques à la date la plus tardive
possible. On remarque alors que l'année 1264, dont on a d'ailleurs daté
par le passé tous les événements en cause, sauf l'élection de Germain III
à cause du témoignage du tomos, remplit parfaitement ces conditions :
le samedi de l'Acathiste tombait le 5 avril (« au début d'avril »), Pâques le
20 avril (« en plein printemps ») et le lundi de la Pentecôte le 9 juin (« en
juin»)17. L'année 1267 pourrait être également envisagée, qui fournit
des données voisines : le samedi de l'Acathiste tombait le 2 avril, Pâques
le 17 avril et le lundi de la Pentecôte le 6 juin. Plus probablement, c'est au
calendrier de l'année la plus proche, c'est-à-dire de 1264, que Georges
Pachymère a appliqué ses éphémérides liturgiques. Là se trouve vraisem
blablement la clef des contradictions que présente la chronologie de l'hi
storien pour cette année. Dès lors, tout s'éclaire.
Toutes les données chronologiques contenues dans ce passage de l'His
toire doivent être décalées de quinze jours exactement, Pâques tombant le
5 et non le 20 avril, et tous les événements rapportés doivent être placés
quinze jours plus tôt que ne l'indique l'historien. En conséquence :
— Hepsètopoulos remit son libelle à l'empereur le samedi de l'Acathiste,
c'est-à-dire le 21 mars 1265 (et non au début d'avril, comme l'écrit
l'historien, qui entend probablement dater l'événement du 5 avril) ;
— les évêques étaient requis de se rendre à Constantinople après Pâques,
c'est-à-dire après le 5 avril (et non après le 20 avril) ;
— Arsène fut déposé à la mi-mai (et non vers la fin de mai)18 ;

17. Voir les trois passages de Pachymère : Bonn, I, p. 2575"7, 25919'21, 28015"16.
18. Si l'on s'en tient au récit de Pachymère (Bonn, I, p. 27010), qui place la déposition
d'Arsène à la fin du mois de mai, on ne peut admettre que Germain ait été en place dès
le 25 mai, d'autant plus qu'une semaine ou deux s'écoulent entre les deux actions. Ce
raisonnement a conduit I. Sykoutrès {art. cit., p. 187-188) à supposer que le siège pa
triarcal resta vacant un an moins quelques jours. Si au contraire on date la déposition
d'Arsène de la mi-mai, il devient possible d'insérer dans cet intervalle d'une ou deux
semaines les faits que Pachymère (voir surtout Bonn, I, p. 28013) place dans l'inte
rrègne.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 169

— Germain III fut élu patriarche en la fête du Saint-Esprit en mai (et non
en juin).
Cette hypothèse permet donc d'harmoniser les données chronologiques
contenues dans l'Histoire et dans le tomos sur l'élection de Germain III.
De même, les autres difficultés et contradictions de ce passage de l'Histoire
trouvent ainsi une solution satisfaisante ; le chapitre suivant en fournira
une nouvelle preuve.
L'élection de Germain d'Andrinople au siège patriarcal est également
rapportée par Nicéphore Grégoras, qui signale le fait sans fournir ni pré
cisions ni date19. Dans le texte confus qui a déjà été cité et où il énumère à
la suite les patriarches de Constantinople de 1258 à 1266, Abu'l Faradj
signale qu'après la mort de Nicéphore II (1260) Michel VIII Paléologue
nomma à sa place Romain d'Andrinople, qui fut mêlé immédiatement
à une affaire scandaleuse et qui fut aussitôt chassé du patriarcat20 ; je ne
sais si l'erreur sur le nom du métropolite est due au traducteur ou remonte
à l'original. L'historien place ainsi le patriarcat de l'ancien métropolite
d'Andrinople avant le retour en 1261 du patriarche Arsène, auquel il
fait succéder immédiatement Joseph.

17. L'annonce d'une incursion tatare sur la ville de Nicée (III,


28)

II reste à analyser le dernier chapitre du livre III ; l'examen en a été


différé, parce que la solution du problème que présente ce passage est
conditionnée par les résultats établis dans les chapitres précédents. Grâce
au recoupement des faits ou au témoignage des sources parallèles, il a été
possible de dater assez précisément les événements antérieurs ou postérieurs
à la prétendue incursion des Tatars contre la ville de Nicée ; par contrecoup,
il devient possible de dater avec certitude ce fait qui reste isolé dans le
contexte et sans rapport direct avec les autres événements. Georges Pachy-
mère décrit la panique qui envahit Nicée à l'annonce d'une attaque tatare ;
il clôt ainsi le livre III de l'Histoire par un beau morceau de rhétorique,
où la recherche du pittoresque n'exclut d'ailleurs pas la mention précise
des circonstances de l'affaire. Le récit revêt un certain intérêt historique,

19. Grégoras : Bonn, I, p. 958"19 ; voir aussi le Pseudo-Sphrantzès : V. Grecu, p.


16834.
20. Abu'l Faradj : E. A. Wallis Budge, p. 429.
170 A. FAILLER

car il laisse pressentir l'insécurité qui régnait alors dans l'empire byzantin
et donne un nouveau témoignage de la peur irraisonnée qu'inspirait aux
Byzantins le seul nom des Tatars21.
Voici le début du récit22 : « La même année, au mois de mars, alors
qu'on accomplissait le jeûne des jours saints, le lundi de la deuxième semaine,
se passa à Nicée un événement qui...» Malgré l'abondance des données
chronologiques, les faits se révèlent difficiles à dater. Résolvons d'abord
une question préliminaire, car une erreur d'interprétation du texte peut
fausser l'établissement de la date. Quelle est la place réelle du lundi de la
deuxième semaine des jeûnes dans le calendrier liturgique de l'Église ortho
doxe? F. Dölger a situé ce lundi après le deuxième dimanche des jeûnes ;
au premier abord, la chose paraît logique, mais en fait la première semaine
des jeûnes précède le premier dimanche des jeûnes (dimanche de l'Ortho
doxie), et le lundi de la deuxième semaine des jeûnes tombe le lendemain.
En d'autres termes, le premier dimanche des jeûnes clôt la première semaine
des jeûnes, au lieu de l'ouvrir, comme l'a cru F. Dölger23. En conséquence,
le bruit infondé d'une incursion tatare courut dans la ville de Nicée le
lendemain du dimanche de l'Orthodoxie, et non une semaine plus tard,
le lendemain du deuxième dimanche des jeûnes.
Il s'agit à présent d'établir en quelle année Georges Pachymère situe
l'événement. Le contexte de l'Histoire invite à le placer en 1265, car les
chapitres précédents du livre III relatent des faits qui ont pu être datés de
la fin de 1264 et du début de 1265, tandis que les premiers chapitres du
livre IV rapportent l 'affaire du patriarche Arsène, qui fut réglée entre mars
et mai 1265. Mais on se heurte une fois encore au synchronisme que four
nitl'historien : deuxième lundi des jeûnes, au mois de mars24. Seules les
années 1261, 1264 et 1267 remplissent cette condition25. Le troisième
élément chronologique («la même année») invite à placer en 1264 cet
événement qui est présenté comme proche de l'apparition de la comète

21. L'historien insiste ailleurs sur l'effroi des Byzantins devant les armées tatares ;
voir Pachymère : Bonn, I, p. 13315-1342, 13411'16, 1371, 34515.
22. Ibidem, p. 2447"9.
23. C'est ainsi qu'il a daté ce lundi de la deuxième semaine des jeûnes d'abord du
14 mars 1267 (F. Dölger, Regesten1, n° 1944), puis du 17 mars 1264 (BZ 33, 1933, p. 202),
alors qu'il aurait fallu le placer respectivement au 7 et au 10 mars ; voir le calendrier de
ces années, p. 172. P. Wirth a repris la seconde date dans la deuxième édition des régestes
impériaux (n° 1923 a), sans avoir réexaminé la question. Pour le calendrier liturgique de
l'Église orthodoxe, voir V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 320-321.
24. Pachymère : Bonn, I, p. 2447"9.
25. Voir le calendrier reproduit plus bas, p. 172.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 171

et de l'incursion bulgaro-tatare en Thrace. Mais cette solution n'est pas


satisfaisante, car les faits dont la relation précède immédiatement (incursion
bulgaro-tatare en Thrace, retour précipité de Michel VIII Paléologue à
Constantinople, mariage d'Anne Kantakouzènè avec Nicéphore Angélos
et visite de celui-ci à Constantinople) ne peuvent être placés avant le 1er
septembre 1264 et datent donc de l'année 6773 (septembre 1264-août 1265).
En conséquence, l'historien entend bien situer ce fait durant le carême
de l'année 1265, et non de l'année précédente. L'erreur déjà signalée à
plusieurs reprises se répète ici : Georges Pachymère s'est trompé en ind
iquant l'équivalence entre le cycle liturgique et le calendrier civil ; il a appliqué
ses éphémérides liturgiques sur un comput pascal inadéquat. Le bruit d'une
incursion tatare courut donc à Nicée le lundi de la deuxième semaine des
jeûnes de l'année 1265, c'est-à-dire le 23 février 1265. Comme on l'a signalé
plus haut, Georges Pachymère a sans doute utilisé par erreur le calendrier
de 1264 et entend ainsi dater l'événement du 10 mars, c'est-à-dire quinze
jours plus tard qu'il n'est survenu en réalité.
D'après ce récit, la possibilité d'une invasion tatare existait sans doute
à l'époque. Georges Pachymère signale la cause probable de la rumeur26 :
en ce jour de jeûne, des femmes allaient en procession par les rues de Nicée
et imploraient Dieu de les délivrer des Turcs et des Tatars. Leur prière fut
interprétée comme un cri d'alarme contre un envahisseur déjà parvenu
à l'intérieur de la ville. Remarquons que l'incursion bulgaro-tatare en
Thrace était encore récente ; cependant les habitants de Nicée ne crurent
pas à une invasion des Tatars de la Horde d'Or, qui auraient passé la
Propontide ou le Bosphore et dont la présence en Thrace aurait été dans
ce cas attestée après l'automne 1264; la fin du chapitre montre en effet
qu'ils attribuaient cette soudaine invasion aux Tatars d'Iran, non à ceux
de Russie27. Ajoutons qu'en ce même mois les Tatars d'Iran perdirent
leur khan, Hulagu, auquel Michel VIII Paléologue venait à peine d'envoyer
sa fille naturelle, Marie.

Le long passage de l'Histoire (III, 23-IV, 13) qui a été analysé dans ces
quatre chapitres ne présente donc plus de difficultés en matière de chronol
ogie.Le récit se déroule de manière linéaire et suit un ordre chronologique
strict. Il n'y a plus lieu de chercher une faille ou une lacune dans le texte,
ni de supposer qu'une interversion des chapitres serait survenue au fil de la

26. Pachymère : Bonn, I, p. 24917-2508.


27. Ibidem, p. 25012"16.
172 A. FAILLER

transmission de l'ouvrage28. Comme cette nouvelle chronologie commande


une refonte du calendrier des événements, il semble utile, au terme de ces
quatre chapitres, de donner un tableau récapitulatif, où apparaisse cla
irement l'ordre chronologique des faits rapportés dans ce passage de l'His
toire. Au préalable, il convient de reproduire un calendrier partiel qui
recouvre les années 60 du 13e siècle et où apparaissent les dates des fêtes
liturgiques citées dans l'Histoire29. Ce tableau permettra de vérifier plus
aisément les conclusions établies plus haut30.

1261 1262 1263 1264 1265 1266 1267 1268 1269


2e lundi des jeûnes 14 M 27 F 19 F 10 M 23 F 15 F 7 M 26 F 11 F
samedi de l'Acathiste 9A 25 M 17 M 5A 21 M 13 M 2A 24 M 9M
dimanche de Pâques 24 A 9 A 1 A 20 A 5 A 28 M 17 A 8 A 24 M
lundi de la Pentecôte 13 J 29 M 21 M 9 J 25 M 17 M 6 J 28 M 13 M

Voici maintenant le tableau récapitulatif des événements qui se déroulè


rent de l'apparition de la comète durant l'été 1264 à l'élection de Germain
d'Andrinople au siège patriarcal en mai 1265 et qui suivent dans l'Histoire
de Georges Pachymère un ordre chronologique strict. On remarquera
que le haut du tableau présente une chronologie plus vague (III, 23-27),
tandis que les événements postérieurs sont datés de manière plus précise
(III, 28-IV, 13).
1264 été apparition de la comète (III, 23)
expédition de l'empereur (III, 23)
été-automne délibérations des évêques à Xantheia (III, 23)
mesures contre Jean Bekkos et Théodore Xiphilinos
(ΠΙ, 24)
message du sultan à son oncle (III, 25)
message du sultan à l'empereur (III, 25)

28. Dans la première édition des régestes, F. Dölger {Regesten1, n° 1931) a analysé
en détail ce passage, en appliquant à l'année 1267 les données chronologiques de Georges
Pachymère, dont le récit passerait ainsi, grâce à une courte transition, de 1264 à 1267;
quelques lignes seulement (Pachymère : Bonn, I, p. 24316-2446) seraient alors consacrées
aux années 1265-1266. Comme je l'ai déjà signalé (voir ci-dessus, p. 154 n. 32), on est
étonné de retrouver ce long développement dans la deuxième édition des régestes, où
est adoptée une autre chronologie, plus proche de la vérité bien qu'erronée elle aussi.
29. Voici les références, pour chacune des quatre indications chronologiques, au texte
de Pachymère : Bonn, I, p. 2447"9, 2575"7, 25919"21, 28015"16.
30. Les mois sont indiqués par leur sigle : F (février), M (mars), A (avril), M (mai),
J (juin).
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 173

message de l'empereur au sultan (III, 25)


arrivée du sultan en Thrace (III, 25)
conclusion d'un traité avec le despote d'Épire (III, 27)
automne arrivée de l'armée bulgaro-tatare en Thrace (III, 25)
retour précipité de l'empereur à Constantinople
(III, 25)
réprimandes du patriarche à l'empereur (III, 26)
siège d'Ainos et libération du sultan (III, 25)
1265 hiver départ d'Anne Kantakouzènè pour l'Épire (III, 27)
mariage de celle-ci avec Nicéphore Angélos (III, 27)
visite de Nicéphore Angélos à Constantinople (III, 27)
annonce d'une incursion tatare à Nicée le 23 février
(III, 28)
récriminations de l'empereur contre le patriarche
(IV, 1)
mission de Joseph le Galèsiôtès auprès du patriarche
(IV, 2)
printemps remise d'un libelle à l'empereur le 21 mars (IV, 3)
convocation du patriarche (IV, 4)
visite du patriarche à l'empereur un dimanche vers
la mi-mai (IV, 5)
déposition du patriarche le lendemain (IV, 6-7)
départ du patriarche pour l'exil (IV, 8)
attitude des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche
(IV, 9)
schisme dans l'Église et menaces de l'empereur (IV,
10-11)
élection de Germain III le 25 mai (IV, 12-13)

18. L'absolution de Michel VIII Paléologue (IV, 17-25)

En provoquant la déposition d'Arsène en mai 1265 et en favorisant


l'élection de Germain d'Andrinople pour le remplacer, Michel VIII Paléo
logue recherchait avant tout un patriarche qui le déliât au plus vite de l'e
xcommunication encourue par lui trois ans plus tôt. Mais la nomination de
Germain III allait jeter l'empereur dans un lacis de difficultés et d'opposit
ions dont il n'arrivera plus à se tirer ; en voulant se démêler, il s'y prendra
de plus en plus ; les schismes se superposeront, et ce n'est qu'après de
longues et laborieuses négociations que la paix religieuse sera rétablie par
174 A. FAILLER

Andronic II Paléologue quarante-cinq ans plus tard31. Les troubles qui


ne cessent de s'amplifier dans l'Église affaiblissent l'autorité de l'empereur
et diminuent l 'efficacité de son action politique. Inspirée par les milieux
monastiques, une partie du peuple reste fidèle au patriarche déchu et va
jusqu'à récuser la légitimité de l'empereur. La famille impériale elle-même
se divise ; Marthe, la sœur de Michel VIII Paléologue, protège les dissi
dents. Conclue dans l'ambiguïté, l'Union de Lyon renforcera et diversi
fieral'opposition politico-religieuse. Vers la fin de son règne, l'empereur
sera parvenu à s'aliéner une large fraction de l'Église ; on peut placer en
1265 le commencement de cette dégradation progressive.
La première mesure que Michel VIII Paléologue attendait de Germain
III était la levée de l'excommunication. Il semble dès lors étonnant que le
patriarche soit resté en place durant plus de quinze mois (mai 1265-sep-
tembre 1266) sans y avoir procédé. Il était certainement disposé à absoudre
l'empereur, qui avait dû s'en assurer avant de ratifier le choix du synode.
Georges Pachymère rapporte par ailleurs que le nouveau patriarche était
un esprit ouvert et indulgent et qu'il ne cessait de flatter l'empereur32.
S'il ne procéda pas à la levée de l'excommunication, c'est qu'il ne fut pas
sollicité de le faire. La mesure ne paraissait plus opportune à Michel VIII
Paléologue, qui n'ignorait pas que le patriarche ne jouissait pas du crédit
et de l'autorité souhaitables et qu'il se trouvait en butte au dénigrement
et aux accusations.
Murmurés par les partisans d'Arsène, les reproches qu'on adressait
à Germain III se répandaient : on l'accusait d'être un intrus, pour s'être
emparé d'un siège qui ne lui appartenait pas, et d'avoir été transféré de
manière anti-canonique33. Le transfert episcopal fut une occasion constante
de chicane autant que de controverse juridique. Grâce à l'imprécision
canonique, il était possible d'émettre des accusations et de porter des condamn
ations où la recherche de la justice était subordonnée à des questions de
personne ou d'opportunité politique. Ainsi donc, malgré la justification
du transfert qu'il fit insérer dans le tomos d'élection de Germain III, Michel
VIII Paléologue ne put faire taire la rumeur et arrêter la chute progressive
de l'autorité patriarcale. Aussi est-ce peu après l'élection du nouveau pa
triarche qu'il dut commencer à s'interroger sur la validité qu'on accorder
ait à son absolution surtout dans les milieux monastiques, mais également

31. Voir V. Laurent, Les grandes crises religieuses à Byzance. La fin du schisme
arsénite, BSHAR 26, 1945, p. 225-313.
32. Pachymère : Bonn, I, p. 27820-28218 passim.
33. Ibidem, p. 2822"4, 29017, 2912"4·11-12, 2976"8, 3151"2. Voir aussi ci-dessus, p. 166 n. 10.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 175

dans certains milieux ecclésiastiques et laïcs. Après avoir mal évalué au


départ les forces en présence et préjugé de son propre pouvoir, il fut bientôt
convaincu de sa bévue et ne songea plus qu'à remplacer Germain III par
un homme reconnu de tous.
Avant de décrire la volte-face de l'empereur, Georges Pachymère rap
porte quelques faits qui datent des premiers mois du patriarcat de Germain
III : la nomination de Manuel Holobôlos à la charge de rhéteur (IV, 14),
le complot de Phrangopoulos et l'excommunication d'Arsène, impliqué
dans l'affaire (IV, 15-16). Condamné pour avoir manifesté ses sympathies
envers Jean IV Laskaris à l'occasion de l'aveuglement du jeune empereur
et relégué au monastère du Prodrome depuis plus de trois ans34, Manuel
Holobôlos fut agrégé au clergé de Sainte-Sophie dès l'élection de Germain
III ; peu après, il fut nommé rhéteur, avec le consentement de l'empereur35.
En même temps, Michel VIII Paléologue prit diverses mesures pour rétablir
à Constantinople les institutions d'éducation36. La nomination de Manuel
Holobôlos doit être placée au début du patriarcat de Germain III37, car
elle date de la même année que la condamnation de Phrangopoulos et
l'excommunication d'Arsène38. Or ces deux épisodes se déroulèrent avant
le 25 juillet 126539, jour où une délégation synodale, dont faisait partie

34. Pachymère : Bonn, I, p. 19220-1934.


35. V. Laurent, Regestes, n° 1380.
36. L'action de l'empereur suppose l'émission de divers actes officiels pour l'établi
ssementd'un nouveau clergé aux Saints- Apôtres et aux Blachernes et l'érection d'une école
à l'ancien orphelinat Saint-Paul. Ces actes n'ont pas été relevés dans les régestes impér
iaux, car la forme diplomatique n'en est pas expressément indiquée. Par contre, le pardon
accordé par l'empereur à Manuel Holobôlos et l'ordre de le tirer de prison (Pachymère :
Bonn, I, p. 28411"12), ainsi que l'accord donné à sa nomination comme rhéteur (ibidem,
p. 28317 ~18), justifieraient l'insertion d'un régeste, comme l'a déjà remarqué J. Darrouzès
(Recherches sur les offikia de Γ Église byzantine, Paris 1970, p. 110-111 n. 4).
37. V. Laurent (Regestes, n° 1380) le place de manière moins précise en 1265-1266.
Cependant le discours catéchétique rédigé par Manuel Holobôlos au nom du patriarche
semble avoir été composé peu après l'élection de Germain III (Holobôlos : M. Treu,
p. 1-19). De même, le premier éloge de Michel VIII Paléologue fut probablement composé
pour la fête de Noël 1265 (ibidem, p. 30-50). On note que dans le lemma du premier texte
Manuel Holobôlos ne porte pas le titre de rhéteur comme dans le lemma du deuxième
et du troisième discours à l'empereur. Mais on ne peut en tirer de conclusion précise
pour établir la date à laquelle furent composés les écrits de Manuel Holobôlos.
38. Pachymère : Bonn, I, p. 28416.
39. Ibidem, p. 28619'20. Voir V. Laurent, Regestes, n° 1376. Pour dater ces événements
qui concernent l'été 1265, Georges Pachymère se réfère probablement, de manière implic
ite,aux fêtes liturgiques fixes : le 25 juillet, jour du départ de la délégation, on fêtait
sainte Anne ; le 16 août, date du retour, était le lendemain de la Dormit ion de la Théo-
tokos. Ce passage ne permet pas de vérifier l'hypothèse exposée plus haut et fondée uni
quement sur les fêtes mobiles du premier semestre de l'année 1265.
176 A. FAILLER

Georges Pachymère40, se rendit auprès de l'ancien patriarche pour lui


notifier son excommunication. Après avoir essuyé une forte tempête, les
messagers rentrèrent à Constantinople le 16 août. Dès le retour des envoyés,
l'empereur alloua à l'ancien patriarche une pension de trois cents nomismata
et chargea des clercs d'aller lui remettre cette somme41. Les décisions suc
cessives rapportées dans les trois chapitres furent prises durant les deux
premiers mois du patriarcat de Germain III. Il n'y a aucune raison, en effet,
de reporter en 1266 la visite des quatre ecclésiastiques au patriarche Arsène,
car l'historien semble suivre l'ordre de déroulement des événements et
fournit plus loin un terminus ante quern : la fête des Rameaux de l'année
126642. Bien que rapporté plus loin (IV, 22), un autre fait date vraisembla
blement de la même époque : la nomination au siège d'Andrinople du
neveu de Germain III, Basile43. L'historien ne précise pas quand intervint
cette promotion, mais il est logique de la placer peu après l'élection du
patriarche, grâce à laquelle le siège était devenu vacant.
La préoccupation principale de Michel VIII Paléologue restait la levée
de l'excommunication qui le frappait depuis quatre ans. Mais le schisme
arsénite grossissait, et la situation ecclésiastique avait définitivement di
ssuadé l'empereur de solliciter de Germain III son absolution, qui risquait
d'être tenue pour invalide. Dès l'année 1265, quelques mois après l'élection
du patriarche, Michel VIII Paléologue songeait aux moyens de l'éloigner
pour lui substituer un homme qui fût à même de l'absoudre avec de meil
leures garanties. Dans ce récit, Georges Pachymère décrit la dissimulation,
la duplicité et la lâcheté de l'empereur, qui n'osait pas avouer au patriarche
qu'après l'avoir instamment prié d'accepter la fonction il désirait son départ,
mais qui chargeait des tiers de le lui signifier, tout en feignant de n'être pas

40. Pachymère : Bonn, I, p. 2861719. Voici l'expression entortillée par laquelle l'hi
storien semble s'excuser d'avoir participé à cette mission : « moi-même, le quatrième,
entraîné de force et sur ordre de l'empereur, mais en même temps, du moment que je
me rendais auprès d'Arsène, en partie consentant». Notons également la raison pour
laquelle fut désigné comme deuxième membre de la délégation le métropolite de Môkèssos
(p. 28615'16) : comme celui-ci avait la charge du diocèse de Proconnèse à titre d'épidosis,
Arsène se trouvait sur un territoire de sa juridiction. Pour une semblable délégation en
1259, Jean de Nicomédie fut désigné pour la même raison. Ce simple rapprochement
fournit un argument supplémentaire en faveur du manuscrit C ; voir A. Failler, La tra
dition manuscrite de l'Histoire de Georges Pachymère (livres I-VI), REB 37, 1979, p.
149-151.
41. Les verbes employés dans ce passage semblent autoriser à insérer un acte supplé
mentaire dans les régestes impériaux : άποστέλλειν, έπιτάττειν, πέμπειν (Pachymère :
Bonn, I, p. 28914·19, 2902·4). Voir aussi ci-dessous, p. 179 η. 54.
42. Pachymère : Bonn, I, p. 2931415.
43. V. Laurent, Regestes, n° 1375.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 177

l'initiateur de ces démarches et de souhaiter son maintien en fonction.


L'empereur utilise d'abord son confesseur, Joseph le Galèsiôtès, qui avait
déjà joué le même rôle auprès d'Arsène et qui désirait personnellement le
départ de Germain III, auquel il reprochait son transfert d'Andrinople à
Constantinople. Joseph se rendit auprès du patriarche, en présentant sa
démarche comme une initiative personnelle ; il lui conseilla de démissionner,
en lui affirmant qu'il ne résisterait pas longtemps à ses adversaires et qu'il
était préférable pour lui de se retirer de son plein gré plutôt que de subir
l'affront d'être chassé. Croyant jouir encore des faveurs de l'empereur,
le patriarche rejeta ce conseil et se maintint. La visite que lui rendit Joseph
ne peut être datée avec précision, mais elle est antérieure au jour des Rameaux
(21 mars 1266)44.
Après cet échec, Michel VIII Paléologue s'adressa au métropolite de
Sardes, appelé Chalazas ; ordonné par Nicéphore II, cet homme n'était pas
suspect de sympathie envers Arsène. Suivant les instructions impériales, le
métropolite, qui était arrivé à Chalcédoine et regagnait son diocèse, envoya
à Germain III une lettre où il lui conseillait de présenter sa démission.
Cette fois les soupçons du patriarche furent éveillés ; il s'étonna qu'un de
ses subordonnés eût une telle audace et le soupçonna d'être un simple
intermédiaire. Pour vérifier son pressentiment, il communiqua la lettre à
l'empereur, en y joignant un message de doléances45. A la réponse qu'on
lui fit46, il comprit que son départ était souhaité. Dès lors il ne chercha
pas à conserver sa charge ; il se retira dans ses appartements des Manganes
le soir de la fête de l'Exaltation, c'est-à-dire le 14 septembre 1266 ; le lende
main, il remit un acte de démission à l'empereur, qui était accouru lui
rendre visite et qui feignit jusqu'au bout de souhaiter son maintien au
patriarcat ; mais le patriarche n'était plus dupe. L'empereur fit semblant
d'accepter sous la contrainte cette démission qu'en réalité il désirait tant.
La fin du patriarcat de Germain III est marquée par la remise de l'acte de
démission à l'empereur, et non par le départ du patriarche pour les Mang
anes ; aussi, pour être précis, ne doit-on pas la dater du 14 septembre,
mais du 15 septembre 47. Après seize mois de présence, Germain III quittait

44. Pachymère : Bonn, I, p. 29314"15.


45. V. Laurent, Regestes, n° 1379. Cet acte peut être daté de la deuxième partie de
l'été 1266, car le message du patriarche est de peu antérieur à sa démission.
46. La réponse de l'empereur au patriarche (Pachymère : Bonn, I, p. 29817-2994)
pourrait sans doute être inscrite dans les régestes impériaux (voir p. 29817 : μηνύει).
Elle est de peu antérieure à la démission de Germain III.
47. Les historiens ont constamment daté du 14 septembre la démission de Germain
III, sans remarquer que la fin d'un patriarcat n'est pas déterminée par le départ du pa-
178 A. FAILLER

donc le patriarcat, sans avoir accompli l'action essentielle pour laquelle


il avait été élu, l'absolution de l'empereur.
Trois mois s'écoulèrent avant que ne fût élu le successeur, Joseph le
Galèsiôtès, confesseur et confident de l'empereur. Georges Pachymère
fournit ici des données chronologiques précises et concordantes : Joseph
fut promu patriarche le 28 décembre de la 10e indiction, en l'année 6775
(septembre 1266-août 1267)48. Telle est également la date officielle de son
entrée en fonction. Il dut être élu quelques jours plus tôt, car, n'étant pas
prêtre selon toute vraisemblance, il devait recevoir l'ordination sacerdotale
avant d'être promu par l'empereur49. Après sa promotion, il reçut la
consécration épiscopale le 1er janvier 126750 des mains de Grégoire de
Mytilène, et non du métropolite d'Héraclée, à qui était normalement réser
véela consécration de l'évêque de Constantinople; on écarta en effet
Pinakas d'Héraclée, parce qu'il avait été ordonné par Germain III. L'emper
eur laissa tout le mois51 au nouveau patriarche pour organiser la cérémonie
de son absolution, tandis qu'il lui marquait par tous les moyens sa bienveil
lance et sa considération52. L'excommunication fut solennellement levée
par le patriarche et les métropolites le 2 février 1267, en la fête de la Puri-

triarche, mais par la présentation d'une démission écrite ou par la déposition. Voir P.
Poussines : Bonn, I, p. 731-732, 756; V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 437;
V. Laurent, La chronologie des patriarches de Constantinople au xnie s. (1208-1309),
REB 27, 1969, p. 144; Idem, Regestes, n° 1382. Le texte de l'historien est en fait clair :
Germain III quitta le patriarcat le soir de la fête de l'Exaltation de la Croix (Pachymère :
Bonn, I, p. 2998"12), c'est-à-dire le 14 septembre au soir, et il remit sa démission à l'empe
reur le lendemain matin {ibidem, p. 29914), c'est-à-dire le 15 septembre au matin.
48. Pachymère : Bonn, I, p. 3052A P. Poussines (Bonn, I, p. 732) a placé ce 28 décemb
re en 1267 au lieu de 1266, oubliant sans doute que l'indiction commence en septembre
et non en janvier. F. Dölger, qui plaçait en 1267 la déposition d'Arsène (Regesten1,
nos 1945-1946) en retenant le synchronisme erroné de Georges Pachymère, datait également
la promotion de Joseph du 28 décembre 1267 (Regesten1, n° 1957), mais en remarquant
qu'il fallait dans ce cas corriger l'indiction et l'année données par l'historien.
49. Les historiens ont confondu élection et promotion, mais Georges Pachymère
parle, sans doute à dessein, de promotion. Il est donc imprudent de placer le même jour
l'élection, qui est faite par le synode et dont le bénéficiaire peut être un laïc, un moine, un
prêtre ou un évêque, et la promotion, qui est réservée à l'empereur et dont le bénéficiaire
doit être déjà prêtre ou évêque. Le destinataire du mènyma impérial devait avoir reçu
le sacerdoce; voir Syméon de Thessalonique : PG 155, 44H.
50. Pachymère : Bonn, I, p. 3053-4. Ce récit correspond au cérémonial décrit par le
Pseudo-Kodinos (J. Verpeaux, p. 28120"23) : s'il n'était pas évêque, l'élu était promu par
l'empereur avant d'être consacré.
51. Pachymère : Bonn, I, p. 30516.
52. Ainsi l'empereur ordonna que les mandements du patriarche jouissent de la même
autorité que ses propres ordonnances ; voir F. Dölger, Regesten2, n° 1939d.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 179

fication53. Absous de la censure encourue cinq ans plus tôt pour avoir fait
aveugler Jean IV Laskaris, Michel VIII Paléologue voulut manifester une
sorte de repentir et il fit parvenir en abondance provisions et vêtements
à l'ancien empereur déchu54.
Comparées à l'Histoire de Georges Pachymère, les sources parallèles
consacrent des passages insignifiants à l'affaire de l'absolution de Michel
VIII Paléologue. Dans son Testament, Arsène n'en fait pas état, mais signale
seulement sa propre excommunication par le synode, après qu'il eut été
accusé de complot contre l'empereur55. Quant à Nicéphore Grégoras,
il résume en une phrase le patriarcat de Germain III, avant de rapporter
plus longuement l'élection de Joseph et l'absolution de l'empereur56. Les
faits ne sont pas expressément datés par l'historien, mais la levée de l'excom
munication est bien placée en 6775 (septembre 1266-août 1267), avant
l'éclipsé de soleil du 25 mai57.
En résumé, les chapitres 14-25 du livre IV ne présentent pas de problème
de structure et de chronologie. Georges Pachymère compose un récit

53. Pachymère : Bonn, I, p. 30611 12 ; V. Laurent, Regestes, n° 1386. Georges Pachy


mèrene signale aucune opposition au sein du synode ; il est donc probable qu'Arsène
se soit trouvé isolé dans sa politique d'inflexibilité envers l'empereur.
54. Pachymère : Bonn, I, p. 3071214 ; F. Dölger, Regesten2, n° 1943 a. Contrairement
à ce qu'écrit P. Wirth, Georges Pachymère ne se trompe pas et n'entend nullement placer
l'absolution de Michel VIII Paléologue le 2 février 1268, car l'excommunication fut levée
peu après la promotion de Joseph, qui est justement et précisément datée par l'historien
du 28 décembre 1266 ; l'erreur de l'historien se situe plus en amont, dans le synchronisme
fourni pour les événements du premier semestre 1265, comme on l'a longuement exposé
dans les chapitres 14-17 de cet article. Ce régeste appelle deux autres remarques. En premier
lieu, on ne voit pas pourquoi figure dans les régestes impériaux un acte fondé sur le verbe
έπέταξε (Pachymère : Bonn, I, p. 30712), alors que plus haut le même verbe est négligé
(ibidem, p. 28914). Pourtant l'acte que suppose ce deuxième passage mériterait d'autant
plus de figurer dans les régestes impériaux qu'il s'agit d'attribuer à Arsène exilé une allo
cation annuelle de trois cents nomismata, ce qui implique une décision de faire renouveler
le versement chaque année et son inscription sur une sorte de pièce périodique comptable,
alors que pour Jean IV Laskaris il est fait simplement état d'une donation ponctuelle.
En deuxième lieu, le verbe έπέταξε, sur lequel est fondé l'acte, est une erreur d'édition ;
tous les manuscrits portent la leçon άπέταξε, qu'aurait d'ailleurs pu rétablir un lecteur
attentif en se référant à d'autres passages de l'Histoire {ibidem, p. 5419, 18814, 19211"12).
La correction du texte n'interdit pas néanmoins de conserver l'acte officiel signalé dans
les Regesten. Voir aussi p. 176 n. 41.
55. Arsène : PG 140, 956ß81°.
56. Grégoras : Bonn, I, p. 107n-1088 ; voir aussi le Pseudo-Sphrantzès : V. Grecu,
p. 1684-6.
57. Grégoras : Bonn, I, p. 1088"14. Comparant les relations de Nicéphore Grégoras
et de Georges Pachymère, P. Poussines (Bonn, I, p. 735-742) voit dans cette éclipse
de soleil le signe annonciateur des troubles qui accompagnèrent la démission de Germain
et l'élection de Joseph, qu'il plaçait l'une et l'autre à tort en 1267.
180 A. FAILLER

linéaire, où les événements sont relatés dans l'ordre de leur déroulement,


exception faite pour le chapitre 22 (nomination de Basile au siège d'Andri-
nople). Pour ces vingt mois (mai 1265-février 1267), il ne relate qu'un petit
nombre d'événements, qui de plus ont tous un lien direct avec l'Église.
La date de la promotion de Joseph (28 décembre 1266) sert de repère pour
fixer celle des faits immédiatement antérieurs ou postérieurs, dont l'année
n'est pas explicitement donnée dans l'Histoire : notification de son excom
munication au patriarche Arsène (juillet 1265), largesses accordées par
l'empereur à Germain III pour la fête des Rameaux (21 mars 1266), démis
sionde Germain III (15 septembre 1266), consécration épiscopale du pa
triarche Joseph (1er janvier 1267), absolution de l'empereur (2 février 1267).

19. Les offensives de Jean Doukas et le mariage d'Andronic II Paléo-


logue (IV, 26- V, 1)

Les deux sujets sont sans rapport dans la réalité, mais Georges Pachymère
les imbrique dans son récit de manière telle qu'il est impossible de les
exposer séparément. Nous abordons ici la section de l'Histoire (IV, 26-V,
10) qui présente les problèmes de chronologie et de composition les plus
graves et les plus difficiles à résoudre ; seule la première partie (VI, 26-V, 1)
de ce long passage sera examinée dans le présent chapitre. Les événements
qui y sont rapportés se déroulent de 1267 à 1273 et se situent entre deux
faits parfaitement datés par l'historien : la promotion du patriarche Joseph
(28 décembre 1266)1 et son départ provisoire du patriarcat à la veille de
l'Union de Lyon (1 1 janvier 1274)2. Seules les sources parallèles permettent
de situer certains faits avec précision et de déterminer en conséquence la
structure de ce passage de l'Histoire. Georges Pachymère fournit en effet
des indices chronologiques peu nombreux et généralement imprécis ; de
plus, il égare son lecteur dans un réseau complexe d'anticipations et de
retours en arrière. Encore plus qu'ailleurs, l'établissement de la chronologie
est subordonné ici à l'analyse de la structure du récit.

1. La conclusion d'un traité entre Jean Doukas et Michel VIII Paléologue. —


Dans le premier chapitre de ce passage (IV, 26), Georges Pachymère revient
à la situation de l'Épire. Durant ses dernières années, le despote Michel II

1. Pachymère : Bonn, I, p. 3051"3.


2. Ibidem, p. 38624.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 181

Angélos semble avoir vécu en paix avec l'empire byzantin ; toujours est-il
que l'historien ne signale aucun conflit pour cette période. La paix était
garantie par le traité signé vers la fin de l'année 1264 et elle avait été scellée
par le mariage de Nicéphore Angélos avec Anne Kantakouzènè, nièce
de l'empereur3. Mais à la mort de Michel II Angélos, comme le rapporte
l'historien dans ce chapitre 26, les hostilités reprirent; elles ne furent pas
le fait du despote Nicéphore Angélos, à qui son père avait laissé l'Épire
et qui se contentait de son territoire, mais de Jean Doukas4, le fils bâtard
de Michel II Angélos, qui avait reçu en héritage la Thessalie. Établi à
Néai Patrai, Jean Doukas se montrait aussi entreprenant et aussi adroit
que son père. Michel VIII Paléologue préféra traiter avec lui, craignant
que les armées byzantines ne fussent victimes de ses ruses. Au terme de
plusieurs ambassades, un accord fut conclu : Jean Doukas fut honoré du
titre de sébastokratôr, tandis que sa fille était mariée à un neveu de l'em
pereur, Andronic Tarchaneiôtès, qui fut nommé grand connétable et
gouverneur d'Andrinople. Un long armistice suivit cet arrangement5,
dont le contenu est rappelé plus loin, au moment où l'historien rapporte
la trahison ultérieure d'Andronic Tarchaneiôtès et la guerre menée par lui,
aux côtés de son beau-père, contre les troupes byzantines6. Cette nouvelle
phase des relations entre la Thessalie et l'empire byzantin sera examinée
dans la troisième partie de l'exposé.

3. Ibidem, p. 24212-24315. Voir ci-dessus, p. 173.


4. Je suis l'usage de l'historien, qui donne uniformément le patronyme de Doukas au
fils bâtard de Michel II (Pachymère : Bonn, I, p. 8412, 85\ 3228, 32315 ; II, p. 6713) et le
patronyme d'Angélos à Michel II lui-même et à son fils Nicéphore (ibidem, I, p. 21 13,
8220 ; II, p. 20017). Dans la version grecque de la Chronique de Morée, le fils bâtard de
Michel II est appelé le sébastokratôr Théodore Doukas (Χρονικον τον Μορέως, vers
3090, 3478, etc. : P. P. Kalonaros, p. 132, 150) ; ce texte populaire livre ainsi le patronyme
usuel de Jean le Bâtard. Les despotes d'Épire s'attribuaient officiellement le patronyme
de Doukas, auquel ils adjoignaient occasionnellement celui de Komnènos ; mais par la
lignée masculine ils appartenaient à la famille des Angéloi ; cf. D. I. Polemis, The Doukai,
Londres 1968, p. 85. L'auteur de la Chronique de Morée avait eu connaissance des trois
patronymes, qu'au témoignage de Pachymère lui-même (Bonn, II, p. 2015"6) le sébasto
kratôr Jean Doukas donna à ses fils : ils se nommaient respectivement Komnènos,
Doukas et Angélos selon la version grecque (Χρονικον τον Μορέως, vers 3537-3540 : P. P.
Kalonaros, p. 153), Conninos, Dux et Angeleus selon la version française (J. Longnon,
p. 95). En outre, les actes de Charles Ier d'Anjou (voir R. Filangieri, / registri délia
cancelleria angioina, I-XII, Naples 1950-1959) contiennent plusieurs mentions de Jean
le Bâtard, où sa titulature et son patronyme n'apparaissent pas clairement : « egregii
viri Ducis Neopatrie » (ibidem, IX, p. 209 n° 62 ; XII, p. 187 n° 6), « Caloiohanne Sabbas-
tocratore, Cominiane Duce» {ibidem, XI, p. 150 n° 302).
5. Pachymère : Bonn, I, p. 3091 "2, 32211. Comme on le verra plus bas, cette période
de paix correspond approximativement aux années 1267-1272.
6. Ibidem, p. 3227"11.
182 A. FAILLER

Le chapitre 26 du livre IV contient un second paragraphe, où sont relatés


les combats que menaient ailleurs les forces byzantines. Ce passage se
rattache au chapitre suivant (IV, 27), à l'intérieur duquel il aurait pu log
iquement prendre place7. L'historien ne fournit aucune donnée précise
sur ces diverses opérations ; il s'emploie plutôt à faire l'éloge des command
ants en chef de l'armée et de la flotte, le despote Jean Paléologue et le
prôtostratôr Alexis Philanthrôpènos, et à indiquer la composition de leurs
troupes. Après avoir mené une expédition sur le Méandre en 12648, Jean
Paléologue se trouvait à nouveau en Occident durant cette période ; de fait,
sa présence y est attestée par les actes qu'il émit en faveur du monastère de
Makrinitissa durant les années 1267-12709. Revenant à l'une des idées-
forces de son ouvrage, Georges Pachymère souligne une fois de plus que les
guerres continuelles en Occident obligèrent l 'empire à dégarnir les frontières
orientales et favorisèrent ainsi l'avancée des Turcs. Il indique avec une
certaine précision la ligne des frontières orientales, qui progressivement recu
laient vers l'ouest et remontaient vers le nord. A cette coupable négligence
du gouvernement et de l'empereur lui-même est attribuée une autre cause :
occupé à réprimer le schisme arsénite, Michel VIII Paléologue n'eut pas le
loisir de prêter l'attention voulue à l'état des provinces orientales ni la
possibilité d'arrêter l'avance de l'ennemi. Dans le chapitre suivant précis
ément(IV, 28), l'historien décrit les désordres que le schisme avait provoqués
dans l'Église et plus particulièrement dans les milieux monastiques10.
Peut-on déterminer à quelle année doivent être rapportés les situations
et les événements dont il est fait état dans ces trois chapitres ? A l'année
1267 apparemment, puisque ce récit suit immédiatement celui de l'absolu
tion de Michel VIII Paléologue, qui eut lieu le 2 février 1267. La description
de la situation militaire de l'empire et des progrès du schisme arsénite
ne contient aucun élément précis qui permette ou mérite un essai de datation ;
il n'en est pas de même pour les faits rapportés dans le premier paragra-

7. Ce passage pose le problème du partage des chapitres ; ainsi, le titre du chapitre 26


rend compte seulement du premier paragraphe. Néanmoins il n'est pas possible dans le
cas présent de couper différemment les chapitres, car le titre du chapitre 27 rend de son
côté parfaitement compte du contenu de ce chapitre, mais ne conviendrait pas pour le
deuxième paragraphe du chapitre précédent. Il faut conclure que le titre ne résume pas
nécessairement tous les éléments développés dans le chapitre ; voir un cas identique dans
le premier article : REB 38, 1980, p. 91.
8. Voir le premier article : REB 38, 1980, p. 92-93.
9. MM, IV, p. 386-389.
10. Georges Pachymère traite des débuts du schisme arsénite (1265-1268) dans quatre
chapitres différents : IV, 19 et 27-28; V, 2.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 183

phe du chapitre 26 : les ambassades successives envoyées par Michel VIII


Paléologue à Jean Doukas et le traité qui s'ensuivit. Georges Pachymère
semble placer les ambassades en Thessalie au lendemain de l'absolution de
l'empereur par le patriarche Joseph; à la fin du chapitre 25, l'historien
affirme en effet que, délivré de la censure ecclésiastique qui le frappait
depuis cinq ans, Michel VIII Paléologue se tourna avec une ardeur nouvelle
vers l'administration des affaires publiques11 ; les tractations avec Jean
Doukas sont présentées comme la première action entreprise à ce moment
par l'empereur. Il est donc probable que Jean Doukas reçut en 1267 les
envoyés de Michel VIII Paléologue et que les tractations aboutirent la
même année au traité déjà mentionné.
Le calendrier des tractations de paix est fonction de la date à laquelle
mourut Michel II Angélos, qui laissa la Thessalie en héritage à son fils Jean
Doukas. Cette date ne peut être établie avec précision, bien que les sources
fournissent quelques repères chronologiques. D'après les documents du
cartulaire de Makrinitissa, le despote d'Épire vivait encore en septembre
126612, mais en août 1268 il était décédé13. D'autre part, un passage du
traité de Viterbe (27 mai 1267), qui n'a pas été utilisé jusqu'à présent dans
l'examen de cette question, semble impliquer que le despote d'Épire était
toujours en vie en mai 1267, lorsque Charles Ier d'Anjou obtint l'accord
de ses alliés pour organiser une nouvelle invasion de l'empire byzantin
et procéder à un nouveau partage des territoires. Le roi de Sicile revendiquait
en particulier les possessions de son prédécesseur Manfred : «Ceditis...
Nobis... totam terram, quam Michalicius Despotus, dotis seu quocumque
alio titulo dédit... Elene filie sue, relicte quondam Manfredi olim Principis
Tarentini »14. Le rédacteur omet le terme habituellement accolé au nom des

11. Pachymère : Bonn, I, p. 30716"17.


12. MM, IV, p. 3503435. Dans ce document, émis en faveur du monastère de Makrinit
issa en septembre 1266, le despote Nicéphore Angélos mentionne un acte de son père,
qui, d'après la forme employée, est encore vivant à ce moment. Voir B. Ferjancic, Kada
je umro despot Michailo II Angelo, ZRVI 9, 1966, p. 29-32.
13. MM, IV, p. 3884"5. Dans ce document, émis par Jean Paléologue en faveur du
monastère de Makrinitissa en août 1268, Michel II d'Épire est présenté comme décédé.
A. NiKAROUSÈs (Πότε απέθανε Μιχαήλ Β' "Αγγελος ό δεσπότης της Ηπείρου,
Δελτίον της ιστορικής και εθνολογικής εταιρείας της 'Ελλάδος 10/4, 1929, ρ. 136-141)
fut le premier à attirer l'attention sur ce texte et à tirer la conclusion qui en découle.
14. R. Filangieri, op. cit., I, p. 9524; voir G. del Giudice, Codice diplomatico del
regno di Carlo Γ e 11° d'Angiö, 11/ 1, Naples 1869, p. 36 (édition complète du traité);
L. de Thalloczy, C. Jirecek et E. de Sufflay, Acta et diplomata res Albaniae mediae
aetatis illustrantia, I, Vienne 1913, p. 73 n° 253 (extrait concernant la dot d'Hélène Angel
ina, fille de Michel II d'Épire et épouse de Manfred de Sicile).
184 A. FAILLER

défunts, tel qu'on le trouve d'ailleurs dans un texte postérieur des mêmes
archives et dans un contexte identique : « ... terrarum datarum in dotem
per qd. Michaelem Despotum qd. Helene filie sue, uxori qd. Manfridi
olim Principis Tarentini»15. L'indice semble autoriser à placer la mort
de Michel II Angélos entre mai 1267 et août 1268, de préférence au début
de l'espace de temps ainsi déterminé, si l'on se rapporte d'autre part à
l'Histoire de Georges Pachymère, qui rapproche sur le plan chronologique
l'absolution de Michel VIII Paléologue le 2 février 1267 et l'installation
de Jean Doukas en Thessalie après la mort de son père. De plus, il n'y a pas
lieu de placer un écart de temps trop considérable entre la mort de Michel
II Angélos et le soulèvement de Jean Doukas d'une part, entre les ambassades
envoyées en Thessalie et la conclusion du traité d'autre part. En conclusion,
il est probable que la paix fut signée dans la deuxième moitié de 1267 entre
Michel VIII Paléologue et Jean Doukas et que le mariage de la fille de ce
dernier avec Andronic Tarchaneiôtès fut célébré la même année ; tout au
plus peut-on envisager le début de l'année suivante pour le déroulement
de ces événements16.

2. Le mariage et le couronnement a" Andronic II Paléologue. — Comme


on l'a vu, le contenu du passage précédemment examiné (IV, 26-28) concerne
l'année 1267 et déborde peut-être sur l'année 1268. Les chapitres suivants
(IV, 29-V, 1) interrompent la ligne du récit et constituent une série d'antici
pations, au terme desquelles l'historien reprend l'ordre chronologique des
faits (V, 2) et ramène donc son lecteur vers l'année 1268. Il s'agit à pré
sent d'analyser ce long passage où non seulement l'anticipation n'est pas
expressément indiquée, mais où aucun indice ne permet de la déceler. Unique

15. R. Filangieri, op. cit., X, p. 176 n° 682 ; cet acte date du 18 mai 1273. Voir aussi
L. de Thalloczy, C. Jirecek et E. de Sufflay, op. cit., p. 86 n° 300.
16. Il faut corriger en conséquence les deux régestes qui rendent compte respectivement
des ambassades envoyées par Michel VIII Paléologue à Jean Doukas et de la conclusion
d'un traité : F. Dölger, Regesten2, η" 1943 b (peu après le 2 février 1267) et n° 1963 a
(peu après août 1268). Le premier régeste doit être placé quelques mois plus tard, le second
quelques mois plus tôt, de manière que tous deux soient rapprochés (deuxième moitié
de l'année 1267 ou, à la rigueur, début de l'année 1268). Le raisonnement qui fonde la
double datation retenue par le rédacteur et le réviseur des Regesten est d'ailleurs contra
dictoire, car la première suppose que Michel II d'Épire mourut peu avant le 2 février
1268 (F. Dölger, n° 1959) ou peu avant le 2 février 1267 (P. Wirth, n° 1943 b), la seconde
qu'il décéda vers 1271 (F. Dölger, n° 1976) ou avant août 1268 (P. Wirth, n° 1963a).
Cette contradiction s'accompagne d'une mauvaise identification des personnes : dans le
premier régeste, Jean Doukas est présenté comme le fils de Michel de Thessalie.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 185

il est vrai dans la première partie de l'Histoire, ce cas doit rendre le lecteur
prudent dans l'établissement de la chronologie. Seules les sources parallèles
permettent de déceler ici une anticipation et de dater les faits mentionnés.
Encore faut-il rendre compte de cette interruption du récit et l'expliquer
par l'analyse du texte et l'étude des procédés de composition utilisés par
l'auteur.
Le récit de Georges Pachymère passe donc des événements des années
1267-1268 (IV, 24-28) au mariage d'Andronic II Paléologue avec la fille du
roi de Hongrie (IV, 29). S'il ne connaissait pas la date de ce mariage grâce
à un autre document, le lecteur serait tenté de le situer vers ces années-là,
alors qu'il est postérieur de quatre ou cinq années. A. Heisenberg a reconnu
dans un prostagma daté du mois de novembre d'une première indiction
le document émis par Michel VIII Paléologue à l'occasion du couronnement
de son fils Andronic II et en conséquence iJ a placé en novembre 1272
l'émission de ce document17. Cette conclusion est à son tour appuyée et
précisée par le récit de Georges Pachymère, qui date du 8 novembre le
couronnement du jeune couple18. L'historien laisse apparaître également
le cadre général et la signification politique de l'alliance matrimoniale :
craignant une prochaine attaque de Charles Ier d'Anjou contre l'empire,
Michel VIII Paléologue cherchait à détacher de la coalition anti-byzantine
la Hongrie et ses vassaux. Menée par l'ancien patriarche Germain et le
grand duc Laskaris19, une ambassade se rendit en Hongrie pour ramener

17. A. Heisenberg, Aus der Geschichte und Literatur der Palaiologenzeit, Munich
1920, p. 37-41 (texte d'après le Monacensis graecus 442), 45-47 (date et attribution).
Le prostagma de Michel VIII Paléologue avait été édité une première fois d'après le
Hierosolymitanus graecus Timiou Staurou 4 par A. Papadopoulos-Kérameus (Σημεί-
ωσις περί του Ίεροσολυμιτικοΰ κωδικός τοΰ Χρονικού ΙΙαχυμέρη, Δελτίον της Ιστορι
κής και εθνολογικής εταιρίας τής 'Ελλάδος 3, 1889, ρ. 533-535), qui, se fiant à une note
marginale de ce manuscrit, avait attribué le document à Andronic II Paléologue, qui
l'aurait émis en faveur de son fils Michel IX Paléologue en 1302-1303 (ibidem, p. 532-
533). P. Poussines n'eut pas connaissance de ce document, car il ne consulta pas les manusc
rits de la famille A, qui sont les seuls à contenir ce texte ; voir A. Failler, La tradition
manuscrite de l'Histoire de Georges Pachymère (livres I-VI), REB 37, 1979, p. 129,
182-183, 185. Le document est enregistré par F. Dölger dans les Regesten2 sous le n°
1994, où l'on trouvera l'abondante bibliographie correspondante. D'autres actes furent
émis1995,
nos à la même
2070, 2071
occasion,
; V. Laurent,
mais le texte
Regestes,
n'en estn°pas1395.
conservé : voir F. Dölger, Regesten2·,
18. Pachymère : Bonn, I, p. 31817.
19. Frère de Théodore Ier Laskaris, Michel Laskaris était l'oncle de Marie Laskarina,
femme de Bêla IV, et l 'arrière-grand-oncle d'Anne, fille d'Etienne V et future épouse
d'Andronic II Paléologue. Il s'était rallié à Michel VIII Paléologue dès le début de son
règne et fut nommé grand duc à la fin de l'année 1259 (Pachymère : Bonn, I, p. 1081618).
186 A. FAILLER

la future impératrice à Constantinople20 ; la même année, le patriarche


Joseph bénit le mariage. La cérémonie nuptiale ainsi que l'ambassade sont
datées par Georges Pachymère de l'année indictionnelle précédant le
couronnement, c'est-à-dire de la quinzième indiction (septembre 1271-
août 1272). Il est très probable que tout se déroula en 1272.
Il est clair que les négociations en vue du mariage remontaient à quelque
temps en arrière et que les arrangements étaient déjà pris, lorsque l'ancien
patriarche Germain et le grand duc Laskaris se rendirent à la cour de
Hongrie. Comme on le verra plus bas, Michel VIII Paléologue déploya
une intense activité diplomatique durant les années 1268-1269, lorsque
se précisèrent les projets d'invasion formés par Charles Ier d'Anjou au
lendemain du traité de Viterbe (27 mai 1267) ; il voulut éviter en particulier
que tous les États qui se trouvaient sur ses frontières occidentales ne s'allient
au roi de Naples. De fait, une ambassade byzantine se trouvait déjà à la cour
de Hongrie au début de l'année 126921. Le principe du mariage d'Andronic
II Paléologue avec la fille d'Etienne V de Hongrie était déjà acquis en
juillet 1271, car le roi de Hongrie cite à cette date parmi ses alliés Michel
VIII Paléologue et Andronic II Paléologue, qu'il présente comme son
gendre22.
Revenant au texte de Georges Pachymère, on se demande dès lors pour
quoi l'historien insère ici un événement qui ne se déroula qu'en 1272. Il
semble exclu tout d'abord qu'il se soit trompé et ait voulu placer cette alliance
en 1267 ou 1268. Seule la prise en compte de l'âge du jeune empereur eût

20. F. DÖLGER, Regesten2, n° 1982. L'ambassade se rendit en Hongrie durant l'année


6780 (septembre 1271 -août 1272), puisque le couronnement, daté de l'année 6781 par le
prostagma émis en faveur d'Andronic II Paléologue (F. Dölger, Regesten2, n° 1994)
et par le tomos émis par l'Église à la même occasion (V. Laurent, Regestes, n° 1395),
est placé par Pachymère (Bonn, I, p. 31816"17) au cours de l'année suivante. La fin de
l'année 6780 doit d'ailleurs être exclue, puisque le roi Etienne V de Hongrie, avec lequel
se rirent les tractations et qui donna sa fille en mariage à Andronic II Paléologue, décéda
au milieu de l'année 1272. Un panégyrique adressé à Michel VIII Paléologue peu après
le couronnement de son fils mentionne également l'alliance de l'empereur avec la Hongrie
(L. Previale, Un panegirico inedito per Michèle VIII Paleologo, BZ 42, 1942, p. 387).
21. Cette ambassade, qui n'est pas enregistrée par F. Dölger dans les Regesten, est
attestée par un acte émis par Bêla IV au mois d'avril 1269 et se trouvait donc en Hongrie
au plus tard au cours de l'hiver 1268-1269; voir I. Nagy, Codex diplomaticus patrius
Hungaricus, VIII, Budapest 1891, p. 9624"25.
22. Dans le traité de paix que signa la Hongrie avec la Bohême le 3 juillet 1271, Etienne
V de Hongrie cite parmi ses alliés « Michaelem Angelum Palaeologum, imperatorem
Graecorum » et « Andronicum, iuniorem imperatorem Graecorum, generum nostrum » ;
voir G. Wenzel, Codex diplomaticus Arpadianus continuât us, VIII, Budapest 1862, p.
254. Le traité fut confirmé par le pape le 5 mai de l'année suivante ; voir les Actes de
Grégoire X : J. Guiraud, Paris 1892-1906, nos 4 et 6, p. 3.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 187

empêché une telle méprise : conformément au droit, Andronic II Paléologue


fut marié à l'âge de quatorze ans, non à neuf ou dix ans. Cette considération
a d'ailleurs amené P. Poussines à dater de manière presque exacte le mariage
d'Andronic II Paléologue, bien qu'il ignorât l'existence et les données
chronologiques du prostagma émis à cette occasion par Michel VIII Paléo
logue. Le premier éditeur de l'Histoire datait de 1271 l'ambassade en Hong
rie, de 1272 le mariage d'Andronic II Paléologue avec Anne de Hongrie
et du 8 novembre 1273 le couronnement du jeune couple23.
Il ne semble pas non plus que la transition puisse être assurée par le pre
mier paragraphe du chapitre 29. Si l'historien y rappelle un événement
bien antérieur à 1272, la victoire de Charles Ier d'Anjou sur Manfred à
la bataille de Bénévent (26 février 1266), dès les premiers mots il situe cepen
dantaux alentours de 1272 les événements qu'il rapporte : il affirme en
effet que le jeune Andronic était déjà arrivé à l'âge d'homme24. Ce premier
paragraphe ne contient donc pas, sur le plan chronologique, une transition
qui justifie un passage brusque des années 1267-1268 aux années 1271-1272.
S'agit-il d'une interversion due à un accident de copie ou à un mauvais
foliotage des cahiers ? La chose est également exclue, bien que la division
des chapitres et des livres paraisse singulière dans ce passage, dont la fin
est rejetée au début d'un nouveau livre. D'une part, en effet, la tradition
manuscrite ne conserve aucune trace d'une pareille interversion ; d'autre
part, il est impossible d'insérer ces cinq chapitres (IV, 29-V, 1) plus loin,
à la place que la chronologie leur assignerait, c'est-à-dire au milieu du
récit des tractations qui précédèrent l'Union de Lyon, car ce récit forme
un tout où les transitions d'un chapitre à l'autre apparaissent clairement.
Si l'ordre chronologique était respecté, les cinq chapitres, dont le contenu
se rapporte aux années 1272-1273, devraient figurer entre les chapitres 11
et 12 du livre V.
S'il faut exclure que Georges Pachymère se soit trompé, qu'un accident
se soit produit dans la transmission du texte et que la continuité chronolo
gique soit assurée, comment expliquer ce passage brusque de 1267-1268 à
1272 ? Il faut en effet lui trouver une justification. Les autres anticipations
peuvent être divisées en deux catégories : les unes sont destinées à présenter
dans un récit unique une situation ou un événement qui courent sur plu
sieurs années, de peur que leur développement et leur cohésion interne ne

23. P. Poussines : Bonn, 1, p. 758-759.


24. Pachymère : Bonn, I, p. 3174. P. Poussines (Bonn, I, p. 746) se réfère à ce passage
pour proposer une date approximative pour le mariage et le couronnement du jeune
empereur.
188 A. FAILLER

soient rendus moins intelligibles par un émiettement de l'exposé ; les autres


sont destinées à illustrer par un exemple précis le caractère d'une personne
ou les caractéristiques d'une situation, sans qu'il soit tenu compte de la date
des faits. Si dans le premier cas l'ordre chronologique est respecté à l'inté
rieur du récit, dans le second la transition est purement logique. Il s'agit
donc de trouver un lien entre le chapitre 29 et le précédent. Comme on va
le montrer, l'enchaînement est constitué par la personne de l'ancien pa
triarche Germain, dont cette longue anticipation illustre le retour en grâce
auprès de l'empereur.
A la fin du chapitre 28, qui traite du schisme causé par la déposition
du patriarche Arsène et rapporte les châtiments infligés aux dissidents
par l'empereur avec le consentement du patriarche Joseph, Georges Pachy-
mère note que l'ancien patriarche Germain, contrairement à son succes
seur,n'avait jamais sévi contre les dissidents et s'était ainsi gardé de s'aliéner
davantage les partisans d'Arsène ; il ajoute que Germain était redevenu
l'ami et le conseiller de l'empereur, bien que celui-ci l'eût amené à renoncer
à la dignité patriarcale quinze mois après son élection. « Aussi, écrit l'hi
storien25, le souverain se servait à nouveau de lui, l'appelait père, le prenait
comme conseiller, usait de son concours en de nombreuses affaires...»
Le chapitre 29 vient à point illustrer ce propos et donner un exemple de la
collaboration entre les deux hommes dans les affaires les plus importantes
et les plus délicates ; le titre du chapitre 29 l'indique d'ailleurs expressément :
« Comment l 'ex-patriarche Germain est envoyé en Pannonie en compagnie
du grand duc Laskaris et en ramena une fiancée au fils de l'empereur et
comment ceux-ci furent couronnés»26.
L'insertion des titres au début de chaque chapitre de l'Histoire, confo
rmément à la tradition manuscrite, permettra au lecteur de la nouvelle édition
d'apercevoir immédiatement le lien entre les chapitres 28 et 29. Le premier
éditeur s'est contenté de reproduire le pinax des chapitres, omettant la
deuxième série des titres de chapitres qui sont intercalés dans le texte. Un
deuxième facteur masque la continuité qui existe entre les deux chapitres :
après avoir rapporté la réconciliation de l'ancien patriarche Germain avec

25. Pachymère : Bonn, I, p. 3161415.


26. P. Poussines s'est contenté d'éditer les titres de chapitres intercalés dans le texte
et il a négligé le pinax, qui précède le texte de l'Histoire et qui contient des titres parfois
plus développés. De plus, au lieu d'insérer ces titres dans le texte, il les a groupés au début
de chaque livre ; voir A. Failler, La tradition manuscrite de l'Histoire de Georges Pachy
mère(livres I-VI), REB 37, 1979, p. 205-208. Le titre du chapitre 29 du livre IV est iden
tique dans le pinax et dans le texte (voir édition de Rome, I, p. 169 ; édition de Bonn,
I, P. 8).
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 189

Michel VIII Paléologue et leurs rencontres fréquentes, Georges Pachymère


semble passer à un autre sujet au début du chapitre 29 ; c'est bien plus bas
qu'on trouve à nouveau mention de l'ancien patriarche Germain, désigné
par l'empereur pour diriger l'ambassade à la cour de Hongrie. Mais à
l'expression employée par l'historien on reconnaît qu'il entend marquer
un enchaînement27 : « L'empereur choisit pour cette ambassade ce Germain
l'ex-patriarche et le grand duc Laskaris... » Mais cette liaison logique entre
les deux chapitres laisse dans l'indétermination la date de la mission accomp
lie par Germain à la cour de Hongrie ; le lecteur serait porté à dater cette
ambassade de 1267 ou 1268 et à placer vers la même époque le mariage
et le couronnement d'Andronic II Paléologue.
Dans le même chapitre, Georges Pachymère énumère les privilèges que
reçut Andronic II Paléologue à l'occasion de son couronnement et cite le
tomos qui fut émis pour garantir ses droits à la succession de son père et le
protéger en particulier des ambitions de ses deux oncles, le despote Jean
Paléologue et le sébastokratôr Constantin Paléologue28. La fin du chapitre
29 constitue une sorte de digression sur la personnalité du despote : Michel
VIII Paléologue le tenait en suspicion à cause de ses succès militaires et
de sa popularité, due surtout à sa générosité. Aussi, bien qu'il fît preuve
d'humilité et de soumission envers l'empereur, Jean Paléologue fut-il
progressivement privé de ses biens et des éléments les plus somptueux de
son train de vie. Ce passage marque la transition avec les quatre chapitres
suivants (IV, 30-V, 1), où sont narrées la défaite de Jean Paléologue devant
Jean Doukas et la fin de sa brillante carrière. Les événements relatés dans
ces chapitres sont à peu près contemporains du couronnement d'Andronic
II Paléologue. On peut considérer tout ce passage (IV, 29-V, 1) comme un
ensemble et comme une double anticipation, introduite par un même pro
cédé : le premier chapitre (IV, 29) est une illustration de la considération
que Michel VIII Paléologue portait à l'ancien patriarche Germain et dont
il est fait état à la fin du chapitre 28 ; les quatre chapitres suivants (IV, 30-V,
1) constituent un développement sur la disgrâce et la défaite de Jean Paléo
logue mentionnées à la fin du chapitre 29.

3. Les batailles de Néai Pat rai et de Dèmètrias. — Le revers subi sous


les murs de Néai Patrai amena le despote Jean Paléologue à renoncer à

27. Pachymère : Bonn, I, p. 3188. D'après ce schéma, l'historien aurait pu aussi bien
illustrer l'activité de l'ancien patriarche en rapportant ici sa mission à Lyon en 1274,
mais ce récit est reporté à sa place chronologique (ibidem, p. 38414"15).
28. Ibidem, p. 31917. Voir V. Laurent, Regestes, n° 1395.
190 A. FAILLER

sa dignité et à sa charge, bien qu'à l'issue de sa fuite du champ de bataille


il eût contribué à la victoire que finit par remporter la flotte byzantine près
de Dèmètrias. Un premier chapitre (IV, 30) relate quelle fut la cause de la
guerre entre le sébastokratôr Jean Doukas et Michel VIII Paléologue :
prétextant une invasion tatare, qu'il avait lui-même provoquée, Andronic
Tarchaneiôtès abandonna la région d'Andrinople, dont il était gouverneur,
et se réfugia en Thessalie auprès de son beau-père; ce renfort inattendu
poussa Jean Doukas à étendre ses territoires. Alors Michel VIII Paléologue
décida d'envoyer contre lui une puissante armée commandée par le despote
Jean Paléologue et une flotte importante aux ordres du prôtostratôr Alexis
Philanthrôpènos. Georges Pachymère décrit dans deux longs chapitres
la guerre qui s'ensuivit (IV, 31-32). L'armée de terre fut battue sous les
murs de Néai Patrai, grâce à une ruse de Jean Doukas ; réfugié dans la
forteresse, celui-ci s'en échappa à l'insu des assiégeants, se rendit à Thèbes
pour demander des secours à Jean de La Roche et revint surprendre l'armée
byzantine, qui fut battue et dispersée. Le despote Jean Paléologue prit lui-
même la fuite. Informé du danger que courait à son tour la flotte dans le
golfe de Volos, il accourut aussitôt à Dèmètrias et parvint à organiser
une contre-offensive, alors que les Latins étaient sur le point de vaincre les
troupes d'Alexis Philanthrôpènos. La guerre contre la Thessalie se solda
ainsi par une défaite de l'armée de terre et une victoire de la flotte. Dans un
court chapitre rejeté au début du livre suivant (V, 1), Georges Pachymère
conclut l'affaire : l'empereur était partagé entre la peine et la joie devant cet
échec suivi d'un succès ; Jean Paléologue, le général vaincu, désarma la
colère de l'empereur en se présentant devant son frère dépouillé de ses ins
ignes de despote ; Alexis Philanthrôpènos, qui avait reçu une blessure grave
au rein et qui faillit en mourir, finit par guérir et reçut la dignité de grand duc
en récompense de sa victoire à Dèmètrias. Ainsi se termine la longue anti
cipation de Georges Pachymère, qui reprend ensuite le récit au point où
il l'avait laissé à la fin du chapitre 28, c'est-à-dire aux années 1267-1268.
Centré sur la personne du despote Jean Paléologue, le récit ne contient
aucune donnée chronologique. Il n'apparaît pas clairement si les batailles
de Néai Patrai et de Dèmètrias sont antérieures ou postérieures au couron
nement d'Andronic II Paléologue. A la suite de P. Poussines29, on les a
généralement datées de 1271 ; certains arguments, qui seront examinés plus
bas, appuient apparemment ce point de vue. Cependant il semble que Georg
es Pachymère place la guerre de Thessalie après le couronnement du jeune

29. P. Poussines : Bonn, I, p. 758.


CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 191

empereur et qu'à l'intérieur de cette longue anticipation (IV, 29-V, 1) il


relate les événements dans l'ordre de leur succession. A la fin du chapitre
29, il laisse entendre qu'Andronic II Paléologue avait déjà été couronné
empereur lorsque son oncle renonça aux privilèges de sa dignité30. En analy
santles chapitres suivants, on relève deux autres indices concordants.
En premier lieu, l'historien affirme clairement qu'au moment du couronne
ment Michel VIII Paléologue craignait encore que son frère eût l'ambition
d'accéder à la dignité impériale et fût éventuellement un rival pour son fils ;
il fit précisément émettre un tomos par l'Église pour se prémunir contre ce
danger d'usurpation31. Mais il semble évident qu'au lendemain de la défaite
de Néai Patrai le danger était définitivement écarté, car Jean Paléologue,
qui avait renoncé aux prérogatives attachées à sa dignité, avait déposé toute
ambition et ne pouvait plus être considéré comme un prétendant au trône.
En conséquence, il faut placer la guerre de Thessalie après le couronnement
d'Andronic II Paléologue, c'est-à-dire après le 8 novembre 1272. En second
lieu, Georges Pachymère rapporte qu'au lendemain de sa victoire à
Dèmètrias le prôtostratôr Alexis Philanthrôpènos reçut la dignité de grand
duc32 ; il s'ensuit que le grand duc Laskaris était mort plus tôt33. Comme
il fit partie de l'ambassade qui conduisit à Constantinople la fille du roi
de Hongrie, sans doute peu de temps avant le couronnement, il apparaît
que la bataille navale de Dèmètrias est postérieure au couronnement du
jeune empereur.
Après avoir assigné à la guerre de Thessalie ce terminus post quern, peut-
on en établir exactement la date ? La chose paraît difficile. Cependant deux
sources parallèles permettent d'aboutir à une solution satisfaisante et
de réduire progressivement l'intervalle qui sépara le couronnement d'An
dronic II Paléologue et le déroulement des batailles de Néai Patrai et de
Dèmètrias. Le premier texte est une note brève selon laquelle le despote
Jean Paléologue, le vaincu de Néai Patrai, mourut en l'année 6782 (sep
tembre 1273-août 1274)34. Cette donnée concorde d'ailleurs avec les rensei-

30. Pachymère : Bonn, I, p. 32117-3222.


31. Ibidem, p. 3191518.
32. Ibidem, p. 3374"6.
33. Pachymère (Bonn, I, p. 2066 15, 30958) souligne à deux reprises qu'on attendait
la mort de Michel Laskaris pour donner la dignité de grand duc à Alexis Philanthrôpènos,
qui remplissait en fait le rôle de commandant de la flotte, sans en porter le titre.
34. Cette date est fournie par un colophon du Laurentianus graecus 87-16, f. 62 ; voir
A. M. Bandini, Catalogus codicum graecorum biblioîhecae Laurentianae, III, Florence
1770, p. 398 ; S. P. Lampros, 'Ενθυμήσεων ήτοι χρονικών σημειωμάτων συλλογή πρώτη,
NE 7, 1910, ρ. 136, η° 35.
192 A. FAILLER

gnements que fournit plus loin Georges Pachymère ; vers 1275, les grands
dignitaires de l'empire étaient décédés35 : le grand duc Alexis Philanthrô-
pènos mourut d'abord, puis le despote Jean Paléologue et le sébastokra-
tôr Constantin Paléologue. Un second texte semble fournir un terminus
ante quern encore plus rapproché : d'un document contenu dans le cartulaire
du monastère de Makrinitissa on a déduit ajuste titre qu'en octobre 1273
le despote Jean Paléologue avait déjà renoncé aux prérogatives de sa dignité
et en particulier à la signature à l'encre pourpre36. Dans ce cas, la guerre
de Thessalie, déjà terminée à cette date, se déroula entre le 8 novembre
1272 et le mois d'octobre 1273, très probablement durant le printemps ou
l'été 1273.
Cette hypothèse est très vraisemblable et s'accorde avec le récit de Georges
Pachymère. Dans ce cas, le grand connétable Andronic Tarchaneiôtès
aurait déserté vers l'hiver 1272-1273, au moment où firent irruption sur
son territoire les Tatars, qui faisaient effectivement campagne durant l'h
iver37. Comme il fut marié à la fille de Jean Doukas en 1267, le traité signé
à ce moment par le sébastokratôr et l'empereur a bien procuré aux deux
États un long armistice, comme l'écrit à deux reprises Georges Pachymère38.

4. Le témoignage des sources occidentales sur la guerre de Thessalie. —


Les sources occidentales fournissent également des renseignements sur
la guerre qui opposa l'empire byzantin à Venise et aux Latins de Négrepont
à cette époque. Les données en sont généralement fragmentaires et brèves ;
les recoupements avec les sources byzantines ne sont pas évidents.
Examinons d'abord le récit le plus détaillé et le plus proche de celui de
Georges Pachymère. Dans son Istoria del regno di Romania39, Marin
Sanudo fournit une relation de la guerre de Thessalie qui concorde pour
l'essentiel avec celle de l'historien byzantin. En voici le contenu. Jean de
La Roche, duc d'Athènes, s'allia avec le « duc » de Néai Patrai, le sébas-

35. Pachymère : Bonn, I, p. 41 126.


36. MM, IV, p. 385-386. Voir la démonstration, qui semble convaincante, de P. Mag-
dalino, Notes on the last years of John Palaiologos, brother of Michael VIII, REB 34,

1976,
1403),
p. 143-149.
une situation
D'après
confuse
un acte
existait
patriarcal
peu auparavant
daté d'août
en Thessalie
1273 (V. Laurent,
; il est possible
Regestes,
que
le patriarche fasse allusion à la campagne du despote Jean Paléologue, dont le document
fournirait ainsi le terminus ante quern.
37. Voir Pachymère : Bonn, I, p. 5252-3.
38. Voir la note 5, p. 181.
39. Marin Sanudo, Istoria del regno di Romania : Ch. Hopf, Chroniques gréco-romanes
inédites ou peu connues, Berlin 1873, p. 12030-12225.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 193

tokratôr ; il se rendit au secours de ce dernier, qui était assiégé dans sa


capitale ; ensemble ils battent les troupes du despote, le frère de l'empereur,
et du grand stratopédarque. Informés de cette victoire, les Latins de Négre-
pont se font audacieux et, malgré la supériorité numérique de l'ennemi,
ils viennent attaquer la flotte byzantine au large de Dèmètrias40 ; mais ils
sont vaincus par les Grecs, qui, après un début de repli, reprennent l'offen
sive,grâce au secours que leur procure Jean Paléologue avec les rescapés
de la bataille de Néai Patrai. Presque tous les navires italiens sont détruits
ou capturés. Bien que celle de Georges Pachymère soit plus détaillée et plus
précise, les deux versions concordent pour l'essentiel. Selon Marin Sanudo,
l 'armée du despote Jean Paléologue comprenait 30 000 cavaliers, et la flotte
grecque était composée de 80 galères, tandis que les Latins disposaient
seulement de 12 galères et de 50 autres bateaux à rames de moindre import
ance. Si Georges Pachymère évalue différemment les effectifs engagés
dans les deux batailles, ses chiffres se rapprochent néanmoins de ceux de
Marin Sanudo : les forces conjuguées de l'armée envoyée en Thessalie
et de la flotte dépêchée vers Négrepont se montaient à 40 000 hommes, et
la flotte byzantine comprenait 73 bâtiments, tandis que les Latins avaient
seulement 30 navires41. Il est probable que, contrairement à l'affirmation
de Marin Sanudo, Jean de La Roche ne vint pas lui-même à Néai Patrai,
mais qu'il se contenta de fournir des troupes à Jean Doukas. D'autre part,
cet auteur ignore tout du subterfuge imaginé par le sébastokratôr pour
gagner Thèbes et de l'effet de surprise que provoqua son retour et qui contri
bua pour beaucoup à sa victoire.
L'éditeur de VIstoria del regno di Romania, Ch. Hopf, a placé en 1275
la guerre de Thessalie, que le récit de Marin Sanudo ne permet pas de dater
avec précision42. Reprise par d'autres historiens43, cette datation doit

40. La localisation de Marin Sanudo est précise : « Andorono sin ad un loco detto
la Dimetriade nel Golfo d'Almirô» (ibidem, p. 12124"25).
41. Pachymère : Bonn, I, p. 324910, 3253, 3322"3.
42. Voir l'édition de Ch. Hopf, p. 121 n. 3. Celui-ci avait émis la même opinion dans
un ouvrage précédent : Ch. Hopf, Allgemeine Encyclopädie der Wissenschaften und Künste,
LXXXV, Leipzig 1867, p. 303-304.
43. Qu'il suffise d'en citer quelques-uns : C. Chapman, Michel Paléologue, restaurateur
de Vempire byzantin (1261-1282), Paris 1926, p. 127; J. Longnon, U empire latin de
Constantinople et la principauté de Morée, Paris 1949, p. 243 ; D. J. Geanakoplos, Emperor
Michael Palaeologus and the West (1258-1282), Cambridge Mass. 1959, p. 282-285 ;
J. L. van Dieten, Nikephoros Gregoras. Rhomäische Geschichte. Historia rhomaïke, I,
Stuttgart 1973, p. 120. Si l'on place la guerre de Thessalie en 1275, on la situe dans le
prolongement de l'Union de Lyon et on lui attribue une coloration religieuse qui lui fut
étrangère.
194 A. FAILLER

être rejetée d'emblée, car, comme on l'a vu plus haut, le vaincu de Néai
Patrai, le despote Jean Paléologue, mourut avant le 1er septembre 1274,
et le vainqueur de Dèmètrias, le prôtostratôr Alexis Philanthrôpènos,
décéda encore plus tôt44. En se fondant uniquement sur l'Histoire de Georges
Pachymère, P. Poussines plaçait ces deux batailles quatre années plus tôt,
en 1271. Cette seconde date a été retenue par certains historiens, qui,
comme on le verra plus bas, ont cru pouvoir l'étayer par certaines données
des sources italiennes. Mais présentons d'abord la chronologie qu'a établie
P. Poussines, en s 'inspirant de l'analyse du texte de Georges Pachymère :
exception faite pour la mission en Hongrie, le mariage d'Andronic II
Paléologue avec Anne de Hongrie et le couronnement du jeune couple
impérial (IV, 29), qu'il date respectivement de 1271, 1272 et 1273, P. Pouss
ines établit une continuité chronologique entre les événements rapportés
dans ce passage de l'Histoire (IV, 27-V, 7)45 :
1269 incursions des Turcs en Asie Mineure (IV, 27)
schisme arsénite (IV, 28)
1270 désertion d'Andronic Tarchaneiôtès (IV, 30)
1271 batailles de Néai Patrai et de Dèmètrias (IV, 31-32)
1272 renonciation de Jean Paléologue à ses prérogatives de despote (V, 1)
voyage du patriarche Joseph en Orient (V, 2)
mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè (V, 3)
1273 alliance de Michel VIII Paléologue avec Nogaï (V, 4)
projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina (V, 6)
tremblement de terre de Dyrrachion (V, 7).
Comme on le verra plus clairement dans le chapitre suivant, le plan de
l'Histoire est différent : il faut rapprocher le chapitre 28 du livre IV et le
chapitre 2 du livre V, qui se rapportent à des faits contemporains (vers
1268) ; le passage intermédiaire (IV, 29- V, 1) doit être considéré comme une
anticipation. Fondée sur une analyse erronée de la structure du texte de
l'Histoire, l'argumentation de P. Poussines perd par le fait même toute
valeur. Si certains historiens se sont contentés de reprendre ses conclusions46,
d'autres ont cru en trouver la confirmation dans les sources occidentales ;

44. Dans un contexte qui concerne l'année 1275, Pachymère (Bonn, I, p. 41 15) écrit
qu'à cette date le grand duc était mort et qu'il était même décédé avant le despote Jean
Paléologue. Il semble clair en effet qu'il s'agisse d'Alexis Philanthrôpènos, et non de
Michel Laskaris. Le vainqueur de Dèmètrias, qui fut gravement atteint au cours de la
bataille {ibidem, p. 33614-3374), ne survécut donc pas longtemps à sa blessure.
45. P. Poussines : Bonn, I, p. 757-759.
46. Voir, par exemple, E. de Muralt, Essai de Chronographie byzantine, Saint-
Pétersbourg 1871, p. 423.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 195

c'est le cas notamment de R.-J. Loenertz, dont l'argumentation s'appuie


sur les chroniques vénitiennes et apparaît solide au premier abord.
On peut commencer l'examen des sources vénitiennes par la Chronique
d'Andréa Dandolo, qui présente un texte clair et digne de foi, où les faits
sont relatés de manière succincte. Les autres sources seront mentionnées
au fur et à mesure du commentaire de ce texte. En ce qui concerne les rela
tions de la Sérénissime avec Constantinople durant ces années-là, voici la
série d'événements que rapporte la Chronique d'Andréa Dandolo.
1. Au cours de la deuxième année du gouvernement de Lorenzo Tiepolo,
c'est-à-dire entre juillet 1269 et juillet 1270, les seigneurs tierciers de
Négrepont organisèrent une expédition sur les côtes de l'Asie Mineure
et en ramenèrent un butin considérable. Le baile de Venise à Négrepont
se dissocia de cette initiative47.
2. En représailles, Michel VIII Paléologue envoya la flotte grecque mettre
le siège devant le château d'Ôreos au nord de Négrepont. Les seigneurs
tierciers dépêchèrent à leur tour sur les lieux une flotte de 20 galères,
qui avait pour mission d'obliger les Grecs à lever le siège ; mais elle
échoua, et de nombreux Latins furent faits prisonniers48.
3. Au cours de la cinquième année de gouvernement de Lorenzo Tiepolo,
c'est-à-dire entre juillet 1272 et juillet 1273, arrivèrent à Venise des ambass
adeurs de Michel VIII Paléologue, qui sollicitait le renouvellement de
la trêve signée en 1268 et qui fit remettre 500 prisonniers vénitiens au
doge pour s'attirer ses bonnes grâces49.
On remarque tout d'abord que les batailles de Néai Patrai et de Dèmètrias
ne sont pas mentionnées dans ce texte. Le problème se pose alors de savoir
si la Chronique d'Andréa Dandolo y fait tout de même allusion, mais sans
les localiser de manière précise, ou si elle rapporte une autre série de faits.
Le premier épisode que relate la Chronique d'Andréa Dandolo ne fait
pas difficulté. Les textes byzantins ne le mentionnent pas, mais il est égale-

47. Andrea Dandolo, Chronica (E. Pastorello, Rerum Italicarum Scriptores, XII/1,
Bologne 1941-1949, p. 3171416) : « Dominatores terceriorum Nigropontis, disenciente
Andrea Dandulo Venetorum baiulo, cum xvi galeis Asyam minorem Palealogo subdictam
invadunt, et maxima conmissa preda redeunt. »
48. Ibidem (p. 3171618) : «Tune Palealogus indignatus, cum potenti stolo castrum
Orey ossidet et xx galeas bene armatas in Nigroponte, quas domini insuie, pro removenda
obsidione, misserant, in conflictum posuit, et multos nobiles feudatarios captivos
conduxit. »
49. Ibidem (p. 32045) : « Eodem tempore, apocrisarii Michaelis imperatoris Graecorum,
vc homines Venetos, quos in galeis feudatorum Nigropontis ceperant, duci offerunt,
et renovacionem treugue requirunt. »
196 A. FAILLER

ment rapporté dans l'Histoire de Marin Sanudo50 et dans les Annales de


Stefano Magno51. Si l'on retient les précisions chronologiques données
par les Annales de Stefano Magno, où cette expédition en Asie Mineure
est datée de 1269, et par la Chronique d'Andréa Dandolo, qui la place au
cours de la deuxième année de gouvernement de Lorenzo Tiepolo, on doit
la placer dans la seconde moitié de l'année 1269.
Les difficultés et les incertitudes commencent avec le siège d'Ôréos, qui
est présenté comme une réplique à l'attaque des Latins ; on peut logiquement
supposer qu'il a suivi de près l'expédition des seigneurs tierciers en Asie
Mineure et qu'il s'est déroulé vers 1270. Le siège d'Ôréos est également
relaté dans les Annales de Stefano Magno52 ; la description détaillée de la
bataille qui y est présentée permet de préciser la simple mention qu'en fait
la Chronique d'Andréa Dandolo, en des termes qu'on retrouve précisément
dans les Annales de Stefano Magno53. Certains historiens ont superposé
au siège d'Ôréos des deux sources vénitiennes la bataille de Dèmètrias
décrite dans les Histoires de Georges Pachymère et de Marin Sanudo54 ;
ils ont daté en conséquence le siège d'Ôréos de 1271, en se référant au
tableau chronologique de P. Poussines, qui place en 1271 la bataille de
Dèmètrias55. Mais l'identification du siège d'Ôréos et de la bataille de
Dèmètrias doit être exclue pour plusieurs raisons. En premier lieu, l'occasion
du conflit est différente : dans le premier cas la flotte byzantine est envoyée
en représailles contre les seigneurs tierciers de Négrepont ; dans le second
cas elle se rend à Négrepont pour dissuader les Latins de porter secours

50. Marin Sanudo, op. cit. : Ch. Hopf, p. 12020-26.


51. Seuls des extraits de cette œuvre ont été publiés par Ch. Hopf (op. cit., p. 179-209) ;
le passage concernant l'expédition des seigneurs tierciers en Asie Mineure a été édité
à deux reprises par R.-J. Loenertz : Mémoire d'Ogier, protonotaire, pour Marco et
Marchetto nonces de Michel VIII Paléologue auprès du pape Nicolas III. 1278, printemps-
été, OCP 31, 1965, p. 4081"4 = Les seigneurs tierciers de Négrepont de 1205 à 1280,
Byz. 35, 1965, p. 2701-4. Les deux articles de R.-J. Loenertz ont été réimprimés dans
Byzanîina et Franeo-Graeca, T, Rome 1970, p. 537-572; II, Rome 1978, p. 141-181.
52. Voir l'extrait édité par R.-J. Loenertz : OCP 31, 1965, p. 4085"21 = Byz. 35, 1965,
p. 2705-27122.
53. Au texte d'Andréa Dandolo reproduit ci-dessus (p. 195 n. 48) correspondent
mot pour mot le commencement et la fin du récit plus développé de Stefano Magno :
« Al hora Michiel Paleologo indignado con potente stuolo all'isola de Negroponte ando
et el castel de Loreo assedio. Questo intendendo i dominadori preditti in Negroponte
galie 20 armö. . ., et dapô longa battaglia quelle messe in conflitto et molti nobel feudatari
captiui condusse» (OCP 31, 1965, p. 4085-7-20"21 = Byz. 35, 1965, p. 27057 et 27121"22).
54. Tel est le sens de la note insérée dans l'édition de la Chronique d'Andréa Dandolo :
op. cit., p. 317; voir aussi l'index, s.v. Histiaea (Orey castrum), où le siège est daté de
1270-1271.
55. P. Poussines : Bonn, I, p. 758.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 197

au sébastokratôr Jean Doukas. En deuxième lieu, les effectifs engagés dans


la guerre sont beaucoup plus importants dans le second cas : 20 galères
latines contre 24 galères byzantines au siège d'Ôréos56, 30 galères latines
contre 73 galères byzantines à la bataille de Dèmètrias57. En troisième lieu,
la localisation de la bataille diffère assez pour qu'une confusion soit impro
bable : dans le premier cas le combat a lieu sur la côte nord de Négrepont,
près du château d'Ôréos, qui en constitue l'enjeu ; dans le second cas il
se déroule plus au nord, au large de Dèmètrias et au fond du golfe de Volos.
En résumé, il faut distinguer le siège d'Ôréos et la bataille de Dèmètrias
et placer le premier vers 1270.
R.-J. Loenertz a proposé une autre chronologie, qu'il faut également
écarter : il admet que le siège d'Ôréos est distinct de la bataille de Dèmètrias,
mais il le place en 127658. Voici en quelques mots le raisonnement qui fonde
cette conclusion : Ôréos est pris par les Byzantins avant le 4 mars 1276,
car un texte confirme qu'à cette date le château leur appartenait59. La prise
de la forteresse se situerait d'ailleurs vers cette date, d'après un passage
de l'Histoire de Georges Pachymère60, et précéderait de peu la défaite de
la flotte latine devant la ville. En fait, le rapprochement avec le texte de
Georges Pachymère qu'allègue R.-J. Loenertz et qui concerne les événements
de ces années-là ne s'impose guère. De plus, on ne s'expliquerait pas pour
quoi le siège d'Ôréos aurait été lié dans les chroniques vénitiennes d'Andréa
Dandolo et de Stefano Magno à l'expédition des seigneurs tierciers sur les
côtes d'Asie Mineure en 1269, si cette dernière avait eu lieu sept ans plus
tôt. Miche) VIII Paléologue se serait montré bien lent dans l'exécution
de ses représailles. Remarquons aussi que les chroniqueurs entendent lier
étroitement dans le temps les deux faits, comme le montre l'adverbe de

56. La Chronique d'Andréa Dandolo mentionne seulement le nombre des navires


latins {op. cit., p. 31716), tandis que celui des navires grecs est également précisé dans les
Annales de Stefano Magno (R.-J. Loenertz : OCP 31, 1965, p. 40818 = Byz. 35, 1965,
p. 271 19).
57. Georges Pachymère et Marin Sanudo fournissent des chiffres à peu près concor
dants; voir ci-dessus, p. 193.
58. R.-J. Loenertz, OCP 31, 1965, p. 399, régestes 22-23 = Byz. 35, 1965, p. 260,
régestes 85 et 87.
59. G. L. F. Tafel et G. M. Thomas, Urkunden zur älteren Handels- und Staatsgeschichte
der Republik Venedig, III, Vienne 1857, p. 21927-2206. Voir R.-J. Loenertz, OCP 31,
1965, p. 399, régeste 24 = Byz. 35, 1965, p. 261, régeste 88.
60. Pachymère : Bonn, I, p. 411M1318. R.-J. Loenertz {OCP 31, 1965, p. 399, régeste
23) a cru discerner également une allusion à la prise d'Ôréos dans un passage du Mémoire
d'Ogier {ibidem, p. 393188202) ; il faut remarquer cependant que ce texte ne contient aucune
mention précise de date ou de lieu.
198 A. FAILLER

temps qui assure la transition de l'un à l'autre : Tune dans la Chronique


d'Andréa Dandolo, Alhora dans les Annales de Stefano Magno61. En conclus
ion,le siège d'ôréos est indépendant de la bataille de Dèmètrias et antérieur
à celle-ci62.
La datation des historiens qui ont placé la bataille de Dèmètrias en 1271
procède, comme on l'a vu, du tableau chronologique établi par P. Poussines.
Mais par la suite on a pensé en trouver la confirmation dans le troisième
événement cité plus haut dans l'analyse de la Chronique d'Andréa Dandolo :
entre juillet 1272 et juillet 1273, les ambassadeurs de Michel VIII Paléolo
gue arrivèrent à Venise et remirent au doge 500 Vénitiens, qui avaient été
faits prisonniers à Négrepont. On peut retenir que cette ambassade parvint
à Venise durant la deuxième moitié de l'année 1272, selon les témoignages
concordants de la Chronique de Martin Canale63 et des actes de Grégoire
X64. La Chronique d'Andréa Dandolo laisse supposer que ces 500 Vénitiens
avaient été pris lors du siège d'ôréos, qui, relaté un peu plus haut, est anté
rieur de deux ans environ et au cours duquel, précise le chroniqueur, de
nombreux nobles latins furent capturés65. Comme il a repoussé à l'année
1276 le siège d'ôréos, R.-J. Loenertz a dû attribuer la capture de ces hom
mes à une autre circonstance. Il affirme qu'ils furent faits prisonniers à la
bataille de Dèmètrias par le prôtostratôr Alexis Philanthrôpènos66. Rejoi
gnant ainsi, sur le plan de la chronologie, l'avis des historiens qui identifient
le siège d'ôréos et la bataille de Dèmètrias, il place celle-ci avant le départ
de l'ambassade byzantine pour Venise et construit un ensemble cohérent :

61. Voir les deux textes ci-dessus, p. 195 n. 48 et p. 196 n. 53.


62. Le sort du château d'ôréos dans la décennie 70 est mal connu ; il faudrait sans
doute procéder à un réexamen des textes. Citons encore une source qui pourrait concerner
cette forteresse. Sous l'année 1271, Uestoire de Eracles empereur (RHC Occ, II, p. 461)
contient l'information suivante : «En ce point desconfist Pariologues l'emperere des
Grex ceus de Négrepont par mer avec galies qu'il avoit armées et prist tout le plus des
gens de l'isle et des chevaliers, et prist .1. chastel en l'isle de Négrepont. »
63. La Cronique des Vénitiens de maistre Martin da Canal : F.-L. Polidori, Archivio
storico italiano 8, 1845, p. 648 et 650.
64. Actes de Grégoire X : J. Guiraud, Paris 1892-1906, nos 845-846, 927-929, p. 346-347,
363-364. Ces actes ne sont pas datés, mais certains d'entre eux furent certainement émis
en 1272; voir O. Raynaldus, Annales ecclesiastici, XXII, Lucques 1748, p. 307-308.
Le pape ordonnait à Venise de ne pas reconduire la trêve avec Constantinople, afin de
mettre plus sûrement à sa merci Michel VIII Paléologue à la veille des négociations pour
l'union des Églises. Mais Venise ne céda pas à ses objurgations ; comme on le verra plus
loin, la trêve fut en effet reconduite.
65. Voir le texte cité plus haut, p. 195 n. 48.
66. R.-J. Loenertz, OCP 31, 1965, p. 396-397, régeste 13 = Byz. 35, 1965, p. 259,
régeste 81.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 199

acceptant l'opinion de P. Poussines, il date de 1271 la bataille de Dèmètrias


et voit dans les 500 Vénitiens remis l'année suivante au doge les prisonniers
faits à cette occasion. Fondée sur le rapprochement des deux faits, la démonst
ration de R.-J. Loenertz constitue une simple pétition de principe ; il
faut assigner aux faits un autre ordre : siège d'ôréos, ambassade byzantine
à Venise, bataille de Dèmètrias. Ajoutons qu'il est impossible de dater
avec précision le départ des ambassadeurs de Constantinople et leur arrivée
à Venise; on peut seulement affirmer qu'ils y parvinrent en 1272, après
le 15 juillet, date à laquelle commence la deuxième année de gouvernement
de Lorenzo Tiepolo67. Ils avaient pour mission de solliciter la reconduction
de la trêve de cinq ans qui avait été signée à Constantinople le 4 avril 1268
et ratifiée à Venise le 30 juillet de la même année68 et qui expirait donc en
avril 1273. Bien que les documents n'aient pas été conservés, la trêve fut
renouvelée à une ou deux reprises entre 1273 et 1277, date à laquelle elle
fut reconduite pour deux ans : le document émis à cette occasion laisse
entendre qu'elle ne fut pas interrompue69.
En résumé, les sources rapportent deux séries différentes d'événements,
qu'il faut se garder de faire coïncider. Il est d'ailleurs vraisemblable que
des heurts continuels, auxquels les Vénitiens ne dédaignaient pas de parti
ciper à l'occasion malgré la trêve en vigueur, opposèrent Latins et Grecs
autour de Négrepont en ces années-là70. Andrea Dandolo et Stefano Magno
relatent une première bataille, qui opposa les Byzantins aux Latins devant
le château d'Ôréos vers 1270; elle se solda par la victoire des Byzantins et
la capture de nombreux Latins. 500 Vénitiens qui combattaient sous la
bannière des seigneurs tierciers et qui avaient été faits prisonniers à cette
occasion furent remis au doge en 1272 par les ambassadeurs de Michel
VIII Paléologue. Quant à la guerre de Thessalie, au cours de laquelle Jean
Paléologue fut défait à Néai Patrai et Alexis Philanthrôpènos vainquit
la flotte latine au large de Dèmètrias, elle eut lieu l'année suivante, comme
il ressort de l'analyse du texte de Georges Pachymère ; aucune source
parallèle ne contredit cette datation.

67. Voir F. Dölger, Regesten2, n° 1985 a, où le départ des ambassadeurs pour Venise
est daté de mai-juin 1272. Sans preuve, P. Wirth admet qu'ils étaient à Venise en juillet
1272, au commencement de la cinquième année de gouvernement de Lorenzo Tiepolo
(15 juillet 1272).
68. F. Dölger, Regesten2, n05 1960-1961.
69. Ibidem, n° 2026. Voir le préambule du texte : G. L. F. Tafel et G. M. Thomas,
op. cit., Ill, p. 1348"9 (texte latin) ; MM, III, p. 848 (texte grec).
70. On en trouve le témoignage dans la longue liste des litiges intervenus entre Vénit
iens et Grecs depuis 1270 et réglés en mars 1278 ; voir G. L. F. Tafel et G. M. Thomas,
op. cit., III, p. 159-281.
200 A. FAILLER

5. Le récit de Nicéphore Grégoras. — Après Georges Pachymère et


Marin Sanudo, un troisième historien, Nicéphore Grégoras, a relaté les
batailles de Néai Patrai et de Dèmètrias. Par souci de clarté, sa version a
été laissée de côté jusqu'ici dans ce chapitre, d'autant plus qu'elle n'enrichit
d'aucune manière le récit détaillé qu'on lit dans l'Histoire de Georges
Pachymère. Bien qu'à première vue elle semble puisée à une autre source,
il faut remarquer que le plan et l'emplacement du récit sont identiques dans
les deux œuvres. On retrouve en effet la même anticipation sur le cours
du récit et la même division tripartite : mariage et couronnement d'Andro-
nic II Paléologue, siège de Néai Patrai, bataille de Dèmètrias71.
Voici le contenu général du texte et les principaux points de divergence
avec la relation de Georges Pachymère. Selon Nicéphore Grégoras, dont le
récit témoigne d'une imprécision chronologique égale à celle de son devanc
ier,le mariage et le couronnement d'Andronic II Paléologue eurent lieu
longtemps après l'éclipsé de soleil du 25 mai 1267 ; les actes officiels sui
vants furent émis à cette occasion : serment d'Andronic II Paléologue de
servir son père jusqu'à la mort de celui-ci, gramma par lequel l'Église
imposait au peuple chrétien la fidélité aux empereurs, autorisation donnée
au jeune empereur de signer des prostagmata à l'encre rouge. L'historien
consacre ensuite une place plus importante à la guerre de Thessalie. La
transition entre les deux récits est ambiguë et laisse entendre que Michel II
d'Épire mourut vers le temps où fut couronné Andronic II Paléologue72.
L'historien ajoute que Michel II d'Épire laissait quatre enfants : Jean le
Bâtard, Nicéphore, Michel et Jean ; il affirme que ces deux derniers se
réfugièrent auprès de Michel VIII Paléologue à la mort de leur père. Ceci
est manifestement faux, car Jean Angélos se trouvait depuis longtemps à
Constantinople, où son père l'avait envoyé en otage en 126173, et Michel
Angélos ne s'y rendit pas avant 127874. Nicéphore Grégoras se trompe encore
en prétendant que Jean Doukas venait de recevoir la dignité de sébasto-
kratôr, lorsqu'il se révolta contre l'empereur75. L'information de l'historien
sur ces événements paraît confuse ; on ne peut accorder plus de crédit à

71. Grégoras : Bonn, I, p. 109723, 10924-11624, ΙΠ1-^22. Le Pseudo-Sphrantzès


omet de relater ces événements.
72. Ibidem, p. 10924.
73. Pachymère : Bonn, I, p. 10713"17, 24314, 4854"7. Nicéphore Grégoras ignore cet
épisode et le remplace par la mention du mariage de Nicéphore Angélos, qui en fait n'eut
lieu qu'en 1264 (Grégoras : Bonn, I, p. 92810) ; voir le premier article : REB 38, 1980,
p. 83 n. 80.
74. Pachymère : Bonn, I, p. 439n-4415.
75. Grégoras : Bonn, I, p. 11112.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 201

d'autres renseignements contenus dans son récit, en particulier aux données


chiffrées : Jean le Bâtard aurait ramené d'Athènes (et non de Thèbes,
comme l'écrit Georges Pachymère) 500 hommes (et non 300) 76 ; à Dèmè-
trias, 50 navires grecs (et non 73) auraient affronté 30 bâtiments latins
(chiffre également fourni par Georges Pachymère)77.
Ici comme ailleurs se pose le problème des sources dont s'est inspiré
Nicéphore Grégoras. Se contente-t-il de résumer l'Histoire de Georges
Pachymère, en y apportant quelques modifications et en y insérant quelques
additions, en particulier des notations géographiques, ou bien puise-t-il
à d'autres sources ? Toujours est-il que l'historien semble placer également
la guerre de Thessalie après le couronnement d'Andronic II Paléologue.
Comme dans l'Histoire de Georges Pachymère, ce récit clôt le livre IV.
On a cru discerner également une allusion à la bataille de Dèmètrias
dans une poésie de Manuel Holobôlos et dans un panégyrique adressé à
Michel VIII Paléologue au lendemain du couronnement d'Andronic II
Paléologue78. Ces affirmations sont souvent fondées sur le présupposé
que les Latins et les Grecs s'affrontèrent une seule fois autour de Négrepont,
alors qu'en réalité les heurts étaient continuels. Le second texte, composé
vers la fin de l'année 1272 ou le début de l'année suivante, présenterait
plutôt un argument a silentio en faveur de l'antériorité de ce discours par
rapport à la bataille de Dèmètrias, qui aurait sans doute été mentionnée
distinctement et longuement, si elle avait eu lieu peu de temps auparavant,
c'est-à-dire en 1271, comme l'admettait l'éditeur du panégyrique en se
référant au tableau chronologique de P. Poussines. Par contre, on peut sans
doute reconnaître dans un passage du Typikon de Saint-Dèmètrios, qui
fut composé en 1282, une allusion à la bataille de Dèmètrias : les Byzantins,
d'après ce texte, vainquirent les Latins dans une bataille navale très écla
tante ; une seule trirème latine s'en échappa, qui fut la messagère de la

76. Ibidem, p. 114510. Mais il se peut que Grégoras s'autorise, pour avancer ce chiffre,
du texte de Pachymère (Bonn, I, p. 3281415), selon qui le duc d'Athènes remit à Jean
Doukas « 300 chevaliers ou même davantage, dit-on ».
77. Grégoras : Bonn, I, p. 11719·24. Pachymère (Bonn, I, p. 3253 et 3322-4) fournit
deux évaluations successives de la flotte byzantine ; dans le premier cas, il lui attribue
73 bâtiments ; dans le second, il évalue ses effectifs à deux ou trois fois ceux des Latins,
qui possédaient un peu moins de 30 galères. Le chiffre fourni par Grégoras peut provenir
de ce second passage. Par une curieuse coïncidence, D. J. Geanakoplos (op. cit., p. 283
n. 27) a relevé également cette évaluation approximative des forces byzantines et omis
de citer le chiffre plus précis que l'historien a fourni au début de son récit.
78. A. Heisenberg, Aus der Geschichte und Literatur der Palaiologenzeit, Munich
1920, p. 128; L. Previale, Un panegirico inedito per Michèle VIII Paleologo, BZ 42,
1942, p. 3917"20 et note correspondante.
202 A. FAILLER

défaite79. La victoire de Dèmètrias fut bien le combat naval le plus important


du règne de Michel VIII Paléologue, comme le laisse également entendre
Georges Pachymère, dont on peut considérer le récit comme le plus fidèle.
Aucune source parallèle ne contredit donc les données de l'Histoire de
Georges Pachymère telles qu'on a cru pouvoir les interpréter dans les trois
premiers paragraphes de ce chapitre. Il faut retenir cependant qu'une
meilleure étude des sources italiennes pourrait procurer des renseignements
supplémentaires et infléchir les conclusions présentes. Les propositions
suivantes peuvent être présentées avec l'indice d'une très grande probabilité,
proche de la certitude : les négociations de Michel VIII Paléologue avec
Jean Doukas et la conclusion d'un traité sont à placer dans la deuxième
moitié de 1267 ou, à la rigueur, au début de l'année suivante ; le grand duc
Michel Laskaris et l'ancien patriarche Germain se rendirent à la cour de
Hongrie en 1272 et amenèrent à Constantinople la fille d'Etienne V, la
princesse Anne, qui épousa Andronic II Paléologue et fut couronnée avec
lui la même année ; le sébastokratôr Jean Doukas, qui s'était soulevé à
nouveau contre l'empereur vers le même temps, vainquit le despote Jean
Paléologue sous les murs de Néai Patrai en 1273, mais la flotte latine de
Négrepont fut battue peu après à Dèmètrias par la marine byzantine,
qui était commandée par le prôtostratôr Alexis Philanthrôpènos.

20. Les nouvelles difficultés intérieures et extérieures de Michel


VIII Paléologue (V, 2-9)
Après avoir obtenu l'absolution du patriarche Joseph en février 1267 et
conclu peu après un traité de paix avec le sébastokratôr Jean Doukas,
Michel VIII Paléologue se heurta à de nouvelles difficultés : les unes étaient
dues aux désordres que créa à l'intérieur de l'Église et de l'empire le déve
loppement du schisme arsénite, les autres à l'hostilité de Constantin Tich,
le tsar de Bulgarie, et surtout de Charles Ier d'Anjou, le roi de Naples. Les
chapitres que consacre Georges Pachymère à ces événements posent des
problèmes de chronologie auxquels on ne peut apporter de solution satis
faisante, car l'historien ne date pas les faits relatés, qu'aucune autre source
ne situe non plus de manière précise. Le récit de Georges Pachymère permet
néanmoins de fixer l'ordre dans lequel se succèdent certains événements
et l'espace temporel dans lequel se déroulent les faits. En un mot, certaines
conclusions peuvent être établies d'après la composition et la structure du
texte, malgré l'absence d'indices chronologiques, mais elles n'auront ni une
précision absolue ni un caractère définitif.

79. Typikon de Saint- Dèmètrios : H. Grégoire, Byz. 29-30, 1959-1960, p. 4593"5.


CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 203

Voici les faits rapportés dans ce passage de l'Histoire :


— le séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure (V, 2)
— le mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè (V, 3)
— l'alliance de l'empereur avec Nogaï (V, 3-4)
— la remise de Mésembreia à l'empereur par Mytzès (V, 5)
— le projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina (V, 6)
— le séisme de Dyrrachion (V, 7)
— les préparatifs militaires de Charles Ier d'Anjou (V, 8)
— l'ambassade byzantine auprès du roi de France (V, 9).
La fin du chapitre 3 et les deux chapitres suivants rompent la ligne chro
nologique du récit et constituent un complément à la première partie du
chapitre 3. L'historien y expose d'une part l'objet du litige qui opposait
la Bulgarie à l'empire byzantin et fait état d'autre part des forces respectives
de chaque camp. Ce passage contient des retours en arrière (remise de
Mésembreia à l'empereur, ascension de Nogaï au sein de la Horde d'Or)
et une anticipation (mariage de Nogaï avec la fille naturelle de l'empereur).
Il semble que le reste du récit rapporte des événements à peu près contemp
orains, bien que l'historien ne date pas les faits et n'établisse pas entre
eux un ordre de succession clair.
La chronologie habituellement reçue pour ce passage (V, 2-9) remonte à
P. Poussines. Comme on l'a vu plus haut, le premier éditeur de l'Histoire
date de 1271 la guerre de Thessalie et de 1272 le mariage d'Andronic II
Paléologue avec Anne de Hongrie (IV, 29-V, 1) ; il considère comme posté
rieurs à ces deux événements les faits que relate ensuite Georges Pachymère.
Dans ce cas, l'Histoire ne rapporterait à peu près rien des années 1268-1271.
De fait, le tableau chronologique de P. Poussines contient peu de mentions
pour cette période de quatre ans, sans compter qu'il doive être encore
amputé, puisque l'absolution de Michel VIII Paléologue, qui fut accordée
en février 1267, y figure par erreur sous l'année 1268 et que la guerre de
Thessalie, qui se déroula sans doute en 1273, y est inscrite par erreur sous
l'année 1271 A. Voici la date qu'attribue P. Poussines aux principaux évé
nements relatés dans ce passage2 :
1272 séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure (V, 2)
mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè (V, 3)

1. P. Poussines : Bonn, I, p. 756-758. De même, il date de 1270 {ibidem, p. 757) la


trahison d'Andronic Tarchaneiôtès, qui favorisa ou provoqua le soulèvement de Jean
Doukas et qui doit être placée en 1272 ou en 1273.
2. Ibidem, p. 758-759.
204 A. FAILLER

1273 projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina


(V,6)
séisme de Dyrrachion (V, 7).
P. Poussines considère que la longue anticipation sur le cours du récit
(IV, 29-V, 7) s'achève avec la description du tremblement de terre de
Dyrrachion, puisqu'il place en 1269 les préparatifs militaires de Charles
Ier d'Anjou contre l'empire byzantin (V, 8) et en 1270 l'ambassade dépêchée
par l'empereur auprès du roi de France (V, 9)3. Dans ce dernier chapitre,
Georges Pachymère fournit en effet un repère chronologique sûr, le seul
que contienne le début du livre V : les envoyés de l'empereur, Jean Bekkos
et Constantin Mélitèniôtès, furent reçus en audience à Tunis par Louis IX
la veille de sa mort, c'est-à-dire le 24 août 1270; grâce aux sources occi
dentales, on connaît en effet avec exactitude la date de la mort du roi de
France. En résumé, P. Poussines traite comme un récit continu et comme
une anticipation l'ensemble de ces onze chapitres (IV, 29-V, 7), qui concer
neraient les années 1271-1273. Au chapitre 8 du livre V, Georges Pachymère
reprendrait sa narration à l'année 1269, en faisant un nouvel exposé continu
des événements qui vont de 1269 à 1275 (V, 8-24), c'est-à-dire des préparat
ifs, de la conclusion et des conséquences immédiates de l'Union de Lyon.
Mais P. Poussines ne produit aucun argument sérieux qui l'autorise
à placer une césure chronologique entre les chapitres 7 et 8 du livre V.
Cependant les historiens ont généralement retenu l'ensemble de cette anal
yse, bien que certains aient cru discerner quelques erreurs ponctuelles
dans la datation des événements. Ainsi F. Dölger a reporté au chapitre 6
le retour à la ligne chronologique du récit4, car il entendait placer vers
1268 le projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina,
que P. Poussines avait daté de 1273. De même, d'autres historiens avancè
rent la date du séisme de Dyrrachion ou du mariage de Constantin Tich
avec Marie Kantakouzènè.
Néanmoins personne ne s'est avisé de réexaminer l'ensemble de la chro
nologie de ce passage et de procéder à une nouvelle analyse de la structure du
texte. En fait, il apparaît que la césure chronologique ne se place ni entre
les chapitres 7 et 8 du livre V, comme l'a cru P. Poussines, ni entre les cha
pitres 5 et 6, comme l'a pensé F. Dölger, mais bien plus haut, entre les
chapitres 1 et 2. L'anticipation sur le cours du récit concerne seulement le

3. P. Poussines : Bonn, I, p. 757. Voir ci-dessus, p. 194.


n° 4.1953)
F. Dölger,
reprend cette
Regesten1,
opinion,
n° bien
1953 qu'il
(ca. 1268),
adopte Chronologie.
une nouvelle P.chronologie
Wirth (Regesten2,
pour les
événements qui sont rapportés dans le chapitre 3.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 205

mariage d'Andronic II Paléologue et la guerre de Thessalie (IV, 29-V, 1) et


s'explique parfaitement : comme on l'a vu dans le chapitre précédent, cette
parenthèse est annoncée en termes voilés à la fin du chapitre 28, auquel
le chapitre 2 du livre V offre une suite logique. De part et d'autre, il est
en effet question du schisme qui, né en 1265 après la destitution du patriar
che Arsène, s'amplifia à partir de 1267 après la promotion du moine Joseph
le Galèsiôtès au siège patriarcal. Cette observation faite, le lecteur s'attend
à trouver dans ce passage de l'Histoire (V, 2-9) le récit d'événements qui
se déroulèrent après l'absolution de Michel VIII Paléologue (IV, 25), que
Georges Pachymère date du 2 février 1267, et avant l'ambassade de Jean
Bekkos et de Constantin Mélitèniôtès (V, 9), qui rencontrèrent Louis IX
à Tunis en août 1270. Ces chapitres de l'Histoire ne concerneraient donc
pas les années 1272-1273, comme l'a cru P. Poussines, mais les années
1267-1270. Il reste à présent à examiner chaque chapitre et à dater chaque
événement de la manière la plus précise possible.

1 . Le séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure. — Georges Pachymère


relate d'abord le voyage que fit le patriarche Joseph en Asie Mineure (V, 2),
dans le but d'obtenir l'appui des milieux monastiques, mais il ne le situe
pas par rapport aux événements antérieurs. Il est impossible de dater ce
séjour de manière précise, mais il faut le placer au début, et non vers la fin,
du patriarcat de Joseph, probablement en 1268. Comme l'historien a déjà
décrit précédemment (IV, 28) les progrès du schisme arsénite après la
promotion de Joseph au patriarcat et les châtiments infligés aux dissidents
et qu'il rapporte encore dans le premier paragraphe du présent chapitre
d'autres faits antérieurs au départ du patriarche pour la région d'Éphèse,
on peut supposer qu'un laps de temps assez considérable s'est écoulé depuis
son intronisation. De plus, on peut penser que l'historien suit un ordre
chronologique et entend placer le voyage du patriarche après le conflit
avec la Thessalie (IV, 26), dont le règlement intervint dans la deuxième
moitié de l'année 1267 ou au début de l'année suivante5. Il est donc probab
le que Joseph visita les monastères d'Orient en 1268. Si les événements
antérieurs ne fournissent pas de terminus post quem sûr, les faits postérieurs
ne présentent pas non plus de terminus ante quem plus précis ; selon Georges
Pachymère6, le retour du patriarche à Constantinople précéda de peu le
mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè ; mais la date du

5. Voir ci-dessus, p. 180-184.


6. Pachymère : Bonn, I, p. 34216.
206 A. FAILLER

départ de la future impératrice bulgare pour Tirnovo n'est pas connue


de manière exacte, comme le montrera le paragraphe 2.
Le patriarche Joseph fit ce voyage pour essayer d'enrayer les progrès du
schisme arsénite, en faisant appel à la loyauté des moines d'Orient et en
particulier du plus prestigieux d'entre eux, Nicéphore Blemmydès ; mais
celui-ci l'accueillit avec une certaine indifférence, ne daigna pas s'intéresser
à ces basses querelles et se refusa à lui apporter le concours et l'appui
souhaités. Comme il était déjà âgé, Nicéphore Blemmydès demanda au
patriarche de signer son testament et de le soumettre à l'empereur pour
ratification à son retour à Constantinople ; mais après la mort du philosophe
les dispositions testamentaires furent cassées par ceux qui en avaient garanti
l'exécution. La chronologie des dernières années de Nicéphore Blemmydès,
dont les deux mémoires autobiographiques sont datés respectivement de
1264 et de 12657, est fondée uniquement sur ce passage de l'Histoire de
Georges Pachymère et doit être rectifiée en fonction de la nouvelle analyse
du texte présentée plus haut. Puisque la visite de Joseph se situe probable
ment en 1268, c'est également à cette date que le moine rédigea son testa
ment, qui fut aussitôt ratifié par le patriarche et l'empereur8. Selon Georges
Pachymère9, Joseph était encore en fonction, lorsque fut cassé le testament
du défunt; Nicéphore Blemmydès mourut donc au plus tard en 1274,

7. Ils ont été édités par A. Heisenberg (Nicephori Blemmydae curriculum vitae et
carmina, Leipzig 1896) et ils sont datés à leur début (p. 1 et 52).
8. Suivant la chronologie établie par P. Poussines (Bonn, I, p. 758), F. Dölger (Regest
en1,n° 1983) a placé vers 1272 la ratification du testament de Nicéphore Blemmydès
par Michel VIII Paléologue ; il se réfère également à A. Heisenberg (op. cit., p. xxiv-
xxv), qui opte de son côté pour l'année 1271. D'autre part, F. Dölger (Regesten1, nos
1969-1970) place vers 1270 le mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè.
Or Pachymère (Bonn, I, p. 34216) écrit que ce mariage eut lieu après le retour du patriarche
d'Asie Mineure. Comme il n'y a aucune raison de mettre en doute cette information, il
convient de rejeter l'ordre des événements adopté par F. Dölger. S'en rapportant à
l'indication chronologique de Pachymère, V. Laurent (Regestes, n° 1391) place le voyage
du patriarche vers 1270-1271 et l'alliance avec la Bulgarie vers la même date. P. Wirth
(Regesten2, n° 1971a) place la ratification du testament de Nicéphore Blemmydès par
Michel VIII Paléologue vers 1270-1271, en se référant à V. Laurent. Mais il est lui aussi
en désaccord avec l'indication chronologique de Pachymère, car il date d'après juin 1269
(Regesten2, nos 1969-1970) l'alliance avec la Bulgarie, qui, selon l'historien, est postérieure
au voyage du patriarche Joseph en Asie Mineure. En conséquence, il faut sans doute placer
en 1268 la ratification impériale du testament de Nicéphore Blemmydès (Regesten1,
n° 1983 : ca. 1272; Regesten2, n° 1971a : ca. 1270-1271), ainsi que sa confirmation par
le patriarche (Regestes, n° 1391 : vers 1270-1271).
9. Pachymère : Bonn, I, p. 3429"13.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 207

plus probablement quelques années plus tôt et peut-être peu après la rédac
tionde son testament10.

2. Le mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè. — Georges


Pachymère rapporte ensuite le mariage de Constantin Tich, tsar de Bulgarie,
avec Marie Kantakouzènè, nièce de Michel VIII Paléologue (V, 3), et il
le lie ainsi au chapitre précédent : les tractations avec la Bulgarie se déroul
èrent peu après le retour du patriarche et aboutirent à un traité de paix,
scellé par une alliance matrimoniale ; l'empereur et le patriarche accompag
nèrentjusqu'à Sèlybria la future impératrice qui se rendait à Tirnovo.
Marie Kantakouzènè, la nouvelle épouse de Constantin Tich, était la veuve
d'Alexis Philès ; mais le renseignement ne peut contribuer à établir la date
de son deuxième mariage, car on ignore quand mourut le grand domestique,
décédé en prison à l'issue de la campagne de Morée, en 1263 au plus tôt,
peut-être quelques années plus tard1 1 . On ignore également quand Constant
in Tich avait perdu sa femme, Irène Laskarina, une fille de Théodore II
Laskaris12. Il est donc impossible d'assigner une date précise au départ
de Marie Kantakouzènè pour la Bulgarie ; mais on peut présumer que son
mariage avec Constantin Tich eut lieu en 1268 ou, au plus tard, au début
de l'année suivante. D'autre part, Georges Pachymère n'établit aucun lien
sur le plan chronologique, entre ce mariage et le projet d'union entre
Milutin de Serbie et Anne Palaiologina, qu'il relate à la suite (V, 6) et dont
le dénouement, comme on l'exposera plus bas, peut être placé vers le milieu
de l'année 1269. On peut supposer néanmoins que l'historien suit un ordre
chronologique et que le patriarche Joseph se rendit successivement dans la
région d'Éphèse pour visiter les monastères orientaux de l'empire (V, 2),
à Sèlybria pour y conduire la future impératrice de Bulgarie (V, 3) et sur
les frontières de la Serbie pour négocier une alliance matrimoniale avec
Etienne Ier Uros (V, 6).

10. V. Laurent (Regestes, n° 1405) date de 1273-1274 le rattachement du couvent


de Nicéphore Blemmydès au monastère du Galèsios et il écrit que le philosophe mourut
certainement en 1273. En fait, le texte de Georges Pachymère permet seulement d'affirmer
que Nicéphore Blemmydès mourut avant la fin du patriarcat de Joseph (9 janvier 1275).
Georges Métochitès (I. Cozza, dans A. Mai, Nova Patrum bibliotheca, VIII/2, Rome
1871, p. 3910"17) corrobore les dires de l'historien : alors qu'il s'entretenait avec le
patriarche au monastère de la Péribleptos après le départ de Joseph du patriarcat,
c'est-à-dire après le 11 janvier 1274, Georges Métochitès entendit son interlocuteur regret
ter que Nicéphore Blemmydès fût mort, car, selon le patriarche, il aurait approuvé et
appuyé l'union des Églises.
11. Voir le premier article : REB 38, 1980, p. 90-92, 95-96.
12. Ibidem, p. 67-68.
208 A. FAILLER

P. Poussines, qui a été suivi par les deux biographes de Michel VIII
Paléologue13, a daté de 1272 le mariage de Constantin Tich avec Marie
Kantakouzènè14. Le rédacteur des régestes impériaux a placé l'alliance
entre les États byzantin et bulgare un peu plus haut, en 1270-1271 15. Il
s'est inspiré des opinions émises par les historiens bulgares, tout en se refu
sant à les suivre jusqu'au bout, car ceux-ci font remonter à 1269 ou 1268
la conclusion de la paix entre Constantin Tich et Michel VIII Paléologue16
et confirment ainsi la chronologie établie à partir de l'analyse du texte de
Georges Pachymère. Plus récemment, P. Petrov a cru pouvoir assigner
à cet événement une date plus précise : deuxième moitié de l'année 126917.
Il n'est pas question de développer ici l'ensemble de son argumentation,
dans laquelle sont mises en valeur la situation politique des deux États
et les motivations de Michel VIII Paléologue; l'empereur s'efforçait en
particulier de se concilier l'amitié des nations limitrophes et de rompre
la coalition anti-byzantine qu'organisait Charles Ier d'Anjou pour envahir
plus aisément les territoires repris par les Nicéens en 1261. Seul sera examiné
le point sur lequel est fondée la démonstration de P. Petrov. D'après une
lettre de Bêla IV, datée d'avril 1269, une ambassade bulgare se trouvait à
la cour de Hongrie vers le début de l'année 126918 ; P. Petrov en conclut
qu'à ce moment la Bulgarie était encore dans l'orbite de la Hongrie, que
Michel VIII Paléologue réussit plus tard à détacher Constantin Tich de la
coalition anti-byzantine et que, comme le renversement des alliances exigea
nécessairement un certain délai, l'alliance entre Tirnovo et Constantinople
dut devenir effective vers le milieu de l'année 1269.
Mais le contenu et la portée de ce texte sont ambigus sur plusieurs points.
En premier lieu, on peut contester qu'une fois la paix conclue entre l'em
pire byzantin et la Bulgarie Constantin Tich ait été dans l'impossibilité

13. C. Chapman, Michel Paléologue, restaurateur de Vempire byzantin (1261-1282),


Paris 1926, p. 90-91 ; D. J. Geanakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West
0258-1282), Cambridge Mass. 1959, p. 232.
14. P. Poussines : Bonn, I, p. 758.

n° 15.
nos 1391).
1969-1970)
F. Pour
DöLGER,
lesplace
raisons
Regesten1,
l'alliance
qui sont
nos
bulgaro-byzantine
exposées
1969-1970;
dans les
il est
lignes
un suivi
peu
suivantes,
plus
par V.
haut
P.Laurent
Wirth
(nach juni
(Regesten2,
(Regestes,
1269).

Voir aussi ci-dessus, p. 206 n. 8.


16. Cette datation a d'abord été proposée par P. Nikov et elle a été reprise par V. N.
Zlatarski (Istorija na bâlgarskata dârzava prez srednite vekove, III, Sofia 1940, p. 523).
17. P. Petrov, Kam väprosa za bälgaro-vizantijskite otnosenija prez vtorata polovina
na xiii v., Istoriceski pregled 16, 1960, p. 83-90, et en particulier la conclusion, p. 89-90.
18. I. Nagy, Codex diplomaticus patrius Hungaricus, VIII, Budapest 1891, p. 9624"25.
Sur la datation exacte de ce document, voir ci-dessous, p. 213 n. 32.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 209

d'envoyer une ambassade à la cour de Hongrie; le roi de Hongrie ne se


rangea pas de manière déterminée dans la coalition anti-byzantine malgré
les souhaits et les pressions de Charles Ier d'Anjou. Dans le cas contraire,
comment s'expliquerait-on en effet qu'une ambassade byzantine fût présente
à sa cour au même moment, comme le rapporte le même texte ? En second
lieu, il faut s'interroger sur l'identité réelle des ambassadeurs bulgares.
S'agit-il des envoyés de Constantin Tich, comme on l'a admis spontanément,
plutôt que des émissaires de Jakov Svetoslav, despote de Vidin et vassal
de la Hongrie ? Il faut citer à nouveau le traité de paix qu'Etienne V signa
avec la Bohême en juillet 1271 et que le pape Grégoire X confirma l'année
suivante19. Le roi de Hongrie mentionne parmi ses alliés Svetoslav, auquel
il donne le titre d'empereur des Bulgares : « Swetizlaum, imperatorem
Bulgarorum »20. Si Etienne V considère Jakov Svetoslav, et non Constantin
Tich, comme le tsar de Bulgarie, il est possible également que les ambassad
eurs bulgares mentionnés deux ans plus tôt par Bêla IV soient les envoyés
de Vidin et non ceux de Tirnovo. En résumé, le document hongrois d'avril
1269 ne permet pas de dater de manière aussi précise le mariage de Constant
in Tich avec Marie Kantakouzènè, qui eut vraisemblablement lieu en 1268
ou au début de l'année suivante, et non au cours de la deuxième moitié de
1269, comme l'a pensé P. Petrov21.

A la fin de ce chapitre et dans les deux suivants, Georges Pachymère


relate des événements antérieurs ou postérieurs au mariage de Constantin
Tich avec Marie Kantakouzènè. L'exposé, qui rompt une fois de plus la
continuité chronologique du récit, est destiné à éclairer les rapports entre
Tirnovo et Constantinople ; il porte sur deux faits, dont la datation pose
également des problèmes : la remise de Mésembreia à Michel VIII Paléo-
logue par Mytzès (V, 4) et l'alliance de l'empereur avec Nogaï (V, 3 et 5).
Le conflit qui opposait Tirnovo à Constantinople portait en particulier
sur Mésembreia et Anchialos; Michel VIII Paléologue avait occupé les
deux villes bulgares en tirant profit d'une querelle de succession qui mit

19. Voir ci-dessus, p. 186 avec la note 22.


20. G. Wenzel, Codex diplomaticus Arpadianus continuatus, VIII, Budapest 1862,
p. 255. Voir aussi E. Darko, Byzantinisch-ungarische Beziehungen in der zweiten Hälfte
des XIII. Jahrhunderts, Weimar 1933, p. 30 n. 1.
21. Les régestes impériaux qui enregistrent l'ambassade envoyée en Bulgarie et le
traité d'alliance doivent donc être datés de 1268 ou, à la rigueur, du début de l'année
suivante. Ils ont été placés par F. Dölger (Regesten1, nos 1969-1970) vers 1270 et par
P. Wirth (Regesten2, nos 1969-1970) après juin 1269. V. Laurent (Regestes, n° 1391)
date ces événements de 1270-1271. Voir aussi ci-dessus, p. 206 n. 8.
210 A. FAILLER

aux prises durant plusieurs années Constantin Tich et Mytzès, gendre


de Jean II Asen (1218-1241) et beau-frère de Michel II Asen (1246-1257).
Assiégé dans Mésembreia, Mytzès fit appel à l'empereur, qui envoya une
armée le délivrer et s'appropria la ville en échange de son assistance. Un
traité sanctionna l'accord : Mytzès remettait à Michel VIII Paléologue la
ville de Mésembreia et recevait en retour un apanage sur le Skamandros
en Asie Mineure; de plus, l'empereur promettait d'unir plus tard sa fille
Irène au fils de Mytzès, prénommé Jean. L'accord fut conclu peu après le
retour des Byzantins à Constantinople en 1261. Selon la chronologie établie
plus haut pour les campagnes qui suivirent l'entrée de Michel VIII Paléo
logue dans la capitale de l'empire22, Georges Pachymère semble placer en
1262 l'arrivée des troupes byzantines à Mésembreia et l'accord conclu peu
après avec Mytzès23.
Au terme du traité que signèrent Constantin Tich et Michel VIII Paléolo
gue, probablement en 1268, les deux villes de Mésembreia et d'Anchialos
devaient revenir à la Bulgarie. L'empereur fit mine d'accepter cette clause,
mais au lendemain du mariage du tsar bulgare, il refusa de l'exécuter imméd
iatement, mettant comme condition nouvelle la naissance d'un héritier au
trône de Bulgarie. Lorsque cette condition fut à son tour remplie, il ate
rmoya à nouveau et chercha d'autres prétextes, s'attirant ainsi l'hostilité
croissante de Constantin Tich et de Marie Kantakouzènè, dont l'animosité
contre son oncle était également alimentée par son opposition à l'union des
Églises.
Afin de neutraliser à l'avance l'offensive de Constantin Tich pour repren
dre les deux villes côtières de la mer Noire, Michel VIII Paléologue s'em
ploya à lui susciter un ennemi qui le dissuadât d'attaquer l'empire byzant
in : il s'agissait de Nogaï, un chef de la Horde d'Or, avec lequel l'empereur
conclut un traité et auquel il donna pour femme sa fille naturelle Euphro-
syne. Georges Pachymère ne fournit aucune indication précise sur la date
à laquelle fut conclue cette alliance, dont il fait pourtant mention à diverses
reprises. Rapportant que Michel VIII Paléologue entra en relations avec
les Tatars de Kipcak dès 1261, l'historien signale que l'empereur devait

22. Voir le premier article : REB 38, 1980, p. 91-92.


23. Pachymère : Bonn, I, p. 21020-2111. Grégoras (Bonn, I, p. 602223, 1326"15) rap
porte aussi ce fait et, en prétendant que Mytzès rejoignit l'empereur à Nicée, laisse enten
dre que l'événement se passa avant juillet 1261. Le rédacteur et le réviseur des Regesten
(n° 1916a dans les deux éditions) ont placé ce traité vers 1263. Au terme d'une investiga
tion dans les actes officiels hongrois, E. Darko (op. cit., p. 27-35, en particulier p. 33-35)
est arrivé à la conclusion que Mésembreia fut remise aux Byzantins en 1265, mais son
exposé ne contient aucun argument contraignant dans ce sens.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 211

conclure une alliance avec Nogaï bien des années plus tard et lui envoyer
à cette occasion sa fille naturelle24. Il mentionne à nouveau Nogaï, lorsqu'il
relate l'invasion de la Thrace par les Tatars en 1264, et note qu'à cette
date celui-ci commençait à se créer un État indépendant et que l'alliance,
scellée par le mariage d'Euphrosyne, n'avait pas encore été conclue25.
Lorsqu'en 1279 ou l'année suivante Nogaï reçut les deux prétendants au
trône de Bulgarie, Lachanas et Jean, le fils de Mytzès, Euphrosyne se
trouvait auprès de lui26.
On peut déduire que Michel VIII Paléologue se hâta d'obtenir l'alliance
de Nogaï et que les tractations aboutirent peu de temps après le mariage de
Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè, sans doute vers 127027 ; il
semble impossible de proposer une date plus précise. Selon Georges Pachy-
mère, le traité qui liait Tirnovo à Constantinople fut rompu au moment
où naquit un héritier au trône de Bulgarie, Michel, mais Constantin Tich
se garda d'ouvrir les hostilités, par crainte de Nogaï, auquel Michel VIII
Paléologue venait de s'allier. L'historien reprend le récit des affaires bul
gares au début du livre VI : il rappelle que le traité byzantino-bulgare
avait été rompu, parce que l'empereur avait refusé de livrer au tsar les
villes de Mésembreia et d'Anchialos après la naissance de Michel, et il
ajoute que l'union des Églises avait avivé l'animosité de Marie Kantakouz
ènè contre son oncle28. Ce passage de l'Histoire introduit le long récit
des événements sanglants qui se déroulèrent en Bulgarie de 1276 à 1280
et n'est d'aucun secours pour l'établissement de la chronologie des faits
antérieurs.

3. Le projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina. —


Comme on l'a vu, Michel VIII Paléologue avait donc promis de donner

24. Pachymère : Bonn, I, p. 180814.


25. Ibidem, p. 23 110"19.
26. Ibidem, p. 46620-46812. Des événements relatés dans ce passage de l'Histoire (V,
2-9), Grégoras rapporte seulement l'épisode de Mytzès (voir ci-dessus, p. 210 n. 23) et
le mariage de Nogaï à une fille naturelle de Michel VIII Paléologue, à laquelle il donne
le prénom d'Irène et qu'il prétend avoir été donnée en mariage au chef tatar peu avant
1282 (Bonn, I, p. 1491619).
27. F. Dolger {Regesten1, n° 1977) place l'alliance de Michel VIII Paléologue avec
Nogaï vers 1271 : il date de 1270 le mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè
et suppose que la conclusion de l'alliance byzantino-tatare coïncida approximativement
avec la naissance de Michel. P. Wirth {Regesten2, n° 1984a) la situe vers 1272. Par ailleurs
il inclut ici le régeste n° 1962 de la première édition, dans lequel est recensée une ambass
ade byzantine qui fut envoyée par l'empereur aux Tatars de Kipcak et dont on ne connaît
exactement ni la date (entre 1268 et 1278), ni l'objet, ni même le destinataire.
28. Pachymère : Bonn, I, p. 427112. Voir ci-dessous, p. 234-236.
212 A. FAILLER

sa fille Irène en mariage au fils aîné de Mytzès. Le rappel de cet arrangement


conclu vers 1262 sert de transition avec la suite du récit : l'empereur projeta
d'unir sa deuxième fille, prénommée Anne, avec Milutin, le fils cadet
d'Etienne Ier Uros, roi de Serbie (V, 6). Comme Georges Pachymère utilise
une transition logique, et non chronologique, il est difficile de fixer la date
à laquelle fut envisagée cette alliance matrimoniale. Il semble clair cependant
que l'historien revienne ici à la ligne chronologique du récit, après la série
d'anticipations et de retours en arrière contenus dans les chapitres 3 à 5,
et rapporte des faits proches du séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure
et du mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè. Par contre,
il relie l'épisode de l'ambassade byzantine en Serbie au séisme de Dyrra-
chion, qui, écrit-il, se produisit quelque temps après29 ; de même, il semble
situer cette catastrophe avant les préparatifs de Charles Ier d'Anjou pour
faire débarquer une armée d'invasion en Albanie et avant la rencontre de
Jean Bekkos et de Constantin Mélitèniôtès avec Louis IX à Tunis en août
1270. Ce dernier fait, qui est le seul à pouvoir être daté de manière précise,
constituerait un terminus ante quem pour l'ensemble des événements rap
portés dans ce passage de l'Histoire.
Comme pour le séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure et le mariage
de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè, les historiens ont proposé
pour l'ambassade byzantine en Serbie un large éventail de dates, qui va
de 1266 à 1272. On n'examinera pas ici les multiples hypothèses qu'ils ont
émises pour essayer de cerner la chronologie des rapports officiels entre la
Serbie et l'empire byzantin à cette époque. On s'en tiendra à celle de C.
Jirecek30, car celui-ci semble avoir décelé les documents clefs qui expliquent
le revirement d'Etienne Ier Uros. Il est clair que les négociations avaient déjà
eu lieu et qu'elles avaient abouti à des résultats positifs, lorsque l'ambassade
byzantine, composée en particulier du patriarche Joseph et de Jean Bekkos,
se rendit sur la frontière serbe pour remettre Anne Palaiologina à son futur
époux. Mais lorsque les ambassadeurs prirent contact avec les autorités
serbes, quelle ne fut pas leur surprise d'apprendre que le roi n'entendait
plus remettre la couronne à son fils cadet Milutin, comme le stipulaient les
accords préalablement signés avec Constantinople!
Quelle était la raison de ce brusque revirement ? A ce stade de l'investi
gation, C. Jirecek produit un acte de Bêla IV, qui fait état d'une guerre

29. Pachymère : Bonn, I, p. 3555.


30. C. Jirecek, Geschichte der Serben, I, Gotha 1911, p. 321; Idem, Istorija Srba,
Belgrade 1922, p. 236.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 213

entre la Hongrie et la Serbie, dont l'armée fut battue et le souverain fait


prisonnier. L'historien conclut qu'au moment d'être libéré Etienne Ier
Uros dut promettre de rester dans l'orbite de la Hongrie et de transmettre
la couronne à son fils aîné Etienne Dragutin, qui était marié à la petite-fille
de Bêla IV. Les accords passés avec Michel VIII Paléologue avant cette
guerre étaient donc devenus caducs. Dans le récit de Georges Pachymère,
qui est le seul historien à rapporter cet épisode, mais dont la relation contient
quelques imprécisions, apparaît l'embarras du souverain serbe : celui-ci
semble dissuader les ambassadeurs de mener à terme leur mission, tout
en leur cachant la nature des changements intervenus dans sa poli
tique.
En conséquence, la date de la guerre serbo-hongroise commande celle
des accords serbo-byzantins, qui furent conclus peu avant, et celle de l'am
bassade byzantine, qui arriva en Serbie peu après, une fois Etienne Ier Uros
libéré. Deux actes de Bêla IV mentionnent cette guerre : le second est daté
avec certitude d'avril 126931 ; le premier, daté par erreur d'avril 1265, doit
être reporté en 1268 ou en 126932. Admettant que ce document fut émis
en 1268, C. Jirecek a daté en conséquence la guerre serbo-hongroise du
début de cette année ou de la fin de l'année précédente et il a placé l'ambas
sade byzantine en Serbie en 1268. Mais il semble établi aujourd'hui que le
premier des deux actes fut émis en avril 1269 comme le second33. Il s'ensuit
que les accords serbo-byzantins auraient été signés en 1268 ou, au plus tard,
au début de 1269 et que l'ambassade byzantine se serait rendue en Serbie,
au lendemain de la guerre serbo-hongroise et de la libération d'Etienne
Ier Uros, vers le printemps ou l'été 1269, au plus tôt vers le moment où
Bêla IV émit les deux documents mentionnés.
Les conclusions qui découlent de l'hypothèse de C. Jirecek concordent
parfaitement avec l'interprétation qui a été avancée plus haut en ce qui
concerne ce passage de l'Histoire et sa structure. Les deux argumentations
se corroborent mutuellement. Retenons donc comme date probable de

31. En date du 9 avril 1269, Bêla IV fait don de propriétés à Michel, en échange d'une
croix précieuse que celui-ci avait reçue des Serbes à l'issue de leur récente défaite. Voir
G. Fejér, Codex diplomaticus Hungariae ecclesiasticus ac civilis, IV/3, Budapest 1829,
p. 490-493. La donation fut confirmée l'année suivante par Etienne V : ibidem, V/l,
Budapest 1829, p. 24-26.
32. Bêla IV fait une donation à Etienne, qui a battu les troupes serbes et remis au roi
l'étendard d'Uros, fait prisonnier. Voir I. Nagy, Codex diplomaticus patrius Hungaricus,
VIII, Budapest 1891, p. 96-97. Émis par le vice-chancelier Démétrius, qui prit ses fonctions
vers la fin de l'année 1267, l'acte ne peut dater de 1265.
33. Voir P. Petrov, art. cit., p. 84 avec la note 2, p. 89.
214 A. FAILLER

l'ambassade byzantine en Serbie le printemps ou l'été 126934, puisqu'il


faut supposer un certain laps de temps avant la libération d'Etienne Ier
Uros, qui apparaît personnellement dans le récit de Georges Pachy-
mère35.

4. Le séisme de Dyrrachion. — Dans le chapitre suivant (V, 7), l'historien


décrit le séisme qui détruisit la ville de Dyrrachion au mois de mars36,
quelque temps après le retour de l'ambassade byzantine à Constantinople.
Ici se pose à nouveau le problème de la datation. D'après la structure de
ce passage de l'Histoire, seules les deux années 1269 et 1270 peuvent être
envisagées ; il faut retenir de préférence l'année 1270, car dans l'autre cas
il conviendrait également de reporter avant mars 1269 l'ambassade du
patriarche Joseph et de Jean Bekkos en Serbie37. D'après les emplois
parallèles, la locution temporelle utilisée par l'historien (μετά καιρόν)38
pour marquer l'intervalle qui sépara le séisme de l'ambassade byzantine
en Serbie indique d'ailleurs un nombre assez considérable de mois plutôt
qu'une durée limitée de un ou deux mois. La catastrophe est mentionnée
dans d'autres passages de l'Histoire et dans d'autres sources, mais ces textes,
comme nous allons le voir, ne semblent pas fournir de nouvelles données
susceptibles de contribuer à mieux fixer la date du tremblement de
terre.
Dans le chapitre suivant (V, 8), Georges Pachymère rapporte qu'au même
moment Charles Ier d'Anjou s'apprêtait à faire passer ses troupes de Brindi-
si à Dyrrachion, « qui était désert ou plutôt tenu aussi par lui pour être
rebâti»39. Mais l'historien n'indique pas à quelle date précise il entend
placer l'expédition imminente du roi de Naples. Les faits rapportés dans ce
chapitre concernent surtout les années 1266-1267 : victoire de Charles Ier
d'Anjou sur Manfred (février 1266), qui est présentée comme antérieure

34. Conformément aux conclusions de C. Jirecek, F. Dölger {Regesten1, nos 1953-


1954) place vers 1268 le traité conclu avec la Serbie et la mission du patriarche Joseph
dans ce pays. Il est suivi par V. Laurent {Regestes, n° 1389) et par P. Wirth {Regesten2,
nos 1953-1954).
35. Pachymère : Bonn, I, p. 35114-3523.
36. Du moins les secousses annonciatrices commencèrent-elles en mars {ibidem, p.
3556) ; il est probable que l'historien entende dater du même mois le séisme lui-même.
37. E. de Muralt {Essai de Chronographie byzantine, Saint-Pétersbourg 1871, p. 420)
place le séisme en mars 1269, mais il ne justifie pas cette datation.
38. Pachymère : Bonn, I, p. 355s.
39. Ibidem, p. 35819"20. Le début du chapitre (Τότε. . .) présente le sinistre comme
à peu près concomitant des préparatifs militaires de Charles Ier d'Anjou.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 215

de plusieurs années40, traité de Viterbe (mai 1267)41, tractations avec Clé


ment IV sur l'union des Églises et missions de Nicolas de Cotrone42 ;
aucune allusion n'est faite à la longue vacance du trône papal (novembre
1268-août 1271), qui laissa au roi de Naples une plus grande liberté d'action
et qui amena Michel VIII Paléologue à s'adresser à Louis IX, roi de France.
Il semble clair que Georges Pachymère vise dans ce passage la grande expé
dition qu'organisa en 1270 Charles Ier d'Anjou, une fois qu'il eut vaincu
Conradin à Tagliacozzo (août 1268) et obtenu la capitulation de Lucera
(août 1269)43. Son armée devait envahir l'empire byzantin au début du
printemps 1270. La brève notation de Georges Pachymère éclairerait alors
certains actes de Charles Ier d'Anjou ; le plan et le but de la campagne, dont
les préparatifs ont occasionné l'émission d'un grand nombre de documents,
sont ainsi présentés : «... galearum et teridarum et varkettarum, quas nuper
in Apulia armari mandavimus, et que de mandato nostri Culminis, Deo
propitio, apud Sclavoniam navigare debent et postmodum ad partes Roma-
nie, ad honorem Dei et subsidium magn. vir. G. Principis Achaye... »44.
En fait, la flotte ne prit pas le départ ; quelque troupes seulement gagnèrent
l'Achaïe. Pourquoi la campagne n'eut-elle pas lieu ? Plusieurs causes ont
dû contribuer à l'annulation de l'expédition : d'abord la croisade de Louis
IX en Afrique du Nord, où Charles Ier d'Anjou dut rejoindre son frère,
puis une attaque byzantine en Morée, qui fixa en Achaïe les troupes de
Guillaume de Villehardouin, empêché ainsi de rejoindre éventuellement
l'armée de son allié pour envahir l'empire byzantin et obligé de défendre
son propre territoire45. Il faut alors admettre que Dyrrachion ait été détruit
au plus tard en mars 1270. Dans ce cas, Georges Pachymère suivrait bien
un ordre chronologique, comme on l'a supposé plus haut ; le récit de l'am-

40. Ibidem, p. 3585"6.


41. Pachymère (Bonn, I, p. 3587-9) mentionne seulement le deuxième traité de Viterbe,
qui fut signé le 27 mai 1267 et qui liait Baudouin II à Charles Ier d'Anjou. Le roi de Naples
avait conclu auparavant (24 mai 1267) un premier traité avec Guillaume de Villehardouin,
prince d 'Achaïe.
42. Ibidem, p. 358U-3614.
43. Voir E. G. Léonard, Les Angevins de Naples, Paris 1954, p. 69-73, 106-107.
44. R. Filangieri, / registri délia cancelleria angioina, III, p. 274 n° 890. L'acte est
daté du 31 mars 1270. Trois autres documents, qui portent la même date, ont un contenu
identique : ibidem, p. 148 n° 245, p. 274-275 n° 891, p. 275 n° 893. Le premier de ces trois
actes indique clairement que la flotte était sur le point de partir à cette date : «... que ad
presens navigare debent versus Sclavoniam. . . » Seul cet acte figure dans le recueil des
documents concernant l'Albanie : L. de Thalloczy, C. Jireöek et E. de Sufflay, Ada
et diplomata res Albaniae mediae aetatis illustrantia, I, Vienne 1913, p. 74 n° 259. Dans
les notes suivantes, la référence à cet ouvrage sera réduite à la mention du premier auteur et
du numéro de l'acte.
45. Voir R. Filangieri, op. cit., IV, p. 8 n° 51, p. 154 n° 1030.
216 A. FAILLER

bassade byzantine qui se rendit à Tunis (V, 9) viendrait à sa place, puisque


les ambassadeurs durent partir de Constantinople vers juin-juillet 127046.
Cette reconstruction présente cependant une faille : il semble exclu en effet
que Charles Ier d'Anjou ait été en possession de Dyrrachion dès le printemps
1270.
Georges Pachymère fait une autre allusion au séisme de Dyrrachion, mais
celle-ci ne clarifie pas le problème. D'après l'historien, au lendemain du
meurtre de Filippo Chinardo en 1266, Michel II d'Épire essaya de reprendre
les territoires qu'il avait donnés en dot à sa fille Hélène, la femme de Manfred,
et que Filippo Chinardo avait occupés quelques mois auparavant, après
la mort de Manfred47. Mais les Albanais s'y opposèrent et s'installèrent
en maîtres dans leur pays, avant de s'allier à Charles Ier d'Anjou. Plus tard,
ils occupèrent et reconstruisirent Dyrrachion, où ils pénétrèrent après le
séisme48. On ne sait quel fut le sort de Dyrrachion dans l'intervalle : l'Épire
reprit-elle momentanément la ville et la garda-t-elle jusqu'au tremblement
de terre ? D'après Georges Pachymère, les Albanais ne prirent en effet
possession de Dyrrachion qu'après le séisme49.
Une autre source byzantine mentionne le séisme de Dyrrachion, mais
elle fournit seulement un terminus ante quern assez imprécis : dans un pané
gyrique adressé à Michel VIII Paléologue peu après le couronnement d'An-
dronic II (8 novembre 1272), l'orateur rappelle la prise de Dyrrachion par
les troupes byzantines et ajoute dans son discours que la ville était alors
déserte50.

46. Voir F. Dölger, Regesten2, n° 1974. Le rédacteur des Regesten relève un autre
document concernant l'ambassade qui fut envoyée à Louis IX vers le milieu de l'année
précédente (n° 1968).
47. On ne peut décrire de manière précise les étapes de la pénétration angevine en
Albanie après la mort de Filippo Chinardo. Il est clair cependant que Corfou appartint
dès 1267 au roi de Naples : le 23 mars de cette année, celui-ci nomme Alamanno Guarnieri
capitaine de l'île et lui demande d'y accueillir les Grecs qui voudraient y revenir, à l'excep
tion des meurtriers de Filippo Chinardo (R. Filangieri, op. cit., I, p. 82 n° 224).
48. Pachymère : Bonn, I, p. 50848.
49. Ibidem, p. 357415. Selon l'historien, les Albanais quittèrent les ruines après en avoir
extrait tout ce qu'ils purent (ibidem, p. 3571415) ; ils n'y revinrent donc que plus tard
(p. 50857) pour l'occuper. Dans ce cas, Dyrrachion aurait été au pouvoir de Michel II
Angélos, puis de son fils Nicéphore, pendant plusieurs années, après la mort de Filippo
Chinardo. Le métropolite de la ville, Nicétas, semble y être demeuré depuis son élection
en 1260 (p. 12615) jusqu'au tremblement de terre de 1270 (p. 35717). Kanina, au contraire,
aurait passé plus tôt, peut-être dès 1267, sous le contrôle de Charles Ier d'Anjou (p. 5Ο810-
5093). Cette forteresse n'est pas mentionnée avant juin 1274 dans les actes du roi de Naples
(R. Filangieri, op. cit., XI, p. 174 n° 411).
50. L. Previale, Un panegirico inedito per Michèle VIII Paleologo, Β Ζ 42, 1942,
p. 373. En 1272, la ville était encore considérée comme « déserte»; mais un certain nom-
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 217

Mais la source principale pour la connaissance du sort de Dyrrachion à


cette époque est constituée par les archives de la Maison de Naples, déjà
citées à plusieurs reprises. Charles Ier d'Anjou ne prit possession de Dyrra
chion et de l'ensemble de l'Albanie qu'à la fin de 1271 ou au début de
l'année suivante ; le 11 septembre 1271, le roi désigne des émissaires chargés
de recevoir la soumission de l'Albanie51 ; au début de l'année suivante, les
ambassadeurs albanais sont reçus en audience par le roi52. Par les actes émis
les 20 et 21 février 1272 est ratifiée la création du royaume d'Albanie et
sont confirmés les privilèges dont jouissaient auparavant les habitants53.
D'autres actes font état de l'hostilité que les habitants de Dyrrachion
nourrissaient encore contre le royaume de Naples à la fin de 1271 54. Dès
le début de 1272, les relations du royaume de Naples avec l'Albanie s'in
tensifient : le port de Dyrrachion est utilisé désormais pour l'approvisio
nnement de l'ensemble de l'Albanie ; la forteresse est réparée ; un archevêque
latin, Jean, est nommé dès 127255.
Ces textes fournissent donc comme terminus ante quern du séisme de
Dyrrachion le mois de février 1272 et obligent à le placer au plus tard en
mars 1271, si l'on retient l'indication du mois donnée par Georges Pachy-
mère. Il faut donc exclure de toute manière la datation proposée par P.
Poussines, qui plaçait le tremblement de terre en mars 127356. L'ensemble
de la documentation des archives de Naples met en question l'information
de Georges Pachymère sur un point : s'il est possible que Charles Ier d'Anjou
ait songé dès 1270 à utiliser Dyrrachion comme base de départ pour son
expédition dans l'empire byzantin, il faut exclure qu'il ait été en possession
de la ville dès cette date et qu'il l'ait reconstruite à ce moment, comme le
laisse penser l'historien57.

bre d'Albanais l'avaient sans doute occupée plus tôt et venaient peu auparavant de se
rallier à Charles Ier d'Anjou. Voir les actes cités à la note 53.
51. R. Filangieri, op. cit., VII, p. 222 n° 58 (= L. de Thalloczy, n° 266).
52. Ibidem, VII, p. 245 n° 175 (= L. de Thalloczy, n° 265).
53. Ibidem, VIII, p. 173 n° 435 (= L. de Thalloczy, n° 268), p. 176 n° 444, p. 174
n° 436 ( = L. de Thalloczy, n° 269). Michel VIII Paléologue essaya en vain de persuader
les Albanais de Dyrrachion de se rallier à lui ; voir F. Dölger, Regesten2, n° 1993.
54. Voir en particulier un certain nombre d'actes datés de mai 1270 à novembre
1271 : ibidem, IV, p. 93 n° 608 (= L. de Thalloczy, n° 260); VI, p. 107 n° 471, p.
145-146 n° 739 (= L. de Thalloczy, n° 262); Vil, p. 109 nos 86 et 89. On y trouve
en particulier une expression caractéristique pour décrire l'attitude des habitants de
Dyrrachion : « in odium nostri nominis ».
55. Ibidem, IX, p. 158 n° 212 (= L. de Thalloczy, n° 283), p. 165 n° 231 (= L. de
Thalloczy, n° 292); XI, p. 162 n° 354 (= L. de Thalloczy, n° 308).
56. P. Poussines : Bonn, I, p. 759.
57. Pachymère : Bonn, I, p. 35819"20.
218 A. FAILLER

II est exclu également que les Angevins aient déjà été en possession de
Dyrrachion lorsque le tremblement de terre se produisit. Remarquons en
effet que les actes de Charles Ier d'Anjou ne le mentionnent pas avant dé
cembre 127358. A cette date, il est question du retour à Dyrrachion de
certains habitants qui s'étaient réfugiés dans le voisinage après le tremble
ment de terre et qui désiraient revenir, mais la date du sinistre n'est pas
indiquée. Le séisme est encore rappelé dans deux actes postérieurs qui sont
datés respectivement du 10 mars 1278 et du 14 octobre 1284 et dans lesquels
il est également question du retour des habitants59. Ainsi, bien que les
sources soient imprécises ou apparemment contradictoires sur certains
points, il est très probable que le séisme de Dyrrachion se produisit en
mars 1270.

En résumé, il est impossible d'arriver à des résultats certains pour la


datation des événements rapportés dans ce passage (V, 2-9). On ne peut
établir de manière indiscutable la succession elle-même des faits, car Georges
Pachymère ne lie pas les deux séries d'événements qu'il relate successiv
ement : d'une part, le mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè,
qui suit le séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure ; d'autre part, le
projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina, qui précède
le séisme de Dyrrachion, antérieur à son tour au plan d'invasion de l'empire
byzantin préparé par Charles Ier d'Anjou et sans doute à l'ambassade
byzantine envoyée par Michel VIII Paléologue auprès du roi de France
à Tunis. Rien ne démontre de manière évidente l'antériorité de la première
série d'événements. Cependant l'ensemble du récit de Georges Pachymère
semble se dérouler dans un ordre chronologique. Les déplacements suc
cessifs de certains personnages seraient ainsi narrés dans l'ordre chronolo
gique : le patriarche Joseph se rend successivement en Orient pour visiter
les monastères de la région d'Éphèse, à Sèlybria pour conduire Marie
Kantakouzènè vers la Bulgarie et en Serbie pour y amener Anne Palaiolo
gina ; de même, Jean Bekkos se rend successivement en Serbie et en Afrique
du Nord.

58. R. Filangieri, op. cit., XI, p. 121 n° 143 ( = L. de Thalloczy, n° 305). Les
actes de Charles Ier d'Anjou fournissent seulement ce terminus ante quem, en vertu duquel
les auteurs du recueil des documents concernant l'Albanie ont pu retenir l'hypothèse
de P. Poussines et dater le séisme de mars 1273 (L. de Thalloczy, n° 305 en note).
59. Ibidem, nos 380 et 492. Seul le deuxième acte donne la mesure du séisme ; il corro
borela version de Pachymère (Bonn, I, p. 3571"4), selon lequel tout fut détruit, sauf la
citadelle ; il contient en particulier le passage suivant : «... ab olim tempore terremotus,
ex quo dicta civitas diruta exstitit et destructa».
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 219

Pour les événements qui se déroulèrent après l'absolution de Michel VIII


Paléologue par le patriarche Joseph le 2 février 1267, à l'exclusion des faits
rapportés dans ce passage de l'Histoire par anticipation ou retour en arrière
(IV, 29-V, 1 ; V, 3-5), on peut proposer la datation suivante, qui reste assez
imprécise et sujette à révision sur quelques points :
1267 alliance de Jean Doukas avec Michel VIII Paléologue (IV, 26)
schisme arsénite (IV, 28)
1268 séjour du patriarche Joseph en Asie Mineure (V, 2)
mariage de Constantin Tich avec Marie Kantakouzènè (V, 3)
1269 projet de mariage entre Milutin de Serbie et Anne Palaiologina (V, 6)
1270 séisme de Dyrrachion (V, 7)
projet d'invasion de Charles Ier d'Anjou (V, 8)
ambassade byzantine auprès du roi de France à Tunis (V, 9).

21. Les préparatifs et les conséquences immédiates de l'union des


Églises romaine et byzantine (V, 10-26, 28-29)
A l'exclusion des deux chapitres où sont relatés respectivement les succès
de Licario en Eubée et le châtiment infligé par Michel VIII Paléologue aux
pirates et aux colons génois (V, 27 et 30), la seconde partie du livre V est
consacrée entièrement aux tractations qui précédèrent l'union des Églises
romaine et byzantine et aux conséquences qui en résultèrent dans l'immédiat
à Constantinople. Sans examiner dans son ensemble la question de l'union
éphémère des deux Églises, on procédera ici à une analyse rapide de ces
chapitres de l'Histoire, dans l'unique but de préciser la chronologie des
faits rapportés par Georges Pachymère. On fera appel aux sources parallèles
dans la seule mesure où elles éclairent les points obscurs ou imprécis de
l'Histoire et concernent des faits également relatés par l'historien1. En un

1. Les principales sources parallèles sont constituées par les documents émis à cette
occasion par le pape d'une part, par la partie byzantine d'autre part. Les actes du pape
ainsi que les documents de la partie byzantine qui sont conservés seulement en traduction
latine seront cités dans les éditions de J. Guiraud [Les Registres de Grégoire X (1272-
1276), Rome 1892-1906] et de A. L. Tâutu [Acta Urbani IV, démentis IV, Gregorii X
(1261-1276), Vatican 1953]. Quant aux principaux documents grecs connus à ce jour,
ils ont été édités par V. Laurent et J. Darrouzès dans le Dossier grec de Γ Union de
Lyon (1273-1277), Paris 1976 ; cet ouvrage sera cité dans la suite de ce chapitre sous le
titre Dossier grec. Dans le présent exposé, la bibliographie sera réduite au minimum ;
on retiendra comme point de départ l'état de la question tel qu'il a été établi respect
ivement par J. Darrouzès dans le Dossier grec pour les documents byzantins et par A.
Franchi pour les actes latins dans son article « II problema orientale al concilio di Lione
II (1274) e le interferenze del regno di Sicilia », Ο Theologos 5, 1975, p. 15-1 10 ; cet article
sera cité dans la suite sous le titre // problema orientale.
220 A. FAILLER

mot, le présent chapitre constitue un commentaire du récit de Georges


Pachymère et non un exposé d'ensemble sur l'Union de Lyon.
Le long développement que consacre Georges Pachymère à l'union des
Églises romaine et byzantine conclue en 1273-1274 contient peu d'indications
chronologiques ; il se présente comme un exposé sur les négociations longues
et difficiles que dut mener Michel VIII Paléologue pour obtenir l'acquie
scementdes ecclésiastiques à sa politique. L'historien semble davantage
préoccupé de composer un plaidoyer en faveur du clergé et en particulier
des archontes ecclésiastiques, parmi lesquels il se rangeait, que de décrire
de manière ordonnée et objective une phase importante de la politique
impériale. Il s'attache à marquer les lignes de force du débat et à présenter
l'argumentation de chaque camp plutôt qu'à décrire sobrement les étapes
des tractations ou à fournir un calendrier des résultats progressivement
obtenus et des documents successivement émis. Ainsi les faits, dans leur
chronologie et leur matérialité, restent souvent dans la pénombre. De plus,
la recherche ou la subtilité que déploie l'auteur dans sa rédaction, les omis
sions ou les sous-entendus que contient son exposé, les rappels ou les anti
cipations qui rompent la continuité chronologique du récit, tout cela
contribue à rendre malaisée l'interprétation du texte.
Dans les négociations menées par Michel VIII Paléologue pour amener
les ecclésiastiques à accepter l'union, on peut distinguer trois phases2.
La première va de 1270 à juin 1273 (V, 10-16) et prend fin avec le serment
solennel du patriarche Joseph de refuser l'union des Églises. Tout en se
préparant à résister aux troupes de Charles Ier d'Anjou, Michel VIII Paléo
logue intervint à maintes reprises auprès du pape, auprès des cardinaux
ou du roi de France durant la vacance du siège pontifical3 : il promettait
de refaire l'unité des Églises et de reconnaître la primauté du pape, demand
anten contrepartie que la papauté retînt le roi de Naples de mettre à
exécution ses projets contre Constantinople; en même temps, il essayait
d'amener l'Église byzantine à partager ses vues et à ne pas rejeter d'emblée
toute perspective de retour à l'unité (V, 10). Ce tableau général, dans lequel

2. Ce plan implique une nouvelle lecture du passage de l'Histoire où est exposée la


troisième phase des tractations (V, 18-20).
3. Il n'apparaît pas clairement si l'historien connut la durée exacte de la longue vacance
du siège pontifical entre la mort de Clément IV (29 novembre 1268) et l'élection de Gré
goire X (1er septembre 1271), car il est souvent impossible d'attribuer une date précise
à des faits qui sont rapportés sans ordre chronologique, dans un récit fait de rappels et
d'anticipations ; voir Pachymère: Bonn, I, p. 3593-3614, 3643"6 (où l'historien laisse enten
drequ'en 1270-1271, c'est-à-dire avant l'élection de Grégoire X, le siège pontifical avait
un titulaire), 3669"12.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 221

n'est mentionné aucun fait précis ou daté, concerne apparemment les


années 1270 et 1271. Après l'élection de Grégoire X, qui eut lieu le 1er
septembre 1271, l 'affaire devint plus pressante; au cours du voyage qui le
conduisait de Syrie à Rome, le nouveau pape fit parvenir à Michel VIII
Paléologue un message qui laissait miroiter la possibilité d'une conclusion
rapide de l'union entre les deux Églises ; l'année suivante, l'empereur envoya
à Rome le frère Jean Parastrôn4, qui revint à Constantinople vers la fin
de l'année 1272, accompagné des nonces officiels du pape5. Ceux-ci apport
aient l'invitation au concile que venait de convoquer Grégoire X et les
documents par lesquels devait être concrétisée l'union. A son retour à
Constantinople, Jean Parastrôn ne négligea rien pour s'attirer l'amitié
des ecclésiastiques de la capitale et les convaincre de l'utilité de l'union,

4. F. Dölger, Regesten2, n° 1986 (1272 ca. sommer). Les sources n'indiquent pas
l'identité des ambassadeurs byzantins. D'après la réponse du pape, le chef de l'ambas
sade était frère Jean, de l'ordre des mineurs : « dilectus filius noster Iohannes de Or-
dine Minorum... nuntius supervenit » {Actes de Grégoire X : J. Guiraud, n° 194, p.
68b = A. L. Täutu, n° 32, p. 938~10). Il s'agit sans aucun doute de Jean Parastrôn;
mais, contrairement à ce que laisse entendre F. Dölger, cette précision ne se lit pas dans
le texte de Georges Pachymère, qui ne mentionne pas cette ambassade impériale. Voici
le passage auquel se réfère F. Dölger (Pachymère : Bonn, 1, p. 3712~4) : « Peu après
l'installation de Grégoire, des nonces arrivent de là-bas à Byzance; ces nonces étaient
des frères, dont l'un se nommait Jean Parastrôn. » Ce dernier n'est donc pas présenté
comme un légat impérial, mais comme un nonce pontifical. Comme on le verra dans
la note suivante, l'historien fait erreur sur ce point précis.
5. La lettre de Grégoire X que les nonces devaient remettre à l'empereur est datée du
24 octobre 1272 (Actes de Grégoire X : J. Guiraud, n° 194, p. 67b-73a = A. L. Täutu,
n° 32, p. 91-100). Les instructions remises aux nonces portent la date du lendemain (ib
idem : J. Guiraud, n° 195, p. 73a-74a = A. L. Täutu, n° 33, p. 100-102), de même que
l'invitation faite au patriarche et à la hiérarchie de participer au concile (ibidem : J.
Guiraud, n° 196, p. 74 = A. L. Täutu, n° 34, p. 103-104). Mais les nonces ne quittèrent
pas l'Italie avant le mois suivant, car ils emportèrent aussi des documents signés par le
pape les 5 et 7 novembre à Orvieto (ibidem : J. Guiraud, n° 197, p. 74b ; n° 198, p. 75a).
Les nonces se nommaient Girolamo d'Ascoli, Raimondo Berengario, Bonagrazia di San
Giovanni in Persiceto et Bonaventura da Mugello. Jean Parastrôn, qui les accompagnait au
retour de son ambassade à Rome, dut être leur guide dans le monde byzantin et fut le prin
cipal artisan de la conclusion de l'union. Pour cette raison sans doute, Georges Pachymère
lui attribue la qualité de nonce pontifical (voir la note précédente). Jean Parastrôn se
fit l'interprète de la doctrine romaine auprès de Michel VIII Paléologue, qui lui rendit
hommage dans la profession de foi qu'il adressa au concile (Actes de Grégoire X : A. L.
Täutu, n° 41, p. 1191819); il accompagna à Lyon Girolamo d'Ascoli et Bonagrazia di
San Giovanni in Persiceto et apposa sa signature, après celle de l'empereur et avant celle
des deux nonces, sur la bulle d'envoi des documents grecs [Annales sancti Rudberti
Salisburgenses : MGH SS, IX, p. 799 ; cité d'après B. Roberg, Die Union zwischen der
griechischen und der lateinischen Kirche auf dem II. Konzil von Lyon (1274), Bonn 1964,
p. 262]. A la fin du concile Grégoire X lui décerna un satisfecit (Actes de Grégoire X :
A. L. Täutu, n° 54, p. 141-142).
222 A. FAILLER

mais ses efforts demeurèrent vains (V, 1 1). On peut supposer que ces conver
sations commencèrent vers le début de l'année 1273. Voyant ses thèses
réfutées et ses projets contrecarrés, Michel VIII Paléologue s'engagea
personnellement dans le combat; mais en séance synodale Jean Bekkos,
qui était le chartophylax du patriarcat et que le patriarche Joseph chargea
de s'opposer à l'empereur, exprima les convictions anti-unionistes de la
majorité des ecclésiastiques et affirma que les Latins étaient hérétiques et
que l'Église orthodoxe ne pouvait entrer en communion avec eux (V, 12)6.
Jugeant que les ecclésiastiques plieraient une fois privés du soutien de Jean
Bekkos, l'empereur essaya de le faire condamner par le synode pour une
autre affaire, mais les évêques refusèrent de statuer sans l'aval du patriarche
qui était le chef hiérarchique de l'accusé et qui rejetait sa mise en accusation7.
Là-dessus, l'empereur convoqua Jean Bekkos8 et le fit emprisonner sans
autre forme de procès (V, 13). Puis il fit transmettre à l'assemblée synodale
un tomos, qui résumait ses positions dogmatiques par rapport à la papauté
et que, pensait-il, les ecclésiastiques n'oseraient pas réfuter en l'absence du
chartophylax ; mais le synode composa un anti-tomos9, et l'empereur se

6. Cette assemblée est enregistrée par V. Laurent dans les Regestes sous le n° 1399
(c. 1273). Comme on le verra plus bas, elle doit être placée dans la première moitié de
l'année 1273, probablement au printemps. Un récit anonyme dirigé contre Jean Bekkos
(V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, p. 33513) date l'intervention synodale du
chartophylax de l'année 6782 (septembre 1273-août 1274). Composé vers le milieu de
l'année 1275 (voir ibidem, p. 36-37), cet écrit est proche des événements et semble dès
lors mériter confiance. L'erreur peut donc étonner, mais on ne voit pas comment il serait
possible de placer si tard l'intervention de Jean Bekkos, qui doit précéder de toute manière
le serment du patriarche Joseph, clairement daté de juin 1273 (voir la note 10). Il est vrai
que l'opposition de Jean Bekkos a pu s'étendre sur l'année 6782, c'est-à-dire au delà
d'août 1273 ; on s'expliquerait ainsi que l'auteur attribue à cette intervention une date
trop tardive. Il faut également dater de la première moitié de l'année 1273 l'assemblée
au cours de laquelle, contre toute attente, Manuel Holobôlos s'opposa à l'empereur
(Pachymère : Bonn, I, p. 3921013); il convient de corriger en conséquence le n° 1413
des Regestes de V. Laurent, qui a daté cette assemblée du 6 octobre 1274. Cette date
est tirée du texte de Pachymère (Bonn, I, p. 39419'20), mais l'historien entend indiquer le
6 octobre 1273 (et non 1274) et dater par là le châtiment public d'HolobôIos (et non la
réunion au palais). Voir ci-dessous, p. 227-228.
7. V. Laurent, Regestes, n° 1398 (c. 1273). Ce régeste doit être placé plus bas, après
le n° 1399, et daté également de la première moitié de l'année 1273, probablement du
printemps. En effet, la profession de foi anti-latine de Jean Bekkos précède nécessairement
sa mise en accusation, puisque la première provoqua la seconde.
8. F. DÖLGER, Regesten2, n° 1998 a (ca. 1273). La date peut être précisée : première
moitié de l'année 1273, probablement au printemps. P. Wirth a corrigé avec raison la
première édition, où l'acte était placé peu avant mars 1274 (Regesten1, n° 2005).
9. V. Laurent, Regestes, n° 1400 (printemps 1273). La réponse du synode au tomos
de l'empereur est appelé successivement dans l'Histoire tomos (Pachymère : Bonn, I,
p. 3804·7) et apologos (ibidem, p. 38Ο11). Le texte lui-même porte le titre a'Apologia (V.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 223

trouva à nouveau dans l'impasse (V, 14). Dans sa prison, Jean Bekkos
étudiait au même moment les écrits patristiques et arrivait à la conclusion
que les thèses latines n'étaient pas en contradiction avec la doctrine des
Pères ; l'empereur, qui ne désespérait plus de faire de lui son allié, le fit
tirer de prison (V, 1 5). Quant au patriarche Joseph, il faisait le serment de
s'opposer à l'union, tant qu'on n'aurait pas aboli les différences dogmatiques
entre les Églises et obtenu des Latins la suppression du Filioque10. Ayant
perdu tout espoir de conclure l'union avec le concours du patriarche,
l'empereur se tourna vers Jean Bekkos, qui ne rejetait plus la légitimité
du projet impérial (V, 16).
La première phase des négociations se termine en juin 1273, puisqu'elle
prend fin avec le serment du patriarche Joseph, dont le texte a été conservé
et qui est daté de juin de l 'indiction 1 (septembre 1272-août 1273)11. La
longue relation de Georges Pachymère ne contient pas le moindre repère
chronologique, mais l'ensemble des faits trouve dans la date du serment
son point terminal ; tout au plus doit-on placer plus tard le ralliement pro
gressif de Jean Bekkos à la politique d'union, tel qu'il est rapporté dans la
dernière partie du chapitre 16 de l'Histoire. Ajoutons que l'historien suit
un ordre chronologique strict, qui ressort des articulations logiques du texte
et des transitions entre les chapitres. L'ensemble des événements se déroulent
donc durant la première moitié de l'année 1273 ; mais il est impossible d'en f
ixer précisément la date. Les négociations de Jean Parastrôn avec le synode se
situent vers le début de l'année ; on peut supposer que Michel VIII Paléologue
laissa libre cours aux conversations durant un certain temps avant d'intervenir
personnellement. Aussi la profession de foi anti-latine de Jean Bekkos et son
incarcération, l'émission d'un tomos par l'empereur et d'un anti-tomos par
le synode, enfin l'évolution de Jean Bekkos se placent probablement dans un
laps de temps assez court, précèdent de peu le serment du patriarche Joseph,
qui est daté de juin 1273, et doivent vraisemblablement être datées du prin
temps 1273, sans qu'il soit possible et prudent de préciser davantage.

Laurent- J. Darrouzès, Dossier grec, n° 1, p. 135), mais le texte édité est sans aucun
doute une amplification de l'original (voir ibidem, p. 9-11) ; on ne voit pas en effet com
ment ce long mémoire aurait pu être lu en public (Pachymère : Bonn, I, p. 3807·1415).
L'anti-tomos fut composé peu de temps avant le serment du patriarche Joseph, qui est
daté de juin 1273 (voir la note suivante).
10. V. Laurent, Regestes, n° 1401 ; voir le texte dans V. Laurent-J. Darrouzès,
Dossier grec, n° 2, p. 302-305. Le document est daté de juin de la première indiction (ib
idem, p. 30518 19), c'est-à-dire de juin 1273. En posant une condition que les Latins n'ac
cepteraient jamais (la suppression du Filioque), le patriarche Joseph s'interdisait en fait
d'accepter l'union des Églises.
11. Voir la note précédente.
224 A. FAILLER

La deuxième phase des négociations entre l'empereur et les ecclésiastiques


comprend la désignation des légats qui devaient représenter l'empire byzant
in au concile de l'épiscopat latin, l'assentiment des évêques aux propositions
de l'empereur, la retraite du patriarche Joseph au monastère de la Péri-
bleptos (V, 17). Les trois faits sont rapportés par l'historien dans l'ordre de
leur déroulement. En premier lieu, les légats furent désignés avant même que
les évêques eussent accepté l'union ; tel est le sens de la première phrase
du chapitre 17, selon laquelle «l'affaire se trouvait encore pendante»12
au moment du choix des légats. En second lieu, l'acquiescement des évêques
précéda la retraite du patriarche ; en effet, lorsqu'il mentionne les termes de
l'accord passé entre l'empereur et le patriarche, qui promit de se retirer
définitivement, si l'union aboutissait sans que le préalable dogmatique fût
levé, Georges Pachymère précise qu'auparavant « les évêques avaient fini
par s'incliner»13. Le revirement du synode provoqua ainsi l'isolement du
patriarche, que son serment empêchait de se rallier au projet impérial.
C'est donc incidemment que l'historien signale ici, à sa place sur le plan
chronologique, la volte-face des évêques, qui acceptent d'adhérer à l'union,
telle que la proposent Michel VIII Paléologue et Grégoire X. Mais bien
que l'historien fasse mention du ralliement des évêques de manière seul
ement fugitive, il convient de placer au centre de ce chapitre l'adhésion de
l'épiscopat à l'union. La fin du chapitre précédent, qui assure la transition
avec la suite du récit, l'annonce de manière claire : « C'est pourquoi l'em
pereur s'employait tout entier à poursuivre les évêques et à imposer l'opé
ration, d'autant plus que les nonces prolongeaient leur séjour»14.
La deuxième phase des tractations est constituée essentiellement par le
ralliement des évêques au projet impérial. Elle prend fin le 11 janvier 1274,
date à laquelle, précise l'historien, le patriarche s'établit au monastère
de la Péribleptos15. Bien que Georges Pachymère fournisse cette unique date
pour la deuxième phase des négociations, il est possible, grâce à d'autres
sources, d'établir également la chronologie des faits antérieurs. Ainsi l'adhé
sion des évêques à l'union des Églises fut acquise définitivement et formel-

12. Pachymère : Bonn, I, p. 38410. Il faut remarquer que les ambassadeurs furent
choisis par l'empereur; leur désignation pouvait donc précéder l'adhésion du synode
à l'union des Églises.
13. Ibidem, p. 38512"13.
14. Ibidem, p. 3847'9. Malheureusement l'historien ne précise pas si à ce moment
les quatre nonces étaient encore présents à Constantinople ou si les deux premiers avaient
déjà regagné l'Italie; voir la note 20, p. 226.
15. Ibidem, p. 3862'4. L'accord entre l'empereur et le patriarche, qui promit de se retirer
définitivement si l'union aboutissait, précède de peu ce départ. La convention passée par
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 225

lement le 24 décembre 1273 ; dans un nouvel engagement signé le 19 février


1277 en faveur de l'union, les évêques mentionnent en effet le précédent
synode qui avalisa pour la première fois la politique unioniste et le datent
du 24 décembre de l'indiction 2 (septembre 1273-août 1274) 16. L'engagement
synodal du 24 décembre 1273, dont le texte, non daté, a été conservé17,
fut précédé de l'émission de deux documents importants, qui ont été égale
ment conservés : dans le premier, le patriarche Joseph, que son serment
empêchait d'adhérer à l'union dans les conditions existantes, permettait
aux évêques de s'y rallier et de se désolidariser de leur chef hiérarchique18 ;
dans le second, qui revêtait la forme d'un chrysobulle, l'empereur donnait
aux évêques des garanties sur le contenu et les limites de l'accord d'union
avec Rome19. Les deux documents furent émis au plus tard le 24 décembre

les deux hommes est enregistrée par F. Dölger {Regesten2, n° 2004 : peu avant le 1 1 janvier
1274) et V. Laurent (Regestes, n° 1408 : peu avant le 1 1 janvier 1274). Tous deux admettent
ainsi qu'un document fut émis à cette occasion. La chose est contestable : lorsque le synode
s'apprêtait à prononcer la destitution de Joseph en janvier 1275 et qu'il voulut se fonder
sur l'accord conclu par le patriarche et l'empereur un an plus tôt, il ne fut pas fait mention
d'un document de cette nature, qui, s'il avait existé, aurait constitué une preuve suffisante
à l'encontre du patriarche ; mais on dut convoquer les témoins de l'entrevue au cours de
laquelle le patriarche avait promis de se retirer si l'union aboutissait (Pachymère : Bonn,
I, p. 39811"15).
16. V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, p. 46513.
17. Ibidem, n° 5, p. 320-323. Certains membres du synode refusèrent d'approuver
ce texte, comme le reconnaît la déclaration adressée par l'épiscopat et le clergé au concile
de Lyon et datée de février 1274 : « pontificalis tota fere plenitudo. .. iam convenit in
unum » (Actes de Grégoire X: A. L. Tâutu, n° 42, p. 12548-1261). Un avis synodal anonyme
a été conservé (V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, n° 3, p. 306-313), qui témoigne
de l'opposition d'une fraction du synode et qui reprend la problématique de l'union telle
que l'expose le patriarche Joseph (préalable dogmatique).
18. Ibidem, n° 6, p. 322-323 ; V. Laurent, Regestes, n° 1409 (peu avant le 11 janvier
1274). Cette lettre précède l'engagement synodal du 24 décembre 1273, et non le départ
de Joseph le 11 janvier 1274. Le n° 1409 doit donc être placé avant le n° 1408 ; voir la
note 15.
19. V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, n° 4, p. 314-319. Comme on le verra
plus bas, ce chrysobulle adressé au synode, qui en avait fait la demande expresse à l'em
pereur (ibidem, p. 31523"24, 32115"16-25"27), concerne uniquement l'épiscopat et ne mentionne
pas les clercs, qui reçurent plus tard un autre chrysobulle, dont le contenu est différent.
En conséquence, le n° 2002 b des Regesten2, dans lequel sont rassemblées les données
des deux chrysobulles, doit être dédoublé. Le premier régeste, qui peut garder le n° 2002 b,
sera libellé comme suit : 1273, avant le 24 décembre. — Χρυσοβούλλιος λόγος (p. 3173·36,
31928. 29} 32ii5.23.27) adressé au synode : 1. l'empereur a fait tous les efforts pour rassemb
ler à nouveau le corps déchiré de l'Église ; 2. maintenant que la paix des Églises a été
obtenue, il fait savoir au synode, qui en a fait la demande, à quelles conditions cette paix
a été conclue : on reconnaîtra au pape la primauté, l'appel et la commémoraison ; 3. l'É
glise orthodoxe gardera ses dogmes et ses coutumes sans aucun changement. Pour le
contenu et la date du second régeste, voir ci-dessous, p. 230 avec la note 39.
226 A. FAILLER

1273. Par ailleurs rien ne permet de déterminer à quelle date furent désignés
les légats pour le concile de Lyon ; mais on peut supposer que ce choix inter
vint peu avant le synode du 24 décembre 127320. Georges Pachymère
procède par anticipation en mentionnant le départ des légats dès le début du
chapitre 17; il annonce ainsi le chapitre 21, qui contient la suite du récit
et relate le voyage des ambassadeurs vers l'Italie.

Le résumé succinct des deux premières phases des négociations entre


l'empereur et les ecclésiastiques n'a fait apparaître aucune divergence
notable avec la chronologie reçue jusqu'à présent. Il en ira différemment pour
la troisième phase, qui doit être placée après le synode du 24 décembre
1273 et la retraite du patriarche Joseph au monastère de la Péribleptos le
11 janvier 1274 et avant le départ des ambassadeurs pour le concile de
l'épiscopat latin au mois de mars 1274. Elle ne concerne pas l'ensemble de
l'Église, comme on l'a cru parfois, mais uniquement les clercs, plus spécia
lement le personnel du patriarcat (V, 18-20). Le titre des chapitres 18 et 19
met d'ailleurs le lecteur sur la bonne voie : « De la contrainte exercée par
l'empereur sur le clergé », « Comment furent brimés les clercs, accusés à
faux de malveillance»21. De plus, il faut remarquer comment est introduit
ce développement sur l'opposition du clergé à la politique religieuse de
l'empereur; à la fin du chapitre 17 est résumée la situation qui prévalait
au 11 janvier 1274 : « La situation de l'Église était encore calme, sauf chez

20. Georges Pachymère passe directement du serment de Joseph (juin 1273) à la


désignation des légats impériaux, qui furent nommés au plus tard en décembre. Il omet
ainsi de mentionner les lettres qu'entre- temps Michel VIII Paléologue fit parvenir à
Grégoire X par ses ambassadeurs, qu'accompagnaient deux des nonces pontificaux
(Raimondo Berengario et Bonaventura da Mugello) ; voir Actes de Grégoire X : J. Guiraud,
n° 313, p. 119b-122b = A. L. Täutu, n° 36, p. 106-111 ; J. Guiraud, n° 314, p. 122b-
123 a. Les deux documents sont enregistrés par F. Dölger dans les Regesten2· sous les
nos 2002 et 2002a. Le pape répondit à l'empereur le 21 novembre 1273 {Actes de Grégoire
X : J. Guiraud, n° 315, p. 123 = A. L. Täutu, n° 38, p. 112-113). Sur cet échange de
lettres, voir A. Franchi, Ilproblema orientale, p. 58-61. Malgré ce qu'affirme A. Franchi
{ibidem, p. 58, avec la note 81), rien ne prouve qu'il y ait un lien entre le serment de Joseph
(juin 1273) et le message de l'empereur au pape et qu'en conséquence les lettres de Michel
VIII Paléologue aient été rédigées précisément vers le mois de juin 1273. De plus, on peut
se demander si dans la même note A. Franchi ne se méprend pas sur l'allusion de Pachy
mère(Bonn, I, p. 38516 et 3954"5) au départ et au retour des légats impériaux : il ne s'agit
évidemment pas de l'ambassade de 1273, qu'au demeurant l'historien ne mentionne pas,
mais de la légation envoyée à Lyon en 1274.
21. Mais cette indication n'apparaît pas dans les éditions de l'Histoire, car les titres
de chapitre n'ont pas été intercalés dans le texte, mais rassemblés au début de l'œuvre
ou au début des livres.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 227

les ecclésiastiques qui avaient rang d'archontes »22. A cette date, les évêques
s'étaient ralliés à l'union et le patriarche avait accepté, en autorisant l'épi
scopat à soutenir l'empereur et en se retirant lui-même du patriarcat, de ne
pas contrecarrer les projets de Michel VIII Paléologue; seuls les clercs
maintenaient leur résistance. Le début du chapitre 18 ne constitue pas un
retour en arrière, mais la suite immédiate du récit, car il décrit également
la situation existant en janvier 1274. Selon l'historien, «le souverain soup
çonnait fort que ces gens-là (c'est-à-dire les archontes ecclésiastiques) ne
donneraient pas facilement leur accord, surtout qu'ils ne se laissaient
absolument pas convaincre..., et que manifestement ils n'accepteraient
pas l'affaire (c'est-à-dire l'union), si elle aboutissait»23.
Ce long récit doit être lu aussi comme un plaidoyer, dans lequel Georges
Pachymère entend expliquer et justifier sa propre position. En voici le
contenu. Au terme de longues discussions, l'empereur ne parvint pas,
malgré les menaces, à persuader les clercs d'adhérer à l'union. Il fit alors
rédiger un tomos, qu'il leur ordonna de signer. Ce texte ne portait pas
directement sur l'union des Églises ; c'était une profession de fidélité envers
l'empereur, étant entendu que refuser l'union voulue par l'empereur reve
nait à lui désobéir24. Les clercs signèrent, mais l'empereur n'en exerça
pas moins des brimades contre eux ; il en exila même certains.
Parvenu à ce point de son récit, Georges Pachymère insère un passage
qui se rapporte à des faits antérieurs : au cours d'une délibération au palais
sur l'union des Églises, Manuel Holobôlos se prononça, de manière impré
vue25, contre le projet de l'empereur, qui l'exila à Nicée. Plus tard, il fut
ramené à Constantinople; l'empereur organisa un simulacre de cortège
triomphal, dont le rhéteur dut prendre la tête. Cette scène est datée par
l'historien du 6 octobre 127326. Manuel Holobôlos avait passé auparavant
quelques mois à Nicée, où il dut arriver dans la première moitié de l'année,
car la réunion au cours de laquelle il s'opposa à l'empereur se déroula
durant la première phase des tractations, sans doute avant l'émission du
tomos impérial adressé au synode.

22. Pachymère : Bonn, I, p. 38656.


23. Ibidem, p. 3867"11.
24. L'appellation de tomos que Georges Pachymère attribue à ce texte indique bien la
qualité du document, qui avait une portée politique, comme le tomos qu'adressa l'empe
reur au synode quelques mois plus tôt et l'anti-tomos par lequel l'épiscopat réfuta les
positions de l'empereur.
25. Plus haut, Pachymère (Bonn, I, p. 3741213) l'a décrit comme un conseiller de
l'empereur, tout en notant que son attitude n'était pas fondée sur des convictions pro
fondes.
26. Pachymère : Bonn, I, p. 3941920. Voir la note 6, p. 222.
228 A. FAILLER

Après ce rappel, Georges Pachymère reprend son récit au point où il l'a


laissé à la fin du chapitre 1927. Ainsi la seconde partie du chapitre 20 ne
doit pas être rattachée à l'épisode du châtiment de Manuel Holobôlos,
comme le lecteur de l'Histoire est tenté de le faire, mais à la fin du chapitre
19. En effet, si l'on considérait le chapitre 20 comme une unité chronolog
ique, il faudrait conclure que les clercs donnèrent leur signature vers le
mois d'octobre 1273, pris d'effroi devant le châtiment infligé à leur collègue
Manuel Holobôlos ; mais comment se ferait-il alors qu'en janvier 1274
ils fussent toujours opposés à l'union, comme le rapportent les chapitres
18 et 19 ? En fait, la première partie du chapitre 20 constitue un rappel,
tandis que la seconde partie doit être rattachée au chapitre 19, dont elle
poursuit le récit momentanément interrompu. Pour n'avoir pas perçu
cette articulation du texte, on s'est mépris sur les propos de l'historien et
sur la chronologie des événements qu'il rapporte. Il faut ajouter que le titre
du chapitre 20 (« Récit touchant le rhéteur de l'Église et lamentation de
l'auteur»), qui rend compte seulement de la première partie du chapitre,
a pu contribuer une fois de plus à égarer le lecteur.
Revenons au récit de Georges Pachymère. Après que les clercs eurent
signé le tomos de fidélité à l'empereur et que certains d'entre eux eurent
subi diverses brimades, comme on le lit à la fin du chapitre 19, ils furent
sommés à nouveau de donner leur signature. Comme certains affirmaient
craindre que l'empereur ne leur imposât par la suite des contraintes supplé
mentaires en ce qui concernait l'union, Michel VIII Paléologue leur fit
parvenir un chrysobulle, dans lequel il posait clairement les limites des
exigences de l'union. En possession de cette garantie, tous les clercs finirent
par signer.
Telle semble bien être la structure de ce passage, qui, même ainsi présenté,
soulève de nombreux problèmes. Ceux-ci seront exposés dans les conclu
sionsqui suivent. En premier lieu, cette troisième phase des tractations
entre l'empereur et les ecclésiastiques n'est pas contemporaine de la deuxiè
me, mais postérieure à celle-ci. Les faits se déroulent après la retraite du
patriarche Joseph au monastère de la Péribleptos, c'est-à-dire après le 11
janvier 1274. De fait, Georges Pachymère souligne à plusieurs reprises qu'au
moment des négociations avec les clercs les évêques avaient donné leur

27. Le récit où est narrée la punition de Manuel Holobôlos se termine par la datation
de l'événement (Pachymère : Bonn, I, p. 39419-3952). La phrase suivante se rapporte à
un sujet totalement différent et continue le récit laissé en suspens à la fin du chapitre 19.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 229

accord pour la conclusion de l'union28 ; on était donc déjà en 1274, puisque


l'épiscopat avait adhéré à l'union le 24 décembre 1273. On peut considérer
comme normale l'opposition des archontes ecclésiastiques : placés sous les
ordres du patriarche, ils ont pour règle de suivre ses directives et d'imiter
ses attitudes29. Dans le cas présent, on peut observer qu'ils prennent le
relais de leur chef, dont la retraite les projetait au premier rang. En effet,
le pape avait demandé à ses nonces d'exiger une promesse écrite de la part
du patriarche et des personnalités les plus importantes de l'épiscopat30.
En l'absence du patriarche, il revenait aux archontes ecclésiastiques de
garantir l'accord du patriarcat pour l'union des Églises31.
En deuxième lieu, le chrysobulle envoyé par l'empereur au clergé fut
émis en janvier ou février 1274 et ne saurait être confondu avec celui que
reçurent les évêques avant leur engagement définitif du 24 décembre 1273
en faveur de l'union. Le chrysobuUe destiné aux évêques n'est pas mentionné
par Georges Pachymère, mais le texte en est conservé32 ; au contraire, le
chrysobulle destiné aux clercs est mentionné par l'historien33, mais le texte
en est perdu. Ainsi l'état de la documentation a permis de les identifier.
Pourtant une comparaison sommaire du texte du premier avec le contenu
que Georges Pachymère assigne au second fait apparaître certaines incompati
bilitésqui interdisent de voir là un seul et même document. Tout d'abord,
le destinataire est différent. Comme l'écrit son auteur, le premier chrysobulle
est adressé au synode, qui en a fait la demande avant de signer son adhésion
à l'union34. Quant au second, il a été composé à l'intention des clercs,

28. Ibidem, p. 38512"13, 3865-6·1213, 38717"18, 38816"20, 38934. Dès le début du récit
{ibidem, p. 36715-3698), Georges Pachymère rejette sur les métropolites, en termes parfois
violents (voir en particulier ibidem, p. 3691), l'entière responsabilité de la conclusion de
l'union et de ses funestes conséquences.
29. Pachymère (Bonn, I, p. 38967) expose d'ailleurs clairement la position que tenaient
les archontes : « II ne nous revient pas selon les canons, affirmaient ceux-ci, d'examiner
ces sujets, à nous qui sommes sous l'autorité d'un évêque (c'est-à-dire du patriarche en
l'occurrence) et devons le suivre. » Les tractations entre l'empereur et les archontes
montrent précisément que ceux-ci demeurent fidèles au patriarche et reprennent à leur
compte ses idées sur l'union des Églises, mettant en avant en particulier le préalable
dogmatique, la nécessité d'obtenir des Latins la suppression du Filioque, le lien direct
entre l'accord doctrinal et la commémoraison du pape {ibidem, p. 38910-3904).
30. Voir les Actes de Grégoire X : J. Guiraud, n° 195, p. 73-74 = A. L. Tautu, n° 33,
p. ΙΟΙ1216, 1022730.
31. De fait, les archontes signent à la suite des évêques la déclaration de foi destinée
au concile de Lyon ; voir les Actes de Grégoire X : A. L. Täutu, n° 42, p. 124-127.
32. V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, n° 4, p. 314-319.
33. Pachymère : Bonn, I, p. 3959, 45717"18.
34. V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, p. 3152324. Dans l'engagement qu'ils
contractèrent peu après, les évêques se réfèrent d'ailleurs aux garanties contenues dans
le chrysobulle impérial (ibidem, p. 321 15~28).
230 A. FAILLER

comme l'indique Georges Pachymère : « Comme certains clercs se réfugiaient


derrière la crainte de contraintes supplémentaires, l'empereur donne aussitôt
un ordre, et un chrysobulle est émis»35. De même, les deux documents,
émis dans le même but, ont une teneur légèrement différente. Le chrysobulle
adressé au synode contient seulement deux éléments : l'union se fera sur
la base de la concession au pape des prérogatives de la primauté, de l'appel
et de la commémoraison ; rien ne sera changé aux dogmes et coutumes de
l'Église orthodoxe36. D'après la présentation de Georges Pachymère, qui
se trouvait parmi les destinataires du texte, le second chrysobulle contenait
des formules plus solennelles et donnait aux concessions faites au pape un
sens plus restrictif, qui enlevait aux prérogatives de celui-ci toute portée
réelle. Voici comment l'historien résume l'acte : « Un chrysobulle est émis,
rempli de redoutables imprécations, rempli aussi de serments horribles :
l'empereur jurait de ne pas imposer de contraintes supplémentaires, de ne
pas tâcher, ni entreprendre, ni même projeter d'altérer le symbole ne fût-ce
que pour une virgule ou un iôta, de ne demander rien de plus que les trois
points, primauté, droit d'appel et commémoraison, et ces points étant
concédés comme de purs titres en application de l'économie»37. Souli
gnons simplement un point, qui suffit à différencier les deux documents :
le premier chrysobulle ne fait pas état du différend dogmatique et du Filio-
que, alors que le second les mentionne. En demandant à l'empereur des
garanties sur cette question, les clercs suivent précisément la problématique
du patriarche qui refusait l'union si le préalable dogmatique n'était pas
levé38. En un mot, l'examen des textes amène à distinguer deux chryso
bulles : le premier, adressé à l'épiscopat sur sa demande, fut émis avant
l'engagement synodal du 24 décembre 1273 ; le second, adressé aux clercs
de Sainte-Sophie sur leur demande, fut émis en janvier ou février 1274,
avant l'adhésion du clergé à l'union des Églises39.

35. Pachymère : Bonn, I, p. 39579.


36. Voir l'analyse du document ci-dessus, p. 225 n. 19.
37. Pachymère : Bonn, I, p. 395915.
38. Voir le serment du patriarche Joseph : V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec,
p. 3039-li. Repris par tous les anti-unionistes, ce point est mis en avant dans l'avis synodal
émis par un évêque vers la fin de 1273 {ibidem, p. 3071317 en particulier); voir aussi la
note 29, p. 229.
39. Il faut donc insérer dans les Regesten2 un nouveau régeste, qu'on pourra placer
après le n° 2004 et dater de janvier-février 1274. Le chrysobulle impérial est de toute
manière antérieur à la profession de foi signée par les archontes en février 1 274. On peut
reprendre le résumé qu'en a donné F. Dölger dans Regesten1, n° 2013 (vers octobre
1274). Pour attribuer cette date au chrysobulle, F. Dölger affirme s'en rapporter au
contexte de l'Histoire de Pachymère ; il semble donc placer par erreur le châtiment de
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 231

En troisième lieu, l'historien ne précise pas quelles étaient la qualité et


la teneur du document que les clercs acceptèrent de signer40. Il doit s'agir
d'un engagement semblable à celui que contractèrent les évêques le 24 dé
cembre 1273 ou à celui qu'ils signèrent en février 1277 ou peut-être tout
simplement de la profession de foi que signèrent évêques et clercs avant le
départ des légats impériaux pour l'Occident. Le texte de cette proclamation,
qui porte la date de février 1274, a été conservé dans la version latine41.
En résumé, la troisième phase des tractations entre l'empereur et les ecclé
siastiques concernait uniquement les clercs, qui continuèrent leur résistance

Manuel Holobôlos en octobre 1274 (au lieu d'octobre 1273) et dater en conséquence
de la même période l'émission du chrysobulle adressé au clergé de Sainte-Sophie; une
telle déduction est sans valeur, car, comme on l'a montré plus haut (voir p. 227-228),
il n'y a pas de lien chronologique entre les deux faits. A. Franchi (// problema orientale,
p. 58 n. 81), qui a vu l'erreur de F. Dölger, a proposé, sans argument sérieux, de placer
l'émission du chrysobulle adressé aux archontes un an plus tôt (vers octobre 1273).
Quant à P. Wirth {Regesten2, n° 2002b), il a fondu en un seul acte les chrysobulles
adressés au synode (décembre 1273) et aux archontes (janvier-février 1274); il reprend
le résumé de F. Dölger, qui rend compte du second chrysobulle, mais il donne la référence
au premier chrysobulle, dont le texte a été récemment édité et dont F. Dölger n'eut pas
connaissance. P. Wirth n'a pas remarqué que le destinataire et le contenu des deux chry
sobulles sont différents ; voir ci-dessus, p. 225 n. 19.
40. Pachymère (Bonn, I, p. 3957·19) emploie sans complément le substantif υπογραφή
et le verbe ύπογράφειν.
41. Actes de Grégoire X : A. L. Täutu, n° 42, p. 124-127. Traduit sur une copie authent
ifiée par Jean Bekkos, le texte latin fournit la liste des sièges dont le titulaire a signé la
profession de foi et celle des fonctionnaires du patriarcat qui ont apposé leur signature
à la suite. La signature des archontes suppléait celle du patriarche, que son serment
empêchait d'accepter l'union. Néanmoins, on peut retenir l'information que donne une
lettre de Girolamo d'Ascoli et Bonagrazia di San Giovanni in Persiceto au pape et selon
laquelle le patriarche Joseph écrivit personnellement à Grégoire X à la veille du concile
de Lyon ; voir B. Roberg, op. cit., p. 22910"15. Comme le pense A. Franchi (II problema
orientale, p. 68 n. 97), on peut tenir pour authentique le régeste enregistré avec un asté
risque par V. Laurent, Regestes, n° 1410 (avant le 11 mars 1274). Dans cette lettre,
le patriarche devait expliquer au pape sa position, car l'absence de la signature du chef
de l'Église sur les documents envoyés à Lyon ne pouvait passer inaperçue et devait donc
être justifiée, d'autant plus que Grégoire X avait instamment prié Joseph de se rendre
personnellement au concile (Actes de Grégoire X: J. Guiraud, n° 196, p. 74 = A. L. Täutu,
n° 34, p. 103-104). Dans la profession de foi signée par les évêques et les archontes ecclé
siastiques en février 1274, on trouve également mention de l'attitude du patriarche, qui
s'était retiré dans un monastère en attendant le retour des légats et qui aurait pu éventuelle
ment se rallier alors à l'union (Actes de Grégoire X : A. L. Täutu, n° 42, p. 1266'28). Ce
dernier point est contestable, car, comme l'affirme Georges Pachymère et comme le
confirme Joseph lui-même dans son serment de juin 1273, il était exclu que le patriarche
reprît sa charge dans le cas où l'union aboutirait sans que fût levé le préalable dogmatique ;
or cette condition ne pouvait être remplie. La version présentée dans la profession de foi
prête au patriarche Joseph une attitude moins intransigeante qu'elle n'était en réalité,
probablement pour éviter que le pape ne fût heurté et l'union compromise de ce fait.
232 A. FAILLER

après le ralliement des évêques et la retraite du patriarche ; elle se déroula


après le 11 janvier 1274 et trouva sa conclusion dans la signature de la
profession de foi que les clercs, de concert avec les évêques, approuvèrent
en février 1274. Le cas de Théodore Xiphilinos illustre le bien-fondé d'une
telle chronologie : vers janvier 1274, alors que l'empereur pressait les clercs
d'adhérer à l'union, le grand économe, qui se rangeait parmi eux, lui
demanda de renoncer à obtenir leur consentement42 ; mais le mois suivant
il signa lui-même la profession de foi43.

Après le récit détaillé des négociations entre l'empereur et les ecclésias


tiques en vue de l'union des Églises romaine et byzantine, Georges Pachy-
mère rapporte brièvement le voyage des légats en Occident, sans préciser
où se tint le concile de l'épiscopat latin et quelle y fut l'attitude des légats
(V, 21). L'ambassade partit au début du mois de mars 1274, selon l'histo
rien44 ; les laïcs montèrent sur un premier navire ; les ecclésiastiques, accom
pagnés de Georges Acropolite, le grand logothète, embarquèrent sur un
second navire. Le premier fit naufrage le jeudi saint 29 mars 1274 près du
cap Malée45, au sud du Péloponnèse, et fut perdu corps et biens. Georges
Pachymère conclut alors rapidement son récit : après avoir fait escale à
Méthone, Georges Acropolite et les ecclésiastiques mirent le cap sur Rome
et arrivèrent auprès du pape quelques jours plus tard ; ils furent bien reçus,
s'acquittèrent heureusement de leur mission et revinrent à Constantinople
à la fin de l'automne, c'est-à-dire vers la fin de l'année 1274.
Il restait à rendre effective à Constantinople l'union des Églises : d'une
part, le patriarche Joseph, qui avait promis à l'empereur de se retirer si
l'union aboutissait, dut cesser officiellement ses fonctions le 9 janvier
127546 ; d'autre part, au cours d'une liturgie solennelle aux Blachernes,
le 16 janvier 127547, on fit mémoire du pape en présence des nonces ponti
ficaux (V, 22). Dès lors, le schisme envahit l'Église byzantine (V, 23). Le
26 mai 127548, l'empereur promut au siège patriarcal un partisan de l'union,

42. Pachymère : Bonn, I, p. 39049.


43. Actes de Grégoire X : A. L. Täutu, n° 42, p. 12434.
44. Pachymère : Bonn, I, p. 3965. Grâce à la lettre de Girolamo d'Ascoli et de Bona-
grazia di San Giovanni in Persiceto (B. Roberg, op. cit., p. 22978), on connaît la date
exacte de ce départ, qui eut lieu le dimanche du Laeiare, c'est-à-dire le 11 mars 1274.
45. Pachymère : Bonn, I, p. 3966"8. Voir aussi la lettre de Girolamo d'Ascoli et de
Bonagrazia di San Giovanni in Persiceto, où le naufrage est situé plus au nord, près de
Négrepont (B. Roberg, op. cit., p. 22825'27).
46. Pachymère : Bonn, I, p. 39946.
47. Ibidem, p. 3997"8.
48. Ibidem, p. 40368.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 233

Jean Bekkos, dont l'historien trace le portrait et souligne le zèle, en l'illu


strant de quelques exemples, qui rompent la ligne chronologique du récit
(V, 24-25). Dès l'élection du nouveau patriarche, Michel VIII Paléologue
envoya une nouvelle ambassade auprès du pape, pour lui notifier la réali
sation de l'union et surtout pour s'assurer contre les entreprises de Charles
Ier d'Anjou (V, 26)49.
Là se termine le récit que consacre Georges Pachymère à l'union des
Église romaine et byzantine. Plus loin sont rapportés, dans l'ordre de leur
déroulement, deux faits qui concernent l'ancien et le nouveau patriarche : la
convalescence de Jean Bekkos auprès de son prédécesseur au monastère
Saint-Michel d'Anaplous (V, 28) et l'exil de Joseph à Chèlè sur la mer Noire
(V, 29). L'historien ne fournit aucun indice chronologique, mais les deux
faits doivent être placés en 1276-127750 ; l'éloignement du patriarche
Joseph est peut-être lié aux mesures qui furent prises à rencontre des
anti-unionistes avant et après le synode du 19 février 1277. Mais Georges
Pachymère ne mentionne rien des événements qui marquèrent la vie de
l'Église durant les années 1276-1278. Il omet en particulier de signaler
l'important synode de février 1277, au cours duquel les eccléciastiques, au
nombre desquels il se trouvait, renouvelèrent leur fidélité à l'union51.
Il ne mentionne pas davantage la guerre provoquée par le despote Nicéphore
Angélos et le sébastokratôr Jean Doukas, qui se présentaient comme les

49. F. Dölger, Regesten2, n° 2015a (été 1275); V. Laurent, Regestes, n" 1425 (juin
1275). En fait, Pachymère (Bonn, I, p. 4091617) mentionne simplement l'ambassade
envoyée par l'empereur au pape ; aucun texte ne signale donc l'émission d'un acte patriar
cal à cette occasion. D'autre part, F. Dölger {Regesten1, nos 2015 et 2022) a recensé
deux régestes impériaux, l'émission du premier étant fondée sur le texte de Georges
Pachymère, celle du second sur la lettre d'Innocent V à Michel VIII Paléologue (mai
1276) et sur le rapport de Georges Métochitès. Il faut fondre l'ensemble de ces données
et les grouper dans un seul régeste : n° 2015 (vers juin 1275), ambassade de Michel VIII
Paléologue à Grégoire X ; sources : Pachymère (Bonn, I, p. 40916"17), Actes d'Innocent V
(F. M. Delorme-A. L. Täutu, n° 2, p. 2), Rapport de Georges Métochitès, édité succes
sivement par V. Laurent [Le Rapport de Georges le Métochite, apocrisiaire de Michel
VIII Paléologue auprès du pape Grégoire X (1275/76), RHSEE 23, 1946, p. 240-247]
et par C. Giannelli [M. -H. Laurent, Le bienheureux Innocent V {Pierre de Tarentaise)
et son temps, Cité du Vatican 1947, p. 435-443 = Scripta minora di Ciro Giannelli {Studi
bizantini e neoellenici 10), Rome 1963, p. 104-111]. P. Wirth {Regesten2, nos 2015 et
2015 a) supprime à tort le n° 2015 de la première édition, en renvoyant de manière inex
plicable au n° 2023 de la seconde édition ; il introduit ensuite un n° 2015 a, qui reprend
le contenu des nos 2015 et 2022 de la première édition.
50. Voir V. Laurent, Regestes, nos 1426 et 1430.
51. V. Laurent-J. Darrouzès, Dossier grec, nos 16 et 17, p. 462-473 ; voir V. Laurent,
Regestes, nos 1431-1433, 1436.
234 A. FAILLER

champions de l'orthodoxie face aux renégats de Constantinople52. Il


n'est pas interdit de voir là des omissions délibérées.

Nicéphore Grégoras inclut également dans son Histoire le récit de l'union


des Églises romaine et byzantine en 1274, mais sur aucun point il ne complète
ni n'éclaire la relation de Georges Pachymère. Voici le contenu de ce passage,
où les imprécisions le disputent aux généralités53. Craignant Charles Ier
d'Anjou, Michel VIII Paléologue envoya une ambassade au pape ; puis
les ambassadeurs impériaux revinrent à Constantinople en compagnie des
nonces pontificaux, qui étaient chargés de conclure l'union, à condition que
l'Église byzantine reconnût au pape la primauté, le droit d'être commémoré
et de juger en appel. Opposé à l'union, le patriarche Joseph se retira au
monastère de Saint-Michel sur le Bosphore. Il s'agit là de la retraite défini
tivedu patriarche en janvier 1275 ; l'historien ne fournit donc aucun détail
sur les tractations qui précédèrent la conclusion de l'union ni sur la tenue
du concile de l'Église latine à Lyon. Il décrit ensuite le désordre qui envahit
l'Église byzantine ; puis il trace le portrait de Jean Bekkos, relate son ralli
ement à l'union après la lecture des témoignages patristiques et mentionne
enfin son élévation à la dignité patriarcale. Le récit du Pseudo-Sphrantzès,
qui s'inspire de Nicéphore Grégoras et reprend littéralement certains
passages de son devancier, marque un nouveau stade dans la dégradation
de l'information54.

22. L'intervention de Michel VIII Paléologue dans les affaires


BULGARES (VI, 1-9, 19)

Au début du livre VI, Georges Pachymère ne consacre pas moins de dix


chapitres à la situation de la Bulgarie et aux problèmes de la succession
impériale dans ce pays. Le récit est centré sur la personne de Marie Kanta-
kouzènè. Comme l'historien l'a rapporté plus haut (V, 3-5), Michel VIII
Paléologue avait marié sa nièce au tsar bulgare Constantin Tich, dans le
but de réconcilier l'empire byzantin avec son voisin1 ; mais les hostilités
reprirent au lendemain de ce mariage, par la faute de l'empereur, qui différa,

52. V. Laurent, Regestes, n° 1435 ; voir aussi F. Dölger, Regesten2, nos 2026a,
2028, 2029.
53. Grégoras : Bonn, I, p. 1252-130iJ.
54. Pseudo-Sphrantzès : V. Grecu, p. 16617-8.

1. L'accord fut probablement conclu en 1268; voir ci-dessus, p. 207-211.


CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 235

puis refusa de livrer à la Bulgarie, conformément aux stipulations du contrat,


les villes de Mésembreia et d'Anchialos, données en dot à Marie Kanta-
kouzènè. Mais le présent récit se place de plus au lendemain et dans le
sillage de l'Union de Lyon, qui fournit à Marie Kantakouzènè un second
motif pour combattre son oncle : en effet elle prit naturellement parti pour
sa mère, Irène-Eulogie Palaiologina, qui refusait l'union des Églises au
nom de la pureté dogmatique, soutenait le patriarche Joseph et protégeait
les dissidents.
La situation en Bulgarie durant les années 1276-1280 est connue seulement
par le récit de Georges Pachymère, qui ne contient cependant aucune indi
cation chronologique précise ; certains recoupements avec d'autres passages
du livre VI permettent néanmoins d'établir le calendrier des événements.
Dans le cas présent, P. Poussines a fait preuve de perspicacité et dressé
un tableau chronologique dont seuls quelques points mineurs doivent être
rectifiés et que les historiens ont généralement suivi. Aussi se contentera-t-on
de faire un exposé succinct de la question, en insistant comme à l'accoutu
mée sur les données chronologiques et les articulations logiques du texte
de Georges Pachymère et en établissant de manière plus rigoureuse les
limites chronologiques dans lesquelles les sources autorisent à placer les
événements. Voici la chronologie établie par P. Poussines2 :
1 276 VI 1 guerre de Constantin Tich contre Michel VIII Paléologue
ambassades de Marie Kantakouzènè en Palestine et en Egypte
1277 VI 2 meurtre de Jakov Svetoslav
3 meurtre de Constantin Tich
1278 VI 4-5 mariage de Jean Asen avec Irène Palaiologina et couronnement
6 mariage de Michel Angélos avec Anne Palaiologina
7 mariage de Marie Kantakouzènè avec Lachanas
1279 VI 8 victoire des Tatars sur Lachanas
Marie Kantakouzènè livrée à Michel VIII Paléologue
entrée de Jean Asen à Tirnovo
1280 VI 9 fuite de Jean Asen de Tirnovo
accession au pouvoir de Terter
19 dernières victoires de Lachanas
meurtre de Lachanas.

Le premier chapitre (VI, 1) expose brièvement les causes du conflit


byzanti no-bulgare et de l'animosité de Marie Kantakouzènè contre Michel

2. P. Poussines : Bonn, I, p. 761-765.


236 A. FAILLER

VIII Paléologue : le refus de l'empereur de livrer à la Bulgarie les villes de


Mésembreia et d'Anchialos et son hostilité envers sa sœur Irène-Eulogie
Palaiologina, mère de Marie Kantakouzènè et adversaire déterminée de
l'union des Églises3. Ce passage contient le rappel, puis le prolongement d'un
récit antérieur (V, 3-5), où étaient rapportés le mariage de Constantin Tich
avec Marie Kantakouzènè et le ralliement de Mytzès à l'empereur4. Le
tableau tracé par l'historien s'applique à une situation de toute manière
postérieure au concile de Lyon. Est-il possible de dater plus exactement
les deux ambassades envoyées par Marie Kantakouzènè au patriarche de
Jérusalem et au sultan d'Egypte ? Aucun élément intérieur ou extérieur à
l'Histoire ne permet, semble-t-il, de proposer une date précise ; celle qu'a
avancée P. Poussines (1276) est la plus vraisemblable, mais on ne peut exclure
absolument l'année précédente, ni même le début de l'année suivante.
Dans le chapitre suivant (VI, 2), Georges Pachymère amorce le récit des
manœuvres imaginées par Marie Kantakouzènè pour sauvegarder sa
couronne et résister à Michel VIII Paléologue. Comme la maladie affai
blissait son époux et qu'elle craignait de se voir dépossédée du trône avec
son jeune fils Michel, elle élimina l'un des principaux prétendants, le despote
Jakov Svetoslav, qui avait épousé vers 1261 une fille de Théodore II Las-
karis5 et qui bénéficiait vraisemblablement de l'appui de la Hongrie. Au
vu de la documentation dont nous disposons pour le moment, il n'y a
aucune raison de mettre en doute les informations fournies par Georges
Pachymère et de nier en particulier que Marie Kantakouzènè ait effect
ivement fait assassiner Jakov Svetoslav. La date proposée par P. Poussines
pour le meurtre du despote (1277) est également la plus vraisemblable6.
Quanc à l'association de Jakov Svetoslav au trône, elle eut lieu peu de temps
auparavant.
Mais, écrit Georges Pachymère au début du chapitre suivant (VI, 3),
Jakov Svetoslav n'allait pas tarder à trouver un vengeur en la personne de
Lachanas, un porcher qui s'était constitué une armée et prétendait se faire
proclamer tsar des Bulgares. Tout en indiquant qu'il « reprend de plus

3. Pachymère (Bonn, I, p. 37916 17) signale qu'elle s'opposa dès le départ au projet de
son frère et prit position en 1273 contre le tomos impérial. Selon Métochitès {Historia
dogmatica, I : I. Cozza, p. 37-38), elle fut l'inspiratrice principale du patriarche Joseph,
qu'elle aurait poussé à prononcer le serment de ne pas adhérer à l'union.
4. Voir la note 1, p. 234.
5. Voir le premier article : REB 38, 1980, p. 72-73.
6. Jakov Svetoslav fut en effet exécuté peu de temps avant la disparition de Constantin
Tich (Pachymère : Bonn, I, p. 4331819), assassiné à la fin de 1277 ou au début de l'année
suivante, comme on le verra plus bas.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 237

haut le fil de son récit»7, l'historien ne précise pas à quelle date commença
l'aventure de Lachanas8. Toujours est-il que celui-ci parvint à vaincre ces
redoutables Tatars chargés par Michel VIII Paléologue de maintenir
l'insécurité dans le pays et de dissuader ainsi les Bulgares d'attaquer l'em
pire byzantin9. Lachanas occupait progressivement le territoire et inspirait
la plus grande inquiétude à Constantin Tich comme à Michel VIII Paléo
logue. Afin de protéger sa frontière et d'être prêt à intervenir dans les affaires
bulgares, l'empereur gagna Andrinople, où il apprit que Lachanas venait
de tuer Constantin Tich. P. Poussines place en 1277 la mort du souverain
bulgare ; celui-ci fut probablement tué vers la fin de cette année, peut-être
un peu plus tard, au début de l'année suivante. La date est fondée unique
mentsur le témoignage de Georges Pachymère, dont les termes demeurent
vagues : Michel VIII Paléologue quitta Constantinople au cours de l'hiver
1277-127810 et apprit le décès dt Constantin Tich en arrivant à Andrinople.
Michel VIII Paléologue songea d'abord à s'allier à Lachanas, mais il
abandonna rapidement ce projet aventureux et décida d'opposer à l'usur
pateur le fils de Mytzès, qui vivait sur le Skamandros et auquel il donnerait
en mariage sa fille Irène, comme il l'avait promis une quinzaine d'années
plus tôt (VI, 4)11. Au préalable, il prit, depuis Andrinople, l'avis de l'im
pératrice, du patriarche Jean Bekkos et de Théodose Prinkips, pressenti
pour le trône patriarcal d'Antioche (VI, 5)12. Après avoir obtenu l'assent
iment général, il fit venir le fils de Mytzès, lui conféra le titre de gendre et
d'empereur des Bulgares, le fit appeler Jean Asen et édicta des peines à
l'encontre de ceux qui refuseraient de lui rendre les honneurs auxquels il

7. Ibidem, p. 43017.
8. De toute manière il faut admettre que l'historien entend se reporter quelques années
en arrière.
9. Voir ci-dessus, p. 209-211.
10. Comme l'historien indique simplement que l'empereur partit en hiver (Pachymère :
Bonn, I, p. 4339), la chronologie demeure vague ; en conséquence, on ne peut attribuer
une date précise à la mort de Constantin Tich. Il est clair néanmoins qu'il s'agit de l'hiver
1277-1278, car c'est après son retour à Constantinople que l'empereur maria sa fille
Anne à Michel Angélos ; or ce mariage eut lieu en novembre 1278 : voir ci-dessous,
p. 238 n. 14.
11. Voir ci-dessus, p. 209-210.
12. F. Dölger, Regesten2, nos 2033 et 2034 (vers le début de 1278); V. Laurent,
Regestes, n° 1437 (début 1278). Ces régestes sont correctement datés, mais ils devraient
être précédés, et non suivis, des actes qui concernent la promotion de Théodose Prinkips
au siège d'Antioche (F. Dölger, Regesten2, n° 2037 ; V. Laurent, Regestes, n° 1438),
car la nomination de Théodose était déjà acquise lorsque l'empereur le consulta sur les
affaires bulgares (Pachymère : Bonn, I, p. 43812 14). La structure du récit de Pachymère,
qui opère ici encore un retour en arrière, a trompé la vigilance des deux rédacteurs.
238 A. FAILLER

avait droit désormais13. Tous ces faits peuvent être datés des premiers
mois de l'année 1278. De retour à Constantinople, Michel VIII Paléologue
fit célébrer le mariage de deux de ses filles : Irène fut donc mariée à Jean
Asen, le nouvel empereur de Bulgarie, tandis qu'Anne épousait Michel
Angélos, le dernier fils de Michel II d'Épire (VI, 6). Les deux mariages
eurent lieu en 1278. La date du second est connue grâce au tomos que le
synode émit, en novembre 1278, pour autoriser cette union malgré la parenté
qui liait les futurs époux14. Tandis que Michel VIII Paléologue mettait
en place son candidat au trône bulgare (VI, 4-6) et qu'il envoyait ses armées
vers Tirnovo15, Marie Kantakouzènè se résolut à chercher l'appui de
Lachanas et à épouser le meurtrier de son mari (VI, 7). Avec raison, P.
Poussines a placé ce mariage en 127816. Comme on le verra plus bas, ici
se termine la relation des événements de l'année 1278.

Lachanas subit bientôt sa première défaite devant les Tatars, et le projet


de Michel VIII Paléologue se réalisa aussitôt (VI, 8) : les habitants de
Tirnovo se rendirent aux troupes byzantines et livrèrent Marie Kantakouz
ènè et son fils Michel à l'empereur, qui « séjournait à Andrinople pour la
deuxième fois »17 ; Jean Asen fit son entrée à Tirnovo, tandis que son beau-
père regagnait Constantinople. D'autre part, Michel VIII Paléologue crut
désarmer Terter, qui avait aussi l'ambition de ceindre la couronne, en le
mariant à la sœur de Jean Asen et en le créant despote. Mais l'agitation du
peuple bulgare et la lâcheté de Jean Asen favorisèrent les visées de Terter,
qui s'empara du pouvoir une fois que Jean Asen, pris de peur, se fut enfui
à Constantinople (VI, 9). La fuite de Jean Asen et l'accession au pouvoir
de Terter constituent une anticipation et devraient, sur le plan chronol
ogique, prendre place au milieu du chapitre qui conclut l'affaire bulgare

13. F. Dölger, Regesten2, nos 2035 et 2036 (vers le début de 1278).


14. V. Laurent, Regestes, n° 1441. Michel Angélos avait reçu auparavant des assu
rances de la part de l'empereur ; voir F. Dölger, Regesten2, n° 2032 (vers le début de
1278), qu'il faut rectifier sur un point important : le document ne concerne pas le sébasto-
kratôr Jean Doukas de Thessalie, mais le despote Dèmètrios-Michel, fils de Michel II
d'Épire. L'erreur de la seconde édition des Regesten est due apparemment à une inadver
tancede F. Dölger, qui, dans la première édition, présente comme destinataire du docu
ment le despote Dèmètrios-Michel de Thersalie.
15. Pachymère : Bonn, I, p. 441 17"20, 4431'2, 44414"16, 4464"7.
16. Le mariage fut probablement conclu dans la première partie de l'année, car Marie
Kantakouzènè devait trouver rapidement un appui pour résister à son oncle, qui décida
vers le printemps 1278 d'installer Jean Asen à la tête de la Bulgarie.
17. Pachymère : Bonn, I, p. 44745.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 239

(VI, 19)18. Dans ce chapitre, en effet, sont rapportées deux séries de faits,
dont la première est antérieure et la seconde postérieure à la fuite de Jean
Asen ; il s'agit d'une part des dernières victoires que remporta Lachanas
sur les troupes byzantines Je 17 juillet et le 15 août à un moment où, selon
Georges Pachymère19, Jean Asen se trouvait encore à Tirnovo; il s'agit
d'autre part de l'arrivée de Lachanas à la cour de Nogaï après le départ de
Jean Asen de Tirnovo et après la prise du pouvoir par Terter20, et de l'assas
sinat du porcher au camp mongol, où Jean Asen était allé à son tour demand
er des secours pour recouvrer son trône.
Dans ce passage, Georges Pachymère marque bien l'ordre de succession
des faits, mais il donne peu d'indications chronologiques ; comme on l'a vu,
il date par le jour et le mois les deux dernières victoires de Lachanas,
mais il n'indique pas expressément l'année. Au début du chapitre 19, il
les date cependant de la même année que les événements rapportés auparav
ant21. En fait, la chronologie de ce passage (VI, 8-9 et 19) peut être établie
par recoupement et par comparaison avec les chapitres voisins (VI, 10-18) ;
ceux-ci concernent à peu près exclusivement le conflit qui opposa le pa
triarche Jean Bekkos à Michel VIII Paléologue de février 1279 au 6 août
127922. On en déduit que les dernières victoires de Lachanas doivent être
datées du 17 juillet et du 15 août 1279, et non de 1280, comme l'a fait P.
Poussines23. On en déduit également que durant l'été 1279 Jean Asen
régnait à Tirnovo.
Peut-on établir à présent à quelle date Jean Asen entra à Tirnovo ? Selon
Georges Pachymère, Michel VIII Paléologue séjournait pour la deuxième

18. Un passage du chapitre 19 résume précisément ces faits rapportés plus haut par
anticipation et les insère cette fois dans leur cadre chronologique : « Dans la suite, alors
qu'Asen s'était retiré et que Terter avait pris l'empire des Bulgares...» (Pachymère :
Bonn, I, p. 46620"21). D'autre part, le chapitre 9 constitue une anticipation justifiée, car
il contient la suite logique de la deuxième partie du chapitre précédent.
19. Ibidem, p. 4665Λ
20. Ibidem, p. 46620-21.
21. Ibidem, p. 4663.
22. Ibidem, p. 4491719 et 461810.
23. P. Poussines : Bonn, I, p. 765. Il a été suivi en particulier par C. J. Jireöek {Ge
schichte der Bulgaren, Prague 1876, p. 279) et V. Ν. Zlatarski {Istorija na bälgarskata
därzava prez srednite vekove, III, Sofia 1940, p. 570). Mais P. Nikov (Izpravki kam
bälgarskata istorija, Izvestija na istorièeskoto druzestvo ν Sofija 5, 1922, p. 68-84) a bien
daté les deux batailles, au terme d'une excellente analyse de ce passage de l'Histoire de
Georges Pachymère. Ses conclusions, dont certaines doivent être corrigées, ont été reprises
par P. Ch. Petrov, Västanieto na Ivajlo (1277-1280), Godisnik na Sofijskija Universitet.
Filosofsko-istoriceski Fakultet 49/1, 1955, p. 173-260.
240 A. PAILLER

fois à Andrinople24, lorsque, Lachanas une fois défait, Marie Kantakouzènè


fut livrée à l'empereur ; de même Jean Asen fit son entrée dans Tirnovo
au moment où Michel VIII Paléologue avait quitté Andrinople25. Pour
fixer la fin du règne de Marie Kantakouzènè et de Lachanas ainsi que le
commencement du règne de Jean Asen, il suffirait donc de connaître les
dates du séjour de l'empereur à Andrinople ; mais il s'avère impossible
de les établir avec précision. Lorsque le patriarche Jean Bekkos présenta
sa démission au début de mars 1279, l'empereur était encore présent dans
la capitale26 ; d'autre part, il était revenu depuis un bon moment, lorsque
Jean Bekkos regagna le patriarcat le 6 août 127927. Son séjour à Andrinople
coïncide donc approximativement avec le printemps 1279, dont on peut
dater en conséquence la fin du règne de Marie Kantakouzènè et de Lachanas
ainsi que le commencement du règne de Jean Asen. Le séjour de l'empereur
à Andrinople fut marqué par un autre fait : au moment où i] quittait la
ville, vinrent à sa rencontre les nonces du pape28. Mais cette indication
ne permet pas de préciser davantage la date du départ de l'empereur. Les
nonces avaient quitté l'Italie dès janvier 1279 ; ils s'étaient sans doute rendus
d'abord à Constantinople, où on les informa de l'absence de l'empereur,
qu'ils vinrent alors trouver à Andrinople29. Revenus à Constantinople

24. Pachymère : Bonn, I, p. 44745.


25. Ibidem, p. 4476"8.
26. Ibidem, p. 4555'8 ; voir V. Laurent, Regestes, n° 1443. Il semble en effet que le
document fut remis en mains propres à l'empereur par le patriarche. L'empereur serait
parti peu après et, en raison de son absence, aurait chargé plus tard son fils Andronic
de prier le patriarche de reprendre sa charge (Pachymère : Bonn, I, p. 4551112).
27. Ibidem, p. 4618"10. Entre le retour de l'empereur et la nouvelle intronisation du
patriarche le 6 août 1279, il faut en effet placer l'entrevue de l'empereur avec les ecclé
siastiques, la rencontre des nonces avec le patriarche au monastère des Manganes, la
visite des nonces aux anti-unionistes emprisonnés, la résistance qu'opposa un moment
le patriarche avant de reprendre sa charge {ibidem, p. 46013-4616). D'autre part, il ressort
clairement du texte de l'Histoire {ibidem, p. 4594'6 et 4604-6) que Jean Bekkos reçut les
nonces pontificaux au monastère des Manganes avant le 6 août 1279 ; il faut donc rectifier
ce qu'a écrit à ce propos V. Laurent {Regestes, n° 1444, chronologie).
28. Tel semble être le sens de cette phrase (Pachymère : Bonn, I, p. 45513'15), dont
on peut donner la traduction suivante : « Là-dessus, des ambassadeurs envoyés de Rome
par le pape arrivent, aux abords de la ville d'Andrinople, à la rencontre de l'empereur
qui s'en retournait. » L'auteur de la version abrégée de l'Histoire a transformé la fin de
la phrase : «... arrivent à la rencontre de l'empereur, qui se trouvait à Andrinople.»
Les nonces pontificaux rencontrèrent donc l'empereur au terme, et non au début de son
séjour à Andrinople, comme l'a interprété P. Poussines dans sa traduction : « Dum haec
geruntur, legati Roma a papa missi occurrunt imperatori revertenti Adrianopolim et
illam civitatem nondum ingresso. »
29. Voir l'article de V. Grumel [Les ambassades pontificales à Byzance après le IIe
concile de Lyon (1274-1280), EO 23, 1924, p. 442], qui propose de dater d'avril ou mai
la rencontre entre l'empereur et les nonces.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 241

en compagnie de l'empereur, ils eurent une entrevue avec Jean Bekkos


quelque temps avant le retour de celui-ci au patriarcat (6 août 1279)30.
Peut-on établir d'autre part quand Jean Asen abandonna Tirnovo et
quand Terter lui succéda ? Là non plus on ne peut arriver à une conclusion
précise. Il semble cependant que Jean Asen ait conservé le pouvoir durant
quelques mois seulement et que vers la fin de l'année 1279 il ait déjà regagné
Constantinople31. Georges Pachymère nous apprend seulement que son
règne ne dura pas longtemps32. Il est probable que les deux anciens tsars
de Bulgarie se rendirent auprès de Nogaï dès la fin de l'année 1279 et que
Lachanas fut assassiné l'année suivante, tandis que Jean Asen regagnait
Constantinople sain et sauf grâce à l'intervention de sa belle-sœur Euphro-
syne, la fille naturelle de Michel VIII Paléologue mariée au chef
tatar.

Les soulèvements successifs que connut la Bulgarie à cette époque doivent


être datés des années 1277-1279. Après le meurtre de Constantin Tich à la
fin de 1277 ou peut-être au début de l'année suivante, Marie Kantakouzènè
régna avec son jeune fils Michel. Quelques mois plus tard, en 1278, elle
épousa Lachanas, mais le couple impérial fut chassé du pouvoir au prin
temps 1279. A cette date, Jean Asen entra à Tirnovo, mais il déserta sa
capitale avant la fin de l'année et fut remplacé par Terter. L'Histoire de
Georges Pachymère, qui livre cette version des faits, est la seule source
qui les relate en détail. Les sources bulgares sont à peu près muettes sur
ces événements. On peut citer seulement le texte d'un colophon, qui est
copié dans un Évangile et dont voici le contenu : en l'année 6787 (1er
septembre 1278-31 août 1279), en l'indiction 7, Ivajlo (c'est-à-dire Lachanas)
était empereur des Bulgares, et les Grecs assiégeaient la ville de Tirnovo33.
L'indiction concorde avec la chronologie établie plus haut et doit être
appliquée à la première moitié de l'année indictionnelle (automne 1278-
printemps 1279), au cours de laquelle Lachanas et Marie Kantakouzènè

30. Pachymère : Bonn, I, p. 4591'9 ; voir aussi la note 27. Après le retour de Jean Bekkos
au patriarcat, l'Église adressa au pape une nouvelle lettre {ibidem, p. 46110-4628), dont le
texte est perdu (V. Laurent, Regestes, n° 1444) et qui portait probablement la même date
que la lettre des empereurs à Nicolas III : septembre 1279 (F. Dölger, Regesten2, nos
2041 et 2075).
31. Pachymère (Bonn, I, p. 4665'19) laisse entendre que Jean Asen ne resta pas long
temps à Tirnovo après les dernières victoires de Lachanas le 17 juillet et le 15 août 1279.
32. Ibidem, p. 4483"4.
33. Voir le texte dans l'ouvrage déjà cité de V. N. Zlatarski, p. 545.
242 A. FAILLER

détinrent le pouvoir, alors que les troupes byzantines assiégeaient Tirnovo34


et préparaient l'arrivée de Jean Asen.
Quant à la deuxième version byzantine, fournie par Nicéphore Grégoras,
elle est probablement puisée dans l'Histoire de Georges Pachymère et
n'offre d'ailleurs qu'une brève relation des faits35. L'historien ne fournit
aucune date et place ce récit entre l'élection de Jean Bekkos à la dignité
patriarcale au lendemain de l'Union de Lyon36 et les heurts entre Génois
et Constantinopolitains37. Voici le contenu de cette version : en ce temps-là
surgit un berger, nommé Lachanas, qui constitua une armée, vainquit
et tua Constantin Tich, dont il épousa la femme, et devint maître de la
Bulgarie. Comme l'hiver se terminait, Lachanas projetait d'attaquer les
Byzantins au début du printemps38. Michel VIII Paléologue suscita alors
un autre prétendant au trône en la personne de Jean Asen, qu'il maria à
sa fille Irène. Jean Asen prit le pouvoir, tandis que Marie Kantakouzènè
et son fils Michel étaient livrés à l'empereur. Mais par crainte de Terter,
qui était devenu son beau-frère, il prit la fuite et gagna Constantinople,
où il résida depuis lors39.

23. Les trois campagnes de Michel VIII Paléologue sur le Sangarios


(VI, 22 et 25, 29, 34)

La chronologie de la suite du livre VI (VI, 20-36) présente quelques


problèmes ; dans ce long passage, où sont retracées les dernières années de
l'empereur, Georges Pachymère donne une seule date complète, celle du
décès de l'empereur : 11 décembre 128240. Il date cependant de nombreux

34. Voir la note 14, p. 238.


35. Grégoras : Bonn, I, p. 13022-13318.
36. Ibidem, p. 13057.
37. Ibidem, p. 13319-1373. Pachymère rapporte au contraire les dissensions entre
Génois et Constantinopolitains avant les soulèvements de Bulgarie (V, 30).
38. Ibidem, p. 13114"16. C'est la seule notation chronologique du passage; on peut se
demander si elle ne constitue pas simplement un emprunt au texte de Pachymère (Bonn,
I, p. 4339), suivi d'une interprétation personnelle de l'auteur.
39. Sur deux points, la version de Nicéphore Grégoras diffère de celle de son devancier.
En premier lieu, l'historien précise qu'en 1278 Mytzès, le père de Jean Asen, était décédé
(ibidem, p. 13289) ; en second lieu, il écrit que les enfants de Terter furent exilés à Nicée
avec leur mère, lorsque celui-ci épousa la sœur de Jean Asen (ibidem, p. 1336), alors que
Pachymère (Bonn, I, p. 44719-20) cite seulement le fils de Terter, prénommé Svetoslav.
Rien ne prouve cependant que Nicéphore Grégoras ait eu accès à une autre source.
40. Pachymère : Bonn, I, p. 5328.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 243

événements par le mois et ajoute même souvent le jour du mois. En rassem


blantet en confrontant ces diverses données, on peut établir un calendrier
relativement précis pour ces trois dernières années du règne.
On a vu dans le chapitre précédent que durant les années 1278 et 1279
Michel VIII Paléologue s'occupa en particulier de résoudre le problème
de la succession bulgare, tandis que l'attitude du patriarche Jean Bekkos
et les nouvelles exigences de la papauté lui créaient de nouvelles difficultés
à l'intérieur de l'empire. Tel est le contenu du passage qui vient d'être
analysé (VI, 1-19) ; en conséquence, on peut supposer que la seconde partie
du livre VI (VI, 20-36) concerne les années 1280-1282. Il apparaît cependant
difficile au premier abord d'assigner une année et une date précises à chacun
des événements rapportés par l'historien. Comme les deux séjours successifs
de Michel VIII Paléologue à Andrinople (hiver 1277-1278, printemps 1279)
forment l'ossature secrète des chapitres 1-19, autour de laquelle s'agencent
les autres faits, de même ses trois campagnes sur le Sangarios (1280, 1281
et 1282) constituent des points de repère qui jalonnent la ligne du temps et
par rapport auxquels s'ordonnent les autres récits. On observera que l'histo
riensuit un ordre chronologique assez strict dans ce long passage, bien
qu'il opère, comme à l'accoutumée, quelques anticipations ou retours en
arrière, d'ailleurs faciles à déceler.

1. La première campagne (VI, 22 et 25). — Voici comment Georges


Pachymère relate le début de la première campagne de Michel VIII Paléo
logue sur le Sangarios : « Comme on annonçait que la situation de l'Orient
était mauvaise dans toute la région du Sangarios, de l'embouchure jusqu'à
Prousa, sur-le-champ il fait de son mieux ses préparatifs, traverse le Bosphore
et plante sa tente quelque part là-bas au pied du mont Saint-Auxence,
dans l'attente de troupes occidentales, qui, rassemblées aux conditions
convenues, devaient le rejoindre pour faire campagne avec lui »41. C'est
là qu'au mois de juin l'empereur accueillit l'ancien patriarche Joseph42,
auquel il permit de quitter la forteresse de Chèlè, où il l'avait relégué vers
127643, et de résider désormais au monastère du Kosmidion à Constanti
nople. On peut en déduire que Michel VIII Paléologue quitta la capitale
au cours du printemps. Lorsqu'il apprit l'arrivée de son prédécesseur au
camp impérial, Jean Bekkos craignit que cette réconciliation ne se fît à son

41. Ibidem, p. 47415-4751.


42. Ibidem, p. 47567.
43. Voir ci-dessus, p. 233.
244 A. FAILLER

détriment; aussi demanda-t-il, par l'intermédiaire du métropolite Isaac


d'Éphèse44, de se rendre à son tour auprès de l'empereur, qui le lui accorda.
Jean Bekkos quitta Constantinople le 12 juillet, accompagné de Georges
Pachymère45, et resta un mois entier au camp impérial. Le lendemain de
la fête de la Dormition de la Théotokos, c'est-à-dire le 16 août, on leva le
camp46. L'ancien patriarche Joseph rentra à Constantinople et gagna sa
nouvelle retraite. Jean Bekkos descendit jusqu'à Nicée, sans toutefois
pénétrer dans la ville47, et fut de retour à Constantinople pour la fête de
l'Exaltation de la Croix (14 septembre)48. Quant à l'empereur, il prit la
route de Nicomédie ; puis, ajoute Georges Pachymère, « après avoir inspecté
la région du Sangarios et assuré par sa présence la sécurité des forteresses
locales, il s'en revient dans la Ville au mois de septembre»49.
Dans le paragraphe précédent ont été cités les deux seuls passages, brefs
l'un et l'autre, grâce auxquels est connue la première campagne ; ainsi
Georges Pachymère se contente de la mentionner et la fait servir de cadre
au récit d'autres événements ; en fait, l'ensemble de ce passage (VI, 22-26)
est consacré aux difficultés et aux divisions que créa l'Union de Lyon.
Selon une habitude fréquente, l'historien annonce son sujet, mais se garde
de le développer ensuite ; il ne précise pas si les troupes de renfort arrivèrent
effectivement au mont Saint- Auxence. Plus que d'une campagne, il s'agit
d'une rapide inspection des frontières, qui dura moins d'un mois : parti
le 16 août du mont Saint- Auxence, l'empereur rentra à Constantinople
avant le patriarche, c'est-à-dire avant le 13 septembre50. L'historien n'in
dique pas expressément l'année de la première campagne sur le Sangarios ;
mais la structure du livre VI laisse supposer qu'elle se déroula en août-
septembre 1280. Il est inutile d'établir une démonstration plus rigoureuse.
Observons simplement qu'on peut éliminer les années précédente et suivante

44. V. Laurent, Regestes, n° 1445 (1280). On peut préciser la date du document,


dont l'émission doit être placée entre l'arrivée de Joseph au mont Saint- Auxence (juin)
et le départ de Jean Bekkos pour le même lieu (12 juillet). Ce régeste doit donc être daté
de juin ou du début de juillet 1280 et être placé en conséquence après le n° 1447 (3 mai
1280).
45. Pachymère : Bonn, I, p. 4831516.
46. Ibidem, p. 4934A
47. Il s'y refusa, parce qu'il n'aurait pu faire les largesses qui convenaient (ibidem,
p. 4944"10). Il réparera cette omission l'année suivante après les funérailles de l'impératrice
Anne (ibidem, p. 501 2"9).
48. Ibidem, p. 49413.
49. Ibidem, p. 4942"4.
50. Dès son arrivée à Constantinople, où il débarqua le 13 septembre, le patriarche
s'empressa en effet de rendre visite à l'empereur (ibidem, p. 4941417).
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 245

en s'en rapportant aux déplacements et aux activités du patriarche Jean


Bekkos durant les trois années consécutives (1279, 1280 et 1281)51.

2. La deuxième campagne (VI, 29). — Plus loin, Georges Pachymère


consacre un long chapitre à une campagne de Michel VIII Paléologue sur
le Sangarios ; voici le préambule : « A nouveau l'empereur reçoit la nouvelle
que la région au deJà du Sangarios faiblit et que les Perses mènent des assauts
continuels, traversent avec une grande liberté et mettent aussi à mal les
régions situées en deçà du fleuve ; il rassemble toutes les forces que le temps
permettait et que ses affaires toléraient à ce moment, gagne à toute vitesse
cette contrée et traverse le Sangarios...»52. Il est clair qu'il s'agit d'une
nouvelle campagne, comme l'indique le premier mot de la traduction.
L'historien décrit en détail cette campagne53, bien plus importante que la
première : l'empereur poursuivit les Turcs sur la rive droite du Sangarios
et fit fortifier les deux rives du fleuve pour empêcher l'ennemi de le traverser ;
il mena en un mot une longue expédition militaire en Bithynie, comme l'i
ndique la conclusion du chapitre : « Fatigué par un séjour prolongé, il
finit par approvisionner du nécessaire les gardiens des forteresses et, en
suivant le cours du fleuve, il se rend jusqu'à la région de Prousa, remettant
à un moment favorable l'inspection de ces contrées, de manière que l'ennemi
soit définitivement chassé»54.
D'après le plan apparent de ce passage de l'Histoire, la deuxième cam
pagne de Michel VIII Paléologue sur le Sangarios se déroula en 1281.
Peut-on la dater de manière plus précise ? Le long récit de Georges Pachy
mèrecontient une seule donnée temporelle, qui demeure d'ailleurs impréc
ise : après avoir traversé le Sangarios, les hommes se nourrirent surtout des
fruits dont le sol était jonché55. On en déduit que la belle saison était déjà
avancée. L'historien rapporte quatre autres événements pour l'année
1281, mais ou bien on en ignore également la date exacte, ou bien on ne
peut en déterminer l'antériorité ou la postériorité par rapport à la campagne
de l'empereur. Le premier est le décès de l'impératrice Anne, l'épouse
d'Andronic II (VI, 28) ; le patriarche Jean Bekkos présida les funérailles

51. Voir respectivement les chapitres 17 {ibidem, p. 460M6110), 23-25 (p. 479M801,
48315"18, 4934"13, 4944"14), 28 (p. 5012"18).
52. Ibidem, p. 5021"6.
53. Il cite d'ailleurs sa source : le patriarche Athanase d'Alexandrie, qui accompagnait
l'empereur {ibidem, p. 5029). Dans le livre IV, il fait également allusion à cet épisode
{ibidem, p. 31315-3141).
54. Ibidem, p. 5052A
55. Ibidem, p. 503 15"17.
246 A. FAILLER

à Nicée et, sur le chemin du retour, il s'arrêta au pied du mont Saint- Auxence
où venait d'arriver Andronic II, et y resta pour la fête des saints Pierre et
Paul (29 juin)56 ; d'après ce récit, il semble que Michel VIII Paléologue
se trouvait encore à Constantinople, lorsque, vers la fin du printemps,
mourut la jeune impératrice. En deuxième lieu, l'historien rapporte que
l'empereur, sa campagne terminée, se trouvait à Prousa, lorsqu'il fut informé
de la nouvelle attitude de la papauté à son égard (VI, 30), après l'élection
de Martin V (22 février 1281); mais là encore l'imprécision chronologique
empêche toute déduction. En troisième lieu, l'historien relate que l'ancien
patriarche Joseph rédigea son testament (VI, 31), alors que l'empereur se
trouvait sur le Sangarios5 7 ; mais on ne connaît pas la date de ce document,
qui n'a pas été conservé58. En dernier lieu, Georges Pachymère consacre
deux longs chapitres (VI, 32-33) à la victoire de Bellagrada (Bérat) et au
cortège triomphal dont elle fut l'occasion, mais il n'indique pas clairement
où se trouvait l'empereur, lorsque lui parvint la nouvelle de cette victoire,
remportée par les troupes byzantines vers le début d'avril 128 159. En résumé,
tous ces indices confirment que la deuxième campagne de Michel VIII
Paléologue sur le Sangarios se déroula en 1281, mais ils ne permettent pas
de lui assigner une date précise. Elle occupe probablement l'été 1281, et
le triomphe organisé à Constantinople pour célébrer la victoire de Bella
grada eut sans doute lieu après le retour de l'empereur, à la fin de l'été ou
durant l'automne 1281.

3. La troisième campagne (VI, 34). — La troisième campagne de Michel


VIII Paléologue sur le Sangarios n'est pas rapportée pour elle-même dans
l'Histoire comme les deux précédentes, mais incidemment, à l'occasion

56. Pachymère : Bonn, I, p. 501 13"15.


57. Ibidem, p. 50615"17.
58. Les termes employés par Joseph provoquèrent l'indignation de l'empereur, qui
y vit un manque de révérence envers sa personne et qui ordonna au patriarche Jean Bekkos,
au préfet de la Ville et à Théodose Prinkips d'enquêter à ce sujet ; voir F. Dölger, Regest
en2,nos 2055-2057 (ca. sommer 1281).
59. Le génitif absolu par lequel commence le récit est en effet ambigu (« L'empereur
en était là, lorsque. . . »). Se trouvait-il encore sur le Sangarios ou résidait-il déjà à Prousa?
De toute manière, il dut quitter Constantinople dès le printemps, puisqu'il ne fut pas
informé avant son départ d'une victoire remportée vers le début du mois d'avril 1281.
La date de la défaite des troupes de Charles Ier d'Anjou devant la forteresse de Bérat,
que celles-ci assiégeaient depuis l'été 1280, est connue grâce aux documents angevins;
voir L. de Thalloczy, C. Jirecek et E. de Sufflay, Acta et diplomata res Albaniae
mediae aetatis illustrantia, I, Vienne 1913, nos 450-451, p. 133 avec la note 1 et p. 134.
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 247

du récit des tractations avec Jean II Komnènos, empereur de Trébizonde60.


Lorsque celui-ci débarqua à Constantinople afin de signer une alliance
avec les Paléologues, il n'y trouva pas Michel VIII Paleologue, qui, écrit
Georges Pachymère, « se trouvait absent pour le moment et résidait à
Lopadion : il y fit halte en effet, après avoir parcouru la région du Sangarios
et l'avoir renforcée de son mieux, dans le dessein de fortifier aussi de là
la frontière près d'Achyraous»61. Seule cette brève mention atteste que
Michel VIII Paleologue fit une troisième et dernière campagne sur le San
garios.
Lorsqu'il eut connaissance de l'arrivée de Jean II Komnènos à Constant
inople, Michel VIII Paleologue lui demanda de le rejoindre à Lopadion,
d'où les deux empereurs regagnèrent la capitale ; ils y arrivèrent à la fin du
mois de septembre62 ; on célébra aussitôt les noces de Jean II Komnènos
avec Eudocie Palaiologina, la troisième fille de l'empereur. Michel VIII
Paleologue passa le mois d'octobre à équiper son armée63, quitta Constant
inopleen novembre64 et mourut en Thrace le 11 décembre 128265. La
succession des événements est clairement perceptible dans le récit de Georges
Pachymère ; la troisième campagne sur le Sangarios est en effet directement
reliée aux événements ultérieurs, qui sont datés de manière précise. Cette
ultime campagne de Michel VIII Paleologue doit donc être datée de l'été
128266, mais rien ne permet d'établir quelles en furent la durée et l'impor
tance.

Les trois campagnes successives de Michel VIII Paleologue sur le Sangarios


se déroulèrent durant ses trois dernières années de règne. Elles sont connues
grâce à la seule relation de Georges Pachymère; Nicéphore Grégoras
signale simplement que l'empereur se préoccupa, vers la fin de son règne,
de fortifier la frontière du Sangarios67. Georges Pachymère, qui recueillit

60. Les tractations commencèrent dès l'accession au pouvoir de Jean II Komnènos


et aboutirent peu avant la mort de Michel VIII Paleologue ; pour les différentes ambassad
es envoyées à Trébizonde, voir F. Dölger, Regesten2, nos 2046a, 2050 et 2051.
61. Pachymère : Bonn, I, p. 5232'6. Observons qu'à l'issue de ses trois campagnes
sur le Sangarios l'empereur se rend dans une ville différente : Constantinople, Prousa,
Lopadion.
62. Ibidem, p. 5241011.
63. Ibidem, p. 52411"12.
64. Ibidem, p. 52512.
65. Ibidem, p. 5321'2·7-8.
66. Le chapitre 35 contient d'ailleurs une allusion claire à la campagne de l'été (ib
idem, p. 52516"18).
67. Grégoras : Bonn, I, p. 140814 ; voir aussi le Pseudo-Sphrantzès : V. Grecu,
p. 16816"18.
248 A. FAILLER

les détails de son récit auprès du patriarche Athanase d'Alexandrie, trace


dans le chapitre 29 le portrait d'un empereur désenchanté et aigri : Michel
VIII Paléologue se lamente en voyant réduite à l'abandon cette contrée
qu'il avait connue florissante vingt-cinq ans plus tôt. Se sentant responsable
de cette dégradation, il impute son inaction à la révolte des anti-unionistes
qui créa dans l'empire une atmosphère de persécution et de crainte, à
l'ignorance de la situation réelle qui prévalait dans la capitale, à l'incapacité
et à la corruption des généraux qui avaient la charge de défendre la contrée.

** *

De cette étude sur la chronologie et la composition dans la première


partie de l'Histoire de Georges Pachymère (livres I-VI) découlent deux conclu
sionsprincipales : d'une part, on peut distinguer et isoler les récits conséc
utifs contenus dans l'Histoire, en examinant attentivement les transitions
qui rattachent les exposés l'un à l'autre ou qui lient les diverses parties d'un
exposé donné ; d'autre part, il apparaît que l'ordre chronologique est géné
ralement respecté, aussi bien dans la suite des exposés qu'à l'intérieur d'un
même exposé, lorsque l'historien, pour mieux marquer l'enchaînement
des événements, rappelle les faits antérieurs ou anticipe sur les faits ulté
rieurs. Dans les cas de rappel ou d'anticipation, l'historien signale géné
ralement, fût-ce simplement de manière voilée ou indirecte, l'ordre de
succession des événements ; mais il omet le plus souvent d'attribuer à ceux-ci
une date précise. Seules les sources parallèles permettent alors de pallier
cette imprécision. En résumé, comme le suggère le titre de l'article, on ne
peut établir la chronologie qu'au terme d'une analyse de l'Histoire et d'un
examen des procédés de composition utilisés par l'historien. Celui-ci
contrevient à l'ordre chronologique dans les seuls cas où la clarté, la logique
ou la continuité du récit l'exigent.
L'Histoire de Georges Pachymère est constituée d'une série d'unités ou
de tableaux, qu'il faut d'abord analyser séparément. L'historien adopte
une composition ample, marque la causalité des événements et décrit les
motivations des protagonistes. Aussi l'œuvre se distingue-t-elle des diverses
chroniques ou annales, qui présentent seulement l'inventaire des événe
ments de chaque année, sans que soient analysés les faits, recherchées les
causes ou établi l'enchaînement des événements. En donnant à son Histoire
CHRONOLOGIE ET COMPOSITION DANS L 'HISTOIRE DE PACHYMÈRE 249

le titre de «Relations historiques»68, Georges Pachymère a sans doute


voulu en indiquer le caractère, afin de bien marquer son effort de synthèse
et son ambition de composer une œuvre qui ne se réduise pas à un catalogue
bref et analytique des événements d'un règne.
Au terme de cette étude sur la datation des faits rapportés dans l'Histoire,
on observe que la plupart des problèmes de chronologie ont pu être résolus ;
en aucun cas, on n'a pu démontrer que Georges Pachymère se soit réell
ement trompé dans ce domaine69. Il apparaît donc qu'en lui imputant de
multiples erreurs de chronologie les historiens ont agi avec une précipitation
et une assurance étonnantes. Néanmoins, l'obscurité ou l'indétermination
subsistent en de nombreux cas au terme de cet examen de la structure de
l'Histoire. Lorsqu'il a été impossible d'établir avec certitude la date d'un
événement, on a laissé la question ouverte, en se gardant d'émettre des
affirmations trop catégoriques qui seraient fondées sur des hypothèses
fragiles, sinon purement gratuites.
L'examen de la chronologie est fondé essentiellement sur la critique
interne du texte. Il s'agit donc avant tout d'un commentaire de l'Histoire,
dans lequel la solution des problèmes chronologiques est obtenue d'une part
grâce au recoupement des divers passages qui traitent du même sujet et
se complètent ainsi mutuellement, d'autre part grâce aux renseignements
que fournissent en certains cas les sources parallèles. Il s'ensuit qu'il est
rarement fait appel aux travaux antérieurs, qui se fondent généralement
sur la chronologie établie au 17e siècle par P. Poussines, le premier éditeur
de l'Histoire. Ces études sont citées dans les seuls cas où elles contribuent
à l'établissement d'une solution. La réduction de l'appareil bibliographique
est due également à la nécessité de ne pas grossir démesurément la présente
étude. Celle-ci garde ainsi un caractère analytique et s'attache seulement
à la solution de problèmes précis et restreints. La lecture de l'article suppose
le recours constant d'une part au texte de l'Histoire, d'autre part aux sources
parallèles et, dans un petit nombre de cas, aux travaux cités, car le contenu
de ces derniers n'est pas toujours explicité. En conséquence, certains déve
loppements paraîtront parfois trop brefs ou elliptiques. Pour s'excuser
et en manière d'hommage au lecteur, l'auteur reprendra l'adage qu'aimait
à citer Stendhal pour justifier la concision du style : Intelligent! pauca.

68. Voir A. Failler, La tradition manuscrite de l'Histoire de Georges Pachymère


(livres I-VI), REB 37, 1979, p. 202-205.
69. La seule erreur manifeste qui ait été décelée dans le présent article porte sur le
calendrier pascal de 1265, mais non sur l'année elle-même (voir ci-dessus, p. 155-173).

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