Notre Librairie

Revue des littératures du Sud
“Chez moi, je me détourne un peu plus souvent à ma librairie… Elle est au troisième étage d'une tour… Les livres ont beaucoup de qualités agréables à ceux qui les savent bien choisir ; mais aucun bien sans peine.” Michel de Montaigne, Les Essais

40 ans de littératures du Sud
Conseil scientifique de Notre Librairie
• Tahar BEKRI Université de Paris X - Nanterre • Jacques CHEVRIER Université de Paris IV - Sorbonne • Denise COUSSY Université du Mans • Daniel DELAS Université de Cergy-Pontoise • Jean-Pierre GUINGANÉ Université de Ouagadougou • Jean-Louis JOUBERT Université de Paris XIII - Villetaneuse • Ambroise KOM Université de Yaoundé • Bernard MOURALIS Université de Cergy-Pontoise • Liliane RAMAROSOA Université de Tananarive

Éditorial

L’embellie…

I

l n’est pas si loin le temps où – à quelques notables et illustres exceptions près – les écrits venus d’Afrique, des Caraïbes ou de l’océan Indien, quand ils ne rencontraient pas une totale indifférence, suscitaient, sous certaines latitudes, plus une curiosité d’amateurs d’exotisme qu’une réelle prise en considération. Trop rares étaient alors les chercheurs, universitaires, libraires et éditeurs attentifs à la création littéraire dans le Sud francophone. Et puis les temps ont changé. Les cercles se sont élargis et les publics aussi. Depuis un bon quart de siècle, la plupart des maisons d’édition ont rejoint les rangs des « précurseurs » et offrent dans leurs catalogues des titres, voire des collections entières, provenant d’auteurs du Sud. Aujourd’hui, les plus grands salons du livre, les principaux festivals, les grandes émissions et revues littéraires sollicitent, jusqu’à l’excès parfois, des écrivains qui, à la revue Notre Librairie, nous sont familiers. Après les temps difficiles s’annonce donc l’embellie.

Plus encore. Surprendre dans le métro parisien une conversation sur le dernier Dongala et la situation dans certains pays d’Afrique ; recevoir un appel téléphonique pour en savoir plus sur une rumeur de réédition de l’œuvre de Marie Chauvet : voilà qui ne trompe pas sur l’audience croissante de ces littératures. Certes, beaucoup reste encore à faire, notamment dans la rencontre des auteurs avec leurs propres publics nationaux. La revue Notre Librairie, trimestre après trimestre, s’y emploie depuis maintenant 150 livraisons, avec un tirage de 8 000 exemplaires en 144 pages couleur, diffusés principalement via le réseau culturel français à l’étranger et aussi avec plus de 14 000 téléchargements mensuels répertoriés sur le site Internet de l’ADPF. Un cédérom est offert avec ce numéro 150. L’index général de la revue et le site Internet y figurent de même que de nombreuses archives sonores et visuelles. Ces documents, comme les contenus du numéro lui-même, permettront aux universitaires, ainsi qu’à l’ensemble des lecteurs de la revue Notre Librairie, de mesurer le chemin parcouru et de voir que l’embellie annoncée est faite pour durer.
FRANÇOIS NEUVILLE
Directeur de publication

© Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud. avril - juin 2003

Sommaire
À PROPOS... 5
• Hors-série Jean-Baptiste TATI-LOUTARD 5

1

LITTÉRATURES DU SUD ET CRITIQUE 1963-2003 7

Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès Jacques CHEVRIER 9 Le regard de la critique Jean-Louis JOUBERT 15 Les littératures du Sud comme objet d’enseignement et de recherche à l’université de Dakar Bassirou DIENG 20 Les littératures du Sud dans les pays du Nord : état des études et de la recherche Romuald FONKOUA 30 Entretien avec Marie-Clotilde Jacquey, ancienne rédactrice en chef de Notre Librairie Propos recueillis par Romuald FONKOUA 38

• •

2

PATRIMOINE LITTÉRAIRE 43
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Malcolm de Chazal, l’insulaire définitif Jean-Louis JOUBERT 45 Mongo Beti, écrivain atypique Ambroise KOM 50 Mohammed Dib : littérature et morale Tahar BEKRI 56 Émile Ollivier : le grand théâtre du monde Joubert SATYRE 62

© Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud. avril - juin 2003

. sept années de création Christiane CHAULET-ACHOUR 71 Naturelles correspondances entre l’univers haïtien et le « moi » universel chez Marie Chauvet Anne MARTY 76 Écrire l’Afrique aujourd’hui : les auteurs gabonais Papa Samba DIOP 81 David Jaomanoro. 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud.3 D’HIER ET DE DEMAIN : AUTEURS À (RE)DÉCOUVRIR 69 • • Écrire en Algérie .juin 2003 .. N° 150.Maïssa Bey. un écrivain malgache francophone original Dominique RANAIVOSON 87 Patrice Nganang : des dignités dévaluées à la honte sublime Xavier GARNIER 93 René Philoctète ou le spiralisme discret Philippe BERNARD 97 L’œuvre méconnue de Fily Dabo Sissoko Jacques CHEVRIER 102 • • • • • 4 INÉDITS 106 • • • Tahiry Désiré RAZAFINJATO 107 Lyrique Théo ANANISSOH 109 Lumière de femme Aleth FELIX-TCHICAYA 111 ET AUSSI. avril . 113 • • • • INDEX DES NOTES DE LECTURE 113 NOTES DE LECTURE 114 VIENT DE PARAITRE 136 BREVES 148 © Notre Librairie.

à point nommé puisque le Congo fête. nous devons à la vérité de dire qu'elles lui sont redevables dans une large mesure. le rôle joué par les revues reste primordial dans la diffusion et la réception des œuvres. non seulement son rayon d'action. pour nous. Aussi devrait-on se féliciter que Notre Librairie soit une belle exception… Sans doute grâce à une remarquable aptitude de mue. S'il est difficile d'évaluer la part de la revue dans la reconnaissance mondiale des littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. cette année. poésie). Car. ainsi qu'une louable ouverture à d'autres expressions artistiques (cinéma). © Notre Librairie. l'élargissement aux genres les moins prisés par les éditeurs (théâtre. politique et sociale monolithique. Cette 150e livraison. s'inscrit dans la maturité de la revue et la performance mérite d'être saluée ici. en effet. nouvelle. C'est. pudique. ami et lecteur attentif de la revue. Jean-Baptiste Tati-Loutard est. avril .juin 2003 . gagé sur l'approche scientifique (la critique littéraire ayant été élargie aux sciences humaines ou relayée. pour se convaincre du dynamisme intellectuel qui anime cette revue et qu'elle suscite en retour chez ses lecteurs. Cette 150e livraison de Notre Librairie arrive.À propos Hors-série Jean-Baptiste Tati-Loutard* Les revues culturelles ont généralement une existence plutôt éphémère (Légitime défense. par elles). mais aussi le cercle de ses amis. le cinquantenaire de sa littérature d'expression française. À propos de ce rôle. quelquefois. Le rôle joué par les revues reste primordial dans la diffusion et la réception des œuvres. 40 ans de littératures du Sud. il est loisible de constater les efforts des successifs comités à montrer la diversité des expressions littéraires de ce Sud trop souvent perçu comme une entité géographique. Il n'est que d'observer la constante mise à jour des bilans. la prise en compte toujours pertinente d'une actualité littéraire en perpétuel mouvement. L'Étudiant noir…). d'année en année. l'intégration courageuse de la paralittérature (bande dessinée). avec Cœur * Poète et homme politique congolais. Le secret de cette réussite est sans doute lié à la démarche constative de la revue et cette manière de militantisme discret. l'effort d'analyse quant aux apports des différentes générations ou à l'investissement significatif des femmes dans le paysage littéraire. cette revue aura réussi à élargir. de longue date. après une trentaine d'années de présence. si la part du talent de chaque écrivain est déterminante dans sa forme littéraire. N° 150.

d'Aryenne. il convient de signaler un événement majeur : le hors-série que Notre Librairie consacra à la littérature… congolaise en 1977. On le voit. signait. du fait même de cet usage ! Depuis. 40 ans de littératures du Sud. que naît cette littérature. Ces deux hors-série sur le Congo servirent d'élément catalyseur à l'éclosion d'une identité littéraire qui devint le ferment d'une fierté nationale génératrice. la littérature congolaise n'en est pas moins. N° 150. roman de Jean Malonga paru dans les colonnes de la revue Présence Africaine en 1953. Malgré l’usage du français ou. chez Présence Africaine. c'est d'avoir constitué. elle aura aussi permis à la Babel africaine de ne se point sentir malheureuse de sa diversité. au fil des ans. Arlette et Roger Chemain. Et s'il en est un mérite qu'on ne peut ni ne doit s'empêcher de reconnaître à la revue. En favorisant ces connexions entre pays du Sud. Revue des littératures du Sud. Entre ces deux ouvrages consacrant de façon implicite l'idée de littératures nationales.juin 2003 . mais efficace. malgré les controverses.lecteurs) comme à l'esprit même de partenariat. pour la recherche universitaire. qu'il nous soit permis de livrer ici un témoignage susceptible de rendre compte du rôle souterrain. de nombreuses vocations. ce qui fut constant. malgré l'usage du français ou. à ses débuts. la plus importante source bibliographique consacrée à nos littératures. un couple d'universitaires français en poste à Brazzaville. avril . la première Anthologie de la littérature congolaise d'expression française1. aux éditions CLE (Yaoundé). un Panorama critique de la littérature congolaise. Par l’auteur. la manière constative de la revue venait confirmer. en même temps. En 1976 paraissait. Au risque de donner dans l'anecdotique. simplement. joué par la revue au Congo. il faut bien admettre que l'idée a fait du chemin et le second numéro consacré par Notre Librairie aux écrivains congolais (1998) eut d'autant plus de succès. du fait même de cet usage ! La plus importante source bibliographique consacrée à nos littératures. Jean-Baptiste TATI-LOUTARD 1. que sa sortie coïncida malheureusement avec la mort de l'immense poète Tchicaya U Tam'si. © Notre Librairie. ce qui était magnifié. c'est moins les langues exogènes en elles-mêmes que les imaginaires qu'elles véhiculent à travers la manière de chaque écrivain. paradoxalement. ce fait indéniable qu'il y avait. des velléités proches de l'humanitarisme culturel (accompagner le développement de réseaux de bibliothèques francophones dans les pays ACP). c'est un refus du paternalisme. au plan national. de façon implicite. tous les éléments constitutifs d'une littérature nationale (le cas est alors patent avec le Sénégal ou le Cameroun). au Congo. Et quand la revue aurait eu. Trois années plus tard. En repoussant toujours plus loin les apparentes barrières linguistiques. Pour prolifique qu'elle soit. exemplaire d'un dynamisme culturel partout présent au Sud. paradoxalement. Et c'est sans doute sur la loi de ce refus que s'est constituée l'entreprise la plus exemplaire mais aussi la plus redevable à la synergie de ses animateurs (chercheurs écrivains .

ancienne rédactrice en chef de Notre Librairie Propos recueillis par Romuald FONKOUA 3 9 14 24 32 © Notre Librairie. N° 150.1 Littératures du Sud et critique 1963-2003 Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès Jacques CHEVRIER Le regard de la critique Jean-Louis JOUBERT Les littératures du Sud comme objet d’enseignement et de recherche à l’université de Dakar Bassirou DIENG Les littératures du Sud dans les pays du Nord : état des études et de la recherche Romuald FONKOUA Entretien avec Marie-Clotilde Jacquey. avril .juin 2003 . 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud.

les quatre articles et l’entretien qui suivent constituent un panorama sur l’objet et le travail de Notre Librairie. Les bilans dressés par Bassirou Dieng et Romuald Fonkoua sont aussi pour nous l’occasion de saluer ceux qui – sur le continent africain et sur les autres – travaillent méthodiquement à une meilleure connaissance de ces littératures du Sud.A vec le propos d’ouverture du poète Jean-Baptiste Tati-Loutard dans les pages précédentes. avril . N° 150. © Notre Librairie. Ils devraient permettre au lecteur de ce numéro 150 de mieux percevoir le long cheminement de la revue dans un horizon dont les points cardinaux vont du Sud au Nord et de l’œuvre littéraire à son examen critique. 40 ans de littératures du Sud.juin 2003 . Revue des littératures du Sud.

40 ans de littératures du Sud. tels Aimé Césaire. Pendant près de vingt ans. Prégnance de la poésie. l'un des pionniers de la Négritude avec Senghor et Léon-Gontran Damas. il faut toutefois bien voir qu'elle a exercé pendant plusieurs décennies un véritable monopole littéraire et joué un incontestable rôle de locomotive culturelle pour une bonne partie du continent. indépendamment de Présence Africaine. Georges Lamming. S'il est de bon ton. Léopold Senghor. d'accorder aux « hommes de culture » . aujourd'hui. mais bien avant cette date-balise. en 1956. Jacques Rabemananjara. le gratin de l'intelligentsia du monde noir. À cette prestigieuse tribune se sont alors succédé des délégués venus d’Afrique. C'était l'époque où. Richard Wright. etc. le fait littéraire y est déjà largement présent. Paris devait demeurer l'un des pôles dominants de la production littéraire africaine. Quelques années auparavant. sous l’égide de la négritude On est donc déjà loin de la prise de conscience nègre qui. Revue des littératures du Sud. avril . avait conduit les animateurs de L'Étudiant noir à s'opposer à toute politique d'assimilation et à proclamer haut et fort les valeurs de civilisation du monde noir. Pour des écrivains comme Césaire. N° 150. fondée en Un incontestable rôle de locomotive culturelle pour une bonne partie du continent.Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès Jacques Chevrier En 1960. JacquesStephen Alexis. au terme de près d'un siècle de domination coloniale. dès 1934. d'Amérique et des Caraïbes.c'est ainsi que se désignent les intellectuels nègres . aussi bien sur le plan culturel que politique. de vilipender la négritude. il s'agit. dont la plupart s'accordent pour revendiquer une « bonne décolonisation ».la place qui leur revient légitimement dans le processus de décolonisation. le Premier Congrès international des écrivains et artistes du monde noir a en effet rassemblé à Paris. dont l'aboutissement politique est désormais très proche. © Notre Librairie. à la Sorbonne..juin 2003 . le continent africain s'éveille à la liberté et accède enfin à l'indépendance. avant toute chose. Franz Fanon.

1957). ceux-ci n'ont pas attendu l'indépendance pour prendre la plume. que Senghor résume parfaitement lorsqu'il s'écrie. alors que les anciennes colonies d'AOF et d'AEF accèdent à la souveraineté nationale. 1959). 1945 . de Césaire (Cahier d'un retour au pays natal. 1955 . Mission terminée. 1956). 1937 . Années 1950-1960 : naissance des futurs « classiques » de la littérature africaine Toutefois. Le Seuil ne dédaignaient pas d'ouvrir leurs portes aux jeunes écrivains du monde noir. et du sentiment de révolte qui parcourt d'un long frémissement toute la poésie de la Négritude. Feu de brousse. publié en guise de préface à l'excellente Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. avril . 40 ans de littératures du Sud. 1947 . les grandes maisons d'édition parisiennes Plon. en écho à la célébration du centenaire de l'abolition de l'esclavage. Julliard. N° 150. le petit panthéon des lettres africaines et caraïbes (pour l'instant on ne les distingue pas encore) manifeste déjà une incontestable richesse. Black Label. On ne s'étonne donc pas de l'importance prise dans ces textes du thème du retour aux sources. Il s'honore. le célèbre roman 1. qui ne vont pas tarder à envahir le champ littéraire africain1. 1956) et de Tchicaya U Tam'Si (Le Mauvais sang. C’est la raison pour laquelle notre propos n’aborde pas le domaine de la production théâtrale. les fondateurs de la revue Black Orpheus choisirent un titre qui faisait directement référence au célèbre « Orphée noir » de Jean-Paul Sartre. au Nigeria. Revue des littératures du Sud. il faut imaginer le commun désir de tous ces créateurs d'échapper à la suprématie affichée de la culture occidentale et de renouer symboliquement avec un passé qu'on leur avait appris à dédaigner. et la chronologie fait apparaître que la décennie qui va de 1950 à 1960 a été particulièrement féconde dans le domaine de l'écriture romanesque. À l'origine de ce sursaut poétique. Et ce n’est sans doute pas un hasard si. 1956). Renouer symboliquement avec un passé qu’on leur avait appris à dédaigner. Éthiopiques. dans Hosties noires : « Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France ». Hosties noires. les savoureux récits de Ferdinand Oyono (Une Vie de boy et Le Vieux Nègre et la médaille.1947. une date dans laquelle il faut voir avant tout un repère chronologique commode et non un tournant décisif de l'histoire des idées et des sensibilités. de Rabemananjara (Antsa. les poètes cèdent progressivement le pas aux prosateurs. en effet. 1954 . 1956). À vrai dire. N'y relève-t-on pas les titres d'ouvrages qui font aujourd'hui figure de « classiques » : la tétralogie de Mongo Beti (Ville cruelle. Ferrements. d'une série d'œuvres poétiques majeures qu'illustrent les recueils désormais emblématiques de Damas (Pigments. procurée par Senghor en 1948. qui mérite une étude à part.juin 2003 . En cette année 1960. 1958). Le Roi miraculé. 1956 . 1948 . Le Pauvre Christ de Bomba. Une série d’œuvres poétiques majeures. de Senghor (Chants d'ombre. 1957 . © Notre Librairie.

En effet. O Pays. en 1961. en 1965. Pacere Titinga (Refrains sous le Sahel. 1980). qu'il soit colonial ou. plusieurs de ces textes s'inscrivent également dans la veine de la satire politique. 40 ans de littératures du Sud. de Maryse Condé. 1962 .de Camara Laye (L'Enfant noir. de Paulin Hountondji. À mi-chemin du roman ethnographique et du récit de vie. d'Amadou Hampaté Bâ. Sa bonne santé et aussi son désir de rupture par rapport à l'esthétique néoréaliste qui prévalait jusqu'alors. Paul Dakeyo (J'appartiens au grand jour. postcolonial. La Veste d'intérieur. dans lesquels se donne à lire une vision marxiste de la société sénégalaise. à leurs yeux. mon beau peuple (1957) et. en 1972. au-delà de l'autobiographie. 1976). indépendamment de l'avalanche d'essais qui manifestent la vitalité de la pensée et de la philosophie africaines Les Damnés de la terre.juin 2003 . 1984)… L’engagement de leurs auteurs dans la dénonciation du pouvoir. 1977). distingué par le Prix Renaudot. des voix discordantes. C’est à une véritable explosion de la production littéraire africaine que l’on a assisté. qui. Il n'en reste pas moins qu'en cette période de passage d'un monde à un autre. Aspects de la civilisation africaine. On sait que l'avenir a fait justice des prévisions pessimistes de ces Cassandre et qu'en lieu et place de l'essoufflement annoncé. de Bernard Dadié. etc. de Cheikh Anta Diop.] que se manifeste le plus clairement la bonne santé de la littérature africaine. nous l'avons déjà dit. Vers « l’âge d’or » de la création romanesque africaine Mais c'est dans le domaine de la prose romanesque. que se manifeste le plus clairement la bonne santé de la littérature africaine. de l'émancipation du continent noir2. en 1967. surtout. la production poétique continue à se maintenir à un bon niveau avec la publication des textes majeurs de Tchicaya (Épitomé. « La littérature colonisée de langue européenne semble condamnée à mourir jeune ». sans oublier Climbié (1956). déclarait Albert Memmi dans son Portrait du colonisé. La Philosophie bantoue du Père Tempels. paraissent en effet deux œuvres révolutionnaires à plus d'un titre Le Devoir de violence du Malien Yambo Ouologuem. Véronique Tadjo (Latérite. de Franz Fanon. postcolonial. Les Bouts de bois de Dieu (1960). celles d'Albert Memmi ou. plus tard. bientôt. La même année 1968. évoquent le spectre d'un tarissement de la littérature africaine. Jean-Marie Adiaffi (D'éclairs et de foudre. avril . Fustigeant une société moribonde. 1970 . tandis que se font jour de nouveaux talents. qu’il soit colonial ou bientôt. ils préfigurent l'engagement de leurs auteurs dans la dénonciation du pouvoir. comme l'expriment bien les premiers romans de Sembène Ousmane. c'est à une véritable explosion de la production littéraire africaine que l'on a assisté... en 1977. © Notre Librairie. Antériorité des civilisations nègres. constitue un témoignage de première main sur la génération des anciens de la célèbre École Normale William Ponty. et Les Soleils des indépendances 2.. en 1957. dont L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane (1961) peut être considéré comme le paradigme. conséquence probable. N° 150. C'est dans le domaine de la prose romanesque [. Arc musical. 1953). Sur la philosophie africaine. Revue des littératures du Sud. 1979).

1996). N° 150. Les Soleils des indépendances inaugure la veine des romans du désenchantement. 1993. sans pour autant franchir le seuil de lisibilité. Revue des littératures du Sud. Ahmadou Kourouma y dénonce le règne du tyran sur fond de misère.-C.. de Williams Sassine. Mutations et ruptures Cette analyse. parfois relayé par le brouillage onomastique et 3. La Fabrique de cérémonies. d'Henri Lopes. « On ne reconnaît plus l'Afrique dans les romans de Sony Labou Tansi.juin 2003 . outre la production polymorphe de l'écrivain congolais. Que ce soit dans les œuvres de Boubacar Boris Diop (Le Cavalier et son ombre. Déconstruction que traduisent à la fois la disqualification du héros. de corruption et d'atteintes répétées aux droits de l'homme. Alors que Ouologuem fait voler en éclats le mythe de la grande fraternité nègre et dépeint une Afrique précoloniale en proie à la barbarie et aux pratiques esclavagistes. etc. avril . de Waberi (Cahier nomade. la publication du premier roman de Kourouma a surtout constitué un tournant décisif dans l'écriture romanesque africaine. Un tournant décisif dans l’écriture romanesque africaine. la rupture du principe de la continuité narrative et le brouillage des instances discursives. ou Le Pleurer-Rire (1982). Paris. du premier roman du Congolais Sony Labou Tansi. Ce procès d'un pouvoir totalitaire. et apporte la preuve éclatante qu'un écrivain africain peut se couler dans le moule d'une pratique langagière autre. V. Kourouma ouvre donc la voie à d'autres hardiesses d'écriture qui vont culminer avec la parution. © Notre Librairie. l’Harmattan. car les lieux ne coïncident plus avec ce que l'on croyait savoir. outre son contenu explosif. En rompant délibérément avec la « littérature d'instituteurs » de la génération précédente (la formule est de Senghor). Cependant.d'Ahmadou Kourouma. l'auteur des Soleils des indépendances s'attaque en effet au sacro-saint tabou de la langue française. Une véritable déconstruction du récit de facture classique. de Kossi Efoui (La Polka. La Vie et demie. L'un des premiers. 1997). va nourrir toute une production romanesque qui s'échelonne du Cercle des Tropiques (1972). observe en effet Jean-Claude Blachère. au Jeune Homme de sable (1979). 40 ans de littératures du Sud. vaut également pour toute une série de représentants de la nouvelle génération – « les enfants de la postcolonie » dit Waberi – et elle exprime bien la radicalisation du discours romanesque (et en partie dramaturgique) qui s'est opérée dans le sillage de l'auteur de La Parenthèse de sang. en 1979. En introduisant l'oralité feinte dans son texte. discréditant du même coup toute une thématique du retour aux sources en perte de vitesse. le lecteur assiste en effet à une véritable déconstruction du récit de facture classique. en passant par Les Crapauds-brousse (1979). de Tierno Monénembo. J. d'Alioum Fantouré. Blachère in Négritures. 1998 . 2001). et les mots pour le dire ne sont plus ceux des inventaires habituels »3. le plus souvent incarné par un despote à la fois sanguinaire et dérisoire.

1979). semble donc aujourd'hui inséparable de la représentation de ce « goulag tropical »4 que dessine progressivement le continent africain. après un long silence. le livre des ossements (2000). avril . © Notre Librairie. On doit l’expression à Emmanuel Dongala. Aminata Sow Fall (La Grève des Battù. Revue des littératures du Sud. Hatier. initialement brisé par les Sénégalaises Mariama Bâ (Une si longue lettre. : Paris. 1987 . Les Honneurs perdus. et Emmanuel Dongala. 1983) et Calixthe Beyala (C'est le soleil qui m'a brûlée. qui s'exprime à la fois par la dépréciation systématique de la société patriarcale. décrivent le scandale des enfants-soldats engagés dans des guerres civiles. dans Jazz et vin de palme. Et les femmes ne sont pas en reste qui. dans Johnny Chien méchant (2002). qu'accompagne généralement une mise en scène carnavalesque. 1976). une pléiade d'écrivains s’est rendue en 1998 au Rwanda. tel qu'il s'affiche dans le texte africain contemporain. moins spectaculaire mais tout aussi pernicieuse. etc. L'obscène. Motifs). Répondant à l'invitation de l’association organisatrice du « Fest’Africa » de Lille. elle apparaît de plus en plus comme l'une des composantes majeures d'une production romanesque qui est en train d'ériger l'obscène en catégorie littéraire. Le tout conduisant à multiplier les points de vue et à introduire à l'intérieur du récit une véritable belligérance du texte. Une production romanesque qui est en train d'ériger l'obscène en catégorie littéraire. Deux auteurs d'œuvres dérangeantes.] font une entrée en scène fracassante dans le paysage littéraire contemporain. font une entrée en scène fracassante dans le paysage littéraire contemporain. dans la mesure où elles ne craignent pas d'engager une véritable guérilla féministe (tempérée il est vrai dans des œuvres plus récentes). 1982 (Monde noir poche) . Les femmes [. Le Serpent à Plumes. en propulsant au premier rang de l'actualité ces deux amazones des lettres africaines que sont Werewere Liking (Elle sera de jaspe et de corail. Écritures de la violence Cette violence scripturaire n'est toutefois pas l'apanage des seules femmes écrivains. Tierno Monénembo dans L'Aîné des orphelins (2000).patronymique. réed. Un certain délire verbal. 1996 (coll. mais c'est aussi le spectacle d'un monde désaccordé dans lequel le langage trébuche à dire l'insoutenable et l'horreur que convoquent des récits voués à l'évocation du génocide ou des guerres tribales. Ken Bugul (Le Baobab fou. Abdourahman Waberi dans Moisson de crânes (2000). ce n'est pas seulement la mise à nu du corps réduit à ses fonctions physiologiques. qui hante l'univers des cités et des banlieues 4. « Écrire par devoir de mémoire ». 1996). la remise en question du statut maternel et le choix d'une écriture de la transgression et de la violence. N° 150. etc. que renforcent encore les parti pris langagiers souvent paroxystiques des romanciers. dans Allah n'est pas obligé (2000). Paris.. Tandis que Ahmadou Kourouma. Véronique Tadjo dans L'Ombre d'Imana (2000). C'est encore une autre forme de violence. 40 ans de littératures du Sud.. 1979). sur les lieux des massacres qu'évoquent tour à tour Boubacar Boris Diop dans Murambi.juin 2003 .

les zones d'attente pour personnes en instance (de rapatriement). et non des moindres qui. 1999). 2001). Des textes où s'expriment la misère et la marginalisation des immigrés relégués entre ZUP. © Notre Librairie. que ce soit à Bamako… ou à Barbès. 40 ans de littératures du Sud. le cas échéant.. tels Mongo Beti (Trop de soleil tue l'amour. Bolya (Les Cocus posthumes.juin 2003 .qui servent de cadre aux mésaventures de personnages fascinés par le mirage parisien. qu'il s'agisse de L'Impasse (1996). d'Alain Mabanckou. 5. Jacques CHEVRIER CIEF . de Sami Tchak ou encore de Bleu-blanc-rouge (1998).Université de Paris IV . et même si elle fonctionne sur le mode ludique. 1998). enfin. N° 150. Achille Ngoye (Sorcellerie à bout portant. ont entrepris à travers leur expérience du roman policier. de Place des fêtes (2001). avril . ou d’Agonies (1998) – les titres sont éloquents) – de Daniel Biyaoula. ZEP et. etc. un genre jusque-là peu représenté. de déchiffrer la réalité des liens complexes et pas toujours pacifiés qui se tissent entre membres de la communauté africaine. Dans la nomenclature de l'administration française. Revue des littératures du Sud. les zones d'urbanisation prioritaires. ZAPI5… Enfin. ces abréviations désignent respectivement. ou Moussa Konaté (L'Honneur des Kéita. 2001).Sorbonne Déchiffrer la réalité des liens complexes et pas toujours pacifiés qui se tissent entre membres de la communauté africaine. la violence constitue encore le fonds de commerce d'un certain nombre d'écrivains. les zones d'éducation prioritaires et.

1958). une communauté. © Notre Librairie. ce qui ne manque pas d’être significatif de la difficulté d’appréhension de l’objet littéraire africain. nègre. Le cadre initial C’est dans la deuxième moitié du XXe siècle que se forme l’idée qu’il existe une (ou des) littérature(s) africaine(s) moderne(s) écrite(s). qui peut le mieux afficher la fierté de la négritude. publiée sous la direction de Raymond Queneau. un pays. 1955). africaine. dans la section « Continents retrouvés ». Au tome I d’abord (« Littératures anciennes. évalue. avril . ?) sont la preuve a contrario de l’efficacité de la critique – qui n’a d’ailleurs pas vocation à juger en dernier recours. négro-africaine. Au tome III de l’ouvrage (« Littératures françaises. postcoloniale. en prise directe avec la mémoire poétique orale. et c’est la poésie.juin 2003 . Revue des littératures du Sud.Le regard de la critique Jean-Louis Joubert Il n’y a pas de littérature (au sens d’ensemble d’œuvres littéraires propre à une langue. francophone. trie et donc légitime. etc.) sans qu’elle ait été reconnue et constituée par un regard critique : c’est-à-dire un regard qui inventorie. dans lequel il brosse un panorama de l’oralité et de ses problèmes. Si la notion de « littérature africaine » est aujourd’hui acceptée (elle fournit une entrée à nombre de dictionnaires ou encyclopédies). et qui s’achève par quelques pages sur « l’œuvre écrite des Noirs africains et américains » : il présente cette « littérature noire » comme témoignant d’abord du « courage de s’affirmer nègre ». Georges Balandier consacre un chapitre très informé aux « littératures de l’Afrique et des Amériques noires ». néo-coloniale. orientales et orales ». Une des premières réflexions sur ce sujet se rencontre dans l’« Histoire des littératures » de l’Encyclopédie de la Pléiade. 40 ans de littératures du Sud. N° 150. Auguste Viatte rédige le chapitre consacré aux « littératures d’expression française dans la France d’outre-mer et De la difficulté d’appréhension de l’objet littéraire africain. Or cette réflexion se développe en deux endroits différents de l’œuvre. mais simplement à proposer des itinéraires d’exploration. connexes et marginales ». etc. c’est qu’elle s’est imposée par un travail critique : les querelles terminologiques (faut-il parler de littérature noire. dans la section « Littératures connexes ».

Première édition : A. Traduction française : Paris. Littérature nègre4. La dualité des points de vue de Balandier et de Viatte pointe bien la réalité problématique de la littérature africaine moderne. c’est-à-dire la littérature écrite par des auteurs africains ou d’origine africaine5. Jahn a explicité sa conception dans un essai d’inspiration plutôt anthropologique. Resma. U Prisme. déterminé par des schèmes de pensée et d’expression (les topoi selon la formule d’Ernst-Robert Curtius). 1965. Karthala-AUF. Larose). 1969. de l’Afrique à l’Amérique7. dont les nombreuses rééditions ont gardé le titre-fétiche. Colin. Seuil. Ce travail. Les Univers. Bruxelles. 40 ans de littératures du Sud. Eugen Diederichs Verlag. comme dans les terres de diaspora nègre). 3. le manuel de Jacques Chevrier. Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature2. 7. la « francophonie littéraire ». 6. 4. Paris. 1965. Die neoafrikanische Literatur. participe de l’élan du panafricanisme au moment où la plupart des colonies africaines retrouvent leur indépendance. 1974. Histoire de la littérature négro-africaine. Eugen Diederichs Verlag. critique original. ce ne sont pas des critères géographiques ni linguistiques ni raciaux (la couleur de la peau ne s’imprime pas dans les textes). Larose). Traduction française : Paris. Institut de Sociologie. Son projet est de définir ce qui caractérise l’appartenance africaine du vaste corpus qu’il a rassemblé sous le nom un peu étrange de « littérature asygimbienne » (Ptolémée désignait par Asygimbie l’ensemble des pays africains situés de l’autre côté des grands déserts). c’est le style. L’un des premiers critiques à s’intéresser à la littérature africaine moderne est Roland Lebel. qui d’un côté s’enracine dans les millénaires de culture orale et doit être comprise dans le multilinguisme panafricain . avril . L’influence des prises de position de la négritude se marque sur les premières synthèses : la thèse de Lilyan Kesteloot. autodidacte en un sens. Il est aussi l’auteur en 1931 d’une Histoire de la littérature coloniale en France (Paris. indépendant. mais qui de l’autre côté prolonge la « littérature coloniale »1 et participe de ce que l’on va appeler. Ce qui fonde l’unité littéraire africaine si ardemment postulée. 1961. L’homme africain et la culture néo-africaine6. L’ouvrage a été corrigé et refondu dans Lilyan Kesteloot. Gesamtbibliographie von des Anfängen bis zur Gegenwart. coll. à partir des années 1960. déterminé par des schèmes de pensée et d’expression. N° 150.juin 2003 . Université Libre de Bruxelles. enthousiaste. Ce qui fonde l’unité littéraire africaine [. Une place particulière doit être accordée à l’œuvre de Janheinz Jahn. coll. Revue des littératures du Sud. Un sort particulier est fait à Léopold Senghor.à l’étranger ». Il y est question aussi bien de la littérature des colons (André Demaison) que de celle des « natifs ». qui avait soutenu en Sorbonne et publié en 1925 une thèse sur L’Afrique occidentale dans la littérature française (Paris. sous-tendu par la thèse de l’unité profonde de la culture africaine (en Afrique même. Édition originale : Düsseldorf/Köln.. et un sort particulier est fait à Léopold Senghor. puis dans son Manuel de littérature néo-africaine du XVIe siècle à nos jours. car elle fut pendant longtemps la référence obligée des chercheurs3 . © Notre Librairie. Muntu. dans lequel trois pages traitent de l’Afrique noire. Jahn relève comme caractéristiques de l’africanité littéraire des éléments 1. 5. 2001. Düsseldorf/Köln. qui a été le premier à rassembler une bibliographie générale de ce qu’il appelle la « littérature néo-africaine ». qui « commence à lever ». emblématique de l’époque.] c’est le style. 2. 1963. militante et véritablement fondatrice..

explicitée notamment par Senghor. et les revues. Il existe bien une rhétorique de la négritude. L’Enfant noir (1953). Il ne fait pas bon s’écarter de cette orthodoxie. Bernard Mouralis. et l’on sait que Camara Laye s’est fait vertement tancer. Michel Hausser analyse les composantes de la poésie de la négritude. Un important et incessant discours critique. Le « Manifeste du Festival panafricain » d’Alger (1969) édicte la charte de la littérature politiquement correcte. Cet horizon d’attente ne pouvait que refuser Le Devoir de violence. la prédominance des structures rythmiques (souvent polyrythmiques). la fonction et la représentation de la littérature négro-africaine d’expression française.juin 2003 . Revue des littératures du Sud. avril . et c’est devenu le pont aux ânes de la critique littéraire africaine que de faire admirer les grondements du tam-tam qui doivent nécessairement s’entendre dans tout texte d’auteur africain. Paris. voire de régenter cette littérature9. L’orientation socio-historique à la fois de l’écriture et de la réception des oeuvres africaines. Bingo ou La Vie africaine. N° 150. dans une note critique publiée dans Présence africaine par le futur Mongo Beti. © Notre Librairie. La critique universitaire s’engouffre dans cette voie et les thèses soutenues. Il faut « apprécier les œuvres africaines selon les normes propres au continent et selon les impératifs de la lutte de libération et de l’unité [et] encourager les créateurs africains dans leur mission de refléter les préoccupations du peuple ». Les magazines comme Jeune Afrique. Michel Hausser. s’accompagne d’un important et incessant discours critique dont Bernard Mouralis a montré qu’il avait pour fonction d’orienter. On a retenu surtout l’importance donnée au rythme. qui souligne sa liaison organique avec la parole traditionnelle de l’oralité. 9. qui se développe à partir de la parution de la célèbre Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948) de Léopold Senghor. Silex-Nouvelles du Sud. où il n’y avait pas de dénonciation de l’oppression coloniale. 2 vol. roman provocateur 8. Le texte et le contexte Cependant la production littéraire africaine. multiplient les sujets du genre « La révolte » ou « Tradition et modernisme » ou « L’image de la femme dans la littérature négro-africaine de langue française ». l’énonciation impérative (c’est une littérature qui interpelle ses destinataires). Paris. ACCT-Silex. Car ce discours critique est essentiellement idéologique. souvent idéalisée. comparant les projets et les pratiques des poètes8. Littérature et développement. nourri de panafricanisme militant et de marxisme. pour avoir publié un roman. avec au premier rang Présence africaine. Utilisant des instruments critiques plus solides que ceux de Jahn et maîtrisant parfaitement la poétique triomphante des années 60 et 70. 1984. parfois jusqu’à aujourd’hui.comme l’image magiquement évocatoire. 40 ans de littératures du Sud. 1988-1992. Pour une poétique de la négritude. Essai sur le statut. privilégient les œuvres qui renvoient à une réalité africaine.. D’où l’orientation socio-historique à la fois de l’écriture et de la réception des œuvres africaines. Il montre qu’il existe bien une rhétorique de la négritude.

mais vilipendé par une grande partie de la critique africaine qui lui reprochait de démolir la belle image construite par la négritude d’une Afrique ancestrale idéale. 1982. le postulat de l’unité littéraire africaine s’est trouvé contesté vers le milieu des années 1980. avec M. D’où la floraison des analyses thématiques. La revue Notre Librairie. Mode ou problématique. Paris.juin 2003 . 1 500 nouveaux titres de littérature d’Afrique noire. narratologiques. janvier-mars 2002. auteur de la première grande synthèse sur la critique de la littérature africaine12 : sans revendiquer comme certains une « coupure épistémologique » avec la pensée occidentale. qui avait contribué à l’inventaire des littératures nationales par ses numéros consacrés à la littérature dans les différents pays africains. Ngal. combien le texte africain écrit peut être tissé d’éléments venant des contes. Locha Mateso.de Yambo Ouologuem. Ainsi. Essai sur les limites de la science et de la vie en Afrique noire. même si de nombreuses mises en garde se sont fait entendre pour dénoncer le danger de chauvinisme et de balkanisation de la littérature africaine. a. N° 150. Mudimbe. La Littérature africaine et sa critique. on pourra se référer aux contributions bibliographiques régulièrement publiées par Notre Librairie. octobre-décembre 1986. n° 83. L’idée de littérature nationale ne pouvait que s’accorder à la volonté politique de consolider le sentiment de l’identité nationale dans des États aux frontières parfois artificielles. ACCT/Karthala. n° 147. Langues et frontières. Revue des littératures du Sud. Par ailleurs. 1997-2001. Présence africaine. couronné par le prix Renaudot en 1968. où l’inventaire des ouvrages critiques occupe les pages 130 à 153. Histoire et identité. n° 84. des mythologies. Les systèmes d’enseignement africains ont eu tendance à mettre à leurs programmes l’étude des auteurs nationaux. 2. avril-juin 1986 . Mudimbe qui a poussé le plus loin la réflexion sur la possibilité d’une « autochtonie » de la littérature et de la pensée africaines13. Paris. 1986.V. 13. Mais c’est V.11 Le premier mérite de cette nouvelle inflexion critique a été de sortir l’étude des littératures africaines de l’ornière du sociologisme. n° 85. 10. a publié en 1986 trois numéros10 qui s’interrogent sur la portée de la notion. pour la ramener à une appréciation plus directement littéraire. Littératures nationales : 1. de la parole traditionnelle qui supposent des déchiffrements originaux. il montrait. 12. Le problème était déjà posé par Locha Mateso. sémiotiques. juillet-septembre 1986 . la dernière en date. etc. Pour avoir une bonne idée de cette richesse. Mais en même temps elle a réveillé un soupçon ancien : estce que des méthodes de lecture élaborées pour des textes européens (ou américains) peuvent valablement s’adapter à la spécificité des textes africains. Questions de méthode Mais l’évolution majeure est venue de la multiplication de travaux universitaires appliquant aux textes africains les méthodes de la critique moderne qui s’est imposée dans la seconde moitié du XXe siècle. M. L’Odeur du père. Y. Y. 40 ans de littératures du Sud. Le postulat de l’unité littéraire africaine s’est trouvé contesté vers le milieu des années 1980. Sortir l’étude des littératures africaines de l’ornière du sociologisme. 11. quand s’est développé un long débat autour de la question des « littératures nationales ». avril . © Notre Librairie. 3.

le travail de la critique. renouvelant par là même. 2001. qui ont connu une grande diffusion là où elles sont nées. La disparition de quelques-uns des écrivains majeurs invite à mettre en chantier des éditions critiques puisant dans les éventuels fonds d’archives. Jean-Louis JOUBERT Université de Paris XIII . Un bon exemple en est donné par les travaux du colloque de l’APELA à Bruxelles. « Écritures francophones ». 14.juin 2003 .. 322. Une approche plus scientifique permettra d’analyser plus sereinement la question des liens entre littérature africaine et littérature française et de construire une périodisation spécifique de la littérature africaine. 1981. textes réunis par Romuald Fonkoua et Pierre Halen. Littératures francophones et théorie postcoloniale. Enfin. et c’est dans mon langage que je te comprends ». au détriment de facteurs plus endogènes. Jean-Marc Moura les a présentées au public de langue française dans un ouvrage dont le titre14 invite à confronter la nouvelle théorie aux outrances de certains chantres de la francophonie. Revue des littératures du Sud. © Notre Librairie.F. 1999. Édouard Glissant. N° 150. p. Deuxième voie : les études littéraires « postcoloniales ». sur des bases plus solides. dans les pays du Sud. Jean-Marc Moura.Villetaneuse Les tendances critiques les plus récentes semblent privilégier trois directions majeures. 15. Karthala. il est médiateur entre langue et langage et dans la relation qu’ouvre toute œuvre littéraire : « Je te parle dans ta langue. Le travail de la critique participe à la constitution même du phénomène littéraire. dit Édouard Glissant16. Les champs littéraires africains. Seuil. la discussion sur les littératures nationales. D’abord un retour à une histoire littéraire plus soucieuse d’établir rigoureusement les textes et les faits. surtout. Mais. 16. c’est-à-dire dans le monde culturel anglo-américain. Paris. avril .Les tendances critiques les plus récentes semblent privilégier trois directions majeures. Indispensable. s’inquiètent de la place centrale donnée à la colonisation. Paris.U. P. 40 ans de littératures du Sud. Paris. coll. en 199715. Le Discours antillais. Véritable innovation critique ou simple effet de mode ? Certains. une autre tendance s’inspire de la sociologie de Pierre Bourdieu et analyse la constitution de champ(s) littéraire(s) africain(s). Il participe à la constitution même du phénomène littéraire.

En 1950. aujourd’hui Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN). auteurs des premiers récits et observations sur l’Afrique . est fondé l’Institut des Hautes Études. on retiendra que c’est en 1918 qu’a été créé le premier établissement d’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest française : l’École de Médecine. . la particularité de l’université sénégalaise réside dans l’importance de Dakar dans le système colonial français. sont initiés par Roger Mercier. La création d’un enseignement spécifique des littératures africaines dans le prolongement des préoccupations coloniales. 40 ans de littératures du Sud. dont l’avènement coïncidera avec la production d’un savoir polémique tendant à « déconstruire » une image négative. . Il s’agit essentiellement de la constitution d’un savoir sur l’Afrique élaboré par trois générations : . © Notre Librairie. Les institutions Pour ce qui concerne l’histoire.les élites africaines. Ils aboutiront à la création d’un enseignement spécifique des littératures africaines dans le prolongement des préoccupations coloniales.les missionnaires et les explorateurs. la chimie et la biologie.les administrateurs des colonies. L’Institut Français d’Afrique Noire. qui ont créé l’IFAN et ses centres pour gérer sur place les recherches sur le continent au profit de l’ordre colonial . rattachée à l’académie de Bordeaux.Les littératures du Sud comme objet d’enseignement et de recherche à l’Université de Dakar Bassirou Dieng La place des littératures du Sud dans l’enseignement et la recherche à l’Université de Dakar découle de multiples facteurs historiques. réduits à « l’image de l’Afrique dans la littérature française ». les domaines d’enseignement et de recherche s’élargissent à la physique. qui aboutit à la fondation de l’Université de Dakar en 1957. avril . Mais elle est fondamentalement associée à l’émergence de l’université africaine dont les rudiments sont inscrits dans les institutions de l’université française. est fondé en 1938. Les premiers enseignements des littératures du Sud. N° 150. En 1940. Revue des littératures du Sud. Cependant.juin 2003 .

qui donne une dimension universelle à la question nègre. etc. le choix d’un département de français. Papa Guèye Ndiaye et Lilyan Kesteloot. allant de la maîtrise au doctorat d’État.juin 2003 . étudiant de manière égale la littérature française et les littératures du Sud. par ailleurs. on aboutit en 1998 (date de départ du dernier coopérant français) à un équilibre paritaire voulu. et celle issue des institutions françaises installées en Afrique. D’une heure de cours annuelle. Les programmes sur les littératures du Sud ont connu un essor rapide au rythme de l’« africanisation ». des origines à nos jours.L’Université de Dakar connaîtra de profondes mutations avec la crise de mai 1968. Chaque groupe compte aujourd’hui environ huit enseignants. L’enseignement portant sur les littératures du Sud. Malgré plusieurs propositions de création d’un département de littératures et langues africaines. autour des années 1970. ne peuvent être listés dans ce cadre restreint. L’enseignement et la recherche L’enseignement portant sur les littératures du Sud. le département de français a vu la conjonction du mouvement parisien. tolérée par un enseignement consacré exclusivement à la littérature française. C’est ainsi que le département de français. reste tributaire des travaux scientifiques de haut niveau. concerné par la littérature. Par ailleurs. Mais on peut en circonscrire les lignes de forces à travers les thèses d’État soutenues par les principaux responsables de la discipline. comme dans toutes les universités du monde. L’ampleur de la contestation des syndicats d’enseignants et d’étudiants poussera le gouvernement à adopter de profondes réformes dites d’« africanisation » des missions. avec la question nègre. peuvent être appréhendés dans le cadre des genres majeurs : roman. avril . Le nombre important de travaux et les programmes qui les déclinent. L’Université de Dakar connaîtra de profondes mutations avec la crise de mai 1968. le département de français a développé concomitamment des programmes sur les littératures africaines d’expression française et les littératures orales. a été maintenu. Le département a formé au même rythme des enseignants sénégalais dans les deux disciplines. Ces travaux. dont le profil permet dès le départ la rencontre de deux traditions. Revue des littératures du Sud. poésie. théâtre. accueille un personnel africain et européen. On peut citer quatre personnalités dont les travaux orienteront durablement l’enseignement et la recherche dans cette discipline : Mohamadou Kane. littérature orale. comme dans toutes les universités du monde. reste tributaire des travaux scientifiques de haut niveau qui l’informent. Comme indiqué plus haut. programmes et personnels de l’Université sénégalaise. de la littérature africaine : celle qui s’est développée à Paris. 40 ans de littératures du Sud. Madior Diouf. N° 150. littéraire et critique. et à la tradition africaine développée par l’histoire coloniale. structures. © Notre Librairie.

Université de Dakar. Dakar. in Actes du colloque sur la littérature africaine d’expression française. La thèse de doctorat de Mohamadou Kane. la première. N° 150. le roman africain a ses sources dans l’entre-deux-guerres « caractérisé. 1965. 1991. p. 1881) dont l’univers est déterminé par l’atmosphère « fin de siècle » et le pessimisme naturel de l’auteur. par conséquent. Pour ce chercheur. Après une première période. Il cite l’exemple de Pierre Loti (Roman d’un spahi. Kane refuse le débat idéologique pour privilégier une « tradition littéraire » faite de continuité et de rupture. selon Mercier. Roger Mercier rejette l’image d’une France (Europe) dominée par la mentalité coloniale dans les deux premiers tiers du XIXe siècle. 40 ans de littératures du Sud. mais un mouvement de conciliation tendant à une synthèse nouvelle. Il récuse la lecture de la littérature africaine qui s’amorce où l’on classe auteurs et œuvres selon deux axes. à la défense de la tradition. 9. Les travaux sur le roman dominent le mouvement critique qui s’est développé en Afrique. il y eut une prise de conscience conduisant à l’affirmation des valeurs propres à l’Afrique et. n’est pas très éloignée de ces points. Mercier. R. p. sur Roman africain et tradition 2. C’est après les désastres de la guerre de 1870 et de la Commune que la question coloniale fut posée en France et que la littérature coloniale fit ses débuts. d’autorité sans partage déterminé par ce colonisateur ». est le fait de quelques individualités. NEA. de connaissance insuffisante du Noir par le colonisateur et de préjugés pour le Noir. dans certaines œuvres. de résistance. où la critique et l’apologie de la tradition coexistent et s’interpénètrent pour produire non un modernisme intégral et un traditionalisme irréductible s’opposant l’un à l’autre. Pour lui les œuvres africaines prennent le relais de la littérature coloniale. Mais le regard de l’Afrique sur le monde occidental incitera les Africains à accepter le progrès et la civilisation technologique pour le développement de l’Afrique.juin 2003 . « La littérature d’expression française en Afrique Noire. le long duquel se succèdent plusieurs époques. Roger Mercier est à l’origine d’une réflexion organisée sur le statut et les orientations de la nouvelle littérature. 2. 1. 3. avril . 26-29 mars 1963. Faculté des Lettres.Le roman Les travaux sur le roman dominent le mouvement critique qui s’est développé en Afrique. l’opinion était ignorante de la réalité outre-mer. préliminaire d’une analyse ». séparant les défenseurs de la tradition et les partisans de la modernisation de l’Afrique. L’opinion était ignorante de la réalité outre-mer. © Notre Librairie. 1982. Revue des littératures du Sud. qui est au départ culturaliste et idéologique. dirigée par Mercier. en ce qui concerne la situation coloniale. 25-43. dominée par la séduction de l’Occident et l’emprunt de ses modèles. Selon lui. Sous son impulsion a lieu le premier colloque sur la question1 en 1963 à Dakar. Mercier donne le ton du débat. L’image négative de l’Afrique. Dakar. La thèse de doctorat d’État de Madior Diouf sur Les formes du roman négro-africain de langue française (1920-1976) 3 conforte l’approche idéologique. l’autre chronologique. Dakar. l’un idéologique. Faculté des Lettres. par l’esprit d’empire fait de domination sans tolérance.

Revue des littératures du Sud. 1991. 386 p. • la deuxième. Césaire et Damas . 5. 40 ans de littératures du Sud. qui appartient à la deuxième génération des enseignants. s’attachent essentiellement à analyser la poésie comme écriture.juin 2003 . 2001. c’est la jonction du groupe antillais. marquées au départ par l’euphorie (1960-1969). la totalité des genres sont étudiés dans leur convergence. 6. Bien évidemment. qui démarre entre 1954 et1960. l’aventure européenne. le roman historique et le roman autobiographique . L’étude de la poésie est plus spécifiquement liée aux travaux de Lilyan Kesteloot et d’Amadou Ly. La poésie sénégalaise d’expression française : déterminations d’écriture. La poésie L’étude de la poésie est plus spécifiquement liée aux travaux de Lilyan Kesteloot4 et d’Amadou Ly. Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature. 4. voit également quatre courants dont certains prolongent la 1re période : le roman anticolonialiste.Ainsi. autour du groupe de la négritude. Lilyan Kesteloot a enrichi régulièrement son texte dont la dernière version a pour titre : Histoire de la littérature négro-africaine5. jusqu’aux questions actuelles sur les littératures nationales. Madior Diouf distingue deux grandes périodes dans le développement du roman africain : • la première couvre les années 1920-1954. Lilian Kesteloot propose la périodisation suivante : • à l’origine. Bruxelles. du groupe africain et du groupe de la Renaissance nègre américain. fortement influencés par le surréalisme et le communisme . pendant et après la guerre . Faculté des Lettres. le roman de mœurs modernes ou de la vie africaine et le roman de l’aventure européenne. dans son travail. • les indépendances africaines. Dakar. Lilyan Kesteloot a étudié la rencontre des mouvements américains. thèse de doctorat d’État. antillais et africains. Il situe de manière plus précise la part de l’oralité littéraire africaine dans cette production. Institut Solvay. Deux grandes périodes dans le développement du roman africain. Les travaux d’Amadou Ly6. animée par Senghor. et de la diaspora en général. • l’avènement de la négritude militante. dominée par quatre courants littéraires : le roman de mœurs modernes. N° 150. Karthala/AUF. 1963. • la naissance de la négritude avec la revue L’Étudiant noir. © Notre Librairie. Surviennent ensuite le désenchantement (1969-1985) et l’angoisse de l’avenir. avril . Paris.

Revue des littératures du Sud. « La quête chimérique. comme l’indiquent Roland Barthes et Algirdas Julien Greimas.. « à la fois ce qui s’enseigne (ce qui se reproduit) et ce qui permet de produire d’autres discours interminablement »11. 99-121. mais le modèle de communication des civilisations de l’oralité. Les travaux d’Alioune Tine9 et moi-même10 ont systématisé cette analyse. La littérature est ici. 1974. 10. in Actes du colloque sur la littérature africaine d’expression française. 9. 40 ans de littératures du Sud. avril . pp. Les Soleils des Indépendances et Monné. 11. 77-93. 1980. l’oralité littéraire. 67-79. avec des personnages sans épaisseur psychologique et une narration perturbée sans cesse par des intrusions d’auteur. p. L’univers féroce de la lutte contre les fauves traduit bien celui des dictateurs sanguinaires de l’Afrique actuelle. Alors que En attendant le vote des bêtes sauvages reprend la forme narrative de l’épopée corporative des chasseurs. 133-138. la trilogie de Kouta). L’écriture peut aussi mettre scène l’énonciation d’une parole rituelle et cérémonielle comme dans Une Piqûre de Guêpe ou L’Assemblée des Djinns.Oralité/écriture La deuxième génération a étudié de manière plus approfondie la relation de l’oralité et de l’écriture dans ces littératures. Ces recherches permettent d’entrevoir de manière plus précise quelques formes de transposition de modèles narratifs oraux. Selaf. in Annales de la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. 536-568. Les drames se nouent et dénouent autour d’interactions verbales qui traduisent la parole commune (cf. Ainsi. quant à elle. « Sur les “formes traditionnelles du roman africain ». p. L’auteur africain est dépositaire d’une mémoire habitée au départ par le corpus de la littérature française et celui de littérature orale. « Les genres narratifs et les phénomènes intertextuels dans l’espace soudanais (mythes. Ces recherches permettent d’entrevoir de manière plus précise quelques formes de transposition de modèles narratifs oraux. Ahmadou Kourouma s’appuie sur l’épopée africaine et ses différentes formules. cit. pp. op.juin 2003 . Pothier. épopée et romans) ». 1988. pp. qui raconte toujours une quête du pouvoir. in Revue de Littérature Comparée. 308. in Présence Africaine. Mohamadou Kane8 a répondu à ces critiques en soulignant le poids de l’oralité dans la production africaine. La question de l’oralité et de l’écriture est posée depuis le colloque de 1963 où Victor Bol7 relevait que le roman africain s’appuyait sur un récit linéaire. un exemple d’intertextualité ». p. 8. 1991. in Annales de la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. pasteurs et pêcheurs. 7. N° 150. Son écriture est le produit de pratiques discursives qui expliquent son rapport au monde. « Pour une théorie de la littérature africaine écrite ». © Notre Librairie. L’œuvre de Massa Makan Diabaté ne réactualise pas. « Les formes du roman ». outrages et défis réécrivent le schéma narratif de l’épopée dynastique ouestafricaine. n°191-192. Cette relation est saisie sous l’angle du langage et de la pratique de différentes littératures considérées comme classes de textes. 1985. Cités par Philippe Hamon in Collectif : Les sciences du langage en France au XXe siècle.

le théâtre va connaître un grand essor. puis Albert Charton avaient compris la valeur éducative du théâtre et encouragèrent la créativité. donne deux représentations au théâtre des Champs-Élysées. pour des études supérieures. En 1935. qui étaient généralement des internes. le tout-Dakar (1 000 spectateurs) est présent à la Chambre de commerce pour assister à L’Élection du Roi (des Dahoméens). les costumes. de vestes boubous. avec l’édification du Théâtre national Daniel Sorano. Il faut également citer l’activité similaire de Charles Béart à l’école primaire supérieure de Bingerville en Côte-d’Ivoire. comme le Guinéen Fodéba Keita. jouaient des saynètes pour agrémenter les fêtes de fin d’année. vont dénoncer la politique coloniale. une pièce composée par les élèves dahoméens. Mais les Africains qui vont se retrouver en France. N° 150. Les élèves ivoiriens présentent Assemien. Les professeurs incitaient les élèves à se tourner vers leur propre culture traditionnelle pour y puiser des sujets susceptibles de donner naissance à des pièces de théâtre. La troupe de Ponty. avril . étaient constitués de pagnes. à l’École Normale William Ponty (Sénégal). À partir des années 58 et 60. Le théâtre africain est né du développement de l’enseignement colonial. dans les cours des écoles. dans les cours des écoles. © Notre Librairie. Lors des représentations. roi des Sanvi et ceux de Guinée-Conakry. tirés des mallettes personnelles. Jean-Louis Monod. Mais c’est à partir des années 30 qu’apparaît un théâtre dit « africain ». vont manifester à Paris la vitalité de ce théâtre. directeur de l’enseignement et. Avec l’arrivée de Béart à Ponty en 1935. Ce théâtre rencontre la censure de l’autorité coloniale. Ce théâtre de Ponty atteint son apogée dans les années 36-37. comme professeur. « Bayol et Behanzin ». Le théâtre connaîtra un développement inégal suivant les pays. Il faudra attendre la création de l’École Normale des Instituteurs à SaintLouis en 1903 et l’arrivée de Georges Hardy en 1913 pour voir une initiation théâtrale véritable. Georges Hardy. Le Capitaine Peroz et Samory à Bissandougou. 40 ans de littératures du Sud. qu’on appelait « théâtre indigène ». la plupart des États accèdent à l’indépendance.juin 2003 . De nouveaux animateurs. À partir de 1949. prit place à côté d’une farce de Molière. C’est le premier exemple connu du théâtre africain francophone. instituteur sorti de Ponty. invitée à l’Exposition internationale de Paris (1937). À la fin de l’année scolaire 1932-1933.Le théâtre Le théâtre africain est né du développement de l’enseignement colonial. Même les missionnaires. Se tourner vers leur propre culture traditionnelle pour y puiser des sujets. Les chants et les danses ouvraient et fermaient la pièce. une autre orientation va se dessiner. Les élèves. malgré leur hostilité à l’égard des cérémonies « païennes ». après lui. date de la fin du théâtre de Ponty. Revue des littératures du Sud. Ces premières représentations s’inspirent du théâtre européen. Le Sénégal est un pays hautement privilégié. ont organisé des représentations lors des fêtes de Noël ou de Pâques. Le Sénégal est un pays hautement privilégié avec l’édification du Théâtre national Daniel Sorano.

Pour devenir un jeu dramatisé dans un espace. il est transposé en fable à jouer. Ce sont des réactualisations des grandes figures de l’histoire africaine. CEDA. Il existe ainsi une initiation aux études théâtrales dès la 1re année et un certificat de spécialisation en 3e année. Entracte. 1965). on peut diviser les grandes pièces du répertoire originel en trois catégories : • les pièces historiques sont de loin les plus importantes. Monsieur Thogo Gnini de Bernard Dadié (Présence Africaine.. 1964). un mari de Guillaume Oyono Mbia (Clé.. une thèse d’État à la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. • Le Koteba (grand escargot) du Mali. comme cérémonies réglées de paroles et de gestes (cf. 12. • il y a enfin les pièces de mœurs sociales comme Trois prétendants. On peut citer La Mort de Chaka de Seydou Badian (P. N° 150. Les expressions scéniques de la culture africaine ont une place importante dans l’enseignement et la recherche : les rituels. avec le titulaire actuel Ousmane Diakhaté12. L’Exil d’Albouri de Cheik Aliou Ndao (Oswald. on peut citer : • La Compagnie Didiga (issue du Groupe de recherches des traditions orales) de Bernard Zadi Zaourou à Abidjan . est le premier moyen d’expression artistique.Les textes Schématiquement. L’enseignement et la recherche sur le théâtre. La puissance de Um. DEA). 13. Une revue annuelle. Abidjan..juin 2003 . de même l’œuvre de Wole Soyinka qui exploite le rituel yoruba). sous la forme de satire. il est transposé en fable à jouer. depuis 1987. expérience du groupe de la Camerounaise Wererwere Liking13 et de la Française Marie-José Hourantier en Côte-d’Ivoire . Le département associe recherche et pratique. Un groupe dénommé « Atelier de recherche et de pratiques théâtrales » a été formé. L’accent sur l’étude des moyens d’expression scénique.A. © Notre Librairie. a été créée. intitulée : Théories du jeu de l’acteur en Europe au XXe siècle : une lecture africaine. des régimes politiques. Le conte fait l’objet d’une large exploitation. Pour devenir un jeu dramatisé dans un espace. dans la société africaine. avril . en 1993. 40 ans de littératures du Sud. ainsi qu’un séminaire en études théâtrales dans le cadre des diplômes d’études approfondies (1re année du 3e cycle. c’est le cas du Président de Maxime Ndebeka. 1972). Parmi les expériences de plusieurs spécialistes du théâtre en Afrique qui ont été étudiées. pour les réhabiliter à travers des mythes modernes. avec le soutien de deux comédiens du Théâtre national Daniel Sorano. d’origine haïtienne : Lucien et Jacqueline Lemoine. Ousmane Diakhaté a soutenu. 1970. Revue des littératures du Sud. Le récit se réduit au profit du jeu physique. mettent l’accent sur l’étude des moyens d’expression scénique. la danse qui. • la deuxième catégorie concerne les pièces qui font une critique sévère du présent. 1962).

De différentes rencontres sur ces questions découle une méthodologie qui détermine très largement la création des enseignements de littératures orales en Afrique. tout particulièrement la nécessité du travail interdisciplinaire impliquant la linguistique. histoire. 40 ans de littératures du Sud. conte.juin 2003 . B. La geste d’El Hadj Oumar et l’islamisation de l’épopée peule traditionnelle. avril . ethnologie. Toute action de recherche se fonde sur une collecte et l’établissement d’un texte avant toute analyse. Les travaux de recherche et les enseignements sont sous-tendus. pour être pleinement comprises. associations. Les épopées d’Afrique noire. par l’impact considérable de l’anthropologie et de l’ethnologie. Faculté des lettres. thèse de doctorat d’État. L’ethnologie a élargi les perspectives sociologiques en montrant que les organisations sociales proprement dites (système de parenté. 625 p. 1997. Dakar. Les enseignements et les recherches prennent en charge systématiquement l’ensemble des genres oraux : mythe. Revue des littératures du Sud. Cette décision prolonge celle de la quatorzième session de la Conférence générale de l’Unesco d’inclure dans son programme prioritaire le Projet d’histoire générale de l’Afrique. La nécessité du travail interdisciplinaire impliquant la linguistique. etc. l’histoire et la musicologie. Samba Dieng. Kesteloot. B. N° 150.La littérature orale L’enseignement et la recherche sur les littératures orales restent également liés aux études africanistes. Mais dès les premières thèses des spécialistes qui sont aujourd’hui les titulaires dans cette discipline14 il y a un parti pris qui met l’accent sur le fait littéraire et les sciences du langage. Ces disciplines ont privilégié dans leur approche les concepts de société et de culture. L’épopée du Kajoor. Karthala/Unesco. linguistique. Dieng. C’est ainsi que le Certificat de civilisations africaines en 3e année. les arts et les croyances. Paris. Elles ont permis une connaissance scientifique des phénomènes sociaux. 1997. le rituel et les conceptions philosophiques. à Dakar. C’est ainsi que dans la zone soudanosahélienne on a créé le Centre régional de documentation pour la Tradition orale (CRDTO). 1989. l’histoire et la musicologie. Dieng et L. à l’origine. épopée et poésie orale. l’ethnologie. institutions politiques.). établi en 1969 à Niamey. L’avènement des États africains indépendants est marqué par le souci de coordonner la collecte et l’analyse des sources relatives à l’histoire des nationalités souvent identiques de part et d’autre des frontières des nouveaux États. doivent être considérées en relation avec les autres secteurs de la même culture : la technique et l’économie. Paris/Dakar. 14. © Notre Librairie. se compose de quatre enseignements d’une heure : littérature orale. ACCT/CAEG. l’ethnologie.

qui prolongeront ces éditions de textes en proposant les premières classifications et interprétations de ces récits. Amade Faye et Raphaël Ndiaye. p. des stratégies énonciatives du conteur et de ses procédés stylistiques . 17. et comme expression des institutions sociales et politiques dans l’histoire. chaque année. 1913. Paris.A. a considéré que ce genre était inexistant en Afrique. Les contributions majeures de l’Université de Dakar. J. Paris. Dakar. Idem.juin 2003 . © Notre Librairie. 1992. Paris. Guilmoto. • une analyse poussée des techniques de narration orale. Revue des littératures du Sud. aussi : L. Charles Monteil16 et François Victor Ecquilbec17. Basset. Leroux. Enda/Ifan. sont tenus de procéder à une collecte. Enda/Ifan. Contes et mythes du Sénégal. 15. 1903. 40 ans de littératures du Sud... Les contes populaires d’Afrique. Recueil de contes populaires de la Sénégambie. R. La cassette de la collecte est déposée. suivis de quelques traditions religieuses musulmanes chez les Soudanais. I et II. Paris. B. 1913-1916. Du Tieddo au Talibé.Le conte Même. Leroux. jusqu’en 1960. Contes seereer. Bassirou Dieng et Lilyan Kesteloot. sous le titre : Contes populaires d’Afrique occidentale. deux facteurs ont déterminé l’importance accordée. aux recherches épiques. 1905. Cette sauvegarde de la littérature orale alimente d’importants travaux de mémoires et de thèses. Paris. Les travaux sur le conte s’appuient sur une longue tradition qui se systématise avec les Contes du Sénégal et du Niger15 de Francis de Zeltner. rééd. Essai sur la littérature merveilleuse des Noirs suivi de Contes indigènes de l’Ouest africain français. L’enseignement et la recherche sur le conte privilégient les axes suivants18 : • une analyse systématique de la syntaxe narrative . L’épopée Comme indiqué plus haut. contes et mythes wolof II. Paris. L’autre facteur découle paradoxalement de l’ampleur des corpus épiques dans l’Ouest sahélien et de leur importance dans la culture des groupes concernés. considérées comme lieux de réinterprétation critique des éléments des mythes fondateurs et des épopées (récits historiques. Leroux. ce sont ceux portant sur l’épopée qui constituent les contributions majeures de l’Université de Dakar. 3 vol.2002. P. L’examen fait l’objet d’un dossier sur une œuvre orale établie et interprétée. Leroux. L’ampleur des corpus épiques dans l’Ouest sahélien et leur importance dans la culture des groupes concernés. Paris. • une interprétation littéraire des significations du conte. Contes soudanais. Le premier découle des études africanistes qui. si les travaux sur le conte ont été très développés par les africanistes. 18. cf. dits de la diachronie). Bérenger Féraud. N° 150. Les quelques 150 étudiants inscrits au Certificat de civilisations africaines et à celui de littératures d’Afrique. Cette sauvegarde de la littérature orale alimente d’importants travaux de mémoires et de thèses. 2001. avril . 1972 . dans le cadre des thèses d’État. 16. 1885.

Revue des littératures du Sud. Au plan diachronique. Bassirou DIENG Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La déstabilisation et. le commerce atlantique favorise les facteurs endogènes qui conduisent à la féodalisation des royaumes et à la centralisation du pouvoir. semblent s’être élaborés les schémas qui informent les systèmes sociaux et politiques. avec le départ à la retraite de la génération qui les a fondés. en passant par les mythes de l’immigration soninké. 1960. 40 ans de littératures du Sud. Son action vise à réguler une crise sociale. Les schémas qui informent les systèmes sociaux et politiques. De la cosmogonie dogon à l’épopée de Soundjata.juin 2003 . institutionnelle et politique. Faculté des Lettres et Sciences humaines. avril . Au fil de l’histoire. Plus remarquable est la manière dont l’évocation historique se réfère à chaque époque aux mythes constitutifs de la culture soudanaise. N° 150. département de français 19. par le simple intitulé d’un texte établi en 1960 (Soundjata ou l’épopée mandingue19). Les épopées ouest-africaines. La traite négrière accentuera ce type de régime politique. dont le premier modèle connu est celui du Soundjata (XIIIe s. largement étudiées à Dakar. les rituels d’intronisation et les procédures de légitimation dynastique. la disparition de ces royaumes proviendront du développement des foyers islamiques et de la conquête coloniale. Niane qui. les rituels d’intronisation et les procédures de légitimation dynastique jusqu’à la mise en place de l’administration coloniale.). Présence Africaine. est toujours centré sur une quête du pouvoir. de l’Afrique aux Amériques. © Notre Librairie. T. mettent en scène un système politique et social fondé primitivement sur une organisation patriarcale tournée vers la terre. Les écrivains ne sont plus perçus sous l’angle d’un « nous » racial et messianique. L’étude des séries littéraires met l’accent sur les pratiques langagières et les techniques d’écriture. De ce point de vue les récits épiques retracent la trajectoire des sociétés africaines. ensuite.C’est D. L’itinéraire de ce personnage. La nouvelle génération privilégie moins les questions culturalistes et idéologiques. est distribuée ici en épisodes multiples prenant en charge sept siècles d’histoire en fixant les faits politiques majeurs. Conclusion L’enseignement et la recherche sur les littératures du Sud à Dakar. L’épopée. Paris. inaugure au plan mondial des recherches d’une ampleur considérable. mais celui d’un « je » exprimant son être – au monde. qui sous-tend le récit. l’épopée est essentiellement un discours idéologique où la masse des récits peut s’organiser en constellations signifiantes de divers champs historiques. L’analyse synchronique de toutes les versions recueillies révèle que le griot use d’un schéma narratif invariant pour chanter la geste du héros-roi. entrent dans une nouvelle phase. la famille et le sacré.

Par commodité. elles se sont imposées comme une des dimensions importantes de la recherche intellectuelle occidentale au tournant des années 80 et 90. en Les études des littératures des pays du Sud se sont principalement développées dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest. Si on laisse de côté la recherche consacrée à l’histoire et à la politique (Hambourg ou Berlin). on constatera que les études des littératures des pays du Sud se sont principalement développées dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest. Dans l’ancienne Allemagne de l’Est. ont été étendues à Haïti d’abord à la fin des années 70. Ici. au début des années 80. Vienna). les rapports entre ces mêmes pays et des groupes qui. qui constituaient l’objet essentiel des recherches. aux autres îles des Caraïbes. en suivant un itinéraire qui nous mènera de l’Europe à l’Asie. Les études consacrées aux Antilles et aux Caraïbes ont été plutôt menées à la Freie Universität de Berlin. Timidement d’abord au cours des années 60. Dans les deux premières. 40 ans de littératures du Sud. nous vous proposons un voyage dans la galaxie des centres d’études et de recherches sur ces littératures. Dans la dernière. dans les Universités de Tübingen. les relations entre les pays de l’ex-bloc communiste et les États se réclamant du socialisme d’une part. Le foyer germanique Le foyer germanique constitue un premier foyer d’études des littératures d’Afrique et des Antilles. aussi bien à Saarbrücken qu’à Mainz. pour des raisons liées aux relations très anciennes de l’Allemagne avec ce pays depuis son indépendance en 1804. à travers la Society for Caribbean Research (Berlin. © Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. puis. Bamberg et Bayreuth.Les littératures du Sud dans les pays du Nord : état des études et de la recherche Romuald Fonkoua Les études sur les littératures des pays du Sud sont apparues dans les pays du Nord au cours de la seconde moitié du XXe siècle. avril .juin 2003 . les études consacrées aux littératures d’Afrique ont conduit à une spécialisation (à partir des langues romanes et des langues africaines) dont on peut suivre aujourd’hui encore la fortune. les études consacrées aux littératures africaines et antillaises se sont développées en même temps que les études de littérature française du XXe siècle. N° 150. les études sur les littératures de l’Amérique latine. en passant par les Amériques.

les études des littératures des pays du Sud ont été établies généralement dans le sillage des travaux consacrés à la géographie coloniale et à l’anthropologie culturelle. on notera les travaux sur les Antilles entrepris en particulier à Aberdeen. La chute du mur de Berlin a révélé par exemple le grand intérêt de l’Université de Leipzig pour les études africaines et antillaises. et pour permettre de mener à bien des études littéraires à part entière. Revue des littératures du Sud. © Notre Librairie.juin 2003 . Plus près de l’Allemagne. Dans le sillage des travaux consacrés à la géographie coloniale et à l’anthropologie culturelle. À Cambridge. pour sensibiliser l’institution universitaire et les établissements secondaires aux littératures des pays du Sud. on relèvera le travail accompli au Trinity College de Dublin pour faire connaître aussi bien les littératures coloniales de langue française que les littératures des Antilles. L’intérêt croissant de certaines Universités polonaises (Cracovie en particulier) pour les littératures d’Afrique. avril . des Antilles et de l’océan Indien. Au Royaume-Uni. et publie régulièrement leurs travaux dans un bulletin. le SOAS (School of Oriental and African Studies) propose des études des pays de l’Afrique noire anglophone avec la collaboration d’autres centres de recherche européens. sous l’égide du Groupe d’études interdisciplinaires Afrique-Europe (AESIS).Afrique ou en Amérique latine. En Irlande. on remarquera l’intérêt croissant de certaines Universités polonaises (Cracovie en particulier) pour les littératures d’Afrique qui se développe en même temps que s’y découvrent les littératures francophones de Belgique ou du Québéc. se sont développées à l’université de Bristol aussi bien au département de français (pour les littératures et la musique d’Afrique noire francophone et de l’océan Indien) qu’au département des arts du spectacle (pour le cinéma d’Afrique du sud). N° 150. En outre. dans tous les genres. 40 ans de littératures du Sud. En Écosse. En Angleterre. Le foyer anglo-saxon Les pays anglo-saxons constituent un second foyer d’études de ces littératures. de nombreux chercheurs intéressés ont créé en 1990 une association d’études (ASCALF) qui consacre à ces sujets chaque année un colloque ou une journée d’études. le département de français du Trinity College a entamé et poursuit actuellement une série d’études et de traductions consacrées aux poètes (Césaire et Senghor) et aux penseurs (Glissant et Fanon) de la francophonie. ont été persécutés en raison de leur socialisme ont favorisé la recherche sur les littératures d’Afrique. tout comme l’intérêt de la célèbre Université de Humboldt pour ces mêmes sujets. Dans ce foyer germanique (sans aucune connotation autre que géographique). les études consacrées aux littératures d’Afrique noire. il faudrait également noter tout ce qui se fait en particulier en Autriche qui s’est ouverte depuis peu aux littératures d’Afrique noire. À Londres.

Le foyer belge, néerlandais et scandinave
Un troisième foyer est constitué par les pays de l’Europe du Nord : belge, néerlandais et scandinave. En Belgique, à Louvain-La-Neuve puis à Liège, notamment, se sont développés à la fin des années 60, puis au cours des années 70, des centres de recherche consacrés d’abord aux littératures d’Afrique noire (le Congo et le RwandaBurundi) autour de l’africaniste Albert Gérard. Les travaux de l’Université de Liège sont de plus en plus orientés vers les études de communication littéraire, de paralittérature en Afrique et de sociocritique appliquée au champ africain. Parallèlement, se sont développées ces dernières années à Anvers des études consacrées aux littératures des Caraïbes. Les Pays-Bas ne sont pas en reste. Ouverts sur le monde grâce à ses ports (Rotterdam, Amsterdam), abritant l’une des plus fortes communautés américaines d’Europe (originaires du Surinam) et l’une des plus hautes juridictions internationales (le Tribunal de La Haye), les Pays-Bas ne pouvaient faire moins que d’accorder une place essentielle à l’histoire et à la politique de l’Afrique d’abord, à l’anthropologie et à la sociologie ensuite qui constituent les bases de l’avènement des études littéraires actuelles. Il s’est développé à Leiden depuis la fin des années 70 un centre de recherche en sociologie de l’Afrique noire qui édite aussi un Journal of African languages and Linguistics. Parallèlement, se sont créées des études interculturelles sur le monde noir dans le cadre général des études comparatistes néerlandaises. Ces études viennent compléter celles que l’Université d’Utrecht nourrit depuis longtemps pour les études des littératures de plusieurs pays d’Amérique (Guyane et Surinam) et des Caraïbes produites aussi bien en langues européennes que dans les langues locales (le papiamientu ou les créoles). Au Danemark et en Suède, l’accroissement des programmes d’aide aux pays africains au cours des années 70 et 80 a entraîné la mise en place de centres d’études dont l’une des missions est l’orientation et le suivi de ces programmes. Tel est l’exemple du Centre d’études africaines de Copenhague (SOAS). Les études sur les langues (le swahili et le portugais) et les littératures d’Afrique ne constituent qu’une partie d’un ensemble plus vaste qui comprend la politique, la sociologie, l’agronomie et le droit. Les études portent essentiellement sur les pays de l’Afrique de l’Est (Ouganda, Tanzanie) où l’Institut danois a noué des contacts fructueux avec des centres de recherche locaux comme le MISR (Institut de Recherche de Makerere) ou le département de sciences politiques de Dar es Salaam. Même si la recherche africaniste semble limitée ici par un intérêt économique et politique plus évident, elle ne situe pas moins les véritables enjeux d’une démarche critique dont on peut mesurer l’intérêt à travers les politiques de coopération de recherche qui ont été mises en place dans le domaine de la littérature.

Les Pays-Bas ne pouvaient faire moins que d’accorder une place essentielle à l’histoire et à la politique de l’Afrique d’abord, à l’anthropologie et à la sociologie ensuite.

Au Danemark et en Suède, l’accroissement des programmes d’aide aux pays africains au cours des années 70 et 80 a entraîné la mise en place de centres d’études.

© Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud. avril - juin 2003

Le foyer francophone
Un quatrième foyer d’études littéraires des pays du Sud peut être situé autour de la France. Ce pays se caractérise d’abord par une diversité géographique, entre l’Europe et l’outre-mer. Certains centres d’études se situent ainsi sur les lieux mêmes de la recherche, comme c’est le cas dans les départements français qui forment l’UAG (Université des Antilles Guyane) ou en Polynésie française. Le GEREC (Groupe d’études et de recherches créoles) ou le GERAG (Groupe d’études et de recherches des Antilles Guyane) contribuent au développement des études sur les littératures de ces régions. En France, les études sur les littératures des pays du Sud se sont généralisées dans le même temps que les lieux de recherche se sont spécialisés. On relèvera ainsi le travail pionnier du CEAN (Centre d’études d’Afrique noire) de Bordeaux. Ici, ont été regroupées des équipes dont l’objet portait effectivement sur les littératures d’Afrique noire, et d’autres dont l’objet portait sur les Antilles. Depuis, le centre s’est également orienté vers la linguistique africaine. L’Université de Villetaneuse, pour sa part, a créé au début des années 80 un pôle d’études consacré aux littératures maghrébines, auquel sont venues s’ajouter les études sur les littératures d’Afrique noire et de l’océan Indien. Depuis de nombreuses années, à Créteil (Université Paris-XII), le CERCLEF (Centre d’études et de recherches de civilisations et littératures d’expression française) a orienté ses travaux vers les littératures d’Afrique noire francophone. Un travail de recherche identique se poursuit au CIEF (Centre international d’études francophones) de La Sorbonne ainsi qu’au sein du CERC (Centre d’études et de recherches comparatistes) de la Sorbonne nouvelle. Les études littéraires des pays de langue anglaise sont entreprises dans les unités qui se consacrent aux littératures du Commonwealth (Institut Charles V). La création du CRTH (Centre de recherche Texte/Histoire) au début des années 90 à l’université de Cergy-Pontoise a permis de développer des recherches dans les domaines des littératures d’Afrique noire, des Antilles et du Maghreb ainsi qu’une UMR (Unité mixte de recherche) consacrée à la dictionnairique dont une part des travaux est axée sur les dictionnaires francophones et créoles. Hors de la région parisienne, il se maintient à Lille III au sein de l’équipe d’accueil ALITHILA (Analyses littéraires et histoire de la langue) tout comme à Rennes II au sein de l’ERELLIF (Équipe de recherche sur la diversité linguistique et littéraire du monde francophone) un groupe de recherches en littératures francophones. Cette dernière université (Rennes II) abrite l’un des seuls centres français de recherche sur les littératures de la lusophonie qui est aussi à l’origine de l’ADEPB puis de l’ADEPBA (Association pour le développement des études portugaises et brésiliennes de l’Afrique et de l’Asie lusophones). À Nantes, il a été établi pendant plusieurs années, au sein des études comparatistes, un groupe de recherches

En France, les études sur les littératures des pays du Sud se sont généralisées dans le même temps que les lieux de recherche se sont spécialisés.

Rennes II abrite l’un des seuls centres français de recherche sur les littératures de la lusophonie.

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sur les domaines caraïbes et antillais. À travers les études de littérature anglaise, comparatistes et francophones, l’Université de Montpellier a fondé des axes de recherche sur les littératures coloniales (au sein de la SIELEC) d’Afrique noire, du Maghreb et des Antilles, tandis qu’à Nice (Université Sophia-Antipolis) une unité de recherche des littératures d’Afrique francophone s’est constituée en même temps qu’une autre sur les littératures du Commonwealth, tout comme au Mans, à Montpellier, à Perpignan ou à Toulouse. À Metz, il est en train de s’établir peu à peu un centre d’études des littératures des colonies et d’Afrique au sein d’un centre d’études comparatistes. À Aix-en-Provence, qui conserve les archives coloniales de la France, les études littéraires antillaises se sont développées à partir d’une perspective de linguistique créole. La plupart des chercheurs de ces domaines littéraires se sont regroupés au sein de l’APELA (Association pour l’étude des littératures d’Afrique) depuis 1984 et, depuis moins de trois ans, autour de la SOFRELIF (Société française d’études littéraires francophones). On le voit, les études littéraires des pays du Sud sont entrées dans les mœurs et les usages universitaires français et se banalisent d’autant plus que figurent depuis 1984 au programme de l’enseignement secondaire et des concours de recrutement d’enseignants (en anglais, en français et désormais en créole) des auteurs des pays du Sud (Kateb Yacine, Birago Diop, Léopold Sédar Senghor ou Aimé Césaire).

Les études littéraires des pays du Sud sont entrées dans les mœurs et les usages universitaires français et se banalisent.

Le foyer latin
Le foyer latin regroupe les pays du sud de l’Europe. La proximité de la Méditerranée (comme c’est le cas de l’Italie), les liens coloniaux anciens et récents (l’Italie pour l’Éthiopie, l’Érythrée et le Maghreb, l’Espagne pour les Antilles et les Caraïbes, le Portugal pour l’Afrique noire) expliquent cet intérêt. En Italie, les Universités de Bari, Bologne, Lecce, Milan, Parme, Rome, Trieste et Turin ont ouvert depuis longtemps des enseignements et recherches sur les littératures d’Afrique et des Antilles en langues européennes et africaines. Ces études sont intégrées soit à des centres d’études linguistiques (Trieste), soit à des centres d’études de littératures francophones (Milan, Bari, Bologne, Parme), soit à des centres d’études africaines (Rome). On relèvera, en particulier, la profusion de revues consacrées à ces littératures, qui paraissent de façon sporadique comme la revue Pagine ou de façon plus régulière comme les récentes revues Ponti (Ponts) à Milan ou Interculturel Francophonies à Lecce, qui a pris le relais de la revue Argo. Après les traditionnelles études sur les littératures d’Amérique latine, L’Espagne connaît ces dernières années un développement sensible des études littéraires d’Afrique. Celles-ci sont en train de s’imposer à Madrid (à la Computensa et à la Autónoma). Des études

L’Espagne connaît ces dernières années un développement sensible des études littéraires d’Afrique.

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Dans la foulée des travaux consacrés aux littératures du Brésil. . Malgré une histoire politique récente marquée par la dictature. les États-Unis sont devenus le premier grand foyer d’étude des littératures des pays d’Afrique noire et des Antilles. éditée par l’université de Cadiz s’est imposée depuis de longues années comme la vitrine la plus remarquable des travaux consacrés aux littératures du Sud. Parallèlement au développement des études sur les littératures francophones se sont mis en place des groupes de recherche sur les littératures d’Afrique noire à l’UQAM (Université de Québec à Montréal). Arte e Cultura qui. Cantabria et à Cadiz. aux politiques de concurrence qui stimulent le développement des universités. d’autres lieux de recherches se développent dans tout le Canada. la politique d’immigration des populations ainsi que la défense de la langue française ont favorisé l’intérêt pour les littératures des pays du Sud de langue française. On ne citera ici que quelques-uns des 1. malgré une parution irrégulière. p. des enseignements de littérature francophone. depuis quelques années. Notes sur la nouvelle presse africaniste portugaise ». Cahen. consacre ses lignes aux études littéraires de l’Afrique lusophone ainsi qu’une bibliographie aidant à comprendre les œuvres de ces pays1. Literatura. Si on excepte les revues telles que África (anciennement África Jornal) consacrée à l’information culturelle des pays du « pré-carré lusophone africain ». une revue. © Notre Librairie. 40 ans de littératures du Sud. M. Malgré une histoire politique récente marquée par la dictature. Cap-Vert. n° 27. N° 150. Mozambique. Cf. le Portugal est un autre lieu d’études des littératures des pays du Sud. Une chaire d’études africaines a été érigée à l’Université Laval. comme dans des centres de recherches en italien. Revue des littératures du Sud. Sao Tomé e Principe) et. África Hoje ou África Confidencial. Ici. C’est dans le domaine de la presse qu’on peut noter l’état réel des études luso-africanistes. on accordera un intérêt particulier à la Revista Internacional de Estudos Africanos qui consacre ses lignes au domaine des sciences sociales (et parfois à la littérature) et surtout à África. les Universités de Coïmbra et de Lisbonne ont créé des programmes consacrés aux auteurs des anciennes colonies portugaises d’Afrique (Angola. le Portugal est un autre lieu d’études des littératures des pays du Sud.sur les littératures du Maghreb et d’Afrique noire sont entreprises à Granada.juin 2003 Au Québec. Valencia. Grâce à leur étendue. en particulier à London (University of Western Ontario) et à Calgary. Le foyer outre-atlantique Le foyer outre-atlantique est constitué de centres d’études situés au Canada et aux États-Unis. Au Québec. in Politique africaine. « Chronique scientifique. en même temps que des lieux de publication spécialisés (les éditions Naaman). Francofonia. à la nécessité de maintenir des départements de littérature française et à l’immigration des spécialistes européens et africains de qualité. avril . la politique d’immigration des populations ainsi que la défense de la langue française ont favorisé l’intérêt pour les littératures des pays du Sud de langue française. puis les autres îles des Antilles). Sont ainsi apparues dès le début des années 70. des études sur les îles des Caraïbes (Haïti d’abord. 113-117. Aujourd’hui.

de Research of African Literature liée quant à elle à l’Ohio State University. au MIT (Massachussets Institute of Technology) de Boston sont étudiées les littératures d’Afrique noire. de Georgetown (Washington). Bâton Rouge (Louisiana State University) pour les littératures françaises et francophones . Depuis quelques années. Durham (University of North Carolina) pour les littératures des Caraïbes de langue française . N° 150. de nombreux centres de recherches consacrés aux littératures d’Afrique noire ont vu le jour grâce aux relations idéologiques établies par l’ancienne URSS avec de nombreux pays africains. plus tard. C’est le cas de la Russie. de l’Australie et du Japon. sont apparues des revues spécialisées. ont été créés des départements d’études africaines (African studies) qui consacrent leurs recherches aux langues africaines et aux littératures produites dans celles-ci. de la section des études africaines de l’Institut A. C’est le cas. 40 ans de littératures du Sud. depuis quelques années.] ont vu le jour grâce aux relations idéologiques établies par l’ancienne URSS avec de nombreux pays africains. de l’Autriche.juin 2003 . soit le créneau des études du Commonwealth au sein des départements d’anglais. l’Université de l’État de Pennsylvanie (University of Penn State) pour les littératures d’Afrique et des Antilles francophones . © Notre Librairie. Parallèlement à ces centres d’études. La variété des productions littéraires africaines ou antillaises se mesure à la diversité des axes de recherche.nombreux centres universitaires : Irvine (University of California. de nombreux centres de recherches [. Toutefois.. et. Gorki de littérature mondiale (IMLI). UCLA) et New York (New York University) pour les littératures des Caraïbes et le cinéma . Cette situation nouvelle contraste avec la situation antérieure où les études des littératures des pays du Sud étaient exclusivement liées à celles des minorités ou des gender studies. Revue des littératures du Sud. C’est le cas de Présence francophone liée désormais au College of the Holy Cross (Worcester. Les foyers « marginaux » russe. Madison (University of Wisconsin) pour les littératures d’Afrique et du Maghreb en langues européennes et en arabe . D’une façon générale. du Centre d’études des littératures africaines créé à l’Académie des Sciences de l’URSS. avril . ont été créés des départements d’études africaines (African studies) qui consacrent leurs recherches aux langues africaines et aux littératures produites dans celles-ci. À l’Institut des études orientales de l’Académie des Sciences de Russie s’effectue la recherche portant sur les littératures nord-africaines en langues arabe et française.. dès 1970. Massachussets). C’est le cas aussi bien à Madison (University of Madison) qu’à New York (New York University) par exemple. les Universités du Michigan. australien et japonais Plusieurs pays du Nord développent de façon marginale des travaux sur les littératures du Sud. Dans les En Russie. M. aux États-Unis comme au Canada. l’étude des littératures des pays du Sud emprunte soit le créneau des études francophones au sein des départements de français et d’italien. En Russie. La variété des productions littéraires africaines ou antillaises se mesure à la diversité des axes de recherche qui s’établissent dans le paysage intellectuel américain contemporain. L’étude de ces littératures passe ainsi par celle des langues endogènes de ces pays.

En Autriche. Une autre réflexion qu’il conviendra de mener sur les axes de recherche et sur les discours qui se développent dans ces différents lieux.au/AFLIT/FEMEChome.html © Notre Librairie. Malgré la présence de la Society for Caribbean Research (Berlin. Jouanny. Senghor). l’Australie constitue un pôle important d’études des littératures des pays du Sud. 4. sont étudiées les littératures africaines en langues africaines (l’arabe. C’est ici qu’est née la seule revue électronique (Mots pluriels) entièrement consacrée aux littératures d’Afrique noire et des Antilles françaises. le fula (pular ou peul) et en langues européennes2. On ne sera donc pas surpris de l’importance qu’y prennent les études consacrées aux minorités (les regards des femmes africaines en littérature) et des sujets portant sur les idéologies. Vienna). Mishima ou Oe Kenzaburo). Paul Claudel. 40 ans de littératures du Sud. R.Universités de Saint-Petersbourg et Moscou et à l’Institut des relations internationales (Moscou). le haoussa. la recherche sur les littératures d’Afrique est encore marginale. De nombreux chercheurs de ces instituts ont publié des travaux consacrés tantôt à la monographie d’une littérature du continent noir. France et États-Unis) a permis paradoxalement le développement d’une recherche qui use de tous les moyens techniques de communication moderne4. Romuald FONKOUA Université de Cergy-Pontoise 2. N° 150. S. Senghor. l’amharique.juin 2003 Le développement d’une recherche qui use de tous les moyens techniques de communication moderne. Elle y bénéficie néanmoins de l’intérêt pour les auteurs européens qui ont voyagé en Extrême-Orient (Lafcadio Hearn. le site Internet de Jean-Marie Volet : http://www. Regards russes sur les littératures francophones.arts. tantôt à la monographie d’un auteur (L. Paris. Il augure d’une autre réflexion qu’il conviendra de mener sur les axes de recherche et sur les discours qui se développent dans ces différents lieux. L’éloignement des centres traditionnels de la recherche consacrée à ces aires géographiques (Angleterre. Les poèmes de L. les œuvres littéraires de Glissant ont suscité un intérêt à l’Université de Tokyo (Hitotsubashi University of Tokyo) où des recherches sur les littéraires francophones se sont établies dans le sillage des études comparatistes et interculturelles. les recherches sur les littératures d’Afrique et des Antilles restent l’œuvre de quelques amoureux éperdus. le swahili. L’étude des littératures du Sud est tout aussi marginale au Japon. 3. par ses informations données à Notre Librairie. Bien que géographiquement marginalisée. Irène Nikiforova. Celle-ci fournit des informations remarquables sur les auteurs et sur les œuvres et consacre désormais un numéro entier à un thème d’études choisi. Svetlana Projoghina. tantôt à la situation de la francophonie en Europe3. . L’Harmattan. Cf. Nous remercions Irina Nikiforova d’avoir permis.uwa. Ce panorama – bien incomplet – des études des littératures des pays du Sud dans les pays du Nord laisse apparaître leur implantation dans le domaine scientifique comme le montrent les nombreux centres de recherches et les diverses revues. Revue des littératures du Sud. S. V. 1997.edu. Paul Valéry ou Victor Segalen) et de l’étude des auteurs japonais qui ont été en contact avec l’Europe (Soseki. de compléter nos propres renseignements. avril .

juin 2003 . mais vers les sciences politiques. J’avais constaté d’après les études et les statistiques qu’un des principaux sujets d’intérêt des lecteurs africains était les littératures africaines. je suis entrée en 1964 au ministère de la Coopération. J’avais suivi les cours de Georges Balandier à Sciences-Po et un séminaire sur l’Afrique. La question de savoir si c’était ou non une bonne idée est une véritable bouteille à encre. C’est une idée qui a germé dans le cerveau d’un de ceux qui nous gouvernaient alors. C’était. Il fallait faire quelque chose qui réponde aux attentes du public africain et une de celles-ci était la littérature africaine. L’Afrique était déjà dans mon champ de mire. La démarche a été à la fois pragmatique et éthique. Et d’ailleurs les quelques petits boulots que j’ai faits au début de mon activité professionnelle étaient déjà orientés vers l’Afrique : un enseignement à des femmes africaines et un travail de documentation lié à l’Afrique. bien sûr. Dès le début de ces études. j’ai été intéressée par les problèmes du Nord et du Sud et par les problèmes du développement. On en a dit à la fois beaucoup de bien et beaucoup de mal et on ne recommencera pas le débat aujourd’hui. Il fallait offrir la © Notre Librairie. Marie-Clotilde JACQUEY : … Le CLEF a été une plate-forme qui a permis à la revue de se créer.. Mon parcours d’études ne s’est pas orienté vers la littérature. Au départ. Par ailleurs j’étais chargée d’un bulletin dans une entreprise. c’était un organisme de vente de livres par correspondance en Afrique et qui éditait en plus un petit bulletin. Voilà comment s’est lancé ce qui au départ n’était qu’un cahier ronéoté et qui est devenu. Romuald FONKOUA : Pourquoi avoir choisi « Notre Librairie » comme nom pour la revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Je n’en suis absolument pas responsable. une petite revue destinée à l’origine aux bibliothécaires. Et puis. Revue des littératures du Sud. au Bureau du livre. il ne faut surtout pas le changer. Il fallait d’abord faire quelque chose qui ne soit pas ennuyeux. une allusion à Montaigne. en 1969..Entretien avec Marie-Clotilde Jacquey. N° 150. Mais celui-ci n’était pas orienté vers la littérature africaine. Je crois d’ailleurs qu’à partir du moment où une revue existe sous un certain nom. Montaigne est un auteur universel et ce n’est pas si mal… Romuald FONKOUA : Quelle était votre ligne éditoriale et a-t-elle varié durant votre aventure à la revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Je crois – c’est peut-être un défaut – que je n’ai pas un esprit enclin à la théorie et au système. 40 ans de littératures du Sud. Romuald FONKOUA : … D’où la relation entre cette revue et le « Club des Lecteurs d’expression française » (CLEF). J’ai eu envie d’en faire quelque chose de plus adapté aux attentes des lecteurs africains. ancienne rédactrice en chef de Notre Librairie Propos recueillis par Romuald Fonkoua Romuald FONKOUA : Comment est née la revue Notre Librairie que vous avez dirigée pendant une trentaine d’années ? Marie-Clotilde JACQUEY : Il faut remonter très loin. avril . Et puis finalement.

nous avons voulu avoir une maquette originale qui fasse sortir la revue du lot de papiers imprimés sur l’Afrique qui déferlaient déjà sur le monde. Revue des littératures du Sud. on décidait que le fruit était mûr et qu’on n’avait qu’à © Notre Librairie. après ces cahiers ronéotés. ensuite. réalisés par les nationaux. Romuald FONKOUA : Cette notoriété née des littératures nationales ne vous a pas détournée des numéros thématiques. certains ont été consacrés aux littératures nationales. avril . qualité de sérieux. C’étaient des personnes de qualité qui acceptaient de travailler pour nous sans rémunération. Par la suite. en grande partie grâce à l’arrivée d’un nouveau président. de simplicité et de clarté dans le traitement des sujets. l’un suit l’autre puisqu’un article bien construit se met en pages sans problème. linguistique. qui a considérablement aidé le CLEF à se développer. car nous n’avions pas alors de crédits pour les payer. Il fallait que ce soit une demande du pays. Balandier a ri et cela a détendu l’atmosphère. L’équipe n’a commencé à s’étoffer qu’à partir de 1981. Ils ont fait. nous avons décidé d’aborder de front la problématique des littératures nationales sur trois numéros thématiques (histoire. Nous n’avions que de très petits moyens et j’étais seule. Et puis. Comment l’idée vous est-elle venue et qu’est-ce que vous en avez tiré ? Marie-Clotilde JACQUEY : Il se trouve que deux universitaires qui avaient séjourné en Afrique et qui avaient travaillé sur la littérature congolaise sont venus me proposer un numéro « clés en mains » sur la littérature congolaise. La première interview que j’ai faite était celle de Georges Balandier : j’étais si intimidée et par la dimension du personnage et par le maniement du magnétophone que j’avais mis un réveil au fond de mon sac. Les premiers auteurs auxquels nous nous sommes adressés rendent compte de cette exigence de qualité. Très vite. Cela m’a beaucoup étonnée : je n’avais jamais pensé que Notre Librairie pouvait avoir une telle importance (rires). littérature) afin de réfléchir à la question de savoir ce qui fait une identité nationale. avec une demie-secrétaire que je partageais avec le Bureau du livre. il y a eu un article du général Rondot – qui dirigeait alors le CHEAM (Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie moderne) – sur Histoire de ma vie de Fadhma Amrouche. Romuald FONKOUA : Vous avez donc fait appel à de bons spécialistes en somme. Et cela. Marie-Clotilde JACQUEY : De bons spécialistes mais capables de s’exprimer simplement. qui est pour beaucoup dans le succès initial de la revue. il fallait attendre que le terreau soit propice. de façon à être reçus par un large public : clarté dans la construction des articles et dans leur présentation au niveau de la maquette.. Joseph Rovan. pays après pays. que le numéro soit prêt à se faire. Ces numéros nationaux. qui a sonné lorsque la cassette est arrivée en fin de piste.qualité : qualité de respect pour les livres dont on parlait. initiés par des expatriés. et qualité formelle dans la présentation de la revue. Comment avez-vous procédé ? Marie-Clotilde JACQUEY : On alternait les numéros thématiques et les numéros nationaux au gré des propositions qui nous étaient faites. Pour un numéro national. on le sentait d’après les informations échangées avec les conseillers culturels qui étaient nos correspondants. couler beaucoup d’encre : on nous a même accusés de vouloir « balkaniser » l’Afrique. avec clarté. Romuald FONKOUA : De tous les numéros que vous avez construits. Romuald FONKOUA : Une exigence de qualité dans la forme qui s’est aussi traduite dans le contenu… Marie-Clotilde JACQUEY : Oui.juin 2003 . 40 ans de littératures du Sud.. ont été. N° 150. à partir de là. Nous avons alors fait appel à un maquettiste de talent. Henri de Montrond. d’ailleurs. qu’elle transite par l’ambassade et. Cela a bien marché. D’ailleurs. Le premier article que j’ai demandé à quelqu’un d’extérieur à la revue était celui de Jacques Chevrier sur le roman africain. Nous avons donc eu naturellement envie de dresser petit à petit l’inventaire du patrimoine littéraire de l’Afrique francophone.

C’était une réalité qu’il fallait prendre en compte. malheureusement. Romuald FONKOUA : Et d’autres difficultés… Marie-Clotilde JACQUEY : D’autres difficultés sont venues du fait que j’étais à la fois administratrice du CLEF (puisque j’étais la secrétaire générale de l’association) qui sous-tendait la revue et © Notre Librairie. Il a donné lieu à des numéros consacrés aux « images du Noir dans les littératures occidentales » et aux « images du Blanc dans les littératures africaines ». Revue des littératures du Sud. Romuald FONKOUA : Quels sont les publics que vous vouliez toucher par cette revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Au départ notre objectif était modeste. de bonne volonté disons. on était l’objet d’une prise d’otages de la part d’une petite collectivité qui prétendait être représentative du pays. À l’époque où la revue a commencé. C’était tantôt une association d’écrivains. d’une façon aussi ouverte que possible. en particulier à l’île Maurice. les journalistes du pays. les universitaires. les étudiants. J’ai par ailleurs été très bien guidée par certains conseillers culturels. de façon à ce que tous les collaborateurs de la revue aient le temps matériel de concevoir et d’envoyer leurs articles.juin 2003 . Je me souviens d’articles qui se sont perdus ou qui ont été retournés à leurs auteurs par voie maritime. antillaises. un numéro qui serait réalisé à la fois par les auteurs. il fallait tenter de passer par-dessus les petites rivalités de personnes. Du coup. On partait dans le pays pour coordonner. par-dessus les frontières disciplinaires ou ethniques. et c’est petit à petit que nous avons trouvé des compétences africaines. tout en essayant d’élargir le champ des collaborateurs. il se trouve que le service de l’enseignement du ministère de la Coopération nous a proposé d’élargir notre public aux professeurs de français et nous a proposé en même temps les crédits correspondants. mettre en place. vous avez accordé un grand intérêt à la question du regard et surtout aux regards croisés : au regard de l’Europe sur l’Afrique et de l’Afrique sur l’Europe. Alors il fallait jouer les imbéciles et faire semblant de ne pas comprendre. et les professeurs d’université. Ça me semble constitutif de ce dialogue que nous avons recherché. Marie-Clotilde JACQUEY : Ça me semble très important. soit parce que le patrimoine littéraire était trop mince. en étant à l’écoute de ceux qui étaient dans l’opposition . La revue a été au départ réalisée par des Français. Romuald FONKOUA : Dans les numéros thématiques. N° 150. il s’agissait de toucher les bibliothécaires qui étaient les principaux relais entre le livre et le lecteur. Nous avons étudié la presque totalité de ces pays. soit parce que la situation politique était trop difficile. mais également au dialogue entre le Maghreb et l’Afrique noire. Et puis. quand nous arrivions dans un pays pour essayer de coordonner un numéro national. avril . lors de ma première mission. C’est à partir de ce moment-là que nous avons réalisé que nous pouvions intéresser les professeurs de français du secondaire. Effectivement ce mouvement de regards croisés me semble très fructueux. C’était un peu plus difficile. la revue est devenue une revue de niveau universitaire. Comme je vous l’ai déjà dit. il n’y avait pas d’Internet et tout était plus lent. tantôt un parti politique – surtout lorsqu’il y avait un parti unique de fait ou de droit… – qui voulait s’attribuer le numéro. Malheureusement il faut dire qu’il y a encore quelques rares pays qui ne font pas partie de cet inventaire. océano-indiennes qui nous manquaient. Romuald FONKOUA : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ? Marie-Clotilde JACQUEY : L’une des premières difficultés dans les années 1970 était le temps. 40 ans de littératures du Sud. s’adressant au grand public cultivé.y aller. Cela s’est fait progressivement. Mais ce n’était pas le public visé à l’origine. tantôt un département d’université quand ce n’était pas un professeur. La plus grande difficulté concernant la conception même de la revue a tenu au fait que trop souvent. Il fallait programmer les numéros deux ans à l’avance.

toutes sortes d’activités qui occupaient beaucoup de mon temps. des polémiques stériles ou des analyses à courte vue. Et puis. vraiment. pas du tout ! Romuald FONKOUA : Quelle est malgré toutes ces difficultés votre sujet de satisfaction ? Marie-Clotilde JACQUEY : La principale satisfaction. avril . Certains organismes jugeant la revue belle ont fait des tentatives pour nous attirer hors de notre orbite-mère. Romuald FONKOUA : Vous avez tenu bon parce que vous n’aviez pas qu’un seul bailleur de fonds. d’y veiller – de prendre un certain nombre de précautions. le directeur éditorial. compétents et dévoués. c’est certain. a toujours été d’excellent conseil. Il y avait par ailleurs une autre difficulté : quand il y a la faim ou le sida dans le monde. Ce sont ces quelques difficultés contre lesquelles il a fallu se battre plus que celles liées à la réalisation de la revue elle-même. etc. le ministère de la Coopération. Toujours est-il que nous avons été absolument libres dans le choix des sujets et dans le contenu des articles. je le répète. 40 ans de littératures du Sud. Il est arrivé assez souvent qu’on diminue nos crédits au bénéfice de ces grandes causes ou d’autres projets. N° 150. c’est-à-dire jusqu’en 1999. il faut que je leur rende hommage pour le fait que nous avons toujours été libres d’écrire ce que nous pensions. Et là. en ce qui me concerne. il fallait le faire de telle façon qu’on puisse lire entre les lignes. Il fallait se garder des attaques personnelles. à courir après les subventions. Ceci a duré jusqu’à la fin de ma vie professionnelle. Il y a eu aussi des difficultés liées aux jalousies. Romuald FONKOUA : Durant toutes ces années avez-vous toujours eu la maîtrise et la liberté du contenu éditorial de la revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Tout à fait. Cela m’amenait. à veiller à leur bonne gestion. Je n’ai jamais eu affaire à un quelconque comité de censure ni à quelque autorité qui nous aurait imposé tel sujet ou tel collaborateur. c’est d’avoir noué des amitiés © Notre Librairie. ils ont pensé que c’était la voix officielle du ministère de la Coopération. D’autres revues ont essayé de nous absorber ou de nous faire disparaître. quand on avait à contester le régime politique en place. Je ne sais d’ailleurs pas si Notre Librairie avait beaucoup de lecteurs au ministère – elle est beaucoup plus lue en Afrique qu’en France. d’autant plus que les procédures financières étaient assez strictes : certaines affaires avaient conduit le ministère de tutelle à mettre en place des contraintes et des contrôles difficilement compatibles avec la liberté dont doit jouir une revue. Marie-Clotilde JACQUEY : Certes. bien sûr d’une importance vitale ou d’une urgence première. aux appétits et aux désirs suscités par cette revue. Et Jean-Louis Joubert.rédactrice en chef de Notre Librairie. elle n’a pas du tout été la revue officielle du ministère de la Coopération. qui soutiennent et conseillent le rédacteur en chef lorsque les difficultés se présentent. à gérer la vie de l’Association. Notre Librairie n’apparaît pas. Romuald FONKOUA : Une sorte de déontologie… Marie-Clotilde JACQUEY : … Qui était à mes yeux indispensable à la survie de Notre Librairie. en faisant confiance à l’intelligence des lecteurs. Après avoir dit un peu de mal de nos ministères de tutelle ou plutôt de la rigueur parfois excessive dont fait preuve l’administration française dans son ensemble. en tant que rédactrice en chef. Nous avons joui d’une parfaite liberté à condition évidemment – et là c’était à moi. ce n’est pas très difficile : il suffit de s’appuyer sur le réseau des collaborateurs. Il fallait sans cesse naviguer entre cette exigence de liberté et les exigences de l’administration. Mais moyennant cela. Revue des littératures du Sud. Mais il n’était pas le seul. un temps que j’aurais aimé employer à « creuser » les littératures africaines . Les Américains nous en ont quelquefois accusés. pour assurer la survie de la revue. Notre principal bailleur de fonds était le ministère dela Coopération ou des Affaires étrangères..juin 2003 . Faire une revue. Se limitant à une étude institutionnelle.

ce sont les deux grands sujets de la vie et de la mort… Maintenant que vous vous êtes retirée de cette entreprise qui vous a mobilisée pendant trente ans. C’est un premier point qui n’était pas forcément acquis lorsque j’ai quitté le CLEF en 1999. Je me souviens par exemple du lancement du numéro sur la littérature malienne et de la foule rassemblée pour ce lancement alors qu’on était en pleine campagne présidentielle aux États-Unis. Et si je pouvais exprimer un souhait personnel alors que j’ai quitté la revue. bien que ce soit un sujet fort intéressant – on ne peut pas dire que je n’aime pas le cinéma –. Revue des littératures du Sud. C’est un fait patent. garder à la revue sa spécificité qui est le livre. Aujourd’hui. je suis à la fois contente et peutêtre un peu inquiète qu’elle s’ouvre à de nouveaux champs de la connaissance.. c’est très bien parce qu’il s’agit du livre et de la réalisation d’un vieux projet. chaque fois que sortait un numéro. c’était la satisfaction du produit fini : un numéro qui sort. Non seulement elle survit. je serais prudente pour ce qui est d’ouvrir trop largement le champ de la connaissance. « Qui trop embrasse mal étreint » et il faut. D’une façon générale. Voilà. je suis très heureuse qu’elle survive. Et aussi de l’humour qui est un sujet tout à fait sérieux.Il y a surtout la mise en ligne sur Internet qui me semble très bénéfique et qui est un signe précis du succès de cette revue : la réception de Notre Librairie a toujours été difficile à évaluer et nos autorités de tutelle la contestaient souvent. et c’est très bien. c’est un peu un bébé qui naît… C’est une satisfaction à la fois pour ceux qui ont contribué à cette réussite et pour les lecteurs sur place. La bande dessinée. Et puis. je suis plus réservée.juin 2003 . il y a 12 000 lecteurs sur Internet. Je souhaiterais que cela se fasse un jour ou l’autre. C’était très amusant ! Romuald FONKOUA : … Et des regrets ? Marie-Clotilde JACQUEY : Il y a des numéros qui sont restés à l’état de projets. Nous avions réalisé plusieurs éditions du guide du bibliothécaire. Tous les numéros nationaux ont très bien été accueillis dans les pays et constituaient presque toujours un événement. Romuald FONKOUA : Au fond. ou à nourrir les rats dans les hangars et que personne ne la lisait. qu’est-ce qui nous fait rire ? Il faudrait aussi multiplier les regards croisés entre les littératures occidentales et africaines au sens large. Je crois qu’aujourd’hui le ministère des Affaires étrangères l’a reconnue ou adoptée. Le Guide pratique du libraire était un vieux projet que nous n’avions pas réalisé. Et puis on reste bien dans le domaine du livre et dans cette dimension pratique qui concerne tous les usagers du livre et non plus seulement les lecteurs.dans de nombreux pays. On nous a dit trop souvent que Notre Librairie était tout juste bonne à caler les pieds de chaise des conseillers culturels. Propos recueillis par Romuald FONKOUA © Notre Librairie. autour d’une réalisation collective. Romuald FONKOUA : Et les différents guides… Marie-Clotilde JACQUEY : C’est très très bien. qu’est-ce que vous pensez de son évolution actuelle ? Marie-Clotilde JACQUEY : D’abord. 40 ans de littératures du Sud. Qu’est-ce qui nous fait pleurer. c’est qu’il ne faut ni viser trop haut ni se couper de la base. J’aurais voulu par exemple traiter de la maladie et de la mort dans les littératures africaines. Et puis. N° 150. avril . Le Guide pratique de l’illustrateur est également une bonne idée. Vis-à-vis du cinéma. Notre Librairie détrônait à Bamako les élections américaines. Je suis très heureuse que ce soit fait. mais elle se développe et elle se développe bien : le passage à la couleur marque le passage à la modernité.. me semble-t-il. on ne peut pas dire le contraire.

écrivain atypique Ambroise KOM 50 Note de lecture : Le Pauvre Christ de Bomba 55 Mohammed Dib : littérature et morale Tahar BEKRI 56 Note de lecture : Simorgh 61 Émile Ollivier : le grand théâtre du monde Joubert SATYRE 62 Note de lecture : Les Urnes scellées 68 © Notre Librairie. Revue des littératures du Sud.2 Patrimoine littéraire Malcolm de Chazal. avril . 40 ans de littératures du Sud. N° 150. l’insulaire définitif Jean-Louis JOUBERT 45 Note de lecture : Petrusmok 49 Mongo Beti.juin 2003 .

après Senghor dans un précédent numéro. légitimement. du Maghreb.haque aire géographique que la revue étudie dispose d’un patrimoine littéraire qui a fait l’objet de plusieurs numéros nationaux et bibliographiques. appellent dans nos colonnes. qu’une commémoration ou – pour la plupart d’entre eux – une disparition récente. de mettre l’accent sur un des grands noms des littératures d’Afrique noire. Nous y reviendrons nécessairement… © Notre Librairie. N° 150. s’y trouver. 40 ans de littératures du Sud. avril .juin 2003 . de l’océan Indien et des Caraïbes. Bien d’autres auraient pu. Revue des littératures du Sud. C Il s’agira donc dans ce court dossier.

la suggestion d’une relation intime entre l’homme et le cosmos : « Ah est le père universel de tous les sons. » « La pluie tombe plus drue au pied de l’arc-en-ciel. avec l’aide de l’imprimeur-mécène Tomi Esclapon. symbole d’un certain refus du conformisme. Souvent perçu de son vivant comme un auteur marginal et hermétique. il préfèrera abandonner ses fonctions d’ingénieur pour un poste de petit fonctionnaire du service téléphonique de Port-Louis. à première vue « naïve ». le bleu siffle . N° 150. Il est également l’auteur de nombreux tableaux. convaincu de la valeur magique de son œuvre. avril . » « La couleur. sera conforté par son ralliement au parti travailliste. quelques aphorismes débordent cette psychologie trop usée et ces jeux de mots trop faciles : on y pressent l’approche d’une révélation. Revue des littératures du Sud. l’insulaire définitif Jean-Louis Joubert Découvert et intronisé par André Breton (et une partie du groupe surréaliste). c’est le soleil vu dans ses différentes humeurs. et le jaune aboie »). De retour dans son île. le vert brame . dans le sillage de son écriture. exalté à travers le monde par une poignée de happy few qui ont eu la chance d’être confrontés à la force de sa parole. Il officia un moment à Cuba et voyagea en France en 1935. où il prolonge moins l’esprit perçant et exigeant des maximes de La Rochefoucauld que la tradition des « mots d’auteur » et des saillies misogynes : « Mieux vaut perdre l’amitié de dix hommes que se faire l’ennemi d’une seule femme. le vermillon miaule .juin 2003 . Il est décédé en 1981 à Curepipe. Les formules dessinent en couleurs d’étranges systèmes de correspondances (« Le rouge beugle . Malcolm de Chazal fut d’abord ingénieur sucrier formé à l’Université de Bâton-Rouge. au sein d’une famille aristocrate franco-mauricienne établie dans l’île depuis 1760. le rose roucoule . » « Il y aurait moins de femmes tombées s’il n’y avait pas tant de femmes tombeuses. Ce choix. sur son île natale qu’il n’a presque jamais quittée. Le ton lui-même change : en privilégiant les phrases en forme de définitions sûres © Notre Librairie. et il faut considérer sa peinture.Malcolm de Chazal. le sens de correspondances oubliées. » MALCOLM DE CHAZAL Né le 12 septembre 1902 à Vacoas (île Maurice). L’amitié de l’homme se retrouve . En 1940. Malcolm de Chazal est remarqué et reconnu en France par les surréalistes. de plusieurs recueils de Pensées. le marron caquette . comme une œuvre avant tout symbolique. » « Le rire est un diminutif de la danse. l’inimitié d’une femme vous trouve où que vous soyez. il s’est décidé à entrer en littérature par la publication à Maurice. dont le titre se transforme significativement et devient Pensées et Sens-plastique. le violet hulule . pour ses pensées et aphorismes publiés à la fin des années quarante. Malcolm de Chazal reste à bien des égards un écrivain singulièrement mauricien. Correspondances « plastiques » Pourtant. 40 ans de littératures du Sud. il s’immunisa contre les critiques. sans compter sa prise de position en faveur de l’indépendance de Maurice ainsi que quelques virulents papiers dans la presse locale. » Chazal va jusqu’au bout de ces intuitions dans son septième recueil (1945).

Chazal des antipodes. coll. L’Imaginaire. préface d’Olivier Poivre d’Arvor. rentre dans l’Utérus de l’Universelle Nature. L’Harmattan. Gallimard. théoricien et thuriféraire de l’« art brut ». Certains de ses développements paraissent bien s’apparenter aux révélations de la Gnose : « La Vie est le rhizome de l’Éternité. Cognac. Il semble que ce soit Jean Dubuffet. Paris. décide d’envoyer par la poste aux personnalités les plus éminentes de la vie intellectuelle et artistique française. Car étant d’essence spirituelle. Port-Louis (île Maurice). La fascination exercée sur les premiers lecteurs français par les aphorismes chazaliens (qui sont tous brefs : d’une ligne à une page) tient à l’efficacité de leur parole d’autorité. L’Ether Vague. L’Éther Vague/Port-Louis (île Maurice). 1994 Laurent Beaufils. ainsi qu’une préface de Léopold Sédar Senghor] Bernard Violet. Malcolm de Chazal. Œuvres : Le seul texte de Chazal facilement accessible reste Sens-plastique. Paris. La poésie pour comprendre… Jean Paulhan imaginait que Chazal avait su retrouver par lui-même. 1986 La Clef du Cosmos. l’homme des genèses et Petrusmok. 1985. Mythe.d’elles-mêmes. C’est la mort à l’envers et la naissance à rebours. on retiendra : Petrusmok. Paris. l’espace est une manière d’être plus subtile que l’abstrait. Comme l’essence de la matière dont l’âme intime est vibration. L’Éther Vague. 1983 La Vie derrière les choses. 1996 Christophe Chabbert. impalpable par les yeux de l’esprit et perceptible seulement par l’âme. comme mère à fille dans l’enfantement »). 1995 Collectif. avril . Toulouse. Nouvelles Éditions Africaines. André Breton croyait retrouver dans l’exaltation chazalienne de la volupté certaines postulations du Second manifeste du surréalisme. ce trou de serrure du regard de Dieu ». Éditions de la Table Ovale. L’espace. 40 ans de littératures du Sud. avant-propos d’Éric Meunié. n° 149). 2001. sous la direction d’Issa Asgarally. par « une expérience à l’état brut ». Vizavi. Lettre à Alexandrian. dans le vent. l’homme se décrée. 1979 Ma Révolution. attirant l’attention de Francis Ponge et surtout d’André Breton et de Jean Paulhan sur cet étrange météore poétique tombé du ciel austral. Toulouse. qui ait réagi le premier. de Malcolm de Chazal. Malcolm de Chazal. la volupté est un moyen de connaissance suprême et de dépassement des limites humaines : « Par la volupté. qui abandonne la référence au genre des Pensées et ne garde pour titre que le néologisme Sens-plastique (tome II). republié en collection de poche (Paris. Paris. 1999 On ne peut signaler que de trop rares études : Camille de Rauville. la revue mauricienne Italiques. La Différence. créée à Maurice en 1960). de même il n’est nulle part d’espace immobile. Il le définit comme un paradoxal « occultiste sans tradition ». Tout ce qui bouge fait se velouter l’espace. Le fini est le tubercule de l’infini. N° 150. Gaston Gallimard se laisse alors convaincre de procurer une édition française de Sens-plastique (1948).juin 2003 . C’est ce gros livre (il fait six cents pages) que Chazal. deux volumes. en 1947. En effet. préface de Jean Paulhan. Radioscopie d’un roman mythique. La Différence. pour l’auteur de Sensplastique. La volupté est une involution vers l’Infini. 1985 [anthologie des textes publiés à Maurice] Correspondance avec Jean Paulhan. lui a consacré un excellent ensemble (comprenant notamment le texte de la pièce Judas. Parmi les rééditions récentes. © Notre Librairie. 1994 Pensées. de Paul Claudel à André Gide ou André Breton. Le temps qu’il fait. la science des analogies que transmettaient les vieilles initiations ésotériques. Exils Éditeur. L’Ombre d’une île. à ce ton que Jean Paulhan jugeait « décisif ». l’espace est Motion dans son principe. 1974 [contient une bonne anthologie et une solide bibliographie. Un huitième volume suit. Dakar. où temps et espace sont abolis. désespérant de faire reconnaître son génie par ses compatriotes. Revue des littératures du Sud. Malcolm de Chazal. Toulouse. L’Éther Vague. est un éternel saut périlleux. Sur Malcolm de Chazal. dans sa solitude insulaire. suivi de L’Unisme. Toulouse. À l’occasion de la commémoration du centenaire de la naissance de l’écrivain. la phrase chazalienne acquiert une autorité irréfutable (« Le verbe est le cordon ombilical de la phrase – reliant la sensation à l’idée. Ce qui nous fait nous demander si la volupté ne serait pas par hasard le premier échelon de l’au-delà et le substratum du monde spirituel ».

En réalité, Chazal avait d’abord « oublié » d’indiquer que sa famille avait introduit à l’île Maurice la religion swedenborgienne et que luimême l’avait pratiquée dans son enfance, avant de s’en éloigner. Cependant, il a toujours tenu à souligner l’originalité et la cohérence de sa pensée. Il y a au point de départ le constat désolé que « l’harmonie est inexistante » par la faute de la séparation dualiste entre l’homme et le monde. Seule peut y remédier une « science unique d’ordre poétique » qui rétablit la communication perdue en révélant le jeu infini des correspondances, et donc l’unité profonde du monde : « Toute ma philosophie [dans Sens-plastique] part de ce principe qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la nature et l’homme, et que toutes les formes du corps humain, toutes les expressions du visage de l’homme, et jusqu’à ses sentiments sont inscrits dans les plantes, les fleurs et les fruits, et avec encore plus de force chez cet autre nous-même qu’est l’animal ». Le « sens plastique » est comme l’union intime, synesthésique, des cinq sens habituels qui forment « un faisceau lumineux, pour forer les ténèbres de l’inconnu ». Chazal pousse ainsi jusqu’à la limite le principe poétique des correspondances qui a été l’un des axes majeurs de la poésie moderne. Dans Sens unique (1974), il passe en revue quelques-unes des expériences majeures qui lui ont ouvert les portes de l’infini. C’est la révélation du Jardin botanique de Curepipe, où la découverte du « regard en retour » dépasse l’habituel dualisme du sujet et de l’objet : « Un jour, par un après-midi très pur, je marchais quand, face à un bosquet d’azalées, je vis pour la première fois une fleur d’azalée me regarder. C’était la fée. » Au bord de la mer, Chazal reçoit des poèmes cosmiques dictés par les étoiles (dont il dit avoir brûlé plus tard une grande partie). En se promenant sur les chemins de l’île, il découvre que les montagnes sont sculptées et qu’on peut y déchiffrer les figures d’étranges personnages.

Il y a au point de départ le constat désolé que « l’harmonie est inexistante ».

Le génie excentrique et incompris
Tant que Chazal s’inscrivait dans une mouvance surréalisante, il ne pouvait que séduire par l’intensité, la liberté de ton ou l’incongruité de ses formules. Mais quand il cède à son goût pour l’exposé des grands principes philosophiques commandant sa pensée, il lasse un certain nombre de ses lecteurs (Jean Paulhan parmi les premiers), surtout ceux qui n’entrent pas dans sa curieuse mystique ou qui restent sceptiques devant ses étranges révélations. C’est déjà sensible en 1949, quand Gallimard publie La Vie filtrée, qui n’est pas comme Sens-plastique une belle collection d’illuminations sensuelles, mais un traité exposant les arcanes d’un « panthéisme-déisme », au fil de longs chapitres sur « l’intra-lumière », la « géométrie transcendantale » ou « la corpomancie et la néo-physiognomonie », etc. Le livre a été reçu par un silence glacial de la part de la critique française.

Ceux qui n’entrent pas dans sa curieuse mystique ou qui restent sceptiques devant ses étranges révélations.

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Dès lors Chazal ne publie plus qu’à l’île Maurice, à l’exception d’un recueil de Poèmes chez Pauvert en 1968 et d’un essai sur L’Homme et la Connaissance (Pauvert, 1974) qui séduisit Raymond Abellio. Dans ses textes mauriciens, au long de milliers de pages, il développe, de façon parfois contradictoire, sa conception « uniste » du cosmos. Ce qui unifie tous ces textes, qui ne sont alors pratiquement pas connus hors de Maurice et très peu lus dans l’île elle-même, c’est le projet d’imposer une sorte de religion de l’île (« J’ai fait de la carte de mon île, la Géographie Universelle de l’Esprit »), qui trouve son expression dans Petrusmok, étrange « roman mythique » démontrant que Maurice est le vestige subsistant d’un continent primordial englouti, la Lémurie, dont le peuple de géants sculptait les montagnes. Peu à peu Chazal devient un personnage déroutant et fascinant de la vie mauricienne. L’un des rares parmi les Franco-Mauriciens, il a pris position en faveur de l’indépendance (il est même candidat à la députation). Ses interventions dans la presse locale, où il joue le personnage du génie excentrique, sont souvent tonitruantes (on annonce qu’elles seront bientôt rassemblées sur un cédérom). Il se tourne vers la peinture en inventant un style savamment naïf, qui devait séduire Léopold Sédar Senghor lors d’un passage à Maurice à l’occasion d’une conférence internationale. Il est mort en 1981, dans une grande solitude ; mais la publication de La Vie derrière les choses (Paris, La Différence, 1980) a inauguré un retour à Chazal, soutenu dans les années 80 et 90 par quelques passionnés (dont l’éditeur toulousain Patrice Thierry). On a commencé à découvrir la profonde unité de son œuvre (qu’il avait toujours proclamée). Son système de l’analogie universelle sous-tend sa construction mythologique. Pour lui, l’île Maurice est le monde des fées, lieu magique absolu, nombril du monde… Délire peut-être, mais rien n’est plus signifiant qu’un délire. En renversant le jeu des dépendances coloniales, Chazal fait de son île du bout du monde un lieu matriciel. En inventant des ancêtres lémuriens, il invite ses compatriotes « créoles » (tous venus d’ailleurs et arrachés aux pays d’avant) à construire leur féconde autochtonie. Le qualificatif de « Mythe » accolé à son Petrusmok en souligne bien la valeur fondatrice d’identité. Jean-Louis JOUBERT Université de Paris XIII – Villetaneuse

L’un des rares parmi les Francomauriciens, il a pris position en faveur de l’indépendance.

Délire peut-être, mais rien n’est plus signifiant qu’un délire.

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Note de lecture
Malcolm de CHAZAL Petrusmok Port-Louis (île Maurice), Éditions de la table ovale, 1979
Petrusmok est un objet littéraire curieux tant son contenu est foisonnant, parfois inextricable. L’ouvrage procède en effet d’une alchimie complexe. Il marque tout d’abord une rupture avec les œuvres qui le précèdent. À partir de 1950, avec la rédaction de son « roman-mythique » à la saveur si étrange, Malcolm de Chazal tourne le dos au surréalisme qui l’avait accueilli triomphalement pourtant en 1945. Il se replie sur son île d’une manière très franche : il ne publiera pratiquement plus à Paris, proposant à son lectorat de petits essais théologiques aux accents ésotériques. C’est à cette date également qu’il s’intéresse de près au folklore mauricien comme pour s’ancrer davantage au cœur de cette terre insulaire qui l’a vu naître. Et, il n’aura de cesse d’utiliser le matériau culturel fourni par son île comme d’un support au service d’une connaissance. C’est dans Petrusmok que Malcolm pose les premiers jalons théoriques de sa gnose théologique et philosophique à laquelle il donnera le nom d’Unisme. Grâce à sa rupture avec le surréalisme, le livre aborde librement les thèmes qui charpenteront son œuvre à venir. En cela, Malcolm prend les chemins de l’initiation. Son support principal sera désormais le mythe de la Lémurie, tel que Jules Hermann et RobertEdward Hart le lui ont transmis : il existait autrefois, dans les temps très anciens, un continent aujourd’hui perdu, la Lémurie, qui s’étendait au sud de la planète, du Dekkan à la Patagonie. Cette terre engloutie était, dit-on, habitée par de merveilleux géants, qui sculptaient les montagnes avec poésie. Chazal, dans Petrusmok, raconte sa quête des vestiges de cette civilisation protohistorique. Il fait le récit de son exploration méthodique de Maurice qui dura quelque cinq mois, de juillet à décembre 1950. Le résultat de cette prospection se présente sous la forme d’un journal, daté, aux localisations géographiques précises. Petrusmok est la chronique d’une révélation merveilleuse et surnaturelle. C’est en transe que Malcolm voit la Lémurie telle qu’elle se présentait jadis. Et la même méthode d’investigation se répète page après page : il se trouve dans une localité précise. Tout à coup un fait inhabituel attire son attention. Une transe soudain le terrasse. Il se transporte alors « en esprit » vers d’autres localités mauriciennes. Là, il contemple en spectateur privilégié la vie quotidienne du peuple lémurien. Et, lorsqu’il revient à la réalité, il interprète ce qu’il a vu grâce à la technique swedenborgienne des « correspondances ». Mais, si Petrusmok est l’œuvre d’un inspiré, elle est également celle d’un original historiographe : l’œuvre est une geste, la geste du peuple mauricien dont les membres sont d’origines très diverses. La nouveauté du message de Chazal réside sans doute dans sa volonté de proposer à son peuple une bannière identitaire commune dans laquelle tous pourraient se reconnaître. « L’île Maurice est née, déclare-t-il sans ambages, il y a une dizaine d’années avec un livre que j’ai créé et qui s’appelle Petrusmok ». Cette Lémurie chazalienne donne donc aux Mauriciens leur acte de naissance symbolique : ils ne sont plus les ancêtres de ces pirates, de ces esclaves ou de ces coolies évoqués par les livres d’histoire ou les récits des navigateurs. Ils deviennent, par la magie du verbe petrusmokien, les descendants divins des géants merveilleux qui autrefois sculptaient les montagnes de la Lémurie, les yeux tournés vers le large. Christophe CHABBERT

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où. écrivain atypique Ambroise Kom Dans le paysage littéraire de l’Afrique francophone. de son vrai nom Alexandre Biyidi-Awala. Ce n’est qu’à partir de 1956. L’année suivante voit la parution de son premier roman. Essomba Mendouga. éditeur. En 1972. commune de Mbalmayo située à 60 km de Yaoundé. En 1953. après une longue procédure judiciaire. essayiste. il publie pour la première fois une nouvelle. Décédé en octobre 2001 à l’hôpital général de Douala. Mongo Beti présente un visage d’une étonnante singularité. Admis au CAPES l’année suivante. le véritable dénominateur commun de ses multiples visages. son village natal. N° 150. En 1958. qu’apparaîtra. le jeune vendeur de cacao dans Ville cruelle (1954) symbolise la duperie dont est victime le paysan qui cherche à faire affaire dans la ville coloniale. Revue des littératures du Sud.Mongo Beti. à Rouen. Ville cruelle. après l’obtention de son baccalauréat en philosophie-lettres.il avait passé plus de quarante ans (1951-1994) de sa vie en France – Mongo Beti revendiquait farouchement son africanité. « Sans haine et sans amour ». il retourne s’installer définitivement dans son pays natal. Banda. il part pour la France et s’inscrit. l’auteur et son éditeur obtiennent l’annulation du décret d’interdiction de l’ouvrage. il refusa avec véhémence de se ranger et consacra une bonne partie de sa vie à lutter pour l’avènement d’une Afrique véritablement indépendante et respectueuse des droits et libertés de la personne. Trois ans plus tard. après une longue carrière dans l’enseignement et avec déjà de nombreux ouvrages à son actif. après 32 ans d’exil ininterrompu. est né en 1932 à Akométam (Cameroun). MONGO BETI Mongo Beti. Divers mais point ondoyant. alors retraité de la fonction publique française. dans le numéro 14 de la revue Présence Africaine. sous le pseudonyme d’Eza Boto. la même année. Le Pauvre Christ de Bomba (1956) célèbre l’animisme africain et montre dans un ton satirique la collusion entre le missionnaire et l’administrateur des colonies tandis que Le Roi miraculé (1958) relate le conflit entre la civilisation judéo-chrétienne et les mœurs africaines qu’incarne l’agonisant chef. En 1994.juin 2003 . date à laquelle paraît son second roman. éditorialiste. En 1951. admis à l’agrégation de Lettres classiques. Mongo Beti retourne au Cameroun. la signature de Mongo Beti. il repose à Akométam. Main Basse sur le Cameroun… est interdit à sa parution par un arrêté ministériel. il fut à la fois romancier. Jean-Marie Medza dans Mission terminée (1957) traduit l’écartèlement d’une jeunesse prise dans le piège des savoirs africain et européen. Le Pauvre Christ de Bomba. à la faculté de lettres d’Aix-enProvence. Mongo Beti fut un professionnel de la plume. sous ce même pseudonyme. Bien que nombre de diplômés de sa génération aient succombé aux délices du pouvoir néocolonial. Le deuxième moment de l’œuvre de Mongo Beti survient après un silence de quatorze ans qu’il attribue à des impératifs professionnels © Notre Librairie. Son œuvre couvre les grands moments de la littérature africaine contemporaine depuis la période coloniale jusqu’à l’après-guerre froide survenue avec la chute du mur de Berlin en 1989. de manière définitive. Par-dessus tout. 40 ans de littératures du Sud. Agrégé de lettres classiques et très imprégné de la culture française et occidentale . il est nommé professeur-adjoint à Rambouillet. avril . il enseignera à Lamballe jusqu’en 1966. Genèse d’une œuvre militante Ses quatre premiers récits transposent des aspects de la vie en période coloniale et mettent en jeu une typologie qui traduit l’aspiration du peuple africain à l’indépendance. libraire et militant politique. il deviendra professeur au Lycée Corneille. En 1991.

présentée comme la « tribune de langue française des radicaux noirs ». Mongo Beti parle. cit. Paris. 1993 (essai) L’Histoire du fou. Sur cette question. entretien avec Mongo Beti réalisé et édité par Ambroise Kom. À l’instar de Main basse…. qu’il s’agisse de Perpétue et l’habitude du malheur (1974). Paris. s’inspirent directement du matériau accumulé dans Main basse… Mongo Beti procède en quelque sorte à une mise en fiction de Main basse sur le Cameroun pour poursuivre la mise en question du régime néocolonial qui étouffe le peuple africain dans la plus grande indifférence de ce qu’on appelle désormais la communauté internationale. V. Bayreuth African Studies Series n° 54. Présence Africaine.uwa. Jean-Marie Volet. Les récits qui suivent. de Remember Ruben (1974). N° 150. 60). Bayreuth African Studies Series. 1984 (roman) Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobè. Éditions des Peuples noirs La ruine presque cocasse d’un polichinelle. est le fruit de l’indignation1. 1972 (essai) (réédition en 1973 au Canada par Léandre Bergeron) Perpétue et l’habitude du malheur. Mongo Beti parle. Main basse sur le Cameroun. 2003 (coll. Revue des littératures du Sud. Paris. Maspero. 1994 (roman) Trop de soleil tue l’amour. chercheur à l’Université de Western Australia est en train de mettre l’ensemble de cette revue sur le Web. 1986 (essai) Dictionnaire de la négritude. D’où la création de Peuples-Noirs Peuples Africains (PNPA)3. 1956 (roman) Mission terminée. Comme une réponse du berger à la bergère. Robert Laffont. Réédition : Paris. 1979 (roman). Paris. futur camionneur. 2. n° 54 © Notre Librairie.arts. Ses éditoriaux. Paris. v. Éditions des Peuples noirs. sont autant 1. Bayreuth (Allemagne). 59-60. p. 1954 (roman) Le Pauvre Christ de Bomba. le gouvernement camerounais. 10/18. autopsie d’une décolonisation (1972). chaque numéro de PNPA est une miniautopsie de la condition postcoloniale en Afrique. Il s’agit d’un pamphlet dans lequel l’auteur tire pratiquement dans le tas. Paris. Motifs) Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama. futur camionneur (1983). Paris. alors ministre de l’Intérieur. 40 ans de littératures du Sud. en collaboration avec Odile Tobner. Julliard. Paris. 1999 (roman) Branle-bas en noir et blanc. Voici quelle en sera l’adresse : http:/www. Paris. Paris. Chronique des Essazam. Buchet-Chastel. alors ambassadeur du Cameroun à Paris. Paris. Ce n’est qu’au terme d’une longue procédure judiciaire que le livre est mis en vente. Julliard. 57. mais européen » (Mongo Beti parle. autopsie d’une décolonisation. autant sur la sinistre dictature d’Ahidjo que sur les autorités françaises qui la parrainent . la très scandaleuse parodie de procès Ouandié-Ndongmo de 1970 à Yaoundé. 1958 (roman) Main basse sur le Cameroun.edu. L’Harmattan. Se réfugier dans le romanesque sans jamais s’éloigner des réalités historiques de l’Afrique et de son pays lui permet aussi de narguer les censeurs qui avaient mis Main basse… à l’index et l’avaient obligé à recourir à des manœuvres souterraines pour commercialiser son ouvrage2. 1974 (roman) Peuples Noirs-Peuples Africains. par la voix de Ferdinand Oyono. Buchet-Chastel. Éditions des Peuples noirs. tous plus tonitruants et plus incendiaires les uns que les autres.juin 2003 . 1983 (roman) La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama. 1974 (roman) Remember Ruben. pp. interview réalisée et éditée par Ambroise Kom. Paris. C’est d’ailleurs un imprévisible événement historique. BuchetChastel. 3. explique-t-il. Buchet-Chastel. qui met fin à ce silence. La Découverte.au/Mongobeti/ Œuvres : Ville Cruelle. op. Le Serpent à Plumes. à la peine capitale sous le régime qui gouvernait alors le Cameroun. avril . Toujours est-il que les solidarités nées autour de l’affaire Main basse… lui font « croire qu’il y avait un public militant anticolonialiste non seulement africain. 1957 (roman) Le Roi miraculé.et familiaux. 1989 La France contre l’Afrique. Julliard. p. Buchet-Chastel. revue bimestrielle qui fonctionne de 1979 à 1991 et publie près de soixante-dix numéros d’environ 160 pages chacun. comme Ernest Ouandié.. revue bimestrielle (de 1978 à 1991). de La Ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979) et même dans une certaine mesure des Deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama. Paris. saisit Raymond Marcellin. C’est un travail de longue haleine mais dès le mois d’avril 2003 s’ouvrira un site où l’on pourra lire les premiers numéros de PNPA. 2002. autant sur une certaine presse parisienne prétendument progressiste que sur une classe politique dite de gauche qui ne défendent que les droits de l’homme blanc. Paris. 2000 (roman) Mongo Beti parle. pour interdire l’ouvrage. Et Mongo Beti échappe de justesse à l’expulsion qui aurait pu l’envoyer. ou de La Revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984).

N° 150. sociaux ou culturels les plus divers4. désespérante »6. L’Histoire du fou (1994). « Une certaine idée de l’insurrection citoyenne ». Indiana University Press. Mémorial réalisé par Ambroise Kom. présentes et à venir. © Notre Librairie.juin 2003 . p. avril . 5. et les enseignements suggérés par l’empirisme. Ainsi. 4. malgré son militantisme tous azimuts. on le retrouve dans les colonnes des journaux locaux débattant avec la même impétuosité des sujets politiques. article à paraître dans Research in African Literatures. il a tout de même réussi à poursuivre sa production romanesque et à publier des textes qui l’inscrivent en bonne place parmi les conjurateurs des échecs des indépendances.de réquisitoires d’un romancier-essayiste qui passera sans doute dans l’histoire comme l’un des plus impitoyables procureurs de quiconque exploite l’Afrique et opprime les peuples noirs. Voir Ambroise Kom. Sujets dont les jalons étaient d’ailleurs posés dans La France contre l’Afrique. L’Humanité. même pour des « causes que le strict examen des rapports de forces. son village natal où il avait créé nombre de microentreprises agro-industrielles pour améliorer les conditions de vie de la communauté villageoise. La « retraite » camerounaise Lorsqu’il prend sa retraite et s’installe au Cameroun. qui marque justement son retour au pays natal après 32 ans d’exil ininterrompu. La Librairie des peuples noirs est moins une entreprise commerciale qu’un espace où il se plaît à organiser la résistance politique et culturelle. malgré ses va-et-vient à Akométam. Revue des littératures du Sud. « Mongo Beti et la responsabilité de l’intellectuel africain ». Bloomington (États-Unis). 6. Mais au-delà de son engagement à un moment donné dans la politique active au sein du Social Democratic Front de John Fru Ndi. retour au Cameroun (1993). L’un des plus impitoyables procureurs de quiconque exploite l’Afrique et opprime les peuples noirs. économiques. 2003. in Remember Mongo Beti. lors du sommet France-Afrique de janvier 2001 à Yaoundé. Bayreuth African Studies Series n°67. 236. vermoulue. malgré ses voyages de plus en plus nombreux un peu partout dans le monde pour diverses conférences. Trop de soleil tue l’amour (1999) et Branle-bas en noir et blanc (2000) « sont comme des scalpels dans une société corrompue. 11 octobre 2001. Valentin Siméon Zinga. Même la Librairie des peuples noirs qu’il crée à Yaoundé est moins une entreprise commerciale qu’un espace où il se plaît à organiser la résistance politique et culturelle en mettant à la portée du public des ouvrages militants et en accueillant les dissidents de tout bord pour réfléchir aux stratégies de luttes. 40 ans de littératures du Sud. donnaient perdues d’avance »5. il tente d’organiser un contre-sommet et la Librairie des peuples noirs est le théâtre d’échauffourées avec la police suite à une banderole qu’il accroche à l’entrée de son établissement et sur laquelle on pouvait lire : « Chirac = forestiers = corruption = déforestation ».

Invectives et pédagogie
Du début à la fin de sa carrière, on l’aura compris, Mongo Beti est resté un écrivain farouchement protestataire, un défenseur acharné des libertés et un infatigable porte-parole des sans-voix. Aussi n’a-t-il jamais hésité, dans ses interpellations des responsables du marasme africain, à utiliser des termes à la virulence inouïe. Ainsi, l’actuel président camerounais, pour lui « otage d’une secte mystique étrangère », ne serait que le « Résident d’Elf-Aquitaine »7 alors que son homologue de Sao Tomé est, au mieux, « un hurluberlu » qui « ne mérite aucune considération »8. Par ailleurs, dans un débat qui l’oppose à ses compatriotes Hogbe Nlend et Pierre Ngidjol, tous enseignants, il les traite de « vaniteux comme des gigolos, plus m’as-tu-vu qu’une starlette à Cannes pendant le festival de cinéma, aussi mal élevés que des hooligans, bavards et irréfléchis comme des perroquets, plus tribalistes que Le Pen, mythomanes comme Tartarin de Tarascon, arrogants comme un journaliste formé par Famé Ndongo, plus imprudents qu’un poulet somnambule, et pour finir, même pas fichus d’être compétents dans leur propre domaine »9. Pareille incompétence explique, pense-t-il, que les institutions et les infrastructures mises en place dans le pays se comparent si mal à celles de l’ancienne métropole : « Le lycée camerounais est au lycée français de France ce qu’est Paul Biya à Jacques Chirac, Peter Musonge à Lionel Jospin, la Régifercam (Régie Ferroviaire du Cameroun) à la SNCF, c’est-à-dire le balbutiement du nourrisson à la parole articulée, l’ersatz au produit naturel, le simulacre à la réalité, le placebo au médicament, le fantôme à l’être de chair […] Il y a fagot et fagot »10. Dirigée par des « incapables rédhibitoires, voire des animaux franchement nuisibles », « des managers mercenaires […] et autres syndiqués de la francmaçonnerie sournoise »11, la société camerounaise, rien de surprenant à cela, respire « l’enculage permanent, l’arnaque à tous les coins de rue, la magouille à tous les étages »12. Mais en pédagogue confirmé, Mongo Beti va toujours au-delà des constats et des invectives pour suggérer des actions concrètes. Pour résister aux privatisations, il préconise des associations patriotiques, des comités populaires d’ouvriers, de paysans, d’intellectuels et de leaders d’opinion. Face à la pénurie des produits de première nécessité comme le gaz domestique et la carence des services essentiels, il invoque la manière dont certains autres peuples ont organisé la protestation : les mères de la Plaza de Mayo, les Serbes de Belgrade, les dissidents sur la Place Tiananmen et les grévistes de Séoul13. Pour Mongo Beti, la passivité des opprimés est aussi condamnable que l’incurie des « paltoquets » qui les gouvernent.
7. Mongo Beti, « Tribalisme quand tu nous tiens… », in Le Messager du 11 septembre 1998. 8. Mongo Beti, « Monsieur Biya, laissez-nous travailler », in Le Messager du 21 juin 2000. 9. Mongo Beti, in Le Messager du 11 septembre 1998, op. cit. 10. Ibid. 11. Mongo Beti, « Non aux privatisations façon Biya », in Le Messager du 21 décembre 1998. 12. Mongo Beti, in Le Messager du 21 janvier 2000, op. cit. 13. Mongo Beti, in Le Messager du 5 février 1997.

Un écrivain farouchement protestataire.

La passivité des opprimés est aussi condamnable que l’incurie des « paltoquets » qui les gouvernent.

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Sans pour autant dédouaner l’Occident de l’esclavage et des pratiques néocoloniales, il trouve que les faiblesses structurelles des sociétés africaines les condamnent à la stagnation.

L’homme, rebelle et solitaire : témoignages
Comme on le constate, Mongo Beti est une figure complexe que l’on a, souligne Maryse Condé, « trop figé dans l’attitude du rebelle, de l’écrivain engagé, avec toutes les limitations que le terme suppose »14. Comment d’ailleurs s’empêcher d’évoquer ici quelques-uns des traits de son portrait qui se dégagent du mémorial qui vient de lui être consacré. D’après Rose Nia Ngongo Tekam, Mongo Beti est un militant qui a du mal à travailler en équipe car il est avant tout un écrivain dont le propre « est la solitude dans la production »15. « Comme Hippocrate », suggère Jean Métellus par ailleurs, « il se défie des systèmes, des idéologies et ne fait confiance qu’à l’observation »16. Et Tierno Monénembo de renchérir : « Mongo Beti est un cas à part : c’est le loup solitaire, le dernier des Mohicans, le plus beau de nos factieux, la fraction saine de notre cerveau malade. Il émerge d’une autre galaxie, répond d’une autre ère géologique »17. Pour Célestin Monga, il faudra retenir du « fauve », « son extraordinaire courage, la puissance et l’authenticité de son engagement en faveur des opprimés de toute origine, la brutalité de son exigence éthique, son humanisme fondamentaliste et son intransigeance sur la qualité des sentiments qui devraient exister entre les citoyens des sociétés africaines »18. Guy Ossito Midiohouan trouve que Mongo Beti « gêne par ses convictions et ses prises de position ». Bessora, quant à elle, pense qu’il « était un corps et un cœur blessés par l’histoire, un exilé enraciné ». Disciple de Ruben Um Nyobe, l’intransigeant initiateur de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, apôtre de la non-violence et exempt d’ambition comme Martin Luther King19, leader noir américain dont l’action modifia radicalement la condition de ses congénères, Mongo Beti accède, comme ce dernier, au rang de prophète20 et nous laisse un monumental héritage intellectuel qu’il faudra prendre le temps de décrypter pour une éloquente appropriation. Ambroise KOM College of the Holy Cross (Worcester, Massachussetts, États-Unis)
14. Maryse Condé, « Propos de la “Scarlet O’Hara’ de banlieue”, in Remember Mongo Beti, op. cit., p. 122. 15. Rose Nia Ngongo Tekam, « Ma troisième lumière », in Remember Mongo Beti, p. 179. 16. Jean Métellus, « Un imprévisible sceptique », in Remember Mongo Beti, op. cit., pp. 95-96. 17. Tierno Monénembo, « L’énigme », in Remember Mongo Beti, op. cit. p. 29. 18. Célestin Monga, « Économie d’une créance impayée », in Remember Mongo Beti, op. cit., p. 158 et p. 168. 19. Voir l’entrée « King, Martin Luther (1929-1968) », in Mongo Beti et Odile Tobner, Dictionnaire de la négritude, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 142-143. 20. Dans Remember Mongo Beti, op.cit., Célestin Monga et Thomas Mpoyi Buatu abondent dans le même sens. Voir également, Ambroise Kom, « Mongo Beti, prophète de l’exil », in Notre Librairie n° 99, octobredécembre 1989, pp. 129-134.

Un militant qui a du mal à travailler en équipe.

Un monumental héritage intellectuel qu’il faudra prendre le temps de décrypter.

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Note de lecture
Mongo BETI Le Pauvre Christ de Bomba Paris, Robert Laffont (1956) (Réédition : Paris, Présence Africaine, 1976 ; 1993 et 2003, 352 p.) 8,90 €
La publication du Pauvre Christ de Bomba peut être perçue comme l’affirmation d’un anticléricalisme qui n’est qu’implicite dans Ville Cruelle (1953), Mission terminée (1957) et Le Roi miraculé (1958). Mais en empruntant le ton de la parodie, de l’humour et de la caricature, le romancier démystifie le clergé, dévoile ses collusions avec le pouvoir colonial et montre les limites de son zélateur, le Révérend Père Supérieur (RPS) Drumont, un homme coléreux, têtu et « sourd à toute remarque qu’on ose formuler devant lui » (p. 17). Responsable de l’évangélisation des Tala, le RPS, qui se compare volontiers à JésusChrist, se heurte à la forte résistance de ses brebis. Aussi décide-t-il de les punir « en s’abstenant pendant trois ans de mettre pied dans leur pays » (p. 14). Le roman raconte le retour de l’homme de Dieu qui pensait que les Tala, sevrés de sa bonne Parole pendant tout ce temps, allaient l’accueillir en triomphe. Le narrateur en est Denis, jeune et naïf garçon de chœur qui raconte sous forme de journal le périple du RPS. Tout se déroule comme dans un film et les yeux de Denis sont comme des espèces d’objectifs qui braquent leur gros plan sur le RPS en tournée. Le lecteur assiste alors aux péripéties du voyage et à la déconfiture du missionnaire qui finit par s’avouer vaincu : « Pendant vingt ans, je n’ai rien compris à rien » (p. 243). Il s’en retourne en France. D’un bout à l’autre, Mongo Beti montre que les rapports entre le RPS et les évangélisés sont fondés sur un irrémédiable quiproquo. Pour le RPS, le pays Tala est un « royaume de Satan », un Sodome et Gomorrhe que l’apôtre veut sauver. Mais les Tala, plutôt fiers de leurs dieux et de leur culture, attendent tout autre chose du RPS : « les premiers d’entre nous qui sont accourus à la religion, à votre religion, y sont venus comme à… une révélation […] une école où ils acquerraient […] le secret de votre force, la force de vos avions, de vos chemins de fer […]. Au lieu de cela vous vous êtes mis à leur parler de Dieu, de l’âme, de la vie éternelle, etc. Est-ce que vous vous imaginez qu’ils ne connaissaient pas tout cela avant, bien avant votre arrivée ? » (p. 46). L’image du R.P.S. se détériore d’autant plus rapidement que son comportement s’apparente à celui d’un vulgaire commerçant grec ou de tout autre colon de la place. En plus des deniers du culte qu’il extorque de la population, il a « décrété », pour faire tourner ses chantiers, « qu’au lieu de trois mois, les femmes séjourneraient désormais quatre mois à la sixa, avant que ne leur soit accordé le sacrement du mariage » (p. 27). Qui plus est, il méprise la culture locale, ne parle pas la langue du milieu et comme le docteur Schweitzer1 à Lambaréné, il ne supporte ni la musique ni les danses africaines. Certes, il n’adhère pas au cynisme de l’administrateur Vidal qui lui suggère, entre autres, d’imaginer « un christianisme à l’usage des Noirs. Un christianisme […] où la polygamie serait autorisée… » (p. 204). Toujours est-il qu’il ne dédaigne pas sa protection, qu’il se fait accueillir dans les écoles des missions par La Marseillaise et pense, comme Vidal, que les travaux forcés peuvent conduire les Tala vers Dieu : « Oui, ce qu’il faut à ces gens c’est un grand malheur, pour les ramener à la foi et leur apprendre que Dieu ne plaisante pas ! » (p. 191). Le Pauvre Christ de Bomba dénonce de manière plutôt brutale l’hypocrisie des missionnaires, simples « auxiliaires de l’asservissement des Africains »2. Mongo Beti s’interroge alors : « Et si la christianisation n’était qu’une tactique de cette immense stratégie blanche, la ruse pour ainsi dire la plus satanique d’une guerre millénaire ? » Sa réponse ressemble à un verdict : « l’évangélisation c’est notre déportation morale ».3 À sa publication, en 1956, le livre fit scandale et Monseigneur Graffin, l’évêque du lieu, mit tout en œuvre pour empêcher sa distribution au Cameroun. Par la suite Laffont4 refusa d’en poursuivre sa commercialisation. L’ouvrage fut alors l’objet d’une réimpression5 avant d’être repris par Présence Africaine. Ambroise KOM

1. Voir le film de Bassek ba Khobio, Le Grand Blanc de Lambaréné, 1995, 93 mn. 2. Mongo Beti, « Le Pauvre Christ de Bomba expliqué », in Peuples noirs-Peuples africains, n° 19, janvier-février 1981, p. 120. 3. Ibid., p. 120. 4. Voir Mongo Beti parle, interview réalisée et éditée par Ambroise Kom, Bayreuth, Bayreuth African Studies Series n°54, 2002, p. 81. 5. Kraus Reprint. V. Mongo Beti, « Le Pauvre Christ de Bomba expliqué », op. cit., p. 106.
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Actuellement. États-Unis). le champ de l’écriture et en explore les dimensions cachées et profondes jusqu’aux recoins les plus inattendus. légères et faciles. depuis janvier 2001. Celle-là 1. Avec d’autres écrivains. Cet article. Une œuvre étendue et foisonnante… L’œuvre de Dib se compose de plus de trente-cinq ouvrages où s’entremêlent roman. 2. labourant là les terres en friche. poésie. le Grand prix de la Ville de Paris ainsi que le Prix de la poésie de l’Académie Mallarmé. il exerce différents métiers. Il s’installe alors en France. avril . Voir la note de lecture dans ce même dossier. nouvelles. Depuis son premier roman. © Notre Librairie. La Grande maison. 2003. il effectue plusieurs séjours en Finlande. Mohammed Dib connaît une enfance et une adolescence au sein d’une famille musulmane riche et ruinée. narration largement habitée par la poésie. de nombreux titres de l’auteur sont réédités ou en cours de réédition par les Éditions La Différence (collection Minos). La Grande maison1 (1952). abolition des frontières entre les formes littéraires traditionnelles. Depuis plus d’un demi-siècle.Mohammed Dib : littérature et morale Tahar Bekri C’est avec une immense tristesse que la revue a appris le décès de Mohammed Dib. Revue des littératures du Sud. Il publie son premier roman. De 1939 à 1950. l’écrivain algérien Mohammed Dib sillonne infatigablement. d’abord dans le Sud. jusqu’à son dernier livre Simorgh2 (2003). interprète et dessinateur de maquettes. Mohammed Dib n’a cessé d’explorer la modernité littéraire. innovation audacieuse dans le rythme de la phrase. mêlant les semailles et les cultures dans une fresque magnifique de thèmes et de personnages qui se croisent. une écriture qui s’enrichit de ses propres aventures littéraires mais jamais aux dépens de l’essentiel : la considération de la parole et de la langue comme des privilèges de l’humain. À partir de 1975. Albin Michel. En 1974. Dib voyage dans différents pays de l’Est. instituteur. théâtre. remuant ici la bonne terre. En 1950. pendant et après la guerre. il réalise des reportages pour le journal Algerrépublicain. entre autres. N° 150. 1952. survenu le 2 mai 2003. se font écho ou se parlent au-delà des espaces et des temps. Paris. loin des exercices de style artificiels et des modes ludiques. Tout s’y mêle : voix intérieures. Paris. MOHAMMED DIB Né à Tlemcen (Algérie) en 1920. puis à Saint-Cloud où il a résidé jusqu’à sa mort. où les genres s’inventent continuellement et s’enchevêtrent dans une audace salutaire. une Fondation Mohammed Dib. réflexions littéraires. 40 ans de littératures du Sud. D’où cette gravité qui promène l’œuvre loin de la gratuité du langage. Mohammed Dib a obtenu le Grand prix de la francophonie de l’Académie Française. texte à l’intérieur du texte. Il existe. En 1960. en 1952.juin 2003 . ce qui lui inspirera une trilogie romanesque « nordique » : (ouvrages parus aux éditions Sindbad). qui publie une revue intitulée Rencontres et organise des concours de nouvelles. se perdent ou se retrouvent. En somme. basée à Tlemcen. donnant une œuvre des plus denses et des plus riches de la littérature contemporaine et couronnée par de nombreux prix. comptable. Le Seuil. a été rédigé quelques semaines avant sa disparition et est proposé sans modifications. prévu de longue date. il est expulsé d’Algérie par le pouvoir colonial en 1959. aux éditions du Seuil. silence et profusion de dialogues. avec une régularité appliquée. décomposition de la linéarité narrative. il enseigne à l’Université de Californie (Los Angeles. contes.

Dib appellera. Le Seuil. Albin Michel. à une mémoire ou à une histoire n’exclut en rien l’intransigeance avec laquelle l’auteur demande des comptes aux siens. toutes ces violences meurtrières et tragiques qui durent depuis des années dans leur pays. L’Incendie. Tlemcen ou les lieux de l’écriture3 (1994). Gallimard. Éditions Revue Noire. Albin Michel. Albin Michel. si elle a dénoncé avec vigueur la réalité coloniale. Revue des littératures du Sud. Albert Memmi (Tunisie). Ces ouvrages. 1979 (poésie) Les Terrasses d’Orsol. Le Seuil. tant sur le plan de la forme que du contenu. affranchie des sentiers battus. Dès sa trilogie sur la guerre en Algérie. (1957)4. dans une quête permanente. 1998 (poésie) Le Cœur insulaire. Édisud. Paris. l’œuvre reste profondément guidée par un examen critique de l’humain. Paris. Mohammed Dib. La Différence. Quels que soient les regards portés sur l’Algérie colonisée ou post-coloniale. cinquante ans d’écriture. Paris. La Grande maison (1952). 1994 (roman) La Nuit sauvage. 2003. L’œuvre s’écrit dans une liberté remarquable. Paris. l’exil. vigilant. un récit avec des fragments autobiographiques. tel que cela apparaît dans L’Arbre à dire5. accompagné de ses propres photos prises en 1946. Paris. un questionnement profond de ses valeurs. Naget Khadda.juin 2003 Un examen critique de l’humain. afin de se voir et voir surtout des vérités bien difficiles à admettre. 1961 (poésie) Qui se souvient de la mer. Ces trois ouvrages sont édités au Seuil. Kateb Yacine. 1985 (roman) Le Sommeil d’Ève. Aix-en-Provence. 4. avec une sagesse rare. Sindbad. 40 ans de littératures du Sud. devenus depuis. non sans nostalgie. le regard de l’écrivain est alerte. Paris. (1954). se renouvelant sans cesse. au pays de l’enfance idéalisée en dépit de la réalité coloniale. Sindbad. Écrivains du Sud) Au-delà des réalités de l’histoire C’est que l’écriture de Dib. Mouloud Mammeri (Algérie). 2003 (roman) Ouvrages critiques (parutions récentes) : Mohammed Dib. vit en France depuis 1959. Hachemi Baccouche. N° 150. des classiques de la littérature maghrébine. Sindbad. dans un article. Paris. sans haine ni violence. 2000 (poésie) Simorgh. là des lieux réels ou imaginaires. un questionnement profond de ses valeurs. Le Seuil. © Notre Librairie. restent comme un chant vibrant à l’amour de l’Algérie. Il est considéré à juste titre comme l’un des écrivains fondateurs et pères de la littérature maghrébine de langue française et appartient à la génération des années cinquante : Mouloud Feraoun. Paris. 1995 (roman) L’Enfant-jazz. (coll. L’éloignement. Malek Haddad. n’a jamais manqué de lucidité et de rigueur vis-à-vis de la situation post-coloniale. Driss Chraïbi. sont mis au profit d’un regard sur l’Autre afin de mieux cerner celui 3. . la distance. cette intempestive voix recluse. Paris. Paris. avril . 361 p. Albin Michel. 1990 (roman) L’Infante Maure. ville à laquelle il consacre un livre émouvant. au-delà des frontières et des convenances littéraires. Le Métier à tisser.qui est avant tout une exigence d’écriture. Mohammed Dib. La Différence. Paris. Ainsi l’appartenance à un pays. 1994. publications de l’Université de Montpellier III. Paris. d’où qu’il vienne. 2002. Œuvres (bibliographie sélective) : La Grande maison. 1989 (roman) Neiges de marbre. 208 p. 5. Mais très vite le temps de la désillusion s’installe et la critique des siens fera partie de cette exigence morale qui traverse toute l’œuvre de l’écrivain. en Europe ou même aux États-Unis. Ahmed Séfréoui (Maroc). les Algériens à se regarder dans un miroir. Paris. qui est né en 1920 à Tlemcen. publié dans le journal Le Monde. revisitant la haute mémoire du passé. 1952 (roman) Ombre Gardienne. dénonçant la misère coloniale. Paris. car on ne peut toujours reprocher à la colonisation et à l’Histoire ses propres malheurs. bousculant ici des idéologies bien établies. 1998. où qu’il soit. 1962 (roman) Feu beau feu. Actes de colloque sous la direction de Naget Khadda. la vie ailleurs. où qu’il soit. d’où qu’il vienne. la paupérisation des individus et la confiscation de leur identité.

trop sûrs d’eux-mêmes. de la petitesse de l’homme comme de sa grandeur. Mémoire. l’Autre. crée une syntaxe Le constat du paradoxe humain. Interroger le monde Appartenance religieuse. Nature. Histoire. Parole. La lumière intérieure. L’auteur semble nous prévenir. Les antagonismes qui sous-tendent le propos ne sont jamais gratuits et ne font pas du cri une valeur littéraire mais créent une intensité où la langue s’écoute comme une musique profonde. Destinée de l’homme. Tout l’art de Dib réside dans ce va-et-vient incessant. Homme fait loup pour l’homme. utilisant pour cela la dérision et l’autodérision contre tant de discours autosatisfaits. 40 ans de littératures du Sud. © Notre Librairie. le vrai voyage qui compte. Oubli. parfois provenant même des intellectuels les plus avertis. de son amour comme de sa haine. de quête de la lumière. Guerre. de la petitesse de l’homme comme de sa grandeur. Identité. amoureuses. Elle donne aux phrases des rythmes nouveaux. L’œuvre est avant tout un lieu du questionnement. La démarche de Dib est une vraie quête des vérités. dans ce voyage inlassable. N° 150. mystique. Exil. C’est que le risque – dans l’absence de reconnaissance de ses propres errements – est grand. Elle doute plus qu’elle n’affirme. Mohammed Dib s’est gardé très tôt de tomber dans cette attitude. à son poids. l’Est et l’Ouest sont des lieux de liberté individuelle. Croyance. dans un rapport au monde où la dimension métaphysique est importante et très présente. Foi. les préjudices irréparables. où chaque mot est comme une note nécessaire au reste de la partition. Ainsi l’œuvre est-elle au centre d’un paradoxe peu banal : rarement une œuvre affiche une telle sérénité. Amour. Illusion. Elle doute plus qu’elle n’affirme. Revue des littératures du Sud. de son amour comme de sa haine. de l’interrogation. Terre. En cela l’œuvre échappe à la simplification exagérée de l’univers social ou politique que développent certains romans maghrébins. une beauté apaisante tandis qu’elle écrit les conflits extérieurs du monde. les conflits intérieurs de l’être. cette lumière recherchée comme une paix intérieure. La ponctuation est couramment inattendue. nécessaires en définitive. rapprochant la création littéraire du discours. Dieu. la cécité menaçante de tout bord. tant des questions graves sont posées régulièrement avec courage dans une écriture habitée par un grand souci de tolérance. où le Nord et le Sud.juin 2003 . Utopie. au voyage intérieur. un havre dans la tempête permanente. Et si certains écrits au Maghreb pèchent par un discours surpolitisé ou un engagement idéologique facile. soufie est invoquée pour tenter de dissiper l’obscurité régnante. complémentaires. Le silence – combien parlant – est souvent là pour redonner toute sa place au mot. Idéologie. Langue. Ce doute est salutaire car il est une mise en question profonde de certitudes combien erronées et négatives. vérités de toute sorte : historiques. politiques. bête et ange à la fois.porté sur soi. avril . Mohammed Dib fait le constat du paradoxe humain. de dénonciation des fanatismes. métaphysiques. L’œuvre est avant tout un lieu du questionnement. de l’interrogation. les erreurs sont souvent fatales.

Il ne disjoint pas. L’écriture est celle-là qui nous libère – quand le salut est possible – de la douleur. où O vive9 (1985) cache tous ses mystères et ses beautés. un amour contrarié et émerveillé à la fois par l’espace des neiges et des bouleaux. Albin Michel. met la littérature au service de la morale. 7. même si l’un des derniers recueils de poésie de l’auteur s’intitule L’Enfant-jazz7 (1998) ? L’enfance de tout être serait-elle le vrai salut ? L’enfance. historique. Paris. l’écriture (romanesque) et la responsabilité (morale). avril .surprenante. questionne. décrit. dit la douleur d’un amour-loup. Paris. à la beauté de l’être pour déjouer ce qui l’humilie. Œuvre de langage. témoigne. l’inacceptable. Et c’est le chant de l’enfance comme chant du monde qui couvre une douleur amoureuse marquant des œuvres comme Les Terrasses d’Orsol (1985). exigeant du lecteur des efforts afin d’apprécier tout le travail fait sur la langue. certes. l’œuvre qui s’écrit est à la mesure de l’élaboration littéraire. © Notre Librairie. Éditions La Différence. de ce blues tenace. Paris. De la douleur des esclaves noirs sont nés le jazz et le blues à la fois. 40 ans de littératures du Sud. se souvient. tel ce retour au pays d’origine développé dans le livre cité plus haut où l’écrivain s’élève avec responsabilité contre la violence. rappelle. L’aventure de l’exil est comme une découverte merveilleuse et douloureuse de l’espace de l’Autre. nous dit le poète dans sa note liminaire au recueil. la tragédie algérienne et la permanence de la guerre. mais la musique – très présente dans l’œuvre de Dib – serait le cœur des hommes comme un rempart contre la laideur du monde. l’insoutenable. compare. totalitarisme. Revue des littératures du Sud. etc. 1995. toujours aux aguets de l’insupportable. Cette trilogie nordique située souvent en Finlande. L’écriture peut porter en elle alors ses propres défis contre toutes les chaînes qui asservissent l’humain. comme un baume contre la souffrance humaine. l’amour et le poids du monde Mais la littérature peut-elle se libérer de ce vague à l’âme.juin 2003 . Mais Mohammed Dib ne fait pas de la modernité littéraire une fin en elle-même. Comme un rempart contre la laideur du monde. comme un baume contre la souffrance humaine. l’écrivain interpellé par la réalité de son pays d’origine. colonisation. L’enfance. N° 150. D’une nouvelle à l’autre. L’aventure de l’exil est comme une découverte merveilleuse et douloureuse de l’espace de l’Autre mais cet espace ne devient-il pas nôtre dès que s’y trouve l’être aimé ? Il en va de même de la langue française (au-delà des débats hâtifs sur la francophonie) : langue de 6. 9. Ces trois ouvrages sont parus aux éditions Sindbad. Neiges de marbre (1990)8. métaphysique. où l’écrivain a effectué quelques longs séjours. ce qui empêche sa dignité : esclavage. 1998. comme un défi. 8. une poésie et un acte de liberté. D’où cette vigilance. l’interpelle à son tour. Le Sommeil d’Ève (1989). comme il l’écrit en postface de La Nuit sauvage6 (1995). tente de comprendre. amoureuse. sous-développement. guerre. Sindbad. Elle s’attache à l’enfance du monde. 1985.

avril .Nanterre La tragédie humaine naît de l’absence de réponse. naît de ce sentiment fort que la littérature. Et le poids du monde ? Ce sont ces questions fondamentales posées à l’homme éternellement : la vie. partout. Ainsi. p. il reste ce Cœur insulaire10. La tragédie humaine naît de l’absence de réponse. Le Cœur insulaire. si le cœur est vaste pour recevoir le monde. Il en est aussi de l’exilé qui paye une forte dîme : Orsol. reste pourtant tragiquement impuissante – mais en cela réside son humanité – comme : « La Parole qui n’a / peut-être rien dit »11. Tahar BEKRI Université de Paris X . cit. en grand sage. l’or sur le sol quitté. au bout du compte. 11. secret.. © Notre Librairie. la nostalgie. tout le long de son œuvre. le départ. Éditions La Différence. mais tous ces pays ne forment en réalité qu'un seul paysage au centre duquel l’homme se cherche ontologiquement. 2000. le souvenir. L’aventure humaine réside dans cet apprentissage stoïque de l’expérience du vécu. mais écrit comme une petite île intérieure dans le vaste océan. l’amour. l’oubli. attaché à son carré intérieur. non-dit. N° 150. 10. Comment la littérature peut-elle prétendre avec orgueil apporter des réponses ? La crainte de Dib qu’il n’a cessé de développer. 40 ans de littératures du Sud.l’autre. L’amour rend peut-être l’espace de l’exilé plus supportable. dans tous les pays. Paris.juin 2003 . elle devient nôtre par amour et finit par devenir langue autre. 96. Mais il devient nécessairement autre. plus humain. op. si elle doit être parole des hommes. Revue des littératures du Sud. la mort.

Là n’est pas la moindre de ses difficultés. Et comme à son habitude – au moins dans ses dernières œuvres – Dib s’interroge.Note de lecture Mohammed DIB Simorgh Paris. infinis. pour lettres de créance : « Les espaces tragiques. l’identité. des thèmes comme la musique. la vieillesse.juin 2003 . un islamiste qui vient de tuer une famille et une fillette survivante qui le supplie de ne pas la laisser seule après le massacre – mais la quête soutient une écriture soucieuse de rester œuvre littéraire d’abord. mais tangente. guidé comme toujours par cette sagesse philosophique qui le caractérise et qui fait de lui un des grands humanistes des temps contemporains. 224). l’art. Et même s’ils tentent d’échapper aux « brumes métaphysiques » (p. 23). intitulée Le Langage des oiseaux. compare. nécessaire à l’expression humaine. Et Dib de citer Max Frisch : « On peut tout raconter. nouvelles. pensées théoriques et commentaires. œuvre avant tout de langue et de langage. 250 p. 2003. la nationalité. mêlant aveux et voiles. l’œuvre écrit en réalité pour cacher. se fait passeur de cultures et de civilisations. l’Infini sont abordés avec gravité. Simorgh est un livre ponctué d’innombrables anecdotes personnelles. à la tragédie de Sophocle. ils n’en attendent pas moins la mort. En cela. qui pose des questions plus qu’elle n’en résout et qui insiste sur le fait que « l’homme n’est qu’une combinaison d’aléatoires qui ne saurait arbitrer un débat. l’émigration. Et si toute création littéraire s’inscrivant pleinement dans la modernité a des dimensions subjectives. l’œuvre de Dib est profondément à visage humain. aphorismes et réflexions. Le tout arpentant avec grande culture. l’exil. 16). avec des réponses relatives. cet oiseau mythique dont il est question dans l’œuvre du grand mystique soufi. la langue. journal et lectures. Certes. de la modernité. Farid Eddine Attar. N° 150. notamment au Maghreb ? Il y a chez Dib une conviction qu’il ne cesse de développer d’un texte à l’autre – et cela apparaît d’une manière évidente dans cet ouvrage – que le doute est nécessaire à la littérature. l’Antiquité et l’époque moderne. c’est-à-dire une œuvre qui est loin du discours facile et mécaniste. Il mêle avec liberté. de « morceaux de vie ». 79). De la métaphore du Simorgh. Mohammed Dib poursuit sa traversée profonde et exigeante du réel et de l’imaginaire. où il est question d’un hommebouc. Dès lors. parcourus de là où nous venons à ici où nous sommes » (p. et symbolisant ici le voyage intérieur auquel aspire l’écrivain. Œdipe à Colone. citations lues et commentaires savants. bouscule avec énergie et ironie des préjugés bien tenaces. l’étranger. en quête des vérités essentielles : la destinée humaine. la réalité algérienne est là et habite largement l’œuvre marquée par la violence – il faut lire cette nouvelle terrible. allant au plus profond des choses. Or combien de procès a-t-on fait à la littérature au nom de l’idéologique. de fragments de journal. Tahar BEKRI © Notre Librairie. « Mouna ». Cela n’empêche. Revue des littératures du Sud. 40 ans de littératures du Sud. instruire un procès » (p. pour maintenir ses secrets. l’esprit humain et son appartenance universelle. s’élève contre le fanatisme et l’étroitesse de l’esprit. 17 € Dans ce dernier ouvrage. la permanence des sentiments humains. jamais avec désinvolture. individuelles. autobiographiques. souvenirs et carnets de voyage. visite aussi bien les lieux de la mémoire que le présent le plus récent. du politique et du social. avril . Mohammed Dib interroge l’Orient et l’Occident. « Sa Suprématie le Simorgh » avec. la littérature. Albin Michel. sauf sa vraie vie » (p. rejetant pour cela de se plier à un seul genre littéraire. au-delà de l’Histoire. contes. accentuer le nondit. voiler.

L’univers d’Émile Ollivier est travaillé par la nostalgie du paradis perdu. Ces mots qu’Émile Ollivier met dans la bouche du narrateur autodiégétique de Mille Eaux définissent en partie l’art poétique du romancier dont l’œuvre est un long exercice mémoriel. 1986 Passages. Albin Michel. avant tout. Pierre Tisseyre. la langue. Albin Michel. l’œuvre d’Émile d’Ollivier. à notre avis. frayer dans les voies du réalisme et du baroque afin d’améliorer la lisibilité du monde ? Cependant. Quels sont les principaux traits de ce qu’on peut définir comme une poétique du roman d’Ollivier ? Le baroque semble. Balcon sur l’Atlantique. lesquels font du romancier un écrivain à part dans l’histoire littéraire haïtienne. ce ne sont pas les choses elles-mêmes. avril . leurs traces médiatisées par les mots. Albin Michel. Émile Ollivier a pourtant inscrit sa démarche dans une certaine tradition littéraire haïtienne. Paris. N’a-t-il pas déclaré dans une entrevue avec Jean Jonassaint qu’il voulait prolonger Jacques Stephen Alexis et Jacques Roumain dans leur quête de sens. Le Temps qu’il fait. pp. Paris. N° 150. 15. 40 ans de littératures du Sud. une esthétisation du monde. Dans un monde qui se dégrade et qui défait constamment.juin 2003 . En 1977. il obtient un doctorat en sociologie de l’éducation à l’Université de Montréal où il devient professeur d’andragogie. ces formes médiatrices de l’idéal –. 1991 . ma ville aux mille visages ». comme toute grande œuvre romanesque. mais leurs souvenirs. Revue des littératures du Sud. toujours coupés de l’origine – la terre. ce qui reste aux personnages. 1995 « Port-au-Prince. Il a pris sa retraite en 2000 pour se consacrer entièrement à l’écriture et c’est en pleine possession de ses moyens qu’il meurt subitement en novembre 2003. 1998. Montréal. l’Hexagone. Paysage de l’aveugle. Rochefort. dépasse le simple constat du réel : elle est. 1977 Mère-Solitude. Montréal. L’impératif éthique de la mémoire s’explique autant par le côté baroque de l’univers décrit par le romancier que par l’exil de ce dernier. la mère. 1994 Les Urnes scellées. 1. des absences lancinantes. p. 45-56 © Notre Librairie. in À peine plus qu’un cyclone aux Antilles. recueil de nouvelles sous la direction de Bernard Magnier. des présences labiles. Œuvres : Romans et nouvelles L’art de théâtraliser les êtres et les choses La première chose qui frappe le lecteur d’Émile Ollivier est la nouveauté du langage et l’art de la construction romanesque. Paris. Émile Ollivier a émigré au Canada en 1965 après un séjour à Paris et des études de lettres et de psychologie à la Sorbonne. Paris. ÉMILE OLLIVIER Né à Port-au-Prince en 1940. Je traque les échappées de ma mémoire et je rapporte les émotions des moments flottants…1».Émile Ollivier : le grand théâtre du monde Joubert Satyre « Je retrace des ombres resucées. 1983 La Discorde aux cent voix. fournir la clé qui permet de lire cette œuvre avec le moins de risques possibles car il nous a permis d’en saisir la cohérence à tous les niveaux2. Mille Eaux. Le Serpent à Plumes.

2002 Essais 1946/1976 : Trente ans de pouvoir en Haïti. l’Amérique. en particulier les riches et les puissants. telle la pendaison de Noémie Morelli. 152. 1995. «Améliorer la lisibilité du monde». n’est pas seulement un regard sur la réalité ou la manière de la dire. Mère-Solitude. En effet. 5. 1981 Penser l’éducation des adultes. Collectif Paroles. Tout est mis en scène. p. quadrille le sol et le sous-sol de notre quotidienneté.Émile Ollivier a lui-même exprimé sa fascination pour l’esthétique baroque. des parures de chevaliers. semblent obsédés par cette recherche du spectaculaire.juin 2003 . Mère-Solitude. (en collaboration avec Maurice Chalom et Louis Toupin). (en collaboration avec Cary Hector et Claude Moïse). p. in Maryse Condé et Madeleine Cottenet-Hage éds. de Calderón à Shakespeare. qui attire un nombre impressionnant de personnes venues contempler un gibet et « une sorcière qu’on allait pendre haut et court »7. 1991 Repenser Haïti : grandeur et misère d’un mouvement démocratique. 169. 8. rubis. Montréal. Penser la créolité. qui affiche la volonté de cette famille « d’éblouir » par la « recherche de l’effet spectaculaire »4. Voir notre thèse intitulée Le baroque dans l’œuvre romanesque d’Émile Ollivier. traité par tous les dramaturges baroques. de barons. Albin Michel. du cramoisi. (en collaboration avec Claude Moïse). Parmi les nombreux traits de l’esthétique baroque présents dans l’œuvre d’Émile Ollivier. 1976 Haïti : quel développement ?. Montréal. diamants irradièrent les fêtes du couronnement. Le narrateur de Mère-Solitude décrit longuement les pompes du couronnement de l’empereur Faustin 1er : « Or. En ce sens. Le pouvoir. Ce fut le règne du persan. p. avril . terre de métissages. Montréal. saphirs. Paris. 6. Librairie de l’Université de Montréal. 223-253. « Le baroque.. soutenue en janvier 2003. Voyez la demeure baroque des Morelli dans Mère-Solitude. Karthala. CIDIHCA. les fêtes publiques du pouvoir sont souvent des mises en scène funèbres. Les personnages d’Ollivier. p. Paris. ou fondements philosophiques de l’éducation des adultes. revient dans tous les romans d’Ollivier. © Notre Librairie. La théâtralisation est à la fois collective et individuelle et ce sont les militaires qui l’emportent dans la mise en scène du paraître individuel. (en collaboration avec Charles Manigat et Claude Moïse). nous n’en retiendrons qu’un seul ici : la théâtralisation des êtres et des choses. 164. Guérin. est le continent baroque par excellence. Leméac. regarde les lions. de contes. 2001 Repérages. 40 ans de littératures du Sud. « portait invariablement un pantalon kaki et une chemise de même teinte sur laquelle étaient épinglées épaulettes et médailles »8. Montréal. Montréal. Paris. 32. pp. 3. Montréal. Cette déclaration rappelle les théories d’Alejo Carpentier sur le baroque latino-américain. du rouge grenat rehaussant l’éclat des pages vêtus en abeilles dorées. 1978 Analphabétisation et alphabétisation. lui aussi. écrit-il. N° 150. du velours. Cette véritable image d’Épinal rappelle deux autres colonels tortionnaires qui sévissent dans l’univers romanesque d’Ollivier : dans Les Urnes 2. aime étaler ses fastes pour éblouir. Ibid. il s’inscrit dans la réalité même de nos vies. 4. Mille Eaux. à sa manière. Le baroque : profondeurs de l’apparence. Revue des littératures du Sud. 1992 La théâtralisation est à la fois collective et individuelle. (en collaboration avec Adèle Chené). 175. Gallimard. le topos baroque de la vie considérée comme une scène de théâtre. toujours dictatorial. CIDIHCA. La Discorde aux cent voix. Le baroque éclate de partout en Haïti »3. Collectif Paroles. p. Le colonel Max Masquini. 1999 Regarde. théâtralisé. 1983 La marginalité silencieuse. Claude-Gilbert Dubois a rappelé l’alliance du spectaculaire et du politique dans le monde baroque : la mise en scène du pouvoir s’apparente à « une technique d’action psychologique » dont le but est « d’agir sur les consciences par le moteur de l’admiration ou de la terreur »6. Pour l’auteur cubain. 7. commandant de la ville des Cailles dans La Discorde aux cent voix. « débauche d’extravagance ». ducs et duchesses »5.

La quête incessante de la vérité. Donner du sens. Edmond Bernissart de Mère-Solitude croit trouver dans la vie des iguanodons. 10. Alors l’apparence verdoyante du monde s’explique. commentant Kierkegaard. telle pourrait être leur devise. p. Les Urnes scellées. 30. 11. tandis que le colonel Tony Brizo dont l’ombre sinistre plane sur l’univers cauchemardesque de Mère-Solitude assiste aux funérailles de Sylvain. comme l’archéologie et la paléontologie. il y a une éthique de la feinte chez les personnages d’Ollivier. N° 150. recommande de dépasser les apparences afin de lever le voile qui obscurcit le sens des choses et nous empêche de voir l’essentiel : « Il faut aller plus loin. Il faut traverser l’obscurité des mots usés pour en atteindre la racine . p. Des stratégies de survie dans un monde féroce. voir l’essentiel La mise en scène du monde chez Ollivier brouille les frontières entre la vérité et le mensonge. Il faut aller vraiment au-delà »10. vêtu d’un « pantalon de coutil bleu rayé. Pour l’archéologue Adrien Gorfoux des Urnes scellées. dont le nom à lui seul est tout un programme narratif de terreur. puisque l’être est constamment occulté par le paraître. jusqu’à trouver la couche enfouie. Passages. Ainsi. Les romans d’Émile Ollivier contiennent tous en filigrane un questionnement d’ordre épistémologique : que puis-je savoir ? La découverte du sens est une entreprise herméneutique interminable. épaulettes et médailles… »9. « le bol à moitié rempli de pierreries […]. 40 ans de littératures du Sud. Simuler ou périr. aiment se faire remarquer à l’occasion des funérailles. porte. explique la présence de métiers qu’on peut qualifier de sémiologiques. Il y a une éthique de la feinte chez les personnages d’Ollivier. reconstituée grâce à quelques ossements. Revue des littératures du Sud. Comme on peut le constater. pénétrer par effraction codes et tabous.juin 2003 . elles rappellent le marronnage des esclaves des plantations. le point où se terre le secret des lentes germinations. p. 102. à l’occasion des funérailles de Sam. © Notre Librairie. chevalière et bracelets d’or […] chemise de soie ornée de ses initiales. un « miroir réfracteur » du peuple de Trou-Bordet. sabre au côté. avril . De ce fait. On dirait que ce sont de tels événements qui leur permettent de se réaliser. qui est l’un des thèmes fondamentaux de l’œuvre d’Ollivier. le narrateur de Passages. Jean-Phénol Morland. un dolman garni de galons gagnés on ne sait sur quel champ de bataille. Mère-Solitude. La collecte des signes et leur interprétation. pour retrouver la motivation. creuser plus profondément. 48. Les pratiques de détour qu’on trouve dans le langage très allusif et imprégné de sémantique créole ou dans les pirouettes des personnages sont des stratégies de survie dans un monde féroce .scellées. un peu à la manière des tortures physiques ou psychologiques qu’ils font subir à tout opposant. ces personnages dont la mort est le métier. Tous ces éléments ne font qu’opacifier le sens du monde présenté par Ollivier. basés sur la collecte des signes et leur interprétation. une empreinte de pied imprimée sur le sol »11 permettent 9. Ainsi.

»12.de résoudre un problème jusque-là insoluble et aident à briser les scellés du passé. Les portraits physiques abondent également dans les romans d’Ollivier. Le narrateur de Mille Eaux revient souvent sur les difficultés de son entreprise d’anamnèse. la maison de Georgette Semedun n’est pas en reste avec l’étalement de son luxe scandaleux. p. la quête mémorielle chez Ollivier prend son origine dans les silences et les mensonges de la mémoire haïtienne ainsi que dans sa falsification par la dictature.juin 2003 . Si pour Véronique Bonnet. © Notre Librairie. L’omniprésence du descriptif qui met l’accent sur le paraître doit être considérée comme un élément de l’esthétique de la théâtralisation chez Ollivier. d’où ces quêtes qui débouchent sur la désillusion ou le renoncement. faites que je garde la Mémoire »14. la vérité s’avance masquée et elle le reste toujours. le narrateur de la première partie de ce livre lance à la fin de son récit le cri suivant : « Ô Pays. Paysage de l’aveugle. Cette demeure fonctionne comme un habit d’apparat pour les Morelli. que ce soit au niveau des descriptions proprement dites ou des portraits. très tôt. Ces signes qui aident à reconstituer le passé sont comme des « photos [qui] libèrent leurs fantômes. on peut également lier la hantise du passé chez l’écrivain à l’exil qui. La vérité s’avance masquée et elle le reste toujours. Celui-ci est déjà présent dans le premier roman d’Ollivier. 74. Mille Eaux. elle s’évanouirait. une figure de leur différence. Dans Les Urnes scellées. Cependant. N° 150. Le monde dans lequel évoluent les personnages d’Ollivier reste un monde secret et labyrinthique. d’artefacts que les narrateurs décrivent avec beaucoup de détails. avril . mais même quand ils croiraient saisir la vérité. regarde les lions. on pourrait même parler d’une exacerbation de l’image et du visuel chez le romancier. La description de la demeure des Morelli dans Mère-Solitude s’étend sur plusieurs pages. qui n’est rien d’autre qu’une entreprise de découverte de la vérité : « Comment capter la lumière réfractée par le prisme irisé des souvenirs d’une époque révolue ? Comment dire le flou des couleurs. Regarde. 40 ans de littératures du Sud. 15. Revue des littératures du Sud. La dimension spatiale semble vouloir faire concurrence à la dimension temporelle. 13. Ces deux maisons sont remplies de toutes sortes d’objets. 51. le déferlement des sensations d’antan ? »13. 12. Une appréhension originale de l’exil L’activité de décryptage sémiologique liée à la paléontologie et à l’archéologie renvoie au thème de la mémoire. En ce sens. p. La théâtralisation de la vie explique l’importance du descriptif dans l’œuvre d’Émile Ollivier. Paysage de l’aveugle. la dimension spatiale semble vouloir faire concurrence à la dimension temporelle. En effet. le demi-jour des images qui s’effacent. 14. Dans cette œuvre. Nombreux sont les masques de la vérité et peut-être il faudrait l’éternité aux personnages pour arriver à les faire tomber. p. insaisissable dans ses différentes métamorphoses et sous ses nombreux masques. dans une incessante mise en scène.

N’est-ce pas là une autre métaphore du caractère insaisissable du sens des choses ? Ainsi. ces retours au pays natal se soldent par l’échec. qu’il soit collectif ou individuel. À partir de La Discorde aux cent voix. Lieu de déploiement de la lucidité et de l’indépendance d’esprit. En ce sens. Reprenant Deleuze. c’est la fluidité et la plasticité de l’espace qui emportent le suffrage du nomade »15. Émile Ollivier déclare qu’il préfère le rhizome à la racine. p. reprenant Deleuze. Ces deux personnages. il a fini par refuser l’enracinement dans un lieu. Une phrase de Montaigne.l’a arraché à son pays natal. Études Francophones. De ce point de vue. Émile Ollivier déclare qu’il préfère le rhizome à la racine. qui est un ensemble de réflexions sur sa condition de migrant. avril . p. celui d’un homme du grand dehors. sont des « passants appliqués à passer ». tout en éclairant le présent. ou encore celui de la posture du repli “nationaliste” ou “identitaire” puissante dans les pays à culture de résistance. celui de la culpabilité à la mode ces jours-ci dans les places fortes de l’Occident. nous visitons non des lieux. Revue des littératures du Sud. développe longuement l’idée de l’exil comme base de la condition humaine. Elle fait partie de mon “espace des possibles”. vol. le romancier développe une véritable poétique de l’errance. Repérages. Il est impossible de revivre le passé. celui d’avant l’exil. Cette remontée dans le temps est le plus souvent doublée d’un trajet spatial. L’écriture n’est pas seulement une mise au monde de soi-même. mais le temps ». L’écriture devient ainsi une sorte d’anamnèse qui rend vivant le passé. XIV. là où le lieu et le temps de la mémoire se rencontrent. comme dans le cas d’Adrien. elle peut permettre à l’écrivain d’éviter des pièges. de même qu’il est impossible de retrouver le pays de son enfance ou de sa jeunesse. Ce refus du figement et de la fixité dans un lieu précis est une ouverture au divers et à l’altérité. Émile Ollivier n’est pas de ces écrivains exilés qui transforment leur pays natal en terre mythique. je peins le passage ». avec la fin des territoires et l’émergence des identités labiles dans le contexte de la mondialisation. Pour Ollivier. ma condition de migrant m’est une force. Repérages.juin 2003 . « Je ne peins pas l’être. loin de transformer l’exil en source de ressentiment et de nostalgie. entre autres. Cependant. donne la mesure de cette poétique : « Passagers clandestins dans le ventre d’un navire. en migration infinie. le romancier a choisi d’en voir les bons côtés : il l’a transformé en art de vivre. dont les figures emblématiques sont Denys Anselme dans le roman susmentionné et Normand Malavy dans Passages. Comme le fait remarquer Véronique Bonnet : « Face à l’irréversibilité du temps. citée en épigraphe à Passages. Son essai. déclare le narrateur. « L’exil est sans doute l’arme “majeure” de l’écrivain qui entend conserver sa totale autonomie. 40 ans de littératures du Sud. 1. 76. 16. qu’il soit collectif ou individuel. comme d’autres chez Ollivier. N° 150. Ainsi. © Notre Librairie. 44. »16 L’écriture devient ainsi une sorte d’anamnèse qui rend vivant le passé. 15. Malgré la nostalgie qui imprègne son premier roman. d’un « retour au pays natal ».

son entrée à l’Académie des Lettres du Québec sont la preuve éclatante de son appartenance à au moins deux traditions littéraires. baroques. N° 150. »17 Il faut noter que l’œuvre d’Émile Ollivier. 17.. Ibid. Revue des littératures du Sud. Département d’études Françaises Avoir su nommer les choses autrement. Joubert SATYRE Chargé de cours. 40 ans de littératures du Sud. dans sa pauvreté même. C’est pourquoi il refuse de faire de l’exil une expérience traumatisante . il a su changer la langue. 18. © Notre Librairie. pour reprendre un titre de Pascale Casanova. à cause de sa portée universelle. quitte à inventer ma propre langue. p. On comprend pourquoi il n’a pas eu « l’impression d’être lu comme un expatrié » en terre québécoise. Les nombreux prix et distinctions qu’il a reçus de l’institution littéraire québécoise.. c’est d’avoir su nommer les choses autrement. ésotériques dont je pouvais disposer ou que la littérature mondiale mettait à ma disposition. mais combien obsédante est la présence de cette terre dans l’œuvre. p. Son attachement à la terre natale reste abstrait. il y voit plutôt une source d’enrichissement.55. mais Émile Ollivier dépasse ces deux traditions : il appartient désormais à la littérature universelle. la gonfler de toutes les ressources oniriques. résiste à tous les dispositifs de récupération nationalistes et identitaires.juin 2003 . L’écrivain aime parler de sa place dans « La République mondiale des lettres ». à défaut de changer le monde. Il a écrit dans Repérages : « J’ai pris conscience que je travaillais avec et dans une langue deterritorialisée (le français en Haïti et au Québec) et qu’il me fallait prendre la langue française telle que je l’ai trouvée. Il appartient désormais à la littérature universelle. Université de Montréal. En ce sens. il s’est situé autrement dans l’histoire de la littérature haïtienne . Il fallait la reterritorialiser. avril . Émile Ollivier a toujours revendiqué sa double identité et cherché « à se situer dans la littérature québécoise en général »18. 57.Écritures migrantes L’un des mérites d’Émile Ollivier. Ibid.

Léopold Seurat. il va tenter d’en résoudre l’énigme. que toute entreprise herméneutique qui permettrait d’ordonner le chaos du monde est vouée à l’échec et. N’espérant aucun retour. comme des variantes d’un seul et même événement. Bien qu’ils soient orchestrés comme une réponse aux questions d’Adrien. retourne dans son pays en pleine campagne électorale. Joubert SATYRE © Notre Librairie. laquelle traverse le roman à la manière d’un leitmotiv. les jeux d’échos entre les événements appartenant à ses strates historiques et à des niveaux diégétiques différents. un dos écrase des cuisses […] . la difficile acclimatation et l’échec d’Adrien à résoudre l’énigme de la mort de Sam. des corps orphelins de tête. avril . reprend la plupart des motifs et des thèmes chers à l’écrivain : la rencontre de l’Histoire et des histoires particulières. 294 p. Ce massacre.juin 2003 . un abdomen déchiqueté. l’exilé doit faire son deuil de la terre natale et d’archéologue. Zeth. Les Urnes scellées combinent les différents registres du fantastique. ces récits.30 € Les Urnes scellées. La malédiction est intemporelle. roman d’Émile Ollivier publié en 1995. Leur prolifération renvoie à une régression généalogique infinie dans laquelle le temps perd sa consistance. dit avec raison Zag. Sa patrie s’appelle désormais l’errance. la propriétaire de la pension où il loge . On retiendra la parfaite maîtrise de la conduite des différents récits. de l’étrange et du réalisme dans une parfaite cohérence. Il ressort de ces histoires qu’une malédiction frappe les hommes qui approchent ces filles : ils meurent tous de mort violente et un cheval ou quelque chose qui rappelle cet animal y est toujours associé. celle du retour au pays natal et celle de la découverte de la vérité. les événements se précipitent. Mona. 40 ans de littératures du Sud. 284). était l’épouse de Sam. N° 150. en répétant l’identique. des pieds coincés entre des madriers. Il est le témoin de l’assassinat en plein jour de Sam. après vingt-cinq ans d’exil au Québec. dont on ne peut s’échapper. dont l’une. c’est le massacre des électeurs dont les cadavres gisent dans les rues. se convertir en cartographe. un illo tempore. ne font qu’ouvrir un abîme de plus en plus profond devant lui. qui fait que la polyphonie ne se transforme pas en cacophonie. « Ici. laissant derrière lui sa compagne Estelle qui a trouvé des raisons de rester au pays natal. il est lui-même maltraité. le même jeu se joue éternellement ». de l’autre. d’une part. le coiffeur – Sam est assassiné en sortant de son studio – . Ces derniers thèmes donnent au roman sa tonalité à la fois ironique et tragique en montrant. le poète désenchanté. » (p. C’est là une vision circulaire du temps : les tragédies individuelles et collectives procèdent d’un temps presque mythique.Note de lecture Émile OLLIVIER Les Urnes scellées Paris. Pour atteindre son but. Zag. de « briser les scellés » de tout ce qui masque la vérité. Tel est l’argument du roman dont la structure progressive-régressive rappelle celle d’un polar. des bras sevrés de leur tronc. Ces narrateurs rapportent des récits invraisemblables sur les sœurs Mosanto. la descente dans l’enfer des mémoires maudites et une double impossibilité. Revue des littératures du Sud. 18. « l’extrême-nord de la migrance ». Une véritable vision d’horreur : « Un front s’appuie sur un sein . L’archéologue Adrien Gorfoux. tout pousse l’archéologue à dire adieu « au pays de ses racines » et à retourner au Canada. 1995. le désenchantement de l’exilé retournant à la terre natale. Ce roman marque une rupture avec la vision messianique de l’exilé – omniprésente dans les littératures du Sud au cours de la seconde moitié du XXe siècle – qui revient au pays natal pour lui apporter ses lumières. Adrien interroge trois amis du mort. Nous y retrouvons un principe compositionnel d’ordre musical qui rappelle la Neuvième Symphonie de Mahler. un notable de la ville où il séjourne. Albin Michel. Quelques jours plus tard. Vaste orchestration des thèmes et des motifs qu’affectionne Ollivier. La question que se pose alors le lecteur partageant ainsi le point de vue d’Adrien Gorfoux est si l’archéologue parviendra à résoudre cette énigme. Obsédé par cette mort. Alors qu’Adrien Gorfoux prend la défense d’un macoute qu’une foule s’apprête à lyncher. Après les funérailles de Sam.

3 D’hier et de demain : auteurs à (re)découvrir Écrire en Algérie . avril . 40 ans de littératures du Sud.juin 2003 . sept années de création Christiane CHAULET-ACHOUR 71 Naturelles correspondances entre l’univers haïtien et le « moi » universel chez Marie Chauvet Anne MARTY 76 Écrire l’Afrique aujourd’hui : les auteurs gabonais Papa Samba DIOP 81 David Jaomanoro.Maïssa Bey. N° 150. Revue des littératures du Sud. un écrivain malgache francophone original Dominique RANAIVOSON 87 Patrice Nganang : des dignités dévaluées à la honte sublime Xavier GARNIER 93 René Philoctète ou le spiralisme discret Philippe BERNARD 97 Note de lecture : Poèmes des îles qui marchent 101 L’œuvre méconnue de Fily Dabo Sissoko Jacques CHEVRIER 102 © Notre Librairie.

À l’instar de celui sur Marie Chauvet dont l’œuvre majeure Amour. Revue des littératures du Sud. répondent. est tout aussi actuelle qu’introuvable. avril . en écho. font que beaucoup d’auteurs attendent – parfois depuis longtemps – d’hypothétiques éditions et/ou rééditions… À la « pépinière » gabonaise que nous révèle l’article de Papa Samba Diop. Puisse ce dossier se révéler utile en faisant taire un peu moins… © Notre Librairie.L es conditions dans lesquelles la création littéraire des pays du Sud est générée ainsi que les difficultés de tous ordres. colère et folie.juin 2003 . les articles consacrés à quelques auteurs encore insuffisamment connus ou édités. N° 150. 40 ans de littératures du Sud.

elle se singularise par une écriture offrant des silhouettes et esquisses multiples de l’Algérie actuelle et un style où la pudeur provocatrice se marie à la recherche du mot juste pour exprimer des situations où l’être accepte d’aller au plus périlleux de lui-même. revue de femmes en Méditerranée. la marieuse proposant au vieux une « jeune gazelle » en un double discours de déférence et de dérision brocardant avec humour les rapports de sexes .2 En 1999. par Catherine Simon. cette fois. les contraintes et les hypocrisies pour faire entendre le cri de présences au monde. elle danse ». une femme choisissant la voie de sa liberté dans « Quand il n’est pas là elle danse ». Grigny. avril . N° 150. éd. « Parole et écriture ». Cette fille-là. Revue des littératures du Sud. La nouvelle. Maïssa Bey faisait son entrée dans la littérature algérienne francophone. Ses romans ont été remarqués. avec Au commencement était la mer. Maïssa Bey vit et travaille dans l’ouest algérien où elle a été professeur de français avant sa nomination comme conseillère pédagogique. un entretien suivi de quelques inédits. Marsa éditions.Écrire en Algérie . éditions de l’aube. de la nouvelle au roman. Algérie 40 ans après. était évoqué à travers une galerie diversifiée de personnages : un jeune islamiste en train d’égorger une jeune fille – on ne peut oublier ce texte tant sa concision et sa pureté de style décuplent les effets de l’horreur – . court roman mêlant le tragique du destin avorté d’une jeune fille et des accents camusiens. En 1998. Grasset. 40 ans de littératures du Sud. Des cris du quotidien à la mémoire sublimée En 1996. 2003 (coll. Valérie Marin la Meslée. Le pays. de l’aube et Littera 05. de même que le roman. Barzakh et de l’aube. éditions de l’aube. Cette fille-là. Malika y raconte son 1. dans la presse française. marquait une pause dans la publication de fictions. 1998 (Grand prix de la nouvelle de la Société des Gens de Lettres) (nouvelles) À contre-silence. Elle est cofondatrice et présidente d’une association de femmes en Algérie.Maïssa Bey. Paris. « Quand il n’est pas là. Empruntant les voies diverses de la narration. Le Point… 2. Paroles d’aube. Regards croisés) (Prix Marguerite Audoux) Entendez-vous dans les montagnes…. Le Figaro Littéraire. pour dire l’attrait de la mer. sept années de création Christiane Chaulet-Achour Maïssa Bey est une des romancières les plus attachantes de cette nouvelle génération d’écrivaines des années 90 en Algérie1. Le Monde. L’aube poche) (roman) Nouvelles d’Algérie.juin 2003 . 1996. Paris. À contre-silence. Télérama. l’écrivaine publiait un roman de parole et de désespérance. MAISSA BEY Née en 1950 à Ksar-el-Boukhari. après des études de lettres françaises à l’Université d’Alger. 1999 Cette fille-là. Paris. Patrick Besson. Paris. 2001 (coll. Réed. éd. Michèle Gazier. Œuvres : Au commencement était la mer. Elle participe à la revue Étoiles d’encre. 2003 © Notre Librairie. entretien et textes inédits. 2002 (récit) « Faut-il aller chercher les rêves ailleurs que dans la nuit ? » dans Journal intime et politique. elle faisait paraître Nouvelles d’Algérie. En 2001. Plusieurs rééditions dont une de poche à Alger. ont été adaptés au théâtre par Jocelyne Carmichael (Ateliers Théâtr’elles à Montpellier) en 2000 et 2003. La narratrice traque les non-dits.

une femme anonyme. est nécessaire au démarrage de l’échange entre les deux protagonistes. où elle signe un texte dense. de la bâtardise ou de la répudiation. « la chambre noire » de la guerre : la torture. Une technique de décrochages et de superpositions de l’imaginé et du vécu. par Cécile Oumahni. de l’antériorité et du lu. 40 ans après. La revue Encres Vagabondes. part secrète de l’être ». l’interrogation sur son père. tout éphémère. une femme et un homme. de la recherche ciselée du mot le plus juste pour transmettre les facettes attendues mais surtout insolites de l’Algérie et les vécus de ses Une écriture de la sobriété et de l’intime. de la recherche ciselée du mot le plus juste. réunies dans un lieu-rebut où elles achèvent une vie vécue sous le signe du rejet. vont confronter leurs mémoires d’abord dans le silence des mots non-échangés puis difficilement exprimés sous la pulsion de signes extérieurs : une jeune fille de vingt ans qui s’intéresse à la tension qu’elle sent entre les deux adultes car elle a déjà une imprégnation du silence algérien étant petite-fille d’un pied-noir qui n’a jamais voulu raconter « sa » guerre . En septembre 2002. 3. mort sous la torture pendant la guerre de libération nationale. 40 ans de littératures du Sud. © Notre Librairie. sans conteste. de l’opprobre. l’écriture. Cette année 2003 est aussi celle de la publication de textes dans des recueils collectifs. traduits en texte par un jeu typographique intéressant et par des télescopages de sons et de regards très subtilement dosés. Cette lente attaque de la mémoire est rendue subtilement par une technique de décrochages et de superpositions de l’imaginé et du vécu. en cours d’élaboration. lui a consacré un bel entretien. On retiendra la participation de Maïssa Bey au Journal intime et politique.histoire et celles des autres femmes. Il fallait une situation de rencontre simple et dépouillée pour transmettre ce qui lui tenait à cœur. N° 150. se complètent. Entendez-vous dans les montagnes… Il fallait une situation de rencontre simple et dépouillée pour transmettre ce qui lui tenait à cœur. Dans un compartiment d’un train qui se dirige vers Marseille.juin 2003 . Cette œuvre. à Rueil-Malmaison. Min Djibalina (« De nos montagnes »). à lui seul. suggère cette double mémoire française et algérienne en superposant La Marseillaise et un des chants les plus célèbres des combattants algériens. Revue des littératures du Sud. révèle une écriture de la sobriété et de l’intime. à l’expression raciste banale mais dont la présence. deux personnages. instituteur. le puzzle de la disparition du père se reconstitue. Algérie. Nouveaux champs Ce parcours éditorial aussi précis que possible montre. la percée étonnante (1996-2003) d’une nouvelle romancière dans le double champ algérien et français. Maïssa Bey vient d’éditer un récit particulièrement attachant et bouleversant. cette lente remontée vers le souvenir le plus abject. Les deux mémoires s’affrontent. dans son n° 26 de l’Automne 2002 : « Maïssa Bey. La banalité de la situation laisse place à l’essentiel. avril . Le titre.

la nécessité de puiser dans ce que l’on a de plus intime. de plus profond pour l’exposer. N° 150. constitue une mise en danger de son être. 40 ans de littératures du Sud. plongée dans les contradictions de son pays et qui y crée3. Prendre les chemins de l’écriture. accepter de naître au verbe. Mais c’est dans cet équilibre précaire entre le désir de dire et la tentation du silence que je peux me sentir exister. En dehors des autres menaces liées à la situation que traverse le pays. © Notre Librairie. Elle révèle aussi la force d’une écriture de femme. en mai 2001 : « Il y a. Maïssa Bey déclarait. Revue des littératures du Sud. c’est accepter la souffrance et le bonheur qui accompagnent toute naissance au monde. de plus secret.juin 2003 . aller à contre-silence. un ensemble de contradictions qui sont en fait les contradictions inhérentes à toute activité créatrice. Déjà. dans l’acte d’écriture. avril . en prenant le risque d’affronter le regard et le jugement des autres. » Christiane CHAULET-ACHOUR Université de Cergy-Pontoise Cet équilibre précaire entre le désir de dire et la tentation du silence.habitants. le mettre en lumière. me semble-t-il.

Un paquet que l’on a déposé subrepticement. Il faut dire qu’en cette période trouble de ma naissance encore pudiquement appelée période des événements d’Algérie. Une chose vaguement vagissante qu’on a abandonnée sous un porche. N° 150. cela va sans dire.juin 2003 . Cela je ne l’ai pas inventé. © Notre Librairie. en raison de son Irréversibilité Évidente. L’honneur d’une mère. L’accepter. faute de moyens ou de courage. Une preuve concrète et surtout vivante qu’on n’a pas pu supprimer. Revue des littératures du Sud. Une des insultes les plus graves qui puisse être proférée. Ce mot souvent lancé comme un crachat. 40 ans de littératures du Sud. Je suis l’Incarnation de la Faute et jusqu’à preuve du contraire. Ce qu’il n’est même pas nécessaire de démontrer. Un paquet que l’on a dû longuement hésiter avant de ramasser. Dont on s’est éloigné vite. Répétez après moi : tout déguisement est révolte inutile. Faire mienne enfin cette question : à quoi bon vouloir travestir la vérité ? Oui. Je suis la fille qu’on montrait du doigt en chuchotant. avril . Pire encore. très vite. Reconnaître et accepter Ça. je suis une bâtarde. Même inconnue.Extrait Cette fille-là Je suis une enfant trouvée Une bâtarde et donc une fille du péché. parce qu’on a dû avoir peur qu’il explose. la nuit venue ou au petit matin. la Preuve Matérielle du Délit de Fornication. Farkha. Un tel début dans la vie ne se choisit pas. il était certainement plus fréquent de trouver des pains de plastic au seuil des maisons que des enfants abandonnés. sans se retourner. Jamais plus je ne raconterai des histoires. c’est-à-dire la seule histoire vraie. Ce mot trop souvent entendu. Impardonnable puisqu’elle met en cause l’honneur d’une femme.

44-45 © Notre Librairie.Rien ne se pardonne chez nous. Revue des littératures du Sud. non naturels. 40 ans de littératures du Sud. 2001 (coll. Imaginer en toute impunité les innombrables bonheurs auxquels ma condition me donne droit. aussi visible qu’une tare congénitale. Aucun de ces euphémismes que l’on peut trouver dans d’autres langues. Ou Farkh. au masculin. Et surtout pas le déshonneur. Se résigner alors ? Accepter en silence les affronts. Farkha. Du seul héritage que peuvent recevoir tous ceux qui. il rejaillit par ricochets. avril . Il se transmet. Paris. Maïssa Bey. les humiliations. Cette-fille-là. N° 150.juin 2003 . Fait partie de l’héritage. éditions de l’aube. Ah ! – soupir de satisfaction – Naître loin des tumultes de la mère. la bâtarde. comme moi…etc. Bonheurs refusés à tous ceux que le sort a dotés de parents connus. Pas d’autre mot chez nous pour désigner les enfants conçus hors mariage. ou pire encore les regards apitoyés ? Ou essayer de se convaincre que… Oui… que j’ai sur les autres. de génération en génération. les enfants dits légitimes. Sans jamais s’enfoncer dans l’oubli. Regards croisés). pp. des avantages certains. rejaillit.

1961). après s’être épanouie dans son métier de © Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. son Brevet élémentaire. de JeanBaptiste Lapointe (La Danse sur le volcan) ou de Facius (Fondsdes-Nègres. Amour. la mulâtresse Lotus Degrave fonde la « crêche de Bolosse » au service des petits orphelins . à New York. Sur fond d’antagonisme de races. Qu’il s’agisse de Georges Caprou (Fille d’Haïti). blessées. et Marie Chauvet meurt. qui. en 1973. Elles surmonteront les épreuves de la vie grâce à l’amour qui s’incarne dans des hommes militants d’une cause humaniste. Figures idéales. autour des années 1946 pour Fille d’Haïti (1954). en fin de récit. en 1933. mènent de front quête d’identité et quête du bonheur. Au cours de ses deux mariages. MARIE CHAUVET Marie Chauvet (née Vieux) est née en 1916 à Port-au-Prince d’une mère antillaise originaire des Îles Vierges et d’un père haïtien. elle affirme ne vouloir se destiner qu’au métier d’écrivain. toujours liées à l’universel. les romans d’apprentissage mettent en scène des personnages féminins adolescents. des suites d’un cancer. elle obtient. de La Danse sur le volcan. paternelles en quelque sorte.juin 2003 . meurt au service de l’indépendance haïtienne. elle connaîtra plusieurs maternités. affectés par la mort ou le départ de parents (la mère de préférence). Après des études à l’annexe de l’École Normale d’Institutrices. un peu avant la guerre d’indépendance de Saint-Domingue pour La Danse sur le volcan (1957). À seize ans. Le roman d’apprentissage au féminin Qu’ils soient écrits à la première ou à la troisième personne. sous la dictature duvaliériste. c’est l’exil. les héroïnes. 40 ans de littératures du Sud. la publication par Gallimard de son œuvre maîtresse. pose à la famille des problèmes de sécurité.Naturelles correspondances entre l’univers haïtien et le « moi » universel chez Marie Chauvet Anne Marty L’œuvre romanesque de Marie Chauvet innove par sa capacité à dévoiler la profondeur humaine grâce à un usage impudique du langage qui joue habilement du « je » et du « nous ». avril . ceux-ci les aident à prendre conscience des forces sociales en œuvre dans leur propre pays. N° 150. Colère et Folie. Cette audace de langue qui enfreint les normes de toute société bien-pensante s’exerce aussi bien dans l’analyse psychologique que dans le traitement de thématiques proprement haïtiennes. ont trouvé un sens à leur vie. Dès cette période. très influent dans le monde politique de son époque. En 1968. Dans Fille d’Haïti. ces amoureux structurent la personnalité des héroïnes. Ninette.

Plon. qui expose sans pudeur ses fantasmes sexuels : ainsi. qui. « Problématique de l’espace dans l’œuvre de Marie Chauvet » in Notre Librairie. Paris. 26-36 Maximilien Laroche. pp. Œuvres : La Légende des fleurs (plume Colibri). Études sur Marie Chauvet : Léon-François Hoffman. Deschamps. « Amour ». Deschamps. 107-127. perversion. « Amour. 1984 Anne Marty. 2000 Marie-Denise Shelton. contribuera à la renaissance du village. Gallimard. sont l’occasion d’une véhémente révolte contre l’ordre établi. Paris. « Trois études sur “Folie” de Marie Chauvet » in Grelca. « vieille fille » de trente-neuf ans. Colère et Folie de Marie Chauvet ou la ronde des signes » in Conjonction. violence et spirale de mort. Port-au-Prince (Haïti). pp. pp.« Faulkner-Chauvet : un cas d’intertextualité (“Colère”) » in Chemin Critique. Les relations avec les membres de sa famille. Paris. janv. Le premier récit évoque le processus de dégradation matérielle et morale de la famille Normil. prisonnière de l’univers domestique auquel la confine la répression politique et sociale. vol. 2. épouse Facius. 23-27 . Les rapports du « politique » et de l’individu ont été merveilleusement explorés dans cette œuvre dont la publication a été conçue sous forme de triptyque. 87-91 Yanick Lahens. Rose Normil. Paris. 1991. 189-207 . qui s’oppose un jour à l’occupation arbitraire de leur terrain par les « hommes noirs » (les tontons macoutes). n° 172. 1986 (roman) L’œuvre majeure Dans son œuvre maîtresse. avril 1997. 1er tri.-déc. Paris. la romancière laisse entendre que la seule espérance dans la vie ne dépend que de la lucidité de la conscience ou de l’aptitude à rêver.« Le personnage féminin rénové par la parole intimiste de quelques romancières haïtiennes » in Haïti en littérature. avril .juin 2003 . qui prennent la forme de jeux de rôle. déformation personnelle : l’éducation de Claire dans “Amour” de Marie Chauvet » in Études créoles. 1968 (roman) (Prix Deschamps 1986) Les Rapaces. sept. oct. sera la victime consentante mais faussement propitiatoire de cette vaine transaction. Paris. 1995. Port-au-Prince. n° 133 . Fasquelle. pp. 142-151 © Notre Librairie. elle se réfugie dans la seule liberté qu’il lui reste. L’esprit de générosité a triomphé de la haine. l’héroïne de Fondsdes-Nègres. 1961 (roman) (Prix France-Antilles) Amour. n° 132. 1987. Deschamps. n° 24. propriétaire terrienne depuis plusieurs générations. 1947 (théâtre) Samba (pièce historique). Port-au-Prince (Haïti). p. leader révolutionnaire . après une infâme négociation. Les romans d’apprentissage témoignent donc d’une interrogation originale sur le personnage féminin en Haïti. n° 1. 104 . celle-ci se nourrissant d’un habile va-et-vient entre l’individu et le collectif. « Entre je et nous. le paysan instruit. N° 150. Amour. 2. La narratrice-héroïne fait preuve d’une telle ingéniosité verbale et d’un sens si aigu de la dérision qu’elle finit par aboutir à l’heureux dénouement recherché : une émancipation individuelle doublée d’une libération collective.-avr. 1954 (roman) (Prix de l’Alliance française) La Danse sur le volcan (traduit en anglais et en hollandais). Cette œuvre éclaire la réflexion sur la duplicité humaine dans un contexte dictatorial qui ne peut sécréter que lâcheté. Québec. 1947 (théâtre) Fille d’Haïti. Colère et Folie. Maisonneuve et Larose / La Flèche du temps. et Marie-Ange Louisius. tout en conservant une relative confiance dans une figure masculine idéale. pp. dont l’action se déroule en 1939.comédienne et avoir découvert quelques faiblesses à son amoureux. 17. « Offerte » par son père aux « macoutes » pour récupérer l’objet du désir. pourtant libre et lucide jusqu’à la mort. Port-au-Prince.« L’apport de quatre romancières au roman moderne haïtien » in Notre Librairie. 1997. apparente du moins. apte à s’opposer à l’ordre social existant. tant les contingences extérieures (la dictature) à l’homme annihilent sa capacité d’action et le succès de ses entreprises. la romancière parvient à une exploration du féminin qui apparaît comme le puissant révélateur d’une humanité approfondie . « Formation sociale. 1998. pp. Colère et Folie (1968). Quant à « Colère » et « Folie ». présente Claire Clamont. Revue des littératures du Sud. 1957 (roman) Fonds-des-Nègres. 40 ans de littératures du Sud. par son action sociale menée conjointement avec le vertueux houngan Beauville. Port-au-Prince (Haïti). l’œuvre de Marie Chauvet est fécondée par la conscience du tragique » in Pour Haïti.

modeste propriétaire terrien réduit à la mendicité. torture. notamment le Français Simon qui a fait la guerre de 40. N° 150. Des camarades viennent le retrouver et lui posent la question du mode de résistance. L’histoire s’ouvre sur les obsèques du « despote sanguinaire » (François Duvalier) et nous livre un pan de la gouvernance de son fils.La perte des repères spatio-temporels engendrée par la terreur atteint son paroxysme dans le deuxième récit. ce souffle narrateur et cette cinglante ironie qui décryptaient si singulièrement les profondeurs de l’âme humaine ! Faut-il en voir la cause dans un changement de genre ? Avec Les Rapaces. c’est la mort qui n’a pu être évitée avec. René meurt en se remémorant les images de la crucifixion de Jésus-Christ . s’enferme dans le délire d’attaquer « les diables » pour libérer la ville : il lance dans la rue une bouteille de rhum. interrogatoire. Michel et Anne. perquisition. Pour s’abriter des balles de fusil envoyées par les « diables ». après avoir été spolié par les miliciens. le monde impitoyable du pouvoir duvaliériste (vampirique. le poète René se barricade dans sa mansarde empoisonnée par l’odeur de cadavre. Intervention militaire qui crie au complot : enquête. Face à eux. Seulement. René est-il fou réellement ou joue-t-il à être fou ? Condamné au poteau d’exécution. avril . il espère également que sa mort serve à perpétuer le souvenir des ces « curieux » résistants qu’ils ont été. alcoolique. Entre dérision et tragique. puisqu’il se nourrit du sang des pauvres). Disparus. les héros de Marie Chauvet incarnent avec originalité et justesse l’humaine condition. Il s’agit avant tout de la prise de conscience d’Alcindor (chargé de ses quatre enfants). emprisonnement. ici. au bout de la conscientisation. les héros de Marie Chauvet incarnent avec originalité et justesse l’humaine condition.juin 2003 . La rencontre entre des classes sociales opposées est rendue possible grâce aux marqueurs symboliques du « chat » (symbole de luxe pour les dirigeants et de nourriture pour les pauvres) et du « sang » qui structurent l’œuvre sur le plan spatio-temporel : le cheminement d’Alcindor pourra s’identifier à celui des intellectuels révolutionnaires. « Folie ». Entre dérision et tragique. © Notre Librairie. René. sa charge de pessimisme absolu. Revue des littératures du Sud. Une œuvre inclassable dans le parcours de l’auteur Ce roman témoigne d’un style étrangement différent de celui auquel nous avait habitué Marie Chauvet. Marie Vieux nous introduit dans un récit à mi-chemin entre la fable et la nouvelle à visée idéologique. 40 ans de littératures du Sud.

N° 150. Revue des littératures du Sud.Val de Marne Le mérite de l’œuvre de Marie Chauvet est d’avoir montré. le mérite de l’œuvre de Marie Chauvet est d’avoir montré. de violence et d’idéal déçu ou espéré fonderaient le projet romanesque de tout écrivain. l’œuvre de Marie Chauvet s’inscrit résolument dans la modernité. les liens étroits entre ce type de sentiments et la société qui les génèrent. d’une manière étonnamment originale. de dépossession de soi. En cela et grâce à l’audacieuse interrogation du « je » féminin.juin 2003 . © Notre Librairie. c’est-à-dire une société prisonnière du chaos ou de la dictature. Anne MARTY Université de Paris XII . 40 ans de littératures du Sud. quelle que soit sa société d’origine.Modernité Quand bien même les sentiments de bâtardise. les liens étroits entre ce type de sentiments et la société qui les génèrent. d’une manière étonnamment originale. avril .

Et j'ai pleuré parce que j'ai l'âme tendre et que tous les poètes ont l'âme tendre et sensible.Coupez têtes. les bras croisés.Tu es intelligent. se mêler à mon sang. mon garçon. 372-373) (Texte reproduit avec l’aimable autorisation de Marilyse et Régine Charlier et Pierre Chauvet. sérieux et attentif.juin 2003 . je te pousserai dans tes études. N° 150. de Marie Chauvet. pp. je m'étais retrouvé seul. Mozart seul est un séraphin parmi les génies. était mon frère par-delà le sang. quelque chose qui m'appartenait aussi en propre parce que les liens entre cette chose-là et moi avaient été créés. Mozart.Extrait Amour. colère et folie . moitié créole. ce jour-là. Je vois danser les maisons de la ville. l'Allemand. J’ai écrit en français des vers sur Christophe. Qui m'a appris à aimer Mozart ? Un jour. Et je l'ai regardé sans comprendre.. c'est de la musique. Et je ne compris que plus tard que j'avais fait connaissance. pensant plus souvent en créole qu'en français. René. Il m'avait en effet poussé. Je me cramponne comme un morpion à l'héritage colonial. en hurlant : . je te pousserai dans tes études. puis.. avec quelque chose d'universel sorti des entrailles profondes du monde des hommes .Tu es très intelligent. Mais il avait soixante-dix ans et il mourut un peu avant ma mère.Tu veux une sèche ? m'a dit dernièrement Simon. non des faux qui composent des vers par mode. la deuxième. seul au milieu du peuple. une méringué à la mode. René. l'écoutant. Colère et Folie. avril . brûlez cailles ! Ses discours sur l'Indépendance. Toussaint et Pétion. Seul avec mes auteurs français. Paris. Trait d'union entre les races comme l'étaient Villon. Pourquoi pas ? Dessalines a-t-il cru le déraciner. Le premier joue un concerto de Mozart. est-ce en créole que son secrétaire Boisrond-Tonnerre les avait rédigés ? Et Toussaint ? En quelle langue avait-il appris à lire pour rivaliser d'intelligence avec Bonaparte ? . j'avais ouvert sans frapper la porte du salon du docteur Chanel et il me surprit. Elles forment une ronde autour de ma mansarde. malgré les belles phrases françaises que je lisais. Extrait d’Amour.) © Notre Librairie. parlant moitié français. pour se faire valoir. Baudelaire et Rimbaud. Mozart chasse en moi l'envoûtement du tambour. un jour.Ça. me disait-il. Dessalines. Gallimard. Je parle des vrais. immobile. notre copain français. Il continuait à me répéter : . Il m'a dit : . par-delà les siècles et les distances. 1968 (in « Folie ». La biographie de Mozart que me fit lire le docteur Chanel me rendit ambitieux. en m'offrant une cigarette. Revue des littératures du Sud. Je sentais les notes m'entrer dans la chair. Elles défilent toutes et j'entends tour à tour le piano du bon docteur Chanel et la radio de Mme Fanfreluche. malgré les beaux vers français que j'apprenais et mon premier poème écrit en français fut dédié au Frère Justinien. 40 ans de littératures du Sud.

ou encore Ferdinand Allogho-Oké (Vitriol bantu. Arthur Benga Ndjeme (Abécédaire. tout. la littérature gabonaise continue d’occuper au sein du corpus des œuvres africaines subsahariennes une place de plus en plus significative. .juin 2003 La condition de l’homme « en situation ». Parmi ses voix les plus représentatives (Dnouda Depenaud. celle du Gabon traite de la condition de l’homme « en situation ». révélant quelque chose de rustique et une évidente prédilection pour l’école du village. Cris et passions en 1996). N° 150. avril . Jean-Baptiste Abessolo ou Georges Rawiri). Dire le quotidien Ce premier recueil de poésie est suivi en 1987 d’Ainsi parlaient les anciens. d’autre part sans les commentaires et les constructions annexes dont sont communément entourées ses homologues d’autres régions. chez Jean Divassa Nyama par exemple. la fontaine publique. une imagerie saisie au cœur du réel le plus familier.Écrire l’Afrique aujourd’hui : les auteurs gabonais Papa Samba Diop D’année en année. jusqu’aux dimensions réduites des poèmes fait songer à un miniaturiste discret. Paul Vincent Pounah. qu’elle soit par ailleurs le fait de Diata Duma ou de Joseph Bill Mamboungou. On est sensible dans ces deux volumes à une influence diffuse de la poésie de la négritude. fait entendre dans les premières décennies des indépendances le timbre particulier de son pays. avec des techniques narratives expérimentales et sous des formes rassurantes d’une part. 1981). 2001) au côté desquels seraient encore à citer de multiples créateurs à qui © Notre Librairie. chant d’ombre 1995). avec. 1997). Dès lors. Revue des littératures du Sud. 1990) et Ludovic Obiang (Péronnelle. il est illustré entre autres par Vincent Paul Nyonda (La Mort de Guykafi. avec Le Crépuscule des silences. Laurent Owondo (La Fille du gouverneur. laquelle demeure vivace dans d’autres poèmes gabonais comme ceux écrits par Okoumba Nkoghé (Rhône-Ogooué en 1980). 40 ans de littératures du Sud. Eric Joël Békalé (Le Chant de ma mère en 1993. Dyatelm Nding (Le Poème de la vallée : interlude. avec un regard qui capte au ralenti la succession de simples gestes. retentit dès 1975 celle de PierreEdgar Mounjégou qui. le maïs qui germe ou les ustensiles de cuisine. Si l’on envisage le théâtre. Quentin Ben Mougaryas (Voyage au cœur de la plèbe en 1986). Poésie généralement de la contingence. 2001).

1999) et Eric Joël Békalé (Au pays de Mbandong. © Notre Librairie. entêté et cupide. thématise des pratiques superstitieuses et la sorcellerie. Les Matitis d’Hubert Freddy Ndong-Mbeng. Tout aussi allégorique sera le texte de Moussirou Mouyama. Puis vient le roman qui. Revue des littératures du Sud. Déjà en 1985. dans la décennie 1992-2002. La même année. connaît une existence éparse. et pour les mêmes raisons liées aux moyens de diffusion. l’auteur s’engage dans l’écriture de la condition féminine. Et Okoumba Nkoghé d’opposer (dans La Mouche et la glu en 1994) Nyota. C’est à la même inspiration du roman social qu’appartient Un seul tournant Makôsu de Justine Mintsa. Ferdinand Allogho-Oké publiait Biboubouah. proposait un portrait de femme rebelle : Nindia. G’amèrikano. Parole de vivant. ce qui en rend l’étude globale plus exigeante. distribuée qu’elle est dans de nombreuses revues africaines ou européennes. à donner le change en plaçant son roman dans un décor épique où s’opposent l’Empire d’Occident au pays mythique d’Azanie. La parabole ne présente plus aucun mystère dans le Le Bourbier de Nguimbi Bissiélou (en 1993) qui par l’image de cette camionnette enlisée dans la fange d’une route mal entretenue. En fait. mot du vocabulaire populaire servant de titre à ces chroniques équatoriales grâce auxquelles l’auteur promène son lecteur à travers le pays fang. 1983 .l’édition ou les réseaux de promotion de ce genre littéraire n’ont pas encore permis de se révéler au grand public. avec Au bout du silence. où. de bas-fonds où La nouvelle […] partage avec le théâtre un dynamisme incontestable. Fureurs et cris de femmes. à partir du court récit de Robert Zotoumba en 1971. brocarde les responsables politiques aux discours si enthousiastes quant à la modernité du pays en question. le narrateur alerte les autorités politiques de l’existence. paru en 1994. déterminé à la marier à un homme riche qu’elle n’aime pas. publié en 1992 et où il faut apprendre à « regarder le ciel » pour sauver le « Pays-des-deux-fleuves ». avec La Fin d’un mythe. 1983) dont l’inspiration première vise à la démystification des icônes inhérentes à l’histoire coloniale. Avec l’Histoire d’Awu (2000). à son père N’Gombi. le roman confortera son élan picaresque avec le carnet de route d’un lycéen. préjudiciable à l’équilibre social local. qui après la mort de Rèdiwa. photographiant les plaies des bidonvilles. émigrait en ville au grand dam de Kota. N° 150. une fille instruite. Laurent Owondo. ce texte étant un roman à clé où est à peine grimé le visage du mari de la romancière : l’homme qui a bâti une université. 2001). 1980 . elle aussi principalement représentée par Ludovic Obiang (L’Enfant des masques. L’Histoire d’un enfant retrouvé (59 pages). avril . a connu un développement vigoureux chez des auteurs aussi distincts que Ntyugwetondo Rawiri (Elonga. 1989) qui. elle partage avec le théâtre un dynamisme incontestable. Otembé Junior cherchera en 1990.juin 2003 . outre le statut de la femme. Quant à la nouvelle. une extravagance que plus d’une personne trouva indigne d’une femme faite épouse ». son époux : « Il y avait même dans la manière dont elle nouait maintenant son foulard. l’aïeul symbolisant l’ordre patriarcal. 40 ans de littératures du Sud. ou Séraphin Ndaot (Le Procès d’un prix Nobel.

Ici. 1992). 2002). responsables selon l’auteur de l’« enlisement » dans la crise des valeurs culturelles. Citons encore de cette période Georges Bouchard (Le Jeune officier. La préoccupation sociale. Janis Otsiémi (Tous les chemins mènent à l’Autre. Jean Diwassa Nyama (La Vocation de Dignité. Seul contre rien » écrit Janis Otsiémi dans Tous les chemins mènent à l’Autre. Georges Bouchard (Le Jeune officier. Janis Otsiémi (Tous les chemins mènent à l’Autre. Deux bébés et l’addition. 1999). Toutefois. poésie et narration. premier roman de l’auteur. 1997 . afin de dire la solitude de l’être : « Je suis seul… Seul contre tous. La mise en scène d’un « je » procédant à une introspection sans ménagement. Jean-Mathieu Angoué-Ondo (Résidence Karabonella. pour témoigner de tentatives esthétiques et philosophiques correspondant à l’émergence d’une littérature qui. La préoccupation sociale. il convient de remarquer chez des auteurs comme Moussirou Mouyama (Parole de vivant. L’idéal et le réel… Cette imbrication du romanesque dans le social a autorisé le chercheur Didier Taba Odounga à intituler sa thèse soutenue en Sorbonne en 2003 : La représentation des conflits sociaux dans le roman gabonais. 2002). si elle est parfois « mâtinée de miel et de fiel ». sait aussi entremêler chants. avril . Les Taches d’encre. Le Bruit de l’héritage.grouillent.juin 2003 . Il suffit à cet effet d’écouter s’exprimer les héros d’Armel Nguimbi Bissiélou lorsqu’ils stigmatisent. cabossés par la vie. 2000). un travail analytique traitant du roman comme d’un prisme par lequel les auteurs s’attèlent à « la mise en discours littéraire de l’histoire sociopolitique du Gabon ». Chantal Magalie Mbazoo-Kassa (Sidonie. Joseph Bill Mamboungou (Le Destin d’un guerrier. on assiste à la mise en scène d’un « je » procédant à une introspection sans ménagement. 2000). 1999 . 2001). l’arrivisme matérialiste et l’incurie sociale. des origines à nos jours. les conduites xénophobes. au-delà de la veine dénonciatrice et du réalisme satirique attentif au côté baroque de la vie saisie au quotidien. dans Le Bourbier (1993). Revue des littératures du Sud. © Notre Librairie. 2002) une tendance de l’écriture à s’émanciper de sa tonalité picaresque ou strictement sociologique (à la manière de G’amèrikano où Ntyugwetondo Rawiri dépeint le monde interlope d’Igewa et fait dire à son héroïne Toula : « Je suis plus malheureuse que lorsque je ne possédais et ne connaissais rien »). 2002) ou Bessora (Les Taches d’encre. politique ou religieuse n’est jamais éloignée des thématiques majeures. 40 ans de littératures du Sud. N° 150. 1999). 2000 . politique ou religieuse n’est jamais éloignée des thématiques majeures de ce corpus. loin de la chronique sociale attristée comme peut être défini Bourrasque sur Mitzic de Ferdinand Allogho-Oké (1985). 2002) ou Bessora (53 cm. d’inquiétants laissés-pour-compte du modernisme.

espèce particulière de bourgeois se complaisant dans la manipulation et l’intimidation des moins nantis que lui. N’gombi. à facture parfois autobiographique (Un seul tournant Makôsu de Justine Mintsa). simples supports de messages qui les dépassent et les assemblent. N° 150. Revue des littératures du Sud. matérialiste forcené. qui pourtant ne lui veut que du bien. Un univers à révéler Ce qui est captivant dans ces textes. 40 ans de littératures du Sud. prennent place parmi celles du refus des croyances rétrogrades : chez Ntyugwetondo Rawiri comme dans les textes d’Émilie Koumba ou ceux de Justine Mintsa. qui remplit idéalement la fonction du bouc émissaire. père de Nyota. généralement neutre jusqu’à l’effacement. 1999). Anka d’Au bout du silence (Laurent Un certain nombre de prototypes inoubliables. pour soupeser dans leurs mains toutes les entraves à l’avènement du pays rêvé : les mille formes de l’oppression et du mensonge social. vénal et sans scrupules. © Notre Librairie. Chantal Magalie Mbazoo a consacré à ce courant littéraire une étude de quatre cents pages intitulée La Femme et ses images dans le roman gabonais (Université de Cergy-Pontoise. y compris vis-à-vis de son neveu Igowo. ce n’est pas non plus le style. un univers qu’elle traduit par la fiction à l’aide d’un certain nombre de prototypes inoubliables : M’poyo de La Mouche et la glu (Okoumba Nkoghé). Dans le même texte. Elles sont faites pour voir. Et Amando. presque indiscernables les uns des autres. Tu t’appelleras Tanga de Calixthe Beyala par exemple). Igowo qui incarne la silhouette du métis obstiné à entretenir avec l’Afrique un rapport d’adoration.On peut encore noter que la plupart des textes qui viennent d’être cités gravitent autour d’images féminines dégradées au sein d’une société minée par des croyances et pratiques ancestrales. Elles-mêmes auraient pu être peintres ou sculptrices. Mboumba dans Elonga (Rawiri). avril . ce ne sont pas – dans le roman en particulier – des intrigues époustouflantes. parfois de passion et de révolte. lesquels expriment l’insatisfaction devant le monde et renvoient à l’espoir ou au pressentiment d’une autre vie. Leur littérature est un regard avant d’être une sensibilité. Leur littérature est un regard avant d’être une sensibilité. précédés dans leur aspiration à des lendemains meilleurs par la poésie réaliste de Josette Lima ou le théâtre didactique de Joséphine Kama Bongo. Dans ce contexte. ce ne sont pas les comparses. Ce qui constitue l’attrait de cette littérature c’est qu’elle a un univers à révéler. pour toucher le pays réel. Si on oublie les doctrines formelles ou nationales et qu’on se met en face des œuvres elles-mêmes : elles exercent sur nous la même action puissante que les textes classiques de littérature francophone subsaharienne (Une si longue lettre de Mariama Bâ.juin 2003 . ambitieux et fourbe. les femmes écrivains du Gabon livrent des messages dictés par une profonde expérience humaine. et leurs œuvres.

que Jean Divassa Nyama – attaché dès son premier roman en 1991. c’est qu’elle garde la matière privilégiée de la littérature africaine francophone : à savoir l’existence et la coexistence d’hommes et de femmes lâchés dans un espace triplement marqué de leurs estampilles par les histoires traditionnelle. Mulélé dans Adia (Okoumba Nkoghé). Une place de plus en plus marquante Ce qui assure à la production gabonaise montante sa fécondité. est un marxiste superficiel. de Bessora en étant une variation non dépourvue d’humour). avril . D’Au bout du silence (Laurent Owondo) au Procès d’un prix Nobel (Séraphin Ndaot). en bord de mer. Ailleurs. politique et spirituel du pays qui lui sert de contexte immédiat. Oncle Mâ. illustre l’entente conjugale sans que la fable n’occulte les vicissitudes de l’existence matrimoniale. surtout vis-à-vis de sa femme Saïlé. politique et spirituel du pays qui lui sert de contexte immédiat. Le Bourbier (Armel Nguimbi Bissiélou) ou encore Tous les chemins mènent à l’Autre (Janis Otsiémi). exprime la souffrance de la femme en milieu fang. Otiembé). En porte-à-faux avec l’ensemble de son environnement social. carrière. Awu. amitiés.Owondo). quels qu’en soient le genre et la variété des styles (53 cm. le couple que forment Oyono et Ndong dans Un seul tournant Makôsu de Justine Mintsa. coloniale et postindépendante. et Ombre. à dresser une chronique du Sud du Gabon. Ma-Kaandu. doivent faire le constat amer que dans le pays où la première cherche à monter la garde sur l’essence de la tradition. l’épouse inespérée qui vient le rejoindre. De manière à la fois lucide et sentimentale. et Ytsia-Moon. L’Enfant des masques (Ludovic Obiang).juin 2003 . en passant par Les Matitis (Hubert Freddy Ndong-Mbeng). Revue des littératures du Sud. revêtu de tous les atours seyant à un gardien des traditions. n’est par ailleurs jamais indifférente au sort culturel. 40 ans de littératures du Sud. relations familiales. la grand-mère détentrice de la parole ancienne et vigilante à sa sauvegarde. Il y a aussi l’image rétive de Dignité. le petit-fils distrait qu’Auguste Moussirou-Mouyama installe dans Parole de vivant comme au seuil d’un monde qui s’effondre. en porte-à-faux avec l’ensemble de son environnement social qui par ailleurs n’a que mépris pour lui car il a tout raté dans sa vie : examens. à la clôture du texte. en particulier celle du peuple Punu – a su fixer (La Vocation de Dignité) comme l’une des rares figures féminines à s’être émancipées de la tradition rurale si peu favorable à l’indépendance de la femme. © Notre Librairie. personnage violent. « personne ne sait plus ce qui a été ». sensible aux noces de la nature et à la volupté de la flore. cette écriture émergente. elle lui Jamais indifférente au sort culturel. du Bruit de l’héritage (Jean Divassa Nyama) à Fureurs et cris de femmes (Ntyugwetondo Rawiri). N° 150. dont les difficultés sont contées aussi par Justine Mintsa (Histoire d’Awu). lorsque les traditions la contraignent au rituel du veuvage par exemple. et de l’Histoire d’Awu (Justine Mintsa) à La Fin d’un mythe (Junior H.

Léonard. Libreville. Adia. [Roman] Divassa Nyama. Histoire d'Awu. 1993 [Roman] Bouchard.] Mbazoo-Kassa. 53 cm : roman. Péronnelle : comédie dramatique en trois actes. le Père Trilles (1902). Éditions Udégiennes. 2000 [Roman] Mintsa. Paris. Éd. Libreville. chant d'ombre. [1999]. Junior H. Auguste. La Pensée Universelle. L'Harmattan/Éd. Tous les chemins mènent à l'Autre : roman. Siana. 1999 [Roman] Bessora. Éd. Nzebi : une épopée d'Afrique centrale. [Poésie] Andjembe.. Wanda. 2002 [Roman] Divassa Nyama. Libreville. s. 1980 [Roman] Okoumba-Nkoghé. Libreville. Eric Joël. Paris. Bajag-Meri. Le Serpent à Plumes. Agence de coopération culturelle et technique. La Courbe du soleil. Éd. Joseph Bill. : étude] Angoué-Ondo. 2002 [ Roman] Bessora. Éd. 1996 [Poésie] Bessora. 1995 [Poésie] Ndjeme. Éd. Paris. 1997 [Roman] Koumba. Petites misères et grand silence : culture et élites au Gabon.] Otembé. Jean. Deux bébés et l'addition. La Fin d’un mythe. Éd. Les Affolettes. Libreville. Éd. Paris. Paris.. Joseph. Gallimard. Premières lectures Lomé. Chantal Magalie. Silex. Vitriol bantu : poésie. du Silence. Ludovic Emane. 2002 [Roman] Mbadinga-Moundounga. : Sally de mes rêves. Le Jeune Officier. Raponda Walker. F. Éd. Paris. de décennie en décennie. Libreville. Justine. Éd. Ndzé. Ferdinand. Le Serpent à Plumes. Debresse. Jouy-le-Moutier [95282]. Paris/Libreville. Éd. 2001 [Littérature trad. L'Harmattan. 2001 [Nouvelles] Békalé. Ndzé. Le Mythe olendé : sources. Paris. Le Serpent à Plumes. Éd. Paris. Le Bourbier. Africa Éditions. Résidence Karabonella : roman. 1999 [Nouvelles] Obiang. 2000 [Roman] Békalé. Eric Joël. [Libreville]. Raponda Walker. Libreville. suivi de Bourrasque sur Mitzic. Papa Samba DIOP Université Paris XII – Val de Marne Bibliographie Allogho-Oké. Armel Nguimbi. Servédit. Paris. Veillée au village. L'Enfant des masques : nouvelles. Luc. France. E. Ndzé/Éd. Les Matitis. 2000 [Roman] Bissiélou. Le Poème de la vallée : interlude. Saint-Joseph. Paris. 1999 [Littérature trad. Arcam. Libreville. Revue des littératures du Sud. Les Taches d'encre. Ferdinand. 1980 [Récit] Ngowet. pionnier dans les écrits relatifs à l’histoire humaine et littéraire du Gabon. N° 150. Paris. H. Libreville. Le Destin d'un guerrier. Impr. Au Pays de Mbandong : nouvelles. Le Bruit de l'héritage. Sidonie : roman. une place de plus en plus marquante dans le corpus des œuvres africaines. 1986 [Roman] Mintsa. L’Harmattan. La Vocation de Dignité. 1993 [Roman] Okoumba-Nkoghé. Justine. Paris. des Écrivains. Raponda Walker. Éd. Jean. 40 ans de littératures du Sud. 1997 [Jeunesse : Poésie] Ndong-Mbeng. essai de lecture philosophique. 2001. [2000]. 1985. Cris et passions. 2001.. Akpagnon. Sépia. rendait encore compte en usant de Mille lieues dans l’inconnu comme titre d’un de ses ouvrages. Cette parole littéraire contribue efficacement à faire connaître une partie de l’Afrique dont. Abécédaire. avril . Afrique et parfait silence : essai sur les enjeux africains de la francophonie. 2001 [Théâtre] Okoumba-Nkoghé. 1992 Mamboungou. Ludovic Emane. [Littérature trad. Ndzé. Éditions Udégiennes. Janis. 1999 [Essai] Nding.. 1999 [Roman] Okoumba-Nkoghé. Alpha-Omega. Le Chemin de la mémoire : roman. Raponda Walker. Biboubouah : Chroniques équatoriales. Paris. Dyatelm. Ndzé. récits. Dakar.aménage. L'Harmattan. il n’y a pas si longtemps. Beignon.n. [Roman] Mbou Yembi L. 2000 [Roman] © Notre Librairie. 1990 [Roman] Otsiemi. Paris. Georges. Paris. Arthur Benga. Libreville. [Paris]. Paris.juin 2003 . Ndzé/Éd. Les Affinités affectives. Haho 1997 [Jeunesse : Récit] Moussirou-Mouyama. 1985 [Récit] Okoumba-Nkoghé. 2001 [Essai] Obiang. Paris/Libreville. Éd. Éd. [Roman + nouvelle] Allogho-Oké. Jean-Mathieu.

publié à Tananarive en 1995 . « Je descends à Vohidala »… DAVID JAOMANORO David Jaomanoro est né en 1953. finaliste au concours des inédits de RFI en 1991. Après que ses premiers poèmes. les bourgades dotées de centres de soins. 40 ans de littératures du Sud. Bien d’autres nouvelles circulent. tout en enseignant le français et en animant des ateliers de théâtre dans sa région de Diego. « L’esprit du lagon ». © Notre Librairie. Mayotte. publié chez Acoria en 2000. à l’extrême pointe nord de Madagascar. « Tanguena ». figure en tête du recueil Nouvelles francophones. Irlande). et fut adaptée pour le théâtre à Tananarive la même année. tout en poursuivant ses études par correspondance. avant de suivre ses parents à la ville de Diego Suarez. il bénéficie d’une résidence d’écriture à Limoges en 1988. plusieurs furent primées : « Le Petit Os ». un écrivain malgache francophone original Dominique Ranaivoson David Jaomanoro est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre : La Retraite est écrite à Tananarive en 1987. Il est d’abord instituteur pendant dix ans.juin 2003 . qui obtint ce Grand Prix en 1993. « Docteur Parvenu ». « Les Funérailles d’un cochon ». Il peut prendre pour cadre Tananarive la grande ville avec ses mendiants. « Jamaïque » ouvre le recueil collectif Nouvelles. ses bourgeois et ses enfants errants. hélas sans pouvoir constituer un recueil cohérent. Rentré à Madagascar. Il grandit à la campagne. Il vit actuellement à Mayotte. éditée en Belgique en 1990. Il obtient son diplôme de professeur de français à Tananarive en 1988. avril . fut éditée la même année dans un recueil collectif intitulé Nouvelles francophones. les villages traditionnels du Nord. il ne cesse d’écrire une œuvre variée en français. puis son DEA en France. traduite et montée sur différents continents (République démocratique du Congo. bien que restée inédite. « J’ai marché dessus ». donna son titre au recueil collectif publié en 1994 aux éditions Sépia. dans une mise en scène moderne d’Henri Randrianierenana.David Jaomanoro. qui reçut la médaille d’or des IIIèmes Jeux de la Francophonie en 1997. « Quatr’ams’j’aime ça » aient reçu le Grand prix Jean-Joseph Rabearivelo en 1987 à Tananarive. Citons « Peau de banane ». « Nous autres. et « Le Dernier Caïman » sont encore inédites. Des textes qui circulent dans le temps et dans l’espace Une des originalités de Jaomanoro est de ne pas être attaché à un lieu particulier. « Le rêve d’Assiata ». Revue des littératures du Sud. lue à Limoges en 1988. paysans ». Brésil. « L’Appel de la nuit ». Parmi ses nombreuses nouvelles. « Labeka koezy ou le mariage de la princesse Ingoria ». « Jaombilo ». la forêt. « Nenitou ». par le Printemps culturel du Valenciennois. N° 150. fut adaptée au théâtre à Tananarive en 2000. Ces déplacements lui permettent de donner.

adaptée au théâtre en 2000 à Tananarive. l’ex-instituteur des hauts plateaux ruiné. traditionnellement gardiens de la sagesse ancestrale. toujours a priori respectables car authentiques et ancestrales. Karthala. in Nouvelles francophones. réception. Nouvelles francophones. Jaomanoro se place délibérément du côté des oubliés. Centre Culturel Albert Camus. de ceux que l’on préfère ne pas voir pour ne pas se rappeler du passé qu’ils représentent. sans que cela soit dit. évolution. quoique brèves et insérées dans des textes qui se déroulent dans la société contemporaine. l’Indien propriétaire de toutes les terres. » (La Retraite). Jaomanoro). le bandit fascinant. les citadins. […] Toutes les terres environnantes ont été gagnées sur la forêt à la sueur des Marofelana ». 1990 (théâtre) « Le Petit Os ». avril . des indications sur la vie dans ces endroits et d’y placer des personnages appartenant à des classes sociales très différentes : la bourgeoise de la capitale.juin 2003 . sont autant de clins d’oeil adressés à une population dominante qui cherche parfois à se présenter comme homogène. les passeurs. Les devins et vieillards. Des textes qui dérangent Ne croyons pas qu’il s’agisse d’une littérature ethnologique : Jaomanoro ne cherche jamais à expliquer à un lecteur étranger le fonctionnement d’une société. cherchent à s’approprier l’argent par tous les 1. Tananarive (Madagascar). la femme stérile mise à l’écart du village. le devin malin poussé à la supercherie par les demandes insensées des villageois. c’était nos femmes et nos filles violées »1. 1994. la jeune fille contrainte d’épouser un inconnu. Paris. les médecins. Carnières-Morlanwelz (Belgique). Dans le même texte. la sorcière. Oeuvres : La Retraite.discrètement. 40 ans de littératures du Sud. Aux lèvres aussi épaisses que les liasses de billets qui gonflent ses poches […] Il doit ressembler à un masque nègre. Funérailles d’un cochon et 13 autres nouvelles. « Tanguena ». Poitiers. le jeune homme ridiculisé parce qu’il n’est pas circoncis. Revue des littératures du Sud. La littérature malgache d’expression française : origines. le devin. 2000 (nouvelles) Ouvrages critiques : Liliane Ramarosoa. 2003. Dominique Ranaivoson. Paris. in Nouvelles (sous la direction de D. inflexibles. à paraître. les fonctionnaires. 1991 (nouvelle) « Funérailles d’un cochon » in collectif. La confrontation entre le riche Indien et les villageois est l’occasion de rappeler l’origine du clan de la forêt : « Ces terres avaient appartenu à nos pères jadis. Paris. Il montre comment les traditions. Le Torii éditions. rendant ces textes assez insolents. Ce qui permet aussi de faire allusion à la période coloniale où « c’était le dos labouré par le fouet. les femmes. sont des témoins disposés habilement pour faire affleurer un passé enfoui sous les silences des dominants : les Tananariviens corrects quoique pauvres font le portrait du voleur (dahalo) paré des attributs des descendants d’esclaves : « Un grand noir aux yeux de braise. la « parenté à plaisanterie ». peuvent se révéler être des sources de souffrance et d’enfermement : la mère obligée de jeter son bébé mort aux chiens. de Mayotte qui accueillit des esclaves malgaches. Une dénonciation de traditions sclérosantes qui ne prennent plus en compte les individus. le jeune Malgache s’enfuit vers « une île où la moitié de la population serait des descendants de marrons ou d’esclaves »2. Sépia. 1991 (nouvelle) « Docteur Parvenu ». in collectif. in Les Carnets de l’exotisme. Anthologie de la littérature malgache d’expression française des années 80. le frère endeuillé qui ne comprend plus les conventions de la tradition malgache. Toutes ces allusions. votre “chef”. où il s’agit. servent une dénonciation de traditions sclérosantes qui ne prennent plus en compte les individus. nos 7-8. ou malhonnêtes. Valenciennes. SaintMaur. L’Harmattan. 2. éditions Lanzman. Acoria. N° 150. « Tanguena ». L’auteur ne se fait pas pour autant l’avocat d’une modernité digne de confiance : les instituteurs. © Notre Librairie. 1994 (nouvelle) « Jamaïque ». 1995 (nouvelle) « Jaombilo ». sont dans tous les textes inhumains. nouvelle inédite. les passeurs.

et énigmatique pour le lecteur. les devins profitent de leurs consultations pour abuser sexuellement les gens. N° 150. la bouse de vache sur le poteau sacré du Dernier Caïman ». mais des émotions. mais bouscule et la structure et le langage. En particulier l’honneur. Les excréments donnent lieu à des variations que d’aucuns ont vues comme provocatrices. les villageois renient celui qui s’est livré pour eux. non d’un fil conducteur logique. le travail sont bafoués par les personnages principaux. de peau du crâne qui se décolle… (« L’Esprit du lagon ». épouse. des retours en arrière. Cette violence qui imprègne les relations est concrétisée par des éléments aussi choquants que récurrents : injures. des ruptures introduites par les changements de points de vue sur des scènes concomitantes.moyens. 4. refuse de faire parler un narrateur omniscient qui suivrait une simple chronologie. le père cherche à vendre sa fille à un étranger. la fille étouffe le père qui a abusé d’elle. alors que « Tanguena » le fait sur le mode tragique. Le « fouille-poubelle » de La Retraite exploite ce thème sur le mode jubilatoire. les « excréments de l’écrevisse » en ouverture de « Nenitou ». les « énormes crottes de cochon » des « Funérailles ». les enfants bourgeois dédaignent la cousine venue de la campagne.juin 2003 . sang. Il s’ensuit des basculements. les compagnons de cellule s’humilient. « Le Rêve d’Assiata » et « Les Funérailles d’un cochon »). le fils donne l’ordre de violer sa mère. avril . de l’horreur de la mère à laquelle on arrache son bébé mort. amante ou bonne et qui parlent du fils chéri devenu fou manipulé par des bandes armées. quitte à faire de la société un lieu où les mots n’ont plus de sens et les valeurs3 plus de solidité. La parole jaillit en flots au gré. Des textes jubilatoires Jaomanoro n’est pas un moraliste : il ne présente aucun discours. « la pieuvre a fait caca » et le « marché de crottes » qui représentent le monde dans « J’ai marché dessus ». 40 ans de littératures du Sud. mais des émotions. Bien des nouvelles donnent la parole à un personnage qui n’est ni décrit ni mis en situation : les mots présentent son point de vue de manière univoque puisque personne ne lui répond. des 3. les femmes se moquent les unes des autres. « Tanguena ». Le lecteur pourrait en déduire que ces textes sont des dénonciations terribles et sombres d’une société en perdition : ils sont en fait novateurs et jubilatoires à plusieurs titres. vomi et excréments reviennent sous de multiples variantes4. le médecin laisse mourir l’enfant. du rêve de la petite campagnarde qui tourne court à la ville. les passeurs vendent leurs compatriotes et coreligionnaires. non d’un fil conducteur logique. tantôt celui de la violence des coups donnés avec des détails de cervelle éclatée. au bénéfice de la roublardise et de la violence. La violence devient le principal lien entre ceux mêmes que la vie aurait dû rendre proches et solidaires. de la vengeance de l’amante devant le cadavre décomposé de son ancienne rivale. la « purée innommable » sous le mourant de « Jaombilo ». qui est invité petit à petit à porter le même regard déformant que le narrateur sur la scène. © Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. La violence devient le principal lien entre ceux mêmes que la vie aurait dû rendre proches et solidaires : les époux se battent. « Les Funérailles d’un cochon ». Ainsi sont construites les nouvelles « Funérailles d’un cochon ». de la nuit de noces qui s’apparente à une mise en prison. « Le Rêve d’Assiata ». « Nenitou ». avec l’étron dans le puits de « Tanguena ». Le sang est tantôt celui des femmes (v. La parole jaillit en flots au gré. « Le Petit os » et « Je descends à Vohidala » : cinq femmes bafouées en tant que mères. « Nenitou »).

© Notre Librairie. 9. se détournent du chemin à suivre ». Les Antakarana sont les populations du Nord de Madagascar. Donnant la parole aux personnages de condition modeste. signifiant « malheur. Malgré les situations tragiques dans lesquelles ils vivent. humilié par son surnom « Jaombilo ». « Qui veut lutter contre le sanglier doit affronter ses défenses » . Article paru à Tananarive dans le quotidien Midi-Madagascar du 18 février 1994. le lecteur est bousculé dans une réalité éclatée en fragments discontinus et entraîné dans une écriture rapide. ce qui équivaut à un aveu au moment de son agonie. 40 ans de littératures du Sud. ils réagissent avec un tonus et un sens du défi qui force l’admiration. archaïques. mais qui se tord déjà. « Jaombilo » désigne « l’amant ». malédiction ». alors qu’il est le père d’une jeune fille qu’il confond un instant avec sa maîtresse.57. « Le pagne ne quitte pas la hanche aussi facilement ». de 5.. Comme les cornes du bélier qui. désigné de manière détournée par « loza ». cit. « l’enfant à l’œil unique ». Surtout dans « Le Rêve d’Assiata » et « L’Esprit du lagon ». il ne se relève jamais plus » . avoue le crime de l’inceste en criant « Loza »9. la « voitiri ». Ainsi s’ouvre « Tanguena » : « Un Maromena dans la forêt / c’est comme une anguille dans le torrent ». neuves. Jaomanoro comique ou désespéré ? Les personnages de théâtre de Jaomanoro font rire par leur duplicité dont est complice le spectateur. Interview réalisée par Gilles Costaz. qui ne maîtrise alors ni le mot. « la femme à la poitrine brûlante ». « ma situation de zébu châtré ». 6. p. in La Retraite. étrangères qui font de ses textes un champ d’expérimentation tout à fait fascinant. ni son référent. l’auteur crée la fiction d’un pays imaginaire où se rendent les enfants qui fument. Le tragique réside dans la distance entre cet imaginaire et ses effets immédiats : le feu et la mort. ce qui donne un ton archaïque au texte avec des expressions telles que « le fils-tien ». (« Nous autres. N° 150. ou la « tili ». Revue des littératures du Sud. Le langage de Jaomanoro semble être un jaillissement de mots et d’expressions osées. ni son référent. qui ne maîtrise alors ni le mot. de lieux qui ne sont pas signalés comme tels . 8. « Les Maisons-Froides ». Malgache du Nord.juin 2003 . 10. 7. op. qui décrit le sort réservé aux immigrés malgaches qui débarquent clandestinement sur l’île de Mayotte et sont la proie facile des petits malfrats. en poussant. paysans »). Le texte se trouve ainsi émaillé de formules toutes faites qui résonnent comme des sentences inconnues du lecteur mais qui le charment par les images : « Quand un pied de riz tombe. De nombreux emprunts au malgache et au mahorais8 provoquent une déstabilisation du lecteur occidental. qui n’est pas plus haut que mon genou. Et c’est en français qu’il travaille à « ressusciter les tournures archaïques des proverbes et des poèmes brefs appelés « hainteny »6. continuent de se quereller. « la mort du chien castré ». Il en parsème donc ses textes. La pièce « Labeka koezy » commence par un dialogue où un père déclare à sa fille : « Tu es comme un rameau de calebasse. Une déstabilisation du lecteur occidental. dans « Jaombilo ».changements de personnages. si beau soit-il. Par dérivation. Il faut que le texte soit suivi d’un bref glossaire pour comprendre pourquoi le mourant. les mettant en épigraphe7 ou dans la bouche des personnages. avril . il transcrit des expressions directement traduites du malgache. qui explique la fuite du personnage. « Dzamala » signifie « cannabis ». et provoque ainsi l’inceste. il avoue « penser en Antakarana »5. mais écrit dès le premier jet en français. mais avec la forte connotation ironique de celui qui n’a pas réussi à acquérir le statut de mari.10 Le texte se trouve ainsi émaillé de formules toutes faites qui résonnent comme des sentences inconnues. pourquoi les jeunes fumeurs de « dzamala » s’en vont au pays « Dzamaïky » et meurent dans l’incendie qu’ils ont provoqué.

devant la dépouille de sa rivale. c’est l’Homme lui-même. N° 150. après avoir montré la condition des mendiants. la narration à la première personne ôte la distance qu’introduisait le comique du théâtre. de la femme. tout cela pour surmonter le cauchemar que leur fait vivre la société devenue incohérente. Mais au sein de cette dérision rabelaisienne. le récit. jaillissent quelques remarques nous mettant sur une autre piste. que le mal. Il n’y a pas d’homme heureux dans l’œuvre de Jaomanoro.duper leurs proches. par la multitude de points de vues et le comique. Ainsi. il évite le moralisme. » Dans les nouvelles. 40 ans de littératures du Sud. s’achève sur les sentences prononcées par les femmes de la pièce et qui résonnent comme le diagnostic de l’auteur : « les uns s’amusent pendant que les autres pleurent. Revue des littératures du Sud. de sa victoire contre les ravages de la mort. avril . Dominique RANAIVOSON Son regard posé sur le monde et sur l’homme est sans espérance. le rôle de l’argent. Par le langage. la lutte pour le pouvoir dément. et parfois même ravageurs. dans La Retraite. Mais son regard posé sur le monde et sur l’homme est sans espérance. la haine. c’est ça l’homme… […] Je pense surtout. et ne fait le procès d’aucune structure ni d’aucun pouvoir. le respect de l’identité. La locutrice du « Petit os ». C’est ça la vie.juin 2003 . la justice. jouissant. marqué par l’abandon définitif d’un humanisme que toute relation marquée par la rouerie. » Jaomanoro franchit de multiples façons les tabous du silence sur les traditions malgaches. le tabou de l’immobilité et le tabou du silence. de se déguiser. il ose défier les limites . moi. Sauf le lecteur. s’adresse à elle dans le tombeau en disant : « J’ai franchi le tabou du froid. et nous trouvons des textes plus durs. © Notre Librairie. plus violents.

Revue des littératures du Sud.A. Ce n’est pas tout de faire des enfants.juin 2003 . je ne veux pas le voir. Iangoria. I. Plutôt enfouir mes yeux sous la pierre froide du tombeau. C’est ta bouche qui est de travers. V. l’ingrat ? I. Le pays changera de visage. : Nous ne voulions pas parler de ça.A. Tu seras la mère d’une race nouvelle. I. Une ère nouvelle commencera pour notre peuple. : Ne t’ai-je pas donné Bekamisy ? Ne l’ai-je propulsé vers la richesse. Mais de la lettre. mais qui se tord déjà. Le père est d’autant plus exigeant qu’il ne donne rien. Tu m’écoutes. et sa fille. 40 ans de littératures du Sud. ta bouche dit à gauche. I. : Dis-moi si mon ventre est de Bekamisy ou de toi. en poussant. L’éclat d’un pagne acheté ailleurs ne me fera pas négliger celui que mes mains ont tissé. Je serai Monsieur– le-père-de-Madame. Dialogue entre le père. tableau I (pièce inédite). Plutôt m’amputer de mes deux mains. : Oui ! Ne me parle pas non plus des textes sacrés. À quel pieu veux-tu encore empaler mon ventre ? La pintade sauvage à la belle robe ne me fera pas rejeter la poule que j’ai domestiquée. il faut les respecter. Tu feras bâtir des hôpitaux. dans une maison en construction. V. construire des routes. je ne l’écrirai pas.A. V.Extrait « Labeka koezy. Ada. qui n’est pas plus haut que mon genou. N° 150. se détournent du chemin à suivre. : Ta mère m’a aimé malgré ma bouche. Tu laveras mon nom de l’opprobre. meilleure.A. « Labeka koezy ou le mariage de la princesse Iangoria ». Comme les cornes du bélier. avril . David Jaomanoro. : Si. Tu épouseras le Belge. : Non. L’âme de la femme est indomptable comme l’océan. : Si tu veux parler de la lettre. Les textes disent à droite. Ton Belge. © Notre Librairie. Réponds. ou le mariage de la princesse Iangoria » Scène d’ouverture. Vincent Ahmed. V. V. : Allah-hou ! I. V. pupille ? La lettre.A. pas ma mère. : C’est toi le plus à plaindre. qui.A. : Tu es comme un rameau de calebasse.

habité de poussées obscures. au yeux de leurs voisins. Paris. mais il a connu la gloire de déclarer : « Je pars demain pour l’Europe ! ». Les personnages sont à proprement parler des « moins que rien ». où il a effectué des études supérieures de littérature. Alors on parle. même fugitive. Paris. Une narration à double foyer L’art de Nganang est un art de perspective. est condamné à changer de quartier pour ne plus reparaître et boire la honte d’être toujours là. dans les yeux de son interlocuteur. on se donne de l’importance : tout est bon pourvu qu’on lise l’admiration. avril . son dernier roman. des minables dont l’unique espoir est de briller. C’est le bas qui s’étale en priorité au long des pages des romans de Nganang. on fait de grandes déclarations. fût-ce quelques minutes simplement. il s’est installé en 2000 aux États-Unis où il enseigne la littérature française et allemande. vit dans la poussière soulevée par les allées et venues des hommes qui l’environnent. Éditions Saint-Germaindes-Prés. N° 150. Temps de chien. réédition en 2003 dans la collection Motifs (chez le même éditeur) (roman) © Notre Librairie. 2001 (coll. 40 ans de littératures du Sud. PATRICE NGANANG Patrice Nganang est né à Yaoundé au Cameroun. Revue des littératures du Sud.juin 2003 . a reçu le prix Marguerite Yourcenar 2001 et le Grand Prix de l’Afrique noire 2003. C’est en même temps de très haut et de très bas que la vie des sous-quartiers est racontée : Soumi est un adolescent dont l’obsession de devenir écrivain inhibe le développement sexuel et qui voit la vie de son quartier au moyen d’un corps en révolution. Pour dire la vérité de ce quotidien qui englue ses personnages. Nganang a besoin de narrateurs très particuliers. Tel personnage qui a annoncé publiquement qu’il partait pour l’Europe. doté de raison et d’un surprenant sens de l’honneur. Le Serpent à plumes. Œuvres : Elobi. Paris. Après avoir passé plusieurs années à Berlin. en 1970. 1995 (poésie) La Promesse des fleurs. L’Harmattan. alors le récit prendra la mesure de ces sous-quartiers sordides et magnifiques. Fiction française) . La perspective narrative adoptée par Nganang est duelle : il faut que l’aspiration à l’idéal et à la pureté soit solidaire d’un corps impur aux impulsions mal contrôlées . un « sous-quartier » est un appendice dépourvu d’existence administrative. Encres noires) (roman) Temps de chien. des consciences à la fois infra-humaines et extra-lucides : il choisira un puceau dans La Promesse des fleurs et un chien dans Temps de chien. Il se retrouve un peu plus bas qu’avant. Le chien Mboujak. peuplé de laissés-pour-compte qui rêvent de dignité.Patrice Nganang : des dignités dévaluées à la honte sublime Xavier Garnier Dans les villes de Patrice Nganang. 1997 (coll.

et note dans son calepin : « Les sous-quartiers sont la forge inventive de l’homme. 121. Voilà pourquoi on parle tant. Que Massa Yo. C’est sur fond de mépris de soi que les rumeurs circulent. Temps de chien. elles servent à s’anéantir soimême. La misère de leur environnement n’est qu’illusion. 40 ans de littératures du Sud. N° 150. Un écrivain peu bavard. Chacun pense qu’il n’est pas ici à sa place et que c’est ailleurs que la vraie vie l’attend. 2. mais sa colère laissera des traces. On se donne de l’importance en racontant les malheurs des autres. © Notre Librairie. 258.1» La logique sociale des sous-quartiers de Nganang veut que chacun cherche individuellement à sortir du lot. le propriétaire du bar Le client est roi se fasse voler un million par une prostituée et son bar est aussitôt rebaptisé Au millionnaire. vite écourté en Au Mil : « Le mythe du million couché dans le lit de la misère. elle crée du vide sur son passage. On ne cesse de se jauger. Il nous montre les ressorts trop humains du colportage des rumeurs. à se propulser dans un autre monde rêvé. qui ne parlait pas mais qui notait tout. on n’est pas là. Chacun pense que son interlocuteur n’est pas à sa hauteur. Le Serpent à plumes. Revue des littératures du Sud. Le spectre noir-noir. Elle cache la réalité profonde de l’inconnu qu’il faut découvrir : la vérité de l’Histoire se faisant ». p. Le levier qui va permettre à l’écriture romanesque d’ouvrir des brèches créatives. de se regarder de haut dans les sous-quartiers. un « homme habillé en noir-noir ». Les paroles sont toujours de dénégation. La parole prend de ce fait une dimension dévastatrice. p. elle enfonce les sous-quartiers dans une vie fantomatique. en alimentant sans fin le flux de paroles dépréciatrices qui emporte tout le monde sur son passage. 2001 (coll. La « forge inventive de l’homme » Ce fond de lâcheté. cette silhouette qui avait choisi de venir vivre là. Patrice Nganang.juin 2003 .Une parole dévastatrice Nganang va très loin dans l’exploration du fonctionnement microscopique des rumeurs. avril . On se donne de l’importance en racontant les malheurs des autres. se met à fréquenter le bar Le client est roi. Pour expliquer que malgré les apparences. a mis chacun face à sa propre lâcheté. le mythe du million disparu entre les cuisses échauffées d’une associée alla grossir les rivières de la parole de tous les sous-quartiers de Yaoundé. Il y avait sans doute besoin de ce trou obstiné de silence pour donner une direction nouvelle à la parole dévastatrice de tous. Paris.2 Le Corbeau sera victime de la lâcheté de ses compagnons qui ne lèveront pas le petit doigt lors de son arrestation. est le levier qui va permettre à l’écriture romanesque d’ouvrir des brèches créatives. elle déréalise le monde. 1. et les gens se fréquentent faute de mieux. Fiction française). Ibid. à parvenir à la « distinction ». Chacun pense qu’il n’est pas ici à sa place et que c’est ailleurs que la vraie vie l’attend. qui est le substrat des récits de Nganang. un monde où la dignité est donnée d’emblée. vite baptisé le Corbeau.

Les plus minables sont les plus glorieux car ils existent toute honte bue. mais cette bavure policière serait passée inaperçue si le Corbeau n’avait permis à chacun de regarder en face son fond d’indignité. p.juin 2003 . 40 ans de littératures du Sud. Patrice Nganang. avril . Ce que Nganang raconte dans ses romans ne sont pas des histoires de sous-hommes. 35. Éditions Saint-Germain-des-Prés. la littérature de Nganang cherche les voies d’un véritable dire de l’humain. 1995. À la différence des instances de contrôle social qui utilisent la honte à des fins d’humiliation et de culpabilisation. pardelà tous les mensonges : « l’aval de la ville/avale la ville par le bas/et la larve s’étale – s’étale/comme la ville/sur la ville/et l’esprit des égouts fleurit/D’AVAL EN AMONT »3. il sait qu’elle est viscéralement attachée à l’homme. N° 150. Aucune écriture ne pourra prendre la mesure de la puissance d’invention de l’histoire humaine si elle se refuse à voir le terreau de honte sur lequel elle se développe. Nganang est très proche de Sony Labou Tansi par la façon dont il réfère l’humanité à la honte. 3. Elobi. Revue des littératures du Sud. mais des histoires honteuses d’hommes à part entière qui savent qu’il n’y a pas d’autre issue à leur humanité que de tenir compte du réseau serré de petites hontes qui tissent le fil de leur vie.L’émeute qui clôt Temps de chien est provoquée par le meurtre d’un enfant perdu des sous-quartiers. Ce ravalement de l’homme est la condition de son éveil spirituel. L’écrivain infra-humain voit cette honte à nu. Tous les personnages de Nganang sont en ce sens appelés à devenir des héros. Paris. La parole dévastatrice a laminé le fragile échafaudage de dignités dans lesquelles ils se drapaient. Xavier Garnier Université de Paris XIII – Villetaneuse Les plus minables sont les plus glorieux car ils existent toute honte bue. Elle est sa part la plus animale et la plus vitale. © Notre Librairie.

pp. pour sentir la présence du lion fou. comme je suis le chasseur bamiléké que mon grand-père était et que mon père voulait redevenir pour nous sauver de la misère. sans pour autant voir mon destin en point de suspension qui se lisait pourtant dans mon regard. ces arbres si droits vers le soleil. la pluie qui tombe en gouttes de sang. 216-217 © Notre Librairie. et que chaque taximan avait toujours compris où j’allais. coll. Personne d’autre n’a ma vision. Paris. toutes les brutalités qui ont fait naître et mourir notre sous-quartier aux abords de ce même marigot imperturbable en son milieu. 40 ans de littératures du Sud. 1997. N° 150. Je redeviens écrivain. Je ne connais pas le nom de cette forêt. Tous les autres hommes sont aveugles. pour voir la trace du boa dangereux. Alain Patrice NGANANG La Promesse des fleurs. Je marche dans cette forêt comme tous ceux-là qui viennent ici se ressourcer. marcher avec eux ou encore se croiser en de nombreux X. soudain se cogner dans un chaos indescriptible. comme ces jeunes amoureux qui viennent ici rêver d’un autre monde. comme je suis chasseur pour abattre l’animal qui se plante et guette. les feuilles à tomber en contorsions malheureuses. cette forêt a oublié certainement trop vite toutes les joies et les peines qui ont marqué nos vies.juin 2003 . et préparer son arme.Extrait La promesse des fleurs Le narrateur se promène dans la forêt qui été plantée à la place du « sous-quartier » de son enfance : naissance d’un écrivain. j’avais toujours dit « derrière l’École de police ». elle n’a pas été dénommée d’après notre quartier. sans pour autant déchiffrer dans mes mots. Je me suis rendu compte que notre quartier n’avait jamais eu de nom. Revue des littératures du Sud. Je marche doucement et j’essaie de ne penser à rien. Les arbres se mettent soudain à pleurer de leurs pores. chasseur qui hume la route comme toujours couverte de cailloux. les scènes de violence qui ont hanté les abords de ce marigot silencieux. Dans la beauté de ses arbres précautionneusement et chèrement entretenus toutes les semaines. je ne puis pas faire autrement. l’histoire de ma vie. qui regarde attentivement la feuille qui comme toujours tombe. Je redeviens soudain écrivain pour dire cette violence muette. mais je sais que certainement. Encres noires. L’Harmattan. qu’en prenant le taxi. Tous ces autres hommes marchent imperturbables. et je me rends compte que la forêt vit soudain. comme tous ces travailleurs qui viennent ici reprendre un peu d’air frais après une journée folle dans les rues et dans les bureaux de Yaoundé. Pourtant. Personne n’entend les oiseaux pleurer et les herbes crier sous les pas. qui écoute avec attention le vent qui siffle pourtant dans toutes les oreilles. le vent à arracher des racines dans un bruit de colère. Personne de ces promeneurs ne voient les arbres de la forêt qui abritent leur repos. ne voient pas le soleil qui soudain se referme. et moi seul vois derrière la perfection de cette forêt. Je redeviens chasseur qui scrute le sentier commun de cette forêt dans la capitale. derrière la beauté de ces arbres plantés là. pour entendre le signe. personne de ces hommes ne voit ces sentiers se rencontrer. avril .

eux qui « sont venus coupler leur vie. d’exterminer les travailleurs haïtiens. « Spiraliser » l’histoire Avant d’en venir à la démarche poétique. « L’opération Cabezas Haitianas a commencé depuis plus d’une heure – La scène est à la frontière haïtiano-dominicaine – personnages : les deux peuples […] » (p. dont certaines ont été représentées à Port-auPrince.René Philoctète ou le spiralisme discret Philippe Bernard René Philoctète est le plus discret. tremblé dans les mêmes cases quand soufflent dehors les vents mauvais… ». à vivre au milieu des travailleurs haïtiens miraculés et des Dominicains exténués. le merveilleux haïtien joue à plein : la tête coupée d’Adèle s’enfuit et continue à témoigner. N° 150. c’est dans le domaine de la poésie que René Philoctète donne toute sa force. Marié en 1961. équivalent dominicain du tap-tap haïtien : cette voiture-personnage transporte gaiement le petit peuple et voit fort clair en politique. du Mouvement Spiraliste. rien ne peut les séparer. à Port-au-Prince. à blaguer. il est parti au Canada en 1965 mais n’y est resté que quelques mois. au bout des doigts de Philoctète. d’ici à l’autre bord. Ce sont les terribles « Vêpres dominicaines » initiées par Trujillo. Mais. Il n’a ni la violence de Frankétienne. le théâtre. 40 ans de littératures du Sud. RENÉ PHILOCTETE René Philoctète est né à Jérémie en novembre 1932. le roman. en 1989. beaucoup trop noirs… René Philoctète « spiralise » la relation de cette horreur en donnant la parole de témoin à la guagua (surnommée « Chica »). Le Peuple des Terres Mêlées. Le premier. deux romans retiendront notre attention. avril . René Philoctère est décédé à Port-au-Prince le 16 juillet 1995. avec Jean-Claude Fignolé et Frankétienne. le plus secret du trio fondateur du Spiralisme en Haïti. Rentré au pays. S’il est vrai qu’il s’est essayé à tous les genres littéraires. Le cadre historique de ce récit se situe en 1937. Auteur d’une vaste œuvre poétique. et pour ce faire. « ceux qui ont espéré ensemble la bonne récolte. ainsi que deux romans. est sorti aux éditions Deschamps. ni la virulence de Jean-Claude Fignolé. 40). il compte également plusieurs pièces de théâtre à son actif. à la nier. Revue des littératures du Sud. il est le père de quatre enfants. Adèle l’Haïtienne aime Pedro le Dominicain en plein carnage. Contraint à l’exil. Fondateur. à rire de toute cette horreur.juin 2003 . plus précisément entre le 2 et le 4 octobre. avec le rêve de créer le peuple des terres © Notre Librairie. il a enseigné la littérature dans un lycée de Port-au-Prince. Ce dictateur sanguinaire – qui n’a aucunement gêné la bonne conscience démocratique du grand voisin états-unien à l’époque… – vient de décider que son peuple était celui des « blancos de la tierra » et qu’il devenait d’un coup urgent de « blanchir la race ».

40 ans de littératures du Sud. 1990 (roman) Une saison de cigales. Réed. 1975 (théâtre) Caraïbe. Je croyais à la course des matins. 1975 (roman) Monsieur de Vastey. 1962 (poésie) Promesse. Fardin. Samba) (roman) Margha. avril . 1967. 1961 (poésie) Les Tambours du soleil. le brasseur d’idées. Au soleil de l’amour. 1993 (roman) Il faut des fois que les dieux meurent. Imprimerie des Antilles. » Philoctète suggère finalement aux lecteurs de terminer euxmêmes son livre ! (p. Régis le personnage est fatigué. 1982 (coll. Rose Morte (1964). une pluie magique. 1992 (poésie) Le Huitième jour. 1963 (poésie) Et caetera…. qui s’épanouit en suivant la difficile genèse d’une symphonie écrite par le personnage principal : Régis Pierretin. Promesse (1963). Philoctète en a écrit quatre en réalité. sans rien comprendre. 1987 (poésie) Le Peuple des terres mêlées. 1960 (coll. Régis est dans l’attente d’un mandat qui doit lui arriver de Manhattan. Herbes Folles (1982)… mais beaucoup de textes n’ont pas encore été rassemblés. Éditions Mémoire. Imprimeur II. Port-auPrince (Haïti). Spirale). Je croyais à la vie. Duvalier est au pouvoir en Haïti et Philoctète. C’est un roman spiraliste. Arles. Fardin. Il a publié plus d’une dizaine de recueils dont Saison des Hommes (1960). Apparaissent également Franck Étienne (alias Frankétienne).juin 2003 . Les Escargots (1965)… 1. D’être tristes. tout comme René l’écrivain. Port-auPrince (Haïti). Port-au-Prince (Haïti). bleue à force d’être fine ». opérant par mise en abyme. Caraïbe (1982). Marie Chauvet… Usé par l’attente et les démarches vaines (il n’existe nulle part de « peuple acheteur de poésie »). Jean-Claude Fignolé. rééd. Nouvelle Haïti littéraire) (poésie). Boukman ou l’Échappé des Enfers. Conjonction. N° 150. Le second roman. Port-au-Prince (Haïti). Art Graphique Press. Et caetera (1967). Anthony Phelps. cherche à vendre à Régis son recueil poétique récemment édité (effectivement paru en 1966 dans la collection Spirale…) : Ces îles qui marchent. Réed. Une saison de Cigales. Price-Mars press. René Philoctète a également écrit quelques œuvres dramatiques qui ont été représentées à Portau-Prince : Monsieur de Vastey. Port-au-Prince (Haïti). baume souverain contre l’horreur du quotidien. Ces îles qui marchent (1966). 2003 (poésie) Un poète prodigieux et prolifique S’il est l’homme de deux romans seulement1. les deux autres sont Le huitième jour (honoré du Prix de l’an 2000) paru en 1973 et un autre. Sur la force motrice de la poésie. Port-au-Prince (Haïti). Port-au-Prince (Haïti). Mais je me suis retrouvé sur un chemin de lassitude. c’est vraiment dans la poésie que Philoctète atteint la plénitude de son talent. Portau-Prince (Haïti). 1993 (nouvelles) Poèmes des îles qui marchent (anthologie). est parti dormir et les innocents ont piétiné les rêves. Port-au-Prince (Haïti). Actes Sud. 1995 Herbes folles.mêlées ». Port-au-Prince (Haïti). dont les initiales évoquent René Philoctète lui-même. Au refus des rues d’être seules. : Éditions Mémoire. Éditions de l’an 2000. Port-auPrince (Haïti). Port-au-Prince (Haïti). et on ne sait pas vraiment à qui attribuer cette remarque désabusée : « J’avais misé sur le rêve gigantesque des peuples. À l’éclatement des bourgeons. Nouvelle Haïti littéraire) (poésie) Ping-pong politique. 1982 (coll. © Notre Librairie. la musique douce d’une brassée joyeuse d’oiseaux verts et surtout l’espoir secret d’une « pluie fine. Revue des littératures du Sud. 1976 . demeuré inédit : « Entre les saints des saints… ». est édité par la revue Conjonction (Institut français d’Haïti) en 1993. 1974 (poésie) Ces îles qui marchent Port-auPrince (Haïti). Tambours du Soleil (1962). C’est vraiment dans la poésie que Philoctète atteint la plénitude de son talent. Clédor. 1969 (coll. 192). dépliant. pratiquement en même temps que le monumental Oiseau Schizophone de son ami Frankétienne. Margha (1961). C’est là son espace de prédilection. Port-au-Prince (Haïti). : Fardin. Deschamps . Philoctète le poète badigeonne tout au long de ce récit qui aurait pu être désespéré. J. confiance inaltérable en des jours meilleurs à venir. Bibliographie : Saison des hommes.

Il a su montrer – et les générations montantes de poètes haïtiens s’en souviennent ! – qu’il fallait « écrire comme si tout s’animait autour de soi d’un vaste chant.Pour être exhaustif. Revue des littératures du Sud. en 1992. prêt à vous rendre le témoignage de sa présence. « Fleurs de quénépiers et mariage d’enfants ». d’autres bouches à se prendre et qu’au bout du compte votre chaleur se multiplie 3». le peintre et poète Davertige. Jean-Claude Fignolé et Frankétienne. être mille et savoir qu’au bord de la lampe où vous vous consumez. 2. d’un feu multiple. Il a su s’approprier l’héritage de son pays pour le mettre en valeur. comme si chaque objet se déplaçait. avec Roland Morisseau. « Le Président et les ballons stupides ». Œuvre dédiée à Jean Métellus. René Philoctète n’aura connu qu’une maigre reconnaissance internationale en allant recevoir un prix en Argentine peu de temps avant sa mort. In Caraïbe. Serge Legagneur. il y a d’autres têtes à se regarder.juin 2003 . « Les Alouettes du miroir ». Anthony Phelps et surtout le Mouvement Spiraliste avec ses deux amis. © Notre Librairie. « La Petite Sœur aux cheveux corbeau ». citons aussi des nouvelles : « Les Fiancés du maquis de Château ». Il est pourtant de ceux qui resteront au panthéon des poètes et dans la mémoire des hommes. 1995. 40 ans de littératures du Sud. éditions Mémoire. Philoctète s’est montré extrêmement actif au sein des divers groupes artistiques auxquels il a appartenu et qu’il a contribué à fonder. Auguste Thénor. Debout face à ce Soleil ô. N° 150. Écrire pour être deux. Philippe BERNARD Philoctète s’est montré extrêmement actif au sein des divers groupes artistiques auxquels il a appartenu et qu’il a contribué à fonder. 3. parues dans le recueil intitulé Il faut des fois que les dieux meurent2…. Port-au-Prince (Haïti). nov. citons Haïti-Littéraire. avril .

40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. avril . in « Les Tambours du soleil » (1962).Extrait Soleil ô Soleil ô soleil ô de quel côté tu es trois fois nous avons frappé à ta porte de quel côté tu es soleil ô les enfants sont malades soleil ô de quel côté tu es Adieu mes amis pleurez donc dans l'étang Grand-Feuille le soleil est allé c'est là qu'il est allé dans l'étang Grand-Feuille il est allé faire l'amour son chapeau est resté dans l'Artibonite lan l'Artibonite oh son chapeau est tombé maîtresse ô ô belle femme couleuvre madeleine lan fleurs-koudè voyez les anges sur les nattes nous mourrons tous la terre est aveugle la terre bat les pattes comme un vieux coq-gaguère la terre est tombée en enfance lan l'Artibonite oh le chapeau du soleil est tombé la terre ne dit pas bonjour maîtresse ô la terre ne dit pas bonjour la terre est tombée en enfance mes amis hélez les saints mes amis hélez les voisinages la terre a perdu la parole maîtresse ô nous mourrons tous si la terre meurt il est allé chez sa maîtresse c'est là qu'il est couché ô mes amis levons les bras vers le Grand Doko soleil ô ô soleil de quel côté tu es René PHILOCTÈTE. Actes Sud. 2003.juin 2003 . 19-20 © Notre Librairie. Arles. Poèmes des îles qui marchent (anthologie). N° 150. pp.

78) Ouvrir ce livre et lire à cœur ouvert l’âme d’Haïti. même si son lectorat semble infime. on a connu les épopées d’un patriotisme cocardier. Mais il est vrai que ce long poème forme un ensemble très structuré et n’est pas représentatif de l’univers imaginaire de Philoctète. lui-même romancier et poète haïtien. Et pourtant.« le plus beau et le plus intense des actes de la pensée. La poésie. D’aucuns regretteront en effet de ne pas trouver d’extrait de Caraïbe. Actes Sud. ou l’étincelle fulgurante d’un Davertige dans les années soixante. Max Dominique. avril . 2003. Philippe BERNARD © Notre Librairie. » (extrait de « Poésie urgente »). Les éditions Actes Sud font une fois encore un travail remarquable dans un domaine pourtant très malmené. Le critique Rodney Saint-Éloi discerne pourtant en lui une fraternité avec Saint-John Perse et Aimé Césaire « dans l’amplitude et la modulation de cette parole caraïbe ».juin 2003 . L’artisanat se perçoit jusque dans l’édition des textes de Philoctète. Ces îles qui marchent. ainsi celle du long poème en quatre chants (paru en 1966). René Philoctète achève un cycle poétique tant du point de vue de l’esthétique que de celui de la réalité historique. se veut surtout celle d’une extrême sensibilité : « Porter les yeux sur les malheurs du monde et crier qu’on arrête le concert de la mort… savoir que dans un chant général votre voix roule son registre et qu’en vous gronde l’humaine colère d’apprendre qu’entre les hommes il y a une tache de sang. a voulu être le metteur en scène des « lendemains qui chantent ». Il reconnaît que les choix n’ont pas été faciles. Écouter la voix du poète. qui montre des pages sagement dactylographiées avec une ornementation de dessins-collages. de son côté salue l’« éblouissant charivari de mots » et la jubilation de son écriture. 40 ans de littératures du Sud. demeure . C’est Lyonel Trouillot. 17 € Réunir en une anthologie les textes poétiques écrits par René Philoctète est une excellente initiative. N° 150. Philoctète. Avant lui. « J’aurais pu vous parler des splendeurs des matins/arraisonner le ciel mettre l’aube en bouteille/agencer à ma guise un nuage en château fort/créer un temps de fête où flamboient des baisers […]/Si j’appelle mes mots à vous rouer de vertiges/Ils viendront par brassées…» (p.comme le disait Chateaubriand . recueil posthume paru aux éditions Mémoire. qui s’est glissé dans la peau du chef d’orchestre pour cette interprétation de l’œuvre de Philoctète. mais aussi les éclats puissants d’un Magloire SaintAude. à Port-auPrince en 1995. très marqué par ses lectures d’Éluard et d’Aragon. En fait. si elle est d’abord celle d’une poésie engagée. même si elle ne représente qu’une activité mineure du monde de l’édition. […] le chant intérieur ». René Philoctète n’a guère connu de reconnaissance pour son œuvre poétique : il s’agit là d’une véritable création solitaire. À l’image du poète : d’une lumineuse simplicité. Sa marque.Notes de lecture René PHILOCTÈTE Poèmes des îles qui marchent Anthologie préfacée par Lyonel Trouillot Arles. Revue des littératures du Sud. 104 p. poète de l’ellipse.

2. muté d'office à Ouagadougou. Les Jeux du destin. Hampaté Bâ fut. Sur la scène politique. dans l’actuel Sénégal. Après quelques années consacrées à l’enseignement. ce qui lui valut le statut peu enviable (et peu rémunéré) de moniteur stagiaire… affecté à l'École régionale de Ouagadougou ! La comparaison ne s'arrête pas là. 1. après des études primaires à Bafoulabé. Le décès précoce de son frère aîné allait en décider autrement et il se retrouva donc à l’école française. 40 ans de littératures du Sud. dans l’esprit de son père. rendu célèbre par sa célèbre formule « En Afrique chaque vieillard qui meurt. une thèse de doctorat intitulée À la découverte de l’œuvre littéraire de Fily Dabo Sissoko : thématique et poétique. Ainsi. perçu alors comme étant le plus grand rival du président de la toute jeune République du Mali. Les Jeux du destin. le second à Horokoto. avant de prendre le nom de Soudan français. Alors que tout le monde a entendu parler d'Amadou Hampaté Bâ. il ne l'en a pas moins quittée par la petite porte après son échec à l'examen de sortie. les 13 et 14 mai 2000. suite à une action révolutionnaire commise contre le régime en place. Dans la lignée d’Amadou Hampaté Bâ… Nés l'un comme l'autre à l'aube du XXe siècle. le jeune Fily Dabo Sissoko devait. 2001. Empêché par sa mère de rejoindre Gorée.L’œuvre méconnue de Fily Dabo Sissoko Jacques Chevrier Comme l'admet lui-même Fily Dabo Sissoko.juin 2003 . à partir de février 1946 sur le Parti progressiste soudanais (PSP) dont il fut le fondateur. sous la direction du professeur Daniel Delas. sont parfois cruels. Mais l'un comme l'autre ont eu à pâtir des rigueurs d'un système qui n'admettait pas les écarts de conduite. il retourna dans sa région natale pour remplacer son père à la tête du canton. en qualité d’« écrivain auxiliaire temporaire ». Modibo Kéita. D’autre part. il sera condamné à mort et déporté au bagne de Kidal. il fut inscrit à l’École Normale d’Instituteurs de Gorée. Éditions Jean Grassin. Les actes de cette rencontre ont été publiés aux éditions Jamana. si je rapproche ces deux grandes figures soudanaises. c'est qu'à bien des égards leurs parcours respectifs présentent de singulières convergences. à la place du disparu. foncièrement animistes. 1970. N° 150. quelques initiés mis à part2. dans le temps même où elle les engageait dans la voie de la modernité. Bamako (Mali). © Notre Librairie. titre de son dernier recueil poétique1. dans le cercle de Bafoulabé (Mali). Hormis une dizaine de publications. tous les deux ont fréquenté « l'école des otages » qui en a fait des commis de l'administration coloniale. à titre disciplinaire. Fily Dabo Sissoko a collaboré à de nombreuses revues spécialisées dans l’enseignement. puisque ces deux hommes de foi. devenir marabout. Université de Cergy-Pontoise. le nom de Fily Dabo Sissoko. le ministère de la Culture du Mali a consacré un colloque international en hommage à Fily Dabo Sissoko. Fily Dabo Sissoko. qui a fait de lui l'un des maîtres de la tradition orale. le premier à Bandiagara. Or. tandis que si Fily Dabo a bien intégré la célèbre École normale. dans ce qui s’appelait alors « Territoires de la Sénégambie et du Niger ». Cercle de Bafoulabé. Revue des littératures du Sud. mais également musulmans pratiquants. alors chef de canton de Niambia. FILY DABO SISSOKO Né au début du XXe siècle à Horokoto. laissant derrière lui une œuvre importante et variée. demeure inconnu. l’histoire et la politique. c'est une bibliothèque qui brûle ». Madame Singaré Salamatou Maïga a présenté. avril . Paris. En 1999. Il sera fusillé le 5 juillet 1964. Cette distinction allait être la première d’une longue carrière politique s’appuyant. cependant restée dans l’ombre du fait de la censure qui en a interdit la diffusion.

L’Essor du 4 octobre 1962. l'un comme l'autre peuvent se prévaloir d'une œuvre littéraire conséquente. Éditions La Tour du Guet. cit. en 1933. Paris. puis déporté au bagne de Kidal. 1970 (poésie) Au-dessus des nuages. et valut quelques soucis à son compatriote du Cercle de Bafoulabé. En 1953. 1950 (essai) Crayons et portraits. Arrêté et traduit devant un tribunal populaire en juillet 1962. avril . Éditions La Tour du Guet. op. Éditions Debresse. Paris. par l'un de ses anciens élèves… Des écrits aussi prolifiques que censurés Reste l'écrivain dont l'œuvre polymorphe. 1955 (roman) Coups de sagaie. trop proche à ses yeux du Parti communiste français. Enfin. Éditions la Tour du Guet. demeurée quasiment inconnue du fait de la censure qui en a interdit la diffusion. Après qu'il ait succédé à son père dans les fonctions de chef de canton. un engagement qui. controverse sur l’union française. il n'hésite pas à fomenter un soulèvement en s'appuyant sur les dioulas et les anciens combattants. sur ordre de Modibo Kéita. lui qui estimait qu'il était « né pour gouverner »4 ne l'entend pas de cette oreille et. C'est là que. il sera fusillé le 5 juillet 1964. Amadou Hampaté Bâ recevait le Grand Prix d'Afrique noire pour L'Étrange destin de Wangrin. New York. Imprimerie Union. Il faut dire qu'à la différence d'Hampaté Bâ qui. voire introuvables en raison du véritable lynchage politique dont a été victime l'auteur de La Savane rouge suite à ses divergences avec Modibo Kéita tout juste élu Président de la très jeune République du Mali. Éditions Jean Grassin. Fily Dabo Sissoko est condamné à mort. 1953 (poésie)) Harmakhis. membre du Grand Conseil de l'AOF. a placé Amadou Hampaté Bâ à deux doigts de la déportation. cité par Salamatou Singaré. 1962 (inclassable) Poèmes de l’Afrique noire : Feux de brousse. poèmes du terroir africain. n’aurait été l’intervention de Théodore Monod. a consacré sa vie à la recherche. de Madagascar au Kenya. exécuté par un peloton commandé. Sentences et poèmes malinkés. Fleurs et chardons. ironie du sort. Paris. le Parti Progressiste soudanais. Écarté du pouvoir qui vient de se mettre en place à Bamako. en 1945. Avignon / Paris. Paris. révèle à la fois un homme de culture passionnément attaché à sa terre 3. 40 ans de littératures du Sud. bien sûr. hormis un bref passage par la diplomatie. Paris.se réclament de la doctrine tidjani du marabout Chérif Hamallah. prenant prétexte de la décision de Modibo Kéita de sortir de la zone franc. la plupart des textes de son malheureux compatriote sont demeurés confidentiels. le nouveau député du Soudan a pris ses distances avec le RDA3. Éditions Jean Grassin. La manifestation échoue. Éditions La Tour du Guet. Œuvres : Les Noirs et la culture : introduction aux problèmes de l’évolution des peuples noirs. 1970 (poésie) L’écrivain et le politique Mais. 1953 (collection poétique) (poésie) Sagesse noire.juin 2003 . alors qu'en 1974. Paris. Les Presses universelles. il devient même président du conseil général du Soudan. 4. 1957 (essai) La Savane rouge. Mulhouse. Il y sera constamment réélu jusqu'en 1956. Entre-temps. Rassemblement démocratique africain. © Notre Librairie. ses administrés le désignent pour siéger au Palais-Bourbon. 1955 (poésie et transcriptions de tradition orale) La Passion de Djimè. au sein de la première Assemblée nationale constituante. 1963 (collection poésie) (poésie) Les Jeux du destin. Un homme de culture passionnément attaché à sa terre […] un humaniste éclairé et un véritable penseur politique. mais son étoile a déjà commencé à pâlir. N° 150. Paris. et créé sa propre formation. Revue des littératures du Sud. Fily Dabo Sissoko est un véritable animal politique. Harmakhis.

Il lisait son peuple et son terroir. Birago Diop ne s'y est pas trompé qui. Coups de sagaie. préférant sans doute les salons parisiens à ce broussard qui n'hésite pas à siéger au Parlement en boubou traditionnel). avril . dans la mesure où elle risquait d'entraîner la dislocation des grands ensembles. c'est tout le système colonial qui vacille. un texte inclassable à mi-chemin de l'autobiographie et de la chronique coloniale. C'est pour une bonne part la leçon qui se dégage de l'ouvrage le plus achevé de Fily Dabo Sissoko.– comme le furent Hampaté Bâ et Senghor –. La Passion de Djimé6. dans lesquels se lit la volonté de leur auteur de rejeter l'assimilation et de sauvegarder les valeurs culturelles du monde noir. 6. au seuil des années 60. mais également son unique roman. pour un temps indéterminé. N° 150. Et mes Souffles devaient lui devoir beaucoup ». et en même temps parfaitement anachronique puisque près d'un demi-siècle sépare les événements rapportés par leur auteur de la publication de l'ouvrage (1962). De cette familiarité avec le terroir rendent compte les recueils de poèmes et de proverbes de Fily Dabo. Birago Diop. La Savane rouge. l'ex-député à l'Assemblée constituante prônait donc. sa promulgation. fut aussi un grand lecteur et un étudiant assidu du professeur Marcel Jousse à la Sorbonne. Quel rôle joua exactement Fily Dabo dans cette évolution du sociologue français ? Enfin.juin 2003 . Fily Dabo Sissoko estimait que si l'indépendance était inéluctable. La plupart des œuvres de Fily Dabo Sissoko font actuellement l’objet d’un projet de réédition. Présence Africaine / NEA. Cependant. c'est-à-dire à un moment où le vent de l'Histoire ayant brusquement tourné. économiques et culturelles viables à ses yeux. jeune vétérinaire affecté au Soudan. La Plume raboutée. initié du Komo. dans le temps même où il entretenait une correspondance suivie avec Lévy-Bruhl qui. le maintien de relations étroites avec la métropole. était prématurée. le Manding ésotérique. Toutefois ce fils de la terre soudanaise. seules entités politiques. Très logiquement. 1978. Il enseignait comme ses Anciens que “La Mort ne finit pas l'Âme”. un humaniste éclairé et un véritable penseur politique. Paris / Dakar. Sagesse noire. Harmakis. finit par nuancer sa pensée dans les Cahiers qu'il rédigea à la fin de sa vie. controverses sur l'Union française (1957) et Une page est tournée (1959). le penseur politique s'est exprimé dans plusieurs essais. contrairement à beaucoup de ses contemporains. AOF et AEF. Jacques CHEVRIER CIEF – Université de Paris IV – Sorbonne 5. proche en cela de Senghor (qui ne l'a ni lu ni même fréquenté. © Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. 40 ans de littératures du Sud. après avoir affirmé l'existence d'une mentalité prélogique chez les peuples « primitifs ». confesse dans ses Mémoires5 la dette qu'il a contractée auprès de celui qu'il appelle « le Sage de Niamba » : « Fily Dabo ouvrait le Soudan sacralisé.

molle comme une outre de miel. .Sous les tentes. .Sous les tentes. dans l'autre monde. jour et nuit. il n'y a plus de lait.Si Karamadji était là. s'armer de continence. les étalons seraient encore là. le « khol » ne pourra rester à leurs cils inondés. plus de beurre ! Les éphèbes n'auront plus d'amantes. il n'y a plus de lait. perdront leurs charmes .juin 2003 . . entre les lions roux et les lapins. de pleurs nés du désespoir. et les éphèbes n'auront plus d'amantes. mort au combat. . La Savane rouge. . . une femme ne se donne pas à une autre femme. Les Presses Universelles. à briser le tympan.Si Karamadji était là. Revue des littératures du Sud. et la joie rayonnerait sur leurs visages.Si Karamadji était là. plus de beurre ! Les vierges à la peau ferme comme une citrouille. avril . Une cavale ne se prête pas au jeu d'un hongre. plus de beurre ! Les éphèbes n'auront plus d'amantes. Avignon/Paris.Extrait Karamadji Recueil composite. elles ne risqueraient point de faire les délices des couards qui les harcèlent de leurs avances. La Savane rouge rassemble des séquences autobiographiques. des portraits à la manière de La Bruyère ou des récits de batailles qu’interrompent aussi bien des poèmes que des réflexions à caractère politique. N° 150. elles n'auraient point d'inquiétude. Ce fragment évoque sous une forme poétique la détresse de la tribu de Karamadji. les vaches laitières seraient là .Sous les tentes. mors aux dents. leurs veaux beuglant derrière. Car. Mieux vaut alors. l’un des chefs Touareg. les vierges n'auront plus de choix à faire.Si Karamadji était là. 40 ans de littératures du Sud. . Fily Dabo SISSOKO. pour. Car. plus de beurre ! Les vierges perdront leurs charmes . à chasser autruches et bubales. il n'y a plus de lait. il n'y a plus de lait. faire la joie des macchabées de gloire. car plus jamais.Sous les tentes. 1962 © Notre Librairie. entre les civettes et les lycaons. .

Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud.4 Inédits Tahiry Désiré RAZAFINJATO Lyrique Théo ANANISSOH Lumière de femme Aleth FELIX-TCHICAYA 107 109 111 © Notre Librairie. avril .juin 2003 .

Il ferme les © Notre Librairie. N° 150. Sa main se tend et rencontre une forme pleine et chaude et moite sur laquelle ses doigts reposent délicieusement. La victoire sera totale ! Dix-sept mois de lézards. 40 ans de littératures du Sud. étreintes… Des mots qui dansaient dans sa tête comme des coups de lampe sur la frontière. Soit un an et cinq mois ! Soit cinq cent dix jours et cinq cent dix nuits !… À travers ses paupières mi-closes il détaille lentement cette nudité qui étale pour lui ses charmes affriolants. Il en était devenu presque fou !… Aujourd’hui par contre… Lentement il se penche. avec pour seules femmes les visions nées de l’alcool ! Ses yeux se concentrent de plus en plus sur la petite tâche sombre et touffue qui semble respirer. « Il ne s’agit pas. appelé à faire son service militaire dans une zone de combat en Algérie. Baisers. mais il s’oblige encore à discipliner ses sens afin de donner à son désir tout le potentiel de râles et de voluptés cumulés par les longues nuits de garde et les nombreux appels restés sans réponse. L’arsenal de sensations enchaînées s’apprête à faire feu sur l’obsession vaincue. râles. Revue des littératures du Sud. La sueur coule le long de son dos. râles de plaisir. avril . et il pense : ce serait trop bête et trop simple de s’y jeter comme ça !… Le plaisir qui l’attend. Exactement dix-sept mois. en rehaussant de couleurs vives de magazines les formes aguichantes qu’il a devant lui et pour lui. quelques mois avant le referendum de septembre 1958 qui devait décider du sort des « possessions françaises » d’outre-mer… Non ! dit le Caporal-Chef Petit avec un gloussement lubrique dans la voix. il veut le cuisiner comme un plat auquel on tient beaucoup et dont on a été privé depuis trop longtemps. de rochers. de corbeaux. se répète-t-il.Extrait Tahiry « Tahiry » est l’histoire d’un jeune Malgache. il sent une flammèche qui part de son dos et qui rampe doucement sur son épiderme angoissé. Toute la littérature obscène dont il a savamment irrité les termes comme autant de tentacules vivants au cours de ses interminables veilles en face des barbelés lui revient en mémoire. et les titillations qu’il ressent sur sa chair deviennent intolérables. « citoyen français de par la naturalisation de son père ». des images. de tout gâcher par une gloutonnerie aveugle et destructrice qui laisserait ensuite une impression de dégoût et de tristesse ! »… Le Caporal-Chef Petit est un fin gourmet et les milliards de cellules de son corps se refusent à sortir brusquement de cette eau de désir dans laquelle ils avaient trempé trop longtemps… En promenant son regard sur cet ensemble de courbes et de lignes.juin 2003 . Mais il se souvient encore !… La nuit du Nouvel An. tout seul au Chouf… Des mots. des expressions avaient hanté sa nuit : baisersenivrants. étreintes éperdues.

Je t’assure qu’on devient maboul ici… Tout à l’heure. . Revue des littératures du Sud. C’est une fois dans le civil que tout sera anormal… Je me demande par exemple l’effet que ça me ferait de me trouver brusquement au milieu d’une foule compacte… Je crois que je deviendrais fou et si j’ai mon PM je tirerais dans le tas. le regard mauvais. reprend Petit. .La QUILLE hô !… hurle le Caporal-chef Petit aussitôt qu’il a réalisé sa mésaventure. aphrodisiaque et cruel. déclare Petit avec amertume. mais plus des hommes… Désiré RAZAFINJATO (Madagascar) © Notre Librairie. c’est nous qu’on va se faire bouffer par les charognards à force de coucher ici : ils nous prendraient pour des cadavres… Ah. hargneux.Pour sûr.juin 2003 . S’il ne se dépêche pas les charognards et les chacals vont fausser ses calculs. réveillé lui aussi en sursaut. Alors il n’y tient plus… Tout son corps s’abat avec le poids et la violence du désir exacerbé. figure-toi.Moi je m’foutrais dans un égout pour les surveiller. 40 ans de littératures du Sud.Surtout y a de quoi se flinguer. ses buissons squelettiques et les éternels barbelés. . et sa main se ferme sauvagement sur… la poignée du pistolet-mitrailleur dont la sécurité se trouve libérée. y a de quoi raconter plus tard.Un de ces jours. Toute ma vie en ce moment se ramène à ça.Rien ! dit-il. ma parole ! je m’en souviendrai de ce sacré pays. .yeux pour ne plus être qu’une sensation survoltée. Quelque chose de frais. Le soleil brille de tout son éclat. Les mouches effrayées volent dans tous les sens. la détente pressée. . avril . mais il y a des choses que je ne saurais plus faire… Tiens par exemple ! Quand j’ai appris la mort de Tahiry et de son équipe. je croyais voir une femme à poil devant moi. Les balles giclent autour de la petite touffe de genévrier inondée de soleil. À l’horizon.Qu’est-ce qui t’arrive ? demande Vinel. « On était chiens de garde à la villa et notre boulot était de faire peur aux vagabonds et leur courir après quand ils passaient la haie »… .Il doit compter les cadavres. Le mouvement brusque de son corps en avant et la rafale de son arme réveillent complètement le Caporal-chef Petit qui ne voit devant lui que le paysage affreusement nu avec ses vallonnements. dit Vinel qui observe ces lointaines évolutions.Ici. Ça aussi c’est pas normal ! On est tout ce qu’on veut ici. . un avion de patrouille jongle avec les crêtes en ronflant irrégulièrement. et je serais malheureux le jour où je n’aurais plus à le faire… C’est pas pour rigoler. tout est normal. de léger se met à lécher son cou. . ça m’a fait presque rien… Et pourtant c’étaient de bons copains. ironise Petit. renchérit Vinel. N° 150. et pourtant je ne dormais pas… Crois-tu que c’est normal ça ? . Tous deux se relèvent et marchent un instant autour de l’Observatoire 18 pour chasser l’engourdissement et les mouches.

ma tige avait disparu sous les herbes ! J'eus même assez de mal à retrouver l’endroit où je l’avais plantée. » Thomas Mann Je sortis tôt le matin pour une promenade le long de la lisière. quand il me sembla que quelque chose n’était pas comme la veille. à quelques centimètres de la nouvelle limite. Il était visible que sur toute la « ligne ». par le sentier qui traverse le terrain vague de M…. au niveau de l'ancien bâtiment des PTT. Que fallait-il faire ? Courir à travers la ville pour répandre la nouvelle ? Et que feraient les gens que je ne pouvais déjà prévoir ? Mais. Je fis ce trajet afin de vérifier si l’étonnante avancée des plantes était isolée ou générale. Et voilà qu’après un répit trompeur. arrivai à mon but en un quart d’heure. rébellion contre la nature. la végétation. Chaque pas confirma mes craintes. Je dus passer par les décombres de l'ancienne Banque de développement. pour reprendre le sentier par lequel j’étais arrivé. Au lieu de rentrer comme j'en avais l'intention. avril . je vis passer T… le fou. La grande construction blanche. les yeux fixés sur les plantes aux feuilles larges et vertes de la lisière. surtout : quelle solution ? Cette même végétation avait déjà envahi et éliminé tout moyen de résistance. jusqu'en haut de la colline. après les quarante-trois jours de pluie ininterrompue. Je fis ma promenade. ses feuilles et ses multiples petites branches. Tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la modernité avait été dévoré par le mois et demi de pluie puis par cette végétation qui en était résultée. assis à même la poussière. Ainsi. Je fus d’abord sans sentiment précis.juin 2003 . depuis longtemps était réduite en un tas de briques et de cailloux recouvert — pardon — de déjections humaines. pressé comme à son © Notre Librairie. Le lendemain. la végétation jusqu'alors limitée à l’ancienne zone administrative. une petite tige avec l'intention de revenir le lendemain muni d'un instrument de mesure. Je revenais sur mes pas. qui avait été conçue pour symboliser notre mouvement vers la modernité. Revue des littératures du Sud. il y avait eu une certaine avancée. c’était cela . Oui. Oui. par ses herbes. du rond-point. la végétation qui avait pris possession de l'ancienne zone administrative. Ce ne fut pas facile. à droite.Extrait Lyrique « Car la liberté est esprit. dans un coin. je décidai de longer toute la lisière. semblait déborder de celle-ci. Des gens circulaient déjà. Je m’arrêtai. Je fis des pas à gauche. Je quittai la maison à pied et. Je restai un long moment à méditer ainsi à la lisière de la végétation. Je plantai. la plupart en direction du marché. Je m'assis là à même le sol pour réfléchir. progressait. N° 150. empiétait sur la zone nord de plusieurs centimètres. 40 ans de littératures du Sud. celle-ci partait à la conquête du peu qui restait. Je me penchai. Et lorsque je décidai de m'en aller. Je le vis au moment précis où je me relevai. l’esprit à ce que j’allais écrire au retour à la maison. observai. tout à fait perplexe.

Par la fenêtre. » Il ne comprit pas. Je resterais donc seul. Et vérifié ce matin. Il en doutait lui-même. — Tu seras donc arrivé à O… en milieu d’après-midi. puis. tentaije de plaisanter. mais son départ me causait dans l’immédiat unecertaine tristesse. — Que comptes-tu faire de la nouvelle ? » C'était ce à quoi je ne cessais de réfléchir depuis la veille : que faire ? Théo ANANISSOH1 (Togo) © Notre Librairie. Il ne comprenait pas mon refus de faire de même. J'étais plongé depuis des heures dans toutes sortes d’ouvrages sans savoir exactement ce que je recherchais quand j’entendis le bruit familier d’un véhicule. tu crois ? — Possible. « Je dois voir ça avant de partir. Il n'allait pas vraiment me manquer . » Il se redressa dans son siège comme si quelque chose l’y avait piqué. N° 150. Je le suivis des yeux. « Toujours décidé à rester ? » fit-il à peine assis. « Tu penses que si demain je rapporte ce phénomène hors des frontières. — Mais comment expliques-tu cela ? » Il se souvint aussitôt après que nous avions épuisé toutes les possibilités d'explication. C’était Charles. Je posai sur la table sans le refermer le livre que j’avais en main et me levai pour aller à sa rencontre. Il n'était pas rasé. Je ne dis rien.habitude. je suis au-delà de la frontière. — Ce n’est pas une invention pour te faire revenir sur ta décision. 40 ans de littératures du Sud. ça ! » Je secouai la tête. en fin de semaine.juin 2003 . il m'avait appris qu'à son tour il s’en allait. « Tu pars à quelle heure ? lui demandai-je. Il ajouta : « C'est une nouvelle à faire revenir des journalistes. Il me regardait. « Sans blague! s’écria-t-il. il n'y aura pas des colonnes de journalistes ici ? » Je secouai de nouveau la tête. Il y eut un moment de silence. avril . « Tu sais. — Demain à neuf heures. La ligne a été franchie. « Comment ? s'exclama-t-il. » La nouvelle l'excita comme je m’y attendais. ayant sans doute passé la journée à préparer son départ. je le vis descendre de la voiture. Il venait de je ne savais où et se dirigeait du pas ferme d’un homme qu’on croirait sensé vers le marché. la lisière a bougé. Trois jours auparavant. Revue des littératures du Sud. Nous restâmes encore un moment sans rien dire. Je ne fis aucune réponse. » Il confirma de la tête. Je décidai de l’informer de ce que j’avais découvert. fit-il. Cela me soulageait de parler avec quelqu'un. « La végétation avance sur le reste de la ville. — Je l'ai constaté hier. comme je ne disais rien : Tu es le seul à t'en être aperçu.

Nour comprend toujours. Au lieu de me défendre. Mais j'étouffais.La tante a fini par en parler à l'oncle et elle a su que je ne mentais pas. est confiée par sa mère à la famille de son oncle Val. l’héroïne de « Lumière de femme »1. C'était son mari. c'est vrai ! . .Anormal. je me sentais coupable. Son épouse m'a ordonné le contraire. Nour. Adulte encore.C'est si terrible de ne pas être crue ! Je savais bien. très longtemps. avril .Tante. N° 150. Elle voulait sans doute continuer à l'aimer.Qu'est-ce que tu racontes ? Arrête de mentir ! .Je ne mens pas. Je rageais contre l'oncle et je me révoltais. . résidant à Paris. Mais quand on est si petite. afin d’y poursuivre ses études. moi.Que s'est-il passé ensuite ? . elle s'en prenait à moi. Elle ne se rendait pas compte du tort qu'elle me causait.Extrait Lumière de femme À l’âge de douze ans.Je comprends que pour la tante la situation était difficile à gérer.L'ambiance est devenue bizarre à la maison. Mais les incursions nocturnes de l’oncle dans son lit troublent l’adolescente qui décide de se confier à sa tante : . la nuit quand tout le monde dort. je tournais la tête dans une autre direction. sans plus.Mais je ne mens pas… . que je disais vrai et que l'oncle ne pouvait pas me faire ce qu'il faisait. lorsque cet oncle me réclamait de l'aide. 40 ans de littératures du Sud.juin 2003 . . il m'embête. j'étais coupable ! Ce sentiment m'a habitée longtemps. moi ! .Rien de mal… . comme si tout était de ma faute… De victime. on ne sait pas bien se défendre. Je voulais être protégée ? Non. comme pour me faire pardonner.Cela suffit ! . . . Mais pardonner quoi ? Je n'avais rien fait de mal.La tante m'a demandé de ne parler à personne de ce qui s'était passé. . je n'osais pas la lui refuser. Revue des littératures du Sud. Je lui en ai voulu. Ils m'ont seulement fait remarquer que c'était anormal. © Notre Librairie. tonton vient dans mon lit. Je lui désobéissais. sous ce secret… J'en ai quand même parlé à l'oncle Jordan et à grand-oncle Jean.Et tu as recommencé à respirer ? . Elle l'aimait. on ne connaît pas les bons mots. Quand il me parlait.

avril . J'ai commencé à négliger mes études. inscrit au plus profond de moi. À nouveau.juin 2003 . je n'avais pas ma place. Eux sont venus. Je rêvais. . l'entendre m'apaiser… J'avais tellement besoin d'être protégée ! Alors j'ai appelé mes amis du ciel. malgré toute l'importance qu'elles revêtaient pour maman. Cela m'a rendu la joie. alors que je passais des vacances heureuses à Brisville – mon premier retour en Afrique depuis mon arrivée à Paris – oncle Val a envoyé une lettre à ma mère pour lui dire qu'il ne souhaitait plus me voir chez lui. c'est qu'à l'internat. Sans explication. Personne. 40 ans de littératures du Sud. me blottir dans ses bras. Je voulais partir. Je l'ai enfouie. maman est venue me voir. J'aurais tant voulu… Je voulais ma grand-mère… Je voulais ma mère… Je la voulais près de moi. c'est que j'avais l'impression d'être devenue un poids dans cette maison. C'est un sentiment très fort. tant de fois allongé près de moi. aux éditions Hatier International © Notre Librairie. j'étais heureuse. C'est pour cela que je dis que mon intuition m'a sauvée. Je ne supportais plus de vivre là. pour des raisons que j'ignore. N° 150. deux fois.Je n'ai plus jamais été la même.Indestructible.Trop loin… . J'ai décidé de ne pas lui raconter mon histoire. L'oncle aurait sans doute abusé de moi. Est-ce parce qu'on m'avait demandé de me taire ? Est-ce pour ne pas la faire souffrir ? Est-ce pour ne pas gâcher nos retrouvailles ? Est-ce parce que je ne voulais pas éroder les liens qui unissaient ma mère à son frère ? Je ne sais pas. pour m'expliquer… pour me rassurer. d'autant que je ne séjournais chez oncle Val et tante Nysette qu'un week-end tous les deux mois. Un an plus tard. Tout ce qui comptait désormais. Personne ne m'a parlé.Je crois que si je n'avais pas écouté mon intuition. mes carnets de notes me condamnaient. Puis. aussi indestructible que la nature… . Revue des littératures du Sud. avec ses mains folles… et à plus forte raison parce qu'il s'agissait d'un parent. mais je ne le pouvais pas vraiment parce que nous sommes drainés par le même sang. Aleth FELIX-TCHICAYA (Congo-Brazzaville) Extrait du roman intitulé « Lumière de femme ». la nature ? . d'autant qu'elle avait choisi pour moi un internat. Et il fallait qu'elle le fasse.. j'étais étourdie. l'irréparable serait arrivé. J'avais envie de lui en vouloir très fort. C'était tellement pénible de trouver cet homme une fois. à paraître dans la collection « Monde noir ».Ce dont je me souviens.

Hookoomsing Émile Ollivier Xavier Orville René Philoctète Leïla Sebbar Sami Tchak Dominic Thomas Priska Degras Abdelmajid Kaouah Robert Fotsing Mangoua Khalid Zekri Najib Redouane Vicram Ramharai 126 129 122 130 131 134 Joubert Satyre Liliane Fardin Philippe Bernard Hédi Dhoukar Daniel Delas Abdourahman A. Revue des littératures du Sud. mémoire de sang Simorgh Johnny chien méchant Le Destin volé Le roman ouest-africain de langue française. and Literature in Francophone Africa Rosalie l’infâme Transit Elisabeth Monteiro Rodrigues Jean-Jacques S. Dabla 128 125 © Notre Librairie.juin 2003 133 . 40 ans de littératures du Sud. Waberi 68 127 101 132 123 124 Évelyne Trouillot Abdourahman A.Index des notes de lecture José Eduardo Agualusa Kangni Alem Nathacha Appanah-Mouriquand Mongo Beti Daniel Biyaoula Ken Bugul Thomas C. Spear Malcolm de Chazal Aïda Mady Diallo Mohammed Dib Emmanuel Dongala Jean-Roger Essomba Albert Gandonou La Saison des fous Cola-cola jazz Les Rochers de poudre d’or Le Pauvre Christ de Bomba La Source de joies De l’autre côté du regard La culture française vue d’ici et d’ailleurs Petrusmok Kouty. Propaganda. Dabla Tirthankar Chanda Ambroise Kom Bernard Mouralis Guy Ossito Midiohouan Nathalie Schon Christophe Chabbert Cécile Dolisane-Ebossé Tahar Bekri Yves Chemla Frédéric Giguet Frédéric Giguet 114 115 133 55 116 117 135 49 118 61 119 120 121 Édouard Glissant Yasmina Khadra Gabriel Kuitche Fonkou Fouad Laroui Malika Mokeddem Sous la direction de Kumari Issur et Vinesh Y. Étude de langue et de style Ormerod Les Hirondelles de Kaboul Moi taximan La Fin tragique de Philomène Tralala La Transe des insoumis L’océan Indien dans les littératures francophones Les Urnes scellées Le Corps absent de Prosper Ventura Poèmes des îles qui marchent Je ne parle pas la langue de mon père Hermina Nation-Building. avril . Waberi Louis-Philippe Dalembert Jean-Jacques S. N° 150.

la lutte armée éclate : c’est le début de la guerre pour l’indépendance qui durera quatorze ans. La poésie africaine d’expression portugaise. 2. L’un deux passe devant moi. ce que je vois. Qu’au moins le feu arrive et nous nettoie jusqu’aux os. Un journaliste-narrateur entreprend de percer le mystère qui entoure la disparition de la poétesse et historienne Lídia Ferreira do Carmo dont la vie est intimement liée aux événements tragiques de l’Angola contemporain. comme ces maisons. 40 ans de littératures du Sud. le Portugal s’obstine dans une guerre atroce. Mangés par la lèpre. (Continents noirs) 18. la poésie devient alors la première arme de résistance. Mário de Andrade publie la première anthologie de poésie africaine d’expression portugaise 3 à laquelle Lídia ne participe pas car elle refuse la dénomination de poésie noire. 264 p. p. même pas ça : ils attendent. ce sont des cadavres. Revue des littératures du Sud. Paris. Élevée par son grand-père à Luanda. l’Allemagne et le Brésil auquel fait écho l’espace de son engagement politique qui la conduit en Guinée puis de nouveau à Luanda. N° 150. Arles. voix originale dans le contexte de la négritude et de la lutte pour l’indépendance. tout en s’inscrivant dans la lignée d’écrivains qui tel Pepetela4 réinvestissent l’histoire de leur pays. Yaka. 3. Lídia est issue de plusieurs générations incestueuses où les femmes sont les seules survivantes. Pour d’autres. © Notre Librairie. avril . 253. Je parle de ce que nous sommes à l’intérieur : sur les genoux. « Nous sommes en ruine.50 € La Saison des fous est une tentative de reconstruction de l’histoire de l’Angola dans le chaos de la guerre de décolonisation et des guerres civiles. une arme largement utilisée par Mário de Andrade à qui est d’ailleurs dédié le roman. L’auteur interroge les processus identitaires et politiques propres à la constitution d’une nation. Les différents mouvements soutenus tour à tour par les Américains. José Eduardo Agualusa. c’est la haine qui les soutient. 2003. Mouvement populaire pour la libération de l’Angola. 2002 (coll. Les différentes intériorités ainsi révélées participent de la forme hybride du récit et de l’écriture de l’Histoire. La Saison des fous. Pour certains. Afriques). À l’indépendance proclamée en novembre 1975 succède la guerre civile qui ravage le pays pendant des décennies. 5. Ils sont tous morts. elle côtoie ceux qui seront les acteurs historiques de la lutte pour la libération. António de Oliveira Salazar fut à la tête de l’Estado novo de 1928 à 1968. »5 Elisabeth MONTEIRO RODRIGUES 1. En 1961. Les Éperonniers/Unesco 1992 . témoignages et poèmes qui forment autant de matériaux composites. L’Esprit des eaux. 4. permet d’aborder ici l’émergence de l’angolanité. Je lui dis : “Tu es mort”.juin 2003 . La trajectoire de Lídia décline en effet un paysage intime avec sa géographie personnelle : Lisbonne. transcende une approche qui serait purement documentaire. Agostinho Neto. Viriato da Cruz. 1969. Et il rit. Jusqu’à l’âme. les Cubains et les Russes ne trouvent pas d’accord. Dans la mouvance de la revue Présence Africaine. les fondateurs du MPLA2. L’originalité du roman réside dans la multiplicité des voix qui se juxtaposent à celle du narrateur luimême partie prenante dans les événements. Pierre-Jean Oswald. Lídia ainsi que le narrateur seront emprisonnés à Luanda. Gallimard. Je marche le long de ces rues et. Histoire et fiction constituent la thématique centrale de ce roman dont le personnage emblématique de Lídia incarne les deux versants.Notes de lecture Afrique José Eduardo AGUALUSA La Saison des fous Traduit du portugais (Angola) par Michel Laban Paris. Le récit fait alterner interviews. Éd. fragment d’un texte inédit de Lídia do Carmo Ferreira. une immense fatigue. La position de Lídia. Qu’advient-il de l’individu dès lors qu’il est confronté à l’Histoire ? Engagé au profit d’une cause si juste soit-elle ne perd-il pas sa conscience individuelle ? La littérature doit-elle devenir alors une littérature de combat du monde noir ? Autant d’interrogations dont le personnage de Lídia semble être l’allégorie. La fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite du nazisme coïncident avec le durcissement de la dictature salazariste1. Bruxelles/Paris. Il a la peau sur les os. la vase. Actes Sud.

2002. après quelques jours de grâce passés avec lui. hétéros. intertextualité. 40 ans de littératures du Sud. le narrateur n’intervenant que trois fois dans cette diphonie installée par alternance et se développant régulièrement sur le mode du collage : retours en arrière. décembre 2001. jeune étudiante métisse vivant en France et entretenant des rapports conflictuels avec sa mère française. à la fois par sa thématique comme par sa structure. Héloïse découvrira donc une véritable « terre en délire ». à la fois proche des personnalités du pays et démocrate complotant dans l’ombre pour la chute de Yamatoké. Jean-Jacques S. © Notre Librairie. voyageur infatigable. une terre qui agonise de misère. 204 p. monologues intérieurs. Héloïse la « Cola blanche » rencontre aussi sa nombreuse famille paternelle aux figures pittoresques et. récits secondaires. Revue des littératures du Sud. Et cette jeune fille tient à retrouver son père africain retourné dans son pays TiBrava . homos et bisexuels… Il reste que ce premier roman qui se déploie comme une partition de jazz manifeste un intéressant travail de composition qui mérite l’attention. sa demi-sœur la « Cola rouge » qui sera son véritable mentor dans ces retrouvailles avec le père. Notre Librairie n° 146. N° 150. Héloïse reçoit de son père sa version de l’histoire familiale et découvre. tableaux fantastiques notamment abondent et s’expriment dans un registre qui ne dédaigne ni la fantaisie ni l’humour noir ni la verdeur. au dynamisme de son petit commerce nocturne et à la débrouille généralisée comme mode de survie majoritaire (même si une minorité vit dans les villas cossues de Mac Carthy Hill). de maladies et de démocratisation inopérante tout en refusant de mourir à force de s’accrocher à la vitalité de ses bars.juin 2003 . que « certains retours sont impossibles ». avant de repartir pour la France sans grand regret. DABLA Université de Rennes II 1. par ailleurs suicidaire. un pays asphyxié par le dictateur Yamatoké . Cependant si l’on comprend qu’Héloïse s’exprime comme une Française de son âge et de son temps. séducteur impénitent. Et l’histoire se déroule à partir du double point de vue interne de Parisette et Héloïse. Après maintes péripéties rocambolesques souvent dramatiques. on saisit mal la redondance du lexique argotique et celle de la thématique sexuelle qui accumule pervers. elle finit par retrouver ce père.Notes de lecture Afrique Kangni ALEM Cola-Cola Jazz Paris. L’histoire donnée pour véridique ainsi que le précise dans l’épilogue un « narrateur sans qualités » (sic) apparaît surtout comme celle de la quête identitaire d’Héloïse. elle y débarque en effet un de ces soirs tropicaux « sous ce climat de cul non réfrigéré du diable ». avril . Kangni Alem aborde le genre romanesque avec ce récit au titre énigmatique qui ne manque ni d’originalité ni d’ambition. V. 13 € Dramaturge puis nouvelliste1. De l’aéroport à la maison familiale. en particulier Parisette. Éditions Dapper.

hallucinante. « le regard fixe. est devenue boueuse. 178) : véritable descente aux enfers. ces « bébé-squelette-femme » (pp. retrace les destinées différentes d’anciens amis d’enfance dont les relations sont devenues aujourd’hui intermittentes : Basile. Au-delà de cet aspect. Laurent et Basile. […]. sont entrés dans l’appareil d’État et vivent fastueusement avec leurs épouses respectives. Ou. Il a beau tenir ce discours cynique destiné à justifier sa position sociale. c’est de nous faire entrer toujours un peu plus avant dans le cheminement tortueux et banal de la conscience. il sait que son ancien ami a raison. Quand Basile lui dit qu’il est complice de ceux qui ont arrêté et assassiné Constant. dans sa presque fange d’avant. Les descriptions vont au-delà de la surface des choses ou des êtres : spectacle de la ville dans la nuit (p. 246 p. Le romancier trace un tableau sévère de la situation sociale et politique du pays. Ou : « Et Denise. Raphaël et Sébastien. à l’image de l’âme de Raphaël. Bernard MOURALIS Université de Cergy-Pontoise © Notre Librairie. Quant à Basile. du corps de Constant. les fillettes qu’ils contraignent à la prostitution. de retomber dans les difficultés. le rôle de l’alcool. habitant avec Angélique et leurs deux enfants dans une banlieue du nord de Paris. 40 ans de littératures du Sud. il a mené une vie très difficile en France. avril . Laurent est resté instituteur. Il montre l’arrogance de ceux qui ont réussi. y a fait cinq ans de prison et vit maintenant d’un travail régulier comme menuisier. il était venu la mettre en brèche sa bonne conscience où il était si bien. l’alternance constante entre le présent et le passé des protagonistes vient créer un effet de vertige qui confère au roman toute sa profondeur. Constant et Serge sont dans les « affaires » et ils semblent avoir bien réussi. 207). Présence Africaine. 155-156). complètement soumis au « dieu-monnaie » (p. après avoir été de modestes fonctionnaires. Mais ce dernier n’a pas pour autant fait disparaître cette voix et ce regard qui lui étaient intolérables. Outre l’emploi d’un vocabulaire tour à tour familier.juin 2003 . 18 € Troisième roman de Daniel Biyaoula. Il les retrouve. elle était comme tout le monde. 154). on ne manquera pas d’être frappé par l’écriture très originale de La Source de joies. 73 sqq. Serge. comme celle de Sébastien. en même temps. 246). leurs villas au luxe tapageur. Raphaël et Sébastien. lors de l’épisode final où les deux anciens amis retournent voir la « source » limpide qui avait enchanté leur enfance et qui. avec un maigre salaire. dans les sous-sols de la Sécurité. chargé d’étonnements… » (p. Ce retour est l’occasion pour ces six personnages de se retrouver et le narrateur va retracer ce que chacun est devenu.) ou du Fleuve (p. qui a pour cadre un pays d’Afrique centrale. découverte par Raphaël. Dès lors. la grande affaire de Daniel Biyaoula. » (p. Mais cette richesse et cette variété de l’expression ne tournent jamais au procédé. Voilà comment il est. Parallèlement. Le récit commence avec l’arrivée de Basile qui revient de France passer quelques semaines au pays pour un congé. Constant. Laurent. » (p. 33). leur mépris cynique d’une population misérable. 2003. argotique ou soutenu. aujourd’hui. Il est la voix de sa conscience : « Et lui Basile. encore. Basile devient ainsi intolérable à Raphaël. 112). véritable « macédoine » (p. Raphaël choisit le meurtre. 188).Notes de lecture Afrique Daniel BIYAOULA La Source de joies Paris. Et. La Source de joies. C’est seulement qu’elle avait eu peur de se faire virer. l’enfant de Basile et d’Angélique : « Et l’image de son pistolet grandissait en lui. C’est que Raphaël n’a pu supporter le retour de Basile. au plus profond de lui-même. en faisant la connaissance de Miassoba. On le voit en particulier à travers le désir de destruction qui anime Raphaël et l’image récurrente de son « pistolet ». versé en outre bien irrégulièrement. Revue des littératures du Sud. » (p. notamment chez Raphaël : la conscience et la mauvaise conscience. Deux forces agissent dans La Source de joies. insoutenable. En revanche. justement. Daniel Biyaoula joue également avec l’ordre des mots : « Abasourdi. pareil à un bélier qui cognerait régulièrement sur les murailles de sa bonne conscience. un an plus tard. car. il doit convenir que sa personnalité est désormais scindée. N° 150. Miassoba aussi… » (p. Denise et Maryse. 131) de mauvais goût. il ne lui reste qu’une alternative : se détruire ou abolir la voix et le regard de Basile.

L’harmonie est donc rétablie. et donc sa nièce. Puis subitement. Et elle. 2003. C’est cette situation de nièce et tante à peu près du même âge que la narratrice a vécue comme un abandon de la part de sa mère qui n’avait de place et d’yeux que pour Samanar. 282 p. Fiction française) 16 € Le temps fort de cette saga familiale est la réception par la narratrice. a fait de sa mère une grand-mère. Ainsi la mère lui raconte les différentes étapes de son voyage « de l’autre côté du regard ». l’aîné. Et les souvenirs ressurgissent : sa naissance à Hodar. quand la narratrice apprend la mort de sa nièce Samanar. et si. Elle en était jalouse mais à aucun moment elle n’avait voulu sa mort. qui est instruite. Samanar. un dialogue mystérieux. le sentiment de jalousie la reprend. Elle évoque tout d’abord la vie de Bacar Ndaw. sa maison familiale. Toute la famille aussi. Cotonou (Bénin). son père (« le Saint Homme »). Elle y revient avec De l’autre côté du regard. elle se retrouve sans enfant. Dès cet instant. elle a réalisé que sa mère l’avait toujours aimée car elle sait désormais qu’une mère ne peut pas ne pas aimer un enfant désiré. On pensait que depuis La Folie et la Mort. 40 ans de littératures du Sud. affligée. Échec total : en Afrique une femme de plus de 30 ans sans mari est un drame . au carrefour de l’écrit et de l’oral. Ken Bugul avait abandonné l’autobiographie pour s’engager dans la critique sociopolitique. sa quête émouvante d’identité. d’une lettre de son frère Bacar Ndaw resté au pays. morte avant elle. a la chaleur de la voix humaine. Ce n’est que deux ans après le « départ » de sa mère que la narratrice connaît le merveilleux événement de la naissance de sa fille : « La sensation qui m’envahit fut de la jouissance pure. depuis leur enfance. © Notre Librairie. la mère considérait la narratrice comme une enfant perdue. la réconciliation de soi avec soi. ses échecs conjugaux. surtout par temps de pluie. qui vit depuis assez longtemps déjà à l’étranger. Comme Riwan ou le chemin de sable. totale » (p. La narratrice semble à présent regretter d’être partie .Notes de lecture Afrique Ken BUGUL De l’autre côté du regard Paris : Le Serpent à plumes. la fille d’Assy. Pourtant. Sa sœur Assy. elle s’explique. (coll. qui a eu très tôt sa fille comme toutes ses autres sœurs d’ailleurs. N° 150. ses sœurs qui n’ont jamais été à l’école et qui ont été toutes mises enceintes par des étrangers. C’est en quelque sorte le début de la réconciliation avec sa mère qui n’est plus. elle s’en retrouve bouleversée. c’est alors une malédiction. d’équilibre et d’harmonie. mort en « Codiwoire » et dont on n’a jamais retrouvé le corps. ce que traduit la berceuse par laquelle s’ouvre et se ferme ce roman. jusqu’à sa mort. C’est pourquoi. Ce sentiment de conquête et de possession est d’autant plus fort chez la narratrice que la mère lui a confié n’avoir pas encore rencontré sa petite-fille Samanar. de surcroît. avril . 228). n’a n’a jamais été mariée. la quête de l’âme de son fils N’Diaré. le dernier roman de Ken Bugul est une œuvre cathartique dont le style.juin 2003 . après la disparition de la mère. sorti de ses entrailles. celle qui lui « a pris » sa mère. sa voie dans sa marche tourmentée vers l’apaisement. ni été mère jusqu’à la mort de sa mère. Elle veut comprendre pourquoi sa mère lui a toujours préféré Samanar alors qu’elle est sa benjamine. mais avec qui s’établit. l’a encore emporté sur elle. son rêve avorté de devenir océanographe. se justifie et en arrive à demander pardon aux siens. La raison en est simple. Guy Ossito MIDIOHOUAN Université d’Abomey-Calavi. Revue des littératures du Sud. La romancière semble avoir désormais trouvé son rythme. sœur de la narratrice. Mais la nouvelle la plus importante de la lettre de Bacar Ndaw est la mort de Samanar.

Assadeck. Mieux encore. 80). Ensuite. dans de menus détails. 13). D’entrée de jeu. l’auteur nous relate l’histoire d’une petite fille de dix ans. mi-cocasse mi-aigre. des points de suspension et d’exclamation. vous ramassez les garces de chez nous pour les épouser ! » (p. 42). qui aurait pris une petite fille au sérieux ? L'ombre de sa mère. La trame narrative. par ce sempiternel recours à la violence. la mémoire de sang. 129).75 € En vingt-et-un petits chapitres minutieusement élaborés. (Série noire n° 2641) 7. C’était soit la haine soit l’amour » (p. a certes pour toile de fond la vengeance d’une orpheline meurtrie qui agit en justicière. Kouty. éprise d’une folie meurtrière. bien que trahissant le malaise social. 19). permet d’atténuer cette situation qui est loin d’être une farce. Aussi rencontre-t-on les voitures de fortune surnommées « les requins ». n’atténue nullement son penchant pour la morbidesse : « Cette jeune fille. cette œuvre de « monstration ». Cécile DOLISANE-EBOSSÈ Université de Toulouse-Le-Mirail © Notre Librairie. la détermination de la fillette présentée comme une figure de proue de la justice sociale sans manipulation idéologique ni motivation extérieure semble être l'originalité de ce polar. piétinée (qui) n’était plus qu’un puzzle détruit. « c’est drôle dit Kalhed vous arrivez presque à le rendre aimable. 10). « les durani ». de par sa dimension cathartique. une terre morcelée. la petite Kouty est réduite à la mendicité comme de milliers d’autres enfants de la rue qui assaillent les tas d’immondices dans des villes-poubelles qu’une Afrique postcoloniale en décrépitude. caractérisée de bout en bout par les assassinats non élucidés dans une mobilité spatiale impressionnante. un bébé de deux ans. 42). Cet état de guerre s’illustre par une syntaxe perturbée perceptible par l’accumulation des phrases très courtes et parfois sans verbe. des conflits interraciaux et interethniques pour en arriver à la quête de la tolérance. Dans ce récit écrit à la troisième personne et ponctué de dialogues. de l’amitié et de l’amour (p. d’injustices et de haines parfois séculaires. dans ce conflit interethnique entre Touaregs et les autres peuples. avril . N° 150. De la sorte. doublure d'une doublure ? On pourrait cependant regretter que l’élan de générosité de cette héroïne clairvoyante. À cela s’ajoutent les vices exogènes. la narratrice affiche les déséquilibres de sa société. doublée de la chaleur humaine qu’il étale par la qualité de l’accueil ne laissent guère indifférent : « Ici tout prenait une saveur particulière . désemparée et corrompue est incapable de juguler (p. devient profondément salvatrice. qui assista impuissante à la disparition de sa famille : l’assassinat de son père. Mais cette apparente apocalypse romanesque est une mise en garde contre cet état de choses en ce sens qu’elle exorcise ses malheurs dans ce rituel de purification. ce diable » (p. elle décrit un peuple qui lutte désespérément pour sa survie et contre la fatalité par la débrouillardise. une Targui (Touareg). on n’avait pas les mêmes références » (p. et le suicide de sa mère Fathy. Elle chantait : « les yeux revolver et Lucifer ». sans passé ni avenir. l’auteur arbore les maux internes qui minent l’Afrique : les conflits interethniques et les stratifications sociales entre les castes… « Regarde qui tu as épousé ? Une sale garce ! Toi et tous les Nègres. Gallimard. de son frère. en fond de tableau. 19). 40 ans de littératures du Sud. Finalement. Ousmane Tall. Ces qualités profondément humaines prouvent que ces hommes vulnérables gardent tout de même l’espoir. s’interroge Eddy (p. Kouty. Ce qui justifie qu’on est dans une écriture tragique. la joie de vivre qu’il dégage à travers les chants et les danses. « les somatra » et les « au revoir la France » (p. 164 p. un univers en tension où les symboles mortifères abondent. en l’occurrence. 59). décida de venger ses parents en enclenchant une série de meurtres (p. puisqu’elle prône l’éducation des plus faibles et l’équité. mais autour de ce noyau central. attisés par la colonisation et perpétués par les écarts criards entre le Nord et le Sud (p. des émeutes socio-politiques de mars 1991 à Bamako. Car dans cette société fortement androcentrée.Notes de lecture Afrique Aïda Mady DIALLO Kouty. les individus ne pouvant guère s’épanouir dans ce climat de violence. Elle exprime. 15). la narratrice emporte le narrataire dans l’obscur et lui livre.juin 2003 . viennent se greffer d’autres réalités : un tableau noir des inégalités socio-économiques. si sereine seraitelle un monstre ? ». Aussi l’amour se trouve dans une impasse. Partant de là. la quête de changement de cette jeunesse sacrifiée mais indocile est latente. de manière intangible et visible. Revue des littératures du Sud. les préjugés de couleur et la difficile intégration des races. le cadavérique et le putride d’« une tête décapitée » (p. le vide qui habite l’héroïne et transpose la souffrance de l’orpheline dans celle de la nation tout entière. ses frustrations et sa révolte personnelle se confondant alors avec la recherche obsessionnelle de la révolution sociopolitique d’une « Afrique bafouée. Cet humour des bas-fonds. 2002. mémoire de sang Paris. Ayant grandi sans jamais perdre le film de cette horrible tragédie. 80). si calme. Sur un ton incisif. Abandonnée à elle-même.

il faut savoir entendre que c’est aussi par là que commencent la naturalisation du viol et la négation de la culture. et une fille. 361 p. une jeune femme obstinée dans sa reconnaissance de l’autre. Il faut relever.juin 2003 . N° 150. la réponse n’aura été donnée aussi radicalement que dans Johnny chien méchant. que se (re)fondent les sociétés. La veulerie devient une forme de courage. les valeurs se dégradent. avril . Il choisit dans Johnny chien méchant de faire entendre à la fois et successivement et l’une et l’autre. et peut-être au point de départ de ce désastre. et dans l’appropriation d’une pseudoréflexion sur le tribalisme : les phrases se suivent et se contredisent. Dans cet enfer. de cette plongée à la fois si proche et si opposée dans l’horreur. Il nous en revient une rare émotion. Elle renaît à la source dans une eau lustrale qui lui révèle sa féminité et la rend disponible à la rencontre. Elle voudrait devenir ingénieur. tout en reconnaissant la part d’héritage qui nous a été transmise. qui est l’effondrement de l’humanité. Tout oppose ces deux personnages. à égalité avec les fétiches dont le personnage s’affuble pour provoquer l’effroi. tandis que les pieds bien posés sur la terre. jusqu’au bout de ce chemin qui mènera à une terre promise. Revue des littératures du Sud. Le Serpent à Plumes. et dans sa volonté de construire en maîtrisant son destin. Rarement sans doute. En se proclamant Johnny Chien Méchant. Yves CHEMLA © Notre Librairie. la culture est assimilée à une parure. C’est à partir de ce moment que Laokolé relève la culture de l’enfer. 18 € Comment dire littérairement l’inhumain sans tomber soi-même dans les pièges que nous tendent les pouvoirs de l’horreur ? Emmanuel Dongala nous l’écrit : il faut lever le regard vers la nuit étoilée. tant qu’elle peut. autant par son action que par l’obscénité de son regard. milicien de son état. L’oubli d’un seul de ces gestes entraîne toutes les catastrophes. indifférent à sa propre férocité. qui met en texte les paroles de deux personnages âgés de seize ans : un garçon. De cette cacophonie bruyante et ténébreuse. Dongala montre qu’une vision monophonique de l’histoire est insuffisante. Si Laokolé a reçu son prénom et donne le sien à l’enfant qu’elle adopte. au cœur des ténèbres de l’origine. parce que sans doute trop abstraite. Mais son langage est embourbé dans la fange. enfin. dans une troublante stéréophonie. contrairement aux autres supplétifs du commando. 40 ans de littératures du Sud. Poussée à la fuite. L’horreur s’y dit et s’y déconstruit à la fois par un contrepoint incessant. Au contraire de Chien Méchant. désormais. elle va jusqu’au bout de la nature qui est en elle. Lui se définit comme un « intellectuel » car il a atteint le niveau scolaire du CM1. le viol une apparence de respect. Laokolé reconstruit l’ordre du monde.Notes de lecture Afrique Emmanuel DONGALA Johnny chien méchant Paris. 2002 (coll. parfois reprennent les mêmes phrases. En confrontant ces deux paroles qui parfois se répondent sans le savoir. il y a l’absence de nom. elle s’enfonce dans la nuit forestière. sa famille. ceux qui obligent à détruire le peu qui est là. et qu’elle assure ellemême le lien avec l’héritage parental. ce roman si beau et si douloureux. et de protéger. Désorientée par la violence des hommes et celle des éléments. Enfin. le personnage manifeste sa propre déchéance de l’humanité. Mais Dongala montre en même temps que cet avilissement est généralisé : les racines du mal s’enfoncent dans le terreau des désastres sociaux. Seule la pluralité des voix peut matérialiser le désastre. qui tente de sauver ce(ux) qu’elle peut. lui en revanche s’accorde des noms successifs qui valent pour titres. Laokolé. et immédiatement la première d’entre elles. Car c’est seulement par l’école. Elle. Fiction française). qu’Emmanuel Dongala a su saisir avec une acuité salutaire combien les guerres actuelles en Afrique dépassent les cadres locaux et combien l’Occident y est impliqué. deux visions antithétiques de la guerre sont confrontées. émerge peu à peu le souffle puissant d’un roman de formation pour les temps incertains. en ouvrant une école dans un camp de réfugiés. on marche guidé par l’ordre de son destin. Dans la succession des textes de chacun de ces deux personnages. l’humiliation une marque de fierté. dont la fonction est d’obéir aux ordres. Lui est un assassin sans père ni mère et un violeur.

N° 150. il ne cherche pas à savoir pourquoi le si puissant Wenceslas Ongola a jeté son dévolu sur lui pour en faire le futur mari de sa fille unique Carole. trop immoral pour résister à un pacte diabolique. mais trop moral pour aller jusqu’au bout des compromissions les plus abjectes. Il explique au commissaire que sous l’emprise de l’alcool. qui vient s’ajouter à la longue liste des romans de la désespérance face à une Afrique devenue. Jeff découvre qu’il n’a cessé d’être l’objet impuissant des manipulations des hommes. Une Blanche dans le Noir). et fils de la plus grande famille noble du pays. une école ou un hôpital parce qu’on pense au bien-être de la population . à l’image de Jeff Effala. Fidèle à un récit structuré par des rebondissements successifs. C’est l’objet du récit central du roman d’Essomba qui. Dans le pays d’Ongola. tout s’achète. dont une personne mal intentionnée a fait un livre. Entre les intérêts de quelques ministres français. Frédéric GIGUET © Notre Librairie. « dans ce pays. et tout le continent avec lui. Jeff. 254 p. « le maillon faible ». Pitoyable Faust africain des temps modernes qui n’avait pas la carrure pour assumer les responsabilités d’un « cannibale ». Saistu seulement à quoi tu jouais ? » (p. avril . selon l’expression de Bolya. Présence Africaine. le pays. Ce livre retrace le destin tragique de Jeff Effala. À la fois naïf et aveuglé par son envie de richesse. 243). leur descente aux enfers. présente le récit du Destin volé comme la structure encadrante rapportant le récit d’un premier livre fictif. il a révélé. Intrigué. le tableau d’un « continent qui n’existe pas » pour s’être enfoncé dans une corruption généralisée et institutionnalisée. ne cessent d’accélérer. l’argent du pétrole et le trafic de drogue. selon un procédé classique de mise en abyme. lui explique Ongola avant son ultime et fatal départ pour la France. cause la ruine de sa famille et répand la mort autour de lui. que Jeff a oublié sur le bureau. il y a quelque temps. le commissaire décide de lire ce fameux livre. et d’un destin tragiquement ironique qui associera les deux figures symboliques de son vertueux ami Richard et de la démoniaque prostituée Mado pour le faire chuter : « Je croyais creuser mon fameux tunnel vers le bonheur. c’est un tableau sombre de l’Afrique que dresse Essomba. c’est le bakchich ! » (p. où l’argent seul fait foi. jeune étudiant dans une république africaine. Jeff perd son âme. on ne construit pas une route. avant de périr lui-même. que ne tarderont pas à exécuter tous ceux qui veulent se venger de son indiscrétion. parce que tu croyais pouvoir gagner alors même que tu ignorais les règles du jeu. Revue des littératures du Sud. broyé par des forces diaboliques. Essomba propose un roman d’une lecture facile et somme toute agréable. en passant par le silence des témoins de crimes mafieux . 219). autant responsable que victime de sa perdition. qui vient de paraître et qui fait de Jeff un condamné à mort. la terre que je jetais derrière moi était celle de ma propre tombe. » (p. où le fantastique et la folie viennent dangereusement s’immiscer dans le quotidien (voir déjà son précédent roman. 40 ans de littératures du Sud. 18 € Dans un commissariat français. 2003. aujourd’hui déchue. le jeune Jeff Effala vient demander une protection policière. les Ongola. et devient le jouet de forces et d’intérêts qui le dépassent avant de l’anéantir. on le fait parce qu’on pense d’abord aux substantielles commissions occultes après sa réalisation ! La qualité de la construction importe peu ! Ce qui compte. « Nous en sommes là. De révélations en révélations. Jeff se lie à la famille la plus puissante du pays. depuis les diplômes universitaires jusqu’aux cellules de prison décentes. 57). Mais les temps ont bien changé depuis le Fama Doumbouya des Soleils des indépendances : loin de s’opposer aux « bâtardises » des nouveaux cadres corrompus du pouvoir et de s’accrocher aux vestiges du passé. selon le terme qu’utilise son grand-père pour désigner les hommes du pouvoir qui se nourrissent de la sueur du peuple.Notes de lecture Afrique Jean-Roger ESSOMBA Le Destin volé Paris. À travers le récit de ce jeune homme.juin 2003 . mais non. des secrets d’État.

Sembène…). (coll. mais s’inscrit dans l’étroite continuité de la littérature coloniale. N° 150. le roman africain des années 1960 s’inscrit dans un champ littéraire totalement différent de celui des années 1930. au point que dans les années 1920 et 1930. Sembène ou Monénembo recourent tous à un certain nombre de termes et de procédés littéraires communs que « l’entreprise est la même » (p. l’auteur désigne dans cette citation la période 1926-1968. 11). est d’une utilité certaine. ou chez deux auteurs africains comme Socé et C. le roman africain « fait partie intégrante du roman colonial et est caractérisé par un strict respect du “ français correct ”. appliqué aux termes de leur langue maternelle que les écrivains africains utilisent dans leurs romans… © Notre Librairie. il n’y a qu’un (grand) pas. pendant laquelle. De ce point de vue. « celle du nouveau roman africain. Si la masse d’éléments. dans le champ romanesque ici étudié. Lettres du Sud) 25 € C’est un fait désormais bien connu que le roman africain francophone n’est pas né ex nihilo. chez un auteur français comme Genevoix et chez un auteur africain comme Sembène. À partir d’une analyse lexicale et stylistique de romans sur l’Afrique écrits par des auteurs français (Loti. l’écriture classique continue et même prévaut. 17).juin 2003 . défini à la page 25 comme « un élément linguistique emprunté à une langue étrangère ». lorsqu’on écrit un roman en français qui se passe au Sénégal . Il est étonnant de voir ce terme de « xénisme ». et de romans d’écrivains africains (Hazoumé. Étude de langue et de style Paris. » (p. Derrière la liste de « xénismes1 » et d’emprunts qui nous est présentée. 357 p. De là à considérer que les frontières sont inexistantes et que. Tout le travail lexical et syntaxique qu’aborde l’auteur dans le détail chez ces différents romanciers permettrait justement de mettre en évidence le champ d’écriture problématique que constitue le roman africain francophone. un tournant dans l’histoire du roman africain francophone. Revue des littératures du Sud. si les écrivains ont la même « langue ». du moment qu’on écrit en français. 328). 40 ans de littératures du Sud. la littérature africaine n’est rien d’autre que de la littérature française. 108) Plus précisément. « sans exception. Pour reprendre une célèbre distinction de Barthes dans Le Degré zéro de l’écriture. on fait de la littérature française » (p. Kane ? Il n’est pas indifférent d’être né de langue maternelle française dans la Nièvre. » (p. Car Gandonou considère une seconde période dans la production romanesque africaine. qui n’est ni de la littérature française. et que. les romans africains.H. selon lui. inaugurée par Les Soleils des indépendances en 1968. avril . même si la date choisie est légitime : le roman de Kourouma est en effet. de même. l’auteur entend démontrer que ce sont les mêmes procédés qui sont à l’œuvre. on peut affirmer qu’il n’est de roman africain que colonial voire colonialiste. Karthala. 15). assez largement. Frédéric GIGUET 1. la neutralisation géographique et chronologique à laquelle elle est soumise est en revanche contestable. notamment lexicaux. 227). 2002.Notes de lecture Afrique Albert GANDONOU Le roman ouest-africain de langue française. Gandonou a choisi une autre position radicale qui semble méconnaître la complexité du statut et du fonctionnement littéraires du roman africain francophone. Hazoumé. ils n’ont pas la même « écriture ». et né de langue maternelle lebou à Ziguinchor. même si. les contextes d’écriture et les stratégies littéraires peuvent-ils être considérés comme équivalents. Une analyse stylistique en est donnée dans la troisième partie de l’ouvrage. qu’ils soient écrits par des Blancs ou par des Noirs. ont adopté le lexique et les topoi exotiques. Genevoix…). Ce n’est donc pas parce que Genevoix. Étrange « période » qui se réduit à une ouverture. par extension chronologique. les frontières sont souvent très ténues entre le roman colonial et le roman africain. recensés et classés principalement dans la première partie. C’est cette double non-appartenance qui fait sa spécificité. que franchit sans hésitation Albert Gandonou : « On a beau dire. et que dans la voie ainsi ouverte Kourouma reste un peu seul. Pour avoir voulu dénoncer (et il faut en effet le dénoncer) une définition idéologique et simpliste de la littérature africaine qui serait une littérature de Noirs anticoloniale (p. ni de la littérature africaine au sens où on parlerait d’une littérature orale africaine dépourvue d’éléments exogènes. académique » (p. à de nombreux égards.

acquisition d’un bien. elle l’est par le souci constant d’une extrême correction et la recherche du mot juste. secoué parfois par l’assassinat des taximen par les policiers. N° 150. Yaoundé. (Trop de soleil tue l’amour. il ne nous [reste] plus qu’à accepter la vie comme une lutte permanente dans laquelle il ne [faut] pas sous-estimer le moindre petit pas franchi. Mais malgré cette tendance à l’appropriation ouvertement affichée. le narrateur. 1999) ou Calixte Beyala (Les Honneurs perdus. abandonnant ses études. Au bout de son itinéraire. 1994) . l’argent. gangrenée par le tribalisme et une corruption rampante et omniprésente incarnée ici par les agents de police appelés « mange-mille » à cause de leur goût immodéré pour la réclamation de 1 000 Francs CFA afin de couvrir les conducteurs des infractions. résume tout le corps. Classique. 2002. plus relâchée. Le mariage de Jo. Revue des littératures du Sud. 192 p. 40 ans de littératures du Sud. La tradition. la société postcoloniale à l’indépendance mal assumée. le luxe. il jette sur son pays le regard du Camerounais moyen qui comprend qu’abandonné à lui-même. 1996) où l’écriture est plus détendue. l’auteur semble à chaque fois soucieux de retrouver une langue prudente et propre. à un ensemble de festivités et de rites en vue de lui assurer abondante progéniture et prospérité éternelle. Il devient lui aussi propriétaire de véhicules et emploie trois chauffeurs dont deux femmes. les paysages culturels de l’Ouest Cameroun. La modernité. il réussira grâce à plusieurs rencontres : Alhadji Baba Ibrahima. aux tontines. Un des policiers qui dit lui-même s’appeler « Mveng Bomba dit Sangsue ». ni surévaluer les victoires » (p. Le roman montre la société camerounaise actuelle prise entre modernité et tradition. la célébration sans faute des rites relatifs à tous les grands événements de la vie : mariage. le directeur de Toyota qui lui propose un véhicule neuf à payer par traites. L’écriture elle-même n’échappe pas à ce double clivage. à l’image d’un taxi. au village. accouchement. Justine. les véhicules. À travers sa petite entreprise il tente même d’exorciser le tribalisme en recrutant des personnes d’origines tribales distinctes. son épouse et conseillère. Bien que Jo se réclame d’une courte scolarité qu’il regrette. Robert FOTSING MANGOUA Université de Dschang (Cameroun) © Notre Librairie. c’est la ville. s’engage dans la vie active pour soutenir celles de sa petite sœur. contrairement à ce qu’on observe par exemple dans les derniers Mongo Beti (Histoire du fou. proverbes.Notes de lecture Afrique Gabriel KUITCHE FONKOU Moi taximan Paris. par moments philosophe. la langue débridée. au nombre d’imparfaits du subjonctif qui émaillent le texte. avril . Moi taximan se lit d’une traite d’autant que le récit. Encres noires) 16. On sent aussi pourtant une volonté de s’approprier la langue française par l’introduction de mots. un riche et prodigue homme d’affaires qu’il conduit et qui le paye grassement. Chauffeur de taxi et narrateur.80 € Le premier roman de Kuitche Fonkou. l’acquisition de son premier véhicule donnent lieu. il doit survivre en bravant l’adversité. raconte l’histoire simple et sympathique de Jo. L’Harmattan.juin 2003 . c’est l’attachement indéfectible aux réunions tribales. Plusieurs années d’enseignement (l’auteur est un universitaire enseignant de lettres) auront sans doute conditionné l’auteur qui garde un réflexe normatif très élevé. il promène ses clients et le lecteur à travers le vaste tableau qu’il dresse de la société camerounaise d’aujourd’hui. chants en langue africaine dont les traductions sont données en note ou dans le texte. jeune homme qui. Dans ce décor défavorable. tire cet enseignement plein de lucidité : « Décidément. Moi Taximan. (coll. les contrats de travail entre chauffeurs et patrons. 192). conduit le lecteur à travers les péripéties de la vie de Jo.

dit-il. ça ne vaut rien. D’ailleurs le héros confond parfois leurs prénoms (p. le roman de Sami Tchak est une sorte d’éducation sentimentale et un hommage à la sensualité envoûtante des femmes de Cuba… Le héros a sans doute beaucoup à voir avec l’auteur. mais qui se met à rêver de « faire une fin » avec lui. en particulier une petite robe noire. De quoi faire tourner les têtes… et le reste. La prostitution à Cuba. Moi. Alexandre Pouchkine. Les personnages ne sont pas caractérisés par une appartenance nationale précise. comme si ce n’était pas essentiel. Ramon Gomez de la Serna. puis celui des trois femmes qui catalysent ses rêves érotiques.50 € Pas moins de 60 chapitres intitulés par le seul prénom d’un des personnages découpent ce roman polyphonique. qui sont les avatars d’une femme unique comme le laisse deviner le reflet de leurs prénoms en anagramme (Irma/Mira) ou en paronomase (Hermina). avec rien dessous. Cheikh Hamidou Kane. On imagine Ingrid Himmler comme une grosse Allemande blanche mais elle se révélera finalement d’origine maghrébine. un enfant de la civilisation de l’écriture. dit-elle en s’adressant à Heberto. Sont-ils blancs ? Sont-ils métis ? Sont-ils noirs ? Cela n’est pas précisé. Irma et Mira. portent les mêmes vêtements. Witold Gombrowicz. tu vas en moi. dont le mot dit puise sa force dans l’humus du mot écrit » (p. de ce récit très chaud. D’autant plus chaud peutêtre qu’Heberto Prada. vous nous avez déjà plaints. Günter Grass. Dans un grand morceau de bravoure qui se situe au centre du volume. quelque temps professeur de philosophie. 340 p. tu es dans ton pays. Mira et Heberto assistent à une conférence où un orateur appelé Albert Paris (on pense à Albert Londres évidemment !) évoque les zoos humains qui ont existé en Europe de la fin du XIXe siècle jusque dans les années 1930 et montre que l’animalisation qu’ils mettaient en pratique sous couvert d’un exotisme scientifique servait en fait à légitimer l’action coloniale de l’Occident. Cubaines sensuelles et libres. plus que cela.juin 2003 . Et d’ajouter que des Camerounais ont récemment organisé en Belgique des spectacles avec des Pygmées ! Très provocateur. mon frère. est un rêveur. lequel connaît la grande île à laquelle il a consacré en 1999 un essai d’inspiration sociologique. Ernest Hemingway. ayant jeté négligemment « slip rouge et soutien-gorge au bord dentelé » sur quelque meuble. ce sont surtout des insulaires et des exilés. Ingrid Himmler (sic !). un timide sexuel qui ne réussit ni à séduire ni à écrire le roman qu’il remet sans cesse en chantier et nourrit des fantasmes permanents qu’engendre la plantureuse lycéenne. 174) et ces femmes des Tropiques. N° 150. Cubains ou Haïtiens peu importe d’ailleurs. une petite femme journaliste très portée sur le sexe à tout va. Heberto / Tchak refuse qu’on le rattache exclusivement à la prétendue civilisation orale de l’Afrique : « Je déteste qu’on me parle de la palabre. Redevenu un misérable immigré comme les autres. Heberto est interpellé en ces termes par une prostituée noire : « Mon frère. vous ne faites que ça : vous accuser en notre faveur ». ce qui compte c’est la culture des exilés et des opprimés et leur relation particulière au monde. » Mais la couleur n’est jamais mise en avant. qui l’installe chez elle en Europe avant de le jeter à la rue. Kateb Yacine. Mais. (Continents noirs) 19. On imagine Heberto noir et Mira blanche puisqu’à la page 198. Ce roman de Sami Tchak illustre ainsi avec talent l’élargissement auquel on assiste aujourd’hui d’une littérature d’origine afro-française dont la thématique devient résolument mondiale. Revue des littératures du Sud. est un poème baroque qui nous entraîne dans le tourbillon de la diaspora. Les Blanches. gommant d’un clin d’œil Mira qui était de trop. De ce point de vue de lecture. Hermina. par sa composition et son écriture. vous n’avez pas le droit de nous voler ainsi la parole : nous ne pouvons plus nous plaindre. 40 ans de littératures du Sud. Ananda Devi. André Brink. Incapable de conquérir Hermina. « Hermina dans tous mes rêves » aurait pu être le titre à la manière de René Depestre. de surcroît. Gallimard. il se laisse emporter comme un objet par une grosse femme blanche. Daniel DELAS Université de Cergy-Pontoise © Notre Librairie. Non seulement.Notes de lecture Afrique Sami TCHAK Hermina Paris. «Vous n’avez pas le monopole de la barbarie mais. Heberto prend la parole à la fin de la séance pour dénoncer l’arrogance de ce discours autocritique. Hermina. Jesus Diaz et bien d’autres encore. Nous ne pouvons plus vous accuser. 194). avril . Il se proclame citoyen de la culture du monde et cite constamment à l’appui de son récit les grands écrivains du monde entier : Restif de la Bretonne. je suis un enfant de l’agora et du lycée. laisse cette Blanche. Le roman se clôt brusquement sur la mort violente de la jeune femme rattrapée par son passé tumultueux. 2003. si tu veux baiser. D’abord celui du personnage central Heberto. je te le garantis. Heberto trouve finalement refuge chez Mira Garcia.

bref une création sui generis. Dominic Thomas les repositionne sur l’échiquier national. le Congo-Brazzaville ici.expliquer. l’ouvrage balaie le contexte congolais et élargit son spectre à toute une partie du continent. La question essentielle du livre est celle de la langue. États-Unis). l’extravagance verbale.2). Comprendre intimement la production de Sony Labou Tansi nécessite qu’on s’attarde sur son contexte culturel et politique. peu d’essayistes sont parvenus à tisser la toile complète en s’appuyant sur un exemple précis. revisitant comme sujet de fiction sa propre figure (ou ses masques) en dit long sur le caractère proprement carnavalesque du champ littéraire en postcolonie africaine. L’écrivain s’interdit deux types de langues : celle de la doctrine et celle de l’évidence. Le détour par le Roland Barthes des Essais critiques est bienvenu. Propaganda and Literature in Francophone Africa Bloomington (Indiana. Avec Jazz et vin de palme. en un mot le carnaval opéré par l’auteur de L’État honteux est la seule scénographie à même de rivaliser avec la farce hénaurme qu’est la scène politique congolaise des années 70. Il a réussi à forger une œuvre dont la force d’évocation est digne du fleuve Congo. et la langue n’est pour lui qu’un instrument de communication. l’imaginaire scatologique. mais la langue en tant que pâte à partir de laquelle le créateur modèle une réalité. On en saura gré à Dominic Thomas d’avoir su multiplier les angles d’attaque. il a su jeter des ponts entre le petit Congo de ses pères et la diaspora noire des Amériques. 270 p. Au final. élevé au rang de paradigme. Abdourahman A. ces faire-valoir se voulant révolutionnaires sont confondus avec la ligne du parti sous les différents régimes de© Notre Librairie. Le projet d’autofiction d’Henri Lopes. le temps d’une réflexion. notamment avec le sixième chapitre qui tient lieu de conclusion. Le délire torrentiel. de Xavier Okotaka-Ebale ou de Jean-François Obembe). Leurs discours convoquent encore et toujours la nation décrétée par le Parti. un univers. non pas l’outil linguistique à la disposition de l’écrivain (faut-il écrire dans la langue du père ou celle léguée par le colon ?). mieux un récit alternatif à l’histoire officielle. il s’appuie sur la production de trois grands congolais : Sony Labou Tansi. (Ouvrage en anglais) Si beaucoup d’observateurs des littératures du Sud se sont intéressés très tôt au rapport entre les écrivains et le pouvoir.Notes de lecture Afrique Dominic THOMAS Nation-Building. Henri Lopes et Emmanuel Dongala. un imaginaire. Enfin.WABERI . 2002. il a excavé un pan entier de la civilisation Kongo. Tandis que l’écrivant s’assigne un but (prouver. instruire). Emmanuel Dongala s’est toujours efforcé de faire advenir une voix singulière. avril . Ces écrivains à la plume fortement teintée d’idéologie (Claude-Emmanuel Eta-Onka. Le jeune enseignant d’UCLA se fait archiviste et exhume des pans de cette histoire. Revue des littératures du Sud. Sony Labou Tansi a surgi de cette nuit congolaise. Indiana University Press.juin 2003 puis 1963. En six chapitres et une préface. Plus significativement. 40 ans de littératures du Sud. voilà un essai éclairant et tonique sur un champ littéraire encore en gestation mais déjà plus palpable que d’autres sur la carte littéraire africaine. Qu’est-ce qui caractérise le nœud gordien entre le champ littéraire et la construction d’une nation ? Y a-t-il une volonté appuyée de donner corps à une classe d’écrivains officiels. Henri Lopes est passé maître dans la confession à double ou triple tiroir. notamment la distinction entre écrivains et écrivants. N° 150. Dans Le Feu des origines. de scribes dans le sillage du prince ? L’émergence d’une conscience nationale est-elle une préoccupation majeure pour un écrivain ? Et la confection de la propagande étatique entre-t-elle dans ses attributions officielles ou officieuses ? Quel est le rôle de ce dernier dans les conférences nationales synonymes d’ouverture politique ? L’ouvrage de Dominic Thomas aborde frontalement ces questions. L’apport le plus neuf de l’ouvrage reste le chapitre sur les écrivains officiels (chap.

ils s’efforcent – en particulier Alice l’étrangère. pour les dégâts collatéraux et les victimes innocentes. Gallimard 2003. des jeunes désoeuvrés. ces mouvements rebelles successifs (« Scud 1. Harbi le Djiboutien et Alice la Bretonne qui se sont connus à la faculté. un gigantesque tableau de ces contrées du monde encore en quête de liberté. (Continents noirs) 13. les grands aéroports internationaux comme Roissy d’abord. patriarche de la famille qui a connu par ailleurs les temps coloniaux et qui enseigne volontiers les fondements culturels et historiques de leur patrie. C’est l’un d’eux. au milieu de la misère.50 € Après Balbala paru en 1997. « jeune femme touchante et têtue » – de comprendre le pays et de s’y intégrer le mieux possible. Ils seront aidés dans cette voie par Awaleh. 3… ») s’opposant à l’armée régulière qui a recruté. Enfin si l’on a signalé l’intéressant travail accompli sur la langue truculente de Bachir. Revue des littératures du Sud. Cette œuvre nous propose aussi un des premiers discours narratifs sur l’exil saisi au vif. 155 p. une crise grave secoue le pays avec notamment ces soubresauts de la démocratisation. Harbi perd femme et enfant dans cette tourmente et rencontre Bachir avec lequel il prend le chemin de l’exil. puis les administrations s’occupant des réfugiés et apatrides). avec ses « grands mots bien français dans (son) parler propre ». à ses racines (« tout le monde il veut fuir ce pays de merde-là » .Notes de lecture Afrique Abdourahman A. DABLA Université de Rennes II © Notre Librairie. Jean-Jacques S. pour eux. La guerre finie. et. en d’autres temps. » Hélas ! Comme ailleurs. Leur manifestation est sauvagement réprimée sans souci bien sûr. décident de s’installer à Djibouti après leurs études . 40 ans de littératures du Sud. les jeunes mobilisés maintenant libérés réclament « leur largent » pour survivre désormais sans armes.juin 2003 . N° 150. métis « nourri au lait de l’amour et à la lecture. pour défendre le régime corrompu. de bonheur et de… sens. L’alternance et la polyphonie des voix de ces personnages structurent ce récit qui se donne par ailleurs comme une fresque étirée sur trois générations. Bachir (autosurnommé Ben Laden) qui nous raconte les avatars tragicomiques de la guerre civile et de la vie militaire vues de l’intérieur dans sa langue savoureuse à souhait . pour leur fils Abdo-Julien. 2. presque des soldats-enfants sans foi ni loi. Ils seront également soutenus par leurs espoirs de bonheur pour Djibouti. dit Bachir) et à ses premières étapes (les consulats. WABERI Transit Paris. voici Transit. le second roman de Waberi qui constitue sa neuvième publication et se construit essentiellement autour des membres d’une famille franco-djiboutienne et du thème de la « migrance » comme il aime à le souligner. dans leur situation de couple mixte plus ou moins accepté selon les milieux. beau-père d’Alice. il faut également noter celle plus lyrique des autres personnages lorsqu’ils disent la poésie de cette nature particulière d’oasis et de désert et celle plus dramatique de cet « avenir qui meurt en remâchant son passé ». avril .

130. qui s’offre là et se dérobe. à la fois rêvée et réelle. la vision archipélique du monde disent l’avènement de la poésie contre la stérilité des certitudes.douleur commune à toute la Caraïbe . de la nonprésomption. Ainsi que le déclare Apocal à l’historien : « Comment comprendre.50 € C’est de l’entremêlement des lieux. ici. constante. infini et. un manicou. d’un chapitre ou même d’une phrase.1 » « Dilaté comme la matière du monde ». investissent l’espace romanesque. ainsi qu’il nous est dit à l’ouverture d’Ormerod : « Ce souffle haletant donne mesure à la cadence du conteur. 231. de réveiller une mémoire collective. Gallimard. ancré non dans la certitude mais dans l’interrogation. Ormerod est. du Tout-Monde et de tant de ses passés obscurs. et la tragédie de Grenade en l’an 1983. et qui pourtant suit de si près nos chemins tourmentés ». est ici résolument obsolète. nombreux sont ceux qui tentent de remonter vers la source cachée de la mémoire. s’y posent légèrement puis disparaissent à nouveau comme ce peuple héros de l’avant-dernier roman. 1997. tant il agrège divers éléments qui eux-mêmes se diffractent et ouvrent d’autres espaces dans lesquels la digression. d’un paragraphe. 22. ce peuple des Batoutos qui forme une « nation. Oublié partout. de l’errance de ses nombreux personnages. 2003. Gallimard. Cet archipel. de toute façon. est aussi bien le rêve d’Orestile . 13. des temps. affranchi de toute convention narrative. Non.Notes de lecture Caraïbes Édouard GLISSANT Ormerod Paris. celui de la Caraïbe. des voix et des langues que se crée l’espace romanesque d’Ormerod. Il faut réallumer ce flambeau qui brûle dans des souterrains et le dresser haut dans la nuit de nos mémoires »4. guerrière valeureuse. un roman « archipélique » dans lequel l’œuvre tout entière est présente. raturé. comme dans les précédents romans de Glissant. depuis toujours récusée par Glissant. peut-être bien au contraire. d’une rébellion d’esclaves à Sainte-Lucie. et un taureau exaspéré ? C’est l’archipel des Caraïbes. l’extraordinaire aventure de Flore Gaillard. c’est un roman qui est appliqué à la matière du monde. Je ne vois pas comment un livre qui a pour titre Tout-Monde pourrait être linéaire et conventionnel comme les romans du début de ce siècle. Dans Ormerod. Revue des littératures du Sud. est en fait un récit multiple. 3. La vastitude de cet espace tient à l’absolue liberté de ce qui apparaît comme un double récit : celui. nécessairement incomplètes. De la même façon que le peuple des Batoutos était un peuple rêvé plutôt que connu. Contre cette douleur des passés obscurs et innommables . que la notion de genre littéraire. nous savons qu’ils sont là. Ce récit double. un vonvon. de mondes dont la diversité expose l’infinie splendeur du Tout-Monde. Priska DEGRAS Université Aix-Marseille III 1. © Notre Librairie. Paris. N° 150. indéfini. le propos philosophique ou poétique. comme dans les romans précédents. Paris. le temps d’un fragment. mais aussi de l’ouverture et du partage »3. Les documents ne ravivent pas la connaissance. 2.juin 2003 . de ces passants qui. p. le coup d’État de Grenade en 1983. viennent affirmer. tout cela est oublié. Sartorius. C’est ce tremblement constant qui fait d’Ormerod un roman véritablement archipélique. Gallimard. dans son nom. Ormerod recueille en lui le récit démultiplié. Il est ce qui rassemble et expose. d’une part. le drame antique d’Oreste et la réalité présente de l’île . d’autre part. à la parole qu’il profère entre deux respirations. et ainsi d’un souffle à l’autre poussés haut il exhale sa divagation. Mais ici. comme dans les précédents romans. à l’évidence. Glissant déclarait à propos de son roman Tout-Monde : « Ce qui est passionnant dans le roman d’aujourd’hui c’est qu’il peut partir dans toutes les directions : il parcourt le monde. invisible en tant que nation. non pas seulement comme une réalité fixe et évidente de la géographie mais comme la configuration. est l’indéracinable constante de l’œuvre de Glissant . Traité du Tout-Monde. le dernier roman d’Édouard Glissant. l’impossibilité du souvenir et le raturage de la mémoire collective s’opposent aux archives peut-être mensongères et. la pensée archipélique est « pensée du tremblement. là-bas. comme entre les battements d’un tambour des Mornes mis en tourmente par la vieille lune.la pensée de l’archipel. sur le point de finir. dilaté comme la matière du monde. la réflexion théorique. du destin collectif. Dans Introduction à une Poétique du Divers. dans le roman mêle. par nature.ce jeune Martiniquais qui. dans un tourbillon maîtrisé de personnages et de lieux. un colibri. il nous manque et nous lui manquons »2. et les bêtes et le vent. Pensée d’un espace et d’un temps singuliers. quand même il serait saccadé.qu’il est celui d’un archipel tout entier qui peine à se souvenir d’un passé ignoré. dirigée par Flore Gaillard en 1793 et. 362 p. Introduction à une Poétique du Divers. Qu’y a-t-il de commun entre le souffle. p. p. et Flore Gaillard à Sainte-Lucie en 1793. 40 ans de littératures du Sud. criant le cri du monde. il est là. de raviver les mémoires individuelles. avril . nous laissons faire. 1996. une fois de plus.

cet ouvrage a peut-être été pour lui le moyen de narguer le destin par cette transgression. que croise le fantasque Innocent Sangaré ? A-t-il été métamorphosé en caïman. c’est Tacita. au gré de sa fantaisie tel un conteur. à l’exemple de « La Lettre Volée » des Histoires Extraordinaires d’Edgar Poe. La trame du Corps Absent de Prosper Ventura situe d’emblée cet ouvrage dans le réalisme surnaturel et le merveilleux. comme le prétend Adrien-Désiré Bonheur ? Tout l’ouvrage est alors construit sur un suspense fantastique et comique. le lecteur complice du jeu du romancier-conteur est inévitablement séduit par cette esthétique du bizarre et de la surprise. Le roman dérive ensuite vers l’intrigue policière lorsque le cadavre disparaît de la morgue. N° 150. et l’auteur fait de lui le narrateur critique mêlant le burlesque à l’humour noir : d’abord indigné de l’inconfort inesthétique du cercueil attribué. Éditions du Rocher. le cœur et les sens. Le héros.juin 2003 . toute l’intrigue est fondée sur la technique consistant à placer en évidence un « objet » que l’on s’obstine à chercher très loin de l’endroit où il se trouve. placé le mort dans un casier voisin de celui où elle l’avait fait initialement ranger.Notes de lecture Caraïbes Xavier ORVILLE Le Corps absent de Prosper Ventura Monaco. avril . il semble inventer. 144 p. Orville a-t-il délibérément choisi cette invraisemblance. 2003. pour contrer l’exactitude de la vérité scientifique ou la banale réalité quotidienne. 14 € Xavier Orville excelle dans l’art du « mentir vrai ». il est ensuite « désencercueillé ». contrecarrant les exigences de la logique dans le démentiel de l’imaginaire. son sujet. Ce refus de l’autocensure. vêtu d’un blouson rouge. Mais n’est-ce pas outrer l’invraisemblance que de laisser passer dix-huit mois entre la disparition du corps de Prosper et sa restitution ? Ce long délai est-il à imputer à la négligence. Où est passé Prosper ? Les hypothèses les plus farfelues fusent de partout : est-ce Prosper Ventura. à l’instar des conteurs créoles ? Dans quel registre alors faut-il classer cette œuvre : comédie. laissant libre cours à ce qui est refoulé ou interdit révèle bien la totale liberté d’invention surréaliste et le goût de Xavier Orville pour le baroque. 135). émerveillé. pianiste cubain installé depuis trente ans à la Martinique. un membre de l’équipe de la morgue. en revanche. 40 ans de littératures du Sud. En tout cas. Revue des littératures du Sud. Il meurt peu après la signature de ce contrat. au fur et à mesure qu’il crée un roman. « par astuce diabolique ». Tacita rappelle d’ailleurs cette stratégie ludique du jeu du chaud et du froid qui fait dire à l’enfant « tu brûles ! » quand l’on se rapproche de l’objet convoité. tragi-comédie ou facétie ? Le romancier. choqué. qui avait « nuitamment ». se sachant très malade lors de la rédaction de cet ouvrage ne fait-il pas ici un « pied de nez » à la mort dont il se sentait sans doute proche ? S’il affirme qu’« entrer dans la mort c’est pénétrer dans le royaume du sacré et de l’interdit » (p. comme le dirait Aragon : libre par l’esprit. abandonné sur le carreau de la morgue. de l’explosion. qui se révèle un détective au flair infaillible et résout l’énigme : l’auteur de l’enlèvement. C’est le règne du délire. voulait s’assurer un retour posthume à Cuba : il avait donc réglé d’avance les frais de son enterrement à l’agence des pompes funèbres « Soutien et Assistance ». tout en se garantissant une forme d’immortalité. dirigée par la peu scrupuleuse Madame Merlini. Ainsi. ou à la superstition du personnel de la morgue ? Peutêtre. puis enfin rangé dans un tiroir sur lequel l’on appose les scellés. Liliane FARDIN Université Antilles-Guyane © Notre Librairie. ennemi juré de la Merlini. La stylisation comique des personnages va surtout s’épanouir dans le portrait d’un professeur d’anglais original. Prosper.

puis sa marraine. les histoires de Man Augustine prennent le relais. on ne pourra en effleurer que certains aspects. en profitera seulement pour enlever soixante-dix nouveau-nés « à cet état honteux qu’est l’esclavage ». plus tenace quand on porte en soi « tous les mouvements de la race arada ». abondants. Un bien beau livre. on a presque envie de dire sereine. situation enviable en un certain sens.juin 2003 . rebelles. Revue des littératures du Sud. Sa dénonciation de l’esclavage n’en a pas non plus le caractère militant. Grann Charlotte. il s’agit pour l’auteure de mettre en évidence le rôle de celles-ci dans la résistance à la barbarie esclavagiste. dans la légèreté. ces Arada ? Que nenni ! D’abord. La métaphore du ruisseau correspond bien à l’écriture d’Évelyne Trouillot. 40 ans de littératures du Sud. les barracons. Tout est dans la nuance.Notes de lecture Caraïbes Évelyne TROUILLOT Rosalie l’infâme Paris. elles ont une conscience sociale à toute épreuve : « Qu’il soit esclave domestique ou esclave des champs. et des petites joies des esclaves remonte. zigzaguant tel un ruisseau entre la mémoire du pays perdu et le rêve de liberté. de ne pas avoir voulu « écrire un roman historique ». la traversée dans la cale de la « Rosalie l’infâme » – dont Man Augustine porte l’étampe sur le sein droit –. la narratrice. avant d’être achetées et de se retrouver au milieu d’autres zombies. 137 p. Elle en a « la grande taille et les larges fesses ». empreints de tendresse et de complicité. à nous faire pénétrer la grande Histoire sans ce côté déferlant auquel nous a habitué le roman de la tradition littéraire haïtienne. s’y promènent : Vincent. esclaves de la colonie française de SaintDomingue (aujourd’hui Haïti). dans la féminité. D’abord. dans sa postface. le texte n’en fait pas moins appel à de solides sources : les supplices et tortures dont il est question sont « véridiques » aux dires de Trouillot elle-même. entre la cale et l’entrepont. homme. Makandal. Quant à la fierté. on n’est pas en face d’un texte « antihomme ». au moment où Makandal. De très belles figures masculines. En fait. l’auteure a beau se targuer. » (p. 13 € Rosalie l’infâme. sage-femme et guérisseuse. N° 150. Mais elle. À la disparition de celle-ci. La jeune fille découvre ainsi la vie d’avant la liberté volée. Man Augustine. se chargent de la lui inculquer. ce roman est une chronique de la vie quotidienne de Saint-Domingue vers 1750. est de cette race-là. est fait d’harmonie. des bossales razziées sur les côtes africaines. Comme des contes tristes et beaux jetés au cœur de la nuit. On ne peut s’empêcher de voir là un clin d’œil à la farouche Grann Brigitte du vaudou. […] Seuls nos gestes de révolte sont réellement à nous. C’est le sort de Brigitte. nous l’avons vu. même si les principaux actants sont des femmes et que. c’est d’abord et avant tout une histoire de femmes. Malgré la dureté de certaines descriptions. Malheureusement. Insoumises donc. marrons ou morts –. légère. avril . 90). le fiancé de Lisette. on le devine. femme ou enfant. C’est aussi pour concrétiser le rêve de toutes ces femmes que Lisette décide de marcher sur la grand-route du marronnage. Ou que le maître visite la couche de l’une d’entre elles. Comme tous les esclaves. sa grand-mère. elles rêvent de liberté. une autre fille. Il y aurait beaucoup à dire de ce premier roman d’Évelyne Trouillot. éditions Dapper. Ensuite. l’humiliation de se faire palper sous toutes les coutures. Mais ce rêve est encore plus fort. Michaud… Et le rapport avec les femmes. la grand-tante de Lisette . Emmenant avec elle le fruit de son ventre . les différentes étapes menant à l’esclavage. l’esclave est un être qui a perdu son ombre entre le moulin et la canne. L’auteure en arrive ainsi à arracher l’histoire à son contexte temporel. Cette chronique des malheurs. Louis-Philippe DALEMBERT © Notre Librairie. Une gifle de la première lui apprend très vite à ne plus dire qu’elle est « la négresse à Mlle Sarah » : « les femmes arada n’appartiennent à personne ». Tous nos gestes sont tachés de honte. même quand elles font semblant de courber la tête. poétique. 2003. avait décrété sa croisade contre les colons blancs. le fameux empoisonneur – l’idéologie dominante ne connaissait pas encore le mot de terroriste –. malgré la distance – ils sont aux champs. le débarquement sur une terre inconnue. vers le milieu du XVIIIe siècle. Même si elle est née créole. épouse de Baron-Cimetière. Enfin soumises. Et Lisette. le Nègre Zamor. Trois générations de femmes. entre la crinoline et la gifle.

que se tisse par touches successives une lente montée de la conscience. Comme Moussarat. « une ville en état de décomposition avancée ». Moussarat. avocate interdite de profession et ancienne militante féministe condamnée à la réclusion. si l’on a pu reprocher un manque d’épaisseur psychologique des personnages2. où les gestes les plus anodins exposent au péril et à la sanction. dans une chaleur étouffante. « Je peux aller où je veux dans un texte. 192 pages 10. se surprend à participer à une lapidation. Seule compte la soumission à une religiosité portée à un tel degré d’exacerbation qu’elle tourne par endroits au grotesque. En retour. Et sa fin est rendue d’autant plus plausible qu’elle est amenée par un mécanisme littéraire brillamment monté. il commence à douter des promesses des mollahs et se surprend. l’explication de ce « voyage afghan ». la série du commissaire Llob). un homme assez frustre. Amas de ruines et de privations. Il faut comprendre par là que le romancier entendait traiter librement des réalités les plus diverses. Ce qui en soi. Dans un monde moral suffocant. » (p. un intellectuel qui se destinait à la diplomatie et Zuneira. parfois. C’est. Julliard 2002. Mohsen le bourgeois éclairé qui ne tolérait pas « d’être l’ennemi de qui que ce soit » (p. D’un côté Attiq. L’oppression ambiante et cet épisode avoué à sa femme vont déclencher l’orage dans ce couple uni. Kaboul résume une dérive mortifère où il n’y a plus place à l’individualité. N° 150. entraîné par un mouvement de foule haineuse. « ce voile maudit » qui rend la femme moins qu’une ombre. cette fin n’a soulevé aucune réticence. ponctué de coups de cravache distribués mécaniquement par les vigiles. une femme du peuple. en partie. Elle est éprouvée par une maladie incurable mais elle refuse d’abdiquer sa dignité. Attiq nourrit à son égard des sentiments contradictoires où se mêlent affection et ingratitude. De l’autre. 2. y découvriront un poète dans la plénitude de son expression. Son épouse. tel un « nénuphar sur les eaux croupissantes du marais » peut y naître cette histoire. Yasmina Khadra confirme sa subtile connaissance de l’idéologie intégriste qu’ellel avait déjà cernée dans ses précédents romans. 40 ans de littératures du Sud. 22). décembre 2002. écrit Y. les destins de deux couples – que tout oppose – vont se croiser et se confronter à leur vérité. Or. Le dénouement se conclura par le sacrifice de Moussarat substituée sous le tchadri maléfique à Zuneira… Coup de théâtre ? Affabulation ou liberté du conteur ? Dans ce monde dominé par l’absurde. Les lecteurs habitués à l’écriture elliptique des précédents romans (en particulier. Condamnée à mort. Abdelmadjid KAOUAH 1. est déjà une faute dans un système totalitaire. devenu geôlier renfrogné. La tragédie atteint son point d’orgue : dans une altercation. l’inouï a ses droits. C’est donc dans un contexte paroxystique. Khadra. 40). Zuneira refuse d’abdiquer sa dignité et de céder à l’avilissement du tchadri. un couple issu de la bourgeoisie déchue : Mohsen. Au-delà de l’intrigue et de ses rebondissements. le doute s’insinue en lui : « s’abandonnant petit à petit au renoncement. Les hirondelles de Kaboul est la preuve de cette liberté ». Il est bien loin le temps légendaire où cette dernière rivalisait avec les splendeurs de Bagdad et de Samarkand.juin 2003 . Et. l’a autrefois sauvé. Dans un récit enlevé. jusqu’à là fermé à la douleur des autres. Yasmina Khadra nous donne à lire une surprenante leçon de résistance et de tendresse. Cette aptitude à rendre compte.60 € Dans un entretien qu’il nous a accordé1. qui a combattu contre l’invasion soviétique. où la moindre faille semble relever de l’utopie. de la complexité d’un discours idéologique au travers d’une fiction donne toute son épaisseur – quasi-documentaire – aux Hirondelles de Kaboul. C’est un monde voué à une inexorable usure des éléments naturels comme des êtres. elle aura pour geôlier Mohsen qui s’attache à elle. Yasmina Khadra nous donne à découvrir de l’intérieur un Afghanistan ployant sous la loi d’airain des Talibans avec pour centre Kaboul. © Notre Librairie. avril . 05/09/2002. Alfa. Insensiblement. Si personne ne croit plus aux miracles et aux lendemains cléments dans « ce monde en train de pourrir ». Dans une construction romanesque qui s’apparente au conte oriental. loin des stéréotypes. Yasmina Khadra affirmait qu’il se refusait à passer pour un « écrivain endémique ».Notes de lecture Maghreb Yasmina KHADRA Les hirondelles de Kaboul Paris. à ne craindre que vaguement les foudres du ciel. L’Express. Revue des littératures du Sud. Mohsen et Zuneira se sont aimés et choisis. Zuneira tue accidentellement son mari.

la redondance des calembours agace parfois le lecteur qui refuse la facilité des jeux formels. son éditeur tente de faire du marketing avec cette femme qui refuse le consensus : la tâche se complique. elle affiche sa préférence pour une Biélorusse appelée Irina. en rébellion permanente. un fait somme toute anecdotique. Au Maroc. mais elle conteste le jeu du marché du livre. En effet Fatima Aït Bihi dite Philomène Tralala encaisse la fatidique question : « Vous vivez à Paris et vous ne savez écrire qu’en français. voire provocatrice. 92). déjà marié. Il s’agit surtout du problème tel qu’il est posé dans le champ dit francophone que Fouad Laroui ne rate pas l’occasion de tourner en dérision. C’est aussi l’occasion de fustiger les usages malsains qu’une certaine presse fait des colportages que connaît le monde littéraire. À partir de l’amour impossible que revendique Gontran. 40 ans de littératures du Sud. Sa mort impliquera par conséquent la fin tragique de Philomène Tralala. Elle fait partie de cette minorité postcoloniale qui a du mal à se faire admettre comme écrivain abstraction faite de son appartenance. tient dorénavant le destin éditorial de Philomène entre ses mains. un stylo. Elle conteste de toutes ses forces l’étiquette de femme exotique. C’est l’attitude même de l’écrivain qui ne renonce à sa liberté à aucun prix. Cette terreur atteint son paroxysme par l’usage fréquent du calembour qui ne donne cependant pas l’impression d’être « la fiente de l’esprit qui vole ». Fatima Aït Bihi alias Philomène Tralala tient à sa liberté et ne veut pas d’une reconnaissance qui exige le passage par le canapé. écrivant en français et vivant en France. Cela n’a pas empêché les mauvaises langues de dire : « il paraît qu’elle a envoyé sa photo. le roman pose le problème de la lecture et de l’indépendance de l’écrivain par rapport aux institutions de consécration. N° 150. 91) et en France. Fouad Laroui trace la figure d’un auteur qui cherche à se positionner dans l’espace littéraire à travers une stratégie subversive qu’il a déjà commencée dans ses quatre précédents livres. La phrase « je ne suis pas exotique » est écrite à plusieurs endroits dans le roman. Elle incarne l’image de l’écrivain révolté. Cette citation semble constituer la matrice de ce nouveau roman de Fouad Laroui. Ce fameux Gontran. Au Maroc. l’avocat de Philomène Tralala (personnage hyponyme) cite Julien Green vers la fin du roman : « La recherche de l’érotisme conduit au meurtre et à la mort ».juin 2003 . un pape de la critique littéraire. Cela ne fera que renforcer celle-ci dans son refus d’aimer le pape de la critique. Elle est condamnée pour « critiquicide » puisqu’on l’accuse d’avoir tué Gontran. surtout dans De Quel amour blessé qui met en abyme l’écrivain dans « son atelier ». en quoi êtes-vous donc Marocaine ? » La narratrice-romancière préfère adopter la posture d’une citoyenne du monde puisqu’elle n’est de nulle part. Ici. à un éditeur » (p. L’inassouvissement semble être le destin de cette écrivaine issue de ce que Gilles Deleuze et Félix Guattari ont appelé jadis « la littérature mineure ». 142 p. avril . En effet. qui a démontré sa puissance. Khalid ZEKRI Université de Paris XII Val de Marne © Notre Librairie. est tombé follement amoureux d’elle. Elle sera condamnée pour avoir assassiné le pape de la critique. À la fois Noire africaine et Marocaine. Julliard. L’histoire commence en effet par un acharnement amoureux sur l’écrivaine beurette Philomène Tralala. social et identitaire. Il lui restera alors « du papier. Non seulement elle refuse de céder au puissant critique parisien. Des livres » (p. elle est accusée d’avoir insulté les valeurs les plus sacrées de ce pays (p. Pour couronner le tout et exacerber la haine des médisants. atypique et affichant son refus de tenir une langue de bois. 142). elle n’est rien d’autre qu’une Négresse tout juste bonne à consommer. C’est le scandale qui portera un coup fatal à Gontran qui s’empale contre un couteau. elle ne peut être que dans l’entre-deux. Plumme. Mais le sentiment n’est pas réciproque. C’est d’ailleurs là la source de son énergie et le moteur de son écriture : elle est en quête continue d’un positionnement dans l’espace littéraire. Il s’y prend en faisant subir de multiples terreurs à la langue française. 2003. comme c’est le cas chez d’autres écrivains francophones. D’ailleurs la question de l’écrivain marocain qui écrit en français et vit à Paris est posée avec acuité.Notes de lecture Maghreb Fouad LAROUI La Fin tragique de Philomène Tralala Paris. La rumeur selon laquelle Philomène est une plagiaire court vite les circuits médiatiques et la fin de la romancière rebelle devient une évidence : Gontran. 15 € Fouad Laroui a habitué ses lecteurs à une forme d’écriture incisive. « l’Arabe de rab ! Gloire de la francophonie ! » (p. elle est très mal vue sans être lue. comme le disait Victor Hugo. toute nue. Son roman La Fin tragique de Philomène Tralala peut trouver sa condensation thématique dans une phrase citée par l’un de ses personnages. Cependant. Revue des littératures du Sud. 7).

1998). En fait. Malika Mokeddem opte pour la mémoire. Celui-ci. le père. Un portrait de cette vie d’ici et de là-bas marquée par l’intelligence et par le ton intimiste. Grasset. sent sa fin proche et fait le ménage dans sa vie en bénissant sa fille. durant toute son enfance. Un retour en arrière qui fait preuve d’une apparente confidence dans laquelle les insomnies marquantes de la petite fille de Kénadsa au sein de sa famille constituent la texture d’une existence humaine. elle remonte le fil de souvenirs de toute nature. lui reviennent des images du passé dans le pays de son enfance. l’amant. éparpillés dans les labyrinthes du temps. très pesante dans la vie de l’écrivaine. 25). supporter le poids de la solitude et retrouver ses certitudes et ses points d’ancrages. 26) incarnant « l’amour. troublante quand la narration se fait insoutenable pour traduire le poids de l’absence dans une vie vidée de sens par la réalité de la rupture. sa sincérité et son emportement. révélant le croisement de leurs destins. Jean-Louis ne supportait pas qu’elle écrive et composait difficilement avec son succès. C’est dans cette ville aussi qu’elle refuse la monotonie d’une existence toute programmée et que. la mère. l’influence de l’aïeule demeure éminente parce qu’en plus de lui avoir permis de saisir la force des mots. le fils » (p. combattante. en somme. 182) s’ajoute la virulence des attaques d’un journaliste algérien qui. Revue des littératures du Sud. constitue le centre nerveux du roman. sale chienne ! » (p. Par sa ferveur. Toujours est-il qu’avec cette séparation après plusieurs années de vie commune. L’auteure propose également des révélations douloureuses sur sa vie à Montpellier. tente de la démolir après la publication de son roman La Nuit de la lézarde (Grasset. où elle fait le dur apprentissage de l’exil. le roman s’ouvre sur une affirmation émouvante.juin 2003 . elle a dû attendre quatorze ans avant d’annoncer à son père qu’elle vivait avec un étranger. elle s’est plongée dans l’écriture de cette chronique qui porte en profondeur la marque d’une reconstitution de souvenirs éloignés. Il prendra une ampleur imprévisible dans le subconscient de l’écrivaine. 2003. se dissimulant derrière des initiales. à peine terminée la rédaction de N’zid (Le Seuil. elle donne libre cours à sa langue forte. 312 p. elle s’accroche à la figure de la grand-mère pour vaincre la peur. 40 ans de littératures du Sud. et qu’elle garde à jamais au fond d’elle-même. La Transe des insoumis est un roman captivant qui raconte avec un égal bonheur l’existence de rêves et de désirs et leur évanouissement. la beauté et l’unicité de leur relation ainsi que les raisons de l’échec de leur union. l’écrivaine fait preuve de beaucoup de rigueur et surtout d’une grande sensibilité. nue. elle contribua largement à forger son caractère d’insoumise et de révoltée contre l’ordre établi. Najib REDOUANE California State University Long Beach (État-Unis) © Notre Librairie. Pour l’écrivaine. Sachant que par ce geste elle a brisé le cœur de sa conformiste famille. elle allait la rejoindre en secret dans la nuit pour trouver auprès d’elle un grand réconfort et pour l’entendre lui raconter sa vie de nomade. Mokeddem demeure en effet bouleversée par de terribles événements passés là-bas.Notes de lecture Maghreb Malika MOKEDDEM La Transe des insoumis Paris. « une tribu à lui seul » (p. le frère. du rejet et de la méchanceté humaine. 25). vieux et malade. l’entraînant dans un dédale mémoriel dont elle se fait la principale exploratrice. En fait. C’est que hantée par le départ de son compagnon qui la bouleverse et la déroute. Force est de préciser que le départ de cet être tant aimé qui l’a laissée orpheline parce qu’il était « l’homme multiple » (p. 2001). avril . elle réalise son rêve en prenant pour époux un Français. Sur fond de désespoir et de déception. lors de ses états répétitifs d’insomnie. N° 150. sale chienne ! Tu vas ccreever. À travers les strates de son passé. 18 € Dans son septième roman. Et ce n’est qu’après plusieurs années d’absence que lors d’un retour au pays natal elle décide de se rendre à Béchar où elle retrouve sa famille et se réconcilie avec son père. C’est que. Toutefois dans ce périple chaotique au cœur du désarroi et du rejet. un sujet de prédilection pour elle puisqu’il s’agit de son récit véridique et authentique. Aux menaces de mort formulées par les intégristes sur un ton agressif : « Tu vas ccreever. au niveau familial et social. La Transe des insoumis. en dépit de la force de leur passion amoureuse.

ce qui est souligné. 15 € Dès les premières lignes. Julliard. 2003. ayant fait des choix soi-disant justes. (la domination occidentale). abstrait de la patrie. Revue des littératures du Sud. le père algérien de la romancière n’avait pas cru bon devoir la lui apprendre. Mais leur langue a des sonorités qu’elle n’a jamais entendues dans la bouche du père. son jeune corps le sent – augmentent d’autant plus le trouble de la petite Leïla qu’ils soulignent – mais elle ne le comprend pas encore – qu’elle est perçue comme une étrangère par ceux qui parlent la langue de son père. et certainement dangereux. préférant l’élever dans la langue de la mère française. avril . Un Juste. de toutes les formes de déracinement de l’âme que la romancière intègre comme des éléments constitutifs et déconstructifs de sa patrie francoalgérienne. il en est ainsi ». de langue » ? Ce qui est intéressant. maître d’école. parce que la langue arabe. dans cette œuvre sobre de la maturité. et à quel prix ! Est-elle vraiment sûre qu’il s’est refusé de lui apprendre sa langue pour seulement faire sien « l’interdit de la colonie » ? Parce qu’il « voulait que ses enfants ne connaissent pas l’inquiétude. qui plus est. de tels parents. en jupes courtes. Dommage qu’elle n’ait pas pu aller au fond d’un tel homme qui a fait de tels choix. en tout cas. rétif à la parole : « Son silence les protège. à la petite Leïla et à sa sœur. c’est ce qu’il pense et. voilà un homme qui a fait des choix radicaux. imaginaire et réelle. le portrait de l’homme qu’elle finit par construire à coups de sondes dans le passé est peu banal. et voilà des fondamentalistes qui. où. C’était le temps. qu’ils ne se tourmentent pas d’une prochaine guerre de terre. c’est le qualificatif qu’elle emploie pour le désigner.juin 2003 . du terrorisme. n’est pas l’intimité. dans un pays alors colonisé et considéré comme français ? Comment se situer par rapport aux jeunes – compatriotes ? – guettant derrière les talus pour lancer. aux yeux des tenants d’un nationalisme d’autant plus pur et dur qu’il servait à dérober à l’esprit critique des vérités souvent aux antipodes de la légende officielle. des injures obscènes. de l’identité de sa fille dont il a brouillé les pistes. Quand elle avait l’âge de parler avec le père. sans rien renier de fondamental. on ne pouvait qu’être suspect. Au lecteur de comprendre. à l’époque coloniale et. 40 ans de littératures du Sud. de chercher à faire parler son père. ensuite : comment percevoir un tel père. mais la distance.Notes de lecture Maghreb Leïla SEBBAR Je ne parle pas la langue de mon père Paris. N° 150. 124 p. d’en chercher les raisons. disons. ravagent leur pays par « une guerre pire qu’avant » démolissant au passage toutes les valeurs auxquels les uns et les autres cherchent à s’accrocher. telles des pierres contendantes. on s’était engagé dans la Résistance au nom de l’idéal communiste. Distance linguistique. et au téléphone encore ! Ce père est d’ailleurs. Bref. Face à une même situation. chaque fois qu’elle pouvait le surprendre parlant avec ses compatriotes. Mais. ce n’était pas commode pour Leïla Sebbar. depuis que des enfants lui sont nés corps et langues divisés. semble dire la romancière. de la suspicion nationale. des corps. Hédi DHOUKAR © Notre Librairie. elle dont la mère-patrie n’est pas représentée par la mère réelle ! Père abstrait. elle se trouvait en Algérie et lui en France. spatiale. on le sent dès les premières pages. de sang. faute d’être Père-Patrie. en vue d’inscrire les choix de cet homme dans une constellation qui le fait briller comme l’étoile du berger au milieu des étoiles noires de l’intégrisme. à cette époque. sur le chemin de l’école ? Les échos de ces voix aux connotations sexuelles – cela. Leïla Sebbar nous installe dans une troublante ambiguïté : un rapport avec le père. passé et présent. Distance identitaire. Pèreicône. c’est la démarche de Leïla Sebbar consistant à redécouvrir son père par un cheminement mêlant mémoire et imagination – deux outils de reconquête du temps et de soi –. marié à une Française. Parce qu’on a été instituteur. Distance enfin.

mais aussi de Shakespeare. semblent étroitement liés. il y a quatre ans déjà. Divisé en deux parties. la jeune veuve princière qui quitte précipitamment son palais de Bangalore. 50 € Avec Les Rochers de poudre d’or. renforcent le sentiment de malaise face au projet colonial où victime et bourreau. On n’est pas très loin ici de Conrad. les quatre se retrouvent bientôt à bord de l’Atlas les conduisant inexorablement vers leur destin. n’est pas très originale. chère à l’auteur d’Au cœur des ténèbres. qui veut faire fortune pour pouvoir passer le reste de sa vie à jouer aux cartes avec son ami Surad . d’incompréhensions et de peurs. Vaithy Sainam qui fuit la misère et la sécheresse pour rejoindre son frère parti travailler.Notes de lecture océan Indien Nathacha APPANAH-MOURIQUAND Les Rochers de poudre d’or Paris. 2003. Recueillis par des recruteurs sans scrupule qui les alpaguent avec les légendes d’un Eldorado où des pièces d’or brillantes sommeillent sous les rochers. Désormais chacun de ces jeunes hommes et femmes se trouve partie prenante d’une histoire qu’il ne maîtrise plus. dans une colonie de l’autre côté de « L’eau noire » . sans manichéisme aucun. le Guyanais David Dabydeen. Les références à La Tempête de Shakespeare. le Mauricien Abhimanyu Unnuth. qui s’est inscrit sur la liste des Émigrants Agriculteurs de Sa Majesté la Reine Victoria pour échapper à l’esclavage auquel il est réduit à cause de la dette contractée par son père auprès du plus gros propriétaire terrien du village . pour ne citer que les plus connus) l’odyssée des travailleurs indiens partis trimer sous contrat dans les plantations de diverses régions de l’empire britannique au XIXe siècle où ils ont remplacé les esclaves noirs émancipés.S. à son tour. L’originalité du récit de Nathacha Appanah-Mouriquand réside dans sa manière dépassionnée de mettre en scène ce passé colonial. des personnages emplis d’inquiétude. Prospero et Caliban. l’histoire que raconte la jeune Mauricienne. un premier volet qui se déroule en partie en Inde et en partie sur le bateau conduisant les immigrants à leur destination et un second volet campé dans la plantation de Poudre d’or à Maurice. l’un et l’autre procédant du même imaginaire. Nathacha Appanah-Mouriquand a imaginé. et. souvent poétique et riche en références intertextuelles (Conrad. La fiction est ici admirablement servie par une écriture accomplie. menacés par la désintégration physique et morale. Tirthankar CHANDA © Notre Librairie. celle des immigrants indiens miséreux venus travailler dans les domaines sucriers de l’île Maurice. N° 150. Shakespeare) qui éclairent d’une manière saisissante les ténèbres des origines de la communauté indo-mauricienne dont l’auteur est elle-même issue. installé au cœur du récit comme une sorte de grille de lecture mythologique.juin 2003 . À travers la grille d’une fiction construite avec beaucoup d’intelligence. 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. ce roman s’organise autour des expériences et des parcours très différents de quatre personnages unis toutefois par une communauté de destin. 161 pages (Continents noirs) 13. Certes. avril . Ganga. déguisée en servante. atteints de la même subversion insidieuse à l’œuvre dans toutes les plantations de l’empire. enfin. dans le Bihar. Apparaissent ainsi. Gallimard. D’autres avant elle ont narré avec talent (le Caribéen V. l’auteur fait entendre à la fois les voix du colonisateur et du colonisé. de finesse et de maîtrise. pour ne pas finir sur le bûcher funéraire de son prince de mari tué dans un accident de chasse. Pétrie de Conrad. Naipaul. Chotty Lall de Raniganj. À travers ces pages transparaît en filigrane une vision profondément pessimiste de la rencontre des civilisations. successivement le jeune Badri Sahu. pris tous les deux dans les rets d’une Histoire faite de violences. Nathacha Appanah-Mouriquand publie un premier roman remarquable. Celui-ci a pour nom l’île Maurice ou « Merich » pour les plus naïfs d’entre eux.

notamment en matière de peuplement des îles de l’océan Indien. Ce n’est qu’au XIXe siècle que leurs habitants se mettent à écrire. la littérature de voyage a amené les Européens à découvrir des îles dès le XVIIe et le XVIII e siècles. En même temps. Chaque île essaie de mettre en place une identité plurielle car elles ont toutes été des colonies françaises à un moment de leur histoire. Karthala/Presses de l’Université de Maurice. Les différentes communications sont regroupées en huit parties et on peut percevoir qu’à travers elles. sa contribution réside dans le fait que des auteurs indiens ou d’origine indienne utilisent le français comme moyen de communication littéraire. Cette quête serait-elle un rêve ou une utopie ? Pour répondre à cette quête dans les îles. Le déplacement entre les îles permet à certains auteurs de concevoir un mouvement indianocéanique et dans la deuxième moitié du XXe siècle. Pour la première fois. HOOKOOMSING (sous la direction de) L’océan Indien dans les littératures francophones Paris/Maurice. d’autres iront à la recherche d’une origine mythique commune (deuxième partie). selon les spécialistes. Sur le plan de la littérature. Revue des littératures du Sud. N° 150. Aussi. 706 p.10 € Les éditeurs de cet ouvrage ont réuni les communications de tous ceux qui ont participé au colloque tenu à Maurice en août 1988. en tant qu’espace littéraire. 38. de nouveaux concepts apparaissent dans les îles pour exprimer l’identité des îliens. 2001. des Caraïbes et des Mascareignes expriment tantôt des convergences. Enfin. surtout à Madagascar où la littérature est fortement influencée par l’anthropologie (troisième partie). En fait. Afrique. la septième partie nous rappelle que l’Inde joue un rôle important dans cette partie du monde. Face à ces communications. Par conséquent. des textes sont publiés sur place dès la fin du XIXe siècle. en revanche. On s’interroge sur la place du monolinguisme. apparaissent dans les îles Mascareignes des sociétés créoles (première partie).Notes de lecture océan Indien Kumari ISSUR et Vinesh Y. Cet espace qui foisonne de textes demande une meilleure réception dans le monde francophone et ailleurs. tantôt des divergences. Asie (Inde et Chine). pour clore l’ouvrage. des participants des pays du Nord et du Sud se sont retrouvés à Maurice pour parler des littératures francophones non seulement dans les pays de l’océan Indien mais aussi de l’océan Indien. le lecteur doit comprendre que les intervenants ont cherché à sortir les œuvres de leur insularité. 40 ans de littératures du Sud. D’où la première partie consacrée aux « voyages et rencontres » car. Leur peuplement vient de divers pays – Europe. Sous l’influence de cette discipline. Il était donc important d’établir un premier bilan en réunissant le maximum de spécialistes des littératures francophones pour confronter leur lecture des œuvres écrites en français dans cette partie du monde. avril .juin 2003 . cette quête fait appel à l’imaginaire des poètes et à la tradition orale. du bilinguisme ou du multilinguisme dans la construction de cette identité (quatrième partie). Cette confrontation d’idées a donné lieu véritablement à des regards décentrés sur cet ensemble d’œuvres. Si les œuvres des écrivains de cette région ont commencé à trouver une oreille favorable chez les éditeurs français à partir des années 1980. la complexité de ce phénomène identitaire devient évidente dans les cinquième et sixième parties de cet ouvrage. Vicram RAMHARAI Mauritius Institute of Education Université de Maurice © Notre Librairie. ce colloque a été une occasion de rappeler les origines des littératures de l’océan Indien. les éditeurs ont essayé de trouver un fil conducteur cohérent à cet ouvrage. la huitième partie constitue une synthèse en ce sens que les littératures d’Afrique.

L’auteur sousestime ici la pluralité des théories francophones qui laissent souvent une grande place aux langues et cultures individuelles comme le créole. avril . à la fois le constat de Thomas C. Il faut cependant reconnaître. 54). Spear la définit comme une théorie politiquement correcte. Ce recueil d’écrits à la première personne est divisé en deux parties : les auteurs qui abordent le refus de l’acculturation des francophones hors de France (la Béninoise Irène Assiba d’Almeida. 11). Thomas C. en effet. Patricia-Pia Célérier. Spear présente l’exception culturelle française comme une arme destinée à maintenir un empire colonial de la pensée. La postface de Maryse Condé relativise. édité par Thomas C. comme une condamnation sans appel de la Francophonie avec un F très majuscule. N° 150. la Congolaise Elisabeth MudimbeBoyi. Dans cette logique. qu’une analyse réfléchie des phénomènes coloniaux et postcoloniaux compléterait avec bonheur les analyses francophones. « sentez-vous cette souffrance/Et ce désespoir à nul autre égal/D’apprivoiser avec des mots de France/Ce cœur qui m’est venu du Sénégal » (Rosello. T. le terme de « pollution » culturelle française revient à plusieurs reprises comme une métaphore filée renvoyant à une idéologie de la pureté. de souligner la diversité des cultures francophones et de poser la question parfois problématique de l’appartenance dans et audelà des chants du passé comme du présent : « Enfants du Dahomey/De la brousse ou des villes/Nous sommes des Français » (d’Almeida. p. à travers cet ouvrage notamment.juin 2003 . SPEAR (éd. En dépit de guillemets fréquents. Spear et des auteurs qu’il introduit est parfois occulté par ce manichéisme transatlantique. Spear est d’ailleurs de mettre en lumière la négligence des aspects non-francophones d’une région par certaines théories de la francophonie institutionnelle ou non. La théorie postcoloniale qu’il oppose à la francophonie souffre. Revue des littératures du Sud. 40 ans de littératures du Sud. le Camerounais André Ntonfo et le Québécois François Paré) et ceux qui interrogent l’identité française de l’immigré (Joëlle Vitiello. sa confusion et son hégémonie. C. métamorphosée en lune noire gravitant dans l’orbite de Paris.C. de trois handicaps majeurs : son singulier. La suite se lit. C. p. 2002. Cet ouvrage. T. Lettres du Sud) 23 € « Comment expliquer que Paris n’est pas le nombril du monde pour tous les francophones ? » Cette première phrase du recueil La culture française vue d’ici et d’ailleurs. Martine A. mais qui affirment également un lien de ces pays créé par la langue et la culture française que tous auraient à degrés divers en partage. les conclusions sont problématiques.Notes de lecture océan Indien Thomas C. Si l’intention est louable. Spear. à travers le récit de son fils. l’Italo-Égyptienne Marlène Barsoum. Gisèle Pineau et Malek Chebel). alors que le P. C. Nathalie SCHON © Notre Librairie. C. Loufti.) La culture française vue d’ici et d’ailleurs Paris. Spear et la vision d’une famille francophone harmonieuse et unique. a un intérêt indiscutable : celui de bousculer les certitudes. mais s’explique par l’intérêt trop exclusif des théories postcoloniales pour le colonialisme. est un aspect rejeté par bon nombre de critiques postcoloniaux qui le rangent parmi leurs pires ennemis. Spear se donne pour objectif d’offrir au lecteur les regards d’auteurs qui « côtoient la culture française tout en vivant d’autres cultures et d’autres langues » (p. Le mérite de T. Comment et surtout pourquoi définir une théorie postcoloniale unique alors que le terme regroupe une multitude de théories plus ou moins pertinentes ? De plus. Mireille Rosello. 201). donne le ton iconoclaste et provoquant de l’ouvrage. Le message de T. L’amalgame qu’il établit avec la domination française passée dont le Code Noir porte témoignage laisse perplexe. 258 pages (coll. le Guinéen Manthia Diawara. Karthala. Alec G. renforcée par l’utilisation de la notion de métissage qui présuppose bel et bien une pureté originelle. en effet. dont l’introduction irritera sans doute. Hargreaves.

viols des femmes vouées à la misère ou à la folie. (Continents noirs) ISBN : 2-07-075425-1 18. (coll. 128 p. n’est donné qu’à titre indicatif. Mais le pourra-t-il ? Pour les 12-15 ans.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) / Montréal (Canada) : CEDA / Hurtubise HMH ltée. les notices des rééditions ne comportent pas de résumé. Lire au présent) ISBN : 2-86394-435-5 Chaque année au Burkina Faso. Certains n’ont pu réussir leur vie. 40 ans de littératures du Sud. trafics de corps. (c. Exploité et maltraité. ils vont vivre deux drames qui influeront sur le cours de leur existence. 70 p. Mamadi est loin de se douter que sa vie va basculer. ISBN : 2-7087-0750-7 18 € Après avoir pris des voies différentes. puis elle étend son cercle de partenaires sexuels aux amis d’Ousmane. L’auteur. Ici. Livres-Hebdo. son épouse. 2003. tout semble aller de travers : la maison familiale est menacée par les bulldozers. six amis d’enfance se retrouvent. Basile.) Réédition (première parution : 1974. Le prix. Ce texte se caractérise notamment par sa structure éclatée et ses constructions atypiques : un langage traversé de part en part de beauté et de négritude… Mâh DAHO La Crèche du petit Mohammed (r. 2002.) : théâtre . n’étant plus du même milieu. (j. l’éditeur lui-même.juin 2003 .50 € À travers le récit de la disparition de Lidia do Carmo Ferreira. Sous prétexte d’aider sa famille d’une extrême pauvreté. (p.) : poésie . (b. il provoque un véritable scandale. 2003.) Traduit du portuguais (Angola) par Michel Laban Paris : Gallimard.) : conte . Revue des littératures du Sud. le jeune garçon ne songe bientôt plus qu’à recouvrer sa liberté. (th. D’autres sont devenus hommes d’affaires ou politiciens… À nouveau réunis le temps des vacances de l’un d’entre eux.) : jeunesse. ou ont été rédigés par Notre Librairie. auxquels succèdent socialisme. la sensibilité. impostures des Églises. rencontre un jour Ousmane qui la recueille chez lui. font l'objet de notes de lecture distinctes produites par les collaborateurs de la revue.) Paris : Présence Africaine. de drogue et d’alcool. des joies et des espoirs de ceux de là-bas et de la diaspora… Léopold CONGO-MBEMBA (Congo-Brazzaville) Ténors-Mémoires (p. N° 150. Entre malheurs et malentendus. Ceux qui sont restés au pays ne se voient plus que rarement. chaque fois qu’il est connu.) Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Valérie Morlot-Duhoux Paris : Dapper. 2003.) : roman . poète. signale les ouvrages reçus en service de presse par l’a d p f / Notre Librairie. ISBN : 2-283-01955-9 15 € Calixthe BEYALA (Cameroun) Femme nue femme noire (r.) : biographie . titre original de la nouvelle en anglais.) (j. chez le même éditeur) Paris : Buchet-Chastel. 2003. est paru en 1981 en Afrique du Sud (Ravan Press. Samad n’abandonne pas sa quête d’amour. 70 p. ISBN : 2-226-13790-4 16 € Irène Fofo. a émigré. dramaturge et romancier traduit dans plusieurs langues. L’un d’eux. demande à son ami de l’aider à bâtir une crèche dans sa cour. 128 p.) Préface de Daniel Biyaoula Paris : Présence Africaine.Vient de paraître La rubrique bibliographique « Vient de paraître ».) Paris : Albin Michel. 248 p. l’auteur nous offre ici son quatrième recueil de poèmes. 272 p. musulman et fils de l’imam du quartier. Gina DICK (Côte-d’Ivoire) Un drôle de bienfaiteur (r. à Luanda en 1992. Parviendra-t-il à réaliser son rêve ? Pour les 10-12 ans. les enfants rivalisent d’adresse pour construire des crèches à Noël. Afrique noire Textes littéraires José Eduardo AGUALUSA (Angola)* La Saison des fous (r. 2003. (coll. Après L’Impasse (1996) et Agonies (1998). Lire au présent) ISBN : 2-86394-436-3 Lorsque son père reçoit la visite d’un vieil ami.) (j. né à Johannesburg de parents d’origine asiatique. Certains ouvrages sélectionnés. ISBN : 2-906067-86-5 12 € Dans la vie de Samad. lorsque ce n’est pas la France. Achmat DANGOR (Afrique du Sud) En attendant Leïla (n. est signalé entre parenthèses.) : nouvelle . Compte tenu de l’abondance des ouvrages reçus. Les résumés figurant avec les notices ont pour sources principales : Électre. © Notre Librairie. 228 p. 2003. Le Tombeau transparent et Le Chant de Sama N’déye. (coll. on l’envoie travailler dans une mine de diamants où il connaît bien pire que la misère des siens. Le pays d’origine de l’auteur.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) / Montréal (Canada) : CEDA / Hurtubise HMH ltée. la belle Leïla convole avec un autre homme et le voilà mêlé à une affaire de meurtre. « Waiting for Leila ». la situation convenant parfaitement à sa lubricité naturelle… Daniel BIYAOULA (Congo-Brazzaville)* La Source de joies (r. Mongo BETI (Cameroun) Perpétue (r. Mais lorsque le petit Mohammed. Les abréviations inscrites entre parenthèses à côté du titre indiquent le contenu de l’ouvrage : (r. La Source de joies referme le triptyque d’une Afrique moderne. poétesse et historienne angolaise. Poésie) ISBN : 2-7087-0743-4 13 € Après Déjà le sol est semé. avril . c’est toute la tragédie de la guerre civile pour l’indépendance de l’Angola qui est évoquée : compromis des civils et des militaires. signalés ici par un astérisque (*). travaille actuellement comme expert en développement rural pour le compte d’une agence sud-africaine. voleuse et nymphomane. (n. 308 p. Johannesburg). Elle le partage avec Fatou. la maturité et la sensibilité littéraire du poète sont décuplées. 2002.

24 p.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA. © Notre Librairie. guerre de religion… Fatou KEÏTA (Côte-d’Ivoire) Le billet de 10 000 F Illustrations : Les studios Zohoré Abidjan (Côte-d’Ivoire) : NEI. / Ou qu’il aurait tout oublié. Benoît MOUNDELE-NGOLLO (Congo-Brazzaville) Du coq-à-l’âne (r.) Avec la participation du Mouvement mondial en faveur de l’enfance Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA. Jeff voit son avenir lui échapper complètement. ISBN : 2-7475-3555-X 9. membre de l’Académie Mondiale de Poésie. et son pays. (coll. Waberi élabore une chronique universelle de la guerre et de l’exil. L’auteur. Un matin. en se référant non pas au domaine de la philosophie ni au domaine de la politique. 128 p. Simples discours Paris : Gallimard. qui tente de terminer la rédaction de son roman… Un roman iconoclaste à travers l’espace (Mexique. interroge la culture africaine à la lumière de la mondialisation.50 € Hermina. 128 p. N° 150. ISBN : 2-86394-428-2 Le fantasme. auteur de nombreux ouvrages de poésie et de sciences sociales. fille d’un puissant notable du régime et manipulatrice. d’une grand-mère bantoue devient-il suranné en ces temps de « mondialisation » et de « globalisation » ? Ces questions. Babacar SALL (Sénégal) Chants de nuit. Sami TCHAK (Togo)* Hermina (r.50 € À travers cet essai. 2002.) Illustrations de Dan N’guessan Abidjan (Côte-d’Ivoire) : NEI. ISBN : 2-7475-3470-7 30 € Poète. le petit malin devenu roi (j.) Paris : Éditions Thierry Magnier. entre autres. a quitté sa ville. Flore HAZOUMÉ Le Crépuscule de l’Homme (r. œuvre depuis des années pour la défense des droits humains auprès d’instances diverses. 2003. Paris : L’Harmattan.50 € Dans son dernier roman.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA. 2002.juin 2003 . animistes… Cependant. Douala. en ayant à l’esprit la singularité de la situation du continent noir. oral. ISBN : 2-84487-157-7 Attauba est très petit mais très astucieux ! Ses ruses. et défendant les droits de l’homme. musulmans. l’invraisemblance et le merveilleux se mêlent et se conjuguent dans ce roman où la destinée humaine prend des allures apocalyptiques. ISBN : 2-7087-0744-2 18 € Un jeune étudiant appartenant à l’ancienne noblesse de son village. Elle part pour Douala où le corps de sa grand-mère a été dérobé parce qu’elle possédait d’importants pouvoirs magiques… À partir de 13 ans. à méditer. chrétiens.) Paris : Gallimard. les livres. 32 p. est née dans le quartier entre leurs parents. Miami). Adou ÉDOUKOU Attauba.) Paris : Gallimard. Abdourahman A. Que représente aujourd’hui le mouvement de la négritude ? L’héritage culturel. 256 p. la création. Un chaîne de solidarité. 64 p. / Rien de tout cela ! / Il fera tout simplement son chemin. 272 p.Marie-Félicité EBOKÉA (Cameroun) Retour à Douala (r. Henri LOPES (Congo-Brazzaville) Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois. 2002. écrite avec ironie et humour.) Brazzaville (Congo) : Éditions Hémar. les philosophies. C’est aussi une dénonciation des vices qui ont toujours caractérisé la problématique existentielle des civilisations. est l’inspiratrice d’Heberto. nous livre une ode à ce continent tant chargé d’histoires. ancien Administrateur-Maire de Brazzaville et récemment nommé préfet de la capitale du Congo. romancier et essayiste. Abdoul WAR (Mauritanie) Demain l’Afrique (p. ISBN : 2-910608-04-2 Cet ouvrage inclassable est une analyse critique d’une société en conflit avec elle-même. un nouveau vocabulaire apparaît dans les discussions de leurs parents. Haïti. Jean-Roger ESSOMBA (Cameroun)* Le Destin volé (r. 2002.WABERI (Djibouti)* Transit (r. avril . souhaite redorer le blason de sa famille. Officier Général des Forces Armées Congolaises. un cauchemar la réveille. Il va donc se rapprocher de Carole Ongola. 2003. Il pourrait s’acheter la belle balle de basket dont il rêve. l’auteur. 394 p. il est possible de sonder et jauger la solidité d’un cœur féminin face à un drame : le viol. Aussitôt. 340 p. 2003. qui a déjà plusieurs romans à son actif. auxquelles tente de répondre l’écrivain. 2003.) Paris : Présence Africaine.) Lambersart (59 130) : Éditions l’épi de seigle. Il nous livre ici un recueil de poèmes écrits en 2002. Cuba. universitaire originaire de Dakar. 200 p. vont transformer complètement sa vie… Pour lecteurs débutants. 2003. ISBN : 2-86394-426-6 À travers ce récit. tant vidé de son sang et qui sait se régénérer aux sources de sa tradition. 2003. Charlotte. Poèmes pour la Côte-d’Ivoire (p. des mots tels que guerre civile. 2003. lui qui porte l’avenir en ses flancs : « Qu’on ne dise pas que le Nègre n’a rien appris.50 € L’auteur. le temps. Roman) ISBN : 2-84420-172-5 7 € Premier roman. 2001. Revue des littératures du Sud. ISBN : 2-911315-56-1 9 € Dans ce long poème illustré avec les dessins originaux de Patrick Guallino. 40 ans de littératures du Sud.) Paris : L’Harmattan. 192 p. Progressivement. mais à celui de la création littéraire. déjà auteur de sept romans et d’un recueil de nouvelles. une jeune Camerounaise. 156 p. 2002. deux petites filles de douze ans.) (j. le téléphone sonne et Charlotte apprend que celle-ci vient de mourir. (Changer le monde avec les enfants) ISBN : 2-86394-432-0 Sabine et Awa. ISBN : 2-84487-172-0 Ahmed a ramassé un billet de dix mille Francs. une belle jeune fille. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076874-0 13. prénommé Jeff. Mais cet argent ne lui appartient pas vraiment… Pour lecteurs débutants. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076847-3 19. Panorama de la poésie congolaise de langue française (Congo-Kinshasa). Paris. la chair. » Régina YAOU (Côte-d’Ivoire) L’indésirable (r. pour faire ses études de médecine. l’auteur nous donne à lire un recueil de poèmes qui sont des exemples de l’histoire de l’utilisation de la langue française dans la poésie congolaise depuis les années 30. nous livre ici une analyse critique minutieuse d’une société en conflit avec elle-même. sont voisines depuis leur plus tendre enfance. sincère et forte. dans lequel sa grand-mère apparaît. 2003. les identités perdues et les fantasmes Antoine TSHITUNGU KONGOLO (RdC) Poète ton silence est crime. (Continents Noirs) ISBN : 2-07-071587-6 11. l’écrivain Henri Lopes. 28 p. pleines d’imagination et d’audace. Flore HAZOUMÉ Et si nous écoutions nos enfants ? (r. 56 p.

2002.ISBN : 2-7475-4469-9 19.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA.50 € Par-delà les tragédies personnelles ou collectives dont nos deux héroïnes. « Culture planétaire et identités frontalières. le fin connaisseur de cette montagne et de sa flore. tranquille mère de famille se trouve mêlée à une sombre histoire de drogue… Huit nouvelles. Il se propose d’analyser ici le cas du Bénin avec l’exemple de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). ISSN : 0001-9747 15 € Africultures n° 54. 192 p. 17. Derek est conduit au bord du meurtre par une amante insatiable. « Diaspos ». 2003. tentent de guérir. essentiellement pour les arts plastiques. journaliste et juriste de formation. Justine et Clara en arrivent à la question : où est-on vraiment chez soi ? Georges I. vol. anno LVII – n°4.Rivista trimestrale di studi e documentazione dell’Istituto italiano per l’Africa e l’Oriente. l’auteur étudie le rôle des médias dans les régimes en transition démocratique à travers toute l’Afrique. 2002. 100 p. © Notre Librairie. en passant par un pays d’Afrique de l’Ouest facile à reconnaître sous le nom de Dungan. « Esthétique et éthique du multimédia : un jeu d’influence ». huit tranches de vie entre Europe et Afrique… Sénouvo Agbota ZINSOU (Togo) Le Médicament (r. n°2. « Un siècle de musique moderne en Éthiopie » (F. 2003. Tropiques) ISBN : 2-84586-348-9 22 € Actuellement fonctionnaire international. (dont 16 planches photos noir et blanc + une carte) (coll. 100 mots pour le dire) ISBN : 2-7068-1672-4 7 € Ce lexique entend montrer la vitalité et l’originalité d’un art qui ne s’arrête pas aux arts premiers mais s’insère dans les courants contemporains. Justine et Clara. 262 p. qui avait exploré ces grottes si souvent ». Miliani) . etc. marzo 2003 Rome (Italie) : Associata all’USPI. janvier-mars 2003 : « Afrique Toutmonde. 2003. Il n’avait jamais vu une telle rose auparavant. ISSN : 0001-9747 15 € Africa . dicembre 2002 Rome (Italie) : Associata all’USPI. les guerres. Celui qui courait après un corps (n. « Le merveilleux et laconscience marxiste dans Les Arbres musiciens de Jacques-Stephen Alexis ». qu’elles soient gérées par des Congolais ou par des Français. White) . Le Médicament est un voyage initiatique à travers l’actualité. Placé sous le signe de la pensée d’Édouard Glissant. Hélène d’ALMEIDA-TOPOR L’Afrique au XXe siècle 2e édition revue et augmentée. États-Unis) : 2002. Mallet)… Articles rédigés en français et en anglais. Avec les rubriques habituelles (« Rebonds ». Le cas du Bénin Paris : Karthala / Fondation Friedrich Ebert (Cotonou. cet ouvrage présente une étude des quarante sociétés issues des décrets de concessions de 1899-1900 en Afrique équatoriale française (AEF) : les principaux types d’entreprises. en évoquant les questions de la colonisation et de la décolonisation. 168. Revue des littératures du Sud. lui. 140 p. N° 150. soit deux numéros) Au sommaire notamment : « Reconstruire dans l’exil : la nourriture créatrice chez Gisèle Pineau ». Dans une banlieue parisienne. dans sa totalité et sa diversité. 2003. Catherine COQUERY-VIDROVITCH Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires 1898-1930. Burundi. lui. l’analyse et l’interprétation des œuvres produites en Afrique noire. vol. Une démarche s’appuyant sur la description. resplendissante à faire ternir la beauté. Musiques du monde Paris : Éditions de l’EHESS. (Monde noir) ISBN : 2-7473-0313-6 . (coll. Aimée. Avec. 280 p. en retournant aux faits et aux documents. par Patrick J.juin 2003 . aborde l’histoire du continent africain de manière chronologique et thématique. à un format et une qualité de papier supérieurs. 2003. ISBN : 2-9519544-0-9 9. ADJOVI Les instances de régulation des médias en Afrique de l’Ouest. qui est passée d’une parution mensuelle à une parution trimestrielle. Logiques de violence et certitudes « ethniques » Sous la direction de Jean-Pierre Chrétien et Melchior Mukuri Postface de Bogumil Jewsiewicki Paris : Karthala. anno LVIII – n°1. (coll.Rivista trimestrale di studi e documentazione dell’Istituto italiano per l’Africa e l’Oriente. 2003. automne 2002 Revue publiée par le Conseil International d’Études Francophones Lafayette (Louisiane. Africa . Ahmed s’interroge sur sa relation avec une partenaire plus âgée. Les réimpressions) ISBN : 2-7132-1291-X 70 € (pour les 2 volumes) Édité pour la première fois en 1972 par la 6e section de l’École pratique des Hautes Études et paru aux éditions Mouton. des stratégies et des séquelles qui piègent les relations entre Burundais hutu et tutsi. 40 ans de littératures du Sud. 468 p. la fracture identitaire. (coll. ISSN : 1276-2458 . À propos du rap en Algérie » (H. Ailleurs. 1 et 2 Paris : Éditions de l’EHESS.80 € Première livraison « nouvelle formule » de la revue Africultures. avril . qui commence en Allemagne et se termine au Rwanda.13. 2e tirage Paris : Armand Colin. Sujet du dossier pour ce numéro : l’Afrique face à la mondialisation. 2003. par Valérie Loichot . ISBN : 2-86394-437-1 « …une rose immaculée rayonnait là… blanche à faire pâlir la pureté.) Paris : Hatier International. 179 p. notamment : « Congolese Rumba and Other Cosmopolitanisms » (B.Julienne ZANGA (Cameroun) Eboni. 612 p. 2003. Études Francophones.90 € Dans une capitale africaine. Brunet . les crises et le sous-développement entre autres… L’auteur est professeur émérite de l’Afrique noire contemporaine à L’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. 2002. Hommes et sociétés) ISBN : 2-84586-318-7 28 € Cet ouvrage tente d’apporter des éclairages complémentaires qui puissent aider à démêler l’enchevêtrement des haines et des peurs. 2002. paru pour la première fois en 1993 (chez le même éditeur). huit destins. leur évolution et le rôle qu’elles ont joué dans l’économie du pays et sa démographie. ZREIK (Côte-d’Ivoire) La Rose des vents (r. 240 p. par Stéphanie Cox .50 € Le numéro 168 de cette revue trimestrielle étudie les univers sociaux de l’expérience musicale africaine. Falceto) . 146 p. « World music : une question d’ethnomusicologie ? » (J. 384 p. l’histoire et l’imagination. W. 496 p. 214 p. (coll. Bénin). les stratégies de résistance et l’apport des créateurs africains dans le refaçonnage du monde. ce dossier explore les rapports sud-nord. par Margaret Heady… Études Emmanuel V. Au bout de ce voyage. de la préhistoire à la biennale 2002 de Dakar. 45 $ US (prix de l’abonnement pour un an. « Cahier critique ». L’Afrique et la globalisation culturelle » Revue trimestrielle Paris : L’Harmattan. (+ index) ISBN : 2-7132-1778-4 16. Cet ouvrage a obtenu le Prix littéraire Bernard Dadié – ASSEDI 2002. « La jumelle “ambiguë” : la crispation identitaire dans À l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert ». de 128 à 240 pages. U) ISBN : 2-200-26440-2 Cet ouvrage. Elsa DESPINEY 100 mots pour l’art africain Paris : Maisonneuve et Larose. « Correspondances »).) Paris : TrialÉditions. Cahiers d’études africaines.

Rivista interdisciplinare dell’Alliance Française. le cinéma africain le restera bien après les indépendances. Nouvelle série bilingue. D. rendant ainsi aux peuples africains les images d’eux-mêmes dont ils avaient été privés pendant les colonisations. (coll. 204 p. refusant l’alternative simpliste entre communautarismes et « robinsonnades » néolibérales. 2003. Associazione culturale italo-francese. « Cheikh Anta Diop’s Reconstruction of the History of African Philosophy ». 304 p. Le cas des “chasseurs” sierra-léonais » (M. Hommes et sociétés) ISBN : 2-84586-336-5 28 € À l’heure où. Mongo Beti et Léopold Sédar Senghor . Jean-Marie Lustiger. Revue culturelle du monde noir. n°s 163-164. ISBN : 2-86853-375-2 13 € Le poète et romancier originaire du Tchad rend hommage au pionnier de la littérature africaine que fut Léopold Sédar Senghor. Et pourtant. des conflits tenus pour « identitaires » ou « communautaires » se multiplient ou n’en finissent pas de se consumer. Bogumil JEWSIEWICKI Mami Wata. spécialiste du cinéma africain et collaboratrice régulière des Cahiers du cinéma. ISSN : 0244-7827 19 € Au sommaire notamment : « Liberia. Critiques littéraires) ISBN : 2-7475-3449-9 Ce travail analyse l’évolution du statut de la femme et sa place dans les processus révolutionnaires au cours de l’histoire du continent africain. la colonisation culturelle ou la faiblesse de la démocratie. ainsi que les traits indélébiles qui ne parviennent pas à s’estomper. NIMROD Tombeau de Léopold Sédar Senghor Cognac (16 100) : Le Temps qu’il fait. Richards et K.Interculturel. Hofffman)… Présence africaine. docteur en histoire et spécialiste des questions de développement. « culture et société » . Amadou Lamine Sall. 2003. des stratégies au long cours. « anthropologie/sociologie/histoire » et « littérature » : « Le Mal et la justice à Madagascar ». religieuses et littéraires rendent hommage au poète-président. 40 ans de littératures du Sud.95 € Né sous le signe du politique. 2003. 198 p. 2003. il paraît bien optimiste de s’attacher à repérer l’essor d’une société civile dans deux pays d’Afrique. la Côte-d’Ivoire et le Sénégal. 192 p. « fiches de lecture ». 2002 Lecce (Italie) : Alliance Française / Éditions Argo. un peu partout et en Afrique particulièrement. Elisabeth LEQUERET Le Cinéma africain : un continent à la recherche de son propre regard Paris : Cahiers du cinéma / CNDP. des cheminements existentiels et intellectuels des citadins d’Abidjan et de Dakar. quatre rubriques : « didactique » . 2002. 250 p. « Combattants irréguliers et discours international des droits de l’homme dans les guerres civiles africaines. la permanence des guerres et guerres civiles. L’ouvrage comprend.50 € L’historien originaire du Burkina Faso. Sierra Leone et Guinée : une guerre sans frontières ? » (R. Maurice Druon. Sierra Leone. « hommages ». Joseph Ki-Zerbo. Au sommaire. Abdou Diouf. chez le même éditeur). Joseph NDINDA Révolutions et femmes en révolution dans le roman africain francophone au Sud du Sahara Préface de Rémy Sylvestre Bouelet Paris : L’Harmattan. ISBN : 2-226-13773-4 20 € Ancien Premier ministre de la République centrafricaine et auteur d’un ouvrage remarqué (L’Afrique sans la France. ISSN : 0032-7638 Cette dernière livraison de la revue de référence fondée en 1947 par Alioune Diop. Pour une analyse sociale (P. Vlassenroot) . 2002. par un dossier réunissant les communications présentées à l’Université de Montpellier III sur Léopold Sédar Senghor et sur l’interculturalité. par © Notre Librairie. François LEIMDORFER et Alain MARIE (éds) L’Afrique des citadins. 176 p. Les petits cahiers) ISBN : 2-86642-338-0 8. 388 p. ISBN : 88-8234-050-3 14 € Revue annuelle de l’Alliance Française – Association culturelle franco-italienne de Lecce. (coll. Guinée : la régionalisation de la guerre Dossier coordonné par Comfort Ero et Mariane Ferme Paris : Karthala. acte politique et vecteur de liens sociaux. « littératures » . Pierre Emmanuel… Avec un florilège de poèmes de Léopold Sédar Senghor accompagné de photographies. par Ernest Njara . aborde de nombreuses questions d’actualité sur la situation de l’Afrique en ce début de siècle. depuis la période coloniale jusqu’aux années 1990. Dakar) Paris : Karthala. 402 p. Ferme. interrogé par René Holenstein. l’auteur s’intéresse à la production artistique de peintres qui ont travaillé à Kinshasa. contient des textes à la fois en anglais et en français. (coll. à la fois retour sur soi. L’auteur. s’attachant au mode d’élaboration et de réception de cette peinture urbaine du Congo. Politique africaine. les auteurs de cet ouvrage ont effectivement rencontré les mille et un chantiers africains de la société civile au cœur des pratiques sociales quotidiennes. Liberia. ISBN : 2-7068-1678-3 45 € Dans cet ouvrage. ses liens avec le contexte politique et social des pays d’origine des films et la vision du monde qu’il reflète. n° 6. « Les guerres africaines du type fleuve Mano. Marchal) . José Augusto Seabra. l’Aube essai) ISBN : 2-87678-858-6 19. Jean-Louis Debré.juin 2003 . 240 p. avril . en offrant ici une vision personnelle de l’écrivain et de son œuvre. Il dénonce la déliquescence des États africains qui permet l’implantation de réseaux de terroristes islamiques jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. des personnalités politiques. (Le temps des images) ISBN : 2-07-073913-9 35 € Historien de la mémoire. sous le signe de l’éclectisme et de l’interdisciplinarité. entre autres parmi les rubriques « politique ». L’étude est axée sur des textes littéraires. Jean-Paul NGOUPANDÉ L’Afrique face à l’Islam Paris : Albin Michel. 80 p. 88. en noir et blanc. 1er et 2e semestres 2001 Paris : Présence Africaine. étudie ici les grands thèmes et courants esthétiques du cinéma africain. comme l’incapacité à se développer économiquement de façon endogène. disparu en décembre 2001 : textes de Jacques Chirac. Il analyse la genèse de cet art. Sociétés civiles en chantier (Abidjan. Bunia et Lubumbashi entre 1960 et 2002. à l’occasion de la deuxième journée de la Francophonie (27 avril 2002). 2003. Léopold Sédar Senghor Textes réunis par Max Yves Brandilly Paris : Éditions du photophore / Maisonneuve et Larose. N° 150. Joseph KI-ZERBO À quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein La Tour-d’Aigues (Vaucluse) : Éditions de l’Aube. entre autres. 2003. 2003. de Max Yves Brandilly. l’auteur montre ici que l’islam africain se radicalise nettement sous le double effet de l’instrumentalisation politique du fait religieux à des fins de conquête et de l’infiltration de réseaux islamistes maghrébins. Le présent numéro se signale. journaliste à Radio France International. Il analyse les enjeux et défis auxquels elle est confrontée. Revue des littératures du Sud. 96 p. La peinture urbaine au Congo Paris : Gallimard. 2003. 2003. 2003. (coll.

Préface de Boucar Diouf. « Colonial Violence and Psychological Defenses in Ferdinand Oyono’s Une vie de boy ». Recherches d’histoire et de sciences sociales) ISBN : 2-7132-1784-9 32 € Les connaissances rapportées par les administrateurs des colonies. 234 p. (coll. 358 p. Face à ce problème. © Notre Librairie. Voyages Zellidja) ISBN : 2-7475-2948-7 27. à l’achèvement de la construction de l’empire du Mali. technologies. 212 p. TatiLoutard dans leur intégralité. Jean-François WALTER Apprentissage de l’Afrique : peuples dogon et lobi en 1952 Préface de Jean-Jacques Garas Paris : L’Harmattan. 73 800 Myans ISBN : 2-84206-177-2 13 € Le propos de ce recueil est de puiser dans une sagesse africaine millénaire pour y trouver. Hommes et sociétés) ISBN : 2-84586-256-3 25 € En Afrique. paysan sérère. mais elles doivent tenir compte de l’influence accrue des radios internationales qui diffusent maintenant en FM dans les grandes villes avec une audience amplifiée. Revue des littératures du Sud. Regards sur le Rwanda.. Les radios en Afrique subsaharienne Paris : Karthala. et plus encore des radios privées. l’Afrique écoute. facilement transposables. Initiation à une démarche de dialogue. actuel Mali. 40 ans de littératures du Sud. 2003. Hubert Cochet (Ina-PG Paris) et Sébastien Bainville (Cnearc Montpellier) Paris : Éditions du GRET. dans la rubrique « Book reviews ». (coll. Sony Labou Tansi ou Marcel Gotène. il observe les rituels traditionnels et copie de nombreuses peintures rupestres aujourd’hui effacées… Divers La Charte du Mandé et autres traditions du Mali Calligraphies d’Aboubakar Fofana. l’Ina-PG et l’École supérieure d’agronomie de Yamoussoukro. inspecteur d’académie au Sénégal Éditions La Fontaine de Siloé (coll.P.45 € De profession ingénieur agronome et diplômé d’anthropologie. (coll. cet ouvrage présente la vie quotidienne de la population rwandaise et les artisanats tels que vannerie. de Christiane Chaulet-Achour. Research in African Literatures. Il a été rédigé à partir de l’exemple concret d’une formation à Abengourou en Côte-d’Ivoire réalisée conjointement par le Cnearc. Ce texte à l’origine fondait les grandes lignes de la vie sociale. spring 2003 Revue trimestrielle publiée en collaboration avec l’Ohio State University Bloomington (Indiana. 144 p. etc. Agapè) : Cabinet Teranga. sélectionnés dans 135 ethnies et articulés autour de 200 mots-clés des relations. (coll. traduit en anglais par Eva Rogo-Levenez Paris : Maisonneuve et Larose. 34. replacés dans leur environnement naturel et humain. (coll. Place des Marronniers. African Literatures : Cultural Practice or Art Practice ? ». A. ISBN : 2-7087-0749-3 15 € Cet ouvrage regroupe les interventions et discours de J. juin-juillet 2002 Nicolas Ferraton (Cnearc Montpellier). peausserie. n° 1.90 € Retranscription de la Charte du Mandé. et des Lobis du nord de la Côte-d’Ivoire. Monde africain) ISBN : 2-7068-1635-X 30 € Le Musée national du Rwanda assure la protection du patrimoine culturel traditionnel afin d’en garantir la transmission aux générations futures.juin 2003 . ce manuel pédagogique propose une méthode pour améliorer l’apprentissage des futurs formateurs en développement rural pour observer et comprendre un système agraire. etc. Laditan… Ainsi que des comptes rendus de lecture. les radios publiques restent présentes et le contrôle gouvernemental n’a pas disparu. Parti à la rencontre des Dogons du Soudan français. 2003. traduction de Youssouf Tata Cissé et Jean-Louis Sagot Paris : Albin Michel. Collections du musée national Sous la direction de Thierry Mesas et Célestin Kanimba Misago Ouvrage illustré et bilingue. « La “Prostitution” comme thème de révolte dans la littérature féminine contemporaine en Afrique noire ». 550 proverbes de la sagesse africaine Présenté par Jean-Loup Salètes. par Lillian Corti . 2002. 292 p. avril . il en reste encore des traces dans la société soudano-sahélienne. À l’heure actuelle. Sous l’arbre à palabre. 2003. Riche d’une carrière littéraire et politique. des réponses ou tout au moins des réflexions et des pistes pour aujourd’hui. Dossier pédagogique) ISBN : 2-86844-133-5 10 € En matière de développement rural. les décisions sont trop souvent prises loin des réalités de terrain. un compte rendu sur La Trilogie caribéenne de Daniel Maximin.-B. entre autres : « African Literature. Emmanuelle SIBEUD Une science impériale pour l’Afrique ? La construction des savoirs africanistes en France 1878-1930 Paris : Éditions de l’EHESS. plus de 550 proverbes africains sont rassemblés. Jean-Baptiste TATI-LOUTARD (Congo-Brazzaville) Libres mélanges (Littérature et destins littéraires) Paris : Présence Africaine. tissage. les officiers ou les missionnaires ont contribué de façon décisive à l’émergence du paradigme ethnographique qui commande la recomposition de la science de l’homme dans le premier tiers du XXe siècle. en évoquant de grands noms. Ces textes sont complétés par des réflexions portant sur la francophonie et l’identité culturelle africaine. arts. par Michael Chapman . texte établi à la demande du roi Sundiata Keita en 1236. 136 p. Il est accompagné de pictogrammes africains. on retiendra. tels que Senghor. Étude des systèmes de production dans deux villages de l’ancienne boucle du cacao (Côte-d’Ivoire) (juin-juillet 2002) Une publication d’Agridoc. André-Jean TUDESQ L’Afrique parle. L’auteur a longtemps enseigné les sciences de l’information et de l’histoire contemporaine à l’Université de Bordeaux III. vol. l’auteur s’est posé en observateur de la vie culturelle africaine : littérature. 2003. Abonnement individuel : 41 US $ Parmi les nombreux articles au sommaire de cette dernière livraison. N° 150. 64 p. (coll. cinéma. Abondamment illustré. États-Unis) : Indiana University Press. Ogo Ujomu . Césaire. par H. l’auteur relate ici son voyage en Afrique occidentale française en 1952. science. des inédits (rubrique « création »). par O. 316 p. Adlai Murdoch. 2002. 2003. Les carnets du calligraphe) ISBN : 2-226-13736-X 10. 2003. Ici.

et nous livre les résultats récents et souvent inédits des travaux archéologiques et historiques conduits dans l’aire caraïbe. La première république noire de l’histoire était née. 1998. devenue « Haïti ». dans une grotte de l’île de la Tortue. 2003. s’ouvrait pour ce petit peuple des Caraïbes. Un homme . qui sont antillais. 388 p. (coll. née en esclavage. aujourd’hui. proclamait son indépendance à la face du monde. 2003. Lisette. esclaves en fuite. Bibliothèque hispano-américaine) ISBN : 2-86424-453-5 20 € Fernando Terry est de retour à Cuba après 18 ans d’exil.) Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas Paris : Métailié.) Port-au-Prince (Haïti) : Presses Nationales d’Haïti. Les propriétaires des plantations se sentent menacés suite aux nombreux cas d’empoisonnement et surtout par Macandal. avril . jusqu’à l’époque actuelle. le difficile chemin de la liberté. 136 p. Antille-Guyane. trois vies marquées par l’exil et les trahisons. 2002. Tous niveaux. avec. Quelques mois plus tard.) Paris : Hatier International. 74 p. (coll. Études Archéologie précolombienne et coloniale des Caraïbes Sous la direction d’André Delpuech. par Pauline Bonaparte. ISBN : 2-7355-0496-4 . Elsie SURENA (Haïti) L’Arbre qui rêvait d’amour. (Monde noir) ISBN : 2-7473-0314-1 7. (coll. Après plus de trois siècles d’esclavage. écrivain. 368 p. sa mère lui présente Denis et Gina sa fille. en 1750. Dictionnaires et langues) ISBN : 2-84586-301-2 19 € Ce manuel propose une méthode d’apprentissage de la langue créole haïtienne grâce à une approche centrée sur les thèmes de la vie quotidienne accompagnée d’exercices avec le vocabulaire utilisé et l’analyse grammaticale employée. 160 p.) Paris : Éditions Dapper. Il est à la recherche d’un manuscrit du poète J. depuis la colonisation. Jean MÉTELLUS (Haïti) Toussaint Louverture (th. la liberté perdue.) Montréal (Canada) : Éditions du CIDHICA. sur les territoires français des Antilles et de Guyane ainsi qu’en Haïti. David DAMOISON (photographies) et Louis-Philippe DALEMBERT (textes) Vodou ! Un tambour pour les anges Préface de Laënnec Hurbon Paris : Éditions Autrement. (coll. le meneur des marrons. 96 p.) Paris : Gallimard. 2002. Jean-Pierre Giraud et Albert Hesse Paris : Éditions du CTHS. 2003. il enquête sur les causes de son expulsion de l’université. Blanche) ISBN : 2-07-076759-0 22. (Bibliothèque haïtienne) ISBN : 2-89454-145-7 Et si l’anorexie était une protestation contre un monde d’injustices et de larmes ! Et si l’anorexie était une révolte contre de fausses valeurs sociales. ISBN : 99935-632-0-X Après Mélodies pour soirs de fine pluie. Louis-Philippe Dalembert. assumant l’histoire et l’identité créole de l’île. période coloniale (Antilles)… Robert DAMOISEAU et Gesner JEAN-PAUL J’apprends le créole haïtien Préface de Pierre Vernet Paris / Port-au-Prince (Haïti) : Karthala/Faculté de Linguistique appliquée . Leonardo PADURA FUENTES (Cuba) Le Palmier et l’Étoile (r. (coll.juin 2003 .50 € Glissant nous livre ici une chronique des Antilles. 80 p. Évelyne TROUILLOT (Haïti)* Rosalie l’infâme (r. Roman) ISBN : 2-84420-165-2 7 € Ce texte aborde les thèmes de la famille recomposée et du racisme.joua un rôle éminent dans ce processus : Toussaint Louverture. ISBN : 2-906067-88-1 13 Ce roman met en scène une famille d’esclaves dans les plantations de Saint-Domingue.) Paris : Éditions Thierry Magnier. 176 p. 2003. choisit la © Notre Librairie. 40 ans de littératures du Sud. Ils s’articulent en trois sections : période précolombienne (archéologie et peuplement des milieux insulaires). à la fin du XVème siècle.39 € Cet ouvrage regroupe les actes du 123e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques. l’auteur. 2003. longtemps enfermé dans le carcan des stéréotypes de l’homme blanc. 2003. la sœur de Napoléon… Gérard ETIENNE (Haïti) Au cœur de l’anorexie (r. à travers ce second ouvrage. pour que les peuples de la Caraïbe retrouvent enfin une destinée commune… Gisèle PINEAU (Guadeloupe) C’est la règle (r. par les récits de sa grand-mère. témoigne de son désir d’explorer d’autres genres littéraires. À Cuba. Monde/Photographie) ISBN : 2-7467-0317-3 19 € Cet ouvrage propose trois regards complémentaires sur le vaudou. découvre. une autobiographie à laquelle il a consacré sa thèse. 2003. 158 p. un enseignement inhumain et un environnement où la communication se réduit à des gestes répulsifs ! Édouard GLISSANT (Martinique)* Ormerod (r.) Anthologie préfacée par Lyonel Trouillot Arles : Actes Sud. recueil de poèmes publié en mai 2002. études ethnographiques (Amérindiens de la Caraïbe et des Guyanes). Hémisphères) ISBN : 2-86970-082-2 20 € Un roman d’aventures où le héros part à la recherche d’un trésor : un coffre rempli de pièces d’or qui aurait été enterré au large d’Haïti. Tout le monde part passer les vacances en Guadeloupe et il s’avère que c’est réussi… À partir de 9 ans. ISBN : 2-7427-4114-3 17 € L’œuvre poétique de René Philoctète prend résolument le parti de la beauté et célèbre Haïti. Les parents de Stéphane divorcent.) Paris : Bibliophane / Daniel Radford. 288 p. 104 p. M. et au terme de plus de dix ans d’insurrections douloureuses. l’espoir d’arriver à « plaire et toucher ». Il découvre la similitude des destins du poète. du fils franc-maçon de celui-ci et du sien. 2003.parmi d’autres . N° 150.30 € 1804 : Saint-Domingue. 2003. Fables et contes (c.Caraïbes Textes littéraires Louis-Philippe DALEMBERT (Haïti) L’Île du bout des rêves (r. 2003. René PHILOCTÈTE (Haïti)* Poèmes des îles qui marchent (p. Revue des littératures du Sud. 376 p.Université d’État d’Haïti. de Heredia.) (j. (coll.

La difficile normalisation démocratique en Haïti Montréal (Canada) : Éditions du CIDIHCA. N° 150. 2003. Concentré sur la période 1994-2002. qui a déjà plusieurs romans et essais à son actif.) Nouvelle édition (première parution : Tunis. 230 p. 310 p. (coll. nous convie à la force d’images. 216 p. 472 p. Sainte-Lucie Sous la direction d’Alvina Ruprecht Paris : L’Harmattan. Ralph LUDWIG. David Damoison. brutes et comme devant rester muettes. (coll. Guyane. est né au Maroc. a su garder son âme. © Notre Librairie. Saveurs de la réalité) ISBN : 2-9516614-2-8 13 € Dans cette récente collection d’essais sur les traditions culinaires du monde entier. Cet ouvrage a obtenu le Prix littéraire Guerlain dans le cadre des Journées nationales du livre et du vin à Saumur. ISBN : 2-7068-1687-2 20 € Née en 1953 sur les hauts plateaux algériens de Tiaret. simples et familiales. 1996) La Tour-d’Aigues (84240) : Éditions de l’Aube. d’odeurs et saveurs. dans une famille algéro-marocaine établie depuis très longtemps entre Taza et Fès. ville blanche sur fond noir (n. Martinique. Revue des littératures du Sud. 2003. 160 p. Vincent COLONNA. Danièle MONTBRAND. Hector POULLET et Sylviane TELCHID Dictionnaire créole-français. de l’innocence et de la perversité. Elle fait découvrir les équivalents algériens du Petit Poucet de Perrault et de Blanche-Neige de Grimm… Malek ALLOULA (Algérie) Les Festins de l’exil Paris : Françoise Truffaut éditions. 2003. ISBN : 2-7068-1644-9 30 € Maghreb Textes littéraires Nora ACEVAL (Algérie) L’Algérie des contes et légendes. la mise en scène. Le dramaturge. Maïssa BEY (Algérie) Au commencement était la mer (r. 1990) Paris/Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) : Maisonneuve et Larose/Servedit/Éditions Jasor. l’Aube poche) ISBN : 2-87678-840-3 8 € Halim CHAREF (Maroc) Couscous amer (Une chronique marocaine) (r. photographe. en dépit des aléas de l’histoire et des dures réalités de la vie actuelle. se demande comment le mouvement démocratique et populaire peut espérer porter l’avenir de la société haïtienne s’il ne comprend pas comment et pourquoi il a échoué avec Aristide et quelle est sa part de responsabilité. Chawki AMARI. 2003. Il a voyage et étudié notamment en Europe et en Amérique puis enseigné pendant vingt ans dans la région parisienne. Claude MOÏSE La Croix et la bannière. (coll. Avec un abrégé de grammaire créole et un lexique français-créole Troisième édition (première parution : Servedit/Éditions Jasor. que le poète nous invite à partager. Les théâtres francophones et créolophones de la Caraïbe. Hauts plateaux de Tiaret (c. l’auteur. la boisson. la convivialité.30 € Ce livre retrace le destin d’Ad al-Rahman 1er. 2003. 40 ans de littératures du Sud. ou encore le Conquérant. (coll. C’est aussi l’histoire d’une jeune femme victime d’un amour impossible et dont le destin tragique illustre l’éternel combat du vice et de la vertu. ISBN : 2-89454-150-3 Dans cet essai. 258 p. Rafik DARRAGI (Tunisie) Le Faucon d’Espagne (r. Univers théâtral) ISBN : 2-7475-3803-6 20 € Cet ensemble d’études consacrées aux théâtres francophones et créolophones de la région caribéenne tire son originalité de la mise en évidence des composantes de la pratique théâtrale en tant que domaine distinct de la littérature. 48 p. avril . 128 p.) Paris : Maisonneuve et Larose. l’art culinaire. Noir/Blanc éditions. (coll. Les terres contrariées (th. 2003. ses lieux et ses franges. une quinzaine de recettes oranaises.) Paris : L’Harmattan. 162 p. traduit et raconte des récits qui lui ont été transmis oralement.) Carnières-Morlanwelz (Belgique) : Éditions Lansman. Elle collecte. historien et observateur privilégié de la vie politique haïtienne.littérature pour nous dire les mots et les choses du vodou. Laënnec Hurbon. Littératures / Romans d’une ville) ISBN : 2-7467-0337-8 14.95 € Recueil de nouvelles de cinq écrivains français et d’origine algérienne.juin 2003 . à la fin de l’ouvrage. les souvenirs d’enfance de plats. 2003. apporte son savoir d’anthropologue et retrace la généalogie du vaudou. Kebir Mustapha AMMI (Maroc) Alger la blanche. 2000) Paris : L’Harmattan. avec notamment un essai de la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall intitulé Un grain de vie et d’espérance. 2003. tiraillé aujourd’hui entre tradition et modernité et qui. Écritures arabes) ISBN : 2-7475-3422-7 24 € L’auteur nous entraîne ici dans un voyage sans complaisance à travers un Maroc méconnu. Nocturnes théâtres) ISBN : 2-87282-393-X 8 € Voici les textes de deux pièces de théâtre qui seront créées cette année dans le cadre de l’année de l’Algérie. L’ouvrage analyse successivement : la dramaturgie. inaugurée il y a environ un an. Il est actuellement à San Francisco pour un an. ce Maghreb de l’éternel couchant.) Paris : Éditions Autrement. 2003. qui évoquent les différentes facettes d’Alger à travers ses personnages.) Réédition. directeur de recherches au CNRS. et qui fonda la dynastie andalouse des Ommeyades en 756. dit le Faucon d’Espagne. Rima GHAZIL et Mohamed KACIMI Alger.Virginie BRAC. etc. (Première parution : éditions Marsa. 2003. Avec. en prime. Écritures arabes) ISBN : 2-7475-3648-3 18. Haïti. Guadeloupe. (coll. 160 p. cet ouvrage présente une réflexion traversée de questionnements sur la complexité de la normalisation démocratique en Haïti. voici les confidences du poète algérien Malek Alloula qui répond à une trentaine de questions portant sur les thèmes de la nourriture. (coll. la réception critique et populaire. le jeu. l’auteur appartient à la dynastie secrète et en voie de disparition des conteurs traditionnels.

Horizons maghrébins.Mohammed DIB (Algérie)* Simorgh (r. 100 p. Simorgh est un ouvrage morcelé. de villes. 2003. il se retrouve au milieu d’une foule qui veut lapider une femme coupable d’adultère… Malika MOKEDDEM (Algérie)* La Transe des insoumis (r. Leïla SEBBAR (Algérie) Sept filles (n. (coll. le racisme et le virtuel. avec comme constante ses problèmes d’insomnie. en mêlant mémoire et imaginaire. Yasmina KHADRA (Algérie)* Les Hirondelles de Kaboul (r. 256 p. parus chez le même éditeur. Les littératures contemporaines) ISBN : 2-7427-4258-1 18 € Dans un village tunisien. Boualem SANSAL (Algérie) Dis-moi le paradis (r. et se termine avec le mythe grec d’Œdipe. d’amour. quatorze écrivains français et algériens ont réveillé leur imaginaire ou leur mémoire. ISBN : 2-7475-3097-3 ISSN : 1157-0342 15 € Ce volume reprend des contributions au colloque interdisciplinaire qui s’est tenu en 2001 à l’initiative du centre d’études littéraires francophones et comparées de l’Université de Paris XIII. ainsi que la mondialisation. des flambeaux qui éclairent les discours. Leïla SEBBAR (Algérie)* Je ne parle pas la langue de mon père (r. ce qui donne à son récit les couleurs d’une rêverie pleine de sensibilité. la vie ailleurs. Mohsen vit avec sa femme Zuneira. 2003. 2003. Romans adultes) ISBN : 2-84420-218-7 13 € Sept filles. Mohammed Ben Cheneb. se réunissant chaque jour à l’ombre d’un olivier millénaire. 156 p.50 € Après Le Serment des barbares (1999) et L’Enfant fou de l’arbre creux (2000). Ammar Mahjoubi. à travers les études de cinq intellectuels portant notamment sur les fondements historiques et techniques de l’art musical arabo-andalou et sur l’importance de la poésie dans la littérature du Maghreb. Dans ce recueil de nouvelles. société. volume 32 : Kateb Yacine. ISBN : 2-7068-1689-9 30 € Les proverbes sont. 2002. dans sa dernière livraison. 2003. belle et provocante. Affronter les épreuves qu’impose le désir de liberté. de la religion ou encore de la vie quotidienne. abondamment illustrée et qui comprendra au total quatre volumes.. 322 p. Khaled Belkhoja et Abdelmajid Ennabli Paris/Tunis : Maisonneuve et Larose/Sud Éditions. avait fait paraître ce recueil en 1905. a passé son enfance dans l’ancienne colonie avant d’arriver en France. un intellectuel dans la révolution algérienne Sous la direction de Jacques Girault et Bernard Lecherbonnier Paris : L’Harmattan/Université Paris XIII. 2003. 306 p. de bourgs. 200 p. Un jour que Mohsen se promène dans Kaboul. qui leur rappelle ce qu’est le désir. d’événements à l’origine perdue. 188 p. Le droit à la mémoire.) Paris : Albin Michel. La Transe des insoumis est un second volet où l’auteur fait s’entrecroiser deux récits. Boualem Sansal nous livre ici son troisième roman. Elle cherche à redonner vie au passé et rendre hommage à son père. Itinéraires et contacts de cultures. 132 p. 160 p. Études Mohammed BEN CHENEB Proverbes de l’Algérie et du Maghreb Présentation par Hédi Bencheneb Paris : Maisonneuve et Larose. une femme mûre. la barbarie. le tome III portera sur « Les Temps modernes ». née d’un père algérien et d’une mère française. alors professeur à la médersa d’Alger. qui s’ouvre sur le mythe du Simorgh. 2003.) Sous la direction de Raymond Bozier Paris : Mille et une nuits.. celui de son enfance en Algérie et celui de sa vie actuelle en France.) Paris : Gallimard. Algérie : histoire. coll. et le tome IV s’intéressera à « L’Époque contemporaine ». quatre vieillards laissent leur vie s’écouler lentement. Leur quotidien est soudain bouleversé par l’arrivée de Bayya. couleur) ISBN : 2-85816-657-9 ISSN : 0984-2616 19 € Cette revue universitaire (bisanuelle) présente. C’est l’occasion pour lui de récolter de nouvelles histoires. Nouvelles de guerre (n. mais aussi de répondre aux questions sur Paris. théâtre. Les temps sont durs mais leur amour et leur respect mutuel les aident à surmonter cet état de fait. de retour d’une tournée littéraire en France. (dont un cahier de 8 p. autour de cette page douloureuse de notre histoire commune. 2003. (coll.juin 2003 . ils mêlent leurs voix et nouent un dialogue entre les deux rives. ISBN : 2-226-13594-4 17 € Dernier ouvrage de l’écrivain récemment disparu. 2003. © Notre Librairie. paru pour la première fois en 1990. Des années 20 aux années 2000. 464 p. 348 p. enfermée chez elle. le paradis. Habib SELMI (Tunisie) Les Amoureux de Bayya (r. la fascination du désert. Ils sont le reflet de l’histoire d’une civilisation et d’idées dont ils traduisent les transformations. L’enfermement séculaire des femmes et de leurs filles. le reflet de provinces. 47. de plaisir. 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. retrouve ses amis dans un petit café d’Alger. 2003.) Traduit de l’arabe (Tunisie) par Yves Gonzalez-Quijano Arles/Paris : Actes Sud/Sindbad. Le narrateur-écrivain. 2003. dans lequel est utilisé le mélange des genres pour évoquer des thèmes qui sont chers à l’auteur : l’étranger. Transgresser les interdits multiples. dont l’un des piliers est le chant arabo-andalou. les femmes. disent les Arabes eux-mêmes. Le tome II concernera la période allant de l’arrivée des Arabes en 647 jusqu’à l’installation des Turcs ottomans en 1575 . arts plastiques Toulouse (31 000) : Presses Universitaires du Mirail – Toulouse. archéologues et historiens de l’art. Blanche) ISBN : 2-07-076772-8 17.) Paris : Éditions Thierry Magnier. avril . L’Algérie des deux rives 1954-1962. cet oiseau mythique venu du Proche-Orient. ISBN : 2-7068-1695-3 37 € Premier volume d’une Histoire générale de la Tunisie rédigée par les meilleurs historiens. et auquel nous consacrons un dossier dans ce même numéro. ISBN : 2-260-01615-4 15 € L’auteur.) Paris : Grasset. le pouvoir du rêve. afin que chacun puisse encore croire et espérer en une vie meilleure. (La bibliothèque arabe. ISBN : 2-246-64331-7 18 € Après Les Hommes qui marchent. 202 p. Sept histoires. Histoire générale de la Tunisie. des deux côtés de la méditerranée. musiques d’Algérie : mémoire de la culture maghrébine. N° 150. 2003.) Paris : Julliard. ISBN : 2-842058-725-2 10 € Appartenant à la génération qui fut témoin dans son enfance de cette guerre-là. l’unité culturelle maghrébine.) Paris : Julliard. Tome I : l’Antiquité Sous la direction d’Hédi Slim. ISBN : 2-260-01596-4 16 € Dans le Kaboul des talibans.

minorités berbérophones. 2003.50 € Pour son septième roman. (coll. 2002. 2003.) La-Tour-d’Aigues (Vaucluse) : Éditions de l’Aube.15 € Après Le Portrait chamarel. destins croisés Casablanca (Maroc)/Léchelle (77 171) / Paris : Tarik éditions / Emina soleil/Maisonneuve et Larose. 2003. Islam.) Paris : Gallimard. Cette intempestive voix recluse Aix-en-Provence : Édisud. femmes. 144 p. éditées à Sfax entre 1915 et 1930. il est à l’origine de diverses violences. N° 150. ISBN : 2-84420-139-3 13.90 € Ananda Devi nous enchante avec ce recueil de poésie en prose placé sous le signe de la sensualité : histoire cruelle et obsédante d’un lieu et d’un corps. l’homme anguille. dans la vie d’un monstre. 208 p. © Notre Librairie. Naget Khadda.) Paris : Gallimard. avec ses mots à elle. tabous et pouvoirs Paris : Le Serpent à Plumes. en Inde (alors colonie britannique). meilleure… et remplie d’or. pour tout l’été. Maroc.juin 2003 . (Regards croisés)) ISBN : 2-87678-783-0 19. dans son enfance. Joséphin le fou… Ananda DEVI (île Maurice) Le Long désir (p. apporte ici une contribution majeure. 158 p. la nuit sur le pont du bateau. Catherine LOUIS (illustrations) Un train pour chez nous (j.50 € Deux personnages quittent la ville et sa misère et partent à la découverte des traces de l’histoire récente et ancienne de Madagascar… Un voyage à la recherche de la mémoire. (coll. une centaine d’Indiens embarquent sur le bateau l’Atlas. Essais et documents) ISBN : 2-84261-361-9 11. 2002 (coll. Revue des littératures du Sud. Histoires parallèles. émergence d’États forts. Michèle RAKOTOSON (Madagascar) Lalana (r. Mais les écrit-elle vraiment ? Peu importe. 162 p. 2003. En avril 1892. Quand ils débarquent sur l’île Maurice en juin.) Paris : éditions de l’Olivier. avril . des manichéismes simplificateurs ou des masques de circonstance. On l’appelle le pêcheur nu. l’arrivée dans la baie d’Alger. Zellige) ISBN (Tarik éditions) : 9954-419-02-0 ISBN (France) : 2-7068-1624-4 15 € / 80 DH À quand un couple algéro-marocain ? Fort d’une vision comparatiste des deux « faux frères » du Maghreb. enjeux de mémoire : l’auteur nous révèle des singularités. Divers Azouz BEGAG (textes). des territoires militaires du Sud et les campagnes de 1915. 1917… Océan Indien Textes littéraires Nathacha APPANAH-MOURIQUAND (île Maurice)* Les Rochers de poudre d’or (r. Cette monographie sur le poète et romancier algérien Mohammed Dib. Luttes d’indépendance. le bonheur de ses parents revenus sur leur terre… À partir de 13 ans. du Sud-Ouest. 2001. 2003. Les bagages entassés sur le port de Marseille. 40 ans de littératures du Sud.) Paris : Gallimard. Nicole MASSÉ-MUZI Le Sud tunisien Saint-Cyr-sur-Loire (37 540) : Éditions Alan Sutton. ISBN : 2-87929-367-7 . L’écrivaine nous entraîne dans le conflit insoluble qui déchire cette petite fille. mais également des imaginaires communs qui pourraient augurer d’un Maghreb uni et démocratique. 128 p. 1916.5 € Avec sa sensibilité de romancier. Sacrificiel ou purificateur. 192 p. le trajet en train jusqu’à Sétif. l’écrivain algérien considère l’un des aspects représentatifs du monde arabe : la culture du sang.) Paris : Éditions Thierry Magnier. 136 p. enseigne depuis 7 ans à l’Université Paul Valéry de Montpellier. loin des silences officiels. à destination d’une terre promise.49 € Le narrateur se souvient du voyage annuel en Algérie. 2003. (Continents noirs) ISBN : 2-07-070334-7 9. Amin ZAOUI La Culture du sang. Mémoire en images) ISBN : 2-84253-843-9 19 € Cet ouvrage évoque le sud de la Tunisie à travers une série de cartes postales commentées. On le dit légende sortie des sources volcaniques de l’île. 96 p. auteur d’une vingtaine d’ouvrages et actuellement professeur d’histoire du Maghreb à l’INALCO.Naget KHADDA Mohammed Dib. celle qui lui est faite comme celle qui frappe les autres. (coll.50 € Premier roman. puisqu’elles lui permettent de parler. spécialiste reconnue de Dib. auquel nous rendons hommage dans ce même numéro. Fatwas. revisitant les mythes et les croyances malgaches. cette jeune journaliste et romancière nous donne à lire les lettres qu’une petite Mauricienne de onze ans adresse au « Bondié ». l’écrivaine nous invite au cœur d’un mythe. Ananda DEVI (île Maurice) La vie de Joséphin le fou (r. Les images reflètent les personnes et les événements du Sud-Est. Benjamin STORA Algérie. Écrivains du Sud) ISBN : 2-7449-0318-3 14 € Professeur de langue et de littérature française à l’Université d’Alger. partagée entre son appétit de vivre et sa révolte devant l’injustice. Benjamin Stora. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076724-8 13. de son univers familier. 2003. a été publiée peu avant sa mort. les Français les attendent pour remplacer les esclaves dans les champs de cannes à sucre. nationalisme arabe. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076873-2 11. litige saharien. esprit mauvais hantant les cavernes de roche. Shenaz PATEL (île Maurice) Sensitive (r. 32 p.

(T. © Notre Librairie. son continent de naissance. (T 1) et 212 p. (coll.juin 2003 .7) Joseph Conrad 2. Regards ». 2003. 208 p. Marc DURIN-VALOIS Chamelle (r. 172 p. Une méthode d’enquête anthropologique appliquée à l’Ouest malgache Paris : Éditions du GRET. etc. le récit de son voyage à travers l’Afrique occidentale. 320 p. 208 p.C. Écritures) ISBN : 2-7475-3893-1 13. ISBN : 2-7096-2388-9 15 € Ce roman s’inspire fortement des cohortes de réfugiés hantant les lieux les plus désolés de la planète. qui fut fusillé sur ordre du général Gallieni et dont la famille fut réduite à la misère. ISBN : 2-84545-068-0 16 € L’auteur de L’Anthropologie de la mondialisation (ouvrage mentionné dans cette même rubrique). Constantin VON BARLOEWEN Voyage à Madagascar. de la Science et de la Paix. ISBN : 2-84156-467-3 15 € À travers l’histoire de Fati. 40 ans de littératures du Sud.50 € En 1880. (coll. les sannyasin. présente une étude sociologique et historique au cœur de l’identité malgache. Nouvelles de Madagascar Paris : L’Harmattan. avril . Lattès. proche de l’Afrique. réflexions politiques… L’auteur a déjà à son actif de nombreux ouvrages consacrés à Madagascar. » (p . Sur la raison d’être de ce récit.75 € Recueil de textes inspirés par les voyages de l’auteur sur cette île de l’océan Indien. 2003. Tantély. issue d’une île de l’océan Indien et sauvée de la pauvreté par une famille française qui lui a permis de devenir institutrice. s’ils ne sont pas avertis. puis au Congo.) Paris : J. Raymond William RABEMANANJARA Prince Albert Rakoto Ratsimamanga. Marie-Élisabeth CRÉPIN Les oranges sauvages.) Paris : L’Harmattan. 160 p. 152 p.Études Emmanuel FAUROUX Comprendre une société rurale. 2002. conçu par le directeur de recherches de l’IRD « UR 102. (coll. journaliste indépendant. dont une Histoire de la nation malgache (1952) et les Entretiens malgaches avec Albert Rakoto Ratsimamanga (2000). 276 p. de Dakar jusqu’au Mali. 2002. ISBN : 2-7158-1434-8 17. ISBN : 2-7475-3493-6 19 € L’auteur. nous livre ici. 2003. 2003. 2003. 2003. Tomes 1 et 2 Paris : L’Harmattan. le jardinier François. 228 p. (coll.) Traduit du bengali par France Bhattacharya Paris : Le Serpent à Plumes. Un fils de la Lumière au service de l’Homme. 192 p. une leçon de ténèbres Textes réunis et présentés par Josiane Paccaud-Huguet Paris : Lettres modernes Minard. Guy GRAPPIN Le Fagot de la mémoire (r. 2003. 2003. sous un soleil de plomb. le roman montre le travail des volontaires d’ATD Quart Monde. Motifs) ISBN : 2-84261-404-6 7. ancien médecin des troupes coloniales. Guy Grappin s’exprime en ces termes : « quand arrivent les jours où il faut bien faire une sorte de bilan d’une carrière pendant laquelle on a été censé servir à quelque chose à travers le monde. un enfant abandonné. Albert Rakoto (1907-2001) fut un prince aux pieds nus. et par ses habitants : le joueur de tambour Maheno. basé sur des faits authentiques. Graveurs de mémoire) ISBN (T. Emile de Charlieu décide d’utiliser les tours de magie d’un prestidigitateur pour démontrer aux populations locales la supériorité des connaissances et de la science françaises. 1) : 2-7475-3658-0 ISBN (T. Il raconte l’exode pénible.) Paris : Balland. le fagot que ramène ma mémoire ne me plaît qu’à moitié et j’ai l’impression que vont y dominer plus de bois sec que de lauriers. Instants de sagesse quotidienne Traduit de l’Allemand par Olivier Mannoni Paris : Éditions des Syrtes. à travers ce premier roman. inspiré par la révolte de moines-soldats. 2002. raconte ses aventures rencontrées durant une longue carrière menée au Tchad. La Revue des lettres modernes) ISBN : 2-256-91041-5 22 € Ce volume présente neuf études critiques données par des universitaires au moment du centenaire de Heart of darkness. mène à la rencontre de familles confrontées à la grande misère en France et à l’étranger. d’une troupe de nomades qui est amenée à se séparer pour mieux résister à l’inévitable et peut-être à la mort. 222 p. Jean-Michel DEFROMONT Fati (r. il assuma de hautes fonctions diplomatiques à l’Unesco et devint ambassadeur de Madagascar. 2) : 2-7475-3878-8 19 € (pour chaque volume) Petit-fils du prince Ratsimamanga. la France à la conquête de l’Afrique se heurte à la résistance des tribus locales armées par les Anglais. Grand homme de science. Le second volume de cette étude regroupe un ensemble de documents relatifs à ce personnage hors du commun : lettres de créance écrites alors qu’il était ambassadeur. Cet ouvrage a obtenu le prix Tropiques 2002 décerné par L’Agence française de développement (AFD). 2) (coll.50 € Réédition d’un roman de Chatterji (1838-1894). N° 150. Et aussi… Textes littéraires Bankim Chandra CHATTERJI Le Monastère de la Félicité (r. Richard DEMBO Le Pouvoir de l’illusion (r. Par le biais de la fiction. Étudiant en médecine à Tananarive puis en France. il devint membre de l’Académie de médecine de Paris. ISBN : 2-7480-0937-1 19 € L’auteur. Bernard D’ATTOMA Africa bo (r. discours à l’Unesco. de Joseph Conrad. Études et travaux) ISBN : 2-86844-132-7 19 Cet ouvrage. illustre de façon très pédagogique les difficultés de l’enquête en milieu rural malgache et les embûches sur lesquelles l’observateur ou l’intervenant extérieur risquent de buter. « Heart of Darkness ». 246 p.) Rodez (12 035)/Paris : Éditions du Rouergue/Éditions Quart Monde. le gendarme Albert. qui prirent les armes et attaquèrent les collecteurs d’impôts royaux en représailles contre leurs agissements abusifs. ce roman. Revue des littératures du Sud.) Paris : Éditions des écrivains.

2003.-M. ISBN : 2-7068-1645-7 22 € La politique musulmane en France a résonné de manière particulière tout au long du XXe siècle. Pirates noirs et marins de la traite. 592 p. également ethnologue. De l’effet pervers de « l’humanitarisme » occidental » (Catherine Coquery-Vidrovitch) . le marxisme. Marie NDIAYE Papa doit manger (th. 4. Rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises. À la fois sociale et culturelle. Il m’a toujours semblé […] qu’un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie. Aux origines de Haïti Sous la direction d’Yves Bénot et Marcel Dorigny Paris : Maisonneuve et Larose. porte de l’Occident sur l’Afrique. 2003. De l’Hexagone aux terres d’islam. ISBN : 2-7068-1692-9 35 € Présentées lors d’un colloque international organisé par l’Association pour l’étude de la colonisation européenne en juin 2002. Avec la rencontre de Léon. Catherine MISSONNIER Le Goût de la mangue (r. nous livre ici son second roman : celui des destins croisés de quatre femmes. échecs Paris : Maisonneuve et Larose. Isaiah Berlin. il veut reprendre la vie qu’il a fuie il y a dix ans… Leone ROSS Le Sang est toujours rouge (r. (coll. son histoire. la mère de Jeannette.86 € Madagascar. le narrateur. « L’économie politique des échanges transahariens et des traites négrières arabes et atlantiques » (Samir Amin) . et dans la manière d’éviter la prolifération des idéologies et de garder le sens des réalités. Sûr de son bon droit. ayant passé sa jeunesse entre la Jamaïque et l’Angleterre. Le Clézio : leurs rapports éventuels avec des points de la biographie et de la période de formation de l’auteur. 2003. originaire de Lettonie et décédé en 1997. ISSN : 1280-4215 22 € Au sommaire notamment : « Traite et esclavage en Afrique occidentale au XIXème siècle. 2003 (coll. Ainsi l’auteur se justifie-t-il de Révolutions. le Mexique. Traduit de l’anglais par Denise Meunier Paris : Payot. Nos mémoires Revue annuelle publiée par l’Association les Anneaux de la Mémoire de Nantes Nantes (44 000) : Les Anneaux de la mémoire. grande fresque retraçant le destin de Jean. maître de conférences à l’université de Melbourne (Australie). J. 2003. laminante. 320 p. (coll. avril .40 € L’auteur. Lettres anglo-américaines) ISBN : 2-7427-4238-7 . Blanche) ISBN : 2-07-076853-8 22 € « L’exil. Utopies) ISBN : 2-7475-3937-7 24. l’île Maurice… Jean-Yves LOUDE Lisbonne dans la ville noire (r. les tensions latentes vont faire brusquement irruption dans le quotidien de l’adolescente… À partir de 13 ans. (coll. l’engagement de l’intellectuel. descriptions de tableaux et études architecturales issus de cette histoire. nègres marrons. Pascal LE PAUTREMAT La politique musulmane de la France au XXe siècle. Revue des littératures du Sud. 2003. rassemble ici éléments juridiques. elle retrouve la maison cossue des Bastien. et évoque l’immigration actuelle. (coll. à travers la France (en particulier Nice). ISBN : 2-7073-1798-5 9 € Après une longue absence. l’Europe. Sénégal et Burkina (c. font partie de ce qui m’a été donné premièrement. 302 p. Chaque week-end. 2003.. apporte une réflexion sur les idées qui ont. sa place dans la tradition utopique. (coll. 1956. Anna est pensionnaire au lycée français de Tananarive. 220 p.) Traduit de l’anglais par Pierre Furlan. 2003. d’origine jamaïcaine et vivant à Londres : Nicola. 448 p. 400 p. étudie ici les représentations de l’utopie dans les romans de J. comme le mouvement romantique. une enclave protégée au milieu de l’île.) Avec la collaboration de Viviane Lièvre Arles : Actes Sud. 352 p. la place de l’utopie dans la construction de son œuvre.50 € Une sélection de huit histoires traditionnelles exprimant la magie des paysages africains du Sahel et des sociétés qui y vivent. où le principal lui a été donné ». 216 p. Différents courants de pensée sont abordés. traduit de l’anglais par Gil Delannoi et Alexis Butin Paris : Éditions des Syrtes. selon lui. Laurens VAN DER POST Le Monde perdu du Kalahari (r. lenationalisme.G.-M. sa famille d’accueil. 1802. L’auteur est anthropologue à l’IRD et travaille sur la jachère au Burkina Faso. ces communications sont une série de regards et d’analyses sur cet événement qui marqua à la fois la clôture de la Révolution des droits de l’homme pour les colonies et le recul durable d’une pensée majeure des Lumières sur l’unité de l’espèce humaine… © Notre Librairie.) (j. 2003.-M. 156 p. événements historiques. la recherche d’une terre. 2003. le socialisme.) Paris : Éditions de Minuit. 560 p. 96 p. un étudiant malgache dont Anna tombe éperdument amoureuse. Cahiers des anneaux de la mémoire (Europe – Afrique – Amériques).) Paris : Gallimard. Alexandra et Jeannette partagent le même appartement et la même angoisse secrète.. Roman) ISBN : 2-84420-104-0 6. 2003. conflits et échecs. le lieu originel que chacune devra se réapproprier pour en liquider les sortilèges et affronter enfin les démons intérieurs comme les agressions du dehors.) Paris : L’Harmattan. un père est de retour dans sa famille. etc. G. Petite bibliothèque Payot/Voyageurs) ISBN : 2-228-89682-9 9 € Études Isaiah BERLIN Le Sens des réalités Préface de Gil Delannoi. (coll. désireux d’être considérés à égalité avec les citoyens français.) Réédition (première parution : éditions J.G.juin 2003 . avec la collaboration de Lyonel Trouillot Arles : Actes Sud.23 € Après Le Rire orange (paru en 2001 chez le même éditeur). l’auteur. réussites. Le Clézio Paris : L’Harmattan. L’auteur. politique et militaire. ISBN : 2-84545-064-8 23 € Cet essai d’un grand historien des idées. de ne pas parvenir à inventer leur destin. l’influence africaine remonte à plusieurs siècles. Les traites en Afrique. L’utopie de J. Espoirs. les éléments qui apparentent ses romans à l’utopie. pirates et corsaires dans la carrière des Indes » (Nicolas Ngou-Mvé)… Jacqueline DUTTON Le chercheur d’or et d’ailleurs. Aventure) ISBN : 2-7427-4253-0 23 € Dans l’histoire de Lisbonne. C’est par la voix de Mavis. « Traite négrière. LE CLEZIO Révolutions (r. elle doit tenir compte des aspirations des musulmans.Bernard Germain LACOMBE La Saison opaline. qu’elles vont (re)découvrir la planète Caraïbe. Écritures) ISBN : 2-7475-3955-5 13. La réalité est celle d’un balancement entre espoirs et satisfactions. 1993). son dernier roman.-C. née en 1969 d’une mère jamaïcaine et d’un père écossais. une importance déterminante dans la destinée de l’humanité. 40 ans de littératures du Sud.) Paris : Éditions Thierry Magnier. Contes et récits nomades. Lattès. N° 150. 2003.

188 p. n° 1. 372 p. Inaam KACHACHI Paroles d’Irakiennes. 2002. Le drame irakien écrit par des femmes Traduit de l’arabe par Mohammed Al Saadi Paris : Le Serpent à Plumes. C’était il y a cinq mille ans. Blaise PATRIX (images) et Guilla THIAM (Musique) La Marchande de soleils (j. Brigitte DUMORTIER Atlas de religions. tout au long des étapes de leur pèlerinage. les fonds traditionnels et les pratiques nouvelles. la littérature afro-américaine . 2003. Identity and Alterity in French-Language Literatures Sous la direction de David Murphy et Aedin Ni Loingsigh Londres (U. 416 p. (coll. 2002. qui se proposait de comprendre les structures et les mécanismes d’évolution des économies du Tiers-Monde. 40 ans de littératures du Sud.juin 2003 . à Princeton (États-Unis). Emmanuel Lepage est un être à part. littéralement langue bien pendue. automne 2002 Revue semestrielle publiée par l’association Siècle 21 Siège social : 1. Croyances. apanage de Dieu seul… Muriel BLOCH (textes). 212 p. une analyse de la complexité de la géographie religieuse. © Notre Librairie. Ce colloque s’est tenu au Trinity college de Dublin. 72 p. Fragments d’un voyage Bruxelles (Belgique) : Casterman. Stéphanie TREILLET L’économie du développement Paris : Nathan. (coll. a. Thèmes des prochains numéros.80 € En noir et blanc. 2003. Divers Fenêtre sur La Mecque Photographies de Benyoucef Cherif. enseigné et dirigé des travaux de recherche. les pélerins de La Mecque. (quadrichromie) ISBN : 2-203-35921-8 15. entre autres. le quotidien des hadjis. préface de Jean Baubérot Paris : Autrement. prononcées à l’occasion de la conférence organisée en l’honneur du départ à la retraite du grand professeur Roger Little. Ces carnets. au sud de l’Irak actuel. Au sommaire notamment de cette nouvelle revue : un dossier sur « la littérature indienne ». amènent nombre d’économistes à redéfinir les multiples problématiques du développement. (coll.) Paris : Éditions Thierry Magnier.Siècle 21. (coll. sur certains problèmes politiques liés aux questions religieuses et sur des phénomènes religieux anciens ou récents. sont la seule trace que nous ayons de lui. la littérature de Moscou . il décrit les rapports entre la technique et la civilisation. du 23 au 25 septembre 1999. 80 p. Cette langue s’appelait “lisani salti”. 2003. envoyés par l’auteur à sa propre adresse en France. un appareil et un cadre à la main. avril . rue Bobillot. 75 013 Paris 20 € Comité de rédaction : Jean Guiloineau. Il a été également impliqué dans différents programmes internationaux en matière de culture et de développement. ni l’humeur chamailleuse… Emmanuel LEPAGE et Nicolas MICHEL Brésil. vu à travers une manière originale de photographier. ainsi que des chroniques.) Livre accompagné d’un CD audio (40 min. et les différentes conséquences de la mondialisation libérale. happé par son désir de voyager loin. les femmes d’Irak n’ont plus le verbe aussi acerbe. 32 p. « Hugo vu d’ailleurs ». Elle voudrait épouser une star internationale et ne plus vendre le journal… À partir de 6 ans. 64 p. 2002. les relations entre États et religion. ISBN : 2-84420-171-7 23 € Aissata est une petite marchande de journaux à Dakar. Marie-Claudette Kirpalani. 2003. l’instabilité financière des économies.50 € Nicolas Michel est écrivain et journaliste. Atlas/Monde) ISBN : 2-7467-0264-9 ISSN : 1169-4696 13 € Cet ouvrage est un synthèse sur les grandes religions du monde. les nouveaux écrivains anglais . Constantin VON BARLOEWEN Anthropologie de la mondialisation Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni Paris : Éditions des Syrtes. Première année. successivement à l’université d’Harvard. un dossier sur « La guerre et la paix ». administration et service abonnements : 41. Tirthankar Chanda. ISBN : 2-84545-066-4 25 € L’auteur. Les chroniqueurs de Mésopotamie racontaient qu’au pays de Sumer. certaines en français et d’autres en anglais. voit réapparaître aujourd’hui de nouveaux débats : les défis posés par l’aggravation de la pauvreté. préface de Malek Chebel Paris : Maisonneuve et Larose. entre autres. langue de querelle et de chamaillerie. Cet ouvrage est son premier essai à paraître en France. qui a disparu. pratiques et territoires Avec la participation de Madeleine Rouvillois. N° 150.K. ni l’esprit querelleur. Il présente ces carnets de voyage atypiques. Essais / documents) ISBN : 2-84261-434-8 13 € Recueil et présentation de textes. Revue des littératures du Sud. Il étudie la communication sans frontières et dresse un portrait anthropologique de la mondialisation. originaire d’Argentine. À l’aide d’une science culturelle comparée qui définit l’homme de manière empirique par l’observation de ses conditions de vie. entre autres : La littérature d’Afrique francophone . Sophie Képès. rue du village. en 4 grandes parties : un panorama géographique. Littérature et société. Les prises de vue sont en effet interdites par le Coran car elles sont assimilées à une représentation humaine. l’endettement. Aujourd’hui. la littérature hongroise… Thresholds of otherness / Autrement mêmes. aux illustrations pleines d'attention et de délicatesse. une langue avait été inventée spécifiquement pour les femmes. Avec de nombreux extraits d’œuvres et morceaux choisis. 2002. Jérôme Vérain. 11 300 Villelongue d’Aude Rédaction. Catherine Pierre et Catherine Bricourt. Zellige) ISBN : 2-7068-1685-6 25. Circa) ISBN : 2-09-191240-9 14 € L’économie du développement. ISBN : 0-7293-0429-9 48 $ US Cet ouvrage regroupe l’ensemble des communications. puis à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. qui l’utilisaient dans leurs assemblées.) : Grant and Cutler LTD.

Réunissant de nombreux chercheurs. Ainsi.africultures. Revue des littératures du Sud. nouvelle maquette élégante largement illustrée. © Notre Librairie. avril . approfondit son contenu et devient une revue trimestrielle de 240 pages en noir et blanc. « Afrique Tout-monde. En effet. toujours largement illustrée et ancrée dans l’actualité. Comité d’organisation du Colloque de la FIPF 1. le sigle des FAR (Forces Armées Rwandaises) a été utilisé par erreur au lieu du sigle FPR (Front Patriotique Rwandais). professeurs et étudiants venant du monde entier. juil.-sept. qui reçoit en moyenne plus de 1 600 visites chaque jour. N° 150. : colloque2003@francparler. les aimer.fipf. la revue Africultures.org/ Africultures n° 54. les écrire. comprend un dossier consacré à« l’Afrique et la globalisation culturelle ». une inversion de cliché issu de la même source fait apparaître Mambaye Coulibaly à la place de Sembène Ousmane qui figure cidessous. ISBN : 2-7475-4469-9. couverture cartonnée.org http://www. à la page 154. avenue Léon Journault 92 318 Sèvres Cedex Tél. oct.htm Mél. Diffusion : éditions l’Harmattan. Journées malgaches à l’Alliance Française de Paris Du 7 au 10 avril dernier.80 €. 40 ans de littératures du Sud. le thème de la manifestation fait également intervenir des écrivains ainsi que des journalistes de différents médias. la dernière livraison inaugure cette nouvelle formule : le numéro 54 (janvier-mars 2003).juin 2003 . 1er trimestre 2003. Parmi elles. pays qui commémorera l’an prochain le bicentenaire de son indépendance. et également sur le site : www. « la lettre des musiques et des arts africains ».org/colloquejuin2003. Le succès du site Internet de la revue a conduit à ce remaniement.Brèves Colloque annuel de la FIPF « Textes.org Africultures : nouvelle formule Après 53 numéros mensuels publiés depuis octobre 1997. contes dans l’enseignement du Français : les faire découvrir. boulevard Raspail F-75270 Paris Cedex 06 Tél : + 33 (0) 1 42 84 90 00 Fax : + 33 (0) 1 42 84 91 00 info@alliancefr. Alliance Française de Paris 101. 240 p. à l’occasion d’une table ronde autour de la « littérature dans les médias ». mais mieux à même de livrer une réflexion de fond sur les grands thèmes de l’heure. change de forme*. telles le cahier critique. les partager » : tel est l’intitulé du colloque annuel de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (FIPF). : +33 (0)1 46 26 81 69 Site Internet : www. N° 149 : « Cinémas d’Afrique ». ainsi que les membres actifs de la FIPF.alliancefr. papier 100 g couché mat. et non pas Monsieur Papa Samba Diop.com Contact : Marian Nur Goni au +(33) (0)1 43 57 52 41 Rectificatifs N° 148 : « Penser la violence ». l’Alliance Française de Paris a accueilli une série impressionnante de manifestations culturelles venues de Madagascar. 2002 : aux pages 47 et 50 de l’article de Daniel Delas. poèmes. janv. les chroniques et correspondances des écrivains africains. notons une exposition de photographies de Pierrot Men et des lectures de textes d’auteurs malgaches par la journaliste et écrivaine Michèle Rakotoson. • Dans la rubrique « Vient de paraître ».. l’ouvrage Fictions africaines et postcolonialisme a été réalisé sous la direction de Monsieur Samba Diop. 2002 : • à la page 44. Toutes nos excuses aux personnes concernées par ces« coquilles » bien involontaires. tenu du 25 au 27 juin 2003 dans les locaux du Centre International d’Etudes Pédagogiques de Sèvres. une saisie informatique malencontreuse a localisé en France deux maisons d’édition situées à Portau-Prince en Haïti. * Format : 16x24 cm. L’Afrique et la globalisation culturelle ». N° hors-série : « Guide pratique de l’illustrateur ». la réactivité quotidienne à l’actualité et l’information sur les événements peut être réservée à cet espace. 19.-mars 2003 : à la page 135. suivi des rubriques habituelles. : +33 (0)1 46 26 01 83 Fax.-déc.

Au programme des festivités : théâtre. Les enjeux du patrimoine documentaire africain ont donné lieu à des communications de haut niveau. Chamelle. avec. de la chorégraphe Irène Tassembedo. l’AFD souhaite faire une plus grande promotion des auteurs originaires de ses zones d’intervention publiés au Sud. on retiendra la représentation de Madame. Par ailleurs. ainsi qu’à l’écriture..Fax. débats et expositions. Le premier numéro de cette publication bimestrielle tirée à 14 000 exemplaires se compose de la revue proprement dite et d’un livre-supplément inédit de Jacques Bertoin consacré à Joseph Pulitzer. Après « Afrique noire et blanche » en 1997. N° 150. La revue de l’intelligent 57bis. Parmi cette riche programmation. paru en 2002 aux éditions J. : +33 (0)1 44 87 99 39 www. il a cessé ses activités rédactionnelles pour se consacrer à l’enseignement des « problèmes du monde contemporain ».afd. avec notamment « l’arbre à palabres » du conteur burkinabé Assane Kouyaté et le concert de Baba Sissoko et son groupe Taman Kan venus du Mali. Elle a réuni des professionnels (essentiellement les directeurs des bibliothèques nationales de la région). Il raconte l’exode pénible. pièce pour 11 danseurs et musiciens burkinabés. entre autres. cette nouvelle revue de haut niveau intègre dossiers. les représentations du Diable à la longue queue. Depuis 1996. La manifestation était organisée par l’École des Bibliothécaires. La prochaine est annoncée pour le 3 septembre 2003. 40 ans de littératures du Sud. adaptation à la scène de la nouvelle de Caya Makhélé intitulée « Les travaux d’Ariane ». mais aussi lectures. Toutes les communications devraient être prochainement mises en ligne sur le site de l’EBAD : http://www. s’inspire fortement des cohortes de réfugiés hantant les lieux les plus désolés de la planète. : + 33 (0)1 53 44 31 31 Fax. Archivistes et Documentalistes avec la coopération de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque nationale du Sénégal. du dramaturge burkinabé Étienne Minoungou. sous un soleil de plomb. avril . des chercheurs et quelques décideurs représentant 16 pays. après « Les griots de l’an 2000 ». les résultats de l’enquête sur les bibliothèques nationales d’Afrique de l’Ouest devraient donner lieu à la création d’une base sur un site Internet. Aujourd’hui. journaliste de profession. contes. La suite africaine À l’initiative de Gabriel Garran.500 CFA pour l’Afrique (zone CFA). D’une présentation agréable. Les souvenirs de la dame en noir. directeur général de l’AFD. Les bibliographies nationales restent un sujet de préoccupation : leur parution irrégulière. analyses et portraits relevés par une iconographie de qualité. du dramaturge Maxime N’Débéka. d’une troupe de nomades qui est amenée à se séparer pour mieux résister à l’inévitable et peut-être à la mort. récits ou essais édités en France. Revue des littératures du Sud. musique.ebad. Ïean-Michel Severino. je vous aime. accompagnées de recommandations. l’absence de normalisation au niveau régional rendent aléatoires l’approche globale. à l’occasion du 50e anniversaire de l’AFD. et apportant un éclairage sur la coopération et son impact sur les populations. a été notamment directeur de la rédaction de plusieurs magazines spécialisés dans ce domaine. spécialisé dans les questions d’économie et de développement. les membres du jury et leur président. ancien directeur général de l’Unesco. À noter que les griots étaient à l’honneur. : +33 (0)1 42 39 14 77 Réservations : +33 (0)1 40 03 93 95 Une revue + un livre inédit Le groupe Jeune Afrique vient de faire paraître un périodique intitulé La revue de l’intelligent – pour l’intelligence du monde. Souffles.juin 2003 . avenue Jean Jaurès 75 019 Paris Tél. Son prix public est de 19 € pour l’Europe et les Antilles et de 12. Chaque nouveau livre allant enrichir une collection intitulée « La Bibliothèque de l’intelligent ». ce prix a été attribué à des auteurs de tous horizons pour des romans. Une journée a été consacrée exclusivement au« vivier congolais ». Il en ira de même pour chaque parution. Théâtre International de Langue Française 211. : +33 (0)1 40 03 93 95 © Notre Librairie. rue d’Auteuil 75016 . et d’Ariane. le TILF nous a conviés à ce troisième rendez-vous africain placé sous le signe de la polyphonie des expressions dramatiques africaines.C. Rappelons que depuis sa création en 1991. conte moderne écrit et joué par la jeune comédienne sénégalaise Maïmouna Gueye. et donc la valorisation de la production africaine. qui est son second roman.sn. Lattès.ucad. Les actes seront publiés ultérieurement. pour sa onzième édition.fr Les bibliothèques nationales en Afrique francophone au XXIe siècle Tel était l’intitulé du colloque qui s’est tenu à Dakar du 5 au 7 mai 2003.Brèves Prix Tropiques 2002 La remise du prix Tropiques 2002. Jacques Pelletier.PARIS Tél. L’auteur. rue Roland Barthes 75 598 Paris cedex 12 Tél. s’est déroulée le 23 avril dernier au siège de l’Agence Française de Développement. le Théâtre International de Langue Française (TILF) a consacré cinq semaines au continent noir du 6 mai au 14 juin. ont décerné cette année le prix à Marc Durin-Valois pour son roman Chamelle. à la faculté de Jussieu. dont celle d’Amadou Mahtar Mbow. Agence Française de Développement Département communication 5. : +33 (0)1 40 03 93 90 .

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