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Böhme, Jakob (1575-1624). Mysterium magnum. Avec 2 études sur J. Boehme. 1945. 1/ Les contenus
Böhme, Jakob (1575-1624). Mysterium magnum. Avec 2 études sur J. Boehme. 1945. 1/ Les contenus

Böhme, Jakob (1575-1624). Mysterium magnum. Avec 2 études sur J. Boehme. 1945.

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Couvcftufcs aupddeuraet !nMt:outH oncoutouf

"MBUOTHËQWPH~OSOPW!QUB

JACOB

MYSTENUM

'BOEHME~

MAGNUM

THADUtT

AVBO DBttX~~pSS

PO~~A

FOtS EN PBANÇAI8

aUB J. BOBaMB

DB

N~BEN~MAEFF

Tome!

A

·

~<X

~)~~ ~a

.ÉDtTtOi~~Ô~'rA~ME

s

i

A

aïNMOTHËQ~BPHXÏ.OSOPHXqUB

AB6LARDŒuvres choisies. Textes présentés et traduits par Mau- rice de Gandiitae. AMSTOTB Traité sur les Parties des Animaux

(Hère premier). Texte et traduction, avec introduction et commentaires

par

préface et notes

J. M. Le Biond. BBMBtBt Œuvres choisies, traduction,

M&UMCEBLONDEL: Pages religieuses.

taire et précédés JACOBBosHME

par

André Leroy, agrégô da l'Université, docteur ès-lettres (2 v.)

par un commen- Montcheuit s.<.

magnum, avec deux études sur Boehme

Extraits reiiës

d'une introduction du R.P. de

Mysterium

de N. Merdtaeu

(2 vol.).

AUGUSTBCOMTBŒuvres choisies, avec une introduction

par Hear'

Gouhier. professeur à )a Faculté des Lettres de Liito.

NtcoLASDBCuM Œuvres ohoisies, avec une étude de Maurice de GandiHac, agrégé do l'Université, docteur es-tettres.

DAVtoHus)E: Traité de la nature

humaine, traduction, introductio).

et notes de

Andru Leroy. abroge do l'Université, docteur ès-

Phitosophiquos. traduction, introduction et

do Conforoncos & ta t''acuite dos

lettres (2 vol. 1. F.-ti. JACou) (Euvros

notes do J.-J. An~ett, Muitio

Lottros de Grpnobio. K)f!)U4MAAMuVie et règne do l'amour.

MAINBM HmAN Œuvres ohoistO!). avec une étude d'Henri Gouhier. MALBBHANCMxMéditations

Chrotionuos, avoc une introduction et des notes, pur Uoot't Uu'fhi~t'.

NEWHAN (Euvros

Philosophiquos,

traduction do 8. Jankélévitch,

préface et notes

de M. !<6()ouccUe.

PsBUoo-DsMYst.'At)HopA())TBŒuvres

comp)6tOB, traduction, préface

et notes par Maurice do Candmac.

J.-J. Hous~BAU Du Contrat

et un

Social,

avec una

introduction, des notes

comtnentairo par Maurice H'dhwachs, professeur à la

choisies, introduction, tra-

Sorbonnp. Gut~AUMBDR SAfNT-THxnuit (Euvros

duction et notf)! par .).). t)éci)anet.

ScuBLUNa tntroduotion à la

PLilosophio

do

(2

la Mythotogie, avec volumes).

introduction de S. Jankatevitch

Essais, traduits et préfaces par S. JanM)6vitch.

S(:HLH)iM)ACHMDiscours sur la

religion, traduction,

introduction

et notes par t. J. t:ou){e, professeur honoraire à la Sorbonne.

VAUveNAROMs

de

(Euvres ohoisios, avec une etcde de H. Gaillard

Champtif nxr~n de i'Univorsitè.

CSUVRNS DXVBNSSS Maitre Ët.hUAUT Traités et sormons. FteuTK La Destination de l'homme. Initiation à la vie bienheureuse.

MEOtiL Phénoménologie

Esthétique, MBnDKKUne autre philosophie do l'histoire. KtBnKMAAMcCrainte et treu)b!ement. MAXSnuELM Le sens do la Boun'ranoe. ScutLMM Lettres sur t'éduoation esthétique do t'homme. BoMvtBV La Justifioation du Mon. fn-S". -M~

de

t'csprit.

4

voiumea ia-8o.

.Mf. Mt.ou-MMt.tt, t ), .tue M stMEe. Mme.OM) 9~0

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MYSTERIUM

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BïBMOTHËQUE PHÏMSOPHÏQUE

JACOB

MYSTERIUM

BŒHME

MAGNUM

Tfadutt poutJat"

AveedeuxétudessurJ. Bœhmedo

totaentrancata.

N. BERDÏAEFF

TOME

AUBÏEtt,

MCMXLV

ÉDtftONB MONTAtGNt!,PARIS

ETUDES

A.L'

SUR

JACOB

BÔHME

par NïCOLAS BËNDÏAEFF

(.UNGRUND" » ET LA LIBERTÉ

Le

L'oheau dans le

vit dans t'cau. la ptante dans la terre,

ciel, te soie)) nu ~Tnamont:

potaMn

La salamandre devait prendre

Et Jacob

naiasanco daM le feu

Bcfohma trouve dan!) te Cœur do Dtou son

[etement.

ANOBt.U8Stt-BatUS.

1

Jacob BOhmo doit êtro reconnu comme l'un des

plus grands

dos

co mot non dans io Mua dos h6r6'

gnostiques oht6tiena. J'emplolo

aies des promioM s!6o!<t9 du christianisme (2) mata bien pow

d&alsner un

c'est un savoir

mythes et dos symboles

savoir fondé sur !a r6vc!atioM et utilisant plutôt

que des concepts

mon citations est colle

sept ~otuntM,

(1)

L'édition dont jo me sorti et ott je puise

aur BcehnM

ta

plillosophie

et du

de K. v. ScmMMin, œt~ree MmpM'M <<?

t840. Des ou~MSM puMM)

Jaco6 Bofttne en

)'«<

uttMaô<Fr. BAACBn,CMt~*

de J. Boehme. Ttrotatemeve!utnco

rences at<r ta Mt'atoc~

fa

des CEMWMfMnpMÏM, t862.

faffM

m6m9 auteur Con/~rencM et commen- :·

dot-Mne t!f J. B. Tfet.?.tetnevohuMCdes (BHMfM complètes,

du

<Mnp~

MM-Boehme). –MAmBNasft,

B.f

.EtHttei)tMMop~~ueo. HAttLsas,

Jacob .Bcemiteet <e<

allemand J.

La mHstf~tM Mfontf'fMtede J. B.

HANHAHMMt. Jaco

BM~me? .M

CM n«'fnf)<f<!<te JacobHANHAlolloUiIR¡l'ocempen du làicenw

a rocKHMKan McenM-

Richard Jecht, 1024, RuhM. ~at JoNES.

XM'.< X~MftM.

1M5.

R. STB)N! MM~'e"ejet JËdht.n~ aK <cTHeeMtBoohnM A. Ke~m}~

en

Ils n.ont Me JteUo.

roncnt et ae !o GMca

y

1855. – M. KAMRtBM!, La concep«onpf)<tosoph(<)t)e de t'unfMM

de la JR~/oHm-(cenMent

Jaeo&

Boehme.

un tort

chapitre

aM<m<«M. – EMM.E BouTttOUX, jr<<) philosophe

Ï)B<]t!SBN,Jaco&

otMe <fe Co~tK* -en mémoire de JMM&Boe~M,

villede Goortils

Boehme. EMtn'f,

BONNBAMM.Luther « BoetmC. –

natM <fest&ntwf,jMbM par ~HM~b

XM~mafeM~

QuaUeM (fauteur eat un Américain).

aarntw t'Mudë ta

La

(~ Je e au9 du

ment otiMé to otMMtaatsnto par

q)t'enttcMMM6-c<parte6hnsMan<<H<o

ptut eMeMe qu'on

phMeooph~ de Jacob Boe~nx', Ma&.

trouve Inexact d'appeter MrMtttucs !M nneteM mosttmeo.

9yncr&tMae.M!)aicu!t do

t'epoauc he!Mntquo.

la Mt;oMOde

a

i

·a-

r

JACOBBOEHME

oontemplatif bien plus que discursif. Telle est la phitnsoph'e

religieuse ou théosophie.

grande simplicité là

de oceur et sa qu'il pouvait

Rien ne caractérisa mieux Bohme

que d'âme tout enfantine. On

sa

pureté

s'écrier au moment de mourir (c Et maintenant

comprend par

je prends

le chemin du Paradit ». Il n'était ni un savant, ni un

un artisan cordon-

!t

Aréo-

à la classe des

sortis du

appartenait

peuple.

1

pas plus

Pseudo-Denys

et la mystique médiévales On ne

ptupart dos mystiques

néoplatonisme.

peut

chré-

I~a Bible était

il lisait aussi Para-

Schwonkfetd. H vivait dans l'at-

ettré, ni un scolastique, mais simplement

sages Aristote que le

nier. Il

ne connats~ait

pagite, la sootastique

trouver en tui, comme chez ta

tiens, dos inOuences directes du

sa

celse, Séb. Frank,

mosphère de courants

prinoipale nourriture (1) spirituelle, mais

son

Weigel,

mystico-théosopbiquM

été

philosophe

'do t'Attomacne

dans le sens sectaire

de

temps. Il n'a jamais

de ce mot; de

mando est énorme. Il ne

mais

avant tout il est

théoaopho et cependant son influence

visionnaire et créateur

sur la philosophie

alle-

etaira et nets

mythes

pensait pas par concepts

symboles et par mythes.

Il était convaincu que le

défiguré par les savauts, les théologiens, les

christianisme par est

papes rienne et fut

meure. Mais le interdisait

ot pour des

et les cardinaux. Lui-même était do confession luthé-

accompagné par

ctergé

un

dans sa dernière de-

persécutait, le pour3uivait,

pasteur

luthérien le

l'impression do ses écrite. Fait bien typique

plupart des mystiques

toute confession! mais, comme la

théosophes,

problème

très

porté à croire,

pour

aucun

il était au-dessus dos confessions.

compliqué

c'est le

beaucoup

problème

de la

On peut découvrir on lui do forts éléments oathotiquea mal-

de son savoir

grt sa grande haine du papisme. Préciser l'origine

est un

possi-

bilité d une révélation et d'uno illumination

tique, d'un don surnaturel (charismatique). Bien que l'on soit

maintenant

BOhmo a lu, it oat néanmoins oortam quo sa doctrine

Otro oxptiquéo~ar doa influences ou des saurait dire

fond). Eokhardt. était un homme de eoienoea et do tottros: it

porsonno)t& et gnos-

plus qu'auparavant, que

no peut

emprunts (ce qu'an ne et

quelque peu pro-

d'Aquin,

penseur original

i

connaissait Aristoto, le Psoudo-Donya,

Namt Thomas

ainsi que

duuta, avait des intuitions

tui-m6modes af"' ~osdo aon savoir Jo n'ai quo faire

puisque co n'est point

un autre ma!tro et c'est la Nature

euttèro. C'est de toute cette Nature et de aa force créatrice que

sooiatitique et la mystique médiévatea. BOhmo,

originales.

sans nul

Xt parle

do leurs méthodM o'. do leurs formules

d'après

eux

que j'ai étudié) j'ai

1.

~o t)téoMp)M chroMondu xvttt' f<)~o!c,t'Attemand EtUngcr. assez

unerèvetntton que

appareMea Boohntf,dit do )u) D)ouo montré

M vrato

p

uuo

sageaBeost ceHequt tMcoute<te!)Satxtc!)EerXures.

r

C

DBUX 6'fUCES SUR JACOB BOEHME

7

j'ai étudie et

appris ma phitosopMe.mon astrologie et mathéo- t'intormodiaire

dea hommes M).xM se

scolastique

at !e

logie, et non pomt par

sent la révolte Je la Renaissance contre la

retour & la nature.

En même

temps, BOhmo est persuadé

forces humaines

qu'

que ce n'est pas

connaissance,

pas

par

ses propres l'intercession du je par suis un homme aussi

mais

forces

puis rien, mais

tou-

de l'Amour

dtvin traverse mon

nité ne forment qu'un seul être, une seule conception et une

divins. Il

croit Sophia

comme un enfant aimé et to

doigt

(de

de ton cœur l'anneau du Grand

faire revêtir l'habit do la noble

arrive &la

Saint-Esprit, a Par mes propres

aveugle qu'un

autre et no

inné pénètre tout mais

par l'Esprit de Dieu, mon esprit

jours

avec assez

seule lumière!

que

ette-memc J'aide à Dieu « va

t'adopter

la nouvelle

do persévérance lorsque l'Esprit

esprit,

(2)

n

naissance) que

alors la créature animale et la divi-

percer

les

mystères

Vierge Sophia ot glisser

Mystère,

tu auras

t u

et c'est dans cet habit

seul la puissance de par-

ler de t'otornetto naissance de Dieu. a

Bohme, & t'inverse do la

sur sa voie

dincroncia la

do Rohmo

plupart

des

mystiques, parlo (3) do

non point-de ûmo

ce qui est do Dieu,

"e qui lui ddvi.t.& tui-memo et n'écrit rien "ur sa propre

*!u monde et do l'homme ci.

opirituntto.

C'est

pas plus que

qui

mystique

La

arrive & la eonnaiManeo de Dieu et du monde

justement

ce tra!t-!&

théosophie mystique de la mystique tout court.

appartient

au

typo

gnostiquo. par 1 homme,sa Maia il

lu

part

sujet et non do l'objet malgré

do la nature et a

du monde invMbto. ta

spirituel éternelles, do oetto

qui permet

A

monte au ciel,

do tol1o

façon quo j'y

do

l'ordre psychique.

L'homMO

temps quo dans l'esprit.

connaissance émane du

prépondérante qu'il

cosmologie. La monde vistbto est imago

philosophie

«

intérieur de la Lumière et dea Ténèbres

acttvito

oelle-oi de se rendre visible a (4). Lo ciel s'onvro à rinteriow do

paa plus quo

jo n'ai vu toutes tes œuvres et créations do Dieu, maia co cio!

reconnaia

fait à ta

Le monde visible est une manifestation du monde

spirituptte;

c'est un teOet de J'éternité

pas non plus

esprit

t'hommo. a Je no suis

s'est r&vêt6dans mon

les oeuvres et créations divines o (6). Pour Bohme ioa étomonta

physiques,

naturols, sont en m6me

Ït voit dans la nature la mémo chose

est un <' miorotheos et un microcosme e. L'Amo humaine con- tient aussi bien le otot que i'enfor. Et ce n'est qu'ainsi quo la

1.

Toutes les citationsRont tntte!) dt'aprea te!).MmntMMeWef~ode

Boehme,publlécspar

volume, p.

ScMfNar. l.etpxtf!. 183)-!846.

280.

volume.j~M~'oh M'htf/pM de rJMfe divin, p. 207.

Jacob

2. Votr !t'

9. Voir

4.

6.

Voir volume. volume,p. ~«njra, p. 144. 10.

8

JACOBBOEHMB

connaissance de Dieu et du monde est

rituel et invisible est le fondement du monde

possible. Le monde

spi-

matériel et visible.

On ne peut trouver Dieu que dans les profondeurs de son

est vain de chercher la

conception

sagesse

du

entier,

cœur. Ït

mies et les livres. La

symbolique. Le monde visible en entier est symbole du monde

intérieur. « Le monde

essence, n'est qu'un signe ou une apparence

rieur et

tère extérieur

sentent les

qualités majeure de BShme «

mation

manière

l'inapparent et de l'inconcevable nais-

sent l'apparent et le concovable )) (1). Le monde est symbole

image de l'essence divine et est

le

sible que par la purification de l'âme

Bohme voit très bien

bêtise de la

haute idée de la est un devoir de boliste mais non

du xixe siècle. C'est un réaliste. Il n'a

avea l'existence

la pensée abstraite, de t'être, ni

subjectives personnelles. La connaissance chez B6hmo

et

s'abîmer ou habiter

ne s'est

pas connaissance est réalisée

nement à l'intérieur de t'être. La

d expénenoo et de vie, née des tourments au sujet du sort de

l'homme et

L'existence

propre

divine dans les acadé-

monde de Mhmo est toute

physiques repré-

de t'œuvre

débute par l'affli-

spirituel

visible, avec son de celui qui est inté-

spirituel; tout ce qui est tntérieur et latent a un carac-

extérieur et

correspondant. » Les qualités

spirituelles. L'avant-propos

Mysterium magnum

le monde visible est «

que

symbole du monde

invisible x. Les choses visibles et sensibles sont .une

d'être de l'Invisible;

de

de Dieu. « Ce monde est une

Dieu révélé

par une image terrestre x (2). Connaître Dieu, c'est

connaissance n'est

humain et

temps

parle il a la

plus

Connaître Dieu

le lien vivant

voir naître dans son âme. Une telle

sagesse

pos-

grâce & l'Esprit de Dieu.

de la

les limites du savoir

humame. Mais en même

connaissance en elle-même.

pas idéaliste,

au

réelle, ne s'est

l'homme, créé pour cola. Bohme est un sym-

sens de l'idéalisme allemand

pas perdu

enfermé dans le monde de

spirituel signifiait pourtui

vivre en lui.

Bohmo était toute

et bonne et

pas dans le monde des expériences

caractère réatistiqua

Connaître le monde porte un

dans ce monde,

dans l'existence

gnose

de

eymbolique.

transformée pour lui en objet opposé au sujet. La

même; c'est un évé-

du monde. C'était une âme

pleine de

la vie du monde était dur et

fondamentale sur l'existence du

était une intuition du feu. Par là it

Il avait un sentiment

mal dans la vie du monde.

compassion que Bohme avait. Mais pure so!. sentiment de

point

sentimental. Son intuition

monde portait sur le feu, ou

s'apparente à Héraclite.

aigu et prononcé du

une lutte acharnée

particulièrement

Partout it voit

entre des principes contraires, entre la lumière et les ténèbres.

1. Va votume.p. 3.

2. Voir VI'

voliune, De incarnatione Verbi,p. 3t9.

DEUXÉTNOB8SUR JACOBBOBHMB

 

-s-

99

ï.

Par ce sentiment de la

Dieu et te diable,

du mal et de la-lutte entre

à ce qu'il y a d'amer et d'âpre

les

plonge

puissance

la lumière et les ténèbres, il est proche des

d&Luther(l).It perçoit mais aussi en tant

que

sources de la Réforme et de Dieu mon seulement en tant

t'expénence

qu'Amour

Colère et Courroux. It eat sensible

qualités sp~

rituelles. Il voit la nature ténébreuse dans la Divinité même qui

dana Dieu. Ici les

qualités physiques signifient

est un abtme irrationnel. Par son sentiment de la vie, Bohmo

est déjà à l'orée des

temps modernes. Par ses racines it

dans le moyen âge, car il ne s'est pas défait du

Mais

déj&

bout en lui le

sang

à l'égard

de la vie

chez un homme

du moyen âge. Par

l'intérêt

qu'il

de sa conception du monde, par

lui, de la liberté,

statique

ni comme

profondément

réalisme médiéval mystique.

d'un homme de la Réforme et do la Renaissance. On trouve chez

lui une attitude tout à fait « renaissance a

cosmique 'et de la nature. Et une conscience do soi-même

beaucoup plus élevée que

te dynamisme

porte

par son sens de la lutte de? élé-

a la genèse et au devenir,

ments contraires et

BBhme est un homme des

plus

un

lutte, un devenir, un énorme processus, tout feu et dynamisme.

Thomas

et immobile. La vie du monde est une

modernes. Il ne conçoit déjà

l'idée, capitale pour

temps

le monde comme un ordre éternellement

système hiérarchique

ni de Dante.

à la

Cela ne ressemble nullement

d'Aquin

conception de saint

BShme a réBéchi plus profondément que

sur le

problème de l'origine du

Il

les hommes du

moyen âge de la théodicée. La

le monde, prévoyant

beaucoup. trouvant dans le Père mal et souffrance.

mat, sur le problème

créer

de savoir comment Dieu a

question et le mal et la souffrance,

y

pu le tourmentait

(2),

cherchait le sa!ut dans le cœur du Fils Jésus, ne

que colère et courroux et dans le monde

que

Il

eut un moment où BOhmo crut

que Dieu avait quitté

proche.

partait

avant

plus

ce mauvais monde et il chercha alors un Dtou

Bohme

Ainsi que le dit très

justement Koyré

des tourments au

sujet du problème

du mal et cherchât!

qui

qu'Amour? Le tour-

l'apparente aux

d'eux toute

grave-

tout le sa!ut et seulement ensuite la connaissance. Com-

vu l'Absolu de la Divinité? Comment

ment comprendre le mal,

ne

échapper

s'est

ment

anciens

par

façon Bohme appartenait

ment blessés

Le premier dans par l'histoire de la pensée des temps modernes,

de la vie du monde.

et à la colère divines d'un Dieu

du mal

au courroux encore révélé dans le Fils en tant

problème

pas de Bohme concernant le

gnostiques. leur caractère

Mais ses conclusions t'étoignent

plus chrétien. De

d'hommes

incomparablement

à

cottp catégorie

le mal et les tourments

1.

Sur ce point

les mOtcattoMde Bomhammdans

son !tvre ~aNtM'

tout à (ait justes quo:<m'i)exagère leur parente.

J.

Boehme,pp. 30 et 25.

et Boehmesont

2.

Voir A. Kova~, La pMoMpMe de

10

JACOB BOEHME

Bohme fait une découverte

immense dans l'idéalisme allemand, à Bavoir

ne

mière ne peut se faire jour sans les ténèbres, !e bien ne peut être

révélé sans le mal, l'esprit sans la résistance do la matière.

lui résiste. La lu-

qui

aura

ensuite une importance

que chaque

chose

qui

être réveMe

peut

une autre

que par

II

Bohme veut résoudre une question qui a inquiété nombre de

Comment la transition (ou celle de l'un au

possible?

passage) multiple, de i'étomet

prispaissanoe?

partir

d'un

de Dieu au

temporel?

Comment la Trinité Divine a-t-elle

De quelle

manière le Créateur eat-it

Comment se dévoilait

la Personnalité en Dieu? L'Ab-

théologie apophatique

et de la métaphysique

ne

théologie

est corrélatif à la création, à l'homme. H en était

(1).

de mon étude étant limité, il ne rentre

Le sujet

pas la doctrine de Bohmo sur

en ce mo-

dans mes vues dé développer

par

une grande précision et ne satisfont

ohox lui,

pas')o dog-

pas')o dog-

c'est

qu'il

de la Trinité

et dans

l'homme un principe ter-

Divine. La

théologie orthodoxe a

théogonique en Dieu, parlait

enseignait un pro-

d'une naissance divine

philosophes monde est-elle au

Comment la création du monde fut-elle possible à

Rien Divin, d'un Absolu?

apparu? solu de la

peut être Créateur du monde. Ce Dieu, Créateur de la

oataphatiquo,

déjà ainsi chez Eokhardt

ment

la Trinité. Ses formules dans cet ordre d'idées ne se distinguent

pas toujours

matique. Mats ce qui est impressionnant

voit partout dans l'univers

naire, image

toujours été troublée par le fait que Bohme

cessus

1. C'est parfaitement exprimé chez Vatentin Weigot t

Dieu ne fait qu'un avec lui-même et n'a

qu'U apparatt

pas de

pour tut-mcme, de manière absolue,

dans sa

mystérteuae unité,

nt

< respectu

nom. Mais U n'est

sans aucune créature

MMtdéré ni

tel

têt qu'il se présente et se révMe avec sa créature. Absohh seul et pour

tmperifonnet, tntempore!,

tntecaMsé, tnaotif,

Esprit enhtt-ntfme Saint,

pré-

son

faire, désirer ou vouloir? N'est-il pas avec

d'ailleurs. Car que

creaturatùm

lui-même, sans aucune créature, Dieu reste

aboulique

en tout endroit, )t n'agit

pourratt-i)

sent, repos rien no lui est ni futur ni

pere-t-H rien tt possède

respectivement,

insenatMe! il n'est afna) ni Pèfe nt FHs ni

H est t'eterntto eMe-memesans temps, H plane et réside

ne le veut ni ne le déstre

sur rien, n

et son éternité bienheureux le Tout Partait? Tout lui est

passé,

aussi ne désire-Mt rien, m'es-

par

toutes choses en tut-mfme et H a besoin de sa

sa créa-

chose. Mats c est

ture

sent ou qu'il se

personnes et ii est lui-même ta

Il veut, agit et crée toutes choses et i! est toutes choses; il

est l'être de tous les ftres, )a vie de tous les vivants,la lumière de toutes

SatKt-Ësprit,

et des sentiments. Alors ii devient le

c'est-6-d)re dnns, avec et

veut et

qu'M devient personnel, actif, qu'il

qu'H désire, qu'il res-

puissants.

laisse attribuer en considération de nous des

Saint-Esprit

tous les

les lumières, la sagesse do tous tes sages.to pouvoir de

(DeHbc~eJTammwteM, S«mmen <fe«<<!chef Ga«M/fetM<<e.Ed.Dt<'derieh, 1917. p. 183).

DEUX ÉTUDES SUR JACOB BOEHME

il

et d'un mouvement en Dieu. Sa conception

mique

ont élaboré sur Dieu une dootnne

do la

Dieu en

tentiel,

dans

logie

de Dieu était dyna-

théologiques ohrétiettt

au

haut

point. Les systèmes

ptua

en utilisant les

catégories

Ainsi, la doctrine aur

pensée de la philosophie grecque.

tant

qu'Acte pur est entièrement

ne contenant en tui-memo aucun po-

pomt

la théo-

immoMo,

mais bien dans Parmémide~ Platon et

fondée sur Aristote. Co n'est

que

d'un Dieu

la Bible, ni dans la révétation chrétienne

chrétienne a puisé

statique,

son

enseignement

pur,

cette

théologie.

est un concept

satisfait et

Aristote. La statique de l'ontologie grecque

preintes dans

Acte

doctrine

rieure, nie

a laissé ses em-

Dieu comme

pierre

et de

passions,

Le Dieu immobile,

l'àssimile à une Dieu de la Bible

plein

Lui.

de la croix et les

de Dieu et non un Dieu vivant. Là

ôte à Dieu toute vie inté-

immo-

théologique prédominante

en Lui tout

processus,

Le

ainsi. II est

bile. C'est une idée idotâtrique.

H

y

l'Apo-

de vie intérieure et

oalypse n'est guère

dramatique. Le Dieu endurant la

est

Saint

vement. Louis

taire et incompris L'immense

d'Aquin.

duit, dans la conception et

oonoaption

ment dit, vu une

à toute vie. Et BChmo ta devait au fait qu'il avait,

fait de !a Bible sa nourriture

a du mouvement en

peine

offrant

un Dieu mobile et non immobile.

te saorinoo de l'amour,

Augustin

philosophie grecque

statique,

un

elle, libéré des

part,

lui-même reconnaissait on Dieu un certain mou-

soli-

raison sur saint Thomas

de Btois définissait Dieu comme un martyr

et avait ptutôt

importance

do BShmo est d'avoir intro-

après

la domination do lit médiévate aveo leur

un

d'une

part

ot méditait sur

de Dieu,

de la seoiastique

principe dynamique; d'avoir, autre-

tragique, propre

vie intérieure dans Dieu,

spirituelle

catégories de la pensée grecque, et, d'autro

do Dieu

contemplation

l'expérience

des contraires le déchirant,

de

du doux ot. de l'amer,

était uno &mo aouve,

introduit dans sa

du mal dans la vie du monde,

de l'amour et du courroux.

la lutte d&la lumière et des ténèbres,

Bëhme

qui s'est placée bien en lace du problème

vait

d'être un

la signification

un principe aombro dana les toutes premierea

du mat, mais

ne pou- !a oonsotOBOo

humblement et se borner à

que l'existence

plus

se

pécheur. Audacieux, it

plier

voulait connattro l'origine et

du mal. Par là, il était un gnostiquo. H voyait

.souMos do

mémo. Il est

l'existenoe,

contraint d'admettre un tel

plus profondément

dans la Déité mêmo et

morne du mal, qut la tour-

principe

un sens

mentait tellement Mais it ne glissa pas

positif

de l'existence

dans le travers du dualisme des

paut

gnostiques

etro conçu

!e mal. Par Je oafaotôM do

dans la bi-divinité. Le bien ne

maniohéiques, sans le mal. Le bien se revête

par son raisonnement sur les. choses divines, Bohmo n'est pas un

~2

JACOB BOBHME

néoplatonicien, comme le sont la

tiens. Pas Chez lui, )t

moral du ma), chez

métaphysique. Sa métaphysique

mtettectuausto

volontarisme chez

plupart dea mystiques

n'enseigne

opposition.

chré-

l'émanation. Le sentiment un sentiment

non point

Le

nouveau qui sera

plus qu'il n'est moniste et

n'y

a

partout que volonté et

Luther,

devient chez Bohme

est volontariste et

çomme cette de la Grèce

Bohme

et du moyen

âge.

est ur. principe

la

phr

philosophie de la

la suite

développe par

liberté ne fut

philosophie allemande. La

à ce volon-

possible que grâce

tarisme de

volonté

Bohme. Bohme est entièrement

dans ses

fondements,

est imprégné d';)ne encore sonore

grande gravité

du

magique qui,

et trrattonnette.

Bohme considère avec une

qui ne recule devant aucune conséquence le

mal et ne le

prend pas comme

pédagogue

éduquer les enfants. L'existence pour lui

feu. Et ce feu, dans les

vie est feu

(1).

Le

méo constitue le tort

ténèbres, est

encontre viennent la

problème ou moraliste

pour est un courant de

froid et cuisant. a Toute

feu est volonté. Un-)volonté altérée et affa-

premier fondement de l'existence. A son lumière et l'amour. Les ténèbres sont

virtuellement contenues dans

jusque

de

dans la Déité

la profondeur de l'existence,

est un

fondamentale entre

toutes,

la doctrine méontique de Bohme

c'est un

rationnelles.

rap-

qui

même (2).

question,

Elles sont liées à la liberté

mystère,

de Bohme sur

aMmesombre et irrationnel

réponses

une

hberté,

ori~inette,

méontique (3). La doctrine, pleine

sur

essai

l'Ungrund (l'Indéterminé),

qui précède t'être,

t

de

Mtte de

Bohmo

la

l'apparition du monde et du mal. Toute la doctrine

sur l'Ungrund

est à un tel

qu'il est impossible de les

séparer. Et moi-même,

même

comme une liberté

do

point entrelacée avec celle de

je

interpréter l'Ungrund comme une liberté abso-

suM onohn à

lument

déterminée

sur

pas par Dieu. Nous verrons que

ne se

Mais on no

l'Ungrund

concept.

un tel

domaine

Quelle est donc la

tout

distingue pas par une netteté

peut pas

non

n'est

guère possible,

conceptions

à

plus l'exiger de propre lui, car

concept do 'J'Ungrund

qui dépasse

les bornes des

position

do ta doctrine de Bohme par

port

à la

théologie

traditionnelle et rationnelle

ne veut

non reconnaître de

correspondant à l'Ungrund? Personnelle-

par

théologie rationnelle, transforme

comédie, en un

les

les

jeu

de

ment, j'ai toujours pensé que la théodicée, élaborée

systèmes

dominants de la

entre Dieu et le monde en une

relations

do Dieu avec lui-même et qu'elle reflète l'antique esclavage

1.

2.

trois

principes de !'B<re dfuht, p. 280.

Portedge, !o .partisananglais de Boehme,parte d' un reaard

de t'éterntM Ct. sa

T/Moto~aMjs«M. o~ e<non d'un eux 0~.

de

Ungrund

3.

Le néant dans !e sens d'un u~

DEUX ÉTUDESSUR JACOBBOBHMB

19

l'homme, son abattement et sa

Par contre, Behme

de l'univers comme une

aussi divine. Ce qui sauve la

c'est

forme en

vons devant un

devant lequel nous

phatique

sa!ut et à l'unique

manière irrespirable.

dans la rationalisation des

tôt son veto contre- la

l'agnosticisme.

elle, reconnaît

peur. C'est l'ontologie

!e

mystère

rationnelle

péché.

de la création

non seulement humaine mais

du

veut comprendre

tragédie

théologie

cataphatique,

le fait qu'à un certain moment elle se trans-

et afnrmo quo nous noua trou*

qu'inexprimable

théologie

l'unique

uniquement

théologie apophatiquo

a recours

mystère devons nous incliner. Mais la

tard au

trop isaue, après La

mystère,

connaissance,

aussi inconcevable

oata-

comme à

avoir tout rationalisé, de

théologie va trop droit et trop loin

mystères divins et prononce trop

faisant ainsi le lit de

théosophie qui,

mys-

La

C'est par qx'ette diffère de la davantage

l'irrationnel et le mystérieux des

plus grande mesure la possi-

choses divines et admet dans une

contre la

théologie catholique scolaire,

bilité d'une évolution infinie dana la connaissance de ces

tères, rejetant par

théologie, eUo, se sert do préférence

la

conception suivante de la théologie

rationnelle, cataphatique Dieu, à ce qu'il parait, le Dieu par-

fait et immobile, achevé, satisfait,

infiniment bon, a créé te monde et l'homme

le bien do la création. L'acte de la création du monde n'aurait

rien et n'aurait correspondu à aucun besoin

de Dieu, t< serait le produit d'un arbitraire pur et simple, il

n'aurait en rien enrichi.

créature, l'homme, de la fatale faculté de

do sa création

Dieu aurait doté sa

n'aurait rien ajouté à l'être divin

été

Je nomme comédie la

connaissance conceptuelle.

si

do

concepts

surtout

parfaitement mise au point.

omnipotent,

omniscient, et

et

pour sa gloire

qu'il

provoqué

par

la liberté, it verrait dans la et une imago do lui-même.

mauvais

liberté un privilège

Cependant

l'homme aurait fait

qui

blessa

a lieu dans l'incarna-

it serait entré en rébellion

contre son créateur, it serait déchu de Dieu et dans sa ohuto

aurait entraîné avec lui la création entière. L'homme

la volonté do Dieu aurait été soumis à la damnation et à la

et pleure. loi a'arroto

usage de la dite liberté,

puissance

!o

de la Loi. Toute créature gémit

rédemption qui

premier acte. Au soeond commence la

rejetée

et

cosmologie du monothéisme

tion du Fils do Dieu désirant sauver la créature. La

du créateur est

rédempteur. Il convient néanmoins de remorquer que

cette

cipe

le Christ et a~Mtt la révélation de la Sainte Trinité. Il

personne dans l'ombre au profit do colle du

sont bâties Suivant le

toute

prin-

anthropologie

intégral,

qui

sans la moindre relation avec

N'agit

d'un théisme dualiste no connaît

qui

à-dire d'une doctrine qui n'a rien de chrétien. La comédie t

ignore tout de la Trinité dtvino,

que la doctrine monarchique do Dieu, c'est-

14

JACOB BOEHMB

jeu en dotant l'homme de. liberté, ne pouvait

toute-puissance quelles conséquences

& savoir le

pèche,

te

qui

reçoit sa liberté

une

même temps

de ses moyens.

Il n'est

Pour Dieu tout

nelles. Ce

de Dieu avec tui-meme ici

dans le fait

Dieu

que que savoir dans sa

entraînerait cette liberté

mal, les souffrances et douleurs cosmiques,

éternelle et les tortures infernales non moins éter*

la damnation

énorme

d'êtres créés pour son bien. L'homme apparaît comme un jouet

de l'extérieur et auquel

responsabilité qui dépasse dans sa chute.

on impose

sans importance en

nelles d'un nombre indéterminé et manifestement

ta mesure

s'accomplit la création du monde, alors que dans l'éternité sont prédéter-

minées toutes les souffrances, les

grand que

dans l'éternité

et dans t'aote

de

temporelles

comme tes éter-

la prédes-

autres,

et dont

mène inévitablement à la doctrine de

h la

porte

saint

qui des uns, au salut, à laquelle inclinait

ses conséquences

perte

tination

doctrine

Calvin tira

éternelle des

déjà ultimes. Dieu

Augustin créa le monde

qui éternelle, car il connaît les consé-

sera le choix do l'homme.

do

do

on

réponse de

de

Itberté, quct il no l'a pas tirée

au

pouvoir lui, o'est'a-dire

une

t'a prédéterminé

quences

L'homme

tui-mémo et ootto liberté est exclusivement

Dieu, elle est totalement déterminée

à la

de la liberté, il connatt

a reçu de Dieu la

par est fictive. Dieu attend une

(tn de

compte qu'otto

la créature à son invitation

Dieu et commence

réponse que

qui

M'eat paa insondable pour lui. Le problème

a ce que la créature s'éprenne

mais Dieu n'attend

une vie divine,

de lui-même, il joue

avec lui-même car c'est lui

puisqu'elle

donne la liberté et il en connaît tes conséquences

d'Ivan KaramasoS

eft développé plus complètement

Il n'est pas question d'une larme d'enfant

et transposé dans l'éternité.

dan

la vie tempo-

bien temporelles qu'éter-

de Dieu

relle et terrestre mais dea douleurs aussi

nelles d'un nombre énorme d'êtres vivants

qui reçurent !o fatal cadeau de ta liberté, alors que ce Dieu savait te sens et

les conséquences

théologiques comme une correction

do ce cadeau. La

peut

sotériotogie des systèmes

interprétée

met le

traditionnels

être facilement

indigne do Dieu de la faute oommiso

temps la forme d'un pro-

qui

la divtue

lui, correction qui prend en même

le Dieu d'amour

de la révélation chrétienne au

par

cès correctionnel. La

oublie dans sa cosmologie et dans son

Trinité, Christ,

théologie rationnelle cataphatique

et do

anthropologie sacrince, et qui

mystère et non à celui

compte de la rédemption

peut dépasser

le stade

une théodioéo notivo. La

porte

un caractère pas dans le

do la création du monde, no

morato-juridique

de cette divine comédie et construit

doctrine théologique de ta volonté libre

gique

mystère premier qu'un. Dans une telle conception

mais ne pénètre

de la liberté. E!!c n'est I&

que pour punir que!"

se trouvent irrémédiable-

DBUXËTUOBSSUR JACOBBOBHM8

t8

ment

Or Jacob Bohme a été un des rares à a'enhardir

mélangés

des éléments

apophatiquos

et

eatâphatiques.

et jusqu'à & concevoir dépas-

ser cette théologie

mystère

pas

rationnelle et

de la création du monde non

cataphatique

le

mais

cessus cosmogoniquo ou anthropogonique mais aussi d'un

processus théogonique.

que il ne faut

tempore! comme chez Fichte ou Hegel, mais que

rieure et éternelle do Dieu se manifeste sous forme do

comme une comédie

seulement d'un

pro-

comme une tragédie. Ï! ne parle pas

Dieu ait

Mais c théogonie ne signifie nullement

dans le temps;

connu un commencement et soit né

entendre

par

précisément

qu'il naisse dans un

processus la vie intét

processus

dans l'éternité, de combat avec los

dynamique, de tragédie

ténèbres du Non-Être. Or la doctrine de l'Indéterminé et do

la Liberté est

prendre la création du monde à partir

Divinité. La création du monde fait partie do la vie intérieure

cette dernière

cetto manière. !e

une tentative téméraire de com-

de la vie intérieure de ]a

peut

être

pour

La

do BShme sont imbibées de

grave .et tragique.

pas prisonnières do l'An-

parle

do la divine Trinité, elle en

que!quo principe du mal devient véritablement

cosmogonie

chose d'absolument extérieur. Do

et

l'anthropologio

révélation chrétienne, elle8 no restent

e)ies sont baignées do la lumière du Nouveau,

do la terriblo

a Souffrance do t'Indéterminé a (vol. IV, 26) que doit surmonter

la lumière du Christ.

cien Testament,

de la !umièro du Christ. BOhme nous

ni

La doctrine do l'Indéterminé chez

.RMMHtet !o

Mystère,

it

y

BOhn~e ne prend paa

immé-

pas

diatement ea forme définitive et nous no !a trouvons

dans l'jiMWff). Elle est

'Stgnatttfs

besoin de Bohmo de saisir le

du mal, le combat do la lumlèro et des ténobMs. Au troisième

chapitre do De StgHatM'a .RMHMintituM a Du grand Mys-

tère do toutes choses o, BOhmo dit t Pria hors do la

Dieu est un do la nature,

eau insondable qui ne réside et no

l'Indéterminé;

manifestation <!o trouver le Néant x

déterminé est donc !o. Néant, l'ooi! insondable do réternité

et on mémo temps une volonté, une volonté sans fond, obys-

sale, indéterminée. Mais c'est un Néant qui est « ia faim du

Chose

Quelque est la a Liberté

et cet oeil est une volonté, entendez un désir de

principalement dévo!oppéo dans le De ~~<e~<MMMag~MM. Ë!!o têpond au

mystère

do la'

liberté, t'origiao

entendez

par

nature,

I&dans le Néant; car hors

a lo néant, c'est-à-dire un caii do !'etenHt&,

regarde en rien, car

11est

(voi. IV, 284"5t. L'In-

(IV, 286).

(IV, 287,

En mêmo

288 et 289).

rïndétormmé

temps, Dans les tonebtes do

·

16

JACOB BOBHMB

l'Indéterminé iherté, la liberté est ta

s'embrasent

liberté méontique

les flammes et elles signifient

et

potentielle.

de la nature,

la

Selon Bohme la

la nature

mais

contre-partie est issue de la liberté.

c'est d'elle

tandis

que ressemble au Néant

La liberté

que provient le Quelque

Chose. La faim de la liberté,

la faim immotivée du

Le Néant apparaît

provenir

Quelque dans les ténèbres de la mort dana son désir

ni ne veut être

Chose doit recevoir satisfaction.

df

uh Néant

lumière ni ténèbres m bien ni mal. La liberté réside dans les

ténèbres et a soif de lumière. Et la liberté

elle se

détourne

pour la lumière, elle saisit les ténèbres de son éternelle volonté; et

vers celui de

lumière. « La liberté est et réside dans les ténèbres,

est la cause de la

n'est ni

de la liberté car le Néant ne

a (IV,

406).

peut La liberté de l'Indéterminé

tendre

du désir des ténèbres

les ténèbres s'efforcent

de saisir la Ipmière de la liberté

et

ne peuvent

t'atteindre, car elles se referment sur ottes-mêmes

les profondeurs de t'Être, dans cette

Dans los

Et

leur désir et sa rotransforment elles-mêmes en ténèbres

apophatiquement

au Néant

et antinomiquement

premier.

produit la nature.

avec (IV, 428). Bohme décrit

le

de ses

ténèbres s'embrase le fou et scintille la lumière, le Néant devient

le

deux

Mystère qui se joue dans

profondeurs qui

touche

Quelque Chose, la liberté, insondable,

processus

s'aceomptissent

et l'empreinte

« La liberté est la cause do

réside dans

l'empreinte, et chacun réside en

ne

la lumière

des pénibles

commencements, o'est-a-dire

dans la liberté et la lumière, l'autre

la douleur et la souffrance des ténèbres;

tui-memo

du désir est la cause des ténèbres et

par

ceDes-oi doux

l'un qui réside

le Néant,

souffrances. Entendez donc

deux principes

qui

(IV, 429). <: La liberté, c'est-à-dire