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REVUE BIBLIQUE
Typographie Firmin-Didot et C''. — Paris.
VIXGT-NEUYIÈ.ME ANNÉE TOME XXIX

REVUE BIBLIQUE
PUBLIEE PAR

L'ECOLE PRATIQUE D'ETUDES BIBLIQUES

ETABLIE Alj COUVENT DOMINICAIN SVIM-ETIENNE DE JERUSALEM

PARIS
LIBRAIRIE VICTOR LECOFFRE
J. GABALDA, ÉDITEUR

RUE BONAPARTE, 90

1920

OCT 1 7 1959
L'AME JUIVE AU TEMPS DES PERSES
{suite) (1)

III

Progrès et développement de l'âme juive.

Immense a été l'influence de la parole et du livre d'Ézéchiel sur


la formation de l'àme juive; on a fréquemment proclamé et à bon
droit qu'il marque un point tournant dans le développement de la
vie religieuse d'Israël.
Cette influence toutefois s'exerça par manière de transformation
intime plutôt qu'elle n'aboutit à provoquer des attitudes et des mou-
vements extérieurs. Il était réservé à un autre livre de produire ces
résultats d'action immédiate. On peut le dire sans hésiter c'est la :

seconde partie du livre d'Isaïe qui contribua le plus efficacement à


secouer les âmes fidèles de l'exil, à les lancer, malgré leurs répu-
gnances et la prévision justifiée des plus graves difficultés, vers la
grande œuvre de la restauration. Ce furent les magnifiques pers-
pectives découvertes en ces visions sublimes qui les relevèrent de la
dépression produite par la prolongation et les rigueurs croissantes
de l'exil; qui leur firent comprendre que l'heure était arrivée d'inau-
gurer, par le rétablissement de Jérusalem, les temps nouveaux et
l'ère du salut. De toute nécessité, nous devons essayer de comprendre

ce dernier mot de Dieu aux Israélites sur la terre de captivité.


Mais c'est seulement d'une façon lointaine que ces messages gran-
dioses contribuèrent aux transformations auxquelles déjà nous avons
fait allusion. D'autres facteurs furent d'une efficacité plus directe. Une
note dominé les autres dans l'âme des Juifs presque aussitôt après
leur retour en leur pays note de déception, de découragement pro-
:

fonds. Et si l'on veut en chercher les causes, on s'arrête aussitôt à


deux des plus apparentes. D'abord la conscience de l'insuccès. Rien

(1) Cf. Revue Biblique, 1916, p. 299-341; 1917, p. 54-137, 451-488j 1918, p. 336-402;
1919, p. 5-88.
6 REVUE BIBLIQUE.

de ce qu'on avait cru lire dans les brillantes prophéties du livre


divia ne semble se réaliser. On croyait pouvoir rêver de bonheur
immédiat, et c'est la détresse; de restauration brillante, et ce sont
les recommencements les plus mesquins. C'est, en second lieu, le
heurt avec ces Juifs demeurés en Palestine, dont sans doute les exilés
n'ignoraient pas les tares, mais qu'ils se croyaient de force à convertir
et à entraîner par la contagion de l'exemple et de l'enthousiasme.
Il faudra nous rendre compte de la nature et de l'efficacité de ces
causes de désillusion.
C'est alors qu'après avoir analysé les circonstances qui allaient
rendre si difficile, voire arrêter pour un temps, l'œuvre entreprise,
nous pourrons envisager et rapidement saisir la manière dont ces
âmes, soutenues parla force de Dieu et la parole prophétique, s'appli-
quèrent à réagir contre des sentiments qui risquaient de les détacher
de leur œuvre, et finirent par considérer cette dernière en un contexte
tout nouveau.
Nous les verrons d'abord s'attacher, avec une foi invincible et
malgré toutes les apparences contraires, aux espérances annoncées
par les anciens voyants et confirmées par ceux qui leur succédaient
dans la prédication du salut.
Nous verrons ensuite comment, impuissantes à agir efficacement
sur la masse des Juifs de Palestine, elles furent amenées à se grouper
en vue d'une action indépendante et à cimenter leur union par un
zèle commun pour l'observation de la Loi.

V Influence d'Is., XL-LV sur rame des exilés.

I. — La deuxième partie du livre d'Isaïe débute par une sorte de


vision (1) inaugurale ou mieux d'appel de Yahweh; on se souviendra
qu'un appel semblable prend place au commencement de la seconde
phase du ministère d'Ézéchiel (2). Des voix se font entendre dans le
ciel (3). Elles ne viennent pas de Dieu à proprement parler, puis-
qu'elles parlent de Yahweh à la 3' pers., et qu'elles disent « notre
Dieu (4 i )) ; ce sont sans doute des voix angéliques, parties de la cour
et de l'entourage du Très-Haut. Elles s'adressent d'abord, semble-t-il,

;i; Is., XL, 1-11. — (2; Ei., xxim, 1-20. — (3) ls„ xl. 3, (j. — (4, Is., xl, 3.
L'AME JLIVE AU TEMPS DES PERSES. 1

à un groupe d'auditeurs (1), qui pourraient bien être les prophètes


en général; mais le contexte (2) montre Inentôt qu'elles visent un
destinataire particulier, le voyant dont le noble langage va si digne-
ment les interpréter. Le message qu'elles proclament résume, en un
heureux raccourci, toutes les perspectives qui se feront jour dans la
suite de cette section. Voix consolatrices avant tout (3), elles annoncent
le salut et la délivrance. Yalnveh va paraître en gloire à la tête de

son peuple, pour reprendre le chemin de la Palestine; le moment est


venu de lui préparer, ainsi qu'on fait en Orient aux cortèges prin-
ciers, une voie triomphale au travers des déserts et parmi les régions
mouvementées (4). Dès l'abord, une telle prophétie parait surpre-
nante, irréalisable. Aussi les voix reprennent-elles pour proclamer
que, si tout ici-bas, même ce qu'il y a de plus puissant, est éphémère
comme le gazon de la prairie, la parole de Yahweh « notre Dieu »
— le Dieu d'Israël —
les prédictions qu'il a faites jadis, promettant
,

le salut après le châtiment, demeurent à jamais (5).

Fort de cette annonce et de cet argument, le prophète peut adresser


au peuple les paroles les plus réconfortantes. Il peut déclarer à .léru-
salem, qui représente la nation tout entière, que sa servitude est
finie et son iniquité pardonnée (6) prenant la contre-partie d'une ;

menace de Jérémie (7, il lui va signifier qu'elle a reçu le double


pour ses péchés (8). D'un mot, l'exil, peine terrible de la faute natio-
nale, est achevé. Cette parole s'adresse, d'une manière générale, au
peuple tout entier, à la fraction de la terre étrangère et à celle de
Palestine; mais son contenu est en rapport plus immédiat avec les
préoccupations de ceux qui vivent en Ghaldée. En faveur des Pales-

(1) Is., XL, 9'. La formule nbl ^^''^.^ ^l^ï rilU^G ^i}"^'^'^/ 'T!'--i""l'"!
^'-^

oSyT^I'i mi^'^D TjSip n'est pas sans présenter quelque difficulté. C'est à raison de l'em-

ploi du féminin. Deux traductions sont grammaticalement possibles. On peut prendre


Sion et Jérusalem comme des vocatifs qualifiés par le participe féminin : « Monte sur une
montagne élevée, ô Sion,, messagère de bonne nouvelle ;
élève avec force ta voix, ô Jéru-
salem, messagère de bonne nouvelle. Dans cette hypothèse, Sion recevait sans doute la
»

mission d'annoncer la bonne nouvelle aux cités de Juda (cf. Q"-). Mais il ne semble pas
que cette distinction entre dépendantes soit indiquée et motivée
la capitale et les villes
par le contexte et, monter sur une hauteur apparaît, quand
d'autre part, linvitation à
elle s'adresse à Jérusalem, comme une prosopopée un peu bizarre. On préfère généralement
voir dans Jérusalem et Sion des compléments du participe « Monte sur une montagne :

élevée, messagère favorable pour Sion, élève la voix avec force, messagère favorable pour
Jérusalem. » Le sens est alors très clair. Quant au féminin, il doit probablement équivaloir
à un collectif (D''1"û''!2D)- Le féminin a assez souvent ce sens collectif; mais, Is., xii, 27,

et LU, 7, le masculin lui-même (lt.'2Gl parait, d'après le contexte, avoir ce sens.

(2) Is., XL, 12 sv. — (3) Is., XL, 1. — (4)Is., xl, 3-5. —(5) Is., XL, 6-8.

(6) Is., XL, 2'. — (7) Jer., XVI, 18, — (8) Is., xl, 2''.
8 REVUE BIBLIQUE.

tiniens, le prophète a aussi des oracles capables de les intéresser


directement. Il convie toute une armée de messagers joyeux à se poster

sur une montagne, prêts à porter à Jérusalem la bonne nouvelle; dès


qu'ils apercevront le cortège triomphal, ils crieront aux cités de
Juda « Voici votre Dieu (1) ». Et, reprenant la parole, le voyant
:

nous dépeint ce Dieu, Yahweh, alternativement sous les traits d'un


monarcfue puissant, tenant en main le sceptre du commandement,
fier de la victoire dont il ramène les trophées, et sous ceux du bon

pasteur plein de sollicitude pour ses brebis (2i.


Tout le message dis., xl-lv est résumé dans cette vision. D'une
part, la consolation aux e.xilés (3). De l'autre, les brillantes perspec-
tives découvertes au regard de Jérusalem (i Le tout dominé par la .

préoccupation de mettre en relief la puissance que Dieu tient à


sa disposition pour accomplir une œuvre à la fois si grande et si
difficile (5).

II. — C'est ce dernier point qu'il nous faut d'abord prendre en


considération, en nous rendant compte des circonstances qui néces-
sitaient de si fréquents retours sur la force divine.
Or une impression qui se dégage de la seconde partie du
il est

livre d'Isaïe plus encore que des oracles d'Ézéchiel c'est celle du :

découragement des exilés. Nous l'avons déjà remarqué si, dans le :

petit cercle où elles furent reçues avec docilité, les visions du fils de
Buzi réussirent à bannir des âmes le noir pessimisme, leur influence
ne fut pas de longue durée. A l'heure que visent les oracles qui nous
occupent, il avait de nouveau et très profondément envahi les esprits.
Les circoQstances, on a de bonnes raisons de le croire, étaient
devenues, lorsque l'empire babylonien touchait à son terme, plus
défavorables aux captifs pillés et dépouillés sans que personne inter-
:

vienne en leur faveur, on nous les montre enchaînés dans les


cavernes, enfermés dans les cachots (6). S'ajoutant au fait même de
de la prolongation de l'exil, ces circonstances peuvent compter parmi
les causes les plus efficacesde la dépression à laquelle tant de fois les
textes font allusion. Les destinataires du prophète sont en proie à la
crainte et à plusieurs reprises il s'efforcera de la dissiper (7) ils sont ;

dominés par la terreur que leur inspirent des hommes qui vont
mourir, des fils d'hommes qui passeront comme l'herbe; ils tremblent
devant la fureur des tyrans (8). Ils se regardent comme un faible reste

(1) IS., XL, 9. —(2) IS., XL, 10, 11.


(3) Is., XL, 1-5. —(4) Is., XL, 9. — (5) Is., XL, 6-8.

(6) Is., XLU, 22. — (7) Is., XLI, 10. 13, 14; XLUI, 1; XLIV, 2>', 8; etc. Cf. Jer., XLM, 27,

28. — (8) Is., LI. 12, 13,


LAME JLIVE AU TEMPS DES PERSES. 9

du peuple antique (1), un vermisseau impuissant et foulé à terre (2 ;

ils sont malheureux et pauvres (3), fatigués et défaillants (4).

Jérusalem, d'autre part, se plaint d'être oubliée, délaissée par son


Dieu (5). A force de se perpétuer, la misère aigrit les cœurs, y pro-

duit le désespoir, en fait jaillir des paroles presque blasphéma-


toires : « Ma voie est cachée à Yahweh et mon droit passe inaperçu
devant mon Dieu (6). » Dans de telles conditions, on est mal disposé à
entendre les paroles réconfortantes du voyant : il vient et il n'y a
personne pour l'entendre; il appelle et, malgré ses instances
réitérées, personne ne répond (7j.
Ces dispositions du peuple, tant à Jérusalem, semble-t-il, que sur
la terre d'exil, expliquent la force avec laquelle le voyant va procla-
mer son message en entreprendre la justification. Pour accréditer
et
la parole divine, il va appuyer, plus qu'on ne le fait partout ailleurs
dans les discours prophétiques, sur la puissance de celui qui la
prononce; c'est dans cette section du livre d'Isaïe que s'expriment
avec le plus d'insistance la majesté, la grandeur et le pouvoir infini
de Yahweh. D'ailleurs, tout comme en Ézéchiel, la suite des idées
est des plus faciles à saisir.
Deux arguments mettent en relief cette autorité divine absolument
irrésistible l'argument de la création et du gouvernement du monde
:

et des hommes, l'argument de la prédiction.


Les autres prophètes ont surtout insisté sur l'action de Dieu dans le
gouvernement des peuples, sur la maîtrise avec laquelle il poursuit
ses desseins, non seulement en Israël, mais encore et avec autant
d'éclat parmi les nations qui se réclament d'autres protecteurs célestes.
Le voyant qui nous occupe ne laissera pas de côté cet argument,
mais c'est à un autre qu'il assure la première place. Dès le début de
la section, et en un style d'une incomparable poésie, il nous montre
Yahweh mesurant l'Océan dans le creux de sa main et l'étendue des
cieux à l'empan, mesurant au boisseau toute la poussière de la terre,
pesant les montagnes au crochet et les coUines à la balance (8) il le ;

décrit posant les fondements de la terre, étendant les cieux comme un


voile, les déployant comme une tente pour y habiter (9), créant les
étoiles et faisant marcher en ordre leurs armées ;10). Ces idées revien-
nent à maintes reprises (11) dans les oracles suivants et l'insistance
du prophète pourrait s'expliquer par le souci de prémunir les exilés

(1) Is., XU, 14; XLVI, 3. — (2) Is., XLi, 14. — (3) Is., XLI, 17. — (4) Is., XL, 29. — (5) Is.,
XLïx, 14. — (6) Is., XL, 27. — (7) [S., L, 2.

(8) Is.. XL. 12. — (9) Is., XL, 21, 22. — (10) Is., XL, 26. — (11) Is., xl, 28: XLII, 5; xuv,
24; xuv, 12, 18; XLVlii, 13; Li, 13, 15, 16.
10 REVUE BIBLIQUE.

contre la séduction du culte du ciel et des astres, si cher aux Chaldéens.


Bien plus : pour donner plus
à la façon de plusieurs psalmistes (1) et
de relief poétique à sa pensée, il n'hésite pas à emprunter des traits
aux légendes populaires des origines (2). Or, comme le prophète le
marque en ce dernier passage, la création est le signe le moins
équivoque de la puissance divine. Ne le dit-il pas aussi : si grande
est la puissance de Yahweh, si énergique sa force, qu'il peut com-
mander aux astres et s'en faire obéir (3). Lui qui est le Dieu éternel,
qui ne se fatigue ni ne se lasse, peut dès lors donner la vigueur à ceux
qui, défaillants et accablés, savent se confier à lui (4). Puissance irré-
sistible d'une part, sa main n'est pas trop courte pour délivrer et il
:

ne manque pas de force pour sauver (5); mais, d'autre part, s'il con-
damne, personne ne peut délivrer de ses coups; s'il veut agir, per-
sonne ne l'en empêche efficacement (6). Son autorité de créateur est
telle que personne ne peut discuter avec lui..., avec « celui qui l'a

formé (7) » Usant d'une personnification littéraire hardie, Yahweh


!

déclare lui-même que sa parole, une fois sortie de sa bouche, ne


revient pas à lui sans effet, sans avoir exécuté ce qu'il a voulu, ni
accompli ce pour quoi elle était envoyée (8).
C'est cette puissance même qui éclate avec une force si particulière
dans gouvernement des
le nations. Devant Yahweh, toute chair est
comme l'herbe des champs (9) ; les habitants du globe sont comme des
sauterelles (10). Le Très-Haut peut livrer au néant les puissants, réduire
à rien les juges de la terre; à peine sont-ils plantés, à peine sont-ils
semés, à peine leur tronc a-t-il pris racine en terre, qu'il souffle sur eux
et ils sèchent, et l'ouragan les emporte comme le chaume (il). Dans
leurs conflits, ce sont les nations qui s'agitent, prêtes à s'attribuer à
elles-mêmes les issues de leurs entreprises ; mais c'est Yahweh qui a
créé le forgeron qui souffle sur les charbons ardents et qui en retire
l'arme qu'il doit travailler; c'est Yahweh qui a créé le dévastateur pour
détruire (12). Et de ces principes le prophète se hâte de faire l'appli-
cation aux événements contemporains de ses destinataires. Il montre
son Dieu présidant à la ruine progressive de Babylone jusqu'à l'heure
marquée pour sa complète déchéance descendue de son trône, elle :

va s'asseoir dans la poussière; elle va quitter les délices et la volupté


de ses palais pour prendre la meule et moudre la farine; elle
sera victime des plus honteux traitements (13'i. Plus volontiers

(1) Ps. LXXIV, 13, 14; LXXXIX, 10, 11; ctc. — (2) Is., LI, 9. — (3) I:^, XL, 26. — (4) Is.,
XL, 28, 29. — (5) Is., L, 2. — (6) Is., XLiii, 13.— (7) Is., xlv, 9-11. — (8) Is., lv, 10, 11.

(9) Is. XL, 6, 1.5, 17. — (10) Is., XL, 22. — (11) Is., XL, 23, 24. — (12) Is., Liv, 16. —
(13) Is., XLVii, 1-5.
LAME JUIVE AU TEMPS DES PERSES. 11

encore le voyant s'arrête à la destinée merveilleuse préparée à ce


vainqueur qui doit porter le dernier coup à la capitale insolente.
Yahweh, qui appelle les générations depuis l'origine, a fait lever de
l'Orient celui dont la justice rencontre les pas ;
il lui a livré les nations,
soumis les rois. Le triomphateur passe ne lui et rien résiste; il pour-
suit les peuples et s'avance en paix par des chemins qu'il n'avait pas
foulés (1). Dieu l'a suscité du septentrion r2) et il est venu, marchant
sur les satrapes comme sur la boue, les foulant comme le potier fait

l'argile (3). De fait, il parle à Gyrus, le prend par la main droite, ter-
rassant devant lui les nations, déliant la ceinture des rois, ouvrant
les portes afin qu'elles ne lui soient pas fermées; il marche devant
lui, aplanissant les sentiers montueux, rompant les barres d'airain,
brisant les verrous de fer, livrant les richesses cachées et les trésors
secrets (4). S'il prend un si vif intérêt à la carrière de Cyrus, c'est

qu'il l'aime (5); pour son berger, pour l'exécuteur de ses


il l'a choisi
volontés (6). Bien plus, il lui a conféré un titre auguste entre tous,
un titre qui semblait réservé aux rois davidiques du passé et au grand
roi davidique de l'avenir; il l'a proclamé son Oint (7). On ne saurait
dire avec plus de clarté et de force la place que Dieu occupe dans
l'histoire et ses multiples vicissitudes.
Mais, en Dieu, cette puissance, ce souverain domaine sur la nature
et sur les hommes ne sont pas livrés à l'arbitraire, comme il arrive si

souvent chez les maîtres d'ici-bas. Ils sont animés, dirigés, réglés par
la sagesse. Car Dieu est sage. Peisonne n'est capable de diriger son
esprit, d'être son conseiller, de lui apprendre quelque chose; il n'a
besoin de tenir conseil avec personne, pour en recevoir de linstruc-
tion; personne ne lui a enseigné le sentier de la justice, appris la
sagesse, montré le chemin de l'intelligence (8). De beaucoup il dépasse
les hommes ; ni ses pensées ni ses voies ne sont les leurs autant les ;

(1) Is., XLI, 1-5; cf. XLM, 11; \L\nt, 14.

(2) Is., XLI, 25. Il n'y a pas à être surpris de ce que le prophète place le point de départ
de Cyrus, tantôt à l'Orient (Is., xli, 2) et tantôt au Septentrion (xli, 25). Il n'est pas ques-
tion ici de précision géographique et il que Cyrus était roi des
n'y a pas à se souvenir
Mèdes qui étaient au Nord par rapport à Babylone, et des Perses de l'Elam qui étaient
à l'Est. D'aucuns ont vu dans ces expressions deux désignations poétiques le Nord serait :

la région du mystère, l'Est la région de la pleine lumière (Skinnerj. Il serait peut-être plus
juste de se rappeler que, d'une part et d'une manière générale, l'empire de Cyrus était,
par rapport à Juda, dans les régions orientales: que, d'autre part, les chemins qui en
venaient aboutissaient au Nord de la Palestine; c'est dans le même sens qu'à plusieurs
reprises, les invasions assyro-liabyloniennes sont représentées comme venant du Nord
(cf. Jer., 1, 13-15).
(3) Is., XLI, 25. — (4) Is., XLv, 1-3. — (5) Is., xlviii, 14. — (6) Is., xliv, 28. — (7) Is., xlv, 1.

(8) Is., XL, 13-14.


12 REVUE BIBLIQUE.

cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant ses pensées et ses voies
dominent celles des mortels d'ici-bas (1). Aussi agit-il toujours pour
des raisons très précises; par exemple, il précipite Babylone du
si,

faite de la gloire profonde humiliation, c'est pour châtier


dans la plus

son orgueil. Irrité contre son peuple, il avait profané son héritage,
il l'avait livré aux mains desChaldéens; mais, outre que Babylone a fait

trop lourdement peser son joug sur les captifs, elle n'a pas compris
son rôle. Elle s'est enorgueillie, elle s'est crue et déclarée souveraine
à jamais; elle s'est estimée invulnérable; fière de sa force à la fois
et de sa sagesse, elle disait : « Moi et rien que moi!... » C'est pour tous
ces motifs qu'elle doit être châtiée, humiliée, que, veuve et privée
d'enfants, elle est vouée à la ruine (2). Ainsi Dieu accomplira sur elle
sa volonté et lèvera son bras contre les Chaldéens (3). Mais n'insis-
tons pas nous aurons occasion plus opportune de revenir sur les
:

fins que Yahweh poursuit en ses œuvres.


En tout cas, c'est précisément parce qu'il est à la fois sage et puis-
sant qu'il peut fixer ses plans longtemps à l'avance, les publier, en
prédisant les événements même les plus lointains, avec la certitude
de pouvoir les exécuter quand il le voudra. Babylone, elle aussi, se
flattait de connaître l'avenir. N'avait-elle pas ses sortilèges, ses enchan-

tements, auxquels elle s'était adonnée dès sa jeunesse (4)? Ne pou-


vait-elle pas consulter ses astrologues qui, mesurant le ciel, observant
les astres, faisaient à chaque nouvelle lune connaître ce qui devait
arriver (5)? Mais de tout cela elle n'a tiré aucun profit (6). Ses astro-
logues sont devenus comme le chaume destiné au feu, incapables de
sauver leur vie de la puissance de la flamme (7). C'est que Yahweh
se plaît à déjouer les présages des prophètes de mensonge, à faire
délirer les devins, reculer les sages, à changer leur science en
folie (8). En revanche il accomplit fidèlement la parole de ses servi-
îeurs et le conseil de ses envoyés (9). Ils ne sont, en effet, que les

interprètes des décrets qu'il prononce sur l'avenir. Car il a tout pou-
voir de prédire avec une absolue certitude. La preuve en est à la
portée de tous; elle est dans la carrière même de Cyrus. Depuis long-
temps, Yahweh a prédit « les premières choses », c'est-à-dire la
fortune magnifique, les brillants débuts, puis les succès de plus en
plus éclatants du héros; elles sont sorties de sa bouche, il les a pro-
clamées avant qu'elles n'arrivassent, et soudain il les a accomplies (10).

(1) Is., LV, 8, 9.


— (2) Is., XU'U, 6-lt. — (3) Is., XLViii, 14.

(4) Is., xLvii, 9, 12.


— (5) Is., XLVii, 13. — (6) Is., xLvii, 12. — (7J Is.,
xLvu, 14. — (8) Is.

XLiv, 25. — (9) Is., XLiv, 25. — (10) Is., XLviii, 3, 5, 6'.
L'AME JUIVE AU TEMPS DES PERSES. 13

Avec la même confiance il proclame « les choses nouvelles » (1), encore


cachées, qu'Israël ne connaît ni ne peut connaître, dont il n'a rien
entendu, ni rien su, dont rien n'est arrivé à ses oreilles, parce que
c'est maintenant seulement que la parole toute-puissante les crée,
les amène à l'existence (2). L'exactitude avec laquelle les anciennes
prophéties se réalisent est le gage de l'accomplissement assuré des
oracles nouveaux C'est pourquoi Yahweh parle si ouvertement,
3).

dit ce qui est juste, annonce la vérité (i).


Telle est la rigoureuse argumentation à l'aide de laquelle, mettant
en plein relief la grandeur de Yahweh, le voyant se prépare à assurer
à la parole divine un irrésistible crédit. Toutefois le trait le plus
décisif n'est pas encore lancé. Pour en comprendre la force, n'ou-
blions pas que nous sommes à une époque de polythéisme vivace,
dont les perspectives mesquines mesurent la puissance relative des
dieux cà la grandeur des empires qu'ils gouvernent, à la sûreté
et à l'efficacité de leurs intervenfions lorsque des conflits se produi-
sent entre leurs protégés et les autres peuples. Dès lors on peut se
faire une idée de l'emphase avec laquelle les Chaldéens parlaient
des dieux de Babylone. Héritiers respectueux de très vieilles traditions,
Nabuchodonosor et ses successeurs entassaient, au début de leurs
inscriptions, les attributs et qualificatifs destinés à exalter la gran-
deur de Bel et de Marduck; toutes leurs victoires, toutes leurs cons-
tructions devenaient occasion de glorifier ceux dont ils professaient
n'être que les représentants et les vicaires. Qu'il devait paraître petit
à leurs yeux et à ceux de leurs sujets, le Dieu de ce misérable peuple

(1) Il n'y a pas unanimité sur l'interprétation des textes concernant les « premières
choses » et les « dernières choses ». Au regard de beaucoup d'exégètes, les « premières
choses », annoncées elles-mêmes dans Is., xl sv., concerneraient les premières étapes de
la carrière de Cyrus, et seraient considérées comme déjà réalisées au moment que le
prophète a en vue quand il annonce les « dernières choses » ou « choses nouvelles » ;

celles-ci seraient l'ensemble des faits qui se rattachent plus précisément à la chute de
Babylone et à la délivrance des exilés. —
Pour le P. Condamin, les « premières choses »
résumeraient toute la carrière de Cyrus, et les prophéties concernant les choses nouvelles
se rapporteraient très spécialement à l'œuvre du Serviteur de Yahweh. — En revanche,
d'après M. van Hoonacker, les prédictions anciennes sont celles que Yahweh fit par les
prophètes d'autrefois; les prophéties nouvelles, qui commenceraient dès Is., xl, seraient
celles que le voyant fait le salut à procurer par Cyrus. Le problème est
entendre touchant
complexe. Si l'on première opinion, qui ne va pas sans difficultés, il faudrait
admettait la
entendre par « dernières choses « les phases diverses de cette œuvre qui, commençant avec

la délivrance du joug babylonien, aboutit à l'activité merveilleuse du Serviteur de Yahweh.


— Sur ce problème, cf. A. Condamin, Les prédictions nouvelles du chapitre XL] III
d'Isaie dans Revue Biblique, 1910, p. 200-216; A. Van Hoonacker, Questions de critique
littéraire et d'exégèse touchant les chapitres XL ss. d'Isaie, dans Revue Biblique, 1910,
p. 557-572; 1911, p. 107-114, 279-285.
(2) Is., XLViii, 6S 7", 8'. — (3) Is., XLii, 9. — (4) Is., XLV, 19.
U REVUE BIBLIQUE.

de Juda, pas assez riche pour se meubler un imposant panthéon!


Qu il devait paraître digne de dédain le Dieu qui avait laissé envahir
son pays et déporter la meilleure part des habitants ! Il était à
craindre, nous lavons dit, que, plus ou moins accessibles aux préjugés
du miheu dans lequel ils vivaient, c'est-à-dire, en somme, à des
idées qui se rattachaient au vieux fonds des conceptions sémitiques,
les Juifs eux-mêmes, subissant le prestige des cultes somptueux de
Chaldée, ne se sentissent en même temps humiliés à la vue de l'aban-
don dans lequel Yahweh semblait les laisser. Aussi, par la bouche

du sublime voyant, Yahweh n'hésite-t-il pas à engag"er la lutte avec


les dieux tant vantés que l'on honore en de pompeuses panégyries,
A qui donc oserait-on le comparer et quelle image pourrait-on faire
qui lui ressemble (l)?Déjà, par cette simple question, un abime est
créé entre le Dieu invisible qu'il est interdit de représenter par un
emblème quelconque, et la multitude de ces divinités que l'on
incarne dans les symboles les plus variés, les plus banals, parfois
les plus grossiers. Mais le prophète ne s'en tient pas là. Les argu-
ments de puissance et de prédiction qui, considérés en eux-mêmes,
apparaissaient si éloquents, vont devenir le point de départ de com-
paraisons qui en accentueront encore la force victorieuse; Yahweh
va s'en servir pour engager la lutte avec les idoles. S'agit-il de puis-
sance? Que les dieux, s'ils veulent conserver leurs titres, présentent
leur cause et produisent leurs raisons. On ne leur demande qu'une
seule chose : qu'ils fassent du bien ou du mal, afin qu'on le voie et
l'admire (2). Oseraient-ils prétendre, eux, qu'ils ont suscité Cyrus,
qu'ils lui ont livré les peuples (3)?... Mais c'est l'argument de prédiction
qu'en ce contexte le prophète développe le plus volontiers. Il y revient
à maintes reprises. Que, pour la justification de leurs prétentions, les
idoles déclarent ce qui doit arriver! Qu'elles rappellent quelles choses
anciennes elles ont prédites, afin qu'on s'applique à en constater la
réalisation!Qu'elles en annoncent de nouvelles! Alors on saura
qu'elles sont vraiment des dieux (ï). Yahweh, lui, a fait ses preuves.
C'est lui qui, dès le commencement, a fait connaître la brillante
carrière de Cyrus. Le premier, il a dit à Sion : Les voici, les voici;
le premier, il annonce la bonne nouvelle à Jérusalem (5). Or il a
beau regarder; aucun dieu des nations qui se présente pour établir
ses titres, pas un conseiller que l'on puisse interroger et qui
réponde (6). Non; aucun dieu n'a parlé comme lui depuis qu'il a

(1) Is., XL, 18. — (2) Is., XLi, 21, 23''. — (3) Is., XLi, 1, 2. — (4) Is., \u, 22. — (5) Is.,

XLI, 26% 27. — (6) Is., XU, 26\ 28,


LAME JLIVE AL TEMPS DES PERSES. lîj

fondé riiunianité des jours anciens; aucun n'ose revendiquer des


prédictions authentiques (1). Mais cette discussion avec les idoles,
Yahweh entend quelle soit éclatante. Ici il convoque les iles (2), il

appelle ensemble les réchappes des Gentils (3), les invitant au silence
pour qu'ils entendent plus clairement le débat. Là, c'est au peuple
choisi qu'il s'adresse pour lui faire prononcer la sentence ( 4). Ailleurs
un même appel unit Israël et les nations (5). C'est sans doute avec
cette arrière-pensée que le débat qui s'institue entre Yahweh et les

idoles intéresse à la fois Israël et les païens, avec cette conviction


que, malgré son aveuglement, Israël est le meilleur témoin des faits

sur lesquels Yalnveh veut s'appuyer: aussi bien n'est-ce pas de for-
tifier la foi d'Israël qu'il s'agit avant tout? Or c'est toujours la question
des prédictions qui revient Quand, en particulier, il s'agit des
(6).
prédictions anciennes, qui, mieux qu'Israël, peut être invoqué comme
témoin de leur existence et de leur accomplissement 7) ? N'en a-t-il 1

pas été le seul dépositaire Et de toutes ces argumentations la conclu-


.^

sion est toujours la même : les idoles n'ont rien fait de pareil; cest
Yahweh et Vah^veh seul. Seul il a annoncé, seul il a sauvé, seul il a
prédit, et non un dieu étranger parmi eux Yah^ eh parle et
(8). Seul
accomplit, décide et exécute, dès le commencement annonce la fin
et longtemps à l'avance ce qui n'est pas encore. Lui seul peut dire :

« Mon dessein subsistera et je ferai toute ma volonté (9). » Lui seul, -

après avoir parlé, peut présider en maître à la réalisation de ses


décrets (10).
Mais le voyant et Yahweh dont il est le messager (il) visent à une
autre conclusion. La discussion met en relief, non seulement la puis-
sance divine, mais cette transcendance qui, élevant Yahweh infini-
ment au-dessus de l'idole, justifie la prétention qu'il a d'être le seul
Dieu. Dans son immutabilité et selon que son nom même l'indique, il

est, lui Yahweh, le premier, et il est avec les derniers (12 ; il est le
premier, il est aussi le dernier ,13); avant lui aucun dieu n'a été formé
et il n'y en aura pas après lui (U) c'est lui qui est Yahweh, lui qui
;

est Dieu — c'est tout un, — et pour jamais il 5) pas de sauveur


il l'est ;

en dehors de lui (16j; pas d'autre rocher que lui (17); il est Yahweh
et il n'y en a pas d'autre (18) ; il est le Dieu juste et il n'y a pas d'autre

(I) Is., XLiv, 7. — (2) Is., XLi, 1. — (3) Is., XLV, 20. — (4) Is., xlvi, 8; XLvni, 1, 2. —
(5) Is., XLiii, 8, 9"='. — (6) Is., XLV, 21'''' . — (7) Is., xuu, 9»
10% , 12\ — (8) Is., xliii,
12"; cf. XLV, 21'- .— (9) Is., xlvi, 10, 11. — (lOj Is., xlmii, I4-16\
(II) Is., xLvm, 16''. — (12) Is., iLi, 4. — (13) Is., xlvui, 12''. — (14) Is., xuu, 10''.

— (15) Is., XLiii, 11% 12'', 13". — (16) Is., XLUi, 11''. — (17J Is., xliv, 8'*. — (18) Is.,
XLV, 18b.
16 REVUE BIBLIQUE.

Dieu que lui (1); nul n'est semblable à lui (2). Et le prophète aime à
lui donner ce vieux titre de « Yahweh des armées » qui résume cette
toute-puissance absolument unique (3 Nulle part ailleurs, le mono- .

théisme n'a trouvé des formules aussi magnifiques.


Quel contraste avec l'idole 1 Néant des faux dieux : cette conclusion
est corrélative à celle qui précède. ne sont rien; leurs œuvres Ils

sont néant; abominable celui qui les choisit (4); ils ne sont que
vanité, vain souffle (5). Et, pour donner plus de relief à sa pensée,
le voyant identifie le faux dieu avec sa statue. Identification qui n'est

peut-être pas de tout point conforme au langage et aux théories de


ceux qui, parmi les païens, étaient les maîtres de la pensée religieuse,
mais à laquelle la pensée populaire devait très fréquemment aboutir.
Dès lors, avec une ironie des plus mordantes, le prophète nous décrit

la fabrication de l'idole. Un ouvrier la coule, un orfèvre la recouvre


d'or et lui fond des chaînettes d'argent. Ces artisans fondeur, :

forgeron, polisseur au marteau, soudeur, s'encouragent les uns les


autres; puis, quand leur œuvre est achevée, on fixe le dieu avec un
clou, pour qu'il ne tombe pas (6i. Si celui qui désire une idole est
pauvre et ne peut offrir beaucoup, il choisit un bois qui ne pourrisse
point et cherche un ouvrier habile pour faire une idole qui ne branle
pas (7). Du même bois qui sert à l'artisan pour se chauffer, cuire
son pain et apprêter ses mets, le reste est employé à faire une "

statue (8i. Est-il surprenant qu'un tel dieu se tienne à sa place sans

(1) Is., XLiv, 8; XLV, ait», 22''; \LVi, 9'\ — (2) Is., XLVi, 10'.

(3) Is., XLvii, 4; xi.vm, 2; Li, 15; Liv, 5, dans la locution lOw' nixiï .Tin''; xliv, 6;

XLV, 13, sous la simple forçae niN2Jf m.lV Dans Is., i-xxxix, la locution est d'un emploi

beaucoup plus fréquent; on ne l'y retrouve pas moins de quarante fois. Au contraire elle
paraît absente dis., lvi-lxvi.
(4) Is., XLi, 24. — (5) Is., XLi, 29. — (6) Is., XL, 19; xli, G, 7. — (7) Is., XL, 20.

(8)Is., XLIV, 12-17", 19. Il ne manque pas de (Dubm, Marti, etc.) pour traiter
critiques
Is., XLIV, 9-20 comme additionnel; ils s'appuient surtout sur ce que cette péricope rompt
le lien des idées qui rattache les vers. 21 sv. aux vers. 1-8. Il n'y a pas à s'attarder à celle
hypothèse, dont les fondements ne sont peut-être pas très solides; en effet, cette péricope
ne que développer des pensées émises dans des éléments d'Is., xl-lv qui tiennent
fait

étroitement à leurs contextes. On notera que, pour retrouver de pareils aperçus sur l'idole
et sa falirication, il faut lire la deuxième partie du livre grec de la Sagesse (Sap., xiii, 10-
XIV, 21; XV, 7-17). Toutefois le thème de la vanité des idoles est repris et longuement
développé dans la Lettre de Jéréinie (Bar., vi); et ces développements tendent, comme
ceux qui nous occupent en Is., xl-lv, à prémunir les captifs contre le danger, toujours
réel et sans cesse croissant, de la séduction exercée par les dieux de Chaldée. Même sur
la terre natale, les Judéens avaient subi le prestige des divinités de Ninive et de Babylone;

combien plus, sur la terre d'exil, risquaienl-ils d'être entraînés par les cultes pompeux en
l'honneur des dieux locaux! L'histoire de Bel et du Dragon (Dan., xui, G5-xiv, 42) tend,
elle aussi, au même but.
L'AME JUIVE AI' TEMPS DES PERSES. 17

bouger et, même lorsqu'on crie vers lui, ne réponde pas, ne sauve
personne de sa détresse (1)? On a beau se prosterner devant lui,
l'adorer, le prier en disant « Délivre-moi, car tu es mon dieu »,
:

c'est peine perdue (2). L'occasion est bonne de dire l'illusion de ceux
qui, ne rentrant pas en eux-mêmes, se repaissent de cendres sans
avoir l'intelligence et le bon sens de se dire « Je me prosternerais
:

devant un tronc d'arbre pareil à celui qui me sert pour les usag-es
les plus vulgaires!.. Ce que je tiens dans ma main n'est-il pas men-
songe (3)?... « Ils ne savent rien, n'entendent rien, leurs yeux sont
couverts pour ne pas voir et leurs cœurs pour ne pas comprendre (i).

Fabricateurs d'idoles ne sont que néant, leurs chefs-d'œuvre ne


servent à rien (5). A combien plus forte raison seront-ils couverts
de honte ceux qui se confient dans ces statues et disent aux images :

« Vous êtes nos dieux (6) » !

Cette leçon que le prophète donne aux exilés est de nature à les
prémunir contre la séduction des cultes chaldéens, capable de relever
leur confiance ou au moins de réduire la crainte instinctive que leur
inspirent ces dieux qui sont censés avoir mené Babylone et Ninive à
de si liantes destinées. Le voyant n'hésite pas d'ailleurs à désigner par
leur nom ces divinités elles-mêmes et à dire leur impuissance. Demain
Bel s'écroulera, Nebo chancellera; demain, pour les soustraire au
vainqueur, on mettra sur des animaux, sur des bêtes de somme qui
seront accablés par leur poids, ces idoles que la veille on portait
triomphalement dans les processions; incapables de mettre en sûreté
ces fardeaux, les dieux mêmes qu'ils représentent s'en iront en exil.

Comment donner une idée plus saisissante de leur néant, de leur


vanité (7)?

(1) Is., XLVI, 7. — (2) Is., XLiv, 17. — (3) Is., xuv, 19, 20. — (4) Is., XLiv, 18. — (5) Is,,
XLiv, 9; cf. XLV, 16. — (6) Is., xlii, 17.

(7) Is., xL^i, 1, 2. On remarquera ici la liberté avec laquelle Is., xl-lv parle de la chute
de Babylone et fait le procès de ses dieux. Le contraste est frappant avec Ézéchiel qui,

dans ses oracles de restauration (Ez., xxxiii-xLvni) trouve le moyen de traiter longue-
ment du salut d'Israël sans faire allusion à la ruine de la puissance qui le tient captif
après avoir interrompu son existence nationale, qui, dans les oracles contre les nations
païennes (Ez., x\v-x\xn), ne dit rien de la Chaldée. Jérémie parle de la ruine future de
Babylone au moins à quatre reprises (Jer., xxv, 11-14: xxv, 26; xxvii, 7; xxix, lOj.
Mais, d'une part, c'est sans en reportant à bonne distance cette œuvre
insister et
divine de châtiment; d'autre part, en l'un de ces passages, il éprouve le besoin de voiler
le nom de Babylone sous la cryptograpliie Sésac. Sans doute, la série des oracles de Jéré-

mie contre les nations s'achève par deux prophéties (Jer., l, 1-li, 58; li, 59-64), dont l'une
très longue, contre la méliopole des Chaldéens. Le second oracle présuppose le premier ;

mais il déclare qu'après avoir porté en Chaldée le livre dans lequel sont écrits tous les
malheurs qui doivent arriver à Babylone, après l'avoir lu aux exilés, le messager devra
y
atlachiT une pierre et le lancer au milieu de l'Euphrate (Jer., u, 60-63). Sans doute ce
REVUE BIBLIQUE 1920. T. XXIX. — 2
18 REVUE BJBLIQUE.

enseignements particuliers ne doivent pas nous faire oublier


iMais ces

la conclusion plus générale qui se dégage de cette argumentation et


qui a pour but, en ranimant la foi d'Israël à la parole divine, de
renouveler son espérance et sa confiance aux promesses qui lui sont
faites. Ce qui précède n'est qu'un préambule par rapport à cet objet

principal de la grande prophétie de consolation.


m. —
Un préambule!.. Il serait plus exact sans doute de dire : un
premier préambule. Enefiét, c'est encore parmi les considérations pré-
liminaires, destinées à donner confiance au peuple et à accréditer les
promesses, que nous sommes tenté de placer les belles déclarations
qui tendent à rendre plus vif chez les exilés le sentiment du privilège
d'Israël. Le prophète revient fréquemment sur ce sujet. 11 le fait
surtout, ilest vrai, par manière d'allusion, comme s'il n'était pas
besoin d'insister. Mais les traits sont nombreux.
L'un des plus caractéristiques est le retour du prophète vers le
plus lointain passé d'Israël. Il parlera de la sortie d'Egypte (1), sur
laquelle les autres voyants se sont plu à insister; elle lui apparaît
comme le type, d'ailleurs bientôt dépassé de beaucoup, de la déli-
vrance que Yahweh prépare (2). Mais il remonte plus haut. Avec le
nom d'Israël, il met volontiers en parallèle, pour désigner le peuple
choisi, le nom de Jacob; il parle de la race d'Abraham (3i. Il invite
les exilés à se souvenir de ce premier ancêtre et de Sara qui les a
enfantés; il rappelle les bénédictions dont il a comblé le patriarche
qui était seul et qu'il a si prodigieusement multiplié (i). C'est donc
en ce contexte lointain que se placent les premières manifestations
des attention^ divines. C'est alors sans doute que Yahweh a choisi
prenant par la main aux extrémités de la terre, l'appelant
Israël, le
des régions éloignées (5), c'est-à-dire de Chaldée ou de Mésopotamie.
Ce choix initial demeure toujours, car jamais Yahweh n'est revenu
sur sa décision ni n'a rejeté son peuple (6). Il aime, au contraire,

geste sera symbolique de l'effondreineal de Babylone (Jer., li, 64); mais on peut peut-être
penser qu'il aura aussi pour objet de soustraire le document à une curiosité dangereuse.
On peut d'ailleurs se demander si tous les éléments du grand oracle sont authentiques;
les nombreuses citations de prophéties provenant d'autres sections du livre de Jéréraie
(cf. L, 40 et \Li\, 18; LI, 7 et XXV, 15, sv.; LI, 15-19 et X, 12-16) et parfois dirigées contre
d'autres destinataires (cf. l, 41-43 et vi, 22-24, dirigé contre Jérusalem; l, 44-46 et xlix,
19-21, dirigé contre Edom), les additions que révèle comparaison du texte massorétique
la
avec les Septante (i.i, 44''-48 manque dans le grec) paraissent témoigner de retouches opérées
dans le texte. En tout cas, ily a loin du silence d Ezéchiel, de la réserve de Jérémie, à la
libertéavec laquelle Is., xl-lv annonce la ruine de la grande capitale: on sent que le
temps de la vengeance divine est tout proche.
(1; Is., XLiii, 16, 17. — (2) Is., XLUi, 18, H). — (3) Is., xli, S. — (-i) Is., li, 2. — (5) Is.,
XLi, 8, 0. — (G) Is., xli, 9.
L'AME JUIVE al: TEMPS DES PERSES. 19

à rappeler cette intervention miséricordieuse (1); il aime à donner


à Israël le titre de choisi, d'élu (2). La période patriarcale a été
comme l'époque de la gestation, préparant, pour le moment de la sortie
d'Egypte, l'entrée dans la vie. A toute cette œuvre et à ses diverses
étapes. Dieu n'a pas cessé de prendre une part très active. C'est lui

qui a Jérusalem (i> Mais ce terme est trop vague.


fait Israël (3) et

La formation d'Israël est chose de tant de conséquences qu'elle est


mise en parallèle avec la création elle-même (5); de fait Yahweh
se proclame le créateur d'Israël, en employant le même terme qui
figure au récit de l'œuvre des six jours (6). Aussi volontiers ilemploie
le terme exprimant l'action par laquelle il forma de terre le
(7)
corps du premier homme (8) ou encore celle par laquelle il façonne
le corps de l'enfant dans le sein de sa mère. Aussi déclare-t-il qu'il

a formé, façonné Israël (9) dès les entrailles maternelles (10). De même
il établit un contraste entre les dieux de Babylonc qu'il faut
porter 11\ charger (12) sur des bêtes de somme 13) et lui qui porte
Israël dès le sein de sa mère, qui dès la naissance s'en charge sur
ses propres épaules (li).
Toutefois ces souvenirs d'un plus lointain passé ne détournent pas
le voyant de la sortie d'Egypte; c'est alors, il le sait, c'est ensuite
au désert que les fils de Jacob devinrent un peuple. L'intervention

divine prit la forme d'un salut; Moïse fut chargé de tirer Israël
de la maison de servitude (15 mais c'est Yahweh qui fut son véri- ,

La délivrance ne fut pas seulement un salut, elle


table sauveur (16).
fut une rédemption. Yahweh intervint comme le proche parent qui
rachète la propriété aliénée de son protégé (17), qui le tire de l'es-
clavage (18 1, bien plus encore, qui le venge quand il a été atteint
par un ennemi (19). Delà sa prédilection pour le titre de rédempteur
de son peuple (20), voire de Jérusalem (21),
De ces interventions résultent pour l'avenir des relations de réci-
procité qui sont caractérisées par des formules et des épithètes parti-
culières. Le Dieu universel, auquel toutes les nations appartiennent et

(1) Is., XLiu, 20; XLV, 4. — (2) Is., XLV, 4 I'''l''n2, « mon élu )>). — (3) Is., xuii, 7;

XLIV, 2; XLV, 11; LI, 13 (nÙJjT). — (4) Is., LIV, 5. — (5) Is., LI, 15, 16. — (6) Is., XLIII, 1,

7, 15 (N12). — (7) li'V — (8) Gen., u, 7, 8, 19. — (9) Is., xliu, 1, 7; xuv, 21, 24; cf.

Ps. cxxxix, 13, 15. — flO) Is., XLiv, 2, 24. — (11) Nt7J. — (12) DD>- — (13) Is., XLvi, 1.

— (14) Is., XLVi, 3.


(15) Ex., ui, 7-10, 16-22; vi, 1-8. — (16) Is., xliu, 11; XLV, 15; XLlx, 26 (;;iU;ia). —
(17) Lev., XXV, 25. — (18) Lev., xxv, 47-53. — (19) Ex., xxi, 12-14; Deut., xix, 1-13 ;

Num., XXXV, 9-34 i^m)- — (20) Is., xu, 14; xliu, 1, 14; xliv, 6, 23, 24; XLVil, 4; xux
7, 26. — (21) Is., Liv, 5.
20 REVUE BIBLIQUE.

qui a des droits sur chacune d'elles, devient, par le fait de son
choix et en un sens très particulier, le Dieu d'Israël (1); il

devient son roi (2); comme l'œuvre qu'il a accomplie a demandé


beaucoup de force, il se proclame le Puissant de Jacob (3). Lui qui,
lors de la vision inaugurale qui fît Isaïe prophète, était apparu au
voyant comme le Très-Saint (4), ne se lasse pas de se dire le Saint
d'Israël (5) ; conformément à l'idée fondamentale éveillée par cette
épithète, qui d'ordinaire est en connexion avec le domaine religieux,
Yahweh, que sa transcendance même met à part de tout ce qui est
créé, entraine Israël dans cet isolement superbe du reste du monde
et des nations. A son tour, le peuple choisi reçoit les appellations les

plus capables de le consoler et de lui inspirer confiance. Il est l'ami

de Yahweh terme employé, supposant, d'une part, la prédi-


(6) et le
lection de Yahweh pour son élu, exprimant, d'autre part, l'amour
d'Israël pour Yahweh, traduit aussi complètement que possible la
réciprocité de l'amitié. Une fois Dieu se dit l'époux de Jérusalem (7),
considérée comme la métropole de la nation. 11 proclame Israël « son
messager qu'il envoie (8) », c'est-à-dire son représentant au milieu
des nations pour la diffusion de la parole qu'il lui a confiée comme
un dépôt et comme son privilège particulier; nous retrouverons
ailleurs cette idée de la mission d'Israël au miheu du monde. Mais,
dans le texte même dont nous venons de parler,
le titre de mes-

sager est en parallèle avec un terme d'un emploi beaucoup plus


fréquent. Israël est le serviteur de Yahweh (9). Le mot est suscep-
tible d'une multitude d'acceptions. Son sens fondamental est celui

(1) Is., XLI, 10, 13, 17; XLV, 3, 15; XLVIII, 2; LV, 5. — (2) Is., XLIU, 15; XUV, 6. —
(3) Is., xLix, 26 {2pV) "l^2N). — (4) Is., \i, 3.

(5) Is., XLI, 14, 20: XLin, 14, 15; XLV, 11; xlvu, 4; XLvm, 17; XLix, 7; UV, 5; LV, 5.

Cette lonnule S^liy^ \yTTp revient onze fois sous sa forme propre dans Is., i-xxxix (on a

S'pyi tt7i"p, XXIX, 23; iuriip, \, 17), onze fois dans Is., xl-lv (iui"ip, xlix, 7; DDÏJlp,

xLin, 15; Ui"Tp, au sens absolu, xl, 25); on ne le rencontre que deux fois (lx, 9, 14)

dans Is., lvi-lxvi. En dehors du livre d'Isaïe, on trouve cette expression : II Reg.,
XIX, 22 = Is., xxxvu,23; Jer., l, 29; Li, 5; Ps., Lxxi, 22; Lxxvni, 41 ; Lxxxix, 19 (locu-
tions voisines : Hab. m, 3; Job, vi, 10 et Os., xu, 1 ; Prov.,ix, 10; xxx, 3.

(6) Is., xu, 8 (''2ns, « mon ami »). — (7) Is., liv, 6.

(8) Is., xui, 19 (''3N'!'Q) : Au lieu de : « Qui est aveugle, sinon mon serviteur, ou aveugle,
sinon mon messager que Qui est aveugle, sinon mes serviteurs;
j'envoie? », le grec porte : «

et sourds, sinon ceux qui les dominent? « On a ainsi pour 19^» le pluriel au lieu du sin-
gulier; quant à 19"? du grec, la finale correspond, non à celle de 19^i de l'hébreu, mais à

celle de ig"»», avec lecture de aSïJD (d^ 'iW'/Z, dominer) au lieu de Q^î^G. La leçon du

texte massorétique parait devoir être retenue,


(9) Is., XLI, 8, 9; XLii, 19 (bis) ; xlui, 10; xliv, 1, 21 (bis); xlv, 4; xlvui, 20 (12!?).
L'AME JUIVE AU TEMPS DES PERSES. 21

d'esclave voué au travail. Au point de vue de son origine, l'esclave


peut avoir été acheté, peut avoir été acquis à la guerre; mais il
il

peut aussi être né à la maison. Au point de vue de la place qu'il occupe,


très à côté des esclaves vulgaires, il y
variable sera sa situation :

a ceux qui sont attachés personne du maître et dont plusieurs


;\ la

prennent si facilement rang de favoris; il y a ceux qui, ayant fonc-


tion d'intendants, ont la charge de toute la maison et, pour en
assurer le bon service, ont pouvoir de commandement sur tout
un groupe d'autres serviteurs; il y a encore ceux auquels leurs
maîtres confient des missions au dehors. Dans la bouche de Yahweh
leterme est apphqué à Israël comme un titre d'honneur et de sympa-
thie.Malgré ce que certains traits pourraient suggérer (1), il ne
semble pas qu'Israël doive être considéré comme le serviteur né à
la maison; il a été acheté, acquis par Yahweh. Mais il a pris aussitôt
rang de favori; il a été aussi étroitement que possible attaché à la
personne de son maître il a acquis une place à part vis-à-vis de
;

tous les autres peuples qui ne sont que des esclaves de rang inférieur.
Alors même que jusqu'ici il ne l'aurait pas directement exercée, il a
sur les autres peuples une réelle autorité; de ce privilège Yahweh
se souviendra en découvrant les perspectives d'avenir à son élu. Enfin,

comme le prouve le parallélisme avec le titre de messager, il a en


principe, il aura en fait mission au dehors; il sera envoyé parmi les
les nations pour servir les intérêts de son maître. A vrai dire, ce
titre de serviteur apparaît, en de tels contextes, cpmme l'un des plus
corapréhensifs. Toutes ces appellations, d'ailleurs, sont complétées par
des formules pleines de promesses. Yahweh déclare à Israël qu'il
l'appelle par son nom (2), comme son intime, son familier, son homme
de confiance, placé bien au-dessus des nations esclaves qui devant
lui ne sont qu'une misse anonyme. Il lui déclare qu'il lui appartient
et, en même temps, lui promet d'être avec lui {3).
Au souvenir de la toute-puissance de son Dieu, des traitements
de privilège dont il a été l'objet, comment Israël ne serait-il pas
prêt à renoncer à son funeste pessimisme, à se raidir contre la
dépression pour entendre et recevoir avec confiance les assurances
qui concernent l'avenir? C'est qu'en effet les dons de Dieu demeurent
à jamais. Yahweh est toujours avec son serviteur, il est toujours son

(1) Ceux surtout que nous avons signalés plus haut et d'après lesquels Yahweh a été
avec formant, le créant dés le sein de sa mère
Israël, le (Is., xLin, 1, 7, 15; xuv, 2, 21, 24-,

XLV, 11 ; LI, 13).

(2) Is., xi.m, 1, 7 (1>2k7:: N"ip, d'où, xi.viii, 12, le participe Puai lN"1pa « mon appelé »).

(.3) Is., xu, 9, 10.


22 REVUE BIBLIQUE.

Dieu; il vient à son secours, il le saisit fortement, il l'aide, il le


soutient par la main de sa justice, il le prend par la main droite (1);
il demeure à jamais son rédempteur (2), son vrai consolateur (3); il

sera avec jusqu'à la vieillesse et aux cheveux blancs (4); jamais


lui

Israël ne sera oublié de son Dieu (5). Yahvveh est prêt d'intervenir....
IV. — Mais sans doute une dernière difficulté reste à résoudre. Elle
transparait, semble-t-il, dans un contraste dont on ne peut manquer
d'être frappé en parcourant la section du livre d'Isaïe qui nous
occupe. Dune en
on y peut relever les paroles les plus
part, efiet,

réconfortantes. Ne lit-on pas, au début même du message de conso-


lation, que la servitude d'Israël est finie, parce que son iniquité est
expiée, surabondamment expiée, qu'il a reçu le double pour ses
péchés (6)? Et la suite du premier oracle se développe dans le même
sens des perspectives optimistes (7). Mais, d'autre part, de nombreux
textes rendent un tout autre son; ils laissent clairement entendre
qu'Israël persévère dans son péché et ses mauvaises dispositions,
quitte à se rendre indigne du salut. Ici il est qualifié d'aveugle et de
sourd (8 ;
il a vu beaucoup de choses et il n'a rien retenu; ses oreilles
sont ouvertes et il n'a rien entendu [d;.. Cette cécité et cette surdité sont
donc volontaires (10) et, par conséquent, coupables. Elles sont d'autant
plus irrémédiables qu'elles résultent d'un long atavisme. C'est tout le
long de son histoire qu'Israël s'est montré réfractaire aux con-
duites de Dieu. D'où pour le prophète l'occasion d'une esquisse
rapide des événements qui se sont jusque-là succédé sans qu'Israël
se laisse instruire et convaincre. Yahweh avait daigné dans sa justice
donner une loi grande
malgré ce privilège unique,
et magnifique. Et,
que personne le défende, dépouillé sans que
voilà le peuple pillé sans
personne dise Restitue. Or « lequel d'entre vous prêtera l'oreille à ces
:

choses, y prendra garde et écoutera désormais? » Qui s'en est rendu


compte et comprend parfaitement, même maintenant, que ces vicis-
situdes sont l'œuvre de Yalnveh, que c'est lui qui a livré Jacob au
pillage, Israël aux spoliateurs, parce qu'on n'avait pas voulu suivre
ses voies ni écouter ses préceptes (11)? Ailleurs on parle de la rébel-
lion d'Israël (12), on parle d'ingratitude, on parle même de mauvais

(1) Is., XLi, 10, 13, 14; cf. XLiv, 2. — (2) Is., xli, 14; lu, 3, 9. — (3; Is., Li, 12 : m, 9. —
(4)ls., XLM, 4. — (5) Is., XLIV, 21.
(6) Is., XL, 1. — (7) Is., XL, 8-10.

(8) Is., XLU, 16, 18, 19. II est probable que dans les vers. 19'i, oa doit lire « et sourd
comme le serviteur (Grec: ol ôoO/.ot, comme 19'' j de Yahweh », la symétrie avec 19^3
semble exiger cette lecture. Une distraction de copiste aura malencontreusement substitué
'*." ^ '^.^
(9) Is., XLii, 20. — (10) Is., XLni. 8. — (11) Is., xlti. 21-25. — M2j Is., XLVi. 8.
L'AME JLIVE AU TEMPS DES PERSES.
'

23

procédés k l'égard de ceux qui restent fidèles 1 !. Mais il est une dia-
tribe qui dépasse toutes les autres en vigueur; le contraste dont
nous avons parlé y devient si fort que plus d'un exégète a pensé à des
retouches textuelles (2). Tout d'abord ceux auxquels s'adresse le voyant
apparaissent insincères. Ils sont de la maison de Jacob, il est vrai;

ils se réclament du nom d'Israël, ils sont sortis de la source de Juda,


ils jurent par le nom de Yahweh, ils célèbrent le Dieu d'Israël et
s'appuient sur lui, ils tirent leur nom de la Ville Sainte..., mais sans

sincérité ni droiture (3). Ce peuple est dur, son cou est une barre
de fer, son front est d'airain (i^ ; l'épreuve est sans prise sur lui 5).

Il est porté à l'idolâtrie au point d'attribuer à ses dieux les œuvres


de Yahweh (G). Bref son iniquité est tellement invétérée qu'on
peut le nommer Prévaricateur-dès-le-sein-maternel (7).
De ce contraste si frappant la raison d'être est k chercher sans
doute dans une situation analogue à celle que nous avons vue se
dérouler à propos d'Ézéchiel. Le groupe des captifs était loin d'être
homogène. Il y avait une élite d'âmes dociles qui, dès l'origine et

sans jamais se lasser, avaient accepté l'épreuve de Fexil pour l'expia-


tion nationale. Mais en se prolongeant, cette épreuve même risquait
d'avoir raison de leur confiance; c'était eux que le découragement
envahissait. Aussi était-ce à eux que le prophète adressait les paroles
de consolation qui inaugurent son message Leur iniquité était
(8).

dès longtemps expiée, ils avaient reçu le double pour leurs péchés.
Mais le surplus de leurs souffrances ne demeurait pas inutile. C'était
par eux, — le petit reste cher aux voyants — , c'était par leurs mérites
qu'Israël devait être sauvé. noyau du groupe des rachetés
Ils étaient le
et c'était en union avec eux que la masse, en se purifiant, partici-
perait au salut. En attendant, de cette masse une part notable était
encore aveugle et, même après la longue expérience de l'exil, ne
comprenait rien aux œuvres de Dieu; bien plus, elle persévérait dans
l'endurcissement séculaire qui déjà lui avait mérité les châtiments
terribles dont elle soutirait encore. C'est à cette masse que s'adrcs-

(l)IS., L, 11.
(2) Il s'agit de xlviu, i-li. Skinaer regarderait volontiers cette section comme insérée
par un écrivain postérieur au Deutéro-Isaïe. Duhm et Cheyne songent à un rédacteur qui
auraitaccompagné d'un commentaire suivi le texte primitif du Deuléro-Isaie-, ce com-
mentaire aurait été une véritable correction du texte en un sens très pessimiste. D'après
Dulim, les éléments primitifs seraient : xlviu, l»», 3, 5% 6, 7*, 8", il*»''. Cf. A. Condamin,
Le livre disaie, ad loc.

(3) Is., XLvm, 1, 2. — (4) Is., xLAiii, 4. — (5) Is., xlvui, 10. — (6) Is., xlviu, 5^; cf. y*».

— (7) Is.. xlviu, 8.

(8) Is., XL, 1 SY.


24 REVUE BIBLIQUE.

saient les discours sévères du voyant. D'ailleurs il marque lui-même


avec une clarté suffisante combien sou auditoire est bigarré, et qu'à
côté d'âmes dociles qui craignent Yahweh et acquièrent tous lès
droits à la protection divine, il en est d'autres qui allument un feu,
s'arment de flèches embrasées pour nuire à leurs frères et s'exposent
à de rudes représailles (1); c'est aux premiers, à ceux qui suivent
cherchent Dieu, que de préférence vont ses encourage-
la justice et

ments (2).
V. — En présence de ces conditions si diverses, on conçoit que
diverses apparaissent les fins secondaires que Yahweh poursuit en son
œuvre, variés les motifs qui le font agir. Il n'en est pas moins vrai
que tout est dominé par une finalité générale à laquelle il faut
aussi prêter attention.
Au regard de notre prophète, tout comme aux yeux d'Osée (3) et
de Jérémie (4), la vue de la misère et du désastre d'Israël raniment
en Yahweh toute la vivacité et toutes les délicatesses de son amour.
Pour un instant il a abandonné Jérusalem; mais avec une grande
miséricorde il va la rassembler. Pour un moment, dans le temps de
sa colère, il a détourné d'elle son visage; mais ensuite il l'a regardée
avec une pitié qui ne finira jamais (5) ; et Yahweh insiste sur le carac-
tère éternel de cette bienveillance. Ailleurs la métaphore de l'amour
maternel ne lui suffit pas pour exprimer l'ardeur de sa tendresse; alors
même que les mères viendraient à oublier leurs enfants, à perdre
toute compassion pour le fils qu'elles ont porté dans leur sein, lui
ne pourrait oublier Jérusalem (6). De telles dispositions suffisent à
expliquer l'attitude de Yahweh vis-à-vis de ces âmes droites qui, par
leur résignation au malheur, ont mérité le salut de la patrie. Mais,
en faveur d'un milieu dans lequel Jérémie et Ézéchiel ont à un si
haut degré développé le sens de la justice individuelle, il importe
de préciser la part que les rebelles auront au salut national. Le pro-
phète n'y manque pas. Il le déclare avec netteté. Ce n'est pas Israël
— la masse coupable — qui a mérité la délivrance. Pendant l'exil,
Israël n'a pas appelé Yahweh par ses prières, ne s'est pas mis en
peine de lui (7). 11 ne lui a pas non plus offert les brebis de ses holo-
caustes, il ne l'a pas honoré par des sacrifices; il ne l'a pas rassasié
de la graisse des victimes, il ne lui a pas à prix d'argent acheté du
roseau odoriférant; Yahweh ne lui a pas été à charge pour des

(1) IS., L, 10, 11. — (2) IS., L, 10.

(3) Os., XI, 8-11. — (4) Jer., xxxi, 3, 19, 20. — (5) Is., uv, 7-10. — (6j Is., xi.ix, 14-16. —
(7) Is., xi.in, 22.
L'AME JLIVE AU TEMPS DES PERSES. 25

offrandes et ne l'a pas fatigué pour de l'encens. En revanche Israël


lui a été à charge par ses péchés, l'a fatigué par ses iniquités (1).
x\insi, non seulement cette fraction la plus considérable du peuple

n'a point, par ses hommages et ses prières, mérité le salut par ses ;

fautes, elle s'en est rendue indigne. Ces fautes d'ailleurs ont, dans
la balance de la justice divine, rejoint celles des ancêlres; Car le pre-
mier père lui-même, Jacob, a péché; les interprètes d'Israël ont été
infidèles, et c'est pour cette raison que Yahweh a dégradé les princes
du sanctuaire, livré Jacob à l'anathème et Israël aux outrages (2) ;

c'est à cause de leurs iniquités qu'ils ont été vendus, que leur mère

a été pour un temps renvoyée (3). Israël aurait beau plaider sa


cause, il ne pourrait se justifier Quel est donc le motif qui inspire
(4).

la conduite de Yahweh vis-à-vis de cette partie du peuple qui en est


lamasse? La réponse est fournie par Dieu lui-même « C'est moi, :

moi seul, qui efface tes prévarications pour l'amour de moi, et je ne


me souviendrai plus de tes péchés (5). » C'est à cause de son nom
qu'il retient sa colère, à cause de sa gloire qu'il patiente avec Israël
pour ne pas l'exterminer; bien plus, c'est pour l'amour de son nom
qu'il va faire le salut (6). L'exil en Babylonie est la suite des mauvais
traitements qu'Israël a subis en Egypte et en Assyrie. Dans la joie
de leur triomphe sur un peuple que son Dieu paraissait incapable
de protéger, les païens outragent sans cesse le nom de Yahweh. Il
faut donc que Yahweh fasse connaître à son peuple et, par lui,
aux autres nations, la puissance de ce nom, la force avec laquelle il
annonce lui-même son approche et dit Me voici » Son peuple a : (> .

été vendu pour rien; il le rachètera sans payer rançon (7). Les points
de contact sont des plus frappants entre ces déclarations et les oracles
que Yahweh prononce par la bouche du prophète Ézéchiel.
Mais ces données, encore particulières et inspirées par les circons-

(i; On a souvent remarqué le contraste qui existe entre Is., xliii, 23, 24" etis., i, 10-17,
dans lequel Yahweh semble
répudier les sacrifices. Les deux textes visent évidemment des
circonstances très différentes. De part et d'autre, le voyant se place en présence de situa-
tions concrètes. Dans Is., i, 10-17, il se met en face des sacrifices tels que les Judéens du
temps d'Achaz et d'Ezéchias les offraient à Yahweh, se bornant à une routine de culte
extérieur sans aucune influence sur leur vie morale blâme énergiquement de tels sacri-
; il

fices. Dans Is., xlih, 23, 24% le prophète veut marquer que, durant l'exil, Israël n'a rien

fait en vue du salut, n'a pris aucune des attitudes relij;ieuseâ capables de toucher Yahweh.

Les sacrifices interviennent ainsi à côté des prières. Le prophète se borne à constater un
fait, sans égard a la situation spéciale de l'exil qui rendait les sacrifices impossibles.
(2) Is., xLin, 27, 28 (texte à rapprocher sans doute d'Os., xii, 4, 5, 13); xlvu, 6, 7. —
(3) Is., L, l^. — (4) Is.. XLni, 26. — (5) Is., XLin, 25. — (6) Is., XLvni, 9, 11.
(7) Is., i.u, 3-6. Ce texte, qui isole lu, 1, 2 de lu, 7 sv. qui paraît en être la continua-
tion, est souvent considéré comme une insertion en prose, ajoutée après coup.
26 REVUE BIBLIQUE.

tances, nous amènent à envisager les motifs qui inspirent Faction


divine prise dans son ensemble; de nouveau, les rapports sont étroits
entre ce que nous allons relever et ce que nous avons lu dans les écrits
du fils de Buzi. Quand Yahweli agit, quand surtout il multiplie les
prodiges, c'est afin que tous voient et qu'ils sachent, qu'ils observent
et qu'ils comprennent que sa main a fait ces choses et que le Saint
d'Israël les a créées (1). De même la raison d'être de ses discussions
avec les idoles, c'est de se faire reconnaître, de faire avouer par
tous qu'il est le seul Dieu (2). Manifester sa gloire, la gloire de son
nom, tel est son but suprême et universel, et il ne veut la donner
à aucun autre (3). C'est pour sa gloire qu'il a créé, qu'il a formé,
qu'il a fait ceux qui portent son nom (4). S'il a réalisé les choses
passées, c'est pour faire comprendre qu'il est le seul Dieu, qu'il n'y
en a pas d'autre (5). Mais c'est aussi pour le même motif qu'il prépare
les choses nouvelles et qu'il veut racheter son peuple (6). Il veut
se faire reconnaître de Cyrus, faire comprendre au grand conqué-
rant qu'il l'a appelé par son nom (7) ; il veut de telles manifestations
que, prenant parti dans le conflit qui s'engage entre Yahweh et les

protecteurs de Babylone, le grand vainqueur se range parmi ceux


qui invoquent le vrai Dieu (8). Son dessein est que du levant au
couchant, tous sachent qu'il est Dieu, lui Yahweh et nul autre (9).
Au grand jour de la délivrance, la gloire de Yahweh apparaîtra et
toute chair sans exception la verra (10). Il découvrira le bras de sa
sainteté aux yeux de toutes les nations et toutes les extrémités de la
terre verront le salut de « notre Dieu (il) ». Toute chair saura qu'il
est le sauveur d'Israël, le Puissant de Jacob et son rédempteur (12).
Les bêtes des champs elles-mêmes le glorifieront à la vue des chan-
gements qu'il produira jusque dans la nature (13). Cependant le peuple
qu'il a formé pour lui publiera sa louange (14). Et c'est ainsi que
l'œuvre du salut d'Israël sera pour Yahweh un honneur, un monu-
ment éternel qui ne sera pas détruit (15).
VI. — Car c'est bien le salut d'Israël qui remplit toutes ces pages
de la seconde partie d'Isaïe. Et ce salut c'est, en premier lieu, la
délivrance du joug babylonien.
Le prophète considère d'abord cette œuvre en ses traits généraux.
Yahweh n'a pas la main trop courte pour délivrer, il a assez de force

(1) Is., XLi, 20. — (2) Is., XLiii, 10-13. — (3) Is., xui, 8. — (4) Is., xuii, 7. — (5) Is., xlyi,
9-11. — (6) Is., XLiv, 23. — (7) Is., XLV, 3. — (8) Is., xu, 25. — (9) Is., xlv, 6. — (10) Is.,

XL, 5. — (11) Is., LU, 10. — (12) Is., xux, 26. — (13) Is., xuu, 20. — (14) Is., xun, 21. —
(15) Ts., LV, 13.
L'AME JUIVE AU TEMPS DES PERSES. 27

pour sauver '1). D'une part, il va faire de grandes choses en faveur


des aveugles. Longtemps il s'est tu, il a gardé le silence, il s'est

contenu; comme la femme qui enfante, il soupire, sa respiration


devient bruyante et haletante. Il va désoler les montagnes et les
collines, dessécher toute leur verdure; il va changer les fleuves en
teire ferme et mettre les lacs à sec; il va faire marcher les aveugles par
un chemin qu'ils ne connaissaient pas, les conduire par des sentiers
changer devant eux les ténèbres en lumière et les
qu'ils ignoraient,
lieuxmontueux en plaine (2). D'autre part, bien loin de les aban-
donner, il exaucera ceux qui ont gardé la fidélité, les malheureux
qui cherchent des eaux et qui n'en trouvent point, dont langue est la

desséchée par la soif (3). Sans doute .Yahweh a déjà


pour Israël fait

de très grandes choses, soit au temps des patriarches (4), soit au


moment de la sortie d'Egypte et du passage de la Mer Rouge (5).
Mais il ne faut plus penser aux événements passés ni considérer les
choses d'autrefois. Voici en effet que Yahweh va faire une nouvelle
merveille; elle est près d'éclore (6) et la nature elle-même va s'y
associer cette fois, c'est le désert qui va être pourvu de sources et
:

sillonné de fleuves (7). Aujourd'hui Israël est mçprisé des peuples et


esclave des tyrans (8). Mais quand il passerait au milieu des eaux,
Yahweh serait avec lui, et les fleuves ne l'engloutiraient pas quand il ;

marcherait au milieu du feu, il ne serait pas brûlé, et la flamme ne


l'embraserait point (9). Bientôt Yahweh va confondre les adversaires

de son peuple, ceux qui sont enflammés et disputent contre lui; ils

vont périr, être réduits à néant sans qu'on puisse les retrouver (10).
Yahweh fera d'Israël un traineau aigu, neuf, à deux tranchants,
afin qu'il foule les montagnes et les broie, qu'il rende les collines
semblables à de la balle, qu'il puisse vaincre ses ennemis, que le
vent les emporte et que l'ouragan les disperse, et qu'enfin le peuple
libéré tressaille de joie en Yahweh, se glorifie dans le Saint
d'Israël (11). La nation élue est assez précieuse, assez honorable au
<9

(1) Is., L, 2\ — (2) Is., XLii, 14-16.

(3) Is., XLi, 17. On remarquera, dans le contexte de ce passage comme dans le précédent
(xLu, 14-16), un certain nombre de traits se rapportant à des transformations extraordi-
naires produites dans la nature. On peut se demander quelle est la portée exacte de ces
descriptions qui font songer aux développements apocalyptiques. Il se peut que, dans une
œuvre telle qu'Is., xl-lv, ces traits, empruntés aux conceptions populaires que les auteurs
d'apocalypses ont utilisées et développées d'une façon parfois extravagante, ne soient pas
autre chose encore que des développements poétiques destinés à donner plus de relief à
l'idée delà puissance divine. On en trouve encore de pareils : Is., xlid, 19^, 20; l, 2'', 3;
LV, 12''; etc.
(4) Is., Li, 2. — (5) Is., xi.m, 16, 17. — (6) Is., xliu, 18, 19s — (7) Is., xlhi, ig*-, 20. —
(8) Is., xi.ix, 7\ — i'O) Is,, XLHi, 2. — '10) Is., XM, 11, 12. — (li; Is.. X1.I. 15, 16.
28 REVUE BIBLIQUE.

regard de Yahweh, et celui-ci l'aime d'un amour assez intense, pour


qu'il n'hésite pas à sacrifier des hommes en échange d'elle, des
peuples pour lui sauver donner l'Egypte pour
la vie (1) ; il est prêt à
sa rançon, l'Ethiopie et Saba pour son paiement (2). A plus forte
raison est-il disposé à immoler dans l'intérêt des fds de Jacob ceux
qui les retiennent captifs: il va envoyer l'ennemi contre Babylone,
il va faire descendre les Chaldéens en fugitifs sur les navires où reten-

tissaient jadis leurs chants joyeux (3'). Le salut n'est pas loin, il ne
tardera pas, la justice est proche (i) le prophète se plaît aie répéter. ;

Déjà l'on peut crier vers les cieux en haut pour qu'ils répandent leur
rosée et que les nuées fassent pleuvoir la justice; on peut faire des
vœux pour que la terre s'ouvre et produise le salut; déjà Yahweh
crée ces biens (5). Bientôt celui qui est courbé sera délié, il ne mourra
pas dans la fosse et son pain ne lui manquera pas (6). Si, en effet,
Gyrus s'est levé, si déjà il a accompli une part si brillante de sa car-
rière, son œuvre principale
sur le point d'aboutir. C'est pourest

lamour de Yahweh, d'Israël son élu, qu'il a été


Jacob, serviteur de
appelé par son nom, désigné quand il ne connaissait pas le Très-
Haut (T Berger de Yahweh. il doit accomplir sa volonté en disant
.

à Jérusalem « Sois rebâtie » et au Temple « Sois fondé » (8). Dieu a


résolu, en effet, de relever les murs de la capitale et de toutes les
villes de Juda (9). Aussi aplanira-t-il les voies du conquérant pour

qu'il rebâtisse la sainte cité et qu'il renvoie les captifs sans recevoir
ni rançon ni présents '10).

D'après ce dernier texte, l'œuvre du salut doit être envisagée à un


double point de vue. D'abord par rapport aux exilés. Leur retour
est certain; ils vont revenir de tous les pays où ils se sont enfuis, de
toutes les régions où ils ont été déportés de vive force. Yahweh
ramènera de l'Orient la postérité d'Israël, il la rassemblera de l'Oc-
cident, il dira au septentrion Donne-les », et au Midi « Ne les : (( :

retiens pas; ramène mes fils des pays lointains et mes filles des
extrémités de la terre, tous ceux qui portent mon nom, que j'ai créés
pour ma gloire, que j'ai formés, que j'ai faits (11) ». Arrachera-t-on
au puissant sa proie et les justes qu'on a faits captifs pourraient-ils
être sauvés? Oui, même la capture du puissant lui sera enlevée et la
proie du violent lui échappera. Yahweh combattra les adversaires
d'Israël, il sauvera ses fils, il fera manger à ses oppresseurs leur

(I) Is-, ïLm, 4. — (2) Is., XLHi, 3. — (3) Is., XLin, 14. — (4) Is., iLvi, 13; u, 5". —
(5) Is., XLV, 8. — (6) Is., Li, 14. — [7) Is., XLV, 4. — (8) Is., xuv, 28. — (9) Is., xliv, 26.
— (10) Is., XLT, 13.
(II) Is., XLin, 5-7.
. .

'L'AME JLIYE AU TEMPS DÉS PERSES. 29

propre chair, il les fera s'enivrer de leur propre sang comme d'un
vin nouveau Aussi le prophète convie-t-il déjà les captifs à sortir
(1).

de Bahylone, à fuir loin des Ghaldéens avec des cris de joie et d'action
de grâces, à publier jusqu'à l'extrémité de la terre que YahAveh a
racheté son serviteur Jacob, qu'ils n'ont pas eu soif ceux qu'il a
conduits dans le désert, qu'il a renouvelé pour eux les merveilles
de jadis en faisant couler l'eau du rocher (2). Ailleurs il entrevoit
le retour à la façon d'une procession, d'un cortège religieux, analogues
à ceux que l'auteur sacerdotal décrit pour la traversée du Sinaï.
Que peuple ne touche rien d'impur; que les prêtres qui portent
le

les vasesde Yahweh se sanctifient; que, loin d'imiter la précipitation


de l'exode, on parte avec dignité, sans rien qui ressemble à une fuite
de vaincus; qu'on se souvienne que Yahweh est en tête de la colonne
et qu'il en est l'arrière-garde (3). De loin ou voit les captifs sortir

pleins d'allégresse, conduits en paix par Yahweh au travers du


(i)

désert tout transformé (5). Les exilés, revenus à la lumière, se répan-


dent sur leshauteurs; ils n'ont ni faim ni soif, celui qui apitié d'eux les
guidant et les conduisant aux eaux jaillissantes; ni le sable brûlant,
ni le soleil ne les éblouissent. Les mêmes solhcitudes s'exercent en
faveur de tous ceux qui reviennent de loin, qui arrivent du septen-
trion et du couchant, jusque du pays de Sinnim (6). A l'appel de
Yahweh nature entière,
(7), la —
cieux, montagnes et collines, arbres
des champs, —
applaudit (8) à cette œuvre de pitié et de consolation (9)
Mais les exilés ne sont pas seuls intéressés à la grande œuvre de
Yahweh; leur retour n'est pas indifférent à la Palestine, ni surtout
à la Ville Sainte. Jérusalem, dans son deuil, se plaint d'être aban-
donnée de Yahweh, oubliée du Seigneur. C'est chose impossible. Les
mères oublieraient leurs enfants que Yahweh n'oublierait pas son
antique demeure; il l'a gravée sur la paume de sa main, les murs en
sont toujours devant ses yeux (10). Yahweh ne lui a pas donné de
lettres de divorce qui équivalent à une perpétuelle répudiation ;
il

n'a pas vendu ses enfants à des créanciers vis-à-vis desquels il ait

à jamais perdu ses droits (11). C'est à cause de leurs iniquités qu'ils
ont été vendus et que leur mère a été rejetée (12). La distinction est
frappante et nouvelle entre les enfants et la mère; les fautes des

(1) Is., XLIX, 24-26. — (2) Is., XLViii, 20, 21.

(3) Is., m, 11, 12. On remarquera facilement ici une préoccupation analogue à celles

que nous avons rencontrées dans les oracles d'Ézéchiel.

(4) Is., LV, 12'. — (5) Is., XLin, 19\ 20; XLii, 11; LV, 12\ 13. — (G) Is., xlix, 9-12. —
(7) Is., XLIX, 13'. — (8) Is., XLIX, 13^ LV, 12''. — (9) Is., xlix, 13''.

(10) Is., XLIX, 14-16. — (11) Is., L, 1'. — (12) Is., L, l^


30 REVUE BIBLIQUE.

enfants peuvent rejaillir sur la mère, entraîner pour elle de fâcheuses


conséquences, mais sans que, pour ainsi dire, elle eu soit elle-même
coupable. La collectivité a son existence, ses responsabilités, et donc
aussi ses sanctions, distinctes de celles des individus; elle n'est pas
entièrement solidaire des vicissitudes dont ils peuvent être pour
eux-mêmes les artisans; elle persiste alors qu'ils tombent tour à tour,
elle n'est pas atteinte à fond par leurs vices. Yahweh peut racheter
les fils, surtout s'ils ont expié leurs fautes; surtout il peut reprendre
la mère. Il peut rappeler la femme délaissée et affligée, l'épouse de
la jeunesse qui a été répudiée (1). Elle ne sera plus confondue, elle
n'aura plus à rougir, elle oubliera l'épreuve de son veuvage, qui
rappelait l'humiliation de son adolescence en Egypte (2). Et le Très-
Haut s'étonne que son message ne soit pas reçu avec cette confiance
qui provoquerait un immense enthousiasme (3). Car il veut con-
soler Sion, consoler toutes ses ruines; il veut faire de son désert
un Éden, de sa solitude un jardin pareil à son propre paradis, où il

n'y ait que joie et allégresse, actions de grâces et accents de la

musique (4). Sans doute Jérusalem a reçu de la main de son Dieu


la coupe de sa colère, elle a vidé la coupe d'étourdissement. Atteinte
par la ruine et la dévastation, par la famine et par l'épée, elle n'a
trouvé personne pour la consoler; impuissants à la soutenir et à la
guider, ses fils, épuisés de force, gisent au coin de toutes les rues,
ivres de la fureur de Yahweh et de la menace de son Dieu (5).
Mais l'heure du réveil a sonné (6); la coupe va être mise dans la
main des persécuteurs, de ceux qui disaient Courbe-toi que nous : <>

passions » et devant lesquels Siou devait faire de son dos comme un


sol (7). Qu'elle revête sa force, ses parures de fête, la Ville Sainte (8);

qu'elle secoue sa poussière, qu'elle se relève, qu'elle s'assoie,


qu'elle détache de son cou les chaînes de sa captivité (9) ! Ceux qui
l'avaient détruite et dévastée s'éloignent (10); l'incirconcis et l'impur
n'auront plus accès dans ses murs (11). Voici qu'apparaissent si —
beaux sur les montagnes... —
les pieds de celui qui apporte la

bonne nouvelle, qui publie la paix, qui dit à Sion : « Ton Dieu
règne Quel contraste entre ce messager qui accourt de Chaldée
(12) ».
pour annoncer à Jérusalem la paix et le salut et celui qui, en 587,

(1) Is., LIV, 6.


(2) Is., Lii, 4. L'humiliation en Egypte est pareilletnent mise en relief par Ézéchiel et
par lui associée, comme ici, à l'idée de prévarication et de châtiment (Ez., xvi, 26 [cL 28,
à propos d'Assur] ; xx, 5-9 ; xxiii, 3).

(3) Is., L, 2. — (4) Is., Li, 3. — (5) Is., Li,


17a?b-20. — (6) Is., u, 17'>'-. — (7) Is., u, 21-
23. — (8) Is., LU, laba. — (9) Is., LU, 2. — (10) Is., XLIX, 17^ 19\ — (11) Is., Ltt, IbP. —
(12j Is., LU, 7.
I. AME JUIVE AL TEMPS DES PERSES. 31

alla de Jérusalem dire aux exilés que la Ville était prise (1)! Aussi
des clameurs d'allé-
les sentinelles élèvent-elles la voix, poussent-elles
gresse : de leurs yeux le retour de Yahweh en Sion
elles voient :

« Éclatez ensemble en cris de joie, ruines de Jérusalem (2) »! Que

celle qui était stérile et n'enfantait pas éclate en transports, car les
fils de la délaissée seront plus nombreux que ceux qu'elle avait eus

au temps de son mariage (3 C'est qu'en effet les exilés ont entendu .

la voix de Yahweh, ils sortent de Babylone. Les rachetés de Yahweh


reviennent, ils entrent dans Sion avec des chants de triomphe; une
allégresse éternelle couronne leur tête, la joie et le bonheur sont
leur part, la douleur et le gémissement se sont enfuis (4). Bien
mieux au signal de Yahweh, ce sont les nations qui ramènent entre
:

leurs bras les fils de Jérusalem, les peuples qui rapportent ses filles
sur leurs épaules; des rois deviennent ses nourriciers, des princesses
ses nourrices; ils se prosternent devant elle, la face contre terre,
ils lèchent la poussière de ses pieds; elle peut ainsi comprendre

que ceux qui espèrent en Yahweh ne sont pas confondus (5). De ses
fils, ainsi revenus ou ramenés, Jérusalem se revêtira comme d'une

parure, se ceindra comme d'une ceinture de fiancée (6). Ses ruines,


ses déserts, son pays dévasté sont trop étroits pour ces enfants dont
elle était privée et qui vont réclamer de l'espace (7) sa postérité va ;

être obligée de prendre possession des nations, elle va repeupler les


villes désertes (8 Si grande est la multitude de ceux qui reviennent
.

que, surprise, elle s'écrie : « Qui m'a enfanté ceux-ci? J'étais privée
d'enfants, stérile, bannie et répudiée : ceux-ci qui les a élevés? J'étais
restée seule : ceux-ci où étaient-ils (^9)? » Pour la nouvelle capitale,
des jours sans précédent vont luire : une splendeur éblouissante
éclate au dehors; murs, créneaux et portes sont de pierres pré-
cieuses (10). Mais surtout, à l'intérieur, c'est la paix et la prospérité;
loin d'elle l'oppression et la frayeur. Elle n'a plus rien à redouter;
qui se ligue contre elle à l'encontre de la volonté divine tombera;
toute arme forgée contre elle par un forgeron qui est lui-même la
créature de Yahweh, tout comme le dévastateur, sera sans effet;
toute langue qui s'élèvera pour contester avec elle, elle la condam-
nera (11). Si telles sont les richesses du salut, qu'Israël se hâte d'en
profiter : n'est-il pas pleinement gratuit (12)?...
Vil. — Les circonstances en vue desquelles elles ont été formulées

(1) Ez., xxxiii, 21. — (2) Is., LU, 8, 9. — (3) Is., liv, 1. — (4) Is., li, 11. — (5) Is., xlix,
22, 23. — (6) Is., XLix, 17, 18. — (7) Is., XLix, VJ, 20; cf. liv, 2. — (8) Is., liv, 3. —
(9) Is., XLix, 21. — (10) Is., LIV, 11, 12. — (11) Is., LIV, 14-17. — (12) Is.^ LV, 1, 2.
32 REVUE BIBLIQUE.

expliquent le caractère de ces espérances qui tiennent une si grande


place dans la seconde section du livre d'Isaïe. Elles ont avant 'tout
pour objet la délivrance du joug babylonien et la reconstitution de
Jérusalem ; elles sont d'ailleurs sur le point de se réaliser et c'est pour-
quoi elles sont exprimées avec tant de force. Or, si importantes qu'elles
soient pour l'avenir même de la religion de Yahweh, ces prophéties,
à elles seules, ne sauraient suffire aux perspectives d'un inspiré de
Dieu. Mais, pour y tenir une place secondaire, les éléments spirituels
sont loin d'être absents des oracles que nous venons d'étudier. D'abord
une condition est posée pour qu'Israël participe à la miséricorde.
Déjà réalisée par l'élite des captifs, elle sera exigée de tous ceux qui
voudront leur être associés dans l'œuvre du salut. Yahweh instruit
son peuple pour son bien, le conduit dans le chemin où il doit
marcher; c'est à la condition d'être attentif à ces commandements-
qu'Israël jouira de la paix pareille à un fleuve, de la justice sem-
blable aux flots de la mer. Sa postérité sera comme le sable son ;

nom ne sera ni retranché ni effacé devant Yahweh (1). Gomme le


prophète le dit ailleurs, il faut qu'Israël recherche Yahweh partout
où il se trouve, qu'il l'invoque tandis qu'il est près. Il faut que le
méchant abandonne sa voie et le criminel ses pensées, il faut qu'il
se convertisse; c'est alors seulement que Yahweh lui fera grâce et
lui pardonnera largement (2). Si gratuite que soit la rédemption,
ce serait en quelque sorte accepter le mal, pactiser avec les mauvaises
dispositions que de ne pas exiger ces conditions. Quand Yahw'ch
les rencontre, quand vraiment, on revient à lui, qu'on s'empresse à
profiter de son salut, sa première œuvre est d'efîacer les transgres-
sions comme une nuée, les péchés comme un nuage (3). C'est seule-
ment quand il connaît la justice et qu'il a la loi divine dans son cœur,
que le peuple peut écouter Yahweh, recevoir l'assurance qu'il n'y a
pas à craindre les hommes ni à redouter leurs outrages eux dispa- :

raissent, mais la justice de Dieu subsiste à jamais et son salut demeure


pour les siècles des siècles (i). Dans la nouvelle Jérusalem, d'autre

part, ses fils seront disciples de Yahweh; si la paix y est grande et


parfaite, c'est que la cité est affermie dans la justice (5). Yahweh
répandra son esprit sur la postérité de Jacob, ses bénédictions sur
les rejetons d'Israël, et ils croîtront parmi la verdure comme les

saules sur les eaux courantes (6).


Ainsi donc les éléments spirituels ont — et de la façon la plus

(1) Is., \LMU, 17-19. — (2) Is., LV, 6, 7. — (3) Is., XLiv, 22. — (4) Is., u, 7, 8. — (5) Is.

u\, 13, 14". — [>i) Is., xLiv, 3\ 4.


l'amf: juive ai' temps des perses. 3:5

explicite — leur place dans la vision des derniers jours de Texil;


aussi bien la prophétie tout entière est-elle pénétrée d'un souffle
ne permet pas de doute sur le caractère
relig-ieux et spirituel qui
général de ce salut tant de fois présenté comme l'œuvre de Dieu,
du Dieu juste, du Saint d'Israël. Mais, parmi ces traits mêmes que
nous venons de relever, il est facile d'en souligner quelques-uns qui,
dans les discours des autres prophètes, sont en connexion inmié-
diate avec les perspectives de restauration messianique. De telles
perspectives, en effet, ne sont pas absentes des horizons découverts
au regard de notre grand voyant; chez lui. comme chez les autres
interprètes de Yahweh, la transition se fait insensiblement de la
restauration nationale à Toeuvre messianique. Dautres traits complè-
tent et précisent les précédents. Tels ceux relatifs au salut éternel
qui pour jamais préservera Israël de toute honte et confusion 1),
à ce salut qui durera éternellement, impérissable comme la justice
divine elle-même (2). D'ailleurs, tout comme en Jérémie (3) et en
Ézéchiel '1-), quand ils parlent de l'œuvre du futur envoyé de Yahweh,
c'est sous forme d'alliance qu'à l'occasion ce salut est conçu et annoncé.
Après le pardon, il en sera pour Yahweh comme des eaux de Noé
lorsqu'il jura qu'elles ne se répandraient plus sur la terre; ainsi
a-t-il juré de ne plus s'irriter contre Israël et de ne plus le menacer.
Quand les montagnes se retireraient et que les collines chancelle-
raient, son amour ne son alliance ne sera pas ébranlée,
se retirera pas,
déclare celui qui a compassion de Jacob '5 .

Toutefois c'est surtout quand il s'agit du rôle d'Israël au milieu des


nations que les anciennes perspectives messianiques se font jour à
nouveau, mais avec des caractéristicjnes assez spéciales. Déjà l'œ'uvre
du salut d'Israël est présentée comme renfermant en elle-même une
vertu apologétique, afin que tous voient et sachent que la main de
Yahweh a fait ces choses et que le Saint d'Israël les a créées 6 : idée
que l'on retrouverait facilement, dans au moins en termes différents,
les oracles d'Ézéchiel (7 Mais les résultats de cette apologétique
.

sont exprimés ici avec une plus grande précision. Quand Yahweh
comblera son peuple de bénédictions (8), il y aura parmi les nations
des hommes qui, subjugués par ces marques de puissance et de misé-
ricorde, proclameront qu'ils veulent appartenir à Yahweh, tatoueront
sur leurs mains le mot « à Yahweh m; en même temps ils se récla-

Ij Is., \L^ , 17. — ^2) Is., Li, 6. — (3) Jer., xx\i, 31-34 ; \\\ii, 40 ; xxxm, 19-22. — (4 Ez.
ixiv, 25: xxxMi, 26. — (5) Is., uv, 'J, 10.
Ci Is., XLI, 20. — !7) Ez., ÏXXM, 21-23; etc. — (8; Is., xuv, 3.
RETUE B!BUQUE 1920. — T. 3XIX. -i
34 REVUE BIBUQLE.

meroiit du nom de Jacob et prendront le surnom d'Israël (1). Comme


on le voit, c'est surtout de conversions individuelles qu'il s'agit, et
la donnée est tout à fait en rapport avec les idées que la prédication
d'Ézéchiel doit faire triompher. Celui-ci, il est vrai, se place surtout

au point de vue d'Israël; mais les préoccupations individualistes sont


appelées à prendre, en tous les domaines, une place de premier
plan. Ailleurs, ce sont les Égyptiens, les Éthiopiens, les peuples livrés
à Cyrus en échange d'Israël 2), qui, éclairés par le salut accordé â
ce dernier, s'humilient devant lui et font cette profession de foi mo-
nothéiste : (c 11 n'y a de Dieu que chez toi. il n'y en a point d'autre,
nul autre absolument. En vérité, vous êtes un Dieu caché, Dieu
d'Israël, un Dieu sauveur! » Et ils confessent le néant de leurs
idoles (3). Un jour viendra où vers Yahweh, le seul Dieu, se tour-
neront, désireux du salut, tous les habitants de la terre. Alors se
réalisera la parole irrévocable cju'il a lui-même prononcée : « Tout
genou fléchira devant moi et toute langue me prêtera sermentEn :

Yahweh seul, dira-t-on, résident la justice et la force. On viendra à


lui et ceux qui sont enflammés contre lui seront confondus. En Yahweh
sera justifiée et g-lorifiée toute la race d'Israël (i). » Aujourd'hui méprisé
de tous, Israël sera alors objet de respects et d'hommages de la part
des rois et des princes (5). Quand Yahweh accomplira son salut et
son œuvre de justice, les lies espéreront en lui et se confieront dans
son bras; on se laissera g-uider par sa loi et éclairer par ses com-
mandements i6j. De son côté Israël appellera les nations, celles-là
même quïl ne connaissait pas auparavant, et elles accDurront à lui,
à cause de Yahweh son Dieu et du Saint d'Israël, parce qu'il l'a glo-
rifié (7). C'est ainsi que, rétabli par l'alliance comme peuple, devenu
« alliance de peuple 8) », Israël sera l'idéal des autres nations, leur

(1) Is., XLiv, 5.


— (2) Is., vLin, 3. — (3; Is., xlv, 14-17. — (41 Is., i.v, 22-25. — (5) Is.,

XLix, 7; cf. XLix, 22, 23. — (6) Is., Li, 4. 5. -7 (7j is., LV, 5.

CeUe locution {D'J T\^'yi1 TilT]H) revient deux fois (ïs., xui, 6; xlix, 8j dans la par-
(8)

tie du nous occupe; c'est, en ces deux cas, après une section de la grande
livre d'Isaïe qui
prophétie du Serviteur de Yahweh. mais dans des discours qui paraissent bien s'adresser
au peuple d'Israël lui-même. Le sens de l'expression ne laisse pas de présenter quehjue
difficulté. On peut rapprocher cette locution de plusieurs autres qui lui ressemblent, par

exemple de cette parole adressée à Abraham : <( Sois une bénédiction » (Gen., \n, 2''). Ici

Abraham nous apparaît comme incorporant en quelque sorte la bénédiction divine, de telle

sorte que toutes les nations y puissent participer (cf. Gen., xii, 3'). De même Israël appa-

raît comme Dieu peut conclure


l'incorporation, l'expression la plus parfaite de l'alliance que
avec un peuple, et de telle sorte aussi que au moins
les autres nations y puissent participer,

par imitation (cf. Is., xui, 6'>, le parallélisme «Jeté donnerai en alliance de peuple et
:

en lumière des nations »). Cette alliance, qui doit prendre place dans l'avenir, est celle
dont parle Jérémie (Jer., xxxi, 31-33), alliance toute nouvelle et toute difléreute de l'an-
L'AME JUIVE ALI TEMPS DES PERSES. 3u

lumière (1). Des idées analogues se font jour dans une évocation,
fugitive à la vérité, du personnage qui, après Yahweh, tient la première
place dans les perspectives messianiques de la plupart des prophètes :

le roi davidique. L'alliance éternelle accordée à Israël est identifiée


avec les promesses de miséricorde faites à David i). L'allusion est
claire, et elle vise les assurances David au nom
données par Nathan à

de Yahweh « Yahweh t'annonce qu'il te fera une maison. Quand


:

tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec t«s pères,
j'élèverai la postérité après toi, celui qui sortira de tes entrailles, et
j'affermirai... pour toujours le trône de son royaume... S'il fait le mal.
je le châtierai avec une verge d'shommes et des coups de fils d'hommes.
Mais ma grâce ne se retirera pas de lui... Ta maison et ton règne
seront pour toujours assurés devant toi; ton trône sera affermi pour
toujours (3). » Ces promesses ont une portée éternelle, un sens inamis-
sihle. Les événements qui se sont succédé ont pu paraître en arrêter
le cours. C'était l'une de ces heures où Yahweh châtiait; mais,
même alors, il châtiait avec une verge d'hommes. Aussi, dès que la
œuvre, il revient à sa promesse et le pacte éternel
justice a fait son
qu'il conclut avec lepeuple est complété par le pacte éternel avec
la maison de David. De même qu'en Ezéchiel ['*), si grand que soit
l'empire de Yahweh sur le nouveau royaume, il l'exerce par un
intermédiaire de race davidique; de même qu'en Ezéchiel (5i, cet
intermédiaire mérite d'être appelé lui-même du nom de David et,
comme autres prophètes, notre voyant promet au futur héritier
les

de la vieille dynastie une autorité et une domination universelles (6).


Mais un trait nouveau intervient. Comme le peuple fu.tur, ce roi
de l'avenir est appelé à être la lumière des nations; il sera auprès
des peuples le témoin de Yahweh (7), c'est-à-dire de sa puissance
et, sans doute encore, de la fidélité avec laquelle il réalise ses prédic-
tions. C'est ainsi que nous retrouvons en Is., xl-lv tous les éléments
des anciennes prophéties messianiques, mais chacun d'eux avec sa

cienne qui a élé rorapne. C'es^t par cette alliance même qu'Israël, aujourd'hui dispersé à

tel point qu'on ne peut vraiment plus l'appeler une nation, redeviendra un peuple, sera
reconstitué; cette alliance sera une alliance dont le terme même sera le rétablissement du
peuple; d'où l'emploi de cette locution un peu emphatique D" n'i12^ TIjPX en place de
la locution plus simple, mais beaucoup moins expressive, T\^']2 n"S Tt^nx. — Ceux qui
rapportent nos deux textes au Serviteur de Yahweh
ajoutent à l'idée générale que nous
venons d'exprimer celte donnée importante, quoique secondaire, que le Serviteur sera le
principal intermédiaire et instrument de l'alliance qui entraînera la résurrection d'Israël.
(1) Is., XLii, 6":i. —
(2) Is., Lv, 3'. (3) — U
Sam., vu, 4-17, surtout vers. Il'', 12, 16;
cf. xxui, 5. — (4) Ez., XXXIV. 11, 15 et 23, 24. — (5) Ez., xxxiv, 23. 24; xxxvii, 24 25.
(0)ls., Lv, 3''. — (7),Is., i.v. 4.
30 REVUE BIBLIQUE.

nuance particulière et nouvelle. C'en est peut-être une encore que la


lin même Yahweh. Si celui-ci a mis ses paroles
attribuée à l'œuvre de
dans la bouche d'Israël, s'il l'a protégé et couvert de Tombre de sa
maio, c'est sans doute pour dire à Sion « Tu es mon peuple », mais :

aussi pour étendre des cieux et fonder une terre (1) allusion vrai- :

semblable aux nouveaux cieux et cà la nouvelle terre qui tiendront


une si grande place dans les prophéties de l'avenir et surtout dans
les visions apocalyptiques. Mais déjà ces paroles sont en relation

étroite avec un personnage dont le rôle constitue l'élément le plus


nouveau du message qui nous occupe.
VIII. — Les oracles qui précèdent sont pleins de lidée d'un apostolat
d'Israël auprès des païens; mais d'une manière générale, cet apos-
tolat consiste surtout dans le rayonnement que, revenu chez lui,
Israël exercera dans le monde. D'une activité de missionnaire qui se
produirait par le déplacement d'Israël au milieu des peuples, grâce,
par exemple, à l'activité des fils de la dispersion, il serait assez diffi-
cile de découvrir des traces indiscutables. Israël appelle les nations (2),

les reçoit, plutôt qu'il ne va chez elles; si, trop à l'étroit dans Jéru-
salem, les rapatriés se répandent à droite et à gauche, prenant
possession des pays déserts (3), ce trait ne parait pas mis en
rapport avec l'idée d'une propagande religieuse. Cette propagande
est réservée à un personnage dont, par ailleurs, le rôle est d'une
importance et d'une grandeur sans égales : le Serviteur de Yahweh.
Ce n'est pas la première que nous rencontrons cette expression.
fois

En nombre de cas, de la façon la plus claire au


elle s'applique

peuple Israélite considéré dans toutes les phases de son existence,


passé, présent et avenir. Elle s'applique, en plusieurs de ces textes, à.
la nation tout entière, ou au moins à la masse des captifs, à ce peuple
et à cette masse que le prophète qualifie de « sourd » et « aveugle (4) ».
Mais il va de soi que le voyant attribue plus volontiers ce titre à la
fraction d'Israël qui le mérite davantage, à ce groupe de justes,
de fidèles qui, par leur docilité, leur résignation, leurs souffrances,
ont expié leur iniquité, reçu le double pour leur péché ô), dont en
même temps les mérites peuvent avoir assez d'efficacité pour entraîner
la masse elle-même dans la participation à la miséricorde et au
salut. Une autre série de textes (6 toutefois mérite d'être prise en très

(1) Is., i.i, 16.

(2) Is., LV, 5.


— (3) Is., Liv, 3.

(4) Is., xLii, 19 (où ces épithètes sont explicitement appliquées à Israël Serviteur [de
Yahweh]. — (5) Is., \l, 2; xli, 8; xun, 10; xliv, 1,2; etc.

(6) Les textes auxquels nous faisons allusion sont les suivants ; Is., xlii, 1-4; xux, 1-6
L'AME JUIVE Al TEMPS DES PERSES. 37

spéciale considération; par leur contenu, par le lien qui les unit,
peut-être même par leur constitution poétique, ils tranchent sur ceux
qui les entourent, ils s'en laissent facilement détacher, bien que
parfois puisse y avoir des phrases destinées à servir de suture (1 ;.
il

On a beaucoup discuté sur la portée de l'expression « Serviteur de


Yahweh » en ces passages r2). Notre intention n'est pas de critiquer
les divers systèmes et interprétations qui ont été proposés. Il nous
parait hors de doute que, contrairement à ce cjui arrive dans les cas
que nous avons jusqu'alors rencontrés, l'expression « Serviteur de
Yahweh » ne peut avoir ici un sens collectif. Duhm lui-même appelle

l'hypothèse du sens collectif « le plus superficiel de tous les expé-


dients » ; à ses yeux, le Serviteur n'est pas plus collectif que l'héritier
davidique dont il est question dans les écrits prophétiques, que le Sage
des Hagiographes. Il s'agit sûrement d'un individu; certains traits,

L, 4-9 et, le plus important de lous, lii, 13 -lui, 12. On remarquera dans Is., xlis, :j, le membre
de phrase « Tu es rnoa serviteur, Israël ». Bien qu'attesté par les versions, le mot « Israël >

doit être traité comme une Le contexte le prouve, surtout les vers. 5 et G,
glose fàclieuse.
dans lesquels précisément le Serviteur reçoit pour mission de (ramener » Jacob à Yahweh,
de lui « réunir Israël, de rétablir les tribus de Jacob, de ramener les dispersés d'Israël.
«

CeUe glose, qui témoigne d'une exégèse d'après laquelle, dans ce texte comme dans les

autres, le Serviteur était Israël, a beaucoup contribué à perpétuer cette interprétation.


(1) Cf., Is., xLii, .5 sv. xLix, 7 sv.; surtout l, 10. Encore est-il que plusieurs critiques
;

(Condamin) rattachent certains de ces textes aux passages concernant le Serviteur.


(2) L'exégèse qui interprèle les textes eu question et notamment Is., un,
c'est surtout —
de ce dernier passage que s'occupaient les anciens —
dans un sens collectif nous vient
des Juifs du moyen âge. De l'aveu de plusieurs d'entre eux, elle est contraire à l'ancienne
tradition rabbinique, qui entendait cette parasa d'un individu et souvent l'appliquait au
Roi Messie. Nombre de critiques contemporains ont repris celte idée. Les uns étendent,
sans distinction d'aucune sorte, les textes au peuple d'Israël pris dans son ensemble et
considéré comme expiant ses fautes dans la captivité Smend, Giesebrecht, Budde, Konig,
:

Halévy, etc. D'autres en limitent l'interprétation à une partie seulement du peuple des
justes, l'ordre des prophètes), dont les épreuves auraient une valeur expiatoire pour la

nation tout entière : Reuss, Monnier, etc. D'autres (Dillmann, A. B. Davidson, Driver,
G. Adam Smith, Kirkpatrick, Skinner, Kautzsch, etc.), tout en admettant le sens collectif,
professent volontiers que cette espérance, fondée sur la nation, n'a été pleinement réalisée
qu'en Jésus-Christ, que lui seul a compris l'œuvre du Serviteur, a eu conscience d'être le

Serviteur, a entrepris efficacement d'en réaliser la mission. — D'autres critiques, on le sait,

se sont attachés, avec Duhm. au sens individuel. D'aucuns se sont contentés d'identilier
ce Serviteur avec un personnage typique, générique un personnage idéal, un docteur de
:

la Loi, etc. nom propre emprunté soit à l'histoire du passé, soit


D'autres ont prononcé un
à l'histoire contemporaine du « Deutéro-Isa'ie ». On sait que Sellin a beaucoup varié, ayant
pînsé successivement à Zorobabel, puis à Joachin, pour dire enfin que, composés d'abord
à propos de Joachin, ces textes avaient été ensuite étendus à tout Israël. Sur le .S'eri'i- —
t'iur de Yahweh et sur les textes qui s'y rapportent, voir A. Condamin, Le liire d'Isaie,

p. 325 et ss.; A. CoNDAMi.N, Le Serviteur de lahvé, un nouvel argument pour le sens


individuel messianique, dans Revue Biblique, 1908, p. 162-181 A. vvn Hoonvckek, :

L'Fbed lahvé et la composition littéraire des chapitres XL ss. d'Isate, dans Revue
Biblique, 1909, p. 497-528.
38 REVUE BIBLIQUE.

la résurrection n-ota aiment, pmis la vie et la postérité après la résur-


rection, ne peuvent sans violence rentrer dans le cadre d'une person-
nification littéraire.
Mais, s'il s'agit d'un individu, quel est-il? Il nous semble qu'en
prenant les textes tels qu'ils sont et indépendamment des difficultés
qu'ils peuvent soulever, on ne peut garder aucun doute sur leur sens
obvie. Le terme de l'œuvre du Serviteur, malgré des formes et
aspects très particuliers, est identique à celui de l'œuvre messianique
elle-même. Aussi l'hypothèse la plus directe, la plus normale, la
plus consistante est celle qui consiste à voir dans le Serviteur l'artisan
même de cette tpuvre messianique. Une objection, il est vrai, se
présente aussitôt contre cette interprétation : elle est tirée, d'une part,
du contraste frappant que l'on ne peut manquer de relever entre
l'esquisse de la mission du Serviteur et le programme tracé au Messie
dans l'ensemble des écrits prophétiques, dans celui-là même (jui

fait l'objet de notre étude (1); d'autre part, ajoutent des critiques, de
Tabsence totale d'une influence quelconque de cette magnifique
vision sur les idées des temps postérieurs concernant le Messie. Il est
incontestable que ces pages sont uniques, que leur influence a été
restreinte (2) ; l'élévation même des pensées qui s'y font jour expli-
querait peut-être leur isolement. Des critiques cherchent à expliquer
le contraste que ces fragments forment avec l'ensemble du Deutéro-
Isaïe en les attribuant à un auteur distinct. Nous pouvons aussi
justement penser à une vision tout à fait à part, touf à fait isolée,
dont le voyant aurait été favorisé au cours de sa carrière prophétique.
Entendues du Messie, ces pages en éclairent des aspects tout
nouveaux. Elles nous parlent d'abord de ses rapports avec Yahweh.
Il est le serviteur que Yahweh soutiendra (3), l'élu « en qui mon âme
se complaît (V) ». Il a été appelé dès le sein maternel; formé dès lors
pour sa mission, il a reçu un nom dès les entrailles de sa mère (5).
Il a été protégé, abrité sous l'ombre de la main divine, caché comme
la flèche dans le carquois (6). I>'autpe part, tout comme sur le roi
messianique, Yahweh a mis son esprit sur lui (7). Il l'appelle, en effet,

à. de hautes destinées, il veut se glorifier en lui (8). Et, à cet elfet,


il le charge de répandre sa justice parmi les nations (9). Le Serviteur
doit, sans doute et avant tout, ramener Jacob à Yahweh, lui réunir

(1) Cf. Is,, LV, 3, 4.

(2) Qin peut toutefois relever des traces d'une telle influence dans Is., lxi, 1-3; Zach., \ii,
ID (cf., pour ce dernier texte, van Hoonacker, Les douze petits prophètes, ad loc).
i3) Is., XLix, 3»..— (4r) rs., ïtii, 1. —(5) Is., XEix, 1% ^. —
(6) Is., xlk, 2''^ —
(7) Is.
XLII, V; cf. IS., XI, 2. — (8j Is., XLIX, 3''. —(9) Is., xu, i".
1;a\IE JLIVE au temps des perses. 39

Israt'l1). Mais c'est trop peu de chose; il est encore établi pour être

la lumière des nations, pour faire arriver le salut divin jusqu'aux


extrémités de la terre "2 C'est pour cette œuvre qu'il est honoré aux
.

yeux de Yahweli que son Dieu est sa force .3).


et
Mais ce qui est le plus nouveau, c'est la manière dont le Serviteur
doit accomplir cette œuvre. Le Seigneur lui a donné une langue de
disciple, pour qu'il sache fortifier par sa parole celui qui est abattu;
chaque matin il éveille son oreille, pour qu'à la façon des disciples,
il écoute l'enseignement qu'il doit distribuer au monde; et le Servi-

teur se garde de résister, de se retirer en arrière i De fait son i


.

œuvre propre, c'est d'annoncer la justice en vérité; c'est de ne faiblir


ni de ne se laisser abattre qu'il n'ait établi le jugement sur la terre,
annoncé aux iles la loi quelles attendent (5 > Pour cette fin, sa bouche
est semblable à une épée tranchante, il est lui-même une flèche
aiguë (6). Mais il devra tempérer ses ardeurs et accomplir son œuvre
dans une parfaite mansuétude « il ne criera pas, il n'élèvera pas la :

voix, il ne la fera pas entendre dans les rues; il ne brisera pas le


roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche prête à mourir T). » Tel
est le premier aspect de l'œuvre du Serviteur; il est le missionnaire
de Yahweh, non seulement en Israël, mais au milieu du monde païen,
chargé de répandre la connaissance de son Dieu, de sa justice, de sa
loi parmi les nations. Rien de la conquête par les armes à laquelle

de nombreux oracles faisaient allusion à propos des temps messia-


niques (8) mais une œuvre de persuasion, dans la mansuétude et la
;

pitié pour ceux qui sont faibles.


La grandeur de cette idée, de cette vision de l'avenir ne saurait
être trop admirée; elle le cède pourtant à cette seconde partie du
tableau qui nous met en présence de la forme la plus élevée de
l'œuvre rédemptrice. En une première description, le Serviteur nous
apparaît livrant son dos à ceux qui le frappent, ses joues à ceux qui
lui arrachent la barbe, ne 'dérobant pas son visage aux outrages et
aux crachats (9), Bien plus en face de ces mauvais traitements, il
:

ne se laisse ni abattre, ni fléchir, tant il est sur que YahAveh viendra


à son aide, qu'aucun adversaire ne pourra le confondre ni le con-
damner; au contraire, il sera lui-même témoin de leur effondre-
ment (10). —
Mais c'est dans une autre page que la vision prophétique
prend son plein développement, dans cette page que si souvent on a

(1) Is., \ux, 5'^, 6". — 2) Is., \Li\, 6''. — 3i Is.. vi.ix, 5'".

1,4;- Is., I.. 4, 5. — (5; Is., XLii, 3'', 4. — <3) Is., xu\, 2'-'''-^ — (7) Is., x;.ii. :!. 3'. —
(8) Ara., IX, 1*1 Is., IX, 3, 4; xi, 14 ; etc.
(9, Is., I., 6. — (lOj Is., L, 7-9.
40 REVUE BIBLIQUE.

appelée l'ÉA-angile anticipé de la Passion. Elle est trop connue pour


que nous en analysions le contenu; il suffit de mettre en relief les
idées maîtresses de ce que l'on pourrait appeler un véritable drame.
Le dernier mot sera sans doute le succès, la grandeur, l'exaltation,
la suprême élévation du Serviteur
(1). Mais, auparavant, se passe-
ront des événements qu'on aura peine à croire à qui les annon-
tels

cera, qu'on hésitera à reconnaître cette manifestation du bras de


Yahweh (•2j. —
Ce qui attire, en premier lieu, l'attention, c'est
l'humiliation du Serviteur; il apparaît défiguré, son aspect n'est plus
celui d'un homme, ni son visage celui des enfants des hommes (3).
Il se lève comme un frêle arbrisseau, comme un rejeton qui sort
d'une terre desséchée ; il n'a ni forme, ni beauté pour attirer les
regards, ni apparence pour exciter l'amour (4). Il est méprisé, aban-
donné des hommes, homme
de douleur, familier de la souffrance;
pareil à un objet devant lequel on se couvre le visage, il est en butte
au mépris, on ne fait de lui aucun cas (5). Non seulement il est humi-
lié, mais il souffre jusqu'à la mort; il est transpercé, brisé, meurtri,
maltraité (6) il est enlevé par l'oppression et le jugement, mis à
;

mort sans qu'on s'inquiète de lui (7). L'humiliation l'accompagne


même au delà de la vie, et son sépulcre se confond avec ceux des

(1) Is., ui, 13. — (2; Is., Lni, 1. — (.3) Is., lu, l'i»,-''. — (4) îs., un, 2. — (5i Is., un, 3.

— (6) Is., un, 5, 7.

(7) Is., Lin, 8. Ce verset est difficile. Dans le premier membre de phrase "C^w'Z^CI 1J.;"C
np;, la particule O nous parait, malgré que ce ne soit pas son sens ordinaire, pouvoir
être rendue par un sens causatif : il a été enlevé (mis à mort) par suite de l'oppression et
du jugement, comme si, par exemple, sa mort était la suite d'une sentence prononcée

contre D'aucuns traduisent il a été ravi à l'oppression et au jugement, soit par la


lui. :

mort qui a été le point de départ de sa gloire, soit par un miracle analogue à l'enlèvement
d'Hénocli et d'Élie (np ; est le terme consacré au sujet d'Hénoch). Cette dernière hypo-
thèse (enlèvement) nous paraît fort peu probable. — Le deuxième membre de phrase
nniil?'' "iD ilifriXl a été isolé par S. Jérôme de ce qui précède et de ce qui suit, puis

traduit par Generationem ejus quis enarrabit; cette traduction est d'ailleurs devenue le

point de départ de commentaires dans lesquels on a complètement méconnu le sens du mot


"il". Ce mot évoque tantôt l'idée de séjouï (rare), tantôt celle de ])ériode. époque (locution
"IITI "S^rh), tantôt celle de génération ou d'ensemble des contemporains. Duhm, s'en tenant

au premier de ces sens, traduit le membre de phrase en l'isolant de ce qui vient ensuite : « et

de son séjour (l'endroit où il a été placé après son enlèvement) qui donc s'enquierf? « Cette
restriction et celte interprétation du sens nous parait sujette aux du mot « séjour «

mêmes critiques que l'interprétation du premier membre de phrase dans le sens d'enlève-
ment; en revanche on pourrait laisser indéterminé le sens du mot séjour, et la phrase
reviendrait à dire qu'après sa disparition personne ne se préoccupe de lui. Quelques inter-
prètes, reliant 8».^ à 8'', traduisent : « Et, parmi (riN est-il susceptible de ce sens?) ses con-

temporains (ou : et quant à ses contemporains), qui considère qu'il a été retranché de la

terre des vivants?... ».


L'AME JUIVE AU TEMPS DES PERSES. 41

méchants et des violents (lu —


Eq deuxième lieu, c'est sa résignation
qui attire l'attentionon le maltraite et lui se soumet à la souffrance
; ;

il n'ouvre pas la bouche, semblable à l'ag'neau qu'on mène à la


tuerie, à la brebis muette devant ceux qui la tondent (2i. Cette —
attitude gagne déjà les sympathies. Mais voici qu'en troisième lieu,

une équivoque se dissipe. En vertu du vieux préjugé d'après lequel


ily a toujours rapport entre la douleur et le péché, on a d'abord
regardé le Serviteur comme un puni, accablé et humilié par Dieu
lui-même (3). Mais bientôt son innocence a frappé les regards; il n'a
pas commis de violence, il n'y a jamais eu de fraude dans sa
bouche (4); la comparaison avec l'agneau 5) évoque l'idée d'une 1

justice sans réserve. — Mais c'est alors qu'en quatrième lieu se pose
le problème de la raison d'être de tant de détresse. La réponse est
sublime. En toute vérité, c'était nos maladies qu'il portait, nos dou-
leurs dont il s'était chargé (6 ; il était transpercé à cause de nos
péchés, brisé à cause de nos iniquités; le châtiment qui nous donne
la paix était sur lui, ses meurtrissures étaient le gage de notre
guérison (7). Nous étions comme
des brebis, chacun suivant sa pro-
pre voie; et Yahweh
retomber sur lui l'iniquité de nous
faisait

tous (8 la plaie le frappait à cause des péchés du peuple (9).


; 11 ne —
reste plus qu'à dire, en cinquième lieu, l'issue de ce douloureux sacri-
fice. Sans doute il a plu à Dieu de briser le Serviteur par la souffrance.

Mais Dieu le relèvera. Quand son âme aura offert le sacrifice expiatoire,
il goûtera les joies du triomphe. Revenu à la vie, délivré du tombeau,

il verra une postérité; il vivra de longs jours, le dessein de Dieu


prospérera en ses mains; à cause de ses souffrances, il verra et se
rassasiera (10). Mais les fruits de son sacrifice ne s'arrêteront pas à sa
personne. Par sa connaissance, — celle qu'il a de Yahweh, — le Juste,

le Serviteur justifiera beaucoup d'hommes, ceux dont il aura porté


les iniquités (It). Yahweh lui donnera sa part parmi les grands, il
possédera le butin avec les forts (12), il aura une puissance, une

'1) Is., LUI, 9'. L'idée de sépulcre ne cadre guère avec celle d'enlèvement, à moins qu'on
ne distingue entre l'enlèvement de l'âme et
le sépulcre du corps, interprétation qui ne

répond guère ni aux conceptions psychologiques des Israélites, ni aux cas d'Hénoch et
d'Élie. Pour 9^ï le texte actuel porte : « et son monument est avec le riche » ; mais le

parallélisme favorise peu ce sens. Diverses corrections ont été proposées (piury, oppres-

seur: 'p'^u-^'J [araméen], fraudeur; 71 ''ÏJ", malfaiteurs — au lieu de ll'JJ", riche; on


pourrait aussi penser à *y^1", violent) en vue de rétablir la symétrie des deux membres.
(•>} Is., LUI, 7. — (3) Is-, LUI, 4''. — (4) Is., lui, 9'\ — (5) Is , lui. 7. — (G) Is., lui, 'i\
— 17) Is., Lin, 5. — (8) Is., lui, 6. — (9) Is., lui, S'-.î. — (10) Is., lui, 10, IP^ — (11) Is.,
i.iii, 11'?''. — (12) Is., Lin, n'o^i.
42 REVUE BIBLIQUE.

influence pareilles aux leurs. Telle sera la suite de son sacrifice, de


l'humiliation qui l'a mis au rang- des malfaiteurs, de rexpiation qu'il
aura faite pour la faute d'un grand nombre, de son intercession pour

lespécheurs (1). C'est alors, après que beaucoup auront été dans la
stupeur en le voyant si misérable, qu'il fera tressaillir des nations
nombreuses: devant lui les rois fermeront la Louche, saisis de res-
pect et stupéfaits par les événements inouïs dont ils auront été les
témoins (2).
Jamais la prophétie de l'Ancien Testament ne s'est élevée plus haut.

a Is., LUI, 1T:^>. — (2) Is.. i.n, 14'«, 15.

(.4 suivre.)
J. TOUZ.ARD.
NOTES SUR LES PSAUMES

PSAUME M

Les vers du psaume vi sont de trois accents. Le nom divin est en


surcharge aux vv. o a b et 5 a. Les vv. 9 « et 11 a sont aussi trop
longs Sz a dû être introduit dans le premier par une glose et "wZ',
:

dans le second, par une réminiscence de copiste. Enfin le v. 10 a,

régulier au point de vue du mètre, pourrait bien n'être qu'une


variante du vers précédent.
Les vers sont groupés tantôt en distiques, tantôt en tristiques. Il est
évident par exemple que le v. h a, en raisonnotamment du ivau: par
lequel il commence, se rattache au vers précédent et non au suivant.
De même les trois propositions du v. 7 se trouvent former un tris-
tique, à moins qu'on ne première comme interpolée ou
rejette la
d'un quatrième membre.
([u'on n'affirme la disparition
Dulim distribue le poème en strophes de cinq vers (1), composées
chacune d'un tristique et d'un distique dans la première strophe, :

le tristique (vv. 2-3 a formulerait une demande dont le distique


(vv. 3 ô-i a) énoncerait le motif. L'existence de quatre strophes de
cinq vers chacune est indiquée en effet par le sens. Les trois dernières
surtout s'opposent nettement l'une à l'autre : le cours des idées
change avec les vv. 7 et 9. Mais si la seconde et la troisième strophe,
et peut-être la quatrième, sont composées d'un tristique et d'un dis-
tique, on ne saurait en dire autant de la première le troisième vers :

V. 3 a), en vertu du parallélisme, se rattache nécessairement au vers

suivant (v. 3 6), comme Pannier l'a bien vu, et non au verset précé-
dent; l'un et l'autre d'ailleurs contiennent à la fois et l'énoncé de la
prière et l'exposé de son motif. Nous ne pouvons sur ce point faire
violence à la réalité par un amour de la symétrie que l'auteur possé-

;i) H. Losètre (Le livre f/es Psaumes, Paris 18;»7^ adoptait déjà cette distribution, sauf
à laisser six vers dans la dernière strophe.
44 REVUE BIBLIQUE.

dait sans doute à un moindre degi'é que nous. On remarquera encore


que presque toujours, dans les tristiqaes, l'un des vers est plus ou
moins en dehors du parallélisme cf. vv. i a, \ b, "7 a, 9 al).
Les nombreuses assonances en -r surtout et en -^ ou en ^) qui !

caractérisent ce poème ne semblent pas intentionnelles elles ne sont :

pas distribuées de façon régulière et manquent à des fins de vers où


il eût été facile de les obtenir, par exemple en déplaçant un mot.

Le psaume fait entendre la supplication, terminée par un cri de


confiance, d'un malade persécuté par ses ennemis. Dans les deux
premières strophes, le psalmiste s'adresse directement à lahvé; la
quatrième débute par un discours aux ennemis. « Que lahvé ne traite
pas avec colère le pauvre malade épuisé, qu'il ait pitié de lui et le
guérisse (vv. 2-4 a; première strophe). Qu'il ne prolonge pas son
épreuve, mais qu'il le sauve dans sa miséricorde, pour que le psal-
miste puisse chanter encore ses louanges (vv. 4 è-6; seconde strophe).
Ses souffrances sont attestées chaque nuit par l'abondance de ses
larmes et aggravées par le chagrin que lui cause la persécution de
ses ennemis vv. T-8'. troisième strophe Qu'ils s'éloignent, ces mal- .

faiteurs, car lahvé va exaucer la prière du patient et tous ses ennemis


seront de nouveau confondus (vv. 9-11; quatrième strophe) ».

1 Av. maUre de chœur. Sur les inslrumenh à cordes. A l'octave. Psaume de David.

2 lalivé, ne me
punis pas avec colère
et De me châtie pas avec fureur.
3 Aie pitié de moi [ ]. car je suis sans force.
guéris-moi L ], car mes os sont 'épuisés"
i et mon àme'est effrayée à l'extrême.

Mais jusques à quand /


toi, lalivé.
Reviens [ ], délivre mon âme.
••

sauve-moi à cause de ta miséricorde.


6 Car. dans la mort, on ne se souvient pas de toi :

dans le clieol. qui te louera/


'
Je me suis fatigué à gémir :
chaque nuit je baigne ma couche.
de mes larmes, je détrempe mon lit.

^ Mon œil est rongé par le chagrin :

J'ai vieilli 'à cause des outrages' de mes ennemis.


''
' Eloignez-vous de moi. [ ] artisans d'iniquité:
car lahvé a entendu la vois de mes larmes,
io lahvé a entendu ma sujjplication. ••

lahvé accueillera ma prière.


11 et tous mes ennemis seront effrayés à l'estiiine :

ils retourneront à leur confusion, en un instant.

II

2. Une traduction littérale du verset exigerait : « ... avec ta colère... avec ta


fureur ». Mais roniission du possessif permet de mieux rendre en français le sens de
l'original. La négation prohibitive, en effet, au lieu d'être immédiatement suivie du
NOTES SLR LES PSAUMES. 4:3

verbe, comme c'est la règle (Giv 152 /*), tombe sur les deux compléments iadiiects,
ce qui indique le sens : « Que ce ne soit point avec colère que tu me punisses, ni
avec fureur que tu me châties I » La correction divine ne sait-elle pas revêtir une
forme paternelle? (Job, xxxrii, 14-30; Prov. m. il s.). Cette interprétation sera
d'ailleurs conûrmée si Ton se reporte aux origines mêmes de la formule. Elle se
retrouve d'abord identique, sauf la substitution de =iïp à ^n, dans Ps. xxxvtii. 2.
Mais dans les deux psaumes elle dérive de Jér. x, 24 s. (cf. Ps. lxxix, 5-7). C'est là
que pensée apparaît plus naturelle et mieux adaptée au contexte, plus intelligible
la

aussi et s'expliquant d'elle-même Châtie-nous, lahvé, mais avec équité et non avec
:

ta colère, pour ne pas nous réduire à presque rien! Déverse ta fureur sur les nations
qui ne te connaissent pas et sur les peuples qui n'invoquent pas ton nom! Car ils ont
dévoré Jacob et ils l'achèvent, et ils ont dévasté ses pâturages. » Partie de là, l'idée
s'est condensée dans une formule stéréotypée: elle est devenue une prière tradition-
nelle que l'on aimait à adresser à lahvé en faveur de son peuple ou même d'un de
ses fidèles. Ainsi souvent trouve-ton Jérémie aux origines des diverses formes de
la piété juive.
Tandis que, dans l'épreuve, d'autres psalmistes confessent leur péché (Ps. xxxir,
1-2, 5: xxxYiii, 4-6, 19; XXXIX. 9), celui-ci ne va pas jusqu'à se déclarer coupable;

mais il comme d'autres (vir, 4-6, 9-10; xxvi, 1-12). de son


ne proteste pas non plus,
innocence et lespremiers mots de sa prière n'équivalent-ils pas à un aveu?
3. mni surcharge le rythme dans le premier et dans le second vers; sa pré-
sence est d'ailleurs inutile et run'^ secundo manque dans G ^B\ — ^S^X est
un participe pu'lat sans "2 (Gesenius: Kônig, [I, p. 247 s.] ; Briggs) ou plutôt

un (Ewald BDB; GB; GK 84 m; Delilzsch; Bathgen). Le mot comporte-


adjectif :

patah à la dernière syllabe en raison de l'aptitude de la consonne finale au


rait le
redoublement (Koxig. II, p. 501 ou bien un pata/i remplacerait ici le qâmes de la
,

forme parce que le ton principal du groupe réside sur le mot suivant (Delitzsch .

ibnz: est attesté par tous les témoins; mais on ne comprend guère que deux vers
consécutifs le répètent. Comme le verbe est beaucoup mieux à sa place au v. 4 a, il
aura été suggéré ici à un copiste par le contexte subséquent, la ressemblance gra-
phique aidant. L'auteur avait sans doute écrit l-iz Halévv ,
que l'on retrouve avec
le même sujet dans Ps. xxxii, xxxi. 11).
3 (cf.
•Le psalmiste ne se contente pas de demander à lahvé d'en user avec lui sans
colère, il le prie d'avoir pitié de lui et de le guérir les mêmes verbes sont accouplés
dans Ps. xli, 5: cL Jér. xvir, 14 1
et pour l'apitoyer, il représente l'état de faiblesse
et d'épuisement où la maladie l'a réduit et aussi iv. 4 a) la fraveur qu'il a de
mourir : car il est impossible de ne pas joindre le vers suivant, comme l'indique la
copulative.
4. Sur 7.x écrit défectivement, cf. GK 32 <j. — ^r-2 TJ est ainsi employé seul,

comme exclamation ou interjection, dans Is. vi. Il; Hab. n, 6; Ps. vi, 4; xc. 13
cf. GK 147 c}. On peut supposer : « Jusques à quand seras-tu irrité », comme dans
Ps. Lxxix. 5. Mais l'analogie est plutôt avec Ps. xc, 13, à cause de ce qui suit : voir
au v, 5.

o. La position de l'accent dans nzir s'explique comme au Ps. m, 8; d'ailleurs


.-nn"' est de trop ici comme au v. 3, et il est à noter que ni Hier. Rom. ni Mozar. ne
le traduisent. nnVw* est-joint aussi à "2 'T^'J dans Ps. xc, 13, mais dans l'ordre
inverse. Le Ps. vi fait-il allusion au Ps. xc? On en peut douter. Mais le parallélisme
des deux textes montre au moins que dans l'usage des hommes pieux, les deux
40 liEVCE BIlîLIQLE.

expressions allaient volaûtiers enserable, et c'est iine raison de plus de ne pas sépa-
rer le V. 4 6 du V. 5 (/. L'opposition des deux termes indique pour "TTI TJ le sens :

« Combien de temps encore resteras-tu éloigné (ou détourné) de moi? »Le motif
présenté à lahvé pour l'inciter à sauver son fidèle est sa seule miséricorde
{d. Ps. cix, -26).

6. L'emploi de 'jix est ici le même qu'au Ps. v, 10. — Au lieu de r]137, attesté

par M'ASTPHier. Hebr. recordatio lui (Casin. a. par correction de L : non est in
morte qui memoria sit tuil), G, suivi par CL (Veron. Mozar. etc. Hier. Rom.-Gall.)
Y. a lu T]137, qui semble préférable. — L'accect de mi*) est sur le début du mot,
en raison du monosyllabe qui suit, lequel a reçu un dagvech euphonique (cf. GR 20 cK
Il s'agit de la louange adressée à lahvé dans l'exercice de son culte, comme semble
l'indiquer le S qui précède le complément : l'expression est d'ailleurs particulière
aux écrits postexiliens et fréquente surtout dans les psaumes.
Le psalmiste ne se place pas, comme on pourrait croire, au point de vue de l'inté-

rêt personnel de lahvé, comme si celui-ci perdait quelque chose quand se tait la voix
d'un de ses serviteurs tcf. Ps. xxx, 10;. A l'époque où nous sommes, les psalmistes
considèrent le service du temple comme une faveur qui leur est faite, un privilège
qui leur est accordé (Ps. v. 8 . Aussi le v. 6 se rattache-t-il étroitement au v. précé-
dent et développe-t-il l'appel adressé à la miséricorde divine, comme l'indique le "ij

initial que lahvé n'ôte pas à son serviteur, en lui retirant la vie, la plus grande
:

de ses joies, celle de le louer dans son temple. Ce que la mort a de plus douloureux
pour lui, semble-t-il, c'est l'impuissance où elle doit le réduire de chanter les
louanges de lahvé. L'expression de pareils sentiments n'est point rare dans la piété
juive (cf. Is. xxx.vrii, 18 s.-, Ps. lxxxviii, 11 ss.; cxv, 17 s.). Le verset d'ailleurs ne
nie pas la survivance de l'àme, mais ainsi que beaucoup d'autres textes, il la conçoit
comme une vie très diminuée et sans rapports avec lahvé. en un mot, comme la perte,
sans compensation, de l'activité et des joies, même spirituelles, de la vie présente.
7. r;n:N serait un aramaïsme d'après Giesebrecht \ZATfr, I, 227;: l'emploi du
mot ne paraît pas antérieur à Jérémie. — ~nil*N, hapax a Vhiph. « faire nager »
(cf. Hier. Hebr. nature faciam) est atténué dans la plupart des versions : G Xov^w
LV lavabo A nXjvw. de même que riD*2N « faire fondre, liquéfier » cf. 'A rT;;ta) daaas

G [îpéÇw LV rigabo 6 aTj'ico. Ces figures nous paraissent outrées. Mais en français,,

ne verse-t-on pas des « torrents » de larmes et n'est-on pas « baigné - de pleurs.^ r-


L'expression nS'ib IZI est hapax. Ce une raison suflisante pour la modi-
n'est pas

fier (cf. Ps. VII. 12), mais il est surprenant que les larmes ne soient pas mentionnées
dès le second vers du distique : pour ce motif, Wellhausen substitue "1222. Le texte

peut en etïét être altéré.

Le v. 7 a est tiré mot pour mot de Jér. xlv, 3 (cf. Ps. lxix, 4). Ce n'est pas un
motif suffisant non plus de le considérer comme une glose, car le psaume fourmille

d'emprunts. —
Sous prétexte que le premier vers est trop court, Duhm et Briggs
supposent que 13 sera tombé au début du verset. Mais un k car » ne serait en aucune
façon à sa place en cet endroit : le v. 7 ne donne pas la raison de ce qui précède.
Quant à la mesure, il est probable qu'un mot lui manque, en effet. Il se pourrait

cependant, à la rigueur, que ir^niNZ portât deux accents, l'un sur la première, l'autre
sur la dernière syllabe une syllabe atone alternerait régulièrement avec une syllabe
:

accentuée, le comptant que six, tout comme ie précédent (v. 6 b]:, il est
vers n'en
vrai que celui-ci contient un plus grand nombre de mots, ce qui n'est sans doute
pas indifîv^rent.
NOTES SUR LES PSAUMES. 47

A partir de ce verset, le psalmiste n'adresse plus directeraetit la parole à lahvé.


C'est néanmoins pour l'apitoyer qu'il revient sur ses misères (cf. vv. 3-4 a), non qu'il

veuille les décrire, mais seulement en donner quelque idée en dépeignant la douleur
qu'elles lui causent. Il s'achemine ainsi vers l'expression du chagrin qui lui vient
encore d'ailleurs ; car ses gémissements et ses larmes n'ont pas pour cause unique
les outrages de ses ennemis.
Le premier vers du v. 8 se retrouve presque identique dans Ps. xxxi. v. 10.
!S.

et "w'w'vne se lit, hors d'ici, que dans ce dernier psaume, vv. 10 et 11. Les versions
hésitent sur le sens de ce verbe G hxoi/Pr^ LV turbatus est A r;ù/[j.w6r, 3: iç/.ÉT-
:

aa'.vHv cf. Casin. tumebat) P t a souffert » : T et Hier. Heb?-. acceptent la signiBca-


tion d' « être obscurci », indiquée par l'analogie de l'araméen et soutenue encore
par B. Jacob {ZATJV, 1902, p. 107) et GB. Mieux vaut y voir un dénominatif de
U*" * teigne >, avec Hupfeld, Delitzsch. Bàthgen, Duhm, Briggs, BDB. Une idée
analogue est exprimée dans Ps. lxxx.viie, 10. i^'V peut conserver son sens étroit au
lieu de signifier « l'apparence, l'aspect » [d. I Sam. xvi, 7, 12, où on lit le pluriel).
— rÇ7\'J AIT), lu Tipn" par GL [y compris Casin. VC 'AS Hier. Hebr. d'où il

résulte que l'introduction de la troisième personne, sans doute sous l'influence du


parallélisme, est relativement récente; P peut s'entendre de la première ou de la
troisième, est aussi discuté pour le sens : 1° « vieillir » pourGLVC: 2' « être con-
sumé » pour TU Hier. Eebr. {( troublé » pour P), ce qui n'est qu'une dérivation du
sens précédent, raffaiblissement étant la suite naturelle de l'âge: 3" « être déplacé,
transporté » pour 'A a£-rjçOr,v. Le sens de « vieillir », ou plus exactement « avancer
en âge », n'est pas primitif en hébreu et peut avoir été introduit par l'influence ara-
méenne (cf. Kautzsch, Die Aramaismen im A. T., Halle a. S., 1902), mais il n'est
guère douteux (cf. le verbe dans Job, xxi, 7 et surtout l'adjectif pin" dans I Chr.
IV. 22) et l'on ne voit pas bien ce que pourrait donner ici la signification première
du mot « être transporté hors de sa place » Job, xiv, 18; xviii, 4; cf. Yhiph.
.< Gen. xii, S: xxvi. 22; Job, xxxii, 15). Aussi
se déplacer, s'éloigner, s'avancer »
le sens de « vieillir » est-il communément accepté. Sm ne donne pas un sens —
satisfaisant; il faut au moins corriger en "^D'^ (cL S o-.i et voir Ps. xxxi, 12). Mais

Bickell a sans doute raison, au point de vue du sens et du mètre à la fois, de sup-
poser n'2^22. Une mutilation pareille, résultat peut-être d'une abréviation, s'est

sans doute produite au v. .51 du Ps. lxxxix. — Les parfaits de ce v. (cf. v. 7 a)


expriment l'élat auquel le psalmiste est réduit; au v, 7 h c, les imparfaits caracté-
risent des actes qui se répètent cf. Driver, 37).
Grimme propose (p. 14G, n. 2). au lieu de n-iiy, de lire linilï « mes tourments ».

qui serait en meilleur parallélisme avec


r"2 la mauvaise lecture "îI"!"!!' aurait donné :

ride'e de compléter le psaume avec un fragment de chant adressé à des ennemis


vaincus. Mais les psaumes analogues à celui-ci (xxri, xxx, xxxviii, xli, cii)
mentionnent aussi les ennemis et leurs persécutions, ce qui ne permet pas d'éliminer

ici dernière strophe, laquelle est d'ailleurs conforme aux précédentes pour la
la

mesure et sans doute le nombre des vers. Or si cette strophe est conservée, la men-
tion des ennemis au v. 8 b est nécessaire, car seule elle explique les termes des
vv. 9 a, 11.
En quoi coasiste l'hostilité des ennemis du psalmiste durant sa maladie, et com-
ment en résulte-t-il pour lui un chagrin qui le ronge et le fait vieillir? S'agit-il seule-
ment de leur insolence, de la joie maligne qu'ils éprouvent et manifestent du malheur
d'autrui? Triomphent-ils en concluant, des épreuves de l'homme pieux, à sa culpa-
48 KEVLE BIBLIQUE

ou à l'abandon de lahvé (cf.


bilité (cf. Job, i\-v) Ps. X\ii, 9 ? Il semble qu'à leurs
mauvais sentiments s'ajoutent des actes positifs d'injustice à l'égard du psalmiste
(cf. au V. 9 : « faiseurs d'iniquité »), actes rendus faciles par l'état d'impuissance
auquel une maladie un peu longue l'a réduit.
9. ''^ devant iSyr est suspect au point de vue de la mesure; l'extension qu'il

donne au nom qualifié est hors de propos, car il ne s'agit pas ici de tous les malfai-
teurs; et enfin le mot manque à la citation qui est faite de ce vers par Matth. vu, 23,
dans un contexte qui ne l'excluait pas. —^ mni au contraire doit être maintenu dans
le vers suivant .contre Briggs) : il n'est pas en surcharge pour le mètre, car ilDi Sip
(même expression dans Is. i.xv. 19 peut ne compter que pour un accent, et il four-
nit le sujet de la proposition, qu'il ne serait pas naturel de sous-entendre.
La brusquerie de cette apostrophe n'est tolérable que si la mention des ennemis
est maintenue au verset précédent et sa teneur suppose d'une part que ces ennemis
ont nui au psalmiste par des actes d'injustice (y\" "l'^VE, et d'autre part que le malade
est assuré de sa guérison,comme il l'afûrme et va l'expliquer encore.
10. La certitude qu'a le psalmiste d'être exaucé se trouve alfa-raée à trois reprises
(vv. 9 b, 10 a, 10 6). ce qui est peut-être beaucoup. Surtout, la strophe en l'état
compte un vers de trop. Mais quel vers sacrifier? Il est à noter que le v. K) 6
actuel
ne répètepas simplement la pensée du v. 9 6.- de plus les verbes ne sont pas
au même temps et le croisement des termes est observé avec soin d'un vers à
l'autre. Au contraire, le v. lO a reproduit tout-iuiiment le vers qui précède et laisse
les termes dans le même ordre un mot seulement est changé. Le
: v. 10 a doit être
une variante de 9 /-, comme Duhm et Panoier l'ont supposé.
Mais sa suppression n'est pas sans créer quelque difficulté pour l'organisation
de la strophe. A quel groupe de vers en effet rattacher le v. 10 6? De toute façon,
on ne saurait le séparer complètement du v. Le aaio qui introduit celui-ci (voir
11.

ci-dessous), surtout la suite des idées et la conformité des temps (taudis que les

verbes précédents sont au parfait, le v. 10 6 introduit une série d'imparfaits obligent


à maintenir entre les deux versets un contact assez étroit. Si le v. 10 a est conservé,
le plus naturel est de diviser la strophe en deux tristiques et d'arrêter le discours

aux ennemis avec le premier. Si 10 a est abandonné, peu d'interprètes sans doute
oseront ne pas unir dans un même parallélisme les vv. 9 6 et 10 6 et consentiront
à trouver dans la dernière strophe, aussi bien que dans la première, un distique
et un tristique. comme pourtant le persuadent la syntaxe et la logique. Tout au
moins devra-t-on ne pas arrêter le discours aux ennemis avec le v. 10, mais le
laisser courir jusqu'à la fin du psaume (bien que celle-ci parle d'eux à la troisième
personne) ou au contraire le limiter à l'apostrophe du v. 9rt. Dans l'un et l'autre
cas, cette apostrophe sera considérée comme une figure de langage sans consé-
quence et sans lendemain, imposée un instant au psalmiste par la violence de ses
sentiments il oublie d'autant plus aisément ensuite de s'adresser à ses ennemis
:

qu'ils ne sont point là en réalité pour l'entendre.


11. Le premier vers compte un mot de trop c'est certainement 1^7:1'' qui doit :

être retranché, car il n'est pas vraisemblable que ce verbe soit répété deux fois
dans le verset. La confusion des ennemis est exprimée dans le second vers; le
premier constate seulement leur surprise et leur elTroi. Cette glose a pu s'introduire
par ressouvenir de Ps. lxxxiii, 18.
T1N)2 (M'ASe Hier. Hebr. TPV) n'est pus traduit dans G B' n^ "R) L (tous les
témoins, excepté Casin.; le texte manque dans Sangerm.). Mais en revanche, açôopa
{!<ecundo) a été ajouté après le dernier verbe par G et fidèlement traduit par LCV.
NOTES SUR LES PSAUMES. 49

i;3oo;:a secundo est donc primitif dans G, y manquer comme


et 7çoo:a 2'>rimo devait

en témoignent encore les textes qui n'ont pas été cooformés après coup à l'hébren.
Mais jf6ôpa secundo n'est qu'un déplacement de -lx>2 et il ne saurait être question
de retrancher celui-ci qui, à cet endroit, est bien ^ans le style de l'auteur cf. v. 4;,
ni d'i le transporter dans le second vers auquel rien ne manque pour la mesure
(contre Zenner et Duhm).
On peut se demander si 1211"' est auxiliaire ou forme une proposition indépen-
dante. Les versions ont adopté la seconde manière de voir G (B) é-i7tpaï)ctr,7av R) :

[X N, auxquels le Copte est conforme) àT.07Zç(x.-Oz^r,yo^v (A. -sîrj'jav) cU Ta


inoj-fxcprj'.jiav
rkboj L (Casin. Sangerm. Veron. Ambros. August. Hier. Com.) V conuertantur L
^Corb.) auertantvr (Carnut. Mediol. Mozar. Gdssiod. Hier. Rom.) auertantur retror-
sum'; cf. Hier. Hebr. reuertantur. La première paraît cependant tout indiquée;
cf. GR 120'/ et voir Ps. lvi, 10 où le sens absolu de ï:n2 est au contraire précis
par la présence d'un adverbe. Il faut entendre que le psalmiste avait été, de tout
temps, favorisé de lahvé : jusqu'à son épreuve ses ennemis avaient été confondus.
Pendant sa maladie seulement ils ont levé la tète et triomphé. Mais bientôt « ils

retourneront à leur confusion ». comme au temps de la prospérité du fidèle de


lahvé, et ce changement se produira de façon subite : « en un instant ». On trouve
l'expression d'un sentiment analogue dans Ps. xxkv, 1. 26; lxwiii, 17-tS.

lil

Il n'est pas un verset du psaume vi dans lequel on ne retrouve

quelque pensée ou quelque expression de Jérémie ou du Psautier.


Serions-nous en pi^ésence d'un psaume très ancien et en si grand
usage que ses paroles auraient été retenues par les divers psalmistes,
sans oublier le prophète; ou bien l'auteur du psauniiî est-il plus
récent et tellement imprégné des écrits antérieurs et des formules
de la piété juive que sa pensée se coule d'elle-même dans ce moule
antique? In poème pénétré de sentiments reçus et parsemé de phrases
usuelles a toutes chances d'être l'œuvre d'un écrivain tard f et d'un
emprunteur plutôt que d'un génie original. Mais si l'on examine
chaque coïncidence textuelle, le doute est moins permis encore.
La formule du v. 2 est beaucoup plus naturelle, mieux encadrée
et s'explique plus aisément, telle qu'elle se présente dans Jér. x, 2i s.

Elle est làdans son milieu natif, si bien que nous sommes obligés
d'y recourir pour en avoir le sens exact ou du moins la pleine intel-
ligence. La pensée du v. G n'est pas hors de propos dans le psaume,
mais pas aussi nécessaire et ne s'y emboîte pas dans
elle n'y parait
le contexte comme
au chapitre xxxviii d'Isaïe ou au Ps. lxxxviii.
On en peut dire presque tout aulant du v. 8, comparé au Ps. xxxi,
dont il semble résumer les vv. 10 à 12, et du v. 11. rapproché de
Ps. XXXV, 4, 26; lxxxviii, 17-18.

La langue du poème confirme sa postériorité. L'emploi de "":>"<

RBVUE BIBUQIE 1920. — T. XXIX. 4


30 REVUE BIBLIQUE.

au V. 1 et du verbe pn" au sens de « vieilliE


surtout celui au v. 8 )>

indiquent la l'exil. Vue date un peu plus précise ne


période qui suit
saurait être déterminée que par rapport aux psaumes parallèles.
L'auteur pourrait être un lévite habitué à chanter les louang-es de
lahvé dans le temple (v. G b) et à qui, de ce chef, les psaumes anté-
rieurs étaient familiers. A tout le moins faut-il supposer un fidèle
assidu aux cérémonies de la maison de lahvé.

IV

Qui entendons-nous parler dansle psaume vi, un personnage

individuel, ou la communauté juive? La question a d'autant plus


d'importance qu'elle se pose à peu près dans les mêmes termes pour
tous ceux des psaumes qu'on peut appeler des prières de malades.
Il importe donc de la résoudre une fois pour toutes.
Au moyen âge déjà, psaume vi comme
Aben Ezra interprétait le
une prophétie de David relative aux soutiVances d'Israël en exil (dans
de Wette). Cette conception a été reprise et développée d'une façon
plus systématique au cours du siècle précédent par de Wette lui-
même (1836) le psaume ne fait pas entendre les plaintes d'un malade,
:

mais celles d'un persécuté, et ce persécuté n'est autre que le peuple


juif ou du moins la meilleure partie de la nation, la communauté
des pieux. Olshausen (1853), Reuss (1875), Bathgen (1897), Briggs
(1906) ont accepté cette manière de voir.
Mais c'est R. Smend (ZATW, 1888, p. 08 ss.) qui a donné toute
leur force aux arguments de la théorie. Le v. 8, qui est le point
culminant de la plainte du psalmiste, montre bien que sa souffrance
a pour cause principale, sinon unique, la persécution exercée par
sesennemis à son égard. De même ses ennemis seuls, aux vv. 9-11,
entrent en ligne de compte dans la perspective de sa délivrance il :

n'est pas question d'une maladie à guérir, l'épreuve du psalmiste


prendra fin du fait que ses ennemis seront frappés d'un coup subit,
effrayés, confondus et contraints de reculer (1). La persécution à
laquelle le psalmiste se trouve en butte est d'ailleurs d'une espèce
particulière ennemis ne menacent pas directement sa vie, c'est
: ses

lui qui se sent frappé à mort par le chagrin que l'hostilité de ses
adversaires lui cause (v. 8). Il est vrai qu'au début le poète a parlé
de maladie (vv. 3-4) et que les psaumes analogues (xxii, xxx, xxxviu,
XLi, cii) s'accordent à représenter leur patient oomme malade à la

(1) J. C. Malthes écrit aussi au sujet du v. 9 Celle apostrophe à des ennemis


: •. est

ineoncevable dans la bouche d'un malade » (ZA TW, 1902, p. 67j.


NOTES. SUR LES PSAUMES. ol

fois et pei'séciité, mais cette maladie n'est €[u"uue figure de la per-


sécution subie.
cependant ne serait pas acceptable, avoue
Cette interprétation
Srnend, si les que le psaume fait entendre étaient celles
plaintes
d'un personnage individuel. 11 ne serait pas admissible, en ce cas,
que Fépreuve endurée fût décrite dès le début sous la figure d'une
maladie et qu'on apprit seulement après coup et presque à la fin
du poème qu'il s'agit en réalité d'une persécution. On ne saurait
légitimement supposer que d'une façon régulière, ici et dans les
psaumes parallèles, les psalmistes aient mis leurs lecteurs sur
une
fausse au point de nous induire
voie, qu'ils aient voilé la réalité
en erreur. Si le psaume est individuel, la maladie doit y être
considérée comme réelle. Mais la position du patient est bien singu-
lière. Son mal est en rapport étroit avec la persécution qu'on lui
inflige, au point d'en résulter. Bien plus, de même que le chagrin
à lui causé j)ar ses ennemis le met à deux doigts de la mort, de
même leur défaite lui apporte la guérison. Il y a là une énigme, et
la difficulté se renouvelle pour chacun des psaumes parallèles.

Tout s'explique au contraire, continue Smend, si c'est Israël


persécuté qui fait entendre ses plaintes. Il s'agit de l'épreuve
commune, que tous connaissent trop bien. On peut en parler dès
le début en langage figuré sans que pei"sonne puisse se méprendre.

Et la figure de la maladie est tout indiquée dès lors que la commu-


nauté est personnifiée la maladie n'est-elle pas la souflrance la
:

plus apparente de l'individu et les prophètes n'ont-ils pas aimé à


représenter ainsi les épreuves d'Israël (Is. i, >>; xvii, 11; xxxiii, 24;

LUI, 3s3. ; Os. v, 13; Lam. i,, 13)? Seule aussi la personnification de
la communauté explique le mélange, dans la description, de la
réalité et de la figure, de la persécution et de la maladie. Le v. 8
devient intelligible : le glaive ne menace pas tous les membres de
la collectivité, mais celle-ci craint de succomber à l'oppression.
L'étroite parenté du v. 2 avec .1er. x, 2i confirme l'interprétation,
puisque chez le prophète, c'est la nation qui parle. Le v. 6 apparaît
dans une lumière nouvelle : avec la ruine d'Israël, est-ce que la
louange de lahvé ne disparaîtrait pas du monde? Enfin le passage
-sans transition de la plainte presque désespérée à la certitude de la
délivrance caractérise la conscience nationale d'Israël il sait qu'il :

mérite d'être châtié, et il a néanmoins les promesses de l'avenir


messianique. Mais s'il n'est plus question que d'un individu malade
ou persécuté, comment celui-ci peut-il passer brusquement du déses-
poir à la certitude du salut? Personne ne l'explique. On peut supposer
S2 REVUE BIBLIQLE.

sans cloute que les derniers versets ont étr ajoutés après coup, quand
la délivrance fut un fait accompli, ou bien que le psaume tout entier
a été composé après la ïm de Tépreuvc. Mais dans le premier cas,
l'unité du poème est sacrifiée et dans le second, sa vérité. En
danger pressant de mort, un individu n'a pu avoir cette certitude
du salut; sauvé, il n'a pu dépeindre avec cet accent de vérité,
ces cris de douleur et presque de désespoir, un danger éloigné et
désormais conjuré. Dans ce cas, pourrait-on ajouter, le psalmiste
eût parlé au passé, comme tel autre, et l'action de grâces ne serait
pas absente de sa composition.
Ces arguments sont-ils aussi concluants quils le paraissent?
Avant tout, c'est le texte du poème qu'il faut interroger. Il est
indéniable que le v. 3 est prononcé par un malade lequel, dans les
versets suivants, se déclare en danger de mort (vv. 5-6 et gémit

sur son lit de douleur (v. 7j. Au v. 8, il est vrai, la persécution des

ennemis est mentionnée. Mais est-il exact qu'aux vv. 9-11 il ne soit
tenu compte, dans la perspective de la délivrance, que des seuls
ennemis, et qu'il ne soit question, en aucune façon, d'une maladie
à guérir? Est-il vrai cjue cette maladie résulte de la persécution
subie? Où a-t-on vu que si le patient se sent frappé à mort, c'est le
chagrin à lui causé par l'hostilité de ses ennemis qui le tue? O.'i

a-t-on pris surtout que la guérison lui soit apportée par la défaite
des ennemis?
Qu'il y ait un raf)port étroit, une connexion presque nécessaire,
et même une relation de cause à effet entre les deux épreuves du
psalmiste, il semble qu'on doive le conclure des derniers versets.
Mais rien ne permet d'affirmer que la maladie résulte de la persé-
cution. au contraire la persécution qui apparaît comme une
C'est

suite ou une conséquence de la maladie, si du moins l'on s'en iie


à l'ordre dans lequel sont rangés les faits et à l'importance relative
de leur développement. La maladie est la première épreuve men-
tionnée et qui occupe à elle seule les deux premiers tiers du psaume.
Ee chagrin causé au psalmiste par la persécution .subie a contribué
à son tour à flétrir son visage, l'a vieilli (v. 8}; il n'a pas mis sa vie
en danger. De même, s'il y a corrélation entre la déroute des
ennemis et la guérison, rien ne dit que celle-ci résulte de celle-là.
Le contraire est plutôt vrai, tout comme il est vrai que l'idée de
guérison n'est pas absente des derniers versets. Pourquoi en effet
les « malfaiteurs )> doivent-ils s'éloigner du psalmiste v. 9 a ?

Parce que lahvé a entendu la voix de ses larmes (v. 9 b). Pourquoi
seront-ils effrayés et confondus à son sujet (v. 11)? Parce que
NOTES SLR LES PSALMES. o3

lahvé va exaucer sa prière :


v. 10 b . Mais qu'a donc demandé le

psalmiste dans toute sa prière 'vv. 2-6) sinon sa guérison, unique-


ment sa guérisoD, et quoi donc par conséquent va surprendre ses
ennemis, les terrifier et dans la confusion, sinon cette
les rejeter
guérison même : « lahvé accueillera ma prière et tous mes ennemis
seront effrayés, etc. o?
analogue se retrouve d'ailleurs dans les psaumes
L'ne situation
parallèles. de soufïrance y sont habituellement
Les deux ordres
réunis. Bien plus, la maladie y est régulièrement considérée comme
étant de nature à provoquer l'hostilité des ennemis (xxx, 2; xxxviir,
17; xLi, 3 b, 12} et comme la provoquant en effet (xxn, T-9, 18-19;
xxxviJi, 12-1.5, 20-21; xli, 6-9; cii, 9), et dans certains cas tout au
moins, on perçoit que la guérison suffit au contraire à assurer le

triomphe du psalmiste (xxxviii, 16-18; xli, 11). C'est donc que les
deux épreuves ne se trouvent pas réunies par accident, mais qu'elles
sont associées par la nature des choses. Leur corrélation cessera de
paraître une énigme si nous parvenons à discerner le genre de
persécution auquel le malade est en butte.
Les commentateurs attribuent volontiers aux ennemis d'un psal-
miste éprouvé dans sa santé le rôle des amis de Job ils triomphe- :

raient du juste en déclarant c[ue s'il est frappé de Dieu, c'est qu'il

est coupable. Il que cette méchanceté ne soit pas


est possible
épargnée au pauvre malade; mais aucun des psaumes indiqués ne
relève le fait. Ce n'est pas cependant que les ennemis se fassent faute
de concevoir des sentiments hostiles au psalmiste et de les exprimer.
Son malheur fait leur joie ils se moquent de lui (^xxii. 8), l'insultent
:

eu. 9 se réjouissent de sa mort prochaine ,xli, 8-9), l'escomptent


,

XXII, 18 Ô-19), la souhaitent (xli, 3 6-6), si tant est que parfois il


ne contribuent pas à la provoquer (xxii, IS-li. 17, 21-22). Plus d'une
fois, l'impiété s'ajoute aux autres sentiments (xxii, 9; xxxviii, 21) :

on est heureux de voir le juste abattu et de constater que lahvé


parait impuissant à le relever. Cette joie maligne de leurs ennemis
cause une souffrance aiguë aux psalmistes xxn, 7; xxx, 2; xxxviii,
17; XLI, 12; en, 9).
Peut-être nous faisons-nous une idée trop faible de ces haines
fraternelles et des souffrances morales qui en résultaient. Les
jalousies et les dissensions étaient habituelles chez les Juifs. En pays
chrétien, nombre de braves gens vivent et meurent sans avoir
jamais haï personne et sans se connaître d'ennemis. En Israël, on
en a toujours. Et ces ennemis se montrent au jour de l'épreuve. Elle
ne les désarme pas : ils ignorent le respect du malheur comme de
U REVL'E BIBLIQUE.

la fail)lesse. fis triomphent au contraire quand ils croient mortel-

lement atteint celui qu'ils n'aiment pas. Et qu'on ne dise point que
cette attitude est le fait de quelques rares méchants. Ces ennemis
sont nombreux, et ils se multiplient encore au jour du malheur
(xxxviii, 20). Parfois, mais c'est sans doute un cas exceptionnel, il
semble que tout un peuple rejette le pauvre malade (xxii, 7:; cf vv. 8,
13j Via), n est moins rare que ses amis eux-mêmes Tabaindoiiuient
(kxxviii, 12) quand ils ne vont pas, après avoir mangue son pain,
jusqu'à lever le pied contre lui (xli, 10). Et il arrive aussi, hélas!
que Taffligé aspire à la guérison afin de pouvoir se venger de ses
ennemis et leur rendre tout le mal qu'il en a reçu xli, 11). Cette
race passionnée et violente ignore la mansuétude.
maintenant l'on se reporte an milieu antique, moins indivi-
Si
dualiste que le nôtre, où chacun dépendait davantage de tous, au
point de vue moral comme au point de vue matériel, où l'existence
privée était moins libre et moins à l'abri des reg^ards, où la perte
de la considération publique entraînait plus d'humiliations et
d'inconvénients de tout ordre, si enfin l'on, tient compte de l'état de
sensibilité d'un liomme alîaibli à qui son imagination aïoircit encore
la réalité, peut-être arrivera-t-on à comprendre tout ce que signifient
les plaintes douloureuses dont nos psaumes retentissent.
Maïs peut-on croire que tout se passe en sentiments et en paroles?
Ce serait méconnaître i^es ennemis des psalmistes. La maladie, dès
qu'elle se prolonge, met sa victime en état d'infériorité dans une :

société imparfaitement organisée, et qui garantit d'une manière insuf-


tisante les droits des faibles, le malade est comparable à la veuve
et à l'orphelin, il est incapable de défendre ses intérêts. L'occasion

est trop bonne de s'enricbir à ses dépens. Au lieu de la fraternité et


du secours, on usera envers lui de procédés déloyaux et d'injustice.
S'il n'en est pas question au psaume xxx, c'est que la mala/die a été

trop courte (vv. 6-8, lâ-13; cf. v. 2). Mais il semble qu'on puisse
discerner des tentatives de cet ordre aux vv. 13 et 21 du psaume
xxxviii. Au psaume xxii, les ennemis n'attendent même pas la fm
du malheureux pour se partager ses dernières dépouilles (v. 19).
C'est à la lumière de ces textes qu'il faut lire le psaume vi. Comme
on voit, il traite un lieu commun. Il résimie, trop brièvement pour
qui n'est pas initié, ce qui se passe volontiers lorscju'un juste est
longtemps immobilisé par la maladie. Ses ennemis triomphent,
l'injurient, lui causent toute sorte de vexations, et s'ils le peuvent,
d'injustices. Qu'il revienne à la santé, les voilà effrayés par la
perspective d'expier et de rendre gorge, si du moins il s'agit, comme
NOTES SUR LES PSALMES. 5:;

dans le cas présent, d'un homme qui de tout temps a su déjoue i'

les entreprises malveillantes et toujours a réussi à confondre ses


adversaires. Il est à remarquer en effet que le psalmiste ne demande
pas à lahvé d'être délivré de ses persécuteurs. Il aspire seulement
à être guéri. Quant à ses ennemis, une fois en bonne santé, sans
doute, il s'en charge (cf. xu, 11). Eux-mêmes le savent, qui prennent
[>eur dès qu'ils le voient'revenir à la vie : ils sont sûrs de retourner
bientôt à la confusion dont sa maladie leur avait un instant permis
de sortir.
Lexamen des discours prophétiques cités en exemple par Smend
démontre que l'interprétation collective, n'étant point la plus natu-
relle, ne doit en aucun cas être supposée. Partout où elle est certaine,

c'est que le contexte ne laisse planer aucun doute sur l'objet réel
de la description (cf. Is. i, 2 ss. ; xvii, 9 ss. ; xxxui, -lï; Os. v, 13;
Lam. I, 13). Hors de là, nous restons toujours au moins dans
l'incertitude sur le caractère individuel ou collectif du personnage
décrit par le prophète. Comme les traits du psaume, considérés
isolément, sont tous strictement individuels et qu'en outre leurs
rapports mutuels s'expliquent aisément, on vient de le voir, sans
aucun recours à l'interprétation collective, il semble que la cause
soit entendue. Tout au plus reste-t-il à répondre aux arguments qu'on
prétend tirer des vv. 6 et 9.

Le V. 6 recevrait de l'interprétation collective une lumière nouvelle.


Mais cadre-t-il seulement avec cette interprétation ? Le poète parle-
rait-il comme il fait, si tout Israël était menacé d'ext«rmination ou
même simplement d'une oppression telle que le cuite de lahvé dût
cesser d'être célébré dans le temple? A supposer qu'il fit allusion au
clieol, de quoi on peut douter, ne dirait-il pas autre chose? Qu'on loue
lahvé ou non dans la mort, n'y aurait-il donc aucun dommage à
ce que son culte fût détruit sur la terre, et cet aspect de la question
laisserait-il le psalmiste inditférent? La mention du cheol suppose
plutôt que l'auteur n'est préoccupé que d'un individu. Ce n'est pas
ainsi qu'il eût parlé s'il se fût agi de la nation. Ce n'est pas ainsi
que parle Esther quand elle prévoit la ruine de son peuple (Esth. G
xiir, 10; XIV, 20 s). Non, il n'y a, à l'arrière -plan du v. 6, ni la

destruction d'Isratl, ni la cessation du culte iahviste dans le temple;


il n'y a que l'impuissance, pour une personne déterminée que la
mort enlève, de prendre part désormais à ce culte.
L'objection relative au v. 9 est un peu plus sérieuse. Si le psal-
miste est encore gravement malade et en danger de mort comme il
l'affirme, on ne comprend guère le ton de certitude absolue et la
oG REVL't: BIBLIQUE.

violence de son apostrophe : il devrait se contenter d'exprimer un


sentiment d'espoir et de confiance (n lahvé. Si au contraire il est

guéri, ilne peut plus écrire les six premiers versets. Et lui faire
composer son poème en deux temps est une invention misérable
pour le besoin de la cause. Pourquoi cependant nécrirait-il pas au
cours de sa maladie, mais à ces heures obscures encore et douces
néanmoins, où le patient sent le mai s'apaiser et la vie reprendre?
Il peut être sur de sa g-uéris( n avant qu'elle soit un fait accompli

Il peut dès lors annoncer à ses ennemis que leur règne est fini. Et

néanmoins le danger est si proche que rien ne lui interdit d'en


parler encore au présent. La liberté poétique ne doit pas être un vain
mot. .lamais on n'a exigé de l'ode en particulier qu'elle fût une
reproduction servile de la réalité; on lui fait plutôt un mérite d'exa-
gérer, par une habile mise en scène, le contraste des faits. Les
poètes bibliques seront-ils les seuls auxquels on interdira les transi-
tions brusques, les oppositions inattendues et soudaines?

PSAUME VII A (vv. 1-6, 13-18)

Le psaume vu A est en vers de trois accents, groupés en distiques ;

deux distiques forment la strophe. Dans la plupart des vers, la


mesure s'est conservée. Çà et là seulement un mot pnrasite s'est intro-
duit (vv. 2, i, 13, 18), qui trouble ordinairement le sens autant que
le ^rythme. Un seul vers, au v. Qtb, est mutilé.

Le poème fait entendre la prière d'un innocent, injustement accusé

et poursuivi par un homme avec lequel il avait vécu en paix jusqu'ici:


le psalmiste implore le secours de lahvé, proteste de son innocence,
et annonce que la méchanceté de son adversaire retombera sur sa
tète.
« Que lahvé me délivre de rennémi qui me poursuit (vv. 2-3;
première strophe^ Si, au temps où nous vivions en bon accord, j'ai
commis contre lui l'injustice dont il m'accuse (vv. 4-5; seconde
strophe), qu'il l'emporte sur s'empare de ma vie (v. G; troi-
moi et
sième strophe). 11 prépare en instruments de combat; mais
effet ses
ce faisant, c'est contre lui-même qu'il travaille (vv. 13-14; quatrième
strophe). Il sera déçu dans son entreprise contre moi et tombera le
premier dans le piège qu'il me tend (vv. 15-16; cinquième strophe).
Sa méchanceté retombera sur lui, et moi je remercierai lahvé de .sa
justice (vv, 17-18; sixième strophe).
NOTES SIR LES PS A LAIES.
Chiggayi'm de Daoid, qu'il chanta à lahvé au sujet de Koucli, le benjaminile

- lalivo, Dieu, auprès de toi je me réfugie,


mon
sauve-moi de [ ] 'celui qui me poursuit' et délivre-moi,
3 De peur qu'il ne décliire. comme un lion, mon âme,
[sans qu'il y ait de] sauveur ni de lihérateur.

'•
lalivp, L ] si j'ai fait cela,
s'il y a une injustice sur mes mains.
"'
Si j'ai fait du mal à qui vivait en paix avec moi
et dépouillé celui qui m'attaque sans motif,

' Que l'ennemi poursuive mon âme.


et qu'il l'atteigne [et la pousse pour qu'elle tomhe].
nu'ii foule à terre ma vie
et couche ma gloire dans la poussicre. Sélah.

13 En vérité, aiguise son glaive;


[ ] il

il a bandé son arc et il vise.


Il Mais c'est pour lui qu'il a préparé les instruments de mort,
qu'il rend incendiaires ses flèches.

1 ; Voici qu'il est en travail d'iniquité :

il a conçu le malheur et il enfantera la déception.

16 11 a ouvert une fosse et il la creuse,


mais il tombera dans le piège qu'il prépare.

'7 Son méfait retombera sur sa tête,


et sur son chef son attentat redescendra,
''^ Je loueiai lahvé de sa justice
et je célébrerai le nom du [ Très-Haut. j

1. Sur 'nn '•"


cf. Dent, iv, 21; Jér. vu, •22; xiv. 1. — Au lien de XÙ^Z, GCLV
AI© Hier. Com. Rom. Hebr. ont lu v^ri:. Celte leçon a été introduite en vue de rat-
tacher à un texte biblique (II Sam. xviii, 21 ss.) un nom inconnu. Mais ir'i^ n'est
pas un nom pro[3re, signifie un couchite » et ne saurait convenir à un benjaniinite.
«

L'indépendance de la leçon de _M est au contraire une garantie d'authenticité. Le


titre d'ailleurs ne se réfère pas à II Sam. xvrir. mais fait allusion sans doute à
I Sam. xx.tv, 10, où l'on voit des courtisans de Saiil accuser David auprès de leur
maître [cï. les vv. t ss. du psaume). Le nom de Kouch aura été emprunté à un texte
qui ne nous est point parvenu, peut-être à l'ouvrage même dans lequel le psaume a
été conservé avant son insertion dans le Psautier.
2. Du
premier vers, Sievers retranche ^T'^^ avec raison peut-être. Mais le second
vers surtout est trop long et la suite montre qu'un seul ennemi poursuit le psalmiste.
bz s'introduit facilement dans des textes pareils, par une tendance à généraliser : lire

équivaut à
3. ''U.'î; ma personne ». h"-- H^^i -<''' signification d' « arracher » — '^

(cf. Gen. xwii, 40), prendrait ici dans M, dont TS Hier. HcOr. gardent la leçon,
le sens de » ravir » « ravisseur, sans qu'il y ait de libérateur ». Mais G. suivi par L
:

même Casin.) VCP, a lu ':\x devant ce participe, et le sens de « délivrer •>, plus
récent et teinté d'aramaïsme (voirlvAUTszcH, Die Arama-smen, etc., et cf. Ps. cxxxvi,
24; Lam. v, 8) convient mieux au parallélisme (Bickell, Cheyne, Duhm, Briggs\ lis»
introduit ime proposition circonstancielle GK !.52 1).

4. Le premier vers compte un mot de trop, sans doute encore \-iSx. — Sur l'em-
ploi de DN cf. GR 1.59 m. —
P""? (sur l'emploi du féminin cf. GK 122 q) est -< cela »,
c'est-à-dire « ce dont je suis accusé -'et qui, d'après le parallélisme, rentre dans le
58 REVLE BIBLIQUE.

genre Si!?. Même usage du pronom et même formule dans Gen. m, 14; xx, -5, G;
XLV, 19. —
Pom- l'expression "i£22 cf. Job, xvi. 17; Is. Lii, 6; Jon. m, S et
aussi I Sam. xxiv, 12; xxvi, 18.
5. Ss3 est construit comme
ici avec deux accusatifs dans I Sam. xxiv, 1 ;S

Prov. xxxr, 12, etc. — Le sens de "''zSur n'est pas douteux celui qui était en :

paix avec moi » : le terme équivaut à *''Z"'w' r'^N dans Jér. xxxvni. 22; Ps. xli,10.
I>e sens de k rendre » qui est celui de GCLV si reddidi retribuentibus mihi mala,
ou de « faire ». qui est celui de P. convient au pi. mais non au fjal et d'ailleurs la
pensée ainsi obtenue par G est chrétienne, mais non juive : était-ce donc un crime,
sous la Loi ancienne, de rendre du mal pour du mal . et les psalmistes se font-ils
faute d'en souhaitera leurs ennemis et parfois même 'Ps. xli, 11 de vouloir leur
en rendre? ^sous avons ici le participe soit du qoh soit du j^'j'el- Le qal signifie
régulièrement <( être sain et sauf », mais il a pu prendre un autre sens, comme
dénominatif de ciSr GB; BDB; cf. Job, xxii, 21 . Biithgen et Duhm préfèrent le

participe po. : sur celte forme en général et son sens cf. GK ôô bc ; la chute de la
préformative n'a rien de surprenant cf. GKô2 .^v .
Seul parmi les versions anciennes T
C'^I'C '"Z"'! a exactemeLt traduit. MTP ont eu raison de maintenir le singulier
contre GCLV.
"ï'inNl a été diversement interprété. TP, qui traduisent par « opprimer », ont
dû lire "ïîT'Nl qui est préféré par Houbigant, Dyserinck. Gràtz, Cheyne et Duhm.
GCL (même Hier. Uom. et Casin.J BV dêcidam ab ont lu la même racine verbale que
la Massore. mais soit au 7iiph., soit au qal pris au sens intransitif comme dans
Os. V, 6: seulement, dans l'un et l'autre cas la préposition yz devait précéder le

complément : i"niïr2 ""TiXl ou yn»^*- Hier. Hebr. et dimisi hostes meos vacuos

paraît bien avoir la leçon de M, sauf à atténuer le sens du verbe en celui de « lais-
ser aller >k Le sens ordinaire du pi. est en effet « déhvrer » (cf. Ps. vi, 5 etc.),
comme 'A seul parmi les versions a traduit v.x: l;vjaâ[jLT;v, et comme traduisent :

encore Ewaid et Briggs : « tout au contraire j'ai sauvé celui qui m'opprimait sans
motif ». Mais une telle parenthèse est exclue par le parallélisme. Z il ivr^pra^x
adopte le sens de « dépouiller >^, qui serait un aramaïsme cf. en syriaque pa. : « pil-
ler » et en hébreu -y"'- « dépouilles » II Sam. ii. 21; Jug. xiv, 19). Ce sens,

accepté par de Wette, Delitzsch, Batiigen est tout à fait adapté au contexte et il ne
paraît pas trop faible. Rien n'indique que le psalmiste ait exercé une autorité telle

qu'il ait pu êti'e un oppresseur, comme veut Duhm. Il est au contraire de ceux qu'on
opprime. Mais il peut être accusé de vol : le v. 4 indique une accusation portant sur
un fait déterminé et les vv. 2-5 s'expliquent très bien dans l'hypothèse d'une accu-
sation d'injustice, eu particulier les termes T" et "".

''''ly, qu'il faut maintenir au singidier avec M contre toutes les versions, doit être
rendu par un présent et non par un passé comme on fait trop souvent. Ainsi. i£T"'
(V. 2 . '"2"'w* et """""ny (v. 5) désignent la même personne, celle qui poursuit le psal-

miste en l'accusant à tort d'avoir commis une injustice à son égard au temps ou
ils vivaient en paix l'un avec l'autre. — Sur itt"' « sans motif » cL Ps. xav, 3.
G. La vocalisation de ^"îii semble vouloir laisser le choix entre le qal et le pi.

(cf. GK 63 n; Kôxig, I, p. 160 . —Comme au v. 3. Ci: désigne la personne, i-lzz,


qui est en parallélisme ici avec iTi, dans Ps. xvi. 9 avec z"' et dans Gen. \li\. 6
avec "CJZZ. paraît bien être dans tous ces textes une désignation de l'àme. A la

suite de Houbigant, Dillraann et Gunkel pour la Genèse, Halévy pour les Psaumes
NOTES SUR LES PSAUMES. o9

estiment qu'on devrait au lieu de "123 lire ~nr « foie », cet organe étant considéré

comme le siè2;e des sentiments : cette suggestion se réclame de l'analogie du baby-


lonien et de la traduction de G dans Geo. rà r-.xix aoj; voir aussi Lam. ii, 11. —
a Être couché dans la poussière » est le propre des morts: c'est ainsi du moins que
l'entend Is. xxvr, 19 (cf. Ps. x\ii, IGi.
La comparaison des autres strophes montre que nous devrions trouver ici quatre
vej'S. Or nous n'en avons que trois et un mot en plus ;ù,**". et c'est à ce seul mot que

se réduit le parallèle du premier vers, les deux propositions qui suivent formant
ensemble un distique satisfaisant. Duhm suppose :

i-inx siiN ïi-^"!

;r>i ^"cz: p^-'i

i^mN peut s'autoriser de Gen. xwi, 23, ou l'on trouve aussi pzT à Vliiph.: ou
obtient :

Que rennemi coure à ma poursuite,


qu'il rejoigne mon âme et l'atteigne.

Mais la première construction ne se rencontre jamais en poésie, et le second verbe

est trop dans le sens de Mieux vaudrait, eu se référant à Ps. cxvni, Vi


:.t'2.

cf. XXXV, 5}, et sans déranger les trois premiers mots du v.. lire ensuite :

^É:r -r-^^ :ir^,-'

Que l'ennemi poursuive mon âme.


qu'il l'atteigne et la pousse pour qu'elle tombe.

Le second vers mentionnerait la chute provoquée par l'ennemi, idée intermédiaire


entre « atteindre » et » fouler anx pieds «.Le parallélisme, d'ailleurs, n'exige pas
une synonymie étroite entre les deux membres du]_distique : cf. vv. 2 et 3.
Sur les vv. 7-12, voir plus loin Ps. vu B.
13. ~"i- est « fouler » : pour bander l'arc, on le courbait en appuyant une de ses
extrémités à terre et en posant le pied sur son centre pour le faire ployer (voir
ViGOLROUx, Bict. delà B. art. Arc) : cf. Ps. xi, 2; xxxvii. 14: Lvni,S: lxiv, 4;
Jér. Li, 3; Zach. ix, 13; Lam. ii, 4; m. 12. — ^ij au pil. « affermir » se réfère à
l'archer qui au moment de tirer vise le but en tenant l'arc ferme et immobile. Dans
ce verset et les suivants (vv. 14-17; nous n'avons que des figures.
L'interprétation des vv. 13-14 diffère selon qu'on les rattache au v. G. qui est lem'
contexte naturel, ou aux vv. 106-12 à la suite desquels ils sont actuellement placés.
Dans ce dernier cas, Dieu est naturellement le sujet des propositions principales :

c'est Dieu qui aiguise son glaive et prépare des instruments de mort contre le ou les

méchants. Il est dès lors tout naturel de traduire 21C" N"* 2N s'il (le méchant"; ne '

se convertit pas ». Et c'est ainsi en effet que l'ont entendu les anciennes versions,
GCLV nisi conuei-si fueritis en introduisant la deuxième personne du pluriel, 'A et T
en maintenant la troisième du singulier (P diffère en ce qu'elle fait de Dieu le sujet
de toutes les propositions sans exception : Deus... non irascitur singulls diebus'sed
ronuertitw), et cette interprétation est encore celle de de Wette, Delitzsch et
même Briggs bien que ce dernier voie dans les vv. 7-12 une série de gloses}. Mais
si le verset est replacé dans sou contexte primitif, le sujet de toutes les propositions
des versets 13-17 ne peut être que V « ennemi » (des vv. 2-6; se préparant à tirer
vengeance de l'injustice qu'il prétend avoir subie. Toute idée de conversion étant
60 REVUK BIBLIQUE.

hors de propos, :nu** ne joue plus que le rôle d'auxiliaire (GK 120^) et nS -X
devient une formule d'aftirmation (cf. GK 149 e) : « En vérité, il aiguise de
nouveau son glaive, etc. » Cette interprétation est celle de Ewald et Bathgen «qui
pourtant ne déplacent pas les vv. 7-12;, Cheyne et Duhm.
Mais « de nouveau » est certainement contre le sens général du psaume vu A :

aucun ccmbat n'a été encore livré ni même préparé par l'ennemi contre le psalmiste.
nous assistons aux premières dispositions. Comme le vers paraît bien compter un mot
de trop, il n'est guère douteux que 2Tù*i soit un perturbateur à la fois de la pensée et
de la mesure, et qu'il doive être expulsé. Mais s'il trouble le contexte, dira-t-ou,
comment a-t-il pu s'introduire? C'est que si ^'u'"! est hors de propos dans le psaume
primitif, il est très utile au contraire dans le psaume massorétique, où il contribue à
adoucir ce que l'attitude prêtée à Dieu par erreur a vraiment d'un peu dur. La
préoccupation d'où est né 21^1 s'e^t d'ailleurs manifestée au verset précédent par la

lecture 277 Sx et la glose ci2N ""'N dans les exemplaires hébreux dont la version

grecque dépend voir le commentaire du v. 12 au Ps. vu B . On ne saurait s'étonner


qu'entre l'affirmation des colères quotidiennes de Dieu contre le méchant (v. 12 6) et
le tableau du « juste juge » aiguisant son glaive, il ait paru convenable de rappeler
que les rigueurs divines ne sont que pour le pécheur obstiné et d'écrire par consé-
quent : « si (le péchfur) ne se convertit pas». Car le sens originel de 2"'»!*'' n'est pas
« de nouveau », mais « se convertir » : l'unanimité avec laquelle les anciennes ver-
sions l'ont interprété est l'indice d'une tradition ferme et qui en l'occurrence ne se
trompe pas. La glose d'ailleurs ne faisait que préciser la portée de nS CN compris au
sens de « sinon! » (cf. Gen. wiv, Sam. ir, 16;.
49: I Il n'est pas jusqu'à la diver-
gence sur la personne et le nombre du verbe entre MTA d'une part et GCLV
d'autre part (!l3Vt.^~i, ell'ort vers la clarté par la distinction des sujets) qui ne témoigne
du caractère secondaire et encore flottant du mot.
14. Bâthgen voit dans T^l un dativiis commodi (datif explétif). Pour Duhm,
l'auteur veut marquer que le pécheur travaille contre lui-même. On peut objecter
'a cette interprétation qu'elle anticipe sur la pensée des-vv. 16-17 et convient mal

à 14 b. Cependant *"^*i mis en évidence au début du verset ne parait guère susceptible


d'un aulre sens et !e poète peut vouloir indiquer dès à présent le résultat Gnal de
tous ces préparatifs et sans réserver son effet pour la suite.
Le second vers (littéralement : « il rend ses flèches brûlantes » ; sur S S"£ cf. Gen.
XII, 2, et II, 22} doit s'entendre des flèches enflammées destinées à mettre le feu
à l'objectif visé, maison ou U}, comme l'a compris Hier.
ville assiégée (cf. Is. l,
Hebr. ad combiirendum, à la suite de S. Saint Augustin écrit {In ps. vu) //* :

gracds (ximjJat-ibvs ita legitur : sagittas ardentihus operati'.s est. Latina autcm
pleraque ardentes habent. De fait on lit dans Carnut. ardentes operatus est, Moz.
Migne) ardentes et fecif ddns Casin. sarjittas suas ardentes operate (sic) sunt; mais
;

dans Hier. GaU. Rom. Moz. :Sabatier), Corb, arde7itibus effecil, Veron. ardentibus
opcratus est, Hier. Ccm. Hil. arsuris operatiis est. G est conforme à G -o?? /.a-.ojjLivotç.

15. bnn' signifie « être en travail d'enfantement » : cf. l'unique dérivé ^in
« douleurs de l'enfantement ». Le sens de « concevoir » est imaginé pour le besoin
supposé du présent texte, les interprètes ne prenant pas garde que la première pro-
position est générique, tandis que les deux suivantes entrent dans le détail des faits
comme il est indiqué par l'emploi des temps. Pour ce motif, la copulative devant
rrn doit être retranchée conformément à GLV. — px est le « mal causé à autrui
injustement » et h'C'J, son parallèle, est pris au sens ancien de « peine, malheur ».
.NOTES SUR LES PSAUMES. 01

Le troisième terme ip'w signifle <- mensonge, tromperie » mais aussi « chose
décevante » (Ps. xxxiii, 17; Prov. wxi, 30} et par conséquent ici sans doute
« déception ». Le mot paraît être en rapport avec les vv. 14 a, 16 6 et 17 : l'ennemi
enfantera la malheur qu'il a conçu pour autrui lui
déception en ce sens que le

arrivera à lui-même. Une pensée analogue est exprimée dans Job, xv, 35 on y :

retrouve le parallélisme de '^T2'J. pN et -'^"'"Z. que '^'p'd supplée ici. A vrai dire

les métaphores employées sont familières aux auteurs bibliques (cf. Is. lik, 4 :

xxx[ii, 11 et voir aussi Os. viii, 7; x, 13; Prov. xxii, 8; Job. iv, 8 et nous
reconnaissons des sentences de tournure et d'origine proverbiale.
16. On peut maintenir le iraw consécutif devant le second verbe, mais le n-mr
simple s'impose devant '?Ei (Duhm) qui ne continue pas précisément les propositions
précédentes. — rnu* ne désigne pas une fosse quelconque mais celle qui constitue
un piège, comme dans Ps. i\, 16: xxxv. 7, où le parallélisme ne laisse aucun
doute. —
TJZ"' est une proposition relative 155 h GK .

Le verset développe le proverbe contenu dans Prov. xxvi, 27 a cf. aussi Jér. ;

wtir, 20 et Q.)h. x. 8.
17. Les sentences continuent en forme de proverbes et rappellent, la première,

l'image de la pierre roulée (Prov. xxvi. 27 by, la seconde, celle de la pierre lancée
en l'air (Eccli. xxvii, 25). Mais le premier vers ressemble surtout à Abd. v. 15
(cf. aussi I R. II, 32 s.;. Il est clair d'ailleurs, d'après le verset précédent, qu'on doit
traduire non par l'optatif, mais par le futur.
18. "inp^ïi est « selon sa justice », c'est-cà-dire : au sujet de sa justice, dans la

mesure (très complète, ou elle s'est exercée. — "T''?", mot désigne Dieu,
quand le

est toujours employé sans article, qu'il soit seul ou précédé de ha, 'in^N ou ~"~'i.
Il est ici en apposition à lahvé, car il y a peu de vraisemblance qu'il qualifie 2U*
(cf. Ps. IX, 3; xcii, 2 . Sans doute d'ailleurs -"n"' est-il à considérer comme une
addition postérieure (cf. Ps. i\, 3), car on le trouve déjà dans le vers précédent et
il est inutile pour le mètre.
Wellhausen et Briggs tiennent ce dernier verset pour une addition. Ou ne saurait
nier que l'idée de la louange à rendre à lahvé ne soit éuoncée ici en termes conven-
tionnels : on dirait d'une finale liturgi((ue. En outre, pour la première et unique fois

dans le Ps. vu a il est parlé de Dieu à la troisième personne. Mais la composition


strophique exige les deux derniers vers et il est naturel d'ailleurs que le psalmiste.
qui a commencé son chant par une invocation à lahvé et qui attend certainement
le triomphe de sa cause dune i+itervention de la justice divine (la justice immanente
n'était pas encore inventée), termine en proclamant l'équité de lahvé et en poussant
vers lui un cri d'action de grâces. Le genre un peu conventionnel de la clause tend
seulement à prouver que le poète était un familier du temple, habitué à la louange
de lahvé. D'autres psaumes d'ailleurs finissent par une expression pareille de louange
dans des conditions qui ne permettent pas d'en suspecter Tautheaticité : c'est le cas
des poèmes alphabétiques Ps. cxi (v. 10, et cxlv (v. 21); et parmi les psaumes qui
s'achèvent par un retour analogue vers lahvé (cf. Pà. xxxii. 11; lxi, 9: lxxi.
22 SS. LXXV, 10; LXXIX, 13; CIII, 20 SS. CIV, 33 SS. CVII, 31 S.; CIX. 30 S.:
; ; ;

cxv, 17 S.; CXL, 14), en est-il beaucoup auxquels on pourrait retrancher leurs
derniers versets sans les mutiler?
REVUE BIBLIQUE.

111

Le psaume vu a doit être rangé parmi les psaumes individuels


(contre Olshausen, Sraend dans ZATW, Batbgen.
1888, p. 90 s. et

qui tous considèrent ^^I a et vu b comme un on ne


tout homogène; :

voit pas à quel titre la communauté pourrait revendiquer un seul


de SCS versets.
Il est naturellement impossible de savoir si le psaume correspond

à quelque fait réel de l'existence de David. Le psalmiste parait être


accusé dinjustice et de vol vv. i-ô). Or David n'est nulle part Fobjet
i

d'une accusation de ce genre. L'insinuation portée contre lui d'après

I Sam. XXIV, 10 est beaucoup plus g-rave puisqu'il s'agit, semble-t-il,


de la vie de Saiil voir le texte et cf. G pour les vv. 10 et 11); et
d'autre part elle ne se réfère pas, comme le psaume, à un fait déter-
miné et censé accompli, mais seulement à des intentions supposées.
Ces deux diverg-ences ne permettent pas d'accepter la donnée du titre,
si elle n'a d'autre point d'appui que ce texte du livre de Samuel.

M la doctrine du poème ni sa langue ne fournissent uue date


précise; cependant, si l'interprétation de p"^£ v. 3' et de "ïSnNi (v. 5;
est exacte, on devrait voir un afamaïsme dans le premier mot et un
autre peut-être dans le second. Mais le style des vv. 15-17 et leurs
emprunts aux livres sapientiaux constituent un meilleur indice de
l'origine du psaume, indice d'autant plus sûr qu'il n'est contredit
par aucun autre.

PSAUME VII B vv. 7-12).

Ce psaume, bien qu'il ait été intercalé dans le précédent, s'en


distingue à la fois pai' la forme poétique, qui est différente, et par
le sujet, qui est analogue, mais non pas identique. A Bickell revient
l'honneur de l'avoir discerné; il a été suivi par Cheyne, Flament,
Duhm et Briggs.

Les vers sont de cinq accents et groupés en distiques jusqu'à la


fm du V. 10 a; ceux des vv. 10 ô- 12 forment im tristique indépendant.
Au seul point de vue littéraire, le contraste est frappant entre le
psaume vu a et le psaume vu b (vv. 7-10 a). Le premier est d'un
style peu dense et dont les formules n'ont pas grande originalité; le
mouvement de la pensée n'est ni brusque ni rapide. Le second a un
élan et une impétuosité tout autres. Il serait injuste de considérer ces
NOTES Slh LES PSALMES. 63

versets comme une glose ; c'est un psaume ou un fragment de psiume.


La glose est aux vv. 10 A- 12.
Dans ce poème encore nous entendons la prière d'un innocent,
non plus accHsé d'un acte coupable par un ennemi unique, mais
persécuté par les méchants vv. 7. iOa En outre, au lieu d'en .

appeler à uneintervention de la Providence ordinaire de lahvé, le


suppliant hâte de ses vœux le jugement universel et solennel auquel
il croit V. 7 in fuie et qui seul, semble-t-il, mettra fin au règne des
méchants (v. 10«). « lahvé, déchaîne ta colère contre mes persé-
cuteurs, puisque tu as décrété un jugement v. 7 Puisses-tu bientôt, .

entouré de l'assemblée des nafibus et assis sur les hauteurs des cieux,
juger les peuples v. 8 reconnaître mon innocence (v. 9) et d'une
,

façon générale mettre un terme aux crimes des méchants et favoriser


enfin le juste v. 10 « ».

Le tristique final 1
10 é-12 se distingue des distiques précédents
à la fois par parle fond. A chaque vers ctî-'n est substitué
la forme et

à ""-"': contrairement aux vv. 7-10 a^ il n'est plus parlé de Dieu qu'à
la troisième personne; enfin le participe est employé à l'exclusion
du mode personnel du verbe. Aux invocations suppliantes d'un
persécuté succèdent les affirmations sentencieuses et absolues d'un
sage. Tandis que le premier avait besoin d'espérer en un avenir
meilleur, le second déclare que le présent donne déjà une certaine
satisfaction au Heu d'en appeler à un jugement extérieur et solennel
:

seul capable d'établir le règne de la justice en changeant l'ordre du


monde, il préfère mettre en relief les interventions quotidiennes
de la justice divine, interventions dont le motif nous échappe, car
Dieu seul pénètre les consciences, mais qui ne sont pas sans résultats
appréciables soit pour la protection du juste, soit pour le châtiment
du méchant. Les deux points de vue ne s'excluent sans doute pas,
mais on ne saurait nier qu'ils diffèrent. « Dieu ne se règle pas sur
lesapparences, mais il pénètre les intentions cacliées v. 10 ô) pour :

ceux qui ont le cœur droit, il est dès maintenant un protecteur qui
les sauve iv. 11;, tandis que sa juste vengeance s'exerce quotidienne-
ment contre ceux qui le méritent v. 12 . »

" Éveille-toi, riahyéj 'mon Dieu'. |


«lève-toi [ 1 daiis ta colère:
élève-toi eiï foreurs contre mes persécuteurs^
'j
puisque tu as décrété | un jugement.
fi
[lahvé,] [ 1 (jue rassemblée des nations t'environne, |

et au-dessus d'elle, en haut, siège, !'*[] 'juge' des peuples.'


Juge-moi, lahvé. selon ma justice et selon mon innocence à moi | :

i"«i]ue cesse la malice des mécliants, | et soutiens le juste:

lo;; Or c'tsf MH scrutateur des cœurs et des reins que le dieu juste : |

11 Dieu est "un bouclier' ijour .


,
lui qui sauve les cœurs droits:
. . . ]

1^ Dieu est un, juste juge et un dieu qui s'indigne chaque jour.
\
Ci REVUE BIBLIQUE.

II

7. Sur l'acceot de -'Z'p voir G 72 s. n*12> (pour le pluriel cf. Job, xxi,K —
30; XL, 11; doit s'entendre des Fureurs de lahvé contre les ennemis du psalaiisle
fgénitif de l'objet) construit en effet avec nî2ip ou nù':."!, ce mot sentend toujours
:

de Dieu et non des pécheurs, et d'ailleurs le parallélisme de "£n'2 indique cette


interprétation. C'est celle de T0 Hier. Hehr. et parmi les commentateurs, de Halévy,
Bijthgen, Duhm. Au contraire, de Wette. Ewald, Delitzsch, Z^nner : « contre les
fureurs de mes adversaires ». Le liltéralisme de 'A le fait verser dans le même
sens : 6iwQr,T; âv àvjz£c9£o(at; èv&ca;jLX)'jvTojv ;j.a (cf. G et ses dérivés;. — "imy doit

être maintenu au pluriel avec tous les témoins : cf. v. 10 o.


''"'N* rr'.'J^ n'est pas sans difficultés. Le sens d'abord est peu satisfaisant, même
si l'onsuppose une construction prégnante (G K 119 ^gr « Éveille-toi (pour venir^ :

auprès de moi ». La suite en effet ne nous montre point lahvé venant se placer
à la droite du juste pour le défendre, mais siégeant très hiut au-dessus des nations.
Aussi à la leçon de M, suivie par TP Hier. Hehr. ad me. celle de G ô Oeo; ;j.ou CfN
et des versions dérivées LV (G omet
que G. sauf N*, ajoute ces mois et aussi /.ûpis

auparavant) est-elle préférée par Grimrae,'Briggs, Zenner, et il faut admettre au moins


ce changement de lecture. En outre le groupe est hors de sa place au point de vue
métrique : Bickell et Duhm le reportent à la suite de -£n2 pour former le second
hémistiche du premier vers. Il faut encore se résigner au moins à ce déplacement.
Mais il reste assez singulier que le poète exhorte d'abord lahvé à se lever et
seulement ensuite à s'éveiller. De plus, G /.ûpt: 6 bzô; îxoj, suivi par L (sauf Casin.

suscitans Beus meus et V, a certainement lu "î-in m-i ou raêiiie 'î-^x mn*i (cf. vv. 2,

4i, ce qui avec mi> fournit un élément de trois accents. Tout s'explique si le texte
portait à l'origine :

-£X2 rr2^p ^n'-^x -tii -^rj

Éveille-toi, lahvé, mou Dieu, \


lève-toi dans ta colère!

L'hémistiche déplacé s'est maintenu intact dans certains exemplaires, comme G en


fait foi, mutilé dans d"autres. Dans tous, le nom divin a été inséré après HDip,
comme le co Uexte l'exigeait. Il n'est pas étonnant d'ailleurs que l'ordre des mem-
bres ait été quelque peu brouillé dans un texte qui en uq temps dut se tasser dans
les marges du manuscrit.
est une proposition circonstancielle qui indique
r*"".* "CE'kl'^Z le motif (G K 156 d' :

« puisque etc. » (voir cependant Komg, m, 344 iJ .

8. Le premier vers est trop court : mri\ qui est en surcharge au début du v. 1).

doit être rapporté ici. Le icaw devant r~" est hors de propos: c'est peut-être un
débris du nom divin qui ouvrait le verset. — n2*r ne donne aucun sens satis'"aisant :

lahvé n'a pas à retourner au ciel, dont il ne paraît pas être descendu, et en tout cas
il n'y rentrerait qu'après le prononcé du jugement. Avec Rachi, Dôierlein, Bickell,
Duhm, Zenner. lire ri2w . impératif de zu.^* qui peut être suivi de la préposition S

(cf. Ps. IX. 5,. — nV'2 désigne les hauteurs des cieux : cf. Ps. lxvii, 19; xciii,
4, etc.
9. Le nom de lahvé est de trop pour le mètre, et la proposition détonne avec le
contexte en parlant de Dieu à la troisième personne : lire
":''-
(cf. I Sim. xxiv, IG,

avec Griitz, Bickell, Duhm, Zenner et Briggs.


NOTES SUR LES PSAUMES. 6r.

Les vv. 96 et encore au psaume; mais on en pourrait


10 a appartiennent
discuter. iSy confirnoe le suffixe du nom précédent et a été ainsi compris par 'AS
Hier. Hebr. et secAtndum simplicitatem meain quae est in me.
« Juger » prend ici, comme souvent dans l'Ancien Testament, un sens favorable.

I,c psalmiste est évidemment un opprimé qui réclame justice, comme il ressort

du V. 10 a. Le sens des termes « ma justice, mon innocence » ne doit pas être trop
restreint sans doute veulent-ils marquer d'abord que le bon droit, en l'occurrence,
:

est du côté du psalmiste et qu'il ne mérite pas la persécution à laquelle il est en butte,

mais celui-ci entend bien aussi être rangé dans la catégorie des justes (v. 10 a).
10 a. Le premier verbe est à l'intransitif (cf. Ps. xir, 2 ; Lxx.vn, 9) et doit être

1„ "l^ji. Les Massorètes auront indiqué le sens transitif: « que la malice détruise le

méchant», en vue d'harmoniser la pensée avec celle desvv. 15-17 cf. Ps. xxxiv, : 22.
De son côté, Halévy lit 1523 « fais cesser », qui n'est pas invraisemblable.
D'après Duhm, le psalmiste n'aurait pas en vue le jugement eschatologique ; les
peuples ne comparaissent pas pour être jugés, ils sont seulement convoqués en qua-
lité de témoins, comme dans Am. m, 9 (cf. Mich. vi, 1 ss.) ; Ips adjurations du
psalmiste n'expriment pas une prière véritable, mais un vœu qu'il sait irréalisable,
comme dans Amos encore. Peut-être dans ce cas vaudrait-il mieux se référer à
Job, XXIII, 3 ss.; XXXI, 3.5 ss., qui expriment un vœu de ce genre et précisément

ne mentionnent pas les nations. iMais l'hypothèse de Duhm ne concorde pas avec le
texte. Si les peuples sont là en qualité seulement de figurants ou d'assistants, pour-
quoi lahvé est-il qualifié de «juge des nations »? L'auteur attend un jugement uni-
versel(v. 8), un jugement décrété déjà (v. 7) et annoncé, un jugement qui n'aura

pas pour but seulement de prononcer une sentence, mais d'instaurer un ordre nou-
veau dans le monde, puisque désormais les méchants ne pourront plus exercer leur
malice et que l'appui effectif de lahvé sera enfin assuré au juste (v. 10 o). Or,
n'est-ce point jugement eschatologique? De fait, on ne voit pas pourquoi le
là le

psalmiste, qui croit évidemment au règne futur de la justice sur la terre, ne ferait
point appel à lahvé en vue d'en hâter l'avènement à son propre bénéfice.
10 b. Le waw devant y\i est peu sur il manque dans G0PL, mais est maintenu :

par MT, un ms. grec sans doute 'A), Casin. Sangerm. Le sens est plutôt celui
d'un « mais » que d'un « car ». — nllS (Is. xliv, 48; Ps. cxxv, 4; Prov. xv, 11;
XVII, 3; XXI, 2 ; XXIV, 12) est rare et tardif. Le cœur est considéré comme le siège
des pensées et des sentiments ;
les reins, comme celui des affections et des émotions.
— Sur pi~i*, qualificatif singulier de Din'^N. voir GR 124 y et 132 //.

Bathgen veut que \"î'^N. nom indéterminé, soit l'attribut et :n2. le sujet de la
proposition. Mais \-iSx devenu nom propre s'emploie fort bien sans l'article
(Gen. I, 1, etc.; Ps. xliiss.) et un nom
propre peut être suivi d'un adjectif qui n'a
pas l'article : cf. pnï mn") dansPs. cxxix, 4. Il est d'ailleurs évident que l'auteur

des sentences (cf. v. Il s.) considère \'-iSn comme un nom propre et l'emploie au
lieu de ~X\> (si tant est que la substitution ne soit pas le fait d'un éditeur : voir au
V. 12), et la question est ainsi tranchée.
La formule qui remplit le premier hémistiche, sauf inversion des deux complé-
ments et emploi du pluriel dans le premier, est empruntée à Jér. xi, 20 (cf. xvii, 10-

XX, 12;, qui a été le premier à en faire usage.

11. Le texte de M « Mon bouclier est sur Dieu » pourrait vouloir dire peut-être
« Mon bouclier est porté par Dieu ». mais signifie plutôt « Mon bouclier protè'^e
Dieu »; car les verbes et même les noms (cf. 1 Sam. xxv, IG; Ez. xiii, 5) expri-
REVUE BIBLIQUE 1920. — T. XXIX. 5
C6 REVUE BIBLIQUE.

niant la protection, et en particulier pj, font précéder de la préposition yj le nom de

la personne protégée. Dans l'un et l'autre cas, la pensée est inacceptable. Communé-
ment on fait signifier au texte : « Mon bouclier est en Dieu », et on cite en exemple
iyu;i DinSN"")!; (Ps. lxii, 8; cf lxxxix, 15), qui s'explique sans doute par le fait

que les verbes exprimant la confiance font précéder de la préposition Sy le nom de


la personne sur laquelle elle repose. On n'est pas fondé non plus à s'appuyer sur G
n poK56£tà [Aou pour lire i^î;q; G atténue simplement la métaphore selon son habi-
tude, car jamais, dans les Psaumes, elle ne traduit littéralement pn quand ce
mot qualifie Dieu. Aussi, Bôttcher, Dyserinck, Grlitz, Cheyne, Briggs et Grirame
lisent iSy : « Dieu est un bouclier pour moi » ; on peut d'ailleurs à son gré, dans ce
cas, maintenir i:aD (cf. v. 9 in fine) ou écrire pa (cf. Ps. m, 4). De toute façon, un
changement s'impose, car outre la difficulté de la construction, on ne voit pas com-
ment, dans le texte massorétique, l'hémistiche peut porter les trois accents requis,
tandis que la correction les fournit, iSî? étant accentué. Mais la première personne

surprend dans ces sentences. Un mot a et un copiste


dû tomber entre hy et DIhSn,
aura écrit ^2X0 pour un sens en rapport avec les versets précédents (vv. 7 et 9).
faire

Sur le texte des versets 10 in fine -^ 11 voir A.Rahlfs, Septuaginta-Studien, II,


Der Text. des Septuaginta-PsaUers, Gôttingen, 1907, p. 42.
12. La formule du premier hémistiche s'inspire sans doute elle aussi de Jér. xi, 20.
— Sur nii Son cf. GK 155 h. — Le voisinage de D\iSx de Sx donnerait à pen-
et

ser que le premier nom n'est pas de l'auteur; celui-ci aurait écrit mni. Mais SnI
est il primitif? Voir ci-dessous.
Pour le texte du second héraitische, la leçon de M est confirmée en substance par
T'A Hier. Hehr. et Casin. et fortis interminans in omnibus diebua. Celle de G xaî

to/upb$ za't [j.axp69u[j.oç, [irj


ôpY'iv ir.i^ui^ xaO' "IxâaTrjv Y)ii.ép«v est Suivie par CL (Veron.
Mediol. Moz. dans Sabatier, Aug. : non in iram adducens; Corb. Sangerm. Carnut.
Moz. dans Migne, Hier. Rom. numquid irascitur [irascetur]) V. L'ad-
Hil. Cassiod. :

dition est laissée de côté par P qui traduit cependant 7ion irascitur. Hier. Corn. :

qui, du texte, donne seulement numquid irascitur per singulos dies, note que l'hé-
breu comminaltir in omni die est meilleur. (V^ariantes sans importance pour le sens :

Hier. Rom. Moz. V omettent et devant fortis; Veron. Moz. dans Sabatier, Aug.
Cassiod. Hier. Rom. longanimis, mais Corb. Sangerm. Carnut. Moz, dans Migoe,
Hil. de Trinitate et V patiens, et Hil. in ps. 2 et 59 magnanimus).

G a lu nyi Sn D'isx T]1XT SxV Les additions doivent être imputables à son texte

hébreu. Elles sont dues, comme celle du v. 13, à un lecteur qui a trouvé la pensée
trop dure. Il aura relevé en marge une formule biblique traditionnelle, pour affirmer
la patience et la miséricorde divines : cette glose a passé ensuite dans le texte, tan-
dis que l'introduction de la négation devant nVT, née du même sentiment, était
facilitée peut-être par une dittographie de Sn' occasionnée par l'insertion nouvelle.
D'autre part, comme Sxl dans M est assez singulier et de plus inutile, sinon
encombrant, tant pour la pensée que pour le mètre, on peut se demander si ce mot
n'est pas dû, lui aussi, à une glose marginale, si l'intention de son auteur n'aurait
pas été d'écrire bxi (de préférence à nS pour exprimer une conviction, avec l'im-

parfait il est vrai : cf. GR 109 e) et si M n'aurait pas interprété SnI par fidélité au
sens primitif du verset; mais l'hypothèse serait bien compliquée et il répugne en
tout cas absolument de supposer l'interpolation consciente et voulue dune négation
dans un texte.
NOTES SUR LES PSAUMES. 67

Le texte de M est seul conforme à la pensée des vv. 10 6-12. Cette série de sen-
tences a évidemment pour objet d'affirmer que Dieu ne manque pas à ses devoirs de
justicier. Le sage, auteur de ces vers, veut répondre aux préoccupations du psal-
miste qui a écrit les vv. 7-10 a. Pour celui-ci, la justice ne règne pas sur la terre et il

est besoin d'une intervention solennelle de lahvé pour l'y établir, savoir, pour
arrêter le libre exercice de la malice des méchants et assurer à l'innocent le sort
que mérite sa justice (v. 10 a). A cela, le sage fait observer que nous sommes mal
placés pour taxer d'insuffisance la providence ordinaire de Dieu dans le monde, vu
qu'il est seul à pénétrer les consciences (v. 10 b; cf. v. Il 6) : ni il ne cesse de sauver
ceux qui sont vraiment justes (v. 11), ni il n'oublie de faire sentir sa colère (Dyf a
cette force) à ceux qui la méritent. L'emploi du participe dans toutes ces proposi-
tions marque l'actualité et la constance de ces interventions divines, et le dernier
mot. très significatif, affirme expressément leur caractère quotidien (v. 12). Il fau-
drait n'avoir jamais lu de sentences des sages pour ne pas saisir les intentions de
celles-ci et la nature de leurs rapports avec le petit psaume qui précède.

Pourquoi le psaume vu b a-t-il été intercalé au milieu du


psaume VII a? Serait-ce par désir de mieux adapter celui-ci à l'usage
de la communauté? Mais l'intrus ne serait-il pas venu à cette place
uniquement par suite d'un accident de transcription?
Pour que l'accident ait pu se produire, il suffit que le psaume vu ^
ait occupé à lui seul une colonne du manuscrit et les vv. 1-6 du

psaume vu a, la colonne suivante. L'ordre des deux colonnes aura été


interverti par un copiste qui, ayant omis la première par inadver-
tance, l'aura reproduite à la suite de la seconde, sauf à indiquer l'in-
terversion par un signe que le copiste suivant n'aura pas remarqué
ou n'aura pas compris. exige, il est vrai, que le
L'hypothèse
psaume vu du psaume vu a soient de longueur
b et les versets 1-6
exactement égale et, en outre, que le premier se soit trouvé débuter
en haut d'une colonne. Or, le psaume vu b et le psaume vu a (vv. 1-
6) comptent l'un et l'autre 199 caractères (dans l'édition de Kittel;
dans d'autres, le second compte une lettre de plus en raison du waw de
imSkJ), et à raison de colonnes pareilles à partir du commencement
du Psautier, le psaume vu premier à l'origine, devait, à très peu
b, le

de chose près, débuter avec onzième colonne du manuscrit. Mais


la
dans tous ces faits il peut n'y avoir que des coïncidences, car il faut
supposer encore que le psaume vu b n'avait pas de titre, ce qui est
exceptionnel dans le premier livre des Psaumes, et surtout, que le
copiste fautif a préféré l'intercaler au milieu du suivant (vu a) plutôt
que de le rejeter à la fin de celui-ci, comme il était naturel. Le mau-
vais état du texte de vu b donne d'ailleurs à entendre que ce fragment
a été d'abord recueilli dans les marges d'une collection de psaumes et
68 REVUE BIBLIQUE.

iaséré ensuite à sa place actuelle. Il n'est pas possible de dire avec


certitude si l'insertion s'est faite avant ou après la formation du P"" livre
du Psautier; mais la seconde hypothèse paraît beaucoup plus probable.
L'incorporation du psaume vu b au psaume vu a facilite une
interprétation nationale de celui-ci. Il suffit de lire les vv. 8-9 a pour
s'en convaincre. Est-ce à dire pourtant que le psaume vu b soit col-
lectif? La teneur des vv. 7 et 9 6-10 a ne le donne pas à penser, et le
psalmiste peut fort bien se référer au jugement eschatologique tout
en n'étant préoccupé que de lui-même s'il estime qu'il n'a à compter,
pour être traité selon ses mérites, que sur ce jugement et sur l'ins-
tauration de l'ordre nouveau qui suivra.
C'est ainsi que le sage (vv. 10 6-12) parait l'avoir entendu il n'a vu :

dans les versets précédents que l'appel d'un individu. En tout cas il
n'accepte ni l'idée d'un peuple juif juste tout entier par opposition aux
nations coupables, ni même l'existence en Israël de deux classes exté-
rieurement distinctes et bien tranchées, entre lesquelles le choix de
Dieu est censé fait d'avance. Pour lui, en dépit des catégories offi-
cielles et des classements humains, le regard divin discerne, par delà
les apparences, les dispositions intimes qui seules comptent. Son
individualisme est incontestable.
L'idée qu'on s'est faite du jugement eschatologique et de ses moda-
lités a varié suivant les temps et les milieux, ce qui rend difficile la
désignation de la date du psaume vu b. Une certaine parenté avec les

Psaumes xcvi-xcix est incontestable; cependant, les vv. 7-10 «, tout

en n'étant sans doute qu'un fragment d'un poème plus étendu, ne


paraissent avoir été détachés d'aucun des psaumes qui nous sont par-
venus. Le jugement y est individuel, bien qu'il porte sur tous les
peuples. Il n'apparaît pas seulement comme une décision juridique,
mais il implique l'exécution de la sentence rendue (vv. 7 « colère,
fureurs », 10 «) et l'établissement d'un ordre nouveau les méchants :

seront à la fois châtiés et mis hors d'état de nuire, et les justes joui-
ront des faveurs effectives de lahvé. Une pareille conception n'est pas
antérieure au milieu du v" siècle avant Jésus-Christ (cf. RB., 1918,
p. 7'i.). L'emploi du verbe laa (v. 10 a) qu'on trouve seulement dans
des textes peu anciens (Ps. xn, 2; lvii, 3; lxxvii, 9; cxxxviii, 8) favo-
rise cette manière de voir.
Les sentences, qui utilisent Jérémie et omettent le nom de lahvé,
sont contemporaines de la floraison de la sagesse (iv* et iii^ siècles),
mais à en juger par leur style n'appartiennent pas à son âge d'or. Le
participe substitué au mode personnel semble indiquer aussi une
époque tardive.
NOTES SUR LES PSAUMES. 69

PSAUME VIII

Le psaume viii est précédé et suivi d'une antienne liturgique. Il se


compose, en dehors d'elle, de quatre strophes, dont chacune compte
quatre vers de trois accents. Les vers sont groupés en distiques.
L'antienne proclame combien le nom de lahvé est glorieux par
toute la terre (vv. 2 a et 10).
Le psaume lui-même constate que la gloire dont lahvé est entouré
au-dessus des cieux est connue et célébrée même par les petits
enfants : là, il s'est construit une citadelle d'où il défie et peut écraser
tous ses ennemis (vv. 2 ô-3; première strophe). lahvé est si grand, à
en juger seulement par ce que nous apercevons de ses œuvres
célestes, qu'on est vraiment étonné qu'il se soit occupé de l'homme
avec tant de bienveillance (vv. i-5; seconde strophe). Peu s'en faut
qu'il n'en ait fait un dieu il l'a couronné de gloire et rendu maître :

de ses œuvres terrestres (vv. 6-7; troisième strophe) animaux domes- :

tiques et sauvages, oiseaux et poissons (vv. 8-9; quatrième strophe).

1 Au maître de chœur. Sur la gitthienne. Psaume de David.

- lahvé, notre seigneur, |


que ton nom est grand 1
par toute la tesre!

[ Ta gloire au-dessus des cieux est chantée


]

3 par la bouche des enfants et des nourrissons :

Tu as bâti une forteresse à cause de tes agresseurs,


pour réduire l'ennemi et le rebelle.

* Quand je vois [ ] l'œuvre de tes doigts,


la lune que tu as établies
et les étoiles :

3 « Qu'est-ce que l'homme pour que tu t'en sois souvenu,


et le fils de l'homme pour que tu l'aies visité? »

6 [ ] Tu l'as fait,de peu, inférieur à un dieu :

[ ] de gloire et d'honneur tu l'as couronné.


'
Tu l'as rendu maître de l'œuvre de tes mains,
tu as tout mis sous ses pieds :

8 Tout grand,
le bétail, petit et
et jusqu'aux bêtes des champs,
9 Les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
(tout) ce qui passe parles sentiers des 'eaux'.

10 lahvé, notre seigneur, I


q»e ton nom est grand |
par toute la terre:

II

2 a. "ijijix 7^V\'^ ne se lit hors d'ici que dans Néli. x, 30, et iJijiN seul, que
dans Ps. cxxxv, 5 ; cxLvii, .5; Néh. vni, 10. —
Sur na adverbe voir GK 148 ab.
— iiix exprime l'idée de grandeur et se dit non seulement de l'homme {Jér. xiv, 4),
mais des arbres (Éz. xvii, 23), des eaux (Ex. xv, 10), des vaisseaux de haut bord
(Is. XXXIII, 21). On l'applique surtout aux nobles (Jug. v, 13, etc.), aux rois
70 REVUE BIBLIQUE.

(Ps. cxxxvi. 18) et à lalivé (Ps. lxxvi, 5; xciii. 4). — yiNH ne sert jamais à dési-
gner l'univers tout entier, y compris les cieux.
Le verset peut vouloir dire que la beauté des œuvres terrestres de lahvé révèle
la grandeur de sa personne ("iDU?), comme il est expliqué de ces mêmes œuvres
au Ps. cxLviii, 7-10, et de ses œuvres célestes aux Ps. xix, 2-5 et gxlviii, 1-6;

mais il faut prendre garde que pour les psalmistes la gloire de lahvé se manifeste,
autant que dans ses œuvres matérielles, dans sou gouvernement moral du monde,
c'est-à-dire dans l'exercice de sa justice, surtout en faveur de ses fidèles : il est très
instructif à cet égard de lire les Ps. xcvi (surtout vv. 2-3, 8-10, 13); xcvii (sur-
tout vv. 2, 6, 10-12); xcviii, 1-3; xcix, 1-4; CXLV; cXLViii, 13-14, OÙ les attri-

buts moraux de lahvé ne sont pas séparés de sa puissance et de sa terreur


(cf. Nombr. xiv, 21; Is. vr, 3-4). L'antieune peut aussi vouloir relever le fait que la
grandeur de lahvé est connue et proclamée par toute la terre, comme il est souvent
souhaité ailleurs (Ps. xcvi, 7 ss.; xcvii, 7 ss.; xcviii, 4 ss.; cxlvui, U ss.).
L'antienne est-elle de même venue que le psaume? Il est difficile d'en décider.
Au point de vue de la forme, on pourrait peut-être à la rigueur partager l'antienne
eu deux vers égaux à ceux du psaume; mais les accents sont plutôt groupés deux à
deux, les coupures étant mieux marquées après le second et le quatrième. Surtout,
les strophes du poème s'organisent et se distribuent eu dehors de l'antienne, ce qui

permet d'envisager l'hypothèse d'une origine différente pour celle-ci. Son contenu la
distingue également. Un personnage individuel se fait entendre dans le psaume, et il

parle en son propre nom sans aucun retour vers une collectivité. Dans l'antienne, au
contraire, c'est la communauté qui s'adresse à lahvé, et la formule est en rapport
avec l'emploi du psaume dans le temple, emploi que le titre (v. 1) suffit à certifier.

La teneur du psaume lui-même n'indique pas qu'il ait été composé pour cet usage.
Le thème du psaume est-il convenablement annoncé et ensuite résumé par l'an-
tienne? Si celle-ci veut dire seulement que la gloire de lahvé éclate dans son œuvre
morale ou matérielle sur la terre, elle correspond à la pensée du second distique,
qui célèbre les victoires de dans une certaine mesure
lahvé sur ses ennemis, et
aussi au contenu des deux dernières strophes, car la bonté de lahvé envers l'homme
est à sa louange aussi bien que l'exercice de sa justice. Si l'antienne fait allusion au
fait que la terre retentit des louanges de lahvé, elle introduit assez naturellement le

premier distique et n'est même pas sans quelque relation avec le reste du poème qui
respire une admiration sans borne pour l'œuvre céleste de lahvé et une reconnais-
sance profonde, admirative aussi, pour *sa bonté envers l'homme. L'accord reste
cependant d'ordre assez général et si l'antienne était entendue de façon trop étroite,
elle ne s'ajusterait qu'à moitié au poème. Le thème de celui-ci rappelle les termes
du V. 16 du psaume cxv : « Les cieux sont des cieux pour lahvé, mais il a donné
la terre aux fils de l'homme. »

Si d'autre part on considère l'antienne comme une addition d'un liturgiste à l'œu-
vre d'un poète, il se trouve que constamment à lahvé sans l'avoir
celui-ci s'adresse

nommé jamais (vv. 2 6ss.). Est-ce bien d'ailleurs une fin de poème que l'énuméra-
tion contenue dans les vv. 8-9? Il faudrait donc supposer, dans cette hypothèse, que
le début du psaume nous manque et que l'antienne finale à son tour masque plus ou

moins bien une autre mutilation. Un cas analogue se présente au Ps. xix, 2-7, qui a
gardé pour l'usage du temple le début seulement d'un poème sur la grandeur de
lahvé dans la nature. 11 est donc après tout possible, mais non pas certain, que nous
ayons ici un fragment ou extrait de poème adapté à l'usage liturgique par l'addi-
tion d'une antienne.
NOTES SUR LES PSAUMES. 71

2 b etZ n. Les deux premiers mots (le relatif suivi de l'impératif qal de inj) ne
fournissent aucun sens satisfaisant. La correction qui s'offre d'abord es^ nnr:

qui a été lu ou plutôt supposé par 2 o; Ira^aç T Pq^^i dedisti Hier. Hebr. qui posuisti.
Comme Sy nn "rnj est « revêtir de gloire », on obtient : « parce que tu as étendu ta
gloire sur les cieux » ou : « toi qui as etc. ». Un simple changement de lecture : nJn,
suggéré par G 8xi I7t7)p9/) CLV quoniam eleuata est, a été proposé par Paulus (Clavis
ûber den Psalmen, Jena, 1791 et 1815) : voir ci-dessous. Il est inutile de passer en re-
vue toutes les hypothèses des critiques, dont aucune n'a pu s'imposer. — lin ex-
prime aussi bien l'éclat et la belle apparence de l'olivier (Os., xiv, 17) ou du cheval
de guerre (Zach. x, 3) que la majesté royale (Zach. vi, 13) ou la gloire de lahvé (Hab.
III, 3; Ps. cxLviii, 13). — La locution « enfants et nourrissons » est usuelle dans la
Bible (I Sam. xv, 3; xxii, 19; Jér. xliv, 7; Lam. ii, 11) : le premier nom désigne
tout ce qui n'est pas adulte; le second, les tout petits, jusqu'à trois ans (II Mac h.
vil, 27). Sur les deux génitifs coordonnés, régis par un seul nom à l'état construit,
voir GK 128 a.

Comme le parallélisme est régulier et le groupement par distiques constant


dans tout le poème à partir du v. 3 b, il est indiqué de joindre ensemble les vv. 2 b
et 3 a et d'y trouver le premier distique de la première strophe. Toute autre inter-
prétation méconnaît la structure du poème et n'aboutit ailleurs au point de vue du
sens à aucun résultat qui soit acceptable. D'autre part, la lecture run {pu.) a

l'avantage de respecter les consonnes du texte et de présenter un sens en harmonie


avec le contexte. Le verbe au pi. signifie « célébrer par des chants », mais l'usage
qui en est fait dans Jug. v, 10; xi, 40 indique un chant populaire et sa parenté avec
njur implique sans doute l'idée de répétition et fait songer aux couplets d'une
chanson : il existait donc un chant populaire, à tendance moralisante peut-être,
voire une chanson enfantine, qui mentionnait la splendeur dont lahvé est entouré
dans sa demeure au-dessus des cieux. On sait que le parfait, que toutes les versions
supposent, se prête à exprimer un fait ancien et constant (voir GK 106 k). Ainsi
compris, le distique est vrai à la lettre et on n'a pas à faire des tours de force pour
en tirer quelque chose. Les enfants d'ailleurs ont-ils pu vraiment proclamer de
quelque autre façon « la grandeur de lahvé au-dessus des cieux » ? Car il est évi-

dent que aiDU;n Sy n est pas complément du verbe mais de -iTin « la splendeur :

(dont tu es entouré) au-dessus des cieux ». Oa se représentait en effet lahvé comme


entouré au ciel d'une sorte de gloire matérielle et d'un rayonnement plein d'éclat
(cf. Ps. xciii, 4; xcvi, 6; xcvii, 2-6; civ, 2-4: cxiH, 4). Du même coup, il appa-
raît que luJN (qui hors de là ne pourrait être qu'une glose de n:n mais corrompue
et à lire i^'îin hoph. « est chantée : »cf. lU'l'' dans Is. xxvi, 1) est bien le relatif,

déplacé seulement, et qui indiquait le sens qui vient d'être expliqué : {^via) ~ll^^
Di^U^n Sy. Les copistes ont souvent introduit le relatif dans les textes poétiques.
La glose était exacte notée en marge d'abord, elle aura été insérée ensuite au
:

début du vers où elle n'a rien à faire. D'ailleurs elle surcharge la mesure.
3 6c. vj exprimerait l'idée de « louange » d'après G aîvov SPCLV Hier. Hebr.
laudem, mais celle de « force » d'après 'À y.pâro: Sexta tr/ûv T Casin nirlutem. Le
premier sens n'est en usage que si le mot est construit avec ]njou xin à Vhiph.

(cf.Ps.rxxxi,,!; Lxviii, 35; xcvi, 7; I Chr. xvi, 28) OU sa signification détermi-


née de quelque autre façon par le contexte. Joint à td'' « fonder », il ne peut avoir
que le sens de « forteresse », comme dans Jér. lt, 53; Am, 11; Prov. x, 15; m
XXI, 22. — n''2U?n est « réduire au silence, à l'impuissance, faire cesser ou dispa-
72 REVUE BIBLIQUE.

raîtie » et par conséquent aussi < détruire » (Deut. xxxii, 2H; Os. i, 4) comme
Tout compris G tou xaTaÀuaai CLV ut destruas. — Dpjna désigne l'ennemi irréconci-
liable disposé à reprendre toujours à toute occasion les hostilités re-bellis, dont le

mot français n'a pas gardé toute la force. Plusieurs veulent substituer DQpna
« le révolté », mais sans nécessité.
La demeure de lahvé au-dessus des cieux est conçue, ici et au psaume cl, v. 1,

comme une forteresse. Il semble d'abord surprenant que lahvé se soit construit
« une forteresse pour détruire lennemi », toute fortification étant plutôt un moyen
de défense que d'attaque. Mais il s'agit peut-être plus de décourager l'ennemi et
ainsi de le comme tel, que de le détruire, et si déjà il est réduit
faire disparaître

à l'impuissance du fait que lahvé habite une forteresse inaccessible, on doit en


outre se souvenir que du haut de cette citadelle lahvé combat, frappe, part même
en expédition et finalement triomphe voir Ps. xviii, 7-15; xcvii, 2-6; CXLIV,:

Ô-7.
L'expression « ennemis de lahvé » a pu contenir quelque allusion mythologique
(cf. Is. Li, 9; Ps. Lxxxix, 11; Job, m, 8; vu, 12; IX, 13; XXVI, 12-13); mais il

ne faut pas perdre de vue que l'ennemi national d'Israël est l'ennemi de son Dieu
(I Sam. XXX, 26; cf. Jug. v, 31), qu'il est caractérisé ailleurs (Ps. xliv. 17; cf. Éz.

XXV, 12, 15) dans les mêmes termes qu'au v. 3 c, et qu'il est même appelé « agres-
seur de lahvé » quand il s'attaque à son sanctuaire (Ps. lxxiv, 4, 23). Dans nombre
de psaumes aussi le « méchant » vulgaire est qualifié d' « ennemi de lahvé »
(Ps. XXXVII, 20; LXVIII, 2, 22; XCII, 10; XCVII, 3).
Le chant populaire auquel fait allusion le v. 2 s. représentait peut-être lahvé
comme le vengeur suprême de la morale et il est même possible que le distique
du V. 3 bc contienne une citation ou une adaptation de ce chant.
4. l3 introduit une protase dont l'apodose est au verset suivant (cf. GK 159 66).
— "Vyzv: (cf. Ps. cxLiv, 5) attesté par MPTV Ambros. Cassiod. Hier. Hebr. a été
lu CiCw' par GCL (même Casin.). — D'autre part, n'iL^'J'O MP Casin. facturam, lu
liyya par TGC (Ciasca) LV opéra, manque dans C (Budge). — C'est ici le seul texte
où les « doigts » du créateur soient substitués à ses mains. — IWH, qui surcharge
la mesure, est une glose prosaïque.
Mais il yun mot de trop aussi dans le premier vers, "laur est dû également
a

à une glose terme se présente sous deux formes, ce qui marque quelque incerti-
: le

tude; les cieux ont été nommés déjà; ils ne sont réclamés ni par le parallélisme
des astres (les cieux correspondent plutôt au firmament Ps. xix, 2), ni par :

l'expression « œuvre de tes doigts », qui convient à la lune et aux étoiles, corps
censés peu volumineux, mais non à l'immensité de la voûte céleste.
Du firmament donc, base sohde de la forteresse d'où lahvé nargue ses ennemis
(cf. Ps. Il, 4), le poète passe aux corps célestes; de la gloire qui entoure lahvé

au-dessus des cieux, à ce qu'il nous donné d'en apercevoir au-dessous. Smend et
est

quelques autres voudraient, à la le soleil (U?DU?). Mais


place des cieux, introduire
le poète contemple et décrit le ciel nocturne, sans doute parce qu'il compose son

œuvre dans le silence de la nuit, mais aussi parce que le ciel, en Orient surtout,

est plus beau la nuit que le jour en un seijs même il n'est visible que la nuit,
:

le soleil éclipsant tout dès qu'il paraît.

Le poète n'ignore certainement pas le premier chapitre de la Genèse; mais en


qualifiant les astres d' œuvre des doigts de lahvé » il montre qu'il ne prend à la
lettre ni les expressions du récit génésiaque ni les siennes.
6. On doit supposer au début de ce verset : « je m'écrie » ou : « je pense »
NOTES SUR LES PSAUMES. 73

(GK 159 (/r/). — w-'lix, collectif, désigne toute l'espèce en- impliquant l'idée de
faiblesse et de mortalité, tandis que DIX p doit faire allusion à l'origine du corps
humain (Gen. ii, 7). — On peut sans doute traduire les imparfaits de ce verset
par le présent (GK 107 u), mais ils font allusion surtout au passé devant le :

contraste de la grandeur du créateur et de la petitesse de l'homme, le poète


s'étonne que lahvé ait seulement « pensé » [cf. Is. xlvii, 7; Lam. i. 9; à l'homme
et encore plus qu'il ait o pris soin » de lui ips a un sens favorable ici comme :

dans Job, x, 12; Ps. lxv, 10; lxxx, 15; cvi, 4. et implique une série de démarches
de la part de lahvé.
La première partie surtout du verset est reprise au psaume cxliv, 3 en ternies
un peu différents. Mais Job, vu, 17-18 présente plus d'intérêt. Il est difficile que

ce texte ne soit pas en rapport avec le psaume, puisque le v. 17 commence par les
termes mêmes de notre verset, en paraphrase l'idée, et que le v. 18 reprend le

verbe Tp£. Et s'il y a relation, comme il semble, l'interprétation ironique à laquelle


se livre l'auteurde Job montre assez qu'il est plus récent.
Le icaw initial manque dans GLVP Hier. Hebr., mais est maintenu avec M
6.

par 'AI0T et Casin. De même, le ivcw devant -^22 est omis par GCL ^même Casin.)
VP, mais attesté par M'AT. —
irn au pi. sur les deux accusatifs qu'il régit, voir
GR 117 ce} prend le sens causatif « faire que quelque chose manque à quelqu'un ».
:

Ce verbe et les suivants de ce verset et du v. 7 doivent être traduits par le passé,


bien que AS© Hier. Hebr. aient employé le futur pour les deux premiers et A
Hier. Hebr. pour le troisième. \~SNa {ut non esset deits : voir Kômg, m, 406 o)
est rendu littéralement par "AS© Hier. Hebr., mais traduit Trap' àyT^'-^"? P^"" G que

suivent CLVPT. — 112: se dit des rois Ps. xxi, 6) et de lahvé (Ps. xxix, 1;
CXLV, 5), ^iri de même des rois (Ps. xxi, 6; xlv, 4) et de Dieu (xxix, 4; xc, 16;
xcvi, 6; civ, 1) ou de ses œuvres (cxi, 3).

On peut discuter sur l'existence du waw au début du verset et sur sa vocalisa-


tion par M. Il ne doit pas avoir tout à fait le même sens que dans Job, vu, 18 et
continuer strictement les '; du verset précédent. Mais c'est pourtant de cette inter-
prétation qu'il faut se rapprocher; car, lors même que le wair n'existerait pas,
l'emploi de l'imparfait à lui seul implique une certaine suite, dans la pensée de
l'auteur, entre les verbes du v. 5 et ceux du v. 6. Cette consécution interdit d'abord
de traduire le wa>r par « pourtant » et imposerait plutôt le sens de « car », les

propositions nouvelles poursuivant et développant l'idée des verbes « se souvenir »


et « visiter ». Pour le même motif, il e.^'t peu logique de rendre les imparfaits du
V. 5 par le présent et ceux des v. 6 et 7 par le passé. Tout indique qu'au v. 5
l'auteur s'est reporté par la pensée au temps de la création fcf. v. 4 6»^ qu'il en voit

les actes s'accomplir, Dieu penser à l'homme, lui conférer une nature élevée, puis
(v. 7 a) la royauté sur les êtres inférieurs : à la fin (v. 7 b;, il passe au parfait pour
constater le fait accompli. Sans doute il n'exclut pas, au v. 5. que Dieu continue
à souvenir de l'homme et à le visiter dans le présent, mais il songe avant tout à sa

première pensée pour lui et à sa première intervention en sa faveur (cf. Kô.mg,


III, 366/' . Ce verset est comparable au v. 5 du psaume cxv, qu'on traduit aussi
par le présent, mais qui concerne en réalité un fait passé.
Les anciennes versions ne faussent pas la pensée en introduisant les anges dans
leur traduction. un sens plus large que m~V car le poète qui s'adresse
D^iSn a ici

cependant directement à lahvé a garde de dire simplement « au-dessous de toi >>. :

Le terme embrasse un ensemble d'êtres surnaturels qui appartiennent dans une


certaine mesure au monde divin, comme dans I Sam. xxviii, 13; Ps. xcvii, 7.
74 REVUE BIBLIQUE.
I! n'est pas douteux néanmoins que Gen. i, 26 s. ne soit présent à l'esprit de l'auteur
et ne règle ses expressions.
On pourrait être tenté de relever un illogisme dans la pensée de Tauteur. Un être
à peine inférieur à un dieu, et roi de la création terrestre, n'est pas peu de chose
ni indigne de l'attention de lahvé; or ce sont là des prérogatives inhérentes à la
nature de l'homme et il en a joui dès l'origine, comme le psalmiste lui-même le
proclame : il n"a jamais existé et même ne saurait être conçu sans elles. Mais il faut
entendre que le poète veut précisément opposer les misères trop évidentes de la
nature humaine et la grandeur de certaines de ses prérogatives comme étant sans
rapport les unes avec dans sa pensée, les premières, pures défectuosités,
les autres; et
sont censées n'avoir pas eu besoin de nous être données et nous appartenir en propre,
les secondes au contraire sont considérées comme un don de la faveur créatrice.
7. it'^a (MTGLV0) est devenu noi2 dans de nombreux mss. hébreux, dans P
et Gasin. D'autre part, Corb. écrit super omnia opéra d'accord en cela avec le
copte et la version syro-hexaplaire. — « Mettre sous les pieds » est a soumettre » :

Ps. XVIII, 39 SS.; XLV. 6; XLVII, 4; cf. Jos. X, 24, et Ps. cx, I.
Tandis que le verset précédent concernait la nature de l'homme, celui-ci envisage
ses relations avec les créatures. Les « œuvres de lahvé » doivent être restreintes à
ses œuvres terrestres, de même que Sd, qui d'ailleurs est déterminé et par conséquent
limité par l'énumération qui suit.
Ce verset et le suivant s'inspirent de Gen. i, 26-28 (cf. ii, 19-20). Ils sont utilisés
à leur tour par Hebr., ii, 6-9 (cf. II Cor. xv, 27).
8. Au lieu de nji', 17 mss. écrivent njNi*; le mot est un équivalent de "jNi' et
également collectif. — mî2n2, qui désigne ordinairement tous les quadrupèdes, est
réservé ici aux animaux sauvages. — Sur iiùr, forme archaïque pour mir, voir
GK 93 //.

9. TlE2f est encore un collectif. — iny, sous cette forme, ne paraît pas qualifier
lai, mais désigner, outre les poissons proprement dits, tout ce qui se meut dans
les eaux. Sur l'emploi du masculin pour désigner le neutre, voir Kônig, ili, 323 f/.

GCLVP traduisent comme si elles lisaient Qiiny. — Au lieu de Dir3V Hier. Hebr.
aqtiannn lit avec raison D^C ou plutôt D"i)2n qui est mieux en parallélisme avec
n\"i et d'oïl l'on conçoit aisément que la leçon de M soit sortie.
Les oiseaux et les poissons sont réunis ici comme dans Gen. i, 20 ss. Toute
l'énumération d'ailleurs (vv. 8 et 9) dérive de Gen. i, 26-28.

III

L'usage de i:"':in dans lantienne (voir au v. 2 a) révèle l'époque


persane.
Le poème lui-même, daprès les vv. 5 ss., est postérieur à Gen. i

et antérieur à Job, ce qui nous reporte sans doute vers le milieu de


la même période.
E. PODECHARI».

Post-scriptum. Dans l'article précédent, année 1918, p. 304, ligne 3 d'en bas, au
lieu de « doublement », lire « dédoublement ».
MÉLANGES

LA CHAPELLE MEDIEVALE « DU REPOS »

La coutume s'était introduite, à une époque assez récente, dans


la tradition chorographique, de désigner comme « chapelle du
Couronnement d'épines » un petit édifice médiéval enclavé dans les
gourbis de la caserne turque dite de l'Antonia, à l'angle N.-O. du
Harani ech-Chérif. Aucune attestation historique antérieure au
XV* siècle ne prêtait un appui quelconque à ce vocable, accrédité seu-
lement par une déduction docte et vraisemblable dans le cycle des
localisations multipliées, siècle après siècle, autour du site qui s'est

imposé graduellement à la vénération des pèlerins comme emplace-


ment du Prétoire où N.-S. fut jugé et condamné à mort. Devenu la
sépulture d'un santon musulman, l'édifice lui-même était depuis fort
longtemps maccessible aux chrétiens, même quand ils étaient admis à
pénétrer dans la caserne pour y vénérer les souvenirs du Prétoire,
station initiale de la Voie douloureuse. A peine entrevoyait-on, émer-
geant des terrasses qui l'enserraient, la coupole délabrée du vieil
oratoire et bien rares demeuraient les privilégiés autorisés à jeter un
coup d'oeil furtif dans l'intérieur.
Malgré les difficultés d'une investigation à la dérobée, le caractère
médiéval très net du monument n'avait pas échappé au regard si
exercé de M. de Vogué. En dépit de mille entraves, le vénéré maître
avait pu naguère enregistrer les éléments essentiels d'un plan expri-
mant le principe structural de l'élégante petite chapelle et l'avait
commenté en une courte page des Églises de la Terre Sai?ite{i).
Depuis l'évacuation de la caserne turque, l'antique oratoire chrétien,
si malencontreusement profané, devenait aisément accessible et nous

(1) P. 300 et pi. xxii. Cette documentation, distraitement étudiée ou mal comprise, est
passée en divers ouvrages, monographies ou guides, qui divaguent sur la forme de cette
chapelle,ou sur le caractère « indigène » de Tédifice auquel ils découvrent un chœur flanqué
des annexes byzantines diaconicon et prothèse.
76 REVUE BIBLIQUE.

avons eu à cœur d'en pratiquer sans délai un examen détaillé, dont la


planche I traduit les principaux résultats.
Le plan est un carré sensiblement parfait de i'",90 de côté (1), avec
des murs de O'^JO d'épaisseur. Dans l'état actuel les parois E. et N.
sont pleines. Vers le centre de la paroi occidentale est percée une
petite porte dépourvue de tout caractère. La face méridionale, au
contraire, demeure largement ouverte par une arcade monumentale
sur des annexes dont il sera question plus loin. Le plus superficiel
coup d'oeil permet toutefois de reconnaître sur les quatre faces une
disposition primordiale identique. Le blocage dont on a obstrué tar-
divement les grandes baies n'a rien de commun avec l'appareil soigné
des piles et n'offre pas tout à fait la même épaisseur (2) dans la paroi
occidentale, la plus facile à étudier parce qu'elle est complètement
dégagée, tandis que les parties inférieures des parois E. et N. sont
enclavées dans des constructions adjacentes qui les masquent à des
hauteurs variables. D'autre part, l'allure de la corniche courante, à
1™,75 au-dessus du sol intérieur actuel (3), qui disparait dans le
blocage en se repliant autour des piles, ne laisse aucun doute sur
l'ouverture primitive des baies.
L'arcade septentrionale était d'ailleurs extérieurement ornée d'une
élégante archivolte en partie visible par-dessus la terrasse d'une
masure adossée à notre édifice (4). On pourrait se demander si l'accès
principal du monument ne se pratiquait point, à l'origine, par cette
baie septentrionale, quoique sa décoration se puisse motiver suffisam-
ment par le fait que cette baie était orientée vers l'entrée générale et
vers la cour de la caserne. Quelques indices ténus suggèrent en
effet que l'entrée de la chapelle était plus normalement dans la façade
occidentale, où l'on croit discerner encore, sous l'arcade, les amorces
d'un linteau en claveaux appareillés, détruit quand on a modifié
la paroi pour créer la banale porte moderne. Il n'importe pas,
au surplus, pour l'intelligence correcte de l'édifice, de s'acharner
à la détermination plus minutieuse de ce détail et ce qui vient
d'être dit suffira sans doute à justifier le tracé du plan, débarrassé
des superfétations maladroites qui en défigurent un peu l'état
présent.

(1) Faces N. et S. Les cotes 4", 85 face E. et


4"',95 face 0.. relevées à 1°^ en moyenne au-

dessus du sol actuel, sont vraisemblablement à mettre au compte de quelque négligence


d'exécution.
(2) 0",64 seulement, au lieu de 0"',10.

(3) Surélevé de 0"»,30 environ par rapport au sol ancien.


(4) Voir la coupe et le profil, pi. I, 1 et 4.
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MELANGES. 77

De même que les sections adventices ^es parois, on n'a pas hésité à
éliminer également de ce tracé le tombeau parasite qui en occupe le
milieu. Avec ses deux petits gradins, son sommet arrondi et deux
fragments d'antique colonnette de marbre en guise de stèles aux
extrémités, ce tombeau reproduit un type vulgarisé à l'infmi dans les
cimetières musulmans autour de la ville. Son délabrement minable
atteste assez que la célébrité éphémère du personnage honoré jadis
d'une sépulture en ce lieu n'impressionnait plus d'aucune façon et
depuis beau temps ses coreligionnaires. En dehors des lettrés qui ont
une certaine familiarité avec la vieille chronique de Moudjir ed-Din,
on peut douter qu'il y ait encore à Jérusalem, parmi la population
musulmane contemporaine, beaucoup de gens avertis qu'en ce lien
fut enseveli, vers le milieu du xtv^ siècle, le très vertueux kurde
cheikh Derbàs el-Hakkàry. Il n'y aura par conséquent pas la moindre
irrévérence et encore moins d'injustice à laisser cet intrus enfoui dans
son oubli séculaire.
Le plan carré de l'édifice s'élève extérieurement à 6'", 60 de hauteur,
couronné par un. entablement en forte saillie (1). A l'intérieur le plan
carré est limité à 4"', 10 au-dessus du sol ancien par une seconde
corniche qui court sur le sommet des arcades. Au-dessus de cette
corniche de puissantes trompes à double ressaut, jetées dans les quatre
angles, ramènent le carré à un octogone de 2'^,15 de côté, dont la
corniche supérieure ei!it aisément fourni déjà la base d'une coupole
ronde. Un ingénieux artifice de structure a facilité le tracé circulaire
de la coupole.Au lieu d'adapter strictement sa corniche aux pans de
l'octogone, l'architecte l'avait tracée de telle sorte qu'un long bloc
placé en porte-à-faux sur chaque angle en creux de l'octogone, dimi-
nuait sensiblement la longueur des faces, doublant en quelque sorte
les côtés du polygone. La répétition de ce procédé dans une seconde
corniche coupée seulement par la base des fenêtres aboutissait à une
forme aussi rapprochée que possible du cercle parfait. Sur ce tambour
polygonal il devenait fort simple de camper une coupole ronde, dont

la portée demeurait minime, son diamètre maximum n'excédant pas


une coupole
4™, 75. Aussi le constructeur a-t-il réalisé sans difficulté
hémisphérique sensiblement parfaite. Tout au plus les arêtes creuses
de l'octogone exercent-elles encore une légère influence dans les pre-
mières assises appareillées de la coupole; la calotte supérieure, appa-
remment en blocage (2), est tout à fait ronde. Engoncée dans l'espèce

(1) Voir pi. I, 1 et 6.

(2) Le crépissage ne permet pas actuellement d'en discerner


78 REVUE BIBLIQUE.

de pseudo-tambour qui en consolide la base et a facilité l'installa-

tion de quatre petites fenêtres, à peu près sur les axes de Fédifice,
peu d'envergure extérieuï-e. A l'intérieur au contraire
cette coupole a
elle ne manque pas de cachet et, malgré la disparition actuelle de
toute ornementation complémentaire, l'ensemble du monument
demeure remarquable par Télégance du parti, Iheureuse harmonie
des proportions et la fermeté des lignes.
Toute la décoration se résume à peu près aujourd'hui dans les
sobres modénatures déjà signalées. Corniches et entablement repro-
duisent à satiété et avec des proportions variables (1) les deux types
de moulures groupés dans l'archivolte de la baie septentrionale
(pi. I, I, 4 et 6). On n'aura, je crois, rien omis de ce qui subsiste si

Ton ajoute la mention de trois pelites rosaces, malheureusement


martelées, sculptées en relief sur la face de trois blocs symétrique-
ment disposés dans une assise courante de la façade occidentale au-
dessus de l'entrée, et une fort gracieuse conque à cannelures (pi. I, 5)

qui orne actuellement le sommet de la fenêtre méridionale de la


coupole. Cette fenêtre a été quelque peu surhaussée à une époque
sans doute assez récente et la face antérieure de la conque repiquée
pour prendre un aspect neuf qui détonne sur tout le reste. Cette pré-
tentieuse retouche ne saurait donner le change sur l'origine de l'élé-
gante conque qu'elle a, par bonheur, épargnée.
Le caractère médiéval de tout le monument ne laisse place à aucune
hésitation dès qu'on a pris le temps d'examiner avec le soin nécessaire
son plan, ses proportions, le traitement des matériaux, les procédés
de leur mise en œuvre et les rares éléments décoratifs. Une compa-
raison minutieuse avec des édifices analogues mieux documentés,
l'édicule de l'Ascension par exemple, permettrait probablement déjà
une détermination moins vague d'origine et de destination. On va voir
que ce monument, interrogé avec une plus persévérante attention, se
rend mieux encore témoignage à lui-même.
Il communique, en effet, par la baie méridionale non murée, avec

des annexes qui nous restent à décrire. Dès qu'on a traversé la baie,
on observe que les retombées de cette arcade, moulurée à l'extérieur,
n'ont plus de supports. Au lieu d'une construction pleine en appareil
continu, les piédroits offrent une cavité normalement appareillée,
presque exactement quadrangulaire de0™,28 sur 0™, 26/27 décote, où
se logeaient, de toute évidence, des colonnettes indépendantes qui ont

(1) Qui ont créé par endroits de légères inexactitudes de raccord, par exemple aux pié-

droits de la baie méridionale.


MELANGES. 79

été depuis longtemps arrachées, laissant dans le vide et maintenu


seulement par leurs deux extrémités les blocs de corniche courante
qui reposaient naguère sur leurs chapiteaux (1). Même anomalie sous
les retombées d'une arcade symétrique ornant la paroi opposée dune
autre pièce développée au sud. Cette pièce, où l'on pénètre par une
porte monumentale intérieurement couverte par un arc en mitre,
est un carré de i™,65 de côté, avec une voûte d'arêtes assez élevée
retombant sur de très simples consoles engagées dans les angles. Les
parois sont absolument nues. Presque sous le berceau de la voûte, au
centre de la muraille orientale une assez grande ouverture quadran-
gulaire, aujourd'hui aveuglée par les constructions adjacentes, était
manifestement une fenêtre. Pour y suppléer quand elle est devenue
inutilisable,on a percé ultérieurement, dans l'énorme muraille du
Haram qui fermait la chambre au sud, une large brèche terminée en
manière de fenêtre. La tâche s'est révélée laborieuse. Dans cette
puissante maçonnerie qui n'avait pas moins de 4", 20 d'épaisseur, on
n'a pas réussi à pratiquer une trouée rectiligne; l'arrachement des
grands blocs hérodiens de longueur inégale créait dans les parois de
la coupure des sinuosités qu'on a régularisées tant bien que mal, voire
même pas régularisées du tout au plafond de cette sorte de couloir
aboutissant au cadre rudimentaire d'une fenêtre qui donne vue
sur l'esplanade de l'ancien Temple. Malgré cet aspect heureux du
résultat finalement obtenu, on ne sera évidemment guère enclin à
attribuer cette création à l'architecte médiéval et elle doit sans doute
rester au compte des manœuvres indigènes qui ont modifié par la
suite son édifice.
Aucun autre détail n'est de nature à retenir plus longuement l'at-
tention sur cettechambre méridionale, tout à fait vide aujourd'hui, et
qui dut être à l'origine une simple dépendance de petit monument à
coupole. La galerie étroite et allongée qui met les deux pièces en
communication était développée aux extrémités par deux enfonce-
ments voûtés à la hauteur de la naissance des grandes arcades. Un
petit arc en mitre terminait ces voûtains en front et une pénétration
en segment de voûte d'arêtes opérait leur raccord au grand berceau
longitudinal qui couvre la partie centrale de la galerie. Le rôle de
ces enfoncements n'est pas d'abord très facile à discerner, à cause de
leur exiguïté (0'",87 x O'^jQ^ et une moyenne hauteur de 2 mètres).
Mais tandis que celui de l'extrémité orientale est fermé par un mur

(1) Constituant, sur le tailloir de ces chapiteaux, une sorte de second abaque, suivant
un procédé très familier dans l'architecture romane (cf. Enlart, Manuel d'arch. fran-
çaise; I, Architecture religieuse, p. 369;.
80 REVUE BIBLIQUE.

plein faisant corps avec les autres parois, celui de l'ouest n'est
qu'imparfaitement bouché par une maçonnerie laissant
mauvaise
clairement distinguer la feuillure d'une porte à encadrement mou-
luré. Il est aisé de revenir, à travers une masure contiguë, devant
cette porte, dont l'ouverture extérieure est totalement masquée par
un crépissage moderne, mais que confirme à l'évidence une archivolte
aux moulures à peine empâtées par le crépi. L'élévation géométrale
(pi. I, 3) traduit cet état de choses en faisant abstraction des murailles
modernes qui offusquent la suite de la paroi et en soulignant eu poin-
tillé l'existence indubitable et l'encadrement possible de cette porte.
Il va de soi que les deux colonnettes suggérées en cet endroit
demeurent hypothétiques et qu'elles ont été arrachées, tout comme
celles de la galerie intérieure; mais la présence certaine de celles-ci
dans les montants des arcades rend assez vraisemblable la restaura-
tion conjecturale de celles-là. Les unes et les autres ont été indiquées
avec fermeté dans le tracé du plan ;
on voit néanmoins la nuance qui
s'impose à leur sujet. Il n'était pas jusqu'aux pauvres fragments de
colonnette en marbre signalés sur le tombeau du santon musulman
qui ne demeurent un indice complémentaire utile à enregistrer avec
leur diamètre de 0'",16 très adapté aux proportions requises. Une
recherche laborieuse dans tous les gourbis voisins n'avait fourni que
des lambeaux d'ornementation sculpturale, trop mesquins ou trop
difficiles à déterminer pour être rapportés à notre monument.

Il en allait de toute autre sorte avec une petite trouvaille réalisée


quelques jours plus tard. En explorant le minaret qui domine la vieille

caserne, à l'angle nord-ouest de l'enceinte sacrée, nous recherchions


surtout, le P. Abel et moi, le curieux chapiteau historié signalé
naguère par M. Clermont-Ganneau 1). En dépit de l'admirable élé-
gance avec laquelle il a été dessiné par un architecte de grand talent
et malgré toute la maîtrise du commentaire archéologique dont il a
été l'objet, ce chapiteau, où l'on avait cru reconnaître une Présenta-
tion de Jésus au Temple, nous demeurait obscur et méritait contrôle.
Heureuse fut notre surprise, en abordant la galerie supérieure du
minaret où il devait se retrouver, de l'apercevoir en effet, mais sur-
tout de constater qu'il en existait deux analogues, sur deux autres
faces de la tour carrée. Si distingué qu'ait été le crayon de M. l'archi-

(1) Archaeological Researches, I, pp. 144 ss. et planche hors texte.


r

^4^=.-
'>'

0-^.

7.

F
MÉLANGES. 81

tecte Lecomte du Xoiiy, son iiiterprét-ition artistique n'a pas fait

pleine justice à l'œuvre gracieuse et naïve du ^< tailleur dymaiges »

médiéval. Les croquis groupés sur la planche II ont cherché moins à


rendre avec minutie des accessoires décoratifs de ces compositions si
lamentablement mutilées qu'à saisir, en de multiples séances par des
lumièies différentes, les sujets traités, le groupement et l'allure des
personnages et tout ce qui pouvait servir à les caractériser. La patiente
habileté du P. Savignac nous met en mesure d'appuyer nos croquis
d'au moins une bonne photographie.
Dans le premier sujet pi. II, 1 et a) un personnage amplement
1

drapé est assis sur un siège fruste qui parait avoir un assez haut dos-
sier. Malgré la disparition de la tête, on n'hésite pas à reconnaître le

Christ, à cause du large nimbe crucifère demeuré intact. Ce qui sub-


siste de l'attache du cou, davantage encore le mouvement des épaules,
la pose des bras et des mains ramenées l'une sur l'autre et appuyées
sur les genoux trahissent une attitude lasse et comme abandonnée.
Le Sauveur, dont la tète s'inclinait, parait absorbé dans une médita-
tion solitaire. Derrière lui deux personnages en pied, que de grandes
aileséployées signalent comme des anges, sont groupés très étroite-
ment. En contraste avec les longues draperies de leur vêtement, ils
ont les pieds nus et tandis que leurs ailes droites s'agencent habile-
ment pour se bien profiler l'une ot l'autre, les ailes gauches se pla-
quent assez peu distinctement dans le haut de la scène, où elles se
confondent presque avec quelques feuillages très sobres. Lange du
premier plan fléchit les genoux; ses mains brisées se tendaient vers
le Christ douloureux et tout son corps se porte en avant dans une
allure où s'expriment à la fois la révérence et la stupeur. Comme s'il

en était accablé et sur le point de défaillir, il est soutenu par le


second ange, qui Fa entouré de ses bras et qui s'unit, en s'inclinant,
à son gesie d'adoration et d'eifroi compatissant.
Au second tableau (pi. II, 2), —
celui qu'avait publié M. Clermont-
Canneau, —
les mêmes personnages i^eparaissent dans une allure

quoique le siège se présente sous


différente. Jésus est toujours assis,
un autre aspect, ne laissant plus voir de dossier et n'ayant plus tout
à fait d'ailleurs la même silhouette. Mais la tête s'était relevée, le
buste redressé; les bras sont tendus légèrement en avant et la main
gauche, fortuitement échappée au marteau des vandales, s'ouvre en
un geste expressif Notre-Seigneur parle avec douceur ou, plus vrai-
:

semblablement, il prie avec une tranquille sérénité. Les deux anges,


derrière lui, se sont relevés dans une attitude calme et recueillie. Ils

tendent vers lui leurs mains pieusement recouvertes de voiles aux


REVUE BIBLIQLE 1920. — T. XXIX. (j
82 REVUE niBLTOUE.

plis très amples, comme s'ils se disposaient à recueillir sa prière, ou


plutôt à lui porter secours.
Le troisième sujet remet derechef en scène les mêmes personnages.
Le Sauveur est demeuré assis sur un siège presque identique à celui
du tableau précédent. Telle est, par malheur, la mutilation infligée à
ce chapiteau que l'attitude ne saurait plus être spécifiée davantage.
Les deux anges, au contraire, s'inclinent maintenant avec une com-
passion plus anxieuse et leurs mains couvertes des mêmes voiles sont
tendues plus vivement, comme pour mieux offrir leur secours, ou
recueillir avec une révérence plus empressée la prière ou la souf-
france du Divin Maître (fig. 1 et pi. II, 3).

Nous sommes donc manifestement en présence de trois phases d'une


même c histoire » ; mais avant d'en essayer la détermination plus
précise, il ne sera pas inutile d'enregistrer quelques détails de nature
à fixer la date de ces curieux chapiteaux.
Leur origine médiévale et romane n'est pas douteuse. On sait suffi-
samment aujourd'hui que les chapiteaux à représentations animées,
loin d'appartenir exclusivement à l'art médiéval « du xi° et du
xii^ siècle ne sont pour une bonne part que la reproduction ou l'in-

terprétation de modèles plus anciens (1). » Mais l'antiquité orientale


ou classique semble n'avoir fait usage de ce thème sculptural que
dans un but surtout décoratif et d'ailleurs peu prodigué \2). Il parait
s'être multiplié déjà dans l'art; byzantin (3), non plus seulement sous
forme de combinaisons ornementales associant des figures variées aux
feuillages, rinceaux et volutes du chapiteau usuel, mais de temps à
autre en manière de tableau religieux tel ce chapiteau de Ravenne :

qui représente sur une de ses faces la Madone à l'Enfant, et sur une
autre « un personnage nimbé... dont l'identification paraît impos-
sible (4) ». Il n'y avait pourtant là que d'assez rares exceptions, et il
faut vraiment arriver jusqu'à la sculpture carolingienne pour cons-
tater un développement intense et fécond de ce thème sculptural. La
représentation animée sur les chapiteaux ouvrait en effet à l'in-
géniosité créatrice des artistes occidentaux le champ le plus vaste.

(1) Bréhier, Études sur l histoire de la sculpture bijzanline, dans les Nouvelles archi-
ves des Missions scientif'., nouv. série, 1911, fasc. 3, p. 30. Pour constater l'inlluence de
l'antiquité dans la constitution de l'art médiéval françaisy a toujours profit à se reporter
il

à la monographie de Vioij-et-le-Dug, Sculpture (dans le Diction, raisonné de l'arch.


française du xr au x\' siècle, t. VIII, pp. 97-279), lue toutefois avec critique.
(2) Tout le monde a en mémoire les chapiteaux hathoriqties'égjpliens et les chapiteaux
fantaisistes de certains palais de Persépolis ou de Suse.

(3) Cf. les Manuels de Diehl, Ballon, etc.

(4) Bréhier, op. L, p. 39 et pi. m, 3.


83
MÉr.AxnES.

i 5
1

du P. Savignao. Voir pi. II, 3.)


Fi?. 1. - Jésus dans la <- Prison du Repos ». .Cliché

romane, très profondé-


A mesure que Tart évoluait, dans la période
S'^ RF.VUE Dini.lOlE.

ment imprégné d'idées religieuses qui lui inspiraient un symbo-


lisme parfois quelque peu recherché mais pratiquement inépui-
sable il), le chapiteau historié cessait d'être une heureuse formule
décorative accidentellement adoptée pour rehausser l'élégance d'un
édifice. Il devenait un moyen particulièrement avantageux d'exposer
aux regards les plus émouvantes scènes de l'Ancien et du Nouveau
Testament, ou d'en évoquer le souvenir par un symbolisme plus ou

moins transparent. Et comme si le trésor ainsi ouvert à l'inspiration


des « tailleurs d'ymaiges » n'eût pas été suffisant, leur ardente ima-
gination le compléta par un cycle allégorique diversifié presque à
l'infini (2). On conçoit que les premières créations de cette nature ne

pouvaient offrir ni le même sentiment esthétique, ni la même sou-


plesse d'exécution que les thèmes hérités du passé. Tel artiste du x' ou
du XI'' siècle capable de réaliser avec virtuosité un chapiteau dérivé
de l'antique ou simplement orné de combinaisons capricieuses de
feuillages, de palmettes et de rinceaux, devenait fatalement hésitant,
timide et un peu gauche pour composer la représentation expressive

de quelque scène biblique dont il n'avait pas encore eu de modèle


plastique sous les yeux. L'évolution lut néanmoins assez rapide et
elle parait avoir son apogée dès la seconde moitié du
atteint
xi^ siècle; les maîtres sont unanimes à classer en cette période les
plus remarquables productions dans ce domaine spécial et beaucoup
sont de « ». Il s'est créé dès lors une
véritables chefs-d'(ï»uvre (3)
ample thèmes iconographiques dont le type est parfaitement
série de
arrêté, et plus encore un style suffisamment caractérisé pour que les
experts en puissent déduire de nos jours non seulement une attribu-
tion chronologique générale, mais parfois la date assez précise ou le
classement à telle école régionale déterminée {'*).
Si fâcheux que soit le délabrement de nos chapiteaux, il laisse

pourtant subsister dans ces compositions remarquables tous les traits


qui individualisent avec évidence les productions analogues de la
seconde moitié du xii" siècle. Les scènes^ on dira de préférence /«

(1) Bien mis en lumit're dans le beau livre de M. E. Mvle, L'art reliçiieux du xin" siècle
en France ; Étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration-, voir
surtout pp. 28 ss. {2'" éd.^,

(2) Encore que l'on doive se garder de vouloir oiistinéinent découvrir une signification
précise à chacune de leurs formules détoralives et un syinholisine très concret dans le plus
minime détail d'exécution. Voir à ce sujet les fines remarques de M. de Lasteyrie [L'arcltit.
relig., p. G27 s.) et de M. Enlart (Manuel... I, p. 384 ss.i.

(3) De Lvsteyrie, L'archil. rclig., p. 627.


(i) Voir par exemple Enlxp.j, Manuel..., I, 376
ss., et surtout la monographie générale
de Vioi.LET-LE-Duc, Diction, raisonnç de rarchileclure franc,.., âT\, Chapiteau, II, 480ss.,
487-502,
MÉLANGES. 85

scène unique en ses phases successives est essentieilement simple et


n'est pas exempte d'une certaine lourdeur dans les attitudes, suivant
la physionomie esthétique dominante de la plupart de ces productions
sculpturales au xii" siècle 1 les personnages mis en scène occupent
1
;

seuls le champ disponible, sans aucune ornementation accessoire;


tout au plus remarque-t-on ici ou là quelques feuilles nouées sur une
sorte de tige pour exprimer, conformément au langage conventionnel
de celte sculpture, que la scène « se passe sur la terre (2) « les coups ;

de trépan soulignant la décoration du nimbe crucifère autour de la


tète du Christ, les pieds nus du Sauveur et des anges, les draperies
plissées avec art et presque collantes, comme si elles étaient mouil-
lées, sont autant de détails désormais trop familiers à cette époque de
l'ait roman pour qu'on hésite à y classer les chapiteaux qui nous
occupent. En discutant naguère la date du « Portail royal de la cathé-
drale de Chartres », qu'il fixe peu après le milieu du xii^ siècle, M. de
Lasteyrie a décrit les anges figurés sur « les principaux portails
romans qui nous restent » en des termes qui se vérifient minutieuse-
ment ici; on y voit « toujours les anges habillés... d'une longue robe
et d'un manteau drapé de façon à laisser voir par devant tout le bas

de la robe. Ils ont, prcs]ue toujours et quelle que soit leur attitude,
les ailes éployées, celle qui est du côté du fond du tajjleau relevée
plus ou moins gauchement au-dessus de leur tète (3) ». Et il n'est pas
jusqu'à l'espèce de génutlexion esquissée par un de nos anges qui
n'ait de bonnes analogies dans ce cycle iconographique.
L'attribution de ce groupe de chapiteaux à seconde moitié du
la
xu' siècle ne paraîtra donc plus trop douteuse détermination de
et la
« l'histoire » qu'ils traduisent, si cette détermination devenait réali-
sable,en augmenterait encore l'intérêt archéologique.
Il spontané de tenter un rapprochement de ces trois petits
était

tableaux avec quelque interprétation plus claire d'une scène de


l'Ancien ou du Nouveau Testament, dans le vaste répertoire icono-
graphique de l'art roman. Rien ne paraissant s'imposer, parmi les
éléments comparatifs qui me sont accessibles, force était d'en essayer
en s'inspirant autant que possible de la
l'interprétation originale,
pensée religieuse et artistique d'où procédèrent ces compositions.
Après divers tâtonnements, influencés par le souvenir de la scène du
Prétoire dans les récits évangéliques, je m'étais arrêté à l'idée d'une

(1) De Lasteyrie, Éludes sur la sculpture française au moyen âge, dans les Monu-
menls Piot, t. VIII, p. 20
(2) Voir Mâle, L'art religieux... j p. 14.

(3) De Lasteyrie, Éludes sur la sculpl. fr., p. 19.


â6 REVUE 13IBLIQUE.

représentation qui serait comme en marge des données explicites de


l'Évangile : une sorte^de Prison dans laquelle, pendant les allées et

venues de Pilate en train de discuter avec les Juifs, Notre-Seigneur


aurait reçu, comme à Gethsémani, le ministère secourable et l'adora-
tion des anges. Les négociations précipitées du Prétoire n'étaient
toutefois guère propices à l'hypothèse de cette « Prison », où le séjour
du Divin Maître se révélerait mieux comme assez prolongé puisqu'on
y a prévu un siège, que les attitudes se nuancent pour indiquer des
moments diltereots et que la présence des anges serait .assez peu
concevable au milieu du va-et-vient de la négociation criminelle qui
se poursuit.
Le P. Abel m'a tiré de cette perplexité en me signalant la création
médiévale d'un « Moustier de la Prison du Repos » précisément en ces
mêmes parages. L'histoire en sera résumée prochainement d'après
les sources quand sera traité, dans Jérusalem Nouvelle, le problème

du Prétoire traditionnel et de son cycle topographique. Il suffira de


noter pour le moment que ce iMoustier contenait « li prisons uil (Ihesu
Cris) fu mis la nuit que il fu pris en Gesscmatil » et qu'il se trouvait
en relation avec « li Maisons Pilale » et avec o une porte par u on
aloit alTemple (1 ». Dans celte perspective, nos trois tableaux devien-
)

nent limpides, sans qu'il soit nécessaire de justifier si cette pieuse créa-
tion s'harmonise ou ne s'harmonise pas avec les données de l'Évangile-
Après les premiers incidents qui suivent l'arrestation à Gethsémani,
dès qu'on imagine N.-S. enfermé, pour le reste de la nuit, dans
cette sorte de prison, son attitude et son expression se conçoivent
tout aussi naturellement que la présence des anges. Pour simple que
soit la composition, malgré la mesure des mouvements et le calme

un peu hiératique des attitudes, il est impossible de n'être point


frappé de l'expression intense que le sculpteur a su traduire. Elle
justifieau mieux ce que Viollet-le-Duc appelait, dans la sculpture
médiévale en particulier, « l'élément dramatique », c'est-à-dire a le
moyen d'imprimer dans l'esprit du sj)ectateur, non pas seulement la
représentation matérielle... d'une scène, mais tout un ordre d'idées
qui se rattachent à cette représentation (2) ».

Un détail de structure dont nous n'avons pas encore fait état


jusqu'ici devait nous guider avec fruit dans la recherche de prove-

(1) Ernoii,, La citez de l/ientsulem, éd. Miclielanl-Raynaud. p. 49.

(2) Diction, de l'archil-, aii. Sculpture, p. 156.


MÉLANGES. 87

nance de ces chapiteaux. Tous avaient été taillés, en effet, pour se loger
en des encogoures, avec deux faces lisses s'appliquant aux parois.
Dans la situation qu'ils occupent aujourd'hui, sous la retombée
centrale des doubles arcades aveugles sur la galerie du minaret, une
seule de ces faces épannelées trouve sa raison d'être et a permis de
plaquer plus étroitement le chapiteau contre la paroi de fond l'autre ;

est demeurée très apparente, sans que le maçon, auteur du remploi,


ait eu le moindre souci del'eflet disgracieux qui en résultait heureuse
:

goujaterie, au surplus, puisrju'elle laissait subsister en ces chapiteaux


un indice précieux de leur origine. Luoité iconographique de ce
groupe se corrobore de la plus parfaite unité technique. Il suffisait
d'esquisser un plan facile à contrôler sur les trois pièces, pour être
frappé de cette unité. Mais un détail impressionnait par l'évocation
saisissante des angles vides sous les retombées d'arcades, dans les
baies ouvertes sur la galerie méridiojiale de l'oratoire décrit au début
de cette note, oratoire dont la coupole se profilait à quelques mètres
seulement sous la galerie du minaret. Le plan supérieur
était un carré
à peu près parfait de 0"',27 à 0"\2S de côté, avec arêtes vives et
rectilignes sur les faces d'adhérence, tandis que les faces sculptées se
terminaient eu manière de petit tailloir à faces concaves, suivant le
type du chapiteau corinthien antique imité ici, appelant un abaque
disparu pour faire la liaison entre ce support et la retombée d'arc
qu'il devait amortir. Cet abaque ne demeurait-il pas posé en porte à
faux sur chacune des cavités angulaires vides dans les baies de la
chapelle voisine? Le temps de dégringoler du minaret et de revenir à
cette chapelle pour un contrôle minutieux, et la parfaite exactitude
d'adaptation devenait manifeste. Et ce ne sont pas seulement les chapi-
teaux qui se logent à souhait dans ces angles, mais l'ordre entier de
ces supports. On se souvient qu'en étudiant la structure des arcades
de la chapelle, la nécessité s'était imposée du restaurer en chaque

montant un support qui devait avoir une hauteur de 2'", 05 (voir pi. I,
coupe). Les élégants supports en marbre remployés dans le mina-
ret sont ainsi constitués en hauteur chapiteau, 0™,31; colonnette,
:

l'",27; base, 0"',-29; soit un total de l'",87. Mais la base de marbre


repose sur un dé de pierre, dont la hauteur ne peut être exactement
déterminée, car il est pris dans le dallage de la galerie. Il serait oiseux
d'insister à vouloir deviner les proportions de ce socle et on estimera
peu nécessaire que ce soit le vrai socle primitif de nos colonnettes.
L'usage roman de ces dés cubiques insérés sous les bases n'a pas
besoin d'être prouvé y aurait quelque pédantisme à prétendre
et il

justifier la vraisemblance d'un socle haut de 0"',16 à 0'^,lS rendant


88 HEVLE BIHLIQLE.

l'adaptation de nos supports aussi parl'aite en liauteur qu'elle l'était


en plan. L'emploi du marbi'e pour de tels éléments architectoniques
n'est pas moins familier dans les édifices romans de Palestine, pour
ne rien dire de celle de l'Oceident.
Restitués à leur situation ori,uinelle, ces supports complètent très
avantageusement la décrite plus haut, non seule-
petite chapelle
ment parce une lacune de structure, mais
qu'ils font disparaître
surtout parce que leur caractère encore plus précis permet de fixer
désormais plus étroitement la nature et la date de l'édifice. Nulle
situation meilleure, en effet, n'eût pu
théoriquement invoquée être

pour notre groupe de chapiteaux historiés que celle ainsi révélée


par un heureux hasard archéologique. Un des maîtres les plus qua-
lifiés a pu formuler URguère, comme une sorte de loi déduite dune

très ample observation, que « Ce genre de décoration a été parti-


culièrement employé pour les chapiteaux de dimension moyenne
comme on en voit aux montants des portails ou aux arcades des
cloîtres (1) ». Dans l'art médiéval, essentiellement raisonné, cette
pratique trouvait apparemment sa raison d'être en certaines facilités
d'exécution par l'emploi de pièces plus maniables, en tout cas
dans les avantages manifestes qui en résultaient pour la portée
religieuse envisagée au-dessus de tout. Quand il choisissait les

chapiteaux moyens des montants d'un portail pour y sculpter


dramatiquement une « histoire », l'artiste roman savait bien qu'il
pour des siècles sans doute, la leçon religieuse de
étalerait ainsi,
son sujet au plus grand nombre possible de regards et dans la
plus favorable situation pour qu'elle accroche en quelque sorte
les yeux du visiteur et s'empare de son imagination. Quoi qu'il en
soit des autres motits qui ont pu concourir à fixer l'usage, un
excellent juge a noté que « depuis le milieu du xii' siècle » les

chapiteaux historiés « tendent.... à se localiser aux portails (2) ».

ne semblera donc plus téméraire de conclure qu'à une date


Il

peu postérieure au milieu du xii' siècle, apparemment vers IIGO,


un artiste de talent et tout imprégné de la tradition des meilleures
écoles de l'Ile-de-France, de la Bourgogne ou du Languedoc sculpta
ce groupe de chapiteaux : interprétation plastique émouvante du
souvenir qu'on entendait commémorer en ce lieu par l'érection
de l'oratoire que nous proposerions d'appeler désormais « Chapelle
de la Prison du Repos ».

(1) De Lastemue, L'architeclure rclirj., p. (32:

(2)Ei\LAKT, Manuel d'arcli. fr., 1, 386.


MELANGES. H9

L'attestation explicite de La Citez de Jlierusalem établissant l'exis-


tcnee de ce monument pouvait sa localisation un peu
laisser sur
peu près complètement
d'incertitude; aussi le souvenir s'en était-il à
oblitéré dans le maquis très dense des commémoraisons qui se
disputent à peu près cliaque pouce du sol en cette région de la
Ville Sainte. Le gracieux petit édifice médiéval enclavé dans
l'ancienne caserne et si heureusement échappé à tant de dévasta-
tions recouvre donc son titre originel et redevient vénérable pour
autant, quelle que soit l'authenticité réelle d'une localisation qui
pourrait due surtout au zèle un peu envahissant des
bien être
Templiei's, ainsi qu'on essaiera de le montrer ailleurs. Précisément
peut-être à cause de sa forme moins commune, leur pieux oratoire
ne semble pas avoir provoqué le fanatisme des nouveaux conqué-
rants après la chute définitive du Royaume lalin. Tout au plus le
vandalisme de l'islam vainqueur s exerça-t-il sur les chapiteaux
historiés qui concrétisaient trop nettement le souvenir chrétien.
Plus tard seulement on eut souci d'effacer pkis radicalement ce
caractère religieux en supprimant les chapiteaux et leurs supports,
auxquels on trouvait d'ailleurs un remploi opportun dans la struc-
ture et la décoration d'un minaret contigu (1).
Les déductions qui viennent de fonder cette reconstitution archéo-
logique auraient évidemment plus de valeur probante si le minaret

nous avait rendu les quatre supports nécessaires au lieu de trois


seulement. Une observation fort simple éliminera l'objection qu'on
pourrait fonder sur ce détail. Dans la galerie du minaret il n'y avait
place que pour trois des supports en question, sous la retombée
des doubles arcades aveugles ornant trois faces de la tour carrée.
Sur le quatrième côté, en effet, on avait dû réserver le débouché
de l'escalier et l'entrée sur la galerie par une baie spacieuse. Au
lieu de la retombée basse des deux arcades usuelles il fallait donc
prévoir ici un support plus puissant et plus élevé dont le couron-
nement, profilé de tous côtés en pleine lumière, ne pouvait décem-
ment étaler en permanence aux regards susceptibles d'un muezzin
pieux des tigurcs prohibées. Un a donc fait choix d'une colonnette
de marbre d'un plus fort c ilibre couronné par un chapiteau parfai-
tement banal. Une heureuse trouvaille rendra-t-elle quelque jour

(1) Il n'im|ioile pas de dé ter mi lier ciice moment si le beau minaret d'el-Gliuwon/meh
fut érigé dès la lin du \uv siècle ou seulement dans la première moitié du xiv
(cf. MotDJii! Eu-Dii\, Histoire de Jenisalcm..., Irad. Sauvalre, p. 12.5 s.). 11 se pourrait
aussi (|ue les baies de la chapelle aient été dépouillées de leurs supports, longtemps
avant le remploi de ces matériaux par les constructeurs du minaret.
90 lŒVLE BIBLIQUE.

le support qui nous manque et un quatrième tableau de Vhistoire


du Divin Maître enfermé dans la « Prison du Repos »? Je ne sais
si \ histoire en deviendrait notablement plus limpide.

Avec les éléments acquis, si je ne me suis pas totalement four-


voyé à leur sujet, l'oratoire médiéval de la ci-devant caserne
retrouve à la fois son vocable, sa date et son vrai caractère. Un
thème iconographique intéressant s'ajoute à ce que nous connais-
sions déjà du répertoire artistique médiéval en Palestine. Pour être
vivement impressionné par le sens religieux et le développement
esthétique de cette brillante époque, il suffirait de comparer au.x
sobres et émouvantes représentations du vieux tailleur d'images
du xn' siècle le drame religieux en style de Musée Grévin qu'un
artiste moderne a tiré du même thème évangélique et qu'il a
réalisé avec toutes les ressources du plâtre et du carton peint sur
les murailles d'une chapelle toute voisine qui avait d'ailleurs un
style assez satisfaisant.
Il est vivement à souhaiter que les chapiteaux historiés de l'élé-
gante chapelle médiévale puissent être remplacés dans le minaret
d'el-Ghawdnif/œh par des supports nouveaux, mieux adaptés à
l'édifice et qui permettraient d'abriter avec les honneurs qu'elles
méritent ces remarquables productions de Tart médiéval franc à
Jérusalem.
L. 11. Vincent, 0. P.
*
MÉLANGES. gi

II

CE QUI A ÉTÉ PLI3LIÉ DES VEKSIOXS COPTES DE LA DIBLE

{Suite)

PROVERBES

A
Colleclion Bunjia (I

Z. 25 I. M8a, lUa, iHb, l<Jb, -â», (Ci. >)


•?lac, -i-i'-m, •27abdc, 28-

33 (fin)

ii-iii, 19a
Z. •22 VII, 7-27 (fin)
Mil. 1-lOc, ll-12b, 13-27, 28b.
29, 28a, 30-32, (33), 34-
36 (fini

IX, l-.\, 27
Z. 24 XX, lb-24 (fin)

XXI, 1-4, 6-31 (fin)


XXII, 1-8, 9-29 (fini

xxiii, 1-6, 7cab, 8-9, 10b. U-22.


24 35 (fini

XXIV. l-7a.8-50b,51-76, 77b (fin)

XXV. lab*, 2-28 (fin)

XXVI. 1 XXVII
xxviii. 1-17, 18-28 (fin)
XXIX, l-22a, 23-49 (fin du livre)

C (2)

Aulves. Collections : Turin, Musée Égyptien

Tur. ME xvu, 14a*. 14b-15a-, 15b-16 (Ro. 1)


(19a)*. 20b-22b", 28ab-
xviii, la*, 7b-9b*
XX, 10b-13b', 19-20a
XXI, 17b*, 18-20a, 27-29a-
xxiii, 4-5a, 11b*. 12ab*, 13*, 35c*

(I) tes textes, jusqu'à xxi, 31, édités aussi par Bsciai {Revue Égyplologique, H, pp. 3oG368>.
(-2) Pour quelques rragments de la Nationaie de Paris, voyez r.i-de.ssous. Collée-
BiljliotiȐt|Uc
livns diverses.
J2
'
REVUE lUbUQLE.

xxiv, 1-5,6*, 10*, 11-13, 14-, 17%


18, 19a*b, 22C, 22D,
(22E)*, 27e, 28-29b*,
30a*, 351)*, 30a*b, 37*
x.w, 13*, 14-, ]5ab*, 16*, 17a,
20ab*, 20A, 21*, 22*, 23-
24a*, 26b*, 27*, 28*
x.wi, lab*, 2ab*, 3ab*, G*, 7*,

8a*b, 9*, 10*, IV, 13b*,


14a*b,15a*, 21b*.22*,23a*
xxvii, 2-6, 7a*b, 8*, 9-17b*, 18-
20Ab*, 21A-27b*
xxviii, r, 2-lSb', 19-24, 25*, 26-
28 (tin,)

XXIX, l-5b*, 6a*, 6b-14, 15a*. 15b-


24a*, 24b-29, 30a*b, 31',
32a*b3 3-34, 35a*b, 36-
44, 45a*b, 46-47c*

Aulics C(A[eclions : Bri(is/i Muséum

BMC 951 IV, (16-22)*, 23a*b, 24a*b, 25- (Tho. 2)


27 b*
V, (1-6)*, 7-12, (13-16)*, 17-

22b*, 23*
M, 1*, 2*, 3*, 4-9, 10*, 11*
VIII. 35b*, 36*
IX, r,2*, 3-,(10b-12A)*, 12Bb-
14b*, 15*
X, Ib*, 2-4b*, (4A)*, 5a*, 11-

13b*, 14', 15*, 16*, 24b-


26b*, 27*, 28*, 29*
XI, 3 (a)bc, 5ab*, 6', 7a*, 15b- .

1('>, (17-20a)*, 26b-28b*,


- 29*, 30*, 31*

xii, (l-4a)*, 6-Sb', (9-14a)*, 17-

19b*, (20-28)*
xm, 2b-4, (5-10)*, 13a*i), 13A,
(14-20)*, 22-23, 24*, 25*
XIV, (1-5)*, 8a*,8b-10, (11-19)*.
22b-23, (24-30)*, 33b-35
(tin)

XV, lab'c*, 2', 3*, 4a*, 6*, 7a*


10b-13b*,14*, 15*,17*,18*,
21-22, (23-28)*
XVI, 1-2, (3-5a)*, (7-lOa)*, IIA-
13, (14-15A)*, 20-21, 22*,
23*, 24*, 30b*c, 3i-82b*,
33*
MEIANGES.

xvii, l%7-9b', lOMl M7h*, 17c-


20b% 21*, 22a*, 28b*

XVIII, 1-2, 3*, 4a*, 13-15b*, 16*

MX, lb-3b*, 4a*, 10b-12b*, 13a*,


22b-23, 24*
XX, 7b-8, 9*, 17b*, 18-19a*
XXI, 2b-3b*, 4a*. 14b. 1.5-, 25b*,
26*. 27a-

xxii. 7a-, 7b-8a-. UAc*. 16*, 17*

XXIII, r, 2-, 3a-, 13*, 14a-, 26-,


27*, 28a*

xxiv. r.2-,3*, 13*

Col /criions direrses

BNiKatam.) = Z. 32 I, 10-16b (Masp. 1)

SER ÎG == Z. 32 m, 9-16 (\Vess. 1)

BMC 30 IV. 13-14a-. 17b-. 18a. 22b' (Tlio. 2. Lemm 3)

2:îab*, 27b*, 27Aa


BMC 235 IV. 16 (cit.) (Tho. 2;

BMC 185 VI, Oa'b. 10 cit.) —


SER 2G Z. 32 = IX. 1-lOa (Wes.s. 1)

BX^Katani.) =- Z. 32 X. 2-4.\a (Masp. 1)

SER27 = Z. 32 X, 4Aa*b, 5-9 (Wess. 1)

BM293fî.ll«l-120 = Z.22 X, 28-32 (fin) (Masp. 1)

XI, 1-19, 20.21-27, 28*. 29*

S. Petersb. = Z. 150 (?) XI, 16-xii, 13a- (Lemm 1)

BMC 204 XV, Sa (cit.) (Tbo. 2)


BMC 40 = Z. 22 XV, 24b-28d*, 29* (Tlio. 2, Scli. 1)

.\vi, la*, lb-5, 6*, 7*

BMC 953 XX, 5-9, 10*, lia* (Sch. 3)


BMC 954 XX, 6-lOa (Sch. 2)
BMC 1 = Z. 32 XXII, 28b*, 29-xxiii, 4 (Scb. 2)
BN 129' ff. 131-2 XXVII, 22, 23a*b, 24a*b. 25a-b, 26- (Masp. l)

27 (fin)
XXIX, l-12a

ECCLÉSIASTE

Ad)
Col 1er lion Bori/ia

Z. 24 i-iv,sa (Ci. 2)

IV. 8(,--Vl!, 11

VII, 12b-\iii. 3b
VIII, 4-ix, 3
X, 3-xii, 4
XII, 5abcdfe-14 (fin du livre)

(1) Édité aussi par Amélinoau {op. cit., ixi sans indicatiou du Ms.
94 REVLR RIRLIQUE.

C (1)

Attires CoUeclions : Brilnh Muséum

BMC 9Ô1 VI, (6-10)' (Tho. 2)


VII, (3-9)', 29a*,29b-30, (l)a'b
VIII, la', lb-3, 4'. 5ab*, 8a'.
8b- 10a', lOb-lOd-, 10e-
13a', (14-17)'
IX. (3-6)*

CoHeclioiis diverses

SER 27 = Z. 3? VII, 15d-17b', 18*, 19*, 20-25 (Wess. 1)

BM or. 7022 ix, 10 (cit.l (Budge 4), p. 81


BX IX, 16 (cit.) (Bour. 1), p. 407
Nan. frag-. vi x, la (cit.) (Ming.), p. 107
BN 129^ fol. 135 XII, 12c-14 (fin du livre) (Masp. 1)

CANTIQUE DES CAx\TIQUES

A
Colleclion Bor (lia

Z. 193 II, 3d iMasp. 1

III, Ib. 2

Z. 455 in. 3-4 —


Z. 99 CA IV, 14.1-v, 3;i (Ci.-2)

'
C (2)

Autres Collections : Brilis/i Miiseuru

BMC 951 i, 13a*b, 14d'b, 15-16b', 17' (Tbo. 2»


II, 1, (2-5a)*, 8b'c, 9ab'c'd,
lOab", (11-14)', 17'
m, la', lb-2b* 2c*, 2d-3a',
3b-4a*, 4bc*, 6c', 7',
8abc*d, 9-, lOa'b'cde'
lla'bc*
IV, 3c'd, 4a*b*cd, 5*, 6a', 7*.
8a*b'cd*, 9', 10', lia*,
13', 14ab-cd', 15', 16ab'
V, T. (l)a'bcde*, (2abcde)',
5c', 6', T, 8-llb',
labV, 14b', 13a', 14a',
15-. 16-. 17

Pour les fragments de la Bibliothèque Nationale de Paris, voyez ci-dessous. Collections


^1)

diverses.
Pour les fragments de la Bibliothèque Nationale de Paris, voyez ci-dessous. Collections
(2)

diverses.
MELANGKS.

vr, 1, 3a-l)-. 3c-4c-. 4d-5e-,


5f, G-, 7-, 8c*d-e% O".

lOa-lyc', lOd 12 ifin)


vil, 1, (2)abc'd-, 2a-bc*, 3*,

4a*de', 5a*b*c, G*, 7',

8a'b% 8c-9c', 10% lia',


llb-12b-, 12c'd-, 13a'
VIII. r, 2a'b'cd", 3ab*, 4-Db'.
.x-'d-, (Gbadef,)*, 7*, S'.
9', lOab'. lia-, llb-12b'.
12c', 13ab'. 14-

Collections diverses

B.\ 129^ fol. 1:53 1-7 <Masp. 1:

B.\ 43 10b — .

BX 43. 44 13 —
.\an. frag. vi 13, 15, 16 cit.) rMine.) pp. 134,137
II. lia. 12. 13c, 14ab (cit.) - pp. 140, 134
m, G (cit.) - p. 137

BN 1?3' ff. 140 141 m, 8c-v, 6 (Masp. 1)

V. 7a',7b-8d',9-14a, loabc,
10-17 (fin)
VI. 1. 3-viii, (fin du livre)

JOB

Col 1er lion Doff/in (1)

Z. 24 I. 1-6 (d), 7-15a, 15c-22 (fin (Ci. 2)

11, labc, 2-13 (fin)

m, 1-12. 13b-2G(fin)
IV, 1-vi, 15a*, 15b-30 (fin:^

VII, 1-7, 9-21 (fin)

viii, (complet)
ix. l-24a, 25-35 (fin)
x, 1-3, 4b-2l (fin)

XI, l-5a, 6-20 :fin)


XII, l-8a, 10-18a, 19-20. 21b
22, 24-25 ,fin)
XIII, l-19a, 20a, 21-28 (fin)
XIV, 1-17, 20-22 (fin)

XV, 1-9, 11-18, 19b-26a, 28-


35 (fin)

XVI. l-3a, 4-8a, 10-21a

(1) Édité aussi d'après les mêmes Mss., mais d'une manière peu critii|ue. par E. Amélineau
The Sahidic Translation of the Book of Job (PSBA. IX. 1887).
REVUE RiiUjnrE.

Z. 32 XVI, 21b-22a (Ci. 2)

Z. 24 XVI, 23 (fin)
xvii, l-3a, 5h-10a*, 11, 13-10
(fin)

xvin, l-9a, 11-14, 17a, 18-21


(fin)

XIX, 1-23, 24b, 25-28a, 20 (Hn;


XX. 1-8, 10, 14a, 15, 1Gb, 17-
20a, 21b -22. 23b -24,
25ab, 2r)-20 (fin;

XXI, 1-14. ir.-lOa, 20, 22, 24-


27, 34 (fin)
XXII, l-3a, 4 12. 17-19, 21-23.
25-28
xxiii, 1-8. 10-14. IC). 17b (fin)

Z. O'.l (A XMii, 17a


Z. 24 XXIV, Ma, 5ab. (w , 8b-14a.
lS-25a
XXV (complet)
XXVI, 1-4, 12-13, 14c fin>

xwii, l-19a, 20
xwiii, l-3a. 4b, 9b-13, 20-21a,
22b-2r)]), 27b-2S (fin)

XXIX, 1-lOa, llb-12. 13b-18. 21-


24a
xx,\, lab, 4b-G, 7b-lla. 13b-
15, îr)b-18a, 19-20a, 21-
26, 28-31 (fin)
XXXI, 5-17, 19-23a, 24b-2r), 27b-
34, 35b-40 (fin)
xxxii, l-4a, (VI la, 13-14, 17-22
(fin)

xxxiii. 1-7, Sb-I5b, ir)lvl9a, 20a,


21-27, 30-31a
xxxiv, 1-2, 5-6a, 8-lla, 12-17,
18a% 19-22, 23b-25a, 20-
27, 34-37 (fin)
xxw, l-7a, lOb-U, 12b-14
\x\vi, l-5a, lOa, 12, 14-15, 17-
19b, 21a, 22b, 23-24a.
25b, 27a, 28b-28B
xxxvn. 5b-Ga, 7b-9. 10b, 'l2d,
14-17. 19-21a, 21c -24
(fin)

XXXVIII, 1-25, 28-31, 33-41 (fin)


xxxix, lb-3a, 5-6a, 7, 9a
Z. 25 XL, 8b- 18a, 20, 21b-2Ga, 27
(fin)

XLi, 1-2, 4-0, 7b. 9-14a. 15-


MÉLANGES. 97

17a, 18-19, 20b-23a, 24-


25 (fin)

\i.u, l-Sd, 8f-16b, 17A-17E (fin

du livre]

C
Autres Collections (1)

SER26 = Z. 32 i, 1-5 (Wess. li

BMC 953 11, lOde, 11% 12' (Sch. 3)

BMC 939 r, la*b*, (3cdef)', 4c*d*. (5- (Dieu)


22)*
II, la'bV, 2-, 3% 4ab-c*, Tr.
(r, 7*, 8a*b, (9-13)*

III, la*, (3-16)*, 17b*, 18*,


19*, 20a*
IV, 10-, lia*, (13-15)', 16(-.
17*, 18a*, 19b'c*, 20',
21a*
V, Ib*, 2*, 3-, 4b-, 5*, 6*, 8*,
9-, 11b*, 12*. 13*, 14*,

IS-

BN :Katam.) = Z. 32 v, 17-27 (fin) (Masp. 1)

BN 129' fol. 114 VI, 5ab*, 7ab-, 8-9, 10", 11', (Dieu)
12-15, 16a'
vu, 3b*, 4*, 5a*b, 6-71)-, 9',

10a*, lM2a
BMC 21 CA VI, 19-25a* (Sch. 1,

JRÇ 3 CG vu. 2', 3* (Crum 2)


BN ]
[29^* fol. 113 Z.25 IX. 10b*, 11,12*, 13-14a*, 14b- (Dieu)
16a*, 23*, 24a, 25-26a*,
26b-27a*, 27b, 28*, 29a
SER 28 XVI, 12-14C*, 15-20 (Wess. li

Tur. ME XX, 29- (Ro. 2;


XXI. lab*, 2a:b, 3-4a, 11',
12ab, 16b*, 17-18a
xxii, l-3a, 4-5, 17*, 18', 19,
21-23a
xxiu, la, 2*, 3a', 3b-4b', .ja'b,
6-8a, 16b, 17a'
XXIV, 4a, 5-6b*, 14a, 18bc, 19-
20b
XXV, 2b-5
XXVI, 14c*
xxvii, l-2a*, 2b-4a, llb-13a
Freer copt. frag. 9 xxiv, 19-24c*, 25a (Wor.)
XXV, l-3a '

(I) Y compris les fragments de la ribliotlièque Nationale de Paris.


REVUE BIBLIQUE 1920. — T. XXIX. .
"
98 REVUE BIBLIQUE.

xxvii 10-17, 18-


BodI. (Hunt 5) xxix, 21-xxx, 7a* (Erman)
BMC 951 xxxviii, 27b% 28*, 29*, 30% 31ab', (Tho. 2)
33ab% 34a*
XXXIX, 6a', 7-, 9*, 10*, lla*b, 12*

BMC 23 = Z. 24 xl. 7b*, 8b-18a, 20, 21b-2Ga. (Sch. 2)


27 (fin)

xLi, 1-2, 4-6, 7b, 9


BX 129^ ff. 115-1 17=:Z. 24 XLi, 10', ll-14a, 15-17a, 18-19, (Dieu)
20b, 21-22b*, 23a*. 24',
25*

XLii, l-2a*, 2b -6b-, 7abc'd',


Sabc'd*, 9b*c, 10-14b,
15b*, 16ab, 17A-17Db*,
17De*f, 17E (fin du
livre )

SAGESSE DE SALOMON

A (1)

Collection Boryia

Z. 99 CA V. 1-1 Ib. 13ab (Ci. 2)

C (2)

Autres Collections : British .Muséum

BMC 951 -
I, l*,2a'b,(3-9a)-, ;ilbcd-14)*, (Tho. 2)
15, 16*
II, 1*, 2*, 3a*, (4bcdef)*, 5-7,

8a*b, (9-15)*, 16a'b*, 16c-


19a*, 19b', 19c-21a*, 21b,
22*. 23*, 24*, (25)*

III. (1-4)'. 5a*, 5b-9b*, 9c-10,


ir.l2-,1.3',14a'c*d*,15a*,
15b-19 (fin)

lY, labc*, 2ab'c*, (3-6)*, 7-8a*,

8b-12b*, 13ab*, (14-17b)*,


19a*b*c*, 19d-20 (fin)
V, l-4a*, 4b, (5-9)*, 10c*,
lla*b*de*, llf-13b*, 13c-
14b*, 14c*d-, 15a*b*, 15c-
16a*, 16bc*d', (17-20)*,
22a*, 22b-23 (fin)
VI, 1-3, 4*, 5ab*, (0-8)"*, 10b*,

^1) Édité aussi par Amelineau [op. cit., ix sans indication du Ms.
(2) Rien à la Bibliothèque Nationale de Paris.
.MÉLANGES.

llab\ 12-17b*, 18abc*,


19ab*. SOa-b, 2V, 22', 25
(fin)

vir, la', lb-9b*, 9c*, (10-14b)%


15b% 15c-18b*, 19-20b*,
20c-22,(22)a*b*c*d%(22)e-
23d*, 23e*, 24ab% 25%
2Ga*b\ 97a\ 27b-29, 30'
Mil, r, 2-3b-. 4ab-, 5ab*, 6\
7a*bcd'e, S*, 9c*, 10-12c*,

13ab', 14', 15', 16a*, 16b-


17b', 17c-18b', IBcde',
19-20a*, 20b, 21a'b'd
IX, la', lb-4a', 4b-5a*, 5b'c, 7*,

8a'b', 8c-9a, Oc*, 9d-10d*,


11', 12a'b*, 13ab-, 14, 15*,

16ab*c*. 17', 18a'b, (19)*


X. l-4b',5a'bc, G', 7', 8abc'd*,
9, lOb'acdef, lla'b, 12-
14d, 14e*f', 15ab', Id",

17b-21 (6n)
XI. l-2a', 2b-3a', 3b-9b', (10-
12)', 13-20d*, 21ab*, 22',
23*, 24a', 24b-26b*
-XII. lab*, 2*, 3-6b*, 7-8a*, 8b'c,
9*, lOabc'd*. 11, 12*, IS-
IS, 16', 17', 18a*b*, 18c-
24b'. 25-. 2r,a-, 2Gb -27
;fin)

XIII, la', lb-4b'. 5'. Ga'b', 7b",


8, 9'. 10-14, 15-, 16'.

17a*, 17b-19 (fin)


XIV, l-6b*, 7a-. 7b-8a*, 8b-15d',
16-, 17a*, 17b-23, 24', 25*,
26-31 (fin)
XV. l-3b'. 4', 5a', 5b-12a', 12bc,
13', 14'. 15a', 15b-19
(fin)

XVI. l-2b', 2c, 3*, 4', 5a', 5b-


13, 14', 15*, 16a*b'cd*,
17ab', 17c -24a*, 24bc',
25', 26a*bc*, 27-29 (fin)
XVII. l-5b*, 6*, 7*, 8a*, 8b-9, 10*,
11-15C*, 16', 17', 18a'b-,
18c-19c*, 19d', 19e-21
(fin)

xviiL l-2b*, (3-9j*, (12-19a)*, (21-


25)*

xix, (4-8)*
iOO REVUE BIBLIQUE.

Turin, Musée Egyptien

Tur. ME I, l-14b*, 14c-16 (fin) (Lag. 2)


n, l-Ub*, 12a', 12b-24 (fia)

III. 1-2, 3*, 4-lOb*, lia*. 11b-


17a*, 17b-iy (fin)

IV. l-4b*, 4c-5a% 5b*, 5c-12b*,


13-14a',14b-19e*,19f-20a*.
20b (fin)

V. l-7c*. 8-13C*, 14a*, 14b-23


(fin)

VI. l-lôa*. 15b-22, 23*, 24-25


(fin)

VII. la*, lb-16a*, 16b-30 (fin)

VIII, l-21a*, 21b-21d (fin)

IX, l-8a*, 8b-(19) (fin)

-\, l-9a', 9b-21 (fin)

XI (complet)
XH. l-8b*, 8c-13b*, 14-2Ga*, 26b-
27 (fin)

XIII, 1-lla*, 11b*, llc-17b*, 17c-


18a*, 18b*, 180-19 (fin)
XIV. l-6c*, 7-12b*, 13ab*. 14ab*,
15-17d*, 18a*, 18b-23, 24*.
25-31a*, 31b*c (fin)
XV, lab*, 2-7c*, 7d-12c*, 13ab-,
14*, 15-17, 18*, 19a*b (fin)

XVI, 1-5,6*, 7-13b*, 14, 15*, 16a*.


16b-20b*, 20c*. 21-26c*.
27a*, 27b-29 (fin^
XVII, l-4b*, 4c*, 5a*, 5b-6a*. 6b-
10, ir, 12a*, 12b-18a*,
18b*, 18c-19a*, 19bc*d*,
19e-21 (fin)

xvnr. 1. 2*, 3ab*, 3c-4c*, 5-7b*,

8a*, 8b-9c*, 9d*, 9e-13,


14',15*,16-20c*,21a*b*cd-.
21e-25b*
XIX, la*b, 2*, 3-7a*, 7b*, 7c-8a*,
8b-13a*, 13b*, 13c-(13)a*,
(13)b-18b, 19a*b, 20a*.
20b-21a*, 21b-22 (fin 'du
livre)

Collections diverses

Bodl. (Hunt. 5) ii, 12-22 (Erman)


MELANGES. 101

SAGESSE DE SIRACH

A(l)
CoUfction Boryiif

Z. 09 C'A I, 14,(24), 22-2:îa, 24^26,28- (Ci. 2)


(40)a
H, 1, 5, 7, 10

C (21

Autres CoUf étions : Britisli Muséum


B.MC 951 Prologue, en partie mutilé (Tho. 2)

I. la-, lb-2b', 3% 4ab*, 5-

6a*, 6b -7a*, Tb-'Ja,


(lO)ab*. ICr, ir, 12*

II, (12)b*, ir, 12-, 13*,14a*b,

(17)a*b, 15ab-, 16*, 17',


18a*b, (23)*
m, (l-5a)*, 7*, 8a*, (10)a*b,
9*, lOa-b, 11-, 12*, 13*,

14a, (16), (17)*, (15-18)*,


20*, 21*

VII, 29', 30*, 31, ;34)a*b, (35),

32-36 (fin)

Yiii, l-8b*, (10)*, 9a*b, (12)',


10-17, 18-, 19 (iin)
ix, l-3b*, 4*, 5a*, 5b-(15)a-,
:i5)b-13b*, (19)a*b, (20)*,
14a*b, 15*, 16*, 17a*b,
18a*b
X, r, 2-6a*, 6b-7a*, 7b, (8-

13)*, (16)a*b, 14-18,


19a*b*c*d, 20*, (22-25)*,
26,2r,28-29a*,29b-30a*,
30b-31a*, 31b (fin)

XI, (1-6)*, 7ab*, 8ab*, 9ab*,


'
10-14, 17ab*, 18ab',
19ab*, (20)*, 20*, 21*,

i23)*,22*,23-27b*,28ab*,
29*, 30-31a'

XIV, (7- 13a)*, (20-27)'


XV, la*
XIX, (26-30)*
XX, Y. 2*, 12-, 13*, 15*, (16)',

(li Édité aussi par Amélineau [op. cit., ix) sans indication du Ms.
;2,i Rien à la Bibliolhcque Nationale de Paris.
102 REVUE BIBLIQUE.

16% (18,-, 17-, 18-, 19a',

(28-31)*
.\xi. (l-4ar, (131*. 12-. (15)-.

13*, 14a*b, (15- 18a)-,


27b*, 28-
xxii, 1-1 la*, 11b, fil). (12). 12-

13, (15). (16). 14-15, 16a-,


17-, (22. 23)-. 19-, 20-,

21*, 22abc*, 22d-24b-,


25-26, (32)ab*, 27ab*c*d*
*
xxiii, 3c*, (4-12)*, (23)*, (17-25

XXIV, lab*.2-3a*,3b-12, 13-,14',


(19)a*b, 15*, (21)ab-.
16ab*, 17, 19-20b-, 21-
23, 25ab*, 26*. 27*. 28,
29*, 30a*b, 31a*b, i43j-.,

32a'b, 33a*b. 34a*b


XXV, (1-4)*, 5b*, 6*, 7*, (10),
8a*b*, 8c-9, 10*, 11*, 13*,
14a*b, (21)a*b, 16, 17*.

18a*b, (19-23a)*
xxvii. (2-12)*, ISab-, (14-19)-,
20ab*, 21a-b, (24)-, 22-
23a*, 23b, 24a*, 24b-
26b*. 27*. 28a*
xxviii, 25*, 26*
* XXIX, (l-lla)-, 12b-, (14-28)-
XXX, (1-11)*, 12ab-, (13-23/,
28c*d*, 29ab*, 30*. Sla'b,
32ab*, 33*, 34ab*, 35a*b,
36-37b', 38ab*c
XXXI. 2b*, 3*, 4a*, 4b-(6)a*, (6)b-

6a*. 6b-7a. 8a*b, 9*, 10a*,


l(ib-13a. 19b*c'. (20)*,

20*, 2I-26b*. 27. 28*,

29a*, 29b-30a*
XXXII, 5*, 6ab-, 7ab-, S". 9-lla,
12ab-, 13-15, 16-, 17,
20b*, (21-22C)*, 22d-23a-.
23bc*, 24a*b, 25, 26'
xxxiii, la*, lb-(2)a*, (2)b, 3*, 4ab-.
5-, 6*, (lOb-12)*, 13Aab-,
( 13B)*
xxxiv, r, 2*. 3*. 4a-, 4b-5a-, 5b-
6b-,7-, 8-, 9ab*, 10-, 11-,
12a*b, (13)a*b, 13a*b .

(15)*, 14a*b, (17)a*b,


15a*b , 16a'b ,
17*, 18-

19a*, 19b, 20*. (23)*, 21*,


MELANGES. 103

22*,(27r,23*,24\25ab*,
26-, 27cVb, (33) ab-,
(35)ab*, 28a-b, 29, 30',
31a*b, (42)a-b
lub*, (2)*, 2ab*, (3V, 3',
(5)*, 4*, 5ab% 6a-b, 7-8,
0', lOab', llab-, 12, (13-

15)\ 19b-20b', 21ab%


22-24b'
LVb, (2-6 ;. (14b-15)-, lt5A.
16Bab%17-, 18-20a,27b*,
28*. 29a-b. 30-31 ifin)

XXXVII, lab\
XXXIX, 8b-, 9a'b, (13)ab*. 10-17,
(22)% 18-. 19ab% 20ab-,
21a'b, 22-27, 28a*b,
^34)a*b, 29", 30*,3rab*c,
32a'b, 33-, 34-35 (fini
lab',lc-7,8'/J-16b*,17-18a

Turin, Musée Égyptien

Tur. ME Prologue (19-21)- (Lag. 2j


1, la-,3-,4-(10).10*,lla-,12b-,
13ab-, 14ab-, 15-16, 17*,
18-,:24)-,20a,23-,24a-b,
25a*b,26a-b,27,28a-b,29
II, la', lb-6a*, 6b-7a*, 7b-9a*,

9b,10-, (12), 11-17, (23)b'


III, l-3b-, 4a', 5a*c*, 6', 7ab',
8a, 20-22, (23)ab*, 23-24,
2Ga-c-, 27b*. 28-, 29,
30b*. 31*
IV, lab-, 2-3a-. 3b-4,5b-7b-,8*,
9', (11-14)-, 15ab-, (16-
19)% 21b*, 22ab*, (27),
23-25b', 26*, (32) ab-,
27a*b, 28ab*, 29b*, 30a*,
30b-31 (fin)
V, l-7b% (9)ab*, 8 -9b, 10-13,
(14-15a)*
VI, lb*c-, 2-, 3-8b*, (9-12a)-,

13b-, 14-21 b*, 22a*, 22b-


32, 33*, 34a*,34b-37(fin)
VII. 1 5a.6c*d*.7a,8ab*,(9-lla)*,
12, 13*, 14b-, 15a*, 16a*.
20a-, 20b 21a*, 22-. 23a*,

23b-24b-, 25-, 26a-. 26b


3:.b-, 36a*b
104 REVUE BIBLIQUE.

vin, la*, Ib-9, (12)a% 10;il)',

11*, 12-16d*

i\, lb',2*,3-(9)b*,9a',(13)b*c*.
10-15b*,16a'b, 17-18 (fin)
X, l-4a, 5*, 6-I2b*, (15)a*, 13,
(lG)a*b, 14-18, 19acbd%
20a*b, 22-29, 30*, 31a*b
XI, 1-7, 8b*, 9*, 10-17, 18*,

19a*b,(20)a'b, 20a*b,21-
25, 26*, 27a*, 27b -34b*
XII, r,2a*,2b-9, 10b•,lla*,llb-
16, (16)ab*, 18a-b*c
XIII, l-6c*, (7abcd)*, 7e-15. 1(V,
17*, 18-23a, (29jb*, 24*,
25-26 (fin)

XIV, l-5b*, 6*, 7a*, 7b-14, 15*, 16*.


(17)-24, 25b*, 26*, 27(fin)
XV, 1-lOa*, 11*, 12-20b*

, XVI, r, (1), 2a*, 2b-8, 9*, lOa'b,


lla*b,(12)-18,19*,20a;b,
(2i)-28, 29b*, 30* •

XVII, 1-9, 11b*, 12a*, 12b-13a*.


13b-22, 23-30, 31*, 32
(fin)

XVIII, 1-10, 11b*, 12ab*, (ll)ab*,


13-28, 29*, 30-33 (fin)
XIX, 1-4, 5*, 6a*b, 7*, 8-16, 17-
27, 28*, 29-30 (fin)
XX, l-7b*, 8a*, 8b-(18), 17*.
I

18a*b,19a*b,20-27b*,28*,
29*, 30-31 (fin)

XXI, l-5a, 5b-(15), 13*, 14-19,


20a*b, 21a% 21b-28 (fin)

XXII, l-2b*,3-(12)b*, 12*, 13-18b*,


(22, 23)*, 19- 24a-, 24b-
27 (fin)

XXIII, l-5a*, 5b-12, (16)ab-, 13-

18, (26)*, 19-27 (fin)


XXIV, l-8b*, (13)ab*, 9ab*, 10,

(15)*, lla*b, 12-(21)b-,


16*, 17-26b*, 27-34 (fin i

XXV, 1-19, 20*,21-23a*,23b-(36)


(fin)

XXVI, l-10,ir,12-13a*,13b-18b*,
28*,(26)ab*,(27)*,29(fin)
XXVII, l-5b*, 6*, T, 8a*, 8b-14a*,
14b-(24)a, 23b*c*d*, 24a*.
25a*, 25b-30 (fin)
XXVIII, 2b*, 3*, 4-9b*, ir, 124(;,
MÉLANGES. 103

17*, \W, 10c-(20), 25-,

îtkrb (fin)

XXIX, la-, Ib-Oa, (8)-(9)a*, (9)b-


sb-,Oa% 9b-18b-, (25)a',

i25)b-25a% 25b-28'(fin)
XXX, l-3b\ 4-5b% 6-12b', 13-
19b-, (20)ab*, 20-26, 27*,
28-37 b*,. 38-40 (fin)

XXXI, 1-5, (6)% 6-15, 16-, 17-31

(fin)

XXXII, l-3b% 4-13b*, lob', 15c-


23b*, 23C-26 (fin)

xxxiii. 1-9, 10a*b, llba, 12-13B


(fin)

xxxiv, 1-4, 5*, 6-13a*, 13b-(15)a,


14a*, I4b-(17), 15b-(23),
2r,22a*,22b-28b-,29a*,
30-(42) (fin)

XXXV, l-5b*, 6-13, 14*, 15-24b* .

XXXVI, l-7b*, 8-(19)b',(19)c*,23*,


24-31a*, 31b-c*d (fin)
XXXVII. l-7b*, 8a*b*,-8c-]2, (16)',

13b-30, 31*
^xxvHi, la*, lb-9b*, 10-(18)b*,

(18)c% 18-25c% 25d*,


26a*, 26b-29a*, 29b-
.34b*, 34c*d (fin)

xxxix, l-6b', (9)*, 7-13b*, 14a*,


14b-(22), 18*, 19-26b,
26c*, 26d-34a*. .34b-35,
(fin)

XL. .l-(5), 6*, (7)a*, (7)b-13b-,


14ab*, 15-21, 22a*, 22b-
29b*, 29c -30 (fin)
xLi, l-13a*, 13b-19b, 19c*d*,

20-(28) (fin)
XLii, l-3a*,3b-10a*, 10b*c*, lOd-
17a*,17b*c*,17d-25(fin)
XLiii, lab*, 2a*, 2b-9, 10*, 11-

13, 14b, 14a, 15, 17a,


16,17b, (19)-18b*, 19a*,
19b-27b*, 28-33 (fin)

xLiv, lab*, 2a*, 2b-10.ir,(12)*,


12, 13-20b*, (21)', 21
(27) (fin)
XLv, 1, 2*, 3-(10)b*, 9a*, 9b_
(16)c*, 14-19, (24)*, 20-
25a*, 25b-26 (fin)
XLVi, l-4b*, 5-20 (fin)
106 REVUE BIBLIQUE.

XLViL l-3b*, 4-9a*, 0b-16b'. 17-


(25), 23b-25 (fin)

xLViii, l-6a%6b-15a', I5b-25(fin)


XLix, l-(6)b*, 5-13b, 13C-16 (fin)
L. l-Gb*, 7-I2c% 12d-29 (fin)

Li, I-:9)b-, 7-(20;;a% (20 bc*,


16-30 (fin du livre)

Collections diverses

r.erl. BI or. oct. 401» VI, 36b% 37abc-d- (Lemm 3.)

VII, lab*, 2-9b% lOab*. lia*,


11b- 18
BMC 42 XVIII, 17b-3I »

Berl. BI or. oct. 409 XXI, 8a% 8b-23a


ESTHER
C(l)
British Muséum
BMC 1: A, 1-lOa (Tho. 1)

K 12-18b% 19-22 (fin)

n, l-9b*, 16a% 16b-23 (fim


III, M2b-
B, 5b% 6-7
III, 14-iv, 12a*
C, 7a*, 7b-D, Sb*
VI, 6b*, 7-lIb', 12-14 (fin)
VII, l-2a*, 2b-4b*, 5-10 (fin.) .

VIII, lab*
E, 7a*, 7b-10a*
viii, 13b-F, 11b*

JUDITH
C(2)
Collections diverses : British Muséum
BMC 12 I. l-ii, 5a •
(Tho. I)

IV, Ob*. 7-15 (fin)

V, l-5b*, 15a*, 15b-22a*


VI. 4b*, 5-21 (fin)

VII, lab*, 8a*, 8b-17a*, 22b*, 23-


32 (fin)

VIII-XIII

XIV, 7b*, 8-xv


xvu 6b, 17a*, 17b-25 (fin du livre)

Institut Français du Caire


CI F Z. 32 IV, 8b-13 (Lac. 1)

[A stiivre) A. Vaschalde.

(1) Rien dans la Collection Borgia ni à la Biblioliièque Nationale de Paris.


(-2) Rien dans la Collection Borgia ni à la Bibliothèque Nationale de Paris.
CHROMQUE

I. — El-'Aoudjeh.

1. L'exploration de 1916.

Le manque de voies de communication présence de nomades


et la

pillards avaient rendu jusqu'en 1915 le Sud palestinien ou Négeb


inaccessible à l'exploration et éloigné le bibliste des solitudes de la
péninsule sinaïtique après laquelle il soupirait. Mais la guerre a
changé tout cela, en créant des routes, en ouvrant largement à la
recherche cette intéressante contrée dont les ruines, témoins d'une
civilisationavancée, frappent le voyageur d'une stupeur légitime.
Ce prélude d'un article de juillet 1916, paru dans le périodique
de la Société de Cologne pour la Terre Sainte, était trop alléchant pour
ne pas nous induire à prendre connaissance des services rendus à
l'archéologie palestinienne par l'expédition germano-turque contre
l'Egypte et par les opérations défensives qui en furent le corollaire.
Hostilités bénies qui révélaient un pays que la paix avait été incapable
de découvrir Bienfaisante alliance qui permettait aux Allemands de
!

mettre en valeur des richesses scientifiques ignorées des étrangers et


des ennemis Ne pouvant rester insensible à de si fiers sentiments nous
1

avons suivi avec intérêt la narration que le Père Heinrich Hansler a


confiée à trois numéros du périodique en question, intitulé Das heilige
Land [i). Dissimulerons-nous que les espoirs nés de son début
séduisant ont été vite déçus? A la fâcheuse impression produite par
le parti très arrêté de passer sous silence, alors même qu'on les utilise,
les travaux antérieurs relatifs au Sud palestinien, s'ajoute la convic-
tion que les opérations militaires des pachas turcs et germains ont
été fatales à ces ruines.
D'abord on a trop beau jeu de se donner des airs de pionnier en

(i) Juillet 1916 : Audscha el Hafir, p. 155-16'i; Octobre 1916 JSachtrag zu Andscha
:

el Hafir, p. 198-203; Janvier 1917 : Funde in der Wi/sle, p. 12-15.


108 REVUE BIBLIQUE.

Or Ton n'avait pas attendu le temps


faisant table rase de ses devanciers.
de la guerre, si propice qu'on le suppose, pour explorer
le Négeb. La

paix est encore la vraie condition d'un travail propre et sérieux. C'est
elle qui avait favorisé les voyages de Palmer dans le désert de
l'Exode, l'exploration des sites d'el-'Aoudjeh et d"Abdeh par l'École
Biblique, les tortueuses randonnées de M. Musil, les relevés de
MM. Woolley et Lawrence, pour nous borner à quelques noms que l'on
pourra compléter aisément, surtout en ce qui regarde la péninsule du
Sinaï, par la Palastina-Literatur de Thomsen et même par la
Bibliotheca de Rohricllt. Quant à l'histoire des localités de cette région,
elle avait été esquisséedans le Recueil de M. Clermont-Ganneau et dans
au fur et à mesure de la découverte des fragments
\d.Reviie biblique (1),
du Rescrit byzantin deBersabée. Certes, il était loisible au P. Hansler
de négliger les travaux d'origine française ou anglaise, mais il appar-
tenait à la probité la plus élémentaire d'indiquer la source de son
information quand il lui paraissait plus facile de nous traduire litté-
ralement que de s'imposer de patientes recherches. Il eût sans doute
agi autrement si notre disparition n'avait été estimée définitive.
Encore est-ce là une excuse de bien mince valeur. Le procédé néan-
moins vaut d'être illustré par un exemple.

EB., 190!», p. 98. Dos heilige Land, 1916, p. 162.

Toutefois, as-Sô'a nous entraîne fort Nur Asoa konnte bisher niclit bestimmt
loin du milieu géographique supposé par werdea, und doch muss es entsprechend
le contexte. C'est au Négeb que doivent der hier vorliegenden Zusaninienstellung
plutôt porter nos recherches. Une an- iu dem Bezirk oder Grenzgeblete von
cienne notice byzantine des évêchés de Elusa gelegen haben. Nun gibt uns aber
Palestine, publiée par Grégoire Palamas, einebyzantinischeNotiz iiber dieBistùmer
en 1862, dans son ouvrage sur Jérusalem, Palâslinas, herausgegeben durch Grego-
nous met sur la voie d'une identihcation rius Palamas 1862 in seinem Werk iiber
très fondée d'Asoa avec el-'Aoudjeh. Jérusalem, deutliche Fingerzeige, Ason
Cette notice, en effet, situe dans l'évêché mit Audscha gleichzustellen. lene stelle
de Gaza, dont le territoire s'étendait fort verlegt namlich in die Diozese des Bis-
loin au sud, deux camps romains, Ason chofs von Gaza, dessen Sprengel sich weit
ou Ausa et Abida, qui ont deux autres gegen Sùden ausdehnte, zwei romische
postes militaires à l'est, Khalasa et Kho- Lager, namlich Ason oder Ausa und
lous. Abida, welche wiederum ostwârls zwei
andere Militarstationen, namlich Chalasa
und Cholus, haben.

Après avoir énoncé que l'identification à' Abida avec 'Abdeh ne faisait
aucun doute (nous avions dit aucune difficulté), l'auteur complète
:

(1) RB., 1909, p. 89-104, p. 89, n. I.


CHROMQL'E. 109

son aperçu grâce à un texte de l'Anonyme de Plaisance que nous


avions cité, à propos d'Élousa {RB., 1909, p. 101). Notre intention ici

est de relever une erreur et non d'insister sur le plagiat. « A 20 milles


au sud (de cette ville), le pseudo-Antooin rencontra un castrum où
se trouvait un hospice sous le vocable de saint Georges. Ce castrum
doit être'Abdeh ou el-'Aoudjeh. » Cette affirmation s'appuyait sur ce
texte que l'on trouvera dans Geyer, Itinera HierosoL, p. 182 « .4g? xx :

milia est castrum, in quo est xenodochius sancti Georgi... » Le P.


Ilansler change sans motif Georges en Serghis (1). Aucune variante
n'autorisant cette modification, la lecture nouvelle doit être écartée.
Le fait de retrouver le nom de Sergios sur quelques épitaphes ne
prouve pas nécessairement l'existence d'une église consacrée à ce
saint martyr, surtout dans le récit du pèlerin de Plaisance.
Démarquer ainsi les productions dautrui n'est qu'un demi-mal à
côté de la façon dont a été pratiquée la prétendue exploration, notam-
ment à el-'Aoudjeh. De l'aveu même de l'auteur qui y fit un premier
séjour de deux mois en 1916, ce fut une véritable destruction. « Les
fouilles », écrit-il au sujet de la découverte dune chapelle dans le
fortin de cette localité, « qui malheureusement n'avaient pas été
entreprises par une direction compétente, ont mis au jour un riche
butin d'inscriptions et de fragments de sculptures qui, à mon grand
regret furent en partie détruits par vandalisme, en partie dérobés, de
peu d'espoir de tirer de ces documents quelque
telle sorte qu'il reste
renseignement sur ces constructions (2) ». Durant un second séjour
au Négeb dans l'été de la même année comme « deutcher Feldgeis-
tlicher », il constate que les progrès de la destruction vont de pair
avec ceux de la découverte. « Malheureusement les cancels qui, au
moment de la fouille étaient assez bien conservés, furent vandalique-
ment mis en pièces... Les deux nefs latérales formaient la sépulture
des moines qui desservaient le sanctuaire. Les tombes soigneusement
maçonnées étaient couvertes de dalles dont les épitaphes sans préten-
tions indiquaient le nom, la dignité et la date du décès de chaque
défunt. Il ne semble pas qu'il y ait eu de crypte funéraire. Quant aux
tombes découvertes et fouillées jusqu'ici, elles ofi*rent à présent un
aspect lamentable, car dans leur avidité les effrontés chercheurs de

(1) Mit dieser Angabe stimmt auch die Bemerkung des Pilgers Anloninus von Placentia
libereiii, dass man auf der Wanderung durch die \S ûste, ausgehend von Elusa, beim
zwanzigsten Vleilenstein ein Kastrum antreffe, woselbst sich ein Pilgerherberge zu Ehren
des hl. Seigius betinde. Die... Entfernung von 2u romischen Meilen trifTt sowohl fur el
Audsclia wie fiir Abdeh zu. {Das hl. Land, 1916, p. 162).
(2) Heil. Land, 1916, p. 157 s.
110 REVUE BIBLIQUE.

trésors ont fracturé les sépulcres, brisé les épitaphes et mêlé dune
main sacrilège les ossements les uus avec les autres. Au dire d'un
officier supérieur qui se trouva par hasard présent à l'ouverture d'un
de ces tombeaux, les corps devaient être encore très bien conservés;
les moines portaient un habit brun dont je vis quelques restes. Je
n'ai pu savoir ce que les tombeaux contenaient comme mobilier,
suivant l'usage antique on parle cependant de fragments de papyrus.
:

Il est tout à fait à déplorer que le Commandement n'ait pas pris le

moindre intérêt à ces choses et que chacun n'ait eu en vue que le


pillage et la destruction il. »

Nous partageons Findignation légitime du P. Hansler, mais que


n'a-t-il usé de son intluence pour mettre fin à ce vandalisme? Il y a

bien de la naïveté à penser que lÉtat-major de Palestine aurait pu


concevoir quelque intérêt pour les vestiges d'une église byzantine
ou une sépulture du désert monastique. On ne change pas sa méthode
pour si peu.
Tandis que ce système de dévastation sétendait aux diverses cités
mortes du Sud palestinien, paraissait en France le Bulletin de corres-
pondance hellénique renfermant le compte rendu des fouilles exécutées
sur l'emplacement de la nécropole d"Éléonte de Thrace de juillet à
décembre 1915 (2 . Ces recherches fructueuses opérées sous le feu de
l'ennemi avaient été confiées à des compétences par le colonel Girodon,
chef d'État-major du corps expéditionnaire d'Orient, et fortement
encouragées par le général Gouraud. Je laisse au lecteur le soin de
comparer les deux manières, car je suis dépourvu de la plume dithy-
rambique des rédacteurs de la feuille allemande.
On comprendra sans peine que des travaux entrepris dans une ère
pacifique par des sociétés savantes désormais libres des entraves "de

l'administration turque auraient été autrement féconds en résultats


que cette archéologie de guerre où les antiquités « sont sacrifiées à
la frénésie destructive d'une grossière soldatesque 3) ». Au lieu des
quelques débris ravagés sauvés par le P. Hansler et de rares textes

(1) HL., 1916, p. 200 s. A propos des papyrus cependant voici ce que nous lisons dans
une note de la rédaction [HL., 1917, p. 15) « La trouvaille des manuscrits se confirme; il
:

s'agit d'un certain nombre de feuilles de papyrus déjà cédées au Musée impérial de Cons-

tantinople. Puisse-t-il se trouver bientôt des spécialistes pour nousdéchifl'rer le contenu de


ces feuilles! « Nous attendons également avec impatience la publication des papyrus d'el-
'Aoudjeh qui compenserait un peu le sac du monastère.
(2) Cf. RB., 1916, p.-^>10.

(.3)EL., 1916, p. 202 Die meisten Epitaphien sind leider der Zerstorungswut einer
:

rolien Soldasteska zum Opfer gefallen, so dass man kaum melir liicîvenlose Inschriften
antrifft.
CHRONIQUb:. 111

épigrapliiques, mutilés pour la plupart, réunis par ses soins dans son
musée, nous aurions une ample moisson d'épitaphes bien conservées,
de mosaïques intactes et de plans fidèlement dressés. Je suis néan-
moins très reconnaissant au T. R. P. Dom Grégoire Fournier, supé-
rieur des Bénédictins belges, de m' avoir autorisé avec une extrême
bienveillance à relever au musée de la Dormition les frag-ments épi-
graphiques rapportés du Négeb pendant la guerre, ce qui permet de
contrôler la publication de ces mêmes documents dans la revue de
la Société de Cologne. En groupant méthodiquement les notes du
P. Hansler, nous prendrons une idée de l'état actuel des ruines d'el-
Aoudjeh et des découvertes qui y furent faites récemment mais que
l'on n'est plus à même de vérifier.

2. Les églises.

I. — En mars 1896 le P. Lagrange reconnaissait sans peine deux


églises dans la partie basse d'el-'Aoudjeh. Depuis lors, les explora-
teurs n'en ont retrouvé qu'une seule, sur la rive orientale de l'ouàdy
qui traverse le champ de ruines celle dont la RB. (1897, p. 614)
:

indique la répartition et les dimensions. Woolley et Lawrence en


donnent le plan d'après Palmer, sous le nom de monaslery chiirch et
rapportent qu'Huntington en 1909 y vit un pavement de mosaïques
avec une inscription où se lisait la date 496 (1). Les matériaux de ce
monument ont servi à élever quelques maisons déjà avant la guerre
quand Turcs songèrent à veiller sur leur limes. Des fragments
les
de sculptures se voyaient en 1914 dans la cour du moudir. Les tam-
bours des colonnes étaient cerclés d'une moulure en plate -bande
comme à l'église Sud de Sbeita. L'inscription votive à'Abraainios
relevée sur un chapiteau de cette ruine [RB., 1897, p. 614j avait
disparu quand Musil visita cette région en 1902.
IL — Un autre
édifice religieux placé sur la colline à 100 mètres à
l'ouestde ce qu'on est convenu d'appeler l'acropole est encore plus
connu que le précédent. Le plan en fut publié pour la première fois
dans RB., 1896, p. 615; Musil l'a réédité en 1908 (2). La photographie
des trois absides prise en 1914 par Woolley et Lawrence confirme
l'exactitude du dessin de RB., p. 614 de l'année indiquée plus
haut '3). C'était une basilique divisée en trois nefs par une double

{1) Palestine Exploration Fund, Annual 1914-1915. The Wilderncss of Zin, p. 119 ss.
Dans le texte, cette église, sans doute par suite d'une confusion avec la suivante, est située

sur la colline de la forteresse, on the same hill-top.


(2) Arabia Petraea, II Edom, 2 Teil., p. 89.
(3) The Wilderness of Zin, pi. xxix, 2.
REVUE BIBLIQUE.

colonnade. Il n'en reste plus rien. Exploitée par Tarmée germano-


turque en vue de la construction de certains abris, elle a été rasée
jusqu'aux fondements.
111. — En utilisant comme carrière les pans de murs de la citadelle,
les soldats dégagèrent
^ à l'extrémité nord de
celle-ci une église dont
on ne soupçonnait pas
jusqu'ici l'existence (1).
Elle devait faire partie
de ce que le plan de
\yoolley donne pour le

donjon et qui n'était en


réalité qu'un monastère
fortifié dans le genre
du fameux couvent du
Sinaï. Au lieu de trois
absides comme les ba-
siliques précédentes le
nouveau sanctuaire n'en
La troisième église d'el 'Aoudjeh. Plan. possédait qu'une flan-
quée au sud et au nord
de deux chambres unies par un passage derrière l'hémicycle, ainsi
que cela se remarque dans quelques églises de la vallée du Nil (2).
Le chœur élevé de deux ou trois degrés occupait une travée et
demie de la nef centrale, car, bien que l'abside fût unique, le vais-
seau de l'église était partagé en trois nefs par une double rangée de
six colonnes. Il était clos d'un cancel dont on a signalé plus haut la
destruction. Des plaques de granit rouge incrustées de marbre blanc
formaient le parement de au fond de l'abside. Les sépul-
l'autel érigé
tures monastiques saccagées lors de la découverte s'étendaient sous les
nefs latérales. Le pavé de l'église consistait en dallage et en mosaïques.
Les chapiteaux s'ornaient de moulures extrêmement simples.
Deux bâtiments latéraux s'appuyaient à l'édifice principal, l'un au

1) La lecture de la descriptioo de ceUe église sera facilitée si l'on veut bien se rapporter
au plan ci-dessus (lîg. 1), dessiné d'après EL., 1916, p. 199.
(2) Soraers Clarke, Christian Antiquities in the Nile Valley, pi. IV, V, XX. D'autres
églises du Négeb pourraient fournir aussi de curieux rapprochements que ce n est pas le
lieu d'examiner ici. Enfin tels Qétails comme le baptistère en façade, à l'intérieur du
narthex et la salle derrière l'abside trouvent d'étroites analogies avec une des basiliques de
Flousiyeh =
Ostracine récemment découverte par M. J. Clédat [Annales du serv. des Antiq.
de V Egypte, WU
1916, p. 21 ss. et pi. II) et qui se classe tout à fait à la même période.
.

. CHROMQUE. H3
communica-
nord, divisé en trois pièces dont on ne saisit pas bien les
tions (1), au sud sans divisions apparentes, muni d'une sorte
l'autre
de banquette et communiquant avec l'église grâce à deux entrées dont
l'une (fig. 1, a) avait un linteau de marbre portant une inscription.
Le nartliex où l'on trouva quelques fragments de mosaïques d'un
dessin analogue à celui de l'église de Beit el-Djemdl, s'étendait sur
le front de l'église et de la salle méridionale. Il se terminait au sud
contre une tour présentant des murs extérieurement redoublés sur
les côtés ouest et sud et des pilastres intérieurs. Ces pilastres fort
rapprochés devaient porter un très solide dallage courant sur les
arceaux qui les reliaient. Les bâtiments latéraux étaient sans doute
aussi, comme mainte église de Haute-Syrie, munis d'une toiture de
larges dalles reposant sur des arceaux. Au seuil de l'église dans le

narthex s'ouvrait une sorte d'auge carrée de 2™, 20 de côté dont la


maçonnerie était recouverte d'un placage de marbre blanc.
Telle est dans ses grandes lignes la description que le P. Hansler put
tracer de ce monument religieux avant que le pic démolisseur ne l'eût
réduit à rien « par la nécessité des circonstances ». On en regrettera
d'autant plus la disparition que l'intéressant édifice présentait mainte
particularité d'ordonnance structurale de nature à éclairer sur l'archi-
tecture religieuse du Négeb dans la plus florissante époque byzantine.

11. — ÉpiGRAPuiE DU Sud palestinien.

1. Inscriptions iC el-Woiidj ch

1. — Inscriptiou en mosaïque relevée par im médecin


militaire arabe de passage
au moment du curage des au puits de l'église I, dans la partie
puits. Elle se trouvait

basse d'el-'Aoudjeh, Indiqué dans le plan de Wooliey. Il nous [est impossible de


savoir si elle appartenait à la mosaïque sur laquelle Huntiugton lut l'année 490
(601 ap. J.-C. d'après l'ère de Bosra). Nous faisons suivre d'une transcription recti-
fiée la copie du major telle que l'a publiée RL., 1916, p. 1.58.

YnePCOOTHPIACTCON VTTràp cwtY;pio(i; Tojv


I
y.ap7rou-x,oup7i(7xvTro}]v
|

KAPrr8(t>yPHCANTINC Sapytou «tto <7va7rov[ojv] ]


(xal) [Aova/où

epribAnocYMnoNOics xfai) naxxoùto? | àô£X.p(vi(;) ^^lai) nt«vou


M0NAX8 KS nAAA8T oiax(ovou), j
auTÎjç uîoîî, ~pOJT£u|0VT(o;)

OC li.7)TpOTC(oX£tO(;) Ku. [ U.{(7[o)j,lv(Ôl)CTlWVOç] 0' OU ?'

AAeA(|)S K niANBAlAKS y-r/và;) r|opTr(iaiou) A.


AYTHC YI8 nPGOTGY
ONTS MHTPOnS GM
MICGYS INDS Mr
opns K
(1) On atteadralt une porte entre les deux chambres du nord (fig. 1, h).
REVUE BIBLIQUE 1920. — T. XXIX. S
114 REVUE BIBLIQUE.

Pour le salut des bienfaiteurs Sergius, assistant et moine, Pallous


sa sœur, Pianos diacre, fils de celle-ci, primicier de la métropole
et

d'Émèse, indiction 9^ {ou 6°), le du mois de Gorpiœos. W


On notera d'abord la particularité orthographique ou pour z de la
a*" ligne. (Cf. Mayser, Gramm. der griech. Papyri, p. 117). L'expres-
sion 7.:{p-c;9cp£^^un sens trop bien déterminé dans le style ecclé-
a
siastique pour que soient permises la restitution du P. Hânsler a. : i>.

Tcov KapTCO'jçoûpYjç 'AvTÎvcj... et sa traduction pour le salut des fils de


:

Karpophora, Antinoos, etc. Si le relevé est exact, nous devons admettre


que le mosaïste n'a pas su déchiffrer la ligature de l'GO et du N que
comportait le modèle à la fin du mot en question.
Malgré le solécisme de la on peut reconnaître dans le terme
1. 3,

cû;j-ovoç « collaborateur, assesseur » une charge conventuelle, celle


de conseiller ou d'assistant de l'hig-oumène confiée à quelques moines,
patres a consiliis.
Le nom de Pallous, féminin dérivé de Pallas, comme 'AspsoiTcîjç
(gén. —
ToO-ioç) dérive d"A!ppoGt-Y;, dénote une orig-ine égyptienne (1).

On serait tenté d'en dire autant de Pianos ou Pianou dont le premier


élément semble être le déterminatif copte que l'on retrouve dans
Pior ou Piamoun. Le fils de Pallous se trouvait à la tête des diacres
de la métropole d'Émèse. Une seule métropole en effet se rapproche
comme onomastique du nom estropié de notre texte E;j.|j.',7£u, c'est :

le chef-lieu de la Phénicie Libanaise, inscrit en tête de ses sufiFragantes


par Georges de Chypre avec ce protocole "Esj.r.a^a \):r~.ç>bT.oK\.q (2).
:

L'inscription ajoute une variante de plus à l'orthographe de ce nom


qui est loin d'avoir de la fixité (3). En dépit de son éloignement, ce
clerc dont la famille a l'air d'avoir été assez fière, avait tenu à con-
tribuer à la bonne œuvre de sa mère et de son oncle. Pour l'indic-
tion,deux hypothèses se présentent ou la troisième lettre représente
:

un 6, ou, si elle n'est qu'une déformation du c, le chiffre serait le


vau pris pour un signe d'abréviation par le mosaïste ou le copiste.

2. — Inscription gravée avec soin sur un bloc régulier de calcaire de 0™,57 sur
0™,35. Hauteur des lettres :de 0°i,03 à 0'",04.

(1) Grenfell-Hunt, p. Oxy., 504 1. 3, 3fi ; 1326. Un nom égjplien a déjà été trouvé sur
une inscription de Gaza, RB., 1894, p. 249.

(2) Descriptio Orbis Romani, n" 985. HL., 1916, p. 159


se demande s'il ne s'agirait pas

de Gaza. Je ne sache pas que Gaza ait été jamais métropole il est plutôt certain qu'elle
;

dépendait de Césarée.
(3) Gelzer, dans ses annotations de la Dcscripl. 0. R., p. 186.
A la rigueur on pourrait
penser à une abréviation d"EiJiKjriv65v, mais la lecture du texte ci-dessus confirme la
variante d'un scoliaste de la Bibliothèque de Pliotius, cod. 242 : "Efiiaoc. Étie.^ne de
B\ZA^'CE, aux annotations d'Holstein sur "Eue^a.
,

CHRONIOUE. H5

f T-àp ffWT-^piaç 'Ï^Xfaobu) -zp-[{b-j) |


B(-/,-topcç c!7.:o;;j,ou |
'/.(al)

Bt/,Topcç a'JTOîi ub'j y.aî j


'Aopaa[;-to'j 'ASou^ovaCvou]. Aùtou [j-tJÔ(àç) eY'^vsTO

tojIto) ts è'pYoV [àv ;rr,vl 'r-ep]6-r;p(c-:aicu) a' ] '.v(Bt7,-Lwvo;) /;' tcj £-:c'j[ç '-^ç

tr,y.pyiiy.ç] o .

Pour le salât de Flavius Sergius [fils) de Victor, architecte, et de


Victor son fils et d'Abraamios Abouzonainos. Cette œuvre lui a été à
récompense : le i^" du mois d'hyperberetœos, 8^ indiction, année de

la province 500.
L'écriture Biz-ia-jo:. i-fhn-z. tojtc
TOJTw montre avec quelle facilité les

s'interchang-eaient, phé-
nomène fréquent dans tYTl£PC6)THPUC^l\5C£Pr
les inscriptions du Hau-
BlKT(joPôC ÔIK OctÔMb
rân et dé la Syrie. 'A6:j-
ç:va(vcj semble avoir été
K^blKTôPÔtT^YTbYVbKî^î
le nomd'un clan du Né-
g-eb. On le rencontre dans
une épitaphe de Khalasa
MT^MlCûSCrWNCTOTb
publiée par Tod [Tke l^tuT e P rô r/ ^^hH
Wilderness of Zin, p . 1 40

pi. 35, n°« 16 et 17) et


que je crois pouvoir
restituer ainsi : 'AXxçaXoç Acou^svaivou. Au v° siècle le village
à'Aboudis près Jérusalem s'appelait déjà B a6cuo',awv du nom de la
tribu qui l'avait fondé. D'autre part l'hypothèse reste plausible d'un
nom individuel composé de Abou du fréquent. Zonainos, de sorte
et
que l'on traduirait avec fondement Abraamios fils d' Abouzonainos.
:

Cf. 'A6ouc£;j.;v.=ç (g"én. — ou) oanix*, dans une stèle judéo-grecque


de Jaffa (Lidzbarski, Ephemeris, I, p. 189).
On une tournure optative pour la formule 1^.176;; vr^vv.
s"'attendrait à
Les quelques lettres qui suivent la lacune de la ligne 6 paraissent être
le vestige du nom du mois T-zpozçitxoLloq avec un r, au lieu du premier
s. Après l'indication de l'année, il devait se trouver la mention de
l'ère suivie, par exemple
que l'on trouve dans plusieurs
-.%q ï-3.pyix:
textes de Syrie et d'Arabie (1). Le chiffre de 500 est fort clair. La
date serait donc équivalente au 18 septembre 605 ap. J.-C, qui tombe
en effet dans la S'' indiction.

(1) GuAïiOT, Indejc alphabet, des inscr... publiées par Waddington, V, A, p. 13. Prince-
ton.,. Archseol. Exped. to Syria, D III, A 2, p. 96. La fm de ce texte est ainsi rendu par
irz,.,1916, p. 202 : « Sein Loliii werde ihm ziiteil. Das Werk... Ind. VIII. des labres »
.

116 REVUE cinuoui:.

^1+ MNHMÎÔNZ Omi r7>i

+ YÏÏEPeii)TEf
rELilpfUTI/XTP^K^ OMAKA^
HT» NESYTTEP
ON > E KH
ANACTACU AïïE^ Zi
AKE? AP^
^ AN 3 5 yNE
Fac-similés des inscr. n"" 3, 4 et 3.

3. — Inscription sur une colonnette de marbre, d'après HL., 1916, p. 203.

f^
'IVàp G-o)T£pt(a;) I
r£wpY''(c'j) na-pi7,''(i'j) | r;YO'j;j,£(vo'j) {v.y.\) br.ïp \

àva7:au(J£(a)ç) 'Avaî-a7'!a(ç) |
'A/.s^âvopou.
Powr /e 5a/e^^ de Georges {/ils) de Patricios higoumène et pour le

repos d'Anastasie [fille ou femme) d'Alexandre.


A la V^ ligne s pour y;. Patricios comme nom de personne se ren-
contre en S^rie [Princeton... Archœol. Exped. to Syria, D III, B 2,
p. 111). Le lapicide a réparé son oubli en gravant en appendice av
qu'il avait omis dans le milieu du dernier mot.

4. — Texte gravé sur un bloc de calcaire lavé trouvé, semble-t-il, près de l'église III

Il est inscrit dans un cartouche mesurant 0™,3.5 sur 0™,3l. Hauteur des lettres :

0^,035, 0n\04.

\ Mvr,;j.tcv Zova{|vo['j] AojpoOés'J |


tcu Zcva(vou* èTsIXs'jTsa-sv st^v •/.r/ |
~z\i

z-.z'jz jaC ;rr/vbç) Aiou ^^\ \ '.v(or//,Tiwvcç) z'

Tombeau de Zonainos [fils) de Dorothée [fils) de Zonainos ; il est

décédé à 38 ans, en Vannée 436, le 18 du mois de Dios, 5" indiction.


La forme ;j.vy;;j.^;v est très fréquente dans les inscriptions de Syrie et
d'Arabie (Cf. Chabot, Index... VIII A, p. 15). Xoter l'emploi de la
brève au lieu de la longue à la 1. 4, où Ton restituera ï-^Kv'J'r^^^^^

hûv (1). Suivant l'ère de Bosra, 436 = 541 de notre ère; le 18 Dios du
calendrier gréco-arabe répond au 5 novembre. Or, l'indiction 5 a

(1) La construction de la phrase est un peu embarrassée dans l'original, où Zôvaivor


paraît comme sujet de èTeXs'jTïiTev, perdant sa relation avec nvr,u.îov.
CHROMQUE. HT

commencé en septembre 5il. Le décès se place donc exactement au


5 nov. 5il (1 .

Le nom de Zonainos, diminutif sémitique de Zannos ou d'un vocable


analogue, paraît assez répandu au Négeb. Voir n'' 5. De plus on le
retrouve à Bersabée [Zonainos fils de Sergius cVÈlousd) \^] à ;

Rouheibeh ^XâpsToç Zcva^vsj — IspvCij Z;vév:u) (3) ; à Khalasa (Zivar.vo;


'06s5wvcç) (i).
La gravure de cette épitaphe, le grain et la taille de la pierre sont
tout à fait semblables à ceux de l'inscription votive de l'Archiatre
Etienne \RB., 1909, p. lOi;. Celle-ci proviendrait-elle d'el-'Aoudjeh
où un Etienne fils d'Abraamios est déjà connu par un texte votif de
l'église 1 [RB., 1897, p. 6U ?

5. — Inscription gravée assez grossièrement sur un bloc de calcaire irrégulier, de


On%53 de haut sur 0^,27 et 0"',34 de large.

t 'E7.j;rr,0(-/;)|5 ;^.ay.ap(ic;) 1
Wi.y.ziyj.t-) Z[:v(aivcu) sv '^4y') \

S'est endormi feu Alaphalos fils de Zonainos le 4 du mois d'Apell^os


de l'année 4 do.
Les papyrus, surtout à partir du i' ' siècle, présentent de nombreux
cas de l'emploi de y pour c. : P. Fayoum CXI, 9, yypizix pour yoipioiv..
CXV, k, à; •Jy.cu pour è^ oï/.oj, Joh. ix, 14, r^vj^s pour f,voi;£ dans des
mss. d'origine égyptienne expliquent comment notre texte s'est

affranchi de la forme iv.oi[j.rfir, . — La date donnée répond au 20 no-


vembre 560 ap. J.-C.
La restitution du nom du défunt est autorisée par le texte suivant
et par l'épitaphe de Khalasa mentionnée plus haut et dont la teneur
se rétablit ainsi en supposant la substitution fautive d'un E à un c
carré :
AAAct)AAOC AB8Z0NAIN8 (5)- Les stèlesdu Haurân ont révélé
plusieurs "AXa^oç, transcription grécisante du sémitique î^Sn [Aixhœol.
E.rped. to Syria D III, k 2. p. 71, 108, 110), mais le nom complet
nabatéen a été retrouvé par les PP. Jaussen etSavignac [Mission arch.

Le p. Hansler pense que la date est donnée suivant l'ère chrétienne ou suivant l'ère
(1)

de Gaza, dont U marcfue le début en 61 après J.-C. tandis que c'est en réalité 61 avant J.-C.
De là un coraput fautif qui se répète ailleurs en vertu de cette erreur fondamentale. Il y a
également erreur dans 1 interprétation du chifTre ç.
(2) Ce texte publié par Ton The Wild. of. Zin, p. 136, pi. 34, a été réédité par Alt,
ZDPV., 1919, p. 177 ss., qui ne parait soupçonner que ce document soit connu.
(3) American Journal of Archeeology, 1910, p. 61. RB.. 1905, p. 256, pi. X, 30.
(4) Ton, op. l., p. 139, pi. 35.
(5) ToD., op. L, p. 140, pi. 35, a renoncé à résoudre l'énigme et se borne à la transcrip-
tion 'A>a:a A. E. A. 8oj Z...
118 REVUE BIBLIQUE.

en Arabie, Méddin Sâleh n"" 12, 19) sous la forme %nbï:'-)n à laquelle
répondrait assez bien 'AXâ^aXcç.

6. — Texte assez fruste sur une épaisse dalle de calcaire jûunàtre mesurant 0™,4ô
de long sur 0™,28 de large. Hauteur des lettres 0™,03.

7 Mvr,;j.t;v 2!TS9âv(ci'j) |
'AXasâXcu' ï-t\[tù]\-f:i'i ï-z't v. . [j,[-/;vcç] |
Abu
i, î-[z'oz) 'o'/.C [y.ai Awpo] |
Oliu stov C" ;jJr,vcç... -m-y] \
" kç,y/iy.q

Tombeau d'É tienne[fils) d' Alaphalos qui est mort à l'âge de 30 am

le iO de Bios, l'an 436, et de Dorothée âgé de 6 ans au mois de...


selon les Arabes, à l'âge de 6 ans.
Les deux premiers chiffres de Tannée sont clairement yA, mais
comme le second marque d'ordinaire les 'dizaines, il est permis de
supposer un a au lieu d'un A. Le 10 de Dios -136 (27 oct. 541) nous
ramène vers la date du n" 4 dont ce texte-ci d'ailleurs reproduit les
mêmes particularités orthographiques : ètsasjtsjsv, ètcv, et la même
composition. L'un et l'autre d'autre part semblent se rapporter à la
même parenté. A la fin, le lapicide, influencé parla ligne supérieure,
a répété l'âge du jeune défunt au lieu de graver le chiffre de l'année
courante.

7. — Slèle de calcaire grossièrement dégrossi, de 0™,»50 de haut sur 0™,3î de


large, dont un nom en grosses lettres. La
la partie inférieure portait déjà tête de la

stèle mesure 0™,27 de haut sur 0™,32. Hauteur des lettres 0"'.02 et 0",03.

'E-:SA£'J|-:£S{£V "AcC'JC7lÇ I
©-/joç ? 1 è(v)

[j.(r,vl) 'ApT£iJ.ft(7Îou)...| '.vSyiy.-uiwvcç) la' £Tc(uç)|'çi6' ^.


Est mort Aboiisis [Dieu l'a sauvé]'! au mois
d'Artemisios... indiction ii, année 519.
Après Abousis on s'attendrait à trouver le nom
paternel qui peut-être se dissimule à la 3^ ligne.
La formule qui déguise probablement un souhait
(que Dieu le sauve!) nous a semblé mieux ré-
pondre à la pauvre écriture de cette inscrip-
tion (1). L'année 519 répond à 62i de notre ère.
Artémisios qui commençait le 21 avril se trouvait
'O dans la 11™" indiction.

(1) 11 est à croireque les Sémites du Négeb exprimaient les souhaits ou les malé-
dictions comme lesArabes par un temps correspondant à l'aor.-indic. grec. Cf. n" 2 .

[AtaOô; èyévÉ-ro que l'on pourrait alors rendre à bon droit « que (cette œuvre) : lui soit à
récompense! »
CHRONIQUE. 119

8. — Fragment de marbre blanc veiné de gris de 0'",40 sur 0™,30. Les lettres
hantes de 0'",05 rappellent comme forme celles de
l'épitaphe de Théodore (588 ap. J.-C.) dont la HB.,
267, donne la photographie. Il est douteux
1904, p.
que ce fragment-ci provienneM'el-'Aoudjeh.

-f SYJi^a 7,aT[aG£(7£a)<;] |
'La\).our,[ko\)] \
fcmm
Sépulture de Samuel Korétns [fils] de
Korétos décédé au ?}wis de Péritios.
Une inscription de Gaza, fragmentaire
malheureusement, commence aussi par
:i:^;xa RB., 1900, p. 117; RAO., lY,
xaTx...

p. 79). Le composé peut se terminer d'une manière autre que celle


que nous avons adoptée -/.ccTacrTaGlv, 7.a-:y.TAZ'joc^\j.ivcv La découverte
: .

du fragment qui fait défaut résoudrait seule la difficulté. De KipsToç


on peut rapprocher Xicz-:: d'une épitaphe de Rouheibeh [American
Journal ofArchœoL, 1910, p. 61) (1).
Sur un chapiteau le P. Hilnsler a déchiffré deux lignes incom-
plètes... AOCAY —
CAMOY... et pense avoir retrouvé dans ce frag-
ment le nom byzantin d'el-'Aoudjeh, Ausa, Une conjecture aussi
fondée serait de reconnaître dans la seconde partie le début du nom

de i;a;/ojYjAor. Un seuil de porte d'une salle du monastère récemment


découvert laissait entrevoir la signature... OY AMPOY, nom extrême-
ment fréquent en Syrie et en Arabie.

9. —
Fragment d'epitaphe trouvé dans les ruines de l'église III {UL., 1917, p. 14;.
Le début des lignes manque, mais la restitution en est aisée.

+ 'K~£ ASOMA Est décédé feu le diacre... moine au


>^«?i COCAAK ''^ jour de Panémos de l'année 46ô^

• • • y- O N AXCOC «» die tion 3 .

ev ar,v IHANE
;xou nPOTHTb
E^o YCYZE
tvAr +
Le nom du défunt devait être très court ou écrit en abrégé. Il

serait fastidieux de ce texte, qui malgré


de relever les incorrections
tout reste clair. La date donnée est équivalente au 20 juin 570 qui
se trouve dans la 2° indiction. La 3" commençait en septembre 570.

(1) Mais l'identité des deux noms ne s'impose pas. Le grec connaît Kôoy]; Kôp-/;To;. Pape-
Be?*seler, Wôrterb... s.v".
d20 BEVUE BIBLIQUE.

2. Au 1res mscripdons du Négeb.


Pour les textes suivants que nous avons également copiés au musée
du monastère bénédictin de la Dormition, on peut assurer qu'ils
proAdennent des villes ruinées du Sud palestinien sans être certain
du lieu précis de leur origine.
10. — Texte gravé sur une dalle de marbre blanc de 0°»,57 X 0™,60. Hauteur

des lettres 0™,04.

-f 'kvtr.xr^ c \}.y:/Jy.z'.'.z) Oj |
a/.evTÎvcr llÉTpcu ]
àv ;r/;(vt) ZavTr.-/.(cj)y.'

'.y.\ Ta 'Apâccu; 7.a-:à oï VaZ-


i^^^ç) oXi s^' I
Itouç tvo(ty,Ti-

+ AH6TTAHf)MAKS0Y Est décédé feu Valentin [fils)


AAeHTmc]{c'TTe_TFûr de Pierre le 20 du mois de
Xantique selon les Arabes,
l'an 605 de l'ère de Gaza, in-
TAv/^PÀ&jQYCKATA diction 7.
A€rAZSTôY£X La mention explicite du
eTûTClHASH calendrier
'
gréco-arabe
Apa6a; se trouve déjà dans
-/.y-x

y
une inscription de Bersabée
gravée avec la même élégance
que le présent texte [RB.,
190i, p. 267). Celle de l'ère de
Gaza Y.y-x cï TyZ. a été relevée
dans un texte à Gaza [BB.,
1892, p. 2i3 CI.-Ganneau, Archœol. Bes.. II, p. ilO). La date répond
:

au 10 avril 5i5 qui tombe dans la 7' indiction,


11. — Dalle de marbre blanc avec des veines grises de 0™.49 de large sur

0'",4t de haut. Hauteur des lettres 0'«,035.

-i- 'EvGâo£ y.sï-ai \


r, |j.ay.apia

Ms^â I
Xr< EÙAaA'CJ y.aiTaTcOsTtra

[j.r,(vbç) A'j vo'jj-ri'j y.6' -vB 1


i
r/.Tt-
I

wvoç) o£y.i-r,ç. -f
Ci-gil feu Mégalè [fille) d'Eula-
lius qui a été ensevelie le SS août,
indiction10\
T)xTGe^ic;^n^Y
Une Mégalè femme de Balys et rOYCTOY KBIMA
mère de Zenon et de Théodnte
nous est connue par deux épita-
phes provenant de Maioumas de
CHRONIQUE. 121

Gaza [RB., 1892, p. 2V0; Arc/iceol. Res., II, p. i03) datant de 529 et
de 505 de notre ère. S'il s'agissait de la même personne on pourrait
mettre sa mort en 531.

12. — Stèle dont la tête ornée d'une croix eu partie effacée mesure 0'",15 de dia-
mètre. La partie où se trouve l'inscription mesure 0'",2-5 de haut sur 0"'.20 de large.
Hauteur des lettres 0,02, 0,03.

-f 'Avazâs -^ •j.yy.y.z
'
i) ja Zz'n'i{rt) ;j.-/;(vb;; 'Acte j
[j.t^iz'j v.z '.vc^'.y.-r'.wvir'
'
"
^'U.=.ç.-'. ^
'

Feu Zonené est morte le *-25 du mois d'Artémisios, 6"' indiction,


année i9S.
Restituer àv£zâr,. 'Xz-.-jv.z'.z-j. C<^tte épitaphe a été déjà relevée par
M. Charles à Rouheibéhpubliée dans Amer. Joiirn. of Arch., 1910,
et

p. 63 où elle est ainsi transcrite r, •xa/.ao(ia) 'A^sve {ï)v \j:ry'..


: Nous, —
préférons y voir un féminin de Zonainos. Un autre texte de même
provenance est copié de la sorte 'A^cvs vr,a r.^y^rj.. Ne soupçonne-
:

'rait-on pas dans ce grec bizarre un groupe mal orthographié de


Zz^iirr^ j.r.i^yMi'l La date correspond au 15 mai 588 qui se trouve dans

rind. 6.

13. — Inscription métrique gravée sur uue plaque de marbre blanc de 0™,92 de
long, 0'",27 de large, 0"^,03 d'épaisseur. Lettres grêles et irrégulières de 0'",03-0'^,04.

ûVAEAinuKJXmiTOlOTTkMlTXOON^lAN
^u)PôeLû^^EPAuNTl[AfN^WOfo^M^ ^

AtopîOs:; Yscdîtov r.i't.vt y.'j.\}.zzzz iv. '^^y.iù.f,zq.

Bien qu'il ait quitté la divine terre de la frontière de Palestine,


Dorothée a 'pourtant sa part aux distinctions du Basileus.
Pour loger son premier vers le lapicide a dû empiéter sur l'une
des oreilles du cartoucbe et abréger I\yM[y.CjQ-vrrtZ dont la terminaison
est nécessaire à la composition de l'hexamètre. Le poétique X'.y.'.T:i::

a son répondant prosaïque dans une inscription dWssouan actuelle-


ment au musée du Caire : -::j (irfiy.v/,z\) kvj.'-zj <Ï>X (aojîîj)... (1). En

(1) G. Lekebvre, Recueil des inscr. grecques chrétiennes d'Egypte, n° 592, p. 110.
122 REVUE BIBLIQUE.

négation énergique :jsi sur r.i\iv comme


faisant porter la force de la
nous Fa suggéré Lagrange, on obtient la traduction adoptée
le P.
ci-dessus même après avoir quitté le limes Dorothée n'a pas été
:

frustré de sa part des faveurs impériales. La mort a donc obligé ce


militaire à abandonner son poste à la frontière sacrée de la Palestine,
mais il continue à jouir des distinctions de l'empereur en habitant
un tombeau élevé aux frais de l'État. Le marbre de l'inscription
semble avoir été appliqué au linteau d'un édicule funéraire. Ici les
distinctions sont, non plus les décorations ou gratifications qui
embellissent la vie de tout brillant soldat, mais les honneurs funèbres
consistant, suivant Homère [Iliade, xvi, io7), dans un tombeau et un
cippe :

tj;j-6w -t ".rj.r^ -i' ts ^àp ','-p'^-. ^'~- 03'.vivTO)v (1).

Les deux vers de Dorothée dénotent une situation qui tranche avec
celle qui nous est décrite dans VHistoii^e arcane de Procope ch. 24)
où il que Justinien négligea et méprisa les limitanei (cJc7-£p ai;jli-
est dit
-ravaicjç IxaÀîJv), en particulier ceux qui gardaient la frontière contre

les Perses et les Sarrasins, au point de leur faire attendre leur solde
pendant des quatre ou cinq ans et même à les rayer des cadres.
Mais il n'en alla pas toujours de la sorte : l'œuvre législative, les
vestiges byzantins du limes, les textes épigraphiques prouvent qu'au
temps de sa gloire, Justinien prit un soin spécial des troupes de la
frontière. Le décret de Bersabée s'occupe de l'annone que devront
percevoir les dévoués limitanei (ci y.aecsiojy.îv:'. 'Kv^n-^nzi). Nous avions
d'abord pensé à traduire comme si cjoé se rapportait à aittcÔv : « Bien
qu'il n'ait pas quitté le sol divin de Palestine, Dorothée n'a point eu
part aux gratifications de V empereur. » Dorothée se plaindrait de ce
que la mort l'a privé de participer aux émoluments fixés par l'auto-
rité impériale. Et pourtant il a tenu longtemps sur ce front du Sud

palestinien :ne le quittera même jamais puisqu'il y a trouvé son


il

éternelle demeure. Mais cette interprétation est beaucoup moins


satisfaisante que la d'admettre également
première. Il est difficile
que par voulu protester contre Fingra-
cette inscription Dorothée ait
titude de l'empereur dépeinte par Procope. Cette affiche originale,
semée de croix, aurait eu pour but d'apitoyer les bonnes âmes sur
un infortuné limitaneus ; exégèse qui ne tient pas puisqu'il s'agit très
probablement d'un monument funéraire.

(1) Interprété ainsi par Eustatlie : répa: oà SavovTwv li^n. 6û(i.gov -/.ai airîrr^^ zal û),w: ta
CHRONIQUE. 123

14. —
Fragment d'inscription en style poétique sur un morceau de marbre blanc
mesurant 0"\20 de haut sur 0'",17 de largeur, épaisse de 0™,02.5. Hauteur des lettres :

0"'. 02-0™, 03.

Les premières lettres sont la terminaison d'un génitif tel que


zvj-ipo'j 0U7:p£7ci)TÉpcj, etc. La fin delà seconde ligne rappelle xrA'keir.oc

de l'épitaphe métrique de Georges à Bersabée (BB., 1905, p. 249).


L'emploi du verbe teXéOoj comme la finale en es dénote une intention
poétique.

1.5. — Fragment irrégulier demarbre de 0™,31 de haut sur 0"i,14 de large et dont
l'épaisseur varie entre 0"',03 et 0™,04.5. Hauteur des lettres O-^jOSô et 0"\04. Les
:

lettres ont la même forme que celles des fragm. H, HI, I\ du rescrit impérial de
Bersabée {RB., 1906, p. 88). La forme des A est celle des fragm. I et V iRB., 1903,
p. 276; 1906. p. 414), qui diiïèrent en cela du fragm. VI {EB., 1909, p. 89). Le sigma
est carré dans I, V, VI tandis qu'il est lunaire dans II, III, IV et le fragment en
question' qui provient du même rescrit et devient le fragm. VII. Ces différences
prouvent seulement que le tracé du document a été effectué par plus d'une main.

... -r,zx r, -...

... 0)7 •/.a/dv[Î7.;'j...

... V *ï>À(ac'J''o)v) 'lo[uj-...

... py.q •î>À(as'j(:u) ^o...

...7.3cO(2M7.Cj) 0S=[5...

Fragment VII du Rescrit de Bersabée.

Ce morceau mutilé contient surtout des bouts de noms propres de


124 REVUE BIBLIQUE.

personnages officiels. K^aa'//'.-/.;; est un nom d'individu, mais il est


aussi un titre honorifique « victorieux » que l'on rencontre dans les
:

papyrus appliqué à Justinien (1) de telle sorte qu'on pourrait lire


-zoX) c£7-iTCj r^\J.^ùv /.a(À)A',v//.:j. .. Le redoublement de (1»a. indique qu'il
s'agit de deux Flavii dont les cognomina suivaient. Si les deux Flavii
n'étaient autres que Justin I" et Justinien, nous devrions lire twv
y.aAAivi/.wv aj-oxpaTÔpwv -/.ta. et fixer le document entre avril et août

527, laps de temps où Justinien régna avec son oncle. Mais si le nom
gentilice se rapporte à deux consuls, il faut que l'un d'eux soit Justin
ou Justinien à cause du début, le... Sous le règne de Justin P"" nous
avons le consulat de Flavius Justmianus (plus tard Auguste) et de
Flavius Valerius en 521 ;
puis le consulat de FI. Justinus et de FI.
Opilio en 52i (2i.
Sous règne de Justinien, ce prince fut plusieurs fois consul, mai^
le

seul, sauf en 534 où FI. Justiiiianus et FI. Theod. Paulinus étaient


consuls (3). Ce serait une très bonne date pour notre document dont le
style rappelle celui des Novelles.
On appelait -/.xOcA'.y.cç le procureur du fisc : toutefois l'abréviation est
susceptible d'un autre complément.

16. — Fragment de linteau de porte très mutilé orné de rosaces mesurant 0'^.46
de haut sur 0™,44 de large au
sommet, et 0°',42 en bas. Lettres

irrégnlières de 0™,04 à 0™,08. Sur


la partie supérieure on devine à
^ travers les cavités d'un mauvais
'2> ^, ^/^ ^ùC ' '''''''-^ '~~^

»|1 i
(^ '',
Ijr^^^r^W tY ^l
calcaire : ÔEosiXé^TaToç -fcCjÇÛTcpo:.
Le reste contient peut-être une
date; le dernier mot : jîo; seul
est clair.

'lîisâiiL 17. — Sur une tête


calcaire fruste de 0^,29 de
de stèle de
dia-

mètre avec un appendice de 0'",14 on lit autour d'une croix pattée 'luawr;: "Ovaivoc.
Hauteur des lettres 0°',03. 0'",05.:

(1) BU. 836 1. 10 : xa/.X'.v;y.oy r,u.wv Sî<77:6Toy <ï>"A9.o-jto'j 'lo-jartviavoù... aÛTOxpaTOpoç, titu-
lature identique dans un papyrus d'Aphrodite publié par J. Maspero dans le Bull, de llnst.
Fr. d'Arch. Orient., VI, p. 19.
(2) Les papyrus dans le cas de l'association de deux Flavii écrivent 4>/.arj-jiwv devant le
premier cognomen ou <ï>>.aojîoj devant chacun. Voir la liste de ces consulats dans
J. Maspero, Catalogue des Antiq. égypt.. Papyrus grecs de l'époque byzantine, I, p. 229.

On trouve par exemple en 530 v);:aT£Îa; «ï'y.aoj-wv 'Opéaxov -/.al AaixTiaôio.., et en 532
: :

liera Trjv OnaTîtav 4'),aoj'ov 'OpETTo-j xai <I>>,aoj:oj Aaii-raSîo'j. Les papyrus ont procuré
l'avantage de suppléer beaucoup de gentilitia qu'avaient négligés les listes consulaires.
(3) D'après l'Art de vérifier les dates, Chronol. des consuls romains, p. 336. Justinien
CHRONIOUE. 125

18. —
Prétentieuse combinaisou au pied d'une croix des quatre lettres du mot
HXï'a sur une tête de stèle de

0'",23 X0'",2I. Hauteur des

lettres de 0'",08 à O'^.OO.

19. — Le nom de 'Iojdv(vr,ç

en lettres de 0°',075 sur un


bloc grossier très ébréché de
0">,53XO°S22.
20. — Trois débris de pla-
ques de revêtement en marbre
grisâtre avec moulures légère-
ment difiérentes. a. — 0",24
X 0™,22; épaisseur : 0'^,04.5;

h. des lettres : 0°>,04, t 'E---

TOp...
6. — 0™,60 de large sur
0'",30 d'un côté et O'^jSÔ de
l'autre; épaisseur: 0^,035; b.
des lettres : 0'",0.5 à 0".07;
moulures arrondies moins pro-
fondes que celle du pré-
cédent;... -i£c;6]oj-:r,po'j? t,ç

c. — 0'",30 et 0">,46 de
large sur 0™,32 de haut,
épaisseur de 0'°,035; lettres [
issées au minium hautes de 0™,03-" Xo X(p'.

21. — Fragment de marbre blanc


veiné de gris épais de 0™,06 et me-
surant O-^jSO X 0'",22. Hauteur des
lettres 0"i,04, 0™,045;... As/.c ;j.6pîoj

/.ç\ ivoix.T'.wvo;) 10.' f.


22. — Deux débris de sarcophage
représentant l'un une tête humaine
dont la coiffure est relevée avec soin
(de chaque côté se voient les vestiges

STHPoY}^|!àlo|vi^ d'une inscription , l'autre un bou-


quetin incomplet. Deux autres frag-
ments non reproduits ici n'ont
d'antre ornement que lamoulure à
dents de scie que l'on remarque sur
le morceau qui présente la tête en
bas-relief.

cepeadant, d'après une lettre du pape Silvère, aurait partagé le consulat avec Bélisaire
(FI. Belisarius) pour l'Occident, en 535, Bélisaire étant seul consul pour l'Orient, ce qui
n'est pas confirmé par les documents contemporains.
126 REVUE BIBLIQUE.

23. — Bloc de grès rose de 0"-,32 de haut sur 0°',27 de largeur portant le début

d'une inscription nabat. dont les lettres, de 0'^,19 de hauteur, sont gravées par une
série de petits points. Le texte se lit... nmn. On reviendra à son sujet.
F. M. Abel, O. p.

Jérusalem.

II. — UN HYPOGÉE ANTIQUE A NAPLOl'SE. — NOUVELLES DIVERSES.

Le bruit que des travaux considérables étaient en cours à l'église


du Puits de Jacob et qu'un hypogée de contes de fées aurait été
découvert non loin de Sichem pendant la guerre nous a naturelle-
ment ramenés à Xaplouse à la première occasion opportune. Dès
longtemps familiarisés à ce genre d'informations, nous arrivions dans
la localité beaucoup moins avec des rêves prématurés qu'avec la
modeste espérance de pouvoir enfin compléter l'investigation archéo-
logique du sanctuaire de la Samaritaine poursuivie depuis plus de
vingt ans, à mesure que s'était développé un déblaiement sans aucune
suite. De la mirifique sépulture, nous nous attendions à ne plus
constater que la déprédation radicale. Comme de juste, les réalités
n'ont pas répondu strictement aux prévisions.
Au Puits de Jacob une entière déception nous était réservée. Bien
loin les travaux récents aient fourni plus de lumière sur la
que
complication structurale de l'édifice plu.sieurs fois remanié, ils ont à
peu près effacé les derniers traits de sa physionomie archéologique.
Tel lambeau de muraille où, jusqu'au printemps de 191i, on pouvait
étudier la soudure de la construction médiévale à une maçonnerie
byzantine bien caractérisée, n'étale désormais que l'appareillage plus
prétentieux qu'élégant d'une maçonnerie toute neuve. Les vieux blocs
CHROMQUE. 127

aux proportions imposantes et aux faces soignées ont été recoupés,


repiqués, ravalés pour se transformer en assises à bossage tourmenté
et peu correct. L'architecture nouvelle que ces parois inférieures
supportent sera peut-être un sujet d'orgueil pour le technicien hellène
qui l'a conçue et les caloyers orthodoxes qui en surveillent l'exécution :

elle n'a toutefois plus rien de commun


avec aucune phase archéolo-
gique du sanctuaire et dérive d'un concept esthétique trop indépen-
dant pour que je me risque à l'apprécier. C'est fortune même que les
grandes lignes du vieux plan aient été respectées dans cette rénovation
qui a fait évanouir le charme si pénétrant de l'ancienne ruine. Aucun
espoir ne subsistant aujourd'hui de pousser plus avant l'analyse
archéologique de cette ruine complexe, il y aura lieu de publier tels
quels les relevés depuis longtemps réalisés du sanctuaire médiéval et
de sa crypte byzantine. La Revue les présentera donc quelque jour
avec le détail utile pour compléter ses informations (1).
Le vieil hypogée nous réservait au contraire, en dépit de tout pillage
et de toute dévastation, plus d'intérêt que nous n'en voulions at-

tendre.
Il occidentale de la ville moderne, sur un
est situé vers l'extrémité
des premiers escarpements d TÉbal. La découverte accidentelle re-
monterait, parait-il, aux premières années de la guerre. Par un
souci de sécurité pratique autant que peu honorable, l'état-major
germano-turc abritait une section importante de son personnel dans
les meilleurs locaux du grand hôpital municipal moderne érigé en
cette avantageuse situation et protégé contre les audaces des avions
anglais par un kolossal croissant rouge peint sur le toit. Afin de
développer par des installations de fortune l'espace désormais trop
parcimonieusement mesuré aux malades et aux éclopés que la guerre
faisait affluer, on entreprit de bâtir. La terrasse la plus voisine otfrant
de la terre à mortier, une excavation s'y développa, qui, en livrant
de la terre, fit bientôt apparaître butin inespéré! — de splendides —
pierres d'appareil éparses devant la paroi du rocher. En peu de temps
le trou agrandi laissait voir une base de muraille qu'on ne prit même
pas le loisir d'arracher tout à fait, parce que l'entrée dans une vaste
salle funéraire où s'entassaient de magnifiques sarcophages invitait à
un pillage plus rémunérateur. Quand on estima la rafle absolument
terminée, on s'accorda le malfaisant plaisir de réduire en miettes les
jolis sarcophages et les pièces du mobilier funéraire dont on n'escomp-

tait aucun profit. Un sondage attentif des parois ayant fait soupçonner

(1) Cf. SÉJOURNÉ, RB., 1893, p. 242 ss. ; 1895, p. 619 ss. Enlart, RB., 1896, p. 108 ss.
128 REVUE BIBLIQUE.

l'existence d'unhypogée contigu, la cloison de roc fut éventrée et le


pillage se développa dans une seconde caverne, apparemment non
moins riche. Les opérations en étaient là quand des préoccupations
plus urgentes vinrent les interrompre; les vandales ne devaient pas
reparaître en cet endroit et ceux de leurs chefs et protecteurs qui
n'avaient pas su déserter à temps le camouflage désormais inefficace
de leur croissant rouge furent cueillis un matin dans leur « hôpital »
par une poignée de cavaliers français qui n'avaient pas été invités à
Naplouse. Les vieilles tombes se trouvant sur un petit enclos des
Sœurs de Saint- Joseph-de-l' Apparition, cpii avaient fondé avant la
guerre un dispensaire et une école à Naplouse, dès que ces religieuses
ont été libres de reprendre leur œuvre de dévoûment et de charité
dans leur humble installation dûment pillée, elles ont eu à cœur de
sauver ce qui pouvait l'être encore dans l'hypogée des lampes, :

quelques minuscules flacons de verre irisé fortuitement rescapés et


quatre grands sarcophages relativement intacts. Nous devons à leur
trèsaimable obligeance d'avoir pu étudier ces intéressantes épaves.
En attendant la possibilité d'un déblaiement soigneux des tombes
bouleversées et d'une extension méthodique de la. fouille cjui semble
promettre la découverte d'autres sépultures inviolées au flanc de
l'escarpement rocheux, ces notes donneront une idée sommaire des
hypogées ouverts.
Le plus grand (tig. 1) parait n'avoir été que la régularisation fruste
d'une caverne naturelle dont les parois furent ensuite dissimulées
sous un stuc méticuleusement arraché par les récents dévastateurs en
quête d'ouvertures sur des chambres latérales. De beaux sarcophages
de pierre s'alignaient tant bien que mal au pourtour de la salle.
D'autres, d'exécution moins soignée, paraissent avoir été logés dans
des espèces d'alvéoles creusées dans le sol rocheux de la pièce, ou
partiellement maçonnées et recouvertes par des dalles. D'après les
informations que nous avons pu recueillir et auxquelles le chaos de
débris donne une mélancolique confirmation, une quinzaine de
sarcophages pour le moins et un nombre peut-être encore plus
considérable d'ossuaires auraient été entassés là dedans. Plusieurs
des ossuaires, apparemment parce qu'ils offraient une ornementation
plus soignée ou des épigraphes pleines de promesses pour l'instinct
commercial des fouilleurs improvisés auraient été dispersés à travers
la ville. Il nous est demeuré impossible, en cette visite, d'en ressaisir

la trace. Tout le reste, après la cueillette de ce qui a semblé bon à


troquer, a été brisé sauvagement en menus morceaux. C'est vraiment
prodige qu'en écartant le plus encombrant de ces môles de tessons.
CHROMQIE. 129

de débris de verre, de sculptures pilées, on ait pu glaner encore

quelques menus flacons irisés, d'humbles lampes en terre cuite et


surtout deux sarcophages que les débris de leurs voisins avaient

HYPOGÉE ANTIQUE. DE.


NAPL0U5EL

COUP TAILLEC p3 3 ^^i .r DE.- CACTUS'


DAMS le: roc

Fii; 1. l'ian lie l'iiyposée.

opportunément protégés dans leurs alvéoles. Ils seront décrits plus


loin,avec ceux delà tombe contiguë.
Le principal intérêt de celle-ci consiste désormais dans la disposi-
tion de sa façade. La caverne primitive semble avoir été largement
ouverte et impliquait une clôture quand on la voulut transformer en
tombeau. Mais au lieu d'une muraille nue et peu épaisse, établie à
laplomb delà paroi de roc, on constate les vestiges de deux puissants
massifs de maçonnerie constituant une saillie de presque 2 mètres en
avant de la paroi naturelle. Il n'eu subsiste que la base couronnée
par une plinthe d'un joli profd fig. 2, a), encore que le massif occi-
dental ait perdu presque tous les blocs de son parement extérieur,
dont le lit de pose deimeure cependant très visible. Une sorte de
couloir, large seulement de 0"^,5G au ras du sol, permettait de se
glisser entre ces massifs et d'aboutir à la porte exiguë, dont un
REVIE DIBUQLE 1920. — T. \X1\. !)
130 REVUE BIBLIQUE.

jambage était de roc et l'autre en pierres d'appareil, sans doute avec


un linteau assez ])as et probablement un lourd vantail de pierre dont
nous avons retrouvé le gond inférieur parmi les décombres (fi g. V,
n" 6). Dans l'état présent de la fouille, aucun autre débris de nature à
éclaircir la structure de cette façade n'a pu être recouvré. On se
demandera donc, jusqu'à plus ample inl'ormé, si elle comportait
réellement deux massifs isolés sur toute la hauteur, ou si le passage

Rofii de a

g. -2. " Cniijic longiliuliiiale.

étroit qu'on a indi jué ne se réduisait pas à un simple couloir dans


la partie inférieure d'une façade continue. Il n'est guère douteux, au
contraire, que cette robuste maçonnerie si parfaitement soignée, avec
sa plinthe élégamment moulurée et le petit pilastre en saillie demeuré
apparent, n'est pas à concevoir comme une clôture banale devant la
caverne de roc. Elle implique plutôt une intention architecturale de
façade à couronnement décoratif; mais toute velléité d'en ressaisir le

thème serait, pour le moment, une divination hasardeuse.


La seconde sépulture, où l'on pénètre aujourd'hui par la brèche
récente des pillards (fig. 1, x), n'est plus, elle aussi, qu'une salle
encombrée de débris chaotiques. Quoique creusée dans un banc de
roc assez ihou, elle n'affecte aucune régularité. Ses parois ne gardent
pas le moindre vestige de crépissage et un commencement de forage
dans la couche rocheuse plus dure qui fait le sol donne l'impression
de quelque essai d'agrandir la sépulture par des fosses, sinon par
quelque étage inférieur, abandonné pour un motif inconnu. L'entrée
primitive n'a pas été déblayée par l'extérieur et conserve en place la
meule de pierre qui la fermait. Faute de temps ou las de détruire,
les dévastateurs ayant fait main basse sur tout le mobilier funéraire,
dispersé cendres et ossements pour retrouA^er les objets de parure,
commune et bon nombre d'ossuaires, avaient réservé
écrasé la poterie
deux grands sarcophages d'une orneraentatiorî recherchée. Avait-on
^^
F g. 3. — Les sarcophages I et II; face antérieure.

-4

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Fig. 4.— \, Tète du sarcophage I. -2 et 3, Petits côtés du


sarcophage III. 4. sarcuph. III: «, moitié de la face
couver Ole coupe
antérieure; h coupe longitudinale; c, écoinçon pour supporter le couvercle. 5, Type de ;

transversale (a), longit. (c) et petit côté (6). 6, Gond en pierre d'un vantail de porte.
132 REVUE BIBMQUE.

Fesjjoir d'en faire monnaie |)ar la suite? Ils sont désormais à l'abri

de mutilation ou de brocantage (fîg. 3 et i).


Ce sont de magoifi jues auges 'en calcaire doux, que les croquis
traduiront suffisamment Leurs couvercles manquent. On a cepen-
1).

dant pu sauver celui d'un autre sarcophage de dimensions analogues


et, d'après les nombreux fragments étudiés dans l'hypogée, leur forme

ne devait pas varier beaucoup. Ce qu'ils offrent de plus caractéristique


est, je crois, la manière dont que'ques-uns au moins étaient assujettis

sur les auges. Au lieu d'un rebord saillant pouvant emboîter les
parois ou s'y insérer, ils étaient munis, sous les angles, de quatre
petites protubérances cylindriques dont l'espacement avait été calculé
pour s'adapter exactement à des onglets réservés dans les angles
intérieurs de l'auge (fig. 4, n" 4, c et n° 5).
Il est clair que la décoration des sarcophages I et II a été régie par
la position qu'ils devaient occuper dans l'hypogée non: toute face
destinée à frapper le regard est demeurée nue, ou présente seulement
de faibles saillies quadr angulaires sur les côtés longs, rondes sur les
petits côtés, mais absolument lisses. On les prendrait d'abord pour
l'épannelage d'un motif ornemental irréalisé; elles doivent cependant
représenter plutôt un élément réservé pendant le dressage ti-ès fin

de ces parois pour prévenir le frottement et protéger les arêtes dans


les manipulations. Le sarcophage III (ûg. k) semblerait, à la vérité,
n'avoir jamais été fini extérieurement, le bandeau et le disque en
léger relief sur la face antérieure suggérant assez la bosse d'une frise
sculpturale; la rosace et le disque très soignés des petits c(Ttés font
peut-être échec à l'hypothèse. Seul le sarcoph?ige lY pourrait, en
effet, n'avoir pas été achevé, bien qu'il garde, lui aussi, la trace assez
évidente d'un ensevelissement.
Le détaille plus décevant est, sans cantredit, le cartouche à queues
d'aronde qui étale comme une provocation narquoise, dans la frise
ornementale du sarcophage I (fig. 3), son champ absolument vide.
Jamais inscription d'aucune sorte ne fut gravée sur cette tablette
superbe. Si des lettrés quelconques y furent tracées au calame, nous
n'avons su en discerner le j)lus minime vestige 2) et ce mutisme ne
laisse pas d'être étrange, alors qu'on afl'ectait de mettre ainsi en

[V] Il n'est évidemment pas question de chercher une intention de symbolisme quelconque

dans les éléments décoratifs de ces sarcophages. Disques, rosaces, couronnes, palmes, etc.,
quelle qu'en puisse être ailleurs la portée en tant ijue symboles funéraires païens, sont
manifestement ici de simples poncifs ornementaux.
(2) Il ne paraît pas non plusque la tablette ait été recouverte par une plaque, métallique
ou autre, ]iortant une inscription.
CHRONIQUE. 133

du pei-soDiiage dont le sépulcre était orné avec une


vedette l'épitaphe
emphatique recherche. Pas un sigle ni une lettre sur les innom-
brables fragments examinés dans les salles funéraires.
À défaut de tout indice épigraphique, c'est donc à l'hypogée
lui-même et aux épa-
ves de son contenu
qu'il faut demander
la suggestion de son
origine. En elle-même
la double caverne sé-
pulcrale est trop par-
faitement banale pour
autoriser la moindre
déduction. La ferme-
ture au moyen d'une
g-rande meule ronde
manœuvrée dans une
coulisse de la paroi
rocheuse évoque beau-
a, romaine; 6, juive; c, coupe d'un autre
coup plus explicite- dans riiypogée de Naplouse 1 -2.
:

ment déjà le système


usuel en mainte sépulture juive à travers la Palestine, aux
premiers
siècles de notre ère. L'ordonnance de la façade construite devant la

tombe adjacente ne serait pas


non plus sans analogie avec
d'autres hypogées des temps
judéo-romains; son délabre-
ment actuel ne permet pour-
tant plus d'y insister. C'est

bien des usages juifs que re-


lève l'accumulation de petits
ossuaires dans une sépulture;
les tessons, les types de lampe
(fig. 5), plus vaguement encore
les minuscules verres irisés
Fig. G. - verres irises. 1 : 2. ( 6) que
fîg- nOUS aVOnS pU
examiner se classent également
à la basse époque juive ou romaine du début de notre ère. Tout cela
pourtant demeurerait beaucoup trop ténu pour qu'on ose risquer une
détermination chronologique, si les grands sarcophages ornementés
ne fournissaient une donnée un peu moins floue.
13i REVUE BIBLIQUE.

Il ne viendra certainement à l'idée de personne d'y voir des pièces


byzantines ou romaines. Le style et la technique de cette décoration,
si ces expressions ne paraissent pas trop grandiloquentes pour d'aussi

modestes pièces, sont trop étroitement apparentés à la décoration


des ossuaires juifs pour ne pas imposer un rapprochement. Diverses
nécropoles juives de Galilée ou du Djaulân, par exemple (1), ont
d'ailleurs fourni des sarcophages plus ou moins comparables à ceux
de Naplouse. Il serait néanmoins, je crois, assez difficile de leur
trouver de plus saisissantes analogies que dans les multiples auges
funéraires de deux hypogées célèbres à Jérusalem celui d'Hélène :

d'Adiabène —
vulgo Tombeau des Rois —
et celui des Hérodes, qui sont
dans toutes les mémoires. A la condition, sans doute, qu'on veuille
bien ne pas demander que ces sarcophages se comparent indivi-
duellement trait pour trait, on y retrouvera les plus strictes analogies
de proportions, d'exécution et de motifs ornementaux (2). Comme
de juste, les artistes de la capitale l'emportent dans l'harmonie de
la composition décorative et la souplesse de quelques formes sur
leurs congénères provinciaux, mais sans les dépasser pour le tour de
main et le fini scrupuleux de certains détails. On remarquera aussi
que les ornemanistes de Naplouse trahissent une inspiration plus
courte, plus de sécheresse dans le Iraitement de leurs sujets.
Tout compte fait, on daterait donc assez volontiers ce groupe
funéraire, tombes et sarcophages, de la période qui comprend le
dernier siècle avant et le premier siècle après le début de notre ère.
Mais une difficulté plus considérable subsiste à qui attribuer ces :

monuments? Les rapprochements institués favoriseraient l'hypothèse


de sépultures juives proprement dites. En faisant état de la conquête
de Sichem par .leao Hyrcan, vers 110 av. J.-C, on songera peut-être
à installer dans la vieille cité samaritaine une communauté juive
dont on recouvrerait ainsi la nécropole. La domination juive à Sichem
fut toutefois d'assez courte durée, et rien n'atteste qu'elle ait été
marquée par une expansion florissante de la culture spécifique des
vainqueurs momentanés. L'hypogée, ou mieux les deux hypogées
qu'on vient de signaler font manifestement partie d'une immense

(1) Cf. ScnuMACHEK, ZDPV., IX, 1886, p. 328 s.; QS., 1887, p. 85 s. A Tibériade et à
Gainala so retrouve l'étrange détail d'un cartouche demeuré vide sur un sarcophage
ornementé.
(2) A noter par exemple, dans le propre sarcophage de la reine d'Adrabène, les disques
lisses en relief qui constituent toute la décoration, les rosaces peut-être prévues n'ayant
pas été sculptées, faute de temps, ainsi qu'on l'exposera en traitant de cet hypogée en
son lieu.
CHRONIQUE. 13b

nécropole développée aux flancs de l'Ébal, face à la montagne sacrée


du Garlziin samaritain. C'est donc aux Samaritains qu'on en fera
honneur de préférence, en abaissant probablement leur date vers le
milieu du i" siècle. Le rig-orisme outrancier de la secte contre tout
ce qui dérivait d'une influence étrangère expliquerait la pauvreté
artistiquede monuments où se trahit pourtant une recherche affectée.
Comme en Judée, la tombe samaritaine aurait groupé les membres
d'un clan ou d'une association ainsi du moins se concevrait le
;

mieux l'accumulation de sarcophages dans ces deux salles funéraires.


Quand le défaut d'espace ne permit plus d'introduire de grandes
cuves, les ossements déjà desséchés que contenaient les anciennes
furent empilés dans les petits ossuaires, pour faire place à des ense-
velissements nouveaux. Il est vivement à souhaiter que d'intelligentes
recherches ultérieures, autour de ces monuments saccagés, mettent
bientôt sous nos yeux quelque hypogée intact qui documenterait
avec une meilleure évidence les antiques sépultures samaritaines.

éveil, nous avons voulu, sur le chemin du retour, faire une halte à
f'I-Blreh, environ 10 kilomètres au N. de Jérusalem, pour constater
dans quel état la guerre aurait laissé l'intéressante ruine de l'église
médiévale. Comme nous arrivions à l'entrée du village, inquiets
de ne plus apercevoir la majestueuse silhouette des hautes absides
émergeant des terrasses, on nous apprit que, bien longtemps avant
tout combat dans cette région, les belles pierres de l'édifice avaient
servi à construire des piles et des arches de ponts sur les routes
militaires créées autour de la localité le reste des matériaux en
;

avait fourni le ballast. Il quelque peine pour venir à


nous fallut
bout de reconnaître le site du monument rasé avec un méticuleux
vandalisme. En vérité, l'œuvre est dig-ne des seigneurs de la guerre
et les officiers du génie turc préposés à cette exploitation sauvage

se sont montrés les distingués émules de leurs amis et maîtres rageuse-


ment acharnés au bombardement des cathédrales françaises. Espé-
rons que la liste de telles prouesses ne devra pas encore être allongée.

Les immigrants Israélites affluent jour à jour à Jérusalem, où les


sabbats, néoménies, anniversaires n;:itionaux reprennent un éclat
inconnu depuis vingt siècles. Déjà les érudits commentent avec
emphase les réalisations prophétiques Sion secouant sa cendre et ses
:

voiles de deuil, dilatant ses anti(jues murailles pour accueillir les


phalanges de ses enfants accourus des quatre vents du ciel. On parle
136 REVUE BIBLIQUE.

d'une transformation en capitale modèle, avec un chiffre de popula-


tion qui fera rougir les moins sobres évaluations d'un Josèphe
dénombrant les victimes du grand siège sous Titus. Ces perspectives
stimulent naturellement le zèle des bâtisseurs, aux abords de la ville

actuelle. Vn de ces entrepreneurs perspicaces s'avisa récemment


d'approvisionner son chantier à peu de frais, en exploitant les vieux
murs et la grande rue à naguère près de la
escaliers découverts
piscine de Siloé (1). Il avait à peine entrepris sa lucrative besogne
que laclniinistration anglaise actuelle y a mis un terme en condam-
nant ce fouilleur indiscret à 50 livres d'amende. A ce taux, il y a
tout lieu d'espérer que les antiquités palestiniennes seront désormais
protégées tant bien que mal contre l'avidité des pillards.

III. ÉPIGRAPHIE SIOMSTF A JKRUSALKJI.

Au lieu de se cantonner dans les pages austères de quelque revue


spéciale, avec le rébarbatif apparat de fac-similés, transcriptions,
gloses dont l'épigraphie de tout le monde ne sait pas se débarrasser,
l'épigraphie sioniste prend possession des journaux quotidiens et
promulgue en aphorismes clairs et concis. Dans un de
ses trouvailles
ses derniers numéros de septembre, la Bourse égyptienne, qui se
publie au Caire et camoufle sous un vocabulaire français une langue
souvent aussi interlope que ses tendances, divulguait une Découvei^te
historique de cette jeune science. Je transcris scrupuleusement tout
le morceau, en supprimant seulement quelques renvois à la ligne.

« Dans les ruines de Jérusalem, on a récemment trouvé un Fragment d'une pierre


verte percée à ses extrémités et portant en hébreu l'inscription suivante : « Halem,
fils d'Adonia et Gir. » Ces trois noms historiques font remonter l'ancienneté de la

pierre à l'époque du retour des Juifs de Babylone sous le règne de « Zoro-Babel ».


Le nom de « Halem » est mentionné dans la prophétie de « Zacharie », page 6, au
passage où il est dit que les Juifs ont offert de l'or et de^ l'argent pour rebâtir le

temple. Les chroniqueurs Israélites des époques les plus reculées, rapportent que
« Halem était fils d'Adonia, l'im des plus grands Juifs de Babylone. Il était venu à
))

Jérusalem pour s'unir à ses frères en Isrdël en vue de la reconstruction du Temple.


Le mot « Gir » ajouté à son nom veut dire « émigré ». En effet, Halem a quitté son
pays natal, la « Babylonie » pour rejoindre les Hébreux à Jérusalem ».

Le canard est assez savoureux pour mériter les honneurs de la


broche. Après quoi, on se gardei^ait bien d'accabler letrop modeste

(1) Fouilles de MM. Bliss et Dickie pour le compte du Pal. Expl. Fitnd; cf. Séjoirné,
RB., 1897, p. 299 ss.
CHRONIQUE. 137

auteur de la sensalioiinelle découverte d'indiscrètes questions sur les


circonstances et le site de sa trouv<iille, sur la physionomie du texte
« hébreu » que portait cette pierre couleur du Prophète. On ne

s'aventurera point à démêler le bafouillage du commentaire. Mais


par cette documentation archéologique improvisée, les savants de la
capitale juive en voie de résurrection ne craignent-ils point de com-
promettre le bon renom de leur naissante Université?

L. H. Vincent, 0. P.
Jérusdlem, G octobre 1919.

IV. — LA BASILIQUE DE GETHSÉMANI.

Par un soleil étincelant et dur, le 17 octobre à 7 h. 1/2 du matin.


Son Éminence le Cardinal Giustini a posé la première pierre de
l'église qui doit s'élever sur les ruines de l'antique basilique de
Gethsémani (1). Le R™' Père Ferd. Diotallevi, Custode de Terre
Sainte a rappelé en quelques mots l'histoire de ce sanctuaire, bâti
au iv" siècle, reconstruit au xi". Par trois fois il a montré dans
l'abside découverte par les fouilles récentes le lieu où .lésus-Christ
dans son agonie a prononcé la prière de l'abandon no)i mea volun- :

tas, sed tua fiât (Le. xxii, 42). Cet auguste souvenir rendait cette

cérémonie émouvante pour des cœurs chrétiens. Le monde catho-


lique voudra s'associer k cette belle œuvre qui reprend les traditions
de l'antique église de Jérusalem. A vrai dire le principal obstacle à
la restauration était moins le mauvais vouloir des Turcs que la
tradition qui s'obstinait à placer dans une grotte voisine l'agonie du
Sauveur. Cette fête était donc quelque peu un succès pour les saines
méthodes d'archéologie; c'était surtout un triomphe pour les Pères
l'ranciscains qui ont conservé à l'Église ce lieu sacré. Exit la grotte
de l'agonie, surgat « ecclesia elegans », « ad radiées montis oliveti »,
« itbi ante passionem Salvator oravit (2) ».

L.

1) Vincent et Arel, Jérusalem, t. II, p. 301-337; le plan. p. 331, cf. RB., 1919, p. 249.

La première pierre a été posée au fond de l'abside, au point où le dessin du P. Vincent


montre un fragment du mur ancien.
(2) Expressions de S. Jérôme et de la pèlerine Ethérie.
RECENSIONS

The Fourth Gospel research and debate. a séries of essays on problems


in
conceroing tlie and value of the anonymous writings attributed to the
origia
apostleJohn, by Benjamin Wisner Bacon, D. D.,LL.D., etc.In-8°de xx-544 pages;
New Haveu. Yale University Press. 1918.

Le titre est long, mais il en dit long, et d'abord il laisse entrevoir ce que l'auteur
explique dans sa préface : le présent livre contient une série d'articles, dont le plus
ancien est de 1894 et le plus récent de 1908, les plus importants ayant paru dans le

Hibbert Journal. Le tout a été revisé augmenté, mais il faut sans doute attribuer
et

à ces origines le ton quelque peu combatif de l'auteur, animé par la chaleur des
controverses.
Sa position à clairement indiquée. Il est aussi nettement opposé qu'on peut
lui est

l'être à attribuerune part quelconque du quatrième évangile à Jean, ûls de Zébédée,


mais il admii;^ l'ouvrage où il reconnaît le plus pur esprit paulinien, et ne saurait
consentir à regarder son auteur comme un faussaire, ni même comme un de ces
fabricants d'ouvrages pseudonymes qui ne se faisaient aucun scrupule, dans l'intérêt
d'une vérité supérieure, de donner pour de l'histoire les fruits de leur imagination.
On voit déjà que la tâche que s'impose M. Bacon est particulièrement délicate, et
si l'authenticité pure et simple a ses difficultés, elles sont certainement moindres
que celles de sa thèse coaipliquée. C'est dire qu'elle n'est point très redoutable aux
« defenders », étant obligée de s'étayer sur une foule d'appuis qu'on ne saurait
estimer très solides. Xous voudrions l'exposer eu peu de mots, et cependant sans la

dénaturer.
Tout d'abord une concession importante. Les temps de Baur sont passés. Personne
ne date l'évangile de la fin du second siècle (vers 170). On ne dispute plus sur son

existence, mais sur son autorité comme écrit apostolique. Encore faut-il s'entendre.
Mettons d'abord de côté le verset xxi, 2.5. simple glose de copiste. Ensuite le chapi-
tre XXI. 1-24, ou l'appendice, écrit assez longtemps après l'évangile par un rédac-
teur (R), qui aurait aussi inséré dans l'évangile quelques additions.
Ces éliminations opérées, pourrons-nous du moins dater l'évatigile primitif.' Bien
des passages semblent reconnaître qu'il existait, dès le début du ii'' siècle, date qui
n'est pas éloignée de celle qu'assignent les critiques conservateurs ou les catho-
liques. Les déclarations du critique, p. 21, p. 62, p. 268 paraissent très nettes. Mais
dans d'autres endroits, p. 88, p. un corps de doctrines, un
1-53. ce qui existe c'est
ensemble de traditions qui préparent l'éclosion de l'évangile. Assurément l'auteur —
a pu prêcher son évangile avant de l'écrire, mais il y a un moment où il l'a écrit, et
c'est sur ce point qu'a i^oulé la controverse durant longtemps. On peut déplacer son
' RECENSIONS. 139

foyer principal, mais on ne peut déclarer l'accord sur le point de l'existence, en se


réservant d'entendre cette existence dans un sens qui n'est pas celui que tout le

monde donne à ce mot.


Supposons donc l'existence réelle de l'évangile t-xx, une cinquantaine d'années
après la mort de Paul (1;. L'ouvrage est anonyme, commç tout le monde en con-
vient, mais, tel que nous le possédons, il contenait certaines allusions qui pouvaient
suggérer un nom d'auteur. Quelques-unes sont évincées comme manquant de clarté
'r, 35-42; XVIII, 1.5-181, d'autres comme étant à la fois peu claires et ayant un
caractère rédactionnel Cxviii, 25-27; xix, 35;. Il reste les trois passages sur le dis-
ciple que Jésus aimait, xiii, 23xix, 25-27; xx, 2. Ces endroits appartiennent à la
ss.;

substance de l'évangile, mais, dans la pensée de Bacon, ce disciple n'était point


ime personne de l'entourage de Jésus: c'était le disciple idéal, formé par la pensée
de Paul, disciple en esprit, qui n'était point cependant une invention de l'imagina-
tion, puisque l'auteur lui prêtait ses propres sentiments!
Anonyme, l'ouvrage avait sans doute de la peine à pénétrer dans les églises. Les
trois lettres johannines furent écrites pour le recommander. D'après la page 190,
elles sont du même auteur ; d'après la p. 268, l'évangile avait eu une longue circula-
tion en Asie avant de recevoir ce supplément. Si l'auteur est le même, pourquoi
aurait-il attendu 2 ? Aussi bien la position n'est pas changée. L'évangile est con-
firmé par une autorité collective : « nous ». c'est-à-dire les fidèles, et en somme des
fidèles qui représentent une église, sinon l'Église, mais ils ne disent pas que l'auteur
ait été un apôtre.
Cependant. l'Apocalypse avait revêtu dès l'an 95 sa forme actuelle. Une apoca-
lypse, écrite à Jérusalem, avait été encadrée dans le prologue aux sept églises et

dans un épilogue. y avait donc eu en Asie un grand Jean. Pourquoi ne serait-ce


Il

pas le fils de Zébédée? Et pourquoi ne serait-il pas aussi l'auteur de l'évangile ano-
nyme? C'est ce que le Rédacteur de l'Appendice (Jo. xxi) admit sans hésiter, et, de
bonne foi, il écrivit le v. 24 pour le suggérer clairement. Toujours fort de son inno-

cence, il fortifia ce sentiment par les additions dont nous avons parlé. L'appendice,
si flatteur pour Pierre, devait assurer la faveur de Pvome à la nouvelle combinaison :

aussi y fut-elle agréée entre les années 160 à 180 et il fut désormais acquis que le

quatrième évangile avec ses additions et son appendice, était l'œuvre de Jean, fils de
Zébédée.
Nous ne saurions exiger qu'un problène littéraire soit toujours résolu simplement,
par oui et par non. Mais une combinaison compliquée n'est pas dispensée d'être vrai-
semblable. La construction de M. Bacon m;inquede vraisemblance. L'auteur pouvait-il
avancer aussi innocemment le témoignage du disciple bien-aimé ? De quel droit par-
lait-il au nom de plusieurs pour confirmer son œuvre.? Où le rédacteur a-t-il pris

l'idée d'assimiler l'évangile à l'Apocalypse.' Avec quelle conscience pouvait-il le rema-


nier afin de lui donner un apôtre comme auteur?
D'autres ne se soucient pas de ces indélicatesses. Mais M. Bacon ne consent pas à

charger la mémoire de l'auteur, il ménage même le rédacteur, et pourtant! Pas-


sons, mais indiquons le point faible de toute cette séi'ie de productions anonymes:
c'est l'oubli total dans une étude sur ces premiers temps de la notion de l'Eglise, ou

même si l'on veut, des églises. Les protestants radicaux ou libéraux paraissent
décidément peu enclins à concevoir l'Église primitive ^autrement que comme un

I D'après la p. 439.

il Ce pourrait être le vieillard inconnu de s. Justin, d'après la p. 20". ^


liO REVUE BIBLIQLE.
public amorphe, abandonné à toutes les surprises. Le quatrième évangile était, du
moins en apparence, tellement différent des autres, qu'il devait rencontrer des résis-
tances. Les lettres johannines derecommandation les supposent dans le système de B.
Mais que recommandation, émanant de l'auteur? et s'il se donnait pour
valait cette
plusieurs, quel groupe représentait-il? Comment un évangile qui avait longtemps
couru sans nom d'auteur, sans aucune prétention à émaner d'un témoin oculaire,
encore moins d'un apôtre, s'est-il fait accepter comme tel à Rome après l'an l-îO,
date appi-oximative de la revision (p. 224)?
Simplement, d'après M. Bacon, parce que l'évangile ne forme pas exception à la
règle !~ 'lus des écrits de ce caractère étaient constamment sujets à une revision
d'éditeur, pour les adapter à une circulation plus large, et spécialement pour les
harmoniser avec des écrits similaires déjà investis d'une autorité quasi canonique (!}.
On voudrait savoir en quoi l'appendice a harmonisé le quatrième évangile avec Marc
ou avec Luc. et l'Iiarmonie avec Matthieu est certes des plus vagues. S'il y avait déjà
des écrits quasi canoniques, il était difflcile d'en admettre d'autres sur le même rang,
et un ouvrage remanié a moins de chances de forcer la porte qu'un ouvrage qui
serait pseudonyme d'emblée. ^L Bacon s'est fait une position dont l'équilibre est
instable. Il a à cœur de prouver l'existence — selon lui prolongée — de l'évangile
sans l'appendice. Il cite comme indice la finale de Marc qui s'inspire de l'évangile
pour l'apparition à Marie-^Iagdeleine^xvI, 9) mais ignore les apparitions en Galilée.
L'argument est à deux tranchants; il suppose que l'évangile était connu, et faisait
autorité; mais il ne prouve pas la non-existence de l'appendice, car la finale ne tient
pas non plus compte de l'apparition en Galilée de Matthieu (xxvin, 16-20).
Assurément les copistes ont plus ou moins remanié les textes, même sacrés, mais
on ne peut pas cependant regarder comme une « règle » des changements aussi pro-
fonds et aussi tendancieux que celui du Rédacteur mettant tout à coup dans la
balance le poids d'une autorité apostolique. Les exemples cités par M. Bacon sont
parfois de pures conjectures critiques, sur lesquelles on ne saurait en appuyer d'au-
tres sans risquer le sort des Combien possédous-nous (d'exem-
châteaux de cartes. «

plaires) du journal incorporé par c Luc « dans les Actes? Combien de l'épitre aux —
Romains sans la lettre de recommandation de Phebé? Combien de l'Apocalypse —
sans le cadre ajouté par son éditeur d'Asie (2)? » —
Réponse aucun, parce que de :

telles éditions ne sont qu'un jeu de la critique. —


M. Bacon ajoute « Combien des :

Loçjia de Matthieu? » Même réponse. Encore « Combien d'exemplaires de Marc


:

sans suppléments?» S'il s'agit du proto-Marc, même réponse-, s'il s'agit de Marc
sans la finale, x.vi, 9 ss., M. Bacon sait très bien qu'il y existe un certain nombre
de rass. qui ne l'ont pas. Il n'y a absolument rien de semblable pour le quatrième
évangile, si ce n'est que xxi, 25 est omis par le grec sinaïtique : que^tion de cri-
tique textuelle sans conséquence pour l'authenticité de l'évangile.
Admirateur de cet admirable ouvrage, ]\L Bacon admettrait sans doute volontiers
qu'il est d'un apôtre si la critique le lui permettait.
Mais elle le lui défend, et d'abord pour une raison qui dispenserait de toutes les
autres. Les deux
fils de Zébédée sont morts à Jérusalem avant l'an 70, non pas
ensemble, car l'épitre aux Galates connaissait encore Jean à Jérusalem après la mort
de Jacques (44 ap. J.-C), mais Jean a été martyr comme son frère, le récit de sa mort
étant même en partie conservé dans celui qu'Hégésippe a consacré à la mort de

fl) p. 203.
;2) P. 212.
RECENSIONS. 141

l'autre Jiicques, Jacques le Juste. Ce dernier point


est, sauf erreur, la contribution de

M. Bacon pour ce système, comme


davoir lu dans Mt. xiv, 28-32 une allusion
aussi
symbolique au martyre de Pierre. Et voilà bien la critique! Elle expulse du champ
de l'histoire un certain nombre de fausses traditions. Pourquoi faut-il que les cri-
tiques en introduisent de nouvelles? Encore un peu, le martyre de Jean sera l'opi-
nion la plus commune, celle de la science. J'en veux à M. Bacon de n'avoir pas cité
tout le texte de Georges Hamartolos. Un seul ms. (Coislinianus) sur vingt-sept, parle
du martyre de Jean, mais, ainsi que tous les autres, il fait de Papias un contempo-
rain de Jean, qui l'aurait connu. a-JTo'-Tr,; ajToj -^fjôiiv/oç. Donc si Jean est mort mar-

tyr, c'est à une date très tardive, et il aurait eu le temps de composer Tév ngUe.
D'autant que Papias ;i) attribuait l'Apocalypse à Jean.
Dans le système de Bacon, que l'encadreur de l'Apocalypse se soit ima-
il faut
giné que Jean, mort martyr avant
70, avait été auparavant à Patmos (2
l'an et .

cependant c'était, d'après Papias. vers la lin du règne de Doraitien! Et si Fauteur de


l'Apocalypse (kix, 10 a conçu un double genre de martyre, celui du sang et celui
de l'attente, n'était-ce pas précisément pour expliquer que Jean avait été martvr,
sans cependant avoir versé son sang?
De toute façon, si Papias a vraiment affirmé
le martyre de Jean, fils de Zébédée,

qu'il aurait système de M. Bacon sur Papias est à refaire. Si ce n'est


connu, tout le

qu'une conclusion exégétique de Papias, nous pouvons la lui laisser pour compte.
Dans les deux cas, Papias ne serait pas décisif contre l'authenticité à supposer que —
nous ne soyons pas en présence d'une confusion des abréviateurs ou des copistes !

Aussi bien M. Bacon recourt à d'autres arguments. Est-il vraisemblable qu'un


pêcheur de Galilée ait écrit l'évangile? peut-il être l'œuvre de Jean, que Paul
compte parmi les apôtres de la circoncision (Gai. ir, 9), alors que l'auteur est 1 •

plus fidèle des pauliniens, si bien qu'on serait tenté de nommer ApoUo, « ce grand
de Paul (3 ».
et loyal disciple

Ce sont bien des choses. Pour ce qui est du paulinisme d'ApolIo et même du
quatrième évangile, il y aurait beaucoup à dire. Il n'y a pas si longtemps que le
gros de la critique libérale croyait à l'échec de Paul dans le monde grec; la transi-
tion, compromise par son aspect juif, aurait été faite par le quatrième évangile, qui
aurait remplacé Paul, plutôt (ju'il ne l'aurait continué. Laissons donc ces critiques
se défendre, et revenons à la personne de Jean. Et assurément, qu'un fils de Zébé-
dée ait écrit l'évangile, c'est un sujet d'étonnement, cela est peu vraisemblable en
soi. Mais en somme l'auteur était Juif, Bacon le dit très haut. C'est là le point vrai-

ment étrange. — Jean n'avait pas de culture. — Il n'en fallait pas tant pour écrire
l'Apocalypse, ni m'me pour écrire l'évangile. Ce n'est point le manifeste d'un philo-
sophe: c'est l'évangile de l'Esprit. Pour l'écrire, il fallait surtout avoir une convic-
tion profonde de la divinité de Jésus. iMais si c'est le réfléchissement d'une grande
lumière, qui pouvait plus qu'un disciple du Sauveur avoir reçu cette impression?
M. Bacon n'a pas omis de noter une différence à laquelle il eût du prêter plus d'at-
tention. L'incarnation de Jésus apparaît à Paul comme un anéantissement, à Jean
comme une manifestation de gloire. Cela peut se concilier, mais cela empêche de
regarder Jean simplement comme un disciple de Paul, si grand qu'il soit. Et dau-

(1) Ecs. H. E., \, 8.


(-2) En propres termes « Il ne s'ensuit pas que l'auteur du prologue et de l'épilogue en 95 de
:

N.-S. n'était pas au courant de la mort en martvr de l'apôtre quelque trente ans plus tôt. »
(P. 176).
(3; P. 28-2.
142 REVUE BIBLIQUE.

tre part, s'il figure parmi les apôtres de la circoncision dans l'épître aux Galates,

c'est qu'alors il est à Jérusalem, où il n'y avait guère d'autre apostolat.

Le distingué critique objecte encore le silence des anciens auteurs. Qu'ils aient fait

allusion, depuis le début du second siècle et en Asie seulement à un écrit ou à un


corps de doctrine qui sera l'évangile, il le concède: mais personne ne parle d'auto-
rité apostolique; l'évaniiile d'un apôtre aurait dû faire plus de bruit. Il constate

cependant que l'évangile de Marc, le premier, celui de Rome, n'était guère en


vo^^ue (1). Il est vrai que c'est l'œuvre d'un disciple, mais on savait qu'il reprodui-
sait la catéchèse de Pierre. Celui qui régnait, c'était Matthieu. Et sans doute c'est
parce qu'on l'attribuait à un apôtre, et M. Bacon veut nous dire qu'un autre apôtre
auraitdû avoir le même succès. Mais voilà encore un argument qui pourrait bien se
tourner contre lui. Caria place était prise. Jean s'écartait beaucoup de Matthieu. Il
avait à faire ses preuves. Aurait-il prévalu s'il ne les avait faites?

Et le silence est -il bien le faitde Papias, comme Bacon le soutient assez longue

ment.' Il lui faut changer le texte, oî -ou Kucîoj [jiaGrjat à propos d'Aristion et du
presbytre Jean en oî pour retarder l'époque où
-tout'ov aa9r,Ta'; a fleuri cet ancien.

E^ cependant il avait interrogé les filles du diacre Philippe,


et s'il a parlé d'une

personne qui a vécu jusqu'à Hadrien, io>; 'Aocixvoj, de quel droit l'entendre de la fin
plutôt que du commencement du règne (117-138;? Si l'on retarde la date dePapiaf,
il n'en est que plus étonnant qu'il n'ait pas parlé de l'évangile, ayant nommé Jean à

propos de l'Apocalvpse et cité la première épître. Suppose-ton qu'il attribuait le

quatrième évangile à un autre qu'au fils de Zébédée? C'est dans ce cas que le

silence d'Eusèbe serait étonnant! Dans le cas contraire il est naturel qu'Eusèbe ne
l'ait cité que pour les cas discutés. Encore est-il qu'Eusèbe nous a fait connaître son
apologie de Marc et de Matthieu. Au nom de qui les attaquait-on? Ce n'est pas à
cause de Luc, lequel suit l'ordre de Marc. Ce ne peut être qu'au nom du quatrième
évanoile. Et l'apologie de Papias n'est guère qu'une excuse. 11 préférait donc l'ordre
de cet autre, il lui attribuait donc une autorité décisive. On regrette que 31. Bacon
n'ait pas examiné ce point.
Quanta distinguer deux Jean dans le texte de Papias, nous ne saurions lui en faire
un reproche, ayant toujours défendu l'exégèse d'Eusèbe. Le fait ne donne pas la
moindre probabilité à l'hypothèse de Harnack, qui attribue l'évangile au presbytre
Jean. M. Bacon est un esprit vigoureux et original. Il a vis-à-vis des. opinions cou-
rantes dans les universités allemandes la même indépeiidance qu'envers la tradi-
tion. Aussi ne s'est-il pas laissé prendre à cette fantaisie. L'évangile était attribué au
disciple bien-aimé, à un apôtre privilégié, où l'on reconnaissait Jean, mais le fils de
Zébédée, et si ce n'était pas lui qui l'avait écrit, on le lui aurait attribué de la même
façon, que l'auteur véritable s'appelât Pierre, Paul ou Jean. L'important était de
faire passer la chose, ce que nous ne croyons pas possible, mais la première précau-
tion devait être de ne pas mettre en avant un autre auteur, portàt-il le même nom.
M. Bacon ne s'est pas dérobé à la tâche de discuter les arguments positifs des
défenseurs. Au témoignage d'Irénée. Mais,
premier rang est le croirait-on?
le — —
il y a ici du nouveau.
D'ordinaire les assaillants font remarquer combien peu on
doit se fier à Irénée, alléguant la tradition des Anciens pour donner près de 50 ans
à N.-S. Mais précisément, d'après M. Bacon, c'est l'ancienne tradition. Luc a tout
brouillé. Plaçant la naissance de Jésus au temps du recensement de Quirinius,lequel
n'a été gouverneur de Syrie que de 3 à 2 av. J.-C, il devait lui donner trente ans en

(l.i p. 97. Mark /-S aeldom used—


RECENSIONS. 143

l'ail 28. En cela il lançait la tradition sur une fausse piste, car Jésus avait quelque
quarante ans quand il coraraença à enseigner. Ainsi Luc, auquel Bacon donne rai-

son contre Josèphe sur recensement de Quirinius, est sacrifié au moment où sa


le

bonne information ne devrait plus être douteuse pour personne. Mais Irénée n'y
gagne rien, parce qu'il a harmonisé audacieusement en donnant vingt ans à la vie
publique. M. Bacon y tient, et le répète trois ou quatre fois. Et cependant ce n'est
certainement pas la pensée d"Irénée {Haer. If, wii, .5), car son texte, assurément
obscur, insiste cependant surtout sur ce que Jésus n'a enseigné qu'à l'âge parfait,
ayant au moins quarante ans. Et Jean n'y gagne rien non plus, car les 46 ans du
temple (Jo. ii. 20} qui doivent être entendus de Jésus aussi, au début de son ministère
qui a duré trois ans environ, lui assurent l'âge de 49 ans (cf. Jo. viii, 57; au mo-
ment de sa mort, un chiffre jubilaire, et par conséquent allégorique, qui n'a rien de
commun avec l'attestation d'un témoin oculaire.
C'est d'ailleurs de cette façon que B. se débarrasse des text-es qui paraissent si
précis. D'autres diraient peut-être allégorie pure, mince souci de la vérité. Mais il
ne veut pas sacrifier son incomparable paulinien. C'était l'homme de l'Esprit, mais
aussi de l'apologie; il a dû comprendre, il a compris qu'affectant de s'appuyer sur
des faits miraculeux, il eût été de mauvais goût de les inviter lui-même. D'après
certains endroits de Bacon (1), on croirait qu'il va concéder à l'évangile quelque
chose de Mais l'allégorie pénètre partout et non pas seulement dans la
l'histoire.

disposition, si bien que l'on ne sait plus à quoi s'en tenir. Voici le cas le plus
notable. Les « défenseurs » font lionneur à Jean d'avoir suggéré le 14 Nisan comme le
jour de la crucifixion et de la mort de Jésus. C'est bien conforme aux faits. Mais il
ne convient pas d'y voir l'affirmation d'un témoin ou d'un historien, /^'auteur défen-
dait la théorie paulinienne de son église la Pàque c'est la mort de Jésus, tandis que,
:

d'après les synoptiques, l'Eucharistie remplace la Pàque (2). Aussi a-t-il été logique
en reportant l'Eucharistie à la multiplication des pains. C'était une erreur histo-
rique,mais une vérité spirituelle, car en instituant l'Eucharistie, Jésus avait voulu
qu'on se souvienne de sa bonté, si souvent répandue sur les siens, avant le don de
sa vie.
Avouez, lecteur candide, que vous commencez à ne plus comprendre.
Et enfin cette psychologie subtile, raffinée, paradoxale, qui
doit peut-être beau-
coup à M. Loisy, lequel en tout cas développée avec des nuances plus délicates,
l'a

cette psychologie ne rend pas compte des précisions topographiques. Si la vérité


spirituelle prenait trop de4ibertés avec la géographie, on s'en apercevrait, et il faut
convenir que celle de l'évangile est irréprochable. Donc l'auteur connaissait les
lieux.
M. Bacon ne le nie pas. Mais ne pouvait-on les visiter cent ans après? Sauf Bétha-
nie au delà du Jourdain (i, 28) toute la topographie de l'évangile est sur la route
des pèlerinages. Il faut donc simplement conclure que le Paulinien de l'esprit était
en même temps pèlerin antiquaire (pilgrim antiquary) dont le point de départ était
Jérusalem 3). Quant à Béthanie au delà du Jourdain, M. Bacon s'en débarrasse.
Ce serait une combinaison érudite d'après Luc (x, .38-42) qui connaissait Marthe et
Marie. Mais Luc du moins n'est pas un archéologue pèlerin, et rien absolument ne
prouve qu'il a mis délibérément le village des deux sœurs au delà du Jourdain.

(1) p. •aTS He would resent llie idea that lie


: im.ls in the smillest iota...
[i) La cène des synoptiques serait seulement le qiddouch: Com. de Me. p. .'îS.'j s., oi'i je cruis
avoir montré que c'est un trompe-l'œil. "
(3) P. 389.
.

144 REVLE BIBLIQUE.

Quant au Béthanie de Jo. i, 28, M. Bacon — s'il lui arrive jaiuaii d'ouvrir un
ouvrage français en dehors de ceux de M. Loisy pourra se rendre compte qu'il —
n'est point mal placé par le R. P. Féderlin à Tell Medech.
Mais évidemment M. Bacon a peu de goût pour ces détails. Il songe surtout à la
portée doctrinale de l'évangile, qu'il croit avoir sauvegardée. Lui aussi est un
« defender », à sa manière. Car Fauteur tout en se donnant l'apparence de témoin,
était pleinement de bonne foi : « La vraie loyauté envers Paul et le quatrième évan-
géliste exige que nous appliquions les catégories de la philosophie et de la psycholo-
gie modernes à la vie du grand Aîné. —
oui et à celle de son plus humble disciple.
— aussi bien et sans plus de crainte que Paul et le quatrième évangéiiste ont appliqué
la doctrine du Logos d'Éphèse et Alexandrie )> (1). Ce qu'ils ont nommé incarnation
n'était qu'une tentative « d'interpréter la signification éternelle de ce suprême
exemple de la vie de l'homme en Dieu, de la vie de Dieu dans Ihomme (2)... »

Alors dites donc clairement qu'ils se sont trompés, ne dites pas qu' « il est tou-
jours possible de présenter la Christologie du quatrième évangile comme le témoi-
gnage personnel de Jésus à lui-même (3) ». Cela n'est vrai, dans votre pensée, ni
historiquement, ni spirituellement. Et si Paul et Jean se sont trompés, eux qui ont
vu plus clair que le brave Marc, si Jésus lui-même s'est trompé à ce points c'est à

peine si vous avez le droit de nommer Jésus le Grand frère Aîné. Vous direz que
nous ne comprenons pas. Mais nous n'acceptons pas de renoncer à tout le labeur de
pas abouti à Hegel, et nous tenons à classer ce palhos parmi les
la raison, lequel n'a
articles démodés -1).

Fr. M.-J. Lagraxge.

Jérusalem.

(1) P. 535.
(-2) P. 536.
'
(3) P. 535.
(4; P. 290, une faute de grec : Upo; toù; yç-iiri-jz... Lisez Ta; -/pï:».; Ers. H. E.. \u. ,30, i;.
BULLETIN

Nouveau Testament. —
M. Henry J. Cadbury a soutenu, en lOlo, une thèse
de doctorat on philosophie à l'université d'Harvard sur le style et la méthode litté-
raire de saint Luc. La première partie de cette étude a paru sous ce titre The diction :

of LuJie and Acts T. Elle comprend deux sections bien distinctes une sorte d'in- :

ventaire du vocabulaire de Luc. Évangile et Actes, et un examen du prétendu style


médical de Luc. Renvoyant sans doute à la seconde partie de sa thèse lacompa-
raison de Luc avec les auteurs du X. T., d'ailleurs souvent étudiée déjà, M. Cad-
bury le confronte plutôt avec les écrivains atticistes depuis Denys d'Halicarnasse
jusqu'au second Philostrate. C'est dire qu'il a pris pour base de son travail le livre

de W. Schmid, der Atticismus [2 . Suivant de très près la méthode du savant alle-


mand, M. Cadbury ne tient compte que des mots qui ont une certaine allure
les distinguant du gros des mots employés toujours et par tout le monde. Ils sont

divisés en cinq classes Mots employés par tous les Attiques ou par quelques-uns
:

d'entre eux: mots trouvés seulement ou principalement dans un écrivain en prose


avant Aristote; mots poétiques qui n'appartiennent pas à la prose attique; mots qui
appartiennent à la prose plus récente, y compris Aristote: mots qui paraissent pour
la première fois dans l'auteur étudié, ici Luc. L'auteur se devait d'ajouter aux listes

de Schmid des détails complémentaires, tirés des inscriptions et des papyrus. Mais
il a borné son enquête aux mots allant de a à s. Le résultat est de constater le
nombre des mots de Luc dans chaque classe, soit 137. 27, 87, 202 et 22. Comme il

fallait s'y attendre, Luc écrivait surtout la langue de son temps, mais la proportion
des termes attiques est assez forte. Elle serait de 29 p. 100 tandis qu'Aristide a le
maximum avec 52 p. ICO et Elien le minimum avec 2-5 p. 100. Les autres sont Dion
Chrysostome, 47 p. 100, Lucien, 29 p. 100. Philostrate le jeune, 33 p. 100. Eu
revanche, Luc emploierait 42 p. 100 de mots de la langue qui commence avec
Aristote, presque le double d'Élien qui a le chiffre le moins élevé, 23 p. 100.
M. Cadbury emploie la même méthode à la question toujours disputée du style

I) Harvard tlieologîcal studies vi. The style and literary method <jf Luke, I, The diction of
Luke aud Acts. by Henry J. Cadbury, associate professer of biblical literalure and of Creek.
Haverford Collège, In-S" de 72 pp. Cambridge, Harvard Universitv Press. 1019.
(2; StuUgart, 1887.
REVUE BIBLIQUE 1920. — T. XXIX. 10
146 REVUE BIBLIQUE.

médical de Luc. Personne ne l'a reprise à fond depuis l'ouvrage si distingué de


Hobart, en 1882. Et M. Cadbury ne mare magnum des
s'est pas engagé dans le

médecins grecs, pas plus que Harnack et Zahn qui se sont contentés de faire un
choi.v dans la mine surabondante du savant anglais. Encore est-il que Harnack,
dans son étude célèbre, Lnhas der Arzt (1), avait argumenté des textes, el l'on
ne saurait regarder comme un progrès le procédé un peu trop mécanique de
]\I. Cadbury qui se contente d'une statistique des mots mots qui ont un sens :

général, mots de médecine, mots ordinaires employés dans un sens médical,


expressions composées. Le jeu consiste à retrouver chacun de ces mots dans des
auteurs qui ne devaient rien aux médecins, surtout les Septante ou Josèphe, Plu-
tarque ou Lucien, et cela est toujours possible. Les mots ainsi isolés n'ont plus
d'âme. D'autant que les médecins grecs n'employaient pas comme nos médecins
modernes des termes techniques, ordinairement empruntés aux langues anciennes,
surtout et presque uniquement au grec. Ils écrivaient la langue de tout le monde
et s'efforçaient d'être clairs. C'est une excellente remarque des éditeurs de la
thèse, MM. S. Moore, J. H. Ropes. Kirsoppe Lake. Mais il en résulte qu'il faut
surtout s'attacher en pareille matière à la physionomie des événements racontés,
comme avait fait Harnack, et que les expressions coordonnées ont une valeur très
sérieuse. Lorsque Luc emploie pour une blessure Ihuile et le vin combinés, il ne
sert de rien de trouver dans les LXX et Plut. « répandre de l'huile ». Le terme
à-ÉTwsaav Aî-Riz garde un cachet spécial, quoiqu'on trouve kzor.'.n-:''} dans certains

endroits et "/.t-îz dans d'autres. Il y a d'ailleurs d'excellentes remarques de détail.


Le recenseur avait déjà noté que si l'enfant de Me. ix, 14-29 est un épileptique, le
mal est décrit par Marc d'uoe façon beaucoup plus saisissante que par Luc ix,
37-431. Mais cela prouve seulement que Luc n'a pas voulu étaler ses connaissances,
qui semblent bien percer comme malgré lui. M. Cadbury pense au contraire que le

prétendu style médical du troisième évangile et des Actes [ne peut pas servir à
prouver qu'ils ont été écrits par Luc, le cher médecin dont parle Paul, ni même à
confirmer la tradition. Nous contestons ce dernier point, parce que la réponse de
M. Cadbury n'est pas adéquate aux arguments positifs allégués. Il a cherché à la
fortifier en faisant sur quelques traités de Lucien une sorte de contre-épreuve.
Lucien aurait employé autant de termes de médecine que Luc. Mais pour le

prouver il faut ajouter beaucoup d'importance à des qualifications de Hobart re-


connues depuis comme inefficaces. Et il fallait bien que Lucien connût les méde-
cins afin de pouvoir se moquer d'eux. Sa culture était universelle, et il a pu

connaître la médecine sans l'avoir jamais pratiquée. Peut-on en dire autant de


Luc? Si seulement il avait aussi bien connu les écrits des médecins que Lucien, il

faudrait supposer raisonnablement qu'il avait fait sa médecine, car il ne fait

nullement la figure A tout le moins le style des écrits qui sont


d'un encyclopédiste.
un médecin est-il en parfaite harmonie avec ce dire, ce
attribués par la tradition à
qui doit bien être regardé comme une confirmation. D'ailleurs M. Cadbury a trop
de bon sens pour ne pas rejeter la thèse opposée de Clemen qu'un médecin :

n'aurait jamais écrit ces ouvrages '2) !

La seconde partie de la thèse de M. Cadbury, qui promet d'être encore plus

(1) Leipzig, i906.


(2) p. 7-2. Au lieu de 32 ajv dans les Actes, lire 52. Parmi les expressions
employées pour la
première fois par Le. on eût pu ranger «?:i-voo. danâ le sens de « s'endormir . au lieu
de • s'éveiller ».
BULLETIN. 147

intéressante traitera de la comparaison de Luc avec ses sources du point de vue


littéraire.

M. l'abbé Pirot vient de publier un petit volume déjà presque prêt en août 1914
sur Les Actes des Apôtres et la Commission biblique (l). L'introduction traite de la
Commission biblique. Viennent ensuite quatre chapitres L'authenticité des Actes des
:

Apôtres; L'unité Uttéraire des Actes des Apôtres; La date des Actes des Apôtres;
La valeur historique des Actes des Apôtres.
L'étude sur les Actes est bien au point, répondant aux objections soulevées par la
critique, et résolues dans le sens le plus conservateur par M. Harnack. Peut-être
s'est-on un peu grisé, parmi nous, de ce concours inattendu. M. Pirot a très bien
compris que le critique allemand demeure irréductible sur le point du surnaturel. Sa
démonstration d'authenticité ne laisse rien à désirer. L'auteur est très au courant de
la littérature et ne se contente pas aisément il lui faut de bonoes raisons. Aussi est-il
;

trop modeste lorsqu'il ne veut comme lecteurs que les prêtres adonnés au minis-
tère il pourra être fort utile aux maîtres eux-mêmes.
;

Cela dit, la Revue aurait été bien changée par la guerre, si elle ne signalait plu-
tôt les divergences que les points d'accord, puisque c"est là servir le public, et.
comme on espère toujours, la vérité. M. Pirot veut « mettre en lumière toute la
vérité historique et toute la rigoureuse précision » (p. 201 du verset relatif au recen-
sement de Ouirinius. Il prouve contre Zahn qu'il y a eu deux recensements et que
Ouirinius a été deux fois gouverneur de Syrie. Mais si le premier recensement a eu
lieu vers l'an 10 av. J.-C, quel âge avait Jésus lors de son baptême? On tombe de
Charybde en Scylla.
Sur le récit de la mort de Judas (Act. i, 18-19). il faut être de bonne composition
pour admettre l'harmonisation proposée avec Mt. xvii, 3-11.
On ne peut vraiment pas dire que la double recension des Actes, telle que l'a
conçue Blass, est « un fait généralement admis » (p. 215 note autrement il faudrait ;

désespérer du progrès des études.


A propos du Dieu inconnu. D'après M. Pirot, Norden a « laissé dans l'ombre... le
fait de savoir si rinscription d'Athènes était au singulier ou si elle était au pluriel »

;p. 166,\ Cependant il lui a consacré dix pages, tout un paragraphe, sous la rubrique

appropriée « les dieux inconnus et le dieu inconnu »


: en grec). S. Jérôme nous a
fourni la formule Dits Asiac et Earopae et Africne, diis ignotis et peregrinis, avec
une bonne solution pour expliquer la légère modification que Paul s'est cru per-
mise (2). A ce texte, M. Pirot oppose le singulier Q-m àyvoja-w xai Çévw, dans
Euthalius v*^ s., Théophylacte vii"^ s. (sic:, et Œcuménius. ;x^« s.). Mais on sait
aujourd'hui que le te.xte d'Euthalius publié par Zaccagni, reproduit dans Migne
P. G., LXXXV renferme des éléments bien postérieurs, parmi lesquels figure
certainement ce passage : « Inscription de l'autel à Athènes, etc.. Luc nous le

raconte dans les Actes des Apôtres » col. 692). Dans Migne ce scholion est placé
après le sommaire des épitres catholiques ; dans un autre ms. il
est ailleurs. C'est

une addition qu'on retrouve, il est vrai, dans le commentaire dit d'Œcuraénius qui
est à peu près le même que celui de Théophylacte (xr-xtt'^ s.). Et de toute façon la
leçon conforme aux Actes ne peut être qu'une correction du texte divergent de
s. Jérôme. M. Pirot cite encore Lucien au iv s., mais le dialogue Philopatris est une

I) X-53Î pp. Beauchesne, Paris, i;»!'.».

2) RB., l'JH, p. ii-2-'é't8.


148 REVUE BIBLIQUE.

composition des temps byzantins. Isidore de Péluse cite deux explications données
de son temps du fait des Actes, mais en tablant seulement sur ce fait. Quant à
Amen, le dieu inconnu, c'est encore plus fort! En 333 av. J.-C, il y avait à
Athènes un temple, et non un autel dédié à Ammon. Nous l'apprenons par une
inscription ^'i^, et rien de plus. De ce que le dieu égyptien Amen était un dieu d'une
nature obscure et mystérieuse, il ne s'ensuit pas que les Athéniens l'aient adoré eu
écrivant sur un autel « au Dieu inconnu » ! Car Ammon leur était aussi connu que
les autres dieux de l'Egypte. Et si par impossible cet autel avait existé, les auditeurs
de Paul auraient dû conclure : « qu'il n'avait rien compris quant au sens de l'ins-

cription qu'ils entendaient mieux que lui », c'est du moins ce que dit dom
Leclercq Vraiment M. Pirot n'aurait pas dû prendre la responsabilité de ce jeu
(2)!

de mots égypto-grec, qui tourne au badinage,


Nous n'avons pas encore dit que la substance du beau livre de M. Pirot avait
figuré déjà dans VAml du Clergé, sous la forme de Chroniques. C'est, en effet,
M. Pirot, docteur en Écriture Sainte et professeur au grand séminaire de Bourges,
qui rédige ces chroniques si remarquées et si remarquables par leur information,
leur ton courtois et l'impartiale objectivité des jugements. C'est une très bonne note
qu'elles soient peut-être, par leur caractère presque technique, au-dessus de ce qu'on
offre d'ordinaire au grand public. Il serait très a désirer que le clergé prît contact
avec les études bibliques autrement que par des comptes rendus qui distribuent la

bénédiction et la malédiction, comme sur le Garizim et l'Ébal, sans motiver exacte-


ment leur verdict.

L'ouvrage de M. Prosper Alfaric sur les Écritures manichéennes (3) se recom-

mande par la clarté de l'exposition et la distribution méthodique des matières.


Une première partie consacrée à la constitution de cette littérature en étudie
Les attaches gnosliques du fondateur de la secte
l'origine, le caractère et l'histoire.
expliquent la parenté de son système avec ceux des Sabéens. des Ophites, des
Sethites. de Basilide, de Marcion. Bien que le canon des INIanichéens ait subi des
variations, il est aisé de retracer leurs croyances communes, d'établir leur onto-
logie, leur cosmologie, leur morale, leur concept de l'histoire. On serait sans doute

plus complètement informé sur cette théologie si leurs ouvrages étaient parvenus
intacts jusquà nous. Mais la prohibition et la destruction acharnées dont ils furent
l'objet de la part soit des empereurs romains stimulés par les philosophes et les
évêques, soit des monarques sassanides ou des califes abbassides, ont réduit de
beaucoup la série des productions manichéennes. L'historien doit donc se borner
à faire fond sur quelques restes échappés à la ruine, sur les informations assez
nombreuses des controversistes chrétiens et les formules d'abjuration qui détaillent
les erreurs de la secte, sur les auteurs persans et arabes qui ont combattu le
manichéisme au nom de l'Islam. Pour contrôler leurs renseignements on possède
maintenant les manuscrits trouvés dans le ïurkestan chinois où jadis le mani-
chéisme fut très florissant, notamment à Tourfan et dans les grottes de Touen
houang devenues célèbres depuis les découvertes de la mission Pelliot en 1908.
Dans sa seconde partie, M. Alfaric passe en revue les Ecritures manichéennes,

(1) Ditte:<bergeii, Syll. 380,


(2) Dictionn. cfArch. etc., I, col. 3048.
(3) I. Vue générale, in-S' de Ill-lo't pp. II. Étude analytique, in-S" de 240 pp. Paris, Rourry,
1918.
BULLETIN. 149

essayant de délimiter celles qui sont rœuvre de Mani et celles qui viennent de ses
disciples, puis les Écritures canoniques ou apocryphes des Juifs et des chrétiens.

les ouvrages des philosophes païens, mazdéens et bouddhiques,


helléniques,
adoptés par la secte à côté des écrits proprement manichéens parce qu'elles mon-
traient dans leurs grandes lignes le même esprit et les mêmes tendances. L'hos-
tilité que Mani et ses partisans partageaient avec les Gnostiques à l'égard de la

Bible hébraïque eut pour conséquence une sympathie marquée pour les apoca-
lypses mises sous les noms d'Adam, de Seth, d'Hénoch, de Xoé, de Sem, etc.
Certaines légendes qui ont pénétré dans la tradition populaire catholique en
dépit des avertissements de certains docteurs, telles que l'ensevelissement d'Adam
au centre de la terre et la retraite de Melchisédech sur le Thabor, appartiennent à
cette littérature. Mais la vigilance des apologistes réussit à circonscrire la propa-
gation des erreurs fondamentales du système dualiste qui, traqué de toutes parts,
« Si une lecture superficielle des
devait s'éteindre aux confins de l'Extrême-Orient.
textesmanichéens pouvait en favoriser la diffusion, une étude approfondie de leur
contenu devait soulever contre eu.x une opposition grandissante. Et la réaction
allait être d'autant plus rapide et plus vive que le succès s'était affirmé plus
prompt et plus durable. »

Peuples voisins. — FomUàions crêloises sur le lUtoral ér/i/plo-si/rien. On


estimait communément que l'ilot de Pharos avait été transformé par des ouvrages
maritimes et relié au littoral seulement à l'époque où Alexandre, rééditant sur la

côte égyptienne ce qu'il avait inauguré à Tyr, fondait un grand port pour sa jeune
cité d'Alexandrie. Les splendides recherches de M. l'ingénieur G. Jondet I) ont
révélé tout l'aménagement d'un port immense, depuis longtemps submergé à
l'époque hellénistique. Le mémoire que M. R. Weill (2) consacre à définir l'origine
et la date de ces travaux donne à la découverte de M. Jondet une remarquable
portée historique.
L'ensemble de cette installation, observe M. W., « onfond l'esprit de l'ingénieur
et de l'historien, tant par la hardiesse et l'habileté de la conception que par
l'exécution imperturbable de ces travaux d'une formidable étendue. Tout cela
suppose, outre beaucoup de puissance et de richesse, une organisation navale
exigeante et une grande expérience des travaux maritimes (3^ », et ce n'est point le

fait de l'ancienne Egypte. La marine « était importante, à coup siir, elle connais-
sait la mer et la tenait bien...., mais en Egypte même
elle n'avait point de stations

organisées sur la côte extérieure donc une puissance étrangère


» (p. 17 s.). C'est
qui aura réalisé cette création, non point pour l'Egypte, ni contre TÉgypte, mais à
côté d'elle et dans un but commercial. Ce port primitif de Pharos est dès lors à
concevoir comme un puissant comptoir indépendant, installé par des étrangers sur
le littoral égyptien, à l'instar des concessions continentales accordées à des immi-
grants sur les marches extérieures de l'empire, ainsi que l'histoire biblique des
frères de Joseph et divers documents égyptiens en attestent l'usage. Quelle que
soit la cause de la submersion de ces ouvrages, affaissement lent du continent ou

(l'i Les ports submergés de l'ancienne ile de Pharos, t. IX, 1916, des Mémoires de l'Institut
égyptien.
(2) Les ports antéhellé niques de la côte d'Alexandrie et l'empire- Cretois, dans le Bulletin de
l'Institut français d'archéol. orientale, t. XVI, 1919.
(3) Weii.l, op. l., p. 8 du Ur. à part; cl'. 18, 2-2.
150 REVUE BIBLIQUE.

surélévation du niveau marin, — M. Weill. qui analyse avec soin la double hypo-
thèse, n'adopte aucun parti, — la nécessité s'impose de la reporter assez haut pour
que le souvenir même ait pu s'entemps d'Alexandre.
effacer dès le
D'autre part, si l'installation antique de Pharos est impressionnante par son
ampleur, elle n'est pas unique. M. Weill fait ressortir à bon droit combien
certaines anses du littoral syrien, Rouad, Sidon. Tyr surtout offrent d'analogie
dans leur conception et leur aménagement. Des recherches telles que les a prati-
quées M. Jondet à Alexandrie, rendraient probablement sur chacun de ces points
un port antique aménagé sur le type des ports de Pharos. D'où la conclusion que
ces ports sont l'œuvre d'une thalassocratie particulièrement puissante dans la Médi-
terranée orientale, et l'on a aussitôt en mémoire l'empire crétois (1 . i^^apogée de
de la splendeur crétoise, par conséquent de son expansion la plus vraisemblable,
se C'est l'époque des Pharaons obscurs
place entre 20C(kl.500 avant notre ère.
qiïrse sont succédé entre la XIP
XVIII« dynastie et l'on conçoit sans peine
et la
qu'un de ces potentats n'ait vu aucun inconvénient à concéder aux navigateurs et
aux marchands crétois l'aménagement d'un comptoir sur le rocher de Pharos. S'
des recherches ultérieures démontraient la parenté probable entre les instalIation>
des côtes syrienne, cilicienne, ionique et grande installation du Delta, on pour-
la
rait se demander jusqu'à quel point tous ces ouvrages seraient réellement crétois et
si quelque antique monarque carien jusqu'ici inconnu ne supplantera pas un jour

le « Minos » de Cnossos. Pour l'heure, notre information historique n'autorise pas à

abandonner le terrain déjà ferme que l'archéoloaie égyptienne et crétoise ont


fourni. La Crète, on le voit, rentre ainsi de plus en plus dans l'horizon biblique. Si
dès le début du second millénaire avant notre ère, les barques de ces intrépides
marins cabotaient sur le littoral de Canaan, il devient parfaitement intelligible que
les fouilles révèlent en cette contrée la trace évidente de leur culture (2;. Il faut
apparemment, dès aujourd'hui, nuancer dans cette perspective ce que le P. Abel
exposait naguère comme les « raisons d'être des ports palestiniens », peut-être
même faire honneur aux Crétois de la part prépondérante qu'il attribuait « aux
Phéniciens dans les installations commerciales et industrielles de la Palestine 3} ».

Mais de toute façon cette origine explique pourquoi la plupart des villes quelque
peu importantes et antiques du littoral comportent une double agglomération conti-
nentale et maritime. Suivant l'importance et la qualité du havre naturel, celle-ci a

pu précéder et déterminer celle-là. Il se peut que Gaza, je suppose, ou Ascalon.


villes continentales, aient attiré dans les anses les plus voisines les navires des
commerçants crétois: mais on concevrait aussi que l'excellence d'un mouillage,
comme l'estuaire du nahr Roubîn par exemple, ayant d'abord attiré les caboteurs
étrangers, soit la véritable origine d'un comptoir commercial qui aurait provoqué
l'agglomération de l'intérieur. Souhaitons que le littoral palestino-syrien trouve
bientôt des explorateurs aussi compétents et aussi dévoués que M. l'ingénieur
G. Jondet en Egypte.

iVon loin du célèbre village néolithique de Hal-Saflieui. sur une petite érainence
dans le plateau qui domine le port de La Valette. M. le prof. Zammit a commencé
l'exploration d'un curieux monument mégalithique. Son compte rendu préliminaire

(1 cf. LAGr.A.NGE, La Crète ancienne, p. i-2A ss.


(2) Cf. VixcEM, Canaan, p. 340 n., 348, 460. Il y aura lieu de fournir plus iar<l de nouvelle-
précisions à ce sujet.
(3) AhT.u Le littoral palestinien et ses ports; RB., 1014, pp. 5Ȕl ss.,
j"" ss.
ULF.LETLN. loi

le désigne coniaie le « temple néolithique de HalTarxien ». du nom de l'agglomé-


ration moderne la plus rapprochée 1\ Il reproduit un type que de nombreuses
découvertes, Hagiar Kim, Mnaïdra, Bengemma. Corradino, Xewkiya, la Gigan-
téïa, d'autres encore, ont rendu familier à Malte et dans la petite île voisine de
Gozzo : série de chambres elliptiques, groupées par paires le long d'un passage

central .2j. C'est le même procédé de structure en grosses dalles plus ou moins frustes
dressées côte à côte et calées par un solide cailloutis (3); on y retrouve les mêmes
cloisons isolant les conques absidales du passade médian pavé avec assez de soin. M
le puits ni le bassin ne font défaut, pas plus que les niches, précédées clairement ici

de leur autel demeuré en place. Trois paires d'absides sont actuellement connues,
avec une seule entrée au sud. Dès qu'il avait franchi cette porte, le visiteur ne
pouvait manquer d'être impressionné par la majesté du lieu. Devant lui. au fond
du couloir soudainement rétréci, se dressait une niche constituée par l'assemblage
de six dalles massives, la dalle antérieure étant largement échancrée au milieu en
ouverture quadrangulaire. En avant de la niche un grand bloc de pierre, orné sur
le devant et sur les petits côtés d'une double frise de spirales, évoque d'autant plus
spontanément l'idée d'un autel qu'il dissimule en sou centre une cassette où ont
été trouvés divers débris sacrificiels mêlés à quelques tessons et à des instruments
de silex, parmi lesquels une très belle lame pourrait bien avoir été le propre
couteau rituel. La cassette, qui s'ouvre sur la face antérieure de l'autel, était
obturée par un cône de pierre ajusté avec une si parfaite exactitude au champ de
la paroi, que le dessin courant des spirales ne paraissait nullement interrompu.
Au premier plan de l'abside orientale, dans une enceinte délimitée par des dalles
couvertes de sculptures demeure en place la partie inférieure d'une statue en
pierre beaucoup plus grande que nature. Il en subsiste assez pour faire reconnaître
une de ces représentations stéatopyges usuelles à Malte, oii le sculpteur, satisfait
d'avoir donné à son personnage des formes puissantes, n'a cure de lui modeler des
membres inférieurs et le laisse campé sur des moignons '4). Il faut déplorer qu'une
mutilation de très vieille date ne permette plus de discerner l'attitude ni le sexe de
cette figure; sa longue jupe avec un volant plissé dans le bas, suggère plutôt une
représentation féminine 5). La plinthe conservée de la chapelle que précédait cette
statue et les blocs épars sont ornés de motifs divers où la spirale domine. La
chapelle symétrique, à l'ouest du corridor, offre une succession compliquée de
réduits avec niches et autels rectangulaires ou cylindriques. La décoration des
blocs est encore plus soignée et dans le réduit le plus intérieur le motif spirali-
forme fait place à des frises d'animaux en bas-relief : chèvres sauvages, daims,
sanglier; ailleurs des taureaux et une truie. Les deux autres paires de chapelles,
dont le dispositif est analogue, livreront sans doute des 'objets de même nature
quand la fouille en aura été complétée.
M. le prof. Zammit semble donc parfaitement fondé à parler ici d'un sanctuaire.

I The Hal-Tarxien NeoUlhic Temple, Malla. Ijy prof. T. Zammit, curator of Uie Valetla
Muséum; 20 pp. gr. in-4° et 1-2 pi. (Extrait de VArchaeologia, vol. LXVii, 1916.)
ri: Voir les plans de la Gigantéïa et de Hagiar Kim dans Perrot et Chipiez, Hist. de larl...:
t. III, Phénicie..., p. 2W ss.. fig. -221 *.

(3) Rappelant la structure des fameuses tombes royales dans l'acropole de My«ènes, voire
même quelque peu celle du palais de Csossos: cf. Lagr.^nce, La Crète..., fig. 7, 8 et 86.
(4) Cf. Perrot et Chipiez, op. l., p. 303 s., Og. 330 s.
io; On trouvera un détail identique dans celte ligurine de femme « allongée sur un lit
bas », reproduite dans Dcssaid, Les civilisations préhelléniques. 2' éd., p. 208, fig. 151 et qui
provient de Hal-Sallieni.
Ib2 REVUE BIBLIQUE.

à l'encontre de la tendance qui s'accentuait depuis quelques années, par une réac-
tion naturelle contre les exagérations d'une mythologie fantaisiste, de voir en ces
monuments des sépultures archaïques de grands chefs. Sa découverte prend
d'autant plus d'importance qu'en éclairant la nature de ces édifices elle fournit des
données très positives sur leur date. Le « temple » de Hal-Tarxien est nettement
de basse époque néolithique. L'absence radicale de traces de métal, le caractère
de la poterie (1), l'outillage de pierre et l'exécution du décor ne laissent aucun
doute sur cette attribution chronologique. Les spécialistes de l'intéressante archéo-
logie maltaise ont d'ailleurs fait depuis longtemps observer que, dans leur île

pacifique, l'ère du nédlithisme s'était prolongée beaucoup plus longtemps qu'en


divers autres centres méditerranéens (2\ Il ne saurait donc plus être question de
considérer les sanctuaires mégalithiques maltais comme une dérivation de l'archi-
tecture religieuse phénicienne plus ou moins déformée par des constructeurs
insulaires frustes et inexpérimentés. L'influence phénicienne et punique se fera
sentir pliis^ tard et M. Zammit a très bien su la discerner dans l'évolution ulté-
rieure de Hal-Tarxien. Mais dans la phase initiale de sa longue existence, le
monument de spécifiquement sémitique. Si son mégalithisme et diverses
n'offre rien
particularités structurales trouvent des analogies dans le domaine oriental, ce
serait plutôt avec la civilisation dolménique; rien ne ressemblerait mieux, en
effet, aux niches de Hal-Tarxien que certains « dolmens troués » palestiniens (3 .

En commun avec les antiques civilisations égéennes, la civilisation primitive de


Malte offre divers procédés de technique et de décor céramique et surtout la

spirale, qui joue un rôle si prépondérant dans l'ornementation mycénienne. Ses


premiers essais de figuration anthropomorphique, pour gauches et barbares qu'ils
soient, se ramènent sans difficulté aux types connus dans' l'évolution plastique
égéenne et orientale : telle idole néolithique de Cnossos, d'Amorgos, ou de Troade
expUque avec une suffisante clarté certaines maquettes fréquentes à Hal-Tarxien.
Elles ont la forme d'un disque ovale surmonté d'une longue protubérance pointue
et muni à l'opposé de deux jambes arc-boutées par un support conique permettant
de placer ce magot dans l'attitude assise. M. Zammit les interprète comme des
« représentations conventionnelles des forces génératrices de la nature » ; on dirait
volontiers plus explicitement des idoles.Ce sont probablement aussi des symboles
religieux qu'il faut reconnaître dans un assez grand nombre de pierres coniques et
quelques figurations beaucoup plus concrètes de l'énergie génératrice : éléments qui
se retrouvent aux origines de civilisations qui n'ont certainement eu aucun contact.
La stéatopygie est au contraire un trait beaucoup moins spontané, que la plas-
tique primitive de Malte a en commun avec celle de la Crète, de l'Egypte et de
mainte autre contrée du bassin méditerranéen.
A l'époque du bronze le sanctuaire de Hal-Tarxien, apparemment tombé en
désuétude, fut choisi comme lieu de sépulture par une population nouvelle sans
doute, à tout le moins notablement évoluée, qui pratiquait l'incinération. Dans
les parties déjà explorées, M. Zammit a clairement discerné cette adaptation

(1) Dont beaucoup de pièces sont à comparer aux types décrits par M. E. Peet, Prehistoric
painted Pottery in Malta; Annals of arch. and Anthr. de Liverpool, IV, 1912, p. 121 ss. et
pi. XXI s.

(2) Voir par exemple la remarque de M. Tagliaferro, en tête de son excellente monographie :

The prehistoric PoUery found in the Hypogeum at Hal-Saflieni. Casai Paula, Malta, dans
Annals of A7'chaeoI. and Anthropology de Liverpool, IH, liUO, p. 3.
(3) Cf. Vincent, Canaan, p. 419 ss., fig. 292 ss. '
BULLETIN. lo3

nouvelle de l'édifice et il décrit avec intérêt la physionomie de la monumentale


nécropole où les restes des morts incinérés avec leurs provisions, leur mobilier
brisé, leurs parures, leurs idoles familières, étaient déposés dans des jarres qui
s'alignaient dans les du vieux temple. L'amoncellement de cendres, de
chapelles
vases et de débris ainsi constitué à la base des murs a sauvé l'ordonnance de
l'antique sanctuaire, et d'utiles détails de son aménagement quand la nécropole
éûéolithique, depuis longtemps hors d'usage à son tour, fut exploitée comme
carrière par les populations modernes. On peut escompter que la suite des
recherches de M. Zammit précisera mieux encore le détail de cette instal-
lation cultuelle. Mais Hal-ïarxien est dès maintenant un des plus remarquables
sanctuaires des temps néolithiques actelluement connus dans la Méditerranée
orientale.

Palestine. —
La monographie de iNL H. AV. Finchara sur l'Ordre des Hospi-
taliers et son grand prieuré d'Angleterre (1) contient un rapide aperçu des origines
de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem, décrit les vicissitudes de son histoire et son
installation en Angleterre où il s'est perpétué jusqu'à nos jours, poursuivant glorieu-
sement ses traditions charitables depuis que son rôle militaire a pris fin. Dans les

chapitres consacrés au prieuré de Clerkenwell, à Londres, dont la fondation


remonte à la première moitié du M. Fincham établit que son église
xiv siècle,
primitive était constituée par une rotonde d'environ 20 m. de diamètre, à laquelle
se soudait, sur le côté oriental, une petite nef à trois travées, terminée par une
abside. Ce dispositif évoque spontanément celui du Saint-Sépulcre dans la restau-
ration médiévale à peu près contemporaine de la fondation des Hospitaliers à
Londres. Le monument anglais est sans contredit une des plus nettes imitations
du grand sanctuaire parvenue jusqu'à nous sans défiguration absolue.

Une
série de Plombs du muscc biblique de Sidute-Anne de Jérusalem publiée
par R. P. A. Decloedt, des Pères Blancs 'X, offre plusieurs types nouveaux de
le

représentations mythologiques, en particulier pour les divinités ascalonites encore


obscures, et maint document précieux pour l'iconographie religieuse et l'archéologie
palestinienne. Signalons au hasard (pi. XI, 47 et p. 449), sur un sceau byzantin,
une scène de la Résurrection avec figuration du Sépulcre très ingénieusement
rapprochée du thème des ampoules de Monza (cf. RB., 1914, 102 ss.); sur un
plomb byzantin d'époque indéterminée une scène de la Nativité de N.-S. avec
façade de la basilique de Bethléem pi. XII, 57 et p. 21). Mais la perle de cette
collection est le sceau médiéval de Hervé Godeshau déjà signalé naguère (cf. RB.,
1904, p. 318 s.), mais sans identification du personnage. Le R. P. Decloedt établit

que ce doit être « Godeschau de Turholt », connu par divers actes enregistrés au
Cavtuhnve du Saint-Sépulcre et dont Guillaume de Tyr signale la glorieuse mort dans
le combat néfaste de Beaufort sous le roi Baudouin IV, le 21 avril 1179. Un
magnifique sceau Samtae l'raternitatis de Iheruscdem doit avoir appartenu à l'un
des ordres religieux et militaires de la Ville Sainte.

(1) The Order of the Hospilal of St. John of Jérusalem and ils Grand Prionj of England.
by H. W. FisciiAM. In-4<> de x-88 pp., i.l. et il fig. Londres [lOlf.l.
-2-2

(2) Revue numismatique. 1014. ]>. i3s ss., pi. XI et Xll.


154 REVUE BIBLIQUE.

Au gré de M. Paul Haupt [1] Hinnom


du verbe DM etest un infinitiP nif'al

signifie « s'endormir du sommeil de la mort


la tombe ». », ou « se coucher dans
Qidrôn, analysé par une rac. inusitée en hébreu mais conservée en arabe, raqado,
par transposition qamda, signifierait « lieu de repos, tombeau ». Les deux expres-
sions bibliques seraient par conséquent synonymes, au sens de « cimetière » et
s'appliqueraient à la même vallée orientale de Jérusalem. La conclusion n'est pas
mauvaise, mais on y peut heureusement aboutir par une voie différente de cette
philologie un peu scabreuse cf. Jérusalem, ]. p. 124 ss. .

Das heilifje Land, 1914, n" 1. —


Le R. P. H. Hânsler, O. S. B. continue ses
monographies commencées en 1913 Echappées sur la topographie de Jérusalem
:

ancienne. La lampe, sa signification et son dévelo2}pement en Palestine. —


R. P. E. Schmitz, Le service postal en Palestine-, l'ne visite à Tâbgha. R. P. —
Fr. Dunkel, Comment nous acons appris à parler l'arabe. Projet d'inslitut —
ophtalmique à Jérusalem. —
L'école normale allemande de Saint-Paul. Nou- —
velles de Palestine. — K° 2. — R. P. H. Hânsler, Contributions à l'histoire de la
civilisation e:a Palestine (suite); La lampe... (suite). — M. l'architecte Hasek,
Comment se présentait le Saint-Sé/nilcre constantinien : spéculation architecturale
qui rappelle les moins bonnes divagations de M. Schick et ne s'embarrasse
d'aucune recherche archéologique (suite en 191 >> —
R. P. Hânsler, Éch. sur la
top. (suite). — R. P. "Schmitz. Les oiseaux du lac de Génézareth. Nouvelles de —
Palestine. — >' 3. —
R. P. Hânsler, suite de ses ait. sur la top. de Jérusalem, la
lampe et 1 hist. de la civilis. en Palestine. — Arcliit. Hasak, Comment se pn'sentait
l'enceinte du Temple au temps d'IJérodc, supprime l'angle sud-est, qui était certai-
nement la partie la plus impressionnante de la Tameuse basilique hérodienne. —
R. P. Fr. Dunkel, Trois inscr. arabes de Jérusalem : l'inscript. coufique de la

mosquée d'Omar, inscr. de la Madraseh Salahieh à Sainte-Anne, inscr. du Cénacle.


— Dom. G. Gatt, Cà et là à travers le pays des Philistins : anecdotes et quelques
indications topographiques. — Nouvelles de Palestine. — N» 4. — Suite des art. de
Hasak sur le Temple hérodien et dom G. Gatt sur la Philistie. — R. P.
E. Schmitz, Les oiseaux rapaces nocturnes de Palestine, trad. de RB.. 1914.
p. 25.5 ss. — Nouvelles de Palestine.
Grâce à la situation privilégiée que lui faisait l'alliance turco-allemande, le

savant organe du Verein catholique de Cologne avait pu continuer de paraître


pendant la guerre. Ses distingués collaborateurs demeurant, en Palestine, à peu
près les seuls représentants des recherches d'archéologie et d'histoire, on pouvait
espérer qu'ils mettraient à profit une aussi excellente occasion de rendre les plus
précieux services à ces pauvres sciences, qui ne perdaient rien de leur intérêt pour

s'être trouvées brutalement reléguées tout à l'arrière-plan des préoccupations.


Grande est la déception de parcourir la collection de Bas hedige Land en ces
années fatidiques. Au lieu de la sérénité de monographies scientifiques fort rares,
elle étalesurtout l'âpreté d'une revue de guerre. Si ce caractère n'avait influencé
que certaines chroniques du R. P. Fr. Dunkel et de quelques autres, on tournerait
ces feuillets d'un journalisme tendancieux et d'une malice bien incffensive. Tels
articles comme celui où M. le prof. D' Liibeck pronostique les obligations futures

Hinnom and Kidron, ilans .Journal of bibl. Litorature, WXVIII, l'UO, p. 45 ;


BULLETIN. Ibo

des catholiques allemaQcls dans l'Orient turc (1916, n" Ij, ou celui dans lequel
M. le D'' Karge, à propos du commerce d'exportation en Palestine, s'enthousiasme
aux perspectives d'un chemin de Ter Berlin-Bagdad et d'un autre Berlin-Suez-Caire
destinés à assurer la félicité de la contrée sous l'égide allemande (1915, n'^ 4),
reçoivent des événements un commentaire assez ironique. Il n'est ni du domaine
ni dans le caractère de la RB. de relever les insinuations malveillantes glissées à
tout propos, entre des articles consacrés à ou aux oiseaux galiléens, aux
la volaille
écoles et aux missions, à tel commandant turc modèle, ou à propos de rien, contre
la France « athée » et « persécutrice de l'Église », sur le caractère tendancieux
de ses missionnaires en Orient, voire même au sujet de ses libéralités, dont plus
d'un ressortissant allemand a cependant ça et là tiré quelque profit, en Pales-
tine, aux plus mauvais jours de la guerre. Quand on a mélancoliquement mis de
côté celte littérature, il reste peu à glaner d'informations vraiment utiles.

191.5. 1. — R. P. H. Hânsler, Gloses marginales sur la numismatique biblique,


continué dans n° 2, 1916, i.° 2, etc. — Hasak, Dans quelles parties du
Archit.
Temple Jésus a-t-il enseigné. — R. P. Fr. Dunkel. La v<'nérntion de la Croix le
vendredi saint dans Véglise si/rienne catholique ^plusieurs articles). R. P. —
A. Dunkel, Comment nos prédécesseurs suivaient la voie douloureuse à Jérusalem,
étudie les anciens plans, les computs de stations et de pas, mais n'aborde pas le
fond de la eux-mêmes (plusieurs articles).
question sur les sites N 2. Pv. P. — ' —
Fr. Dunkel, La semaine sainte et Pâques à Jérusalem. X" 3. D'' Karge, Stations — —
de l'âge de la pierre aux environs de Tàbgha outillage néolithique en diverses :

localités, nécropole dolménique au N.-E. de Kerazieh. La plupart de ces dolmens,

d'assez vastes proportions, étaient précédés d'une ailée et jadis recouverts d'un
tertre. M. K. n'augmente nullement l'intérêt de sa découverte en spéculant sur les

ressemblances étroites qu'il croit saisir entre ces dolmens et les Pyramides! —
M. l'arch. Hasak, L'énigme du clocher sur la façade méridionale du Saint-Sépulcre,
complique d'un contresens archéologique la question d'origine de ce clocher qui
n'est nullement énigmatique 'cf. Jérusalem, II, 153 et 284 en imaginant son
ss.),

raccord avec les chapelles de l'orient du parvis par une église de Sainte-Marie qui
aurait été coupée pour créer le parvis méridional actuel. — R. P. Fr. Dunkel, Le
récit de la création d'après Moudjir ed-D'm (plusieurs articles). — R. P. A. Pilgram,
Par voie de terre de Jérusalem à Constantinople. inaugure une série d'art., en
collaboration avec d'autres auteurs, sur les principales localités de Syrie et Asie-
Mineure que traverse la nouvelle voie ferrée. ÎS" 4. —
Arch. Hasak, Les édifices —
constantiniens à Jérusalem et la mosaïque absidale de Sainte-Pudenlienne à Rome,
groupe les édiGces du Saint-Sépulcre, de Sion et du mont des Oliviers en sens
inverse de ce que suggèrent les faits. Un autre art. résume l'histoire du chandelier
à sept branches et des ustensiles du Temple depuis Titus. Excellente monographie —
anonyme sur Le pkiu des sauterelles en Palestine, en 1915. R. P. Fr. Dunkel, à —
propos du calendrier juif, Les fêtes du mois de Tichri : nouvel an, expiation, taber-
nacles.

1916, w" l. — Arch. Hasak, Véglise de la Nativité à Bethléem établit bien


rinanité des spéculations de Weigand, mais raisonne lui-même trop exclusivement
en architecte. Ce n'est pas une théorie structurale, comme il le pense, mais une
exigence archéologique fort nette qui implique le recul du chevet dans la restaura-
156 REVUE BIBLIQUE.

tion justinienne. Quant à vouloir prouver que les chapiteaux des piliers du transept
sont d'autre main que ceux des nefs, ou que les architraves des nefs sont elles-
mêmes une œuvre du temps de Justinien, c'est un paradoxe déconcertant. M. Hasak
voit les faits sans doute comme les livres or il a découvert que la monographie publiée
:

par la Société byzantine anglaise est l'œuvre des Américains Harvey, Lethaby et
«

Daltou ». — Notice nécrologique sur le A une inlassable


T. R. P. Zéphyrin Biever.
et très féconde activité apostolique pendant près de 40 ans en Terre Sainte, cet
admirable missionnaire, originaire du Luxembourg, savait joindre un goût
profond et zélé pour les recherches bibliques et palestinologiques. L'École et la

Revue biblique, honorées par lui d'une vive sympathie et en mainte circonstance
d'une active collaboration, tiennent à offrir un hommage de profonde et Odèle
gratitude à sa mémoire. — >'° 2. — M. l'abbé Heidet, Révision d'inu vieille

cùiitroverse. Le sanctuaire de la lapidation de saint Etienne est-il authentique '/


La
publication en français d'une élucubration que lourdement polé-
aussi plaisante
mique, par le chanoine allemand Momme.rt, a été pour M. Heidet l'occasion de
reprendre une démonstration d'authenticité qu'il fut le preraier naguère à établir
historiquement, avant même que la découverte intégrale de la basilique eudocienne
ait donné tout leur poids aux faits archéologiques. En tête de cette série d'art.,

dont il a été le traducteur partiel, le R. P. M. Gisler O. S. B. fait une peinture du


traitement de faveur que l'occupation turque aurait assuré à l'établissement des
Dominicains de Saint-Etienne vraie sans doute à la date de o septembre 191-5 »,

mais que la suite se chargeait de faire mentir! — Arch. Hasak, La découverte des
Lieux Saints et de la sainte Croix à Jérusalem, plusieurs art. où sont juxtaposés

les textes connus. — Les art. du R. P. Hansler sur Hdfir, el-Aoudjeh, qui sont
les principaux des n°^ 3 et 4, seront examinés ailleurs.

1917, n' 1. R. P. M. Gisler, Le tombeau du saint protomartyr Etienne, décrit la

chapelle byzantine de Beit el-Djemâl (cf. 244 ss.) et propose


RB., 1919, p. — d'ail-

leurs avec une élégante réserve — un rapprochement toponymique peu vrai-


semblable entre Beit el-Djemâl et Caphar-Gamala. — M. l'arch. Hasak, L'église
de l'Ascension au mont des Oliviers, inflige un traitement de rigueur aux splen-
dides vestiges de l'édifice primitif. Il n'est pas de docte spéculation technique
capable de prévaloir contre des faits et si M. Hasak a Jamais consacré un quart
d'heure à l'examen des réalités archéologiques en cet endroit, il faut le plaindre,
car sa façon de découvrir une parfaite unité entre les bases médiévales et les parois
de l'octogone (cf. Jérusalem, IF, p. 360 ss.) est un défi au bon sens. N» 2. — —
M. l'abbé Heidet, Tàbgha en tant que lieu saint. N^ 3. R. P. Fr. Dunkel. — —
Les trois signes commémorât ifs d'Israël : tefillin, zizith, mezouzah. R. P. —
E. Schmitz, La maison de Na'aman le syrien, décrit la ruine qui porte tradition-
nellement ce nom. près de la porte orientale de Damas (1). Ce n'^ de juillet —
1917 est le dernier de la revue Bas heilige Laud qui m'ait été accessible.

[V.]

(r M. Casaiii'va fait aussi étal de cotte ruine et de sa tradition dans le curieux article où il
vient d'expliquer l'étymologie de Damas par d'ingénieuses déductions mythologiques et philo-
logiques. Damas, Dimashi. Damméseq, signifierait le sang des blessures d'Adonis
.. =
Na'aman ». Journal asiatique. lOU», p. 134 ss.). CeUe philologie est bien risquée, malgré son
ingéniosité, car le nom semble beaucoup plus ancien que les derniers développements du
mythe d'Adonis.
BULLETIN. 157

La ville "de Sarepta ou LongueviUe. — Lorsque Raabe eut publié la VU- de


Pierre l'Ibère, l'attention des orientalistes fut mise en arrêt par une série de noms
géographiques dont quelques-uns étaient jusqu'alors inconnus. On fut assez intri^^ué
en particulier de rencontrer sur la côte phénicienne entre Beyrouth et ïyr une
localité maritime que le texte -syriaque édité par Raabe nommait Qr'it'i ai'ikta, c'est-
à-dire « le Village long (1) ». Dans sa version allemande, le traducteur n'hésita pas
à se servir du terme équivalent « Langendorf » et même à insérer ce qu'il pensait
devoir être l'original grec de cette désignation locale : Ka>tj.r) aaxpa. Seulement, Raabe
renonçait à l'identifier, attendu que les anciens géographes ignoraient ce nom qui
ne pouvait être que celui d'une bourgade sans importance.
nouveau problème, M. Clermont-Ganneau émit en 189-3, dans le
Attiré par ce
volume II des Études d'archéologie orientale,
p. 16, l'hypothèse que le texte syriaque
devait être fautif et que la vraie leçon du traducteur était Qriiu ar'-phta, qui se
rapproche singulièrement de Saréphtha. De là le savant archéologue remontait à
un original grec en continua : KGOMHCAPe(t)eA, qui donnait claire-
scriptio
ment le nom de la cherchée. >'ous n'avons pas à insister sur les ingénieuses
ville

combinaisons présentées en vue de rendre plausible l'origine de l'erreur de la


traduction syriaque ou des altérations des copistes. Il demeurait fort probable que

le vocable « Village long ou « LongueviUe » ^si l'on veut prendre la terminaison


»

ville dans l'acception vague qu'elle possède en ce cas^ (2) n'était que le résultat
« d'une mauvaise lecture du traducteur syriaque aux prises avec l'original grec ».
Mais ce qu'il y a de plus piquant, c'est qu'avec ces prémisses qui seront reconnues

d'abord hasardeuses, puis fausses en l'espèce. M. Clermont-Ganneau. guidé par son


flairtopographique, arrivait à une conclusion juste la localité cherchée était bien :

Sarepta. En somme, si la discussion philologique avait mis le savant maître sur la


voie, ce n'avait été qu'un pur elïet du hasard : l'homonymie approximative d'un
adjectif syriaque, arikta, et le nom de la ville de Sarepta. Le procédé en soi ne perd
rien de sa valeur puisque dans d'autres cas, comme dans celui de Beth-Taphsa —-.

Beit-lksà, il aboutit à nous rendre de véritables services (3 . D'autre part, il est


évident qu'ici le raisonnement topographique qui fait honneur à la perspicacité du
critique conserve toute sa force ;
il sera d'ailleurs pleinement confirmé par la
découverte de la carte de Màdabà.
Avant de passer à seconde phase de
la question il est de notre sujet de
cette
constater qu'en dépit des modifications que M. Clermont-Ganneau apporta à sa
manière de voir, avec hésitation en 1897, mais franchement en 1901, certains
savants en sont demeurés à la séduisante hypothèse du premier jour. Je citerai en
premier lieu M. ïhomsen, Loca Sancta (1907), p. 103 « Qrila arikta verschr :

(eibung) fiir Qrita arepla = /.wari Sl(apcï)Oa) », puis M. l'abbé Nau, Palrologia
Orientalis VIII (1912), p. 193 : (a K'o^r^iiozr.-oi. a été rendu par in^uî/ )\.^ d'où
)N^.;i |c^.;j3, qui se traduit par. Ko\ar, ;j.ay.pa. » Ainsi donc on tient encore à ce que
Village long soit le résultat de la confusion d'un caph et d'un phi\
Cette théorie pourtant avait été fortement ébranlée par la découverte du fragment

(1) Petrus der Iberer, Teste, p. 111, lli. Traductiou, p. lOo, 107.
2) Parmi les nombreuses communes de France nommées LontjueviUe ou Longi'iU.ers. une
seule dépasse le nombre de mille habitants.
;3) Éludes d'archéologie orientale II, p. Ce travail sur quelques localités de Palestine
-20.

mentionnées dans la Vie de Pierre l'Ibère fut l'objet d'une communication à l'Académie des
Inscriiitlons et Belles-Lettres en septembre 189j.
158 REVUE BIBLIQUE.

de la carte de Mâdabà qui portait la légende mutilée ainsi conçue :


CAPe<t)9A
MAKPAKtO... que M. Cl.-Ganneau reconnut comme appartenant à
et la fameuse
mosaïque. « Le groupe de lettres, ajoutait-il, qui suit (le nom de ville) se prêterait

à la lecture : |j.«/.,:.à y.<i>[iiri] 'i\ » La conjecture de 1897 devint à bon droit une
aflirmation en 1904. La carte donnait les deux noms de la localité phénicienne, son
nom historique et officiel et son nom populaire et descriptif, indépendants l'un
de l'autre au point de vue philologique. La première interprétation se trouvait par
conséquent caduque et « l'on pouvait, iisons-nous au Recueil d'Archéologie Orien-
tale^ IV, p. 279, maintenir la leçon du texte syriaque de la Vie de Pierre l'Ibère)
sans faire intervenir la correction que j'avais proposée, Village Long » étant le «

réellement le nom nouveau ou le surnom de Sarephtha. Je proposerai aujourd'hui


de restituer ainsi toute cette légende de la carte : Sapssôà [y^] Ma/.pà •/.w[(j.r|J xx)..

Séfrephtha ou Long Village^ etc. ».

On disait donc couramment à l'époque byzantine Maxcà -/.ojarj ou « Longueville »

pour désigner Sarepta, comme nous disons indistinctement « Ville sainte » et


« Jérusalem » sans prétendre que l'une de ces dénoraioations soit la traduction de
l'autre. Non seulement on peut, arîkta du mais on doit maintenir la leçon QrHa
texte de la Vie de Pierre et reconnaître que Raabe avait raison de supposer sous
cette forme une locution grecque telle que Kw;j.r, [i.a/.pâ. Il eût été même mieux
inspiré en restituant l'ordre des mots qui devait êtr^ celui de l'original Ma/.pà :

/.w;j.t;, car si le traducteur syriaque a suivi l'ordre inverse c'était pour satisfaire au

génie sémitique qui réclame d'ordinaire l'épithète après le substantif. L'auteur grec
de la Vie de Pierre l'Ibère se conformant à l'usage contemporain s'est contenté de
l'appellation vulgaire de « Longueville » sans plus, dans la certitude d'être compris
de tous. Son rôle de glose dans la carte de Mâdabà semble indiquer que le port
phénicien était plus connu sous le nom de Ma/.cà /.«[iï, que sous son vocable histo-
rique de Zy.çîo<)y..

Que Ma/fà -/.wj-Ti est bien la leçon authentique de la biographie originale de


Pierre et la restitution certaine de la légende de la carte de Mâdabà, c'est ce que
confirme un passage de l'opuscule de S. Sophrone écrit entre 610 et 619 sur les

Miracles des saints Cyr et Jean, qui n'a pas été jusqu'ici versé dans le débat (2).

Pas plus que le biographe de Pierre l'Ibère, Sophrone n'éprouve le besoin d'expli-
quer que Maxpà xwijir, est identique à Sarepta, le nom descriptif étant plus répandu
que l'autre dans le monde syro-palestinien. Le chapitre l\i traite d'un diacre
Philémon atteint d'une double maladie et qui est accouru au sanctuaire égyptien
des deux martyrs solliciter sa guérison. Cet homme arrive à toute vitesse de Phé-
nicie. de Lon(jneville qui est le lieu même de son domicile IlapasTtv yàp ô à.^\o, :

a'jv ôpb[AO'j pottrjuaaiv h. <I> o ; v; y. r) ; fj|j.tv àï)ixo;j.;vo;, v.cà IMay.pa? xoj[j.r;; Trj; lx£tj£

Àa-/ojar,ç -rjv Le nom composé Maxpà xiJj;j.r,, que l'on pourrait même écrire
oàijLïiJtv.

en un seul mot, paraît être le terme consacré. Ce qui le prouve, c'est le titre
même du chapitre où l'auteur annonce qu'il va être question de Philémon le
Macrocomite, nous dirions le Longuevillois UioX <l>tXTÎaovo: toj 3[axpoxw|j.r]'Tou,.. La :

traduction latine ayant rendu ce terme par Macrocomite, l'annotateur a cru bon de
rectifier ainsi « Die Macroconieta, a patria Macrocome, longo castello » craignant
:

(1) Éludes d'Archéologie orientale, II, p. 18 a. 4. Ce texte avait été publié dans RB., 1895
p. 588, par le H. P. Germer-Durand.
("2; p. G., LXXXYIIS, 363G s.
BULLETIN. 139

(|ue la finale comité ne fit naître une confusion avec l'ablatif de cornes. Les lecteurs
byzantins comprenaient aisément que ce diacre était de Sarepta en Phénicie. Ils

étaient aussi bien renseignés, sinon mieux, que si Sophroae s'était servi du r/entiUs

ïiapeoerivdç qui se rencontre sur une épitaphe peut-être juive publiée par M. Cler-
mont-Ganneau dans le Recueil... II, p. 250.
Lorsqu'on longe la côte phénicienne, entre Tyr et Sidon, à la hauteur du petit

village de Sarfeud, rien n'évoque mieux la vérité de l'ancien vocable de Longueville

que l'interminable chapelet de ruines égrené sur le bord de la mer. Tô Sapacp6à


/cajTpov, écrit Phocas en 1177, Tispi zh /.Àja^x -7^^ ÔxXaoxr,; T=9£;xîX''jj-a[, et Burchard

en 1283 « Sarepta vix VIII clomos habet, cum tamen ruine eius ostendant eain
:

fuisse valde gloriosam. » La disposition de cette localité frappait d'autant plus


l'imagination qu'elle contrastait avec celle des autres ports phéniciens dont les mai-
sons se massaient sur un promontoire rocheux.

Les deux volumes consacrés à sainte Anne et à son culte par le R.P. Charland (1),
filsde la province dominicaine du Canada, se présentent comme une compilation
des documents relatifs à ce sujet et des opinions émises par tous les auteurs qui se
sont occupés de la question. Si l'on a des réserves à faire sur méthode, la
la

critique et le style qui affecte volontiers le ton de la bonhomie, l'auteur n'en-


court point évidemment le reproche d'avoir méconnu la littérature concernant
sainte A.nne. Sans nous appesantir sur les chapitres de l'hymnographie, de la

liturgie, des fêtes ou de l'iconographie, nous en avons une preuve évidente dans
l'article « Religiosn Loca » ou le R. P. traite des sanctuaires dédiés à sa sainte de
prédilection et spécialement de l'église Sainte- Anne de Jérusalem. Aux témoi-
gnages en faveur de la naissance de Marie à Bethléem suivant une déduction
exégétique de Luc ii, 4,-5, on eût pu ajouter celui de S. Cyrille d'Alexandrie dans
son commentaire de Michée (P. G., LXXI, 713 (2 . Mais il est assez raisonnable de
conclure à l'existence d'une seule église à la Probatique avant les Croisades. Le
nom du sanctuaire a changé; seulement l'autorité d'Aboulféda est trop faible en ce
qui concerne cette période pour permettre d'assigner au vi'^^ siècle ce changement
de vocable. L'assertion isolée de cet Arabe du xiv^ siècle ne tient pas en face des
attestations antérieures au x*" siècle. Dans l'état actuel de la documentation, il e^t
aussi impossible d'établir l'origine constantinienne du sanctuaire que sa restauration
par Justinien. Ce que l'on peut affirmer de plus sûr est que l'église de la Proba-
tique, connue au vi'' siècle sous le vocable de Sainte-Marie, remonte à la première
moitié du v^^ siècle.

Le Père Charland a été bien inspiré en faisant justice des calomnies répandues à
propos de la découverte des tombeaux de sainte Anne et de saint Joachim que l'on

vénérait dans la crypte de l'église dès le début de la domination latine. L'argu-


mentation tirée du silence de deux cents pèlerins incomplets dans leurs relations ou
mis sur une autre piste par les guides officiels de la Terre Sainte à partir du

W- siècle ne l'a pas impressionné. Le monogramme Sca Aima retrouvé par

Madame mincie Anne et son culte au moyen c'nje, deux volumes iii-8' : I. 3lS pp. II.
(1)
700 pp. Paris, Picard. 1911. 1913.
(-2) Une confusion qui aurait pu être évitée est d'identifier avec
Saint Jeaii-d'Acrë la Ptolémais
dont Syaésius fut évèque. II s'agit de la Ptolémaïs de Cyrénaique (Tolmita..
100 REVUE BIBLIQUE.

M. Clerraont-Ganneau dans un bazar de la ville, marquant une concession faite par


les roisde Jérusalem à l'abbaye de Sainte-Anne d'un droit sur les revenus de ce
marché ou même la possession par l'abbaye de ces boutiques ou staciones n'a pas
échappé aux recherches actives de l'historien que l'on devra désormais consulter
pour tout ce qui concerne le culte de la mère de la bienheureuse Vierge.

Le Gérant : J. Gabalda.

TYPOGHAPHIE FIIOIIX-DIDOT ET 0"=. — TARIS.


LA PALESTINE DANS LES PAPYRUS
PTOLÉMAIOUES DE GERZ V

Le choix de papyrus grecs extraits des « Archives de Zenon » et


publiés par M. C. Edgar en de récentes livraisons des Annales du
Service des Antiquités de l'Égi/pte (1) ne peut manquer d'affriander
ceux que préoccupent les petits problèiiies d'histoire et d'archéologie
palestinienne. On saura gré au très distingué spécialiste davoir versé
à l'élude, presque au fur et à mesure de son déchiffrement, des infor-
mations dont il a pénétré dès l'abord l'exceptionnel intérêt. La Revue
pouvoir présenter avec la
doit à sa courtoisie parfaitement libérale de
photographie d'un texte particulièrement intéressant, un rapide aperçu
de cette documentation inespérée et lui en exprime une très vive gra-
titude. Avertispar cette note sur le caractère et la richesse des nou-
veaux papyrus, nos lecteurs sauront tout ce qu'ils peuvent attendre
de la publication d'ensemble que M. Edgar en prépare et (pii enri-
chira prochainement d'un volume précieux le monumental Catalogue
général du Musée du Caire.

1. Les papyrus, lex personnages et leur temps.

C'est leMusée du Caire, en effet, qui abrite aujourd'hui ces fragiles


archives, exhumées, voici quelques années déjà, des ruines d'e/-
Gerza, ancienne Philadelphie ptoléaiaïque, vers la lisière orientale
du Fayoùm. Leur découverte est due à des fouilles clandestines,
poursuivies plusieurs années durant sur ce tertre désert et qui épui-
sèrent seulement au cours de l'hiver de 1915 le copieux gisement,
avant que la vigilance officielle ait pu les dépister. La cueillette de

chaque saison passait aux mains des courtiers, qui se hâtaient natu-
rellement de la monnayer suivant les hasards de l'offre la plus lucra-

(1) T. XVIII, 1918, pp. 159-182; 225-2i4 (1919) : Selected papjjri from the Archives of
Zenon.
REVUE BIBLIQUE 1920. — T. XXIX. \\
!62 REVUE BIBLIQUE.

La dissémination parait avoir été assez considérable au moment


tive.

où suspendu. Par fortune, ces acquisitions relativement


le trafic fut
dispendieuses sont beaucoup moins le fait de touristes, amateurs sur-
tout de pièces esthétiques ou de bibelots curieux, que de Mécènes ou
de savants, pourvoyeurs bénévoles ou patentés de grandes collections
scientifiques. On peut donc s'en promettre, dans un intervalle* plus ou
moins prolongé, la publication à peu près intégrale. C'est ainsi qu'un
lot important, arrivé en Italie et qui paraît centralisé au musée de
Florence, commence d'être édité par les soins de la Società italiana
per la ricerca dei papiri greci e lathii. La part léonine a cepen-
dant bien l'air d'être heureusement échue aux collections du Caire,
où elle ne pouvait tomber en de meilleures mains que celles de
M. Edgar. Dans cet amas de lettres d'affaires, comptes divers, quit-
tances et contrats, on a promptement discerné les archives d'un per-
sonnage appelé Zenon, qu'une carrière très active fait évoluer dans
les phalanges aussi denses que variées du personnel administratif
égyptien aux jours de Ptolémée II, assez improprement dit « Phila-
delphe (1) ». Tandis que le nom seul de ce personnage, associé à celui
du diœcète Apollonios sur une stèle découverte naguère à Philadel-
phie, nous était précédemment connu, M. Edgar en peut maintenant
esquisser à grands traits la carrière. Zenon, fils d'Agrœophon, était
originaire de Caunos (2), centre commercial important, sur une voie
d'eau et à courte dislance de la mer dans la Carie méridionale. Ni sa
condition, ni les débuts de sa carrière ne nous sont autrement révé-
lés. On apprend toutefois qu'il avait pris femme dans la cité lycienne

de Calynda et ses archives attestent qu'une fois installé en Egypte il


continua pourtant de s'intéresser aux affaires de cette ville. Divers autres
Lyciens de Calynda semblent d'ailleurs avoir pris pied en même
temps que lui au Fayoùm. A quelle époque précise et dans quelles
circonstances Zenon s'y était-il rendu, nous l'ignorons encore (3). La

;i) que ce nom revient de droit à sa sœur-épouse, la grande Arsinoé (II) et n'a été
On sait
appliqué à Ptolémée « qu'un siècle après sa mort ». L' « histoire, en lui imposant le nom

de Philadelphe, interprété à contre-sens, a fait de lui la doublure de sa divine moitié »


(Bouché-Leclerco, Histoire des Lagides, I, p. 142 et 24-3 1.

(2) Kaùvo;, KapixT) t:6),iç xal indiquait Scvlax, Périple, éd. Didot, p. 73.
>.ip.r,v /./.eicTÔ;,

Sur l'emplacement et les ruines de celte localité, voir Collionon, Bxdl. corr. hellénique,
T, 1877, p. 338 ss.

L'Egypte exerça de très bonne heure son attraction sur les peuplades grecques.
(3)
Après !a fondation de la dynastie Lagide, le pouvoir royal s'employa persévérâmment à
favoriser l'afllux d'éléments grecs de nature à consolider sa politique. Dés les jours de
Ptolémée Soter, un coup de main très hardi réalisé par le stratège Philociès, avait assuré
à l'Egypte la possession de Caunos, apparemment vers 309 av. J.-C. (voir Bolché-Le-
«.LERco, Hist. des Lag., I, 62, n. 4; cf. 176, n. 2 et 193, n. 1, contre Droyset^. Hist. de l'hel-
L.\ PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLE.MAIQUES DE GERZA. 103

plus ancienne date relevée jusqu'ici dans ce qui est déjà étudié de
ses archives est inscrite sur un contrat, qui du reste ne suppose d'au-
cune manière son intervention et fut scellé en la 12' année de Ptolé-
mée Philadelphe soit en 27i 3. Cette pièce absolument isolée pour
:

le moment ne se serait-elle pas glissée de manière fortuite dans la

collection si soigneusement conservée par le fonctionnaire carien?


Elle pouvait provenir des archives particulières de ce diœcète Apol-
Ipnios dont il fut manifestement, pendant d'assez longues années, le
bras droit et le plus intime confident. On sait que le diœcète [zr.ov/:r,-r,:)
était le « chef suprême de la hiérarchie » dans l'administration finan-
cière des Lagides, et Apollonios était depuis longtemps connu comme
titulaire de cette haute fonction dans la seconde moitié du long règne
de Philadelphe (1). Zenon apparaît dès le début comme l'assesseur
d' Apollonios, 6 zap' 'AttcaAojvicu, son chargé d'affaires, -GJv r.tpl 'A^cÀ-

/xtôv'cv -bv otci/wYj-ï^v, une fois ou l'autre même avec le titre plus nette-

ment protocolaire de :i7.:7i;^.3ç, sorte de contrôleur préposé àla rentrée

lénisme conquête à la seconde guerre de Syrie, sous


(trad. fr.j III, 2(13 qui assignait celte
Piiiladelphe, et la datait Tandis que, grâce à une marine alors puissante,
de 2G6}.
l'Egypte réussissait à maintenir désormais à peu près sans interruption sa prépondérance
sur les côtes de Lycie et de Carie, peut-être dut-elle évacuer assez tôt ses conquêtes à
l'intérieur, ou n'exercer qu'une domination précaire sur des villes continentales. Mais
Caunos rapprochée de la mer pour que le contact pût être maintenu. On con-
était assez
cevrait d'ailleurs que, dans ces temps troublés où les compétitions des Épigones boule-
versaient constamment le pays, bien des gens l'aient abandonné pour aller demander ;i
l'Egypte tranquille et prospère une plus parfaite sécurité. La colonie carienne dut avoir
une certaine importance, puisqu'à Memphis par exemple elle constituait un quartier dis-
tinct, au témoignage d'Etienne de Byzance (s. r" Kap'.xôvi. Il n'est dès lors pas nécessaire
de chercher quelle circonstance particulière détermina le Caunien Zenon à déserter la
Carie pour venir chercher fortune, ou simplement continuer sa carrière en Egypte. D'au-
tres documents attestent d'ailleurs les relations spéciales des Cauniens avec le royaume
des premiers Lagides. Le P. Lagrange me rappelle très opportunément, à ce propos, la
remarquable stèle funéraire de Sidon qui mentionne en cette ville, aux temps hellénis-
tiques, un Ka-jvîwv xo izolni-Jii.'x (Macridy-bev, MB., 190i, p. 549). Il n'est pas très facile
de déterminer l'exacte nature politique de l'établissement que, représentait ce TroXÎTî-^aa.
M. Perdrizet, qui l'a très diligemment étudié [Rcv. arc/iéol., 1899, II, p. 44-48), concluait
qu'il s'agit probablement de gens transportés en masse et d'un coup à Sidon. Jouissant
«(

des mêmes droits que les Sidoniens, ils devaient en revanche le service militaire «
{op. l., p. 48). Rien ne précise malheureusement la date du texte, si ce n'est que 1' «ins-
cription semble du temps des Séleucides » (p. 4i). Étudiant par la suite le groupe entier
des « stèles peintes de Sidon », M. Perdrizet les date, et la stèle des Cauniens dans la
série, « de l'époque hellénistique en général (Rev. arch., 1904, I. 234, 239). Il est assez
)>

vraisemblable que l'ancien stratège égyptien Philoclès ayant été mis sur le trône de
Sidon vers 280 par Ptoléraée Philadelphe, on lui ait adjoint, pour appuyer son autorité,
un poste de colons miliciens choisis parmi ces Cariens de Caunos avec qui Philoclés pou-
vait avoir gardé quelques particulières attaches.
Il) Boccué-Leclercq, Hist. Lag., III, 381; IV, 342. Les nouveaux papyrus paraissent

indiquer pour Apollonios une carrière administrative plus longue qu'on ne la connaissait
encore.
164 REVUE BIBLIQUE.

des impôts et des taxes de toute nature. Les documents couvrent une
série de plus de viugtans continus, à dater de la ving-t-cinquième année
de Philadelphe (261); la plus basse date actuellement enregistrée,
encore pourrait-elle être adventice dans la collection, prolongerait jus-
qu'à la première année de Ptolémée IV Philopator, en 223/2, une acti-
vité qui doitbien plus vraisemblablement n'avoir pas dépassé la
première décade du règne d'Évergète, c'est-à-dire l'an 2^0 environ (1).
Edgar a discerné dans cette longue carrière trois phases d'inégale
importance. Dans la plus ancienne, limitée avec exactitude entre les
années 25 à 29 de Philadelphe (201-257), Zenon, qui réside déjà en
principe à Philadelphie, semble doué dune véritable ubiquité. D'un
mois à l'autre on le trouve agissant pour le compte du ministre des
finances sur les points les plus variés non pas de la seule Egypte qui
tasse ses nomes autour dumais dans les lointaines provinces que
Nil,

de récentes conquêtes ont annexées au royaume, la Syrie-Palestine


en particulier. Dans la phase moyenne, le chargé d'affaires habite
plus régulièrement son district du Fayoùm, toutefois en contact
permanent avec le diœcète, que sa fonction fixait k Alexandrie et qui
possédait d'ailleurs, à Philadelphie, un splendide domaine régi très
diligemment par Zenon l'homme de confiance. Dans les dernières
années la physionomie du personnage est sensiblement différente :

il est maintenant tout à fait sédentaire et semble devenu étranger

aux préoccupations administratives. Son patron Apollonios ne gère


plus les finances de l'État, et sans doute est-il mort, car on apprend
que le domaine princier de Philadelphie passe maintenant au nom
de l'agent préféré. Désormais Zenon, notalde envié dans sa tranquille
province, ne va plus courir les routes de l'État contrôlant, dirigeant,
stimulant tout le personnel d'une administration compliquée. Ses
archives ne sont pas closes, mais se restreignent à la banalité d'in-

1; A considérer de près ces dates, le cadre historique, surtout le caractère entrepre-


nant et la lorlune extraordinaire de Zenon, serait-il impossible de le rapprocher d'un ou
plusieurs homonymes contemporains? Un Zenon est investi du commandement de la

division navale égyptienne qui appuie le soulèvement d'Athènes contre Démétrius, vers
le milieu de l'année 287 av. J.-C, d'après le décret honorilique des Athéniens (Ditten-

iiEUGER, Sylloge, I, 311 s., n" 193; pour la date voir Bouciié-Leci.erco, Hixt. Lacj., I, 91;
IV, SOI Dans le décret d'Ios publié par M. Grain ior Bull, cor) hellén., XXVIl, 1903,
s.). .

p. 394 s.), un Zenon subordonné au


navarque tJacchon a bien chance d'être le même
personnage que celui du décret athénien. Bouché-Leclercq ;IV, 302) ne semble pas mettre
en doute cette identité si judicieusement établie par Graiudor. En lui attribuant de vingt-
cinq à trente ans lors des événements de linsurrection d'Athènes, l'ancien lieutenant de
vaisseau en aurait eu de cinquante à cinquante-cinq lorsque ayant abandonné les périls de
la marine il serait devenu le bras droit du tout-puissant diœcète Apollonios. II peut
cependant n y avoir là qu'un mirage.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. 1G5

térêts privés.Avec M. Edgar on reg^retterait volontiers cette retraite


et toute ropulence de Zenon; désormais, en effet, « les noms de Tyr
et Sidon, de Jérusalem et Jéricho cessent d'animer ses comptes et sa
correspondance (1) ».
Mais le moyen de contester le repos prospère si légitime de ses
vieux jours à Ihomme
admirable qui, ayant été si longtemps le sujet
le plus occupé du royaume, a eu la merveilleuse constauce de classer

au jour le jour, avec des dates explicites et des annotations minu-


tieuses, toute sa correspondance et ses papiers officiels, rapportant
soigneusement de ses plus lointains voyages les pièces reçues ou les
minutes de documents expédiés en cours de route? Zenon se révèle
ainsi un esprit méthodique et avisé. A scruter de trop près les apos-
tilles de son classement, et de préférence les précieuses équations de

dates, on relèverait sans doute ici ou là quelque lapsus de nature à


causer les pires perplexités aux savants, soucieux par profession
d'une impeccaJjle acribie, mais combien excusable chez cet héroïque
brasseur d'atfairesl C'est ainsi qu'écrivant en marge d'un message
émané d'Apollonios et daté, à la chancellerie du dio'cHe, suivant les
deux calendriers égyptien et jnacédonien mis en parfaite concor-
dance, la date de réception calculée de même d'après les deux
computs, le diligent fonctionnaire introduit des écarts allant jusqu'à
dix jours. Il suffit d'avoir vécu en pays où le comput du temps est
régi par des calendriers disparates pour constater la facilité dange-
reuse et la relative fréquence de telles erreurs d'équation dans les
actes et correspondances émanant, des rédacteurs les plus compé-
généralement la ressource de lire la con-
tents (2), ayant d'ailleurs
(ordance toute faite sur un calendrier imprimé.
En résumé, les archives de Zenon nous reportent donc en plein
règne de Ptolémée Philadelphe et, pour ce qui regarde plus spécia-
lement les informations palestiniennes, au laps de temps qui s'en-
cadre entre les années 261 et 2.57/6. Tout le monde a en mémoire,

ou peut aisément trouver dans les beaux ouvrages de M. Bouché-

(1) Annales..., XVJII, 1919, p. 243.


(2 ont, une fois ou l'autre, abordé de tels problèmes clironologiques, ou
Ceux qui
simplement parcouru la dissertation de M. Bolché-Leclercq, Les calendriers et les
computs (kuis l'Iigypte ploléinaïque Ilist. des Lacj., IV, 277-296 savent la délicatesse
,

et la complexité de ces calculs. Du point de vue particulier de notre enquête, il nest


heureusement pas nécessaire de les aborder. Il nous suffit de tabler sur une date régnale
toujours ferme dans les documents et ramenée par approximation à noire comput courant,
sans tenir compte des concordances qui ne peuvent nuancer de plus dune unité le chitfre
de l'année. M. Edgar a d'ailleurs discuté avec la plus diligente maîtrise toute cette
chronologie des papyrus de Gerza Annales..., WII, 209-223; XVIII, 58-64; 226 s.).
lOG REVIE BIBLIQUE

Leclercq sur les Lagides et les Séleucides. ou dans l'Histoire de


r hellénisme àe Droysen (1), la situation politique générale de la Syrie
et de la Palestine à cette date, quelle que soit la difficulté d'établir

avec fermeté la succession historique des événements.


A peine en possession du trône d'Egypte, Ptolémée II, merveilleu-

sement par les dissensions qui déchiraient le royaume séleucide,


servi
voyait son pouvoir, déjà très alfermi en Palestine, Syrie et Phénicie,
se dilater en Cœlé-Syrie, au moins sous la forme d'un protectorat
invoqué par les populations, sinon par voie de conquête. On entend,
à vrai dire, mentionner d'assez belliqueux préparatifs et la Hotte
égyptienne bloque plus vigoureusement que de coutume tout le

littoral jusqu'aux confins septentrionaux de la Carie; après quoi il

nest plus question de faits de guerre et tout se perd dans le brouhaha


d'un triomphe légendaire à Alexandrie. Le séleucide Antiochos
n'était pas d'humeur à se laisser arracher ainsi la perle de ses posses-
sions. Empêtré cependant pour l'heure en mainte difficulté, il dut
attendre des conjonctures moins défavorables pour lui, qui semblent
s'être offertes en 27V 3. Sentant venir la menace, Ptolémée stimulé
par la grande Arsinoé, brusqua ses préparatifs et porta lui-même la
guerre au cœur du royaume séleucide. au début de 273. La cam-
pagne semble s'êfre prolongée jusque vers 271. sans que nous en
puissions saisir même les grandes lignes. La paix signée en 271
ratifia la possession égyptienne des provinces disputées : Carie, Lycie,
surtout la Cœlé-Syrie tant convoitée (2).
L'année suivante mourait l'intrigante PJiiladelphe Arsinoé. Dès
qu'il eut consolé fastueusement sa douleur officielle en consacrant
la définitive apothéose de sa sœur-épouse, Ptolémée parut l'oublier
assez vite parmi le brillant essaim des favorites innombrables que
la chronique scandaleuse du temps fait tourbillonner autour de
r (( adolescent adoré >>, de.venu le héros « à la blonde chevelure »,

ainsi que l'avait baptisé naguère la flagornerie sentimentale de


Théocrite (3 . Ce fut pourtant le trait caractéristique de cette royale
figure d'allier une incontestable énergie et le sens profond des res-

(1) T. III de la trad. française par Bouché-Leclercq. Cf. ^VILr.IC^, Juden und Griechen
vor der mah/iab. Erhebxing 1895 , j». 33 ss., 115 s.

(2) Celte trame historique est, dans l'ensemble, celle de Bouché-Leclercq. Si Zenon le
Catien n'était pas déjà fixé en Egypte, la date de 271 deviendrait ainsi un moment très
propice à son émigration.
(3) TnÉocKiTE, Idylle XVII, 63, 103 (éd. Didot. p. 36 s. : -aï; dyxzviTci-:.... Sav6o/.6|j.a;

nxo),-[Aaîo;, è7tiffTâtJ.£vo; So'f- îtà).).Eiv « L'énumération enthou-


expert à brandir la lance ».

siaste du poète montre combien de redoutables peuples ont appris à trembler devans
l'héroïque vaillance du beau rejeton d'Héraclès'.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRLS PTOLÉiMAIQL'ES DE GERZA. 167

ponsabilités du pouvoir à une indolence voluptueuse. Les circons-


tances le servirent d'ailleurs à souhait et son adroite politique s'en-
Pendant quelques années encore les événements
tendit à les exploiter.
de Grèce Mineure exigèrent qu'on ne perdit pas de vue la
et d'Asie
sécurité des nouvelles frontières syriennes. Mais à partir de 260
environ s'inaugure de ce côté une phase de paix (1) que Ptolémée va
mettre à profit pour consolider ses conquêtes syriennes et réorganiser
toute l'administration intérieure de son vaste royaume. Un ancien
stratège égyptien, le grec Philoclès devient roi de Sidon ; les autres

villes du littoral syro-phénicien s'attachent volontiers et loyalement


à une suzeraineté peu tracassière et qui compensait par les bénéfices
de la paix quelle assurait au trafic extérieur et à la libre évolution

de la vie nationale des exigences fiscales lourdes sans être immo-


dérées. Les populations de l'intérieur, juives surtout et samaritaines^
s'accommodaient au mieux, depuis longtemps déjà, d'une domination
qui ne leur avait marchandé ni tolérance, ni sympathie. Aussi voit-on
sefonder alors des cités nouvelles sous le vocable tutélaire des dieux
Adelphes, ou plutôt de très vieilles villes cgijptiser à l'envi leur nom
en d'innombrables Bérénice, Arsinoé, Ptolémaïs ou Philadelphie.
Dans la savante et forte organisation en monarchie militaire réalisée
parle premier Lagide 2), la plus lointaine province était directe-
ment rattachée au pouvoir central exerçant son influence partout,,
grâce aux multiples échelons d'une hiérarchie administrative égrenée
de la chancellerie alexandrine aux dernières garnisons qui veillaient
aux frontières.
La perception des taxes et la rentrée des impôts demeuraient sans
contredit le souci principal de cette administration et la moins facile
de ses tâches (3). Les colonies écartées et les plus récentes provinces
annexées à la couronne ne montraient pas toutes un égal empresse-
ment à satisfaire à leurs obligations vis-à-vis du Trésor, ou ne se
faisaient point faute de duper les agents du fisc. Ces agents eux-
mêmes, collecteurs particuliers ou fermiers généraux des provinces
pouvaient avoir besoin de se sentir contrôlés. D'où l'opportunité, pour

1) A peine troublée un moment, dans les dernières années du règne, par les agitations
d'Antiochus II qui provoquèrent une nouveIle_« guerre de Syrie dont l'issue demeura
)i

favorable au Lagide.
Bien esquissée par Diîovsen, Ulst. de l'HelUn.
[2] (trad. franc;.], III, 39 ss.; cf. Bouché-
Leclercq, op. L, III, 123 ss.
(3) Dés l'an \xii = 263,2 (cL Bouché-Leci.ei-.cq, Hist. Lag., IV, 314) Ptolémée avait
promulgué la nouvelle réglementation fiscale dont lefameux papyrus du Fayoùm connu
sous le nom de Revenue Lavs ou .( Papyrus des Revenus » nous a conservé un monu-
mental exemplaire.
168 REVUE BIBLIQUE.

on ministre des finances avisé comme paraît l'avoir été le diwcète


Apollonios, de se rendre en quelque sorte présent dans toute reten-
due du royaume et d'avoir l'œil sur tous ses fonctionnaires par
l'entremise d'inspecteurs actifs, sagaces et assez sûrs pour être investis
de sa confiance (1). Tel nous apparaît maintenant le Carien Zenon,
se hâtant sans répit à travers les nomes de FÉgypte et prolongeant à
travers la Palestine ses actives randonnées, non sans enregistrer à
notre profit, dans ses archives d'agent consciencieux, des informa-
tions attrayantes sur les affaires qui l'absorhaient et les personnages
avec lesquels sa mission ou ses propres intérêts le mettaient en
contact.

2. Les informations sur la Palestine.

La collation méthodique et l'examen détaillé n'en pourra naturel-


lement être entrepris qu'après la publication plus ou moins intégrale
des Archives de Zenon. Sans même aborder ici le dépouillement sys-
tématique des quelque deux cents documents déjà édités sous la
direction de M. le prof. Yitelli, on voudrait seulement faire entrevoir
le caractère de ces informations par une revue sommaire des échan-
tillons choisis par M. Edgar dans la série du Caire et retenir un peu
plus longuement l'attention sur deux textes qui éclairent d'une
lumière aussi vive qu'inespérée deux problèmes célèbres dans l'his-
toire religieuse et l'archéologie palestinienne la famille desTobiades
:

€t les origines du Palais d'Hyrcan à 'Ârdq el-Émlr (2).


i\" 2 [Annales..., XVIII, 163). — Lettre d'Apollonios à Zenon datée
de l'an XXVI = 258/7. Le ministre dépêche par mer à son représen-
tant deux agents qu'il devra rémunérer et pourvoir de moyens de
fransport par eau en vue d'une mission qui n'est pas autrement spé-
Le message porté par les agents eux-mêmes semble être par-
cifiée.

venu cinq jours plus tard à Zenon, apparemment alors en tournée


dans le sud de la Palestine ou sur le littoral phénicien.
Le n" 3 sera discuté en détail tout à l'heure.
N" 4. —
An XXVII =
259/8. Au cours de sa tournée, Zenon com-
missionne un de ses subalternes appelé Straton pour opérer un
recouvrement en retard chez un personnage au nom de leddous
(Jaddus), évidemment un juif. En fonctionnaire bien au fait de la
filière administrative, l'émissaire de l'inspecteur n'a garde d'affronter

(1) Sur les la perception, voir Bolché-Lecleucq, op. t., III, p. 341 ss.
modalités de
(2) On numérotation provisoire des Selected papyri dans les Annales.
suit la Les
numéros omis ne contiennent aucune allusion à la Palestine.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLÉMAIQUES DE GERZA. 169

tout de go le créancier retardataire. Il s'adresse à Oryas, sans doute le


fermier général du district, Oryas actionne à son tour l'agent local
des perceptions, pour qu'il ait à seconder Straton dans son recouvre-
ment. Soit que réellement malade, soit que peu soucieux de se met-

tre lui-même aux prises avec le juif récalcitrant, Oryas demeure chez
lui et se borne à faire accompagner Straton par un de ses employés
chez leddous, auquel.il fait d'ailleurs tenir par écrit Tordre d'avoir à
s'exécuter : 'E70) ;;.èv |;'j v
|
|à'ppo)7^-:;ç i-r;yy.'tz'> £(•/.' çzpy.ay.E(aç (ôv,

cxi:x.7:iQ-.zi\oL — ':pâTO)V',
|
xwv
oè ;j.wv v£av(-z,cv %y}. £7:',7t:/,y;v lypljzj'!/a
| è|

r.c,zc 'Uoocyv. Non content de faire la sourde oreille à là sommation

écrite, leddous malmène les envoyés qu'il fait jeter hors du village.
Le percepteur régional rend compte ponctuellement au chef de dis-
trict ou au fermier général Oryas et le roulement hiérarchique fait
aboutir à Zenon, à défaut de la créance attendue, le mémoire justifi-

catif du retard. Nous ignorons le dénouement de l'aventure; mais ce


curieux document nous permet de saisir sur le vif les mécomptes aux-
quels pouvaient être exposés les agents du fisc en des cantons écar-
tés (1) oîi les contribuables ne sentaient pas peser sur eux la menace
immédiate de la force publique et pouvaient se leurrer d'échapper
aux sanctions ultérieures. Au bout du compte leur mauvais vouloir
finissait toujours par leur attirer des déboires, car les collecteurs
d'impôts n'étaient pas désarmés contre les refus ou les fraudes. C'é-

tait cependant toujours un peu de temps gagné et ce modique appât


suffisait à provoquer de temps à autre ces velléités d'intempestive
rébellion. La coutume ne s'en est pas perdue dans la Palestine con-
temporaine.
N° 7. —
An XXVIII =
•258'7. Un certain Zoïle, originaire d'Aspen-

dos en Pamphylie, adresse au diœcète ApoUonios une requête pleine


d'instance concernant la fondation d'un sanctuaire à Sérapis. Le
ministre est en tournée d'inspection avec l'indispensable Zenon, qui
nous a conservé le document après y avoir inscrit la date de réception,
« dans le port ou la station — —
de Bérénice » L'endroit est éloigné et .

le voyage ministériel se prolongera, puisque Zoïle adresse par écrit


son urgente requête au lieu d'attendre le retour d'ApoUonios, Comme
nous savions Zenon en Syrie-Palestine durant la même année, on cher-
cherait volontiers en cette contrée quelque Bérénice maritime, qui ne
s'y rencontre cependant pas. On ne peut guère songer non plus au
mouillage vraiment par trop écarté de Bérénice, le nom nouveau

1) On peut voir dans BoucHÉ-LECLEnco {Hisl. Lag. IV, Les iaslitutions..., p. 266 s., 112 s.)
que les mêmes faits se produisaient en pleine Égjpte.
170 REVUE BIBLIQUE.

d'Aziongaher-' Açaba/i, au bout du golfe élanitique. Il s'agit apparem-


ment de cette station de Bérénice sur la côte occidentale de la mer
Rouge, aux confins de l'Ethiopie, qui passait pour avoir été fondée
par Philadelplie au début de son règne (1).
Zoïle n'est pas un homme de peu l'attention du ministre a été
:

appelée sur lui par quelqu'un des « amis du roi (2) ». Avant de rési-
der à Alexandrie, d'où il écrit maintenant, il habitait une ville relati-
vement lointaine, toutefois dans les domaines de la couronne, puis-
qu'il appartient au ministre d'y ordonner une fondation (3), et d'où
l'on pouvait venir par mer. Dévot à Sérapis, Zoïle avait coutume de
l'invoquer pour la santé d'Apollonios et la prospérité du prince. Or
Sérapis lui avait mainte fois prescrit en songe de prendre la mer et
de venir solliciter de la Cour qu'on lui bâtisse un temple à... la —
plus malencontreuse des lacunes dérobe le nom de la cité. Temple —
et téménos devront être érigés àv -r^ "E,\'l.r^^n^/.f^ -pi; toj '/.vj.hi, « dans le
(quartier) hellène, au voisinage du port ». On y devra installer un
desservant et entretenir des offrandes. Comme Zoïle ne s'empressait
pas d'obéir aux injonctions du dieu, il a été frappé dune maladie
grave qui a mis ses jours en péril; pourtant Sérapis l'a guéri sur la
promesse d'accomplir sans délai sa mission. Dans l'intervalle un
Cnidien qu'il ne nomme pas s'est mêlé de prendre à son compte
l'érection d'un Serapaeum en cet endroit et déjà il en avait rassemblé
les matériaux quand le dieu lui fit savoir qu'il n'agréait point son zèle
et lui interdit la construction. Zoïle s'est précipité à la capitale, oii il

a cherché l'occasion propice d'entretenir le ministre de cette afifaire;


mais s'étant donné de traiter au préalable avec lui quelque
le tort

négociation de profane nature (4), il est retombé dans une maladie

qui l'accable depuis quaire mois, l'empêchant de courir en personne


à la recherche du dio'cète
: d'oîi son message, car il ne veut plus
différer.Maintenant donc, qu'ApoUonios réalise en toute diligence
les ordres divins; Sérapis l'en récompensera en le faisant grandir
encore dans la faveur royale —
langage qui traduit bien le souci per-
manent et primordial du bon fonctionnaire — et en protégeant sa
santé. Qu'il ne se laisse point épouvanter par la perspective des frais

(1) Voir les textes coUigés dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopiidie. III, 280 s. n" 5, et

en raccourci dans Besnier, Lexique de géographie ancienne (1914), p. 129.


(2) Sur la nature de ces « amis du roi «, cf. Bouciié-Leclerco, op. L, III, 103 ss.
(3) On peut voir dans Otto, Priesler iind Tempel im hellen. Àegi/plen, I, 387 ss., ou
dans Bouché-Leclerco, op. L, I, 231 ss.; IIl, 191 ss.; IV, 313 s., pourquoi il ressortissait
au ministre des finances d'autoriser une fondation religieuse.
(4) D'où l'on est bien tenté d'inférer que Zoïle avait quelque lùle dans l'administration
fiscale de la province intéressée.
LA PALESTINt: DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. ITl

énormes qu'entraînera la fondation envisagée elle tournera en efiet :

très largement à son profit. Et le mot final doit emporter l'adhésion


dApoUonios, car Zoïle a tout l'air de mettre à sa propre charge beau-
coup plutôt la dépense que la simple direction de lentreprise i-s/i- :

TTiJ-aT-rjO-a) yàp h(0) 7:7.7'. -où-.zi:.

Le morceau est excellemment dans la note du temps et combien son


ingénuité sans apprêts, surtout sa ferveur savoureuse l'emportent sur
la rhétorique religieuse grandiloquente d'un Plutarque ou d'un
Tacite (1) appliqués à décrire les origines du culte de Sérapis dans
lÉgypte nouvelle des premiers Lagides Le message de Zoïle passion- !

nera certainement les mythologues, qui feront ressortir avec quelle


intensité s'y dévoile la fortune du nouveau culte et non moins la saga-
cité politique dun Ptolémée Soter et d'un Ptolémée Philadelphe
habiles à exploiter au bénéfice de leur pouvoir le syncrétisme reli-
gieux floltant dans l'atmosphère hellénistique (21. On voudrait seu-
lement ici pouvoir dégager du papyrus une indication locale de
nature à mettre en cause la Palestine ou la Syrie. La funeste lacune
étalée comme un défi à notre curiosité a du moins laissé subsister
quelques menus indices qu'il n'est pas superflu de colliger. On se
souvient que la ville honorée par le choix de Sérapis en cette circons-
tance est une cité relativement maritime, non pas tout entière néan-
moins en bordure immédiate du littoral, puisque cette situation «au
voisinage du port » définit un quartier spécial, qualitié « le quartier
grec ». La ville en son ensemble n'était donc pas une agglomération
« grecque », mais groupait d'autres éléments. Ce cosmopolitisme

implique manifestement déjà une localité de quelque importance et


ce détail, accentué par le fait qu'il y existe un port, rend compte de
la présence simultanée du Pamphylien Zoïle et de son pieux compéti-
teur le Carien anonyme de Cnido ils s'étaient établis dans cet empo-
:

rium pour leur plaisir ou pour leurs affaires, si tant est qu'ils n'aient
pas appartenu l'un et l'autre au personnel hiérarchisé sous l'autorité
suprême d'Apollonios. Il ne serait pas très spontané de chercher ce
centre maritime sur les côtes escarpées de la Pamphylie ou les
rivages plus propices de la Carie. Sans doute, vers 260, cesprovinces
étaient entrées dans le domaine égyptien ; leurs ports durent néan-

(1) Textes réunis dans l'art. Sarapis (Lehmann-Haupt) du Lexicon der gr... Mythologie
de RoscHER, IV, coL 338 ss., ou l'excellente monographie de S. Reinach, Le moulage des
statues et le Sérapis de Brya.iis [Rev. arch., 1902, II, p, 3 ss.) qui en donne de très
utiles traductions.

(2) Il seraitmanifestement hor.> de propos d'aligner l'immense bibliographie des origines


et de la nature du culte de Sérapis sous les premiers Lagides.
172 REVLE BIBLlQLb:.

moins demeurer surtout des centres d'un commerce local et on ne


voit pas d'emblée Zoïle trafiquant à Cnide j3ar exemple, ouïe Garien
fixé lui-même à Aspendos qui, du reste, est reléguée trop loin de la
mer sur son fleuve intérieur. Et l'administration centrale se fût-elle
mise en mouvement bien volontiers pour doter d'une fondation dis-
pendieuse une cité de rang- très inférieur, en ces confins extrêmes du
royaume toujours sous la menace des convoitises du rival séleucide,
pour ne rien dire des autres? On est ainsi ramené, par le littoral

méditerranéen, vers des régions plus foncièrement « égyptiennes » :

la Cilicie, la Syrie (1), la Phénicie, la Palestine enfin, ces deux


dernières surtout pouvant être spécialement considérées comme des
possessions des Lagides depuis l'origine de la dynastie. Aussitôt sur-
gissent les noms sonores de villes fameuses depuis toujours, qui cen-
tralisèrent jadis sur leurs rades privilégiées presque tout le trafic
commercial entre l'Orient et l'Occident. Mais du coup la richesse
parait rendre le choix tout à fait désespéré. La prospérité de Sidon,
hellénisée maintenant sous le sceptre de Philoclès que la volonté
de Philadelphe vient d'installer sur le trône d'Echmounazar et de
Tabnit, pourrait faire pencher la balance en faveur de la g-lorieuse
cité phénicienne. Je m'avoue cependant incliné vers une autre hypo-
thèse. Sidon s'identifiait, en réalité, avec son port et ses intrépides
navigateurs n'avaient pas attendu les (irecs pour développer dans
leur rade un immense La cité entière s'hellénisait sans con-
trafic.

tredit en ce temps-là, mais demeurait phénicienne et les matelots


phéniciens de vieille souche s'entassaient probablement trop autour
de la rade pour y avoir laissé quelque emplacement propice à l'ins-
tallation duQ quartier étranger, peuplé de Grecs. Tout compte fait,

on arrive à Gaza. La vieille cité philistine s'était trouvée dès le début


sous la suzeraineté des Lagides ; un loyalisme sans défaillance, depuis
qu'elle avait été le théâtre du deux principaux Dia-
conflit entre les
doques, en 312, son voisinage relatif de l'Egypte proprement dite et
sa position qui en faisait un bastion avancé pour les terres d'empire et
l'entrée des provinces nouvellement annexées lui donnaient alors le
caractère d'une ville spécialement « égyptienne », que le pouvoir cen-
tral avait tout intérêt à ne négliger d'aucune manière. A la fois ville
maritime et cité continentale. Gaza tendait à une importance poli-
tique et commerciale de plus en plus développée, attirant dans son

(1) Séleucie. par exemple, aux bouches de l'Oronle, s'offrirait assez spontanément et l'on
sait toutes ses attaches avec la frondaison des légendes relatives aux origines du culte de
Sérapis. La domination égyptienne y était cependant trop mal assise encore en ce temps-là,
sans parler d'autres contre-indications longues à discuter, pour ((u'on s'arrête à ce choix.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRLS PÏOLEMAIQLES DE GERZA. 173

port le trafic du pays intérieur, voire même déj les caravanes de


l'Arabie. Grecque probablement
par ses lointaines origines,
Gaza (Ij était devenue plus ou
moins cosmopolite au cours des
siècles mais tandis que des po-
;

pulations de toute race fusion-


naient dans la cité continentale,
l'exploitation du port quelque
peu distant demeurait sans doute
dévolue aux descendants des
anciens colons philistins, crétois,
cariens ou quoi qu'ils aient été.
La rade, visitée surtout par
les navigateurs des successives
thalassocraties égéennes, s'était
peuplée d'éléments « grecs »

assez nombreux pour qu'au


temps où nous sommes ce quar-
tier, ou plutôt la cité maritime
intégrale, se puisse appeler r,

La présence d'un tra-


'EAXr/nxr,.
fiquant notalde ou d'un fonc-

le Pamphylien Zoïle se passe


évidemment de toute justifica-
tion et le personnage se révèle
d'un esprit fort avisé quand il

allègue dévotement une théo-


pbanie réitérée pour faire ins-

en ce lieu un sanctuaire
taller
du nouveau culte officiel. Bien
que nous en ignorions le résultat,
— Le Sérapis tk Gaza, d'après une ptiot.
sa requête avait d'autant plus de coinmunic|uée pa M, Macridv-bev.
chance d'être bien accueillie que
la fondation projetée entrait mieux dans les vues du Gouvernement
et lui devait être moins dispendieuse puisque Zoïle paraissait en
assumer les frais.

En 1878 fut découverte, sur un tertre dominant le littoral, à

(!) Cf. Lagrange, La Crète ancienne, p. 151 s.


174 REVLE BIBLIQUE.

quelques kilomètres au sud-ouest de la moderne Gaza, une statue


monumentale (fig. 1) qui fit sensation et suscita malheureusement plus
de folklore teinté d'archéologie que d'examen approfondi (1). Trans-
portée presque aussitôt à Constantinople, elle ne semble pas avoir
jamais eu beaucoup la faveur du public, ni la bonne fortune de
retenir l'attention des savants (2). Il n'y avait pas à se méprendre
sur sa nature et de bonne heure lui fut attribué le nom correct de
Zeus, spécifié plus correctement encore en Zeus-Sérapis et tout simple-
ment Sérapis. Si nombreuses déjà, pour la plupart si banales d'ail-
leurs sont les statues de ce type divin que le monument nouveau
pouvait facilement passer inaperçu. Sans lui prétendre attribuer plus
de mérite qu'elle n'en a, celte réplique de Sérapis trônant dans sa
majesté sereine n'est, certes, pas dénuée d'intérêt esthétique ajouté
à sa prérogative d'être « la plus grande statue connue de Zeus-» Sé-
rapis (3). A l'examiner fortuitement naguère dans les collections
de Constantinople, et sans songer alors à rechercher son origine,
j'avais eu l'impression d'une œuvre hellénistique, dans laquelle un
artiste de talent s'était efforcé de traduire le type alexandrin tel que
les experts ont décrit l'œuvre fameuse de Bryaxis « Le dieu... assis, :

droit et fier, un
on distinguait le modelé du torse... le
sur trône....
bras droit était baissé, étendu en avant et un peu vers le côté.... la
chevelure puissante formait une véritable crinière.... La barbe était
épaisse... et n'était pas partagée en deux moitiés symétriques... (4) »
L'analogie se poursuivrait en de plus caractéristiques détails si le bas
du trône et ses accessoires symboliques étaient conservés. Le bras
gauche manque également; mais, sauf erreur, il devait être levé et
tenir un sceptre on a pour en faire foi l'allure nettement relevée,
:

sur l'épaule, des « plis lourds de Vhimation qui, passant obliquement

1) GuTHE, ZDPV., II, 1879, p. 183 ss. avec un dessin peu sûr; Conder, QS., 1880,
Cf.

p. 7 1882, p. 147 s. avec un croquis; Survey, Mem., III, p. 25^. Voir maintenant
ss. ;

Mendel, Catal. des sculptures gr.,i-om. et byzant. du Musée de Constantinople, H (1914),


p. 332 ss., n''6il, avec un bon dessin au trait. Je dois ce volume et d'excellentes pho-
tographies du Sérapis à la libéralité de M. Macridy-bey.
(2) On n'y trouve aucune allusion, que je sache, dans l'Histoire du culte des divinités
d'Alexatidne, Sérapis, Isis..., de M. Lafaye, qui traite cependant avec une très vaste
érudition (p. 248 ss., 271 ss.i des monuments figurés de Sérapis « hors de l'Egypte ».
(3) S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecq. et rom., II, i, p. 14, n° 6.

(4) W. Amelcng, Le Sérapis de Bryaxis; Rev. arch., 1903, II, p. 195 ss. Je ne vois
pas qu'il soit question du Sérapis de Constantinople dans la série d'environ quarante ré-
pliques passée en revue par M. Amelung. Sans doute l'omission est-elle due au fait que la
statue est classée sous la seule rubrique Zeus. Je crois pourtant que le type Sérapis est
mieux justifié. Le second siècle après J.-C, indiqué par Mendel comme date évidente, ne
fait pas pleine justice à cette statue.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. 175

derrière le dos, de l'épaule gauche à la hanche droite, se drapait sur


les genoux (1)... «

Si l'attribution du Sérapis de Gaza au temps hellénistique était


reconnue fondée, le rapprochement autorisé avec la création d'un
Serapaemn au port de Gaza, entre 260 et 255, et par répercussion le
sens donné au papyrus se fortifieraient d'autant (2). Il en résulterait
d'autre part une indication de nature à orienter l'exploration future
à la recherche de Gaza maritime, ou si l'on veut du port de Gaza.
Ce qu'on décore aujourd'hui de ce nom n'est qu'une barre rigide
entre la grève et les dunes de sable d'où émergent quelques ruines
médiévales, sans qu'on puisse néanmoins préjuger quels vestiges
plus anciens gisent sous ces buttes (3). Au lieu de cette rade étalée
sans la moindre protection contre la houle du large et les vents
dangereux, le mouillage antique se concevrait beaucoup mieux dans
une crique abritée, du moins sommairement. Pour en rencontrer une,
il faut descendre jusqu'à l'estuaire de Ton. Ghazzeh. Or c'est préci-

sément sur l'un ou l'autre des tells campés sur les deux rives de ce
large estuaire —
Tell 'Adjoul au N. et Tell en-Neqeiz au S. que —
fut trouvé le Sérapis qui nous occupe. Des fouilles déjà envisagées,
semble-t-il (i nous éclaireront peut-être bientôt sur la valeur de
,

l'interprétation donnée à la lettre du Pamphylien Zoïle.


Pour retrouver quelque explicite indication palestinologique dans
les précieuses Archives de Zenon, il faut passer au n" 12 de la série
publiée par M. Edgar. Le document est daté de l'an XXIX = 257/6,
et s'éclaire parle n" 14, de même date générale. Zenon est de retour
à Alexandrie. Un personnage appelé Krotos, que le n" 14 nous signale
comme présidant à des opérations de transit à Jaffa Kpi-oç èv —
'l;-ï) ïc-h >îsjAi;j.sv:r.... ï^xnz'-iKKyx y.yX z-ç>Lù\}.y.-.y. se réclame de son —
appui pour obtenir justice. Il a embarqué un chargement d'huile,
sans doute à destination d'Egypte. Le patron du cargo qui avait pris
livraison de l'huile contre la promesse d'un remboursement cautionné

1) Amgldng, op. L, p. 196.


2) Si notre Zoïle en fut vraiment l'instigateur, le choix du type de Sérapis assis, pour-
rait avoir été inlluencé aussi par le fait qu'il était le type apparemment en faveur à
Aspendos, sa ville natale, comme l'attestent les monnaies ; citations dans Gruppe, Grie-
chische Mythologie, II, 1579, n. 5.
3; Voir surtout la récente monographie de M. Mackenzie, The port of Gaza and exca-
ration in. Philistia; Q. S., 1918, p. 73-87.
4) Mackenzie, op. t., p. 84. Il n'est pas facile de discerner, soit dans les récits contem-
porains de la découverte, soit dans le folk-lore arnpliflé de nos jours, le site exact où fut
trouvée la statue, où l'on a chance par conséquent de mettre à jour un Serapaeum. Je
crois pourtant que les meilleures vraisemblances sont en faveur de Tell en-Neqeiz, en
contact plus immédiat avec le rivage. Cf. d'ailleurs Schuiacher, Q. S., 1886, p. 177.
176 REVUE BIBLIQUE.

par une esclave, n'a livré en fait ni largent ni l'esclave. Le mafiris-


trat local, Alexis, s'est borné à condamner en principe l'armateur de
mauvaise foi sans prendre aucune sanction contre lui et Krotos
demeure les mains vides. Ce n'est du reste point le seul cas où Alexis
ait fait preuve de mollesse il a tiré de prison un matelot nommé
:

Théron qui n'avait pas purgé sa condamnation et qu'on ne sait plus

où prendre.
On se demandera si le document n'implique pas l'extension à la
Palestine d'une institution très attestée à travers l'Ég-ypte : le mono-
pole des transports. A qui, en effet, aurait pu s'en prendre Zenon,
dans le port d'arrivée, pour retrouver des trafiquants marins cju'on
ne lui spécifie d'aucune manière, un vaisseau chargé d'huile pales-
tinienne pouvant voisiner avec d'autres cargos apportant d'ailleurs la
même denrée aux entrepots d'Alexandrie ou de Péluse? Au lieu de
se représenter l'expéditeur Krotos comme un particulier gérant à
Jaffa — où la spécialité se perpétue — un gros commerce d'huiles,
on le concevrait comme le fonctionnaire préposé au mouvement du
port. Si le monopole des huiles, beaucoup plus draconien en terre
égyptienne que chez nous l'ancienne gabelle, ne parait pas s'être
étendu aux provinces annexées, l'importation des huiles de Syrie,
spécialement réputées, demeurait soumise à une réglementation
strictement surveillée. On les centralisait à Péluse, où elles étaient

« déclarées... et acheminées sur Alexandrie... avec un ctùij.SsXov ou


laissez-passer...... elles étaient vendues par l'État, qui les achetait

aux marchands et fixait lui-même son bénéfice, étant seul acheteur


et vendeur en gros (1) ».
Tandis <\ue Krotos défendait à Jaffa les intérêts privés de son trafic
ou les prérogatives de l'Intendance égyptienne, un agent du nom
d'Heraclite ne fait pas preuve d'unmoindre zèle. C'est de lui qu'émane
la lettre n" iï, adressée à Zenon pour rendre compte de ses agisse-
ments et réclamer des instructions au tout-puissant contrôleur, qui
venait à peine de quitter la Palestine. Heraclite fait parfaite figure de
fonctionnaire subalterne dans un office qu'il n'est d'ailleurs pas
facile de préciser (2). A la façon dont il insiste sur les compliments
de bienséance et sur la fidélité persévérante de son souvenir — -/.-A

(7CJ o'.'x-zlou\j.z'/ ï'J. r.y.v-\ y.a'.poj y.'/tiy.v -rc.zJiiv^::, — on sent qu'il regrette

fl) BoucHÉ-LECi-Encfi, op. L, III, 265 n. 2, d'après un Tarif fourni par un papyrus daté
de 242.
(2) M. Edgar observe 1res judicieusement [Annales.... XVIII, 233)
que ce personnage a
bien des chances de s'identifier avec l'Athénien Heraclite fils de Philippe, mentionné parmi
les officiers d ApoUonios dans un document qui sera étudié plus loin.
L\ PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. 177

Tabsence de Zenon, qui eût sans doute appuyé de son crédit une
réclamation demeurée sans succès auprès d'un certain Nicanor qui
lui est manifestement supérieur dans la hiérarchie provinciale (1).

Heraclite sollicitait qu'on lui échangeât contre une monture utilisable


un petit cheval — ittttzc'.cv? — mis apparemment à sa disposition
peut-être par Zenon lui-même. Nicanor fait la sourde oreille. Il
semble que finalement la bête ait péri. Dans l'intervalle un agent
qu'on dirait de plus haute envergure, Apollophanès, « est arrivé en
Syrie ». Notre homme doit évidemment traiter d'affaires avec ce
personnage, car il se met en route croyant l'atteindre à Massyas, et
il le rencontre à Sidon —
y,7.1 y.~zlr,\j.z\)'mç r\\xi<.z v.z Ma^-jav 7jv/;v:w!j.£v |

y.'j-A') h -isojv.. —
Son but parait être de faire dirimer par Apollo-
phanès diverses difficultés concernant certaines expéditions que
Krotos a eflectuées de .laffa par voie de mer à Héraclée, et des Ktiges
douaniers soulevés par le transport de passagers et le cabotage que
Ménéclès, établi à Tyr, pratique entre Gaza et Tyr à/. —
TiÇr^z v.z
Tjp:v. L'intervention d'Apollophanès a l'air de n'aboutir qu'à enche-
vêtrer davantage des questions déjà compliquées et le malheureux
Heraclite, qui demeure dans im terrible embarras, en voudrait bien
être tiré par des instructions directes de Zenon. Mais c'est surtout
contre le Nicanor du début qu'il en a, car en vérité, conclut-il avant
la clausule de politesse, Nicanor abuse de moi comme on ne le ferait
même pas d'un ennemi —
Nf/.avojp vi? -/Ay^T-y.'. r,\v:) wr t> -:;
[j.ï-t

r/Opw -/pr,7aiTC.

Plus que parles doléances de l'infortuné fonctionnaire, pour légi-


times qu'elles aient pu être, nous sommes
intéressés par les échappées
qu'elles ouvrent sur le régime douanier alors en vigueur dans les
ports de Palestine et de Syrie (2) et par ses indications géographiques.
Gaza, .laffa. Tyr et Sidon sont des noms depuis longtemps familiers;

i; A supposer que Nicanorn"ait jias été lui-même un fonctionnaire, il paraît évident

qu'il était du moins de condition assez élevée pour tenir en échec un agent égyptien. On
n'ose pas songer à le rapprocher de ce juif alexandrin Nicanor dont l'hypogée familial a
été découvert au mont des Oliviers par Miss G. Dikson [Q.S., 1903 p. 326) avec une
curieuse inscription brillamment interprétée par M. Clermont-Ganneau {Q. S., 1003,
p. 125 ss.; Rec. arch. or., V, 334; cf. R. B., 1903, p. 490. La tournure de l'épigraphe
grecque, insolite quelque peu dans la langue funéraire palestinienne, et ses caractères
paléographiques la rapprocheraient assez sensiblement de nos papyrus; mais la person-
nalité historique de ce Nicanor semble bien appartenir à la période hérodienne. A moins
qu'on ne puisse remettre en cause la chronologie des données talmudiques? mais ce n'est
pas le lieu de le discuter. Cf. Dittenberuer, Or. gr., II, 296.
(2) On les dirait soumis à la même législation que l'Egypte elle-même, où le « transport

des marchandises était affaire privée », mais la navigation et l'utilisation des routes
grevées par des taxes au profit de l'État (cf. Boi ciié-Lei;lerco, op. l., III, 3è4 ss.}.
RKVUE EIELIOrE 1920. —
T. XXI\. 12
178 REVUE BIBLIQUE.

pas autant le poit dHéraclée, ni surtout Massyas, du moins en tant


que Parmi les villes au nom d'Héraclée qui foisonnent k
localité.
cette époque (l), le choix ne peut évidemment porter que sur une
Héraclée maritime de Syrie; encore semble-t-il en avoir existé
plusieurs, les g-éographes anciens nétant guère concordants et
nullement explicites. En coordonnant toutefois leurs indications, que
ce n'est pas le lieu de discuter en détail, on relève l'existence d'une
Héraclée située sur le littoral entre le mont Gasios djebel Aqra au =
nord, et Laodicée =
Lattakieh au sud ('2). Massyas, où Heraclite se
proposait de rejoindre Apollophanès, otlre surtout l'intérêt d'attester
que du Lagide Philadelphe s'étendait à ce moment sur
la suzeraineté
la joyau des provinces syriennes. C'est, en effet, au
Cœlésyi'ie, le

cœur même de la Cœlésyrie que nous introduit ce nom, connu surtout


comme la désignation d'une région comprenant des montagnes, des
plaines, un cours d'eau et des lacs, entre la Beqaa méridionale de
nos jours et la région de Hama, mais qui s'appliqua vraisemblable-
ment aussi à quelque localité de plus spéciale importance, aujour-
d'hui cependant difficile à déterminer (3\ Cette ville n'était jusqu'ici

(1 énumérées par Etienne dp. Byzance et on n'en trouvera pas moins de


vingt-trois sont
trente enregistrées dans Pailv-Wissowa, Reol-Enajclop. VIII. s. v" Hera/dea.
{2) Stuabon XVI, II, 8 s. (éd. Didot, p. 640) après les bouches de l'Oronte en .suivant
:

la côte vers le sud eIt* tb KdtTtov scpe??,; ôà Ilotjeiô'.ov v-rSiv/yr^ xa; 'H?à/.>.£'.a. Elta Aaooi-
:

y.i'.a... -/.i/'/io-Tx ïy-\.r;\xi'ir, y.ai £'ja:(a=vo; 7t6>t;. L'opposition entre cette splendide cité avec
son port excellent et les noms qui précédent semble suggérer qu'Héraclée n'était guère
qu'une bourgade, Tro/t/vy), à l'instar de Posidion. C'est au surplus ce que met hors de
doute le passage ultérieur, ch. 12 : tîi yàp Aaoôixcta TÙ:r,Q\6Xfi\ •Ko't.'.yyia., x6 xe IIoffEiôiov xa'i

-6 'lIpàx),£'.ov xaî Ta Tâ/^x'/x — ce dernier au sud de Laodicée. La variante 'Hpâx/eiov


•après i[ui ne saurait certainement s'opposer à l'identité de .<;ite, accuse mieux
'Uç^i/.'/.f.x,

encore peu d'importance de la localité. A prendre tout a lait au pied de la lettre la


le

distinction qu'Etienne de Byzance introduit entre une Héraclée de Phénicie n- 14 de —


sa liste —
et une autre de Piérie n° 15 — —
on se demanderait s il n'y a pas une seconde
,

Héraclée au nord du Kà^io; qui constituait apparemment la limite méridionale de la IHérie


proprement dite. Les vieux annotateurs Holstein et Thomas de Pinedo ont sans doute été
bien inspirés de rattacher cette « Héraclée de Piérie • à celle que Strabon fixe au sud du
Casios, adiuettant sans doute une limitation un peu Houe de la Piérie. La même situation
est définie mieux encore par Ptolémée. V, 14 (éd. Didot, p. 961 dont les coordonnées
géographiques déterminent la position de l'Héraclée maritime syrienne à égale dislance
entre Posidion et Laodicée, à quoi se soude parfaitement la donnée de Pune. Hist. Nat.,
V, 18 (éd. Didot, p. 222) joignant Héraclée à d'autres oppida, mais tous encadrés entre
Laodicea libéra et Posidium, ce dernier situé sous le promontoire de la Syrie d'An- f<

tioche ». On situerait donc volontiers IHéradée en question dans l'une des criques qui
entourent le Râs Klianzir, par exemple, vers l'estuaire du Xa/u- Kandil.
Ràs Isabey, ou le

Si éphémère pu être son existence, celle ville eut cependant un atelier


et eô'acée qu'ait

monétaire: cf. Bxbelom, Catal. des mon. gr.; Les rois de Syrie, p. clxxx. Voir au>si
rhiOYSEN, Hist. de l'Hell. (trad. fr.), II, 726.
(.3 Strabon XVI, it, 17 (éd. Didot, p. 643) décrit dabord une première partie de la
Cœlésyrie qu'il appelle Mâxpa;. ou Mâxpa tieo-ov. % 18 Mî-à ok tov M-i/.oav ÈTriv ô Ma^irja;.
:
L\ PALESTINE DANS LES PAPYRUS PÏOLÉMAIQLES DE GEUZA. 179

attestée que par la donnée laconique d'Etienne de Byzance (1). On


est peut-être en droit d'y ajouter désormais l'attestation du nouveau
papyrus, dont la tournure zl: Maj^jav sans article parait impliquer
une désignation moins floue que celle d'une région en général.
Mais un autre détail de la lettre d'iïéraclite est de nature à piquer la
curiosité, malheureusement plus qu'à la satisfaire. Quand il se voit
empêtré sans issue dans les conflits douaniers que soulève, entre les
négociants armateurs et les petits potentats locaux, le cabotage sur
la rade palestino-syrienne, il recourt à une autorité, qui sera mieux
obéie, pense-t-il, sans doute que la sienne : l'autorité d'Apollophanès.
Ce personnage pour l'heure, en mission à travers la Cœlésyrie.
est,

Sans perdre un instant Heraclite se met en devoir de l'y rejoindre,


mais c'est à Sidon qu'il l'atteint finalement. Dès qu'il l'a informé de
ce qui se passe, ApoUophanès intervient en effet, toutefois sans se
trouver en mesure d'agir par autorité, puisque le papyrus nous le

XaÀxiî, wffTrep iv.Çionohz toû Mxo'jûqj' à.v/r\ S'aOtoù AaoStxsia r;


s'xwv Tivà xal ôiEivâ, âv ol;
r,

TTpoîAigâvw. La région est habitée par les « Ituréens et les Arabes », aussi peu recom-
niandables les uns que les autres -• xazoùpyot îtâvTs; g 20 Tuèp oè toO MauT-jov — . :

è(j-iv ô xaÀo-jtJievos AviXwv [iad'.Àixè: y.xi i\malheureusement unèp ik est une


Aaiiaaxrivy) x^pa...
liaison vague qui peut signifier « plus haut », ou simplement » au delà, à la suite ». Plus
explicite est la description de Polvbe, Hisloires, V, 45 éd. Teubner, II, p. 160) —
... :

îl; TÔv xOXwva tov Ttpoaayopïvôjxevoi/ Mapaûav, ô; /.sTrat [j.£v [i£Taçù tt,; xaTà tôv Aî^avov xal

TÔv 'Avxt).{êavov Ttapwpeixr. (TovâysTai ô'sl; aievov Otto tûv TipoeiprifjiÉvtov opûv. 2-.ji,gai-c; oè
y.al toOto.v aùrbv tbv tôttov, -q aTSvwTaro; iai'., ôieîpysaôai TEvâyscn xai /.i(jivat<;, k\ wv ô
[AvOEi^txôç xsipî-rat xdtXatio;. 'ETîtxs'.Tai oè xoï? ttevoî; èx iJ.£v ôaTÉpo-j [xépov? Bpô^oc Ttpocrayo-
pî-.i6[j.£v6v Ti xwpîov, èx êè 6a7Épo-j Péppa, aTîvrjv à;io/,£Î7:ov-a Tràpoôov... [Le roi Antiochos se

dirigea: « vers la vallée dite Marsyas or cette vallée est située entre les versants des
,

chaînes du Liban et de l'Antilibaii. resserrée en manière de délilé par ces niontatfnes. Il


se trouve d'ailleurs ([u'au point où il est le plus étroit ce même défilé s'enchevêtre de
lacs marécageux dont on tire le roseau odoriférant. Dominant les gorges il y a d'un côté le
site appelé Brocchoi et de l'autre Geriha, ne laissant qu'une passe exiguë ». A lire tout
le détaildes combats qui se livrèrent à cet endroit entre Antiochus III et les armées du
Lagide Ptolémée IV Philopator (cf. la suite dans Polybe, V, 61 p. 181 bien analysé — —
par Boiché-Lecleucq, Ilist. des Lag.,
I, 29f3, 303; Hist. des Séleuc, p. 130, 143), on a

l'impression que Marsyas ou Massyas pourrait désigner tout bonnement la vallée de


rOronte inférieur, nnhr el-'Asy, et le défilé fermant ia vallée au sud serait à cheroher
dans la région de Ràs Ba'^albeU ou de Hermil par exemple, ou plus au sud encore.
M. Clermont-Ganneau [Rec. orch. or., IIl, 252, n. 1) rapproche très ingénieusement de
Brocchoi et Gerrha les localités modernes d''Ani el-Djarr indjarr) et KaraU-Nouh, non (

loin de Zahleh, dans le bassin supérieur du LiiOiiy. Voir dans un sens analogue :

Hoi-SCHER, Palustina in der persisch. iind hellen. Zeit 1903 , p. 8, n. 1. Essais moins
satisfaisants dans Drovsen, Hisl. de iHell., II, 735 s. Irad. fr.;, de situer au contraire la
passe à l'extrémité nord du Massyas, sur l'Oronte. à peu près à la hauteur de Tripoli.
FEppa de Ptolémée, V, 15 — p. 986 —, située dans la Batanée, n'a évidemment rien de
commun avec le tort mentionné par Polybe. Au gré de Pline, Marsyas ne serait que le nom
d'un fleuve, affluent syrien de l'Enphrate (//. N., V, 19, g 1— p. 223 — ; 21, § 1; 29, g 4).
(1) Map-jûa, uô/.i; <^olvcV.•/,:. On a. je crois, voulu rapprocher le nom moderne d'el-Ma-
sijad, dans le dj. Ansùrieh. ou montagnes des Xosa'iris.
180 REVUE BIBLIQUE.

montre essayant pour persuader le ïyrien Ménéclès que la


cruii biais
cargaison doit être franche de droits, passagers et marchandises
relevant directement de Zenon 7:apa7£vi;j.îv:c :jv 5 AzcAAiïïavrç robe
:

Tbv MznA^p ï<fr, -i ts jto;j-aT;z vS: -y. çzp-ix zy. thy.. Il n'est donc pas
investi d'une autorité décisive comme leùt été, en l'espèce, celle d'un

Fig. -2 A. - Le contrai de Zenon. Pliot. du papyrus communiquée par M. C Kdgar.

Zenon ou de quelque émissah-e direct de l'administration centrale,


mais doit cependant avoir quelque titre particulier à intervenir dans
Ce titre est suggéré dès qu'on se remet en mémoire la suze-
l'affaire.

raineté sidonienne établie sur Joppé-JaiTa depuis les jours d'Echmou-


uazar, en vertu de la donation de Darius (1 Il est vraisemblable .

:l.) Inscriptiott d'iichmounazar. lig. 18-19; Corpus ifiscr. semit., I, 3: ci. Lagra^ge,
J

I..\ PALESTINE DANS LlfS PAPYRUS PTOLÉMAIQUES DE GERZA. 18

qu'à travers les bouleversements politiques Sidon u"avait jamais


abdiqué ses droits sur cette ville et l'arrière-contrée, « bonne terre
de froment », comme s'en applaudissait Echmounazar. Les intérêts
rivaux des deux vieilles cités phéniciennes continuaient d'ailleurs
de se heurter, même en cette région, puisque l'antique Ascalon était
devenue vassale de Tyr dans la période hellénistique , au dire de
Scylax (1). On sait par ailleurs (2i que vers ce même temps une colonie

m
--^^

Fig. :• B. — Coiiie lie la seconde moitié du papyrus.

sidonienne s'était établie à Marésa, aujourd'hui Tell Sandahannah


non moins peut-être par le désir d'ex-
loin de Beit-Djebrhi, attirée
ploiter ces grasses terres de la Ghéphélah que par le souci d'exploiter,
par l'entremise des Idiiméens, les richesses du Négeb et celles beau-
coup plus lointaines encore de TArabie. Le chef de la colonie sido-
nienne de Marésa était dans ce district un représentant tout trouvé
pour l'auforité du Lagide récemment implantée sur la contrée; tandis-

I Indes sur les relig. sém., 2, p. 48:!, 487. Il n'importe heureusement pas à notre objet
présent d'aborder la célèbre question de chronologie de la dynastie sidonienne (cf. le
résumé du P. Lai.range, R. B.. 1902, p. 521 ss. L'inscription votive des Sidoniens de Jafta
(Laguakge, Jt. B., 1892, p. 275 ss.) est un autre témoignage des relations maintenues entre
Sidon et Jafta.
1) Périple, éd. Didot, p. 79, dans un passage malheureusement lacuneux, mais com-
plété avec assez de certitude par Strabon.
(2i VoirJ. P. Petern et H. TniEisscn, Painted Tombs in ihe Necropolis of Marissa^
p. 9 s., etc. Londres, 190.j. Cf. R. B., l!io2, p. 598 s. 190Ô, p. 317 ss. :
.

182 •
REVUE BIBLIQUE.

que Ptolémée Philadelphe installait un de ses anciens stratèges,


Philoclès, sur le trône royal de Sidon, il ne pouvait confier les intérêts
de son gouvernement en Pliilistie à quelque vassal plus sûr que le
chef sidonien de Marésa, auquel d'ailleurs n'était pas dévolue pour
autant une autorité bien étendue sur les autres groupements de la
proAince. Dès qu'on a rassemblé ces indices, il est impossible de ne
pas évoquer le ApoUophanès, fils de Sesmaios, ayant
souvenir de cet «

été à la tête des Sidoniens établis à Marisè pendant trente-trois ans,


et considéré comme le plus bienveillant et le plus dévoué de tous les
siens » (1), qui « mourut après avoir vécu soixante-quatorze ans, en
l'an... » L'irritante lacune qui a supprimé la fin de l'inscription

contenait évidemment une date qui nous serait ici particulièrement


précieuse. Il en est pourtant demeuré assez d'autres dans le splendide
hypogée de la colonie sidonienne pour nous permettre de constater
que le syrilpathique ApoUophanès a fort bien pu vivre à Marésa, sinon
gouverner déjà la colonie vers 257 avant J.-C. (2), par conséquent
être contemporain de l'infortuné fonctionnaire Heraclite et sa res-
source dans l'imbroglio administratif exposé par le papyrus.
Peut-être retrouverions-nous de ce funeste également la trace
Mcanor dont mauvais vouloir parait peser comme une hantise sur
le

Heraclite; mais son identité semble devoir être éclairée davantage


par l'un des documents qui nous restent à examiner fig. 2A et2B,.

3. La famille des Tobiades et les origines du palais


d' 'A rdq el-Ém ir

Bac.AEÛovTCç Y[-:z'/.î[j.y.(zj tcj ïl-o'MJ.y.itj /.y.': t:j j'.ij Tl-ù.z'^.yio'j ï-yj:

xai s'.v.C7T!:j, as [tpéM: AXsrâvriccj /.y. Oswv Aoea^wv, y.avr^^ôpi'j

'Apo-',v6'/;ç $iAao£A5CJ
Twv c;vT{i)v £V AAsravGpEta. ;j.-/;vbç Zavs'//.sj, àv Bip'x -qz 'A|j.;j.av{-:'.ocr.

a'rïÉocTO Niy.âvo)p Zîvoy.Ass'jç Kvicioç tcov Tcjcîcj '.-zeojv yXr,poj'/o:

5 Zr,va)vi 'Aypî03>o)vtcç Kauvûo twv r.izl 'A-;aa(Ôv',cv tov z'.ziy:r,-r,y

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i;vc;j.a ^î-pay'-ç w; ïTtov ïr.-y. z.py.'/[JM-^ ~vKr,y,0'ny..

[
jor 'Avavicj Ylipzr,: twv TcuStcj ''.-r.ihr/ yj:r,pz\i'/zz.

[i) Inscr. du P. La». range, Comptes rendus


funéraire d'Apollophanès à Marésa. Trad.
Acad. Inscr. Ce document est incorrectement attribué à MM. Bliss
et B.-L., 1'j02, p. 501.
et Macalister, dans Dittenbercep,, Orlentls graeci inscr. selectae, IF, 285.
(2) La plus liaute date demeurée lisible est 205 cf. Laoranoe, op. /.. p. 503). On voit
combien l'adaptation cbronologique est facile. Elle se pourrait renforcer d'une adaptation
artistique plus saisissante encore, que ce n'est pourtant pas le lieu d'entreprendre.
M. Tbiersch l'a d'ailleurs esquissée déjà dans Painted Tombs.... p. 81 ss.
.

LA PALESTINE BANS LES PAPYRUS PTOLÉMAlnUES DE GERZA. 183

yiàc-joi: cova z'.7.y.7-r^: "AvâOwv:; Ik'prr,;, OcAÉy.wv -tpaTojv:;


Ma/.£ca)v, ;'. sj: twv T:'j£{:'j '-TÉtov v.'/.r,ztjyz'.. T'.[j.:zz'/,\: B:tÉ(i)

M'.AV^7lOÇ,

10 'Ilpz/.AE'-Tcç 'ï^'.A'i-zcj "AOy;v:«T:ç, Zr.vtov T:j.7.py:j K:a:ço>v',:ç. Ar.yi?":-

paxcç
Ai;vj-{:u "AtttÉvg'.;;, :•. -iz~y.otz -Cri r.tz\ Xr.z'/JMy.Z'^ -rbv z:z'.v.r,'çj

Van '27 du règne de Pto/émée Ptolémée et de son fils


fils de
Ptolèniée, étant prêtre d Alexandre
dieux Adelphes et étant
et des

canéphore d'Arsinoé Philadelphe ceux qui existent à Alexandrie , au


tnois de Xanthicos, à Birtlid de l' Ammanitide , Nicanor fils de Xénoclès,
Cnidien,.clérouque d'entre les cavaliers de Toubias, a vendu à Zenon
fils d'Agréophon, Caunien appartenant au personnel du diœcète Apol-
lonios, une esclave dont il disposait, nommée Sphragis et âgée d'envi-
ron sept ans, 'pour la somme de cinquante drachmes. \_
]os fils

dAnania.^, Perse, clérouque cC entre les cavaliers de Toubias. Témoins :

le « dikaste » ona fils d'Agathon, Perse; Polémon fils de Straton,


Macédonien : Vun et Vautre clérouques d'entre les cavaliers: de Tou-
bias; Timopolis fils de Botéo, Milésien ; Heraclite fils de Philippe,
athénien; Zenon fils de Timarque, de Kolophon ; Démostrate fds de
Dionysos, dWspendée : tousles quatre du personnel du diœcète Apol-

lonios (1\

Ce document porte le n" 3 dans la série provisoire de M. Edgar et ne


parait d'abord rien offrir que d'assez banal dans les circonvolutions

un peu ampoulées de son Zenon, voyageant


style juridique. Notre
alors en Palestine a fait haltequelque part dans la province d'Ammo-
nitide. Un certain Nicanor, qui se trouvait avoir à vendre une petite
esclave de sept ans, la lui cède pour cinquante drachmes. La solen-
nité avec la juelle on évoque le protocole royal, l'année du règne, les
titulaires des sacerdoces dynastiques pour authentiquer l'acte, sanc-
tionné d'ailleurs par un grand luxe de témoins, fait un contraste sai-
sissait avec ce pitoyable troc d'une pauvre fillette. Ne plaignons, au

(1) Annales..., XVIII, 164 Le contrat est en double copie sur une même feuille de
ss.

papyrus. On se reportera, 1 état du texte, à


pour la transcription et aux diligentes anno-
tations du très distingué spécialiste. L. 2, l'absence des noms du titulaire du sacerdoce
d".\lexandre et des dieux Adelphes comme de la prêtresse d'Arsinoé est expliquée par le
fait que, ces dignitaires ayant été renouvelés au début de l'année régnale, leurs noms

n'étaient pas encore parvenus, au mois suivant, jusqu'à la lointaine province où s'écrivait
le contrat; le notaire s'en tire par la périphrase étant prêtre et canéphore « ceux qu'on a
:

installés et qui sont connus à Alexandrie >. Sur l'organisation de ce sacerdoce dynastique,
voir Bov«;.hé-Leclerc<., m's/. Lag., IH, .3:-48: IV, 331 ss.
184 REVLE BIBLIQUE.

surplus, pas trop la jeune Sphragis, dont le sort en Egypte, dans la


maison de son nouveau maître, l'agent ministériel Zenon, ne dut rien
avoir de trop durli. Il n'y. a plus à redire ce qu'étaient les clé-
ronqiies de 1 époque ptolémaïque colons militaires, ou plutôt vété-
:

rans de l'armée régulière à qui l'administration royale attribuait la


libre possession d'un lot v.Av;p:;) de 'terre dont
'
ils pouvaient vivre tout
en demeurant soumis à certaines obligations de service. L'armée sous
les Lagides étant surtout constituée par des mercenaires, grecs de

préférence, les vétérans qui devenaient « clérouques » demeuraient,


beaucoup mieux encore que les Égyptiens de race, à la dévotion du
pouvoir nouveau. Leurs groupes, habilement répartis à travers les
nomes du Domaine, y assuraient la police et fournissaient aux agents
du fisc l'appui utile dans leur laborieuse tâche. Plus opportune encore
était leur présence dans les provinces de récente annexion et dans
les colonies où ils prenaient le caractère d'une milice territoriale.
Aux marches du royaume surtout, la présence de ces garni-
lointaines
saires était une sécurité. Il ne déplaisait point à ces monarques de
souche macédonienne que d'anciens mercenaires grecs, macédoniens,
ou se disant tels, fussent en nombre prépondérant dans ce colonat
policier et militaire qu'administrait parfois un officier supérieur
délégué directement par le pouvoir central, mais le plus souvent une
autorité locale dont le loyalisme était garanti par les vétérans étran-
gers. Tel est, nous le verrons bientôt, le cas en Ammoni^de. Les
clérouques mis en scène dans notre document appartiennent tous à la
caste particulièrement noble des colons cavaliers — ce n'est pas
d'hier que la troupe montée s'estime d'ordre plus distingué que le
simple fantassin! —
Parmi eux Zenon pouvait reconnaître quelque
compatriote carien. Parmi les témoins .spéciaux de l'inspecteur égyp-
tien quelques-uns ont l'air d'appartenir comme lui au personnel
administratif hiérarchisé sous l'autorité suprême du ministre des
finances Apollonios 2). Entre les témoins de Nicanor le vendeur
figure un persan dont le nom est mal conservé, mais dont le père
portait le nom très hellénique d'Agathon (3). Le titre de z<//.y.--.r,:

(1) Sur la esclaves dans l'Egypte ptolémaïque, voir Boiché-Leclep.co.


condition des
op. /., Malgré son nom de physionomie grecque, la jeune esclave n'appartenait
IV, 118 ss.

vraisemblablement pas à quelque groupe de population heilénisante de la contrée. Par ce


vocable grer —
d'ailleurs très peu fréquent si 1 on en juge par le Dictionnaire de Pape —
le cléronque cnidien Nicanor avait dû chercher à traduire quelque nom nabatéo-arabe.

dérivant peut-être du fait que l'enfant avait clos [ ^•^\ la lignée de ses frères et sœurs,
ou exprimant un simple tatouage (ow«S('?«).
*

(2) Tel l'Athénien Heraclite, auteur probable de la lettre n' 14 étudiée plus haut.
(3) On ne saisit pas quel peut être le rôle de l'autre milicien perse mentionné à la 1. 7.
L\ PALESTINE ItAXS LES PAPYRLS PTOLE.\L\IQUES DE GERZA. 185

était visiblement protocolaire pour ce personnage, puisque le notaire,

qui l'avait d'abord omis dans sa rédaction a pris soin de l'écrire en


surcharge. L'analogie du jury célèbre de Crocodilopolis et peut-être
dun semblable à Héracléopolis i) suggère qu'il s'agit ici d'un « juré »
i

plutôt que d'un juge » ordinaire. Dans les institutions judiciaires


<.<

ptolémaïques et dans la langue des papyrus le c'./.xT:r,:-jw'é n'est


cependant pas l'espèce d'assesseur de nos tribunaux modernes. Les
spécialistes estiment qu'il était membre d'une sorte de commission ou
de '( conseil de guerre jugeant sans appel » les « différends surgis
entre militaires ou miliciens .-. Ils n'étaient d'ailleurs pas nécessai-
rement et pouvaient être « simplement des notables de la
officiers
région Le nouveau papyrus semblerait même attester que le
(2) ».
juré signalé en Âmmonitide était tout bonnement un clérouque (3).
A la tête de ces colons miliciens parfaitement étrangers dans la
contrée se trouve un Toubias que M. Edgar a très bien reconnu pour
« un chef indigène, To'Aixç ou TmcCx:; étant la forme grecque du nom
ammonite Tobiah (4) ». Si l'on pouvait hésiter à discerner en Tobiah
— ainsi que nous l'appellerons désormais le chef hiérarchique de —
la province d'après l'indication à déduire du seul contrat qui vient

d'être examiné, d'autres documents des précieuses archives de Zenon


lèveraient tous les doutes. Voici, par exemple, dans un même
papyrus, deux lettres de ce personnage. Le ministre des finances,
dont il relève, comme de juste, le plus immédiatement puisque
son rôle administratif essentiel consiste à assurer la levée des taxes et

Son nom est estropié, mais il est fils d'Ananie», vocable manifestement plus juif que
<

perse. Le notaire du contrat? Un témoin isolé ou le représentant spécial de Toubias?


(1 Testes réunis dans Boicué-Leclerco, op. L, III, 238-242.
(2) Bolciié-Leclercq, l. l., 240.
(3) Il se pourrait néanmoins qu'on eût affaire à quelque agent particulier de 1 adminis-
tration ptolémaïque. Des documents épigiaphiques datant précisément du règne de Phila-
delplie menlionnent des o'.-/.a<jTai dans un rôle qui paraît être celui d'experts juridiques
adjoints à un administrateur civil, ÈTiiTi-iTr,:, dans une province, ou spécialement envoyés
pour régler un difiërend. Dans l'inscr. de Cos (Dittexp.erger, Orieniis gr. inscr. sel.,
I, p. 67, n" 43 4 s., 14, 16), le nésiarque Bacchon f.TVJTaîo ô'./.a(7Tà; xal ô-.a/./.a/.T-ripa; toù;
ctaxpivoôvta; Ttîol tûv àfxs'.TgïiToviJLÉvtov a-v;j.oo/.a£wv, a demandédes experts et des arbi-
tres aptes à régler à l'amiable les actes litigieux et la ville de Cos a désigné des hommes
qualifiés et intègres (âvôoa; xa/oy; y.àYaôoO;;. Je regrette de n'avoir pas sous la main les
volumes du Bulletin de corresp. où M. IloUeaux a étudié ce
/lelléni'/ue, XVIII, p. 400,
t«xte, et XVII, p. 52 dans lequel il a commenté l'inscription de Théra (Dittenbercei;,
Or. gr..,, I. 6'J, n'- 44 7 s.^ où figurent aussi des ry:/.'3.i-'3.<. envoyés avec un È-isTâTr,;
pour résoudre un cas particulier ... y.'%\ vjv êraffrâtav -.z àTioTteî/.a; 'A-oXXôooxov /.aî
:

ô'./.afftâç...

(4) Edgar Annales..., XVIII, 165. Le ri''2T»2 de Néhémie dont nous aurons à parler
bientôt est rendu Ta)g{a; par les LXX, tandis que la recension de Lucien emploie couram-
ment To-^gia;.
186 REVUE BIBLIQUE.

impôts, la réquisitionné oflicieusement dans le but d'obtenir pour les


collections royales toutes les curiosités exotiques de sa province. Et
Tobiah de s'exécuter avec un zèle empressé :

Tobiah à Apolloûios. salut. Conformément à ce que tu m'avais écrit de (aire par-


venir... 'lacune], j"ai envoyé, le 10 de Xanthicos, X... Hacune. et en surcharge : « qui
fait partie de mon personnel »\ conduisant : deux chevaux, six chiens, un hémio-
nagre croisement d'ànesse, un couple de chameaux arabes blancs (1), deux rejetons
d'hémionagre et un d'onagre. Tous ces animaux sont apprivoisés. Je t'ai adressé en
même lemps la lettre que j'ai écrite pour le roi au sujet de ces présents, dont ci-joint
copie aûn que tu la voies.

Porte-toi bien. L'an 29. le 20 Xanthicos.


Tobiah au roi Ptolémée, envoyé deux chevaux, six chiens, un héraio-
salut. Je t'ai
nagre croisé d'ànesse, deux attelages arabes blancs, deux petits hémiouagres et un
petit onagre. Vœux de prospérité (2j.

Les spécialistes détermineront aisément sans doute cette zoologie et


feront ressortir son adaptation adéquate aux espèces animales carac-
téristiques de l'Ammonitide et des steppes désertiques de l'Arabie
limitrophe. Chevaux et lévriers — sloughis — y sont encore très jus-
tement réputés; l'onagre, apparemment le baqar el-md des bédouins
modernes, y est encore connu et le métissage varié se pratique tou-
jours. Les historiens documenteront avec prodigalité l'engouement
des premiers monarques Lagides, et de Philadelphe en particulier,
pour l'exotisme et le développement, dans leur jeune capitale, de jar-
dins d'acclimatation qui réunissaient les plus extraordinaires échan-
tillons du règne animal à travers le monde connu. L'archéolog-ie ne
saurait omettre d'évoquer, à propos des présents de Tobiah, la déco-
ration si originale des tombes de Marésa dont on a précisément essayé
tout à l'heure de déterminer l'origine exactement contemporaine et
qui sont en tout cas de même période générale. Sous le pinceau
humoristique et délié de l'artiste, chevaux, lévriers, onagres et autres
bêtes moins familières ont bien pu prendre quelque allure de fantai-
sie, mais ne représentent pas un monde animal chimérique (fig. 3).

Ce qui a pour nous le plus d'intérêt en ce moment, c'est de constater


les peines que se donne Tobiah pour flatter les caprices royaux. L'am-
pleur des cadeaux, l'empressement à réaliser la suggestion du minis-
tre en laveur, les nuances de ton dans la correspondance, le souci

(1) Traduction hypothétique. Ces ÛTroÇûvia 'Apaêt-xà /Ev/.à8-j6 sont littéralement « deux
bêtes de somme arabes, blanches, attelées « donc une paire. Dans l'Arabie moderne le
;

chameau « blanc » est toujours considéré comme un animal distingué. C'est en général la
monture du cheikh.
(2) Le texte dans Edo vr, op. l., p. 232. n' 13. avec d'eïcellentes annotations.
LA PALESTINE DANS LES PAl'VRUS PTOLEMAIOLES DE GERZA.

prudent de ne pas se risquer à côté de l'ornière hiérarchique et de


faire passerpar les mains du ministre le message destiné au roi,
pour que le ministre,
informé au surplus A
de son exacte teneur,
ôA^Arp/oc
choisisse l'instant le

plus opportun pour le


mettre sous les yeux
du monarque : autant
W^
de détails qui im-
pliquent bien pour
Tobiah une situation
de haut fonctionnaire
Fig. 3. Onagre peint en rouge et noir dans une tombe
dans sa province. liellénistique de Marésa.

D'autres documents
des archives de Zenon enregistrent, nous apprend M. Edgar, des
envois d'esclaves, des présents officiels pour l'anniversaire de la nais-
sance du roi ou de son couronnement —
à supposer que les -i-.z-.y--

yr,^op<.7. dont il est question ne représentent pas plutôt ce système des

(( couronnes » qui servait... à ménager lamour-propre des dynastes


et villes autonomes alliés de TÉgypte et à déguiser en dons volon-

taires le tribut qu'ils payaient à leur suzerain (1; ». 11 ressort, si je ne


me trompe, de ce faisceau d'indices que le Tobiah de nos documents
était officier supérieur quelconque dans la hiérarchie
non pas un
adniinistrative égyptienne, mais une notabilité locale choisie par le
Philadelphe comme gouverneur responsable de la nouvelle province.
Et ne suffit-il pas d'avoir entrevu ce fait pour que s'évoque aussitôt
en toutes les souvenir d'une dynastie locale fameuse dans
mémoires le

l'histoire biblique depuis les jours reculés de la restauration juive


sous Néhémie, après la captivité? Le Tobiah maudit, cette espèce
d' « esclave ammonite » qui régnait alors en maître sur l'Ammoni-
comparse du dynaste arabe, voire même
tide, se faisant l'inséparable
du gouverneur samaritain, pour contrecarrer l'entreprise de Néhé-
mie, se perpétuait en ung postérité non moins hostile au judaïsme
orthodoxe et qui semble avoir eu constam:uent de solides attaches
avec le judaïsme mauvais teint, toujours prêt à contaminer sa foi avec
des compromis politiques et des spéculations intéressées (2). Sans

(1) Bolché-Leclkrcq, op. L, lU, 336. Le tribut portait son vrai nom, çôpo;, seulement
quand il s'agissait des ^ contributions fournies par les possessions coloniales administrées
par des fonctionnaires égyptiens « 7. l.).

(2) Il serait à souhaiter qu'on entreprit de démêler par une critique attentive la peison-
188 REVUE BIBLIQLE.

essayer, de suivre au fil des jours la descendance du potentat de


i'Ammonitide, on peut se contenter de rappeler que bien longtemps
encore après la période où nous sommes, lors de la glorieuse res-
tauration macchabéenne, on constatera dans la région un état de
choses analogue à savoir une dissémination relativement considé-
:

rable de juifs £v -oXq To-joiz'j. « parmi les gens ou dans les domaines —
— duTobiade » (1) qui s'empresse de les massacrer dès qu'une nou-
velle intervention syrienne a ravivé les rancunes séculaires et reformé
contre eux la vieille coalition Édomite, Arabe, Ammonite 2).
Autour de 265, les populations du pays d'Ammon, constatant les

iialité même du "'^2- ou ""ZVJT éponyme et l'histoire de sa dynastie. Le même livre de


yi'Jiémie, qui a signalé dès le début (2, 19 le mauvais vouloir de Tôbiah et ne cessera de
l'accentuer cf. 3, 7s; 6, 1, 12, 14;. mentionne également (6, 17-19) la sympathie que
4.
i' « esclave 'ammonite » inspirait toujours à bon nombre de juifs marquants de l'entou-
rage même du zélé réorganisateur. Des alliances réciproques avaient resserré ces liens.
Les choses étaient même allées si loin que, mettant à profit une absence du réformateur
en voyage à la cour de Perse, le prêtre Eliachib, lié de parenté avec Tôbiah, n'avait pas
craint de lui réserver un pied à ferre dans les propres parvis du Temple, à la grande indi-
gnation de Xéhémie, qui dés son retour fit jeter dehors tout ce qui avait pu servir à
1" Ammonite et purifier le local 13, 4-9). On se demande d ailleurs quelle relation il pour-
rait bien exister entre ces Tobiades ammonites et la lignée des » fils de Tôbiah » men-
tionnée parmi ceux qui revinrent de la Captivité (7, 61 s.) et qui, lors du dénombre-
ment officiel en Judée, ne se trouvèrent pas en mesure de produire leur généalogie. N'y
avait-il pas d ailleurs, depuis les jours de l'installation en Canaan, quelques éléments
ammonites parmi les Israélites! cf. Jos. 18, 24. '^'ellhausea surpris de constater " que les
Ammonites Tobia et son fils Johanan VeV/., 6, 18; portent des noms juifs composés avec
le vocable divin lahvé », concluait de ce chef avec assez de fondement : « Ou bien ils

n'étaient pas d'authentiquesAmmonites, ou bien, dans le même temps où le paganisme


marqait son empreinte sur les Juifs, le judaïsme en retour avait déteint sur les païens »
and j'ddisclie Geschichte - '1895j, p. 156, n. 1).
[Israelit.
Le vieux commentaire de Grimmsur les Macchabées [Kurzrjefas. exeg. Bandbuch zu
;lj

den Apokr. des A. T., III, 81 dSSSi, sur / Mac. 5. 1.3) établissait que Tvj8;o-j doit être
préféré à la leçon excentrique d'un ms. Tovôîv. Il le comparait toutefois à la région de z^C
en Ammonitide.
(2) I Macch. 5, 1 ss., 13, etc. on ne voit pas qu'il y ait lieu, avec Ilolscher par exemple,
de s'arrêter encore (v. 13) à la mauvaise leçon v. .. bi zo'.; Toooiv pour se lancer à la

recherche dun nom de ville rondement Tôb de Jug. 11, 3 ss. et II Sam. 10. 6.
assimilée à
pour identifier le tout à Pella [Paldstina in der pers. und hellen. Zeit, p. 7.5). Dans
Juges il s'agit d'une « région » au nord de Galaad ;cf. Lagrange, Juges, in loc, p. 194^.
Dans Samuel, Job en relation avec Ma'acà = Ab'd, parait située assez loin au nord-ouest
(cf. DifORME, tH loc., p. 349). Les plus récents commentateurs n'en continuent pas moins à
reproduire les mêmes citations, quittes à suggérer des identifications topographiques pré-
caires. C'est ainsi que M. Charles [The Apocrypha... I, 83 (1913, sur I Mac. 5, 13} indique
la « région de Tubias » à « 12 milles au sud-est du lac de Galilée .Dans // Mac. 12, 17.
au cours de celte même lutte de Judas contre la coalition païenne reparaissent des
>£-;'ou.Évov: To-jêîtvov: [To-.>;i'.avo-J:'i 'Io,.oaîoj; qui représentent à n'en pas douter le même
groupe de population, sans qu on puisse clairement discerner si la narration n'est qu un
doublet de / Mac. 5, ou s'il s'agit d'une nouvelle campagne de Judas, comme paraît le
suggérer l'analyse de Charles, op. l.. I, 127.
LA. PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLÉMAIQLES DE GERZA. 189

embarras où se débattait la monarchie séleucide et sentant s'affermir le


pouvoir de Ptolémée II, avaient jugé prudent et avantageux d'accepter
franchement sa suzeraineté. L'antique Rabbath-'Ammon, abdiquant
le vocable ffui semblait pourtant consacrer son titre de capitale de la
contrée, se mettait par adulation sous le vocable tutélaire de la nou-
velle déesse dynastique, en prenant le nom de Philadelphie. Rien
n'entrait mieux dans du gouvernement Lagide et dans la
l'esprit
ligne de sa politique coloniale que de laisser aux nouvelles provinces
annexées presque tous dehors de l'autonomie sous le contrôle des
les
colons miliciens. Par le choix du monarque, ou par le succès de sa
propre surenchère, un descendant de Tôbiah continua d'exercer, en
vertu de l'investiture de Philadelphe et désormais pour le compte de
l'Egypte, le pouvoir dont il paraît lùen avoir été l'héritier en cette
contrée. Quelques vétérans furent installés dans sa province, autant
pour consolider son loyalisme que pour lui faciliter l'exercice de ses
fonctions administratives. Parmi les anciens mercenaires grecs de
toute nuance groupés maintenant sous l'autorité de cet 'Ammonite
teinté de judaïsme pour gouverner une province de protectorat plu-
tôt qu'une véritable colonie égyptienne, on n'éprouve aucun étonne-
ment à rencontrer des mercenaires perses, peut-être même un Perse
judaïsant si l'on serrait de près son patronymique Ananias. :

Avant de poursuivre cette sommaire enquête sur la fortune poli-


tique des Tobiades, il est opportun d'examiner en quel lieu le docu-
ment qui nous a remis sur leur piste parait situer leur centre d'ac-
tion, dans cette seconde moitié du m* siècle avant notre ère. On se
souvient que le contrat de si chétif objet est passé h .i'r"^ Ay.y.rzv-- ~'^i-.

T'.oïc, Cette B'OTa, aux allures de nom propre, ne saurait plus guère

donner le change en cette région. Sous son articulation araméenne


elle cache la désignation d'une « forteresse ));non pas, à vrai dire,
restreinte au sens moderne et précis d'un site exclusivement aménagé
pour les nécessités militaires d'une défense, mais dans l'acception sen-
siblement plus large d'une installation où peut évoluer la vie civile et
religieuse d'un poste de colons miliciens telle que l'impliquait par
exemple la nn^'z de Yeb, dans les papyrus araméens d'Éléphantine (1 1,

Une installation antique de ce type est depuis longtemps célèbre dans


la région en cause et le témoignage explicite de l'historien Josèphe
qui l'a, un peu plus tard, hellénisée en B-xp-.ç atteste qu'elle avait
conservé de son temps sa désignation primitive; elle était d'ailleurs
suffisamment caractéristique pour tenir lieu de nom propre. Tout le

(1) Cf. Lagrange, RB., 1907, p. 269 s; 1908, p. 348 ^.


190 REVUE BIBLIQUE.

monde a songé d'instinct aux ruines d'Ardg el-Emir, dont on n'at-


tend d'ailleurs pas ici la description détaillée. Après tant de remar-
quables études il n'y a plus à en retracer l'exacte physionomie; mais
surtout depuis les travaux de la mission archéologique américaine de
Princeton University que dirigeait M. l'architecte Butler (1) et qui
consacra, en 1904, à peu près une semaine à l'étude de ces ruines, on

''^"ï*

'^1 h

Fig. 4. —
Le ti'' s ir"Ar;'if|el Kmir. Vue du S. E., au bord de l'ou. essyr. au 1' i)laii,
qasr el-'Abd; lui IimhI la talaisc rocheuse ou sont percées les cavernes. Phot. Savignar.

ne saurait vraiment espérer en arracher mieux le secret sans entre-


prendre de très laiiorieuses fouilles. Une brève analyse répondra donc
suffisamment à notre but.
Tous les visiteurs ont insisté àlenvi sur l'impression grandiose que
produit cet amphithéâtre à flanc de montagne, bordé par le frais ruis-
seau chantant sous la jungle de Y ou. es-Syr et largement ouvert au sud
en une perspective splendide vers le Ghôr (fig. k). A l'extrémité sep-
tentrionaledu cirque naturel la montagne « est percée de deux étages
de chambres, mises en communication par un chemin couvert qui

(1) Princeton Univ. arc/i. Exped. io Syria. Di\. II: Ancicnt ArchUecture..., by H. C.
Butler, Sect. A, I, p. 1-25. Voir aussi Div. III, Inscriptions..., bj E. Littmann; sect. A,
I, p. 1-7. On trouvera dans cette publication (1907) toute la bibliographie utile, qui s'ali-

gnerait vainement ici.


L\ PALESTINE DANS LES PAPVULS PTOLEMAIQl.ES DE GERZA. 101

serpente daos la pierre, et par un couloir horizontal taillé dans le


rocher » (fig. 5). « Les chambres ne sont pas sépulcrales... les unes, ;

disposées avec soin, éclairées par de larges fenêtres, sont des salles
d'habitation; les autres, avec leurs mangeoires et leurs anneaux
taillés dans la pierre, sont des écuries ; d'autres, plus grossières, ont
servi de magasins enfinun bloc réservé sur le bord du chemin cou-
:

vert et percé de petites niches, est évidemment un colombier. Tout

Deux étages de cliambres. mises en communication, par un couloir taillé dans


le rocher •. Pliot. Savignac.

cet établissement a donc les caractères d'un lieu de refuge, mis à


labri d'une surprise par les larges tranchées qui l'isolent et par le
chemin étroit qui y mène, capable de contenir une nombreuse maison
avec une suite de cinquante chevaux au moins et des provisions pour
un long siège... A l'exception de deux salles au rez-de-chaussée, toutes
les grottes de cette étonnante ruche sont grossièrement taillées : tout
a été sacrifié à l'utile, aux besoins de la défense. Les salles qui s'ou-
vrent au preaiier étage sur le couloir horizontal sont des excavations
en partie naturelles, en partie artificielles, sans plan régulier; les
plus intéressantes sont celles qui ont servi d'écuries. Les deux salles
du rez-de-chaussée, réservées au logement du maître, sont plus soi-
192 REVUE BIBLIQUE.

gnées ; leur plan est lectauiiulaire, les parois sont layées, le plafond a
la' forme d'une voûte surbaissée qui s'appuie sur une moulure conti-
nue, sorte de doucine grossière. Une fenêtre, placée au-dessus de la
porte et largement ébrasée répand une abondante lumière ))(1). C'est

sur la façade sommairement aplanie de ces cavernes qu'est gravée


en deux endroits la courte épigraphe sur laquelle on reviendra bien-
tôt (2).Une spacieuse terrasse, mollement inclinée vers le ruisseau, se
relève à l'extrémité orientale en un petit tertre (fig. 4, a) qui porte
quelques ruines d'assez cliétive et moderne apparence. A peu près au
centre de l'hémicycle, le sommet d'une faible ondulation (fig. 4, b)
avait été aplani et déseloppé par des murs de soutènement en un
groupe de petites terrasses. On y peut observer encore quelques sec-
tions d'un aqueduc et les fondements d'un édifice carré de 6'", 80 de
côté. La diligente investigation des savants américains leur a fait
retrouver plusieurs débris d'un entablement dorique et divers mem-
bres d'architecture qui éclairent un peu sur le caractère général de
l'édicule sans permettre de discerner s'il fat un tombeau, un pavillon

de jardin, ou d'autre nature encore (3). Tout à l'extrémité méridionale


de l'esplanade, ou plutôt assez bas déjà dans la vallée, un puissant
barrage en maçonnerie est tendu d'un bord à l'autre, constituant une
sorte de cuvette au centre de laquelle émerge une plate-forme rec-
tangulaire, artificiellement soutenue par des murs de revêtement,
aujourd'hui dans un état fort ruiné. C'était du monument le
l'assiette
plus remarquable de tout cet ensemble (cf. fig. 4). Depuis les excel-
lents dessins de MM. de Saulcy (i) et de Vogué surtout (5), cette ruine,
désignée sous le nom moderne de Qasr el-'Abd, a été presque aussi
vulgarisée que la mémorable effigie du Sphinx ou les momies pharao-
niques. Les relevés de M. Butler, établis à l'aide de quelques sonda-
ges, en ont fourni une notion sensiblement plus précise quoique incer-
taine encore en divers points. I^'édifice, dont on connaît maintenant
les proportions exactes i^fig. 6), était un rectangle de 37'" x 18"", 50,

(1) De VoGïiÉ, Le Temple de Jérusalem, p. 38 et 42. Oii ne saurait donner une meilleure
vue d'ensemble que celle de l'illustre maître, qui, le premier, ot en dépit des diUicultés
imposées naguère à son exploration, recoonut l'importance et le vrai caractère de la belle
ruine, signalée par Irbyet Mangles en 1818 ou 1820.
(2) La meilleure vue générale des cavernes est encore celle du Survey of Eastern Pales-
Une, face p. 72. On trouvera aussi, face p. 84^ une excellente vue de la principale façade à
inscription.
(3) Butler, op. l., p. 22 s.
(4) Voyage en Terre Sainte, I, 211-234 (1865); mais surtout dans le Mémoire sur les
monuments d'Aâraq-el-Emyr, beaucoup moins cité, quoique plus technique : Mém. de
l'Institut de France, Âc. Inscr. et B.-L., XXVI, p. 83-117, avec 8 planches ln-4° (1867).
(5) Le Temple de Jér., pi. xxsiv s., in-folio.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRLS PTOLE.\L\IQLES FJE GERZA. 103

orienté de N.-X.-O. en S.-S.-E, avec une monumentale sur


entrée
chacun des petits côtés N. et S. entre deux groupes de pièces symé-
triques. Sur les côtés longs, des pilastres engagés et très saillants
supportaient apparemment une
galerie. L'ordonnance intérieure n'a
pu encore être mais on croirait volontiers à un grand
déterminée ;

espace central hypètre, environné de portiques. Le bénéfice le plus


précieux de l'exploration américaine est d'abord d'avoir fixé les
mesures du plan, retrouvé assez d'éléments pour une restauration
bien motivée des deux péristyles avec ordre inférieur et supérieur,
suggéré le caractère des superstructures, mais ensuite et surtout

— Le
*'' 25 80

57.00 ^
Fig. G. temple de Tôbiali. Plan restauré d'après Butler.

d'avoir mis à jour quantité de détails d'architecture et de décoration


qui autorisent un diagnostic archéologique plus positif. Avec son
sens e.sthétique si par une érudition toujours si judicieuse,
affiné servi
M. de Vogué se persuadait naguère que « le style... et les caractères
intrinsèques de l'ornementation, considérés en eux-mêmes, indi-
quent une époque comprise entre le siècle d'Alexandre et le siècle
d'Auguste. » (1) A qui trouverait cette détermination un peu large, il
faut rappeler la difficulté considérable de marquer des phases pré-
cises dans l'évolution de l'art palestinien d'époque hellénistique en
un temps où l'archéologie positive commençait seulement à se docu-
menter en cette contrée. Il y avait, à coup sûr, mérite et sagacité
à s'abstraire, en présence de la fameuse ruine, de la hantise de son
mégalithisme et de considérations historiques et religieuses déve-
loppées un peu plus tard avec un brio impressionnant par M. de

Le Temple..,, p. 41.
REVLE BIBLIOUE 1920.
194 REVUE BIBLIQUE.

Saulcy concluant à quelque très archaïque production de Farchitec-


ture religieuse « ammonite ». Entrela structure en blocs gigan-

tesques « appareillés avec une recherche d'eDchevêtrements et de


tenons intérieurs qui indique une certaine inexpérience » (1) et la
décoration sculpturale qui offrait, à côté de simples épannelages, des
pièces du fini le plus délicat surgissait une relative antinomie. Sans
doute les éléments ébauchés se pouvaient-ils justifier tant bien que

mal par l'hypothèse d'une construction inachevée, mais l'hypothèse


se heurtait elle-même à d'autres difficultés. Les sondages de la mis-
sion américaine complétant la minutieuse documentation graphique
de M. Butler ont exhumé de très précieux fragments décoratifs et
mainte pièce d'architecture très suggestive. Ces trouvailles ont révélé
le rôle important que les revêtements et les placages ont joué dans cet

édifice. Elles ont mis en relief avec une non moins opportune clarté
son caractère -spécifiquement hellénistique. Analysant avec soin ces
éléments nouveaux, Butler a fait ressortir que dans ce monument
d'exécution toute grecque se trahissent des influences aussi nettes que
variées. La recherche du mégalithisme, si visibledans les murailles
extérieures, dérive apparemment de la Phénicie d'époque grecque. La
grande frise courante de lions passants doit bien être d'inspiration
orientale (fig. 7). Les chapiteaux à doubles protomes de taureaux
adossés n'ont pas moins clairement leurs prototypes en Perse, tandis
que les revêtements, peut-être même des stucs peints, viennent pro-
bablement en droite ligne de l'art alexandrin. A se laisser guider uni-
quement par les données archéologiques, le savant américain aurait
choisi comme date la plus vraisemblable de l'édifice précisément ce
règne « de Ptolémée II (285-2i7 av. J.-C.) qui influença particulière-
ment les affaires » et celles de la région d'Araq el-Émîr peut-
de Syrie
être plus que toute autre (2).
Mais à rencontre de cette suggestion archéologique dont on ne
saurait trop admirer la fine pénétration, Butler ne pouvait pas ne
point subir l'obsession d'un témoignage littéraire qui pèse depuis
toujours sur cette discussion, obsession d'autant plus inéluctable
qu'elle dérive du récit de Josèphe qui a fourni la plus brillante iden-
tification des ruines (ï'Ardq el-Émîr avec la puissante Bxpiç érigée
pour la sécurité fastueuse d'un Hyrcan « fils de ïobie » de célèbre
mémoire dans l'histoire juive du second siècle avant notre ère.
L'intéressante narration des Antiquités judaïques (XII, iv, 11) ayant

(1) De VoGiiÉ, op. l., p. 40.

(2) Butler, op. L, p. 17.


LÀ PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLÉMAIQLES DE GERZA. 195

été traduite naguère ici même par le P. Séjourné, il serait superflu

de nouveau (1, superflu davantage encore de reprendre


la réciter à
la démonstration de coordonnées topographiques depuis
longtemps
rendues évidentes. Il découlait spontanément de ce bienheureux et

très pittoresque récit que le monument hyrcanien de You. es-Sijr


=
Tup:ç aurait dû dans la décade, ou plus strictement
être construit
encore dans les sept ans qui précédèrent l'avènement d'Antiochus IV
Épiphane au trône de Syrie, soit l'an 175/4 av. notre ère. Cette
:

't.-. ^^m^'m.'--

â -.- ^/ '-

Z:Zi:, TTîTr-T^:;;^;;s;^*»««"^.

— i

i
i

I^te:
l'ig. Débris de la frise des lions. Phot. Savi

limitation dans un laps de temps assez parcimonieux ne laissait pas


que d'être gênante, étant donné surtout que dans ce même intervalle
Hyrcan avait guerroyé sans trêve contre les Arabes. Cet Hyrean,
dautre part, était juif et lui pouvait-on imputer un tel laxisme que
d'avoir couvert ses édifices de représentations zoomorphiques répu-
tées prohibées avec rigueur par l'orthodoxie religieuse? A la vérité
nous savons aujourd'hui par d'assez catégoriques attestations monu-
mentales que la prohibition soutirait quelques accommodements et
s'était mainte fois mitigée. Le moyen pourtant de ne pas accepter

jusqu'au bout le témoignage de Josèphe, puisqu'on lisait sur les

(1) SÉJOtr.isÉ, R. B., 1893, p. 139 s.


196 REVUE BIBLIQUE.

rochers mêmes de la « forteresse ^ le nom de ce Tobiade auquel il

faisait honneur de la fondation?


En effet, on se souvient qu'en décrivant les cavernes nous avons
signalé la situation d'une épigraphe deux fois répétée aux entrées des
plus remarquables salles souterraines. On peut désormais négliger
tous les tâtonnements résultant d'observations trop hâtives, ou de
copies inexpérimentées. La lecture de ces deux groupes similaires de
caractères hébreux archaïsants (fig. 8) ne souffre depuis longtemps
aucune hésitation : c'est n'^zrc, Tôbiah (1). iMais tout comme elle avait

pesé sur le diagnostic archéologique, la perspective historique ouverte


par le texte de Josèphe pesait naturellement sur le diagnostic paléo-
graphique (2).
Dans l'amas d'opinions émises sur l'ensemble des ruines d'Âràq
el-Émir, deux théories seulement avaient un caractère de compétence
et d'originalité celle de M. de Vogué interprétant le groupe des
:

cavernes comme un véritable refuge, une forteresse, et le grand


monument construit comme un palais, tout étant rattaché à la fonda-
tion d'Hyrcan vers 175; celle de M. de Saulcy qui tenait le principal
édifice pour un très vieux « sanctuaire des Ammonites » depuis long-
temps abandonné quand le fugitif Hyrcan eut l'idée de s'en faire un
puissant refuge par une transformation habile mais hâtive de la
grandiose ruine, autour de laquelle il développa des jardins, quelques
édifices secondaires, après avoir transformé en abris pour sa suite
les grottes qui auraient constitué jadis les dépendances du sanctuaire,
peut-être aussi la nécropole des rois d'Ammon. Ce système compliqué
et fort précaire au point de vue archéologique s'étayait néanmoins
de certaines considérations d'histoire, de quelques faits matériels
aussi qui n'en soufl'i aient pas la pure et simple élimination, du moins
en ce qui concernait l'édifice principal. Après avoir soumis sur place
et à la lumière de ses découvertes les deux théories « palais du —
(1) Dès 1890 elle avait paru « certaine » au P. Lagrange [Au delà du Jourdain, p. 24;
extr. de La Science catholique). On trouvera d'ailleurs la très ample bibliographie de
ces petits textes dans Littmanx, op. L, p. 1.
(2) M. Clermont-Ganneau, Archaeol. Researches, II, 261 ,1896), n hésitait pas à dé-
clarer que la graphie est « encore apparentée au type ancien » — plutôt qu'à l'hébreu carré.
C'est uniquement à cause du texte de Josèphe relatif à Hyrcan, on le voit par la suite,

que le maître français date l'épigraphe de 175 seulement. M. Littmann (op. 1., p. 2 ss.)

est encore plus explicite et discute d'ailleurs plus en détail la question paléographique.
Les plus strictes analogieslui paraissent fournies par les stèles araméennes de Teimà,
Saqqarah, Carpentras documents du v'-iv* siècle. Et s'il conclut, lui aussi, à une origine
:

dans la première moitié du second siècle avant notre ère, c'est derechef en vertu de l'attri-
bution qui paraissait si fatalement s'imposer au Tobiade Hyrcan, d'après la narration de
Josèphe.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. 197

second siècle » ou « temple ammonite tardivement remanié en forte-


resse » —
à un contrôle très attentif, M. Butler s'est vu contraint de
laisser la question ouverte, que son collaborateur épig-ra-
tandis
phiste, M. Littraann, allant plus à fond dans la discussion d'ensemble,
se déclarait plus enclin à l'hypothèse d'un temple, mais ramené à
la fondation d'Hvrcan le Tobiade, vers 175 avant notre ère, alors que

.V^ii*^^'

.
mÊÊÊKÊSÉBÊOÊÊ.
Fig. 8. — Une des inscriptions de Tôbiali. Pliot. Savignac.

Butler eût voulu pouvoir reporter cette fondation environ un siècle


plus haut (1.
Ici paraît devoir intervenir avec la plus heureuse opportunité
l'humble contrat passé en 259/8 avant notre ère entre Zenon le haut
commissaire égyptien et le colon milicien Nicanor placé sous la
dépendance du stratège Tùbiah dans la birthd d'Ammonitide. Si
l'agent du ministre des finances Apollonios est venu jusqu'à ce lieu
écarté, il est naturel de penser que c'était en vue d'y rencontrer le
gouverneur responsable de la province. Or l'installation à'Ardq
el-Émîr ne répond-elle pas excellemment à ce que pouA^ait être la
résidence de ce Tùbiah que la faveur de Ptolémée II avait investi de
cette brillante et sans doute assez lucrative dignité? L'antique capi-
taleammonite, Babbath-'Ammôn, eût été manifestement un siège
mieux désigné pour le gouvernorat. Bien, au surplus, n'empêche de
penser que le siège officiel de l'administration ptolémaïque y demeu-
rait fixé. Même à travers l'ostentation de loyalisme égyptien qui lui

(1) BUTLEB, op. l., p. 17 S.: LiTTMANN, Op. l., p. 5 S.


198 REVUE BIBLIQUE.

faisait afficher le nom nouveau de Philadelphie, la vieille cité n'avait


certainement pas abdiqué son particularisme local et Tôbiah, qui
n'était pas de vraie race a ammonite », pouvait ne pas s'y estimer tout
à fait en sécurité, le jour où quelque soudain revirement de fortune
ruinerait l'autorité Lagide dont il était la créature. D'autre part, le
gouverneur avait été doté de la traditionnelle milice destinée à repré-
senter près de lui la force égyptienne. L'établissement de ces « clé-
rouques » étrangers était plus normal en quelque canton agricole
que dans la capitale officielle de la province et le gouverneur, stra-
tège, ou de quelque titre qu'il ait été pourvu, devait avoir au milieu
d'eux son poste de commandement et comme une résidence secon-
daire. Tandis que la région de Voit. es-Sz/r se prête excellemment à
des installations agraires, le site d''Af'dq el-Étnîr, au centre de cette
fertile campagne, olfrait le charme de sa végétation et de ses eaux,
la commodité et l'heureuse exposition de son cirque naturel, surtout
la sécurité des roches abruptes qui le bordent pour établir le poste
principal des colons miliciens. En homme avisé. Tôbiah se choisit au
milieu d'eux une résidence où il lui serait aisé de mettre ses biens
et sa personne à l'abri de toute éventualité fâcheuse. Son nom gravé
sur la façade des deux plus importantes cavernes atteste qu'il s'était
réservé dans ces abris la part proportionnée à son rang. Des cons-
tructions variées complétèrent peut-être l'installation; mais un édifice
religieux n'y pouvait guère manquer et les vestiges grandioses du
Qmr eWAbd trouvent évidemment leur plus satisfaisante interpréta-
tion dès qu'on les envisage de. ce point de vue. Ce n'est pas le lieu
d'en détailler la preuve. On notera seulement que ce temple, érigé
en pleine période hellénistique, au milieu d'une colonie de vétérans
gréco-asiatiques, par le fastueux Tobiade qui incarnait momentané-
ment dans la contrée le pouvoir royal égyptien, paraît être dérivé
d'un concept religieux aussi mixte que le milieu hétéroclite où il

surgissait (1). Si, comme


y a de bonnes raisons de le penser, le
il

Tôbiah de 259 était un descendant du turbulent contemporain de


Néhémie, son origine était juive, mais son judaïsme depuis longtemps
fort atténué ne se marquait apparemment plus que par des nuances
dans une culture hellénique alors très en faveur. Le poste ou la

(1)Le fait que ce temple ait été construit au milieu dune sorte de lac artificiel porte
à se demander si on ne l'aurait pas dédié à une divinité particulièrement en faveur sous
les premiers Lagides, cet Ammon antique du désert égyptien dont la légende de cour
faisait le père des rois. On se souvient en elfet que. par une assez singulière adaptation,
Ammon était devenu un Zeus des eaux et des fontaines dans la Syrie hellénistique; cf.
Perdrizet, R. B., 1900, p. 436 ss.
LA PALESTINE DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. 199

birthd de l'Ammonitidc apparaît ainsi très à l'instar de la birtJid

d'Éléphantine; mais tandis qu'il s'agissait icide miliciens juifs établis


en terre égyptienne pour y assurer la sécurité d'un pouvoir nouveau,
là au contraire nous trouvons des miliciens grecs installés au cœur
d'une province sémitique sous le commandement d'un ancien dynaste
local, peut-être un juif mâtiné d'ammonite, iduméen ou arabe. Sans
doute la birthd n'est ni une forteresse, ni un camp retranché au sens
moderne du terme ;
elle n'est pas installée en prévision de quelque
redoutable assaut par un ennemi du dehors. Elle n'en représente pas
moins un abri de toute sécurité contre quelque péril éphémère pou-
vant surgir à l'intérieurmême du pays (1) et la vie civile et religieuse
du gouverneur et de sa colonie territoriale y peut évoluer avec
autant de commodité que d'agrément. Le règne prospère de Phila-
delphe s'étant prolongé une vingtaine d'années après l'annexion de
la province et la paix n'y ayant d'ailleurs pas été troublée gravement
pendant les deux règnes qui suivirent, c'est plus de temps qu'il n'en
faut pour la réalisation du monument (V'Ardq el-Émir. Architectes
et archéologues sont délivrés du souci de rabaisser au milieu du
second siècle un édifice que tous ses caractères artistiques leur
suggéraient de classer au m". Les épigraphistes seront de en même
mesure de suivre l'impression résultant d'un examen paléographique
attentif des deux épigraphes en raccourcissant l'intervalle qui les
sépare des documents araméens du v' et du iv'' siècle où elles trouvent
leurs meilleurs éléments de comparaison. li est, je crois, assez peu
de cas où la topographie, l'archéologie et l'histoire concordent avec
une harmonie si satisfaisante et aussi spontanée.
Mais alors, l'assertion de Josèphe attribuant à Hyrcan, le fils d'un
ancien fermier général des impôts en Judée, la création de cette
même Bâp».;? Ce récit est d'autant moins oublié que, sans lui, la
localisation de la birthd de Tôbiah fût demeurée aussi précaire qu'il
la rend au contraire solide. Ceux pour qui les récits de Josèphe

(1) Sans parler de la facilité qu'il y avait de la munir de défenses avancées, sur les
points qui commandent les voies d'accès. De ce point de vue on se demandera si la
birthà de Tôbiah et de ses gens ne s'offre pas juste à point pour éclairer un récit biblique
ultérieur. Dans // Mac. 12, 13 ss., Judas qui vient de triompher des Arabes et d'anéantir
la garnison syrienne de Kxm^ivi — assez vraisemblablement Hesbân —
court à la déli-
vrance des To-^o'.avo'j; 'lojoaîoj; assiégés eî; tôv Xàpa/.a (v. 17). La tentative d'évoquer la
vieille capitale moabile, T'p, nmp, Xapazawoa, Kérak ne résiste pas à l'examen (cf.

déjà le com. de Grimm . En dépit de la distance de 750 stades — chiffre de tous points
invraisemblable —indiquée par rapport à KaT-eiv, on ne peut s'empêcher de songer au
ravin de la birthà de TJpo; =
ou. cs-Syr. Les troupes syriennes n'attendent d'ailleurs
pas l'armée macchabéenne victorieuse et se replient hâtivement vers le nord.
200 REVUE BIBLIQUE.

i^eprésentent une autorité sans appel, acceptée en bloc et dans le

plus menu détail de leur teneur, s'évertueront peut-être à une conci-


liation dans les faits sinon dans les mots. Au dire de l'historien juif,
cet Hyrcan est fils de Joseph, « fils de Tobie ». Entre l'année 184/3
av. notre ère où Hyrcan se réfugie à Tùpoç en ïransjoidane et la date
ronde de 2G0 où nous y avons constaté la présence d'un Tobie déjà
installé, il n'y a que quatre-vingts ans à peine le Tobie du papyrus ;

pourrait dès lors être précisément le grand-père d'Hyrcan et ce der-


nier aurait transformé fastueusement l'installation modique de son
aïeul. On n'est heureusement pas réduit à cette harmonisation déses-
pérée, et ce n'est pas user d'un éclectisme fantaisiste que d'opérer
un triage critique dans les données de Josèphe sur l'histoire ancienne
de son pays et de son peuple (1).
Ce n'est plus d'hier, en effet, qu'on a touché du doigt les plus
lourdes invraisemblances chronologiques dans la biographie mer-
veilleuse, passablement romanesque d'ailleurs, de cet Hyrcan et fait
ressortir son caractère nettement tendancieux (2). C'est l'origine d'un
problème mémorable dans l'histoire religieuse du judaïsme : les
titres de la famille des Tobiades au sacerdoce (3).
L'exposer même en raccourci déborderait par trop le cadre de cette
note. On retiendra seulement que Josèphe, écrivant cette histoire à
Rome vers la fin du
i"'" siècle après notre ère, ne pouvait qu'en
emprunter trame à quelque source dont l'original ne nous a pas
la

été conservé. Il y a de solides indices que cette source était samari-


taine et que l'auteur brodait, sur un canevas historique transposé

(1) On se souvient que les papyrus araméens d'Éléphanline ont déjà fourni un cas
analogue, où, tout en confirmant un récit de Josèplie, ils obligent à modiûer sa chrono-

logie; cf. Lagkange, R. B., 1908, p. 347, à propos de Sanaballat.


(2) On trouvera un excellent exposé de la question et toute la documentation utile dans
ScHUERER, Geschichte desjiid. Vollics im ZeitaUer Jesu Chrisli '*,
I, 183, n. 4; II, 99 s.,

n. 11 (1907).

(3) Un gros volume était consacré à ce difficile sujet en 1899 par M. A. Blechleii, Die
Tobiaden und die Oniaden im II Makkab. Bûche und in dei- verirandten jiid. —
liellen. Litterahir. concède sans trop regimber au radicalisme de Wellhausen {Israël,
Il

und jiid. Gesch:- (1895) p. 232) le radotage « naïf » des innombrables anecdotes (p. 97),
à commencer par Ihistoire « risible » (p. 99) et pas très reluisante de la naissance
d'Hyrcan; mais il estime avoir trouvé la panacée qui sauvera la valeur historique du
fond il suffit de situer toute la narration de Josèphe quelque peu plus
: haut, sous le
règne de Plolémée IV Philopator (221-204), ou V Épiphane (204-181), et il entreprend
courageusement (p. 100 ss.) d'en faire saisir l'efficacité. Il aboutit sans doute à ruiner
quelques-unes des attaques trop sarcastiques de Wellhausen et de Willrich [Jiiden und
Griechen vor der mak. Erhebung, 1895, p. 01 ss.), mais pas à mettre en évidence un
fond historique bien précis. Sur la lignée des Tobiades, cf. Schuerer, op. l., I, 195, n. 28,
ou les annotations de Chamonard dans la traduction française des Œuvres cotnpl. de
FI. Josèphe, sur Antiq. XII, 4, p. 82 du t. III.
LA PALESTI.XE DANS LES PAPYRUS PTOLEMAIQUES DE GERZA. 201

d'une ou deux générations, un récit qu'il s'efforçait tant bien que mai
d'adapter aux circonstances contemporaines de Ptolémée V Kpiphane
et Ptolémée VI Philométor, sans prendre toujours assez de soin pour
sauvegarder la vraisemblance et les synchronismes nécessaires avec
les monarques syriens. Josèplie lui-même semble avoir eu çà et là
conscience des imperfections et des impossibilités de sa source (1);
Il s'est néanmoins
guider jusqu'au bout par elle. Tout à la fin,
laissé
dans cet épisode de la retraite d'Hyrcan au delà du Jourdain, qui
produit d'ailleurs l'excellente impression d'une épave historique
dans la légende hyrcanienne, il a tout l'air d'écrire de son cru la
description si vivante et si pittoresque de la Bâris [birtliâ] qu'il
pouvait parfaitement avoir vue dans l'état où elle demeurait au début
du i"' siècle, sans doute encore avec son vieux nom araméen qui
s'hellénise naturellement sous la plume de Josèphe, tout comme la
désignation toponymique ancienne de ce « rocher » ("!lï } dont il fait

Tjpc;. La description du par souvenir d'une vue directe,


site, soit
soit du moins par ouï-dire, est donc un élément concret, nettement

recevable (2) sans qu'il soit nécessaire pour autant de prendre au


pied de la lettre l'attribution de tout cet ensemble magnifique à la
seule activité d'Hyrcan.
Après cela, c[ue le Tobiade en c[uittant la cour égyptienne se soit
réfugié dans la birthd et qu'il ait vécu sept ans en cet asile, guer-
royant contre les Arabes et défiant l'inimitié de ses frères qui détien-
nent les hautes charges à Jérusalem — où lui-même d'ailleurs aurait
déposé des trésors sous la sauvegarde du Temple rien ne s'y — ,

oppose en principe. On le trouvera même beaucoup plus facilement


vraisemblable dans la perspective résultant de l'interprétation donnée
au papyrus de Zenon. Au lieu de voir Hyrcan s'enfuir à tout hasard
en Transjordane et s'y trouver soudain, et comme dans un conte de
fées,en train de créer un palais enchanteur tandis qu'il bataille sans
trêve contre les Arabes, on constaterait que le rusé Tobiade, aban-
donnant ses frères à leurs querelles et à leurs ambitions autour du
Temple de Jérusalem, s'est retiré tranquillement dans le domaine de
son aïeul. Tout était préparé pour qu'il y trouvât, en même temps

(Ij Du moins si c'était lui qui a inséré dans XIF, 4, 1, § 158, après Ba<7Ù£'a lI-oAêfxaTov
ladétermination xôv Ejspyérriv, o; -^v itaxyip toC *i).o7ïâ-:opoç. Mais il y a longtemps (fu'on
soupçonne en ces mots une assez lourde interpolation.
(2) A condition, bien entendu, d'en élaguer ce qui ne saurait jamais faire défaut dans
les meilleures pages de Josèphe les adjectifs emphatiques et les mesures grandilo-
:

quentes; c'est-à-dire dans notre cas : le fossé « large et profond » qui entoure la « forte-
resse » et le développement des cavernes sur « plusieurs stades ».
202 REVUE BIBLIQUE.

qu'un asile somptueux, des éléments tout prêts à le seconder dans


sa lutte contre les populations du voisinage que le déclin de la
puissance des Lagides et les intrigues syriennes commençaient à
rendre provocantes (1). A Tavènement d'Antiochus Épiphane, jugeant
la lutte désespérée, Hyrcan se suicide. La narration de Josèphe, pour
autant qu'elle semble contenir de véritables éléments historiques,
gagne donc à s'éclairer par les documents ingénus récemment exhu-
més des sables du Fayoùm.
Est-il téméraire d'espérer que ces merveilleuses Archives nous
réservent d'autres surprises encore?

École biblique et archéologique — Jérusalem, le 8 décembre 1919.

L. H. Vincent, 0. P.

(1) La petite esclave Sphragis, objet du contrat qui nous occupe et les envois d'esclaves
dont il est question dans des lettres de Tobiah laissent supposer que
représentant de
le

l'autorité du Lagide Philadelphe et ses cavaliers clérouques ne se privaient pas de razzier


les Arabes des marches hauraniennes. Les pinjlarques de l'époque ptolémaïque étaient
certainement aussi habiles que le sont aujourd'hui les fils du Chérif du Hedjàz à exploiter
les rivalités de leurs puissants suzerains. Quand les Lagides dominaient la contrée, ces
Arabes ne devaient pas se faire faute d'afficher pour les Séleucides des sympathies qui
leur devenaient lucratives: aussi, les gouverneurs égyptiens étaient-ils bienvenus à
malmener le plus possible ces dangereux et turbulents voisins, et sans doute s'en était-on
fait une habitude dans l'entourage de Tôbiah. Son petit-fils Hyrcan prolongeait donc une

tradition déjà ancienne dans la birthâ quand il s'y réfugia. Mais les conditions politiques
étaient changées. L'Egypte en décadence depuis Antiochus III ne pouvait désormais plus
rien aux frontières de Syrie et les Arabes sauraient bien en profiter. Hyrcan le comprit et
n'attendit pas leurs représailles.
LES SYMBOLES PROPHÉTIQUES D'ÉZÉCHIEL

Avec Ézéchiel, nous touchons au cœur du symbolisme prophétique.


Les symboles sont encore plus nombreux dans son livre que dans celui
de .lérémie et ils passent généralement pour être plus difficiles. Il est

certain du moins qu'ils entrentpour une bonne part dans la réputa-


tion d'obscurité qu'à tort ou à raison on a faite à Ezéchiel. Essayer
de les éclaircir, ce sera travailler à l'explication générale de ce pro-
phète.
Les difficultés des symboles d'Ézéchiel sont de nature très diverse.
Les questions de réalité ou d'historicité y occupent naturellement une
place de choix. Disons pourtant que, sur ce point, on constate
aujourd'hui une tendance accentuée vers l'accord. « Quant aux actions
symboliques, que Reuss envisage comme des figures de rhétorique,
écrit M. Lucien Gautier, on s'accorde toujours davantage à y voir des
faits réels, des actes accomplis sous les yeux des spectateurs afin de

les impressionner et de leur donner une leçon de choses. S'il en est,


dans le nombre, dont l'exécution soulève des difficultés, il faut en tout
ne s'attende pas
cas s'abstenir de parler d'impossibilités (1) ». Qu'on
cependant à voir tous ces problèmes résolus par acclamation. Dans le
monde des exégètes, il reste encore des dissidents, et l'on ne saurait
dire de leurs arguments qu'ils soient négligeables et ne méritent
point d'être entendus.
Mais il est deux sortes de difficultés spéciales à Ézéchiel : les unes
concernent sa personne, les autres l'état littéraire de son œuvre.
Quelles étaient les dispositions physiques du prophète au moment où
il exécutait les plus célèbres de ses actions symboliques? Se trouvait-
t-il dans un état normal de santé? On le croyait jusqu'à ces derniers

temps. Depuis une quarantaine d'années, les critiques ne se montrent


plus aussi assurés. Certaines théories ont été mises en cours. On a

(1) Introduction à l'Ancien Testament, 2« éd.. t. I, p. 423, 424.


204 REVUE BIBLIQUE.

parlé de pénibles infirmités, de troubles profonds, de névrose, voire


de catalepsie. On a fait le relevé minutieux des détails fournis par le
prophète sur ses diverses attitudes corporelles, sur ses divers états
d'Ame, et l'on a comparé ces résultats avec les observations consi-
gnées dans les rapports de médecins renommés. Bref, avant d'abor-
der l'étude de ses symboles, on se voit contraint aujourd'hui d'assis-
ter à une véritable consultation médicale, et, qui plus est, de prendre
parti.
Ce n'est pas tout. Après le diagnostic médical, vient la critique
littéraire. Ici encore, de nouveaux problèmes ont surgi de nos jours.
S'il était de tout temps manifeste que le livre d'Ézéchiel avait été
victime, dans sa transcription et sa transmission, de regrettables
négligences, les critiques s'accordaient du moins à reconnaître que
ces défectuosités n'atteignaient point la substance du texte. Ils procla-
maient que celui-ci avait du calame inspiré dans une magnifique
jailli

unité. Ils le citaient volontiers comme le modèle du genre. Mais voici


que des regards plus investigateurs ont été plus perspicaces on a ;

remarqué que le bloc, réputé intact, n'allait pas sans quelques fis-
sures; on a cru même y découvrir des pièces rapportées, en sorte que
le monolithe a, dit-on. plus d'un trait de, ressemblance avec les con-
glomérais. On parle de différentes recensions, partielles ou totales,
sous lesquelles l'œuvre d'Ézéchiel aurait d'abord été mise en circula-
tion. Puis serait venue la fusion de ces éléments divers, parfois hété-
rogènes, non sans causer quelque dommage à l'ordonnance générale
et introduire quelque confusion dans l'unité primitive. Avant d'ana-
lyser les symboles, ne convient-il pas d'examiner s'ils nous sont par-

venus tels qu'ils émanèrent du prophète?


Depuis quelques années, ces derniers problèmes sont à l'ordre du
jour dans les ouvrages protestants d'iVllemagne, de Suisse et d'Angle-
terre. Les catholiques ne peuvent les ignorer plus longtemps; c'est
pourquoi on a cru devoir profiter de l'occasion qui se présentait ici de
les examiner en détail.
La présente étude se partage donc en quatre paragraphes :

1° État du prophète durant la période symbolique;

2° État littéraire des principaux symboles ;

3" Visions symboliques;


4" Actions symboliques.
LES SYMBOLES PROPHÉTIQUES DÉZÉCHIEI>. 205

ÉTAT DU PROPHETE DANS LA PERIODE SYMBOLIQUE.

C'est M. Klostermann le premier qui a introduit la médecine dans


l'exégèse d'Ézéchiel. y était préparé d'une manière personnelle,
Il

assez rare parmi les commentateurs. Il nous confie discrètement à la


fin de son étude que des infirmités analogues à celles du prophète
l'ont mis à même de comprendre le cas de l'homme de Dieu. Long-
temps il s'est vu dans l'impossibilité de sortir, secoué qu'il était par

de très violentes convulsions (von den heftigsten Schûttelkrampfen).


Cette expérience, jointe à ses recherches scripturaires, lui permit
d'écrire un article retentissant, intitulé Ezéchiel : Une contribution
à une meilleure appréciation de sa personne et de ses écrits (1). Comme
les exégètes ne cessent de se référer à cette étude fondamentale, il
importe d'en rappeler au moins les grandes lignes.
Les renseignements que nous possédons sur la maladie d'Ezéchiel,
dit en substance M. Klostermann, remontent à sa trentième année.
Les phénomènes pathologiques avaient sans doute commencé avant
cette date. Malheureusement, nous ne possédons plus le début de son
ouvrage, car le récit actuel commence ex abrupto [i, i). Du moins
pouvons-nous suivre les vicissitudes du mal entre la trentième et la
trente-quatrième année du prophète.
A l'âge de trente ans, le cinquième jour du quatrième m'ois, il a
une vision qui ébranle violemment sa sensibilité il tombe la face ;

contre terre (i, 28j. Sur l'ordre d'une voix mystérieuse, il se remet
sur ses pieds (n, 1, 2), mais sans retrouver sa force première.
Désormais, il a le sentiment qu'une puissance étrangère s'est emparée
de lui et le guide (ii, 2). Bientôt, il éprouve des hallucinations de
l'ouïe et de la vue (ii, 3 ss. il a des sensations gustatives très agréa-
!
;

bles il lui semble qu'il avale un parchemin délicieux (ii, 8; m, 3). Un


:

jour, il est invité à se rendre auprès de ses compagnons d'exil et àleur


parler (m, 4). Il se met en route, comme porté par une force étrangère
(m, 12, li), non pas agité par des impressions d'amertume, comme on
l'a dit en se basant à contresens sur un mot du texte massorétique
(m, li : 'a, amer), mais décidé à tout, avec une indomptable énergie.
Le « courroux de son esprit » (mi-n'zn) dont parle encore le texte

(1) Ezéc/iiel : Ein Beitrag zu besserer Wiirdigung seiner Person iind seiner Scfitif't,
piru dans les Tfieologische Sludien und /.ritifier, 1877, pp. 391-439.
206 REVUE BIBLIQUE.

(v. 14), n'était la première de ce


qu'une excitation de sa volonté,
genre que le prophète eût encore ressentie: c'était la prise de posses-
sion de tout son être par une puissance supérieure.
Le propliète arrive à Tell Abib, où résidait une importante colonie
d'exilés. Là son émotion monte à son comble il reste sept jours sans
;

parole et immobile, als starre Figur (diciI/'ç, m, 15).


Au bout d'une semaine, nouvelle vision, où le prophète apprend
« qu'il n'aura plus le libre usage de ses membres
des organes de la et

parole » ; il maison réduit à un état de pénible


se verra dans sa propre
infirmité, qui l'empêchera de se rendre aux réunions de ses compa-
triotes.

De fait, le voilà bientôt frappé à' hémiplégie au côté droit, ce qui


l'oblige à se tenir trois cent quatre-vingt-di