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CENTRE DE RECHERCHES D'HISTOIRE Volume 61

ANCIENNE

Michel GITTON

Les divines épouses

de la lge dynastie

Publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

Annales Littéraires de l'université de Besançon, 306 Les Belles-Lettres, 95, boulevard Raspail, Paris-VIe

1984

QUATR l EME

PARTIE

LES ADORATRICES DU DIEU ET LES SUPERIEURES DES RECLUSES D"AM0N DURANT LA 18~DYNASTIE,

- 96 -

deux se situent

au début du regne de Thoutmosis III, ou même (pour Senseneb) un peu avant. Il

est impossible de savoir si ces deux.personnages avaient un lien de parenté.

Mais une chose est sûre : la seconde (Houy) a donné le jour devenue Epouse du Dieu.

Ces deux cas.isolés sont à peu près

contemporains,

tous

à une reine.

On pourrait voir

dans

l'institution de ce nouveau

titre une mesure

temporaire destinée à assurer

la continuité

de

la

fonction dVEpousedu Di-

tombée

en déshérence à la mort

de Néfrourê,

ou peut-être

non

exercée en

raison

de

l'extrême

jeunesse

de

la

princesse.

 

- 97 -

$ 1 : Les recluses et leurs supériewr.

Le titre de "supérieure des recluses" mériterait à lui seul une

étude détaillée (3). On lui a supposé une date ancienne à cause de sa

forme (wrt bnr analogue à wr mjw. wr 5 Pr-ehwty). mais. jusqu'à présent,

--

--

les premiers exemples remontent à la 18e dynastie (4).0n connait bien

à l'Ancien Empire et pendant la

Ière Période Intermédiaire, des imyt-r3 pr

---

(5) mais le doublet est à lui seul la preuve que la formule wrt hJir n'était

--

pas encore typée ou qu'il ~~agitde deux fonctions différentes.

De très nombreuses divinités sont susceptibles d'avoir une "supérieure

des recluses". A. Blackman (6) énumère : Onouris, Harsaphes. Khonsou, Min.

Soukhos, Thot, Osiris, Iounmoutef et, peut-être.

d'Assiout sans compter Amon. Le titre n'est pas réservé aux clergés des

dieux masculins ; il est attesté pour Mout. Bastis, Isis et Nephtys. On

connait aussi des "supérieures des recluses du Roi" (7) qui. dans un cas.

est la reine elle-même, Néfertary-Méritenmout, épouse de Ramses II.

Khnoum d'Hermopolis et Oupouat

(3) Le titre a été pour la première fois repéré et correctement lu par Devéria,

Le

Voir ensuite Gardiner.

p.15-16 : Lefebvre, Histoire des Grands Prêtres. p. 34-35. Uoir aussi

Papyrus 'udiciaire de Turin.

p. 130-131 qui traduit hnrwt par "cloîtrées".

lace JEA 7 (1921),

48 (1911), p. 50, n . 2;

III 297, 11-14 ; 298. 1.

(4)Un des premiers exemples semble être une stèle d'Abydos % 34080, datant

(5)

du début de la 18e dynastie (époque d'Hatshepsout-Thoutmosis III) où

est

*'2

mentionné une

-2-

III, 297, 11 qui cite CGC 28006.

-

1380 et Mariette.;Mastabas Cl5 ; ajouter

(6) Art. cité p. 16.

(7) Wb- III, 247. 12 qui cite l'inscription de Néfertary Mérytamon à Louxor

(reproduite par nous dans

78 (1978), p. 397) où la reine est dite

- 98 -

Quelques-unes sont wrt-Fr sans précision de culte (8).

--

Une premiere question se pose donc sur la nature même de ce groupe

de recluses.désigné par un collecitf bnr (ou Snrt) (9). Dans un des pre-

miers exemples connus (101, il est déterminé par les signes de l'homme

et de la femme ( ) et nous avons vu que des déesses peuvent être

-

-

0.0

gratifiée d'un hnr . La traduction par "harem" ou "concubines" parait donc

L

problématique (11). Il n'est pas douteux que le terme peut revêtir ce sens,

à l'instar de pr-hnr qui désigne clairement le harem du palais dans le dossier

- -

de la conspiration contre Ramses III(12), mais c'est seulement lorsque le

contexte l'exige. car hnrt ; dérivant du verbe hnr "emprisonner" pourrait

L

-

bien dêsigner toutes celles (et tous ceux !) gui vivent dans une certaine

réclusion, soit dans un palais. soit dans un temple. C'est évidemment

dan; ce monde de servantes du palais que les rois devaient prendre leurs

compagnes plus ou moins éphémères, mais on sait qu'il existe un autre mot pour

désigner les concubines royales, hkrt-nswt

(13). On ne s'étonnera pas de

--

voir une reine en titre "supérieure des recluses", si ces dernières ne sont

pas toutes. forcément. des concubines !

(8)

wrt-hnrt n Hr nb Ch. Une statue de Kawa (Macadam, *I,

--

pl. 4, p.3-4)

mentionneuEë TXmëE-'-*- qui est supérieure des recluses de

Nb-hprw-RL

d'Amon nb-nswt-t3wy (l'Amon

local de Kawa). Il est peu vraisemblable que TouGnkhamoXt habité Kawa, les recluses semblent donc plutôt attachées au culte du roi divinisé.

--7- est donnee

(.Toutankhamon), c'est peut-être elle

comme supérieure'des recluses

qui, sur la même statue,

340%. 34080. Ces deux monuments proviennent d'Abydos.

(9) La forme gs qui peut être un féminin pluniel (hnrwt), ou un

(10)

hbyt. Lacau-Chevrier. Une chapbdq~atsheDsout

à Karnak , 90) est-estée dès la 18e dynastie (BM 1280, cf. supra

collectif (hnryt, cf.

p.79 ), malgré Wb

III, 298, 1 (CD. 19):

28006.

(11) Elle n'a été remise en cause, à notre connaissance, que par D. Nord dans une communication à 1'American Research Center in Egyptsignalée dans Newsletter ARCE 87 COct. I973), p. 35 .

(12) Pap. judiciaire de Turin 4, 2.3.5.6.

; 5,3 , cf. de Buck, JEA 23

(1937), p. 161, note (p) ; Pap.Lee 1, 3-4. cf. Goedicke, JEA49 (1963), p. 84-85.

(13) Wb

311, 401. 6 .

Il reste à expliquer le lien qui existe entre hnrt et ;pt

E

-

(14).

Ecartons tout de suite les exemples où un fonctionnaire du harem royal

(s;-nswt) est attaché au Snr ou au Pr-hnr (15). c'est simplement la preuve

du lien qui existe entre = deux réalités au sein du palais royal, ce que

nous avons reconnu. Quand il s'agit des divinités, les choses sont loin

d'être claires. Tout d'abord le lien entre le ynf d'Amon et le nom de Louxor

--

--a

(ipt rst) est une pure et simple supposition de Blackman (16). nous n'avons

aucune preuve d'un rapport particulier entre les recluses et le temple

méridional d'Amon. La phrase de 1' autobiographe doÂbà dans laquelle se

trouve les mots e - [.lu,

la traduire (17). De plus. le sens premier de fpt prête lui aussi à con-

testation (18).

t-

'ic

est si obscure que Breasted a renoncé à

-

Les recluses des temples semblent avoir des liens très étroits avec

les activités musicales, si appréciées des dieux d'Egypte. tout comme les

dames du palais avaient pour principale tâche de réjouir le roi par le

chant et le jeu des instruments (19). Leur supérieure était donc un personna-

ge en vue dans les fêtes des différentes divinités.

La fonction de supérieure des reclu~généralisée, semble-t-il. dans

tous les temples d8Egypte au Nouvel Empire a dû correspondre à la multiplica-

tion des officiantes nécessitée par les nombreuses sorties processionnelles

dont on a la trace à partir de cette Époque. La supérieure des recluses est

en quelque sorte le pendant féminin du "premier prophète" qui s'implante

(14) Blackman, art. cité, p. 15.

(15) de Meulenaere,

50 (19751, p. 91.

(16)

--Art. cité. p. 15 -- Papyri 1, p.18.

; elle est reprise par P-iankoff. Mythological

(17) Caire g 36158, Cf. PM

(traduction : Breasted, g IV. 491) :,~<.=f'&~f=zcz

I/2, 786. Daressy ASAE 5 (1904) p. 96.

!C- --w

. Nous proposons de traduire hypothétiquement : "il fait

son apparition avec les hautes plumes, son père (celui de Nitocrisl Amon. en direction de son Ipet. pour ses recluses qui sont avec elle

(l'Adoratrice deDieu). lors de

sa fête'.

(18) Cf. la conférence de D. Nord, cité plus haut.

- 100 -

un peu partout à la même époque (20).

Au vu des titulatures de nombreuses supérieures les recluses

d'Amon qui mentionnent avec insistance Hathor dame de Nbt-Htpt (21), on

--

pourrait soutenir que le titre de wrt-Fr a gardé des relations avec le

le culte héliopolitain.

--

1 2 : Les recluses d'&op.

Les mieux connues des supérieures des recluses sont évidemment celles

d'Amon (abrégées désormais : ÇRA) . Nous les suivons dès la première moitié

de la 18e dynastie, jusqu'à la Troisième Période Intermédiaire.

Le groupe des recluses d'Amon nous est présenté de fason réaliste sur

les parois de la Chapelle Rouge, dans le cadre de la fête de la Vallée et de

fête d'0pet (22). Derrière le harpiste et les ballerines qui attendent la

barque du dieu à son retour de Louxor (fête d'opet), trois musiciennes sont

figurées. agitant de la main droite le sistre. elles sont suivies de trois

musiciens représentant le choeur. Elles portent une longue robe collante et

sont coiffées de la pande perruque tripartite.Elles récitent un hymne :

"L'odeur des aliments, l'odeur des aliments, comme est agréable.llodeur.

Le domaine d'Amon. il est parfumé de (l'odeur des) offrandes et des provisions". -

La légende Ies désigne comme les <'recluses du temple8' 5

Ce sont sont doute elles qui sont encore représentées sur le bloc symétrique,

gui présente le retour de la procession fluviale à Deir el Bahari (fête de

la Vallée) : elles portent, cette fois-ci, la -t,

7 [d

en

plus du sistre (23),

(19) Dans Sinouhé B 268-269, ce sont la reine et les enfants royaux qui apaisent le roi par le jeu de la met des sistres : cf. Gardiner, Notes on the Story of Sinuhe. p.100-103 ; Brunner, @ 80 (1955). p.5-11;

Westendorf,

5 (1977) p. 293-304.

(20) Aucun document ne parait attester ce titre avant la 18e dynastie (le texte sur lequel se fonde Lefebvre, Histoire des Grands Pr*. p. 63-65, pour faire remonter l'institution du Premier Prophète d'Amon à la 2e période Intermédiaire ne date lui-même que de la 20e dynastie ; même si on tient à l'historicité de Khonsouemhat, on peut penser que le titre bm-ntr tpy nlmn est une réinterprétation tardive).

(21) Voir ci-dessus les SRA Touy et Mérytrê.

(22) Lacau-Chevrier, E.,

p.200, § 299. 1; pl. 9.

(23) E.p. 202, 5 300. 1 où elles ne sont désignée par aucune légende.

- 101 -

Un bloc plus difficile à situer (il pourrait prendre place soit avant

l'embarquement à Louxor, soit après le débarquement à Karnak) représente

une théorie d'officiants qui escortent la barque. Trois femmes, désignées ex-

plicitement comme "recluses du Temple". précèdent sept "prophètes" porteurs

d'enseignes à tête animale et un prêtre-lecteur (&y-hbt) (24).

--

Les recluses ainsi désignées paraissent liées au groupe des chanteuses

d'Amon et des joueuses de sistres. Sans doute, toutes 1es"chanteuses d'Amon"

ne font pas partie des "recluses", car la première catégorie est tres vaste

et regroupe presque toutes les dames de qualité de Thèbes qui ne s'astreignaient

certainement pas à une vie cloîtrée (25). Mais nous serions tentés d'y voir

un groupe plus restreint formant un choeur permanent, auquel venait se joindre.

pour les fêtes, les "chanteuses" séculières. On évoque aussitôt les chan-

teuses de l'intérieur'' étudiées par J. Yoyotte (26) dont l'existence est

attestée B Thèbes au moins à partir de l'époque libyenne : elles pourraient

bien avoir été la suite de nos recluses.

Le groupe des recluses d'Amon parait avoir été si nombreux à certai-

nes époques qu'il a fallu le diviser en sa? , dotée chacune de sa supé-

rieure (27).

La localisation des recluses d'Amon.dans l'agglomération thébaine

n'est pas connue, Elles paraissent. au moins les blocs de la Chapelle Rouge.

liées au temple de Karnak, mais elles peuvent s'être déplacées avec la

barque d'Amon. Le rapprochement que nous ferons plus loin entre Supérieur$

des recluses et Epouse du D* pourrait nous inviter à chercher leur lieu

d'implantation au nord de la nécropole thébaine au voisinage du domaine

de l'Adoratrice, mais les

deux fondationsrestent distinctes au moins à la

(24) G. p. 203, 5 304,

1.

(25) 11 n'existe aucune étude sérieuse sur les "chanteuses d'Amon" ; quel- ques notations dans Blackman, art. cité ,: p.9 ; Lefrebvre.~. p. 33-34.

(26) CRAIBL ,1961,p. 45-51.

(27) Wrt bnrt n 'Imn m s? Snw (Naville. Papyrus funéraires de la XXIe

WaSiië,; -)-;Y]

- -"-

CiFt hnr n >Imn-RC ms3 tpy (CGC 42223).

- -

- -

18e dynastie (27 bis).

- 102 -

5 3 : La Supérieure des recluses d'Amon.

Une fois appelée "supérieure des recluses de la maison d'Amon-

(Touyou). une autre fois "dans Karnak" (Mérytrê), la SRA a joué un rôle

particulier dans le clergé thébain tout au long du Nouvel Empire et dans

la période suivante.

Enumérons rapidement les principales titulaires de la fonction dans

l'ordre chronologique, autant qu'il est possible de la reconstituer (le nom

des rois sous le règne desquels elles ont exercé leur fonction est indiqué

entre parenthèses).

18e dynastie

- Houy (Thoutmosis III), autres titres : "supérieure des recluses

dans la maison de Rê". "Adoratrice divine d'Amon4'. "Adoratrice divine dans

la maison d'Atoum" (28).

- Satamon (Thoutmosis III), autre titre : "fille de Roi"(29) .

- Touyou (Thoutmosis IV). autres titres : "concubine royale, supérieure

des recluses de Min, chanteuse (bsyt) du Dieu Bon, chanteuse d'Hathor".

mere de la reine Tyi (30).

-

- Ipény (Aménophis III), femme du vizir Ptahmose (31).

(27 bis) Une tablette publiée par P. Vernus (= 33 (1981), p1.6, p.107) mentionne le Pr-wrt-bnrwt à côté du Pr-DwBt dans une liste de domaines approvisionnés au milieu de la 18e dynastie.

(28) BM 1280. cf. supra, p. 80 .

(29)

34117 = Ek. IV 1940.

/

(30) Davis-Maspero, The

Tomb of Houiya et Touiyo~,p. XVI-XVII.

(31) Lyon 88 = % IV, 1915, 5.

19e dynastie

- 103 -

- Touy (Séthi Ier), mère de Ramses II (32).

- Ouadjrenpet (Séthi Ier ?) (33).

- Mérytrê (Séthi Ier). femme du grand-prêtre d'Amon Nebnéterou et mère

du vizir Pasar (34). autres titres : "joueuse de sistre d'Hathor

nbt-htptlC(35),lfla-ao -la? (36), 3440,

Bentanta (Ramses II). autre titre : "fille de Roi" (38).

Tyi (Ramses II), fille ou peut-être petite fille de la précédente (39).

*Lo

e.

(37).

- Takhât (Ramses II), femme

- Isis (Ramses II). femme du grand-prêtre Ounnéfer (41).

Mertséger (Ramses II). femme du grand-prêtre Bakenkhonsou (42 1 Moutn6fert (Rames II), femme du Vice-Roi de Kouch SGtaou, [F1-43n-4~

du grand-prêtre Nêbounenef (do)

(42 bis ).

20e dynastk

-Hénoutmeter (début de la dynatie ou fin de 19e ?), épouse du 3e

prophète d'Amon. Amenhotep. mère de Tjanefer (43).

-Néfertary (début de la dynastie), belle soeur de la précédente.

prophète d'~monTjanefer, mère d8Amenemope (44).

épouse du 3e

(32) Lg Text III, 148.

(33) Mariette. Catalogue général du Monuments d'-os.

p. 424 b1373.

(34) Lefebvre , Histoire des Grands Prêtres, p. 246-247, qui cite notamment

~.~héb.106 (L! xt 111. 254 ; LDm. 132 q);

561 (ajouter

630); Louvre

5212 (auj. A. 75, cf:

Vandier,

16 (1964). p. 81).

(35) Louvre A 75.

texte : Lefebvre, o.c. , p. 138.

(36) "Grande chanteuse du Dieu qiii est en elle" (E 561).

(37) "Belle favorisée de Thébes" (T.Theb. 106 =

Champollion, ND 1, 847)

(38) Daressy,

14 (1893), p. 32.

(39) Lefebvre (e,p. 247) la range parmi les enfants de Nebnétérou. Helck perwaltung p. 450) considère qu'elle est la fille de Pasar , PM I/1, 219 qu'.elle est sa femne. Il faudra attendre la publication complète de la T.Thèb. IO6 pour avoir une certitude.

(40) Lefebvre, &, p. 248 qui cite T.Théb. 157 d'après Lg Text III, 239.

(41) Lefebvre o.c., p. 249-250 qui cite le monument généalogique de Naples d'après ~Gsch,Thesaurus p. 954 [9J ; voir l'arbre généalogique de la famille dans : Reisner, JEA 6 (1920). p. 45-47 ; Kees, Priestertum. p. 121-122.

- 104 -

-Touy (début de la dynastie), épouse du 2e prophète d'Amon, Hornakht ;

autre titre : "chanteuse de Thot

d'Hermopolisg' (45).

-Âdjtou (Ramses III), femme du grand prêtre d'Amon Ramsesnakht (46).

-Tamérit (Ramses III-Ramses IV). fille de la précédente et belle-soeur

de Néfertary, femme du 3e prophète d'Amon et Ier prophète de Mout. Améné-

mopé (47).

-Nedjgmet (Ramses IX), épouse du grand-prêtre Hérihor (48).

A partir de la 21e dynastie ; le titre de SRA est de plus en plus

réservé à la famille des grands prêtres (49). il est complété par celui de

hryt wrt bnr tpyt n 'Imn. "première grande supérieure des

-

(42 bis )Habachi, C. Hist. Eg. 10 (1957),p.

(42) Lefebvre, o.c., p. 136, n.1.

-

53-54. 65

(43) T. Théb. 148 ; voir maintenant Gaballa-Kitchen,MDIAK 37 (1981). 164,

fig. 3 [III]

.

(44) *.

p. 164. fig. 3 [VI]

.

(45) Louvre A 128 = piehi, Ecriptions hiérog1yphiqu.e~ 1. pl. 11 [6] .

(46) Gaballa-Kitchen. art.

265,

qui ne disposait pas de publication intégrale, fait de%djaout la fille

de Ramsesnakht.

cité, p. 167 fig. 4 [III]

. Lefebvre,=:,

(47) z.,p. 167 fig. 4 [III] .

(48) Elle a continué à porter ce titre après l'accession au trône de son mari (cf. Kitchen. The Third Intermediate Period,~.41). mais elle le porte déjà quand celui-ci n'est encore que genéralissime et grand prêtre (Leide Stèle V 65, cf. Boeser. Beschrijving VI. 13. pl. 28). Il faut peut-être ajouter aux mentions de ce titre sur son matériel

funéraire (Kitchen,o.c. p. 42-43),

l'inscription figurant sur un frag-

ment de vase canope au musée Borély à Marseille, au nom de la SRA

Tanedjemet (Maspero, Catalogue du Musée égyptien Ino 10061 1.

de Marseille, p. 182

(49) A la 21e dynastie, toutes les "(Grandes) semblent avoir été les épouses des Grands-Prêtres d'Amon (pour les noms propres nous suivons ici les désignations de Kitchen) :

Hrëre B épouse de Piankh Istemkheb A épouse de Pinedjem Ier

Kitchen p. 44-45 Kitchen p. 61-62

Henttawy A

épouse de Pinedjem Ier

Kitchen p. 49-52

Tayu-héret

épouse de Masaharta (?)

Kitchen p. 68

Istemkheb C

épouse de Menkheperrê

Kitchen p. 63

Gaout-soshen fille de

Menkheperrê

Kitchen p. 67

Istemkheb D fille de Menkheperrê et épouse de Pinedjem II (?) Henttawy C fille de Smendes II Nesikhons A fille ae Pinedjem II Nesikhons S fille de I J'

Un tableau un peu différent dans Wente, JNES 26 (1967) p. 157, n.

Voir sur Le titre de SRA à cette période Piankoff, Mythological Papyri 1, 18 et n.70.

Kitchen p. 64

Kitchen p. 56-57 Kitchen p. 66 Kitchen p. 66

16j

recluses d'Amon" (50). sans doute à cause de la subdivision du personnel d'Amon en multiples phylae, qui dut nécessiter la création de plusieurs postes de supérieures de recluses. Le titre est encore attesté à l'époque

libyenne dans la famille des grands prêtres (51); mais tend à disparaitre, semble-t-il. A l'.époque grecque. on connait l'emplacement des "tombes des concubines" d'Amon (52).

Pour nous limiter aux trois dynasties du Nouvel Empire, quelques conclusions peuvent déjà être tirées, malgré les lacunes de notre documen-

tation. Nous examinerons plus loin le cas des membres de la famille royale qui ont porté ce titre (Satamon. Touy. Bentanta). mais. en ce qui concerne les quinze SRA non royales, une constatation massive s'impose :

leur lien avec les responsables du clergé masculin d'Amon. Sous Séthi Ier et Ramses II, l'habitude semble être prise de nommer à la tête des reclu-

ses l'épouse du Premier Pkophète d'Amon ; vu le renouvellement des titu- laires de cette fonction. les SRA se sont également succédées en assez grand nombre durant leur règne. Un essai de transmission héréditaire semblé néanmoins apparaître avec Tyi. mais l'incertitude qui pèse sur son lien de

parenté avec Pasar interdit pour l'instant &'en dire plus. La coutume ne semble pas s6tre maintenue à la fin de la dynastie, puisque Tamout. femme de Romê-Roi. n'est que chanteuse au Temple d;~mon (53). La 20e dynastie marque un recul dans la dignité de SRA, puisque seule l'épouse du grand- prêtre Ramsesnakht à porté ce titre, les autres SRA sont alliées à des dignitaires religieux de rang inférieur mais on constate une nette tendance à lq transmission héréditaire. Néanmoins avec ~edjemet(et avec sa mère

Hrerë ?) (54). le titre

est

revenu dans la famille des grands prêtres.

On peut constater que les SRA sont souvent liées à d'autres cultes :

Houy à celui de Rê et d'Atoum Thébes ou à Héliopolis ?), Touyou à celui de Min (de Coptos ?), Mérytrê. qui est d'origine memphite. à celui d'Hathor (d'Héliopolis), Touy à celui de Thot. Elles avaient probablement exercé des fonctions provinciales avant d'être mises (par leur mariage ou pour d'autres raisons) à la tête du clergé féminin d'Amon.

I

(50) Sur

(51)

(52) Diodore, 1. 47. (53) Lefebvre. o

ce titre Cerny. % I1/2. p.650 ; Gardiner. JEA 48 (1962), p. 63.

42210.42223.

p. 257.

- 106-

Il importera de compléter cette liste. et de repérer dans tous les cas

les attaches *familialesde nos SRA.

On connait des membres du personnel des supérieures des recluses :

notamment un "chef des serviteurs" ( 59, ce qui suppose une domesticité

nombreuse.

Aucune Supérieure des recluses n'est représentée , à notre connais-

sance, dans l'exercice de ses fonctions cultuelles.

9 4 : Leurs relations avec la famille royale.

.

,

Trois SRA paraissent avoir directement appartenu à la famille royale,

sans compter les deux qui ont donné le jour à une reine sans être elles-

mêmes rattachées par leur ascendance ou leur mariage à la dynastie : Touyou

et Houy.

Un document difficile à dater, mais qui remonte au plus tôt au règne

de Thoutmosis III, nous parle d'une princesse Satamon qui fut en même temps

SRA. Ib s'agit de la stèle abydéenne de Nebkebny, nourrice royale, qui por-

te sur son sein la princesse dont la titulature est ainsi disposée (56) :

%p"~

01

MOO

c1.l

- 40

- a

92% ((3016'1-

La légende pose un problème de lecture. Le cartouche semble ajouté

après coup, le texte se terminait peut-être primitivement à y , le nom

d'Amon. attendu à la suite du titre, a dû être pris pour le début du nom

de la princesse, ce qui a entraîné l'haplographie, corrigée

ensuite par une

(54) Kitchen, 5,p, 43-44 propose de distinguer la SRA Hrerë (attestée entre autre par Cerny, Late Ramesside Let-. 61,2.4:14). de la mère de Nedjémet (et de Hérihor) qui porte le même nom, mais la conclusion ne s'impose pas absolument.

(55) Louvre D 42 (Zettel 5 85) : tp-y-s~mw-~;n tj hryt wrt Snrt tpyt n >Imn, Nb-n-shlw-n. f.

- -

- - -

-

- - - -

- - - - - - -

répétition du nom entier. mis cette fois dans un cartouche.

Cette Satamon n'est pas

12Epouse du Dieu du début de la dynastie.

elle ne peut être non plus la fille d'Aménophis III (57). C'est proba-

blement une fille de Thoutmosis III, morte en bas âge, elle portait déjà

le titre de SRA dont elle ne pouvait encore exercer les fonctions. N'est-

ce pas le signe qu'elle était destinée à remplacer 1'Epouse du Dieu,

titre détenu à 12Bpoquesoit par Mérytamon, soit par Hatshepsout II

Mérytrê ?

Touy. épouse de Séti Ier et mère de Ramses II, est appelée sur une

statue trouvée à Médient Habou "supérieure des recluses d'Amon. joueuse de

sistres [de Mout chanteuse] de Hathor de Nbt-Ctpt. porteuse de ménat de

Hathor de [

C'est une titulature typiquement sacerdotale. où l'élément hathorique est

prédominant. ce qui est normal quand il s'agit de musique. On ignore dans

quelles circonstances Touy a exercé ces fonctions, si elle les a jamais

exercées.

]

,

[

]

--

de ~orakhtë,celle qui apaise Atoum

"

(58).

L'exemple le plus curieux nous est fourni par Bentanta, fille aînée

de Ramses II et qui porte, sur l'inscription de la procession des enfants

royaux à Louxor. le titre de wrt-hnrt.n(t) 'Imn (59). Les autres princes-

ses resoivent également des titres sacerdotap: L .] de Hathor (n04),

chanteuse de Hathor dame de Htpt (n05), chanteuse d'Amon (n07). Le titre

- -"

-

-

porté par Bentanta indique. semble-t-il, une certaine prééminence sur ses

soeurs et demi-soeurs. Ramses II parait avoir réparti sur ses enfants des

'(57) C'est un cartouche de Thoutmosis III qui figure dans le cintre de la stèle et deux des personnages représentés sont officiants dans le temple funéraire de ce roi. Gauthier. (E II 340 [43 ) classe cette stele parmi les documents attribués à la fille d'Aménophis III. de même Helck, Materialien 1 , 96 date du règne de ce roi les deux officiants gn-'Imn

et

. Mais

les graphies. notamment celle du slgne de la lune (écrit

e ) invitent à une datation plus ancienne : au plus tard au milieu

de la dynastie (cf. Vandersleyen, E52 (1977), p. 233).

(58) LE Text III, 148 = Kitchen. Ramesside Inscriptions II, p. 848 [294] . il s'agit d'une statue trouvée à Medinet Habou mais qui doit provenir du ~amesseum. Il faut probablement joindre au dossier de Touy. la ce- lèbre statue de la "reine à la ménat" trouvée également au Ramesséum (E 600. Exposition Ramses le Grand (Paris 1976), p. 73 = Kitchen, o.c, 1.1, p. 845 12931): le nom a malheureusement disparu mais la titu- lature est tres voisine de celle oui vient d'être citée. la même in-

-

-

tention s'y marque d'attribuer à la reine les titres des principales

prêtresses des dieux

d8Egypte[G~]]$~,s~,~Q~-,~l=g]@g

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- 108 -

titres honorifiques du clergé de Thèbes et d'Héliopolis (60). Il est

difficile de savoir dans quelle mesure cela correspondait à un exercice effectif. Aucune liste ne donne ces titres aux Filles de RamsesIII.

Le titre de SRA a donc été attribué à des princesses. concurremment avec de grandes dames de Thèbes. Pour Satamon. qu'il est par ailleurs difficle de situer, ce titre semble avoir été donné par anticipation à une enfant qui n'était pas en âge de l'exercer. Pour T~uyet Bentanta.

on peut se demander s'il s'agit de fonctions effectives, attendu que la

charge semble exercée à la même époque par des prêtresses dont on connait

les noms.

Le titre semble néanmoins avoir eu un réel prestige point de figurer

dans des titulatures princières. Cela n'aurait pas existé. s'il n'avait pas eu un lien plus ou moins direct avec celui dmEpouse du Die!.

$

5

: La

Supérieure

des

recluses d'Amon et 14Epouse du Dieu.

 

Le

lien de la

SRA

avec

1'Epouse du& est manifeste dès le premier

document connu, la statue de Houy publiée ci-dessus (supra, p.79 ). Cette dame, qui est d'ascendance roturière et qui se vante d'être la mère d'une Epouse du Dieu (probablement Hatshepsout II-Mérytrê), réunit,entre autres

titres, ceux de SRA et d'Adoratrice du Dieu. Elle possède en outre des

titres analogues dans le clergé de Rê et d,'Atoum.ce qui prouve qu'elle exerce professionnellement les fonctions du culte et qu'il ne s'agit pas

de distinctions honorifiques. Si elle n'est pas elle-même Epouse du Dieu en titre, c'est, c'est sans doute parce qu'elle n'appartient, ni par son ascendance, ni par son mariage, à la famille royale. Mais elle est dési- gnée comme Adoratrice duu, ce qui était sans doute senti déjà à l'épo- que comme un doublet du titre d'Epouse du die^. Elle devait donc avoir dans la pratique les mêmes fonctions liturgiques et économiques et super- visait notamment la maison de 1'Epouse du Da (ou de l'Adoratrice).

(60) ins si pour le fameux Khâemouast qui fut grand prêtre de Ptah à Memphis (F. ~omah,Chaemwese , Soiin Ramses II. und Hoher-priester von ~emp-s).

Dès lors. il est peu douteux que le personnel concerné par ces deux titres ne faisait qu'un. les recluses n'étant autres que les prêtresses,

dont l'Epouse du Dieu (alias Adoratrice) avait la responsabilité plus ou moins effective. Le texte d'Ab$ cité ci-dessus. même s'il est difficile à interpréter dans sa totalité, dit explicitement que 'ses recluses (celles d'Amon) sont avec elle (l'Adoratrice du 9,Nitocris)" (61).

Le dossier du procès des pilleurs de la nécropole thébaine nous parle des tombes des "chanteuses (*smCyt) de la Maison de l'Adoratrice dVAmonrê- sonther". ce qui pourrait être une expression pour désigner nos "recluses"

-

(62).

Mais surtout il existe au moins deux cas où la même reine est dési- gnée à la fois comme Epouse du Dieu et SRA . Il s'agit d'abord de Touy dont nous venons de parler et qui porte les deux titreS.sur la même inscrip- tion (63). Il s'agit surtout d'Ahmes Néfertary, qui est appelée dans une scène rituelle d'époque ramesside : "Epouse du Dieu, mère du Dieu, Supé- rieure des recluses d'Amon" (64). Notons d'ailleurs que Pasar. pour qui fut gravée cette scène. appartenait à une famille de SRA par sa mère et peut-être par sa femme.

On a donc la preuve qu'au moinS à une certaine époque. il a existé une quasi-équivalence entre les deux titres : SRA s'appliquant de préfé- rence à la titulaire effective des fonctions cultuelles d'lpouse du De, tandis que le dernier titre était réservé à un membre de la famille royale. C'est un peu le même cas qui se reproduit à une époque plus récente quand l'héritière de la Divine Adoratrice avant d'accéder à cette charge est con- sidérée comme "grande chanteuse de l'intérieur d'Amon", titre qui devait être à peu près l'équivalent de celui de SRA (65).

Il dut exister une période où 1'Epouse du Dieuétant déjà promise à la virginité consacrée, le titre de SRA était porté au contraire Par

(61) Daressy, AÇAE 5 (1904). p.96 .

(62) P. Abbot 3. 17.

(63) Lg Text III, 148.

(64) LE III, 132 .

(65) CRAIBL 1961, p. 49.

- II0 -

les épouses des grands prêtres d'Amon ou par des filles destinées à être

mariées. C'est ainsi que plusieurs SRA sont mères de 4lvines Adoratrices (66).

t'existence d'une lignée parallèle de SRA suppléant 1'Epouse du Die!

explique que, même aux époques où il ne semble avoir existé aucune Epouse

duDieu, la fonction ait été exercée. et même représentée comme c'est le

cas dans le temple de Louxor, où l'on voit une hmt-n$ remplir son rôle tra-

--

ditionnel dans le sanctuaire, alors qu'on ne connait aucune Epouse du Die!

sous Amenophis III (67).

(66) Ainsi Hénoutaouy (Henttawy A de Kitchen). mère de Maâtkarê et Isisemkheb mère d'une Epouse du Dieu appelée aussi Hénouttaouy (Henttawy D; pour Kitchen. Third Intermediate Period p. 64, elle est fille Istemkheb 0, fille de Menkheperrê ; pour Yoyotte, BSFE 64 (1972) p. 46,elle est la fille d'une épouse de Menkheperrê). Sander-Hansen. qui n'a pas repéré le statut célibataire des Epouses du Die~dela 21e dynastie, suppose que Pinedjem 1 eut deux

Dieu. l'autre SRA (Gottesweib, p. 8, n. 6).

épouses : l'une Epouse du

(67) Gayet, -01.

35 (LVI), pl. 51.