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Le sacre de Charlemagne

Le 25 novembre de l’an 800, Charlemagne fut couronné empereur par le pape Léon
III au sein de la basilique Saint Pierre, à Rome. Beaucoup de documents écrits relatent
cet événement, cependant certaines contradictions restent présentes entre ces différentes
sources. Six documents ont donc été pris en considération et réorganisés
chronologiquement afin de pouvoir donner un semblant d’explication des circonstances
dans lesquelles s’est déroulé le sacre de Charlemagne.

La première source n’est autre qu’une lettre de Charlemagne rédigée en 795 par
Alcuin1, fidèle conseiller du futur empereur, et adressée au pape Léon III. Au sein de
celle-là, on distingue clairement le rôle que se fixe Charlemagne et celui attribué à
l’Église : il va ainsi assurer la protection de l’Église en punissant les attaques des
païens - religieux non monothéistes - et des infidèles, les Arabes et en évangélisant les
populations intérieures et extérieures au Royaume. Quant à l’Église, elle devra assurer
le salut de ces combats en priant, afin de permettre des victoires et une évangélisation
éminentes. Il y a donc ici une volonté de définir les objectifs du pouvoir politique et
ceux du pouvoir religieux.

Selon G. Bührer2, lors des travaux de rénovation du palais du Latan à Rome, entre
796 et 798, le pape Léon III a demandé la réalisation d’une mosaïque. Sur celle-ci est
représentée Saint Pierre, faisant la distinction entre les deux pouvoirs : d’un côté il
remet un attribut religieux, le pallium, à Léon III, lui conférant ainsi l’autorité sur
l’ensemble de l’église universelle, et de l’autre, il offre à Charlemagne un étendard, lui
assurant ainsi de multiples victoires. En faisant édifier cette mosaïque, Léon III marque
donc son intention ferme d’une volonté de séparation du pouvoir religieux et politique.

Selon les Annales royales3, Charlemagne est venu dans la basilique Saint Pierre le 25
décembre afin d’assister à la célébration de la messe. Alors que celui-ci s’était incliné
pour prier, Léon III lui posa une couronne sur la tête et le peuple l’acclama : le pape
avait ainsi inversé l’ordre de la cérémonie, la première étape étant normalement que le
peuple acclame l’empereur. Cet extrait donne l’impression d’une cérémonie bien
organisée, le pape ayant attendu que Charlemagne soit penché pour lui remettre la
couronne à son insu. Les Annales royales, rédigées par au fur et à mesure par plusieurs
rédacteurs assez bien informés, ne relatent pas des sentiments du nouvel empereur à ce
moment, ce texte conserve donc une certaine neutralité sur ce point.

1 Lettre de Charlemagne au pape Léon III, ALCUIN, 795 dans L’époque carolingienne, E. AMANN, Paris, Bloud et
Gay, 1937, p. 77
2 G. BÜHRER-THIERRY, L’Europe carolingienne (714-888), coll. Campus Histoire, Paris, Sedes, 1999, pp. 38-39
3 ANNALES ROYALES, 799-801, d’après G. TESSIER, Charlemagne, coll. Le Mémorial des Siècles, Paris, Albin
Michel, 1967, p. 167

Toute représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, est illicite
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Les Annales de Lorsch4 de 801 relate le fait qu’en Orient, le titre impérial était
maintenant porté par un femme - Irène. Le Concile, réunion des hauts dignitaires de
Rome, jugeant inacceptable cette situation, estimait que ce titre devait revenir à
Charlemagne, roi des francs qui tenait déjà Rome entre ses mains. Après avoir entendu
cette proposition, Charlemagne l’accepta sous une certaine pression des prêtres et du
peuple chrétien : il fut donc couronné empereur par Léon III. Dans cet extrait, aucune
référence n’est faite quant à Byzance et aux tensions qui y régnaient à cet époque après
la prise de pouvoir d’Irène, qui déposa son propre fils avant de se déclarer empereur.

Au début du IXè siècle, Théophane5 rapporte la fuite du pape Léon III auprès de
Charlemagne ; ce dernier va lui venir en aide en punissant ses adversaires et en
rétablissant le pape sur son siège. Le pape paraît donc faible, puisqu’il a été chassé du
siège pontifical et qu’il est obligé de se réfugier sous l’autorité du roi des francs. Après
avoir pu reprendre ses fonctions, Léon III va récompenser Charlemagne à sa propre
façon, en le couronnant basileus des Romains dans la basilique Saint Pierre le 25
décembre : il va l’oindre, lui donner les vêtements impériaux et la couronne. Il semble
que cette cérémonie se fait sans la présence du peuple, celui-ci n’ayant aucune présence
dans cet extrait ; le pape Léon III et Charlemagne apparaissent être seuls dans la
basilique.

D’après Eginhard6, grande connaissance de Charlemagne, le pape Léon III a subi de


grandes violences de la part des Romains : ses yeux sont crevés et sa langue coupée. Ce
texte est le seul document parmi les six présents ici à relater des violences faites au
pape qui est victime du mécontentement des empereurs romains de Byzance. Comme
précédemment, Léon III se réfugie auprès de Charlemagne et celui-ci rétablit la
situation. Mais lors du couronnement de Charlemagne par le pontife, un nouvel élément
est pris en compte, celui du mécontentement du futur empereur : la cérémonie, dont
l’ordre a été inversé par la volonté seule de Léon III, attise la colère de Charlemagne. Il
regretterait même avoir assisté à cette messe. De plus, un élément reste obscur : le fait
de savoir comment Léon III, considéré ici comme aveugle et gravement blessé, aurait
pu accomplir cette cérémonie, à moins qu’il n’ait été l’objet d’une guérison
miraculeuse… Toujours selon Eginhard, Charlemagne, devenu empereur, a du tasser la
colère des empereurs romains, jaloux de son titre, ceci par l’envoi de nouvelles
ambassades.

L’analyse de ces six documents permet donc de mieux comprendre les circonstances
dans lesquelles le sacre de Charlemagne a pris place, même si quelques points restent à
éclaircir, notamment ceux des tensions qui régnaient en Orient à cette époque et des
probables coups infligés au pape.

4 ANNALES DE LORSCH, 801. D’après Ch. DE LA RONCIERE, R. DELORT et M. ROUCHE, L’Europe au


Moyen Age, t. 1 : 395-888, coll. U, Paris, A. Colin, 1969, p. 168
5 THEOPHANE, Chronographie, début du IXè s., id. note de bas de page n°4.
6 EGINGHARD, Vie de Charlemagne, éditée et traduite par L. HALPHEN, Paris, 1938, pp. 80-81

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