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Tarde, Gabriel. Études de psychologie sociale. 1898. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica

Tarde, Gabriel. Études de psychologie sociale. 1898.

Tarde, Gabriel. Études de psychologie sociale. 1898. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont

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BIBLIOTHÈQUE

SOCIOLOGIQUE

INTERNATIONALE

Publiée sous la direction de M. RENÉ WORMS Sécrûta>re-6on«pal de l'Institut Internatyogal de Sociologie. -logp~

ÉTUDES

DE

PSYCHOLOGIE SOCIALE PAR

!S' ,Vi p.,n

~t.

G. TARDE

Membre de l'Institut International de Sociologie.

V.

OIÂ.BD

PARIS

&

E.

BRIÈRE

'r

LIBRAlKËS-ÉDirF.UUS

 

16,

rue

Soufïlot,

16

1898

V. O1ARD KT E. BRIÈHE, ÉDITEURS, 16, RUE SOUFFuOT» PARIS

BlBLIÔÏBttB

Publiée

sous

MIOLOGIGI

la direction

liïïtMTiÔMLE

de M. RENÉ

WORMS

Secrétaire- Général de l'InsUt'ai International de Sociologie

Cette collection se compose de volumes in-8°, reliure souple (1).

Ont

Ont pam

paru

RENÉ WORMS Organisme et Société

ij~

8 l'r.' ·

do

8 l'r,

rff_

PAUL DE UUENFEUJ, ancii-n président de l'Institut J&fljnwtional

Sociologie La Pathologie Sociale

professeur

( à l'Université de

FRANCISCO S. Nli'TI,

l'Institut 'nternational de

social AHOIVO POSADA,

iif.H International de

delà Famille, de

la

Naples,

Membre de

Sociologie La Population et le Système

,

et

de

l'Etat

7 fr.

professeur à rUnivwsito d'Oviedo, membre de l'Ins-

Théories modernes sur les Urii'ines

fr.

Sociologie

Société

SiGlSM'jSI) BALIGKI, associé de l'Institut International de

Socioloj

ViïitU connue oriram-satioH coerciiive de la Société Politique

6 'ï\

ifAL.yUES

NOVICOW, îiieiuln-e ut ancien

de l'Institut In-

S fr.

vice-président

ternational de Sociologie Conscience cl Volonté Sociales.

FRANKLIN1 H. GIDDI^OS,

professeur à !'Umvi:rsilé de Colombie (New-

Internalional de Sociologie Principes

de

8 l'r.

Vnrk), luembi'n <!e institut

&>i'iolot)ip

ACHILLE 'lOi'.IA, P'ulussuur à i'tîniversit.6 de Padoue, membre de l'Ins-

titut 'uji-uatioiiai ru'iis

du

Sociologie

Problèmes Sociaiuc

Conlempo-

6

i'r4

f.'At'RîtJK in\s,

'!e <i;-fti>- ,ns conuiiaiue-'

da cours d'économie politique

à l'Université

et de

20 l'r.

Les

chargé Schiia; Sociale .

»

d'après les principes de Le Phnj olupios

YaGCARO, uiciiibre de i'tnstitut International de Sociologie

!'

M.-A

Ji'; •>• sociologique? du Droit et de l'Etal

professeur

10 fr. de Graz, membre dû

!a/S tiUMI'f )WIù/J,

à l'Université

l'Institut l.alernalj' nai de

Sociologie

Sociologie et Politique. 8 Ir.

SGIWO

à l'Universïté do Pise, associé de l'Institut In-

7 fi-

SIGH3LE, agrégé

ternatiouol de

Sociologie Psydwloyie des Sectes

G. TARPE, inemlira de l'Institut International de

de Psyelioloyie So.u- MAXiMIÎ KOVALEWSKY, ancien

professeur

j., •"libre de l'Institut International de

mique f'c1la Hufsi:

Sociologie

Sociologie

Etudes

9 fr.

9 fr.

à l'Université clé Moscou,

Le Régime écono-

Paraîtront èuccemvement

il i l'Université de

C. N. Sf> ,K

it-

Coppnlinguc, membre

les àijfiren-

•II l'ln«lilul' t s tocii'i. JULES M.VNDElL'1,

iaIioiii! Jl .r>logi<>

'i ituis

La Fatuille dans -J~ i'Mirer<ile de

Essai sur la

i,i^.

bre de .'Institui InlLrnatiUiiiiI de Sunulu^ic

lleehenhet Socio(of;.fjf«cs. Jc'

Budapest, mem-

Méthode des

(1) Les volumes une

il la collection

pemrront

aussi

tire

diminution

de 2

francs.

achetés brocliés

aiec

<SKS)-

LîvjI.

– Imp. Pari8<e> ne L. BARXKOL'Det C>

ÉTUDES

DE

PSYCHOLOGIESOCIALE

7

Autres Ouvrages de M. TARDE

Les Lois de l'Imitation, l vol. in-8 de la Bibliothèque de philoso-

phie contemp. 2° édition (1895. Félix Alcan, éditeur)

7 fr. 50

La Logique sociale, 1 vol. in-8 de la Bibliothèque de philosophie

contemporaine, 2e édition

(1898, Félix Alcan, éditeur).

7 fr. 50

L'opposition universelle, 1 vol. in-8 de la Bibliothèque de philoso.

phie contemporaine (1897, Félix Alcan, éditeur)

7fr.5O

La Criminalité comparée, 1 vol. in-12 de la Bibliothèque de phi.

2 fr.50

losophie contemp. 4e édition (Félix Alcan, éditeur)

Les Transformations du Droit, 1 vol. in-12 de la Bibliothèque de phi-

losophie contemp. 2e édition

s

(Félix Alcan, éditeur)

2 fr.50

La Philosophie pénale, 1 vol in-8, 4e édition (Storck et Masson,

éditeurs)

7 fr,50

Eludes pénales et sociales, 1 vol. in-8 (Storck et Masson, édi-

teurs)

7 fr.50

Essais et mélanges sociologiques, 1 vol. in-8 (Storck et Mas-

fr. 50

son, éditeurs)

Les Lois sociales, esquisse d'une sociologie, 1 vol. in-12 de la

Bibliothèque de philosophie contemporaine (1898, Félix Alcan,

éditeur)

2 fr.50

BIBLIOTHÈQUE SOCIOLOGIQUEINTERNATIONALE Publiéesous la direction de M.RENÉWORMS

Secrétaire-Général de l'Institut International do Sociologio.

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1S ÉTUDES

DU11,

PSYCHOLOGIESOCIALE

G.

Membre de l'Institut

PAR

TARDE

întpris.-ïlional

de Sociologie.

V.

GIARD

RÀRIS

&

E.

LIBRAIRES-ÉDITEURS

16,

rue

Soufïlot,

1898

BRIÈRE

16

AVANT-PROPOS

Les études, très diverses d'objet mais très simi-

laires de principe, dont ce volume est le recueil, ont

déjà paru en majeure partie dans plusieurs publi-

cations périodiques. Le plus complet désordre, je

à

m'excuser de cette bigarrure, si elle n'était' inten-

l'avoue, a présidé à leur groupement,

et j'aurais

tionnelle, comme propre à dissimuler peut-être ou à faire supporter l'uniformité du point de vue général

qui leur est commun. Je crains bien que, après

m'avoir reproché d'être trop désordonné, le lecteur

ne me reproche à la fin d'être trop systématique. Mais il m'est aussi impossible de concevoir un esprit

humain sans système qu'un corps humain sans

épine dorsale.

Avril 1898.

G. T.

LA SOCIOLOGIE

I

La sociologie est en ce moment à la mode

elle a suc-

cédé à la psychologie dans les prédilections et les préoc- cupations spontanées ou suggérées du public sérieux, voire même du public léger; et ce rapprochement n'est

pas pour déplaire à ceux qui, comme l'auteur

ticle, entendent par sociologie la psychologiecollective

tout simplement, si tant est que la chose soit

Mais, s'ils n'ont pas à s'étonner

de cet ar-

simpier:

de cette vogue, àé ce

succès réputé inattendu, peut-être ont-ils à s'en inquié- ter. Il n'est pas difficile de prévoir que, sur cette science

naissante

proscrit, maintenant inscrit en tête de tant de livres et

de revues,

et déjà un peu bruyante, au nom naguère

vont se précipiter les esprits aventuriers,

conquistadores de cette Amérique, et plus propres à la ravager qu'à l'explorer. Wautres dangers encore sont à redouter pour elle sa complexité, son indétermination

apparentes, les espérances et les craintes qu'elle suscite, les passions sociales qui attendent d'elle une solution à

leurs ardents problèmes; et aussi, chez ses théoriciens les plus désintéressés, les plus indifférents à ses consé- quences pratiques, l'excès même de l'amour qu'elle leur inspire et qui les conduit à l'élever si haut parfois qu'ils lui font perdre terre. L'heure est donc venue, ce semble,

1

LA SOCIOLOGIE

de délimiter avec précision ce nouveau champ d-étudesr

de montrer

comment il a été cultivé jusqu'ici

et com-

ment il doit l'être, ce qu'on y a cherché et ce qu'on y a trouvé et les fruits que promet vraiment sa culture. Quand un enfant vient au monde, dans les contes de

nos aïeux, toutes les fées s'assemblent

autour de son

berceau et chacune lui fait don d'un talisman, grâce au-

quel il fera des

miracles. A présent quand une science

vient au monde ou commence seulement à annoncer sa

venue, il y a toujours un certain nombre de philosophes

chacun sa

méthode à suivre avec l'assurance du plus grand succès

si elle en applique les règles avec persévérance et ponc- tualité. Comme si c'était surtout d'une méthode, d'un programme de découvertes, qu'une science à faire a be- soin Mais c'est en découvrant précisément, et à mesure

qu'elle découvre, qu'elle apprend sa meilleure manière à elle de découvrir; si ce n'est peut-être pas là la dernière chose qu'elle découvre, au moins n'est-ce pas une des premières. Ou plutôt chaque chercheur a sa méthode à

lui, individuelle et presque intransmissible,

cours de ces méthodes diverses, de leur conflit souvent,

qui font

cercle autour d'elle, lui apportant

et du con-

résulte l'avancement de la science. Ce qu'il faut, avant tout, pour faire pousser une nouvelle branche de savoir,

éclos quelque part, on ne sait pour-

quoi, ici ou là, autrement

son germe et ira ensuite se développant

logique cachée. Mais, une seule bonne idée ne suffit pas,

et il est nécessaire

combinées. La première idée, ici, est née dès le moyen âge,, à Florence ou à Venise; elle a consisté à soumettre-

que plusieurs, se soient succédé et

c'est un bourgeon

dit une bonne idée qui sera

en vertu d'une

-les faits sociaux, et d'abord

une faible partie d'entre

eux, au nombre et à la mesure. Le premier sociologue,.

LA. SOCIOLOGIE

sans le savoir et sans le vouloir, a été le premier statisti-

cien, qui a donné l'exemple de

l'envers pour ainsi dire,par leur côté quantitatif et nom-

les sociétés à

regarder

brable, non à l'endroit par leur côté qualitatif et incom- parable. Une science en effet, a pour objet essentiel des quantités, des choses semblables qui se répètent et les

rapports, répétés eux-mêmes, de ces quantités dont les variations en plus ou en moins sont corrélatives.

On a dû choses dont

nifeste, les marchandises

d'argent ou d'or. Ainsi s'est formée, par degré, à l'usage des économistes, l'idée es Valeur, qui avait sur l'idée du

Droit, propre aux juristes,

commencer. par nombrer

de la sorte les

le caractère de similitude était 1<? plus ma-

de même espèce, les pièces

sur l'idée du Bien, propre

aux moralistes, sur l'idée du Beau propre aux esthé-

ticiens,

sur l'idée même du Vrai, telle qu'elle est con-

çue par les théologiens et les philosophes autoritaires comme une chose qui est ou n'est pas, sans degrés in-

termédiaires, l'avantage d'être une vraie quantité so- ciale dont la hausse et la baisse sont d'observation quo. tidienne et ont un mètre spécial, la monnaie. Telle a été, à côté de beaucoup d'infériorités évidentes et vaine-

ment palliées, la supériorité du point de vue économique

sur le point de vue juridique, artistique,

gique, métaphysique, pour l'observation scientifique du monde social. L'économie politique a beau faire assez mauvais visage maintenant à la sociologie sa fille; celle-

ci n'aura pas l'ingratitude d'oublier que ce sont les éco- nomistes qui, en faisant prévaloir à la longue leur ma- nière de voir malgré la résistance obstinée des juristes et des moralistes notamment, ont préparé le terrain pour

les constructions

mérite d'indiquer la vraie voie à ces derniers qui ont eu

moral, théolo-

des sociologues.

Ils ont eu le grand

LA SOCIOLOGIE.

le tort le plus souvent de s'en écarter. Ils ont découvert

ou cru découvrir les lois de la valeur, les lois de la pro- duction, de l'échange et de la distribution des diverses

parle des

lois de là-production et dela communication des forces

motrices, c'est-à-dire comme de lois applicables en tout pays et en tout temps, en toule société réelle ou pos- sible. En cela, leur prétention a été éminemment scien-

de for-

Ils ont fondé une

tifique, car il n'est muler des lois de

valeurs, et en ont parlé comme le physicien

de science qu'à la condition

cette envergure.

sorte de physique sociale étroite et précise, comme

d'autres,

durable,

longtemps après eux, avec un succès moins

avec plus de largeur apparente

et moins de

profondeur réelle, ont essayé de constituer une physio-

logie sociale. Mais n'anticipons

pas. La société,

telle

qu'ils la concevaient était, non un organisme,

mais, ce dont

qui est bien plus clair, un système astronomique

les éléments librement enchaînés,

part en sa sphère individuelle,

gravitant chacun à

n'exerçaient les uns sur

les autres que des actions extérieures et à distance. L'in-

suffisance de cette conception aurait pu être dissimulée plus longtemps encore si elle ne s'était bornée inutile-

car il lui au-

rait été permis, sans abdiquer son caractère mécanique, de se risquer à esquisser l'évolution sociale. Rien n'em- pêchait de concilier avec la notion très juste de la cons- tance et de l'universalité des lois fondamentales l'idée non moins nécessaire d'un déroulement de phases, no- tion que les juristes, ces grands adversaires des écono-

ment à n'être que la statique des sociétés

mistes, ont puisée dans le développement historique-du

Droit romain et qu'ils auraient pu leur enseigner

avant les transformistes darwiniens. L'économie politique n'est pas née seulement de l'idée

bien

LA SOCIOLOGIE

d'introduire la numération et la mesure dans les faits

sociaux, mais encore de l'idée d'y importer la méthode-

de comparaison. La jonction en elle, pour la première fois, de ces deux bonnes idées l'a rendue féconde entre

« morales et politi-

ques ». On pourrait la définir l'industrie comparée

toutes les autres

sciences dites

et, à

cet égard, elle a sa place marquée dans un groupe de sciences-sœurs, la grammaire comparée, la mythologie comparée, la législation comparée, l'art comparé, la po- litique comparée. Seulement il est à remarquer que, dans les sciences ou demi sciences ainsi dénommées, le carac- tère vraiment scientifique est bien moins accentué qu'en elle, à des degrés divers, faute de ce cachet de préci-

sion numérique qui la distingue, et parce que les règles qu'elles dégagent confusément des faits ne parviennent pas à s'en détacher comme en elle, mais y restent asser-

vies et les résument plutôt qu'elles

Toutefois, comme cette imperfection n'est sans doute

ne les expliquent.

que passagère, ces disciplines diverses ont toutes con- couru, comme la gymnastique économique delà pensée,

et celle-ci doit

à l'avènement de la science sociale

compter autant de sources distinctes dont elle est le fleuve,-qu'il y a eu de bonnes idées successives par les- quelles d'heureux rapprochements ont été hasardés et

inaugurés entre des langues, entre des religions, entre des corps de lois, entre des arts, entre des g-ouverne-

ments, considérés jusque-là comme hétérogènes.

Autre bonne idée,malgré fait encore celle d'utiliser

mi les barbares et les sauvages, soit pour étendre le do-

l'abus qui s'en est fait et s'en

les récits des voyageurs

par-

maine des comparaisons précédentes, soit surtout pour nous renseigner sur la préhistoire des civilisés, en par-

tant de l'hypothèse souvent vérifiée, pas toujours, par

LA SOCIOLOGIE

les fouilles des archéologues,que les états où màîtrts.sau-

vages s'arrêtent

On sait avec quelle fureur les

sociologues anticipés et précipités du xviu' siècle, Mon- tesquieu en tête, se sont jetés sur les anecdotes et même les contes bleus des voyageurs, mais plutôt pour se dé-

lasser des historiens classiques et élargir dans l'espace

leur notion de l'humanité

temps l'histoire humaine. Il était réservé à notre siècle

de tenter, avec un bonheur inespéré, ce recul infini.

gressifs ont traversées.

sont des phases que les peuples

pro-

que pour reculer

dans le

Il

Et tout le monde sentait bien, dès le début de ce siècle, que le moment était venu de condenser en une vivante

synthèse les fragments épars de la science sociale, étran- gers les uns aux autres sous le nom vague de « sciences

morales et politiques » et encore plus étrangers au groupe

harmonieux

des sciences

mettre fin à leur double

de la nature. Il s'agissait

de

incohérence, en les coordon-

nant entre elles pour les incorporer à la science univer- selle. Mais les tentatives faites en ce sens devaient res- ter stériles jusqu'au jour apparaîtrait une idée maî- tresse propre à lier en gerbe ces épis dispersés. Dirons- nous que cette idée a lui le jour Auguste Comte a –formulé sa fameuse loi des trois états théologique, mé-

taphysique et positif, que le développement de l'huma- nité serait assujetti à traverser, sous n'importe quel as- pect qu'on le considère? Une polémique à ce sujet s'est

élevée entre Stuart Mill et Littré.

le grand fondateur du positivisme eût amenéla sociologie au point où l'on peut dire qu'une science est véritable-

Le premier niait que

LA SOCIOLOGIE.

ment constituée. Pour Littré, cette constitution

sociologie par Comte résultait suffisamment de la loi en

question. Qui des deux avait raison?

crains. Peut-on dire que la biologie était constituée dès

de la

Stuart

Mill, je le

l'époque, assurément très antique, où l'on a su que tous

les êtres vivants sont soumis à la loi Ides âges et passent tous sans nulle exception par des phases successives d'enfance, de jeunesse, de maturité et de vieillesse, à moins qu'une mort violente n'inlerrompe leur carrière?, `?. Encore cette loi des âges est-elle' tout autrement géné- rale et profonde que la loi des trois états. Il est vrai que celle-ci, en revanche, était infiniment

plus difficile à découvrir,

en ce qu'elle' a de vrai, que

celle-là. Si notre vie, comparée à celle des autres ani- maux terrestres, était d'une telle brièveté relative qu'elle

ne nous permît pas de les voir tour à tour naître, croître, vieillir et mourir, le savant qui le premier, par une suite d'inductions basées sur des observations et des recher- ches érudites, découvrirait la fréquence, puis l'univer- salité de cette succession de phases dans le monde ani- mal, serait admiré à bon droit comme l'auteur d'une

généralisation large et féconde. Sa loi des âges ne serait- elle pas réputée l'un des fondements de la physiologie? Nous sommes, nous individus humains, par rapport aux

sociétés humaines,

thèse, serait par rapport

ce que l'homme,

dans mon hypo-

aux vies animales. Aussi ac-

corderions-nous volontiers que le principe de Comte est une des lois constitutives du monde social s'il était d'une portée aussi générale et d'une vérité aussi certaine que

son auteur l'a cru. Malheureusement, l'application en est restreinte au développement intellectuel des sociétés,troa sans exception même dans ce domaine et ne s'étend pas

à leur développement, ni économique, ni esthétique*

LA SOCIOLOGIE

On ne voit pas que les transformations

des langues

soient expliquées de la sorte, ni les transformations des

religions dont toutes les phases restent enfermées dans le premier des trois états. Comment donc Littré a-t-il pu prétendre que, en formulant une loi si vague et si in-

complète, Comte rendait à la sociologie précisément le même service qu'avait rendu à la biologie Bichat en dé- couvrant les propriétés élémentaires des tissus vivants? Ce sont ces propriétés élémentaires des tissus sociaux, comme le faisait observer Stuart Mill,qui manquent abso- lument a l/œuvre, d'ailleurs si considérable, du Maître

de l'école positiviste. M. Spencer a-t-il été plus heureux quand, ramassant

une très antique métaphore, il l'a développée, précisée,

< poussée à bout

jusqu'au

jour où il en a reconnu l'in-

suffisance, et classé, parmi les corps vivants, les corps sociaux? Dirons-nous que cette thèse de l'organisme so-

cial est une des bonnes idées dont la science nouvelle ne

pouv&itse passer et que, à titre d'échafaudage au moins, elle a eu sa fécondité ? le crois qu'elle a été simplement un pis aller décevant, une branche de salut, mais pour- rie, à laquelle se sont raccrochés ceux qui ont jugé ne

et

pouvoir pas sans elle jeter un pont entre la nature

l'histoire. Aussi doit-elle disparaître

quelque autre conception propre à naturaliser en quelque sorte l'humanité. Ce n'est point en comparant les sociétés

dès qu'apparaît

aux

organismes, c'est en comparant les sociétés entre

elles, sous leurs divers aspects, linguistiques, religieux, politiques, etc., que la science sociale s'est fondée. Au dernier congrès international de sociologie qui a eu lieu

à Paris

et s'est terminée par la déroute complète de l'organisme

en juillet 1897, cette question a été traitée à fond

social. Nul n'a pu indiquer un seul progrès qui aurait

LA SOCIOLOGIE.

été suscité en science sociale par cette manière de voir,

l'on aperçoit sans peine les erreurs dangereuses qu'elle

et

a introduites ou suggérées

la tendance à se payer de

telles que

y

mots, à substituer aux réalités

l' « âme des foules »; le besoin d'assujettir

des entités,

le dévelop-

pement social à un enchaînement unique et tyrannique de phases, comparable à la série embryonnaire; enfin

l'inintelligence des côtés les plus vraiment sociaux des sociétés, langage et religion, qui n'ont rien d'analogue

dans l'être organique et, pur suite, le penchant

amoindrir

plique, dès lors, la protestation quelque peu méprisante

ou à les

ou à les éliminer

de la sociologie. On s'ex-

des historiens

science nouvelle qu'on leur présente sous cet aspect.

de race, même philosophes,

contre la

Ne considérons donc cette soi-disant

théorie que

comme une tentative avortée, un essai malheureux de classification. Tout au plus peut-on accorder M.Espinas

que, l'organisme social écarté, il reste encore place pour

un certain

réalisme national, n'est point douteuse.

qu'on entend par là cette « vie sociale », n'est-ce qu'une résultante des vies individuelles en rapports sociaux, ou est-ce autre chose ? Dans le premier sens, ce ni.est qu'une

vitalisme social ou plutôt pour un certain

et que la réalité de la « vie sociale »

Soit, mais il s'agit

de savoir ce

expression poétique; dans le second, une idée mystique.

Auguste

Comte a émis une très belle loi sur la hié-

rarchie des sciences, qui, si elle était vraie

tion, justifierait pleinement l'appui demandé par la socio- logie à la biologie. De l'arithmétique la science sociale,

sans excep-

en passant par la mécanique,

la physique, la chimie et

la science des êtres vivants, toutes les sciences, à ses

yeux, s'étagent dans l'ordre de la simplicité et de la généralité décroissantes de leur objet, les plus basses

LA SOCIOLOGIE

f

ayant l'objet h plus simple et le plus général. Il suit de

que chacune

immédiatement inférieure et non celle-ci sur celle-là

puisque celle-ci étudie les réalités élémentaires

celle-làembrasse les groupements plus complexes. Par exemple, la connaissance de la chimie est indispensable

dont

d'elles doit s'appuyer sur la science

au physiologiste, tandis que le chimiste, même quand il

peut se passer de

s'occupe de composés organiques,

connaître l'histoire naturelle. Or, cela est certain, mais

à une condition: c'est que les réalités successives, objet des sciences successives, se superposent comme des

terrains géologiques dont le supérieur plus récent n'a pu

être formé que par une transformation

naison des terrains antérieurs et inférieurs. Supposons pourtant que, à une certaine élévation de cette stratifica- tion scientifique, il jaillisse des faits tout nouveaux com- parables à ces sources chaudes des hautes montagnes

ou une combi-

qui, traversant toutes les couches placées en-dessous, montent de plus bas que la plus basse des couches so-

lides du soi. Admettez que l'apparition de la conscience, ,du moi, dans le monde vivant le plus élevé, soit une source merveilleuse de ce genre, est-ce que la science qui s'occupera de ce phénomène irréductible aux phéno- mènes environnants et précédents, et nullement engen- dré, mais seulement conditionné par eux, pourra être

regardé, quoique la plus haute, comme ayant un objet plus complexe et plus spécial que celui de toutes les autres ? Il se peut fort bien, au contraire, que, révélant

une réalité cachée, la plus simple peut-être

et la plus

grande de toutes, cette science, la psychologie, ait plus

apprendre à ses sœurs inférieures

mière à attendre d'elles, Et ce serait précisément aussi le cas de la sociologie si l'on avait des raisons de penser

qu'elle n'a de lu-

LA SOCIOLOGIE.

-que le phénomène social, tout psychologique en ce qu'il

a d'essentiel, est lui-même plus général qu'il n'en a l'air.

Et, de fait, n'en aurait-on pas quelques raisons spécieuses? N', st-ce pas en assimilant les organismes

assez

aux sociétés, et non les sociétés aux organismes, qu'on a jeté le jour le plus clair ou le moins obscur sur le grand secret de la vie? Conçu comme une association de cel- lules ou comme une fédération de sociétés, de colonies

cellulaires, le corps vivant devient pour la première fois pénétrable aux regards de l'homme. La théorie cellulaire bien mieux que la sélection naturelle nous met sur la-

voie des explications de l'énigme vitale. La sélection na-

turelle est classée maintenant

mais elle n'apparaît plus à personne comme un passe- partout. Son efficacité principalement négative, sa vertu éliminatrice des variétés nuisibles, épuratrice de l'es- pèce, n'est plus contestée, mais on lui reconnaît de moins en moins une puissance vraiment créatrice. Ce sont les

parmi les clefs de la vie,

essais malheureux d'interprétation du progrès historique par la sélection sociale qui mettent à nu l'insuffisance de ce principe et son caractère négatif. Ni sous sa forme

belliqueuse, en effet, ni sous sa forme commerciale ou

industrielle même, la concurrence sociale n'a suffi à sus-

citer une condition

à la fureur séculaire des batailles qu'est due la décou-

verte de la

canon ou de la dynamite? Est-ce à

l'âpreté au gain des fl otilles de marchands phéniciens ou

vénitiens se disputant

la suite des Est-ce à

seule de ces inventions capitales qui sont la nécessaire des renouvellements humains. Est-ce

poudre

les mers pendant

âges qu'est due la découverte de la boussole?

la rivalité effrénée des industries concurrentes qu'est due

Pas le moins du

.l'invention de la machine à vapeur?

monde. Les guerriers, les marchands, les industriels au-

LA SOCIOLOGIE

raient pu continuer à se combattre encore pendant des milliers d'années, tout leur effort à ce point de vue eût

été vain, s'il nes'étâittrouvéçaetlà

quelques chercheurs,

les moins batailleurs des hommes, depuis les chimistes

ou alchimistes de l'antique Egypte jusqu'à nos Lavoisier et à nos Pasteur, depuis Archimède jusqu'à Papin et Watt, depuis les bergers.de la Ghaidéc jusqu'à Newton-

et Lavoisier, curieux, passionnés, qui, peu à peu, ont ar-

raché à la nature quelques-uns

sont transmis de distance en distance. Il n'est pas un progrès industriel ou militaire même qui soit né directe-

ment d'une bataille ou d'une rivalité commerciale ou qui

n'ait pour père et de la guerre,

fourni aux combattants et aux concurrents des armes-

de ses secrets et se les.

au monde de la haine

jour où il a

quelqu' étranger demeuré inconnu jusqu'au

décisives. Les guerres,

genre, les conflits haineux de passions ou d'intérêts ap-

sans doute, les luttes de tout

pellent à leur secours l'esprit d'invention

quand il est

quelque part et a fait ses preuves,

guillonne puissamment, mais ce u'est pas elles qui l'ont

eufanlé. Combien de fois, plutôt, ne l'ont-elles pas tué

dans son germe

et leur appel l'ai-

la confrérie

Il a eu la paix, l'amour,

familiale ou professionnelle pour berceau, le culte désin- téressé de la vérité ou de la beauté pour âme,et pour en- gin le génie servi par la fortune qui a fait se rencontrer des idées de diverses provenances dans un cerveau assez, bien doué pour deviner leur convenance, pour opérer leur fécondation réciproque, entremetteur pour ainsi parler de leur mutuel amour. Et pour vérifier cette idée dans l'étude même qui nous occupe n'est-il pas clair que-

ce n'est pas aux polémiques journalières de la presse sur les questions sociales que les sociologues doivent de-

LA SOCIOLOGIE

mander les idées constitutives de leur science, mais bien plutôt à des méditations solitaires? Une idée excellente qu'il faut se garder de confondre

avec la métaphore de l'organisme social a été l'étude des

sociétés animales sous le rapport de leurs analogies et de leurs différences avec les sociétés humaines.

Elle a été faite et bien faite par M. Espinas

il est seu-

lement fâcheux que son livre qui a ouvert une voie si féconde n'ait pas eu de continuateur. Il est à croire aussi

que s'il refaisait aujourd'hui son ouvrage, il y marquerait plus nettement la distinction entre les pseudo-sociétés animales des espèces très inférieures où la solidarité des individus, si individus il y a, est toute physiologique comme dans un polypier, et les véritables sociétés de

nature psychologique comme la nôtre, qui sont le privi- lège des vertébrés ou des insectes supérieurs. Un poly- pier n'est pas plus une société que ne l'est une fleur de

synanthérée.Il n'y a point, en effet, de société végétale, et pourquoi ? Ce n'est point qu'une plante, prise séparé- ment, ne puisse être une société, si nous supposons,

hypothèse comme une autre, après tout-

lules sont animées d'une sensibilité propre qui leur per-

met de se reconnaître entre elles et de se saisir;

encore unefois, c'estlà le mystère de lavie et, d'ailleurs, même à ce point de vue, le végétal ressemblerait à un Etat qui n'aurait nulles relations internationales avec ses voisins. Ce sont précisément ces relations interna-

tionales, c'est-à-dire inter-organiques, qui sont l'objet de la science sociale.

que ses cel-

mais

III

Il s'agit maintenant d'utiliser toutes ces bonnes idées

LA SOCIOLOGIE

que nous venons d'énumérer, de les faire s'entre-péné-

trer et s'entr'éclairer lumineusement,

pour ainsi dire, à cet immense fagot de documents que les voyageurs et les historiens, les statisticiens et les ar-

chéologues, les naturalistes et les psychologues ont ap-

portés de tous côtés et rassemblés à l'usage

logues. Il le faut

général aujourd'hui et si intense, de prendre conscience des lois de la vie sociale, au lieu de se borner à leur obéir

comme autrefois, révèle un besoin non moins piofond

d'action collective, consciente et réfléchie. Avant de se réformer et de se refondre dé/ibérément, ]asociété cherche

de mettre le feu*

des socio-

et le temps presse

car ce besoin si

à se comprendre. Avant de progresser, et pour être bien sûre de progresser en se transformant, ne doit-elle pas posséder un « mètre du progrès » ? Le malheur est que

la science naissante,

qu'elle porte dans son sein, se heurte à toutes sortes d'ob-

outre les germes

de discordes

jections extérieures. Ses adversaires sont de trois sortes -les uns nient qu'il y ait matière à science dans les faits, sociaux, domaine du libre arbitre. D'autres y voient ma-

tière non à une seule science digne, par sa précision et.

sa généralité, et malgré de prendre rang parmi

bien à plusieurs sciences vagues et n'ayant

naturel, très avancées du reste, prétendent-ils,

qu'ici désignées politiques ». D'autres enfin, et nous n'allons répondre

sa nature hautement distinctive,

les sciences

de la nature, mais

rien de

et jus-

sous le nom de « sciences morales et

_qu'à ces derniers, acc