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La religion à Chypre dans l'antiquité Madame Annie Caubet Lyon : Maison de l'Orient et

La religion à Chypre dans l'antiquité

Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 1979, 38 p. (Collection de la Maison de l'Orient. Hors série)

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Caubet Annie. La religion à Chypre dans l'antiquité. Dossier du Musée du Louvre (Musée d'Art et d'Essai - Palais de Tokyo) novembre 1978 — octobre 1979. Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 1979, 38 p. (Collection de la Maison de l'Orient. Hors série)

de l'Orient. Hors série) http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/monographie/mom_0243-8046_1979_hos_2_1

COLLECTION DE LA MAISON DE L'ORIENT Hors Série N° 2

LA RELIGION A CHYPRE

DANS L'ANTIQUITÉ

par Annie CAUBET

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DOSSIER DU MUSÉE DU LOUVRE

(MUSÉE D'ART ET D'ESSAI - PALAIS DE TOKYO) novembre 1978 — octobre 1979

Maison de l'Orient 1 rue Raulin, F - 69007 Lyon

1979

L 'exposition à laquelle se réfère ce dossier a été organisée par le Départe mentdes Antiquités Orientales du Musée du Louvre, avec les Services techni quesde la Direction du Musée du Louvre. Le dossier a été établi et rédigé par Annie Caubet et réalisé par Bernard

Yon, avec le concours du C.N.R.S et de la Maison de l'Orient (URA Centre de Recherches Archéologiques : «Chypre et le Levant»).

1 du

Couverture .· Maquette de sanctuaire. Terre cuite. Dhali. Vlème siècle. Musée du Louvre. N. 3294. Dos de la couverture : Idole en plaquette. Terre cuite rouge polie. Chypriote Ancien 2300-1850. Musée du Louvre. AM 822.

Ce dossier sur la religion antique à Chypre a été conçu en 1978 pour illustrer une exposition temporaire du «Musée d'Art et d'Essai» .· en faisant appel aux seules collections nationales accompagnées d 'un abondant matériel pédagogique (photos, textes explicatifs), les présentations de ce musée d'un mode nouveau s'efforcent de répondre à la curiosité du public pour les problèmes techniques, thématiques ou chronologiques. L'étude des cultes offrait de grandes possibilités d'illustration grâce aux nombreux objets des collections du Louvre en rapport avec les croyances religieuses .· mobilier funéraire , souvent porteur d'un décor symbolique, objets du culte domestique retrouvés dans l'habitat; enfin et surtout offrandes et ex-voto déposés dans les sanctuaires-, ces témoins de la religion primitive apparaissent bien avant les premières inscriptions. En choisissant Chypre pour thème, les organisateurs se donnaient la liberté d'évoquer divers domaines archéologiques qui ont exercé leur influence sur cette île de la Méditerranée orientale .· le monde égéen, le Proche Orient et l'Egypte. En retour, l'île joue un rôle encore mal apprécié d'échan- geur entre ces différentes civilisations; dans leur circulation de l'Orient vers le monde grec, les cultes et les types iconographiques ont dû transiter souvent par Chypre où ils ont subi des modifications. L 'exposition «La religion à Chypre dans l'Antiquité» et le présent dossier sont donc destinés à illustrer les formes divines, les rites et instruments de culte dans l'île même, en fournissant des éléments de comparaison empruntés aux civilisations voisines.

Chypre est une île de grandes proportions située en Méditerranée Orient ale. Elle possède depuis les origines de son peuplement une vocation agricole. D'autre part de grands gisements de cuivre lui font jouer un rôle important dans le développement des techniques métallurgiques de l'Age du Bronze. Cette industrie implique des relations commerciales entre l'île et le monde oriental, égéen, égyptien et anatolien. Ces diverses conditions donnent son caractère à la religion des habitants antiques de Chypre :

— cultes de divinités axés sur la fertilité.

— existence de divinités protectrices de l'industrie du métal.

— perméabilité aux influences extérieures et rôle d'échangeur dans la diffu siondes cultes en Méditerranée.

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Fig.

Fig. 2 — Mésopotamie du Nord. Idole assise. Terre cuite. Culture de Tell Halaf. Verne

millénaire. Musée du Louvre. AO 21095. Fig. 3 — Chypre. Idole (masculine?) de Khirokitia. Pierre. IVème millénaire. Nicosie, musée de Chypre.

1 — Grèce. Idole néolithique. Marbre. IVème millénaire. Weert, coll. H. Smeets.

LES CULTES NÉOLITHIQUES EN MÉDITERRANÉE ORIENTALE.

Lorsqu'aux chasseurs-prédateurs du paléolithique succèdent les premiers sédentaires agriculteurs de la «révolution néolithique» qui se développe au cours du Vllème millénaire, principalement dans le Croissant Fertile, de profondes modifications s'opèrent dans les croyances religieuses : aux cultes des ancêtres chasseurs succède celui de la «déesse mère», garante de la fécond itéde la famille et des troupeaux, adorée sous la forme d'une femme stéato- pyge, souvent assise dans la position de l'enfantement (Fig. 1-2) : ce type d'image avec des variantes locales est répandu dans le bassin oriental de la Méditerranée aux Vème et IVème millénaires mais ne parvient à Chypre qu'avec un certain retard.

Cultes néolithiques à Chypre.

Les premières traces d'habitation dans l'île remontent au Vllème millé naire : des populations venues d'outre-mer vont développer sur place une culture néolithique relativement autonome. Les sites de Khirokitia, Sotira et Petra tou Limniti ont livré des idoles de pierre, toujours associées à l'habitat (Fig. 3) : il s'agit· peut-être «d'ancêtres», autour desquels se pratiquait la religion de la famille ou du clan.

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Fig. 4 — Chypre. Femme assise pressant ses seins. Terre cuite. Époque chalcolithique, IHème millénaire. Musée du Louvre. AM 1 1 76. Fig. 5 — Chypre. Idole féminine double. Steatite. Souskiou. Époque chalcolithique, IHème millénaire. Famagouste, collection Hadjiprodromou.

LA DIVINITÉ FÉMININE DE LA FÉCONDITÉ.

Ce n'est qu'avec la période chalcolithique (3000-2 300) qu'apparaissent à Chypre les premières idoles de terre cuite (Fig. 4) ou de steatite (Fig. 5), où la représentation des caractères sexuels féminins est constante; elles incarnent le culte des forces de la fécondité sous leur aspect féminin.

— Au Chypriote Ancien (2 300-1850), une culture nouvelle d'origine anato-

lienne impose la technique de la terre cuite rouge polie dans laquelle sont fabriqués des vases à reliefs symboliques et des idoles plates découpées en plaquettes, avec des incisions qui détaillent la parure et le vêtement; la nécro pole de Vounous en a livré de nombreux exemples. A ces idoles féminines sont associés désormais leurs animaux attributs, serpents et oiseaux.

— Durant la période suivante, Chypriote Moyen (1850-1600), ces idoles

évoluent vers un type modelé en ronde bosse, rouge polie ou en terre cuite peinte : idole debout, idole portant un enfant (Fig. 6), enfant seul dans une sorte de berceau.

— Chypriote Récent (1600-1200). Après une période de troubles, les Mycén

iens s'installent à Chypre dans leur mouvement d'expansion en Méditerranée orientale : une culture commune levanto-mycénienne voit à Chypre l'ép

anouissement

du culte de la déesse de la fécondité dont les images se multi

plient, en même temps qu'apparaissent les premières représentations de divinités masculines anthropomorphes.

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Fig. 6 — Chypre. Femme portant un enfant. Terre cuite rouge polie. Chypriote Moyen 1850-1600. Musée du Louvre. AM 1459.

Terre cuite de fabrique »Base Ring».

Chypriote Récent II 1400-1300. Musée du Louvre. AO 1407. Fig. 8 — Chypre. Déesse aux bras levés. Terre cuite «Proto White Painted». Vers 1100. Musée du Louvre. AM 159.

Fig. 7 — Chypre.

Idole

nue

à

tête d'oiseau.

Les figurines sont désormais nues, le sexe largement indiqué par des incisions : la technique est celle qu'on appelle «Base-Ring», spécifique de la période. Un type à tête d'oiseau et grandes oreilles ornées d'anneaux est probablement d'origine syrienne (Fig. 7). Les figurines plus tardives, à tête plate et petites oreilles sur un corps identique à celui des premières, sont d'inspiration mycénienne. Les figurines mycéniennes, très stylisées, évoquant les lettres grecques phi, tau et psi, sont peu nombreuses à Chypre. La déesse aux bras levés. Dans la nouvelle vague de colons achéens qui s'installent à Chypre au Xlème siècle se trouvaient sans doute des Cretois à qui l'on doit l'apparition d'une nouvelle figure divine qui persistera à Chypre jusqu'à l'époque archaïque : la déesse ou prêtresse lève les deux bras dans un geste interprété comme une bénédiction ou une invocation divine (Fig. 8). Elle est souvent caractérisée par une parure symbolique, polos ou diadème sur la tête, gros pendentif autour du cou (probablement un attribut sacerdotal), écharpe. C'est précisément à cette époque que le culte de la «grande déesse de Chypre» se répand dans le monde grec avec le commerce achéen : elle doit devenir l'Aphrodite grecque, née sur le rivage de Chypre.

LA FÉCONDITÉ SOUS SON ASPECT MASCULIN.

Absence d'anthropomorphisme.

La croyance aux forces masculines de la fécondité ne s'incarne pas sous forme humaine au cours du Chypriote Ancien et Moyen. Les maquettes de Kotchati et de Vounous (Fig. 9) montrent des cultes rendus à des idoles ou xoana en forme de piliers surmontés de têtes de taureaux. Les vases figurés montrent des taureaux, des cervidés (Fig. 10), des béliers, des monstres (tels les centaures), à côté des idoles de femmes nues et de leurs animaux attributs, oiseaux et serpents. Ces images se perpétuent jusqu'au premier millénaire dans les sanctuaires de dieux mâles (Fig. 11). De tels cultes incarnés sous forme d'animaux reproducteurs auxquels on attribue des vertus magiques sont attes téslargement dans le bassin méditerranéen et l'Europe centrale (Fig. 12-13).

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Fig. 9 — Chypre. Modèle de sanctuaire .· un fidèle devant un vase lustral et trois piliers portant des têtes de taureaux. Kotchati, 2000-1850. Terre cuite. Nicosie, musée de Chypre. Fig. 10 — Chypre. Vase figuré en forme de cervidé. «White Painted» 1850-1600. Musée du Louvre. Ν 3349.

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Fig. 11 — Chypre. Assiette décorée d'un centaure. Chypro-géométrique I 1100-900. Musée du Louvre. AM 961. Fig. 12 — Ukraine. Os découpé en forme de crâne de taureau, sur lequel est dessinée une déesse nue. Bilcze Zlote. IVème millénaire. Cracovie, Musée archéologique. Fig. 13 — Levant. Tête de taureau provenant du temple de «la dame de Byblos», Byblos, IHème millénaire. Beyrouth, Musée National.

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Fig. 14 — Chypre. Dieu guerrier debout sur un lingot de cuivre. Sanctuaire du dieu au lingot, Enkomi, 1200-1100. Nicosie, musée de Chypre. Fig. 15 — Chypre. Groupe cultuel montrant un homme menant un taureau. Bronze. 1200-1100. Musée du Louvre. MNB 336.

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Influence mycénienne : religion et industrie.

L'installation de colons venus de Grèce continentale à la fin du XHIème siècle favorise l'épanouissement d'une culture chypro-mycénienne éclatante :

on construit les premiers grands temples utilisant la pierre de taille (Enkomi, Kition, Myrtou, Palaepaphos). Les ateliers de fondeurs de cuivre, principale richesse de ces villes commerçantes, sont installés directement dans l'enceinte du temple sous la protection divine. C'est alors qu'apparaissent de véritables statues de culte : sous l'influence grecque, les dieux masculins trouvent une représentation anthropomorphique et sont prédominants : ainsi à Enkomi le dieu cornu, ou le dieu au lingot (Fig. 14), dont le piédestal en forme de lingot manifeste la protection qu'il étend sur l'industrie du cuivre.

SANCTUAIRES ET AUTELS DE L'AGE DU BRONZE.

Aucun édifice à caractère religieux antérieur au Chypriote Récent n'a à ce jour été retrouvé. Les maquettes de Vounous et de Kotchati montrent cependant que des cérémonies sacrées se déroulaient dans des enclos prévus à cet effet. Au Chypriote Récent, les premiers sanctuaires sont caractérisés par la présence d'autels qui supportaient souvent des «cornes de consécration», d'un type également connu en Crète, et qui se perpétue à Chypre jusqu'à l'époque archaïque (Fig. 18 et 24).

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16 Illustration non autorisée à la diffusion 17 Illustration non autorisée à la diffusion Fig.

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Fig. 16 — Chypre. Dépôt de vases miniatures sur le sol du sanctuaire d'Athienou. XIV- XIHème siècles. In situ. Fig. 17 — Chypre. Vases miniatures. Enkomi. XIV-XIHème siècles. Musée du Louvre. Fig. 18 — Chypre. Vase mycénien .· adoration d'une déesse. Aradippo. XIV-XIHème siècles. Musée du Louvre. AM 676.

RITES DE L'AGE DU BRONZE.

Les vases figurés et les groupes en terre cuite du Chypriote Ancien montrent l'existence probable de sacrifices d'animaux : les taureaux attachés dans l'enclos de Vounous, comme ceux des groupes de bronze du Chypriote Récent III, attendent sans doute d'être sacrifiés (Fig. 15). Le culte se déroul aitprès de grands vases ou de bassins contenant l'eau des rites de lustration; ces mêmes rites se poursuivent au premier millénaire. Sur le sol des sanctua iresdu Chypriote Récent, des dépôts de très nombreux petits flacons ind iquent que les fidèles les abandonnaient sur place après un usage unique, pro bablement lustral (Fig. 16-17).

Processions.

Les sceaux cylindriques et certains vases mycéniens du XlIIème siècle évoquent un défilé de fidèles ou de prêtres devant une divinité assise : la déesse du vase d'Aradippo (Fig. 18) est associée à un oiseau, animal attribut de la déesse de la fertilité. Autour d'elle, des végétaux («arbres sacrés») et des éléments évoquant des cornes de consécration.

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INSTRUMENTS DE CULTE.

Beaucoup de vases du Chypriote Ancien ne s'expliquent que par une destination rituelle, comme les vases à reliefs symboliques évoquant les forces mâles et femelles de la fécondité (Fig. 19). Le vase en forme de grenade est un objet à caractère magique, la grenade avec ses nombreux pépins étant un symbole de fertilité très populaire dans tout le bassin méditerranéen; on la trouve sous forme de bijoux-amulettes, Salomon en décora les colonnes de son Temple (Chroniques II, 3).

Le Kernos ou réceptacle à offrandes.

La coutume de déposer des offrandes en rapport avec les cultes agraires (échantillon de récolte, fruits, graines, liquides) dans des récipients ou des tables à réceptacles multiples est attestée à Chypre depuis le Bronze Ancien et se perpétue de nos jours. Aux coupelles composites du Chypriote Ancien (Fig. 20) s'ajoutent au Chypriote Récent des vases en anneaux supportant des pots miniatures et un décor symbolique (taureaux, serpents), d'un type aussi répandu en Crète. A l'entrée des sanctuaires, de grandes dalles de pierre sont pourvues de cupules pour les offrandes : ces kernoi, bien connus en Crète (Fig. 21), existent à Chypre (Kition) mais aussi en Syrie, au Bronze Récent.

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Fig. iP — Chypre. Vase rouge poli décoré de scènes rituelles. Chypriote Ancien. 2000- 1850. Sèvres, Musée National de Céramique. Fig. 20 — Chypre. Coupelles à offrandes encadrées par un homme et une femme nus. Chypriote Ancien. 2000-1850. Musée du Louvre. AM 957. Fig. 21 — Crète. Kernos ou table à offrande. Pierre. Palais de Mallia. Vers 1600. In situ. Fig. 22 — Chypre. Maquette de sanctuaire à colonnes. Dans la porte, «harpye» (?) et sur les côtés, «femme à la fenêtre». Dhali. Vlème siècle. Musée du Louvre. Ν 3294. Fig. 23 — Palestine. Maquette d'une niche de sanctuaire à colonnes. Tell Farah. lXème siècle. Musée du Louvre. Fig. 24 — Chypre. Maquette d'une niche de sanctuaire. Dieu ithyphallique derrière un autel à cornes. Dhali. Vlème siècle. Musée du Louvre. Ν 3526.

Maquettes architecturales.

L'existence de maquettes architecturales dans les sanctuaires et les tombes est attestée dans tout le bassin méditerranéen dès le néolithique et à travers l'Age du Bronze. Une série provenant de Syrie et de Palestine au Ilème millénaire peut être interprétée comme constituant des autels portat ifsou des supports à offrandes auxquels on aurait donné la forme d'un temple : c'est sans doute à cette tradition que se rattachent les maquettes archaïques de Dhali (Fig. 22). D'autres en forme de niche, qui viennent de Palestine (Fig. 23) et de Chypre (Fig. 24), contiennent parfois l'image d'une divinité. Elles ont sans doute la même signification magique que les images de divinités.

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Fig. 25 — Palestine. Applique murale décorée d'un avant-train de taureau. Megiddo. 1200-1100. Jérusalem, Israel Museum. Fig. 26— Chypre. Applique murale décorée d'une tête de taureau et d'une déesse nue. Terre cuite. IXème siècle. Musée du Louvre. AM 1 704.

Appliques murales.

Ces objets, caractérisés par une plaque verticale faite pour être accrochée verticalement et un rebord horizontal plus ou moins creux, apparaissent en Syrie, en Palestine et à Chypre au Bronze Récent; d'abord très fréquents et sans décor, ils semblent avoir alors un usage purement pratique, probable mentde lampe ou de brûle-parfums. A partir du Xlème siècle, ils se chargent d'un décor symbolique, déesse nue ou taureaux, en Palestine (Fig. 25), puis à Chypre (Fig. 26); devenus plus rares, ils semblent désormais se rattacher aux cultes domestiques comme objet personnel que le défunt emporte dans la tombe.

Bassins d'eau lustrale.

Le Temple de Salomon à Jérusalem possédait une réserve d'eau lustrale dans un gigantesque bassin de bronze, «la mer d'airain» (Chroniques II, 4). Cet usage, attesté dès l'Age du Bronze (Fig. 9), est illustré à Chypre par le monumental vase d'Amathonte dont les anses portent un décor de taureaux (Fig. 27).

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Fig. 27 — Chypre. Vase monumental. Son pendant a été trouvé récemment devant l'entrée du temple. Amathonte. Vlème siècle. Musée du Louvre. AO 22897. Fig. 28 — Phénicie. Fidèle brûlant de l'encens devant une divinité assise sur un trône flanqué de sphinx. Améthyste gravée. Sidon. IVème siècle. Beyrouth, Musée National. Fig. 29 — Brûle-encens en forme de coupelle portée par un sphinx. Calcaire. Verne siècle. Musée du Louvre. MNB 334.

Thymiateria - brûle-encens - supports à offrandes.

Brûler de l'encens devant la statue de culte semble être un rite commun à de nombreuses religions, et les brûle-encens figurent souvent sur les repré sentations de scènes de culte (Fig. 28). Ces instruments ont des formes diverses :

— Les candélabres de bronze ou d'ivoire supportaient des torches. Par leurs

volutes florales, ils s'apparentent aux balustres encadrant les images de «la dame à la fenêtre» et sont à mettre en relation particulièrement avec son culte.

— Les thymiateria, terminés par une cupule dans laquelle on pouvait déposer

des offrandes ou brûler des grains d'encens, ont souvent un décor symbolique:

femmes pressant leurs seins dans le geste de la déesse orientale de la fécondité,

ou sphinx (Fig. 29).

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Fig. 30 — Chypre. Divinité assise tenant la coupe du banquet. Bronze. Enkomi. 1200-

1100. Musée du Louvre. AM 2190-2191. Fig. 31 — Assyrie. Le «banquet sous la treille» du roi Assurbanipal, avec accompagne

mentmusical. Ninive.

Fig. 32 — Chypre. Couple au banquet. Calcaire. Vème siècle. Musée du Louvre.

VHème siècle. Londres, British Museum.

LES RITES DE LA FIN DE L'AGE DU BRONZE ET DU PREMIER MILLÉNAIRE.

La divinité vivait dans son temple comme dans une demeure terrestre : on lui offrait des banquets accompagnés de danse et de musique : elle y partici paitpar l'intermédiaire de sa statue de culte ou dans la personne de son prêtre ou de sa prêtresse.

Le banquet.

Les images de banquets sacrés remontent à une vieille tradition mésopo- tamienne. La statuette de culte d'Enkomi montre un dieu attablé à un perpé tuelfestin, coupe en main (Fig. 30). Au premier millénaire apparaissent les premières figurations de banquet couché : le plus ancien exemple connu est celui d'Assurbanipal au VHème siècle (Fig. 31). D'Assyrie, cette coutume de festoyer allongé, peut-être empruntée aux mœurs des nomades, se répand dans le monde ionien comme l'atteste en particulier la frise du temple d'Assos (Mysie), datée du Vlème siècle, puis en Grèce propre et Grande Grèce, avec une signification funéraire : le mort participe au banquet des dieux dans l'au-delà. Les images de banqueteurs couchés chypriotes (Fig. 32) ont été exportées dans les sanctuaires de Lindos et Samos : Chypre a sans doute servi d'intermédiaire dans la transmission au monde grec de ce motif icono graphique oriental.

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Fig. 33 — Chypre. Ronde de danseuses. Calcaire. Temple de Pyla. Verne siècle. Musée du Louvre. MNB 363. Fig. 34 — Chypre. Joueur de double flûte. Calcaire. Vlème siècle. Musée du Louvre. AM 1164.

La danse sacrée.

Les figurines de danseuses formant une ronde, bras étendus à l'horizont ale,remontent à Chypre aux XlIème-XIème siècles. Elles sont surtout fr

à l'époque archaïque, en terre cuite ou en calcaire (Fig. 33). Au

centre se trouve parfois un «arbre sacré», un musicien, ou un «sanctuaire aux colombes».

équentes

Musiciens.

Les statuettes de musiciens apparaissent à Chypre à partir de l'époque archaïque (Fig. 34), à côté d'images de dédicants porteurs d'offrandes : l'in strument, lyre, double flûte, tambourin, fait allusion aux rites qui se déroul aient en l'honneur de la divinité; ces images se chargent d'une partie du pouvoir magique libéré par le rite lui-même; elles ont une signification analo gueaux figurines de danseurs et aux masques miniatures.

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Divinité assise portant une coupe (voir Fig. 30).

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Bouteille en forme de femme se pressant les seins. Black on Red. Vlleme s. av. J.C. Musée du Louvre. AM 827.

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Fig

Ashabar, musée de Hazor. Fig. 36 — Syrie. Masque pendentif servant d'amulette protectrice. Faïence. Ce type est répandu depuis les côtes syriennes jusqu'à la Babylonie et l'Iran. XIHème siècle. Musée du Louvre. Fig. 37 — Chypre. Impression de sceau-cylindre .· défilé de prêtres dont l'un porte un

masque de taureau. Hématite. Chypriote Récent I. 1600-1400. Musée du Louvre. AO 3169. Fig. 38 — Chypre. Banquette de sanctuaire du dieu au lingot d'Enkomi, supportant des bucrânes destinés à des rites masqués. 1200-1100. D'après J.C. Courtois.

35 — Palestine. Masque de culte. Terre cuite. Hazor. ΧΙΠ-XIlèmes siècles. Ayelet

RITES MASQUÉS.

L'usage de masques à forme humaine, animale ou fantastique, dans les religions primitives, semble être un phénomène complexe et assez général. Il semble dériver à Chypre d'une tradition syro-palestinienne du Ilème millénaire, au moins pour les masques humains. On rencontre au Levant deux types de masques; les uns, de la taille d'un visage humain, pourvus de trous d'attache et ajourés pour permettre la vision, sont faits pour être portés (Fig. 35); d'autres sont des masques miniatures, ex-voto ou amulettes, souvent en métal précieux ou en faïence (Fig. 36). Les cylindres du Chypriote Récent montrent des personnages à tête animale sur un corps d'homme revêtu d'une longue robe (Fig. 37) : on les identifie comme des célébrants ou des prêtres masqués en les rapprochant de crânes de daims ou de taureaux retrouvés dans les temples d'Enkomi, Toumba tou Skourou ou Kition : ces ossements avaient été retaillés et pourvus de trous d'attache pour pouvoir être portés (Fig. 38). Ces mêmes sites ont livré des masques de terre cuite à face humaine aux yeux évidés et munis de trous d'attache, datés du Xllème siècle.

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Fig. 39 — Chypre. Personnage se coiffant d'un masque de taureau. Calcaire. Vleme siècle. Musée du Louvre. AM 2758. Fig. 40 - Carthage. Masque égyptisant. Vleme siècle. Musée du Louvre. MNB 849. Fig. 41 - Chypre. «Gourde du Nouvel An». Faïence. Vleme siècle. Musée du Louvre. AM 1453.

Au premier millénaire, des figurines ou sculptures montrant des person nagesse coiffant de masques de taureaux attestent la persistance de ces rites au Vlème siècle (Fig. 39). On retrouve d'autre part des «modèles réduits» de masques à forme humaine ou taurine : ce ne sont plus les instruments servant au culte mais des objets votifs chargés du même pouvoir magique que les rites auxquels ils font allusion. Un usage semblable se retrouve dans le monde punique (Fig. 40) et grec, où les protomés archaïques font place à l'époque classique aux petits masques de théâtre.

RITES ENTOURANT LA NAISSANCE ET L'ALLAITEMENT.

Probablement sous l'influence du culte d'Hathor, qui préside aux nais sances mais aussi à la survie dans l'au-delà, une certaine assimilation se fait entre la notion de naissance et celle de renaissance. De même se confondent les vertus du lait maternel et des eaux régénératrices : en Egypte, les «Gourdes du Nouvel An», remplies d'eau du Nil, expriment l'idée de renouveau, liée à Hathor. Cette forme particulière de bouteille est copiée au Levant et à Chypre (Fig. 41). On retrouve également à Chypre les coupes en faïence à décor nilotique (poissons, papyrus), très populaires en Egypte. Des flacons à décor symbolique (vases en forme de femme ou de seins) contenaient sans doute des préparations médicales destinées à faciliter l'accouchement et à soigner le nouveau-né. Ces pratiques magiques semblent aussi empruntées à l'Egypte.

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Fig. 42 — Chypre. «Déesse aux bras levés». Terre cuite. Vlème siècle. Musée du Louvre. AM 244.

Fig. 43 — Chypre. Déesse

Louvre. MNB 313. Fig. 44 — Syrie du Nord. Vache allaitant. Panneau de revêtement de meuble en ivoire (travail phénicien). Arslan Tash. IX-VHlèmes siècles. Musée du Louvre. AO 11455. Fig. 45 — Chypre. Vache allaitant. Calcaire, llleme siècle. Sanctuaire de Golgoi. Musée du Louvre. AM 2779.

nue pressant ses seins. Calcaire. Vlème siècle. Musée du

LA GRANDE DÉESSE CHYPRIOTE AU PREMIER MILLÉNAIRE.

La multiplication des dépôts votifs dans les sanctuaires du premier millé naire, puis l'apparition de dédicaces inscrites permettent d'assister à une diversification et une «spécialisation» des vieilles croyances de la fertilité i ncarnées désormais sous les noms d'Astarté, Demeter, Artemis et surtout Aphrodite, déesse chypriote par excellence. L'iconographie se diversifie aussi.

La déesse aux bras levés.

Cette image héritée des colons crétois des Xllème et Xlème siècles persiste jusqu'au Vlème siècle (Fig. 42).

La déesse nue.

A partir du Xlème siècle, l'installation des comptoirs phéniciens dans l'île renforce l'influence du culte de la déesse orientale de la fécondité .· elle apparaît nue, pressant ses seins (Fig. 43). Chypre a dû contribuer à l'assimila tiondes images et des cultes d'Astarté et d'Aphrodite : rappelons que lorsque Praxitèle crée au IVème siècle l'Aphrodite «pudique» de Cnide, il emprunte à l'iconographie orientale.

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Fig. 46 — Syrie du Nord. La «femme à la fenêtre» sur un panneau de revêtement de meuble en ivoire (travail phénicien). Arslan Tash. IX-VIIIèmes siècles. Musée du Louvre. AO 11459. Fig. 47 — Chypre. Maquette architecturale avec «femme à la fenêtre» et pigeonnier sacré. Terre cuite. Dhali. Vlème siècle. Musée du Louvre. Ν 3293.

Vache allaitant ou courotrophe.

Le vieux thème de la vache, de la biche ou de la chèvre allaitant son petit, bien connu en Crète au Ilème millénaire, puis dans le monde phénicien (Fig. 44), se mêle à l'influence du culte d'Isis-Hathor pour créer à Chypre les types de la vache et de la femme allaitant, deux images équivalentes et con temporaines, rencontrées côte à côte dans les sanctuaires de la fécondité à Chypre, notamment à Golgoï, du Vlème siècle à l'époque hellénistique (Fig. 45). Elles y sont associées aux statuettes de «petits garçons du temple» (Fig. 51).

La «femme à la fenêtre».

L'image d'un buste de femme s'encadrant dans une fenêtre décorée de balustres tournés se rencontre surtout dans les ivoires issus d'ateliers chy pro phéniciens mis au jour à Chypre, en Phénicie et dans les palais assyriens (Fig. 46). On la reconnaît sur des maquettes architecturales de Dhali (Fig. 47). Elle a été mise en relation avec certains cultes d'Astarté : la «femme à la fenêtre», dans l'attitude de la prostituée interpellant le passant, serait l'épiphanie de la déesse elle-même, ou sa prêtresse, ou une hiérodule, ou enfin une simple fidèle, se livrant à des rites de prostitution sacrée. La tradition écrite fait état à Chypre d'une «Aphrodite regardant (de sa fenêtre)», et montre le processus de syncrétisme qui s'opère dans l'île entre la déesse grecque et l'orientale.

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Fig. 48 — Chypre. Stèle en forme de fenêtre à balustres du type de la «femme à la fenêtre». Kaloriziki. VHème siècle. Episkopi, Curium House.

Fig. 49 — Chypre. Support de brûle-encens

siècle. Musée du Louvre. AM 918. Fig. 50 — Chypre. Stèle-chapiteau «éolique» à volutes florales. Trapeza près Salamine.

en forme de colonnette. Bronze. VHIème

VIH-VIIèmes siècles. Musée du Louvre. AM 2754.

Le mobilier de la «femme à la fenêtre».

La fenêtre à balustres seule peut servir à Chypre de stèle votive avec dédi- dace (Fig. 48). On peut rapprocher ces balustres à volutes florales des brûle- encens et thymiateria en forme de colonnettes qui font partie du mobilier de culte habituel aux VlII-VIèmes siècles (Fig. 49); leur forme évoque celle des stèles-chapiteaux dits «éoliques» (Fig. 50): ces objets semblent caractéris tiquesdes temples de Phénicie du VHIème siècle et leur présence en Palestine et à Chypre témoigne d'une influence phénicienne. Les volutes florales ou végétales font probablement allusion à des cultes de la fertilité.

LES CULTES ORIENTAUX.

«Le servant du temple».

Cette représentation est particulière à Chypre, mais on en rencontre de comparables en Phénicie, en Mésopotamie, en Grèce, Étrurie, Italie du Sud et Carthage. A Chypre, elle se trouve en grand nombre dans les temples dédiés à Apollon et Aphrodite- Astarté, quelquefois dans les tombes, de la fin du Vlème siècle à l'époque hellénistique.

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Fig. 51 — Chypre. «Servant du temple». Calcaire. IHème siècle. Musée du Louvre. AM 1168.

Fig. 52 — Chypre.

Fig. 53 — Afrique

«Baal Hammon». Calcaire. Vente siècle. Musée du Louvre. MNB 316. du Nord. Stèle représentant un adorant devant Baal Hammon sur un

trône accosté de sphinx. Sousse. IVème siècle. Tunis, Musée du Bardo.

Très stéréotypées, ces images montrent un enfant accroupi, un genou levé, l'autre jambe repliée sous le corps. La tunique souvent relevée laisse à dessein voir le sexe : il s'agit toujours de garçons, portant une offrande symb olique. Autour du cou ou en baudrier, un cordon porte des pendentifs :

sceaux montés en bagues, cônes phalliques, masques miniatures (Fig. 51). On hésite sur la signification de ces images : s'agit-il d'un petit serviteur du temple comme le jeune Samuel de la Bible (Samuel I 3), ou de prostitu tionsacrée d'enfant, selon une coutume attestée à Chypre par Hérodote et une inscription de Kition ? Serait-ce l'image d'un dieu enfant de la mythologie grecque, orientale ou égyptienne (Harpocrate, Tammuz, Adonis, Dionysos ou Eshmoun) adoptée à Chypre? Ou enfin de très jeunes dédicants présentant leur offrande au temple, comme leurs parents ou un ex-voto de parents avant ou après la nais

sance

et que l'image du petit garçon du temple réponde à plusieurs concepts mêlés.

d'un fils? Il est possible que ces diverses explications ne s'annulent pas

«Baal Hammon — Zeus Ammon».

A partir du Vlème siècle, de nombreuses statuettes chypriotes montrent une divinité masculine pourvue de cornes de bélier, assise sur un trône accosté de béliers (Fig. 52). Dans le sanctuaire de Méniko, cette image est associée à de nombreux thymiateria ou brûle-parfums : bien qu'à ce jour aucune inscrip tionne donne le nom chypriote de cette divinité qui apparaît en protecteur des troupeaux, on la rapproche de Baal Hamman ou Hammon dont le nom phénicien signifie peut-être «le seigneur des candélabres». Son culte s'est surtout répandu chez les Phéniciens d'Occident, en Afrique du Nord punique où Baal Hammon est le parèdre de Tank (Fig. 53). Une confusion s'opère avec le dieu égyptien Ammon dont l'animal sacré est le bélier; assimilé à Zeus, il est l'objet d'un culte dans l'Egypte hellénisée sous le nom de Zeus Ammon et les traits d'une divinité barbue à cornes de bélier.

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LES CULTES ÉGYPTIENS.

L'impact des cultes et de l'iconographie égyptiens sur Chypre est très fort mais semble surtout s'exercer par l'intermédiaire de la civilisation phéni cienne, profondément égyptianisée dès le Illème millénaire.

Bès.

Certaines figures divines semblent adoptées sans modification : ainsi le démon Bès (Fig. 54) et sa femelle Beset, immensément populaires dans tout le Levant et à Chypre, surtout sous forme d'amulettes apotropaïques en faïence. Son culte semble particulièrement répandu à Amathonte d'où pro viennent des statues en calcaire à son image.

«Ptah Patèque».

D'autres figures divines ou mythologiques font l'objet d'un processus de syncrétisme complexe où la part de l'Egypte est plus ou moins importante; le nain (Fig. 55), apparenté à Bès par sa difformité, et à Horus ou Ptah enfant par son âge, a été identifié par les archéologues avec des créatures mythologiques phéniciennes connues par les textes grecs, telles les «patè- ques». Chypre et Rhodes semblent avoir eu un rôle prédominant dans le développement de ce type iconographique hybride dont la signification protectrice est difficile à préciser.

Le sphinx.

Le sphinx à corps de lion et à tête humaine représente en Egypte le pharaon dans sa force vitale, quelquefois la reine. A partir de la XVIIIème dynastie, peut-être sous l'influence de l'art levanto-mycénien, il apparaît quelquefois ailé. Le sphinx ailé se retrouve au Levant dès le Hème millé naire où il est répandu dans les arts décoratifs, surtout les ivoires, d'inspi ration mycénienne orientale. Il a perdu sa signification royale pour devenir un génie protecteur : c'est probablement sa forme que Salomon fit donner aux «Chérubins» qui protégeaient l'Arche dans son Temple (Chroniques II, 3). Au premier millénaire, le type du sphinx ailé est fréquent dans tout le Proche Orient comme animal gardien et sur les trônes divins. La figure du sphinx ailé est attestée à Chypre dès le XHIème siècle sur des vases mycéniens et se multiplie aux IXème-VIIIème siècles sur les ivoires et les vases peints. Le rôle de Chypre dans la transmission de cette figure mythologique ailée au monde grec n'est sans doute par négligeable.

Hathor.

La déesse égyptienne Hathor possède en Egypte des attributions multi ples : elle protège particulièrement le souverain, à qui elle insuffle la force vitale au moyen de son collier «Menât». Le décor symbolique de ce collier montre qu'elle préside à la naissance. Par extension, on lui attribue des pou

voirs

la forme d'une vache, tantôt enfin sous une forme hybride, comme déesse cornue. A Basse Époque, son culte tend à se confondre avec celui d'Isis alla itant Horus.

sur la re-naissance. Elle apparaît tantôt sous forme humaine, tantôt sous

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Fig. 54 — Chypre. Bès et Beset. Faïence. Vlème siècle. Musée du Louvre. MNB 98. Fig. 55 — Chypre. «Ptah Patèque». Terre cuite. Vlème siècle. Musée du Louvre. Ν 3310. Fig. 56 — Phénicie. Stèle dédiée par Yehawmilk, roi de Byblos, à la «Dame de Byblos» représentée sous la forme de Hathor. Byblos. IVème siècle. Musée du Louvre. AO 22368.

Le culte de Hathor s'est répandu hors d'Egypte dès le Ilème millénaire et même sans doute avant : elle s'est facilement assimilée à des divinités locales possédant les mêmes caractères : à Byblos, la «Dame de Byblos» apparaît sous ses traits (Fig. 56). Au Sinaï, elle est la protectrice des ouvriers travaillant dans les mines de cuivre.

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Fig. 57 — Chypre. Stèle en forme de chapiteau floral supportant un masque inspiré de

l'iconographie de la déesse Hathor. Sur sa tête naos enfermant le serpant uraeus. Calcaire. Vlème siècle. Musée du Louvre. AM 2755.

Fig. 58 — Chypre. Vase peint .· fidèles Vlème siècle. Musée du Louvre. AM 393 d.

apportant un animal à une stèle hathorique.

A Chypre, le nom d'Hathor n'est pas attesté dans les textes : cependant

la déesse égyptienne, reconnaissable à sa perruque enroulée, a dû prêter ses traits à des divinités locales de la fertilité : ainsi le type de la stèle votive décorée du masque de la déesse (Fig. 57) se reconnaît sur un fragment de vase peint (Fig. 58) où des fidèles lui apportent des offrandes. Les masques hatho-

riques se retrouvent sur de nombreux objets, bijoux ou vases rituels, en rela tion avec les rites entourant la naissance.

Oiseaux à tête humaine, harpyes, sirènes.

Ces êtres fabuleux sont un cas complexe de syncrétisme.

A Chypre, de nombreux exemples en terre cuite ou calcaire montrent un

oiseau trapu à tête humaine, seul, portant une figurine plus petite, ou jouant de la musique (Fig. 59); dans ce dernier cas il est pourvu de bras en plus de sa paire d'ailes. Ces images apparaissent à l'époque archaïque. Elles ont été

exportées, notamment dans les sanctuaires de Rhodes (Lindos) et Samos. En Egypte, l'âme du mort est représentée par un oiseau à tête (et quel quefois bras) d'homme (Fig. 60). Dans le monde oriental, l'oiseau à tête humaine, attesté depuis les tombes royales d'Ur (vers 2400) se retrouve particulièrement en Phénicie au VHIème siècle, où il orne des coquillages gravés, les tridacnes. On le retrouve comme attache d'anse sur un type de chaudron répandu de l'Arménie à la

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Fig. 59 — Chypre. Oiseau à tête humaine jouant de la flûte de Pan. Calcaire. Vlème siècle. Musée du Louvre. MNB 407. Fig. 60 — Egypte. Coffret à ushebtis montrant un couple de défunts et leurs âmes sous forme d'oiseaux à tête humaine, rafraîchis par la déesse sycomore. Vers 1200-1100. Musée du Louvre. Fig. 61 — Grèce. Attache d'anse de chaudron assyro-phénicien .· génie ailé barbu. Delphes. VHIème siècle. Copenhague, Musée National. Fig. 62 — Lycie. Harpye emportant une âme, détail de la «Tombe des Harpyes». Xanthos. Vlème siècle. Londres, British Museum. Fig. 63 — Attique. Ulysse et les sirènes. Stamnos du «peintre des sirènes». Fin Vlème siècle. Londres, British Museum.

Grèce au Vllème siècle, également connu à Chypre (Fig. 61). L'île a dû jouer un rôle important dans la transmission au monde grec de ces figures mytholog iques,en leur gardant le sens funéraire de l'oiseau-âme égyptien. Les colonies grecques d'Asie ont servi de relais : ainsi à Xanthos (Lycie), les harpyes gardent le sens funéraire des oiseaux-âmes égyptiens (Fig. 62). A partir de ce moment, c'est sous les mêmes traits que seront représentées les sirènes connues par le récit homérique où Ulysse écoute leur chant (Fig. 63).

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Fig. 64 — Chypre. Dieu berger. Calcaire. III ème siècle. Sanctuaire de Pyla. Musée du Louvre. MNB 361. Fig. 65 — Chypre. Artémis nourrissant une biche. Calcaire. Même siècle. Sanctuaire de Pyla. Musée du Louvre. MNB 358.

LES CULTES GRECS.

Aphrodite.

A partir de l'époque archaïque, certains cultes traditionnels à Chypre s'incarnent sous une forme grecque, quelquefois avec un nom grec. C'est le cas avant tout de la grande déesse chypriote, désormais adorée sous le nom d'Aphrodite.

Pan. Opaon Melanthios.

Des divinités agrestes sont représentées sous la forme d'un dieu juvénile, un berger nu, couvert d'un manteau et jouant de la flûte à cinq tuyaux. Ils sont caractérisés par de petites cornes et des oreilles caprines qui trahissent leur nature semi-animale (Fig. 64) : on peut les identifier à Pan ou Opaon Melanthios.

Artémis.

Artémis (Fig. 65), représentée en tenue de chasseresse, tunique retrous sée,bottes et carquois, et nourrissant sa biche, garde une parenté avec les antiques «maîtresses des animaux» du monde levanto-mycénien (Fig. 66).

Apollon.

Les nombreuses dédicaces à Apollon retrouvées à Chypre n'ont pas encore pu être mises en relation avec un type iconographique précis. Il semble que ce culte populaire ait été associé dans l'île à celui d'Héraklès.

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Fig. 66 — Syrie. Déesse syro-mycénienne nourrissant des animaux. Ivoire. Minet el Beida (Ugarit). Vers 1400. Musée du Louvre. AO 11601. Fig. 67 — Chypre. Héraklès brandissant une massue et maîtrisant un lion. Calcaire. Vente siècle. Dhali. Musée du Louvre. AM 641. Fig. 68 — Chypre. Détail de la patère de Dhali montrant un combat mythologique entre un héros, plus tard assimilé à Héraklès, et un lion. Dhali. Argent doré. Vlllème siècle. Musée du Louvre. AO 20134.

Héraklès-Melkart.

Les statues d'un dieu brandissant une massue et maîtrisant un lion (Fig. 67) sont fréquentes à Chypre dans les sanctuaires de l'époque archaïque et classique, à Kition, Lefkoniko, Pyla. Le type iconographique semble fixé dès le Vlllème siècle sur la patère de Dhali (Fig. 68), avec le vêtement fait de la dépouille d'un lion.

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Fig. 69 - Syrie. Stèle du »Baal au foudre». Ras Shamra. Vers 1600. Musée du Louvre. AO 15775. Fig. 70 -Assyrie. Héros dompteur. Palais de Khorsabad. Vllème siècle. Musée du Louvre. AO 19861.

Les sources orientales de ce type sont certaines : le geste du bras droit levé brandissant la massue est hérité des divinités syriennes de l'orage (Fig. 69) dont le culte se répand au Ilème millénaire. Le petit lion saisi par les pattes arrières est emprunté au «maître des animaux» dont les héros- dompteurs assyriens et le pseudo-Gilgamesh sont l'illustration la plus récente (Fig. 70). Des objets d'importation orientale ont propagé ces images dans le monde égéen (Fig. 71). C'est en pays phénicien que se fait la fusion des deux gestes, celui du bras levé et celui du lion maîtrisé (Fig. 72). Les Phéniciens importent à Chypre le culte de Melkart. Les images de Melkart phénicien figurent sur les monnaies de Tyr et des rois phéniciens de Chypre (Fig. 73), tandis qu'une longue in scription phénicienne atteste le culte de Melkart à Larnax-Lapithos. C'est sans doute à Chypre même que se fait l'assimilation entre le Melkart phénicien, maître des animaux, et l'Héraklès grec, vainqueur du lion de Némée, le plus «dorien» des dieux hellènes : c'est pourtant sous sa forme orientalisée que ses images vont se répandre dans le monde grec (Fig. 74).

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Fig. 71 — Crète. Tympanon d'importation orientale montrant un héros dompteur. Grotte du Mont Ida. VIHème siècle. Héraklion, Musée National. Fig. 72 — Phénicie. Stèle dédiée au «Dieu Shadrapha». Amrit. VHème siècle (?). Musée du Louvre. AO 22247. Fig. 73 — Chypre. Image du Melkart de Tyr sur une monnaie du roi phénicien de Kition, Pumiathon. Or. IVème siècle. Nicosie, Musée de Chypre. Fig. 74 — Attique. Lutte d'Héraklès contre Kyknos. Hydne du «peintre de Madrid». Fin Vlème siècle. Le Vatican, Museo Etrusco Gregoriano.

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Fig. 75 — Chypre.

Cavalier.

Terre cuite.

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VHèmes siècles. Musée du Louvre. AM 3667.

DÉDICANTS.

A partir du Vllème siècle, les figurines se multiplient dans les sanctuaires; lorsque celui-ci était trop encombré, on enterrait ces images dans des fosses creusées à proximité : leur découverte permet d'opérer des regroupements. Les sanctuaires de divinités masculines (temple d'Apollon à Kourion) ont livré surtout des images de cavaliers, de guerriers en char ou à pied, armés de boucliers ou d'arcs (Fig. 75). Aux sanctuaires de la fertilité sont réservés les porteurs d'offrandes, adorants aux bras levés, musiciens; parmi les porteurs d'offrandes, les femmes sont largement représentées.

LES OFFRANDES.

Les animaux.

Mouton, veau, constituent un substitut de sacrifice.

La colombe.

Les femmes portant une colombe doivent être interprétées, non comme porteuses d'animaux à sacrifier, mais comme l'image d'Aphrodite à la co lombe ou comme celle d'une fidèle portant l'oiseau-emblème de la déesse.

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Fig. 76 — Chypre. Femme

un bouquet de narcisses. Calcaire. Vème siècle. Dbali. Musée du Louvre. AO 22221.

portant une lampe et

Les végétaux.

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Rameau, lotus, narcisse, pomme de pin, fruit. Comme la colombe, ces végétaux sont une allusion à la nature de la divinité plutôt qu'une offrande. Le lotus semble plutôt réservé à la déesse de la fécondité incarnée en Astarté ou Aphrodite. Le bouquet de narcisse paraît associé au culte de Demeter et Coré, personnifications du renouveau de la végétation et de la survie humaine (Fig. 76).

Les objets.

De nombreux dédicants sont porteurs d'une pyxide ou boîte, dont le sens nous échappe. D'autres tiennent sur la poitrine une coupe à anses, peut-être allusion au banquet sacré; les lampes portées sur l'épaule (Fig. 76) ou la tête sont à mettre en relation avec les cultes des forces souterraines comme celui de Demeter.

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Fig. 77 — Chypre. Femme au collier de bagues. Calcaire. Début du Verne siècle. Musée

du Louvre. AM 2983.

Fig. 78 — Chypre. Femme présentant le pendentif de son collier. Calcaire. Vlème siècle.

Musée du Louvre. Ν 2639.

VETEMENTS ET PARURES PARTICULIERS.

Les colliers de bagues-cachets.

Les scarabées, amulettes funéraires d'origine égyptienne, ont été importés

et imités à Chypre dès le Ilème millénaire; ils sont souvent montés en bagues.

A partir de l'époque archaïque, des statuettes de femmes ou d'enfants (Fig.

51) portent au cou un cordon d'où pendent des séries de ces bagues-cachets (Fig. 77). Toujours associées à des sanctuaires de la fécondité, ces parures, avec le calathos et l'écharpe semblent l'emblème de la déesse chypriote de la fertilité.

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Fig. 79 — Egypte. Hatbor présentant au roi Sethi 1er son collier «Menât» chargé d'un fluide magique. Vers 1 300. Musée du Louvre. Fig. 80 — Chypre. Femme coiffée du kalathos. Calcaire. Vers 500. Musée du Louvre. AM 638.

L'offrande du collier.

Certaines dédicantes présentent ostensiblement le pendentif de leur collier (Fig. 78). On peut rapprocher ce geste de celui de la déesse Hathor présentant son collier «Menât» au souverain à qui elle insuffle ainsi la force vitale (Fig. 79) : ce collier, qui porte des représentations en rapport avec l'enfantement, possède un caractère sexuel que l'on retrouve probablement dans les images chypriotes.

Le calathos.

De nombreuses figurines de dédicantes chypriotes portent cette coiffure (Fig. 80); à l'origine en vannerie (du mot grec signifiant «panier»), à décor floral (rosettes, palmettes, guirlandes) elle est quelquefois animée de repré sentations figurées, sphinx ailé, déesse nue. Le calathos, que coiffent en Grèce les participantes aux Mystères, se retrouve en Egypte à Basse Époque sur les terres cuites en rapport avec le culte d 'Isis-Hathor. A Chypre, il caractérise les dédicantes de la déesse de la fertilité.

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