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ÉCONOMIE

L’OURS n°412 novembre 2011

L’économie : sociale, solidaire, citoyenne ?

L’économie sociale et solidaire Sous la dir. de RAZZY HAMMADI

Encyclopédie du socialisme 2011 100 p 10

L’économie solidaire

Coord. JEAN-LOUIS LAVILLE

CNRS éditions 2011 174 p 8

CHRISTIAN FELBER

L’économie citoyenne Un mouvement a vu le jour

Actes Sud 2011 204 p 20

C es trois ouvrages parus sur le thème de l’économie sociale au sens large montrent bien que l’intérêt pour une

autre économie est réel ; les évolutions connues de la finance internationale depuis quelques années, et ses conséquences visibles, ont permis une prise de conscience beaucoup plus large que ce qu’elle était auparavant.

L’OURS avait en juin 2004 (Recherche Socialiste n°27 « L’Economie sociale aujourd’hui ») consacré un numéro entier à cette probléma- tique qui s’ouvrait sur l’injonction d’Albert Thomas, premier directeur du Bureau interna- tional du travail, « le social doit vaincre l’économie ». Le sous-titre que nous avions donné à notre dossier marquait bien le sens politique que nous souhaitions donner, une alternative à la violence libérale, ce que nous traduisions par le fait que l’économie sociale était un véritable engagement citoyen et humaniste. La crise bancaire et financière de

2008 étant passée par là, il va de soi que ce que

nous écrivions prend encore plus d’acuité. Sociale, solidaire ou citoyenne, ce qui est sûr c’est que des clarifications s’imposent. À com- mencer par une surprise d’avoir vu l’adjectif solidaire se rajouter à celui de sociale depuis quelques années. Non pas que la solidarité ne soit pas à souligner comme valeur mais, par principe même de fonctionnement, elle est intrinsèquement incluse dans ce que l’on entend par économie sociale : les coopératives, les mutuelles, les associations et les fondations. Alors rajouter systématiquement l’épithète qualificatif n’apporte rien de plus si ce n’est de compliquer l’exercice ; et pourquoi ne parle- rait-on pas d’économie sociale, solidaire et citoyenne ? En rajoutant durable ce serait sûrement encore mieux… Le livre coordonné par Razzy Hammadi au titre du laboratoire des idées du Parti socialiste présente donc les travaux du groupe « l’autre économie » ce qui tend à supposer qu’il y en ait en fait deux. En fait la réalité et un peu dif- férente, puisque la grande différence de traite- ment réside dans le partage des fruits du travail, qui servent à rémunérer les actionnaires dans

l’acception capitalistique, et les salariés dans sa composante sociale ; qui plus est, dans le cadre de l’économie sociale, le principe majeur est « un homme, une voix », expression démocra- tique par excellence, mais – et il faut être très clair sur cela – le but des entreprises de l’éco- nomie sociale, des coopératives et des mutuelles notamment, est aussi de générer des profits pour assurer leur développement, leurs recrutements et leur pérennité. Ceci étant rap- pelé, la force du livre coordonné par Razzy Hammadi est de présenter une série de propo- sitions intéressantes qui peuvent former un premier socle de transformation, première marche à ce que nous appelions une alternative à la violence libérale. C’est dans le livre coordonné par Jean- Louis Laville que l’on trouve une « explica- tion » à la terminologie « économie solidaire » : elle ne s’est pas forgée autour de l’enjeu de l’insertion, mais dans les années

1970 dans les nouveaux mouvements sociaux

(féminisme, écologie), et plus tardivement altermondialiste. « Un autre monde est possible sans attendre la prise du pouvoir étatique ». Et, pour bien comprendre le distinguo, on peut

Abondance de biens ne pouvant nuire, ces trois ouvrages apportent une source de réflexions sur des domaines assez différents les uns des autres : sociale, solidaire, citoyenne, parlons-nous bien de la même chose, de la même économie ? Ne favorisons-nous pas dans cette profusion de qualificatifs des carcans étanches, alors que les choses sont peut-être beaucoup plus simples ? Comme quoi vouloir faire « le bien » n’est jamais simple.

lire « alors que l’économie sociale relève d’une approche organisationnelle donnant priorité à un fonctionnement collectif basé sur l’égalité formelle, l’économie solidaire ré-encastre ce fonctionnement dans une recherche de changement social » … l’économie sociale aurait « une vision trop industrialiste et coopérative […] centrée sur la limite apportée à la distribution des profits et négli- geant l’adaptation engendrée par la confrontation à la concurrence ». La conclusion de ce travail, certes un peu abscons mais parfois intéres- sant, est de relier la politique et l’économique par une dimension symbolique. Mais peut- être un peu éloignée du quotidien.

En fait, la problématique, lorsque l’on trouve le concept d’économie sociale trop étroit, ce n’est pas d’y adjoindre autre chose, mais de préciser ce dont on veut parler. Avec L’économie citoyenne, Christian Felber, co- fondateur d’Attac en Autriche, propose les bases d’un système économique alternatif, ni capitaliste, ni communiste ; une troisième voie qui place l’intérêt général au centre de l’activité économique et des comportements solidaires. Et son livre est complètement connecté avec la « vraie vie » : c’est parce qu’il s’est nourri des expériences de très grosses coopératives comme l’espagnole

Mondragon notamment (plus grand groupe coopératif du monde avec 260 entreprises et 92 000 salariés), ou le suisse Migros (84 000 salariés), que son approche de transformation en profondeur de l’économie est étayée et sonne juste. Nous l’écrivions déjà en 2004, l’économie sociale est un engagement citoyen et huma- niste. C’est une question politique de tout premier plan, un véritable choix de société, choix de type de société, le seul qui puisse apporter de la cohésion sociale, de la justice et de l’égalité.

Jean-Michel Reynaud

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ESSAI

PHILOSOPHIE

La gauche à l’ombre de Foucault

JOSÉ-LUIS MORENO-PESTANA

Foucault, la gauche et la politique

Editions Textuel 2011 144 p 9,90 ¤

E n effet, si l’image de Foucault est

souvent liée au mouvement de Mai

68 et aux tendances maoïstes de cette

période, son positionnement réel semble beaucoup plus flou. Il fut surtout changeant, dans « un réseau d’interactions (permettant) parfois un comportement adapté au contexte ». Ce sont ces interactions que l’auteur essaye de repérer pour comprendre pourquoi Foucault a été, selon le « contexte », marxiste ou anti-marxiste, socialiste ou gaulliste, gauchiste ou néo-libéral…

FOUCAULT ET LE CORPS

Le projet de Foucault, dit l’auteur, est d’analyser « l’articulation du corps et de l’his- toire ». Ce rapport au corps qui traverse sa philosophie lui paraît lié à ses origines fami- liales : fils et petit-fils de chirurgien, il sait ce qu’est une science de l’homme, à travers le corps malade où l’on recherche une source ou une lecture de la maladie, à la différence des sciences dites « humaines » qui restent à la périphérie. La réflexion proprement philosophique vient se greffer sur cette science du corps et nourrit une véritable connaissance de l’homme aux prises avec lui- même et avec les autres. L’auteur ajoute qu’« une expérience fondatrice de Foucault est sa sexualité. Celle-ci l’a conduit à s’interroger très tôt sur trois aspects : était-il différent ? peut-être était-il anormal et peut-être était-il malade ? » Son homosexualité serait ainsi à la source de son enquête sur la folie (Histoire de la folie à l’âge classique, 1972) comme de ses trois livres sous le titre Histoire de la sexualité (1976 et 1984). N’est-ce pas réduire la recherche de Foucault à une explication un peu simpliste et surtout trop personnelle ? L’auteur souligne l’importance de son engagement dans le Groupement d’informa- tion sur les prisons (GIP) aux côtés de ceux qu’on appellera « les nouveaux philosophes ». Il s’agit en effet pour Foucault de mettre en évidence la façon dont la société établit son regard et sa domination sur les comporte- ments humains. Il en ressort ainsi une philo- sophie du pouvoir qui a marqué une bonne partie de la gauche. Communiste à l’ENS, comme Althusser et bien d’autres, il découvre assez vite les méca- nismes de l’oppression stalinienne lors d’un séjour en Pologne. Il a constaté ceux de « l’inégalité capitaliste » à Tunis et il s’inquiète,

Sociologue de la maladie mentale et de la philosophie, il est normal que José- Luis Moreno Pestana s’intéresse à la vie et à l’œuvre de Michel Foucault. Il le fait ici en s’interrogeant sur ses positions politiques et son rapport à la gauche.

lors d’un voyage en Suède, du contrôle social que risque d’exercer la social-démocratie. D’où sa réticence à l’égard des partis, de gauche comme de droite. Son engagement reste intellectuel et l’on pourrait même dire professionnel. Il est avant tout en effet professeur. Il obtient, au début de sa carrière, des soutiens essentiels, tels Raymond Aron ou Canguilhem. Il pourra ainsi aller ensei- gner à Clermont-Ferrand où une chaire s’est libérée, puis à la Sorbonne assez rapidement et enfin, plus tard au Collège de France. Foucault sait se guider dans les arcanes du parcours académique. N’a-t-il pas participé à une commission mise en place par le ministre Fouchet, tout en ayant contribué au lancement de l’Université de Vincennes ? José-Luis Moreno-Pestana n’hésite pas à critiquer les positions de Foucault pour qui, selon lui, « pouvoir et violence constituent l’es- sentiel du savoir et de la connaissance ». De ce fait, on ne sait pas toujours quelle opinion se faire de la pensée réelle de l’auteur de Surveiller et punir. Dans la filiation de Nietzsche et sous l’influence de Merleau- Ponty, Foucault a cherché à garantir la liberté de l’homme au-delà de l’humanisme des Lumières. Il a éprouvé néanmoins en Californie dans la seconde moitié des années

70, les limites de la liberté sexuelle et les risques de la transgression. Il a retrouvé de nouvelles formes de pouvoir et d’oppression, ce qui explique, selon Moreno-Pestana qu’il se soit tourné dans les années 80 de préfé- rence vers la philosophie gréco-romaine. Sur le plan politique, passant de la critique du socialisme au souci de soi, il en vient à penser, selon l’auteur, que « la conception du monde qui apparaît dans le libéralisme est une manière de gouverner les populations, non une rationalisation des classes dominantes ». L’auteur conclut en disant qu’ « une gauche démocra- tique peut se revendiquer de Foucault », mais il précise que, sur les questions que se pose la gauche, « nous devons les poser avec Foucault mais en allant plus loin et au-delà de Foucault et, en certaines occasions, contre lui ». Ce livre fournit donc une réflexion intéres- sante et intelligente à partir de Foucault, mais il oublie ce que la parution de Les mots et les choses (1966) a signifié pour toute une géné- ration : pouvoir lire le monde sans le préjugé de toute une mythologie prétendu- ment humaniste et redécouvrir la véritable trame des relations humaines pour pouvoir leur donner un sens, c’est-à-dire une valeur et une direction.

Robert Chapuis

Séminaire « Socialisme », 2011-2012

L’OURS, la Fondation Jean-Jaurès et le CHS du XX e siècle (Paris 1)

Le parti socialiste : des projets au pouvoir

Les séances se tiennent au siège et de la Fondation Jean Jaurès et de l’OURS, 12 cité Malesherbes, 75009, Paris

(métro Pigalle),

de 17 h 30 à 19 h 30

1 / jeudi 20 octobre 2011 : Changer le

travail ? : Matthieu TRACOL (Sciences Po Paris) et MICHEL COFFINEAU, secrétaire national

adjoint aux entreprises (1979-1981), député du Val-d’Oise (1981-1993), membre de la commission des affaires sociales.

2 / jeudi 24 novembre 2011 : L’environnement,

l’écologie : Timothée DUVERGER (Université Bordeaux 3) et Robert Chapuis, député de l’Ardèche (1981-1993), délégué national du PS

à l’énergie (1977-1979), secrétaire national à l’urbanisme, à l’environnement et au cadre de vie (1985-1987)

3 / jeudi 15 décembre 2011 : Le Temps libre :

Marion FONTAINE (Université d’Avignon) / témoin à préciser

4 / jeudi 26 janvier 2012 : Les affaires interna-

tionales : Gilles VERGNON (IEP Lyon II)/ témoin à préciser 5 / jeudi 8 mars 2012 : L’enseignement :

Ismaël FERHAT (Centre d’histoire de Sciences Po) et Antoine PROST (Paris 1)

6 / jeudi 5 avril 2012 : La gestion de la ville :

Maryvonne PRÉVOT (Université Lille 1) et Pierre BOURGUIGNON, géographe-urbaniste, député de

Seine-Maritime, maire de Sotteville-lès-Rouen

7 / jeudi 24 mai 2012 : La décentralisation :

Anne Laure OLLIVIER (ENS Cachan) et Jean LE GARREC, ancien député du Nord, secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé du Plan

(1983-1984)

8 / jeudi 14 juin 2012 : Les questions agricoles :

Fabien Conord (Université de Clermont- Ferrand) / témoin à préciser

Pour plus d’infos : www.lours.org

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