Vous êtes sur la page 1sur 19
M. Franck L'urbanisation en Indonésie : données chiffrées In: Archipel. Volume 36, 1988. pp. 9-26.

L'urbanisation en Indonésie : données chiffrées

In: Archipel. Volume 36, 1988. pp. 9-26.

Citer ce document / Cite this document :

Franck M. L'urbanisation en Indonésie : données chiffrées. In: Archipel. Volume 36, 1988. pp. 9-26.

doi : 10.3406/arch.1988.2440 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arch_0044-8613_1988_num_36_1_2440

I. VILLES D'AUJOURD'HUI

Manuelle FRANCK

L'urbanisation en Indonésie

données chiffrées

La croissance urbaine en général

La loi sur la décentralisation de 1905 a créé les municipalités, zones urbai nesdotées de limites administratives et d'une certaine autonomie de gou

vernement.

quantitatives, mais ces données ignorent tout des autres villes qui, bien que n'ayant pas le même statut, existaient déjà sans le moindre doute. En 1930, date du dernier recensement colonial, 6,7% de la population vit en ville. Le premier recensement de l'Indonésie indépendante (1961) fait état d'un chiffre de 14,8%, celui de 1971 de 17,2% et celui de 1980 - date du der nier recensement - de 22,3% de la population urbaine. [ Voir tableau 1, ci-après ] Ce tableau appelle plusieurs commentaires à propos du niveau d'urba

nisation,

population rurale et population urbaine. En Indonésie, le niveau d'urbanisation reste bas, surtout si l'on com pare ce pays avec les autres pays d'Asie du Sud-Est. Dès 1961, la Malaisie comptait 42,7% de population urbaine, et les Philippines 35,3%. A la même date, l'Indonésie n'en comptait que 14,8%. Ces 14,8% de population urbaine représentaient néanmoins plus de 14 millions de personnes. Plus de gens

C'est à partir de cette date que Ton possède quelques données

du rythme de croissance et de l'écart qui va en diminuant entre

10

Tableau 1

Croissance urbaine et croissance de l'urbanisation en Indonésie, 1930-1980

Croissance de la population urbaine et rurale exprimée en valeurs brutes et relatives 1930 1961
Croissance de la population urbaine et rurale
exprimée en valeurs brutes et relatives
1930
1961
1971
1980
population urbaine
population rurale
population totale
4 034 149
14
358 372
20
465 377
32 891 255
56
693 084
82
660 457
98
674 687
114
599 730
60
727 333
97
018 829
119 140 064
147
490 298
population urbaine (%)
6,7
14,8
17,2
22,3
population
rurale (%)
93,4
85,2 -
82,8
77,7
population totale (%)
100 100,
100
100
Taux de croissance annuel moyen
1930-1961
1961-1971
1971-1980
population urbaine
population rurale
population totale
4,18
3,61
5,3
1,23
1,78
1,65
1,53
2,01
2,4
population urbaine (%)
population rurale (%) '
2,59
1,51
3,05
-0,3
-0,28
-0,7

Source : HUGO, 1975, «Level, Trends and Patterns of Urbanization in Indonesia», p. 12, in United Nations, ESCAP. Recensement de population de 1980.

vivent actuellement dans les villes d'Asie que dans celles d'Europe et des Etats-Unis, bien que les taux d'urbanisation soient moins élevés. Le rythme de croissance de la population est, à toutes les dates, plus rapide que celui de la population totale. La population urbaine augmente actuellement à un rythme moyen de 5,3% par an, qui s'est accéléré au cours des années 1970, en même temps que celui de la population rurale diminuait. L'accroissement de la population des villes est le fait de l'accroissement naturel et des mouvements migratoires. La composition de la croissance urbaine est estimée comme suit :

LES VILLES INDONÉSIENNES EN 1980 Source : Recensem qUJUNG PANDANG T ARAM Nombre d'habitants (en
LES VILLES INDONÉSIENNES EN 1980
Source : Recensem
qUJUNG
PANDANG
T ARAM
Nombre d'habitants
(en milliers)
denpasa
1 000 à 5 000
500
à 1 000
200
à 500
100
à 200
20 à 100

LES VILLES JAVANAISESEN 1980

VÛGYAKARTA Taille des villes (en 000 habitants) plus de 5 000 1 000 à 5
VÛGYAKARTA
Taille des villes
(en 000 habitants)
plus de 5 000
1 000 à
5 000
500
à
1 000
P 200 à 500
# 100 à 200
• moins de 100
Source : Recensement de la population de 1980

13

Tableau 2

Composantes de la croissance urbaine, 1961-1980 (en %) 1961-1971 1971-1980 Accroissement de la population urbaine
Composantes de la croissance urbaine, 1961-1980 (en %)
1961-1971
1971-1980
Accroissement de la population urbaine
Accroissement naturel •
Migrations
100
100
68
48
32
52

Source : Banque Mondiale, 1984, vol. 1, p.12.

Dans les années 1960, l'accroissement naturel urbain et l'accroissement

naturel rural étaient identiques, la diminution des taux de natalité dans les zones urbaines étant compensé par la diminution des taux de mortalité. Dans les années 1970, les taux de mortalité chutent rapidement dans les zones rurales, d'où un accroissement naturel moins élevé en ville qu'à la campa gne.A la fin des années 1970, la population urbaine a un taux d'accroiss ementnaturel de 1,88% par an, contre 2,12% dans les zones rurales. Bien que la population des villes soit globalement plus jeune que celle des cam pagnes, les comportements matrimoniaux sont différents. La population urbaine, composée pour une part de migrants, se marie plus tard. Quant à la mortalité, elle est en moyenne de 20% inférieure en ville W. Les transferts de population jouent aussi un rôle dans les différences de croissance entre villes et campagnes. Les données sont pauvres pour l'étude chiffrée des mouvements migratoires, bien que de nombreuses étu des portent sur ces migrations. Traditionnellement, les Indonésiens se dépla centpeu, du moins de manière permanente et en franchissant les frontiè resprovinciales. En 1980, la moitié des migrants interprovinciaux s'est ins

tallée

décennie. La lente croissance de l'emploi dans le secteur agricole est en partie à l'origine de l'intensification des migrations vers les villes. L'emploi agricole a diminué à Java, alors qu'il n'a augmenté que très modestement dans les autres îles. Les migrations sont sélectives et se produisent essen tiellement en direction des grandes villes; parmi ces grandes villes, la capi tale arrive en tête et de. loin puisqu'elle reçoit 47% des migrants interpro vinciaux. On estime que le gain net de population enregistré par les cinq plus grandes villes du pays représente 99% du total des migrations vers toutes les municipalités. Les migrations intraprovinciales ne sont pas compt abilisées dans les recensements. Des monographies ont pourtant mon-

en ville et ces mouvements se sont accélérés au cours de la dernière

14

tré qu'elles jouent un grand rôle dans la croissance de la population des villes moyennes et petites. Non seulement les recensements ne comptabili sentpas les migrants intraprovinciaux - voire intra-kabupaten - , mais ils ignorent aussi les migrants qui ne résident pas en ville en permanence ou qui y résident depuis moins de six mois. Or, la mobilité individuelle a énormément augmenté depuis les années 1970, par suite notamment de la révolution des transports. La population urbaine s'accroît donc plus rapidement que la population rurale et ce depuis 1930, signe d'un réel mouvement d'urbanisation. L'écart tend à se réduire précisément par suite de la croissance plus rapide de la population urbaine dont nous avons évoqué les composantes.

Graphique 3

Taux de croissance annuels moyens des proportions de population rurale et de popul ation urbaine, 1930-1980

% de croissance annuelle 4 3- 2 1 1 ■Années W/// -1 -1 1930-1961 1961-1971
% de croissance annuelle
4
3-
2
1
1
■Années
W///
-1 -1
1930-1961
1961-1971
1971-1980
0E3 population urbaine (96)
E3 population rurale (S5)

Le graphique 3 indique clairement la croissance divergente entre les pro portions de population urbaine et de population rurale. Il est vrai que la définition de la ville contribue à l'abaissement ou au relèvement des taux d'urbanisation. En 1980, la définition des zones urbaines a changé. La nouv elle définition a augmenté de 1% la proportion des villages urbains en Indo nésie. En 1979, 7,2% des villages sont urbains d'après la nouvelle défini-

15

tion, contre 6,5% d'après l'ancienne (2). Ce n'est là qu'un réajustement de la définition à la réalité, mais qui rend difficile le calcul du taux de crois sance entre 1971 et 1980.

La croissance urbaine par grandes régions

Ces taux de croissance cachent une grande diversité de situations. Selon les régions de l'Archipel et la taille des villes, la situation a évolué depuis 1961 et l'on assiste actuellement à un changement de nature de la crois sance urbaine. Le point important est la participation grandissante des «îles extérieures», c'est-à-dire autres que Java et Bali, au mouvement d'urbanisation.

Graphique 4

Evolution de la part des grandes régions dans la population urbaine totale, 1961, 1971, 1980

/ pop. urb. totale o'ôo EH 0,50 0,40 0,30 0,20 ^M ^^ 0,10 0,00 _j^_^
/ pop.
urb.
totale
o'ôo
EH
0,50
0,40
0,30
0,20
^M
^^
0,10
0,00
_j^_^ Jurandes
re^ions
JAVA-BALI
SUM
KAL
SUL
AUTRES
■ «/total 61
■ «/tota!71
■ «/total 80
Source : Recensement de population 1961, 1971, 1980.

Ce graphique ne fait pas encore apparaître la participation croissante des îles extérieures au mouvement d'urbanisation. Au contraire, en 1980, la part des grandes îles extérieures dans la population urbaine diminue. Ce graphique met surtout en évidence la constante domination de Java et

POPULATION URBAINE EN 1980, PAR PROVINCES Source : Recensem Population urbaine en 000 PH 0à250
POPULATION URBAINE EN 1980, PAR PROVINCES
Source : Recensem
Population urbaine en 000
PH 0à250
rrn
mr\
251 à 500
501 à 1 000
1 001
à 4 500
plus de 4 500
PROPORTION DE POPULATION URBAINE EN 1980, PAR PROVINCES en % | | rei 0à 10
PROPORTION DE POPULATION URBAINE EN 1980, PAR PROVINCES
en %
|
|
rei
0à 10
10,1 à 15
FI
15,1 à 20
&H
■H
20.1 à 25
plus de 25
Source : Recensem

18

de Bali sur la population urbaine. Comment en serait-il autrement alors que la majorité de la population réside dans ces îles? Java et Bali dominent la population urbaine, comme elles dominent la population totale : Java regroupe 62% de la population totale, mais 70% de la population urbaine. Il faut pousser plus loin l'analyse, afin de montrer comment les îles exté rieures participent de plus en plus à ce mouvement d'urbanisation. Dans toutes les provinces, la proportion de population urbaine augmente de décen nieen décennie. C'est en Indonésie intérieure que cette proportion est la plus importante, 24,8% de la population totale en 1980, mais les autres îles tendent à la rattraper : les taux de croissance urbaines sont en effet plus élevés dans les autres îles qu'à Java et Bali. Les résultats du recensement de 1980 ne sont guère explicites à ce sujet,

à cause du changement de définition qui a favorisé les îles intérieures et

défavorisé les autres. Mais si l'on réajuste les chiffres en fonction du chan

gement de définition, comme l'ont fait les experts de la Banque Mondiale, le processus apparaît clairement. Les taux de croissance annuels moyens de la population urbaine ajustés, entre 1971 et 1980 sont les suivants (3) :

% par an

Java

3,0

Sumatra

5,1

Kalimantan

6,4

Sulawesi

5,1

Autres îles

3,6

Indonésie

4,0

En moyenne, la population urbaine des îles autres que Java a augmenté de 6,8% par an, soit plus du double de la population urbaine javanaise. Ces chiffres confirment bien la tendance d'un ralentissement de la croissance urbaine à Java par rapport aux autres îles. De même, si l'on examine un iquement la progression de l'urbanisation par grandes îles jusqu'en 1976, année du recensement intermédiaire, les chiffres sont formels quant à une participation croissante des îles extérieures au mouvement d'urbanisation. Les observateurs pensent que cette tendance se poursuivra dans les années

à venir (4). Ces écarts de croissance contribueraient à redistribuer la popul

ation urbaine indonésienne. Java est pourtant moins en perte de vitesse qu'on ne pourrait le croire car les migrations temporaires et circulaires y sont plus importantes que dans les autres îles, et ces migrants, rappelons- le, ne sont pas comptabilisés dans la population urbaine. Ce phénomène inverse en fait la tendance qui a prédominé jusqu'à la moitié de ce siècle et qui donnait à l'Indonésie intérieure le quasi-monopole

19

de la croissance urbaine. Jusque vers 1950, la population urbaine de l'Indo nésie intérieure était non seulement plus nombreuse que dans les autres îles, mais elle croissait aussi plus rapidement. Cette situation résultait de la politique coloniale qui, jusqu'à l'aube du XXe siècle, s'était surtout inté ressée aux îles intérieures.

La croissance des villes par taille

L'Indonésie souffre d'une répartition inégale non seulement de sa popul ation mais aussi de ses villes. Il apparaît évident que l'Indonésie intérieure possède un plus grand nombre de villes et accueille ainsi une population urbaine plus importante. Cette inégalité se double d'une inégalité des tail les des villes. La majorité des très grandes villes est à Java. Il est très difficile d'obtenir des données sur l'évolution des agglomérat ionsqui n'ont pas de limites administratives. Mais une majorité de la popu lation urbaine, 64% en 1980, vit dans des «municipalités» qui, elles, sont pourvues de limites.

Tableau 5

Taux de croissance annuels moyens des municipalités par tailles de villes (%/an)

Taille des villes (population) 1961-1971 1971-1980 Plus de 500 000 100 000 - 500 000
Taille des villes (population)
1961-1971
1971-1980
Plus de 500 000
100 000 - 500 000
Moins de 100 000
3,5
4,1
2,4
3,8
3,0
3,2
Total
3,2
3,9

Source : Banque Mondiale, 1984, vol.l, p. 10.

La population des plus grandes municipalités tend à augmenter plus rap

idement

que celle des autres villes. Il existe d'ailleurs déjà de légères corré

lations

positives significatives entre la taille des municipalités en 1971 et

leur taux de croissance au cours de la décennie suivante. Plusieurs hypo thèses sont avancées pour expliquer les raisons de la croissance moins rapide des villes moyennes par rapport aux grandes villes. Ces villes moyennes entretiennent moins de relations privilégiées avec l'agriculture que les peti tes villes, et ne bénéficient pas non plus des implantations industrielles importantes qui sont réservées aux grandes villes. Les dépenses de l'Etat, par têtes d'habitants, sont aussi moins élevées dans les villes moyennes.

20

Enfin, il est préférable pour les investisseurs de s'installer à proximité des autorités nationales ou provinciales, qui siègent dans les grandes villes. Une étude réalisée par une équipe de l'Institut Technologique de Bandung pour le compte du NUDS (5) qui porte sur toutes les villes indonésiennes et est basée sur les chiffres du ministère de l'Intérieur de 1978 et les recense mentsde population de 1961, 1971 et 1980, arrive aux mêmes conclusions :

la croissance des plus grandes villes s'est accélérée au cours des années 1970, alors que celle des villes moyennes a stagné ou décliné. Compte tenu de l'inégale répartition des municipalités sur le territoire indonésien, cette dernière étude donne une meilleure image de la réalité urbaine, surtout dans la catégorie des villes moyennes. En effet, le rythme de croissance des vil les est différent, non seulement selon leur taille, mais aussi selon leur localisation. Dans l'étude des taux de croissance par taille de villes et par îles, les tableaux sont différents selon que l'on prend en compte toutes les villes ou seulement les municipalités. Les taux de croissance des municipalités sont très supérieurs à ceux de toutes les villes de la même taille quand les limites des municipalités ont été agrandies au cours de la période. Mais en dehors de ce cas, les taux de croissance relevés pour les municipalités sont similaires ou inférieurs aux taux relevés pour toutes les villes. Cela signi fierait qu'une part importante de la croissance urbaine se produit en dehors des municipalités.

Tableau 6

Taux de croissance annuels moyens des villes, par tailles de villes et par grandes îles, 1971-1980 (% par an)

Taille des villes (en 000) + 1000 500-1000 100-500 50-100 20-50 Sumatra 6,39 4,91 3,72
Taille des villes (en 000)
+
1000
500-1000
100-500
50-100
20-50
Sumatra
6,39
4,91
3,72
5,98
Java-Bali
3,43
5,14
2,28
4,44
5,17
Nusa Tenggara
-
-
-
1,87
1,58
Kalimantan
-
-
5,15
2,13
6,09
Sulawesi
-
-
4,73
2,20
2,47
-
-
-
Maluku-Irian
7,65
3,11

Source : NUDS, 1984, Kelompok kerja 6, Laporan 2, p.63, tableau 20

Tableau 7

21

Taux de croissance annuels moyens des municipalités, par tailles de villes et par grandes îles, 1961-1971, 1971-1980 (en % par an)

500- - Taille des villes + 1000 1000 100-500 100 (en 000) 61-71 71-80 61-71
500-
-
Taille des villes
+
1000
1000
100-500
100
(en 000)
61-71
71-80
61-71
71-80
61-71
71-80
61-71
71-80
Sumatra
_
_
2,9
6,5
2,6
4,6
3,1
3,8
Java*
4,5
3,8
2,4
5,2
1,4
1,9
1,8
1,8
-
-
-
-
Kalimantan
3,3
5,3
6,0
9.2
Sulawesi
-
-
-
-
1,7
4,8
1,1
1,7
Autres îles**
-
-
-
-
-
-
3,6
11,2

* II n'y a pas de municipalités à Bali. ** Seule Ambon possède une municipalité, agrandissement des limites de la municipalité. Source : Recensements de population de 1961, 1971 et 1980

Pour toutes les tailles de municipalités, sauf pour les plus grandes villes javanaises, la croissance a été plus rapide dans les années 1970 que dans

la décennie précédente. En Indonésie intérieure, la croissance de toutes

les tailles de villes est rapide, mise à part celle des villes moyennes de 100 000 à 500 000 habitants. Pour les municipalités, même les villes de moins de 100 000 habitants croissent lentement. Le ralentissement de la croissance des villes moyennes javanaises est un élément important du schéma urbain indonésien. La population des villes de Sumatra augmente plus rapidement que celle des villes de Java, à tailles de villes égales. C'est le cas des municipalités, très nombreuses à Sumatra, comme de toutes les villes, exceptées celles de 50 000 à 100 000 habitants. A l'inverse de Sumatra et de Java, Kal imantan et Sulawesi possèdent relativement peu de villes et la croissance

d'une ville en particulier influence largement la croissance de toute la classe de villes. A Kalimantan, les limites des municipalités ont été agrandies entre 1971 et 1980. La très forte croissance des plus petites villes de Kaliman tanest en partie due à ces modifications administratives. Il reste que les taux de croissance sont élevés, comme ils l'étaient déjà entre 1961 et 1971.

A Sulawesi, la croissance des villes de 100 000 à 500 000 habitants est éle

vée. Cette classe de villes est composée des municipalités de Manado et d'Ujung Pandang. Les limites de cette dernière ont été agrandies. La croi ssance des villes de taille inférieure est par contre médiocre.

22

La rapide croissance des villes de 50 000 à 100 000 habitants des Molu- ques et d'Irian Jaya est aussi en partie due à l'agrandissement des limites d'Ambon, mais pas uniquement. Toutes les villes de cette taille ne sont pas des municipalités. La croissance des plus petites villes est d'ailleurs aussi rapide. Enfin, la croissance des villes des plus petites îles de la Sonde jusqu'à Timor est médiocre par rapport aux villes de la même taille situées dans d'autres îles, et par rapport aussi à la moyenne nationale. Ce rapide panorama apporte deux éléments. Il n'existe des grandes vil les que dans les îles les plus développées, à savoir Java et Sumatra, et, dans une moindre mesure, Kalimantan et Sulawesi. La croissance de ces gran desvilles est plus rapide dans les îles extérieures qu'à Java. Il est difficile de retracer une tendance de la croissance des villes plus petites, de moins de 100 000 habitants. L'agrandissement des limites des municipalités biaise les calculs. Selon les îles, les tendances sont différentes, la croissance min imum se produisant à Nusa Tenggara. On note pourtant une tendance à la multiplication de ces petites villes, et donc à l'accroissement de la popul ation urbaine en général.

Evolution du nombre de villes par taille de villes

II faut en effet ajouter à l'étude de la croissance de la population par

taille de villes, celle de l'augmentation du nombre de villes par taille de vil les. On s'aperçoit rapidement que le nombre de petites villes a énormément augmenté depuis 1961 bien que leurs taux de croissance ne soient pas très rapides, comparés à ceux des métropoles. Les chiffres suivants proviennent à nouveau de l'étude de l'Institut Tech

nologique

de 1978 (6). Nous les donnons sous toute réserve, aucune note méthodolo giquen'appuyant les démonstrations. Nous ne savons donc pas comment les chiffres ont été obtenus pour les périodes antérieures à 1978. A partir des études de l'ITB sur le listage des villes, le NUDS a pourtant rédigé un gros travail sur le système urbain indonésien, Nous supposons donc que ces statistiques proviennent d'un travail méthodologique précis. Les villes recensées sont les villes de plus de 20 000 habitants. C'est ignorer les villes de plus petite taille, nombreuses en Indonésie et particu lièrement à Java. D'après la définition de 1980, il y aurait en Indonésie 1035 centres urbains de plus de 3 000 habitants. La province de Java-Est compte à elle seule 70 villes de moins de 50 000 habitants. Le nombre total de vil les est donc largement supérieur à celui pris en compte par cette étude, mais il est vrai que ces petites villes ne regroupent que 13% de la popula tionurbaine totale. Il serait par ailleurs trop difficile de recenser des villes qui n'étaient sans doute en 1961 que de gros bourgs ruraux.

de Bandung basée sur les données du Ministère de l'Intérieur

Tableau 8

23

Evolution du nombre de villes par taille de villes, 1961, 1971, 1980

Classe des villes Taille des villes (en 000 habitants) Nombre de villes 1961 1971 1980
Classe des villes
Taille des villes
(en 000 habitants)
Nombre de villes
1961
1971
1980
I. Métropoles
+
1000
2
3
5
II. Grandes villes
500-1000
2
3
3
III. Villes moyennes
100-500
20
23
25
IV. Petites villes (a)
50-100
21
39
60
V. Petites villes (b)
20-50
61
109
138

Source : NUDS, 1984, Kelompok kerja 6, Laporan 2, p. 65, Tableau 21

Ce tableau nous indique néanmoins que le nombre de villes ne cesse d'augmenter, les villes passant dans la classe de taille supérieure de décen nieen décennie. En 1980, les villes de Semarang et de Medan passent dans la catégorie des métropoles, où elles rejoignent Jakarta, Surabaya et Ban dung. La classe des grandes villes reçoit en 1980 les villes de Malang et d'Ujung Pandang qui accompagnent Palembang. La classe des villes moyen

nesd' Ambons'enrichitet de enSukabumi.1971 de IlTegal,ne s'agitMagelanglà que deset Samarinda,municipalitésetdonten 1980,nous

avons pu observer la croissance, mais leur exemple illustre bien le passage

des villes d'une classe de taille à l'autre. Il est impossible d'énumérer tou tes les villes, aussi reprenons-nous le rapport de l'ITB qui donne des chif fres par province. Seules Java et Sumatra possèdent des villes de toutes tailles. C'est à Sumatra que le nombre de petites villes augmente le plus vite. Les petites villes de Sumatra sont situées à l'intérieur de l'île, sur les axes de commun

ication.

de la côte septentrionale et méridionale. Mais c'est l'île de Java qui possède le plus grand nombre de villes, nom brequi augmente avec les décennies. Les plus grandes villes ne sont pas forcément des villes côtières, il en existe aussi à l'intérieur. Seule la côte méridionale n'en possède pas. Un des axes majeurs de communication longe en effet la côte nord et les principaux courants commerciaux, nationaux ou internationaux, passent par cette côte septentrionale. Presque toutes les villes de cette côte nord sont équipées d'installations portuaires d'impor tancelocale ou internationale. La côte sud apparaît comme une zone dépri-

Les plus grandes, au rythme de croissance rapide, sont des ports

24

Tableau 9

Evolution du nombre de villes par grandes îles et par taille de villes, 1961, 1971, 1980

I II III IV V Iles 61 71 80 61 71 80 61 71 80
I
II
III
IV
V
Iles
61
71
80
61
71
80 61
71
80
61
71
80
61
71
80
Sumatra
1
-
2
1 6
5
5
3
9
16
6
12
19
Java-Bali
-
3
4
2
1
1 8
10
11
17
24
34
46
76
79
Kalimantan
-
-
-
- 2
4
4
-
2
7
2
4
5
Sulawesi
-
-
-
1 2
2
1
-
-
2
2
6
6
-
-
- -
-
-
-
-
Maluku
-
1
1
1
-
Irian Jaya
-
-
-
-
-
- -
-
1
-
1
-
-
-
2
Nusa Tenggara
2
2
2
-
-
-
-
-
-
Autres îles
- 2
2
2
2
9
7
15
19

I. plus de 1 million d'habitants
II.

III. 10 000 - 500 000 habitants IV. 50 000 - 100 000 habitants

V. 20 000 - 50 000 habitants

Source : NUDS, 1984, Kelompok kerja 6, laporan 2, p.66, tableau 22.

500 000 - 1 000 000 d'habitants

mée, tant au niveau de ses ressources naturelles que par son caractère excentré par rapport à l'ensemble indonésien. Quant aux villes moyennes et petites, elles se répartissent sur l'ensemble du territoire, sur les côtes comme à l'intérieur. A Kalimantan, le schéma est différent, l'île n'étant pas entièrement mise en valeur. La quasi-totalité des villes est située sur les côtes. Comme à Sumat ra,les plus grandes villes, d'au moins 500 000 habitants, sont des ports. Le nombre de petites villes a augmenté entre 1971 et 1980. Quant à Sulawesi, elle souffre comme Kalimantan, d'une répartition très inégale de ses villes. Les villes sont localisées au sud et au nord de l'île. Elles ont changé de classe de taille, mais leur nombre n'a pas augmenté depuis 1971. Les deux plus grandes villes de l'île, Ujung Pandang et Manado possèdent des ports. Les villes sont peu nombreuses dans les autres îles et elles sont de taille modeste. Ambon et Mataram changent de classe en 1980 et le nombre de petites villes augmente régulièrement dans les «autres îles».

Conclusion

En 1980, près d'un quart de la population indonésienne est comptabili séecomme urbaine. Cela est peu répétons-le, par rapport aux pays voisins

25

d'Asie du Sud-Est, mais le rythme de croissance de la population urbaine s'est accéléré au cours des années 1970. Les experts estiment que ce rythme se maintiendra dans les décennies à venir. La définition de la ville, qui a été modifée à chaque recensement, rend difficile le calcul de taux de croissance de la population urbaine par gran desrégions. Après réajustements, il apparaît que la tendance à une crois

sance accélérée de la population urbaine dans les îles extérieures se con firme. Mais le ralentissement de la croissance de la population urbaine java

naise

est en partie dû à une sous-estimation de sa population urbaine.

Les flux migratoires en direction des villes s'intensifient d'une façon générale, flux qui compensent largement la diminuation de l'acroissement naturel urbain. Ce sont surtout les grandes villes qui bénéficient de ces mou vements migratoires et tout particulièrement Jakarta, qui reçoit des migrants de tous les horizons. Les migrants vers les autres grandes villes viennent en général de la même province. Rien d'étonnant alors à ce que les grandes villes grandissent plus vite que les villes moyennes et ce dans toutes les îles. Sumatra et Java possèdent le plus grand nombre de villes de toutes tailles et possèdent aussi les plus grandes villes du pays. Dans les autres îles, les installations urbaines se limitent à la côte, ce qui n'empê chepas les plus grandes de croître rapidement. Notons enfin que les petites villes sont très nombreuses, à Java et Sumat ra,mais aussi dans les autres îles. Elles sont rarement prises en compte dans les études urbaines en raison de la pauvreté des sources statistiques, qui ne sont pas publiées au niveau des bourgades. La population de ces peti tesvilles n'atteint parfois que quelques milliers d'habitants mais elles jouent un rôle fondamental dans l'organisation de l'espace local. Elles animent de vastes régions peu peuplées dans les îles extérieures, ou s'échelonnent tous les dix kilomètres à Java, mais partout le marché et les instances admi nistratives locales qui y sont installés en font des points de convergence localement importants. L'examen des différents processus d'urbanisation permettrait de comprendre comment un bourg rural «s'urbanise» peu à peu. L'étude de l'évolution du nombre de villes prendrait alors tout son sens et nous aurions une vision plus complète du schéma urbain indonésien.

NOTES

1. Banque Mondiale, 1984, vol. 1, pp.12-14.

2. Biro Pusat Statistik, 1979, Definisi Desa Urban Dalam Sensus Penduduk 1980.

26

4.

ONU, 1981, Migration, urbanization and development in Indonesia.

5.

NUDS, National Urban Development Strategy, est un projet d'étude des villes et de l'urba nisation réalisé par l'ONU (UNCHS) et le gouvernement indonésien (Regional Planning, Cipta Karya et Public Works).

Références bibliographiques

Banque Mondiale, Indonesia : urban services sector report, Rapport n° 4800 - IND. East Asia and Pacific Regional Office, Resident Mission in Indonesia and Urban and Water Suply Project Division, 1984.

Nas P.J.N., éd., The Indonesian City. Studies in urban development and planning. Foris Publi

cation,

Dordrecht, 1986.

NUDS, Kecenderungan dan proses perkembangan kota-kota di Indonesia pada masa perkem- bangan terakhir. Kelompok Kerja 1.6, Sistim dan Struktur Kota-Kota, 1984.

United Nations ESCAP, «Migration, Urbanization and Development in Indonesia» in Comp

Study on Migration, Urbanization and Development in the ESCAP Region, vol.

Ill, New-York, 1981. Rutz, W., Die Stddte Indonésiens, Stàdte und andere nichtlandwirtschaftliche Siedlungen, ihre Entwicklung und gegenwdrtige Stellung in Verwaltung und Wirtschaft. Gebriider Born- traeger, Berlin, Stuttgart, 1985.

arative