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ThÈorËme de Cayley-Hamilton : trois dÈmonstrations

Marc SAGE 25 octobre 2005

Table des matiËres

1 Introduction

2

1.1 PolynÙme caractÈristique díune matrice

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2

1.2 PolynÙme caractÈristique díun endomorphisme

 

2

2 PremiËre mÈthode : les matrices compagnons

2

2.1 Lemme de la matrice compagnon

 

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2

2.2 DÈmonstration de Cayley-Hamilton .

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3

3 Seconde mÈthode : la comatrice

 

4

3.1 Comatrice et M n (K [X ])

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4

3.2 DÈmonstration de Cayley-Hamilton .

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4

4 TroisËme mÈthode : densitÈ des matrices diagonalisables dans M n (C )

 

5

4.1 Cayley-Hamilton pour les matrices diagonalisables

 

5

4.2 Cayley-Hamilton pour les matrices complexes

 

5

5 QuatriËme mÈthode : par une reprÈsentation intÈgrale des puissances díune matrices

 

6

RÈsumÈ

On dÈmontre ici le thÈorËme de Cayley-Hamilton de trois maniËres di§Èrentes : par les matrices compa- gnons, en utilisant la comatrice, puis en invoquant la densitÈ des matrices diagonalisables dans M n (C ).

1

1

Introduction

1.1 PolynÙme caractÈristique díune matrice

Soit K un corps commutatif et n 2 N un entier non nul. On dÈÖnit le polynÙme caractÈristique díune matrice A 2 M n (K ) comme le polynÙme

A = det (XI n A) .

Notre but est de montrer que A annule A, i.e.

A (A) = 0 .

Attention au raisonnement naÔf (et faux) qui consiste ‡ dire : on remplace X par A dans la formule du polynÙme A , ce qui donne

A (A) = det ( AI n A) = det ( A A) = det 0 = 0.

DÈj‡, Ècrire A (A) = det (AI n A) fournit un calcul de dÈterminant dans le corps K , ce qui donne un scalaire et non une matrice comme Áa devrait, dío˘ problËme. Líerreur rÈside en fait dans líordre de Ètapes "Èvaluation du dÈterminant" et "subtitution de A X ". Quand on Ècrit proprement

A (A) = [det (XI n A)] ( A) ,

on calcule le dÈterminant dans líanneau K [X ], puis on Èvalue ce polynÙme en la matrice A dans líanneau M n (K ).

1.2 PolynÙme caractÈristique díun endomorphisme

On rappelle que pour deux matrices A et B on a AB = BA (cf. feuille Une identitÈ classique sur le polynÙme caractÈritique pour plusieurs dÈmonstrations). Ceci montre en particulier que P AP 1 = A et permet donc de dÈÖnir le polynÙme caractÈristique díun endomorphisme f 2 L (E ) E est un K -espace vectoriel de dimension Önie non nulle par

f = Mat B f

B est une base quelconque de E .

2 PremiËre mÈthode : les matrices compagnons

2.1 Lemme de la matrice compagnon

Pour P = X n + a n 1 X n 1 + ::: + a 1 X + a 0 polynÙme unitaire, on dÈÖnit la matrice compagnon de P :

C (P ) =

0

B

B

B

B

@

0

1

.

.

.

.

0

1

a 0

.

.

.

a

a

n 1

n

2

1

C

C

C

C

A

;

pour n = 1, noter que P síÈcrit X + a 0 et C (P ) = C (X + a 0 ) = ( a 0 ).

C (P ) síappelle matrice compagnon pour une bonne raison : son polynÙme caractÈristique se lit dedans :

C ( P ) = P .

Pour montrer cela, on raisonne par rÈcurrence sur la taille de la matrice.Pour n = 1, mettons P = X + a 0 , on a

C ( P ) = det (XI 1 C (P )) = det (X + a 0 ) = X + a 0 = P .

2

On rÈcurre ensuite en dÈveloppant selon la premiËre ligne :

C ( P )

= det (XI n C (P )) X a 0 . . . . .
=
det (XI n C (P ))
X
a
0
.
.
.
.
.
1
.
=
.
.
.
X
a n
2
1
X + a n 1
X
a
1
.
.
.
.
1
.
.
= X
+ ( 1) n a 0
.
.
.
X
a n 2
+ a n 1
1
X
hy p o th Ë se d e rÈcu rren ce
z
}|
{

1

X

.

.

.

.

.

.

.

.

.

X

1

= X a 1 + a 2 X + ::: + a n 1 X n 2 + X n 1 + ( 1) n a 0 ( 1) n

= a 1 X + ::: + a n 1 X n 1 + X n + a 0

= P .

2.2 DÈmonstration de Cayley-Hamilton

Soit E un K -espace vectoriel de dimension n 1 et f 2 L (E ). On se Öxe un x dans K n , et on va montrer que f (f ) (x) = 0. En faisant varier x dans E , on obtiendra ainsi f (f ) = 0 comme voulu. Pour x = 0, cíest Èvident par linÈaritÈ. Pour x 6= 0, i.e. (x) libre, on considËre

= min n k 2 ; x; f (x) ; :::; f k (x) liÈe o ,

de sorte que f (x) est liÈ avec x; :::; f 1 (x) qui est libre, donc se dÈcompose en

f (x) = a 0 x + a 1 f (x) + ::: + a 1 f 1 (x) .

On complËte ensuite la famille libre x; f (x) ; :::; f 1 (x) en une base B de K n , dans laquelle f síÈcrit

Mat f =

B

0

B

B

B

B

B

B

@

0

1

0

.

.

.

.

.

.

0

1

a 0

.

.

.

a 2 a 1

0

M

1

C

C

C

C

C

C

A

=

C (P )

0

M

o˘ líon a notÈ P = X a 1 X 1 ::: a 1 X a 0 . Observer que P (f ) (x) = 0. En utilisant la matrice compagnon, on obtient

f = 0

@

C (P )

0

M

1

A

= C ( P ) M = P M ,

dío˘ en appliquant en x :

0

B

1

C

f (f ) (x) = [ M P ] (f ) (x) = M @ P (f ) (x) A = 0, CQFD

|

{z

}

=0

3

le lemme de

3

Seconde mÈthode : la comatrice

3.1 Comatrice et M n (K [X ])

Pour une matrice M sur un anneau commutatif unitaire ñpar exemple K [X ] ñ, on rappelle que líon a

M t com M = (det M ) I n .

Remarquer aussi que líon dispose díun isomorphisme díalgËbres Èvident

M n (K [X ]) ' M n (K ) [X ]

(envoyer la matrice X k E i;j sur le polynÙme E i;j X k ).

3.2 DÈmonstration de Cayley-Hamilton

Soit A 2 M n (K ) n est un entier 1. On pose R = XI n A

Noter dÈj‡ que det R = det (XI n A) = A , que líon Ècrira sous la forme

S

= t com R

matrices de M n (K [X ]).

A = X n + a n 1 X n 1 + ::: + a 1 X + a 0 .

Les coe¢ cients de S Ètant des polynÙmes tous de degrÈ < n, on peut en Ècrire

S = X n 1 S n 1 + ::: + XS 1 + S 0

o˘ les S j sont ‡ coe¢ cients dans K . LíÈgalitÈ R S = (det R ) I n se rÈÈcrit

(XI n A) X n 1 S n 1 + ::: + XS 1 + S 0 = A I n .

En envoyant cette ÈgalitÈ de M n (K [X ]) dans M n (K ) [X ] puis en identiÖant les coe¢ cients, on trouve

8

S n 1 = I n

>

>

>

>

>

<

S n 2 AS n 1 = a n 1 I n

.

.

.

 

.

>

>

>

>

>

:

S 0 AS 1 = a 1 I n

AS 0 = a 0 I n

On multiplie alors la premiËre ligne par A n , la seconde par A n 1 , etc., et on somme le tout pour tÈlescoper le membre de gauche. Cela donne

0 = A n + a n 1 A n 1 + ::: + a 1 A + a 0 = A (A) , CQFD .

Remarque. On a vu que la mÈthode naÔve (et fausse) qui consistait ‡ faire X = A dans det (XI n A) bloquait car líon Èvaluait X = A avant de faire le calcul du dÈterminant. Or, líidentitÈ de la comatrice permet de se dÈbarasser du dÈterminant, ce qui permet de faire X = A en toute impunitÈ. On envoie ainsi líidentitÈ

(XI n A) S = A Id ,

de M n (K [X ]) dans M n (K ) [X ], puis líon Èvalue en X = A. Le terme de gauche síannule, donc le terme A (A) Id de droite Ègalement, CQFD . Cíest exactement ce que nous avons fait ci-dessus en dÈtaillant líÈva- luation en X = A.

PLus concis avec les sÈries G : Pour z 6= 0 assez petit, on a

det (Id zA) X (zA) i = det (Id zA) = Com (Id zA) .

Id zA

En voyant líÈgalitÈ prÈcdente dans M n (C ) [X ], on voit que le coef en z d est nul ‡ droite (cofacteur), donc celui ‡ gauche aussi. En notant A = P a i X i , on lit ‡ gauche z n A z = P a i z n i , dío˘

1

X a i A i = 0.

4

4

TroisËme mÈthode : densitÈ des matrices diagonalisables

dans M n (C )

Dans cette partie, K est supposÈ Ègal ‡ C .

4.1 Cayley-Hamilton pour les matrices diagonalisables

Montrons que Cayley-Hamilton est dÈj‡ vrai pour les matrices diagonalisables. Soit A une telle matrice. On peut Ècrire

A = P @ 0

B

n

Q

de sorte que A = i=1 (X i ) et donc

1

.

.

.

p

1

C

A P 1 ,

A (A)

2 0 1 0 1 3 1 1 Y n 6 . C B .
2
0
1
0
1
3
1
1
Y
n
6
.
C
B
.
C
=
4
@ B
.
.
.
A i @
.
A
7 5
i=1
p
1
0
1
.
.
.
B
C
B
C
Y
=
n
B
i 1 i
C
B
C
0
= 0
B
C
B
C
i=1
@
i+1 i
A
.
.
.

car un zÈro apparaÓt dans chaque produit formant un coe¢ cient diagonal. Remarquer que líon níutilise nullement ici les propriÈtÈs topologiques de C , le rÈsultat est valable sur un corps quelconque.

4.2 Cayley-Hamilton pour les matrices complexes

Soit maintenant A quelconque dans M n (C ). On sait que líon peut líapprocher par une suite de matrices diagonalisables A = lim D k o˘ chaque D k vÈriÖe par ce qui prÈcÈde D k (D k ) = 0. Or, on dispose du lemme suivant :

Lemme. Soit n 2 N . Alors

( P k

k

1

! P dans C n [X ]

x

k

k

1

! x dans A

=) P k (x k ) ! P (x) dans A.

Pour conclure, on applique le lemme aux suites D D k k ! ! A A

(invoquer la continuitÈ de M 7! M ),

dío˘ D k (D k ) ! A (A) et A (A) = 0 par unicitÈ de la limite.

DÈmonstration du lemme. On commence par ramener le problËme ‡ des choses plus simples en Ècrivant

jP k (x k ) P (x)j

=

jP k (x k ) P (x k ) + P (x k ) P (x)j

jP k (x k ) P (x k )j + jP (x k ) P (x)j .

|

{z

}

te rm e 1

|

{z

}

te rm e 2

Le problËme sera rÈglÈ si líon montre que chacun des termes 1 et 2 tend vers 0. Le terme 2 peut Ítre rÈglÈ immÈdiatement en invoquant la continuitÈ de la fonction a 7 ! P (a).

5

Quand au terme 1, notons

de sorte que le maximum M k := max n

suite convergente (x k ), on a alors

(

0

k )

P k P =

n

X

i=0

(

i

k )

X i ,

;

(

1

k )

; :::;

(

n

k )

o tende vers 0. En notant > 1 un majorant de la

jP k (x k ) P (x k )j = j[P k P ] (x k )j =

n

X

i=0

(

i

k )

x i

k

n

X M k jx k j i M k (n + 1) n ! 0.

i=0

5 QuatriËme mÈthode : par une reprÈsentation intÈgrale des puissances díune matrices

On se donne une matrice A complexe. Pour z assez grand, la matrice z A est inversible, donc pour r

( re i ) k +1 d assez grand líintÈgrale R líinverse en sÈrie entiËre
( re i ) k +1
d
assez grand líintÈgrale R
líinverse en sÈrie entiËre :
a un sens pour tout entier k 0. On peut la calculer en dÈveloppant
re i A
2
Z
Z
re i k +1
d
re i k
d
A
re i k l d
l re i k d
= ? X
A l = A k .
re i A 2 = Z
re
i
1 A 2 = Z
2
2
X
re i
l
0
l 0

On peut intervertir car la somme en prenant les modules converge :

Z

l

X

0

A l re i k l

2 Z

d

X

0

l

kAk l d

r

2

2.

Ainsi, en notant A =:

P a k X k , on aura

A (A)

=

=

0 a k A k = X a k Z

X

k

re i A 2 = Z

d

re i k +1

Z re i t com re i A

d

2 .

re i A re i

re i A 2 = Z

d

re i det re i A

d

re i A

2

Tout les coe¢ cients de la matrice dans líintÈgrande sont des poylnÙmes en re i sans coef constant (‡ cause du re i devant en facteur), donc líintÈgrale est nulle, CQFD .

6