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Bernadette Martin-Hisard

La Vie de Jean et Euthyme et le statut du monastère des Ibères


sur l'Athos
In: Revue des études byzantines, tome 49, 1991. pp. 67-142.

Résumé
REB 49 1991 France p. 67-142
Bernadette Martin-Hisard, La Vie de Jean et Euthyme et le statut du monastère des Ibères sur l'Athos. — A la suite du conflit qui
opposa, de 1029 à 1041, les Grecs et les Ibères dans le monastère fondé par Jean et Euthyme sur l'Athos, les Ibères reçurent de
Constantinople confirmation de leurs droits collectifs, héréditaires et inaliénables, sur le monastère et son patrimoine. Par sa
structure, la Vie de Jean et Euthyme, texte géorgien dont on donne une traduction annotée, veut être un véritable document
juridique, fondant historiquement et enregistrant les droits d'une communauté réduite aux seuls Ibères. Le monastère devient
ainsi officiellement «le monastère des Ibères», Iviron.

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Martin-Hisard Bernadette. La Vie de Jean et Euthyme et le statut du monastère des Ibères sur l'Athos. In: Revue des études
byzantines, tome 49, 1991. pp. 67-142.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1991_num_49_1_1837
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME
ET LE STATUT DU MONASTÈRE
DES IBÈRES SUR L'ATHOS

Bernadette MARTIN-HISARD

Vers 1040, le jeune moine ibère Georges quitta la région d'Antioche


à la demande de son père spirituel, Georges le Reclus, pour rejoindre
la communauté ibère qui vivait sur la Sainte Montagne de l'Athos,
dans le monastère de la Vierge, sous la houlette de l'higoumène
Grégoire (1035-1041). Il était chargé de poursuivre l'œuvre de
traduction de textes grecs en géorgien que le moine Euthyme avait
commencée vers 978, à l'instigation de son père Jean, fondateur du
monastère; la mort subite d'Euthyme en 1028 et les troubles qui
éclatèrent peu après dans le monastère avaient interrompu ou ralenti
l'activité du scriptorium ibère. Ordonné prêtre vers 1042, Georges
exerça d'abord la fonction d'ecclésiarque du monastère, puis succéda
à l'higoumène Etienne (1042 -v. 1044). Il dirigea le monastère
jusqu'en 1056, date à laquelle il démissionna pour retourner dans la
région d'Antioche. Bien qu'il n'ait passé qu'une petite partie de sa vie
sur l'Athos, Georges est le plus souvent appelé Georges l'Hagiorite,
c'est-à-dire Georges de la Sainte Montagne, pour le distinguer de ses
nombreux homonymes et surtout pour souligner l'activité qu'il
déploya sur l'Athos en faveur de ses frères ibères. La rédaction, en
géorgien, de la Vie de Jean et Euthyme s'inscrit dans cette activité1.
Le texte de cette Vie, qui n'a jamais été traduite en grec, a été
transmis par plusieurs manuscrits dont le plus ancien, daté de 1074,
appartint longtemps à la bibliothèque du monastère d'Iviron2; à

1. Le système de translittération du géorgien utilisé est celui de la REGC avec les


assouplissements graphiques de BK 43, 1984, p. 12. — La liste des sigles et
abréviations se trouve à la fin de la traduction.
2. La Vie grecque que l'on possède est un original datant de la première moitié ou
du milieu du 18e siècle : Matchkhaneli, Vie. Sur les épigrammes qui en dérivent :
Halkin, Épigrammes; Fonkiè, Samos.

Revue des Études Byzantines 49, 1991, p. 67-142.


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l'époque contemporaine, il fut transporté en Géorgie où il est


actuellement conservé, dans la Collection de l'ancien Musée Ecclésias
tique de Tiflis, sous la cote A 558. La Vie fut éditée pour la première
fois en 1882 par M. Sabinini ; elle a été rééditée en 1901 avec
l'ensemble du manuscrit A 5583. P. Peeters s'est servi de ces deux
éditions pour effectuer une traduction latine de la Vie de Jean et
Euthyme, qu'il découpa en paragraphes et publia en 1917-19194; cette
traduction fut adaptée en français en 1929-19305. Une troisième
édition, reposant sur une base documentaire plus large, parut en
1946e; elle inspira en 1956 une traduction anglaise partielle7.
L'édition de référence de la Vie est maintenant constituée par le texte
publié en 1967 par I. Abuladzé8. Nous en proposons en appendice une
traduction française intégrale, qui renvoie à la pagination d'Abuladzé
et au découpage en paragraphes de Peeters9.
La Vie de Jean et Euthyme déroute par sa longueur et sa complexité.
A la suite d'une préface dans laquelle l'auteur justifie son entreprise,
un récit chronologique raconte, en une vingtaine de pages, la vie de
Jean, depuis son départ de la Géorgie jusqu'à sa mort; puis trente-
cinq pages environ sont consacrées à l'histoire d'Euthyme, selon un
plan thématique en deux parties, chacune ponctuée par l'évocation de
miracles opérés par ou pour le saint; deux pages évoquent ensuite
brièvement l'higouménat de Georges Ier, successeur d'Euthyme.
Après ce que l'on peut considérer comme trois Vies, de longueur
inégale et d'optique différente, le texte géorgien comporte «deux
appendices» de neuf pages : «un document, le Mémoire, rédigé par les
autorités du monastère en 1042, dans lequel sont consignés les
événements graves pour la communauté de l'Athos, qui affectèrent le
monastère entre 1029 et 1041; et... une Note, rédigée par Georges
l'Hagiorite sur la translation des reliques d'Euthyme dans l'église de
la Vierge, vers 1045 »10.

3. Sabinini, Paradis, p. 401-432, qui ne précise pas le manuscrit dont il s'est servi ;
KhakhanaSvili, Athos, p. 1-68.
4. Peeters, Histoires, p. 13-68.
5. D.E.L.-D.P.M., Vie.
6. DzHAVAKHièviLi, Georges, p. 13-61, qui utilise les manuscrits A 558, A 170,
A 176, H 2077.
7. Lang, Lives, p. 154-165.
8. MLHG, II, p. 38-100, sur la base des quatre manuscrits précédents, de A 130,
H 1413, H 1672, S 3637 et du manuscrit de Leningrad 3/M 21.
9. Dans les notes de l'article, n. renvoie à une autre note de l'article, tandis que les
références précédées de infra renvoient, selon les cas, aux paragraphes ou aux notes de
cette traduction française.
10. Ioiron, I, p. 6.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 69

L'hétérogénéité et le déséquilibre de la structure de la Vie de Jean et


Euthyme sont surprenants. Ils contribuent à expliquer que ce texte,
très tôt prisé dans les milieux géorgiens11, n'ait éveillé que lentement
l'intérêt et la confiance en Occident12. Il est considéré maintenant
comme une source hautement estimable, non seulement parce que
toute production littéraire est par définition estimable, mais encore
parce que les informations qu'il contient ont trouvé et trouvent leur
confirmation et leur explication dans d'autres sources, longtemps
ignorées ou inexploitées, que des publications récentes et de qualité
rendent désormais accessibles. On doit d'abord à l'Institut des
Manuscrits de Tbilisi la publication systématique des catalogues des
grands fonds de manuscrits géorgiens13. Les colophons publiés à cette
occasion s'ajoutent à ceux que les travaux de G. Garitte avaient fait
connaître14; ils complètent ou remplacent ceux que R. P. Blake avait
partiellement publiés15. Des éditions de textes, réalisées parallèlement
dans le cadre de cet Institut par un ensemble de chercheurs qualifiés,
bons connaisseurs du géorgien et du grec, fournissent en outre un
matériel neuf qu'alimentent aussi des chercheurs étrangers16. Enfin la
publication, à Paris, dans la collection des «Actes de l'Athos», du
premier volume des actes grecs du monastère d'Iviron a apporté

11. Parmi les auteurs anciens : Kékélidzé, Athos, p. 219-233 et Littérature, p. 184-
213; Tarchnisvili, Geschichte, p. 126-154; Dzhavakhisvili, Histoire, p. 73-84. Parmi
les plus récents : Ménabdé, Foyers, II, p. 185-247; Lortkipanidzé, Leben; Khinti-
bidzé, Athos; Métrévéli, Athos; Alexidzé, Athos.
12. Parmi les auteurs très réservés sur la valeur de la Vie : Adontz, Tornik, et
Dölger, Barlaam, p. 28, n. 1 (voir Iviron, I, p. 6, n. 1). Des points de vue inverses sont
exprimés par Garitte, Collection, p. 448, par P. Lemerle dans Lavra, p. 42 et n. 151,
par Denise Papachryssanthou dans Prôtaton, p. 83-85, et par J. Lefort dans Iviron,
I, p. 5-6.
13. Fonds A (Collection de l'ancien Musée Ecclésiastique de Tiflis), 5 tomes en
7 volumes, 1954-1986 (mss 1 à 500, 1041 à 1804). Fonds H (Collection de l'ancienne
Société d'Histoire et d'Ethnographie de Géorgie), 6 tomes, 1946-1953 (mss 1 à 3265).
Fonds Q (Collection des manuscrits acquis par le Musée d'État de Géorgie depuis 1929),
2 tomes, 1957-1958 (mss 1 à 1000). Fonds S (Collection de l'ancienne Société pour la
diffusion de la culture en Géorgie), 7 tomes, 1959-1973 (mss 1 à 5388). Il faut y ajouter
les catalogues de la Collection du Musée d'État de Kutaisi, I tome, 1953 (mss 1 à 250),
et de la Collection du Musée d'Histoire et d'Ethnographie de Samcxe-Dzhavaxeti,
1 tome, 1987, 75 mss. Un nouveau catalogue du fonds géorgien du monastère d'Iviron
est en cours de publication (tome I, 1986, 18 mss) ainsi qu'un catalogue du fonds
géorgien du monastère Sainte-Catherine-du-Sinaï (4 tomes parus, 1978-1988).
14. Garitte, Sinaï.
15. Blake, Iviron 1-2, et Jérusalem.
16. Mentionnons seulement les noms de ceux dont nous citerons plus loin
les travaux : en Géorgie, M. Dvali, E. Giunasvili, I. Imnaïsvili, N. Kadzhaïa,
C. Kurcikidzé, H. Métrévéli, M. èanidzé. En dehors de la Géorgie : N. Birdsall,
G. Garitte, B. Outtier, M. Van Esbroeck.
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récemment une documentation jusqu'ici inconnue et d'un rare


intérêt17.
Si la valeur historique de la Vie de Jean et Eulhyme ne peut donc
plus être mise en question, il reste cependant à comprendre pourquoi
son auteur, dont les qualités intellectuelles sont bien connues, lui a
donné cette structure complexe et déroutante. C'est par une analyse
précise des passages consacrés à la crise qui secoua le monastère
d'Iviron entre 1029 et 1041 et par leur confrontation avec le
témoignage irrécusable des actes grecs d'Iviron que l'on cherchera à
rendre compte de cette œuvre de Georges l'Hagiorite.
En 1019, Euthyme avait renoncé à sa charge d'higoumène pour
mieux se consacrer à ses traductions et il avait désigné pour lui
succéder son parent, Georges Ier, se conformant ainsi aux directives de
son père Jean18. Le monastère abritait à cette époque une communaut
é mixte d'Ibères et de Grecs et il était appelé le plus souvent
«monastère de la Vierge» en raison de la dédicace de son église
principale. Dans l'année qui suivit la mort d'Euthyme, des Géorgiens
furent impliqués dans un complot qui visait à renverser l'empereur
Romain Argyre ; l'higoumène du monastère de la Vierge, Georges Ier,
fut accusé de complicité et condamné à l'exil dans un monastère où il
mourut. Ce fut le point de départ d'une crise dont Georges l'Hagiorite
fut peut-être le témoin direct19 ; elle opposa les Ibères aux Grecs au
sein du monastère, et fut tranchée par le pouvoir impérial en faveur
des Ibères, d'abord en 1035, puis définitivement en 1041.
Le temporel du monastère souffrit des mesures de confiscation
décrétées par Romain Argyre, à la suite de la condamnation de
Georges Ier pour crime de lèse-majesté, et il fut en même temps
victime de diverses usurpations de droits ou de revenus, opérées par
des voisins opportunistes et indélicats; les actes grecs d'Iviron le
montrent clairement20. Cependant, dans l'évocation de ces années de
crise, le Mémoire contenu dans la Vie de Jean et Euthyme ne
mentionne ni ces confiscations ni ces usurpations ; à peine signale-t-il
le pillage à trois reprises des objets précieux du monastère21. Il insiste
en revanche longuement sur les efforts déployés par les Grecs de la
communauté pour s'emparer du contrôle du monastère et en chasser
les Ibères, avec l'actif concours des autres monastères athonites22. Il

17. Iviron, I. Le deuxième volume vient de paraître.


18. Infra, § 75.
19. Infra, n. 220 et 242.
20. Iviron, I, p. 48-49. Les biens confisqués sont énumérés en détail dans un acte de
1059 ou 1074 : Ibidem, p. 12.
21. Infra, §81 et n. 243-244.
22. Ibidem.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 71

n'y a pas lieu de s'étonner vraiment du fait que le Mémoire ne parle


pas des usurpations des voisins. En vérité elles ne peuvent avoir été
très importantes : l'aide prêtée par l'Athos aux Grecs du monastère
ne pouvait aller de pair avec une mise en coupe réglée d'un temporel
que ces mêmes Grecs avaient tout intérêt à protéger. Mais les
confiscations impériales furent, on le sait, conséquentes et, si l'on s'en
tient à l'interprétation habituelle du jugement prononcé par Michel
IV en 1035 et rapporté indirectement par le Mémoire, c'est une
restitution de ces biens que les Géorgiens obtinrent23. Pourquoi le
Mémoire parle-t-il de la restitution de biens dont il n'a pas mentionné
la confiscation?
Le texte géorgien du Mémoire relatif au jugement impérial n'a pas
retenu jusqu'à présent toute l'attention qu'il mérite. Il comporte
deux phrases coordonnées dont on peut proposer la traduction
suivante : «Au terme de grandes procédures et d'enquêtes, (le roi
Michel), dans sa grâce (c'q'alobit), salua en le félicitant (moik'itxa)
notre saint abbé (mamaj) Grégoire et, par la volonté de Dieu, il
nous investit de nouveau (k'ualad) de la propriété héréditaire
(dagwmk'wdra) de ce qui est notre territoire et demeure»24.
Il est difficile de réduire la première phrase à une simple évocation
de l'attitude courtoise de l'empereur Michel IV à l'égard de
Grégoire25. Le vocabulaire employé permet de voir dans la réception
de Grégoire par Michel un acte politiquement beaucoup plus
significatif. Grégoire y est qualifié de mamaj, littéralement «père»;
mais le sens de ce terme est ici mieux rendu par «abbé», car le
Mémoire, soigneusement rédigé, ne l'emploie que pour désigner
l'higoumène. Le verbe mok'ilxva, qui définit l'action impériale, peut
être traduit par «saluer», mais avec le sens de «complimenter,
féliciter». Quant au mot de c'q'aloba (ici littéralement «avec grâce,
avec faveur»), il a aussi une connotation officielle puisque cq'alobis
sigeli (sigillion de grâce) désigne un diplôme. Il semble donc, d'après
cette phrase, que Michel IV, en 1035, ait reconnu officiellement
Grégoire comme higoumène du monastère26.
Le verbe employé dans la deuxième partie de la phrase mérite aussi
attention, damk'wdreba ne signifie pas simplement, comme on a
tendance à le traduire dans cette phrase, «restituer quelque chose à
quelqu'un» ou «remettre quelqu'un en possession de quelque chose»,

23. Iviron, I, p. 46, n. 3 et 5.


24. Infra, § 86. Peeters, Histoires, p. 6735, en donne cette traduction : «Post
gravissima iudicia et disquisitiones, venerabilem patrem nostrum Gregorium clementer
excepit ac favente numine nos in nostras sedes fortunasque restitua».
25. Sur le moine Grégoire : infra, η. 238 et § 83-87.
26. C'est ce que suppose, sans pouvoir le démontrer, J. Lefort dans Ioiron, I, p. 46.
72 BERNADETTE MARTIN-HISARD

même si l'adverbe k'ualad («de nouveau») suggère le retour à une


situation antérieure. Le verbe signifie plus précisément «mettre
quelqu'un en possession de son héritage, de son patrimoine»; c'est
dans ce sens, par exemple, qu'il est employé pour traduire le verset 13
du psaume 24 : «Sa postérité possédera la terre en héritage»27. La
phrase ne signifie donc pas que l'empereur a rendu à la communauté
les biens confisqués à la suite de la condamnation de Georges Ier, mais
qu'il lui a reconnu un droit qui lui avait été dénié, celui d'être le
propriétaire du territoire inaliénable du monastère athonite par droit
de succession héréditaire.
Comme on va le voir, l'application de cette double décision de
Michel IV permettait aux Ibères non seulement de rentrer en
possession des biens confisqués en 1029, mais aussi de les mettre
définitivement à l'abri de toute spoliation.
Le Mémoire, pas plus que le reste de la Vie, ne proteste contre les
confiscations subies par le temporel du monastère en 1029, on l'a dit
plus haut. Or la communauté de ce monastère n'était pas impliquée
dans le crime de son higoumène. Si donc le temporel fut frappé et si le
texte géorgien ne se fait l'écho d'aucune protestation des Ibères,
n'est-ce pas parce que le monastère de la Vierge passait pour être la
propriété de son higoumène, responsable de sa faute sur ses biens?
Les Ibères pouvaient essayer de faire rapporter les mesures impériales
en obtenant une réhabilitation de Georges Ier ou une amnistie et ils
l'ont peut-être fait. Mais ils pouvaient aussi se battre d'une manière
plus décisive pour l'avenir en faisant reconnaître que le monastère
n'était pas en droit la propriété de l'higoumène, mais que la
communauté qui y résidait possédait sur lui des droits héréditaires qui
rendaient son territoire et ses biens inaliénables28.
L'issue d'une telle bataille ouvrait toutefois des perspectives
différentes selon que l'on considérait que la communauté comprenait
tous les moines ou les seuls Ibères. C'est bien pourquoi, à notre avis, le
Mémoire a mis l'accent sur l'affrontement entre les Grecs et les Ibères
que la situation créée en 1029 par l'exil et la mort de l'higoumène
Georges Ier rendit possible.
La condamnation de Georges Ier avait en effet laissé le monastère
sans higoumène. D'après la coutume du père Jean, l'abbé en charge
désignait à l'avance son successeur, sans le prendre nécessairement
dans la famille des fondateurs29. Dans le cas présent et pour la
première fois, cette désignation n'avait pu se faire. A lire la Vie, il est
clair que les moines estimèrent être en droit de procéder eux-mêmes

27. Tchoubinoff, Dictionnaire, p. 153.


28. C'est le statut que possède de facto le monastère de Mghvimé, par exemple.
29. Infra, § 20 et n. 73.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 73

au choix du nouvel higoumène. Les Ibères, dans leur ensemble,


invoquant peut-être un vœu d'Euthyme, considérèrent que le
successeur de Georges Ier devait être le moine Grégoire30. Mais les
Grecs du monastère, qui étaient à cette date numériquement plus
nombreux que les Ibères, lui opposèrent un autre Ibère, au demeurant
mal connu, Georges II, qui devint effectivement le quatrième
higoumène du monastère31.
La manière dont il arriva au pouvoir est précisée sans ambiguïté
dans le Mémoire : «Ce fut d'autant plus écrasant que celui qui
s'empara (ep'q'ra) alors de l'higouménat, le méchant Georges, aida
(les Grecs), en rien plus agréable que le premier Georges qui s'était
dressé contre le grand Athanase»32. Le verbe p'q'roba qui signifie
«tenir», «détenir» a aussi très souvent le sens de «s'emparer», en
général par la force33 ; seule cette dernière acception permet de
comprendre le rapprochement, autrement peu évident, qui est établi
entre Georges II et «le premier Georges», et donc — implicitement —
entre Grégoire et Athanase d'Alexandrie. L'Athos ne connaissait alors
aucune querelle théologique analogue à celle qui opposa l'arien
Georges au champion de l'orthodoxie que fut l'évêque d'Alexandrie.
Mais le verbe p'q'roba laisse comprendre que, aux yeux des Ibères,
Georges II détint l'higouménat de la même manière que Georges
l'arien détint l'épiscopat : par la force, c'est-à-dire après en avoir
chassé son légitime occupant, avec l'aide du pouvoir impérial.
Ainsi, d'après le Mémoire, Romain Argyre aurait destitué en 1029
Grégoire, choisi par les Ibères, et imposé comme higoumène le
candidat des Grecs, Georges II. Michel IV cassa cette décision en
1035 et reconnut officiellement l'higouménat de Grégoire.
Mais en tranchant le conflit en faveur de Grégoire, l'empereur
prenait parti dans une bataille juridique plus essentielle. Rejeter le
candidat des Grecs, majoritaires au sein du monastère de la Vierge, au
profit de celui que soutenaient les Ibères minoritaires revenait à dire
que les Grecs ne faisaient pas partie de la communauté au même titre
et avec les mêmes droits que les Ibères. C'est cette communauté

30. Euthyme en avait peut-être exprimé le vœu en 1018 : infra, n. 256. Le Mémoire
appelle Grégoire «le havre du peuple des Ibères et leur consolation» (infra, §83).
Quelques Ibères — à commencer par Georges II — ne se sont pas ralliés à ce choix :
infra, § 88.
31. Iviron, I, p. 45 et n. 5. Le Mémoire, § 83, accuse même les Grecs d'avoir voulu
faire disparaître le nom des fondateurs du monastère, c'est-à-dire, peut-être, d'avoir
voulu se faire passer eux-mêmes pour les fondateurs.
32. Infra, § 84. Georges est l'évêque arien d'Alexandrie (357-361) qui succéda à
Athanase, après que celui-ci eut été contraint à la fuite par les armées impériales.
33. Peeters, Histoires, p. 6414, traduit simplement : «qui lune gubernandi munus
obtinuerat». Mais le verbe géorgien est beaucoup plus précis que obtinere.
74 BERNADETTE MARTIN-HISARD

définie restrictivement que l'empereur investit ensuite de la pleine


propriété du monastère.
Le jugement prononcé par Michel IV en 1035 a donc essentiell
ement consisté à reconnaître officiellement le monastère de la Vierge
non pas comme un monastère privé appartenant à son higoumène,
mais comme le monastère d'une communauté au sein de laquelle les
Ibères seuls détenaient des droits. Il va de soi que les confiscations
opérées en 1029 perdaient toute base légale et devaient être
rapportées.
On comprend que les Grecs n'aient pas voulu en rester là et aient
cherché à contourner ce jugement en se faisant reconnaître des droits
historiques imprescriptibles au sein du monastère. Le Mémoire affirme
qu'ils tentèrent d'obtenir le contrôle de l'église de la Vierge : «Ce
qu'ils cherchaient par toutes sortes de moyens, c'était à nous enlever
la grande église à défaut du monastère qu'ils n'avaient pu nous
arracher. Ils s'appuyaient sur un soi-disant jugement d'après lequel
l'église leur appartiendrait depuis sa construction»34. Une victoire des
Grecs aurait concrètement entraîné la célébration en grec de la
liturgie dans l'église principale du monastère où reposait le corps de
son fondateur, Jean, et où tout laissait prévoir un prochain transfert
de celui d'Euthyme35. Faire de l'église-mère une église de langue
grecque revenait à faire disparaître le signe extérieur le plus visible de
la présence ibère, à réduire le rôle du scriptorium dans lequel, depuis
des années, des équipes de traducteurs et de copistes travaillaient à
faire passer dans le patrimoine géorgien la pensée des grands docteurs
de l'Église grecque, le souffle de ses moines, la générosité de ses
martyrs, l'ordonnance de sa liturgie.
Ce faisant, les Grecs cherchaient à revenir de manière détournée sur
le jugement prononcé par Michel IV et à nier que, dès les origines, le
projet des fondateurs avait été de faire du monastère protégé par la
Vierge un monastère de langue ibère, réservé à une communauté
nationale ibère36. Le Mémoire lie très clairement cette deuxième
tentative à la première : «(Les Grecs) cherchèrent à priver d'effet et
de fondement le premier jugement»37. Le jugement de 1041 va
exactement dans le même sens et montre qu'à travers son église, le
destin du monastère lui-même était remis en cause : «C'est à nous que

34. Infra, § 86-87 et n. 272. Sur cette église : infra, n. 38; Iviron, I, p. 46-48.
35. Infra, § 22 et n. 79. La dépouille d'Euthyme, mort accidentellement, avait été
provisoirement déposée dans la petite église Saint-Jean-Baptiste en attendant que la
fin des travaux entrepris par Georges Ier dans l'église de la Vierge y permette sa
translation : infra, § 78 et n. 228.
36. Sur le culte de la Vierge chez les Ibères, infra, n. 273.
37. Infra, n. 271.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 75

[Michel V] attribua l'église et le monastère avec toutes ses acquisitions


et richesses»38.
La condamnation de Georges Ier et les mesures de confiscation de
Romain Argyre conduisirent donc, à notre avis, à une bataille
juridique qui avait pour enjeux le statut du monastère et la définition
de la communauté qui l'habitait. Les Ibères gagnèrent cette bataille.
La Vie de Jean et Euthyme fut rédigée peu après. Deux indices au
moins confirment encore cette interprétation de la crise de 1029-1041.
C'est d'abord le fait que le chrysobulle impérial, promulgué en
application du jugement de 1035 et restituant les biens confisqués en
1029, fut délivré non pas à l'higoumène, mais «à la laure de l'Athos,
c'est-à-dire des Ibères»39; le «c'est-à-dire» introduit une précision
juridique essentielle. C'est ensuite la pratique athonite qui entérina
ces décisions de justice avec le sens que nous leur donnons, puisque les
moines de l'Athos prirent désormais l'habitude de désigner le
monastère de Jean et Euthyme non plus comme «le monastère de la
Vierge», mais comme «le monastère des Ibères», Iviron, ainsi que
J. Lefort l'a bien établi40. La forme et la structure originales de la Vie
de Jean et Eulhyme que nous avons évoquées plus haut s'expliquent
dans ce contexte, comme on va maintenant le montrer.
Les problèmes juridiques soulevés par la crise de 1029-1031 étaient
particulièrement délicats à résoudre. Au cours de leur seconde
tentative, les Grecs avaient produit des documents qui furent
dénoncés comme des faux41 ; mais ils soulevèrent certainement de
véritables questions d'histoire concernant les origines et les circons
tances de la fondation du monastère, le rôle d'Athanase et des
empereurs, la place dévolue aux Grecs, la vocation des Ibères. En bref
ils imposèrent aux Ibères de fournir la justification de leurs
revendications nationales. Or sur quel droit pouvaient-ils s'appuyer?
Quelles preuves écrites pouvaient-ils produire devant des tribunaux
byzantins pour affirmer que le monastère de la Vierge était de droit
communautaire et que la communauté se réduisait aux seuls Ibères?
Le monastère ne disposait d'aucun typikon de fondation. Il ne
différait guère en cela des plus anciennes fondations monastiques
géorgiennes, comme Mghvimé, fondé au 6e siècle en plein cœur du
Kartli, et qui ne reçut pas de règles écrites avant 1123/1 124 42. Les

38. Infra, § 86.


39. Iviron, I, p. 1117.
40. Ibidem, p. 48.
41. Infra, n. 271.
42. Un acte de 1123-1124, délivré par le roi David II à Mghvimé, peut être
considéré comme contenant les éléments d'un typikon tardif de ce monastère qui a
jusque-là vécu selon des règles coutumières : Martin-Hisard, Biens, p. 146.
76 BERNADETTE MARTIN-HISARD

monastères plus récents du T'ao-K'lardzheti, comme Xancta ou


èat'berd fondés dans la première moitié du 9e siècle, n'en avaient pas
non plus. La coutume garantie par la mémoire collective tenait lieu de
droit dans un monde encore étranger au droit écrit et totalement
ignorant du droit justinien43. Il faut attendre le début du 11e siècle
pour qu'apparaissent les premiers documents juridiques géorgiens44,
le début du 12e siècle pour que le premier concile national géorgien
précise officiellement par écrit les fondements du droit canon de
l'Église géorgienne45.
En l'absence d'un typikon, que pouvait-on savoir de la volonté des
fondateurs ?
Il n'existait aucun texte racontant la fondation de manière
circonstanciée. Une courte Vie synaxariale d'Euthyme avait bien été
rédigée par Basile Bagrat'isdze pendant les années de crise46. Mais si
ce qu'elle dit des origines du monastère reflète la connaissance que
l'on en avait alors sur l'Athos, le moins que l'on puisse dire est que
peu de choses étaient connues. Le passage du texte qui évoque la
fondation se borne à dire : «Le bienheureux Jean, par la volonté de
Dieu et avec l'assistance du saint père Euthyme, fonda un beau
monastère et il y rassembla des frères spirituels ; car, devant l'afflux
des frères, il ne jugea pas bon de rester dans la laure du père
Athanase. Et il guida les frères pendant un certain temps dans une
grande ascèse»47. Rien de clair sur les liens qui existaient entre Jean
et Athanase ; aucune allusion à Tornik' et aux conséquences de la
défaite de Bardas Sklèros ; aucune distinction entre le premier
établissement des Ibères dépendant de Lavra et le second ; aucune
mention de l'origine ibère des premiers moines et de l'introduction des
Grecs.
Jean et Euthyme n'avaient pas laissé beaucoup d'indications
écrites. Le monastère possédait un testament de Jean qui se

43. La tradition du Code dit «du curopalate David» est trop mal assurée pour qu'on
puisse faire ici autre chose que signaler son existence.
44. CDHG, I : à l'exception d'une charte de la fin du 9e siècle, la série des documents
géorgiens qui ont été conservés commence en 1031/1032.
45. Concile de Ruisi-Urbnisi de 1103. Le Nomocanon a cependant été traduit par
Euthyme dans une version courte, puis par Georges l'Hagiorite dans une version
longue.
46. L'identification de l'auteur de Vie Syn. (analyse dans Iviron, I, p. 4-5) a été faite
par son éditeur
Dzhodzhik' ; c'est
: MLHG,
lui quiIV,
accueillit
p. 95-96.Georges
Basile Bagrat'isdze
l'Hagiorite au
est monastère
apparenté de
à laKhakhuli
famille de:
Iviron, I, p. 4-5, 19, 50. Basile est aussi l'auteur d'un hymne en l'honneur d'Euthyme :
éd. Métrévéli, Hymnographie, p. 208-214. Il serait arrivé sur l'Athos à peu près au
moment de la mort d'Euthyme : Ménabdé, Foyers, II, p. 204.
47. Vie Syn., p. 333-334.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 77

contentait de préciser la manière de nommer l'higoumène et désignait


les empereurs comme épitropes du monastère48 ; il y avait encore le
texte d'un long colophon de Jean, précieux surtout pour l'histoire de
la traduction des textes grecs en géorgien49. En dehors de ses
traductions, Euthyme avait écrit de rares textes, qui attestent
surtout la compétence qu'on lui reconnaissait en matière d'orthodoxie
et de vie monastique50. Mais l'absence de tout manuscrit contenant le
texte de son typikon fait douter qu'il ait été effectivement mis par
écrit.
Le monastère possédait pourtant des ressources. Le Synodikon n'en
était sans doute qu'à ses débuts51. Mais Iviron détenait des textes
rappelant soigneusement les donations et bienfaits dont la Sainte
Montagne était redevable aux Ibères52. La bibliothèque gardait les
brouillons des traductions d'Euthyme avec les colophons souvent
détaillés qu'il avait personnellement rédigés et que l'on trouvait
encore reproduits fidèlement et complétés dans les copies calligra
phiées par les copistes du scriptorium. D'autres manuscrits, copiés
ailleurs qu'à Iviron, gardaient la trace des circonstances qui avaient
présidé à leur réalisation53. Il y avait enfin les chrysobulles impériaux,
les actes de vente, de donation ou d'échange, soigneusement
conservés jusqu'à nos jours54. Ils montraient bien que l'higoumène

48. Sur l'existence d'un testament écrit de Jean, infra, § 20-22 et n. 78.
49. A la suite de la traduction en géorgien du Commentaire de Jean Chrysostome
sur l'Évangile de saint Matthieu par Euthyme (infra, η. 118), Jean a écrit un long
colophon qui a été en général reproduit par les scribes qui ont recopié cette
traduction. Ce colophon est souvent improprement appelé «Testament de Jean». Le
texte du colophon contenu dans le ms. Athos 10 (de peu postérieur à la réalisation de la
traduction) a été partiellement édité et traduit par Blake, Iviron 1, p. 337-344. Je n'ai
pu me procurer l'édition complète faite à Tbilisi en 1982 par J. Lolasvili. Le ms.
Kutaisi 20, copié en 1048, le date de 1001/1002. Jean explique d'abord longuement
l'importance des textes écrits, depuis la Bible jusqu'aux œuvres des Pères de l'Église,
et notamment Jean Chrysostome ; puis il continue ainsi : « II ne s'était trouvé personne
jusqu'à présent pour rendre accessibles, dans notre langue géorgienne, ces saints livres
du Commentaire du saint Évangile. Les églises de Grèce et de Rome en étaient remplies
tandis que celles de notre pays en manquaient, et non seulement ces livres, mais bien
d'autres encore, lui faisaient défaut. C'est pourquoi moi, le pauvre Jean, le dernier de
tous les moines, je m'affligeai de ce manque de livres dans le pays de Kartli. Je déployai
beaucoup d'efforts et d'empressement, et je donnai à mon fils Euthyme une instruction
complète en grec, le destinant à traduire les livres du grec en géorgien ...» Jean donne
ensuite une liste de 24 œuvres traduites par Euthyme : infra, n. 85.
50. Ménabdé, Foyers, II, p. 387 et n. 110 ; Kékélidzé, Problèmes, p. 158-163. SDG,
III, p. 5-18, donne le texte de deux lettres d'Euthyme répondant à des questions
concernant la vie monastique.
51. Sur le Synodikon ou livre des commémoraisons du monastère : Iviron, I, p. 6-7.
52. Infra, § 16, 17.
53. Infra, n. 140.
54. Infra, § 4.
78 BERNADETTE MARTIN-HISARD

n'ignorait pas l'importance et les droits de la communauté puisque les


premiers documents délivrés à l'higoumène, à ses successeurs et à ses
ayants droit55 cèdent la place, vers 1010, à des actes qui mentionnent
plus nettement la communauté des frères56; un acte autographe
d'Euthyme de 1016-1017 mentionne qu'il a reçu l'accord de sa
laure57; le Prôtos et les autres higoumènes de l'Athos précisent même
bientôt que par ayants droit il faut entendre la laure elle-même58.
La tradition orale n'était pas d'un grand secours. Les contempor
ains de Jean et d'Euthyme dont on aurait pu invoquer le témoignage
ne devaient plus être bien nombreux. Les moines avaient oublié
jusqu'au lieu de la sépulture de leurs plus illustres prédécesseurs, Jean
Grdzelisdze, Arsène de Ninoc'mida, et même Jean-Tornik'59. Il était
évidemment inutile de compter sur les Grecs de l'Athos, partie
prenante dans le conflit, et dont la mémoire tendait à être sélective et
partiale60.
Les Ibères n'avaient plus la ressource de faire appel à ceux qui
avaient parrainé la fondation du monastère de la Vierge. Celui-ci était
né et avait grandi, avec la bénédiction des empereurs Basile II et
Constantin VIII, sous les auspices de deux ou trois grandes familles,
originaires d'une simple principauté, le T'ao-K'lardzheti, et fidèl
ement liées à son prince, le curopalate David. Ce grand ami des
moines, que son intérêt immédiat orientait vers les territoires
byzantins, n'avait jamais hésité à mettre ses forces au service d'une
cause pieuse et politiquement rentable. Mais David était mort ainsi
que les empereurs qui n'avaient jamais oublié ce qu'ils devaient aux
Ibères. Le T'ao-K'lardzheti s'était fondu dans le grand ensemble
territorial constitué par les héritiers de David qui n'avaient pas pour
préoccupations premières leurs relations avec l'empire byzantin et les
problèmes athonites. Que pouvait représenter un lointain monastère,
perdu sur une montagne en terre étrangère, pour ces nouveaux
autocrates qui passaient leur temps, entre l'Apxazeti et le Kartli, à
surveiller leurs aristocrates et à guetter l'occasion de poursuivre leur
expansion vers l'est61?

55. Ainsi actes 118 (de 996) et 1289 (de 1001) : éd. Iviron, I, p. 174 et 178.
56. Actes 1822 (de 1013) et 2023 (de 1015) : Ibidem, p. 205 et 213.
57. Acte 225 (de 1016 ou 1017) : Ibidem, p. 224.
58. Acte 245 (de 1020) : Ibidem, p. 231.
59. Infra, n. 45 et 209.
60. Ainsi, dans Laura, p. 42, P. Lemerle souligne l'absence de mention de Jean et
d'Euthyme dans la Vie d'Athanase, alors que, de son vivant, Athanase parlait d'eux en
termes élogieux ; Prôtalon, p. 85. Voir aussi n. 31.
61. Iviron, I, p. 13-19. Martin-Hisard, Biens, p. 115-117.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 79

Les Ibères de l'Athos firent pourtant appel à eux, comme d'autres


monastères géorgiens commençaient à en donner l'exemple. Tout
laisse en effet penser, en l'état actuel de la documentation, que le
passage de la coutume orale au droit écrit qui accompagna le lent
rassemblement entre les mains de la dynastie bagratide des différen
tes principautés qui morcelaient le monde géorgien fut favorisé par les
communautés monastiques, qui en comprirent l'importance et furent
les premières à solliciter la garantie de l'autorité publique, supérieure
aux intérêts privés62. Cependant lorsque la crise athonite se produisit
dans la première moitié du 11e siècle, le monde géorgien ne disposait
pas encore d'un arsenal suffisant de documents juridiques pour aider à
clarifier rapidement la situation. Le Mémoire souligne les nombreux
voyages que les Ibères durent effectuer pour aller chercher des textes
dans leur patrie63.
Il faut donc rendre hommage à la justice byzantine qui sut traiter
un dossier aussi épineux, même si les sentiments plus ou moins
amènes de tel ou tel empereur à l'égard de son prédécesseur ou une
meilleure compréhension à Constantinople de l'importance du nouvel
État géorgien ont pu contribuer à dénouer la crise en faveur des
Ibères64.
Les Ibères pour leur part tirèrent les conclusions qui s'imposaient
de cette longue crise. Jusqu'en 1029 l'incontestable personnalité de
leurs higoumènes et le respect que les Grecs de l'Athos leur
témoignaient avaient permis un développement harmonieux du
monastère ; aucun doute ne s'était manifesté au sein de la communaut
é. Mais l'absence de statut juridique, clair et dûment établi, qui avait
en partie engendré la crise avait aussi créé des hésitations et des
incertitudes jusque chez les Ibères, dont certains, au témoignage du
Mémoire, furent suffisamment troublés pour se rallier pendant un
moment aux Grecs65.
Le Mémoire, écrit immédiatement après le dénouement de la crise
en 1041-1042, sous l'higouménat de Syméon, ne peut être présenté,
ainsi qu'on le fait parfois, comme une simple chronique des
événements passés66. Ses auteurs lui ont assigné une double fonction :
«C'est pourquoi, afin que les maux que les Grecs nous infligèrent ne
tombent pas dans l'oubli, afin que ceux qui nous succéderont ne
connaissent pas semblable détresse, nous, tous les frères, unanimes,
nous nous sommes rassemblés et nous avons mis par écrit, unanimes,

62. Ibidem, p. 133.


63. Infra, § 85.
64. Iuiron, I, p. 46 et n. 6.
65. Infra, § 88.
66. Voir n. 10.
80 BERNADETTE MARTIN-HISARD

le Mémoire [en géorgien : saqsenebeli] suivant, en ces termes et de


cette manière, à l'époque de l'abbé Syméon. Voici ce que nous avons
dit...»67. Le texte comporte donc une dimension narrative, mais il est
aussi tourné vers l'avenir, et on voit bien, à sa lecture, qu'il ne relève
pas du genre historiographique. Bien des éléments conduisent à
penser que les Ibères lui assignèrent une autre finalité ; c'est le cas du
titre qu'ils lui donnèrent et que l'on traduit par Mémoire.
Le participe saqsenebeli, formé sur le nom verbal qseneba, signifie
littéralement «ce qui est à garder en mémoire» ; c'est bien le sens qu'il
a dans ce texte : « Nous avons écrit ce saqsenebeli et nous le laissons en
dépôt à notre peuple qui nous succédera afin que cette tempête si
diverse ne devienne pas objet d'oubli et d'indifférence»68. Cependant
on doit noter que le verbe qseneba et ses composés appartiennent au
vocabulaire diplomatique qui se fixe dans les documents géorgiens dès
le 11e siècle. Les diplômes royaux (sigeli) sont la forme écrite d'une
concession (bodzeba), octroyée par la grâce du souverain (d'où leur
nom de c'q'alobis sigeli, sigillion de grâce)69, au cours d'une assemblée,
à un solliciteur qui en a fait la requête orale, preuves et arguments à
l'appui. La démarche du demandeur est une moqseneba, une «mise en
mémoire», une « re-présentation » ; ce qu'il « re-présente » à la gracieuse
attention du roi constitue un moqsanebeli ou un saqsenebeli. La
concession octroyée oralement est mise en forme écrite avec sa
justification ; notifiée, garantie par diverses clauses, datée et souscrite,
elle peut ainsi être présentée ultérieurement à l'appui d'une nouvelle
requête.
Mise en dépôt, elle devient à son tour un saqsenebeli, un
Memorandum, plutôt qu'un Mémoire, qui peut porter la trace de
confirmations ultérieures.
C'est à la lumière de ces pratiques, qui n'ont au demeurant rien de
très original, qu'il faut apprécier la nature du saqsenebeli et les liens
qu'il entretient avec le reste de la Vie de Jean et Euthyme. Le rapport
entre les deux textes, explicitement établi par l'auteur, ne permet pas
de voir dans le second un appendice du premier, ajouté par Georges
pour parachever en quelque sorte son œuvre. Le saqsenebeli est en
effet introduit au § 82 par un «C'est pourquoi ...» qui, dans toutes les
pratiques de chancellerie, met fin à l'exposé des motifs et introduit le
dispositif de l'acte, sa partie la plus importante. Or il est très clair
dans notre texte que le saqsenebeli, précisément daté de l'higouménat
de Syméon, a été élaboré au cours d'une assemblée présentant toutes

67. Infra, § 82.


68. Infra, § 88.
69. Supra, p. 71.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 81

les garanties de la validité puisqu'elle fut générale et unanime70;


proclamé oralement avant d'être mis par écrit, il a été notifié «à tous
les Ibères, partout, que ce soit ceux d'Orient, de la Montagne Noire,
de Jérusalem, partout où sont nos frères»71. Son contenu, garanti par
des clauses solennelles d'exécration et de bénédiction72, engage toute
la communauté dans un domaine précis : le monastère et son saint
territoire ont été, sont et demeurent le patrimoine héréditaire et
inaliénable de la fraternité ibère; ainsi l'ont voulu ses fondateurs73;
ainsi viennent de le confirmer à deux reprises les empereurs au terme
d'une longue crise74; ainsi doit-il rester sous peine de malédictions,
quelles que puissent être les éventuelles et traîtreuses tentatives de
ses propres autorités et de leurs complices75; ainsi est-il et sera-t-il
source de bénédictions pour quiconque s'est employé, s'emploie et
s'emploiera à ratifier et confirmer ses droits76.
Le saqsenebeli présente donc toutes les caractéristiques formelles
qui permettent de l'apparenter au dispositif et même à l'eschatocole
d'un acte juridique. Il ne lui manque même pas la souscription. En
effet, l'invocation trinitaire qui le suit au § 90 n'introduit pas un
deuxième «appendice» qui raconterait la translation des reliques
d'Euthyme; c'est bien plutôt la signature de Georges l'Hagiorite qui,
devenu higoumène, confirme son adhésion personnelle à la charte de
la communauté dont il vient de prendre la direction et sanctionne son
engagement de fidélité au dessein des pères fondateurs par l'organisa
tion concrète de leur culte77.

70. Infra, § 82 : « Nous, tous les frères, unanimes, nous nous sommes rassemblés et
nous avons mis par écrit, unanimes, le saqsenebeli suivant...», et § 86 : «Dans une
absolue unanimité, nous disons ceci comme d'une seule voix...».
71. Infra, §88.
72. Infra, § 88 : «S'il advient que quelqu'un de notre peuple ... trahisse ..., qu'il soit
lié, maudit, anathematise...» «Mais ceux qui œuvreront pour l'augmentation..., que
leur mémoire et leur bénédiction soient éternelles».
73. Voir n. 75 et 76.
74. Infra, § 86-87, et supra, p. 72 et 74.
75. Infra, § 88 : «S'il advient que quelqu'un de notre peuple, higoumène, économe
ou tout autre ... trahisse ce saint territoire, qu'il en aliène traîtreusement une terre ... ou
qu'il devienne traître aux Ibères et les en fasse disparaître et exproprie le territoire des
Ibères... et les en expulse et anéantisse notre souvenir, qu'il soit lié, maudit,
anathematise, exclu des cérémonies des chrétiens, compté au nombre de ceux qui ont
trahi le Christ... et ceux de nos frères qui seraient complices de ce traître..., qu'ils
soient aussi maudits et anathematises».
76. Ibidem : « Mais ceux qui œuvreront pour l'augmentation du nombre des Ibères et
ratifieront [la possession] de ce saint territoire à notre peuple, que leur mémoire et leur
bénédiction soient éternelles ! Que la mémoire et la bénédiction des frères qui ont
participé au combat pour le bon droit et l'affermissement de cette illustre laure ou qui
combattront pour elle soient éternelles ! ».
77. Infra, § 90 : «Moi et tous les frères, nous avons fixé à un met'raj par an l'huile
82 BERNADETTE MARTIN-HISARD

On est ainsi conduit à penser que ce qui précède le saqsenebeli


constitue en définitive un avant-propos qui expose la raison d'être de
l'engagement pris par la communauté et qui légitime cet engagement.
Tout se passe comme si la communauté ibère, mise en demeure entre
1029 et 1041 de justifier ses revendications sur le monastère, avait
chargé l'un des siens d'élaborer cette justification en réunissant et
organisant l'ensemble des sources dispersées dont le témoignage avait
été invoqué durant les années de crise : actes grecs et géorgiens, Vie
synaxariale, premiers éléments du Synodikon, manuscrits avec leurs
colophons, souvenirs en grand risque de se perdre des frères les plus
âgés, sans oublier les pratiques liturgiques et monastiques et les
bâtiments mêmes du monastère ; telles sont bien les sources que
Georges l'Hagiorite, au § 4, dit avoir utilisées. Il les mit en œuvre
pour rédiger, à travers la vie des fondateurs, l'histoire officielle d'un
saint territoire que Dieu voulut réserver au peuple élu des Ibères pour
que, grâce à la Vierge, la langue géorgienne fleurisse et résonne
partout «comme une flûte d'or».
En faisant de Jean un autre Abraham et du monastère athonite une
autre Jérusalem, la préface donne les deux clés bibliques qui ouvrent
à la compréhension du texte et de sa composition.
La Vie de Jean, chronologique, reprend celle d'Abraham qui quitta
son pays pour répondre à l'appel de Dieu et que Dieu bénit dans sa
descendance en lui donnant la Terre Sainte en héritage78. La Vie suit
ainsi les étapes de la naissance et du développement du nouveau
peuple élu : départ de Jean à l'étranger (§ 6), installation sur l'Athos
(§ 7), arrivée des premiers fils spirituels et enracinement territorial à
l'époque de Tornik' (§ 8-18), engagement intellectuel avec l'arrivée
des traducteurs Jean Grdzelisdze et Arsène de Ninoc'mida (§ 19),
testament et mort de Jean (§ 20-22). Le monastère de la Vierge est
donc un territoire sacré réservé par Dieu en terre étrangère à la
communauté de langue ibère née spirituellement de Jean.
La Vie d'Euthyme abandonne le registre chronologique pour
montrer que ce monastère, sis sur une haute et sainte montagne, est
une réplique de Jérusalem dont elle reprend les deux fonctions
définies par le prophète Isaïe : «Comme de Sion la Loi, comme de
Jérusalem la Parole»79. La Vie suit ces deux thèmes en les inversant.
Les premières pages sont consacrées aux traductions grâce auxquelles
Euthyme, inspiré par la Vierge, a exalté la langue des Ibères et

pour le sanctuaire à l'endroit où sont déposés les saints pères et où le service est célébré
le 13 du mois de mai, jour de la fête de ce saint».
78. Infra, §5 : «Notre père Jean... qui, à l'instar d'Abraham, choisit de vivre à
l'étranger... C'est pourquoi, [comme Abraham] Dieu l'a exalté...»
79. Infra, fin du § 4.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 83

répandu la lumière de la vie sur son pays et ses églises (§ 23-26). La


deuxième partie montre la Loi instituée par Euthyme, non pas une
Loi figée dans un carcan de textes, une sorte de Décalogue, mais la
Loi vécue par lui et laissée en modèle (§ 34-71). Chacune de ces parties
s'achève par une série de miracles qui expriment la sainteté
d'Euthyme dans sa double fonction de héraut vivifiant et illumina-
teur et de Loi vivante. Ce sont d'abord, débordant le cadre du
monastère, les miracles de la parole, de la lumière et de la vie (§ 27-
33). Ce sont ensuite les victoires remportées sur Satan, adversaire de
l'ordre divin établi par Euthyme (§ 72-73).
Ni dans les pages consacrées à Jean, ni dans celles qui évoquent
Euthyme, il n'y a trace de la moindre hostilité ou réticence des Ibères
à l'égard des Grecs, qu'ils ont aidés à Constantinople et sur l'Athos de
diverses manières. Cependant ils sont, dans le monastère, définis
comme des serviteurs qui s'adonnent à de seules tâches matérielles80.
C'est parce qu'il n'a pas respecté les règles d'Euthyme et qu'il a
modifié la relation établie entre les Ibères et les Grecs que Georges Ier
a semé les germes de la crise qui a plongé le saint territoire des Ibères
dans la tempête et dans le doute : doute sur les droits de leur
communauté, doute sur sa fonction (§ 76-81).
Sur la base de cette histoire du monastère dont le bien-fondé a été à
deux reprises confirmé par les empereurs, la communauté des moines
ibères de l'Athos put laisser en dépôt à ses successeurs comme un
typikon de fondation rétroactif du monastère, réduit à ce qui est
présenté comme ayant été l'inspiration essentielle de ses fondateurs :
donner aux Ibères un patrimoine héréditaire qui serve au développe
ment de leur peuple, de leur langue et de leur pays.

80. Les premiers Grecs sont introduits par Tornik' pour être forgerons, charpentiers,
maçons, etc. (infra, § 13), et c'est ainsi qu'Euthyme aurait conçu leur rôle : n. 250.
84 BERNADETTE MARTIN-HISARD

TRADUCTION1

38 | Vie de notre bienheureux père Jean et (TEuthyme et récit de leur digne


conduite, écrits par le pauvre Georges, hiéromoine.
Père, bénis-nous !
Préface.
5 (§ 1) Béni soit Dieu qui veut que tout homme soit sauvé et parvienne à
la connaissance de la vérité2; par son ineffable providence, II fixe en tout
ce qu'il y a de mieux; dans son impénétrable bonté, II suscite à chaque
époque des êtres saints en qui II se complaît pour le profit du genre humain
et la gloire de sa divinité. C'est ainsi qu'il a aussi suscité en notre temps
10 nos bienheureux pères Jean et Euthyme ainsi que Jean, Arsène évêque de
Ninoc'mida et Jean Grdzelisdze3 et leurs autres disciples qui ont ensuite
imité leurs vertus et dont le nom est inscrit dans le Livre de Vie4. Daigne
le Seigneur, par leur intercession, nous rendre dignes nous aussi, pauvres
que nous sommes, d'imiter leurs vertus et d'avoir part à sa droite.
39 (§ 2) Mais comme le cours du temps emporte tout dans l'oubli, bien que
|

16 tout soit clair et limpide devant Dieu qui connaît le commencement et la


fin de tout, bien que ceux qui ont achevé leur vie en Lui étant agréables
ne cessent de resplendir devant Lui et n'aient nul besoin de nos évocations,
sa très sage providence a cependant disposé que l'on mette par écrit dans
20 des textes les divines et très belles œuvres de la création du monde, les
commandements du Seigneur et ses paroles, la vie et la conduite très louables
de ses saints et bienheureux serviteurs que sa bonté a jugé nécessaire de
susciter à chaque époque pour le profit du genre humain, afin que ces grandes
œuvres de Dieu nous poussent à Le glorifier et à Le désirer, que les
25 commandements du Seigneur nous éclairent et nous rendent pleins d'élan
pour les accomplir, et que l'évocation de ses grands et fidèles serviteurs
nous porte à rivaliser avec leur divine conduite et à l'imiter, car ils sont

1. La pagination indiquée en marge de la traduction est celle de l'édition de


référence (MLHG, II, p. 38-100) ; les paragraphes dans le cours du texte sont ceux de la
traduction latine de Peeters (Peeters, Histoires, p. 13-68); les titres en caractères gras
sont une addition au texte, justifiée par la présentation qui en est faite supra, p. 82-83.
Dans les notes de la traduction, § et n. renvoient respectivement à un paragraphe de la
traduction et à une autre note de la traduction, supra, n. à une note de l'article. Sur
l'auteur, supra, p. 67.
2. 1 Tim. 2, 4.
3. Il s'agit de Jean et de son fils Euthyme, de Jean-Tornik' (§ 8-15) et des deux
moines que Georges a toujours voulu associer au culte des pères fondateurs (§ 19, 71 et
n. 279).
4. Phil. 4, 3.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 85

offerts à tous ceux qui veulent entrer dans la vie éternelle, tels de parlantes
images, en modèle de vertu, en leçon de sagesse, en incitation à la bravoure.
30 (§ 3) Ceci est clair depuis la création du monde jusqu'à nos jours grâce aux
textes qui ont été écrits ; ainsi commémore-t-on avec bonheur dans les saintes
églises les labeurs et travaux des illustres saints qui ont peiné et dont on
a écrit la Vie et ils sont dignes de louanges et de bénédictions.
40 Puisque les bienheureux pères cités plus haut ne l'ont cédé en rien aux
|

35 saints qui ont été suscités avant eux, mais qu'ils ont été ornés de toutes
les vertus et ont accompli les commandements de Dieu, nous n'avons pas
cru bon de laisser leur vie dans l'oubli et mes pères spirituels m'ont d'autre
part enjoint d'entreprendre ce travail5. Je prie votre sainteté, pères
théophores, de ne pas me le reprocher. (§ 4) Que personne ne manifeste de
40 scepticisme parce que nous avons commencé à écrire ces quelques mots
longtemps après que nos bienheureux pères soient partis vers Dieu6. Nous
n'avons rien écrit de notre propre chef mais d'après ce que nous tenions
d'hommes dignes de foi et de pères spirituels qui les avaient vus et servis,
étrangers à tout mensonge et comblés de la grâce d'en-haut; [nous l'avons
45 écrit aussi] d'après leurs propres œuvres qui, en témoins silencieux,
proclament hautement leurs labeurs et leurs travaux : cette laure illustre,
ornée de toutes beautés et belle de toutes parures, que ces bienheureux ont
fondée par leurs travaux et leur sueur pour le repos de multiples âmes ; ils
y ont édifié des églises semblables aux cieux, les ont remplies de livres
50 divinement inspirés et en ont assuré la splendeur par de vénérables icônes ;
ils lui ont acquis des villages, des domaines, des monastères et des ermitages ;
ils lui ont donné des règles et des canons illustres et superbes ; ils y ont
déposé les actes de confirmation, les chirographes et les chrysobulles des
pieux rois ; ils y ont rassemblé des moines et des réguliers semblables à des
55 anges ; ils ont embelli et fait fleurir notre langue et notre pays en traduisant
41 des livres saints.
|

En vérité, ainsi que le proclame Isaïe : comme de Sion la loi en est sortie,
comme de Jérusalem la parole7.
(§ 5) Notre bienheureux père Jean fut en effet vraiment vénérable et aimé
60 de Dieu, lui qui, à l'instar d'Abraham, choisit de vivre à l'étranger et de
passer ses jours dans l'exil et la pauvreté et qui se plaça dans l'obéissance
de pères spirituels8. C'est pourquoi, comme lui, Dieu l'a exalté et distingué
par toutes ses vertus et surtout par le don qu'il lui fit de ce fils très
bienheureux, c'est-à-dire le bienheureux Euthyme, dont le nom seul souligne
65 l'élévation des vertus : il se révéla la parure de notre peuple et l'imitateur
des saints apôtres9 et il fit briller la langue et le pays des Ibères10. En effet,

5. Supra, p. 82.
6. Georges écrit en 1042-1044 alors que Jean est mort vers 1005 et Euthyme en 1028.
7. Is. 2, 3. Sur l'importance de cette phrase : supra, p. 82-83.
8. Sur cette comparaison avec Abraham : supra, p. 82.
9. L'assimilation d'Euthyme à un apôtre se retrouve dans la Vie de Georges : «La
miséricorde divine regarda notre peuple et suscita un nouveau Chrysostome, notre saint
père Euthyme, qui, tel un treizième apôtre, purifia notre terre...» (p. 125-126).
10. «Ibère» : en géorgien kartveli, c'est-à-dire «celui qui habite le Kartli» ou «celui
qui est originaire du Kartli». Dans les textes géorgiens du 11e siècle, le Kartli (que les
Grecs appellent Ibérie) s'oppose à l'Apxazeti (la Géorgie occidentale) et désigne au sens
étroit la Géorgie orientale ; au sens large — et c'est le cas dans ce texte — , il comprend
aussi les provinces du sud-ouest, c'est-à-dire principalement le T'ao-K'lardzheti. Aucun
86 BERNADETTE MARTIN-HISARD

comme l'attestent les colophons écrits dans les livres qu'il traduisit,
[Euthyme] fut instruit de toute sagesse par les soins de cet homme vénérable
pour être l'illuminateur et le glorificateur de nos églises11; les fruits de son
70 travail plongent dans l'allégresse ceux qui sont loin et ceux qui sont proches ;
la suavité de ses traductions résonne partout comme une flûte d'or qui
retentit non seulement au Kartli, mais aussi dans le monde grec, puisqu'il
a traduit du géorgien en grec Balahvar, Abukurra et un certain nombre
d'autres textes12.
75 Voilà ce que je voulais dire pour commencer. Et maintenant je vous dirai
en peu de mots ce dont le Seigneur nous fera la grâce. Car on voit chez
nous, comme vous le constatez, une grande tiédeur13 dans ces derniers temps
où nous sommes ; mais que personne ne se trompe et ne se leurre en pensant
que nos frères furent ainsi dès le début. Certes non ! Ils ont vécu dans une
42 rigoureuse observance et un divin comportement tant que nos pères trois

|
81 fois bienheureux, Jean et Euthyme, les ont gouvernés, ont exercé la fonction
d'higoumène comme il le fallait et ont conduit le troupeau qui leur était
confié exactement comme les pères théophores autrefois. Mais un dése
nchantement complet et la tiédeur se sont développés chez nous depuis que
85 le bienheureux Jean s'est endormi et que notre père théophore Euthyme a
renoncé à l'higouménat.
Prions Dieu, par leur intercession, qu'il guide aussi notre vie dans le bien
et ne nous rejette pas loin de la joie et du repos de nos bienheureux pères
et frères dans la vie éternelle.

90 I. Le saint territoire de la Sainte Montagne


Jean, tel Abraham.
Revenons à notre propos initial.
(§ 6) Notre bienheureux père Jean était d'origine ibère; il tenait de ses
parents et grands-parents grandeur, noblesse et rang parmi les mtavars du
95 curopalate David14; il était vaillant, courageux et militairement renommé.

mot n'existe encore pour désigner l'ensemble de la Géorgie sur le plan politique ; les rois
se disent «rois des Apxazes et des Ibères».
11. Georges fait ici plus particulièrement allusion au long colophon écrit par Jean à
la suite de la traduction par Euthyme du Commentaire de Jean Chrysostome sur
l'Évangile de saint Matthieu : supra, n. 49.
12. Sur les traductions d'Euthyme en grec: TarchnisVili, Geschichte, p. 219;
Abuladzé, Balavariani . Khintibidzé, Athos, dans un chapitre intitulé «L'école
littéraire géorgienne du Mont Athos et le chef-d'œuvre de la littérature byzantine, Le
roman de Barlaam et Joasaph», a récemment repris la question de l'identité de l'auteur
de la version grecque de ce texte, autrefois soulevée par de nombreux auteurs, dont
Dölger, Barlaam, et Garitte, Barlaam.
13. Abuladzé, Dictionnaire, p. 389, propose de traduire sigrile (littéralement
«froid», que je rends par «tiédeur») par «indifférence».
14. Jean est le nom monastique pris par Abulherit (Vie Syn., p. 3311415). Sur sa
famille : Ioiron, I, p. 16-17. Les Bagratides, implantés au T'ao-K'lardzheti au début du
9e siècle, ont imposé peu à peu leur suprématie aux autres familles aristocratiques de la
région, dirigées par des mtavarni, littéralement «chefs». Au cours des 9e et 10e siècles, la
branche cadette des Bagratides réussit à concentrer entre ses mains la puissance
politique et territoriale de la famille ; elle est représentée dans la seconde moitié du
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 87

De haute taille, il avait belle allure et prestance ; il était sage et sensé


d'esprit et d'entendement ; il était rempli de la crainte de Dieu et de toutes
bonnes œuvres. C'était un grand ami et un proche du curopalate David
d'heureuse mémoire. Mais dès que le feu de l'amour du Christ eut violemment
100 embrasé son âme, il rejeta toute grandeur de ce monde, la tenant pour
immondices ; il méprisa complètement et dédaigna les biens, les richesses et
les plaisirs, son épouse et ses enfants, sa famille et tout ce qui est de ce
monde, jusqu'à lui-même enfin, comme dit le Seigneur15 ; il prit la croix sur
43 ses épaules, s'enfuit à l'insu de tous en abandonnant tout et partit seul à
105 la laure des Quatre-Églises16 ; il se fit reconnaître du père Moïse et du père
|

Gélase qui y brillaient alors de leurs vertus ; il reçut d'eux en secret la


bénédiction monastique et il se livra pendant quelque temps à l'obéissance
dans une courageuse ascèse, faisant l'admiration de tous les ascètes qui
vivaient là.
110 Mais dès que l'on commença à connaître ce qu'il faisait, il reçut la
bénédiction de ces bienheureux pères et se dirigea vers le pays de Grèce,
car il fuyait la gloire des hommes. Il arriva ainsi sur le mont Olympe17 et
assuma courageusement pendant un temps assez long la tâche ascétique de
soigner les mulets dans un monastère et il remplit humblement d'autres
115 menus et vils services.
(§ 7) Or à cette époque le roi des Grecs remit au curopalate David les
régions d'en-haut18 et lui demanda des fils d'aznaurs en otages19. Les
beaux-frères du père Jean amenèrent au roi son fils Euthyme comme otage

10e siècle par deux lignées, dont l'une porte la dignité de curopalate et fut dirigée, de
967 à 1002, par David le Grand. Voir EHG, II, p. 445-489, et Martin-Hisard,
Aristocratie, et T'ao-K'lardzheli.
15. Ce départ de Jean est antérieur à 964 (n. 18). La femme de Jean est la fille
d'Abuharb (§ 7). Le texte semble indiquer que Jean avait plusieurs enfants, mais on ne
connaît qu'Euthyme, dont Kékélidzé, Littérature, p. 185, date la naissance de 955 et
Lefort, Iviron, I, p. 17 et n. 5, de manière plus vague, vers 950.
16. Cette laure, non identifiée à l'époque de Paul Peeters (Histoires, p. 16, note 4),
a été découverte en 1917, à 5 km au nord-ouest du village actuel de Dort Kilise, sur un
affluent de la rive gauche du Tchorokh. TakaiSvili, Expédition, p. 83-86, en date les
vestiges du 9e siècle. Béridzé, Tao, p. 163-164, 301-302 et pi. 9, 10, 12, les date de la
seconde moitié du 10e siècle et même, plus précisément, des années 970, ce qui n'est pas
compatible avec les données chronologiques retenues pour le départ de Jean (n. 15). Il y
avait autour de l'église centrale (une basilique à trois nefs) de petites chapelles à nef
unique et des salles (réfectoire? séminaire?). Sur les peintures : Thierry, Nouveau
voyage, p. 63, et Peintures, p. 75-76, fig. 2-12.
17. La présence de Géorgiens sur le Mont Olympe est anciennement attestée :
Janin, Églises, p. 156; Dolakidzé, Hilarion, p. 136-145; Ménabdé, Foyers, II, p. 178-
183.
18. Vie Syn., p. 3325, précise qu'il s'agit de l'empereur Nicéphore Phocas (963-969).
Sur cet épisode : Badridzé, Contribution, p. 178-179. Kopaliani, Relations, p. 23-27,
lie cette donation à la participation de contingents ibères à une expédition byzantine
contre Tarse en 964. Sur les liens entre les Phocas et les Ibères : Cheynet, Pouvoir,
p. 324. Les régions cédées correspondent à la partie du T'ao, appelée par les sources
géorgiennes T'ao-d'En-haut, qui se trouve au sud-ouest des possessions héréditaires des
Bagratides, qui forment le T'ao-d'En-bas. Cette donation fut confirmée, précisée et
amplifiée par Basile II et Constantin VIII (n. 31).
19. aznauri : «noble», «aristocrate», littéralement «homme libre».
88 BERNADETTE MARTIN-HISARD

avec d'autres princes20. En apprenant cela Jean dut contre son gré se faire
120 connaître et il partit pour la Ville Royale. Comme les rois connaissaient
Abuharb, qui était le beau-père du père Jean, ils manifestèrent aussi à cette
occasion beaucoup d'amitié à Jean et lui firent bon accueil. Il y eut alors
de longues discussions au sujet d'Euthyme entre Jean et son beau-père qui
ne voulait pas le livrer et Jean lui adressa de vifs reproches : « Eh quoi !
44 n'avez-vous pas de fils? Vous les épargnez parce que ce sont vos fils et

|
126 vous avez donné mon fils comme otage parce qu'il est orphelin, c'est clair !
Que le Seigneur vous pardonne ! ». Et, par la volonté de Dieu et sur la
décision des rois, il prit son fils et retourna sur l'Olympe21.
Mais au bout d'un certain temps, il supporta mal que les Grecs et les
130 Ibères le traitent avec honneur parce que son nom était connu ; c'est pourquoi
il partit de nouveau vers l'inconnu avec son fils et quelques disciples. Il
gagna la Laure du grand Athanase sur la Sainte Montagne et il y fut
accueilli22. Il demeura caché et il accomplissait humblement et sans
murmures tout ce que l'obéissance exige et il s'occupa de la cuisine pendant
135 deux ans ou plus.

L'époque de Tornik' : l'église Saint-Jean-PÉvangéliste.


(§ 8) A cette époque le grand Tornik', son parent, se fit moine dans son
pays ; et ayant entendu dire que Jean, pour qui il avait une grande affection,
était sur l'Olympe, il partit et parcourut l'Olympe sans pouvoir le trouver;
140 alors il s'informa discrètement et apprit qu'il se trouvait sur la Sainte
Montagne23. A l'insu des rois, il se rendit en secret sur la Sainte Montagne
et reçut de Jean la bénédiction monastique. Comme nous l'avons dit en effet,
il parcourut la Sainte Montagne, il parvint à la Laure du grand Athanase et
l'incognito ne fut plus possible24; ils se reconnurent et s'embrassèrent avec

20. colisdzma : «frère de la femme». Le rôle des beaux-frères s'explique par le fait
que, d'après Vie Syn., p. 33213, Euthyme avait été élevé, après le départ de son père,
par son grand-père maternel Abuharb.
21. Vie Syn., p. 332417, présente les choses à la fois différemment et plus
précisément : Jean, qui s'était rendu auprès de l'empereur pour une raison inconnue,
apprit que son fils Euthyme, dont le statut d'otage n'est pas indiqué, se trouvait aussi à
Constantinople en compagnie de son grand-père Abuharb, venu trouver Nicéphore
«pour une certaine affaire»; il réclama alors son fils. Pour mettre fin à la discussion
entre Jean et Abuharb, l'empereur décida de faire venir Euthyme devant les deux
hommes et de le remettre à celui vers qui Euthyme se dirigerait ; Euthyme, «poussé par
Dieu», courut se jeter dans les bras de son père qu'il ne connaissait pourtant pas.
22. Sur Athanase et Lavra avant l'arrivée de Jean : Lavra, p. 30-39 ; Prôlalon, p. 75-
81. Sur la date et les raisons de l'arrivée de Jean à l'Athos, entre 963 et 969 : Iviron, I,
p. 20. Jean a peut-être apporté avec lui sur l'Athos des manuscrits, comme l'actuel
Athos 42, un Apostolos copié sur l'Olympe entre 959 et 967 (Blake, Iviron 2, p. 235-
237).
23. Tornik' est originaire du T'ao-K'lardzheti et appartient à la famille géorgienne
des Tchordvaneli ; cousin germain de Jean, il est peut-être même aussi son beau-frère :
Iviron, I, p. 15-17. Il prit le nom monastique de Jean. C'était un homme célèbre,
puiqu'il portait la dignité byzantine de patrice, et un homme riche, puisqu'il possédait
un monastère à Constantinople et un à Trébizonde : Iviron, I, p. 23-24, et n. 3. Il était
particulièrement lié à la famille Phocas : Cheynet, Pouvoir, p. 330.
24. Tornik' arriva à Lavra au début des années 970, sous le règne de Jean Tzimiskès
(969-976) : Iviron, I, p. 21.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 89

145 une spirituelle affection et il y eut grande joie au monastère en ce jour-là, car
même le grand Athanase n'ignorait pas les actions, la noblesse et la vaillance
de Tornik'. C'est pourquoi ils furent couverts d'honneurs à partir de ce
45 moment, car Dieu manifeste et exalte ses saints, même si cela leur déplaît.
Bientôt leur histoire se répandit et l'on sut qu'ils étaient sur la Sainte

|
150 Montagne. Des Ibères commencèrent à arriver, leur nombre augmenta et nos
bienheureux, pères qui étaient remplis de toute sagesse, se firent cette réflexion
en voyant cela : «Nous ne pouvons plus rester dans le monastère, car d'autres
vont nous rejoindre et on ne peut les renvoyer». Alors, sur le conseil du père
Athanase, ils construisirent une église Saint-Jean-1'Évangéliste et des cellules
155 dans une agréable solitude, à un mille environ de la Laure25. Ils y vécurent
longtemps comme des anges de Dieu28.

L'époque de Tornik' : la révolte de Sklèros.


(§ 9) La révolte de Sklèros se produisit à ce moment-là ; il conquit toute la
région continentale ; les rois et la reine se trouvèrent bloqués dans la Ville en
160 grand danger et angoisse. Dans cette situation ils se dirent : « Nous n'avons pas
d'autre secours que le curopalate David»27. Mais on ne pouvait lui dépêcher
personne parce que Sklèros contrôlait toutes les routes et leur embarras était
grand de voir que personne n'était susceptible d'exécuter ce que leur cœur
désirait.
165 Pris d'une telle anxiété, ils entendirent parler de Jean et de Tornik' et
apprirent qu'ils étaient dans la Laure du grand Athanase. Ils dépêchèrent
immédiatement à la Laure le sébastophore, un homme illustre parmi les
46 mtavars de la reine, avec des lettres royales28. En arrivant, il remit à
|

25. D'après le Typikon d'Athanase (Laura, p. 15-17), il devait y avoir au maximum


huit cellules, qu'Athanase donna à Jean, mais qui restèrent sous l'autorité de Lavra,
sans pouvoir être ni vendues ni données. Leur emplacement n'est pas connu : Iviron, I,
p. 21.
26. Les Ibères resteront dans ce premier établissement environ dix ans, jusqu'en
979-980 (§ 12 et n. 40). Euthyme y effectua ses premières traductions, comme le montre
le manuscrit Athos 32, contenant une traduction de Basile de Césarée faite par
Euthyme et recopiée «en la demeure de la sainte Mère de Dieu, au monastère de saint
Jean l'Évangéliste» en 977 (Datation de Cat. Athos, p. 92-99, qui diffère de celle de
Blake, Iviron 2, p. 154-155). Les colophons de ce même manuscrit donnent les noms de
sept moines : Jean, Euthyme, Jean-Tornik', Arsène (voir n. 195), Théodore, Georges et
le scribe Sabas; ils furent rejoints par le moine Hilarion (§55, n. 191). La petite
communauté participa au développement de Lavra, dans la dépendance de laquelle elle
se trouvait ; ainsi, entre 976 et 979/80, Jean donna à Lavra l'île de Néoi, dont Basile II
lui avait fait don par chrysobulle (§ 16 et n. 50).
27. Sur la révolte de Sklèros, Kopaliani, Relations, p. 30; EHG, II, p. 477-481 ;
Iviron, I, p. 22; Cheynet, Pouvoir, p. 329-333. En 978, Bardas Sklèros contrôle toute
l'Anatolie et menace Constantinople, où se trouvent les empereurs Basile et Constantin,
l'impératrice Théophano et le parakimomène Basile. L'appel à David s'explique par la
puissance du curopalate, qui est également menacé par Sklèros qui est maître d'une
partie du Taron. Sur le rôle de David dans la vie politique de Byzance : Kopaliani,
Relations, p. 27-71.
28. Sur la charge de sébastophore (messager personnel et porte-parole de l'emper
eur), créée entre 963 et 975 : Oikonomidès, Listes, p. 308. Iviron, I, p. 22, n. 5,
90 BERNADETTE MARTIN-HISARD

chacun une lettre, conformément à l'ordre reçu, une à Athanase, une à


170 Tornik', une à Jean. Le contenu en était le suivant : «L'impie Sklèros s'est
révolté contre nous et a conquis tout le continent. Que Jean-Tornik' se
rende sans discussion auprès de notre Majesté, nous en prions votre Sainteté».
Les lettres royales contenaient encore beaucoup d'autres supplications et
prières instantes.
175 L'affaire plongea Jean et Athanase dans une grande perplexité ; ils durent
se résigner à se jeter aux pieds de Tornik' et se mirent à le supplier de se
rendre auprès des rois. Il fut très affligé en entendant leur supplication et
leur dit : «Saints pères, je suis venu en ce saint territoire à cause de mes
péchés ; je ne peux pas aller chez les rois, car je sais bien pourquoi ils
180 m'appellent. Or, depuis que Dieu m'a jugé digne de revêtir l'habit
monastique, il ne m'appartient plus de paraître auprès des rois, ni auprès
de qui que ce soit sur terre. J'en prie donc votre Sainteté : pour l'amour
de Dieu, pardonnez-moi, ne me faites pas violence dans cette affaire; car
les soucis du monde m'accableront si je pars». Mais ils le suppliaient en ces
185 termes : «Si nous désobéissons aux rois maintenant, nous attirerons une
grande colère sur nous et sur notre monastère». Une semaine passa à ces
discussions et finalement, à contrecœur, prenant sur eux toute faute, le père
Athanase et le père Jean le convainquirent non sans peine de partir.
(§ 10) Basile et Constantin étaient alors tout au plus des adolescents et
190 tout le gouvernement appartenait à la reine et au parakimomène29. Dès que
47 Tornik' arriva dans la Ville Royale, le parakimomène l'introduisit auprès
|

des rois. Les rois et la reine se levèrent devant lui, le saluèrent avec respect
et le firent asseoir à leurs côtés. La reine dit à Basile et à Constantin de
se jeter à ses pieds et la reine s'adressa ainsi à lui : «Saint père, Dieu rende
195 à ton âme ce que tu feras pour ces orphelins!». Jean se saisit de l'occasion
pour prendre la reine en particulier et lui faire des remontrances sur différents
points ; elle accepta tout avec humilité et lui fit cette promesse : « Saint
père, quoi que m'ordonne votre Paternité, je ne m'y soustrairai pas. Mais
puisse Dieu te convaincre de te charger de ce travail, de te rendre comme
200 tu le voudras auprès du curopalate et de l'informer de tous nos malheurs ;
j'ai confiance en Dieu que vous mettrez en fuite l'impie Sklèros et que vous
nous délivrerez du malheur». Il supplia instamment la reine de l'en dispenser,
mais quand il la vit inflexible, il lui répondit : «J'ai revêtu cet habit à cause
de mes péchés. Le Seigneur sait combien cette affaire pèse sur moi comme
205 la mort, mais je ne sais que faire, je ne peux désobéir à votre Souveraineté».
La reine et le parakimomène lui dirent encore : « Étends seulement la main
sur ces orphelins, et c'est à nous que Dieu demandera compte de tout péché
qui en résulterait». Et ils écrivirent au curopalate des lettres suppliantes30.
(§ 11) Tornik' quitta ainsi les rois et s'arrangea pour arriver chez le

reprend l'idée que le sébastophore apportait à Athanase le chrysobulle impérial daté de


juillet 978 qui accordait à Athanase une rente annuelle de dix talents d'argent et trois
reliques (Lavra, n° 7).
29. En 979 Basile a 20 ans et son frère 18. Sur la fonction de parakimomène :
Oikonomidès, Listes, p. 305; il s'agit ici de l'eunuque Basile, grand-oncle des deux
empereurs et fils de Romain Lécapène, qui dirige en pratique l'administration de
l'empire depuis 963.
30. Pour Cheynet, Pouvoir, p. 330-331, Tornik' n'a peut-être accepté cette mission
que pour obéir à son ami Bardas Phocas, nommé domestique des Scholes.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 91

210 curopalate. Le curopalate fut très heureux de le voir; Tornik' lui donna les
lettres des rois et le mit au courant de tout ce qui se passait. Ils décidèrent
48 alors sur ce point | d'envoyer en Grèce des armées et d'en nommer Tornik'
commandant en chef. Tornik' envoya aux rois des lettres du curopalate et
de lui-même et il les informa de tout ce que projetait le curopalate. Alors
215 les rois remirent au curopalate à titre viager les régions d'en-haut de la
Grèce31. Ils écrivirent à Tornik' : «Nous savons que Dieu est avec toi;
n'hésite pas ; sous la conduite de Dieu, tu feras prisonniers tous ceux qui
se sont révoltés contre nous et le butin que tu leur prendras sera tout entier
à toi»32.
220 Alors le curopalate confia douze mille cavaliers d'élite à Tornik'. Avec
l'aide du Christ, il mit en fuite Sklèros et le repoussa dans sa fuite jusqu'en
Perse33. Puis il revint, il fit prisonniers tous les grands de Grèce et prit leurs
biens comme butin, ainsi que les rois l'avaient dit. Il en distribua une partie
aux troupes et garda l'autre pour lui ; c'était un très riche butin d'or,
225 d'argent, de tissus précieux, etc. Il revint, salua le curopalate, qui le
récompensa largement, et il le quitta pour retourner auprès des rois34.
Ceux-ci l'accueillirent avec de grands honneurs et le félicitèrent amicale
ment35. Puis il les quitta à leur tour, prit congé et revint à la Laure du
grand Athanase sur la Sainte Montagne. Les pères l'accueillirent avec joie,
230 l'embrassèrent et ils louaient Dieu qui l'avait ramené sain et sauf.

L'époque de Tornik' : les églises de la Mère de Dieu et de Saint-Jean-Baptiste.


(§ 12) Nos pères se concertèrent ensuite et dirent : «Nous ne pouvons pas
rester ici; nous sommes des gens célèbres et des Ibères viennent à nous».
Et ils choisirent de fonder à l'écart leur propre monastère qui serait
49 indépendant. La chose ne plaisait pas à Jean, qui accepta cependant de
236 l'entreprendre pour le repos des Ibères et surtout pour l'édification de
|

31. Les régions remises au curopalate à titre viager sont celles dans lesquelles
Sklèros s'était implanté avant son insurrection, depuis Karin et Basian jusqu'au lac de
Van. Elles complètent les possessions de David au T'ao-d'En-bas (n. 18). D'après
Hélène Métrévéli, c'est peut-être à ce moment, ou juste après la victoire sur Sklèros,
que David reçut le titre de curopalate : Iviron, I, p. 22, n. 6.
32. Cette promesse du butin s'accompagne peut-être aussi de l'octroi à Tornik' du
titre de syncelle qu'il porte désormais.
33. Sklèros fut battu le 24 mars 979 à Sarvenisni, dans le thème de Charsianon :
Iviron, I, p. 23 et n. 4 (avec traduction de l'inscription érigée, en l'honneur de cette
victoire, au monastère géorgien de Zarzma par «Jean, fils de Sula»). Il y avait, aux
côtés de Tornik', l'éristav des éristavs Dzhodzik', mentionné au § 56.
34. Tornik', qui s'est déjà sans doute ouvert à David de son désir de fonder un
monastère, dut emporter à ce moment plusieurs manuscrits qui se trouvent à Iviron et
qui furent copiés à sa demande, dans la laure d'Oski, dans ces années 978/80 : les
manuscrits Athos 1 (Ancien Testament), 3 (Vie de Jean Chrysostome par Georges
d'Alexandrie et discours sur la translation de ses reliques par Cosmas) et 9 (Mélange
ascétique et homilétique comportant surtout des homélies de Jean Chrysostome, de
Basile de Césarée, d'Éphrem). Ces manuscrits ont été terminés après la défaite de
Sklèros puisque les colophons, analysés dans Iviron, I, p. 8-9, donnent à Tornik' le titre
de syncelle et font même, pour l'un d'eux, référence à cette défaite. On voit plus loin,
au § 13, que Tornik' ramena avec lui sur l'Athos de nombreux moines ibères.
35. Les empereurs, sans doute informés du désir de Tornik' de fonder un monastère,
ont dû lui promettre les donations, confirmées ensuite par les actes cités n. 40.
92 BERNADETTE MARTIN-HISARD

Tornik'36. Ils trouvèrent par la grâce de Dieu un agridion plaisant au milieu


de la Sainte Montagne37 ; ils y construisirent avec beaucoup de sueur et de
peine un monastère et des églises dédiées à la sainte Mère de Dieu et à
240 saint Jean-Baptiste38. Ils achetèrent à leurs frais de nombreux agridia, des
monastères et des ermitages aux abords du grand monastère jusqu'à la mer
de l'autre côté ; l'ensemble était agréable, attirant, propice à l'établissement
de moines spirituels39.
Et les pieux rois, en raison des éminents services rendus et des hauts faits
245 accomplis, leur confirmèrent par chrysobulle tous les agridia et domaines
qu'ils voulaient, lesquels sont fort nombreux et excellents, comme c'est le
propre de cette région40.
(§ 13) Cependant, tandis qu'il était en orient, Tornik' fit venir beaucoup
de gens portant l'habit41 et des moines illustres en quantité non négligeable;
250 il aurait voulu que les seuls habitants du monastère fussent des Ibères ;

36. Voir, § 18, les réticences de Jean à ce projet.


37. Sur le terme géorgien adgili, «terrain», «emplacement» (ici rendu par agridion
qui désigne, comme agros, dans les actes athonites un petit établissement monastique
avec ses terres : Iviron, I, p. 115), Martin-Hisard, Biens, p. 124. La fondation se fit,
sur la côte, à 11 km au nord-ouest de Lavra, à l'emplacement du petit monastère de
Clément, dédié à saint Jean-Baptiste (Prôtaton, p. 64-65). Iviron, I, p. 24-25, décrit
ainsi le site : «ce monastère était admirablement situé dans un cadre de collines boisées,
à quelques centaines de mètres de la mer, en position légèrement élevée et à la limite
Nord d'un aplanissement cultivable... Un seul inconvénient : les bas-fonds rendent
l'accostage difficile et la plage n'est pas protégée du vent». Par rapport à Lavra, située
plus au sud, le monastère se trouve bien «au milieu» de l'Athos, c'est-à-dire dans la
partie centrale : carte, Ibidem, I, p. 84.
38. Sur le nouveau monastère : Ibidem, p. 60-61 (avec le plan du monastère). Il était
entouré d'un mur fortifié, peu épais et peu élevé, sur lequel s'appuyaient des cellules de
bois construites sur deux niveaux ; l'église Saint-Jean-Baptiste du monastère antérieur
fut conservée au nord-est ; les Ibères construisirent et dédièrent à la Mère de Dieu une
église à croix inscrite, qui était achevée en 982 et comprenait un narthex, mais pas de
chapelles latérales, d'après P. M. Mylonas, Ibidem, p. 64-68.
39. Sur les possessions du monastère en 979-980 : Ibidem, p. 24-32. Les Ibères
possèdent les biens du monastère de Clément et de quatre grands monastères, Kolobou
(au nord de l'Athos ; Prôtaton, p. 36-40), Léontia (à Thessalonique), Polygyros (en
Chalcidique) et Abbakoun (dans la presqu'île de Kassandra). Ils disposent aussi de
revenus fiscaux et de parèques pour leurs domaines (n. 40). L'acte n° 3 d'Iviron (Iviron,
I, p. 114-116) est un bon exemple d'achat par les Ibères d'un agridion monastique.
40. La teneur du chrysobulle perdu de 979/80, qui portait donation de biens, de
revenus fiscaux et de parèques, est conservée dans un acte de 1059 ou 1074 (Ibidem,
p. 11 et p. 24-26) : en échange des deux monastères de Tornik', à Trébizonde et à
Constantinople (η. 23), le syncelle Jean reçoit le monastère athonite de Clément, les
monastères de Léontia et Kolobou, une exemption de 60 feux de démosiaires
récemment donnés à Tornik' et 40 parèques non imposés. Les Ibères reçurent par
ordonnance l'autorisation de rechercher tous les biens qui appartenaient à Kolobou et
de recouvrer ceux qui étaient détenus par d'autres ; l'acte n° 2 d'Iviron, Ibidem, p. 117-
129, est une application de cette ordonnance. L'acte n° 5, Ibidem, p. 129-134, illustre
les conflits que les Ibères eurent à régler. Sur le terme sopeli, «domaine», «campagne»,
qui peut correspondre à proasteion, Martin-Hisard, Biens, p. 125-126.
41. piëosanni : «personnes portant un pieu («vêtement de feutre»)», ce que Peeters,
Histoires, p. 237, traduit par «rasophores».
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 93

mais ce n'était pas possible de faire cela et il fallut bien introduire aussi
des Grecs. En effet, comme vous le voyez, nous n'avons aucune expérience
de la mer alors que toute notre subsistance arrive par mer42. On ne peut
non plus satisfaire les exigences d'une laure de cette importance sans
255 forgerons, sans charpentiers, sans maçons, sans vignerons, sans constructeurs
de bateaux, etc. Nos pères durent tenir compte de cela et accueillir aussi
à contrecœur [les Grecs], comme nous l'avons dit43.
C'est ainsi que fut fondé le monastère avec l'aide de Dieu.

L'époque de Tornik' : le bruit et l'agitation.


50 (§ 14) Après avoir chassé Sklèros et être revenu ici avec d'immenses
|

261 richesses et trésors (en dehors d'autres beaux objets il apporta en effet un
trésor de plus de 12 kentènaria)**, Tornik' remit le tout entre les mains de
son père spirituel, Jean, et renonça complètement à lui-même, il ne garda
pas la moindre petite chose en sa possession ; cet homme si célèbre et illustre,
265 abdiquant toute volonté propre, se plaça dans la totale obéissance [de Jean]
et il montrait une si grande ardeur que, s'il l'avait pu, il n'aurait ni bu de
l'eau ni prononcé une seule parole ni possédé la moindre piécette sans sa
permission ; c'est le père Jean qui dirigeait tout et lui donnait ce qui lui
semblait bon et nécessaire.
270 Et puisque l'obéissance aux pères spirituels et l'abandon de la volonté
propre sont le principe de toutes les vertus, il les possédait bien et
éminemment, comme nous l'avons montré à votre Piété ; en effet il révélait,
en pleurant, même ses mauvaises pensées au père Jean et il lui demandait
pénitence et pardon. Quant à ses autres vertus, nous nous abstiendrons de
275 les détailler, car le bienheureux fut vraiment comblé de toutes les vertus,
humilité, simplicité, pureté. Il ne cessait de répéter au grand Jean : «Père,
tu sais bien que je suis un grand pécheur et que ma mort est proche ; je
ne rechigne pas devant ta Sainteté, car après Dieu, c'est à toi que j'ai confié
ma volonté et ma personne. Assure le salut de mon âme comme tu
280 l'entendras».
(§ 15) En présence d'une telle ardeur, notre bienheureux père Jean veillait
51 avec empressement à ce que l'on ne trouvât pas la moindre imperfection
|

en lui ; il l'honorait comme il convenait, le ménageait, le faisait reposer et


il avait égard pour sa vieillesse. Mais le grand Tornik' avait grandi dans
285 les guerres et les affaires militaires et il aimait ce genre de conversations
et de récits. Et, comme nous l'avons dit, le père Jean le ménageait et
n'aimait pas le reprendre pour ne pas blesser son cœur.
Mais il y avait à cette époque des gens illustres et prestigieux, ils entraient
et s'entretenaient avec lui de ces sujets dont nous avons parlé. Alors, lorsque
290 Jean vit qu'il agissait ainsi en toute simplicité, il craignit le tort spirituel
que cela pouvait causer au bienheureux et même aussi à son âme. C'est
pourquoi le père Jean lui dit : «Frère bien-aimé, je vois que, par la grâce

42. La même idée d'une admission de moines grecs « pour aider et servir» se retrouve
au § 83. Elle est importante dans le contexte où fut écrit le texte, supra, p. 73-74.
43. Les Ibères dont le monastère est au bord de la mer se soucièrent rapidement de
ce problème. Dès 984, ils obtinrent une exemption fiscale pour le trafic maritime et, dès
985, la possibilité d'aménager un mouillage à Galéagra, un peu au nord d'Iviron (carte
dans Iviron, I, p. 71).
44. En géorgien k'endinari, soit 100 livres d'or.
94 BERNADETTE MARTIN-HISARD

de Dieu, tu as bien progressé dans les commandements de Dieu et je ne


veux pas causer de tort à ton âme par le biais d'un reproche ; cependant,
295 cesse de parler des choses de ce monde et ne t'entretiens plus désormais
qu'avec le prêtre Gabriel». Ce prêtre était quelqu'un dans la bouche duquel
on ne trouvait jamais de propos mondains, mais seulement des propos divins
et spirituels. En entendant cela, le bienheureux se jeta immédiatement à
ses pieds et dit en pleurant : «Pourquoi avoir gardé le silence jusqu'à présent
300 et ne pas m'avoir repris, saint père théophore?». Le père Jean le releva et
lui dit : «Que le Seigneur te pardonne! Fais attention dorénavant».
A partir de ce moment, il ne parla plus à aucun frère du monastère, et,
lorsque c'était un étranger qui s'approchait, il ne lui adressait que quelques
paroles. Il finit ses jours dans cette vie spirituelle et partit vers Dieu. Nos
305 pères lui ont rendu ce témoignage véridique : «Dieu lui a pardonné ses
péchés et l'a jugé digne de la vie éternelle»45.
52 (§ 16) Nos saints et bienheureux pères donnèrent en abondance de grandes
sommes et de beaux objets à la grande Laure et à tous les monastères de
|

la Sainte Montagne, qui étaient alors plutôt pauvres et assez peu


310 développés46. Ils donnèrent de nombreux objets et des revenus à la Mésè,
c'est-à-dire à l'assemblée de toute la Montagne47. Ils allouèrent de grandes
sommes à tous ensemble et à chacun en particulier. Nous en citerons certaines
et tairons les autres pour ne pas indisposer les lecteurs et auditeurs par un
texte trop long48.
315 Ils donnèrent donc à la grande Laure, comme nous l'avons dit, un
chrysobulle d'une somme de 244 pièces d'or, concédé par Jean Tzimiskès,
que la Laure reçoit tous les ans du palais49, ainsi qu'une île appelée Néos,
concédée par le roi Basile à Jean, qui produit un revenu fiscal annuel de
14, 15 et parfois 20 livres50.

45. Tornik' est mort le 15 décembre 984 (Iviron, I, p. 32, n. 5). Le Synodikon le
commémore le 15 décembre comme le «fondateur de cette illustre laure» (Ibidem, p. 7,
n° 1). On ignore tout du lieu de sa sépulture. Georges l'Hagiorite ne parle pas de son
activité de copiste, mais on lui doit entre autres le manuscrit Athos 5 consacré à Jean
Climaque, qu'il copia en 983 «sur l'ordre de mon saint père et guide Jean et
d'Euthyme» : Blake, Iviron 1, p. 312-314; Peeters, Colophon.
46. A l'époque de la fondation du monastère des Ibères, l'Athos, peuplé pendant
longtemps d'anachorètes surtout, commençait à devenir un centre de développement
de monastères cénobitiques : Prôtaton, p. 86-102, avec la liste des monastères athonites
connus avant la fin du 10e siècle.
47. sasovali : «ce qui est au milieu», c'est-à-dire la Mésè, qui désigne, à partir de 985,
le centre de l'administration athonite situé à la laure de Karyès et dirigé par le Prôtos.
Une assemblée générale des moines de la Montagne (καθολική σύναξις, rendu ici en
géorgien par q'ovlisa mtisa sesak'rebulï) se réunit annuellement à Karyès ; voir Prôtaton,
p. 114-129 et p. 202-215.
48. Georges ne signale pas non plus qu 'Iviron a aussi reçu des donations de Lavra et
de la Mésè : en 984, Athanase a donné à Jean un chrysobulle de Basile II comportant
exemption fiscale pour un bateau de 6000 modioi (Iviron, I, acte n° 6, p. 135-140) et, en
985, la Mésè donne à Iviron l'autorisation de construire un refuge pour les marins à
Galéagra, le meilleur mouillage de la région (Ibidem, p. 37, et acte n° 74*"63).
49. «Pièce d'or» : en géorgien drahk'ani, qui ne peut ici désigner que le nomisma.
L'acte n° 6 d'Iviron (Ibidem, p. 1381314) montre que Jean avait obtenu de Jean
Tzimiskès pour Lavra un solemnion de 244 nomismata dans l'île de Lemnos. Voir aussi
Lavra, I, p. 43; Iviron, I, p. 20-21.
50. Le même acte n° 615"16 confirme que Jean a cédé à Lavra l'île de Néoi
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 95

320 Ils lui donnèrent encore :

— une
un fragment
deuxpatène
somme
grandsavec
decalices
de25lacuillère,
livres
Croix
en argent,
d'or
de vie
étoile
enetavec
pièces51,
ciboire
un reliquaire
en argent, en
le argent,
tout plaqué or,

325 — une nappe d'autel brodée d'or et une autre en soie pure,
— deux livres de Chrysostome de grande valeur, un livre de saint Éphrem,
un autre livre des Catéchèses de saint Cyrille, un autre livre dans lequel sont
écrits tous les textes anciens, le prophètologion et le livre des Macchabées,
53 un autre livre du rituel des fêtes des grands saints, un Tétraévangile

|
330 recouvert de tissu précieux avec un fermoir et une croix d'argent52,
— une croix de procession en argent doré avec des images de melazmage53,
— une grande icône de la Crucifixion peinte à l'encaustique valant cent
pièces d'or, une autre grande icône de la Déèsis ; une autre icône de la Des
cente de Croix donnée par le roi Nicéphore54, une autre icône à panneaux des
335 douze apôtres, une autre icône des saints mégalomartyrs, une autre icône à
l'encaustique du Baptiste, une autre icône à l'encaustique de saint Eustrate,
— un
centbateau
quatre
livres
mulets
de
d'encens,
cent
et trois
modioi,
chevaux,
340 — des cellules dont ils payèrent la construction, 500 pièces d'or pour
celles d'en-haut, 100 pièces d'or pour celles d'en-bas,
— et d'autres choses encore.
Nous avons écrit tout ceci d'après un écrit autographe du saint père
Euthyme lui-même, c'est donc vrai et véridique.
345 (§ 17) Ils ont également donné à la Mésè en l'indiction 8 une somme de
14 livres à partager entre tous ; et ils ont encore réparti 14 autres livres en
l'indiction 1155.
Ils ont donné à l'église de Karyès, c'est-à-dire à l'assemblée générale56,
un calice et une patène en argent, un panneau des Fêtes du Seigneur, un
350 commentaire des Évangiles, trois grandes icônes de la Déèsis, deux
scaramanges, deux mulets. Ils ont donné à l'économe de la Mésè la somme
d'une livre à dépenser pour la Mésè en achat de lustres, crochets, chaînes
et cierges.

(aujourd'hui Hagios Eustratios) ainsi que le chrysobulle qui garantit sa possession :


Iviron, I, p. 21 ; Lavra, I, p. 44.
51. Les livres sont dites atuali, littéralement «comptées». 25 livres représentent
1 800 nomismata.
52. Ces manuscrits donnés à Lavra sont peut-être ceux qui avaient permis aux
Ibères d'effectuer certaines traductions, ainsi les textes de Jean Chrysostome et
d'Éphrem traduits par Euthyme (n. 86, 118 et 111), et ceux de Cyrille traduits par Jean
de Khakhuli (n. 253).
53. Abuladzé, Dictionnaire, p. 230, retient melazmage sans le traduire ni l'expli
quer. Peeters, Histoires, p. 26, n. 1, le fait dériver de mêlas et traduit imaginibus
nigellatis ?
54. L'empereur Nicéphore Phocas.
55. Soit en 980/81 et en 983/84, au moment de la fondation du monastère et peut-
être dans le cadre des conflits concernant Kolobou (n° 57).
56. Sur la laure de Karyès, n. 47.
96 BERNADETTE MARTIN-HISARD

Et après la mort de Tornik', en l'indiction 13, ils ont encore donné à la


355 Montagne 28 livres à partager ; ils lui ont donné à Hiérissos des maisons
achetées 7 livres avec une cour pour servir d'hôtellerie aux frères qui partent
54 et ils lui ont aussi donné au même endroit une très bonne vigne estimée
5 livres57. Nous avons écrit tout ceci d'après un texte de nos pères
|

eux-mêmes.
360 Qui énumérera ce qui fut encore distribué à chacun? Chacun d'eux le
proclame à haute voix et Dieu l'a inscrit dans les cieux. Et le père Euthyme
lui-même, en plus de ce qui a été écrit plus haut, donna 200 pièces d'or à
la Mésè pour son propre monastère de saint Euthyme qu'il fonda à l'extérieur
de la Montagne lorsqu'il eut renoncé à l'higouménat58.
365 Mais nous renonçons maintenant à en dire davantage sur ce sujet ; il n'est
pas possible en effet, ainsi que nous l'avons dit, d'énumérer toutes les
libéralités de ceux qui trouvaient leur joie dans la générosité plus qu'en
toute autre vertu et qui s'en firent comme un vêtement.
(§ 18) Après la disparition de Tornik', notre bienheureux père Jean décida
370 de fuir en Espagne en emmenant son fils et quelques disciples. Jusqu'à
présent en effet, il n'avait supporté les bruits et l'agitation qui lui
déplaisaient depuis le début que pour l'édification de Tornik' et le salut de
son âme. Il avait entendu dire que de nombreuses familles et personnes
d'origine ibère étaient établies là-bas59. C'est pourquoi il partit pour Abydos
375 en quête d'un bateau en partance pour l'Espagne60. Ils s'y rendirent, mais
le père Jean informa amicalement de son projet celui qui commandait alors
Abydos et qui était un grand ami du père Jean. Il s'y opposa et le retint
autant qu'il le put. Mais quand il vit le père Jean persister dans son projet,
55 il lui dit : «Saint père, tu n'es pas sans savoir l'affection des rois pour ta
380 Sainteté; j'aurai de grands ennuis si je te laisse partir; je vais écrire aux

|
rois et tu feras ce qu'ils te diront».

57. Hiérissos est un village de Chalcidique, au nord de la presqu'île athonite, près


duquel fut fondé à la fin du 9e siècle le monastère de Kolobou, où les Athonites avaient
l'habitude de descendre quand ils devaient se rendre à Hiérissos. Les Athonites avaient
en vain demandé à Jean Tzimiskès et à Basile II de leur céder Kolobou qui fut, en
979/80, donné à Iviron ; d'où l'acte n° 7 d'Iviron du prôtos Thomas, daté de janvier,
indiction 13, an du monde 6493 (985) : la Mésè renonce à ses prétentions sur le
monastère de Kolobou, mais demande aux Ibères de donner aux moines athonites qui
sortent de l'Athos un logement dans le kastron de Hiérissos ; les Ibères donnent à la
Mésè une cour (aulè) avec de nombreuses maisons qu'ils ont achetées pour 7 livres d'or
au prôtopapas Nicéphore et une vigne de bon rapport évaluée 5 livres de pièces d'or :
Iviron, I, p. 141-151 ; Prôtaton, p. 36-40.
58. Sur la démission d'Euthyme : § 75. L'ermitage Saint-Euthyme se trouve près
des limites de l'Athos sur le terrain de Thessalonikéa (Iviron, I, p. 41-42 et cartes, p. 77
et 84). Les actes d'Iviron nos 20 et 21, établis à quelques heures de distance le 19 avril,
indiction 13, AM 6523 (1015), portent donation par la Mésè à Euthyme du terrain de
Thessalonikéa et mention des tractations auxquelles cette donation donna lieu. En
dédommagement d'une vigne que ses économes y avaient plantée, la Mésè obtint
d'abord 34, puis 100, et finalement 200 nomismata : Ibidem, p. 208-221.
59. La tradition d'une présence de Géorgiens en Espagne remonte sans doute à
Strabon (I, chap. 21) pour qui des Ibères venus d'Espagne ont peuplé la Colchide et le
Pont. Le terme géorgien employé ici est Sp'ania et non pas Iberia.
60. Sur l'importance économique et stratégique d'Abydos et sur le comte ou
archonte d'Abydos qui contrôle les détroits de l'Hellespont, Ahrweiler, Fonctionnair
es, p. 239-243.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 97

Quand il leur eut écrit, les rois leur ordonnèrent de venir dans la Ville
Royale ; et, à leur arrivée, les rois les accueillirent avec de grands honneurs
et leur firent de vifs reproches en disant : «Saints pères, nous avons pour
385 votre Sainteté une grande affection ; pourquoi donc nous avez-vous fui et
partiez-vous en terre étrangère ? ». Le bienheureux Jean leur répondit :
«Pieux et souverains rois, j'ai été un pauvre laïque vivant dans le monde
et coupable de tous les péchés; j'ai voulu partir à l'étranger et sauver mon
âme ; je vivais dans la pauvreté quand mon parent Tornik' est arrivé, je
390 ne sais comment, et je me suis trouvé de cette manière plongé dans de
grandes agitations et dans la foule ; je veux me libérer de tout cela et me
consacrer au soin de mon âme».
Ils le pressèrent longtemps avec de grands honneurs et finirent par le
persuader à force de grandes supplications de retourner au monastère ; ils
395 le renvoyèrent avec de grands présents et il rentra dans son monastère81.
Peu de temps après, il fut frappé de la maladie de la goutte et passa de
longues années étendu sur un lit et il souffrait beaucoup62; et il ne cessa
de louer Dieu, cette cruelle maladie lui donnant autant de joie qu'un immense
trésor, qu'un honneur et un don du Seigneur. Quand il se vit à ce point
400 impotent, il demanda au père Euthyme de se charger du monastère ; mais
56 celui-ci, tremblant de peur, le suppliait de l'en dispenser, car les soucis de
ce monde lui déplaisaient et il ne supportait pas d'être la proie des soucis.
|

Mais comme il ne pouvait désobéir à un père âgé et épuisé par les maladies,
il lui obéit à contrecœur et, tant que ce dernier vécut, il administra les
405 affaires du monastère avec obéissance, en tant qu'économe et selon ses
ordres, et il ne faisait rien sans lui en parler63.

L'époque de Jean Grdzelisdze et d'Arsène de Ninoc'mida.


(§ 19) A cette époque, le bienheureux et saint géronte Jean Grdzelisdze
menait, tel un incorporel, la vie érémitique dans la laure des Quatre-Églises64.
410 Arsène de Ninoc'mida, un homme de haute vertu, mettant de même en

61. Tornik' étant mort le 15 décembre 984, on peut placer cette tentative de Jean en
985, peut-être juste après le règlement de l'affaire de Kolobou enregistrée dans l'acte
n° 7 en janvier 985 (n. 57) ; le long conflit qui se termine alors est un bon exemple «du
bruit et de l'agitation» qui déplaisaient à Jean. On ne trouve pas trace de faveurs
particulières faites par les empereurs à Jean à cette époque.
62. L'absence d'acte daté, entre 985 et 996, ne permet pas de dire quand Jean est
tombé malade au point de rester alité. Il n'y a pas de raison de douter, comme
Iviron, I, p. 33, n. 4, que les premières atteintes de la goutte se soient fait sentir «peu
après» son retour d'Abydos; Jean a dû être handicapé progressivement. Euthyme et
Georges représentent le monastère déjà en 995 (actes n08 8 et 9), mais l'acte n° 10, daté
de novembre 996, fait allusion à une maladie de Jean, qui, peu auparavant, avait
cependant pu aller à Constantinople rencontrer Basile II pour affaires. Jean fait
allusion à sa maladie dans le colophon du manuscrit Athos 10, qui pourrait dater de
1001/1002 (supra, n. 49).
63. La fonction de l'économe est définie aux § 67 et 68 : il gère toute la fortune
du monastère et dirige les artisans. Il remplace apparemment l'higoumène absent;
ainsi au § 36.
64. On ignore les origines de Jean Grdzelisdze, défini comme un beri, littéralement
«vieillard», mot qui équivaut exactement à «géronte». Sur cette laure où Jean avait
commencé sa vie monastique : n. 16.
98 BERNADETTE MARTIN-HISARD

œuvre les commandements du Christ, abandonna pour Dieu l'épiscopat et


vint se présenter au curopalate David65. Celui-ci, d'heureuse mémoire,
l'accueillit avec les honneurs dus à sa sainteté et l'envoya aux Quatre-Églises,
et il mena lui aussi la vie érémitique avec son maître. Nos bienheureux
415 pères Jean et Arsène avaient donc beaucoup d'affection l'un pour l'autre
et ils se livrèrent là, pendant longtemps, à la bonne ascèse de la vie
monastique ; mais ils se rendaient compte qu'ils ne pouvaient y vivre la vie
solitaire désirée parce que les abbés et les frères du monastère les
dérangeaient66 ; le curopalate dont on vient de parler leur écrivait lui aussi
420 et leur envoyait des eulogies ; de même les évêques et les aznaurs67.
C'est pourquoi ils décidèrent de partir à l'étranger.
Ils s'en allèrent donc dans des solitudes des régions du Pont ; ils
rencontrèrent un certain abbé spirituel qui les accueillit avec joie, leur donna
un beau monastère dans un endroit solitaire et les pourvut généreusement
57 de tout ce dont ils avaient besoin. Au bout d'un certain temps nos pères

|
426 apprirent qu'ils vivaient là. Ils leur envoyèrent un frère et leur écrivirent
cette lettre : «Saints pères, nous avons entendu parler de votre Sainteté et
nous avons appris que vous viviez en ce lieu. Nous sommes très fâchés que
vous ne vouliez pas venir sur la sainte et illustre Montagne pour que nous
430 recevions nous aussi votre sainte bénédiction. Nous prions donc votre
Sainteté de venir vous joindre à nous, puisque vous savez que nous vivons
nous aussi en terre étrangère». Ils furent tout heureux de lire ces mots et
ils partirent dès l'année suivante68.

65. Arsène était titulaire du siège illustré par la sépulture de sainte Nino ;
Ninoc'mida est situé près d'Udzharmo, dans la principauté de K'axeti, dont les
dirigeants disputent aux Bagratides la prééminence dans le monde géorgien. Les
relations entre le T'ao-K'lardzheti et la K'axeti sont donc généralement tendues, ce qui
rend d'autant plus significative la démarche de l'évêque. On ne peut dater avec
précision son arrivée à la cour de David. C'est peut-être Arsène qui a apporté au T'ao-
K'lardzheti le texte des premières traditions géorgiennes relatives à la conversion du
Kartli par Nino et qui sont connues par le manuscrit S 1141, copié à èat'berd en 973-
976 par un scribe qui dit, dans son colophon, avoir eu beaucoup de mal à s'en procurer
le texte.
66. «Abbé» : mamasaxlisi (littéralement «père de la maison»).
67. Sur le mot aznauri : n. 19.
68. L'arrivée de Jean et Arsène à l'Athos est sûrement postérieure à la tentative de
fuite de Jean en 985. On peut penser que Jean et Euthyme ont fait appel à eux à cause
de leurs compétences intellectuelles. Leur activité comme copistes et traducteurs est
attestée à partir du début du 11e siècle : Athos 10 (de 1001/1002); Athos 4 et 13 (de
1008); A 1103 (autrefois à l'Athos, daté de 1011/1019 par Abuladzé, Paléographie,
p. 355); Athos 8 (premier quart du 11e siècle). Leur arrivée sur l'Athos à la demande
expresse de Jean et Euthyme marque donc, à notre avis, un tournant décisif dans la vie
du monastère, qui, après la phase de fondation matérielle, s'oriente de manière plus
délibérée vers une fonction intellectuelle que Jean avait jusqu'alors surtout dévolue à
Euthyme (n. 82). Ce sont ces deux moines qui devaient plus tard (§ 75) pousser
Euthyme à renoncer à l'higouménat pour mieux se consacrer au scriptorium. La Vie de
Georges (p. 1331014) évoque leur rôle en ces termes : «Tous deux apportèrent une aide
considérable à notre saint père Euthyme pour la traduction des textes sacrés ... et ils
copièrent de très nombreux livres ecclésiastiques jusque durant leur vieillesse». Georges
l'Hagiorite reconnut le rôle qu'ils jouèrent à Iviron en transférant leurs reliques dans
l'église de la Vierge avec celles de Jean et Euthyme. Sur ces moines : voir encore
Ménabdé, Foyers, II, p. 200-202.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 99

Nos pères furent remplis de joie en apprenant cela. Ils rendirent grâces
435 à Dieu et les accueillirent avec affection. Ils les pourvurent au spirituel et
au matériel selon leurs désirs et leur construisirent des cellules en un endroit
solitaire où ils vécurent d'une manière agréable à Dieu69.

Le testament de Jean.
(§ 20) Puis notre bienheureux père Jean, épuisé par la maladie dont nous
440 avons parlé plus haut, entra dans le repos et partit vers Dieu, chargé de
vertus et demeuré dans la volonté de Dieu70.
Quand il sentit venir sa fin, il remit au père Euthyme tout pouvoir et
autorité pour instituer dans le monastère les règles et lois qu'il voudrait,
pour y imposer également un pénitentiel et gouverner, à l'intérieur et à
445 l'extérieur, comme il le voudrait71. Puis il lui dit de laisser après lui l'abbatiat
à Georges, qui était aussi leur parent, un homme célèbre et avisé dans les
affaires matérielles72; il lui dit encore que Georges devrait laisser après lui
comme higoumène celui des frères que ses paroles et ses actes désigneraient
comme le meilleur73. Il établit ainsi la règle que chaque abbé laisse après
58 sa mort un autre higoumène, saint et vertueux74.
451 II punit d'un effroyable anathème et malédiction quiconque ruinerait les
|

règles du père Euthyme, sèmerait le trouble et soulèverait les frères ; il le


sépara de Dieu et ordonna son exclusion immédiate de la communauté pour
qu'il ne répande pas sa maladie mortelle et dépravante dans tout le corps
455 de la communauté.
Il désigna les souverains rois comme administrateurs et épitropes en
disant : «Puisqu'il faut quelqu'un de bienveillant pour aider et administrer,
comment faire, pauvre et petit que je suis? Le propos est audacieux, mais
j'ai confiance en leur clémente bienveillance et en leur bonté75. Je remets

69. Les deux moines s'installèrent au centre de l'Athos à Karaba (§ 69), où leurs
cellules formèrent l'ermitage de Saint-Syméon-Γ Ancien : Iviron, I, p. 34 et carte p. 71.
70. La mort de Jean a lieu le 14 juin 1005 : Iviron, I, p. 33 et n. 7.
71. «Règles et lois» : gangeba da c'est, ce qui doit couvrir à la fois les dispositions
réglementaires et liturgiques. Jean envisage également un pénitentiel. Les règles
concernent les cénobites, qui vivent «à l'intérieur» du monastère, et les anachorètes ou
kelliotes, qui vivent «à l'extérieur» dans les ermitages (comme Jean Grdzelisdze et
Arsène de Ninoc'mida) ; cette précision est importante, puisque c'est dans ce domaine
que Georges Ier voulut plus tard innover (n. 232). Rien ne permet d'affirmer que ces
différentes règles furent mises par écrit : supra, p. 77. On peut supposer que Jean a
attendu qu'Euthyme ait fini de traduire un certain nombre de textes liturgiques et
canoniques pour lui donner cette consigne (n. 219).
72. Iviron, I, p. 16-18, établit que Georges Ier était le neveu de Jean et, peut-être
aussi, celui de Tornik'. Il dirigea Iviron de 1019 à 1029 (§ 80-81), mais il joua déjà un
rôle important du vivant de Jean (d'après les actes d'Iviron nos 9, 10, 12).
73. Jean ne prévoit donc pas que le monastère doive rester dans la famille des
fondateurs.
74. Sur l'importance de cette recommandation et le problème que sa non-application
posa en 1029 : supra, p. 72.
75. On rapprochera cette disposition de Jean de celle prise par Athanase pour Lavra
après 984 : Lavra, I, p. 19-20 et p. 45. Athanase nomma deux épitropes, Jean l'Ibère
dont le rôle était important dans la désignation et l'installation des higoumènes et dans
la direction spirituelle de Lavra et le chef de la chancellerie impériale chargé des
100 BERNADETTE MARTIN-HISARD

460 donc entre leurs mains la laure fondée, grâce à leur bienveillance et à leur
aide, par moi ainsi que par Euthyme et Georges, leurs serviteurs qui prient
pour eux76; car, bien que leur bonté s'étende à toute la terre et qu'ils
prennent soin de tous les pauvres, ils ont cependant fait preuve de plus de
bienveillance envers nous, indignes, qu'envers n'importe qui, car j'ai fondé
465 cette laure depuis ses fondements grâce à leurs généreuses libéralités».
(§ 21) Et il dit aux frères : «Vous, mes fils chéris et bien-aimés, si vous
vous efforcez de garder les commandements de Dieu, si vous vivez selon la
règle et les prescriptions divines, si vous faites preuve d'une obéissance
sincère envers les higoumènes, de paix et d'unité entre vous, Dieu m'est
470 témoin qu'il ne vous laissera manquer d'aucun bien, mais que les rois, les
mtavars et tous les hommes seront portés à la bienveillance envers vous et
59 que vous progresserez toujours davantage. Désormais que personne ne vous
sépare de cette bonne œuvre et de l'amour de Dieu, c'est-à-dire de

|
l'obéissance sincère, de l'indissoluble unité et de la paix afin que vous passiez
475 une vie paisible en ce monde éphémère et que vous ayez part à la vie
éternelle dans l'éternité à venir, grâce à l'amour du Christ Seigneur pour
les hommes. Que le Dieu bon et très clément vous fasse miséricorde et vous
guide dans sa sainte volonté et ses divins commandements, par l'intercession
de la très sainte Mère de Dieu et de tous les saints, amen! N'oubliez pas
480 l'hospitalité et donnez aux pauvres, selon vos possibilités, ce que le Seigneur
vous accordera. Priez pour moi et faites mémoire de moi à jamais, mes fils
et frères bien-aimés, pour que Dieu fasse miséricorde à mon âme misérable
et livrée au péché. Célébrez aussi tous les ans la mémoire de mon frère
spirituel, Jean le Syncelle, qui est venu à nous avec grande foi sur la Sainte
485 Montagne, et de notre père spirituel, Athanase ; et commémorez-les dans la
sainte liturgie»77.
(§ 22) Et quand il eut dit tout cela et l'eut laissé par écrit78, il bénit le
bienheureux Euthyme d'une céleste bénédiction et remit entre ses bras sa
sainte âme à Dieu ; il se pencha paisiblement contre lui et s'endormit, le
490 14 juin. Il intercède pour le salut de nos âmes.
Notre père théophore Euthyme habilla décemment son vénérable corps,
il l'ensevelit, à part, en un lieu sur lequel il construisit l'église des
Saints-Archanges79. Ceux qui s'en approchent avec foi y trouvent grâce et

intérêts matériels de Lavra. Athanase, à la différence de Jean, n'osa pas désigner


l'empereur lui-même comme épitrope.
76. Jean ne nomme pas Tornik' parmi les fondateurs.
77. C'est là le point de départ du livre des commémoraisons du monastère ou
Synodikon. Iviron, I, p. 6-8 : Jean-Tornik' le Syncelle est commémoré le 15 décembre
(n° 1, avec détails sur l'office et octroi aux frères de trois mesures de vin au repas du
soir), Jean à deux reprises, le 14 juin (n° 83, sans autre précision) et le 16 décembre
(n° 16, avec son beau-père Abuharb et Tornik'; même ordre des prières qu'au n° 1 et
quatre mesures de vin à midi). La commémoraison d'Athanase n'a pas été conservée,
peut-être à cause du conflit avec les Grecs. Une traduction française commentée du
Synodikon devrait être bientôt publiée par Hélène Métrévéli.
78. Aucun manuscrit n'a conservé le texte du testament de Jean.
79. Contrairement à ce qu'écrit Van Esbroeck, Euthyme, p. 100, Jean n'est pas
enterré dans une église dédiée uniquement à saint Michel. L'église des Archanges (ou
des Taxiarques), dont la construction est datée par ce texte, correspond à la chapelle
nord de l'église de la Vierge (Iviron, I, p. 61); la sépulture est donc bien «à part»
(twsagan). Au début de son higouménat, Georges l'Hagiorite transféra les reliques de
Jean dans le narthex de l'église avec celles d'Euthyme (n. 279).
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 101

60 pardon. C'est ainsi qu'un possédé du démon qui s'en approcha un jour et
495 but à la lampe suspendue au-dessus du tombeau fut immédiatement guéri
|

et louait Dieu.

Π. Comme de Jérusalem la parole...


Les traductions d'Euthyme.
(§ 23) Revenons à ce que nous disions au début. Comme nous l'avons dit
500 plus haut, le père Jean emmena son fils Euthyme hors de la Ville Royale80.
Il lui donna d'abord un enseignement en géorgien, puis il lui assura en grec
un enseignement parfait et complet. La grâce de Dieu fut sur lui dès son
enfance, Dieu lui ouvrit l'intelligence des écritures et le remplit de la grâce
de l'Esprit-Saint.
505 Le bienheureux Jean, son père, en eut la révélation grâce à une apparition
de la sainte Mère de Dieu. Durant sa jeunesse en effet, alors qu'il n'était
encore qu'un enfant, [Euthyme] fut la proie d'une grave maladie et était
aux portes de la mort; et le bienheureux Jean racontait : «J'avais perdu
l'espoir de le sauver et je m'attendais à voir incessamment partir son âme,
510 car il ne prononçait plus ni parole ni son. Tout troublé j'allai au sanctuaire
de la sainte Mère de Dieu, je me prosternai devant l'icône de la sainte Dame
et je suppliai à chaudes larmes la Mère de Dieu, vierge toujours pure, de
m'aider et d'adoucir mon chagrin. Je demandai à un prêtre d'aller le faire
vite communier au Corps et au Sang du Seigneur. Et comme je m'empressai
515 dans mon trouble d'aller voir ce qu'il devenait, j'ouvris la porte de la
chambre où je l'avais laissé couché et je sentis tout de suite la merveilleuse
fragrance d'un parfum, car la sainte Mère de Dieu était venue le voir, et
je vis Euthyme redressé par sa grâce et assis sur son lit, guéri et en bonne
61 santé. Plein de stupeur, je lui demandai : «Fils, que se passe-t-il?». Il me
520 fit cette réponse : «Une dame pleine de majesté s'est présentée à mes yeux
|

et m'a dit en géorgien : 'Qu'y a-t-il, Euthyme? De quoi souffres-tu?' Et


je lui ai dit : 'Madame, je vais mourir'. Et comme je disais cela, elle s'est
approchée de moi, m'a pris la main et m'a dit : 'Tu n'es plus malade,
lève-toi, n'aie pas peur et parle géorgien couramment'. Et tu vois, je ne
525 suis plus du tout malade».
Et le bienheureux Jean disait : «II avait jusqu'alors parlé péniblement le
géorgien, ce qui me chagrinait; mais, à partir de ce moment, il s'exprima
sans hésitation en géorgien, comme une source jaillissante, avec plus de
pureté que n'importe quel Ibère. Et moi, devant cela, je me prosternai
530 devant la sainte Mère de Dieu ; je lui rendis grâce, à elle qui est notre
espérance, et je louai et j'exaltai Dieu»81.

80. L'auteur reprend l'histoire d'Euthyme là où il l'avait laissée au § 7. On a peu


d'informations sur la vie d'Euthyme depuis que Jean est allé le rechercher à
Constantinople entre 963 et 969. D'après Vie Syn., p. 33219 et 33323, Jean donna
immédiatement l'habit monastique à son fils, auquel Athanase conféra plus tard le
grand habit et qu'il éleva au sacerdoce.
81. Le récit de ce miracle ne se trouve pas dans Vie Syn., qui ne souligne pas les
difficultés d'Euthyme pour apprendre le géorgien. Mais la tradition se retrouve dans la
Vie de Georges : alors que le jeune Georges hésite à partir sur l'Athos continuer l'œuvre
d'Euthyme, Georges le Reclus lui dit : «Fils, Celle qui a arraché ce saint à la mort et lui
102 BERNADETTE MARTIN-HISARD

(§ 24) Le père Jean lui dit : « Mon fils, le pays de Kartli manque cruellement
de livres ; beaucoup lui font défaut. Je vois le don que Dieu t'a fait ; mets-toi
donc au travail pour faire fructifier le salaire que tu as reçu de Dieu»82. Et
535 lui qui obéissait en tout suivit son ordre sans délai et commença à faire des
traductions, et il plongea tout le monde dans la stupeur ; car, à l'exception
des premières, il n'y avait jamais eu de traduction semblable dans notre
langue et, à mon avis, il n'y en aura jamais83. Beaucoup de textes furent
envoyés au curopalate David, qui fut rempli de joie en les voyant, car
540 c'était un homme de foi, et il dit : «Gloire à Dieu qui a suscité un nouveau
Chrysostome pour notre temps!» et il lui écrivit souvent pour qu'il fasse
des traductions et les lui envoie84.

fait comprendre la langue géorgienne t'aidera toi aussi car elle couvre de grâces et aime
notre peuple» (p. 12314). Peeters, Histoires, p. 9120, n'a pas compris l'allusion à ce
miracle, puisqu'il traduit : «Celui qui a arraché ...». Sur cet apprentissage difficile de la
langue par Euthyme : Birdsall, Apocalypse. Sur les Ibères et le culte de la Vierge,
protectrice de leur peuple : § 87 et n. 273. Sur l'attachement des Ibères à leur langue :
Martin-Hisard, Langue.
82. Sur le rôle et les intentions de Jean, voir son propre témoignage dans le colophon
du manuscrit Athos 10 (supra, n. 49). On a vu (n. 68) que Jean contribua à faire venir
Jean Grdzelisdze et Arsène ; c'est lui aussi qui a guidé le choix des textes à traduire :
ceux de Jean Chrysostome (colophon de Athos 10), l'Échelle de Jean Climaque
(colophon de H 1271 : «Moi, le pauvre Euthyme, j'ai fait cette traduction sur l'ordre de
mon père Jean»), le Nomocanon (GiunaSvili, Nomocanon, p. 4 : «A la prière de notre
bienheureux père Jean, moi, le pauvre Euthyme, j'ai été jugé digne de traduire du grec
en géorgien ce petit Nomocanon»); c'est encore lui qui a organisé la reproduction des
traductions d'Euthyme (colophon d'Athos 32).
83. La Vie de Georges revient sur ce thème et le nuance : «Quand la splendide
lumière de notre peuple, le grand Euthyme, commença à briller pour être la lumière et
la joie, la gloire et la couronne, l'instructeur et l'illuminateur de notre ignorance, il
enleva de nos esprits le couvercle de l'ignorance et, tel le jour lumineux, il dissipa de
nos âmes le triste nuage de l'absence de connaissances et il suppléa à l'indigence de
notre langue par l'ampleur et la grandeur des saints livres qu'il traduisit divinement ; et
nous que les Hellènes traitaient de barbares à cause de notre ignorance et inculture, il
nous mit à égalité avec eux grâce à la sagesse que Dieu lui donna» (p. 108112). La Vie
souligne aussi l'importance d'Euthyme pour l'orthodoxie des Géorgiens : «Depuis le
début, bien que notre pays soit éloigné du monde grec, nous avions nous aussi des
textes écrits et une foi vraie et droite ; mais les méchantes graines d'Arméniens,
dépravées et trompeuses, étaient semées au milieu de nous comme des graines
malsaines et elles nous ont fait ainsi beaucoup de mal, car notre peuple était innocent
et sans malice ; mais, eux, en apparence pour faire régner la loi, s'étaient efforcés en
quelque sorte de nous faire trébucher et nous avions aussi des livres traduits par eux»
(p. 1231»-27).
84. Le surnom de Chrysostome, appliqué à Euthyme, se retrouve fréquemment dans
la littérature géorgienne. Il apparaît pour la première fois dans Vie Syn., p. 33311"17,
dont l'auteur s'est inspiré : «La miséricorde de Dieu a fait se lever pour nous un
nouveau Chrysostome, elle a mis dans sa bouche une langue de feu et l'a poussé à
traduire les livres divins et il a arrosé le pays de Kartli comme avec les fleuves de
l'Éden, il a illuminé les églises et il a développé, comblé et embelli l'insuffisance de
notre langue». L'intérêt de David pour les travaux d'Euthyme est encore attesté par le
colophon du manuscrit H 2251, qui mentionne un certain Iordanès envoyé sur l'Athos
par le curopalate pour recopier des traductions du saint.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 103

62 Le bienheureux traduisait inlassablement sans s'accorder le moindre

|
repos, et il recherchait jour et nuit, jalousement, le doux miel des livres divins
545 qui lui permirent de remplir de douceur notre langue et notre Église. Il est
pratiquement impossible d'énumérer les livres divins qu'il traduisit; nous
en citerons un certain nombre pour que les fidèles du Christ puissent ainsi
se rendre compte des autres. Car il effectuait ses traductions non seulement
sur l'Olympe ou sur la Sainte Montagne — et nous ne pouvons tout
550 énumérer — mais aussi dans la Ville royale, en voyage, ailleurs encore85.
(§ 25) Comme nous le disions, il traduisit :

— le
les Commentaire
Enseignements
de de
des l'Évangile
Psaumes,
notre saint
de
du Jean86,
même88,
père, le grand Basile87,
555 — le Livre de saint Climaque89,
— le Livre de saint Macaire90,
— les Enseignements de Maxime91,
— le Livre de saint Isaac dans lequel il y a aussi des enseignements
d'autres Pères92,

85. Les traductions d'Euthyme peuvent être identifiées grâce aux travaux de
Kékélidzé, Auteurs (traduit et adapté en allemand par Péradzé, Literatur) et
Hagiographie, et grâce aux catalogues récents de manuscrits (supra, n. 49). Dans les
notes qui suivent, Col. J. indique que la traduction a été faite du vivant de Jean
puisqu'il la cite dans son grand colophon de 1001/1002 (supra, n. 69). Autant qu'on
puisse en juger d'après certaines éditions qui ont été faites des traductions d'Euthyme,
le saint a pris de grandes libertés avec ses modèles grecs : Kurcikidzé, Euthyme; Van
Esbroeck, Euthyme, p. 73 ; on a cependant indiqué ces modèles par leur référence à la
CPG ou à la BHG. La CPG donnant le plus souvent la référence aux travaux de
Kékélidzé et de Péradzé, on n'a pas jugé bon de les indiquer, sauf exception. Lorsque
les traductions d'Euthyme n'ont pas été éditées, on en signale quelques manuscrits
significatifs.
86. Col. J. CPG 4425 : In Iohannem homiliae 1-88 de Jean Chrysostome. Mss :
Athos 4 (copié à l'Athos en 1108); A 8, lr-228r; Athos 65.
87. Col. J. Ce sont certaines des homélies de Basile de Césarée : CPG 2845-2860,
2863, 2865, 2866; éd. Kurcikidzé, Basile. Voir aussi Fedwick, Translations, p. 497-
498 ; Kurcikidzé-Kadzhaïa, Basile ; Van Esbroeck, Euthyme, p. 88-90.
88. Col. J. CPG 2836 : Homiliae super Psalmos de Basile de Césarée. Ms. : A 1054,
lr-183r.
89. Col. J. CPG 7852 : Scala Paradisi de Jean le Sinaïte. Les manuscrits, dont
Ménabdé, Foyers, II, p. 385, donne une liste, sont très nombreux (citons A 105, lOr-
94r; A 134, llr-189v) et reproduisent pour la plupart le colophon assez long dans lequel
Euthyme explique le titre de l'œuvre.
90. Col. J. CPG 2410 : 26 Sermones attribués à Macaire l'Égyptien. Éd. Ninua,
Pseudo-Macaire, avec résumé allemand de ses conclusions dans Ninua, Schriften.
91. Kékélidzé, Études, V, p. 96-99 (n° 137), et Tarchnisvili, Geschichte, p. 139,
140 et 142, attribuent à Euthyme la traduction de douze œuvres au moins de Maxime
le Confesseur; les plus anciens témoins en sont les manuscrits Q 34 (de 1028/31) et
H 1663 (du 11e siècle). Pour TarchniSvili, Geschichte, p. 142, le texte cité par Georges
pourrait être formé d'extraits d'écrits de Maxime (traduits après la mort de Jean), dont
un témoin pourrait être A 126, 282v-302r. Dans l'état actuel de notre connaissance de
la bibliothèque d'Iviron, il ne semble pas que le monastère conserve actuellement de
manuscrit d'œuvre de Maxime traduite par Euthyme.
92. Col. J. Il s'agit d'une part des Sermones ascetici et epistulae d' Isaac de Ninive
(CPG 7868), traduits en grec au plus tard aux 8e-9e siècles, et d'autre part d'un
104 BERNADETTE MARTIN-HISARD

560 — le Livre de saint Dorothée93,


— le Martyre et les Miracles du grand archimartyr Démétrius9*,
— la Vie et le Martyre de saint Etienne le Jeune96,
— la Vie et le Martyre de saint Clément, pape de Rome96,
— le Martyre de saint Clément d'Ancyre91 ,
565 — la Vie du saint et grand Basile de Césarée96,
— le Martyre de saint Akepsimas",
63 — la Vie de saint Grégoire le Théologien et ses homélies100,
|

— la Vie de saint Bagrat'101,


— le Martyre des saints Menas et Hermogénès102,
570 — les homélies de saint Grégoire de Nysse : «La louange de son frère Basile
le grand», «Sur la virginité», «Le commentaire du saint Notre Père», «Sur les
saints Jeûnes», «Le commentaire de la vie du saint prophète Moïse sur le mode
de vie érèmitique, qu'un frère lui avait demandé»103,

Patérikon en 13 chapitres composés de Dits du Père Antoine, éd. Dvali, Traductions;


Outtier, Apophtegmes, et Traductions. Dès le 10e siècle, la tradition manuscrite réunit,
comme ici, ces deux œuvres qu'Euthyme a peut-être traduites au même moment; voir
par exemple le manuscrit A 35 (du 10e siècle), l-185v et 186r-331r.
93. Col. J. Ce sont diverses œuvres de Dorothée de Gaza, extraites des Doctrinae
diuersae, Epistulae, Sententiae : CPG 7352, 7353, 7354, auxquelles on peut vraisembla
blement ajouter la Vita s. Dosithei (CPG 7360) que les manuscrits géorgiens transmet
tent tous, avant ou après les autres textes. Mss : Athos 40, llv-162r; Athos41, lr-
102v.
94. Col. J. BHG 497 et 499 : Demetrius m. Thessalonicae, Passio et Miracula a Ioanne
ep. Thessalonic. Les deux textes se trouvent dans Athos 17, 128r-137r et 137r-139v;
Sin. 71, 14r-21r et 21r-46r.
95. Col. J. BHG 1666 : Stephanus iunior conf. Vita, Passio et Miracula a Stefano
diacono. Mss : A 70, 143r-184r; A 90, llr-45v; S 382, 140r-165v.
96. Col. J. Il s'agit d'une part des récits de Clément de Rome sur saint Pierre qui
appartiennent aux Pseudo-Clementina (CPG 1015,7) et d'autre part de la Passio de
Clément, BHG 346. Mss : Sin. 80, 155r-200v; A 1049, 34r-105r; Athos 17, 250r-261r.
97. Col. J. BHG 353 : Clemens ep. Ancyrae et Agathangelus mm. Passio a Symeone
Metaphrasta. Mss : Athos 17, 169r-249v; A 79, 336r-371v.
98. Col. J. CPG 3010, n° 43, BHG 245 : Oratio in laudem Basilii Magni par Grégoire
le Théologien. Mss : A 1 (de 1030), 258-373; Athos 32, lv-47v.
99. BHG 16-19 : Acepsimas, Joseph et Aeithalas mm. Passio. Mss : Athos 21, 218v-
237v; Sin. 71, 67v-90v.
100. Col. J. Il s'agit d'une part de BHG 723 (Gregorius Theologus ep. CP. Laudatio a
Gregorio presb.) et d'autre part de 22 homélies de Grégoire (CPG 3010, parmi lesquelles
on peut identifier les n°* 1, 11, 14, 15, 17, 21, 38, 40, 41, 43, 44, 45). Les manuscrits A 1,
A 16, A 87, A 92 transmettent ce double ensemble de textes.
101. Col. J. BHG 1410 : Pancratius ap. ep. Tauromenii. Vita et Passio a Eva-
grio ep. Mss : Athos 17, lr-202v; A 134, 212v-296v. Éd. Kékélidzé, Boman. Voir
Kurcikidzé, Actes.
102. BHG 1270 : Menas, Hermogenes et Eugraphus mm. Alexandriae. Passio. Mss :
A 70, 526r-534r; H 341, 1-28.
103. Ce sont 5 des 8 homélies de Grégoire de Nysse traduites par Euthyme ;
CPG 3185 : In Basilium fratrem (Athos 32, 48r-58r; Athos 75, 85-95); CPG 3165 : De
uirginitate (A 108, 147v-151v); CPG 3160 : De oratione dominica orationes V (A 70,
292v-303r; A 108, 159v-175v); CPG 3159 : De uila Moysis (A 108, 175v-235r). Je
n'identifie pas la quatrième, «Sur les saints jeûnes», transmise par A 50, 164-191, et A
108, 157r-159v.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 105

— l'Apocalypse de Jean l'Évangéliste et le Commentaire de FApocalypse


575 d'André de Césarée104,
— l'homélie de saint Jean Damascene «Sur les deux natures du Christ»,
et une autre «Sur la naissance de la sainte Mère de Dieu»106,
— la Vie d'Athanase le Grand106,
— le Martyre des trois saints enfants, Alphée, Philadelphe et Cyrinos107,
580 — la Vie de saint Onuphre Boskos108,
— la Vie de sainte Marie l'Égyptienne109,
— les Enseignements de saint Zosime110,
— les Enseignements du saint père Éphrem111,
— Sur la foi112,
585 — le Petit Synaxaire de l'année113,

104. La leçon du manuscrit A 558, que je retiens, donne André de Césarée et non
André de Crète (retenu par l'édition). Ce sont Y Apocalypse de saint Jean et les
Commenlarii in Apocalypsin d'André de Césarée (CPG 7478), qui ont été édités par
ImnaisVili, Apocalypse. Bien que comptant au nombre des premières traductions
d'Euthyme, ces deux textes ne sont pas retenus dans Col. J.
105. Ce sont les homélies CPG 8052 et 8119. Ms. : S 3648.
106. On a longtemps voulu voir dans ce texte la traduction d'une Vie d'Athanase
l'Athonite : Tarchni§vili, Geschichte, p. 147, et, récemment encore, Métrévéli, Athos.
Cependant aucun manuscrit ne vient appuyer cette identification. En revanche de
nombreux manuscrits, comme A 1 (de 1030) 497-552; A 16, 160v-175v; A 87, 319v-
339v ; A 92, 361r-395v... contiennent l'homélie de Grégoire le Théologien consacrée à
Athanase d'Alexandrie (CPG 3010, n° 21 ; BHG 186); c'est à ce texte-là, et à lui seul,
que la Vie de Jean et Euthyme fait référence, comme le supposait J. Noret, Vitae,
p. cxLVi-cxLViii et Vie, p. 251-252. Le fait que Georges qualifie Athanase de «Grand»
ne peut fonder aucune identification, car il appelle ainsi aussi bien Athanase l'Athonite
(§8 et 11) qu'Athanase d'Alexandrie (§83).
107. Col. J. BHG 57 : Alphius, Philadelphus, Cyrinus et socii. Passio. Ms. : A 129,
279v-315v.
108. Col. J. BHG 1378-1379 : Onuphrius anachoreta in Aegypto. Vita a Paphnutio.
Mss : Athos 40, 316v-327r; A 1104, 1-25; Q 762, 136-150.
109. Col. J. BHG 1042 et CPG 7675 : Maria Aegyptiaca paenitens. Vita a Sophronio.
Mss : A 272, 91r-105v.
110. Col. J. cite ce texte en même temps que le suivant. CPG 7361 : Alloquia du
moine Zosime. Ms. : Athos 79, 68v-86v, dont le colophon, 97r-v, permet de dire que la
traduction était finie en 991.
111. Col. J. L'éditeur des MLHG donne comme texte : «Les Enseignements du saint
père Éphrem sur la foi». Mais aucune œuvre d'Éphrem ne porte ce titre. Je pense donc
qu'il faut ponctuer après Éphrem et faire de «Sur la foi» le nom d'une autre œuvre
(n. 112). Euthyme a traduit plusieurs textes de VEphraem graecus; mais, puisque le
manuscrit Athos 79 (de 1042-1044) transmet ensemble les Alloquia de Zosime et les
Epistula ad Ioannem monachum d'Éphrem (CPG 3943), je pense qu'il s'agit ici de ce
dernier texte et que Georges a pu utiliser ce manuscrit qui ne contient que des textes
traduits ou écrits par Euthyme.
112. Le manuscrit Athos 79 (déjà cité n. 110 et 111) contient, à la suite des œuvres
de Zosime et d'Éphrem, le texte de la «Profession de foi» de Michel le Syncelle (Beck,
Kirche, p. 504-505). Je pense qu'il s'agit ici de ce texte également attesté par A 67, 56r-
58v; A 200, 92r-96r; A 240, 161v-167v.
113. Col. J. : «Le Synaxaire grec qui sont les synaxes» . Il s'agit d'une adaptation
courte du Typikon de Constantinople, comme le dit encore la Vie de Georges (p. 128913) :
«Le saint père Euthyme avait aussi traduit le Synaxaire, mais comme il passait tout
106 BERNADETTE MARTIN-HISARD

— les Pérégrinations et Prédications de saint Jean l'Évangéliste11*,


— le Commentaire des Épitres aux Galates, aux Thessaloniciens et aux
Romains115,
— l'ensemble des Chants pour le Carême et les Hymnes de nombreux
590 saints116,
64 —— lele Commentaire
Martyre du saint
de l'Évangile
martyr Procope111
de saint Matthieu118,
,
|

— les Pérégrinations et Prédications de l'apôtre saint André119,


— la Bénédiction grecque de l'habit monastique et la Bénédiction du moine120,
595 — le Nomocanon de saint Jean le Jeûneur et du VIe concile121,

son temps libre à faire d'autres traductions, il écrivit celui-ci brièvement et nous savons
qu'il l'aurait traduit entièrement s'il en avait eu le temps». Van Esbroeck, Euthyme,
p. 82. Kékélidzé, Liturgie, p. 478-490, étudie les rapports entre le Typikon traduit par
Euthyme et le texte, plus long, établi plus tard par Georges. Voir aussi TarchnisVili,
Geschichte, p. 440.
114. Col. J. Ioannes theologus ap. Ada seu pereqrinalion.es : pour Kékélidzé,
Littérature, p. 197, et TarchnisVili, Geschichte, p. 134, il s'agit de BHG 916-917 écrit
par Prochore. Après examen des manuscrits géorgiens (A 70, lr-36v; A 397, lr-27v),
Van Esbroeck, Formes, estime qu'il s'agit de BHG 919 et que la traduction
d'Euthyme repose sur le «modèle grec perdu postulé par R. Lipsius pour rendre compte
du résumé inséré au 10e siècle par Syméon le Métaphraste dans sa ... collection
hagiographique». Trad. fr. : Van Esbroeck, Ada.
115. Col. J. Aucun manuscrit ne transmet d'œuvre portant ce titre. Mais il peut
s'agir d'homélies de Jean Chrysostome sur diverses épîtres de saint Paul : CPG 4427,
4430, 4434 et 4435; voir par exemple Sin. 51. Kékélidzé, Littérature, p. 199, et
TARCHNièviLi, Geschichte, p. 137-138, pensent qu'il s'agirait d'un texte — non
identifié — que les manuscrits géorgiens transmettent toujours avec VÊchelle de Jean le
Sinaïte sous le nom «Explications de paroles de l'apôtre Paul très difficiles à
comprendre, prises à des homélies de saint Jean Chrysostome».
116. Col. J. Les Chants pour le Carême correspondent à ce que plusieurs manuscrits,
comme Sin. 5, 190v-207v, et 75, 288v-317v, appellent Chants de pénitence (galobani
sinanulisa) qui font partie du Grand Canon d'André de Crète (CPG 8129). D'après
Kékélidzé, Littérature, p. 209, Euthyme aurait traduit le Grand Canon en l'abrégeant
et en remplaçant certains passages par des Chants de pénitence. Les Hymnes de
nombreux saints correspondent aux Menées de Septembre, comme l'atteste la Vie de
Georges (p. 1281819) : «[Georges] acheva de traduire les Menées de septembre dont
Euthyme avait déjà traduit différentes hymnes». Voir Goguadzé, Septembre.
117. Col. J. BHG 1578 : Procopius m. Caesarea. Passio. Mss : A 199, 8v-17v ; A 1103,
256r-279v.
118. CPG 4424 : Homiliae in Matthaeum de Jean Chrysostome longuement analysées
par Jean l'Ibère dans son colophon, supra, n. 49.
119. Col. J. C'est une Vita de l'apôtre André, représentée par A 1103, 219v-243v,
que Van Esbroeck, Euthyme, p. 103, hésite à identifier à BHG 102 (Vita écrite par
Épiphane le Moine) ou à BHG 100 (Nicétas le Paphlagonien).
120. La Bénédiction grecque du grand habit et la Bénédiction du moine sont des textes
de Basile de Césarée : Goar, p. 406-415. Mss : S 143 (du 11e siècle), 176v-204v, ou
A 450 (du 17e siècle), 206r-242v et 196r-206r. Éd. : Kékélidzé, Liturgie, p. 43-46 et
p. 125-127.
121. Sur la composition du Petit Nomocanon (canons du 6e concile œcuménique,
canons pénitentiels de Jean le Jeûneur et canons de Basile de Césarée), Van Esbroeck,
Euthyme, p. 76-80. Éd. Giuna§vili, Nomocanon. Sur cette traduction, Giunasvili,
Euthyme; MgalobisVili, Origine, p. 141-142.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 107

— les Actes de l'Orthodoxie122,


— les Prières pour la sainte Pentecôte123,
— le Martyre de sainte Fébronia12i,
— le Martyre de saint Anthime, de saint Biaise, des Vingt Mille125,
600 — les Martyres de saint Théodore le Stratélate, de Théodore de Pergè, des

saints
— les
leEustratiens,
Livre
Enseignements
Miracles
des Dialogues128,
des
de saint
saints
de saint
Eustathe
Archanges129,
Cassien127,
et de ses enfants126,

605 — la Vie de saint Nicolas130,


— le Livre de Grégoire le Théologien131,
— «Sur les huit passions» de Maxime132,

122. Il s'agit du Synodikon de l'Orthodoxie du concile de 843. Ms. : S 143 (du


11e siècle), 118v-133v. Kékélidzé, Liturgie, p. 33-35.
123. Les Prières de la Pentecôte sont une homélie de Basile de Césarée. Ms. : S 143,
133v-148r. Kékélidzé, Liturgie, p. 36-37; Idem, Littérature, p. 209-210.
124. BHG 659 : Febronia m. Sibaropoli in Mesopotamia. Passio a Thomaide. Mss :
Athos 79, lr-7v; A 95, 305v-319v.
125. BHG 134y-z : Anthimus ep. Nicomediae. Passio. Ms. : Jer. 2, 22-30; mais cette
identification faite par Kékélidzé, Hagiographie, p. 120 (n° 22), est douteuse, compte
tenu de Vincipit géorgien; il peut s'agir aussi de BHG 135. BHG 283 : Blasius
ep. Sebastiae. Passio. Ms. : Athos 7, 20r-26v. Sous le titre «Martyre des Vingt Mille», il
faut comprendre BHG 823 : Indus et Domna cum sociorum viginti milibus. Passio. Mss :
A 90, 126r-142v ; A 188, 133r-134r.
126. BHG 1750 : Theodorus stratelates. Passio a Abgaro. Ms. : A 1103, 244r-255v.
BHG 1747a : Theodorus et socii mm. Pergae. Passio. Mss : A 128, 447r-450v ; A 1103,
279v-285r. Le «Martyre des saints Eustratiens» désigne BHG 646: Eustratius,
Auxenlius, Eugenius, Mardarius et Orestes. Passio. Mss : Athos 17, 140r-169v; A 95,
538r-558v. BHG 641 : Eustathius (Placidas) et socii mm. Bomae. Passio. Ms. : Athos 17,
103r-115r.
127. Ce sont les Livres 5 à 12 du De Institutis coenobiorum et de octo principalium
remediis de Jean Cassien, d'après la traduction grecque du texte attribuée à Athanase
d'Alexandrie; CPG 2266°. Mss : A 154, 346v-357r; A 196, 351v-362r.
128. La traduction des Dialogues de Grégoire le Grand, à partir de leur version
grecque qui remonte au milieu du 8e siècle, a peut-être été stimulée par la venue de
moines latins sur l'Athos (§ 27 et n. 144). Mss : A 67, 106r-153v; A 1103, 10v-118r.
129. Ce texte, représenté notamment par A 1103, 138r-181r, correspond à
BHG 1285 : Michael archangelus. Miracula a Pantaleone. Mais déjà Kékélidzé,
Exemple, pensait qu'il pouvait s'agir d'un texte de Germain Ier de Constantinople,
opinion reprise par Van Esbroeck, Euthyme, p. 98-102.
130. Euthyme a traduit deux textes sur saint Nicolas qui se trouvent tous deux dans
A 1103, 181v-206r et 206v-319v ; le premier est une Vita que son incipit ne permet pas
d'identifier («La vie et la conduite des saints pères théophores sont semblables aux
perles des peintres ...»), l'autre est VHomilia in s. Nicolaum d'André de Crète:
CPG 8187, BHG 1362.
131. Ce titre est imprécis, compte tenu de l'ampleur de l'œuvre de Grégoire le
Théologien. Georges devait avoir sous les yeux des manuscrits, comme A 1 (de 1030),
A 16, A 87, A 92, S 383, qui contiennent un ensemble d'homélies de Grégoire :
CPG 3010 (notamment les n°* 1, 11, 14, 15, 17, 38, 40, 41, 44, 45, etc.).
132. CPG 7702 : Epistula ad abbatem Thalassium sur les huit passions qui font
souffrir l'âme. Mss : S 1128, 309-400 ou A 636, 181-232. Van Esbroeck, Euthyme,
p. 97-98.
108 BERNADETTE MARTIN-HISARD

— l'homélie de saint Basile «Sur la septuple vengeance de Caïn»133,


— l'Office grec du milieu de la nui/134,
610 — les prières grecques du Temps et les canons135,
— la Vie de saint Antoine le Grand136.
(§ 26) Notre père théophore traduisit tous ces textes et d'autres bien plus
nombreux encore ; il fit ainsi fructifier le talent qui lui avait été confié137.
Il traduisit la plupart des livres qu'on vient de citer du vivant de son père
615 Jean, alors que toute la responsabilité et les soucis du monastère pesaient
sur lui ; c'est que, comme nous l'avons dit plus haut, le bienheureux Jean
65 fut malade pendant de longues années et Euthyme le soigna jour et nuit
tout au long de sa maladie. Il exerça ensuite pendant quatorze ans la
|

fonction d'higoumène138; la responsabilité de trois cents âmes, la direction


620 de la grande Laure et surtout les soucis de la Sainte Montagne étaient source
de préoccupation pour le bienheureux139. Tout en respectant avec courage
sa belle et astreignante règle de vie, il n'interrompit pas son beau travail
de traduction ; car, sans s'accorder aucun repos, il s'y livra totalement et
il passait la nuit à veiller; car c'est la nuit, à la chandelle, qu'il effectua
625 la traduction de la plupart des textes, par manque de temps libre, comme
nous l'avons dit, et à cause de ses responsabilités140.

133. Il s'agit de la lettre 260 écrite par Basile à un évêque qui lui avait demandé le
sens du verset de la Genèse 4, 15 «si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois» :
CPG 2900 (p. 162). Kadzhaïa, Basile, p. 152-155.
134. Pour Kékélidzé, Littérature, p. 210, ce passage de la Vie est le seul à signaler
l'existence d'une telle traduction et aucun manuscrit ne la confirme. Cependant le
manuscrit Sin. 5, 285v-300v, contient un texte appelé «office du milieu de la nuit pour
le Vendredi Saint» (didi p'arask'evis suaghamis gangeba), dans une traduction
d'Euthyme, parmi un ensemble intitulé «Office du Vendredi-Saint selon la règle de
Sainte-Sophie et de toutes les églises grecques». Je pense qu'il s'agit de ce texte. Je n'ai
pu connaître la teneur d'une communication présentée par L. Xevsuriani à ce sujet en
mai 1979 à une session de l'Institut des Manuscrits de Tbilisi.
135. Je corrige dans ma traduction l'édition qui se traduirait par «Prières grecques
du père — mamisani — et canons». Au lieu de mamisani, je lis zamnisani «du Temps».
Il s'agit de VHorologion étudié par Kékélidzé, Liturgie, p. 372-381, à partir du
ms. S 425.
136. BHG 140 et CPG 2101. C'est la Vita Antonii écrite par Athanase d'Alexandrie,
traduite dès 991. Éd. Imnai§vili, Athanase.
137. Il faudrait ajouter à cette liste la traduction des Psaumes et des Évangiles
(âANiDZÉ, Remarques, p. 118; Outtier, Évangiles), des œuvres de Grégoire de Nysse
(CPG 3166 : Vita s. Macrinae; CPG 3149 : Dialogus de anima et resurrectione), un choix
d'homélies de Jean Chrysostome, des œuvres de Jean Damascene (CPG 8043 :
VExpositio Fidei) et de Maxime le Confesseur (CPG 7698 : Disputatio cum Pyrrho;
CPG 7693 : Capita de caritate ; CPG 7688 : Quaesliones ad Thalassium ; une Vie de la
Vierge, voir n. 273) et de nombreux textes hagiographiques.
138. Euthyme exerça l'higouménat de 1005 à 1019 : Iviron, I, p. 39.
139. Sur le développement d'Iviron durant l'higouménat d'Euthyme : Ibidem, p. 39-
41 ; avec ses 300 moines (contre 150 à Lavra, en 978) c'est un des monastères les plus
peuplés de l'Athos. Depuis la mort d'Athanase vers 1001, Euthyme exerce à la place de
son père la fonction d'épitrope de Lavra (n. 76) : Lavra, p. 49, n. 90.
140. Le travail d'Euthyme implique le développement d'une bibliothèque et d'un
scriptorium dans le monastère : Ménabdé, Foyers, II, p. 200-204. On y conserve les
manuscrits grecs qui servaient de base aux traductions et que des moines, comme le
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 109

Parole, lumière et vie141.


(§ 27) Un moine de la région de Rome arriva du vivant du père Jean,
un homme célèbre par ses vertus auxquelles les régions de Rome rendaient
630 témoignage. Frère du duc de Bénévent, il était d'illustre famille142. Il vint
prier sur la Sainte Montagne avec ses six disciples et, lorsque nos saints
pères virent la grâce de son allure, ils le saluèrent comme un proche et un
familier, l'accueillirent avec joie et le supplièrent de demeurer là en disant :
«Nous sommes des étrangers, et toi aussi tu es un étranger». Ils eurent du
635 mal à le convaincre, c'est qu'il voulait être avec eux dans le monastère, or
c'était un homme de haut rang et illustre, et lorsque les Romains qui étaient
dans la Ville Royale et dans d'autres villes en entendirent parler, une foule
nombreuse se rassembla pour qu'il les admette à la vie monastique. Nos
saints pères donnèrent alors eux-mêmes ce conseil au saint moine : «Saint
640 père, puisque tu sauves tant d'âmes, il vaut mieux que tu leur donnes la
tonsure, que tu sois la cause de leur salut et que tu les offres à Dieu. Nous
savons que d'autres personnes encore vont venir en grand nombre recevoir
l'habit monastique de tes mains ; nous allons t'acheter un domaine et te
66 fournir tout le nécessaire ». Bien que le saint homme supportât difficilement
645 les tracas et les responsabilités, il ne voulut pas désobéir à leur demande.
|
C'est pourquoi il fonda un beau monastère et rassembla de nombreux frères
et il mena à bien toute la fondation avec l'aide de nos pères143. Il leur
rendait souvent visite pour plusieurs jours, puis il retournait dans son
monastère.

prêtre Théophane (n. 223), se procuraient, ainsi que les chrysobulles impériaux et des
actes grecs divers : Iviron, I, p. 95; Irigoin, Étude, p. 200-204; Fonkiê, Activité. On y
conservait aussi les manuscrits autographes d'Euthyme comme exemplaires de
référence : Métrévéli, Athos, p. 22-23, et Blake, Iviron 1, p. 252, qui souligne la
différence de qualité entre les manuscrits autographes d'Euthyme, de qualité moyenne
et plutôt petits, et les copies dont certaines ont le caractère d'éditions de luxe réalisées
«par des calligraphes de métier sur des parchemins de première qualité en grand format
avec de belles marges et des lignes espacées». Les colophons livrent les noms de ces
copistes, dont certains sont cités dans la Vie : Jean Grdzelisdze et Arsène de
Ninoc'mida (n. 68), Grégoire le Noir, Zacharie Mirdat'isdze et Arsène (n. 238), Jean de
Khakhuli et Chrysostome (n. 253); d'autres ne sont connus que par ces colophons :
Aghapi (Athos 33), Dosithée (A 397), Jean le Noir (A 1104). Tous ces copistes n'étaient
pas de qualité; Ménabdé, Foyers, II, p. 200, cite les cas d'un moine trop paresseux
pour recopier la traduction des Psaumes faite par Euthyme et de celui dont les copies
ont complètement déformé la traduction des Psaumes et des Évangiles.
141. Les miracles racontés aux § 27-33 et 72-73 sont pour la plupart empruntés à Vie
Syn., mais Georges a choisi de les présenter en deux groupes correspondant chacun à un
aspect du rôle d'Euthyme, traducteur et législateur, supra, p. 82-83.
142. Sur les princes de Bénévent (en géorgien duk'i) à la fin du 10e siècle :
Poupardin, Institutions. A cette époque, le prince est Pandolf II (981-1014). Son frère,
appelé plus bas Léon (§ 28), n'est pas connu autrement, mais Léon est sans doute un
nom monastique. L'acte n° 6 d'Iviron de 984 est le plus ancien témoignage daté de la
présence de Latins sur l'Athos : Iviron, I, p. 36.
143. Il s'agit du monastère appelé d'abord monastère ton Apothèkôn (d'après un
toponyme correspondant à l'actuel cap Kosari, au nord-est des possessions de Lavra),
puis monastère des Amalfitains (première mention en 1010) : Iviron, I, p. 137-138 et
146-147. Son higoumène, qui n'est pas son fondateur, Léon, mais un certain Jean,
110 BERNADETTE MARTIN-HISARD

650 C'est aujourd'hui le seul monastère des Romains sur la Sainte Montagne,
ils y mènent une vie belle et ordonnée selon la règle et les dispositions de
saint Benoît dont la Vie est écrite dans les Dialogues14*.
(§ 28) Gabriel, le saint prêtre ibère dont il a été question plus haut145, et
le grand Léon, ce saint moine romain, avaient beaucoup d'affection spirituelle
655 l'un pour l'autre. Chaque fois que ce dernier venait voir les pères, il avait
une cellule près de celle de Gabriel, il y restait pendant la journée ; aucun
ne connaissait la langue de l'autre. Lorsque la nuit tombait, ils sortaient
de leurs cellules, faisaient une prière, s'asseyaient et échangeaient des propos
divins jusqu'à ce que résonne l'appel pour les Laudes146. Et ils faisaient
660 ainsi tous les soirs jusqu'à son départ. Et nos pères disaient : «Les frères
spirituels qui étaient près de chez eux nous ont affirmé sous serment que
le grand Léon et le prêtre Gabriel agissaient ainsi à chacune de ses visites».
Et ils portaient ce témoignage : « On pouvait tout attendre et croire de leur
sainteté car ils étaient grands et parfaits devant Dieu»147.
665 (§ 29) II y avait à cette époque à Thessalonique un catholicos divin et
spirituel, ami de nos pères148. Le père Euthyme avait l'habitude d'aller le voir
très souvent et parfois [le catholicos] exigeait qu'il vienne. Il y avait à
67 Thessalonique un Juif, docteur de la Loi, que le catholicos voulait convertir
au christianisme ; ils avaient de fréquentes conversations. Un jour où le père
|

670 Euthyme était avec lui, le catholicos le pria de discuter avec le Juif. Et
lorsqu'ils furent réunis, ils commencèrent à parler de religion. Comme le
Juif se trouvait acculé et à bout de ressources devant le bienheureux
Euthyme, il se mit à insulter la pure foi des chrétiens. Le père Euthyme,
tout chagriné en l'entendant, se fâcha contre lui et lui dit : «Que ta bouche
675 soit réduite au silence, Juif impur ! ». A l'instant il devint muet et sa bouche
se tordit. D'autres Juifs qui se trouvaient là se jetèrent aux pieds du père
Euthyme pour qu'il lui pardonne et il leur répondit : «Qu'il demande pardon
à Celui qu'il a insulté, qu'il vienne à la foi, et moi je lui pardonnerai». Alors
le catholicos le supplia de lui pardonner et de faire une prière. Et dès qu'il
680 eut prié et tracé sur lui le signe de la croix, sa bouche se redressa et il
recommença à parler ; il se jeta immédiatement à ses pieds, devint chrétien
et se montra homme de grande foi149.
(§ 30) Un autre Juif, docteur de la Loi, très instruit et connu pour sa
science de la discussion, s'approcha du père Euthyme avec un orgueil tout
685 judaïque et il voulait discuter; le bienheureux y répugnait, mais, sur l'ordre
du père Jean, il dut débattre avec lui. Et quand [le Juif] commença à
disputer et à questionner, [Euthyme] lui fournit des éclaircissements et

souscrit, en 984 et 985, les actes nos 6 et 7 d'Iviron. Pertusi, Monasteri; Lemerle,
Archives ; Bonsall, Monastery.
144. Euthyme a traduit en géorgien les Dialogues de Grégoire le Grand (n. 128).
145. § 15.
146. Le terme géorgien cisk'ari équivaut à orthros.
147. Cette histoire qui ne se trouve pas dans Vie Syn. semble transmise par la
tradition orale.
148. Les liens sont étroits entre les monastères athonites et Thessalonique puisque le
stratège du thème et l'archevêque (ici appelé catholicos) ont autorité sur la Sainte
Montagne. Les Ibères ont également des biens à Thessalonique, ainsi le monastère de
Léontia (n. 39).
149. Cet épisode n'est pas dans Vie Syn.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 111

explications bien supérieurs à tous égards à ce que l'on savait. Et quand


le perfide se vit battu, il se mit à proférer des paroles d'insultes. Le
690 bienheureux s'en offensa et lui dit : «Si tu interrogeais sur le texte des
Écritures, nous te l'expliquerions ; si tu nous interrogeais, nous te répon-
68 drions ; mais puisque tu insultes le Très-Haut, que ta bouche injurieuse se

|
taise ! ». A ces mots il devint soudainement muet et il expira le lendemain150.
(§ 31) II y eut une fois une grande sécheresse : mai, juin, juillet et août
695 s'écoulèrent sans qu'il pleuve, la région souffrait cruellement au point que
les feuilles des arbres et des vignes se desséchaient et tombaient et les gens
étaient très inquiets. Notre monastère possède sur la Montagne un petit
monastère dans lequel se trouve une église du saint prophète Élie151. La
veille de la fête de saint Élie, le père Jean dit à son fils Euthyme : « Emmène
700 les frères ; allez à l'église de saint Élie ; veillez pendant la nuit et célébrez
la liturgie»152. A cette parole, de nombreux frères se rassemblèrent devant
le père Jean et il leur dit comme par plaisanterie : «Enfants, emportez vos
manteaux à capuche, car vous ne reviendrez pas sans vous en être servis,
j'en ai confiance en Dieu !». Ils partirent et passèrent la nuit à veiller. Quand
705 arriva l'heure de la liturgie, notre saint père Euthyme s'habilla ; et quand
ils commencèrent à prier, avant la lecture de l'Évangile, un petit nuage
apparut au-dessus d'Hiérissos153; le ciel se couvrit au même moment de
nuages, une pluie effrayante s'abattit jusqu'au moment de la communion
et inonda toute la région. En voyant cela, ils levèrent les mains vers Dieu
710 en lui rendant grâces. La liturgie terminée, ils prirent de la nourriture et
retournèrent chez eux. Ceux des frères qui avaient des manteaux descen
dirent allègrement au monastère ; ceux qui n'en avaient pas, difficilement
et péniblement. Et ils rendaient doublement grâces, à Dieu et au bienheureux
père Jean154.
715 (§ 32) Un jour notre bienheureux père Euthyme décida de monter sur la
montagne de l'Athos pour la Transfiguration155. Selon la règle des Hagiorites,
69 beaucoup de monde se rassemble au sommet de la montagne à l'occasion
de cette fête et passe la nuit à veiller. Quand ils eurent veillé, l'heure de
|

la liturgie arriva et notre saint père Euthyme s'habilla avec les autres prêtres.
720 Lorsqu'ils apportèrent les saintes espèces et proclamèrent «II est saint!», ils
virent notre père Euthyme tel un feu ardent; la frayeur les saisit tous et
en même temps un grand bruit se fit entendre, comme la clameur d'une
foule nombreuse ; un grand tremblement secoua la montagne et tous
tombèrent la face contre terre. Et quand le père Euthyme les releva, ils
725 étaient comme morts de peur. En les voyant aussi épouvantés, il leur dit :

150. Vie Syn., p. 335518, où Euthyme est présenté comme un tout jeune homme
(cabuki), ce qui explique l'action initiale de Jean.
151. Contrairement à Lavra, p. 152-153, qui plaçait le petit monastère de Saint-Élie
à Mylopotamos, J. Lefort le situe sur une colline au nord-ouest d'Iviron : Iviron, I,
p. 70-71 (et carte).
152. Sur l'histoire du prophète Élie et de la grande sécheresse : 1 R, 17-18. La fête
de saint Élie était célébrée le 20 juillet en Orient.
153. Sur Hiérissos, au nord de la presqu'île : n. 57.
154. Vie Syn., p. 33519-33618.
155. Il s'agit du mont Athos, au sud de la presqu'île, non loin de Lavra, au sommet
duquel se trouve une chapelle de la Transfiguration.
112 BERNADETTE MARTIN-HISARD

«N'ayez pas peur, frères; c'était une visite divine : le Christ a célébré
lui-même son jour de fête». Et tous, rassurés, rendirent gloire à Dieu156.
(§ 33) Parmi les sièges de catholicos, celui de saint Épiphane à Chypre
est célèbre et renommé. A l'époque du roi Basile, il advint que l'archevêque
730 qui l'occupait mourut. Le roi pressa instamment le bienheureux Euthyme
d'en assurer la direction, mais il refusa absolument, car il fuyait avec
empressement la gloire des hommes et les soucis du monde et il se complaisait
dans l'humilité157.

ΠΙ. Comme de Sion la Loi...


735 La Loi vécue158.
(§ 34) Comblé des grâces d'en-haut, notre bienheureux père Euthyme
imposa à son monastère des règles et dispositions divines, et tout d'abord
les règles ecclésiastiques et les dispositions pour toute l'année, telles qu'elles
sont écrites parfaitement et complètement dans le Grand Synaxaire1™.
740 II ne cessait d'adjurer les frères d'être prompts à se rendre à l'église, de
s'y tenir debout avec décence et d'y prier avec ferveur. Le saint lui-même
qui habitait en haut, dans une haute tour, ne fut jamais en retard aux
Laudes160 ; il se tenait debout dans l'église sans s'appuyer sur un bâton ou
70 sur le mur, assidu et attentif. Si quelque affaire mineure survenait, il
745 donnait discrètement un ordre à son disciple qui partait, informait à voix
|

basse l'économe ou l'aide-économe181, selon celui que l'ordre concernait; il


le faisait sortir dans le narthex, où il lui faisait part de l'ordre du père162.
Si l'affaire était importante, le père sortait lui-même dans le narthex pour
leur parler. Mais à l'intérieur de l'église, personne n'osait tenir la moindre
750 conversation.
Aucun des frères ne s'appuyait sur le mur auprès duquel ils se trouvaient,
car ils imitaient le bienheureux autant qu'ils le pouvaient. La règle
prescrivait aux jeunes de se tenir debout au milieu de l'église, sur deux ou
trois rangs, les mains jointes, respectueusement; des sièges étaient installés
755 et ils s'asseyaient ainsi sur deux ou trois rangs quand c'était nécessaire.
Quand il appelait l'ecclésiarque ou le responsable du luminaire163 pour la
lecture du Livre, pour un verset164 ou tout autre ministère liturgique, celui-ci
arrivait par le côté, se prosternait devant (Euthyme) et il était seul à

156. Vie Syn., p. 3361β-337β.


157. Vie Syn., p. 336915.
158. Sur cette partie, supra, p. 82. Elle mériterait une étude beaucoup plus poussée
que celle de Karst, Recherches ; et une comparaison plus précise avec ce que l'on sait
des règles en usage dans les monastères de Khancta et de Sat'berd et avec le typikon
gréco-géorgien de Pakourianos.
159. Le Synaxaire géorgien qui règle la liturgie a longtemps été celui de Jérusalem.
Au 10e siècle le Typikon de Constantinople s'impose à Iviron. Euthyme en a fait une
rédaction courte (n. 113).
160. Sur la tour d'Euthyme dans le mur d'enceinte du monastère : Iviron, I, p. 61.
161. Sur le rôle de l'économe : § 60, 67, 68.
162. Sur le narthex, en géorgien st'oa : Iviron, I, p. 61 et n. 6, et p. 63.
163. Dans le Typikon de Pakourianos, dek'anozi correspond au grec έκκληησιάρχης et
mnate, à λυχνάπτης. Le mnate a un k'andelak'i sous ses ordres (§ 90).
164. c'ardgoma : verset de psaume chanté avant la lecture des épîtres.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 113

entendre ce qu'il lui disait; il se prosternait et allait remplir son ministère.


760 (§ 35) Deux épitérètes165, c'est-à-dire deux surveillants, avaient été
institués, des hommes divins et craignant Dieu, l'un plus âgé, l'autre plus
jeune qui en dépendait. Il les envoyait dans les cellules des frères pour
ramener ceux qui y étaient restés. Ils punissaient celui qui était absent à
Y hexapsalmos des Laudes, en suivant les prescriptions du père166. Le travail
765 quotidien de ceux qui travaillaient durement pendant toute la journée et
n'avaient pas le temps de dormir comptait comme prière. Mais ceux qui
avaient du temps ou des ministères légers, qu'ils soient prêtres, diacres ou
chantres167, devaient faire cent génuflexions devant l'autel s'ils étaient
71 jeunes, s'abstenir de vin et de nourriture pendant la journée s'ils étaient
|

770 vieux ou malades. Pendant toute la durée de la prière, le chef des épitérètes
se tenait à la porte de l'église et demandait aux frères qui sortaient la raison
de leur sortie. Personne ne se permettait de sortir sans motif pressant. Mais
en cas de nécessité, [le frère] prévenait l'épitérète et revenait ensuite
rapidement. S'il s'attardait, [l'épitérète] le réprimandait vertement et
775 l'avertissait : «Ne recommence pas!». S'il recommençait, [l'épitérète] lui
interdisait le réfectoire et lui assignait du pain sec comme nourriture pour
la journée ou bien il lui infligeait cent génuflexions.
Pour ceux qui travaillaient et ceux qui étaient fatigués, le père avait
établi comme règle qu'ils partent se reposer après Y hexapsalmos jusqu'au
780 deuxième signal et qu'ils reviennent à ce moment-là à l'église; s'ils y
manquaient, les épitérètes allaient les chercher.
(§ 36) Si des frères se disputaient, le père les convoquait et avait un
entretien avec eux ; ils ne résistaient pas à sa parole et se réconciliaient.
Mais s'ils faisaient montre de dureté et d'entêtement, la règle qu'il avait
785 prescrite était qu'ils n'aillent pas au réfectoire tant qu'ils n'auraient pas
fait la paix, et qu'ils se contentent de pain et d'eau. Si l'higoumène n'était
pas là, l'économe les punissait.
(§ 37) Avant d'entrer dans l'église, le père Euthyme en premier suivi de
tous les autres frères, ils s'agenouillaient pour vénérer la sainte Mère de
790 Dieu qui se trouve au-dessus de la porte168. Et lorsque des frères passaient
devant le père à l'église ou ailleurs, ils ne le faisaient pas sans s'être d'abord
72 mis à genoux et l'avoir humblement révéré. Et notre bienheureux père
|

165. ep'it'irit'isi ou damxedvari. Dans le Typikon de Pakourianos, Γέπιτηρητής grec


correspond au zedamxedveli géorgien ; sa fonction est, comme ici, de visiter les cellules
et de contrôler l'assistance aux offices : Karst, Recherches, p. 394.
166. dac'ebulni : littéralement «ce qui est prescrit» (sens retenu par Peeters,
Histoires, p. 427, qui traduit ordinarii preces). C'est aussi le terme liturgique équivalant
au grec hexapsalmos, c'est-à-dire le groupe de six psaumes qui constitue la partie la plus
solennelle des Laudes.
167. Peeters, Histoires, p. 4212, traduit mzamobeli par anagnostes «lecteur», qui se
dirait plutôt mk'itxeveli. Abuladzé, Dictionnaire, p. 292, citant ce texte, traduit
mlamobeli par mgalobeli, « chantre » ; le terme paraît donc équivaloir plutôt à ψάλτης
qu'à αναγνώστης ; cependant zamni correspondant au grec horologion, on peut aussi
comprendre que mzamobeli désigne le moine chargé des lectures pendant l'office des
Heures.
168. On ne sait rien de précis sur cette icône. L'église principale d'Iviron est dédiée à
la Vierge, qui donna longtemps son nom au monastère. Mais cette église n'est pas celle
de la Portaïtissa, consacrée à une icône miraculeuse de la Vierge et mentionnée
tardivement dans les sources : bibliographie dans Iviron, I, p. 63, n. 6.
114 BERNADETTE MARTIN-HISARD

Euthyme révérait de la même manière, en s'agenouillant, non seulement les


dignitaires mais tout nouveau venu et il les accueillait avec bonté.
795 (§ 38) Lorsqu'il voyait des frères zélés et soucieux de leurs âmes, il ne
leur disait rien. Lorsqu'il voyait des paresseux qui se laissaient aller, des
nouveaux venus, il leur parlait fréquemment, les instruisait, les reprenait,
les réconfortait et il priait les responsables169 de les traiter comme il convenait
sans les accabler.
800 (§ 39) Après la célébration des complies170, il était interdit aux frères de
se réunir et de parler dans une cellule ou de parler dans le monastère. Les
épitérètes faisaient taire ceux qui le faisaient et les renvoyaient dans leurs
cellules171. Le père donnait l'ordre de réprimander sévèrement celui qui se
permettait de leur résister.
805 (§ 40) Les jeunes frères que l'on voyait parler ensemble, rire ou se tenir
par la main étaient vivement tancés. S'ils recommençaient, on en référait
au père qui les punissait sévèrement.
(§ 41) S'il se produisait quelque acte inamical, violente querelle entre deux
[frères], arrachage de barbe ou rixe, la règle de notre père était d'éviter tout
810 éclat de voix ou toute colère immodérée, car il était orné de grâce ; il leur
adressait des paroles douces et suaves empruntées à l'Écriture qu'il
connaissait par cœur et il leur disait : «Fils, si je vous laisse faire maintenant,
73 d'abord je ferai périr vos âmes et ensuite le monastère s'en ira dans le
désordre. Mais puisqu'il se trouve que Dieu m'a établi pour vous juger et
|

815 diriger, si je vous laisse faire sans vous éduquer, sachez que vous serez
amèrement châtiés dans l'éternité ; mais si je vous punis un peu ici-bas et
si vous l'acceptez de bonne grâce, Dieu m'est témoin que vous échapperez
au châtiment éternel».
Quand il les avait ainsi convaincus, il s'informait auprès des frères des
820 détails de l'affaire ; il les faisait battre tous les deux si tous les deux étaient
coupables, sinon un seul ; et selon le caractère de la querelle, il les faisait
battre, beaucoup si elle était importante, peu si elle l'était peu. Il les faisait
conduire à la maison abbatiale172 et leur ordonnait de s'allonger; le frère
se prosternait devant lui et s'étendait ; un frère lui tenait la tête, un autre
825 les pieds, et d'autres le cinglaient à coups de fouet sur son froc173, trente,
quarante ou soixante fois selon les cas. Si [l'un de ceux qui s'étaient querellés]
se trouvait être l'auxiliaire et l'assistant de l'autre, il le réprimandait
fortement et le faisait battre sévèrement. Ceux qui avaient été battus se
mettaient ensuite à genoux, se prosternaient devant lui et demandaient
830 pardon au père en pleurant. Un tel restait couché à terre deux semaines,
tel autre trois ; le père venait de temps en temps et les réconfortait en
paroles et en actes, il leur donnait quelque friandise et demandait aux
responsables de les réconforter.
Quand il avait fait battre quelqu'un, il le réconfortait, sans motif précis,
835 en lui donnant soit un froc, soit un court manteau174, ou tout autre objet

169. qelosanni : «ceux qui ont une responsabilité, un pouvoir (qeli), les officiers du
monastère ».
170. serobisaj ou serobis zami correspond à άπόδειπνον, «Complies».
171. Je ne m'explique pas la traduction de Peeters, Histoires, p. 4321 : «atque
manibus suis apprehension abducebant », sinon par une confusion entre qelni, «main», et
le terme employé ici, k'elini, c'est-à-dire κελλία.
172. «Maison abbatiale» : samamo.
173. «Froc» : ëoqa.
174. sabec'uri désigne le court manteau des moines.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 115

de première nécessité. Et il n'y avait ni ressentiment ni colère chez ceux


74 qui avaient été frappés, mais ils s'estimaient frappés des mains mêmes du
Christ.

|
(§ 42) Trois fois par semaine, le lundi, le mercredi, le vendredi, notre saint
840 père Euthyme prenait du pain175 et de l'eau dans sa cellule au coucher du
soleil, sauf aux grandes fêtes. Les autres jours, il allait toujours au réfectoire
sauf si le Lavriote ou le Prôtos venait176. Alors les frères avaient la consigne
de leur préparer un repas dans la maison abbatiale ou dans un autre endroit
de son choix afin que les frères qui étaient alors surchargés de travail ne
845 s'attardent pas au réfectoire à cause du travail.
(§ 43) Jusque dans sa vieillesse, notre bienheureux père ne se servit jamais
de vin sauf pour la messe ou pour quelque grave raison. Cependant chaque
fois qu'il s'asseyait au réfectoire, il demandait au réfectorier177 de lui apporter
dans une tasse un peu du vin des frères et il le goûtait. S'il était bon, il
850 ne disait rien ; mais s'il était aigre ou coupé d'eau, il disait au responsable
des boissons178 après être sorti de table : «Frère, le seul réconfort des frères
est celui qui leur vient de la table. Si le vin est léger, ne le coupe pas ; s'il
est médiocre, additionne-le d'eau convenablement; s'il est excellent, il est
comme il faut». De la même manière, même s'il n'en prenait pas, il se faisait
855 présenter la nourriture des frères et la goûtait ; si elle manquait d'huile, il
parlait avec le cellérier179 et lui disait de rectifier; si ce n'était pas cuit, si
c'était sans sel ou trop salé, lorsqu'il se levait de table, il parlait au cuisinier180
et lui disait : «Frère, agis avec la crainte de Dieu dans ton ministère,
75 ne te dis pas que tu sers des hommes, mais tiens pour assuré que tu sers des
|

860 anges de Dieu, ainsi tu ne perdras pas ton salaire».


(§ 44) Notre père avait pour règle de ne tenir aucune conversation à table,
sauf s'il y avait des étrangers, et il leur parlait peu et à voix basse. S'il
avait besoin d'eau, s'il voulait envoyer une eulogie à quelqu'un ou si quelque
chose était nécessaire à table, il appelait son disciple, lui donnait discrètement
865 un ordre que personne d'autre n'entendait. Aucun autre frère n'osait
bavarder, mais le réfectorier et les responsables chuchotaient discrètement
en cas de besoin. De même les frères qui avaient besoin de demander de
l'eau ou autre chose le faisaient discrètement.
Il avait prescrit la règle suivante au réfectorier : «Si tu vois quelqu'un
870 parler, rire ou plaisanter à table, reprends-le ainsi : Ne recommence pas,
sinon je t'expulserai par ordre du père». S'il advenait que quelqu'un, sous
l'emprise de l'Ennemi ou de la boisson, recommençait à parler ou à s'amuser,
le père le reprenait dans l'église devant les frères : «C'est la consigne que
j'ai donnée au réfectorier; quiconque est expulsé ne doit pas lui résister».
875 Et personne n'osait lui résister et il faisait expulser l'individu jusqu'à son
amendement.

175. p'uri désigne le pain et, plus largement, de la nourriture, un repas.


176. lavreli ne désigne pas ici n'importe quel lavriote mais l'higoumène de Lavra,
qui devait venir voir souvent son épitrope, Euthyme (n. 139). Sur le Prôtos, n. 47.
177. «Réfectorier» : met'rapeze.
178. mevazine ne désigne pas exactement le responsable de la fabrication du vin (qui
serait meghwne ou ghwnis mc'de d'après le Typikon de Pakourianos), mais celui qui
fabrique des sirops à base de miel, de sucre, des jus de fruits (vazina).
179. «Cellérier» : k'elari. Il a la haute main sur le ravitaillement (cellier, grenier,
jardin, moulins, répartition des vivres : § 64, 67, 68).
180. mzareuli correspond à μάγειρος.
116 BERNADETTE MARTIN-HISARD

(§ 45) Les jours de fête et le dimanche ou s'il y avait du monde, les


travailleurs manuels assuraient le service181. Mais les jours ouvrables, ceux
qui restaient à la maison, les prêtres et les diacres, ainsi que ceux qui se
880 trouvaient libres les servaient à tour de rôle.
76 (§ 46) Quand une affaire concernait le royaume ou le juge182, notre père
avait pour règle de s'en entretenir avec les frères à l'église ; si elle concernait
|

la communauté183, il en informait les frères qui avaient une compétence en


la matière, selon qu'il s'agissait de forge, de charpente ou de vigne, et il
885 réglait la chose avec eux dans la maison abbatiale. Et il parlait des autres
questions de moindre importance avec l'économe ; car bien qu'il fût
compétent en tout, notre trois fois bienheureux père Euthyme ne faisait
rien sans avoir pris conseil en raison de sa grande humilité184.
(§ 47) Devenu vieux, il ne souffrait pas d'entrer dans l'église avec un
890 bâton. Mais les frères malades devaient, selon sa règle, se tenir debout dans
le narthex de l'église, en s'appuyant sur un bâton ; et ceux qui étaient
particulièrement malades devaient s'asseoir sur des sièges dans le narthex
également.
(§ 48) Notre saint père avait par-dessus tout horreur que l'on parle
895 mensongèrement de l'église ou d'un frère. C'est pourquoi il avait fermement
enjoint que l'on ne devait en aucune façon se permettre de rapporter ce
que l'on ne savait pas vraiment, et il punissait lourdement ceux qui
rapportaient quelque chose de faux. C'est la raison pour laquelle il expulsa
beaucoup de frères du monastère afin que la communauté jouisse de la paix.
900 (§ 49) Deux ou trois dimanches par mois, il dispensait aux frères des
enseignements spirituels ; comme il était comblé de la grâce de Dieu, il les
instruisait à partir des Saintes Écritures et il les remplissait de tant de
componction qu'ils versaient des larmes abondantes et rendaient grâces à
Dieu ; sa parole était pour eux comme celle du Christ. Ses enseignements
905 portaient sur l'amour et l'humilité, sur l'obéissance et l'abstinence, sur
77 l'esprit de paix et de douceur, sur la patience et l'esprit de service, sur le
zèle à se rendre à l'église, sur le respect fervent de toutes les règles de la
|

communauté ; et il disait : « Faisons tous nos efforts, frères, pour que notre
rassemblement sur ce saint territoire ne soit pas vain et que nous n'ayons
910 pas quitté le monde inutilement». Il leur dispensait bien d'autres enseigne
ments,tels que Dieu les mettait en sa bouche.
(§ 50) II mettait les frères à l'abri de tout souci matériel et il leur fournissait
tout, jusqu'à la plume pour écrire et l'aiguille ; grâce à lui, personne n'avait
plus de raison de se tracasser pour quoi que ce soit et l'on ne vendait,
915 achetait, gagnait ou se procurait rien sans son autorisation. Celui qui
souhaitait donner quelque chose à un frère sans son ordre ne se permettait
pas de le faire tant qu'il n'avait pas demandé la permission du père; et si
quelqu'un enfreignait son ordre, achetait un vêtement ou autre chose ou
recevait une somme d'argent, il le tançait durement et le punissait

181. masromeli : «travailleur manuel». Le «service» désigne ici le service du


réfectoire.
182. «Royaume» désigne l'empire byzantin. Le juge, bc'e, est le κριτής de
Thessalonique qui peut intervenir dans les affaires de l'Athos (§ 148 et les actes d'Iviron
η» 9, 10).
183. sak'rebuloj : «ce qui relève de la communauté». D'après les exemples qui
suivent, il s'agit de la communauté du monastère, et non de la communauté athonite.
184. A rapprocher de la critique formulée à l'égard de Georges Ier, § 74 et 80.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 117

920 sévèrement. Souvent nous l'avons vu qui livrait au feu manteau, vêtement
ou coule185, à l'intérieur de la clôture186.
(§ 51) II y avait un diacre, un saint homme, fils de gens illustres, qui
avait donné au monastère une somme d'argent non négligeable mais qui ne
voulait pas qu'un autre que lui portât l'habit qu'il avait déposé à l'église.
925 Un jour notre saint père, voulant offrir le sacrifice non sanglant, dit à un
autre diacre de revêtir l'aube187 du diacre dont on vient de parler; mais il
lui dit : «Père spirituel, cela ne va-t-il pas affecter ce frère qui ne veut pas
que l'on porte son aube?». A ces mots, le père appela le diacre et lui dit
tranquillement et doucement : «Acceptes-tu que le frère mette ton aube
78 pour servir à l'autel | avec nous?» Il vit que cela lui déplaisait et qu'il ne
931 voulait pas la lui laisser mettre. La sainte liturgie célébrée, il appela le
premier diacre et lui dit : « Dis-moi la vérité : qu'as-tu laissé dans le monde ? ».
Il lui dit : «Saint père, ta Sainteté n'ignore pas que j'ai laissé mes parents
et mes frères, mon argent et mes biens, en quantité non négligeable. Tu
935 sais toi-même ce que j'ai remis entre tes saintes mains». Notre père lui dit :
«Et cela te plaît-il, fils, de perdre la gloire et la récompense de tout cela
pour ton aube ? ». Il lui dit : « ô père, qu'il n'en soit pas ainsi ! ». Et [Euthyme]
lui ordonna immédiatement de la jeter au feu ; de sa main il jeta l'aube au
feu et la brûla ainsi ; et le frère se prosterna à ses saints pieds et lui demanda
940 pardon.
Ainsi, lorsque quelqu'un refusait que son propre frère, dans le besoin, se
serve d'un vêtement ou de tout autre objet utile qu'il possédait, il brûlait
[l'objet] et disait : « II nous a été ordonné de donner notre vie pour nos
frères et toi tu préfères cet objet périssable à ton frère ! N'as-tu pas honte?».
945 Et son enseignement était pour eux un remède de vie et ils louaient Dieu
de leur avoir accordé un tel médecin de l'âme.
(§ 52) II ne cessait d'instruire ainsi les frères : «Nous ne devons rien
demander en dehors du réfectoire, car vous savez avec quelles privations
tous les saints ont traversé ce monde transitoire ; ces hommes dont le monde
950 n'était pas digne, innocents, impeccables, purs de tout péché, ne buvaient
même pas d'eau à satiété. Ne nous suffit-il pas, à nous qui sommes remplis
de tous les péchés, de nous restaurer au réfectoire et de prendre deux fois
79 par jour de la nourriture, vin et aliments en abondance et suffisance? En
|
vérité, cela est plus que suffisant. Mais puisque nous ne voulons pas nous
955 priver nous-mêmes un petit peu et que nous invoquons de multiples
prétextes, si donc quelqu'un ne peut se satisfaire du réfectoire et si moi ou
le responsable lui servons autre chose, que lui seul en profite et qu'il ne
fasse pas tomber un autre frère dans la faute, sinon Dieu lui demandera
compte de leur faute à tous les deux».
960 (§ 53) Personne dans le monastère ne demandait jamais à acheter du vin
ou du poisson, mais seulement de l'huile, et il s'agissait des lecteurs ou des
copistes qui s'éclairent pour suivre ligne à ligne188 ou pour écrire. Autrement
il n'était pas permis d'allumer une chandelle ou de placer des icônes dans
les cellules. On mettait une seule croix ou une seule icône devant laquelle

185. sabeë'uri, «manteau» (n. 174). sesamoseli : «vêtement», sans autre précision ; un
peu plus bas, ce mot sert à désigner l'aube, k'unk'uli : «coule».
186. zghude : «mur d'enceinte» (n. 38).
187. k'uarli sesamoseli : «chemise», ici «aube».
188. D'après Abuladzé, Dictionnaire, p. 540, c'asanaxavad signifie « ligne à ligne» et
non «in ledione meditanda» selon la traduction de Peeters, Histoires, p. 492.
118 BERNADETTE MARTIN-HISARD

965 on se prosternait au moment de la prière ou que l'on baisait. L'huile ou le


vin que quelqu'un achetait sans la permission du père était jeté aux ordures.
Personne ne se préparait de nourriture sauf en cas de grave maladie.
Lorsque le père entrait dans la cuisine et voyait des pots de terre189 au coin
du feu, il demandait au cuisinier à qui ils appartenaient. Il laissait faire si
970 c'était à des malades. Mais si quelqu'un faisait cela par gloutonnerie, il lui
ordonnait de vider [les pots] dehors ou de les verser dans la nourriture
commune.
(§ 54) Des gens nombreux venaient de la ville ou d'ailleurs avec beaucoup
d'argent pour recevoir la tonsure. Ils se livraient à des mortifications190
975 pendant un certain temps, puis ils s'arrêtaient; alors [le père] leur disait :
« Excusez-nous de ne pouvoir vous donner la tonsure ; vous êtes des hommes
80 célèbres et nous, nous sommes des gens pauvres et inconnus. Quand vous

|
aurez donné de l'argent à l'église, vous voudrez vous reposer, on ne pourra
pas vous le permettre, et cela vous fâchera. Et puis, comme tous les frères
980 travaillent durement, ils s'indigneraient si certains étaient oisifs». C'est
pourquoi il en renvoyait beaucoup et ils s'en allaient. En revanche si quelque
frère, travailleur et humble, arrivait, le père disait : «Frères, soyez bien
certains que je préfère accueillir ce type de personne plutôt que celui qui
m'apporterait cent pièces d'or».
985 (§ 55) Dès le début il y eut des hommes de haut rang, comme le canonarque
Hilarion, diacre de la Résurrection, qui arriva ici avant la fondation du
monastère191; le monastère fut construit pendant qu'il était économe. Nos
pères le considéraient comme leur propre frère ; il leur demanda la permission
de partir à Jérusalem et ils l'y envoyèrent. Il y passa de nombreuses années
990 comme diacre. Les pères lui écrivaient souvent et le firent revenir. Ce qu'il
apporta à sa première et à sa seconde venue en argent, en or, en draps, en
animaux de selle, valait plus de vingt livres. [Les pères] lui donnèrent un
disciple et lui attribuèrent une ration192 : un vase de vin par mois en plus
de sa mesure de vin, un fromage, trois litres d'huile et un pain par jour193.
995 Telle était sa ration.
(§ 56) II vint aussi Gvirpeli, grand trésorier de Dzhodzhik'194. Il fut baptisé
puisqu'il était arménien et reçut le nom d'Arsène195. Il avait pour serviteur
le fils de sa sœur. Après de nombreuses années, il obtint d'aller voir les

189. tfoâ'o : «pot».


190. darlgunva : littéralement «se fouler aux pieds».
191. Hilarion appartient à la première communauté ibère qui s'établit dans la laure
de saint Jean l'Évangéliste (n. 26). Mais on ne sait rien d'autre sur lui que ce qui en est
dit ici.
192. gak'uetili : «ration».
193. On ne connaît ni la capacité du vase, k'ok'aj, ni celle du gobelet, k'rasvuli. La
quantité d'huile allouée s'explique par les besoins en luminaire du copiste qu'est
Hilarion (§ 53 et η . 26).
194. Dzhodzhik', auquel le manuscrit Athos 85, 92v, donne le titre d'éristav des
éristavs, appartenait à l'entourage du curopalate David : n. 33 et Iviron, I, p. 19 et 34,
n. 33.
195. Cette remarque sur la nécessité de rebaptiser les Arméniens est à rapprocher du
jugement que Georges porte sur eux : n. 83. Il s'agit peut-être du moine Arsène, dont la
présence est attestée, comme celle d'Hilarion, à la laure de saint Jean l'Évangéliste
(n. 26).
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 119

enfants de son seigneur196, et il rapporta en revenant plus de quinze livres


1000 qu'il donna au monastère. [Les pères] lui fixèrent la même ration qu'au
canonarque.
(§ 57) II vint aussi Athanase P'eritureli avec son fils et il fut d'une grande
aide pour l'église197. Il possédait à Karyès un monastère qu'il donna à nos
pères avec beaucoup d'argent. Ils vendirent le monastère 340 pièces d'or.
1005 II eut lui aussi la même ration que le canonarque.
81 | A cette époque, les hommes de ce genre qui venaient offraient la moitié
de leur argent à l'église et lui remettaient l'autre moitié en dépôt198.
(§ 58) A côté de ses pratiques ascétiques, des soucis matériels et de la
traduction des textes, notre saint père avait encore de grandes charges, car
1010 le Prôtos et les autres higoumènes ne faisaient rien sans lui en référer, et
peu de jours se passaient sans que dix ou quinze higoumènes ne vinssent
le trouver. Il devait aussi veiller sur la grande Laure, ce qui était une tâche
lourde et multiple ; le grand Athanase lui en avait en effet remis le soin, la
surveillance et l'administration199. (§ 59) Mais au milieu de ses travaux et
1015 exercices, lorsqu'il y avait quelque tâche matérielle à accomplir, il allait
sans tarder y prendre sa part, qu'il s'agisse du départ d'un bateau, de
l'arrivée d'un bateau chargé de froment, qu'il s'agisse d'échalasser, de tailler,
de vendanger les vignes ; c'étaient encore de tout jeunes plants qui devaient
tous être munis d'échalas, et la plupart des journées étaient consacrées aux
1020 travaux de la vigne ; le père y prenait pleinement sa part avec les autres
sauf raison imperative.
Il y avait aussi le fait que tous les domaines étaient exposés à la menace
des Bulgares et étaient par conséquent presque dépeuplés200. En raison de
cette menace, on utilisait la houe201 pour la plupart des cultures sur la
1025 Montagne, osier, seigle, lin, herbes de fauche. Les frères s'y employaient
avec ardeur et comme tous le faisaient, ils ne protestaient pas, mais ils
travaillaient joyeux et sans murmures; le père venait fréquemment pendant
tous ces travaux et il leur apportait le réconfort de ses paroles et de ses
actes, de la nourriture et de la boisson.

196. Dzhodzhik' a pour enfants Theudatos et Phers. Phers sera décapité en 1022
pour avoir participé à la révolte de Nicéphore Xiphias et Nicéphore Phocas : Iviron, I,
p. 50 et n. 7. Les fils de Phers auraient participé en 1029 avec Georges Ier au complot
contre Romain Argyre (n. 240).
197. D'après Iviron, I, p. 40 et n. 2, il pourrait s'agir d'un Grec, originaire de
Périthéôrion en Thrace, qui se serait d'abord installé à Karyès dans un monastère qu'il
aurait fondé avant de venir à Iviron.
198. L'acte n° 17 d'Iviron de 1007 donne un bon exemple du comportement
d'Euthyme à l'égard d'un moine géorgien aisé qui a apporté une dot au monastère, a
consacré tout son héritage au monastère et obtenu de s'établir comme anachorète :
Iviron, I, p. 193-200.
199. N. 176. Les actes n°* 18 (de 1013) et 20 (de 1015) montrent qu'Euthyme sait
aussi tirer parti de la puissance du monastère et du souvenir des bienfaits de son père
pour obtenir des avantages importants de la Mésè : Ibidem, p. 201-206 et 208-215. Sur
son activité matérielle en faveur du monastère, Ibidem, p. 40-41.
200. Les incursions bulgares se sont développées après la mort de Jean Tzimiskès, en
particulier sous le tsar Samuel; voir l'acte n° 8 de Lavra daté de 989 : Laura, p. 115-
118. Des raids sont attestés en Chalcidique dans les années 995-996 : actes n°9 8 et 10
d'Iviron (995 et 996), Ibidem, p. 152-154 et p. 163-172.
201. toxi : «houe, bêche».
120 BERNADETTE MARTIN-HISARD

1030 (§ 60) Notre bienheureux père disait toujours à l'économe : «Ne prends
82 pas de travailleurs imberbes, car | ils sont nuisibles aux frères ; ils nuisent
aux uns en imagination, aux autres par leur vue. Le manque à gagner que
cela doit entraîner ne doit pas t'offusquer, car il vaut mieux pour nous
perdre quinze pièces d'or que causer du tort aux frères». Mais si des frères
1035 amenaient avec eux des parents imberbes, le père permettait qu'on leur
donne une instruction et un métier manuel, mais il ne les gardait pas à
l'intérieur du monastère et les envoyait à l'extérieur, dans les domaines où
il connaissait un excellent économe spirituel et éprouvé. Ils y étaient élevés
et on les admettait à l'intérieur du monastère quand leur barbe avait poussé.
1040 (§ 61) Tous les frères allaient à l'écurie comme muletiers202. Deux laïcs
s'occupaient du service et du nettoyage, mais les autres étaient des frères ;
non seulement ils ne s'en offusquaient pas, mais ils s'en réjouissaient
particulièrement, car leurs âmes étaient baignées des enseignements et
instructions de notre saint père qui disait toujours : «Ceux qui vivent dans
1045 une communauté gagnent leur salut de trois façons, par l'humilité, par
l'obéissance et par le renoncement à la volonté propre».
(§ 62) Quand il voyait un frère paresser et dormir à l'église pendant la
prière, il lui demandait: «Pourquoi dors-tu à l'église? N'as-tu pas
suffisamment dormi dans ta cellule?». Et s'il lui disait : «Je m'y adonne à
1050 la veille, c'est pourquoi je m'endors», il lui disait : «Bien-aimé, voilà bien
le filet tendu par l'Ennemi pour faire de toi une bonne prise, par le biais
de petites choses. Dieu demande à celui qui va à l'église de s'y tenir debout,
sur ses gardes, pieusement. Si tu ne peux pas rester éveillé même à l'église,
dors tout ton content dans ta cellule, mais ne dors pas ici, sinon je te punirai
1 055 sévèrement ».
(§ 63) II plaçait comme portier203 du monastère un homme très prudent
et spirituel avec cette recommandation : «Lorsque des moines en déplace-
83 ment arrivent par ici, | s'ils arrivent le soir, qu'ils prennent le repas du soir
et celui de midi, et renvoie-les en leur faisant observer de ne pas venir
1060 n'importe quand». Le cellérier avait l'ordre d'accueillir ceux qui étaient laïcs
et de les renvoyer; jamais on ne cessa d'affluer à la porte du cellérier pour
de multiples misères. Lorsque des étrangers arrivaient, le portier devait les
renvoyer le troisième jour après le repas. Personne ne se permettait le
moindre rassemblement aux portes ou la moindre réunion à l'intérieur du
1065 monastère ou de vaines conversations dans les cellules204.
(§ 64) Pour le cellier, la règle prévoyait de ne pas y préparer de nourriture,
sauf s'il y avait des étrangers ou des travailleurs ; pour eux on la préparait,
soit là, soit à la cuisine d'où on la faisait venir. Mais les cellériers venaient
toujours prendre le repas de midi au réfectoire, le premier à la première
1070 table, le second à la seconde ; de même pour les responsables de la boisson.
Mais si les cellériers avaient besoin de quelque chose le soir, ils se servaient
à l'intérieur [du cellier].
(§ 65) C'est surtout à l'épistatès, c'est-à-dire au responsable des travailleurs,
que s'adressaient les recommandations instantes du père Euthyme qui lui
1075 disait: «Rien ne doit manquer à l'épistatès, il ne doit pas être dans
l'embarras, faire perdre leur temps à trente ou quarante travailleurs et
gaspiller stupidement tout cet argent que nous sommes tenus de leur

202. Jean a lui-même été à ses débuts muletier sur l'Olympe : § 6.


203. mek'are : «portier».
204. Voir déjà au § 39.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 121

remettre». Les disciples des kelliotes205 allaient participer à tous les travaux
matériels, le cuisinier devait leur préparer à manger. En cas d'urgence les
1080 disciples du père allaient aussi prêter main forte aux frères, et souvent les
kelliotes eux-mêmes accompagnaient les frères pour leur faire plaisir, surtout
quand le père était là.
84 (§ 67) Le cellérier avait en charge la grange, le jardin potager et les
|

moulins. Si quelqu'un avait besoin de quelque chose qui en provenait, le


1085 cellérier y pourvoyait avec l'économe et l'higoumène. L'économe avait sous
sa responsabilité l'économat adjoint, la cordonnerie, l'écurie, la forge, les
charpentiers, les calfats, les bergers, les vignes, les marins. Le cellérier n'avait
aucun droit sur les vignes pour la vendange, ni inversement l'économe sur
les fruits qui dépendaient du cellérier, à l'intérieur du monastère comme à
1090 l'extérieur, dans les métoques, qu'il s'agisse des olives, des noix ou d'autres
fruits. Mais quand il fallait faire des envois, le cellérier en décidait avec
l'économe. Quand [les fruits] étaient mûrs, les cellériers venaient souvent
dans les métoques, ils inspectaient les vergers, rendaient visite à ceux qui
habitaient là et leur disaient : «Dans [le monastère] comme à l'extérieur,
1095 les frères et l'église ont grand besoin de ce dont tu t'occupes. Veille bien
dessus et ne l'ampute pas». Et ils n'osaient rien faire contre la règle; tout
arrivait au cellérier qui avait en abondance de quoi assurer l'approvisio
nnement du réfectoire et faire les envois là où il le fallait.
L'économe fournissait au cellérier les moines ou les laïcs dont il pouvait
1100 avoir besoin. Quand le père était à l'intérieur, c'est à lui que l'on faisait
part de ce dont on avait besoin et personne ne demandait rien à l'économe ;
si quelqu'un le faisait, il le renvoyait au père; mais quand le père n'était
pas à l'intérieur, l'économe y pourvoyait. Sept mesures de vin étaient
assignées à l'économe, et quand il s'asseyait au réfectoire le soir, on lui en
1105 donnait quatre. S'il n'y était pas, le père ordonnait : «Préparez-lui de la
85 nourriture |, et donnez-lui des fruits, de l'huile et ce qu'il demandera»; et il
envoyait au cellier le surplus.
(§ 68) D'après la règle, l'higoumène laissait au cellérier la tâche de donner
aux frères et aux responsables ce dont ils avaient besoin, soit leur ration,
1110 soit ce qu'ils demandaient en plus. C'est pourquoi personne n'allait trouver
l'économe pour cela, si le père n'était pas à l'intérieur; cependant si des
hôtes venaient, alors l'économe en avait la charge. Mais on demandait à
l'économe les autres objets de première nécessité, chaussures, sandales de
cuir, peaux, cordes, lin; cela, on le demandait à l'économe.
1115 Ainsi il y avait une règle pour tout et tous étaient préservés des troubles.
(§ 69) Les domaines du monastère, aussi bien Sisik'oni que Karaba et le
Théologien, recevaient du monastère tout ce dont ils avaient besoin et lui
livraient tout ce qui y était produit, sauf une partie laissée sur place pour
les besoins de ceux qui vivaient là206. (§ 70) Notre saint père avait assigné
1120 la règle suivante aux kelliotes : ils n'avaient pas le droit d'envoyer ailleurs
le pain qui leur restait, mais ils devaient le donner au cellier même.

205. mosenak'i : «kelliote».


206. Sur le domaine possédé à Sisikon, vaste région tournée vers le sud-ouest :
Iviron, I, p. 73-74. Sur Karaba : n. 69. Le domaine dit «du Théologien» est sur une
hauteur à l'ouest du monastère : Iviron, I, p. 72. La carte, Ibidem, p. 71, montre que
ces métoques sont suffisamment près du monastère pour que celui-ci puisse en couvrir
les besoins.
122 BERNADETTE MARTIN-HISARD

(§ 71) II y avait donc, à l'intérieur comme à l'extérieur, des pères spirituels


et théophores, le bienheureux Arsène de Ninoc'mida, le saint géronte Jean
Grdzelisdze, le géronte anachorète Jean revêtu de l'Esprit, et d'autres qui
1125 les imitaient, des hommes illuminés par la grâce d'en-haut et dont la vie était
comme celle des anges207. Quand ils furent vieux, ils ajoutèrent encore cette
vertu à toutes les autres : le père ne put jamais les convaincre de prendre
le pain et le vin des malades, ils se contentaient du pain des frères et
86 éventuellement de leur mesure de vin ; et bien qu'ils aient apporté au
1130 monastère des offrandes considérables, ils ne souffrirent pas de prendre quoi

|
que ce soit en plus du peu de choses qui étaient utiles et indispensables au
corps.
Tous nos aznaurs avaient grande confiance en leur sainteté et leur
envoyaient souvent une eulogie ; ils la prenaient dans leurs mains, la
1135 bénissaient et l'envoyaient au père, comme marquée d'un sceau. Souvent
le père les priait d'en envoyer certaines à des pauvres ou là où ils le
voudraient, mais les bienheureux lui disaient : «Saint père, nous sommes les
spirituels de l'église, et Dieu ne demande pas aux spirituels d'agir ainsi».
Ils ne donnaient pas aux pauvres le pain qu'ils recevaient du monastère,
1140 disant : «Le monastère nourrit les pauvres». Mais s'ils avaient des fruits,
des légumes ou de la boisson, ils en donnaient aux pauvres. S'il leur restait
du pain, ils n'en acceptaient pas la semaine suivante. Ils pratiquaient l'ascèse
les jours ordinaires, chacun de son côté, comme des incorporels ; mais les
jours de fête et le dimanche, ils accomplissaient ensemble la prière rituelle
1145 et prenaient ensemble un bon repas208.
Leur vie était vraiment, pour qui la voyait, comme celle des anges de
Dieu. Leur parole était mesurée et douce. C'est ainsi qu'ils menèrent leur
vie à son terme et qu'ils partirent devant Dieu, accomplis en toutes vertus.
Ils sont dans l'allégresse avec tous les saints et ils demandent à Dieu
1150 miséricorde pour nous. Notre père théophore Euthyme a porté sur eux ce
témoignage véridique : «On ne verra plus surgir à l'avenir d'êtres aussi
parfaits et élevés en vertus». Car il n'y a pas de vertu qu'ils n'aient eue,
pleine, haute, parfaite. Leurs corps, sanctifiés et usés par les travaux, furent
enterrés dans un même lieu de sépulture, devant le sanctuaire de
87 Saint-Syméon-l'Ancien, près des cellules qui sont à Karaba, là où ils
1156 vécurent dans l'ascèse209.
|

207. Sur Jean et Arsène : n. 68. Le second Jean est peut-être Jean de Khakhuli cité
au § 83.
208. p'iris-qsna : littéralement «libérer la bouche», d'où la traduction de Peeters,
Histoires, p. 56U : «animos mutuo sermone relaxabant». Abuladzé, Dictionnaire, p. 341,
traduit par «manger» et Tchoubinoff, Dictionnaire, p. 401, donne à l'expression p'iris-
gaqsna le sens encore plus précis de «manger gras pour la première fois après le
Carême». L'expression employée dans le texte souligne donc le caractère un peu
particulier, un peu festif, de ce repas. Voir encore § 77 et n. 225.
209. Jean et Arsène sont morts avant Euthyme (§ 76). L'emplacement de leur
sépulture fsamarxvo) fut bientôt oublié; en effet, d'après la Vie de Georges, p. 1331824,
lorsque celui-ci voulut transférer leurs reliques dans l'église de la Vierge, «il se mit à
chercher les reliques de ces saints pères, mais il ne savait pas à quel endroit elles étaient
et il en était bien triste ; mais, par la providence de Dieu, un grand miracle les lui fit
trouver, preuve de la sainteté de ces saintes reliques et de la nécessité de les honorer ;
car des lauriers avaient poussé sur leur sépulture, et les racines des arbres,
profondément enfouies, étaient enlacées autour des saintes reliques qui étaient comme
portées sur un lit, et une suave odeur en émanait».
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 123

Ordre et mesure210.
(§ 72) Mais l'Ennemi des saints, Bélial, que le salut des hommes met en
rage, était à la torture et se consumait de jalousie devant les règles spirituelles
1160 qu'avait établies notre père Euthyme, devant l'accroissement du nombre
des frères, devant la traduction des livres divins. Il trouva un misérable,
moine en apparence, et le poussa à tuer le saint ; il lui apparut en effet et
lui dit : «Si tu tues mon ennemi Euthyme, je te donnerai une grande
récompense». Il prépara donc une épée pour le tuer, mais Dieu réduisit son
1165 projet à néant. En effet, un jour où [Euthyme] était monté dans sa tour211,
le disciple ferma la porte et descendit dans sa propre cellule. Comme il
commençait à descendre l'escalier de la tour, il rencontra ce moine enragé
qui lui dit : «Je monte chez le père, laisse-moi entrer». Il lui dit : «II n'est
pas permis de monter ainsi n'importe quand chez le père». Il lui dit : «II
1170 n'est pas possible que je ne monte pas!». Et comme le bienheureux disciple
du père ne le laissait pas monter, l'enragé sortit soudain son épée satanique
et transperça impitoyablement le bienheureux frère. Puis il prit la fuite
pour s'échapper ; mais comme il s'enfuyait, un autre disciple du père survint
qu'il transperça également de son épée. Aux cris et au tumulte qui
1175 s'élevèrent, notre bienheureux père comprit. Il s'empressa de descendre,
conféra [aux frères] la perfection de l'habit et les fit communier aux saints
mystères ; et ils partirent devant Dieu, ainsi ornés de la couronne du martyre.
Et le fou confessa qu'il avait été poussé par l'Ennemi et il rendit amèrement
son âme infortunée, comme le méritait sa méchanceté212.
88 (§ 73) Une autre fois encore le diable excita un jardinier du monastère
|

1181 et le poussa lui aussi à tuer le saint. Au moment où il allait le faire, sa


main fut brusquement privée de mouvement et resta comme du bois jusqu'à
ce qu'il ait tout avoué ; et il fut guéri par les prières [du père] et il louait
Dieu213.
1185 (§ 74) Le père possédait, parmi d'autres, la grande vertu de ne rien faire
sans demander conseil, car il disait : «Avoir confiance en soi et suivre ses
propres idées, c'est la perdition de l'âme. Demander conseil c'est le chemin
de la vie, comme disaient nos saints pères»214. Et il observa cette règle
jusqu'à sa mort.
1190 Notre saint père Euthyme avait un air paisible, l'esprit innocent et humble,
l'âme lumineuse et pure, le corps vigoureux pour l'œuvre de Dieu et l'ascèse ;
il était de taille moyenne. Il n'affirmait ou ne disait rien de lui-même sans
avoir le témoignage des Écritures. Il se tenait vaillamment debout à l'église
et restait droit, sans bâton, sans s'appuyer sur le mur, les mains croisées,
1195 comme une colonne inébranlable, le visage et les yeux tournés vers le sol.
On ne peut énumérer les exercices ascétiques auxquels il se livra dans sa
cellule et que Dieu seul connaît, car il les pratiquait tous en secret. Il avait
pour vêtement un cilice et une lourde chaîne sur son cilice. Quelque vertu
que l'on cherchât, on la trouvait en lui, pleinement réalisée, belle, agréable.
1200 II garda une pureté et une virginité intactes et chastes, comme un ange de

210. Sur cette deuxième série de miracles : n. 141 et supra, p. 83.


211. Sur la tour : § 34 et n. 160.
212. Vie Syn., p. 3377-33812.
213. Vie Syn., p. 33813"17.
214. § 46.
124 BERNADETTE MARTIN-HISARD

Dieu, un habitant des cieux. Mais par-dessus toute autre vertu, il eut celle
de la traduction des livres pour la gloire et l'illustration de notre peuple215.
89 (§ 75) Notre saint père Euthyme exerça la fonction d'higoumène pendant
|

quatorze ans après la mort de son père. Puis il renonça à l'higouménat, à


1205 la prière des saints moines dont on a parlé plus haut, l'évêque Arsène et
Jean Grdzelisdze216. Les saints moines voyaient en effet que ses multiples
charges le détournaient de la traduction des livres sacrés. Il eut ainsi du
temps libre et resta dans sa cellule217. Il confia la charge de guider les frères
à Georges, son parent, comme le père Jean le lui avait dit218. Et il se
1210 consacra à la traduction des livres divins, il traduisit de très nombreux
ouvrages dont nous avons énuméré certains plus haut219.

IV. Dérèglement
La mort du père220.
(§ 76) Mais il avait aussi la responsabilité de la Grande Laure et tant que
1215 [les moines] lui obéirent, elle fut bien administrée. Mais, à la fin, ils
commencèrent à se montrer effrontés, à s'agiter, à changer constamment
d'higoumène221. Leur agitation se développa tant et si bien qu'ils montèrent
à la Ville Royale informer le roi Constantin de leurs troubles. Quand le roi
apprit que le grand Euthyme était leur administrateur, il le fit venir dans
1220 la [Ville] Royale pour apprendre de lui toute la vérité, car il avait en lui
grande confiance et il l'aimait pour sa sainteté222.
Au moment de partir auprès du roi, il réunit tous les frères, les réconforta,
leur prépara un bon repas et leur demanda leur bénédiction. Puis il alla

215. Cette description d'Euthyme est dans Vie Syn., p. 33818-3394.


216. Iviron, I, p. 39, date cette démission de 1019.
217. Euthyme habite alors soit dans sa tour, soit dans l'ermitage dit «de saint
Euthyme» qu'il a fondé au moment de sa démission : § 17 et n. 58.
218. § 20 et n. 72. Georges Ier fut higoumène de 1019 à 1029.
219. Il est difficile de préciser quelles traductions effectua Euthyme après sa
démission ; mais la deuxième partie de la liste établie par Georges permet de voir que,
depuis la fin de la vie de son père, il a surtout traduit des textes liturgiques et
canoniques : n. 85. Durant cette période arrivèrent au monastère des copistes célèbres,
comme Jean de Khakhuli, Chrysostome, Grégoire le Noir, Zacharie Mirdat'isdze et
Arsène, qui vont en quelque sorte remplacer Jean Grdzelisdze et Arsène de
Ninoc'mida : n. 140, 233 et 238.
220. Vie Syn., p. 3341β-3354, donne un très court récit de la mort d'Euthyme, sans
mentionner ni la célébration de la fête de saint Jean par les Ibères, ni l'émoi suscité par
l'accident d'Euthyme. Georges, qui était à cette époque à Constantinople {Iviron, I,
p. 50), a pu utiliser des souvenirs personnels, comme le marque l'emploi de la première
personne du pluriel aux § 78 et 81.
221. Lavra, p. 48-50 : l'histoire de Lavra est très mal connue dans cette période. A
Athanase (mort v. 1001) ont succédé Antoine, peut-être Théoktiste, Théodoret (attesté
pour la première fois en 1010), Eustrate (attesté en 1016). Ensuite la situation est
obscure jusqu'à l'higouménat d'Athanase II, qui fut peut-être chargé de rétablir l'ordre
après la crise dont il est ici question.
222. Constantin VIII (seul empereur 1025-1028) n'a manifestement pas oublié le rôle
joué par les Ibères dans l'écrasement de la révolte de Sklèros, alors qu'il avait 18 ans.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 125

voir le bienheureux prêtre Théophane, docile à la volonté de Dieu, pour


1225 lequel le père Euthyme avait une grande affection, car il avait grandi là
90 depuis sa jeunesse et il était orné de toutes les vertus ; c'était un prêtre

|
agréable au Seigneur, très instruit, un habile copiste de livres divins auquel
le père Euthyme a rendu ce témoignage : « II a copié des livres, à l'intérieur
et à l'extérieur du monastère, pour plus de 1500 pièces d'or»223. Et après
1230 la mort d'Arsène et de Jean, notre père lui demandait souvent des conseils
spirituels. Il alla donc trouver ce bienheureux moine, le salua en pleurant
et lui demanda sa bénédiction. Et celui-ci l'embrassa et lui dit avec des
larmes : «Malheureux que je suis! car je ne te verrai plus physiquement, ô
saint père ! ». Le père Euthyme témoigna lui-même de ces paroles qui devaient
1235 s'accomplir, et ce que chacun a dit de l'autre s'est vérifié.
(§ 77) Comme nous le disions, notre père théophore Euthyme monta à la
[Ville] Royale. A l'annonce de son arrivée, le roi l'accueillit avec de grands
honneurs et l'interrogea sur ce qui se passait à la Laure. Beaucoup de temps
s'écoula avant que toute l'affaire ne s'arrange. La fête de saint Jean le
1240 Théologien arriva et [Euthyme] la célébra magnifiquement à son habitude224.
Il prit soin de nombreux pauvres et régala de belle manière les moines qui
l'avaient accompagné, il les servit lui-même et les combla de beaucoup de
bonnes choses. Après quoi il prit lui-même un bon repas225 et se reposa de
son travail.
1245 En se levant, il se souvint d'une icône de saint Jean l'Évangéliste dont
il avait confié à un peintre le soin de s'occuper. Il dit à son disciple d'aller
lui expliquer comment il fallait la faire; puis il lui dit : «J'ai peur, fils, que
tu n'arrives pas à lui faire comprendre comment nous la voulons ; prépare-moi
91 une monture, j'irai moi-même». Mais le mulet, acheté depuis peu, était
|

1250 vicieux, et ils en ignoraient les fureurs et les entêtements capricieux. Au


bout d'un certain trajet, [le père] rencontra un pauvre qui lui demanda la
charité ; notre saint père s'arrêta pour lui donner une aumône ; et [le pauvre]
qui était vêtu de haillons se leva et se dirigea vers lui pour la recevoir.
Mais quand la bête vicieuse le vit, elle eut brusquement peur et se mit à
1255 fuir en ruant si bien çà et là qu'elle blessa grièvement notre saint et
bienheureux père et le jeta à terre ; alors une grande foule se rassembla
autour de lui car tous le connaissaient. Tout le monde pleurait et gémissait.
Et on le transporta au monastère où il était descendu226.
(§ 78) Quand le roi Constantin apprit cela, il fut très chagriné et envoya
1260 l'un de ses proches prendre de ses nouvelles. Ainsi [firent] aussi les habitants
de la ville, grands, mtavars, gens du palais, qui avaient grande confiance

223. Sur Théophane : n. 140. On a conservé dans diverses bibliothèques douze


manuscrits grecs copiés par Théophane entre 1004 et 1023; ils contiennent surtout des
textes dogmatiques et exégétiques qui figuraient dans la liste des textes qu'Euthyme
devait traduire : Métrévéli, Athos, p. 22, sur la base de Fonkiö, Activité.
224. La fête de saint Jean l'Évangéliste est célébrée le 8 mai. Les Ibères de l'Athos
ont une vénération particulière pour ce saint auquel est dédié leur premier
établissement monastique (§ 8). On voit plus loin qu'au moment de son accident,
Euthyme, traducteur de Y Apocalypse (n. 104) et des Ada seu Peregrinationes de saint
Jean (n. 114), se préoccupait de faire réaliser une icône du saint.
225. Même expression qu'au § 71 et n. 208.
226. Sur les différents monastères géorgiens de Constantinople : Ménabdé, Foyers,
II, p. 247-252; Janin, Églises, p. 256-257. Un des plus importants est Romana, fondé à
la fin du 9e siècle : Martin-Hisard, Hilarion, p. 108 et n. 52-53.
126 BERNADETTE MARTIN-HISARD

en lui et l'aimaient. Tous venaient, baignés de larmes, ils l'embrassaient et


repartaient. Et que dire des Ibères? Ils ne pouvaient s'éloigner de son corps
angélique et se lamentaient avec des larmes abondantes en se voyant devenir
1265 orphelins227.
C'est ainsi que notre trois fois bienheureux père théophore, Euthyme,
partit, au milieu des prières et des louanges à Dieu. Une grande douleur
nous saisit à être ainsi privés de notre doux père bien-aimé. Il partit devant
Dieu, dans la lumière qui ne s'obscurcit pas, avec tous les saints qui depuis
1270 des siècles se sont rendus agréables à Dieu. Il est notre intercesseur devant
la sainte Trinité pour le salut de nos âmes.
Ses restes vénérables furent transportés dans son propre monastère et
92 déposés dans un cercueil dans l'église de Saint- Jean-Baptiste228. Ceux qui
|
s'en approchent avec foi sont comblés des grâces de la guérison à cause de
1275 sa généreuse audace devant Dieu229.
(§ 79) Notre trois fois bienheureux père Euthyme mourut le 13 du mois
de mai, un lundi, indiction 11, l'an de la création du monde 6536, pour la
gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, à qui sont gloire et honneur,
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen230.

1280 Les changements.


(§ 80) Depuis que notre saint père Euthyme avait renoncé à diriger le
monastère, Georges, qui en était devenu l'abbé comme nous l'avons dit plus
haut231, modifia pratiquement toutes les règles dont nous avons parlé ; il
suivit sa volonté propre et ses idées et voulut instituer un certain nombre
1285 d'autres règles et lois232. Cela ne plaisait pas au grand Euthyme, mais comme
c'était un homme de paix et qu'il l'aimait beaucoup, il ne fit pas d'objection ;
son propre ministère l'absorba et il se consacra à la traduction des textes
sacrés233.
Georges était avisé dans les affaires matérielles ; il était en grand renom
1290 auprès des nobles et des mtavars de ce temps et toute la Montagne avait

227. La chute d'Euthyme eut lieu le 8 mai et il mourut 6 jours plus tard.
228. On peut s'étonner qu'Euthyme ait été déposé dans la plus petite et la moins
prestigieuse des églises du monastère. Mais on sait que Georges Ier a procédé, dès 1020,
à divers travaux d'agrandissement et de couverture de l'église de la Vierge (Iviron, I,
p. 62 et p. 66-67) ; l'église devait donc être en plein chantier quand Euthyme mourut
accidentellement. La déposition du corps à Saint-Jean-Baptiste devait avoir un
caractère provisoire puisque le texte parle simplement à ce sujet d'un «cercueil»
(samarxo lusk'uma, qui est une expression peu courante) et non d'un «tombeau». Le
corps d'Euthyme fut transféré dans la grande église par Georges II : § 90 et n. 279.
229. Cette phrase est empruntée à Vie Syn., p. 34036.
230. A la différence de la mort de Jean dont le texte ne donne pas la date exacte
(§ 22), celle d'Euthyme est datée précisément selon le comput byzantin : 13 mai 1028.
Vie Syn., p. 33523 et p. 33924, ne donne pas l'année.
231. marna : «père», ici «abbé». Il gouverne de 1019 à 1029.
232. Les modifications apportées par Georges concernent la réduction de la place
faite aux kelliotes, l'insistance sur l'importance de la stabilité monastique et
l'augmentation du nombre des Grecs.
233. C'est à cette époque qu'arrive au monastère une nouvelle vague de copistes : fin
de ce § et n. 219 et 238. La bibliothèque et le scriptorium absorbent donc totalement
Euthyme.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 127

pour lui beaucoup de respect et d'égards234. Il chérit encore beaucoup les


Grecs, augmenta leur nombre et s'appuya complètement sur eux235. Il
négligea les Ibères qu'il tenait pratiquement pour un peu fiable rebut et il
diminua leur nombre. Vous le savez tous en effet, nous sommes prompts à
1295 bouger et vite enclins à partir çà et là, c'est ce qui nous cause du tort à
nous-mêmes et à ce territoire236. Comme [Georges] était un homme sage et
pondéré sur qui les éloges extrêmes et les flatteries n'avaient aucune prise237,
93 quand il vit que l'étendue du monastère et la multitude des tâches à
accomplir exigeaient beaucoup de monde et que nous n'étions pas stables,
|

1300 il se tourna vers les Grecs et augmenta leur nombre. Toutefois il faut dire
la vérité : lorsqu'un Ibère arrivait, apte à remplir un service de quelque
utilité que ce soit à l'intérieur de la communauté, il le favorisait de toutes
les façons ; mais si cet Ibère ne voulait pas vivre au sein de la communauté,
mais dans un ermitage du monastère, quel qu'il soit, il ne lui fournissait
1305 pas de pain. En revanche il respectait et honorait grandement ceux qui
étaient comme Grégoire le Noir, Zacharie Mirdat'isdze, Arsène et les autres
de cette qualité ; il les accueillait avec amitié et les favorisait à son gré238.
(§ 81) Quelques années se passèrent à agir ainsi ; puis, à l'époque du roi
Romain, Georges connut une particulière faveur auprès du roi Romain dont
1310 il fut un familier honoré239. Puis — Dieu sait ce qui se passa ! — on l'accusa
de sédition et de trahison en faveur d'un certain Diogène dont on disait
que Georges voulait le voir régner240. C'est pourquoi Georges fut exilé à
Monovat'i, c'est là qu'il mourut en exil241.

234. La manière dont Georges Ier obtint, en 1020, du Prôtos et des higoumènes de
l'Athos le droit de posséder un second attelage de bœufs en rappelant les services
rendus par Jean et Euthyme est un bon exemple de ses relations avec le Prôtaton : acte
n° 24, Iviron, I, p. 228-233. Mais cette méthode, déjà utilisée par Euthyme en 1013 et
1015 (actes nos 20 et 21 ; nos 198 et 58), dut finir par indisposer.
235. Il s'agit des Grecs du monastère dont l'introduction est due à Tornik' : § 13.
236. Sur ces allées et venues des Ibères, voir aux § 55-56 les exemples d'Hilarion et
d'Arsène.
237. Éloges et flatteries doivent être le fait d'Ibères désireux de vivre tranquill
ement dans des ermitages, comme on le voit un peu plus bas, et qui pourraient être,
d'après l'intéressante suggestion de J. Lefort (Iviron, I, p. 44), des gens de haut rang.
238. Il s'agit de copistes qui, à la différence de Jean Grdzelisdze et Arsène de
Ninoc'mida, ont dû vivre à l'intérieur du monastère : n. 233. Ils figurent tous les trois
dans le Synodikon, nos 130 et 131. Le manuscrit A 92 copié par Zacharie et Arsène est
un témoin de leur activité. Sur le rôle de Grégoire qui devint higoumène en 1035 et
l'aide que lui fournit Arsène : § 84-85; Ménabdé, Foyers, II, p. 202-203.
239. Romain III Argyre (1028-1034).
240. Constantin Diogène, apparenté à l'empereur, était duc de Thessalonique et
devait à ce titre avoir des relations avec l'Athos (n. 148). Sur ce complot : Iviron, I,
p. 42 et p. 18. Des membres de la famille de Dzhodzhik auraient participé à ce
complot : n. 196 ; Iviron, I, p. 50 et n. 7.
241. Le monastère de Monovat'i n'est pas localisé avec précision : Iviron, I, p. 42 et
n. 9. La dépouille de Georges fut ramenée à Iviron et mise dans un tombeau de marbre
dans l'église de la Vierge, peut-être dès l'higouménat de Grégoire, en tout cas avant
1045 : n. 279; Iviron, I, p. 54. L'accusation qui pesait sur Georges Ier fut plus tard
considérée comme non fondée.
128 BERNADETTE MARTIN-HISARD

La tempête.
1315 Le monastère et nous tous qui y vivions alors, nous fûmes précipités dans
une grande tempête et dans les spoliations242 ; le monastère fut en effet
saccagé à trois reprises et tout ce que nos pères avaient acquis comme
vaisselle précieuse243, ainsi que les trésors et les tissus244, fut pillé. Les Grecs
profitèrent de l'occasion, ils entreprirent par tous les moyens d'extirper les
1320 Ibères du monastère et ils y consacrèrent beaucoup d'ardeur. Toute la
Montagne y concourut. Tous les grands de Grèce et les nobles du palais se
détournèrent. Difficultés, souffrances et soucis s'abattirent en masse sur nous
94 et, pour dire les choses brièvement, sans le secours du Seigneur et sans
l'intercession de la sainte Mère de Dieu, sans la grâce et la bénédiction de
|

1325 nos saints pères, il n'y aurait plus aujourd'hui un seul Ibère dans cette vaste
et illustre laure que nos saints pères avaient fondée et élevée pour nous, les
Ibères, à grands frais et avec tant de sueur.

V. L'engagement de la communauté
(§ 82) C'est pourquoi, afin que les maux que les Grecs nous infligèrent ne
1330 tombent pas dans l'oubli, afin que ceux qui nous succéderont ne connaissent
pas semblable détresse, nous, tous les frères, unanimes, nous nous sommes
rassemblés et nous avons mis par écrit, unanimes, le mémoire245 suivant,
en ces termes et de cette manière, à l'époque de l'abbé Syméon246. Voici ce
que nous avons dit :
1335 (§ 83) «Comme nos saints pères, Jean, Jean et Euthyme, étaient poussés
par la grâce et la miséricorde de Dieu, ils arrivèrent sur cette Sainte
Montagne dont ils firent le havre de repos de nombreuses âmes, l'agent du
développement de notre peuple247 et ils fondèrent avec de grandes peines
et à grands frais cette illustre laure comme patrimoine héréditaire des
1340 Ibères248. Puis, grâce à l'appui des pieux rois grecs et à leurs donations au

242. L'emploi dans ce passage de la première personne du pluriel peut laisser penser
que Georges se trouvait alors à l'Athos; peut-être avait-il accompagné la dépouille
d'Euthyme ; voir n. 220.
243. drist'i : «vaisselle précieuse», d'après Cherkesi, Dictionary, p. 77 : «gold or
silver plate». Abuladzé, Dictionnaire, p. 142, cite ce terme dans ce passage sans
proposer d'équivalent en géorgien moderne. Peeters, Histoires, p. 625, traduit, non
sans hésitations, par « supellectilis ».
244. k'umasi : tissu, d'après Abuladzé, Dictionnaire, p. 205. Tchoubinoff, Diction
naire,p. 254, précise qu'il s'agit d'un tissu de couleur rouge. Peeters, Histoires, p. 62e,
traduit : «rebus domesticis».
245. Sur l'interprétation de ce terme, supra, p. 80.
246. Syméon est «marna» du monastère de 1041 à 1042 ; son successeur, Etienne, est
mentionné dans l'acte n° 27 dès juin 1042; Iviron, I, p. 94.
247. Dans navt-saq' udelad, «havre de repos», le préfixe sa- souligne la signification
territoriale du terme; dans ganmamravlebelad, «facteur de développement», le préfixe
ma a un sens actif.
248. samk'vidrebelad kartvelta est traduit par Peeters, Histoires, p. 63e, «Hiberis
incolendam » ; mais samk'vidrebeli ne peut être rendu par «demeure» ou «résidence» (qui
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 129

moment de la révolte de Sklèros, ils l'ont étendue, ils l'ont enrichie et ils
ont acquis pour elle des domaines, des monastères, des chrysobulles, comme
cela est écrit plus haut249. Puis ils s'endormirent d'une bonne mort et
partirent vers la vie éternelle.
1345 Ils laissèrent comme héritier et administrateur le bienheureux Euthyme,
qui dota ce saint territoire de règles et qui illumina et illustra notre peuple
et notre langue par la traduction de textes sacrés. Pendant de nombreuses
années, il fut le bon pasteur du troupeau qui lui avait été confié ; et comme
notre pays était très loin et que cet illustre territoire était très grand, il
95 admit en toute innocence et simplicité des Grecs pour aider et servir. | C'est
1351 ainsi que le peuple des Grecs s'accrut dans cette laure250. Quelque temps
plus tard il renonça à la charge d'higoumène et établit comme abbé son
propre parent Georges et il vécut lui-même en hésy chaste. Le renom de ses
vertus et de sa sainteté se répandit dans le monde géorgien et non seulement
1355 dans le monde géorgien, mais aussi dans le monde grec251. C'est la raison
pour laquelle beaucoup de saintes et dignes personnes vinrent à lui et sa
vue les illuminait, ainsi, par exemple, Jean Grdzelisdze et Arsène, évêque
de Ninoc'mida252, le digne Jean de Khakhuli, Chrysostome et leurs
imitateurs253, et encore le bienheureux moine Grégoire, nouvel Abraham
1360 hospitalier, Zacharie Mirdat'isdze, Arsène et leurs imitateurs254; comme un
père très clément il les entourait de douceur et garantissait leur tranquillité.
Il partit vers le Seigneur au milieu d'une vie si agréable à Dieu, comme
nous l'avons dit plus haut255, et il confia les frères ibères à l'abbé Georges
et à l'abbé Grégoire256.

serait saq'opeli); mk'vidri signifie «héritier» et samk' vidrebeli désigne le territoire


patrimonial sur lequel on habite et qui se transmet héréditairement. Le Mémoire insiste
donc sur cette définition initiale du monastère : supra, p. 81.
249. Cette incise renforce les liens entre le Mémoire et son avant-propos, supra,
p. 82.
250. L'introduction des Grecs dans le monastère est due à Tornik'. Mais leur place
comme subordonnés des Ibères apparaît ici comme faisant partie des règles intangibles
établies par Euthyme.
251. sakartvelo : «monde géorgien». De même que saberdzneti désigne le territoire où
l'on parle et prie en grec, sakartvelo désigne le territoire où l'on parle et prie en
géorgien; le mot n'a pas encore acquis au 11e siècle la connotation politique qui
permettrait de le traduire par «Géorgie».
252. N. 68.
253. Sur Jean de Khakhuli et Chrysostome dont l'activité se situe dans le premier
quart du 11e siècle : Ménabdé, Foyers, II, p. 201-202. Chrysostome était considéré
comme le fils spirituel de Jean Grdzelisdze, d'après les colophons de Athos 4 et 13 qu'il
souscrit en 1108, et A 1103 souscrit en 1011 ou 1019. Le nom de Jean de Khakhuli est
lié à un manuscrit de la Bibliothèque de Vienne, autrefois à Sainte-Croix de Jérusalem
(Péradzé, Österreich, p. 225) et au manuscrit Jer. 151 (contenant les Enseignements de
Cyrille d'Alexandrie).
254. Voir n. 238.
255. Voir n. 249 et 257.
256. Georges, pré-désigné par Jean pour succéder à Euthyme (§ 20), est ici associé
par Euthyme à Grégoire. On peut donc se demander si Euthyme n'indique pas ici son
désir que Grégoire succède à Georges ; et ce d'autant plus que le terme qui les qualifie
tous les deux est marna qui, dans le saqsenebeli, désigne un higoumène. Sur l'importance
de ce passage : supra, p. 73.
130 BERNADETTE MARTIN-HISARD

1365 Au bout d'un temps qui ne fut pas long, l'abbé Georges s'en vint à
manquer de mémoire ; il ne se préoccupa plus du développement des Ibères
et se tourna complètement vers les Grecs qu'il multiplia. Quelque temps
plus tard, il mourut en exil, comme nous l'avons évoqué plus haut257. Le
moine Grégoire fut dès lors le havre du peuple des Ibères et leur consolation.
1370 (§ 84) Mais comme nous n'étions plus qu'un petit nombre quand l'abbé
Georges mourut en exil, les Grecs en profitèrent ; ils s'embrasèrent comme
un feu contre nous, ils voulurent nous extirper complètement de notre
patrimoine héréditaire et s'en emparer258. Ce fut d'autant plus écrasant que
96 celui qui s'empara alors de l'higouménat, Georges le méchant, lès aida, | en
1375 rien plus agréable que le premier Georges qui s'était dressé contre le grand
Athanase, même s'il s'en repentit à la fin259. Nous fûmes pour cette raison
dans une grande détresse, en butte à leur mépris et à leur haine. Il n'est
même pas possible de dire en détail combien d'outrages, combien d'humilia
tions et d'accusations nous subissions chaque jour de leur part. Frappés,
1380 fouettés, traités d'hérétiques260, ainsi étreints, nous vivions une profonde
angoisse. Ils voulaient même faire disparaître jusqu'aux noms des fondat
eurs261.
A voir tout cela, le bienheureux père Grégoire souffrait dans son cœur et
se consumait de pitié pour nous ; il ne cessait de supplier Dieu en pleurant
1385 d'améliorer notre sort. (§ 85) Dans l'angoisse où il se trouvait, Dieu lui
envoya un homme capable au spirituel et au matériel, plein de prudence,
le bienheureux Arsène262; sans se ménager, il mit toute son ardeur à renforcer
notre position avec l'aide de tant d'autres frères amis du Christ qu'il faut
à jamais garder en mémoire et bénir263. On ne peut même pas détailler
1390 toutes les peines qu'ils supportèrent, nos voyages par mer et par terre en
Apxazeti et au Kartli pour obtenir des suppliques à présenter aux rois
grecs264. Que de fois avons-nous emporté une lettre des autocrates265! et
nous rentrions, et l'on nous chassait avec de nouvelles insultes et
humiliations, sans rien pour la route et sans chaussures, dans le fracas des
1395 tempêtes et l'hiver. Et ainsi nous montions de nouveau à la [Ville] Royale,
soit avec une demande, soit avec une recommandation de pieuses per-

257. Georges était arrivé sur l'Athos suffisamment tôt (en tout cas du vivant de
Jean) pour connaître les règles établies par Euthyme. Sa seule faute est donc d'avoir
«manqué de mémoire». Le texte ne rappelle pas l'histoire du complot qui n'a aucune
importance dans l'optique générale du saqsenebeli. Sur l'incise : n. 249.
258. Sur le rôle de Grégoire comme higoumène choisi par les Ibères et sur le
comportement des Grecs : supra, p. 73-74.
259. On sait peu de choses sur ce Georges II, sinon qu'il était ibère (Iviron, I, p. 45,
n. 5). Sur ce passage : supra, p. 73.
260. Sur cette accusation d'hérésie : n. 83.
261. Supra, p. 74.
262. Sur Arsène : n. 238. Sur le monastère à l'époque de Grégoire et d'Arsène :
Ménabdé, Foyers, II, p. 208 et n. 189, p. 392.
263. Parmi ces frères figurent peut-être le futur higoumène Etienne et Jean le
Chartulaire qui sont inscrits dans le Synodikon n°9 24 et 113.
264. Sur la situation dans le monde géorgien : supra, p. 78. Bagrat' IV est inscrit
dans le Synodikon au n° 90.
265. tvitmp'q'obeli, « autocrate » ; ce terme ne désigne pas les empereurs byzantins
(appelés mepeni, «rois») mais les rois géorgiens, ainsi appelés officiellement : Martin-
Hisard, Biens, p. 117.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 131

sonnes286 ; de nouveau nous implorions les rois en pleurant et nous leur


demandions justice ; et Dieu nous y suscita encore des protecteurs qui nous
soutinrent, ainsi par exemple les frères amis du Christ, Corcaneli et Parsman,
97 qui étendirent sur nous une main pleine de bonté267. Que Dieu le leur rende
1401 au centuple !

|
Dans la détresse où nous étions, jour après jour, de grands malheurs
s'abattaient sur les frères, à commencer par le bienheureux Arsène qui fut
même frappé et souffrit de multiples tribulations, emprisonnements, insultes,
1405 railleries, et il en était de même pour tous les frères. Mais le saint géronte
Grégoire nous réconfortait et nous ranimait pour que nous ne perdions pas
courage.
(§ 86) Quand le Dieu tout-puissant vit tout cela, dans sa clémence II
adoucit le cœur du pieux roi Michel qui se conduisit avec bienveillance
1410 envers nous268. Au terme de grandes procédures et enquêtes, il salua dans
sa grâce en le félicitant notre saint abbé Grégoire et, par la volonté de Dieu,
il nous investit de nouveau de la propriété héréditaire de ce qui est notre
territoire et demeure, grâce à la direction et au travail de Grégoire, d'Arsène
et de tous nos frères qui avaient lutté jusqu'à verser leur sang269. Nous nous
1415 rassemblâmes et nous rendions grâces à Dieu et nous connûmes la tranquillité
après ces multiples épreuves.
Un certain temps s'écoula et le roi Michel descendit à Thessalonique270 ;
de nouveau les Grecs s'enflammèrent contre nous ; toute la Montagne et
tous les grands se détournèrent ; ils cherchèrent à priver d'effet et de

266. c'q'aloba, littéralement : «grâce», «faveur», a plutôt ici son sens diplomatique
de c'q'alobaj sigeli, «diplôme» : supra, p. 71 ; il doit s'agir ici d'une lettre de
recommandation officielle en forme.
267. Parsman et son frère Corcaneli (sous le nom plus précis de Georges Corcaneli)
sont mentionnés à la fois dans le Synodikon nos 37, 50 et 110 et dans la Vie de Georges,
p. 136 et 197. Les deux frères avaient pour père Sula. Parsman devint le disciple de
Georges l'Hagiorite et prit le nom d'Arsène; il fut higoumène de 1056 à 1059. Ils
avaient une sœur, elle-même moniale, qui, étant arrivée à Iviron juste après la mort de
Georges l'Hagiorite, fit déposer un libelle dans la ceinture du défunt et laissa «une
eulogie pour le réconfort des frères» (p. 19721). Malgré des ressemblances, il est difficile
de l'identifier à la «sœur de Cordmaneli» mentionnée comme bienfaitrice du monastère
dans les notices géorgiennes qui sont au verso de l'acte n° 26 de février 1042 (Iviron, I,
p. 240-241). Bien des éléments rapprochent Parsman et surtout Georges Corcaneli de
l'histoire du monastère de Zarzma, elle-même peu claire au demeurant (Ménabdé,
Foyers, I, p. 489-499) : Georges Corcaneli est le nom du bienfaiteur de ce monastère,
qu'il aida à fonder (dans le courant du 10e siècle ?) et où il fut enterré ; une fresque le
représente comme éristav des éristavs du roi Bagrat' (Peeters, Histoires, p. 163). Sa
sœur Lataur (qui prit le nom de Thècle) eut trois fils, dont un Sula, qui pourrait être le
père des deux frères ici mentionnés. Enfin une chapelle de ce même monastère de
Zarzma fut construite par un Jean fils de Sula qui avait participé à l'écrasement de la
révolte de Sklèros : n. 33.
268. Michel IV le Paphlagonien, 1034-1041.
269. Le jugement de Michel IV est postérieur à avril 1035 puisque Georges II
souscrit l'acte n° 29 de Lavra à cette date (Laura, I, p. 18620). Sur ce passage : supra,
p. 71.
270. Iviron, I, p. 46, n. 7, explique les séjours de Michel IV à Thessalonique par la
révolte du bulgare Pierre Delian. Mais le texte, un peu plus bas, place plutôt la
deuxième tentative des Grecs sous «un autre Michel», c'est-à-dire Michel V (1041-1042).
132 BERNADETTE MARTIN-HISARD

1420 fondement le premier jugement et les bontés que Dieu avait eues pour nous.
Mais Dieu fit apparaître le caractère mensonger de leur prétention et le
caractère non fondé de leur action271. Et Dieu étendit encore sur nous sa
main pleine de miséricorde et la sainte Mère de Dieu ne nous chassa pas
de son temple. Car ce qu'ils cherchaient par toutes sortes de moyens c'était
1425 à nous enlever la grande église à défaut du monastère qu'ils n'avaient pu
nous arracher. Ils s'appuyaient sur un soi-disant jugement d'après lequel
l'église leur appartiendrait depuis sa construction272. Comme vous le voyez,
98 sa beauté et son élégance sont infiniment au-delà de toute louange et, bien
qu'il y ait de nombreux monastères sur cette Montagne, on n'en trouve

|
1430 aucune qui puisse lui être comparée, non seulement sur la Montagne, mais
dans de nombreux autres endroits. (§ 87) Ainsi leur tentative n'aboutit pas ;
car la sainte Mère de Dieu nous fit don, à nous pauvres, du glorieux temple
de sa gloire. Sans cesse elle combat pour nous et elle nous protège, nous qui
sommes ses indignes laudateurs étrangers et son troupeau273.
1435 Mais, comme nous le disions, lorsqu'ils se livrèrent contre nous à ce rude
combat, un second roi Michel ami du Christ était sur le trône274; il rendit
un jugement après une importante enquête et c'est à nous qu'il attribua
l'église et le monastère avec toutes ses acquisitions et richesses et il déploya
sur nous ses grâces et sa bonté en abondance. Que le Christ récompense son
1440 âme au centuple275 ! L'abbé Grégoire était mort avant ce deuxième jugement ;

271. Le vocabulaire est précis. Les Grecs voulaient rendre le premier jugement cudi
(«vain», «sans effet») et amao («vain», mais aussi «non fondé»); ils ont donc déclenché
une nouvelle action en justice (aghvirvaj qui a ici son sens technique, et non le sens
général de agitatio, retenu par Peeters, Histoires, p. 6615) en produisant un nouveau
document qui s'avère être un faux (ganacrua, dérivé de crua, mensonge).
272. Au moment de la construction du monastère, Tornik' a fait venir des
charpentiers et maçons grecs auxquels est peut-être due l'église de la Vierge (dont le
plan est purement constantinopolitain, d'après Mylonas, dans Iviron, I, p. 67). Sur
cette revendication : supra, p. 74.
273. Le culte de la Vierge est très développé chez les Ibères et, en particulier, à
Iviron. Sur le rôle attribué à la Vierge dans l'éducation d'Euthyme : § 23 et n. 81.
Plusieurs textes traduits par Euthyme (et non cités par Georges) sont consacrés à la
Vierge, ainsi l'homélie d'André de Crète îai dormilionem S. Mariae : CPG 8182 et 2990
(voir Van Esbroeck, Assomption) et surtout une Vie de la Vierge, traduite entre 980 et
990 attribuée à Maxime le Confesseur par Van Esbroeck, Maxime. Après la mort de
Georges l'Hagiorite, les Ibères firent faire une icône de la Vierge avec Euthyme à sa
droite et Georges à sa gauche et ils la placèrent sur leur sépulcre : «Le portrait de notre
saint père Euthyme ne le représentait pas dans sa vieillesse mais tel qu'il était lorsqu'il
traduisit les textes et avait la cinquantaine. Et c'est bien ainsi que cela devait être. La
Sainte Mère de Dieu qui glorifie ceux qui la glorifient fit don, pour illustrer notre
peuple, à l'un de la santé et d'une langue habile à parler le géorgien et à l'autre de la
sagesse et de la prudence. Tous deux en effet, à la mesure de leur force, couvrirent de
gloire (celle qui est) la très célèbre source de nos bienfaits ... Ainsi glorifièrent-ils comme
ils le pouvaient celle qui les glorifia et maintenant ils se tiennent devant elle au ciel
tandis que sur terre, debout devant elle sur cette sainte icône, ils la prient pour nous
afin que nous soyons bénis par la sainte Mère de Dieu grâce à leur intercession» (Vie de
Georges, p. 2024"18).
274. Michel V le Calfat, décembre 1041 -avril 1042.
275. Le jugement de Michel V n'est connu par aucun document. Ni lui, ni Michel IV
ne figurent au Synodikon.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 133

Arsène mourut peu après276. Voilà parmi tant de choses le peu que nous
rappelons.
(§ 88) Et puisque tout cela, et bien davantage, nous est arrivé, que
beaucoup de nos frères aussi ont fait défection et se sont tournés vers nos
1445 adversaires, tout cela nous a effrayés et nous avons écrit ce saqsenebeli et
nous le laissons en dépôt à notre peuple qui nous succédera afin que cette
tempête si diverse ne devienne pas objet d'oubli et d'indifférence.
Dans une absolue unanimité, nous disons ceci comme d'une seule voix,
à tous les Ibères, partout, que ce soit ceux d'Orient, de la Montagne Noire,
1450 de Jérusalem, partout où sont nos frères :
S'il advient que quelqu'un de notre peuple, higoumène, économe ou tout
autre, par quelque moyen ou artifice que ce soit, par goût de l'argent, par
amour des Grecs, d'une personne, ou par toute autre ruse, trahisse ce saint
territoire, qu'il en aliène traîtreusement une terre sur la Montagne ou à
99 l'extérieur, ou qu'il devienne traître aux Ibères, et les en fasse disparaître
1456 et exproprie le territoire des Ibères par quelque manœuvre personnelle et

|
les en expulse et anéantisse notre souvenir, que, par la croix et la grâce de
tous les saints, il soit lié, maudit, anathematise, exclu des cérémonies des
chrétiens, compté au nombre de ceux qui ont trahi le Christ et arraché à
1460 la part des chrétiens ; et ceux de nos frères qui seraient complices de ce
traître et lui apporteraient leur témoignage, qu'ils soient eux aussi maudits
et anathematises277.
Mais ceux qui œuvreront pour l'augmentation du nombre des Ibères et
ratifieront [la possession] de ce saint territoire à notre peuple, que leur
1465 mémoire et leur bénédiction soient éternelles ! Que la mémoire et la
bénédiction des frères qui ont participé au combat pour le bon droit et
l'affermissement de cette illustre laure ou qui combattront pour elle soient
éternelles !
(§ 89) Par la grâce et la prière de nos saints pères fondateurs, et de tous
1470 les très dignes et vénérables pères plus haut évoqués, de ceux qui se sont
manifestés sur ce saint territoire ou s'y manifesteront, que le Seigneur nous
bénisse et nous fasse prospérer, qu'il nous délivre des tourments éternels et
nous fasse hériter du royaume des cieux par l'intercession de la sainte Mère
de Dieu, de notre saint et bienheureux père Euthyme, de tous les saints
1475 qui en tout temps ont été agréables à Dieu. A Lui la gloire, la puissance
et le règne, maintenant, toujours et dans les siècles des siècles, amen!».

Souscription278.
(§ 90) Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par l'intercession de
la sainte Mère de Dieu, moi, le père Georges, durant mon higouménat, j'ai

276. La première mention du successeur de Grégoire, Syméon, est de février 1042


(n. 246); comme on ne peut dater le jugement rendu par Michel V, on peut donc dire
seulement que Grégoire est mort avant février 1042 (Iviron, I, p. 46, date la mort de
Grégoire d'avant décembre 1041).
277. mzakOivari : «traître», et non pas perfidia (Peeters, Histoires, p. 6723). Il s'agit
d'éviter qu'un acte comportant une spoliation des Ibères ne reçoive la souscription («le
témoignage») d'Ibères.
278. Sur cette souscription : supra, p. 81.
134 BERNADETTE MARTIN-HISARD

100 transporté les reliques de saint Euthyme de l'église du Baptiste à la grande


1481 église de la Mère de Dieu279. Moi et tous les frères, nous avons fixé à un

|
met'raj280 par an l'huile pour le sanctuaire à l'endroit où sont déposés les
saints pères et où le service est célébré le 13 du mois de mai, jour de la
fête de ce saint281; elle est donnée au responsable des lampes à perpétuité.
1485 Que personne n'ose en diminuer la quantité. Celui qui en aurait l'audace
en rendra compte à Dieu, au saint père Euthyme et aux saints pères, ses
semblables. Celui qui par zèle augmenterait cette fourniture, que sa mémoire
et sa bénédiction soient éternelles par l'intercession de notre saint père
Euthyme et de tous les saints qui depuis toujours ont été agréables à notre
1490 Seigneur Jésus-Christ. A Lui gloire éternelle, éternellement, amen !
Ο saint père théophore, Euthyme, aie pitié de nous, tes serviteurs, pèlerins
et pauvres en cette terre étrangère ; implore pour nous le pardon de nos
innombrables fautes au jour du Jugement et délivre-nous en cette vie des
filets de l'Ennemi et des ruses des hommes !
1495 Père doux de cœur et d'esprit, que la mémoire du père Georges soit
éternelle, amen !

279. Sur l'higouménat de Georges III l'Hagiorite : Iviron, I, p. 50-58. La translation


des reliques d'Euthyme est racontée dans la Vie de Georges, p. 132-133. Elles ont été
transférées de l'église Saint-Jean-Baptiste (n. 208) dans le narthex de l'église de la
Vierge où se trouvaient déjà celles de Georges Ier et on y a regroupé aussi celles de Jean
l'Ibère, de Jean Grdzelisdze et Arsène de Ninoc'mida (n. 209). Au moment du transfert,
Georges garda pour lui la main droite d'Euthyme et la plaça, avec d'autres reliques de
saints, dans un reliquaire portatif qu'il emportait partout avec lui pour faire vénérer
partout la relique d'Euthyme.
280. Abuladzé, Dictionnaire, p. 234, définit le mel'raj, dans ce passage, comme
équivalant à 15 lit'ra. Dzhaparidzé, Métrologie, p. 49-51, donne à la livre un poids
équivalant à 406,25 g aux 9e- 11e siècles.
281. samsaxurebeli : sanctuaire. Ce terme désigne l'endroit où se fait une célébration
liturgique (église ou autel), ici, la partie du narthex où sont déposées les reliques. Dans
la Vie de Georges, p. 133-134, l'endroit, appelé samart'vile, c'est-à-dire martyrium, est
ainsi décrit : «[Georges] le dota de toute une installation, icônes, croix, lustres,
chandeliers, claustrus et autres éléments, comme il convenait à des saints, et il décida
que trois lampes y brûleraient en permanence et que cette règle devrait être respectée
immuablement ».
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 135

Index des noms propres de la traduction

Les chiffres correspondent aux lignes de la traduction

Abraham 60, 1359. Cyrille de Jérusalem (saint) 327.


Abuharb (beau-père de Jean l'Hagiorite) Cyrinos (saint) 579.
121.
Abukurra 73. David curopalate 95, 98, 116, 161, 412,
Abydos 374, 377. 539.
Akepsimas (saint) 566. Démétrius (saint) 561.
Alphée (saint) 579. Diogène 1310.
André (saint) 593. Dorothée (de996.
Dzhodzhik' Gaza) 560.
André de Césarée 575.
Anthime (saint) 599.
Antoine (saint) 611. Élie
Apkhazeti 1390. — église
fête duduprophète
prophète699.
698, 700.
Archanges
— saints 604. Éphrem (saint) 326, 583.
— église 493. Épiphane (saint) 728.
Arsène, évêque de Ninoc'mida 10, 410, Espagne 370, 375.
415, 1123, 1205, 1230, 1357. Etienne le Jeune (saint) 562.
Arsène (nom monastique de Gvirp'eli) Eustathe (saint) 601.
997. Eustrate (saint) 337.
Arsène (moine d'Iviron) 1306, 1360, 1387, Eustratiens (saints) 601.
1403, 1413, 1441. Euthyme
Athanase d'Alexandrie 578, 1376. — l'Hagiorite 1, 10, 64, 81, 85, 118,
Athanase (fondateur de Lavra) 132, 143, 123, 344, 361, 400, 442, 452, 461, 488,
146, 154, 166, 169, 175, 188, 229, 485, 491, 500, 518, 521, 617, 666, 670, 673,
1013. 677, 684, 699, 705, 715, 719, 721, 724,
Athanase P'eritureli (moine d'Iviron) 730, 736, 788, 793, 840, 887, 1150, 1160,
1002. 1163, 1190, 1203, 1219, 1225, 1228,
Athos 715 1234, 1236, 1266, 1276, 1281, 1285,
— voir Montagne, Sainte Montagne. 1335, 1345, 1474, 1480, 1486, 1489,
Bagrat' (saint) 568. —1491.
ermitage Saint-Euthyme 363.
Balahvar 73.
Basile II (empereur) 189, 193, 318, 729. Fébronia (sainte) 598.
Basile (saint) 553, 565, 570, 608.
Bélial 1158. Gabriel (prêtre) 296, 653, 656, 662.
Bénévent 630. Gélase (moine de la laure des Quatre-
Benoît (saint) 652. Églises) 105.
Biaise (saint) 599. Georges Ier (higoumène d'Iviron) 446, 447,
461, 1209, 1282, 1289, 1309, 1312, 1353,
Cassien 602. 1363, 1365, 1371.
Chrysostome Georges II (higoumène d'Iviron) 1374.
— saint Jean 326, 541. Georges l'Hagiorite ou Georges III (h
— moine d'Iviron 1358. igoumène d'Iviron) 2, 1479, 1495.
Chypre 728. Georges, évêque d'Alexandrie 1375.
Clément d'Ancyre (saint) 564. Géorgie (sakartvelo) 1354, 1355.
Clément (pape de Rome) 563. Grec 116, 129, 252, 1292, 1300, 1318,
Climaque 555. 1329, 1350, 1351, 1367, 1371, 1418,
Constantin VIII (empereur) 189, 193, 1453.
1218, 1259. Grèce (saberdzneti) 111, 212, 216, 222,
Constantinople, voir Ville Royale. 1321, 1355.
Corcaneli 1399. Grégoire le Noir (moine, puis 4e higoumè-
136 BERNADETTE MARTIN-HISARD

ne d'Iviron) 1306, 1359, 1364, 1369, Mésè 310, 345, 351, 352, 363.
1383, 1406, 1411, 1413, 1440. Michel IV (empereur) 1409.
Grégoire de Nysse (saint) 570. Michel V (empereur) 1417, 1436.
Grégoire le Théologien (saint) 567, 606.
Gvirp'eli (moine d'Iviron) 996. Moïse
— le prophète
moine de572.la laure des Quatre-
Hermogénès (saint) 569. Églises 105.
Hiérissos 355, 707. Monovat'i (monastère) 1313.
Hilarion (moine d'Iviron) 986. Montagne 311, 355, 364, 429, 697, 1025,
—1290,
voir1321,
Athos,
1418,
Sainte
1429,Montagne.
1430, 1454.
Ibère 66, 130, 150, 233, 236, 250, 529,
1263, 1293, 1301, 1303, 1320, 1325, Montagne Noire 1449.
1327, 1340, 1366, 1369, 1449, 1455,
1456, 1463. Néos (île) 317.
Isaac le Syrien (saint) 558. Nicéphore II (empereur) 334.
Isaïe 57. Nicolas (saint) 605.
Jean le solitaire (moine d'Iviron) 1124. Olympe (mont) 112, 127, 139, 549.
Jean-Baptiste (église) 240, 336, 1273, Onuphre (saint) 580.
1480.
Jean Damascene 576. Parsman (bienfaiteur d'Iviron) 1399.
Jean l'Évangéliste ou le Théologien Perse 222.
— saint 552, 574, 586, 1239. Philadelphe (saint) 579.
— église 154. Pont 422.
Jean Grdzelisdze (moine d'Iviron) 11, Procope (saint) 591.
408, 415, 1123, 1206, 1230, 1245, 1357.
Jean l'Hagiorite 1, 10, 59, 81, 85, 93, 118, Quatre-Églises (laure) 105, 409, 413.
119, 121, 122, 123, 124, 138, 142, 165,
170, 175, 188, 235, 263, 268, 273, 276, Résurrection (église) 986.
281, 286, 290, 292, 300, 318, 369, 376, Romain 636, 650.
377, 378, 386, 439, 500, 505, 508, 526, Romain Argyre (empereur) 1309.
532, 615, 616, 628, 686, 699, 702, 714, Rome 628, 629.
1209, 1335.
Jean le Jeûneur 595.
Jean de Khakhuli (moine d'Iviron) 1358. Sainte Montagne 132, 140, 143, 149, 229,
Jean (le Syncelle) 10, 185, 484, 1335. —
238,voir
309,Athos,
484, 549,
Montagne.
631, 650, 1336.
— voir Tornik'.
Jean Tornik' 171. Sion 57.
— voir Tornik'. Sisik'oni (domaine d'Iviron) 1116.
Jean Tzimiskès (empereur) 316. Sklèros 157, 162, 170, 201, 221, 260, 1341.
Jérusalem 58, 989, 1450. Syméon-1 'Ancien (église) 1155.
Juif 668, 670, 672, 675, 676, 683. Syméon (higoumène d'Iviron) 1333.
Karaba (domaine d'Iviron) 1116, 1155. Théodore de Pergé (saint) 600.
Kartli 72, 532, 1390. Théodore le Stratélate (saint) 600.
Karyès 348, 1003. Théologien (domaine d'Iviron) 1017.
Théophane (moine d'Iviron) 1224.
Laure (Lavra) 132, 143, 155, 166, 167, 228, Thessalonique
Tornik' 137, 147,
665,165,
668,170,
1417.
176, 191, 209,
308, 315, 317, 620, 1012, 1214, 1238.
Léon (fondateur du mon. des Amalfitains) 210, 212, 213, 216, 220, 237, 248, 262,
654, 662. 284,voir
— 354, Jean
369, 372,
(le Syncelle)
389. et Jean-
Macaire (saint) 556. Tornik'.
Macchabées 328.
Marie l'Égyptienne (sainte) 581. Ville Royale (Constantinople) 120, 159,
Matthieu (l'évangéliste) 592. 191, 382, 500, 550, 637, 1218, 1220,
Maxime le Confesseur 557, 607. 1237, 1395.
Menas (saint) 569.
Mère de Dieu 239, 479, 506, 511, 512, 517, Zacharie Mirdat'isdze (moine d'Iviron)
531, 577, 789, 1324, 1423, 1432, 1473, 1306, 1360.
1479, 1481. Zosime (saint) 582.
LA VIE DE JEAN ET EUTHYME 137

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Bernadette Martin-Hisard
Université de Paris I