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Vacarme / une biopolitique mineure

http://www.vacarme.org/article255.html

Vacarme 10 / entretien Giorgio Agamben

une biopolitique mineure
entretien avec Giorgio Agamben

entretien réalisé par Stany Grelet & Mathieu Potte-Bonneville
Giorgio Agamben est philosophe. Il a notamment théorisé, dans la lignée de Foucault, la « biopolitique ». Une structure de pouvoir très ancienne, dont il fait remonter la généalogie à l’Antiquité occidentale et qui n’a cessé de s’épandre depuis, jusqu’à devenir la forme dominante de la politique dans les États modernes : un « état d’exception devenu la règle ». L’objet propre de la biopolitique, c’est la « vie nue » (zôè), qui désignait chez les Grecs « le simple fait de vivre », commun à tous les êtres vivants (animaux, hommes ou dieux), distincte de la « vie qualifiée » (bios) qui indiquait « la forme ou la façon de vivre propre à un individu ou un groupe ». L’objet de la souveraineté, selon Giorgio Agamben, c’est non pas la vie qualifiée du citoyen, bavard et bardé de droits, mais la vie nue et réduite au silence des réfugiés, des déportés ou des bannis : celle d’un « homo sacer » exposé sans médiation à l’exercice, sur son corps biologique, d’une force de correction, d’enfermement ou de mort. Au modèle de la cité, censé régir la politique occidentale depuis toujours, il oppose celui du camp, « nomos de la modernité », paradigme de cette « politisation de la vie nue » qui est devenu l’ordinaire du pouvoir. La structure de la politique occidentale, nous dit-il, ça n’est pas la parole, c’est le ban [1 (#nb1) ]. Cette thèse a une actualité évidente. Les mesures de santé publique, de mise au travail, de contrôle de l’immigration ou la prohibition
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depuis l’expérience qu’ils en font et les résistances qu’ils lui opposent. À plusieurs reprises. Celle-ci. On pense immédiatement aux sans-papiers. ?). en contrepoint de celle de l’adversaire. Ça n’est sans doute pas un hasard si les récents débats sur le PACS ont vu la prolifération de métaphores animalières. devra sinon s’en abstraire.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. En cherchant. parce qu’on n’y échappe pas. en quelque sorte. le bios cède le pas à la zôè dès qu’on légifère sur des vies. enjoints au soin ou incarcérés .vies exposées et administrées. Celle-ci se déploiera nécessairement au lieu même où s’exerce la souveraineté moderne. aux guichets des préfectures. du moins l’affronter. ces groupes inventent une biopolitique mineure. ou bien d’autres. à l’administration du welfare lorsqu’on n’a pas de revenus. Si nous avons souhaité vous rencontrer.vacarme. Or il se pourrait bien que les groupes les plus exposés au biopouvoir soient en train. le bios de leur zôè. etc. dans les tribunaux ordinaires. Mais aussi aux usagers de drogues. une « autre politique » [2 (#nb2) ]. Elles s’appliquent précisément à des vies nues prises dans les catégories et les dispositifs d’un pouvoir qui les traitent comme telles .org/article255. c’est en particulier pour 2 of 15 10/15/11 3:40 PM . cœur théorique des cités parlementaires. objets de camps très littéraux. aux centres de rétention ou aux zones d’attente lorsqu’on n’a pas de papiers. un revenu minimum garanti. pour être « autre ». des drogues légales et sûres. d’inventer l’alternative que Giorgio Agamben appelle de ses vœux. dans les bureaucraties sanitaires. etc. bien sûr. d’une manière assez prophétique. très réels. Mais Giorgio Agamben ne s’en tient pas à un diagnostic conceptuel.html des drogues révèlent la nature éminemment biopolitique des politiques publiques contemporaines. il appelle et annonce. Au Parlement même. sans véritable opportunité d’en sortir (comme échapper au pouvoir médical lorsqu’on est atteint par le VIH. En revendiquant de quoi vivre : des traitements anti-rétroviraux. aux chômeurs. enjoints au travail ou condamnés à la misère d’un welfare de plus en plus chiche . ou le subvertir. En affrontant le pouvoir là où il s’exerce : au guichet des administrations. etc. Pris dans les appareils du biopouvoir.

la politique depuis cette conscience .et cette expérience . pour ainsi dire : celle d’AC !. il faudrait plutôt renverser la question. zôè et bios. du welfare ou du pouvoir médical) que comme sujets. zôè et bios ». Or n’y a-t-il pas là. corps biologique et corps politique.html vous interroger sur « l’autre versant ». ou lorsque des usagers de drogue revendiquent des drogues sûres. précisément. « notre » biopolitique.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. que nous devons aujourd’hui retrouver le chemin d’une autre politique.vacarme. comme le camp . dont vous tracez minutieusement la généalogie. les biopolitiques mineures. Vous analysez avec précision la biopolitique majeure. mais plutôt comme objets (des camps. ou en nul autre lieu.se déploient exactement dans le lieu politique que vous avez identifié : dans cette zone d’indictinction « entre public et privé.org/article255. si l’on peut dire. ou indirectement. l’embryon de cette autre biopolitique que vous appelez de vos vœux ? Dans un sens. Vous en pensez pourtant la possibilité. Cela dit. Or de ces mouvements vous parlez peu. lorsque des chômeurs réclament un revenu garanti. des collectifs de sans-papiers ou d’Act Up. Je ne saurais renoncer sous aucun prétexte à cette indistinction entre public et privé. Un certain nombre de mouvements ceux. Seule une politique partant de cette conscience peut m’intéresser. dans cet « état d’exception qui est devenu la règle ». précisément. si les mouvements et les sujets dont vous parlez « rôdent entre mes lignes plutôt comme objets que 3 of 15 10/15/11 3:40 PM .là. mais vous délaissez les biopolitiques de riposte ou de réappropriation. et la nécessité : « C’est ». des usagers de drogues . « à partir de ce terrain incertain. vie nue exposée au pouvoir souverain. dont nous sommes issus ou dont nous sommes proches : celui des sans-papiers. dites-vous. dites-vous. et dont vous examinez attentivement les dispositifs. Ils rôdent entre vos lignes.de l’état d’exception. justement. de la biopolitique dont vous parlez. lorsque des malades du sida exigent des traitements. d’une autre parole. C’est là que je dois retrouver mon espace . celui des précaires. » Mais vous n’explorez pas les formes concrètes de lutte qui pratiquent. serait cet « homo sacer ». émergent. celle de l’ennemi. dont le foyer. d’un autre corps. de zone opaque d’indifférenciation. C’est plutôt des acteurs en question qu’il faudrait attendre une réponse. corps biologique et corps politique. celui des malades du sida ou celui.

vacarme.je le dis sans aucune nostalgie bien sûr . ou peut-on dégager quelque chose comme une maxime. les identités dissoutes : il y a toujours une resubjectivation. comme une machine à recoder. ou plutôt de cette biopolitique mineure dont vous parlez ? C’est un problème toujours essentiel dans la politique classique. qui permettrait d’échapper à l’assujettissement ? 4 of 15 10/15/11 3:40 PM . je crois. comme une espèce de machine à désubjectiver.html comme sujets ». Qui est le sujet de cette nouvelle biopolitique. par exemple. un risque. Ce ne sont pas des problèmes obsolètes. pour chacun de ses protagonistes. Foucault le montre bien.org/article255. celui du biopouvoir. du prolétariat. une réidentification de ces sujets détruits. une recette de subjectivation. Il y a donc là une ambiguïté. Et en effet il n’en est pas d’autre : il n’est pas question. c’est-à-dire comme une machine qui brouille toutes les identités classiques et. la vie biologique. y compris les nouveaux sujets dont vous parlez. ce processus infini de subjectivation et d’assujettissement qui définit justement le biopouvoir. etc. soit. et qu’on reconduise dès lors. de la biopolitique. de ces sujets vidés de toute identité. qu’on investisse cette situation d’une nouvelle identité. Il y a des gens qui continuent de poser ce problème dans le sens ancien du terme : celui de la classe. de revenir à l’opposition politique classique qui sépare clairement privé et public. sur le terrain de ce que j’appelle la zôè. lorsqu’il s’agit de trouver qui est le sujet révolutionnaire. Parce que l’État moderne fonctionne. juridiquement notamment.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. Mais ce terrain est aussi celui qui nous expose aux processus d’assujettissement du biopouvoir. le problème est autrement difficile. dans le même temps. que je ne peux concevoir qu’en terme de processus de subjectivation et de désubjectivation . mais assujetti à l’État. Je crois qu’on ne peut pas échapper au problème. c’est que je vois là un problème majeur : la question du sujet. me semble-t-il. qu’on produise un sujet nouveau. corps politique et corps privé. précisément. malgré soi. et pas seulement par l’État. C’est ce que montrait Foucault : le risque est qu’on se réidentifie.ou plutôt comme un écart ou un reste entre ces processus. Aujourd’hui. S’agit-il là d’un risque ou d’une aporie ? Toute subjectivation est-elle fatalement un assujettissement. C’est ce que vous évoquiez dans votre question : le conflit décisif se joue désormais.et resubjectivation immédiate par l’État . il me semble que le terrain politique est une espèce de champ de bataille où se déroulent ces deux processus : en même temps destruction de tout ce qui était identité traditionnelle . mais dès qu’on se pose sur le nouveau terrain dont on parle. mais aussi par les sujets eux-mêmes.

On touche à peine ici à une nouvelle structure de la subjectivité. » Donc il y a bien ici une aporie : un souci de soi qui doit aboutir à une déprise de soi. c’est-à-dire n’être un sujet que dans la mesure d’une stratégie ou d’une tactique. Mais là ce n’est qu’un début. ce no man’s land qui serait entre un processus de subjectivation et un processus contraire de désubjectivation.html Dans les derniers travaux de Foucault. parce que c’est ce terrain qui serait celui d’une nouvelle biopolitique. C’est pour cela qu’il est très important de voir dans la pratique que chacun ou que les mouvements ont d’eux-mêmes comment se dessinent ces zones possibles. Le rescapé témoigne uniquement pour les Musulmans [3 (#nb3) ]. qui parfois peut être même le risque de la mort.. entre l’identité et une non-identité. Pourquoi ? Parce qu’il me semble que là. Il me semble qu’on se tient là dans ce seuil. pas un principe. mais qui n’aboutirait au contraire qu’à une déprise. c’était vraiment d’identifier un modèle du sujet comme ce qui reste entre une subjectivation et une désubjectivation. de voir le témoin comme modèle d’une subjectivité qui ne serait que le sujet de sa propre désubjectivation. Et ça peut être partout. Ce qui m’intéressait dans la dernière partie de ce livre. c’est tout un travail à faire. Il s’agit vraiment d’identifier cette zone.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. qui trouverait son identité uniquement dans une déprise de soi ? Il faudrait pour ainsi dire se tenir en même temps dans ce double mouvement. Il dit plusieurs fois : « On est fini dans la vie si l’on s’interroge sur son identité . Ce n’est pas un espace substantiel. l’art de vivre. c’est plutôt un écart entre deux processus. Je crois qu’on ne peut pas avoir de principes généraux. il y a une aporie qui me semble très intéressante. une parole et un mutisme. à plusieurs reprises. détruire la psychologie.org/article255. C’est précisément ce qui fait. c’est : qu’est-ce que c’est qu’une pratique de soi. l’intérêt d’un mouvement comme celui des malades du sida. Une manière dont on pourrait poser la question.. C’est une pratique. J’ai essayé un peu dans le livre sur Auschwitz. désubjectivation et subjectivation. à mes yeux. en travaillant à partir de cette notion de souci de soi chez Foucault. Le témoin ne témoigne de rien d’autre que de sa propre désubjectivation. à propos du témoignage. Il faudrait vraiment. il énonce le thème apparemment opposé : il faut se déprendre de soi. on ne s’identifie que sur le seuil d’une désubjectivation absolue. sauf être attentif à ne pas retomber dans un processus de re-subjectivation qui serait en même temps un assujettissement. Il y a d’une part tout le travail sur le « souci de soi » : il faut se soucier de soi. mais c’est très compliqué. Et en même temps. c’est un terrain difficile à tenir. c’est détruire l’identité.vacarme. Évidemment. mais en la déplaçant dans d’autres 5 of 15 10/15/11 3:40 PM . dans toutes les formes de pratique de soi. Il faudrait identifier ce terrain. non pas comme processus de subjectivation.

quelle marge de désubjectivation nos conditions sociales nous laissent-elles ? Je travaille en ce moment sur les lettres de Paul. parce qu’on dirait qu’il appelle usages des conduites de vie qui. Tu es médecin ? Reste médecin. mais c’est cela qui donnerait le paradigme d’une biopolitique mineure. Il précise ensuite ce qu’il veut dire par cette image très belle : « comme si non ». mais fais-en usage. est très intéressante : c’est une pratique dont 6 of 15 10/15/11 3:40 PM . juridique ou identitaire. Littéralement. Tu te réjouis ? Comme si tu ne te réjouissais pas. dans laquelle tu te trouves. esclave. profites-en. Paul dit en même temps : « Reste dans la condition sociale. comme non esclave. ou « comme non ». » C’est très intéressant. Il faut être attentif à tout ce qui nous donnerait une zone de ce genre. il dit : « Tu es esclave ? Ne t’en soucie pas. Tu es femme. mais fais-en usage. etc. comme non marié . Ce n’est même pas « comme si ». » Il y a ce thème du « comme non ». toutes ces zones où l’on côtoie une zone de non-connaissance ou une zone de désubjectivation. Il me semble que la notion d’usage. c’est : « Pleurant. que ce soit par la loi (pensez aux lois sur l’immigration) ou par l’insulte (pensez aux injures homophobes). N’y a-t-il pas. » C’està-dire qu’il n’est pas question que tu changes de statut juridique. ou que tu changes ta vie. une erreur du sujet. une épaisseur matérielle des identités. C’est encore très vague.reste dans ta condition juridique. en ce sens.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. Tu es esclave ? Reste esclave. Là on a toujours des figures où un sujet assiste à sa débâcle. qui les rend pour ainsi dire objectives ? En d’autres termes.org/article255. Paul pose le problème : « Qu’est-ce que la vie messianique ? Qu’allons-nous faire maintenant que nous sommes dans le temps messianique ? Qu’allons-nous faire par rapport à l’État ? » Et là il y a ce double mouvement qui a toujours fait problème. Vous présentez l’identité comme un risque. néanmoins. As-tu acheté une chose ? Comme non-achetée. une mystique quotidienne très banale. côtoie sa désubjectivation. c’est « comme non ».vacarme. que ce soit la vie sexuelle ou n’importe quel aspect de la vie corporelle. ne se heurtent pas frontalement au pouvoir . ce sont des zones quotidiennes. C’est-à-dire : « Tu pleures ? Comme si tu ne pleurais pas.html domaines : toute pratique de soi qu’on peut avoir. marié. ne serait-ce que dans la mesure où l’adversaire nous assigne à elles. » Mais en même temps.mais les transforment complètement dans cette forme du « comme non ». tout cela. même cette mystique quotidienne qu’est l’intimité. qui me semble très intéressant. tu es marié ? Reste dans la vocation dans laquelle tu as été appelé. dans ta vocation sociale . Es-tu marié ? Comme non-marié. en même temps. comme non pleurant .

du conflit. » Ils appellent cela usus pauper. c’est de l’usage sans droit. ils en laissent tous les droits à l’Église : « La propriété ? Nous n’en voulons pas.dans le mouvement franciscain. et c’est là le conflit : ils disent : « Non. Par exemple. Mais je ne crois pas du tout qu’il s’agisse de cela. à vous lire. le droit d’user. ou même religieuse. et n’en revendique pas. ou sous conditions politiques ? Parce qu’il serait possible d’y voir une conversion de pensée strictement individuelle ou éthique. puisque tu en fais usage. disons. de la lutte. est-ce être absolument un hasard si les références que vous convoquez pour penser cette alternative appartiennent à la sphère religieuse ? Par moment. ? Bien sûr. en tant que séparé du droit de propriété.html on ne peut pas assigner le sujet. les Franciscains ne critiquent pas la propriété. tu n’es plus esclave. etc. c’est au contraire celui de la vie de la communauté messianique à laquelle il s’adresse. en tout cas singulière et « privée ». Vous écrivez 7 of 15 10/15/11 3:40 PM .une critique du droit .Vacarme / une biopolitique mineure http://www. Nous nous en servons. où le problème est celui de la propriété : ces ordres qui pratiquent la pauvreté extrême refusent toute propriété. Néanmoins. entretient-elle avec la politique ? En quoi est-ce que ça nécessite de la communauté. ou de cette autre statut du politique. Tu restes esclave. Son problème. » On peut donc dire que ce problème est purement politique. il y a dans la désignation de cette autre politique. mais. Il y a à cette occasion un conflit très fort avec l’Église. qui permet de ne plus être un sujet. ou un droit de propriété de l’ordre parce qu’ils le refusent même en temps qu’ordre -. dans le sens où l’Église veut bien admettre qu’ils refusent un droit de propriété qu’il soit un droit de propriété de l’individu. ou du moins communautaire.vacarme. et en même temps ils doivent faire usage de certains biens. quelque chose comme un ton prophétique. ce n’est pas un droit d’usage. D’ailleurs. sur le mode du comme non. C’est quelque chose qui existe encore : l’usufructus. ce thème de l’usage. on le voit ressortir sous une forme très forte .org/article255. l’usage pauvre. C’est vraiment l’idée d’ouvrir une zone de vie communautaire qui fait usage. Comment un tel usage pourrait-il être proprement politique. Quelle relation cette conversion vis-à-vis de son propre statut. Eux insistent au contraire. mais elle voudrait qu’ils classifient leur conduite de vie comme droit d’usage. on considère parfois ce thème chez Paul comme relevant de l’intériorisation. avec les guillemets. mais qui n’a pas de droit.

mais au nom de quelque chose d’autre.l’eschatologie future. si l’on nous permet d’avancer une prophétie sur la politique qui s’annonce. qui est le messianique.. doit aider le matérialisme historique à remporter la partie contre ses ennemis. et puis celui qu’il appelle le parrèsiastès. l’éternel -. parle en son nom. Bon. j’étais en train d’écouter les cours enregistrés de Foucault. c’est un modèle de temps très compliqué. c’était celle du leader politique jusqu’à il y a cinquante ans . du coup. et c’est même une catastrophe qu’il ait quitté notre culture : la figure du prophète. le kairos. Bien sûr. Alors vous parliez du prophète. Le prophète parle au futur. qui pense le messianique comme paradigme du politique. Le parrèsiastès. mais ce domaine ponctuel qui a affaire avec le religieux mais qui ne coïncide pas avec lui. c’est-à-dire un domaine très proche du politique. Cela dit. reste un geste très légitime et très actuel. disjonction irrémédiable des singularités quelconques et de l’organisation étatique. le sage. qui n’est pas du tout religieux : c’est Walter Benjamin. avec lequel Foucault s’identifie sans doute. même cachée. le prophète. celle-ci ne sera plus un combat pour le contrôle ou la conquête de l’État par de nouveaux ou d’anciens sujets sociaux. le temps de maintenant. notamment celui où il distingue quatre figures de la véridiction dans notre culture : le prophète. Mais en même 8 of 15 10/15/11 3:40 PM . Et je pense en effet que la manière dont. ou disons du temps historique.. ni exactement le temps historique. le temps profane. Ces jours-ci. c’est évidemment très important. » Quelle place accordez-vous à ces références et à ce ton-là dans votre travail ? Ce qui m’intéresse dans les textes de Paul. aujourd’hui. justement.org/article255. Mais moi je revendiquerais plutôt la figure du parrèsiastès que celle du prophète. parce que ce n’est ni le temps à venir .html par exemple : « C’est pourquoi.vacarme. se transforme. au contraire. C’est plutôt cela dont il est question pour moi. il me semble qu’on ne peut plus penser un discours qui s’adresse au futur. les moyens de penser autrement le temps et le sujet. qui nous donne. Benjamin introduit la théologie en tant qu’entité qui. c’est un morceau de temps prélevé sur le temps profane qui. et doit dire ce qui est vrai maintenant. Benjamin écrit quelque part que Marx a sécularisé le temps messianique dans la société sans classes. celui qui a le courage de dire la vérité. dans la première Thèse sur le concept d’histoire. il dit que ce ne sont pas des figures séparées. Mais en même temps. ce n’est pas tellement le domaine de la religion. c’est plutôt un autre auteur qui a été décisif pour moi. et non pas en son nom. mais une lutte entre l’État et le non-État (l’humanité). Là. il a complètement disparu. le technicien. C’est tout à fait vrai.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. Il faut penser l’actualité messianique.

c’est : « Comment transformer ce Bloom. il faudrait s’assumer comme un « non-État ». D’un côté vous identifiez très clairement un ennemi. etc. À ce propos. mais toujours de manière complètement profane. . évidées. dont on peut tracer des généalogies longues. qui prend un ton très messianique.org/article255. il faudrait apprendre à se « déprendre » de soi . très cohérent. Non pas sur la posture messianique. c’est vraiment une revue messianique. peut-être. je crois que le messianique est toujours profane. que nous avons du mal à vous suivre. En tout cas. sans identité mais réidentifiables à chaque moment. la biopolitique nouvelle. de la dissolution. terrible. de l’esquive : plutôt que fabriquer des sujets collectifs. qui peuvent se diffuser partout. Là.vacarme. mais restent insaisissables. très consistant. mais sur les « singularités quelconques ». dans la cabale de Luria.html temps avec toutes les apories que cela engendre . etc. dont on peut repérer des dispositifs récurrents. le rabattement du religieux dans le profane. qui s’appelle Tiqqun [4 (#nb4) ]. très massif. tout se passe comme si vous plaidiez pour une sorte de politique de l’inconsistance. Pour dire ça brutalement.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. de capture. il se pourrait bien que la désubjectivation soit un luxe.les transitions. il faudrait imaginer des « usages sans droit » . etc) tient précisément à leur force. très politique. face à la consistance de cet adversaire. de la restauration messianique. dont la possibilité ne s’offre précisément qu’à ceux qui échappent aux appareils du 9 of 15 10/15/11 3:40 PM . à l’administration du welfare. Or a-t-on toujours la latitude de fuir ? Il nous semble que la puissance des appareils biopolitiques (pensez aux politiques de santé publique. prêtes à tout. Ainsi ils appellent Bloom les nouveaux sujets anonymes. je pense à une revue qui vient d’être publiée en France. Le problème qu’ils se posent. De l’autre. parce que c’est une revue extrêmement critique. relève davantage de la fuite ou de la sortie que de la résistance ou du conflit. parce que Tiqqun. Ça m’intéresse. les singularités quelconques.c’est une espèce d’écueil sur lequel la Révolution a échoué. On ne dispose pas d’un modèle de temps qui permette de penser cela. jamais religieux. au contrôle de l’immigration. c’est justement le terme de la rédemption messianique. par des jeunes gens que je connais. plutôt qu’affronter l’État. Comment dire ? À vous entendre. plutôt que revendiquer des droits. un adversaire. C’est même la crise ultime du religieux. cette politique qui s’annonce. pardonnez-nous. comment ce Bloom va-t-il opérer le saut au-delà de lui-même ? » C’est là. etc.

c’est un acte politique qui vise le conflit contre une institution. c’est une fuite très particulière. esquiver la resubjectivation. Stirner théorise la révolte en tant qu’acte personnel de soustraction. quand le mur de Berlin était debout. C’est uniquement en tant que telle que la fuite pourrait avoir une signification politique. dans les catégories et les dispositifs du biopouvoir ? N’est-on pas. Pour Stirner. Et puis il y a un autre problème qui me semble toucher à la question que vous avez posée. disons. Je vois bien le problème. on peut avoir le sentiment que vous plaidez pour la mobilité et l’esquive. pour ainsi dire de révolte. alors que la révolte.vacarme. ce n’est pas qu’il y ait un ailleurs où on puisse aller. même si cela pose d’autres problèmes. Là. Où serait l’ailleurs où l’on pourrait s’enfuir ? Dans certains cas. À cette opposition révolte/révolution. etc. « RMIste » ou « toxicomane ». Il suffit donc de se soustraire . littéralement. ou bien d’entre-deux. Je crois que tout dépend de ce qu’on entend par fuite. la révolution. qu’un prolétaire fera un acte directement politique. égoïste. mais le fait qu’il lui consacre cent pages montre bien que c’est un problème sérieux. Marx critique très fortement ce motif. J’aurais tendance à penser non pas une coupe qui isole la fuite de la révolution. dont il récuse la distinction entre révolte et révolution. C’est le problème qu’on trouve chez Marx quand il fait la critique de Stirner.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. il consacre plus de cent pages au théoricien de l’anarchie. c’est un acte individuel qui ne vise pas à détruire les institutions. Il suffit tout simplement de laisser l’État être. C’est une fuite qui n’a pas d’ailleurs. pour reprendre vos termes ? Bref. Dans l’Idéologie allemande. il y avait des fuites évidentes parce qu’il y avait un mur (mais est-ce qu’il y avait un ailleurs ?). là où la puissance de capture et l’épaisseur matérielle de l’ennemi ne nous laissent pas d’autre choix que de l’affronter. Mais vous avez raison de protester. contraint d’agir comme tels plutôt que comme non.org/article255. et ne plus l’affronter : il va se détruire lui-même. Comment se déprendre de soi. j’aurais tendance à penser comme Marx : une espèce d’unité des deux gestes. l’éloge de la fuite. La notion de fuite. lorsqu’on est « séropositif ». bien souvent. comme on a 10 of 15 10/15/11 3:40 PM . il cherche l’unité des deux : ce sera toujours pour des raisons égoïstes. par exemple.une fuite. Non. C’est un motif que l’on trouve chez Deleuze : la « ligne de fuite ». il oppose une sorte d’unité entre la révolte et la révolution. Pour moi. c’est-à-dire pris. il s’agirait de penser une fuite qui n’implique pas une évasion : un mouvement dans la situation où il a lieu. être un non-État.html biopouvoir. Il n’oppose pas un concept politique à un concept anarchico-individuel.

un acte politique. C’est tout le problème de la classe. Parce qu’après on tombe dans le problème de l’organisation politique. quand même. c’est précisément parce qu’elles inventent quelque chose comme une politique à la première personne. en pratique. mais de révoltes individuelles. Mais cela fait problème pour Marx aussi. à tous ceux qui cherchent à produire du collectif .Vacarme / une biopolitique mineure http://www. ni le modèle d’action sans parti : il y a besoin d’inventer. mais qui sera pour ainsi dire l’organe de sa conscience. quelqu’un qui aurait opposé à ces divisions-là juif/non-juif un nouveau principe universel. mais essayer de penser l’entre-deux. la classe. Je crois qu’il ne faut pas opposer action politique et fuite. est l’organe d’une infinie production d’actes non politiques. Ni le modèle parti. et une ligne purement politique. D’où le problème léniniste du parti : il faudra quelque chose qui ne soit pas différent de la classe. Paul a affaire avec la loi juive qui partage les hommes en Juifs et non-Juifs. que ce soit la République. Oui.org/article255. Sûrement pas un sujet substantiel à identifier. révolte et révolution. La classe n’a pas de conscience. Mais le problème est réel. la Classe ou l’Homme. où les distinctions entre le social et le politique. qui ne soit pas autre chose que la classe. qui n’a aucune identité. sera aussi. Qu’est-ce qu’il va faire avec cette division ? On présente souvent Paul comme si c’était le mentor de l’universalisme. Or quand on regarde son travail de près. s’effacent. mais que tout acte émanant du besoin singulier d’un individu. père de l’Église catholique.en dehors de ces machines à agréger que sont les partis politiques. mais il n’a pas de conscience. pas individuelle . de chômeurs ou de précaires. et sans le secours d’un principe général supérieur. c’est-à-dire universelle. du parti-classe. C’est une aporie. entre les lignes de fuite qui seraient un geste de révolte. Je ne dis pas qu’il y a une solution à ce problème. qu’il me semble avoir trouvé chez Paul. etc.vacarme. pour revenir au travail en cours. C’est d’ailleurs un problème qui se pose. Si vacarme se sent proche des associations de malades. 11 of 15 10/15/11 3:40 PM .et à l’occasion du « nous » . le singulier et l’universel. au contraire. Il faut inventer une pratique qui briserait la coque de ces représentations. Juifs et Goyim. dans des formes d’organisation nouvelles. et où la signification politique des actes est immanente aux actes eux-mêmes. là aussi. mais autre chose.html tendance à le faire. le prolétariat existe en tant que sujet. qui va produire un « nous » : le parti est celui qui veille à ce que toute action soit politique et pas personnelle. la classe et sa conscience. le prolétaire. aucune substance.

etc. Il s’agit. toujours en reste parce qu’il peut être de tous les côtés. nous. par division de la division. il introduit un reste. du peuple en tant que minoritaire. mais on pourrait dire que c’est une espèce de non-non-Juif. face aux divisions que la loi introduit. Partout. un principe universel contre le partage ethnique.org/article255. parce que ce sont des Juifs qui sont juifs selon la chair. etc.vacarme. C’est-à-dire qu’il va produire un reste. Cette coupe chair/souffle va diviser la division exhaustive qui partageait l’humanité entre Juifs et non-Juifs. C’est moins un problème de minorités. quelque chose qui reste ou résiste à une division . par exemple juif selon la chair et juif selon l’esprit. le souffle. Parce que le Juif selon l’esprit. ce qui partage. Donc.résister. aux coupes que la loi fait continuellement. c’est beaucoup plus intéressant : il n’oppose pas un universel. au temps des droits de l’homme. la stratégie des associations a 12 of 15 10/15/11 3:40 PM . C’est exactement ce qui s’est passé en France autour des sans-papiers. et des Goïm qui sont goïm selon la chair. qu’une présentation du peuple comme étant toujours en reste par rapport à une division. c’est la même racine. au lieu d’opposer comme on aurait tendance. rester. Paul introduit un reste dans cette division Juif/non-Juif. C’est une espèce de coupe qui coupe la ligne même. Face à cette division imposée par la loi (il considère au fond la loi comme ce qui divise. du côté des non-Juifs. mais indéfinissable. du côté des Juifs. en restant . de travailler ce qui fait échec en résistant. mais aussi citoyen/non-citoyen. Il s’agirait de procéder plutôt comme cela. Et ce qui reste. mais à montrer que tous les critères produisaient des situations qui ne correspondaient plus à aucun : des gens inexpulsables et irrégularisables. Il y a là quelque chose de précieux pour se représenter aujourd’hui une notion de peuple. mais pas goïm selon l’esprit. au fond. il met en échec la division de la loi.pas comme une substance. il est aussi juif. et peut-être aussi pour penser ce que Deleuze disait quand il parlait de peuple mineur.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. plutôt qu’en se demandant : « Quel serait le principe universel communautaire qui pourrait nous permettre de nous retrouver ensemble ? » Au contraire. La loi définissait des critères. mais comme un écart. il n’est pas non-juif. et tout le travail a consisté non pas à invoquer un principe d’hospitalité général. La loi divise en Juifs et non-Juifs ? Eh bien moi je vais couper cette division par une autre coupe. et non selon l’esprit.). Paul travaille comme cela : il divise la division au lieu de proposer un principe universel. Finalement. juif/non-juif.html c’est exactement le contraire. c’est le sujet nouveau. il fait une chose très subtile : il divise la division même. Ce nouveau partage va produire des Juifs qui ne sont pas juifs. Il y en a plusieurs.

je pensais à l’horrible situation politique des années 1980. Disons que la nouvelle figure de la domination se dessine maintenant assez bien. Tout peuple prend cette figure si l’instant est vraiment décisif. ou du moins attribué. dans une telle situation. vous penchez davantage du côté de l’aporie. comme vous dites. dans la figure du prophète : le prophète parle toujours d’un reste d’Israël. ce pessimisme dont peut-être je ne me rends pas compte. dans une critique de l’époque aussi radicale que la vôtre ? À vous lire. Le peuple doit se produire en reste. Pas seulement dans les médias : il est pour ainsi dire mis en œuvre politiquement. C’est-à-dire qu’il s’adresse à Israël comme à un tout. mais lui annonce que « seul un reste sera sauvé ». C’est ce qu’on trouve dans la Bible. mais cela peut être n’importe quoi d’autre. 13 of 15 10/15/11 3:40 PM . que j’aime bien.html consisté à montrer que l’on pouvait démultiplier les critères de façon telle que personne ne correspond exactement à l’alternative entre clandestin et régulier. C’est autre chose. en Yougoslavie notamment. Mais moi je ne le vois pas comme cela. se poserait en tant que reste ? Cela ne correspond pas à la distinction majorité/minorité. On dirait là que ce n’est pas une portion numérique. quelle place reste-t-il aux « situations déterminées » et aux « instants décisifs ». » Je partage cette vision : l’espoir est donné pour les désespérés. de l’impasse et de l’échec . Il y a une ligne de repère qui ressort de ça.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. pour répondre à votre question. les figures du totalitarisme et de la démocratie . Je ne me vois pas si pessimiste. Cela dit. mais la figure que tout peuple doit prendre dans l’instant décisif .que du côté de l’opportunité.notamment dans la manière dont vous renvoyez dos à dos. C’est au fond la première fois qu’on voit aussi nettement en œuvre le modèle spectaculaire. le salut ou l’élection. Dans vos livres. Je pense aussi à la guerre du Golfe et aux guerres qui ont suivi.vacarme. et « la solitude et le mutisme là où nous nous attendions à la communauté et au langage ».en l’occurrence. c’est : « La situation désespérée de la société dans laquelle je vis me remplit d’espoir. C’est ce qui se joue chez Isaïe. du coup. Il y a une phrase de Marx que Debord cite aussi. du kairos. Il faut toujours le voir dans une situation déterminée : qu’est-ce qui. vous évoquiez notamment une « expérience de l’impuissance absolue ». C’est ce qui m’a frappé chez Paul. À quoi pensiez-vous ? On m’a souvent reproché. Non. là encore à partir de Debord.org/article255. prendre la figure de ce reste. chez Amos. justement. dans le discours prophétique.

c’est la même chose. celui qui a cessé de lutter. Seuil. qui a perdu toute conscience et toute volonté. Il y aussi cet autre pôle. qui le dépasse ? C’est un problème poétique. C’est au fond ce que j’aime beaucoup chez Simondon : on peut penser qu’il pense l’individuation. Ce qui reste d’Auschwitz. c’est un modèle possible. obscur. Ce terme renvoie probablement « au sens littéral du terme arabe muslim. toujours.. C’est d’ailleurs une autre manière de poser le problème du sujet. ni la puissance impersonnelle.Vacarme / une biopolitique mineure http://www. Seuil. Permettez-moi. il me semble que la question de l’art de vivre. signifiant celui qui se soumet sans réserve à la volonté divine » (Ce qui 14 of 15 10/15/11 3:40 PM . Maintenant. 1990 . notes sur la politique. qui permet d’engendrer une vie. [1 (#nh1) ] Homo Sacer. le « musulman » désigne. Elles sont toujours en rapport. le pouvoir souverain et la vie nue. Je crois qu’on pourrait appeler l’impersonnel l’ordre de la puissance impersonnelle avec laquelle toute vie est en rapport. Le sujet ne serait ni le sujet conscient. personnelle et impersonnelle.org/article255. principe impersonnel fécond. mais ce qui se tient entre les deux. 1997 .. 1999.vacarme. théorie de la singularité quelconque. l’homme-momie. ces choses sont devenues triviales. plus fécond et poétique. La désubjectivation n’a pas seulement un aspect sombre. qui ne lui appartient pas. Elle n’est pas simplement la destruction de toute subjectivité. non-individuel. donc.il faut la considérer aussi comme un fait de politique interne. C’est-à-dire qu’une vie est toujours faite de deux phases en même temps. quelque chose qui en même temps nous dépasse et nous fait vivre. Les Romains appelaient cela le génie. dans ces guerres-là. Bibliothèque Rivages. Là aussi. le mort vivant. pour ainsi dire. Et on pourrait appeler désubjectivation cette expérience qu’on fait tous les jours de côtoyer une puissance impersonnelle. [2 (#nh2) ] La communauté qui vient. Bibliothèque Rivages.html Simone Weil dit quelque part que c’est une faute de considérer la guerre comme un fait qui concerne la politique extérieure . même si elles sont nettement séparées. où le sujet n’est que le sujet de sa propre désubjectivation. comme coexistence entre une principe individuel et personnel et un principe impersonnel. une absolue indiscernabilité entre politique interne et politique extérieure. dans l’argot des camps. Or il me semble que. Moyens sans fin. Voilà. 1995. On les trouve dans la bouche des experts : la politique extérieure et la politique intérieure. ce serait : comment être en rapport avec cette puissance impersonnelle ? Comment le sujet saura être en rapport avec sa puissance. de refuser votre accusation : je suis sûr que vous êtes plus pessimistes que moi. Mais j’insiste : il n’y a là aucun pessimisme psychologique ou personnel. [3 (#nh3) ] Der Muselmann. on a précisément une absolue indétermination.

Les "vrais" témoins.html) Anne Cheng : le ressac de l’histoire (article1917.]. » (Ibidem. Bibliothèque Rivages.html) Étienne Balibar : passeur du temps présent (article1885. p. il pourrait provenir « de la posture typique de ces détenus. les engloutis. p. les jambes repliées à la manière "orientale". sont ceux qui n’ont pas témoigné.html) Régine Robin : l’écriture à la trace (article1967. ni "pensée". Ils n’ont ni "histoire" [. aucune instruction ou mémoire à transmettre. leur plénitude. [4 (#nh4) ] Tiqqun. Les rescapés.vacarme. par délégation . revue de métaphysique critique. le visage rigide comme un masque. 41-42)..html) Avital Ronell : qui est à l’appareil ? (article1944. Ce sont ceux qui "ont touché le fond".témoignent d’un témoignage manquant. ni "visage". il porte en son cœur cet "intémoignable" qui prive les rescapés de toute autorité. Or le témoignage vaut ici essentiellement pour ce qui lui manque .html) actuellement en librairies 15 of 15 10/15/11 3:40 PM . 53). le « musulman » est le nom de l’intémoignable : « Le témoin témoigne en principe pour la vérité et la justice. lesquelles donnent à ses paroles leur consistance.org/article255. publié dans Vacarme 10 hiver 2000 (rubrique134. Pour Giorgio Agamben (Ibidem. p. Selon l’Encyclopedia Judaïca. ».Vacarme / une biopolitique mineure http://www..html) les entretiens de Vacarme Nancy Fraser : devenir pairs (article2005. parlent à leur place. pseudo-témoins.html reste d’Auschwitz. et n’auraient pu le faire. Qui se charge de témoigner pour eux sait qu’il devra témoigner de l’impossibité de témoigner. les "témoins intégraux". blottis seuls.html) thèmes Agamben Giorgio (mot313. Mais parler de délégation n’a ici guère de sens : les engloutis n’ont rien à dire. 49). les "musulmans".